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Full text of "Oeuvres complètes de Saint Bernard : traduction nouvelle"

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University  of  Toronto 


http://www.archive.org/details/oeuvrescomplte04bern 


v- 


f, 


(EUVRES  COMPLETES 


BI 


SAINT   BERNARD 


PftMGUEUX,   IMPRIMERIE    BOUCHARIE   ET  C. 


(EDVRES  COMPLETES 


SAINT  BERNARD 


TIIADTICTION  NOUYELLE 


PAP.     M.    L'ABBE    CHARPENTIER 


TOME  QUATRIEME 


ME 


PARIS 


UBRAIRIE  DE   LOUIS   VIVES,   EDITEUR 

RUE  DELAMBRE,  9 


1807 


1  HE  INSTITUTE  0? 

IOl  - 


2  8 1S31 


(EUVRES  COMPLETES 


DE  SAINT  BERNARD 

PREMIER  ABBE  DE  CLAIRVAUX. 


QUARANTE-CINQlilEME  '  SERMON  ». 

De  la  trinite  en  Dieu  et  dans  I'homme. 

1.  La  bienheureuse  etsainte  Trinite  b,  Pere,Fils  et 
Saint-Esprit,  Dieu  unique,  puissance,  sagesse  et 
bonte  supremes,  a  cree  une  sorte  de  trinite  a  son 
image  et  a  sa  ressemblanee,  quand  clle  a  fait  l'ame 
raisonnable,  oil  on  trouve  quelques  vestiges  dela  su- 
preme Trinite  en  ce  qu'elle  est  en  meme  temps  me- 
moire,  raison  et  volonte.  Or,  Dieu  l'a  creee  de  telle 
sorte  que,  demeurant  en  lui,  elle  fut  heureuse  de 
son  union  aveclui,  et  qu'elle  ne  put  se  detourner 
de  lui  sans  etre  malheureuse  de  quelque  cote 
qu'elle  aille.  Mais,  cette  trinite  creee  aima  mieux, 
par  un  mouvement  de  sa  propre  volonte,  toraber, 
que  se  tenir  debout  par  un  acte  de  son  libre  arbitre 
avec  la  grace  de  son  auteur.  Elle  est  done  tombee 
par  la  suggestion,  par  la  delectation  et  par  le  con- 
sentement,  du  rang  aussi  eleve  que  beau  de  sa  tri- 
nite, je  veux  dire  de  la  puissance,  de  la  sagesse  et 
de  la  purete,  dans  une  sorte  de  trinite  contraire  et 
souillee,  e'est-a-dire  dans  la  faiblesse,  dans  l'aveu- 

a  Les  sermons  suivants  sont  appeles  les  Petits  sermons.  Hors- 
tius  les  a  coraptes  au  nombre  des  Sermons  divers,  apres  en  avoir 
reporte  plusieurs  au  rang  des  Pemees.  Peut-etre  sont-ce  cea 
sermons  que  Jean  de  Salisbury  demandait  ix  Pierre  dc  Celles  de 
lui  envoyer  et  qu'il  appelait   dans  ses  lettres  xevi,  ei   xcvn,  les 


glement  et  l'impurete.  En  effet,  sa  memoire  est  de- 
venue  impuissante  et  infirme,  sa  raison  imprudente 
et  tenebreuse,  et  sa  volonte  impure.  Or,  si  la  me- 
moire qui,  tant  qu'elle  etait  debout,  rappelait  la 
puissance  de  la  divinite  dans  sa  simplicity,  en  tom- 
bant  de  es  mains,  vint  se  rompre  sur  les  rochers, 
s'il  est  permis  de  parler  ainsi,  et  se  brisa  en  trois 
morceaux  qui  sont  les  pensees  aftectueuses,  les  one- 
reuses  et  les  oiseuses.  Par  pensees  auectueusrs,  Trois  chllte 
j'entends  celles  ou  la  metnoire  se  trouve  affectee;  do  '.« 
telles  sont  les  preoccupations  des  choses  necessaires 
a  la  vie,  du  boire  et  du  manger  et  le  reste;  par 
onereuses,  j'entends  les  soucis  des  choses  exte- 
rieures,  et  des  occupations  penibles;  et  par  pensees  . 
oiseuses,  je  veux  dire  celles  qui  ne  l'affectent  ni  ne 
la  chargent,  maisqui  pourtant  la  detournent  de  la 
contemplation  des  choses  eternelles;  telle  est,  par 
exemple,  la  penseed'un  cheval  qui  court,  d'un  oi- 
seau  qui  vole. 

2.  La  raison  a  fait  aussi  une  triple  chute.  En  ef- 
fet, elle  etait  capable  de  discerner  entre  le  bien  et  ^  ^"J" 
le  mal,  entre  levraiet  le  faux,  entre   ce  qui    est 
avantageux  et  ce  quine  l'est  point.  Or,  quand  il  lui 

Fleurs  des  paroles  de  saint  Bernard. 

ti  Ce  sermon  se  trouve  reproduit  en  grande  partie  dans  le  livre 
VIII  des  Fleurs  de  saint  Bernard,  chapitres  I  et  XXV,  oii  il 
est  parle  de  la  cbarite  dans  les  termes  oil  il  en  estparle  plus  bas 
au  n.  5. 


SERMO  XLV. 
De  varia  Trinitate,  Dei  scilicet  et  Hominis. 

1.  Beata  ilia  et  sempiterna    Trinitas,    Pater  et   Films 
et  Spiritus-sanctus,  units  Deus  scilicet,  summa  potentia 
stimma  sapientia,  summa   benignitas,  creavit  quamdum 
trinitatem  ad  imagiiiem  et  similitudinem  suam,  animam 
videlicet    rationalem  :    qua?    in    eo    pr«fert   vestigium 
quoddam  illiiis  summa?   Trinitatis,  quod    ex    memoria, 
ratione,  et  voluntate  consistat.   Creavit  autem    earn  lioc 
modo,  ut  manens  in  illo,  participatione  ejus  esset  beata  : 
aversa  ab  illo,  quocunque  se    conferret,  remaneret   mi- 
sera.  Sed  haec  trinitas  creata  elegit  potius   per  motum 
*  at.  Crea-   propria?  voluntatis  caderc,    quam  ex    gratia  *   conditoris 
tioniB.       per  liberum  arbitrium  stare.  Cecidit   ergo  per    sugges- 
tionem,    delectationem,   consensum,  ab  ilia    summa  et 
pulchra  trinitate,    scilicet  potentia,   sapientia,   pnritate, 
T.    IV. 


in  quamdam  contrariam  et  fcedam  trinitatem,  scilice  t 
infinnilatem,  ca?citatem,  immtmditiam.  Memoria  cnim 
facta  est  impotens  et  infirma,  ratio  imprudens  et  fcene- 
brosa,  voluntas  impura.  Porro  memoria,  qua?  simplicis 
divinilatis  potentiam  stans  cogitabat,  ab  ilia  cadens  et 
velut  supra  saxa  corruens,  in  tres  partes  confracta  dissi- 
liit,  scilicet  in  cogitationes  affectuosas,  onerosas,  otiosas. 
AlTectuosas  voco  Mas,  in  quibus  ipsaafficitur,  ut  in  earls 
rerum  necessariarum  ,  edendi  ,  bibendi  ,  caeterarum- 
que  *  similium  :  onerosas,  ut  in  exterioribus  adminia- 
trationibus  et  occupationibus  duris  :  otiosas,  quibus  nee 
afficitur  neconeratur,  ettamenab  a3ternorum  contempla- 
tione  per  ilia  distenditur  :  ut  si  cogitet,  verbi  gratia, 
equum  currentem,  aut  avem  volantem. 

2.  Rationis  quoque  triplex  casus  est.  Siquidem  ejus 
erat  discernere  inter  bonum  et  malum,  verum  et  falsttm, 
commodum  el  incommodum  ;  in  quibus  discernendis 
tanla  modo  caligine  ca>catur,  ut  saepe  in  contrariam  du- 


al.  innume- 
rabilium. 


.4.1  VRES  Hi:  SAINT  HEHNAHD. 


faut  discemer  entre  ces  choses  maintenant,  elle  est 
si  aveugle  qu'il  lui  arrive  bii-n  souvent  de  jugei 
tout  le  contraire  de  ce  qui  es',  de  prendre  le  mal 
pour  le  bien,  le  faux  pour  le  yrai,  le  riuisible  pour 
Futile,  et  reciproquement.  Or,  elle  ne  so  trompe- 
rait  jamais  ainsi  dans  ces  mat. civs  si  elle  n'etait 
point  priv^e  de  la  lumiere  avec  laquelle  elle  a  6te 
crvce.  Mais,  comme  elle  est  dechue  aussi,  il  i  si 
hors  de  doute  qu'elle  ne  trouve  plus  autre  chose 
mainteuant  que  les  tenebres  de  sou  aveuglement. 
De  la  vieut  qu'elle  a  perdu  l'iustruuient  qui  lui  etait 
necessaire  pour  administrer  ces  choses,  je  veux 
parler  du  trivium  de  la  sagesse,  c'est-a-dire  de 
l'ethique,  de  la  logique  et  de  la  physique,  autre- 
ment  elites,  science  de  la  morale,  science  de  l'ob- 
servation  et  science  de  la  nature,  car  l'ethique  nous 
apprend  a  choisir  le  bien  el  a  repousser  le  mal;  la 
logique,  a  discerner  le  vrai  du  faux,  et  la  physi- 
que, a  reconuaitre  ce  qui  est  utile  ou  nuisible, 
c'est-a-dire  ce  qui,  dans  la  pratique,  doit  t'tre  pris 
ou  laisse. 
la  Tolonie  a  3.  Vient  ensuite  la  volonte  doDt  la  mine  est 
'  "chute"  egalement  triple.  En  effet,  au   lieu    de   demeurer 


triple  eh 


attachee  a  la  bonte  et  a  la  purete  souveraines  et  de 
n'aimer  qu'elles,  par  un  etfet  de  sa  propre  iniquite, 
elle  est  tomb6e  de  ces  hauteurs   dans  les  bas-fonds 


bienheureuse  Trinite  qui  s'est  souvenue  le  sa  mise- 
riconle  et  qui  a  oublie  nos  fautes.  Ainsi,  le  Fils 
de  Dieu,  envoye  par  son  Pere,  est  venu,  et  il  nous 
a  don  ue  la   foi ;    apres  le   Fils,  le  Saint-Esprit  fut 

envoye  a  son  tour  el  nous  a  appris  et  cIoiiik-  la 
charite.  Avec  ces  deux  biens,  je  veux  dire  avec  la 
foi  et  la  charite,  nous  est  venne  l'esperance  de  re- 
tourner  vers  le  Pore.  Or,  c'est  par  cetle  sorte  de 
trinite,  par  la  Foi,  l'Esperance  et  la  Charite,  que, 
comme  par  une  sorte  de  trident,  la  bienheureuse 
et  immuable  Trinite  a  raniene  du  fond  de  l'abime, 
ou  elle  etait  tombee,  notre  trinite  muable,  dechue 
et  malheureuse.  Aiusi,  la  Foi  a  eclaire  sa  raison, 
l'Esperance  a  rcleve  sa  memoire,  et  la  Charite  a 
purilie  sa  volonte.  Lors  done  que  le  Fils  de  Dieu 
est  venu  et  s'est  fail  homnie,  comme  je  l'ai  dit,  hq 
qui  etait  Dieu,  il  a  fait  comme  un  bon  medecin,  des 
ordonnances  dont  l'execution  devait  nous  rendre 
le  salut  que  nous  avions  perdu.  Pour  nous  les  faire 
accepter  avec  confiance,  il  fit  des  miracles,  et, 
pour  nous  convaincre  deleur  utilite,  il  nous  promit 
la  beatitude. 

5.  On  distingue  done  la  Foi  aux  preceptes,  la 
foi  aux  miracles,  et  la  foi  aux  promesses,  en  d'au- 
tres  termes,  la  foi  par  laquelle  nous  croyons  en 
Dieu,   et    celle    par   laquelle  nous    croyons    Dieu. 


La  supreme 

Trini'r  ;i 

repare  la 

iri[iln  chute 

de  la  nature. 


F.l  ri-la  par 

le  moyen  de 

la  foi,  de 

t'esperauce 

et  de  la 

charite. 


oil  la   concupiscence  de  la   chair,  celle  des  veux  et     Croire    en    Dieu,    c'est    mettre    en    lui   notre   es- 


l'auibition  du  siecle  lui  font  aimer  les  choses  de  la 
terre.  Peut-il  se  concevoir  une  chute  plus  malheu- 
reuse que  celle-la  ou,  par  la  perte  de  la  memoire, 
de  la  raison  et  de  la  volonte,  toute  la  substance  de 
Fame  est  atteinte  d'un  coup  mortel. 

l\.  Mais  cette  chute,    si   grave,   si  tenebreuse,  si 
souillee  de  notre  nature,  elle  a  ete  reparee  par   la 


perance  et  notre  amour.  C'est  par  la  foi  aux  mira- 
cles que  nous  croyons  Dieu,  qui  peut  en  operer  et 
qui  peut  tout.  Par  la  foi  aux  promesses,  nous 
croyons  a  Dieu  qui  accomplit  exactement  tout  ce 
qu'il  promet.  De  merne  on  distingue  aussi  trois 
sortes  d'esperance  qui  decoulent  des  trois  sortes  de 
foi  dont  je  viens  de  parler.   En   effet,   la   foi  aux 


II  y  a  trois 

sortes  de  foi : 

la  foi  aux 

preceptes, 

celle  aux 

miracles  et 

celle  aux 

promesses. 

Croire  en 

Dieu,  Ilieuet 

a  Dieu. 


cat  judicium,  recipiens  malum  pro  bono,  falstim  pro 
vtro,  noxium  pro  commotio,  et  e  converso.  Nunquam 
vero  in  his  falleretur,  si  nunquam  lumine,  a  quo  cicala 
est,  privaretur.  Sed  quia  et  ipsa  inde  cecidit,  procul  du- 
bio  nihil  aliud  quam  tenebras  sine  caecitatis  invenit. 
Unde  factum  est,  ut  et  iustrumentum  perderet,  quo  ilia 
adminisharel,  scilicet  illiud  trivium  sapientiaD,  elhi- 
cam,  logicam,  physicam  :  quas  nos  possumus  aliis  vo- 
care  nominibus.  moralem,  inspectivam,  et  naturalem 
scienliam.  Siquidem  per  ethicam  eligitur  bonum,  re- 
probatur  malum  :  per  logicam  cognoscilur  verum  et 
falsum  :  per  physicam  commodum  et  incommodum  , 
id  est,  quid  in  usum  assumendum  sit,  quid  respuen- 
dum. 

3.  Sequitur  voluntas,  cujus  ruina  similiter  tripertita 
est.  Quae  enim  summae  benignitati  et  puritati  inhaerere 
ct  earn  solam  diligere  debuit  ;  per  propriam  iniquita- 
tem  a  supernis  in  baec  infima  lapsa,  per  concupiscen- 
tiani  carnis,  concupisoentiam  oculorum  ,  et  amhilionem 
saeculi  lerrena  dilexit.  Quid  hoc  infelicius  casu 
potest  aestimari  ,  ubi  pereunte  memoria  ,  ratione  , 
voluntate,  tota  animae  substantia  perimitur. 

4.  Verumtamcn  hunc  tarn  gravem,  tam  tenebrosum, 
tarn  sordidum  lapsutn  nostras  naturae  rcparavit  ilia  beata 
Trinitas,   memor  misericordiae    suae,  immemor  culpae 


nostras.  Vcnit  ergo  a  Palre  missus  Dei  Filius,  el  dedit 
(idem  :  post  Filium  missus  est  Spiritus-Sanctus,et  dedit 
docuilque  charitatem.  Itaque  per  hose  duo,  id  est  fidem 
et  charitatem,  facta  est  spes  rcdeundi  ad  Patrem.  Et 
baec  est  trinitas,  scilicet  Fides,  Spes,  Charilas ;  per 
quam  velut  per  tridentem  reduxit  de  limo  profundi  ad 
amissam  beatiludinem  ilia  incommuLibilis  et  beata  Tri- 
nitas mutabilem,  lapsam,  et  miseram  trinitalem.  Et  Fi- 
des quidem  illuminavit  rationem  ;  Spes  erexit  memo- 
riam  ;  Charitas  veropurgavit  voluntalem.  Cum  ergo  vc- 
nit (ut  dictum  est)  Deus  Filius  et  faclus  est  homo,  qui 
erat  Deus;  lanquam  medicus  bonus  dedit,  praxepta, 
quibus  observatis  reformarelur  salus  amissa.  Ut  vcro 
pra?ceptis  faceret  (idem,  e.xhibuit  signa  :  ut  eorumdem 
praeceptorum  persuaderet  ulilitalem,  promisit  beatitudi- 
nem. 

5.  Est  igitur  fides  alia  praeceptorum,  alia  signorum, 
alia  promissorum  :  id  est  qua  credimus  in  Deum,  qua 
credimus  Deum,  qua  credimus  Deo.  Per  fidem  praecep- 
torum credimus  in  Deum.  Credere  aulem  in  Deum  est 
in  eum  sperare  et  eura  diligere.  Per  fidem  signorum 
credimus  Deum,  qui  talia  potest,  et  omnia  potest.  Per 
fidem  promissorum  credimus  Deo,  qui  quidquid  pro- 
mittit,  veraciter  complct.  Similiter  quoque  spes  triplex 
est,  et  procedit  de  praedicta    triplici  fide.    Nam    de  fide 


SERMONS  DIVERS. 


preeeptes  enfante  l'esperance  du  pardon;  lafoi  aux 
miracles,  fait  naitre  l'esperance  de  la  grace;  et  la 
foi  aux  promesses,  l'esperance  de  la  gloire.  Ou 
trouve  aussi  trois  sortes  de  charite,  car  il  y  a  celle 
qui  vient  «  d'un  cceur  pur,  celle  qui  nait  d'une  con- 
science bonne,  et  celle  qu'eufante  une  foi  non 
feinte  (I  Tim.  i,  5).  »  La  purete  se  rapporte  au 
proehain,  la  conscience  a  nous  et  la  foi  a  Dieu.  Or, 
la  purete  exige  de  nous  que  tout  ce  que  nous  fai- 
sons  tende  au  bien  du  proehain  et  a  la  gloire  de 
Dieu.  Mais  il  est  de  la  plus  grande  importance  que 
nous  prouvions  cette  purete  au  proehain,  car,  si 
pour  ce  qui  est  de  Dieu,  il  n'y  a  point  de  secret  en 
nous,  il  n'en  est  de  meme  pour  le  proehain,  qu'au- 
tant  que  nous  lui  ouvrons  notre  cceur.  Deux  choses 
font  la  bonne  conscience  :  e'est  la  penitence  et  la 
continence;  par  l'une,  en  effet,  nous  expions  les 
peches  que  nous  avons  commis,  etpar  la  continence 
nous  cessons  d'en  commettre  d'autres  qu'il  faille 
expier  ensuite;  voila  le  devoir  que  nous  avons  a 
remplir  envers  nous.  Apres  cela,  vient  la  foi  non 
feinte  que  nous  devons  avoir  a  cceur  de  prouver  a 
Dieu,  et  qui  ne  saurait  nous  permettre  ni  de  l'of- 
fenser  a  cause  de  l'amour  que  nous  avons  pour  le 
proehain,  ni  de  nous  montrer  moins  soumis  a  ses 
commandements  a  cause  de  notre  conscience  que 
nous  voulous  maintenir  dans  l'huniilite  par  la  pe- 
nitence et  par  la  continence;  voila  en  quoi  consiste 
la  foi  non  feinte.  La  foi  non  feinte  est  iniso  ici  par 
opposition  avec  la  foi  morte  et  la  foi  feinle.  La  foi 
morte  est  la  foi  sans  les  ceuvresjla  foi  feinte  est 
celle  qui  ne  croit  que  pour  un  temps,  et  qui  s'eva- 
nouit  a  l'approche  de  la  tentation;  voila  meme 
d'oului  vient  son  nom  de  feinte  ou  fragile. 


Recapitula- 
tion. 

Ditft  rente* 
trinitas. 


praeceptorum  oritur  spes  veniae  :  de  fide  signorum,  spes 
gratia?  :  de  fide  promissorum,  spes  gloria3.  Cliaritas  iti- 
dem  ternario  numero  colligitur,  de  cords  paro  ,  et  de 
conscientia  bona,  et  fide  non  ficta.  Purilalem  debemus 
proximo,  conscientiam  nobis,  (idem  Deo.  Puritas  autem 
est,  ut  quidquid  agitur,  aut  ad  utilitatcm  pioximi,  ant 
ad  hoQorem  liat  Dei.  Maximeautem  exhibendaest proxi- 
mo, quia  Deo  manifesti  sumus  :  proximo  autem  non 
possumus,  nisi  in  quantum  illi  cor  nostrum  aperimus. 
Conscientiam  bonam  faciunt  in  nobis  duo,  peenitentia  et 
eontinentia  :  quando  scilicet  per  pcenitentiam  peccata 
commissa  punimus,  et  per  continentiam  deinceps  pu- 
nienda  non  committimus  :  et  banc  debemus  nobis.  Post 
hasc  superest  fides  non  ficta,  quae  Deo  vigilanter  exhi- 
benda  est,  ut  nee  propter  proximum,  cut  nos  impendi- 
mus  charitatem,  offendamus  Deum;  nee  propter  cons- 
cientiam, quam  per  pcenitentiam  et  continentiam  in  hu- 
militate  custodire  volumus,  minus  exsequamur  manda- 
torum  Dei  obedientiam  :  et  haec  est  fides  non  ficta.  Non 
ficta  autem  ponitur  ad  differentiam  mortua?  fidei,  et  fic- 
tas.  Mortua  (ides  est,  quae  sine  operibus  est.  Fides  ficta, 
quae  ad  tempus  credit,  et  in  tempore  tentationis  recedit, 
unde  etiam  ficta,  id  est  fragilis,  dicitur. 

6.  Haec  omnia  brevius  possumus  colligere,  ut   facilius 
commendentur  memoriae.  Dicamus  ergo   :   est  Trinitas 


6.  Nous  [iouvoiis  resumer  lout  ce  que  nous  ve- 
nous de  dire  en  quelques  mots  seulement,  pour  le 
graver  plus  facilement  dans  la  memoire.  Je  dis 
done  qu'il  y  a  la  Trinite  creatrice,  Pere,  Fils  et 
Saint-Esprit,  des  mains  de  laquelle  est  tombee  la 
trinite  creee,  memoire,  raison  et  volonte.  11  y  a 
encore  la  trinite  par  laquelle  la  seconde  est  tombee, 
e'est  la  trinite  suggestion,  delectation  et  consente- 
ment:  puis  la  trinite  dans  laquelle  elle  est  tombee, 
la  trinite  impuissance,  aveuglement  et  souillure,  et 
eulin  la  trinite  qui  est  tombee,  e'est  la  trinite  me- 
moire, raison  et  volonte.  Chacun  des  termes  de 
cette  trinite  a  fait  une  trinite  de  chutes.  La  me- 
moire est  tombee  dans  trois  especes  de  pensees  qui 
sont  les  pensees  affect ueuses,  les  pensees  onereuses 
et  les  oiseuses.  La  raison  est  tombee  aussi  dans 
une  triple  ignorance,  l'ignorance  du  bien  et  du 
mal,  duvrai  et  du  faux,  de  l'utile  et  du  nuisible. 
De  meme  la  volonte  est  tombee  dans  la  concupis- 
cence de  la  chair,  dans  celle  des  yeux,  et  dans 
l'ambition  du  siecle.  II  y  ae,ncoie  la  trinite  par  la- 
quelle celle  qui  est  tombee  se  releve,  e'est  la  Foi, 
l'Esperance  et  la  Charite,  qui  se  subdivisent  chacune 
en  trois  branches.  En  effet,  il  y  a  la  foi  aux  preeep- 
tes, celle  aux  miracles  et  celle  aux  promesses.  De 
meme,  il  y  a  l'esperance  du  pardon,  celle  de  la 
grace  et  celle  de  la  gloire  ;  et  entin  la  charite  se  • 
divise  en  charite  d'un  coeur  pur,  d'une  conscience 
bonne  et  douce,  d'une  foi  non  feinte. 

QUARANTE-SIXIEME    SERMON  \  *  C'etait  le 

second  des 

De  la  connexion  de  la  virrjinitc  et  de  I'humiliti.  'ions?'" 

Je  vous  salue,  Marie,   pleine  de   grace   (Luc.  1, 


creatrix,  Pater  et  Films  et  Spiritus-Sanctus,  ex  qua  ce- 
cidit  croata  trinitas,  memoria,  ratio,  et  voluntas.  Est  et 
trinitas  per  quam  cecidit,  videlicet  per  suggestionem, 
delectationem,  consensum.  Etcst  trinitas  in  quam  ceei- 
dit,  videlicet  impotentia,  caecifas,  immunditia.  Rursus 
trinitas  qua?  cecidit,  id  eat  memoria,  ratio,  voluntas. 
Singula?  cujusque  tripertitus  exstitit  casus.  Memoria 
cecidit  in  tres  species  cogitationum;  affectuosas,  onero- 
rosas,  otiosas.  Ratio  in  triplicem  ignorantbm;  boni  et 
mali,  veri  et  falsi,  commodi  et  incommodi.  Voluntas  in 
concupiseentlam  carnis,  concupiscentiam  oculorum,  et 
ambitionem  saeculi.  Est  trinitas  per  quam  resnrgit,  sci- 
licet fides,  spes,  charitas.  Qua?  Irimembres  habent  sub- 
divisiones.  Est  enim  fides,  praeceptorum,  signorum, 
promissorum  :  est  et  spes  venia?,  gratis,  gloris  :  et  e9t 
charitas  de  corde  puro,  et  conscientia  bona,  et  fide  non 
ficta. 

SERMO  XLV1. 

De  virginitatis  et  hurnilitatis  connexions. 

Ave  Maria  gratia  plena.  Non  in  sola  virginitate  cons- 
tare  poterat  gratia?  plenitudo  :  neque  enim  omnibus  est 


(IKUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


28).  »  La  plenitude  de  la  grace  ne  pouvait  cou- 
sister  dans  la  settle  virginity,  atteadn  qu'iln'estpas 
donne  a  tout le  monde  de  recevoir  de  cette  pleni- 
tude-la.. Heureux  ceui  qui  n'ont  point  souille  leurs 
robes  et  qui  se  glorifient,  avec  notre  Heine,  du  pri- 
vilege de  la  virginite.  Mais  n'avez  vous  qu'une 
seule  benediction,  6  ma  maitresse?  Je  voussnpplie 
tie  me  benir  aussi.  La  vertu  Je  purete  a  peri  en 
moi  a  et  je  n'ai  plus  memo  la  force  de  soupirer 
apres  elle.  J'ai  pourri  sur  mon  fnmier,  et  je  snis 
devenu  semblable  aux  betes  de  somme,  mais  ne 
trouverai-je  point  quelque  cbose  aupres  de  vous,  et 
s'il  ne  m'est  plus  permis  de  vous  suivre  parlout  oil 
vousallez,  ne  pourrai-je  du  moins  demeurer  quelque 
part  avec  vous?  L'ange  cherche  une  jeune  filleque 
le  Seigneur  a  prepare*  au  fils  du  Seigneur.  11  a  bu 
a  votre  urne,  car  il  etait  charms  d'une  vertu  parente 
de  la  sienne;  mais  no  donnerez-vous  point  aussi  a 
boire  aux  betes  de  somme  (Gen.  xxiv,  14)  ?  L'ange 
n'a  bu  que  parce.  que  vous  ne  connaissiez  point 
d'homme,  que  les  betes  de  somme  boivent  aussi 
puisque  vous  vous  glorifiez  par  dessus  lout  de  votre 
humilite.  Vous  dites,  en  effet  :  «  Le  Seigneur  a 
jete  les  yeux  sur  l'humilite  de  sa  servante  (Luc. 
l,  li8).  »  La  virginite  sans  l'humilite  est  une  gloire, 
sans  doute,  mais  non  aux  yeux  de  Dieu.  Le  Tres- 
Haut  regarde  toujours  les  cboses  basses  et  humbles, 
et  ne  voit  qu'avec  mepris  les  choses  elevees  (Psal. 
cxxxvii,  5).  11  donne  la  grace  aux  humbles  et  re- 
siste  aux  superbes  (Jacob,  iv,  16.)  Mais  peut-etre, 
votre  urne,  6  Yierge,  n'est-elle pas  remplie  seule- 
ment  par  deux  mesures,elle  est  capable  d'en  rece- 
voir une  troisieme;    en  sorte  que,   non-seulernent 

a  Bellarmin  se  fonde  sur  ccs  paroles  pour  revoquer  en  doute 
que  ce  sermon  soil  de  saint  Bernard  dont  la  purete  ne  souffrit 
jamais  la  moindre  atteinte.  Mais  qui  empeche  de  voir  dans  ces 
mots  le  Iangage  d'une  amc  pleine  de  modestie  qui  ne  s'exprime 
ainsi  qu'eu  songeant  aux  chutes    des  honimes  en  general  ?  Peut- 


de  ea  accipere.  Felices  qui  non  inquinaverunt  vestimenta 
sua,  etcum  Regina  nostra  virginitalisprivilegioglorianlur. 
Sed  num  unam  tantum  benediclionem  habes,  o  Domina? 
Et  mihi  obsecro  ut  benedicas.  Peiiit  virtus  ilia  a  me, 
non  est  jam  vol  adspiraro  ad  illam.  Compufrui  in 
stercore  meo,  et  ut  jumentum  factus  sum  :  sed  numquid 
non  erit  milii  etiam  aliquid  apud  tc?  nonerit  ubi  possim 
esse  tecum,  quiajam  sequi  non  valeo  quocunquc  ieris? 
Quaerit  angelus  puellam,  quam  praiparavit  Dominus  (ilio 
domini  sui.  Bibit  ipse  de  hydria  tua,  cognata  sibi 
virtute  delectatus  :  sed  numquid  non  etjumentis  potum 
tribues?  Bibit  angelus,  quod  virum  non  cognoscis  : 
bibant  et  jumenta,  quod  de  bumilitate  singulariter 
gloriaris.  Respexit,  inquit,  Dominus  humilitatem  ancillw 
sum.  Nam  virginitas  sine  humilitate  habct  fortasse  glo- 
riam,  sed  non  apud  Deum.  Humilia  semper  excelsus 
respicit,  et  alta  a  longe  cognoscit.  Humilibus  dal  gratiam, 
superbis  resistit.  Sed  forte  ne  in  his  quidem  duabus 
metretis  plena  est  hydria  tua  :  capax  est  etiam  tertian, 
ut  non  modo  angelus  et  jumenta,  sed  ipse  jam  bibat 
architriclinus.  Hoc  enim  vinumbonum,  quod  servavimus 


l'ange  et  la  bete  de  somme  puissent  s'ahreuver  a 
cette  urne,  mais  que  le  maitre-d'holcl  le  puisse 
aussi.  Voila,  en  clfet,  le  bon  vin  que  nous  avuns 
conserve  jusqu'a  ce  moment;  l'ange  est  leservileur 
qui  en  puise,  mais  il  n'en  puise  que  pour  en  por- 
ter au  maitre-d'hotel,  je  ma  dire  au  Bere  qui, 
etant  le  principe  de  la  Trinite,  petit,  a  bon  droit, 
s'appeler  maitre-d'hotel.  Enfin,  l'ange  signale  a 
notre  attention  la  fecondite  de  Marie  qui  est  latroi- 
sieme  mesure  quandil  nousdit :  «  Le  fruit  saint  qui 
itailra  de  vous  sera  appele  le  fils  de  Dieu  (Lw.  i, 
32).  »  C'est  comme  s'il  avait  dit  :  11  n'y  a  qu'avec 
lui  que  cette  generation  vous  soit  commune. 

QUARANTE-SEPT1LME  SERMON  *. 

Les  quatre  orgueils. 

«  Je  vous  salue,  Marie,  pleine  de  grace,  »  oui 
vraiment  pleine  de  grace,  car  elle  est  pleine  aux 
yeux  de  Dieu,  des  anges  ct  des  hommes;  aux  yeux 
de  ces  derniers  par  sa  fecondite  ;  aux  yeux  des  an- 
ges par  sa  purete,  et  aux  yeux  de  Dieu  par  son 
humilite.  C'est  dans  cette  troisieme  vertu  qu'elle  se 
dit  l'objet  des  regards  de  celui  qui  abaisse  ses 
yeux  sur  les  choses  humbles  et  les  detourne  avec 
mepris  de  celles  qui  sont  elevees.  Car,  de  meme  que 
les  regards  de  Satan  se  portent  sur  tout  ce  qui  est 
sublime,  ainsi  ceux  du  Seigneur  ne  s'abaissent  que 
sur  les  humbles  (Psal.  cxxxvil,  5).  Aussi,  dit-il, 
dans leCantique  des  cantiques  :  iiRevenez,  revenez, 
6  Sunamite,  revenez,  revenez  que  je  vous  considere 
(Cant,  vi,  12).  »  S'ilrepete  quatre  fois  de  suite,  re- 

etre  bicn  aussi  l'orateur  se  confond-il,  en  cette  circonstancc, 
avec  ses  auditeurs.  C'est  la  remarque  de  Horstius  dans  ses 
notes.  En  tout  cas,  ce  sermon  se  trouvc  attribue  a  saint  Bernard 
dans  les  plus   anciennes  editions. 


usque  adhuc,  minister  angelus  haurit,  sed  til  ferat 
architriclino.  Patrem  loquor,  qui  principium  Trinitatis, 
architriclinus  jurevocatur.  Ait  saneangelus.ftEcundilalem 
Mariae  commendans,  quie  tertia  est  metreta  :  Quod  ex  le 
nascetur  Sanctum,  vocabitur  Filius  Dei;  ac  si  dicat 
Cum  eo  solo  tibi  est  generatio  ista  communis. 

SERMO  XLVII. 


De  quadruplici  superbia. 

Ave  Maria  gratia  plena.  Bene  plena;  quia  Deo,  et 
angelis,  cthominibus grata.  Hominibusper  foecunditatem, 
angelis  per  virginitatem,  Deo  per  humilitatem.  In  hoe 
tertio  a  Domino  se  respectam  teslatur,  qui  humilia 
respicit,  et  alta  a  longe  cognoscit.  Sicut  enim  oculi 
Satanaj  omne  sublime  vident,  ita  oculi  Domini  omnem 
humilem  intuentur.  Unde  ait  in  Cantico  canticorum  : 
lievertere,  reverterc,  Sunamilis ;  revertere,  revertere,  ut 
intueamur  te.  Quater  dicit,  Revertere,   propter  quadru- 


SERMONS  DIVERS. 


vcnez,  c'est  a  cause  des  quatre  sortes  d'orgueil  qui 
l'avaient  detournee  de  Dieu  el  souslraite  a  ses  re- 
1  j  a  quatre  gards.  En  effet,  il  y  a  l'orgueil  du  coeur  \  celui  de 
ipgneiis.i'or-  ja  j,ouciie  ceiui  Jes  ceuvres,  et  enlin  l'orgueil  de 
ceeur,  de  la  l'kabit.  L'orgueil  du  cceur  est  celui  qui  fait  que 
wwe/et'de  Thomme  est  grand  a  ses  veux.  C'est  de  ret  orgueil 
l'habit.  que  je  §age  Jenjande  a  etre  delivre  quand  il  dit 
u  Ne  me  donnez  point  des  veux  altiers  {Eccli.  xxm, 
5),  »  et  ailleurs  :  «  Malheur  a  tous  qui  etes  sages 
a  vos  yeux  (ha.  v,  21).  »  L'orgueil  de  la  bouche 
ou  de  la  langue  s'appelle  encore  jactance,  c'est 
quand  un  homme,  non  content  d'avoir  de  hauls 
sentiments  de  sa  personne,  parle  de  lui  en  termes 
qui  Televent.  Aussi,  le  I'salmiste  dit-il  :  «  Que  le 
Seigneur  perde  entitlement  toutes  les  levres  trom- 
peuses,  et  la  langue  qui  parle  avec  jactance  (Psal. 
xi,  h).  »  Quant  a  l'orgueil  des  ceuvres,  c'est  quand 
un  homme  fait  tout  ce  qu'il  peut  pour  paraitre 
grand.  Le  Psalmiste  en  parle  aussi  en  ces  termes  : 
«  Celui  qui  agit  avec  orgueil  ne  demeurera  point 
dans  ma  maison  (Psal.  c,  9;.  »  L'orgueil  des  ha- 
bits est  celui  qui  porte  l'homme  a  se  vetir  d'habils 
somptueux  pour  paraitre  glorieux.  C'est  cet  orgueil 
qui  inspire  a  saint  Paul  ce  langage  :  «  Ce  n'est  pas 
dans  des  habits  precieux  (1  Tim.  u,  9),  »  etau  Sei- 
gneur ces  paroles  :  «  Ceux  qui  s'habillent  d'une 
maniere  delicate  se  trouvent  daus  la  maison 
>■  a  cinq  des  rois  (Matt .  xi,  9),  »  oil  l'orgueil  abonde.  Or, 
,  le  Seigneur  a  donne  a  Tame  raisonnable,  cinq  re- 
medes  contre  cette  peste  mortelle,  le  lieu,  le  corps, 
la  t  ntation  du  diable,  la  predication  de  Jesus- 
Christ,  et  l'exemple  de  sa  vie.  Le  lieu,  car  nous 
soinmes  en  exil ;  le  corps,  car  il  est  pesant ;  la  ten- 
tation,  car  elle  inquiete;  la  predication  de  Jesus- 
a  L'auteur  des  Fleurs  de  saint    Bernard  rapporte  ce  passage 


Christ,  parce  quelle  edifie,  et  l'exemple  de  sa  vie, 
parce  qu'il  forme.  Car,  de  meme  que  Fame  est  la 
vie  du  corps,  ainsi  Dieu  est  la  vie  de  Tame,  et  de 
meme  que  le  corps  est  mort  quand  il  cesse  de  sen- 
tir,  daus  ses  cinq  sens,  Taction  de  l'ame,  ainsi  Tame 
est  morte  quand,  par  ces  moyens,  elle  ne  se  sent 
plus  humiliee  par  le  Seigneur. 

QUARANTE-HUITIEME  SERMON  \ 
La  pauvrete  volontaire. 

«  Jesus  entra  dans  une  bourgade  appelee  Be- 
thanie,  et  une  femme  nominee  Marthe  le  recut 
dans  sa  maison  (Luc.  x,  38).  »  La  bourgade  ou 
Jesus-Christ  est  entre  est  la  pauvrete  volontaire, 
elle  met  ses  habitants  a  couvert  de  la  double  atta- 
que  dont  ils  sont  Tobjet  de  la  part  des  amateurs  de 
ce  nionde,  je  veux  dire  de  leur  propre  envie  a 
eux,  et  de  Tenvie  des  autres.  En  effet,  la  pauvrete, 
etant  reputee  misere,  est  a  Tabri  de  Tenvie  des 
autres,  et  lorsqu'elle  est  volontaire  elle  ne  por- 
te elle-meme  envie  a  personne.  Les  deux  soeurs 
de  Bethanie  sont  Timage  des  deux  sortes  de  vie 
que  menent  les  amants  de  la  pauvrete.  Les  uns, 
avec  Marthe,  se  tourmentent  et  preparent  deux  plats 
au  Seigneur  Jesus,  je  veux  dure  le  plat  de  la  cor- 
rection de  leurs  oeuTres  avec  assaisonnement  de 
contrition,  celui  des  oeuvres  de  piete  avec  le  condi- 
ment de  la  devotion.  Quant  a  ceux  qui,  avec  Marie, 
vaquent  uniquement  a  Dieu,  ilsconsiderent  ce  qu'est 
Dieu  dans  le  monde,  dans  les  hommes,  dans  les 
anges,  en  lui-meme  et  dans  les  reprouves.  Dans 
leur  contemplation  Dieu  leur  apparait  comme  le 
directeur  et  le  gouverneur  du  monde,  le  libera- 
teur  des  hommes  et  leur  aide,  le  sauveur  et  la  gloi- 

dans  son  litre  n,  chap.  xu. 


plicem  superbiam,  per  quam  aversa  a  Domino  non 
videbatur.  Est  enirn  superbia  cordis,  superbia  oris, 
superbia  operis,  superbia  habitus.  Superbia  cordis  est, 
quando  homo  in  oculis  suis  magnus  est.  Contra  quam 
sapiens  orat,  dicens  :  Extollenliam  oculorum  meorum  ne 
dederis  mihi.  Et  alibi  :  Vie  qui  sapientes  estis  in  oculis 
vestris.  Superbia  oris  vel  linguae,  quae  et  jactantia 
dicitur,  est  quandn  homo  non  solum  magna  de  se  sentit, 
scd  etiam  loquitur.  Unde  psalmista  :  Disperdat  Dominus 
universa  labia  dolosa,et  lingtuan  magniloquam.  Superbia 
operis  est,  quando  homo  exteriori  quadam  superbia,  ut 
magnus  appareat,  agit.  De  qua  idem  Psalmista  ait :  Non 
habitabit  in  medio  domus  mea;  qui  facii  superbiam.  Su- 
perbia habitus  est,  quando  homo,  ut  gloriosus  videatur, 
pretiosi3  se  ornat  vestibus.  Unde  Paulus  :  Non  in  i-este 
preiiosa.  Et  Dominus  :  Qui  mol/ibus  vestiuntur,  in 
domibus  regum  sunt,  ubi  superbia  abur.dat.  Sunt  autem 
quinque,  quae  ad  remedium  lam  mortifera  pestis  a 
Domino  rationali  anima?  sunt  posita,  locus,  corpus, 
tentatio  diaboli,  praedicatio  Christi,  et  ejus  conversatio. 
Locos,  quia  exsilium  :  corpus,  quia  onerosum  :  tentatio, 
quia  inquietat  :  Christi  praedicatio,  quia  ajdificat  :  et 
ejus  conversatio,  quia  informal.  His  quasi  quinque 
sensibus  Deus  humilitatem    operatur   in    annua.   Sicut 


*  C'etait  le 
quatrieme 
des  Petits 
sermons. 


La  pauvrete 

est  a  couvert 

de  sa  propre 

envie  et  de 

I'envie  des 

autres. 


Objet  de  sa 
contempla- 
tion. 


enim  anima  vita  est  corporis,  ita  Deus  vita  est  animae  : 
et  sicut  corpus  mortuum  est,  quod  per  quinque  sensus 
ab  anima  non  vegetatur  :  ita  anima  mortua  est,  quae  per 
hffic  a  Domino  non  humiliatur. 

SERMO  XLVIII. 


De  puupertate  voluntaria. 

Intravit  Jesus  in  quodam  castellum,  et  mulier  qum- 
dam,  Martha  nomine,  excepit  ilium  in  domum  suam. 
Castellum  ubi  Christus  intravit,  voluntaria  est  paupertas, 
quae  habitatores  suos  a  gemina  impugnatione,  qua  hujus 
mundi  amatores  expugnantur,  reddit  securos,  scilicet 
propria  invidia,  et  aliena.  Paupertas  enim,  dumputatur 
misera,  aliena  caret  invidia  :  et  quia  est  voluntaria,  ne- 
mini  quidquam  invidet.  Duae  istae  sorores  duas  vitas 
amatorum  paupcrtatis  significant.  Quidam  cum  Martha 
solliciti  Domino  Jesu  duo  pulmentaria  praeparant, 
scilicet  correctionem  operis  cum  salsamento  contritio- 
nis,  et  opus  pietatis  cum  condimento  devotionis.  Hi 
vero  qui  cum  Maria  soli  Deo  vacant,  considerantes  quid 
sit  Deus  in  mundo,  quid  in  hominibus,  quid  in  angelis. 


6 


OEUVRES  DE  SAINT  HEUNARD. 


I 

ettiquu  me 
des  l'etils 
sermon?. 


II  y  a  trois 
Verbes. 


ro  il<'.-  anges;  en  lui-mdme,  le  principe  ct  la  fin,  la 
terreur  el  l'horreur  des  rfeprouves.  Dans  ses  crea- 
tmvs.il  est  admirable)  il  est  aimable  dans  les  hom- 
ines, il  est  desirable  dans  les  anges,  incompre- 
hensible en  lui-memc  et  intolerable  dans  les  re- 
prouves. 

QUARATNTE-NEUV1EME   SERMON  \ 

Des  de  paroles  on  de  vertus. 

«  Le  jour  exhale  line  parole,  un  verbe,  au  jour 
(Psal.  win.  2).  »  Le  jour  qui  s'adresse  aujour, 
rest  t'ange  qui  parle  a  la  Vierge.  L'ange  est  appele 
jour  a  cause  tie  sa  l'elicite,  or,  la  Vierge  recoit  le 
meme  iiiMn .  a  raison  de  sa  vertu  <le  purete.  «  Et 
la  nuit  donne  la  science  a  la  nuit.  »  La  nuit  c'est 
le  serpent  a  cause  de  sa  malice,  c'est  egalemeut  la 
femine  i  i  use  de  sun  ignorance.  i<Le  jour  pro- 
fere  un  verbe  au  jour,  »  la  divinite  a  la  virginite, 
du  sein  de  la  majeste  du  Pere,  dans  le  sein  de  la 
virginite  de  la  mere.  Autrement  encore  :  «  Le  jour 
profere  un  verbe.  une  parole  au  jour;  »  c'est  Dieu 
le  Pere  proferant  son  Verbe  a  l'ame  raisonnable 
eclair^e  par  la  foi.  «  Et  la  nuit  donne  la  science  a 
la  nuit;  »  la  creature  raisonnable  a  l'ame  raison- 
nable que  la  foi  u'eclaire  point  encore.  Voila  ce 
qui  fait  dire  a  l'Ap6tre  :  «  Ce  qu'il  y  a  d'invisible 
en  Dieu,  est  devenu  visible  depuis  la  creation  du 
monde  par  la  connaissance  que  ses  creatures  nous 
en  donnenl  (Rom.  i,  20).  »  Voila  pourquoi  aussi 
nous  parlons  du  Verbe  indique,  du  Verbe  inspire. 
a  et  du  Verbe  profere.  Le  premier  fait  la  connais- 
sance, le  second,  la  conversion  et   le  troisienie,   la 

a  L'auteur  des  Fleurs  de  saint    Bernard,  reproduit  ce  passage, 


quid  in  scipso,quid  in  reprobis;conlemp]antur  quia  Deus 
est  mumii  rector  et  gubernator,  hominum  liberator  et 
adjutor,  angelorum  sapor  et  decor,  in  seipso  prin- 
cipium  et  finis,  reprobonim  terror  ct  horror.  In  crea- 
luris  mirabilis,  in  hominibus  amabilis,  in  angelis  de- 
siderabilia,  in  seipso  incomprehensibilis,  in  reprobis 
intolerabilis. 

SERMO  XLIX. 
I> !  (ripUci  verba. 

/><  mm.  I)ies  diei,  angelus  Virgini. 

Dies  angelus  propter  beatitudinem  ;  Virgo  dies  propter 
intcgrilatis  virtutom.  /•.'/  nox  nodi  indicat sciendum. 
Serpens  nox  propter  malitiam  :  mulier  nox  propter 
ignoraniiaiD.  Dies  diei  eructat  verbum.  Deltas virginitati, 
de  utero  paternal  majestatis,  in  utero  maternae  intcgri- 
latis. Aliter  :  Dies  diei  eructat  verbum;  Deus  Pater 
animae  rationali  per  (Idem  illuminate.  Et  nox  nocti  in- 
ra  rationalis  animae  rationali  non- 
duni  |  illuminate.    Unde    Apostolus  :  Invisi- 

biHa  Dei  per  ea  qua  facta  ntnt,  intellecta  conspiciuntur 
le  nos  dicimus  verbum  indicatom, 


vivitication.  Le  premier  a  nui,  le  second  n'a  point 
servi,  et  le  troisienie  a  vivitie.  Le  premier  a  nui, 
«  parce  que,  ayant  counu  Dieu,  les  homines  ne 
l'ont  point  glorifie  comme  Dieu,  et  ils  ne  lui  ont 
point  rendu  graces,  mais  ils  se  sont  egares  dans 
leurs  vains  raisonnemeuts,  et  leur  cceur  insense 
s'est  renipli  de  tenebres  (Ibidem.  21).  »  Le,  second 
n'a  point  servi,  parce  qu'il  n'a  point  donne  une 
loi  qui  pent  vivilier.  Mais  le  troisienie  a  vivitie 
parce  qu'il  nous  a  rachetes  par  la  croix.  Le  pre- 
mier est  tout  entier  au  dehors,  le  second  est  moi- 
tie  au  dehors  et  nioitie  au  dedans,  et  le  troisienie 
est  tout  entier  au  dedans.  Notez  de  plus  que  ce  qui 
s'exhale,  ne  s'echappe  de  noire  bouche  qu'en  etn- 
portaut  une  cerlaine  odeur  de  noire  propre  subs- 
tance, et  voila  pourquoi  la  sagesse  incarnee  est 
representee  comme  ayant  en  soi  loute  plenitude, 
dans  les  miracles  toute  connaissance,  dans  la  doc- 
trine toute  conversion,  dans  la  passion  toute  vivi- 
tication. C'est  ce  qui  faisait  dire  au  Prophete  : 
«  Venez  el  revenons  au  Seigneur ;  parce  que  c'est 
lui-meme  qui  nous  a  pris  et  qui  nous  gueiira  ;  lui 
qui  nous  frappera  et  prendra  soin  de  nos  bles- 
sures.  11  nous  rendra  la  vie  dans  deux  jours  (Osec. 
vi,  1),  »  e'est-a-dire  apres  les  deux  jours  de  la  con- 
naissance et  de  la  conversion  ;  «  le  troisienie  jour 
il  nous  ressuscilera,  »  a  la  voix  du  Verbe  incarne 
par  sa  premiere  resurrection  :  «  et  nous  vivrons  en 
sa  presence,  »  vivifies  par  sa  passion,  et  eclair6s 
d'une  sereine  lumiere  par  la  connaissance  des  mi- 
racles. «  Puis  nous  marcherons  sur  ces  pas,  pour 
connaitre  le  Seigneur,  »  instruits  par  la  conversion 
de  sa  doctrine. 

dans  son    livre  yni,  chapitre  II. 


verbum  inspiralum,  verbum  eructatum.  Priraum  fecit 
cognitioncm,  secundum  conversionem  ,  tertium  vivi- 
ficationem.  Primum  obfuit ,  secundum  non  profuit, 
tertium  vivificavit.  Primum  obfuit  :  quia  cum  cognovit- 
sent  Deum,  non  sicut  Deum  glorificaverunt,  aut  gratias 
egeru.nl,  sed  eoanuerunt  in  cogitutionibus  suit,  et  obs- 
curatum  est  insipiens  cor  eorum.  Secundum  non  pro- 
fuit :  quia  non  data  C3t  lex  ,  qnaj  posset  vivificare. 
Tertium  vivificavit  :  quia  per  crucem  redemit.  Primum 
lotum  deforis ;  secundum  foris  et  intus,  tertium  totum 
intus.  Et  nota,  quia  quod  eractatur,  de  pleniludinc 
eruclantis  cum  quodam  ipsius  substantia;  sapore  pro- 
fertur.  Et  idcirco  Sapienlia  incarnata  dicitur  habens  in 
se  omncm  plonitudinein,  in  miraculis  cognitioncm,  in 
doctrina  conversionem,  in  passione  vivifioationcm.  Un- 
de ait  Propheta  :  Venite  et  revertamur  ad  Dominum  . 
(/uia  ipse  eepit,  et  sanabit  nos  •  perculiet,  et  curabit  nos: 
Viviftcabit  nos  post  duos  dies,  scilicet  cognilionis  ct 
conversions  :  in  die  terlia  suscitabit  «ot,  voce  Vcrbi 
incarnati  per  primam  suam  rcsurrcctionem  :  et  vivemus 
in  conspeclu  ejus,  vivificali  per  passionem,  sereniua 
illuminati  per  miraculonun  cogintioncm  :  sequemur  ut 
cognoscamus  Dominum,  instructi  per  doctrinae  conver- 
sionem. 


SERMONS  DIVERS. 


•  C'etait  le 

sixieme  des 

Pelita 

sermons. 


Partout  le 
hrist  estroi 


CINQl'ANTIEME  SERMON  *. 

//  favt  bien  regler  les  affections  tie  I'dme. 

1.  «  Sortcz,  filles  de  Sion,  et  voyez  voire  Roi  Salo- 
mon [Cant,  in,  11).  »  Si  l'auteursaere  ne  Jit  point, 
venez  voir  l'Ecclesiaste  on  Idida,  car  Salomon  por- 
tait  aussi  ces  deux  Doms,  e'est  qu'il  veut  parler  de 
Jesus-Christ,  notre  vrai  Salomon,  qui  est  Salomon, 
c'est-a-dire,  le  pacifique  dans  l'exil ;  l'Ecclesiaste, 
c'est-a-dire  l'oraleur,  dans  le  jugement ;  Idida, 
c'est-a-dire,  l£  cheri  du  Seigneur,  dans  le  royau- 
me  ;  mais  qui  partout  est  Roi.  Dans  l'exil  il  est 
la  regie  des  mceurs  ;  au  jugement,  il  discerne  les 
merites,  et  dans  le  royaume,  il  les  recompense  a. 
Dans  l'exil  il  est  doux,  au  jugement  il  est  juste,  et 
dans  son  royaume  il  est  glorieux.  11  est  aimable 
dans  l'exil,  terrible  sur  son  tribunal,  et  admirable 
dans  son  royaume.  «  Sous  le  diademe  dont  sa  mere 
lui  a  ceiut  le  front.  »  Or,  ce  diademe  est  une  cou- 
ronne  de  misericorde,  et  sous  elle  il  est  mi  objet 
d'imitation.  Sa  maratre  lui  a  ceint  le  front  d'une 
couronne  de  misere,  mais  avec  cette  couronne-la 
il  est  meprisable  :  je  veux  parler  de  la  Synagogue 
qui  a  ete  pour  lui  non  une  mere,  mais  une  mara- 
tre. Sa  famille  le  couronnera  d'une  couronne  de 
justice,  et  sous  elle  il  sera  terrible.  Son  Pere  le 
couronne  aussi,  mais  d'une  couronne  de  gloire,  et 
avec  elle  il  est  digne  d'envie.  Que  les  pecheurs  le 
coutemplent  done  avec  sa  couronne  de  misere, 
c'est-a-dire,  avec  sa  couronne  d'epines,  et  qu'ils  en 
soient  saisis  de  componction.  Que  les  lilies  de  Sion, 

a  Le  commencement  de  ce  sermon    u'est  guere    qae  la  repro- 
duction dn  second  sermon  ponr  ie  jonr  de  T'Epipbanie,  n.  1. 
b  Au  sujet  de  ces  affections  de  l'ame,  on  pent  retire  les  notes 


les  Ames  affectueuses  le  regardent  avec  sa  couron- 
ne de  misericorde  et  1'imitent.  Les  mechants  le 
verront  aussi  portant  la  couronne  de  justice,  et  ils 
periront.  Les  saints  le  verront  pare  de  la  couronne 
de  gloire,  et  ils  en  seront  pour  toujours  dans  la 
joie. 

2.  «  Sortez,  Giles  de  Sion,  »  ames  dedicates,  allez 
du  sens  de  la  chair  a  l'intelligence  de  l'esprit,  de 
la  servitude  de  la  concupiscence  ckarnelie  a  la 
liberie  de  l'intelligence  spiriluelle;  «  et  voyez  le 
roi  Salomon  sous  le  diademe  dont  sa  mere  l'a  cou- 
ronne. »  Ceux  qui  marchent  sur  ses  traces  sont 
aussi  couronnes,  mais  e'est  a  dessein,  et  ils  sont  en 
cela  aides  de  la  grace.  II  n'y  a  que  lui  qui  soit 
couronne  par  sa  mere,  parce  qu'il  n'y  a  que  lui 
qui  soit  sorti  du  sein  maternel  comme  un  epoux 
de  son  lit  nuptial,  avec  des  affections  bien  regiees. 
Or,  ces  affections  bien  connues,  sont  au  nombre  de 
quatre,  b  ce  sont  l'amour  et  la  joie,  la  crainte  et 
la  tristesse.  II  n'y  a  point  d'ame  humaine  sans  ces 
quatre  affections-la;  mais  cbez  les  uns  elles  sont 
pour  la  honte,  et  cbez  les  autres  pour  la  gloire.  En 
effet,  sont-elles  purifiees  et  bien  ordonnees,  elles 
sont  la  gloire  de  l'ame  sous  la  couronne  des  ver- 
tus  :  sont-elles  dereglees,  elles  sont  sa  confusion, 
son  abaissement  et  son  ignominie.  Or,  voici  com- 
ment on  les  purifie  ;  e'est  en  aimant  ce  qu'on  doit 
aimer,  en  aimaul  davantage  ce  qui  doit  etre  aime 
davantage,  et  enfin  en  n'aimant  pas  ce  qu'on  ne 
doit  point  aimer.  Voila  ce  que  e'est  qu'un  amour 
puritie.  Et  ainsi  des  autres  affections.  On  les  regie 
de  cette  maniere  ;  on  place  la  crainte  la  premiere, 
puis  vient  la  joie,  en  troisieme  lieu  la  tristesse,   et 

dont  nous  avons  accompagne  le  II  Sermon,  pour  lc  mercredi 
des  ceadres  numero  3.  Ce  passage  se  trouve  rapporte  dans  les 
Fkws  de  saint  Bernard,  livre  ix,  chapitre  Tin. 


Les  quatre 

affections 

sont  regiees 

en  Jesus- 
Christ  des  le 
ventre  de  sa 
mere. 


Comment  on 
les  purifie. 


Comment  on 
doit  les 

regler. 


SERMO  L. 

De  affectionibus  rede  ordinandi?. 

t.  Egredimini  filio?  Sion,  et  videte  regent  Salomomm. 
Non  dicit  Ecclesiasten,  aut  Ididam.  Nam  ct  his  no- 
minibus  appellatus  est  rex  ille  :  et  significat  Jesum- 
Christum  nostrum  verum  Salomonem,  qui  est  Salo- 
monem,  id  est  pacificus,  in  exsilio  :  Ecclesiastes,  id  est 
concionator,  in  judicio  :  [dida,  id  est,  dilectus  Domini, 
in  regno;  tibique  Rex.  In  exsilio  rector  morum,  in 
judicio  discretor  meritorum,  in  regno  distrihutor  pra- 
miorum.  In  exsilio  mansuetus,  in  judicio  Justus,  in 
regno  gloriosus.  In  exsilio  amabilis,  in  judicio  terribilis, 
in  regno  admirabilis.  In  diademate  quo  coronavit  eum 
mater  sua.  Est  autem  hsc  corona  misericordiae,  et  in 
hac  imitabilis.  Coronavit  eum  et  noverca  sua  corona 
niiseriae,  et  in  hac  contemptibilis.  Synagogam  loquor, 
qua?  se  ei  non  matrem  cxhibuit,  sed  novercam.  Coro- 
nabit  eum  familia  sua  corona  justiti*,  et  in  hac  terri- 
bilis :  coronat  cum  Pater  suus  corona  glorias,  et  in  hac 
desiderabilis.  Videant  ergo  eum  peccatore3  in  corona 
miseriae,  id  est  spinea,  et    compungantur  :  videant  eum 


liliae  Sion,  animae  affectuosae,  in  corona  misericordiae, 
et  imitentur  :  videbunt  eum  impii  in  corona  justitiae,  et 
peribunt  :  videbunt  eum  sancti  in  corona  gloria?,  et  per- 
petualiter  gaudebunt. 

2.  Egredimini  fllice  Sion,  animae  delicatae,  de  sensu 
carnis  ad  intellectum  mentis;  de  servitute  carnalis  con- 
cupiscentiae  ad  Ubertatem  spiritualis  intelligentiae ;  et 
videte  regem  Salomonem  in  diademate,  quo  cor 
eum  mater  sua.  Coronantur  quidem  et  alii  imitatores 
ipsius,  sed  hoc  ex  industria  adjuti  per  gratiam.  Solus 
iste  a  matre  coronatus  est,  quia  solus  cum  ordinatis  af- 
fectionibus  tanquam  sponsus  e  thalamo  processit  ex 
utero  matris.  Sunt  autem  alfectiones  istse  quatuor  no- 
tissimae,  amor  et  laetitia,  timor  et  tristitia.  Absque  his 
non  subsistit  humana  anima  :  sed  quibusdam  sunt  in 
coronam,  quibusdam  in  confusionem.  Purgatas  enim  et 
ordinatae  gloriosam  in  virtutum  corona  reddunt  ani- 
mam  :  inordinatae  per  confusionem  dejectam  et  ignomi- 
niosam.  Purgantur  autem  sic.  Si  amantur  quae  amanda 
sunt,  si  magis  amantur  quae  magis amanda  sunt,  si  non 
amantur  quae  amanda  non  sunt,  amor  purgatus  erit.  Sic 
amantur  amanda  sunt  si  magis  amanda  non  sunt  si  non 
et  de  caeteris.  Ordinantur  autem  sic.  In  initio  timor, 
deinde  lastitia.  post  tristitia,    in    consummations    amor. 


B 


OKUVHES  DE  SAINT  BEHNAHD. 


SfSSiSflT ^Lf"™*?^    ^^^^t  plus  f0rtemen,  aux   Coses   ^ 


Bien  reglecs 

CO  801 

rerliu ;  dire- 

glees  clles 
soot  un  trou- 
ble. 


sent.  Delacrainleetde  lajoic  aail  It  prudence,  la 
crainte  esl  la  i  ause,  et  la  joie  le  fruit.  La  joie  et  la 
tristesse  donnent  naissance  a  la  temperance  car 
■  elle-ci  a  pour  cause  la  tristesse  et  pour  fruit,la  joie. 
De  la  tristesse  et  de  1'amour  nait  la  force,  la  tris- 
-t  la  cause,  et  1'amour,  If  fruit.  II  manque 
quelque  chose  a  la  couronne  pour  6tre  par- 
faite; 1'amour  ct  la  crainte  vont  produire  la  jus- 

dont  la  cause  est  la  crainte,  ct  le  fruit   est 
1'amour. 

3.  Considered   done   comment  ces  affections  de 

I'ame,  bien  reglees  sont  des  vertus,  et  comment 

tie  sont  que  des  perturbations.   Si 

la  tristesse  vient  apres  la  crainte,  elle  engendre  le 

poirj  si  la  joie  suit  1'amour,  e'est  la  dissolu- 
tion ;  que  la  crainte  st.it  done  suivie  de  la  joie,  car 
en  meme  temps  que  la  crainte  met  en  garde  pour 
l'avenir,  la  joie  goute  le  bonheur  du  present  et 
recueille  le  fruit  d'une  prudente  precaution.  11 
faut  Jliic  que  la  joie  eprouve  la  crainte  :  la  crainte 
ainsi  epr.Hivee  n'est  autre  chose  que  la  prudence. 
La  tristesse  doit  accompagner  la  joie,  car  celui  qui 
n'a  point  perdu  le  souvenir  ties  choses  tristes,  n'em- 
brasse  les  joies  qu'avec  moderation  ;  il  faut  done 
que  la  tristesse  tempere  la  joie.  La  joie  temperee 
n'est  autre  chose  que  la  temperance  meme.  Que 
1'amour  s'ajoute  it  la  tristesse,  car,  quiconque  sous 
1'empire  de  1'amour  desire  ee  qu'il  doit  aimer,  a 
plus  de  force  pour  supporter  les  choses  tristes.  11 
est  done  necessaire  que  1'amour  forlifie  la  tristesse. 
Or,  la  tristesse  fortifiee  par  1'amour  n'est  autre 
chose  que  la  force.  Joignez  1'amour  a  la  crainte, 
et  celui  qui  tient  compte  de  ce  qu'il  doit  craindre 


est  dans  i'ordre  qu'il  aime.  II faut  done  que  1'amour 
regie  la  crainte.  Or,  la  crainte  reglee  par  1'amour 
n'est  autre  chose  que  la  justice.  11  y  a  deux  affec- 
tions de  I'ame,  la  joie  et  la  tristesse  qui  sont  ad 
intra;  en  efiet,  c'est  en  nous  que  nous  nous  rejouis- 
sons,  et  en  nous  quo  nous  sentons  la  tristesse. 
L'amour  et  la  crainte  au  contraire  sont  ad  extra. 
En  effet,  la  crainte  est  une  affection  naturelle  de 
I'ame  qui  nous  unit  par  la  partie  inferieure  a  la 
partie  superieure,  die  tend  a  Dieu  seul.  Quant  a 
l'amour,  e'est  une  affection  de  l'ame  qui  nous  unit 
en  meme  temps  a  la  partie  superieure,  a  la  partie 
inferieure  et  a  la  partie  egale  :  il  se  rapporte  a 
Dieu  et  au  procltain.  Or,  e'est  dans  ces  deux  points 
que  consiste  la  parfaite  justice,  e'est  dans  la  crainte 
de  Dieu  a  cause  de  sa  puissance,  dans  l'amour  a 
cause  de  sa  bonte,  dans  l'amour  du  procuain  a 
cause  de  l'identite  de  sa  nature  et  de  la  notrc. 

C1NQUANTE  ET  UNIEME  SERMON  *. 

La  purification  de  Marie  et  la  circoncision 
du  Christ. 

1.  Qu'est-ce  a  dire  quand  nous  disons  que  la 
bienlieureuse  Marie  s'est  purifiee  ?  Qu'est-ce  a  dire 
eucore  quand  nous  disons  que  Jesus  lui-meme  a 
ete  circoncis  ?  Car  Marie  n'avait  pas  plus  besoin 
d'etre  purifiee  que  Jesus  d'etre  circoncis.  C'est  done 
pour  nous  que  l'un  recoit  la  circoncision  et  que 
1'autre  se  purine,  c'est  pour  donner  un  exemple 
aux  penitents,  pour  nous  apprendre  a  nous  tenir 
eloignes,  a  nous  circoncire  d'abord  du  vice  par  la 


Celui  qui 

tient  compte 

do  ce  qu'il 

doit  craindre 

aime  plus 

fortement 

ce  qu'il  doit 


Ce  qu'on 
entend  par 

une  justice 
parfaite. 


•  C'ftait  le 
septiemc  et 
le  huitieme 
des  Petits 
sermons. 


Que  nous 
enseignent  la 
circoncision 

de  Jesus- 
Christ  et  la 
purification 

de  Marie. 


Compositio  quarum  talis  est.  De  timore  et  laetitia  nas- 
citur  prudentia,  et  est  timor  causa  prudentia,  lajlitia 
fructus.  De  laetitia  et  Iristitia  nascitur  lemperantia,  cu- 
jus  est  tristitia  causa,  laetitia  fructus.  De  tristitia  et 
amore  nascitur  forliludo,  et  est  tristitia  causa  fortiludi- 
nis,  amor  fruclns.  Clauditur  circulus  corona;.  De  amore 
et  timore  nascitur  jaslitia,et  est  timor  causa  justifies, 
amor  fructu  . 

3.  Considera  ergo  quomodo  islte  atrectiones  ordinate 
virtu tes  sunt;  inordinate,  perturbationes.  Si  timorem 
sequalur  tristitia,  desperalionem  generat  :  si  amorem 
laetitia,  dissolutioncm.  Sequatur  ergo  timorem  latitia, 
quia  timor  futura  cavet,  laetitia  de  praesenti  gaudet, 
prudentis  cautelae  (Inem  laetitia  possidet.  Probet  ergo 
lajtitia  timorem.  Probrdus  timor  nihil  aliud  quam  pru- 
dentia  est.  Comitctur  Uetitiam  tristitia,  quia  moderate 
laeta  amplectitur,  qui  liisliu,  quia  moderate  tela  am- 
plectitur,  qui  tristia  reminiscilur.  Tempere  ergo 
a.  Temperata  laetitia  nihil  aliud 
quam  tempcrantia  est.  Jnngatur  amor  tristifis,  quia  for- 
mer Buetinel  tristitia  ,  qui  per  amorem  qua?  sunt 
aman'i.  at.     Confortel    ergo  amor     trisuliam. 

Conforlata    vcro    tristitia    nihil    ;Jiud    quam     fortitudo 
Jungatur  amor   timori  :    quia    ordinate    amandis 
inha;ret.qui  limenda  non  ncgligit.  Ordinet  ergo  amor  ti- 


morem. Ordinatus  timor  nihil  aliud  quam  justitia  est 
Duie  affectiones,  laetitia  et  tristitia,  non  se  extendunt  ad 
aha  :  in  nobis  mini  laelamur,  et  in  nobis  tristamur.  Amor 
et  timor  ad  alia  se  extendunt.  Timor  enim  affectio  est 
est  naturalis,  quae  nos  conjungil  superiori  per  inferiorem 
patrem;  et  habet  se  ad  solum  Deum.  Amor  affectio 
est,  qua;  nos  conjungit  superiori,  et  inferiori;  et  a;qua- 
li ;  et  habel  se  ad  Deum  et  proximum.  In  his  autem 
duobus  perfecta  consistit  justitia,  ut  timeamus  Deum 
propter  potenliani,  amemus  propter  bonitatem,  ct  proxi- 
mum propter  nature  societatem. 

SERMO  LI. 

De  Maria;  purifieatione,  et  Christi  circumcisionc. 

Quid  est  quod  dicimus  bealam  Mariana  purificari? 
Quid  vero  quod  ipsumjesum  dicimus  circumcidi?  Enim 
vero  tarn  non  indignit  ilia  purilicalionc,  quam  nee  illc 
circumcisionc.  Nobis  ergo  et  hie  circumciditur,  et  ilia 
purificalur,  prasbenles  excmplum  pocnilentibus,  ut  a  vi- 
tiis  continentes,  primumpcr  ipsam  conlinenliam  circum- 
cidamur,  deinde  a  commissis  per  pcenitentiam  purifice- 
mur.  Quid  est  autem  quod  Maria  purtat  Jesum  in  utero, 


SERMONS  DIVERS. 


continence,  et  a  nous  purifier  ensuite  des  fautes 
que  nous  avons  commises,  par  la  penitence.  Qu'est- 
ce  a  dire  encore  que  Marie  porte  Jesus  dans  ses 
flancs,  Joseph  sur  ses  epaules,  quand  il  fuit  en 
Egypte,  et  quand  il  en  revient,  et  Simeon  dans  ses 
bras  ?  lis  nous  represented  les  trois  ordres  d'elus  : 
Marie  les  predicateurs,  Joseph  les  penitents  et  Si- 
meon ceux  qui  font  des  bonnes  ceuvres.  En  effet, 
celui  qui  evangelise  les  autres  porte  en  quelque 
sorte  Jesus  dans  ses  flancs  pour  l'enfanter  aux 
homines,  on  plutot  pour  enfanter  les  hommes  a 
Jesus.  Saint  Paul,  qui  s'ecriait :  «  Mes  petits  enfanls 
pour  qui  je  sens  de  nouveau  les  douleurs  de  l'en- 
fantement,  jusqu'a  ce  que  Jesus-Christ  soit  forme 
en  vous  (Gal.  iv,  19j  »  etait  de  ee  nombre.  Quant 
a  ceux  qui  se  fatiguent  pour  Jesus-Christ,  qui 
souffrent  persecution,  qui  ne  font  de  mal  a  per- 
sonne,  et  endurent  patiemment  les  injustices  dont 
ils  sont  l'objet  de  la  part  des  autres,  on  peut  dire 
avuc  raisou  qu'ils  portent  le  Christ  sur  leurs  epau- 
les :  c'est  a  eux  que  la  Verite  memo  a  dit  :  «  Que 
celui  qui  veut  venir  apres  moi,  se  renonce  lui- 
meme,  etc.  (Luc.  ix,  23).  »  Pour  ce  qui  est  de  ceux 
qui  donnent  a  manger  a  ceux  qui  ont  faim,  et  a 
boire  a  ceux  qui  ont  soif,  et  qui  exercent  envers 
ceux  qui  sont  daus  le  besoin  toutes  les  autres 
ceuvres  de  miserioorde,  ne  vous  semble-t-il  pas 
qu'ils  le  portent  dans  leurs  bras  ?  Or,  c'est  a  eux 
que  le  Seigneur  s'adressera  au  jour  du  jugement 
et  dira  :  «  Toutes  les  fois  que  vous  avez  fait  cela 
au  moindre  des  miens,  c'est  a  moi  que  vous  l'avez 
fait  (Matt,  xxv,  60).  » 

C'eiait  le  C1NQUANTE-DEUXIEME  SERMON  *. 

mvieme  des 

'etils  ser-  De  la  maison  de  la  sagesse  divine,  c'esl-a-dire 

de  la  Vierge  Marie. 
1.  j  La  Sagesse  s'est  batie  une  maison,  etc.  (Prov. 


ix,  1).  »  Comme  le  mot  sagesse  se  prend  en  plu- 
sieurs  sens,  il  faut  rechercher  qu'elle  est  la  sagesse 
qui  s'est  batie  une  maison.  En  effet,  ilya  la  sagesse 
de  la  chair  qui  est  ennemie  de  l)ieu.  (Rom.  vm,  7), 
et  la  sagesse  de  ce  monde  qui  n'est  que  folie  aux 
yeux  de  Dieu  (i  Cor.  in,  19).  L'une  et  l'autre,selon 
l'apotre  saint  Jacques,  font  la  sagesse  de  la  terre, 
«  la  sagesse  animate,  diabolique  (Jacob,  in,  15).  » 
C'est  suivant  cette  sagesse  que  sont  sages  ceux  qui 
ne  le  sont  que  pour  faire  le  mal,  et  qui  ne  savent 
pas  faire  le  bien  ;  mais  ils  sont  accuses  et  condam- 
nes  dans  leur  sagesse,  selon  ce  mot  de  l'Ecriture  : 
«  Je  saisirai  les  sages  dans  le'irs  ruses,  je  perdrai 
la  sagesse  des  sages,  et  je  rejetterai  la  science  des 
savants  (i  Cor.  i,  19).  »  11  me  semble  qu'on  peut 
parfaitement  et  proprement  appliquer  a  ces  sages 
cette  parole  de  Salomon  :  «  II  est  encore  un  mal 
que  j'ai  vu  sous  le  soleil,  c'est  l'homme  qui  est 
sage  a  ses  yeux.  »  Ni  la  sagesse  de  la  chair,  ni 
celle  du  monde  n'edilie,  loin  de  la,  elle  detruit 
plutot  la  maison  oil  elle  habile.  II  y  a  done  une 
autre  sagesse  qui  vient  den  haut;  elle  est  avant 
tout  prodigue,  puis  elle  est  pacifique.  Cette  Sagesse 
c'est  le  Christ,  la  vertu  de  Dieu,  la  sagesse  de 
Dieu,  dont  l'Apotre  a  dit  :  «  II  nous  a  ete  donne 
pour  elre  notre  sagesse,  notre  justice,  notre  sanc- 
tification  et  notre  redemption  (i  Cor.  i,  30.  » 

2.  Ainsi  cette  Sagesse   qui  etait  la   sagesse  de 
Dieu,  et  qui  etait  Dieu,  venant  a  nous  du  sein  du 
Pere,  s'est  edifie  une  demeure,  je  veux  parler  de    La  sainte 
la  Vierge  Marie  sa  mere,    et  dans  cette  demeure  il  Vierge  Marie 
a  taille  sept  coloiines.  Qu'est-ce  a  dire,  il  a  taille   demeure  de 
dans  cette  maison  sept  colonnes,  si  ce   n'est  qu'il  la  sajffeeus.e   e 
l'a  preparee  par  la  foi  et  par  les  ceuvres  a  etre  une 
demeure  digue  de  lui?  Le   nombre  trois  est  le 
nombre  de  la  foi  a  cause  de  la  sainte  Trinite,  et  le 
nombre  quatre  est  celui  des  mceurs  a  cause  des 


Joseph  in  humero,  in  ^Egyptum  scilicet  iens  et  inde 
rediens;  Simeon  portat  in  brachiis?  Significant  isti  Ires 
electorum  ordines ;  Maria  praedicatores,  Joseph  poeni- 
tcntes  ,  Simeon  bonos  operalores.  Qui  enim  aliis 
evangelizal,  quasi  Jesum  in  utero  portat,  ut  eum  aliis, 
vel  potius  alios  ei  pariat.  De  talibus  erat  beatus  Paulus, 
qui  dicebat  :  Filioli  met,  quos  iterum  parturio,  donee 
Christus  formetur  in  vobis.  Qui  vcro  pro  Chrislo 
laboribus  fatigantur,  qui  persecutiones  paliunlur,  qui 
nulli  mala  inferunt,  sed  ab  aliis  illata  patienter  ferunt, 
merito  isti  portare  eum  in  humeris  dicuntur  :  quibus  et 
ab  ipsa  Vcritate  dicitur  :  Qui  vult  venire  post  me, 
abneget  semetipsum,  etc.  Si  quis  aulem  est  qui  porrigat 
panem  esurienti,  potum  sitienti,  cateraque  misericordis 
opera  sollicite  impendat  egenti,  nonne  iste  recte  videtur 
eum  portare  in  brachiis?  Hujusmodi  cnim  dicturus  est 
in  judicio  Dominus  :  Quaudai  fecistis  uni  ex  minimis 
meis,  mihi  fecistis. 

SERMO  LII. 
De  domo  diviiue  sapientia1,  id  est  virgins  hlariae. 
1.  Sapientia  adificavit  sibi  domum,  etc.   Cum  multis 


modis  sapientia  intelligatur,  quaerendum  est  qua;  sapientia 
aedificavit  sibi  domum.  Dicitur  enim  sapientia  carnis, 
qua;  inimica  est  Deo  :  et  sapientia  hujus  mundi,  quae 
stultitia  est  apud  Deum.  Utraque  ista  secundum  Jacobum 
apostolum  teri'ena  est,  animalis,  diabolica.  Secundum 
banc  sapientiam  dicuntur  sapientes,  ut  faciant  mala, 
bene  autem  facere  nesciunt  :  et  in  ipsa  sua  sapientia 
arguunlur  et  perduntur,  sicut  scriptum  est :  Comprehen- 
dam  sapientes  in  astutia  eorum,  et  perdam  sapientiam 
sapientium,  et  prudentiam  prudentium  rcprobabo.  Et 
ulique  talibus  sapientibus  videtur  mihi  digne  et  compe- 
tenter  dictum  Salomonis  aptari,  quod  ait  :  Est  malitia 
quam  vidi  sub  sole,  virum  qui  videtur  apud  se  sapiens 
esse.  Nulla  talis  sapientia,  sive  carnis,  sive  mundi,  asdi- 
ficat,  imo  destruit  quamcunque  domum  inhabitat.  Est 
ergo  alia  sapientia  qua;  desursum  est ;  primum  quidem 
pudica,  deinde  pacilica.  Hie  est  Christus  Dei  virtus,  et 
Dei  sapientia,  de  quo  Apostolus  :  Qui  (actus  est,  inquit, 
nobis  sapientia  a  Deo,  et  justitia,  et  sanctiftcatio ,  el 
redemptio. 

2.  Hsc  itaque  sapientia  quae  Dei  erat,    et    Deus  erat, 
de  sinu  Patris  ad  nos  veniens,    jedificavit    sibi  domum, 


10 


(EUVRES  DE  SAINT  RKRNAKD. 


Trois  colon- 
nes de  cette 
demeure  sont 
la  foi  a  la 

sainte  Trinite 


Les  qnatre 

antres 
colonnes  dc 

cetle 
demeure  sont 

les  qnatre 
vertus  cardi- 
nal es. 


quatre  vertus  principales.  Je  disdonc  que  la  sainte 
Trinity  s'est  trouvee  dans  la  bienhenrense  Marie, 
et  s'y  est  trouvee  pir  la  presence  de  sa  majeste, 

bun  quelle  n'ait  recu  quo  le  Fils  quaDd  il  s'est 
uni  la  nature  humaiae  :el  j'en  ai  pour  garant  le 
temoignage  meme  du  messagei  celeste  qui  lui  de- 
couvrit  in  ces  termes  le  secret  de  ce  mystere  : 
a  Je  vous  salue,  pleine  de  grace,  le  Seigneur  est 
avec  vous  :  »  et  un  pcu  apre^ :  «  Le  Saint-Esprit 
surviendra  en  vous,  et  la  vertu  du  Tres-Haut  vous 
couvrira  de  son  ombre  (Luc.  1,  28).  »  Ainsi  vous 
avez  le  Seigneur,  vous  avez  la  vertu  du  Tres-Haut 
et  vous  avez  le  Saint-Esprit  :  en  d'autres  termes, 
vous  avez  le  Pere,  le  Fils  et  le  Saint-Esprit.  D'ail- 
leurs  le  Pere  ne  va  point  sans  le  Fils,  non  plus 
que  le  Fils  sans  le  Pere,  de  meme  que  le  Saint- 
Esprit,  qui  procede  des  deux,  ne  va  ni  sans  l'un  ni 
sansl'autre,  s'll  faut  en  croire  ces  paroles  du  Fils  : 
«  Je  suis  dans  le  Pere  et  le  Pere  est  en  inoi.  »  Et 
ailleurs  :  «  Quant  a  mon  Pere  qui  denieureenmoi, 
c'est  lui  qui  fait  tout  (Joan,  xiv,  10).  »  11  est  clair 
que  la  foi  de  la  sainte  Trinite  se  trouvait  dans  le 
cceur  de  laVierge. 

3.  Mais  eut-elle  aussi  les  quatre  autres  colonnes, 
je  veux  dire  les  quatre  vertus  principales"?  Le  sujet 
merite  que  nous  nous  en  assurions.  Voyons  done 
d'abord  si  elle  eut  la  vertu  de  force.  Comment  cette 
vertu  lui  aurait-elle  fait  defaut  quand,  rejetant  les 
pompes  du  siecle  et  meprisant  les  voluptes  de  la 
chair,  elle  concut  le  projet  de  vivre  pour  Dieu  seul 
dans  sa  virginite?  Si  je  ne  me  trompe,  la  Vierge 
est  la  femme  dont  Salomon  parle  en  ces  termes  : 
«Qui  trouvera  une  femme  forte?  Elle  est  plus 
precieuse  que  ce  qu'on  va  chercher  au  bout   du 


ipsam  scilicet  matrem  suam  virginem  Mariani  :  in  qua 
septem  columnas  exeidit.  Quid  est  in  ea  scplem  colum- 
nas  excidere,  nisi  ipsam  dignum  sibi  habitaculum  lide 
et  operibus  praeparare?  Nimirum  ternarius  numerus  ad 
lidem  propter  sanctam  Trinitatem ;  quaternarius  pertinct 
ad  mores  propter  quatuor  principales  vitiates.  Quod 
autem  in  beala  Maria  sancta  Trinilas  fuerit  (fuerit  dico 
per  pra?sentiam  majeslatis)  ubi  solus  Films  erat  persus- 
ceptionera  humanitatis  :  testatur  nuntius  ccclestis,  qui  ei 
arcana  mysteria  reserans.ait :  Ace  gratia  plena,  Dominus 
tecum,  et  post  pauca  :  Spiritus-Sanctus  superveniet  in  te, 
el  virtus  altiisimi  obumbrabit  tibi.  Ecce  habes  Dominum, 
habes  virtutem  altissimi,  babes  Spiritum-Sanctum  : 
habes  Patrem  et  Filium  ct  Spiritum-Sanctum.  Neque 
enim  potest  esse,  aut  Pater  sine  Filio,  aut  sine  Patre 
Filius,  aut  sine  ulroque  proccdens  ab  utroque  Spiritus- 
Sanctus,  ipso  Filio  diccnte  :  Ego  in  Patre,  et  Pater  in 
me  eit.  Et  iterum  :  Pater  autem  in  me  manens ,  ipse  facit 
opera.  Manifestum  est  fuisse  in  corde  virginis  fidem 
sancta?  Trinitatis. 

3.  L'trum  autem  et  quatuor  principales  virtutcs  tan- 
quam  quatuor  columnas  posscderit,  inquisitione  dignum 
videtur.  Primumcrgo  videamusan  furtitudinctn  babuerit. 
Quae  nimirum  virtus  quomodo  11 1  i  abesse  potuil,  quae 
abjectis    *ecularibus  pompis  ,    sprclisque    voluptatibus 


monde  [Prov.  xxxi,  10,.  "Telle  fut  sa  force, en effet, 
qu'elle  ecrasa  la  tete  du  serpent  a  qui  le  Seigneur 
avail  dit  :  a  Je  mettrai  des  inimities  entre  la  fem- 
me et  toi,  entre  sa  race  el  la  tienue ;  elle  t'ecra- 
sera  la  tete  (Gen.  in,  15).  »  Pour  ce  qui  est  d.:  la 
temperance,  de  la  prudence  et  de  la  justice,  on  voit 
plus  clair  que  le  jour,  au  langage  de  1'Ange,  et  a 
sa  reponse  i  eUe,  quelle  possedait  ces  vertus.  En 
etret,  a  ce  saint  si  profond  de  l'Ange,  «  je  vous 
salue,  pleine  de  gr4ce,  le  Seigneur  est  avec  vous,  » 
au  lieu  de  s'elever  dans  sa  pensee,  en  s'entendant 
benir  pour  ce  privilege  unique  de  la  grice,  elle 
garde  le  silence,  et  se  demande  interieurement  ce 
que  pottvail  etre  ce  salut  extraordinaire.  N'est-ce 
point  la  temperance  ijui  la  f.iit  agir  en  cette  cir- 
constance?  Puis,  lorsque  l'Ange  l'instruit  des  mys- 
teres  du  ciel,  elle  s'informe  de  lui,  avec  soin,  de  la 
maniere  dont  elle  pourrait  concevoir  et  enfanter 
un  tils,  puisqu'elle  ne  connaissait  point  d'liomme  ; 
evidemment,  dans  ces  questions,  eclatesa  prudence. 
Quant  a  sa  justice,  elle  la  prouve  lorsqu'elle  se 
declare  la  servante  du  Seigneur.  En  effet,  on  trouve 
la  preuve  que  la  confession  est  le  propre  des  justes 
dans  ces  paroles  du  Psalsmiste  :  «  Ainsi  les  justes 
confesseront  votre  nom,  et  ceux  qui  out  le  coeur 
droit  demeureront  en  votre  presence  (Psal.  cxxxix, 
14).  »  Ailleurs,  on  lit  encore,  apropos  des  justes  : 
«  Et  vous  direz,  en  confessant  ses  louanges,  les 
ceuvressouverainement  bonnes  du  Seigneur  (Eccli. 
xxxix,  21).  » 

h-  Ainsi  la  bienheureuse  Vierge  Marie  s'e-t  mon- 
tree  forte  dans  ses  desseins,  temperante  dans  son 
silence,  prudente  dans  ses  questions  et  juste  dans 
sa  confession.  C'est  sur  ces  quatres  colonnes  des 


carnis,  soli  Deo  in  virginitate  vivere  proposuit?  Nisi 
fallor,  base  virgo  est  qua!  apud  Salomonem  legitur  :  Mu- 
lierem  fortem  quis  inveniet  ?  Procul  et  de  uHimis  finibus 
pretium ejus.  Qoai  adeo  fortia  fuit,  ut  illius  serpenlis 
caput  contererct,  cui  a  Domino  dictum  est  :  inimicitias 
ponam  inter  te  et  mulierem,  et  inter  semen  tuum  et 
semen  il/iu<;  :  ipsa  eonteret  caput  tuum.  Porro  quod 
temperans,  prudens  et  justa fuerit,  ex  angelicollocutiuuc, 
ct  sua  ipsius  responsione  luce  clarius  comprobamus.  Sa- 
lutata  quippc  tain  vunerabiliter  ab  angelo,  Ave  gratia 
plena,  Dominus  tecum  :  non  se  cxtulit,  quasi  qua? 
ex  singulari  gratia?  privilegio  benediceretur,  scd  siluil  : 
et  qualis  csset  insolita  ha?c  salubilio,  secum  cogitavit. 
Qua  in  re  quid  nisi  temperans  fuit.  At  vero  cum  dc 
cceleslibus  mystcriis  ab  eodem  angelo  doceretur,  dili- 
gentcr  qua?sivit  quomodo  concipcret  ac  parcrct,  qua? 
virum  utique  non  cognosceret  :  et  in  hoc  sine  dubio 
prudens  exstitit.  Jus(ili;e  autem  prasfert  insignc.  ubi  se 
ancillam  Domini  confitetur.  Nam  quod  juslorum  sit 
confessio,  testatur  qui  ait:  Verumtamen  justi confitebun- 
tur  nomini  tun,  et  Imbitabunt  rerli  rum  vultu  tuo.  Et 
alibi  justis  dicitur  :  et  dicetis  in  confessione,  opera  Do- 
mini universa  bona  valde, 

4.  Fuit  igitur  beala  virgo   Maria   fortis  in  proposito, 
temperans  in  silcntio,  prudens  in  interrogatione,  justa 


SERMONS  DIVERS. 


11 


mceurs  et  sur  les  trois  de  la  foi  dout  j'ai  parle  phis 
haut,  que  la  sagesse  celeste  s'est  clevee  en  elle 
une  demeure;  elle  remplit  si  bien  son  cceur  qne, 
de  la  plenitude  de  son  a  me,  sa  chair  hit  fecondee 
et  que  toutc  Vierge  quelle  hit,  elle  enfanta,  par 
une  grace  singuliere,  cette  meme  Sagesse  qui  s'e- 
tait  revetue  de  notre  chair,  et  qu'elle  avait  com- 
mence par  concevoir  auparavant  dans  son  ame 
pleine  de  purete.  Et  nous  aussi,  si  nous  voulons 
devenir  la  demeure  de  cette  meme  Sagesse,  il  faut 
que  nous  lui  elevions  egalement  en  nous  une  de- 
meure qui  repose  sur  les  sept  memes  colonnes,  c'est- 
a-dire  que  nous  nous  preparions  a  la  recevoir  par 
la  foi  et  les  mceurs.  Or,  dans  les  verlus  morales  je 
crois  que  la  justice  toute  seule  peut  suflire,  mais 
a  condition  qu'elle  se  trouve  entouree  et  soutenue 
par  les  autres  vertus.  Aussi,  pour  ne  point  nous 
trouver  induits  en  erreur  par  l'ignorance,  il  faut 
que  la  prudence  marche  devant  ses  pas,  que  la 
temperance  et  la  force  marchent  a  ses  cotes,  la 
soutiennent  ct  l'empechent  de  tomber  soit  a  droite, 
soit  a   gauche. 

C1NQUANTE-TR0IS1EME  SERMON  \ 

Les  notns  du  Sauveur. 

1.  «  Et  son  nom  sera  l'Admirable,  le  Conseiller, 
le  Dieu,  le  Fort,  le  Pere  du  sieele  a  venir  et  le  Prince 
de  la  paix  [Isa.  ix,  6).  11  est  Admirable  »  dans  sa 
predication  ;  «  Dieu  »  dans  ses  oeuvres  ;  «  Fort  » 
dans  sa  passion  ;  «  le  Pere  du  sieele  futur  »  dans 
sa  resurectiou ;  «  le  Prince  de  la  paix  »  dans  sa 
perpetuelle  felicite.  On  peut  aussi  lui  donner  tous 
ces  noms  dans   l'ceuvre  de  notre   salut.  En   effet, 


in  confessione.  His  itaque  quatuor  morum  columnis,  et 
tribus  fidei  prsdiclis  exslruxit  in  ea  sibi  dotnum  Sapien- 
tia  ccelestis;  quae  adeo  menlem  ejus  replevit,  ut  de  ple- 
nitudine  mentis  fcecundaretur  et  caro,  ac  virgo  singulari 
gratia  eamdem  ipsam  sapientiain  carne  tectam  pareret, 
quam  prius  mente  pura  conceperat.  Nos  quoque  si 
ejusdem  Sapientiae  fieri  domus  volumus,  necesse  est  ut 
eisdem  septeni  columnis  exstruamur,  id  est  ut  fide  et 
moribus  ei  praeparemur.  Et  in  moribus  quidem  solam 
puto  sufficcrc  justitinm,  caeteris  tamen  virtutibus  circum- 
fultam.  Itaque  ne  errore  fallutur  ignorantioB,sit  eipraevia 
prudentia  :  sint  hinc  inde  temperantia  atque  fortitudo, 
ne  forte  labatur,  vel  in  dexteram,  velin  sinislram  partem 
declinando. 

SERMO  LUI. 
De  nominibus  Salvatoris. 

1.  Et  vocabitur  nomen  ejus  Admirabihs,  Consiliarius, 
Deus,  Fortis,  Pater  futuri  sweuli,  Princeps  pacts.  Admi- 
rabilis  est  in  nativitale;  Consiliarius  in  prasdicatione  ; 
Deus  in  operationc ;   Forth   in  passione ;    Pater   futuri 


«  il  est  Admirable  »  dans  la  conversion  de  notre 
volonte,  car  ce  changement  est  l'ceuvre  de  la  droite 
du  Tres-Haut.  Ensuite  «  il  est  Conseiller  »  dans  la 
revelation  de  sa  volonte,  quand  il  fait  connaitre  a 
ceux  qu'il  a  convertis  la  voie  qu'ils  doivent  suivre. 
C'est  ce  qui  faisait  dire  a  Saint  Paul  apres  sa  con- 
version :  «  Seigneur,  que  voulez-vous  que  je  fasse 
(Act.  ix,  7)  ?  »  Une  fois  convertis,  nous  devons  res- 
sentir  de  la  componction  a  la  pen  see  de  nos  fautes 
passees  dans  la  remission  desquelles  il  se  montre 
«  Dieu  »  puisqu'il  n'y  a  que  Dieu  qui  puisse  remet- 
tre  les  peches,  selon  la  remarque  des  Juifs  qui 
disaient  a  notre  Sauveur  quand,  etant  encore  sur 
la  terre,  il  remettait  les  peches  a  quelqu'un,  qu'il 
prononcait  un  blaspheme,  parce  qu'il  s'attribuait 
un  pouvoir  qui  n'appartient  qu'a  Dieu.  En  quatrie- 
me  lieu,  il  est  «  Fort,  »  puisque,  selon  la  remarque 
de  l'Apotre,  il  faut  que  «  tous  ceux  qui  veulent 
vivre  avec  piete  en  Jesus-Christ  souffrent  la  perse- 
cution (II  Tim.  in,    12).  » 

2.  Qui  pourraiten  supporter  les  atteiiites  sans  son 
aide  ?  Aussi  David  dit-il  «  si  Dieu  ne  m'eiit  assiste, 
il  ne  s'en  serait  pas  fallu  de  beaucoup  que  mon 
time  ne  tombat  dans  l'enfer  (l'sal.  xcm,  17).  « 
Lorsqu'il  nous  protege  dans  la  tribulation  quand 
il  ecarte  et  eloigne  de  nous  les  puissances  des  airs, 
quel  nom  lui  donner,  si  ce  n'est  celuideFort? 
Aussi  est-il  dit,  « le  Seigneur  fort  et  puissant,  le 
Seigneur  puissant  dans  les  combats  (Psal.xxm,  8).  » 
Mais  comme  notre  conversion  et  notre  vie  doivent  se 
passer  en  Jesus-Cbrist,  non  en  vue  des  cboses  tem- 
porelles,  mais  dans  l'esperanee  des  biens  futurs, 
on  lui  donne,  en  cinquieme  lieu,  le  nom  de  «  Pere 
du  sieele  a  venir,  »  Pere  dans  la  regeneration  de 
nos  corps.  Et  enfiu  puisque  «  si  nous  devons  res- 


sceculi  in  resurrectione,  Princeps  pacii  in  perpetua  bea- 
titudine.  IIa>c  ctiam  nomina  possunt  ei  congrue  assi- 
gnaii  in  opere  nostras  salutis.  Nam  primo  dicitur  Admi- 
rabilis  in  conversione  nostr;e  voluntatis, quas  mutatio  est 
solius  dexterae  Excelsi  postmodum  dicitur  Conci/iarius 
in  revelatione  suss  voluntatis  ,  quando  revelat 
quid  sequendum  sit  jam  conversis.  Undo  Paulus  conver- 
sus  dicebat  :  Domine  quid  me  vis  facerel  Conversiautem 
necesse  est  compungantur  pro  pr.Tteritis  delictis,  in 
quorum  remissione  dicitur  Deus,  cujus  tantum  est,  pec- 
cata  remittcre.  Hinc  est  quod  Sahatore  nostro  in  terra 
remittente  peccala,  Judasi  dicunt  eum  blasphemare 
quasi  qui  assumeret  sibi  quod  erat  solius  Dei.  Quarto 
dicitur  Fortis :  juxta  sententiam  enini  Apostoli  necesse 
est,  ut  omnes  qui  pie  volunt  vivere  in  Christo  Jesu,  per- 
secutionem  patiantur. 

2.  Sed  quis  sustinerei,  nisi  ille  juvaret?  Unde  David  : 
Nisi  quia  Dnminus  adjuuit  me,  paulo  minus  habitasset  in 
inferno  anima  mea.  Cum  ergo  nos  in  Iribulatione  pro- 
tegil,  cum  ipsas  aeriaspo testates  arcct  a  nobis  acrepellit, 
quid  aliud  in  boc  opere  dici  potest,  nisi  fortis?  Unde 
dictum  est  :  Dominus  fortis  et  potens,Dominus  potensin 
pnelio.  Et  quuniam  ipsa  conversio,  et  vita  nostra  in 
Christo  agenda  est,  non  intuitu  temporalium  reruni,  scd 


12 


OEUVRES  DE  SAINT  BEKNARD. 


tectum  est  accouiplie,  et  il  no  reste  plus  rien  k 
desirer.  Cost  Jans  La  pail,  on  etl'et,  que  le  Psalinistc 
se  rejouit  el  s'ecrie  an  miliou  do  sos  chants  :  «  Je- 
rusalem   loue  le  Seigneur,  louo  ton  Dieu,  6  Sion, 


susciter  tous,  neanmoius  nous  ne  serous  point  tous    justice  ct  avec  piete  [Tit.  11,  12).  Notre  impiete 
changes  (I  Cor.  xv,  51),  »   pour  discorner  le  chan-     e'etait  notre  manque  de   foi,  car   nous  ne  croyions 
gemenl  des  juste*  de  la  resurrection  des  pecheurs,     point  Dieu,  et  nous  ne  l'honorions  point.  Or,  s'il  y  c.o  qu'il  fau 
il  est    appele,    en  sixieme  lieu,   «  le  prince  Prince     a  piete  a  honorer  Dieu,  il  y  a   impiete  a  le  renier.  ^"f,"",',''!','. ','','' 
de  la  paix.  »  L'ne  l'ois  qu'on  a  la  paix,  toute  per-     Quant  aux  desirs  mundaius,  c'esl  la  concupiscence  p"  fesdesin 

de  la  chair,  la  concupiscence  des  yeux  et  l'orgueil 
de  la  vie,  qui  nous  portent  et  nous  inclinent  a 
l'amour  du  siecle.  Quand  il  y  a  renonce,  l'liomme 
vit  avec  temperance,  car  il  met  un  frein  a  la  concu- 
parce  qu'il  a  fortitie  les  serrures  de  tes  portes,  et  piscence  de  la  chair,  a  celle  des  yeux  et  a  l'orgueil 
qu'il  a  beni  les  enfants  que  tu  renfernies  dans  ton  de  la  vie.  Quand  on  commence  a  etre  sobre,on  op-  n  y  a  deux  • 
enceinte.  11  a  etabli  la  paix  jusques  aux  conlins  de     pose  deux  sortes  de  sobrietes  a  une  double  ivresse.     * 

L'lvressc  exterieure  consisle  dans  l'effusion  des 
vuliiptes,  et  l'interieure  dans  l'occupation  des  curio- 
sites.  Par  contre,  la  sobriete  exterieure  cimsiste  ii 
reti'ener  les  voluptes,  etl'exterieure,  arepousser  les 
curiosiles.  Voila  comment  l'homme  vit  avec  sobriete 
quant  a  ce  qui  le  regarde,  et  avec  justice  par  rap-  La  :„ 


tes  Etats  [Psal.  cxlvii,  1).  »  L'Ange,  en  s'adressant 
a  Joseph,  renferme  avec  autant  d'elegance  que  de 
brievete,  tous  ces  noms  dans  un  seul  «  vous  l'ap- 
pellerez  Jesus  (Mutt,  l,  21),  »  dit-il,  et  il  doiine  le 
sens  de  ce  dernier  nom  en  ajoutaut  :  «  car  e'ett 
lui  qui  sauvera  son  peuple  de  ses  peches  (Ibi- 
dem). » 


•  C  etait  le 
ODzieme  des 
Petils  ser- 
mons. 


Le  Christ  est 

venu  pour 
nous  aider  et 
nousinslruire 


CINQUANTE-QUATRIEME  SERMON  *. 
De  I'apparition  du  Christ. 
Le  Fils  de  Dieu  nous  est  apparu  pour  nous  ai- 


nort  au  prochain  a  qui  il  rend  ce  qui  est  juste.  La      '»  J"616 
11  ^  i  consistent  en 

justice  consiste  en  deux  choses,  dans  l'innocence  deui  choscs. 
et  dans  la  bienfaisance.  L'innocence  en  est  la  base, 
et  la  bienfaisance  le  couronnement.  Avec  piet6 
envers  Dieu,  ai-je  dit :  or,  la  piete  aussi  consiste 
en  deux  choses,  a  ne  pas  presumer  de  nous,  et 
a  mettre  toute  notre  conflance  en  Dieu,  pour  triom- 


der  et  pour  nous  instruire ;  ce  qu'il  peut  bien  1'aire  .  pher,  par  son  secours,  de  tous  les  obstacles  du  mon- 


car  il  est  la  vertu  du  Pere,  et  sa  sagesse.  En  taut 
que  vertu  du  Pere  il  assiste;  en  tant  que  sagesse  il 
instruit  et  forme.  La  faiblesse  a  besoin  d'etre  as- 
sistee,  et  les  aveugles  out  besoin  de  science  et  de 
doctrine.  Aussi,  la  sagesse  du  Pere  nous  a-t-elle 
inslruits  quand  elle  nous  a  fait  renoncer  a  l'im- 
piete  et  aux  passions  mondaines,  pour  que  nous 
vivions  dans  le  siecle  present  avec  temperance  avec 


de.  II  ne  faut  point  cesser  de  se  contier  en  Dieu, 
il  faut  au  contraire  agir  en  lui  avec  confiance  et 
securite.  Tel  qu'un  charitable  et  louable  medecin, 
il  a  bu  le  premier  la  potion  qu'il  preparait  a  ses 
malades,  je  veux  parler  de  la  passion  et  de  la  mort 
qu'il  a  endurees.  C'est  par  ce  moyen  qu'il  a  recou- 
vre  la  sante  de  l'immortalite  et  de  l'iinpassibilite, 
et  appris  aux  siens  a  boire  avec  coniiance  la  potion 


spc  futurorum  bonorum  :  ideo  quinto  loco  ponitur, Pater 
futuri  sceculi.  Paler  scilicet  in  regeneratione  corporum 
nostrorum.  Quia  vero  omnes  guidon  resuryemus,  sed 
non  omnes  immutabimur  :  ut  discernat  immutationem 
juslorum  ab  iniqtiorum  resurrectionc,  ponitur  sexto  loco 
Princeps  pads.  Qua  obtenta,  tola  perfectio  impletur,  nee 
jam  ultra  aliud  quidquam  appelendmu  relinquitur.  Ipsa 
est  cnim/in  cujus  exsultatione  concinit Psalm ista,dicens: 
Lauda  Jerusalem  Dominum,  laudu.  Deum  tuum  Sion  : 
quoniam  confortavit  scrus  portarum  tuarum,  benedixit 
filiis  bus  in  te,  qui  posuit  fines  tuos  pacem.  Horum  sex 
nominum  consequential!!  et  virtuteni  breviter  atque  ele- 
gantcr  comprehendit  uno  nomine  angelus  loquens  ad 
Joseph  :  Et  vocabis ,  inquit  ,  nomen  ejus  Jesum. 
Cujus  videlicet  nominis  exponens  rationem  :  Ipse 
enim,  ait,  salvum  faciei  populum  smtm  a  peccalis 
eorum. 

SERMO  LIV. 
De  npparitione  Christi. 

Filius  Dei    apparuit,    ul  nos  adjuvaret  et  erudiret  : 
quod  potest,  quia  est  virtus  Patris,  et  sapientia.   Virtus 


adjuvat,  sapientia  erudit  etinformat.  Infirmitatiauxilium 
est  nncessarium  :  cascilas  cruditionc  indiget  et  doctrina. 
Erudivit  sane,  faciens  abnegare  impictatem  et  soecularia 
desideria,  ut  sobrie,  et  juste,  el,  pie  vivamus.  Impietas 
crat  incredulitas,  quia  Deum  nee  credebamus,  nee  cole- 
bamus.  Deum  enim  sieut  pium  est  colere,  sic  impium 
est  abnegare.  Stfcularia  desideria  sunt  concupiscentia 
carnis,  concupiscentia  oculorum,  superbia  vita;  :  qu» 
tralmnt  et  inclinant  ad  amorem  saeculi.  Istis  abnegatis 
vivit  homo  sobrie,  refrenans  concupiscentiam  carnis, 
concupiscentiam  oculorum,  superbiam  vitas.  Poslquam 
vero  incipit  esse  sobrius,  contra  duplicem  cbrietalem 
dupliecm  ponit  sobrictatem.  Ebriclas  exterior  volupta- 
lum  elTusio,  interior  curiositatum  occupatio.  E  contra 
sobrietas  exterior  voluplatum  refrcnatio,  interior  curio- 
sitatum exclusio.  Ila  vivit  homo  sobrie  quantum  ad 
seipsum,  juste  quantum  ad  proximum,  cui  exhibet  quod 
justum  est.  Justitia  est  in  duobus,  in  innocentia  et  in 
beneficentia.  Innocentia  justitiam  inchoat,  beneliccntia 
consummat.  Pie  quantum  ad  Deum.  Piotas  est  in 
duobus,  ut  de  nobis  non  prajsumamus,  sed  in  Deo 
perfecln  eonlidamus  :  ut  per  cum  omnia  mundi  impe- 
dimenta vincamus.  In  Deo  non  est  diffidendum,  sod 
secure  et  fiducialiter  est  agendum.  Ipse,  tanquam  pius 
et  laudabilis  medicus,  prius  bibitpotionem  quara  parabat 


SERMONS  DIVERS. 


13 


C'6tait  le 
mzieme  dcs 
Petils  ser- 
mons. 


qui  produit  la  sante  et  la  vie.  Enfin  celui  qui  apres 
sa  passion  est  entre  dans  la  vie  eternelle  nous 
donne  lieu  d'esperer  en  toute  securite,  que  nous 
obtiendrons  la  menie  chose  de  lui. 

CINQUANTE-CINQUIEME  SERMON  *. 

Les  six  urnes  spirituelles. 


1.  «  II  y  avait  la  sis  urnes  de  pierres  pour  ser- 

vir  aux  purifications  en  usage  chez  les  Juifs  (Joan. 

ins  tropolo-  n,  6).  »  Voyons  dans  les  sis  urnes   placees  la  six 

'*i\tTDesS    observances  proposees  par  Dieu  a  ses  serviteurs, 

lesquelles  doivent  leur  servir  a  se  purifier,  corame 

les  urnes  aux   Juifs.  Ce  sont  le  silence  a,  la  psal- 

modie,  les  veilles,  le  jeune,  le  travail  nianuel  et 

Le  silence  la  purete  de  la  chair.  Dans  l'urne  du  silence,  nous 

.  .,  nous  nurifions  des  peches  que   la  loquacite   nous 

luit  sortes  '  i-ii 

:  loquacite.  fait  eorninettre.  Or,  ll  y  a  hint  sortes  de  loquacite. 
En  effet,  s'il  y  a  des  paroles  sottes,  vaines,  men- 
songeres,  et  oiseuses,  il  y  en  a  aussi  de  fourbes, 
de  niedisantes,  d'impudiques  et  d'excusatoires.  Or, 
toute  cette  peste  nait  de  la  loquacite,  et  il  n'y  a 
que  le  silence  pour  la  faire  perir  dans  sa  racine, 
on  du  moins  pour  l'empecher  de  faire  trop  de  ra- 

.  La  psal-  vages.  Nous  trouvonsdans  la  psalmodie  une  double 
modie.  confession  :  on  elfet,  en  psalmodiant,  le  pecheur 
sent  naitre  la  coraponction  au  souvenir  de  ses  pe- 
ches, en  meme  temps  il  chante  les  louanges  de 
Dieu  a  cause  de  ses  justes  jugements.  Aussi  est-ce 
dans  cette  urne  que  tout  Juif,  si  sa  confession  est 
droite,  se  purifie  de  l'esprit  immonde  da  blasphe- 
me auquel  il  etait  sujet  avantsa  conversion.  Quand 
il  se  louait  lui-meme  et  qu'il  accusait  Dieu,  qu'e- 

a  On  retrom  2  la  meme  partie  eiprimee  dans  les  memes  termes 
dans  le  deuiiewe  sermon  pour  l'octave  de  l'Epiphanie  numero  9. 


suis,  id  est  passionem  et  mortem  sustinuit  :  et  sic 
sanitatem  immorlalilatis  accepit  ,  et  impassibilitatis , 
docens  suos  ut  confidenter  biberent  potionem,  quae  ge- 
nerat  sanitatem  et  vitam  :  et  qui  post  passionem  vita 
aeterna  vivit,  spem  dat  nobis  ut  idem  speremus  ab  eo 
securi. 


SERMO  LV. 

De  sex  hydriis  spiriiualibus . 

1.  Erant  ibi  posilce  lapidece  sex  hydrice  secundum  pu- 
rificalionem  Judceorum.  Intelligamus  has  sex  hydrias 
ibi  positas,  esse  sex  observantias  servis  Dei  propositas, 
in  quibus  tanquam  Judaei  purificari  debeant.  Sunt  autem 
istae,  silentium,  psalmodia,  vigiliae,  jejunium,  opus  ma- 
nuum,  carnis  munditia.  In  bydria  silentii  purificamur  a 
peccalis,  qua;  verbositate  contrahimus.  Cujus  vitii  sunt 
octo  species.  Est  enim  verbum  stultum,  vanum.mendax, 
otiosum,dolosum,  maledicum,impudicum,excusatorium. 
Quae  nimirum  pestis  de  luquacitate  nascitur,  et  per  si- 
lentii censuram  aut  evertitur  funditus,  autcerte  ne  mul- 


tait-il  autre  chose  qu'un  blasphemateur?  Ne  sont- 
ce  point  des  blasphemateurs  que  ceus  qui  disent  : 
«  La  voie  du  Seigneur  n'est  pas  juste  (Ezech.  xvm, 
25)  ?  »  N'est-ce  point  un  sot  blasphemateur  que 
celui  qui  s'ecriait  :  «  11  n'y  a  point  de  Dieu  [Psal. 
lii,  1)  ?  n  Mais  une  fois  converti,  une  fois  qu'il  a 
confesse  les  louanges  de  Dieu,  et  qu'il  a  ete  instruit 
par  les  divins  eantiques,  il  a  corrige  sa  vie  et  ses 
discours  ;  il  s'est  accuse  lui-meme  et  il  a  accepte 
ses  peches,  et,  en  meme  temps  qu'il  loue  Dieu,  il 
attribue,  non  a  lui-meme,  mais  au  Seigneur  le  bien 
qu'il  trouve  en  lui.  Tout  cela  se  fait  dans  la  psal- 
modie ;  or,  par  psalmodie,  il  faut  entendre  tout  ce 
qui  se  chante  en  l'honneur  de  Dieu  avec  melodie 
de  cceur,  que  ce  soient  des  psaumes,  des  hymnes 
ou  tout  autre  cantique. 

2.  La  troisieme  urne,  d'apres  ce  que  j'ai  ditplus 
haut,  est  l'urne  des  veilles.  Elles  doivent  toujours 
etre  accompagneesde  la  perseverance  danslapriere. 
Ainsi,  nous  voyons  dans  l'Evangile  que  le  Seigneur 
passait  des  nuits  en  prieres,  [Luc.  vi,  12)  et  dans 
les  exhortations  qu'il  fait  entendre  a  ses  disciples, 
il  ne  separe  point  la  priere  de  la  vigilance  : 
«  Veillez  et  priez,  dit-il,  pour  que  vous  n'entriez 
point  en  tentation  (Marc,  xiv,  38  et  Luc.  xxu,  46).  » 
Ces  veilles  nous  purifient  de  nos  souillures  que 
nous  contractons  dans  le  relachement  de  la  som- 
nolence, alors  que,  dans  une  sorted'oubli,nousnous 
ralentissons  et  nous  nous  engourdissons  dans  les 
voies  du  salut.  La  quatrieme  urne  est  le  jeune  :  il 
ne  viendra,  je  crois,  a  la  pensee  de  personne  de 
douter  que  le  jeune  aussi  nous  purifie.  C'est  une 
verite  reconnue,  que  les  contraires  se  guerissent 
par  les  contraires.  Si  done  nous  avons  peche  par 

L'ordre  seul  en  a  M  un  peu  change\ 


3 .  Les  veilles 


t.  Le  jeiine 
Son  utility. 


turn  noceat,  reprimitur.  In  psalmodia  fit  duplex  con- 
fessio,  ubi  et  peecator  deculpiscompungitur,  et  Deo  lau- 
des  super  judiciajusticiae  suae  dicuntur.  Inhacergo  hydria 
Juda>us  quisque,  qui  scilicet  recte  confitetur,  purificatur 
ab  immundo  spiritu  blasphemiaB,  cui  ante  conversionem 
subjacebat.  Dum  enim  seipsum  laudaret,  ac  Deum  accu- 
sant, quid  aliud  quam  blasphemus  erat  ?  .\nnon  sunt 
blasphemi,  qui  dicunt  i  Non  est  <pqua  via  Domini? 
An  non  insipiens  ille  blasphemus,  qui  dicit  incorde  suo, 
Non  est  Deus  ?  Jam  vero  conversus  et  confessus,  canti- 
cisque  divinis  instructus,  correcta  vita  corrigit  et  verba; 
seque  ipsum  accusans,  mala  sibi  computat  :  Deum 
autem  laudans,  bonum  quod  in  se  videt,  non  sibi,  sed 
illi  applicat  :  et  hoc  totum  agitur  in  psalmodia.  Per 
psalmodiam  accipe  quidquid  Deo  agitur  cum  mentis 
melodia,  sive  sint  psalmi,  sive  hymni,  sive  etiara  qua?- 
cumque  cantica. 

2.  Tertiam  hydriam  posui  superius  vigilias.  Has  sem- 
per debet  comitari  orationum  instantia.  Unde  et  Domi- 
nus  in  Evangelio  legitur  in  oratione  pernoctasse  :  et 
discipulos  suos  exhortans,  utrumque  simul  conjunxit, 
dicens  :  Yigilate  et  orate,  ut  non  intretis  in  tentationem. 
Tales  vigiliae  abluunt  nos  a  sordibus,   quas  contraximus 


u 


OEI'VRES  1»E  SAINT  RERNARU. 


exces  de  boirc  et  de  inanger,   qu'avons-nous   Je 

mieux  a  faire  que  de  nous  purifier  par  l'abstinence? 

D'aUleurs  le  jeune  ne  nous  purifle  pas  settlement 

de  ce  peche,  il  nous  donne encore  la  force  de  chas- 

ser  le  demon,   elon  ce  que  il  it  le  Seigneur  m£me  : 

«  Cette  sorte  de  demons  no  peut-etre  chassee  que 

par  la  priere  et  le  jeune  [Mare,  ix,  28).  » 
5.  Le  iratail      3.  Vie'iit  ensuite  la  cinquieme  urne  qui  est  le  tra- 
manupl.      vajj  manuel.  [i  „Vst  j)as  dirticile   de  trouver   com- 
ment cette  urne  sert  aux  purifications ;  car,  pour 

ne  point  parler  de  tout  le  reste,  qui  pourra  estimer 

a  sa  juste  valeur  le   prix  et   La   grace    du   travail 

manuel  qui  nous  permet  de  passer   notre  vie,  avec 

le  produit  de  nos  mains  et  sans  porter  envie   aux 
II   nons    est  biens  de  qui  que  ce  suit  ?  Si  on  etait  tente  de  voir 

recommandi  jaus  meg  p;^,.,,!,^^  non  ie  langage  de  la  verite,  mais     cher.  On  pent  se  purifier  aux  cinq  autres  urnes, 
dc  1  Apjtrc-  une  pure  declamation,  il  faudrait  prefer  l'oreille    je  veux  dire  a  l'urne  du  silence  et  a  celle  de   la 


payer,  car  nous  avons  travaille  jour  et  nuit  avec 
peine  et  fatigue  pour  n'etre  a  charge  a  aucun  de 
vous  (u  That,  in,  7).  »  Ecoutez-le  aussi  enseigner 
ce  qu'il  faisait :  «  quaml  nous  etions  avec  vous,  nous 
vous  declarions  que  celui  qui  no  veut  pas  travail- 
ler,  ne  doit  point  manger  [Ibidem.  10).  »  Vous 
voyez  avec:  quelles  instances  le  Doctenr  des  nations 
recommande  le  travail  manuel.  Pourquoi  l'eut-il 
tant  a  coeur,  si  ce  n'est  pares  que  ce  bon  et  diligent 
pasteur  vit  que  le  travail  manuel  interessait  beau- 
coup  le  salut  de  ses  brebis  ? 

h.  Reste  la  derniere  urne  qui  est  la  purete  de  la 
chair.  Or,  cette  urne  nous  puriGe  de  cinq  souil- 
lures  corporelles,  qui  nous  viennent  par  la  vue, 
par  l'ouie,  par  le  gout,  par  l'odoral  et  par  le  tou- 


6.  La  purete 
(Je  la  chair. 


aux  discours  de  notre  maitre  dans  la  foi  et  la  ve- 
rite, de  l'apotre  saint  Paul  dans  salettreaux  Thes- 
saloniciens,  oil  il  leur  enseigne  et  prescrit  le  tra- 
vail, o  Nous  vous  supplions,  dit-il,  et  nous  vous 
conjurons  en  Notre  Seigneur  Jesus-Christ,  de  vous 
etudier  a  vivre  eu  paix,  et  de  vous  apphquer  cha- 
cun  a  ce  que  vous  avez  a  faire,  de  travailler  de 
vos  propres  mains  comme  nous  vous  l'avons  or- 
donne,  et  de  vous  conduire  honnetement  envers 
ceux  qui  sont  hors  de  l'Eglise,  et  de  ne  rien  de- 
sirer  de  ce  qui  est  aux  autres  (i  Thess.  iv;  1,  10  a 
13).  »  Ecoutez  maintenant,  aussi  comment  il  pra- 
tiquait  lui-meme  ce  qu'il  enseignait  aux  autres  : 
«  Vous  savez  vous-memes  ce  qu'il  faut  faire  pour 
nous  imiter;  or,  il  n'y  a  rien  eu  de  turbulent  dans 
la  maniere  dont  nous  avons  vecu  chez  vous  ;  nous 
n'avons  point  non  plus  mange  votre  pain  sans  le 


per  somnolentiam  rosoluti,  dum  oblivione  quadam  a  via 
salutis  intepuimus  ac  torpuimus.  Quarta  hydria  estjoju- 
nium,  de  quo  quis  dubitet  an  et  ipsum  purificet?  Vera 
est  ilia  sententia  :  conlrariis  curanlur  conlraria.  Si  ergo 
per  giilara  peccavimus  et  ingluviem,  quid  restat  nisi 
ut  per  abstinenliam  reparemuf?  Nee  solum  hujus 
vitii  fit  per  jejunium  purificalio;  insuper  et  virtus  ad 
cxpellendos  daemones  comparalur,  dicente  Domino  : 
Hoc  genus  in  nutto  potest  exire,  nisi  in  oratione  et 
jejunio. 

3.  Sequitur  quinta  hydria,  quaedicitur  opus  manuum  : 
in  quo  si  qua.Tatur  an  sit  aliqua  purificalio,  facile  potest 
inveniri  per  multa.  Nam  ut  plurima  praeteream,  hoc 
solum  quanti  sit  prteconii,  quanUe  gratia},  quis  digne 
aestimet,  suo  se  quemque  labore  transiyere,  ac  nullius 
aliquid  desidcrare?  Ac  ne  me  quisquam  putet  haecmagis 
declamatorie,  quam  ex  veritate  proferre  ;  audiat  ipsum 
doclorem  nostrum  in  tide  et  veritate  apostolum  Paulum 
scribentem  ad  Thessalonicenses,  haec  ipsa  docentem  et 
praecipientem.  Rogamus  vos,  inquit,  fratres,  ut  abunde- 
tis  magis  et  operant  delis  ut  quieii  sitis,  et  ut  vestrum 
negotiant  agalis,  et  operemini  manibus  vestris,  sicut 
pracepimus  vobis  ,  et  ut  honeste  ambuletis  ad  eos  qui 
fork  sunt,  et  nullius  aliquid  dcsiderelis.  Audiat  eum- 
dem  ipsum  facientem  qua?    docebat.    Ipti  enim  scietis, 


psalmodie,  a  l'urne  des  veilles,  a  celle  du  jeune, 
et  enfin  a  l'urne  du  travail  manuel,  sans  se  purifier 
a  la  sixieme.  Mais  si  nos  flancs  nesont  pas  ccints, 
c'est-ii-dire  si  la  purete  de  la  chair  nous  fait  defaut, 
a  quoi  nous  servira-t-il  d'avoir  nos  lampes  allu- 
mees  ?  Aussi,  faut-il  conclure  de  la  qu'il  est  neces- 
saire  de  nous  purifier  dans  cette  sixieme  urne  qui, 
ajoutee  aux  cinq  autres,  a  le  pouvoir  d'assurer  le 
salut.  11  faut  noter  encore  que  dans  toutes  ces 
observances,  nous  devons  les  quatre  premieres  a 
nous,  la  cinquieme  au  prochain  et  la  sixieme  a 
Dieu.  En  effet,  e'est  pour  nous,  pour  notre  propre 
discipline,  que  nous  devons  observer  le  silence, 
pratiquer  la  psalmodie,  les  veilles  et  lc  jeune,  e'est 
pour  le  prochain  que  nous  devons  nous  exercer 
au  travail  manuel,  alin  de  n'etre  a  charge  a  per- 
sonne,  et  de  nous  procurer  meme  de  quoi  subve- 


Sa   necesaite. 


inquit,  guemadmodum  oporteat  vos  imitari  nos,quoniam 
non  inquieti  fuimus  inter  vos,  neque  panem  gratis  man- 
ducavimus  ah  aliquo,  sed  in  lubore  ct  fatigatione,  node 
et  die  operantes,  ne  quern  centrum  gravaremus.  Item 
audiat  docentem  quae  faciebat  :  Cum  essemus  apud  vos, 
hwc  denuntiabamus  vobis,  quoniam  si  quis  non  vult 
operari,  nee  manducet.  Vides  quam  sollicite  obser- 
vandum  praecepit  Doctor  gentium  opus  manuum?  Cur 
hoc  tantopere  curavit,  nisi  quia,  sicut  bonus  et 
diligens  pastor,  hoc  ovium  saluti  plurimum  expedite 
providit? 

4.  Restat  ultima,  carnis  munditia.  In  hac fit  purificalio 
ab  ilia  quinqtiepertila  corporis  illecebra,  visus,  auditus, 
gustus,  odoratus,  tactus.  Et  caetera  quidem  praedicta,  id 
est  silentinm,  psalmodia,  vigilioe,  jejunium,  opus  ma- 
nuum, exerceri  sine  ista  possunt  :  sed  si  lumbi  praocincli 
non  sint,  id  est  si  desit  carnis  munditia,  lucerna:  ardentes 
quid  proderunt?  Hinc  ergo  colligendum  est,  quod  sit 
necessaria  hujus  hydriae  purificalio,  qua;  sola  omnibus 
supradictis  aequipollentem  obtinet  vim  salutis.  Et  notan- 
dum  quod  in  his  omnibus  observantiis  quatuor  primas 
debemus  nobis,  quintam  proximo,  sextain  Deo.  Nam 
silentium,  psalmodiam,  vigilias,  jejunium  debet  quisque 
exercere  propter  seipsum,  hoc  est  propter  suam  disci- 
plinam  i  opus  manuum  propter    proximum,    ne   quem 


SERMONS  DIVERS. 


15 


nir  aux  besoms  des  pauvres,  et  c'est  pour  Dieu 
quo  nous  cultivons  la  purete  du  corps,  c'est  afin 
de  ini  plnire  et  de  faire  sa  volonte.  Aussi,  est-il 
eerit  :  «  La  volonte  de  Dieu  est  que  vous  soyez 
saints,  que  vous  vous  absteniez  de  la  fornication, 
que  chacun  de  vous  sache  posseder  le  vase  de  son 
corps  dans  la  saintete  et  dans  l'honnetete  (Thess. 
iv,  3).  »  Que  si  ces  urnes  sont  de  pierre,  cela  veut 
dire  que  ce  qu'elles  representent  ne  peut  se  pra- 
tiquer  sans  quelque  difficulte,  et  que  la  voie  qui 
conduit  a  la  vie  est  dure  et  penible.  Peut-etre  en- 
core est-il  dit  qu'elles  sont  de  pierre,  pour  signifier 
la  force,  car  il  n'est  pas  facile  de  les  briser,  ni  de 
repandre  la  liqueur  qu'elles  contiennent,  ce  qui 
arriverait  bien  vite  si  elles  etaient  d'argile,  de  bois 
ou  de  toute  autre  matiere  fragile.  Enfin,  peut-etre 
par  cette  pierre  dont  elles  sont  faites,  veut-on  dire 
qu'elles  sont  ehretiennes,  c'est-a-dire  faites  avec  la 
pierre  qui  est  le  Cbrist,  pour  qu'elles  soient  eta- 
blies  dans  la  foi  du  Christ. 

CINQUANTE-SIXIEME  SERMON   \ 

II  faut  emplir  les  six  urnes  d'un  triple  amour. 

1.  «  Ces  urnes  contenaient  chacune  deux  ou  trois 
mesures  (./<  \n.  li,  6).  »  II  faut  savoir  avant  tout 
que  ci's  urnes  sont  tantot  pleines  et  tantot  vides  ; 
tantot  pleines  de  venin,  quelquefois  pleines  d'eau, 
et  parfois  aussi  pleines  de  vin,  elles  sont  vides  et 
vaines  quandon  ne  les  a  quepour  servir  de  vain  or- 
nement,  ou  pour  quelque  usage  temporel.  Elles 
sont  pleines  de  venin  quand  on  les  porte  avec 
ruurmure  et  avec  aigreur.  On  dit  qu'elles  sont 
pleines  d'eau  quand  on  les  pratique  avec  la  crainte 
de  Dieu.   Puisque  par  l'eau  on  entend    la  crainte 


de  Dieu.  Ainsi  on  lit  dans  Salomon  :  «   La  crainte 
du  Seigneur  est  une  source  de  vie  (Prov.  xiv,  27). » 
Elles  sont  pleines  de  vin  quand  la  crainte  se  change 
en  amour,  car  1'araour  chasse  la  crainte,   attendu 
que  ce  qu'on  faisait  sous  l'empire  de   la  crainte  du 
chatiment   se   fait  alors  avec  plaisir  et  amour  de 
la  justice.  Le  Seigneur   ne  veut  pas  qu'elles  soient 
vides  ou  vaines,  il  donne  l'ordre   de  les  faire  rem- 
plir  d'eau,  mais  c'est  pour  qu'elle  se  change  en  vin 
qu'il  les  fait  remplir  d'eau.  Mais  a  qui  le  Seigneur 
ordonne-t-il  de  les  remplir  d'eau?  C'est  aux  servi- 
teurs,  c'est-a-dire  a    ceux  qu'il  a  elablissur  toute 
sa  maison  pour  distribuer,  en  son  temps,  a  tout  le 
monde  une  mesure   de  froment  ;  mais  auparavant 
Marie  a  prepare   leur   esprit   en    disant  :  «  Faites 
ce  qu'il  vous  dira  (Joan,  h,  5).  »   Ce  trait  nous  ap- 
prend  que  nous  ne  devons  point  nous  ingerer  dans 
l'office  de  predicateur,    si  nous   n'y   sommes  pre- 
pares d'abord  par  Marie,  c'est-a-dire  par  la  grace 
qui  est  la  mere  de  la  predication,  autrement  nous 
entendrions  dire  de  nous  :  «  lis  ont  regne  par  eux- 
meines,  non  point  par  moi;  ils   ont  ete  princes;  et 
je  ne  l'ai  point  su  (Osee.  vn,  U) .  »  Ce  sont  done  les  p  y  a  (r0;s 
serviteurs  qui  emplissent  d'eau  les  urnes  ;  ils  disent     craintes. 
dans  leurs  predications  des  choses  merveilleuses  de 
la  douceur  du  royaume  de  Dieu,    et  font  retentir 
des  paroles   terribles,  en  parlant   de   l'horreur  des 
supplices  eternels ;  ;  eux   qui   les  entendent  parler 
concoivent  une  double  crainte,   l'une  d'etre  prives 
de  la  douceur  du  royaume  de   Dieu,   l'autre  d'etre 
expose  aux  supplices  eternels.  Voila  comment  les 
urnes  contiennent  deux  mesures  ?  Mais  que  faut-il 
entendre  par  ces  mots,  ou  trois  mesures  ?  Le  voici, 
ajoutezune  troisieme  crainte  aux  deux  premieres,  et 
vous  aurez  trois  mesures .  Les  deux  premieres  craintes 
ont  rapport  a  l'avenir,  elles  sont  tres-utiles;   mais 


gpavet,  sed  rnagis  habeat  unde  tribuat  necessitatem  pa- 
ticnti  :  carnis  mundiliam  propter  Deum,  ut  illi  placeat, 
et  ejus  voluntatem  facial.  Unde  scriptum  est  ;  Hcec  est 
enim  voluntas  Dei  sanctificatio  vestra,  ut  abstineatis  vos 
a  fornication? ,  «/  sciat  unusquisque  vesfrum  suum  uas 
possidere  in  sanc/iftcatione  el  honore.  Quod  autem  ilia? 
hydria?  lapidea?  dicuntur,  significat  quod  sine  aliqua 
difhcultate  observari  non  possunt,  et  quod  dura  etaspera 
est  via  qua?  ducit  ad  vitam.  Vel  certe  lapidea?  dicuntur 
propter  forlitudinem,  ne  facile  frangantur  aut  dissolvan- 
tur,  et  effundatur  liquor  gratia?  qui  in  eis  conlinetur, 
quod  utique  cito  contingere  posset,  si  vel  fictiles  essent, 
vel  lignea?,  seu  cujuslibet  alterius  fragilis  materia?.  Vel 
etiam  lapidea?,  id  est  Christiana?,  a  lapide  Christo,  ut 
scilicet  in  fide  Christi  fiant. 

SERMO  LVI. 

De  hydriis  mysticis  implendis  tripliei  timore. 

I.  Capientes  singula?  metretas  binas    vel  ternas.    Hie 
primum  sciendum  est,  quod  hujusmodi  hydria?  aliquando 


sunt  vacua? ,  aliquando  sunt  plenae.  Plena?  autem  ali- 
quando veneno,  aliquando  aqua  ,  interdum  etiam  vino. 
Vacua?  quippe  et  inanes  sunt,  cum  pro  inani  gloria,  vel 
aliquo  temporali  emolumento  sunt.  Plena?  veneno  sunt, 
si  cum  murmure  et  animi  rancore  gerantur.  Aquaplena? 
dicuntur ,  cum  ex  timore  Dei  observantur  :  siquidem 
per  aquam  limor  intelligitur.  Unde  et  apud  Salomonem 
legitur  :  Timor  Domini  fans  vita'.  Vino  aulem  plena? 
sunt,  cum  timor  vertitur  in  amorem  ;  cum  charitas  ex- 
cludit  timorem  ;  cum  ea  quae  prius  observabantur  timore 
pcena?,  jam  e\ercentur  delectatione  et  amorejustitia?.  Ut 
vacua?  vel  veneno  infecta?  sint  non  vult  Dominus  ;  ut 
impleantur  aqua  jubet  Dominus  :  ut  autem  aqua  in  vi- 
num  vertatur,  boo  facit  Dominus.  Sed  quibus  implere 
hydrias  aqua  imperat  Dominus  ?  Ministris  utique  ,  quos 
et  constituit  super  familiam  suam,  ut  dent  illi  in  tem- 
pore tritici  mensuram,  quibus  tamen  Maria  primum  sug- 
gesserit,  dicens  ;  Quodcumque  dixerit  vobis,  facile.  Quo 
exemplo  innuitur,  quod  ofBcium  pra?dicationis  non  de- 
bent  usurpare  sibi,  nisi  quos  Maria,  id  est  mater  gratia, 
prius  instruxerit.  Alioquin  dicetur  eis  :  Regnaverunt,  et 
non  ex  me;  principes  exstiterunt,  et  ego  ignoravi.  Im- 
plent  ergo   ministri   hydrias  aqua  :  predicant  mira  de 


16 


il  y  on  a  one  troisiomo  qui  a  rapport  au  present, 
olio  est  bion  preferable,  e'est  cello  qui  nous  fait 
ct. iin.hr  ot  apprthender  constamment  quo  la  grace 
inteneure  nous  abandoune.  iinsi  quiconque  esl 
remphde  cette  crainte,  a  fevidemment  ajonte  une 
troisiomo  mesure  aux  deux  premieres. 

2.  Or,  il  faut  remarquer  que  ce  n'est  quo  lors- 
que  los  urnes  furent  rempliea  d'eau  jusqu'au  haul, 
quo  L'eau  nit  changee  on  vin  ;  la  raison  demande, 
en  effet,  que  si  la  crainte  est  le  principe  de  la  sa- 
gesse,  la  plenitude  de  la  dileetion  snive  la  perfec- 
tion de  la  crainte.  Aussi  lo  maltre  d'hotel  dit-il  a 
1'epoux  :  b  Tout  honuuo  commence  par  servir  lo 
bon  vin,  ct  quaml  on  a  bion  bu  il  on  sort  de  moin- 
dre  qualite;  pour  vous,  vous  avez  reserve  le  bon 
\in  jusqu'a  cotte  beure  [Joan,  a,  10).  »  Les  gens  du 
momle,  quand  its  desirent  s'elever  aux  bonneurs, 
commencent  par  metlre  les  autres  bommes  dans 
leurs  interests  par  l'amour.  Mais  a  peine  ont-il  at- 
toint  lour  but  que,  enfles  par  le  pouvoir,  ils  font 
plier  devant  eux,  par  la  crainte,  ceux-la  memes  a 
qui  ils  temoignaient  de  l'amour  quand  ils  n'otaient 
que  de  simples  particuliers,  bien  loin  de  cbercber  a 
leur  inspiror  de  la  crainte.  Ces  gens-la  commencont 

La  crainte  r  .  °  . 

fiDit  par  se  par  servir  le  bon  vin,  je  veux  dire  par  temoignor 
de  l'amour;  et  quand  on  est  enivre  de  leur  amour, 
alors  ils  servent  quelque  cbose  de  moins  bon,  c'cst- 
a-diro  la  crainte.  Notre  Epoux  fait  tout  lecontrairo. 
11  reserve  toujours  pour  la  fin,  le  bon  vin,  et  il  nous 
verse  d'abord  ce  qui,  au  prix  de  son  bon  vin,  estun 
vin  de  qualite  inferieure,  en  nous  disant  :  «  Mou 
fils,  quand  vous  vous  presentez  pour  servir  Dieu, 
tenez-vous  dans  la  crainte  (Eccl.  n,  1) .  »  Si  la 
crainte  a  fait  de  vous  son  serviteur,  la  charite  lui 


(fXVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

fera  do  vous  un  ami,  TOila  comment  l'eau  se 
trouvera  changed  en  vin.  C'est  pour  cela  que  vous 
vous  purifiez  dans  les  six  tunes  do  la  crainte,  el 
pour  cela  aussi  quo  vous  vous  approcboz  de  lui 
dans  la  crainte,  comme  un  serviteur  de  son  maltre, 
afin  de  passer  de  l'etat  de  serviteur  a  la  condition 
do  fils. 


elumgei 

en  amour 


CINQUANTE-SEPTIEME  SERMON  '. 

Z.f^  sept  sceaux  rompus  par  le  Christ. 

1.  «  Void  le  Lion  de  la  tribu  de  Juda,  le  rojolon 
do  David  qui  a  obtenu  par  sa  victoire  le  pouvoir 
d'ouvrir  le  livre,  et  d'en  rompre  los  sept  sceaux 
(Ajjoc.  v,  5).  »  Cos  sept  sceaux  ce  sont  sa  naissance 
temporolle,  sa  circoncision  legale,  la  purification 
de  sa  mere,  sa  fuite  en  Egypte,  les  besoius  du  corps, 
son  bapteme  et  sa  passion.  En  effet,  ce  sont  la  au- 
tant  de  cachets  de  1'luimanite  dont  la  sagosse  de 
Dieu  incarnee  a  voulu  fitre  tenue  et  scellee.  Elle  est 
la  seconde  personne  de  la  Trinite,  et,  bien  que  le 
Pore,  lo  Fils  et  le  Saint-Esprit  aient  egalement  con- 
tribue  a  l'incarnation,  ce  n'est  toutefois  ni  le  Pore, 
ni  le  Saint-Esprit  qui  se  sont  incarnes,  mais  uni- 
quement  le  Fils.  11  est  vrai  que  le  Pere  et  le  Saint- 
Esprit,  etant  inseparables  du  Fils,  remplissaient  sa 
chair,  mais  ilsne  l'emplissaient  que  par  la  presence 
de  leur  majeste,  non  point  par  la  reception  de  leur 
personne.  Voila  pourquoi,  en  merne  temps  que  le 
Fils  fait  oclator,  dans  sa  chair,  la  puissance  du  Pere 
par  ses  ceuvres,  et  la  bonte  du  Saint-Esprit  par  la 
remission  des  peches,  il  cele  sous  les  sceaux  dont 
j'ai  parle  plus  haul,  ce  qui  le  touche,  ou  plutut  co 


•  C'etait  le 

qoatorziema 

desPetitsser 

mons. 


I  pour  l'-joui 
de  Piques. 


Operation  di 

)a  sainte 

Trinite    dan; 

Tincarnatioi 

du  Christ. 


dulcedine  regni  ,  intentant  horrendadeterroresupplicii: 
fit  summus  auditoribus  de  ulroque  timor,  ne  vel  illo 
fraudentur,  vel  islo  plectantnr  ;  et  ila  capiunt  bydriK 
metretas  binas.  Quid  est  autem  velternas?  Addaturillis 
duobus  teptius  timor,  et  capiunt  liydriae  metretas  ternas. 
Et  illi  quidem  duo  prsdicti  timores  de  future  .  sonl 
valde  utiles  :  sed  est  alius  timor  de  praesenti  miillo 
probabilior,  quo  timet  homo,  et  semper  est  pavidus,  ne 
interna  gratia  deseratur.  Quisquis  igitur  hoc  timore  re- 
pletus  fucrit,  profecto  binis  metretas  ternas  addidit. 

2.  Notandum  autem,  quod  cum  hydriae  plena?  factae 
sunt  usque  ad  summum,  tunc  aqua  versa  est  in  vinum 
bonum  :  quia  nimirum  ordo  rationis  est,  ut  si  timor  est 
initium  charitatis ,  perfectum  sequatur  etiam  plenitudo 
dilectionis.  Unde  etiam  architriclinus  dicit  ad  sponsum  : 
Omnis  homo  primum  vinum  bonum  ponit :  et  cum  ine- 
briati  fuerint,  tunc  id  quod  deterius  est.  Tu  autem  ser- 
vasti  vinum  bonum  mque  adhuc.  Consuetudinis  est  sae- 
cularium  hotninum ,  ut  cum  aliquem  honorem  adipisci 
desiderant,  caeteros  sibi  priu9  per  amorem  acquirant. 
Cum  vero  adepti  fuerint,  elati  potestate  ,  eos  ipsos  per 
timorem  sibi  postmodum  subjiciunt,  quibus  priusprivati 
non  terrorem ,  sed  amorem  cxhibuerant.  Isti  ponunt 
primum  bonum  vinum,  id  est  amorem  :  et  cum  ine- 
bmti  fuerint,  tunc  id  quod  deterius  est,  id  est,  timorem. 


E  contrario  facit  Sponsus  nosier.  Semper  enim  servat 
ad  ultimum  bonum  vinum  ;  quod  vero  in  ejus  compa- 
ratione  deterius  est,  ante  propinat,  dicens  :  Fili,  acce- 
dens  ad  tervitutem  Dei  sla  in  timore.  Si  ex  timore  tc 
feceris  ipsius  servum ,  faciet  te  ex  charitate  amicum 
suum.  Et  sic  aqua  timoris  commutabitur  in  vinum  di- 
lectionis. Ab  hoc  enim  puriticaris  in  illis  sex  hydriis 
aquis  timoris,  ab  hoc  in  timore  accedis  ad  ipsum,  tan- 
quam  servus  ad  dominuni,  ul  de  servo  proveharis  in  li- 
lium. 


SERMO  LVII. 

De  septem  signaculis  per  Christum  solutis. 

1.  Ecce  vicit  Leo  de  tribu  Juda,  radix  David,  aperire 
librum,  el  solvere  septem  signucida  ejus.  Septem  signa- 
cula  sunt,  temporalis  nativitas,  legalis  circumcisio,  Ma- 
tris  purgatio,  fuga  in  jEgyptum,  carnis  necessitudo, 
baptismus,  passio.  Ha»c  siquidem  sunt  veras  quaedam 
humanitatis  insignia,  quibus  se  teneri  ac  ligari  voluit 
incarnata  Dei  sapientia.  Ipsa  quippe  est  secunda  in  Tri- 
nitate  persona  :  et  licet  eamdem  incarnationem  simnl  fe- 
cerinl  Pater  et  Filius  et   Spiritus-sanctus ;  non  tamen 


SERMONS  DIVERS. 


17 


qui  est  tout  lui-meme,  je  veux  dire  la  Sagesse  de 
Dieu.  II  s'est  produit  ainsi  line  chose  merveilleuse 
et  surprenante,  la  force  supreme  s'est  faite  faible, 
et,  s'il  m'est  permis  de  parler  ainsi,  ce  que  je  ne 
ferai  qu'avec  le  sentiment  d'un  profond  respect,  la 
sagesse  s'est,  en  quelque  sorte,  faite  insensee.  Mais 
pourquoi  hesiterai-je  a  repeter  ce  que  le  Doctcur 
des  nations  n'a  pas  craint  de  nous  enseigner.  Or 
voici  ce  qu'il  croyait,  ce  qu'il  enseignait,  ce  qu'il 
ecrivait  meme  :  «  Pour  nous,  disait-il,  nous  pre- 
chons  Jesus  crucitie,  ce  qui  est  un  scandale  pour 
les  Juifs,  et  une  folie  aux  yeux  des  gentils.  Mais 
c'est  la  force  meme  et  la  sagesse  de  Dieu  pour  ceux 
qui  sont  appeles,  soit  Juifs,  soit  Gentils.  farce  que 
ce  qui  parait  en  Dieu  une  folie,  est  plus  sage  que 
la  sagesse  de  tons  les  hommes,  et  que  ce  qui  sem- 
ble  en  Dieu  une  faiblesse  est  plus  lort  que  la  force 
de  tous  les  hommes  (1  Co;',  r,  23  a  25).  » 
force  et  2.  Toutefois  cette  force  etait  cacliee  et  devait  so 
is?christe  Parfaire  aans  l'liumilite,  pour  accomplir  lous  les 
L6esdans  oracles  des  prophetes.  Ainsi  un  Dieu   impassible  a 

'UVT6  dc  - 

Sdempiion  souffei't  sui  la  croix,  et  celui  qui  est  le  Fils  1m- 
mortel  de  Dieu  est  mort  et  a  ete  enseveli  dans 
notre  chair  mortelle.  Mais  le  troisieme  jour  il  est 
ressuscite  d'entre  les  morts  et  l'Agneau  de  la  pas- 
sion est  devenu  le  lion  de  la  resurrection.  «  Le 
Lion  de  la  tribu  de  Juda  s'est  leve  et  il  a  vaincu ;  » 
car  il  a  foule  aux  pieds,  en  ressuscitautparsa  pro- 
pre  vertu,  la  mort  qu'il  avait  soufferte  par  suite 
de  notre  propre  faiblesse,  et  maintenant  «  qu'il  est 
ressuscite  d'entre  les  morts,  la  mort  n'aura  plus 
jamais  d'empire  sur  lui  (Rom.  vr,  9).  »  Mais  c'est 
en  ressuscitant  eten  rnontant  au  ciel,  qu'il  a  di- 
vert le  livre,  attendu  que  c'est  alors,  selon  la  sainte 


Ecriture,  que  sa  divinite  devint  manifeste  a  tous 
les  regards.  Aussi  est-il  ecrit  :  «  Elevez-vous  plus 
hant  que  les  cieux,  Seigneur  Dieu,  et  votre  gloire 
eclatera  sur  toute  la  terre  (Psal.  cvn,  U).  »  11  a 
aussi  brise  les  sijpt  sceaux  de  ce  livre,  quand  il  a 
ouvert  l'esprit  des  fideles  a  l'intelligence  des  livres 
saints,  et  quand  il  a  niontre  [ilus  clair  que  le  jour 
que  tout  ce  que  la  Loi  et  les  Prophetes  avaient 
predit  de  ses  mysteres  sous  le  voile  de  l'allegorie, 
je  veux  dire  tout  ce  qu'il  a  fait  dans  le  temps  par 
le  ministere  de  l'homme,  avait  ete  predit  de  lui  et 
se  trouvait  accompli  en  lui. 

CINOUANTE-HIJITIEME  SERMON*.  •C'etait  Is 

quinzieme  des 
Petits 

Les  trois  saintcs  femmes  qui  vont  embaumer  le  corps      sermons. 
de  Je'sus  mort,   sont   l'esprit,    la  main  et  la  lanque 
qui  travaillent  au  salut  du  prochain. 


V.  le  sermon 
n  sur  la 


1 .  Que  nous  representent  ces  trois  saintes  fem- 
mes qui  s'en  vont  acheter  des  parfums  apres  la  n^umcthn. 
mort  de  Jesus,  pour  embaumer  son  corps,  depose 
dans  le  tombeau  ?  Quel  exemple  nous  donnent- 
elles  a  suivre  dans  leur  action  ?  Car,  selon  saint 
Gregoire  (S.  Gregor.  in  homil.  Pascha>),  tout  ce 
qui  s'est  fait  est  un  signe  de  ce  qu'il  faut  faire  dans 
la  sainte  Eglise.  Pour  nous  done  si  nous  voyons 
que  le  Christ,  e'est-a-dire  la  foi  du  Christ,  a  cesse 
de  vivre  dans  le  coaur  de  quelqu'un  de.  nos  freres, 
il  faut  employer  tous  nos  soins  pour  venir  embau- 
mer son  corps  et  nous  approcher  de  lui,  apres  avoir 
fait  emplette  de  parfums.  Les  trois  saintes  femmes 
de  l'Evangile  nous  representent  trois  puissances 
qui  se   procurent  chacune  les  parfums  qui   leur 


Les  trois 

saintes 

femmes  au 

sens  tropo- 

logique 


Pater  aut  Spiritus  Sanctus  est  inoamatus,  sed  solus 
Filius.  Implevit  quidem  et  Pater  et  Spiritas  Sanctus 
camera  Filii,  a  quo  neuter  eorum  poterat  separari  ;  sed 
implevit  majestate,  non  susceptione.  Ideoquc  Filius  os- 
tendit  in  came  potentiam  Patris  per  opera ,  cxhibuit 
bonitatem  Spiritus  Sancti  remittendo  peccata;  et  quod 
snum  erat,  imo  quod  ipso  erat,  id  est  sapientia,  seoc- 
cultavil  per  ilia  prredicta  signacula.  Facta  est  igitur  res 
mira  et  obstupenda.  Infirmata  est  virtus  siimrna,  (ut  ita 
dicam,  si  dici  Iiceat,  quod  tamen  reverenter  dico)  quasi 
infutuata  est  sapientia.  Nee  erubesco  dicere  ,  quod  non 
erubuit  Doctor  gentium  docere.  Sic  nempe  credidit,  sic 
docuit,  sic  scriptum  reliquit.  Nos,  inquit,  prcedicamus 
Christum  cruxifixum,  Judreis  quidem  scandalum,  Genti- 
bus  autem  stultitiam  :  ipsis  autem  vocatis  Judmis  atquc 
Grcecis ,  Christum  Dei  virtutem ,  et  Dei  sapientiam  : 
quia  quod  slultum  est  Dei,  sapientius  est  hominibus;  et 
(fuod  infirmum  est  Dei  fortius  est  hominibus. 

2.  Verumtamen  hrec  virtus  abscondenda  erat,  et  in 
humilitate  perficienda  :  ut  omnium  implerentur  oracula 
prophetarum.  Passus  est  ergo  in  cruce  impassibilis  Deus, 
et  incarne  nostra  raortali  mortuus  acsepultusimmortalis 
Dei  Filius.  Sed  ecce  tertia  die  resurrexit  a  mortuis  :  et 
qui  agnus  exstiterat  in  passione,  leo  factus  est  in  re- 
surrectione.   Surrexit  et  vicit  Leo  de  tribu  Juda:  quia 

T.      IV. 


mortem,  quam  ex  infirmilate  nostra  pertulit  ,  ex  virtute 
sua  resurgendo  calcavit.  Resurgens  enim  a  mortuis,  jam 
non  moritur,  mors  Mi ultra  nondominabitur.  Resurgendo 
autem  et  in  coelum  ascendendo,  librum  aperuit,  quia  ni- 
mirum  ex  auctoritate  sacraj  Scripturs,  quod  Deus  esset, 
innotuit  manifeste.  Unde  scriptum  est  :  Exnliare  super 
coalos  Deus,  et  super  omnem  terram  gloria  tua.  Sep- 
tem  quoque  cjusdem  libri  signacula  solvit ,  quando  in- 
tellectual eloquii  sacri  fidelium  mentibus  reseravit  :  et 
quidquid  de  mysteriis  suis.  Lex  et  Prophetae  sub  alle- 
goriis  pra?dixerant,  de  bis  scilicet  ,  quae  per  hominem 
temporaliter  gessit ;  haac  de  se  praedicta,  et  in  se  ac  per 
se  completa,  luce  clarius  indicavit. 

SERMO   LVIII. 

De  tribus  mulieribu?  mortuum  ungentibus,  id  est,  mente, 
manu,  lingua,   salutem  proximi  curanlibus. 

1.  Quid  est  quod  post  mortem  ejus  tres  ilia?  sancus 
mulieres  emerunt  aromata,  ut  in  monumento  positum 
ungerent  eum?  Quid  in  sua  actione  nobis  reliquerunt 
imitandum?  Res  enim  gesta,  ut  ait  beatus  Gregorius, 
aliquid  in  sancta  Ecclesia  signat  gerendum.  Et  nos  ergo 


18 

,.  nnent.  Quelles  sont-elles1!  Co  sont  I'esprit, 
la  main  ft  la  languc.  Kn  effet,    quiconquo  acb 
donne  quelqui  cho  e  autre   ol  o  e  ; 

et  ce  qu'il  donne,  il  1  ■  perd  pour  acquerir  ce  qu'il 
cu  de  si  volonte  propre, 
ft  il  fail  emplette  de  sentiments  de  compassion,  de 
z&e  pour  I 
sfil.  La   main  paie   en   monnaie  d'obei    inc 

.  ibulations, 

la  pei  >      ion. si  '■' ,|""';" ''  (1;l"s 

la  chair.  Quant  a  la  langue,   elle  do i  li    denier 

de  la  confessi  i  are  dans  la  cor- 

on,  I'abondance  dans  ['exhortation,  et  I'effica- 
cite  dans  la  pei  suasion. 

2.  Apres  s'etre  approvisionnees  deparfums,  elles 

B'entretenaient  entre  elles  le  long  du  chemin  et  se 

■ni  :  o  Qui  nous  6tera   la    pierre  qui   ferme 

l'entree  du  sep  ■■<■'?  Or,  cette  pierre, 

c'esl  i excessive,  on  la  paresse,  ou  la  du- 

.  Car,  tant  qu'elli       srment  1  e  du  coeur, 

il  esl  tain  etl 

■  .:  ,,    po  n    I'em- 
bauti  que  il  est  ecril  :  «Vol 

,  ,        in    la    preparation  mime   de 

a.  ix,   17),  »  ell,  s  voient  la   pierre 

ecartee  et  elles  I  ins  le  sepulcre,  maisalors 

I    [ue  le  mort  donl  elles  renaient 

embaumer  if  corps  est  ressuscite.  Qui  le  leur  fait 

,    .,,,.,  j  Qui  le  leur  mnonce  i  C'estun  ange  qui 

avail  ete  te    oin  de  cette  resurrection.  Aussi  voit-on 

le  visage  de  celui  en  qui  le  Christ  est  ressuscite 

plus  joyeux  el  '      :    ■'"  •  son  langage 

est  plus  pur,   sa   demarche   plus   modeste   et  sun 

esprit  plus  prompt  a  touteespece  de  bonnes  oeuvres. 


OEUVRES   DE  SAINT  BERNARD. 


Or,  qu'est-ce  que  toul  cela  sinon  autanl  de  gais 
messagers  de  so  resurrection  interieure?  On  ponr- 
rail  de  mernc  donner  un  sens  Ggure  a  tous  les 
autres  details  de  la  resurrection  de  Jesus-Christ, 
dans  le  linceul  trouve  sur  la  pierre  du  sepulcre, 
dans  I'annonce  faite  par  I'ange  que  le  Seigneur  se 
fera  voir  en  Galilee,  el  dans  tons  les  autres  Iraits 
du  recit  evangelique,  en  sorte  que  tout  ce  qu'on 

raconte s'6tant  passe  dans  le  chef,  se  trouva 

reproduit  au  sens  moral  dans  son  corps. 

CINQUANTE-NEUV1EME  SKKMON.  • 

Les  trois  pains  de  I'homme  spiriluel. 

1.  «  Mon  ami,  pretez-moi  trois  pains  (Luc.  xi, 
5).  »  Mon  ami,  en  arrivaut  de  route,  je  veux  dire 
notre  prochain  quel  qu'il  soil,  quand  il  se  con- 
verts, a  besoin  de  trois  pains  pour  se  restaurer. 
Le  premier  de  ces  pains  est  celui  de  la  continence 
qui  resserre  le  tissu  du  corps  el  l'empeche  de  se 
repandre  dans  les  voluptes  mortelles.  Le  second  est 
celui  de  l'humilite  qui  fortine  l'ame  et  l'empeche 
de  tirer  vanite  de  sa  continence.  Le  Iroisieme  pain 
est  celui  dela  fervour,  de  la  charite  qui  allume  le 
feu  dans  notre  ame  ft  qui  conserve  pour  toujours 
le  corps  et  lame,  en  nu'me  temps  dans  la  chasl-te 
el  dans  l'humilite.  Ces  trois  vertus,  je  veux  dire  la 
rhisi.de,  l'humilite  et  la  charity  son!  comme  les 
trois  pains  qui  restaurent  les  forces  de  I'homme 
de  Dieu  et  l'affermissent  en  sorte  que  selonle  motde 
1'Apotve,  il  aitle  corps,  .l'ame  et  le  coeur  en  bon 
etat  au  jour  de  l'aveneinent  du  Seigneur  (i  Cor.  1, 
7).  Or,  par  l'ame,  j'entends  la  grace  qui,   selon  le 


•  C'etail  le 

dix-septiemo 

ties  Petits 

sermons. 

Le  seizifcmc 

a  6t6  report6 

parmi  les 

pens^es. 


si  Christum  mortuum,  id  est  fidem  Christi  mortuam  in 
corde  cajuspiam  fratris  senserimus ,  danda  nobis  opera 
est,  ut  ad  ungendum  corpus  mortuum  emptisaromatibus 
:  ,  inn  tres  ilia;  mulieres  tres  in 
nobis  efucientias,  qua  sibi  congrua  comparant  aromata. 
Quae  sunt  il  us   lingua.  Omnis   eniui  qui 

emit,  aat  el  iquid  :  et  quod  dat,  perdit,  ut  pos- 

il  quod  accipit.   i":  igil       mens  nummum  pi 

apassionis,  -■ 

justiticc.  di  i  Llii-  Dal  i i       bedii    tiam, 

(it  in  tribulatione  patientiam,  in  opere  perseveran- 

atiam.  Dal    lingua  nummum  con- 

ipil    modum  ii      lione  .  copiam  in 

exhort 

,  dum  ad   monumen- 
(„,,,  ,j  mntur  invicem  ,  ct  diounl  : 

Qui,:  „h  ostio  monuments  Lapis 

,  velduritia  :  qua 
dlim  ,  ,1  ilruit,  frustra  ad  ungendum 

,„„,,,  ,  ius,  vel   lingua  cum  quibuslibet 

aroma    i  ptum  est,  Prtspara- 

auris  lua  :  vident  lapidem 
revolution,  introeuntin  monumentum  :  et  quemungere 
volcbant  mortuum,  audiunt  as  »itatutn.  Quia  hoc  indi- 
cat?  Quis  hoc  prsedicat  ?  Angelua   utique    testis  resur- 


rectionis.  Videtur  scilicet  lnijus  in  quo  Christus  resur- 
rexit,  vultus  ladior,  aspectus  venustior,  sermo  puriur.in- 
cessus  modeslior,  et  ad  omne  opus  bomnn  spirilus 
promptior.  Qua?  omnia  quid  sunt  aliud ,  quam  quidam 
interna  resurrectioins  hilaris  nuntius?  Caetera  quoque, 
qua  in  Gliristi  resurrection*  gesta  vel  dicta  sunt,  ulpote 
do  invento  sudario,  ac  de  ipso  Domino  in  Galilaea  vi- 
dendo,  et  aliis  qua  evangelica  conduct  historia,  possunt 
niinii'iira  juxta  cceptam  tropologiam  interpretari  :  ut 
quod  historice  pracessit  in  capite  ,  consequenler  cliam 
credatur  lieri  moraliter  in  ejus  corpora. 

SERMO  LIX. 

De  tribus  panibus  haminis  spirUualin 

Amice,  commoda  mtiii  Ires-  panes.  Veniens  ad  nos  de 
via  nosier  amicus,  id  est  quilibet  conversus  proximus, 
tribus  panibus  reficiendus  est.  Primus  pania  est  conti- 
nent quia  pestringitur  corpus,  ne  deinoeps  per  morti- 
feras  voluptatea  defluat.  Secundus  est  humilitas,  qua 
inslrnitur  anima,  ne  de  ipsa  sua  conlinentia  superbiat. 
Tertius  est  fervor  charitatis,  quo  accenditur  spintus,  ut 
utrumque,  id  est  corpus  et  animam,  in   castitate  et  hu- 


SERMONS  DIVERS. 


19 


meme  apotre,  vient  en  aide  ;\  notre  faiblesse,  et 
nous  empeche  de  tomber  en  defaillance,  en  atten- 
dant le  moment  oil  nous  pourrons  moissonner  le 
bien  (pie  nous  avons  seme.  (Rom.  vm,  2G  .  I. e  pre- 
mier des  trois  pains  est  le  pain  de  la  chair  ou  du 
corps,  le  second  est  celui  de  la  raison,  et  le  troi- 
sieme  celui  de  l'esprit.  Toutes  les  fois  qu'on  se 
trouve  a  court  de  ces  pains,  il  faut  en  demander  a 
Dieu.  Ce  n'est  pas  sans  raison  qu'on  en  demande 
trois,  car  il  y  a  trois  etres  a  restaurer;  l'ame  qui 
est  comme  l'homme,  la  chair  qui  est  comme  la 
femme,  et  l'esprit  qui  est  commele  serviteurde  l'un 
et  de  l'autre.  Notez  encore  qu'il  ne  dit  pas  :  donnez- 
moi,  mais  «  pretez-nioi  trois  pains,  »  pour  mdiquer 
par-la  qu'il  se  propose  de  les  lui  rendre ;  et  en  effet, 
le  pretre  doit  obten'r  de  Dieu  la  grace  pour  le  pe- 
cheur  qui  se  convortit,  mais  il  ne  saurait  se  rap- 
porter  le  fruit  de  celte  grace,  il  doit  l'aliribuer  a 
Dieu. 

c..uil  le  SOIXANTIEME  SERMON  '. 

t-hnitifeme 

sermons'.'        Jesus-Christ  est  descendu  et  il  est  remonle,  "insi 
descendons-nous  el  remontons-nous  aussi. 

1.  «  Personne  n'est  rnonte  au  ciel  que  celui  qui 
est descendu  du  ciel,  le  Fils  de  lhomme  qui  est 
dans  le  ciel  {Joan,  m,  23).  »  Notre-Seigneur  a  et 
Sauveur  Jesus-Christ  voulant  nous  apprendre  a 
monter  au  ciel,  a  fait  ce  qu'il  nous  a  enseigne  et 
est  monte  lui-meme  auciel.  Mais  comme  il  n'aurait 
pu  monter  s'il  n'avait  commence  par  descendre, 
la  divinite,  etant  un  etre  simple,  ne  lui  permet- 

a.  Ce  passage  se  tronre  reprodait  au    livre  vu  des  Fleurs  de 


tait  ni  de  monter  ni  de  descendre,  attendu  qu'elle 
ne  pent  ni  croitre  ni  diminuer  ou  changer  en  quel- 
que  maniere  que  ce  soit,  il  unit  done  a  sa  personne 
notre  nature,  je  reus  dire  la  nature  humaine,  afin 
de  pouvoir  et  monter  et  descendre  et  nous  ensei- 
gner  la  voie  par  laquel'.e  nous  pouvions  monter 
nous-memes.  C'est  ce  que  nous  indiquent  les  pa- 
roles de  l'Evangile  que  je  vous  ai  citees.  Ces  pa- 
roles, en  effet,  «  nul  n'est  monte  au  ciel  que  celui 
qui  est  descendu  du  ciel,  »  expriment  qu'il  s'est 
uni  la  nature  humaine ;  et  celles-ci  qui  viennent 
ensuite,  «  celui  qui  est  dans  le  ciel,  »  rappellent 
l'immuabilite  de  sa  nature  divine.  Ces  paroles  nous 
indiquent  egalement  qu'il  est  aussi  la  voie  par  la- 
quelle  nous  devons  monter,  et  la  patrie  ou  nous 
devons  demeurer ;  la  voie  pour  ceux  qui  sont  en- 
core dans  le  passage,  et  la  patrie  pour  ceux  qui  y 
sont  parvenus.  Tout  en  demeurant  ce  qu'il  etait 
dans  sa  nature,  il  est  descendu  et  il  est  remonte 
chez  nous  a  cause  de  nous,  en  atteignant  depuis 
une  extremite  jusqu'a  l'autre  avec  force,  et  en  dis- 
posant  tout  avec  douceur  [Sap.  vui,  1).  11  est  en 
effet  descendu  si  bas  qu'il  ne  convenait  pas  qu'il 
descendit  davantage,  et  il  est  monte  si  haut  qu'il  ne 
saurait  monter  plus  qu'il  i'a  fait.  Pour  ce  qui  est 
de  descendre,  il  est  descendu  avec  force,  parce  qu'il 
etait  la  force  meme,  mais  il  a  dispose  son  ascension 
avec  douceur,  parce  qu'il  etait  la  Sagesse.  «  11  est 
descendn  »  lisons-nous,  «  il  n'est  pas  tombe  ;  celui 
qui  tombe  ne  descend  point  par  degre,  au  con- 
traire,  quand  on  descend  on  pose  le  pied  d'un  degre 
sur  l'autre. 
2.  II  y  a  done  des  degres  pour  descendre  comme 

saint  Bernard,  chapitre  i,  et  les  sairaots  an  chapitre  II. 


militate  perseveranter  custodial.  His  tribus  virtutibus, 
id  est,  castitatis  humilitatis,  charifatis  ,  tanquam  tribus 
panibus  reficitur  homo  Dei  et  roboratur ;  ut  secundum 
Apostolum  in  die  adventus  Domini  sit  integer  spiritus, 
anima,  et  corpus.  Spiritum  autem  voco  gratiam  ,  qua? 
justa  apostolum  eumdemadjuvat  infirmitatemnostram  ne 
deficiamus,  donee  suo  tempore  metamus  bonumquodse- 
minavimus.  Yocatur  primus  panis  carnalis  vel  corpora- 
lis,  secundus  rationalis,  tertius  spiritualis.  Hi  panes 
quoties  desunt,  a  Deo  requirendi  sunt.  Merito  autem 
tres  quasruntur,  quia  tres  reOciendi  veniunt  :  Anima 
quasi  vir,  caro  quasi  eonjux  ,  spiritus  velul  utriusque 
vernaculus.  Et  nolandum  quod  non  ait,  da,  sed  commoda 
mihi  tres  panes,  quasi  redditurus  :  quia  sacerdos  pecca- 
tori  convertenti  debet  quidem  gratiam  dtvinilus  impe- 
trare,  fructum  vero  ejusdem  gratia  non  sibi  debet,  sed 
Deo  referre. 

SERMO  LX. 

De  Christi  itemyue  nostra  descensu,  et  aseensu. 

i.  Nemo  ascendit  inccelum,  nisi  qui  de  aelo  descendit, 
Filius  hominis  qui  est  in  ccelo.  Doininus  et  Salvator  nos- 
ter  Jesus-Christus  volens  nos  docere  quomodo  in  cae- 
lum ascenderemus,  ipse  fecit  quod  docuit  ,  ascendit  in 


ccelum.  Et  quoniam  ascendere  non  proterat,  nisi  prius 
descenderet ;  descendere  autem  eum  vel  ascendere  non 
patiebatnr  dignitatis  suae  simplicitas,  quippe  quae  nee 
min.ii  potest,  nee  augeri ,  aut  aliquo  modo  variari  :  as- 
sumpsit in  unitatem  suae  persona;  naturam  nostram,  id 
est  humanam,  in  qua  descenderet  et  ascende-et;  viam- 
que  nobis,  qua  et  nos  ascenderemus,  cstenderet.  Quod 
totum  indicant  sincti  Evangelii  verba  proposita.  In  eo 
enim  quod  dictum  est,  Xeino  ascendit  in  caelum  nisi  qui 
"lit  ,  assumptio  humanae  naturae  exprimitur 
in  eo  autem  quod  infertur,  qui  est  in  ccelo,  divinilatis 
suae  incommutabilitas  ostenditur.  In  quibus  verbis  illud 
etiam  innuitur,  quod  ipse  sit  viaperquam  ascendamus; 
ipse  patria  ubi  maneamus  :  via  scilicet  transeuntibus, 
patria  pervenientibus.  Manens  itaquequod  erat  innatura 
sua,  descendit  et  ascendit  propter  nos  in  nostra  :  atlin- 
gens  nimirum  a  fine  usque  ad  finem  fortiter  ,  et  dispo- 
nens  omnia  suaviter.  Descendit  siquidem  quo  inferius 
non  decuit ;  ascendit  quo  Celsius  non  potuit  :  ipsumque 
descensum  egit  fortiter,  quia  virtus  erat;  ascensum, 
disposuit  suaviter,  quia  sapientia  erat.  Descendit  autem 
dictum  est,  non,  cecidit  quia  qui  cadit,  sine  gradu  ruit : 
qui  autem  descendit,  gradatim  pedem  ponit. 

2.  Suntergogradusindescendendo.sunt  in  ascendendo. 
In  descendendo  primus  quidem  gradus  est  a  summo  ccelo 


20 


OKFVRKS  DE  SAINT  BERNARD. 


Irois  degres 
dans  la 
dcscenle. 


II  y  a  trois 


ii  y  a  trois  ^?  ,M1  ,(  !k0ur  monter-  A  la  descente,  le  premier 
dcscentes  ou  degr6  est  celui  qui  conduit   «Ui    haut  du  ciel  a  la 
nature  humaini  .  nd,  celui  qui  aboutita  la 

croix,  etle  troisieme  est  celui  qui    va  jusqu'a   la 
mort.  Voil  .  ,  jusqu'ou il  est  descendu.  Au- 

rait-il  pu  descendre  plus  b  i>  encore  .'  Certainement, 
notre  Hoi  pouvait  dir  :  el  - .  crier  dans  1.'  sentiment 
i  coeur,  s'il  m'esf  permis  de  le  dire  :  «  Y  a-t-il 
quelque  chose  de  plus  que  j'aie  du  fairo  et  quo  jo 
n'ai  point  fait  [Isa  v,  4)?  Personne  ne  saurait 
avoir  un  amour  plus  grand  que  celui  qui  va  j us— 
qu'a  donner  sa  vie  pour  ses  amis  [Joan,  xv,  13).  » 
Nous  venous  de  voir  comment  il  est  descendu, 
voyons  maintenant  comment  il  est  monte..  11  l'a 
fait  aussi  par  trois  degres,  dont  le  premier  est  la 
gloire  de  sa  resurrection;  le  second,  la  puissance  du 
<iegr*s  anssi  jugement,  et  le  troisieme,  la  place  qu'il  occupe  a  la 
montSe.  droite  de  son  Pere.  Par  sa  mort,  il  a  merite  de  res- 
suseii  i  :  par  s  i  croix,  de  sieger  sur  le  tribunal  du 
juge;  car,  s'il  fut  injustement  juge  sur  la  croix,  il 
devait  en  obtenir  une  juste  reparation  le  jour  ou  il 
s'ecrierait  apres  sa  resurrection  :  «  Toute  puissance 
ui'a  ete  donnee  daus  le  ciel  et  sur  la  terre  (Malt. 
xxviu,  18).  »  Quant  a  sa  forme  d'esclave,  a  sa 
chair,  veux-je  dire,  dans  laquelle  il  a  souflert  et  il 
est  mort,  il  l'a  ressuscitee  et  elevee  au  plus  haut  des 
cieux,  il  l'a  placee  au  dessus  des  chceurs  des  anges, 
a  la  droite  de  son  Pere .  Quoi  de  plus  doux  que  cette 
■disposition  dans  laquelle  la  mort  est  absorbee  dans 
sa  victoire,  et  l'ignominie  de  la  croix  se  change  en 
gloire?  Au  point  que  les  saints s'ecrient  :  «Loin  de 
moi  la  pensee  de  me  glorifier  en  autre  chose  que  la 
croix  de  Notre-Seigneur  Jesus-Christ  (Gahd.  vi. 
14).  >'  Quoi  de  plus  doux,  dis-je,  que  cette  disposi- 
tion dans  laquelle   l'bumilite   meme  de   la  chair 


de  ce  monde  vers  le  Pere?  Nun,  il  n'ya  rien 

de  iblime  que  celte  asi  ension  :  on  n  •  saur  lil 

ni  dire  ni   concevoir  rien   de    plus  glorieux.  \ 

comm  jneur  esl  descendu  el   comment  il 

est  monte  par  le   mystere  de   son    incarnation,  el 

nous  a  laisse  unexemple  pour  que  nous  marchions 

pas. 

3.  Quant  a    nous,  nous  devons  prendre   exemple     Comment 

pour  nos  inu'urs  sur  son  mystere  ;  «  oar  quiconque     imiter  sa 
,.  ..,      ,  ,  ?         ilcscecle  et 

tilt    qUll    demeiire    dans    le    Christ,    doit    marcher  son  ascension 

comine  il  a  marche  Lui-meme  [Joan,  u,  6).  »  Des- 
cendons  done  par  la  voie  de  l'hurni  ite,  et  que  no- 
tre premier  degre,  je  veux  dire  noire  premier  pas, 
soit  de  ne  vouloir  point  dominer ;  le  second,  de 
vouloir  eiresoumis,  et  le  troisieme  de  soufl'rir  avec 
patience  dans  notre  soumission,  toute  espece  de 
niepris  et  d'injuros.  Celui  qui,  dans  les  cieux,  di-  n  j  a  trois 
sait  dans  son  cceur  :  «  Je  monterai  au  ciel,  j'eta-  '^''nj,™ 
blirai  mon  trone  au  dessus  des  astres  de  J)ieu;je  descente 
m'asseoirai  sur  la  montagne  de  l'alliance,  a  cole  de 
l'Aquilon  ;  jo  me  placerai  au  dessus  des  nuees  les 
plus  elevecs,  et  je  serai  semblable  au  Tres-Haut 
(Isa.  xiv,  13),  »  ne  connaissait  point  le  premier  de- 
gre ;  aussi,  en  s'exprimant  ainsi,  tomba-t-il  du  ciel 
d'une  chute  irreparable,  et  cela  parce  que  e'est  un 
orgueil  intolerable  que  de  vouloir  dominer.  Quant 
a  nos  premiers  parents,  dans  le  paradis,  ils  ont 
manque  dr.  second  degre,  quand  ils  aimerent 
mieux  abuser  de  leur  voloute  que  de.  se  soumettre 
au  Createur;  toutefois,  ils  ne  pdusserent  point  la 
la  jrresomption  jusqu'a  vouloir  dominer  sur  ceux 
de  leur  race.  Aussi  leur  faute  et  leur  eluUiment 
furent-ils  bien  differents  de  l'orgueil  et  de  la  chute 
du  diable,  et  meriteient-ils  de  la  clemence  de 
Dieu  d'etre  rachetes.  Quant  au  troisieme  degre  il 


usque  ad  carneni;  secundus  usque  adcrucem;  tertius  usque 
ad  mortem.  Ecce  quousqucdescendit.  Numquid  amplius 
potuit?  Potcrat  jam certe Rex nosterdicere,et quasi  quo- 
dam  operis  affectu  clamare  :  Quid  ultra  debui  facere,  et 
non  fecil  Majorem  hac  dilectionem  nemo  haiet,  id  ani- 
mam  suam  ponat  quis  amicis  suis.  Vidimus  descen- 
sum,  videamus  et  ascensum.  Sed  et  ille  quoque  triplex 
est,  et  ejus  primus  gradus  gloria  resurrectionis;  secun- 
dus potestas  judicii ,  terlius  consessits  ad  dexteram  Pa- 
tris.  Et  de  morte  quidem  meruit  resurrectionem  ;  de 
cruce  judicii  polestatem  :  ut  quoniam  in  ilia  injuste  judi- 
catus  est,  de  ilia  justam  oblineret  judicis  censuram.ipso 
post  resurrectionem  dicente  :  Data  est  mthi  omnis  po- 
testas in  cceto  et  in  terra.  Ipsam  vero  s  rvi  forman,  id 
est  carnem,  in  qua  passus  et  mortuus  est  resuscitatam 
evexit  super  omnes  ccelos ,  et  super  omnes  angelorum 
choros,  usque  ad  dexteram  Patris.  Quid  hac  disposi- 
tione  suavius,  ubi  mors  absorbetur  in  victoria,  ubi  igno- 
minia  crucis  vcrtitur  in  gloriain  ?  ut  de  ilia  dicaut  sancti : 
Absil  mthi  gloriari  nisi   in  cruce  Don  i  Jesu 

Christi :  abi  et  ipsa  carnis  humilitas  ex  hoc  mundo 
transit  ad  Patrum.  Hac  ascensione  nibil  sublimius  ,  hoc 
honore  nihil  gloriosus  dici  potest  aut  cogitari.  Sic  per 
incarnationis  suae  mysterium  descendit  ct  ascendit  Do- 


minus,  relinquens  nobis  exemplum  ut  soquamur  vesti- 
gia ejus. 

3.  Sumamus  et  nos  de  mysterio  ejus  moribus  nostris 
exemplum.  Qui  enim  died  se  in  Chrtsto  manere ,  debet 
skut  ipse  ambulavii  et  ipse  ambulare.  Descendamus  per 
viam  liumilitalis,  ponaturque  nobis  primus  ejus  gradus, 
id  est  primus  pfol'ectus,  nolle  dominari  ;  secundus  velle 
subjici  :  tertius  in  ipsa  subjectione  quaslibet  contume- 
lias,  et  injurias  illatas  ;equanimiter  pati.  Primo  gradu 
caruit  in  coelo  Lucifer  ille,  qui  dixit  in  corde  suo  :  In 
caelum  ascendant  ,  super  astra  Dei  exaltabo  solium 
meum  :  sedebo  in  monte  testamenti ,  in  lateribus  Aqui- 
lonis  :  ascendant  super  altiludinem  nubium,  similis  era 
Altissimo.  Haec  dicens  Irreparalibiter  cecidit  de  coelo  : 
et  hoc  ideo  forte,  quia  omnino  intolerabilissuperbia  est, 
velle  dominari.  Secundo  gradu  caruerunt  primi  homi- 
nes in  paradiso,  qui  licet  sua  maluerint  voluntate  abuti, 
quam  Creatori  subjici  :  non  tamen  prasumpserunt  ce- 
teris sua?  sortis  dominari.  Ideoque  culpa  eorum  el  poe- 
na longe  extitit  dissimilis  snperbue  atque  ruinaediaboli ; 
undo  et  divina  dementia  quandoquc  meruerunt  reparari. 
Tertium  gradum  non  habent  qui  ad  tempus  credunt, 
sed  in  tempore  tentationis  recedunl. 


SERMONS  DIVERS. 


21 


fait  defaut  a  ceux  qui  croieut   pour  un  temps,  et 
qui  se  retirent  au  moment  de  la  tentation. 

lx.  Je  vous  dis  toutes  ces  choses  pour  que  nous 
sachions  bien  quels  soul  ceux  que  nous  devonsnous 
donnev  bien  de  garde  d'imiter.  En  effet,  le  diable  et 
l'homme  voulurent  egalement  s'elever  mal  a  pro- 
pos  Fun  et  l'autre,  celui-ci  a  la  science,  et  celui-la 
a  la  puissance  et  tousles  deux  a  l'orgueil.  Ne  veuil- 
lons  point  nous  elever  de  la  sorle,  au  lien  de  cela, 
ecoutons  plutot  le  Prophetese  demandant  comment 
il  faut  monter.  «  Qui  est-ce  qui  montera  sur  la 
montagne  du  Seigneur?  Ou  qui  esl-ce  qui  s'arre- 
tera  dans  son  lieu  saint  ?  Ce  sera  celui  dont  les 
mains  sont  innoeentes,  et  dont  le  cceur  est  pur,  qui 
n'apas  recu  son  auie  en  vain,  ni  fait  a  son  pro- 
chain  des  serments  faux  et  trompeurs  [Psal.  xxin, 

.     3).  »  Or,  il  faut  noter   ici   que  le  Prophete  compte 
II  y  a  trois  .         .     ,  ,. 

legres  aussi  aussi  trois  degres  pour  aecomphr  notre  ascension. 

Le  premier  est  l'innocence  des  ceuvres,  le  second  la 
purete  du  cceur,  et  le  troisieme  le  fruit  de  l'edifi- 
cation.  Or  nous  retrouvons  ces  trois  degres  indiques 
d'une  facon  admirable  dans  les  degres  de  Fascen- 
sion  dont  il  a  ete  parle  plus  haut.  En  effet,  nous 
avons  vu  alors  que  le  troisieme  degre  est  le 
support  des  injures,  c'est,  en  effet,  a  cela  qu'on  re- 
connait  le  premier  degre  de  cette  ascension,  je  veux 
dire  l'innocence  des  ceuvres.  Le  second  degre  elait 
la  patience  de  la  sujetion  qui  est  le  fruit  de  la  pu- 
rete du  cceur;  or,  celte  purete  est  le  second  degre 
de  l'ascension.  C'est,  en  effet,  pour  cela  que  nous 
avons  des  docteurs  places  a  notre  tete  :  c'est  pour 
que  nous  puriliions  notre  cceur,  selon  ce  motdu  Sei- 
gneur :  «  Vous  etes  deja  purs  a  cause  de  la  parole 
que  je  vous  ai  dite  {Juan.  xv). »  Or,  le  premier  degre 
de  l'ascension  etait  le  mepris  de  la  domination  qui 
a  Tout  ce  pasBage  se  trouve    reproduit    dans  le  livre   vu  des 


est  lui-meme  le  fruit  de  Feditication.  Or,quiconque 
ne  desire  point  dominer  les  autres  se  trouve  tres 
utilement  charge  de  les  conduire  et  de  les  former. 

SOIXANTE  ET  UNIEME  SERMON  \ 
11  y  a  quatre  monlagnes  a  gravir. 


dans  noire 
ascension 


4.  Haec  dicimus,  ut  sciamus  a  quorum  imitatione  de- 
clinare  debeamus.  Nam  et  diabolus ,  et  homo  uterque 
ascendere  praposlere  voluit  :  hie  ad  scientiam ,  ille 
ad  potentiam,  ambo  ad  superbiam.  Non  sic  ascendere 
velimus,  qnin  polius  audiamus  Prophetam  quaerentem 
quomodo  ascendendum  sit.  Quis ,  inquit,  ascendet  in 
monlem  Domini,  aut  quis  stabit  in  loco  sancto  ejus  ?  In- 
nocent manibus  et  mundo  corde,  qui  non  accepit  in  vano 
animam  suurn,  nee  juravit  in  doloproximo  suo.  Ubi  no- 
tandum,  quod  triplicem  gradum  ascendendi  constituit. 
Primus  gradus  est  innocentia  operis  ;  secundus  ,  mun- 
ditia  cordis  ;  tertius,  fructus  asdificationis.  Quos  gradus 
miro  modo  in  venimus  in  superioribusgradibus  ascensionis. 
Ibi  quippe  fuerat  tertius  gradus,  tolerantiainjuriarum.  Ipsa 
est  enim  quae  probat  bujus  ascensionis  primum  gradum, 
id  est  innocentiam  operis.  Ibi  secundus  fuerat  paticntia 
subjectionis  :  et  ipsam  operatur  munditia  cordis  ,  quae 
est  secundus  ascensionis  gradus.  Ad  hoc  enim  doctores 
praalatos  habemus,  ut  cor  mundemus,  dicente  Domino  : 
Jam  vos  mvndi  estis  propter  sermonem ,  quern  locutus 
sum  vobis.  Ibi  etiam  primus  gradus  fuerat  contemptus 
dominationis  :  hie  tertius  est  fructus  aedificationis.  Quis- 


*  C'etait  le 

dix-nenvieme 

des  Petits 

sermons. 


1.  Qui  est-ce  qui  montera  sur  la  montagne  du 
Seigneur  (1  sal.  xxm,  3)  ?  »  Jesus-Christ   s'est  eleve 
une  fois  avec  son  corps  au   plus   haut  des  cieux,  et   llsrJTt\s  j" 
maintenant  il  monte  spirituellement  tons  les  jours    p^ches,  les 

,  .,       c-  J  i  fimles  et  les 

dans  le  cceur  de  ses  ems.  Si  done  nous  voulons  mon-      crimes, 

ter  avec  lui,  il  faut  que  de  la  vallee  des  vices  nous 
nous  elevions  sur  la  montagne  des  vertus.  Or,  les 
vices  sont  de  deux  sortes  a  :  les  uns  ne  nuisent 
qu'a  nous,  et  les  autres  nuisent  au  prochain  ;  les 
uns  sont  des  fautes,  les  autres  des  crimes ;  mais  les 
uns  et  les  autres  sont  appeles  la  vallee  des  larmes, 
attendu  que  la  vie  des  pecheurs  doit  etre  pleuree 
avec  un  fleuve  de  larmes.  Or,  de  la  vallee  des  fau- 
tes, on  monte  sur  la  montagne  de  la  chastete  par 
la  triple  continence  des  membres,  des  sens  et  des 
pen  sees.  La  premiere  de  ces  continences  consiste  Le  mont  de 
dans  la  repression  des  actes,  dans  la  seconde  on  la  chastete. 
evite  les  regards,  et  la  troisieme  coupe  les  senti- 
ments dans  la  racine.  On  monte  de  meme  de  la 
vallee  des  crimes  sur  la  montagne  de  l'innocence. 
Or,  voici  l'echelle  qui  y  donne  acces  :  «  Ne  faites 
point  aux  autres  ce  que  vous  ne  voulez  pas  qu'on 
vous  fasse  a  vous-meme  (Malt,  vu,  12)  :  »  elle 
compte  trois  echelons  de  craiute ;  car  il  y  a  la 
crainte  de  celui  qui  souffre  et  qui  pent  nousrendre 
la  pareille  ;  celle  du  pouvoir  du  superieur  qui  peut 
nouspunir,  etenfln  celle  du  juge  interieur  qui  rend  a 

Fkurs  de  saint  Bernaid,  chapitre  xxxi. 


quis  autem  dominari  non  appetit  ,   is  profecto  fructuose 
praeest  caeteris  instituendis. 

SERMO  LXI. 

De  quatuor  montibus  ascendendis. 

\.  Quis  ascendet  in  montem  Domini'.  Ascendit  qui- 
dem  semel  Christus  corporaliter  super  altitudinem  cce- 
lorum  :  sed  et  nunc  ascendit  quotidie  spiritualiter  in 
cordibus  electorum.  Si  ergo  volumus  et  nos  cum  eo 
ascendere,  ascendendum  nobis  est  in  montes  viitutum 
de  vallibus  vitiorum.  Est  autem  gemina  species  ipso- 
rum  vitiorum.  Alia  enim  sunt  quae  nocent  nobis,  alia 
quae  proximis;  ilia  tlagitia,  isla  vocantur  facinora  ;  et 
haec  omnia  dicuntur  vallis  lacrymarum,  quia  omni  fle- 
tus  fluvio  plangenda  est  vita  peccatorum.  De  valle 
flagiliorum  ascenditur  ad  montem  castitatis  triplici  con- 
tinentia,  membrorum,  sensuum,  cogilalionum.  In  prima 
continentia  cohibetur  actus,  in  secunda  vitatur  aspectus, 
in  tertia  resecatur    affectus.  Item  de    valle   facinorum 


22 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARP. 


Le  mont  de 
la  patience. 


chacuu  scion  scs  oeuvres.  Quanil  on  est  parvenu  au 
haul  de  eette  montagne,  on  est  juste,  et  on  vit  de 
la  foi,  mais  il  l'aut  alors,  suivant  l'Ap&tre,  souflrir 
persecution  (II  Tim.  ui,  rj  . 

2.  11  faut  done  passer du  mont  de  l'innocenceau 
mont  de  la  patience  ou  so  dresse  aussi  une  fechelle 
a  trois  echelons  donl  le  premier  est  la  passion  du 
Seigneur,  lesecond  la  torn:  des  martyrs,  et  le  troi- 
sieme  la  grandeur  de  la  recompense.  On  pourrait 
les  nomuier  les  degres  de  la  pudeur,  de  memo  que 
nous  avons  appele  ceux  de  l'innocence  les  degres 
de  la  crainte.  .Note/,  bien  que  le  mont  de  la  patience 
est,  suivant  les  degres,  ardu,  epineux  ou  aride.  11  est 
ardu  a  cause  de  la  difflculte  d'imiter  la  passion  de 
Notre-Seigneur,  epineux  a  cause  des  aiguillons  de 
la  tentation  qui  sont  nombreux  ;  en  effet,  ce  sont 
les  pertes  de  biens,  les  paroles  de  mepris,  les  souf- 
frances  du  corps  qui  eprouvent  la  Constance  des 
saints  martyrs  ;  aride,  a  cause  de  la  recompense 
des  merites  qui  ne  s'accorde  point  en  ce  nionde, 
Le  mont  de  mais  en  l'autre.  Apres  ce  mont,  il  y  en  a  encore  un 
*"'      a  gravir,  mais  ce  mont   est  le  mont  des  monts  et 


S01XANTE  DEUXIEME  SERMON  \ 

de   suivre  le 


Viritables  et  di/ferentes  manures 
< Christ. 


•  C'etait  le 

vingt- 
deuxtfme  deB 

Petils  ser- 
mons. 

Quant  aux 

vingtifeme  e' 

«  Que  eclui  qui  se  met  a  mon  service  me  suive.  »  uni'"me  ser- 
11  y  en  a  qui,  au  lieu  de  suivre  le  Christ  le  fuient ;  JJ°j}''en'j8 res° 
il  v  en  a  d'autres  qui  ne  le  suivent  point,  mais   le  porta  parmi 


devancent  :  plusieurs  marchent  a  sasuilesans  pou- 
voir  l'atteindre,  et  enfin  on  en  voit  qui  le  suivent 
et  L'atteignent.  Ceux  qui  fuient  Jesus-Christ  aulieu 
de  le  suivre  sont  ceux  qui  ne  cessent  point  de  pe- 
cher,  e'est  d'eux  qu'il  est  ecrit  :  «  Quieonque  fait 
le  mal  hait  la  lumiere  {Joan,  xn,  26),  »  et  qu'un 
Prophete  a  dit  :  «  Ceux  qui  s'eloignent  de  vous, 
Seigneur,  periront  [Psal.  lxxii,  27).  »  Quant  a  ceux 
qui  ne  le  suivent  pas,  mais  le  precedent,  ce 
sont  ceux  qui  preferent  leurs  sentiments  a  ceux  des 
maitres.  Tel  elait  Pierre,  quand  ilblamait  le  Sauveur 
qui  voulait  souffrir  pour  notre  salut,  et  lui  di- 
sait  :  «  Ah  ?  Seigneur,    a   Dieu   ne  plaise,  cela  ne 


lea  pensees. 


quand  on  en  a  atteiut  le  sommet   on  trouve  que  le    vous  arrivera  pas  (Matt,  xvi,  23) !  »  On  suit  le  Sei- 
Seigneur  y  habit e.  Aussi  est-il  ecrit  :  «  11  a  choisi    gneursans  l'atteindre  quand  on  agit  avec  noncha- 


le  sejour  de  la  paix  pour  sa  demeure  (Psal.  lxxv, 
2).  »  Or,  sur  ce  montse  dresse  egalement  une  echelle, 
celle  de  la  charite,  ce  qui  fait  dire  au  Seigneur  : 
«  Faites  aux  hommes  tout  ce  que  vous  voulez  qu'ils 
vous  fassent  (Mall,  vn,  1,  et  Tob.  iv,  16).  »  Or, 
nous  voulons  qu'on  nous  rende  le  bien  que  nous 
faisons,  qu'on  nous  pardonne  uos  fautes  et  qu'on 
nous  donne  sans  pensee  de  relour. 


lence  et  relichement,  ou  quand,  fatigue  dele  suivre, 
on  retourne  a  nioitie  cbemin.  A  ceux-la  l'Apotre 
dit  :  «  Relevez  done  vos  mains  languissantes,  et 
fortifiez  vos  genoux  affaiblis,  conduisez  vos  pas  dans 
des  voies  droites  afin  que,  s'il  y  en  a  parmi  vous 
qui  soient  chancelants,  ils  ne  s'ecarteut  pas  du 
chemin,  mais  plutot  qu'ils  se  redressent  (Hebr.  xn, 
12.)  «  Enfin,  on  le  suit  et  on  l'atteint  quand  on  s'en- 
gage  de  tout  son  cueur  et  avec  perseverance  dans 
la  voie  de  l'humilite,  car   e'est  alors  qu'on  marche 


ascenditur  in  montcm  innoeentise.  Hie  erigitur  scala, 
Quod  libi  non  vis  fieri,  alii  ne  facias  :  et  ponilur  in  ea 
triplex  gradus  timoris;  vel  ejus  scilicet  qui  patitur,  ne 
reddat  talionem  :  vet  superioris  potesUitis,  ne  inferat 
ultionem  ;  vel  interni  Judicis,  qui  reddit  uniquique  se- 
cundum opera  sua.  Cum  autem  ad  hunc  monlem  ascen- 
derint  jam  jusli  sunt,  et  ex  tide  vivunl  sed  necesse  est 
eos  secundum  Apostolum  perscutionempati. 

2.  Itaque  confugiendum  est  de  monte  innocenthe  ad 
montem  patientia;  :  et  hie  quoque  eiigitur  scala  triplicis 
gradus.  Primus  est  Domini  pnssio  ;  sccundus  martyrum 
fortiludo ;  lertius  praemii  magnitudo.Possunt  sane  gra- 
dus isti  did  gradus  pudoris;  sicut  in  innoccntia  fucrunt 
gradus  timoris.  Et  nota,  quod  mons  iste  patientiai 
secundum  hos  gradus  est  arduus,  spinosus,  aridus.  Ar- 
duus,  popter  difticultatem  imitandi  passionem  Domini ; 
spinosus,  propter  aculcos  tentationum  qua?  mulliplices 
sunt,  damna  scilicet  reium,  contunielia?  verborum,  cru- 
cialus  corporum,  in  quibue  sancti  martyres  examinan- 
tur ;  aridus,  propter  relribulionem  prxmioium,  qua; 
non  in  lioc  saecul  .  sed  in    future    Post  hunc 

montem  reatat  ei  alius  mons  ascendendus,  mons  scilicet 
montium  ;  ad  quern  cum  pervencrit,  jam  in  eo  Dcus 
requiescit.  Unde  ecriptum  est  :  Faclus  est  in  pace  locus 
ejus.  Sed  ts  in  hoc  monte  pacis  erigitur  scala charitatis, 


unde  Dominus  dieit  :  Qumcunque  vultis  ut  facianl  vobis 
homines,  et  vos  facile  Hits.  Volumus  siquidem  retribui 
nobis,  volumus  ignosci,  volumus  gratis  dari. 

SERMO  I.XII. 

De  varia  el  vera  sequela  Christi. 

Qui  mihi  ministrul,  me  sequalur.  Quidam  sunt  qui  non 
sequunlur  Christum,  sed  fugiunt  :  alii  non  scquuntur, 
sed  praeunt  :  nonnulli  scquuntur,  sed  non  asscquuntur, 
alii  vero  sequunlur  et  conscquunlur.  Non  scquuntur 
sed  fugiunt,  qui  necdum  peccarc  desislunt,  de  quibus 
scriptum  est  :  Omnis  qui  male  agit,  odd  lucem.  Et  Pro- 
phela  :  Ecce  isti  qui  clongant  se  a  te,  peribunt.  Non  se- 
quunlur, sed  praeunt,  qui  magistrorum  sentcntiis  suas 
pra'l'erunl.  Quorum  imagincm  tenebat  Petrus,  cum  pro 
salute  nostra  volentem  pati  Dominumiucreparet, dioens: 
Absita  te  Domino,  non  erU  libi  hoc.  Sequunlur,  sed 
non  asscquuntur,  qui  segniter  ac  remisse  agunt,  vel  us- 
que ad  lincin  uon  persevcianles  de  medio  itinera  rcver- 
tuntur.  Talibus  dicit  Apostolus  :  Remissas  manus,  et 
dissoluta  genua  erigite,  et  yvessus  rectos  facile pedibus 
vestrii,  ut  uon  c/audicans  quis  errel,  magis  autcm   sane- 


SERMONS  DIVERS. 


23 


veritablement  ii  la  suite  du  Seigneur.  «  Que  celui 
qui  se  met  a  mon  service,  ine  suive,  »  c'est-a-dire 
m'imite.  Mais  quel  fruit  en  recueillera-t-il  ?  Le 
Seigneur  repond  :  «  Mon  serviteur  sera  aussi  la  ou 
je  suis  [Joan,  sn,  26).  »  Le  fruit  de  1'imitation  de 
Jesus-Christ  est  done  la  felicite  eternelle. 

C'etait  le  S01XANTE-TROIS1EME  SERMON.  * 

vingt- 
troisiime  des  .  ,,,..,    .  ■, 

Peiits  ser-    Des  trois  moyens  de  recouvrer  la  beatitude  presents 

mons-  par  Jesus-Christ  dans  ees   tcrmes  :  Que  celui  qui 

rent  venir  apres  moi,  etc. 

Que  celui  qui  le  veut°  vienne  apres  moi,  par  moi 
eta  moi;  apres  moi  pareeque  jesuisla  verite,  par  moi 
parce  que  je  suisla  voie;  a  moiparce  que  je  suis  la 
vie.  «  Si  quelqu'im  veut  venir  apres  moi,  qu'il  re- 
nonce  a  soi-meme,  qu'il  porte  sa  croix  et  me  suive 
(Luc.  ix,  23).  »  II  y  a  trois'choses  que  le  Christ,,  la 
Vertu,  la  Sagesse  de  Dieu ,  l'Ange  du  grand 
Conseil,  propose  al'ame  raisonnablecreeea  l'image 
de  la  Sainte  Trinite,  ce  sont  la  servitude,  l'abaisse- 
ment  et  Tasperite.  La  servitude  est  designee  par  le 
renoneement  a  soi,  l'abaissement,  par  le  porte- 
ment  de  la  croix,  et  l'asperite,  par  1'imitation  du 
Christ;  e'est  ainsi  que  l'homme  qui,  par  sa  deso- 
beissance,  etait  tombe  de  l'etat  de  sa  triple  felicite, 
se  trouvant  humilie  par  l'aitliction  de  sa  triple 
misere,  se  relevera  par  son  obeissance.  II  etait 
dechu  de  lui-meme  de  la  societe  des  anges  et  de  la 
vision  de  Dieu,  c'est-a-dire  de  la  liberte,  de  la 
dignite  et  de   la   felicite.    Qu'il  ecoute   done   uu 

a  Les  Fteurs,  de  saint  Bernard,  reproduisent  tout  ce  passage 
au  livre  vm,  chapitre  xxxi. 
b  Ce  passage  est  reprodnit  dans  les   Fteurs  de  saint  Bernard, 


conseil,  et,  en  se  renoncant  lui-meme,  c'esl-a-dire 
en  renoncant  ii  sa  volonte  propre,  il  recuperera  sa 
liberte;  en  prenant  sa  croix,  c'est-a-dire  en  cruci- 
iiant  sa  chair  avec  ses  vices  et  ses  concupiscences, 
il  retrouvera,  par  le  bien  de  la  continence,  la  so- 
ciete des  anges;  en  suivant  le  Christ,  c'est-a-dire 
en  imitant  sa  passion,  il  recouvrera  la  vision  de 
sa  splendeur,  attendu  que  si  nous  souffrons  avec 
lui  nous  regnerons  aussi  avec  lui  (Rom.  vm,  7). 

SOIXANTE-QUATRIEME  SERMON  *. 

La  vie  et  la  mart  des  saints  sont  precieuses. 

1.  «  C'est  une  chose  precieuse  auxyeux  du  Sei- 
gneur que  la  mort  de  ses  saints  (Psal.  cxv,  5).  » 
Ce  qui  rend  la  mort  des  saints  precieuse  aux  yeux 
de  Dieu,  c'est  tantot  leur  vie,  tantot  la  cause  meme 
de  cette  mort,  el  tantot  enfin  l'une  el  l'autre  en 
meme  temps.  Chez  les  confesseurs h  qui  meurent 
dans  le  Seigneur,  ce  qui  rend  leur  mort  precieuse, 
c'est  leur  vie.  Dans  les  martyrs  qui  meurent  pour 
le  Seigneur,  ce  qui  donnc  du  prix  ii  leur  mort, 
c'est  tantut  uniquemeut  la  cause  de  cette  mort,  et 
tantot  siniuhauement  cette  meme  cause  et  leur 
Vie.  La  vie  des  uns  rend  leur  mort  preciei 
la  cause  de  la  mort  des  autres  la  rend  phis  pre- 
cieuse, et  la  reunion  de  la  cause  de  la  mort  a  ce. 
merite  de  leur  vie  rend  la  mort  des  troisiemes 
inliuiment  precieuse. 

2'.  Or,  il  y  a  trois  choses  qui  rendent  sainte  la 

vie  d'un  homme  :  c'est  la  sobriete  dans  le  genre  de 

livre  vm,  chapitre  lxxxiv  ;  on  en  trouve  d'autres  tire?  du 
meme  sermon,  n.  2,  dans  le  meme  livre,  chapitre  lxivii. 


*  C'etaient  le 
vingt-qua- 

trieme  et  le 
vingt-cin- 

quieme  Petits 
sermons. 

II  y  a  trois 
choses  qui 
rendent  la 
mort  des 
saints  glo- 
riease. 


II  y  a  trois 

choses  qui 

font  un 

homme  saint. 


tw.  Sequuntur  et  consequuntur,  qui  viam  humilitatis, 
ejus  devoto  mentis  aflecta  perseveranter  imitantur.  Hu- 
jusmodi  vere  sequuntur  Dominum.  Quirnihi  ministrat, 
me  seqnaiur,  id  est,  me  imitetur.  Quo  fructu?  VI  ubi 
sum  ego,  inquit,  ibi  sit  et  minister  meus.  Fructus 
itaque  liujus  imitationis  mansio  est  SBternae  beatitu- 
dinis. 

SERMO  LXIII. 

Detribus  mediis  recuperandie  beatitudinisaChristoprass- 
criptis,  in  illud,  Qui  vult  venire  post  me,   etc. 

Qui  vult  ,  veniat  post  me,  per  me,  ad  me.  Post  me 
quia  Veritas  sum  :  per  me,  quia  via  sum  :  ad  me,  quia 
vita  sum.  Qui  vult  venire  post  me,  abneget  semetipsum, 
et  tollat  crucem  suam,  et  sequaiur  me.  Tria  proposuit 
Cliristus,  Dei  virtus  el  Dei  sapientia,  Angelus  magni 
consilii,  animae  rationali  ad  imaginem  Trinitatis  facta;, 
scilicet  scrvitutem,  vililatem,  asperitatem.  In  abnega- 
tione  sui  servilus;  in  tulcrationc  crucis  vilitas,  in  imita- 
tione  Cbrisli  designatur  aspeiitas  :  ut  quse  per  inobe- 
dientiam  de  statu  trina>  felici'atis  ceciderat,  bumiliala 
afflictione  trinse  miseries  per  obedienliam  resurgat.  Ce- 
ciderat, enim  a  seipsa,  a  societate  angelorum,  a  visione 


Dei,  id  est  a  liberlate,  a  dignitate,  a  beatitudine.  Audi.it 
ergo  concilium,  ut  abnegando  semetipsam,  id  est  pru- 
priam  voluntatem,  sui  libertatem  recuperet  :  tollendo 
crucem  suam  ,  id  est  carnem  suam  cum  viliis  et  con- 
cupiscentiis  cruciugendo,  per  continentiae  bonum  recu- 
peret societatem  angelorum  :  sequendo  Christum, 
id  est  ejus  passioneni  imitando,  recuperet  claritatis 
ejus  visioncm  :  quia  sicompatimur  ei  et  conregnabi- 
111  us. 

SERMO   LXIV. 
De  pretiosa  vita  et  morte  sanctorum. 

i.  Pretiosa  in  conspectu  Domini  mors  sanctorum  ejus  : 
Pretiosam  in  conspectu  Domini  mortem  sanctorum  ejus 
facit  aliquando  vita,  aliquando  causa,  aliquando  vita  si- 
111  li  1  cum  causa.  In  confessoribus,  qui  in  Domino  mo- 
riunUir,  facit  pretiosam  vita.  In  martyribus,  qui  pro 
Domino  moriuntur,  facit  earn  pretiosam  aliquando  sola 
causa,  aliquando  causa  pariter  et  vita.  Et  ilia  quidern 
mors  pretiosa  est,  quam  comniendat  vita  :  preliosior, 
quam  facit  causa  :  pretiosissima  vero  quam  praivenit  vita 
simul  cum  causa. 

2.  Porro  tria  sunt  qua?  sanctam  aciunt  hominis  vitam ; 


24 


OEl'YRES  DE  SAINT  BERNARD. 


II  y  a  trois 
choses  qui 
reudent  la 
niort  d'un 
saiot  pre- 
cieuse. 


•  C'etait  le 

vingt-sixieme 

des  Petits 

sermons. 


i.  Parabole 
du  trteor 

cache  dans 
un  champ. 


vie,  la  justice  dans  les  actes,  et  la  piete  dans  les 
sentiments.  Or.  la  sobriele   dans  le  genre  do  vie 

consiste  a  vivre  avec  continence,  en  bonne  intelli- 
gence avec  nos  frert  -  leissance,  avec  chas- 
tite.  avec  charite  et  avec  humilite.  Or,  par  la 
continence,  c'est  la  chastete  qu'on  acquiert;  par  la 

bonne  intelligence.  c'est  la  charite,  et  par  l'obeis- 
sance  c'est  l'huuiilite.  Or,  telle  est  la  vcrtu  qui  rend 
l'auie  parfaitemeni  soumisea  Dieii,  et  la  fait  vivre 
en  securite  a  l'ombre  de  ses  ailes.  La  justice  dans 
les  actes  consiste  a  etre  droit,  discret  et  fructucux. 
Droit  par  la  bonte  d'inteniion,  discret  en  se  main- 
tenant  dans  la  luesure  de  la  possibility,  et  fruclueux 
en  procurant  le  bien  du  prothain.  Les  sentiments 
seront  pieux  si  notre  Ibi  tient  Dieu  pour  souverai- 
nemeul  puissant,  souverainement  sage  et  souve- 
rainement  bun,  si  nous  croyons  que  sa  puissance 
soutieut  notre  faiblesse,  que  sa  sagesse  corrige 
notre  ignorance,  que  sa  bonte  efface  notre  iniquite. 
II  y  a  trois  choses  qui  rendenl  la  mort  des  saints 
precieuse  :  c'est  le  repos  apres  le  travail,  la  joie 
produite  par  la  nouveaute  et  la  securite,  naissant 
de  l'eternite. 

S01XANTE-CINQUIEME  SERMON  \ 

Rapport  etroit  entre  ees  trois  paraboles,  que  nous 
lisous  en  saint  Matthieu  :  «  Le  royaume  du  ciel  est 
semblable  a  un  tre'sor  cache  dans  un  champ,  etc. 

1.  Les  trois  paraboles  qu'on  vient  de  nous  lire 
nous  montrent  trois  degres.  Le  champ  est  notre 
corps,  taut  que  les  desirs  passionnes  y  regnent  en 
maitres,  c'est  un  champ  inculte  et  frappe  de  male- 
dictions qui  ne  produit  que  des  ronces  et  des  epi- 


nes.  Eu  effet,  qui  est-ce  qui  le  croirait  capable,  en 
cet  etat,  tie  produire  de  dignes  fruits  de  penitence? 
o  ame  insensee,  pourquoi  exposes-tu  ainsi  ton 
corps  ?  ne  sais-tu  pas  ce  qu'il  y  a  de  cache  eu  lui? 
(Ju'est-ce,  sinon  lc  royaume  des  cieux?  Tu  penses 
trouvcr  en  lui  des  ceuvres  de  salut  par  lesquelles 
il  te  sera  possible  d'acquerii  le  royaume  des  cieux. 
Achele-le  done  ce  champ  et  mets  toi-meme  ton 
corps  a  l'abri  des  atteintes  de  tes  concupiscences, 
et  paies-en  1'acquisition  au  prix  des  aliments  et 
des  occasions  de  ces  merries  concupiscences. 

2.  Quand  tu  auras  decouvert  le  tresor cache  dans 
ton  champ,  fais  du  negoce  et  cherche  des  perles 
precieuses ;  si  tu  en  trouves  une  bien  precieuse, 
alors  vends  ce  que  tu  possedes,  et  achete-la.  Mais 
quelle  est  cette  perle  unique  ct  si  precieuse?  II  ne 
faut  point  s'etonner  si,  pourun  tresor,  le  negotiant 
avendu  lout  ce  qu'il  avait,  e'est-a-dire  s'il  a  vendu 
sespecbes  pouracquerir  des  richesses  de  salut,  et  s'il 
a  renonce  a  tout  ce  qui  fomente  le  peche.  Car 
dans  le  principe,  il  n'avait  pas  autre  chose  que 
cela.  Mais  a  present  qu'il  a  trouve  ce  tresor, 
comment  se  fait-il  qu'il  cherche  de  bonnes  perles 
et  que  pour  une  seule  il  vende  tout  ce  qu'il 
possede?  A  mon  sens,  je  crois  que  celte  perle  uni- 
que n'est  autre  chose  que  l'unite.  Or,  celui  qui  cher- 
che de  bonnes  perles,  c'est  celui  qui  dans  les  ceuvres 
de  salut,  ne  se  contente  pas  des  biens  inferieurs, 
mais  recherche  les  biens  les  plus  eleves  et  les  plus 
excellents.  Comme  il  ne  trouve  rien  de  plus  pre- 
cieux  que  l'unite,  il  n'tpargnera  point  le  reste  de 
son.  avoir  pour  se  la  procurer,  et  il  preferera,  sans 
balancer,  l'unite  aux  jeunes,  aux  veilles  et  aux 
prieres. 


victus  sobrins,  actus  Justus,  sensus  pius.  Yictus  sobrius 
erit,  si  conlinenter,  si  socialiter,  si  obedienter,  id  est 
caste,  charitative,  humiliter,  vixerimus.  Per  continen- 
tiam  enim  casti las,  per  £  ci  litatem charitas,  perobedien- 
tiaruhumilitasacquiritur.Ethcecest  virtus,  quee  animam 
perfecte  Dcosubditani,sub  umbra  alarumipsiussecure  tacit 
vivere.  Actusjustuserit,  si  fuerit  rectus, discretus, fruetuo- 
sus.  Rcclusperbonaminienlionem,discretus  per  mensu- 
ram  possibililatis,  frucluosusper  utililatem  proximorum. 
Sensus  pius  erit,  si  fides  nostra  Deum  sentit  summe 
potentem,  summe  sapieolem,  summe  bonum  :  ut  per 
ejus  polentiam,  nostramcredamusadjuvari  infirmitatem ; 
per  ejus  sapienliam,  nostram  credamus  corrigi  ignoran- 
tiam ;  per  ejus  bonitatem,  nostram  credaaius  dilui  ini- 
quilatem.  Tria  sunt  quae  mortem  sanclorum  faciunt  pre- 
tiosam,  quies  a  labore,  gaudium  de  novitate,  securitas 
de  aeternitate. 

SERMO  LXV. 

De  connexione  triplicis  Parabola?  apud  Matlh.  Si- 
mile  at  regnum  ccelorum  thesauro  abscondilo  in 
agro,  etc. 

1.  Triplicem  nobis  commendat  gradum  parabola    tri- 


2.  Parabole 
d'un  mar- 
cband  qui 
achete  des 
perles. 


plcx  lcclionis  unius.  Agcr  est  corpus.  Huic  dum  adhuc 
dominanlur  passiones  desideriorum,  jacet  incultus,  ct 
obnoxius  malcdicto,  spinas  ct  tribulos  germinal;  quid 
intus  lateat  ignoratur.  Quis  enim  co  tempore  ido- 
neum  repute!  ferre  dignos  peenitentiae  fruclus?  Quid 
tarn  insipienler  exponis  anima  corpus  tuum  ?  Nescis 
quid  absconditum  sit  in  co?  Quid,  nisi  regnum  coe- 
lorum?  Invenirc  est  in  eo  salulis  opera,  quibus  reg- 
num ccelorum  polcris  adipisci.  Erne  ergo  agrum,  et  a 
eoncupiscentiis  tuis  tibi  vindica  corpus  tuum,  dato 
nimirum  pretio  fomenlis  et  occasionibus  ipsarum  con- 
cupiscentiarum. 

2.  Ubi  vero  thesaurum  effodcris,  esto  jam  negotiator, 
et  pretiosas  margarilas  quaere.  Si  preliosissimam  unam 
inveneris,  etiam  tunc  vende  quidquid  habes,  et  erne 
earn.  Quae  est  tamen  una  tarn  pretiosa?  Neque  enim 
mirum  si  pro  thesauro  vendidit  quaecunque  habebat, 
id  est  pro  dhitiis  salutis  et  peccata,  et  peccati  fomenta 
deseruit.  Ha'c  quippe  sola  prius  habebat.  Nunc  autem, 
ubi  thesaurum  hunc  reperit,  quomodo  quaerit  bonas 
margarilas,  et  pro  una  omnia  vendidit  ?  Ego  unam 
hanc  nihil  aliud  quam  unitatem  arbilror  esse.  Quaerit 
autem  bonas  margarilas,  qui.  in  opere  salutis  suae 
non  est  contentus  inferioribus  bonis,  sed  summa  quss- 
que    et    excellenliora    perquirit.    Nihil   ergo  pretiosius 


SERMONS  DIVER 


25 


i.Paraboledu 

filet  lance 

lans  la  mer. 


3.  Or,  je  veux  qu'on  deineure  si  bien  dans  l'unite 
qu'on  y  soit  Don  pas  comme  si  tous  ne  faisaient 
qu'un,  mais  comme  si  un  seul  etait  avec  tous. 
Qu'on  ouvre  son  sein  bien  large,  qu'on  enferme 
dans  ses  entrailles  toute  sorte  d'affeetions,  qu'on  se 
fasse  tout  a  tous,  egalement  pret  a  se  rejouir  ou  a 
compatir  avec  tous,  a  partager  la  joie  de  ceux  qui 
sont  daus  la  joie,  et  les  larmes  de  ceux  qui  pleu- 
rent.  Car  un  jour  viendra  oil,  assis  sur  lerivage,le 
pecheur  rejettera  du  filet  de  la  charite  tous  les 
mauvais  poissons,  et  mettra  au  rebut  tout  ce  qui 
est  mauvais. 

SOIXANTE-SIXIEME  SERMON  *. 

Les  huil  beatitudes  sont  opposees  a  autant  de  picMs. 

1.  Le  remede  du  peche  a  suivi  dans  le  meine 
ordre  que  le  peche  a  precede.  Le  premier  peche 
a  a  ete  commis  dans  le  ciel  par  l'orgueil  de  l'ange 
prevaricateur  qui  a  dit  en  son  coeur  :  «  Jc  mon- 
terai  au  ciel,  j'etablirai  mon  trone  au  dessus  des 
astres  de  Dieu ;  je  m'asseoirai  sur  la  monlagne  de 
l'alliance,  a  cote  de  l'Aquilon,  je  me  placerai  au 
dessus  des  nuees  les  plus  elevees,  et  je  serai  sem- 
blable  au  Tres-Haut  (/sa.  xiv, .3).  »  II  s'enfla  au 
dedans  de  lui-meme  et,  chasse  du  milieu  des 
esprits  bienbeureux,  il  perditleroyaume  des  cieux. 
C'est  contre  ce  pecbe  qu'il  a  ete  dit  :  «  Bienbeu- 
reux les  pauvres  d'esprit,  parce  que  le  royaume 
des  cieux  est  a  eux  (Matt.  v,'3).  »  Le  second  pecbe 
a  ete  commis  dans  le  paradis  terrestre  par  la  de- 
sobeissance  de  la  femme.  A  la  suite  de  ce  pecbe, 

■  Les  Fleurs  de  saint  Bernard  reproduisent  une  partie  de  ce 


inveniens  imitate,  non  parcal  omnibus  CEeteris  propter 
earn  :  jejuniis,  vigiliis,  orationibus  audacter  prHeferat 
nnitatem. 

3.  Volo  autem,  ut  in  ea  quoque  sic  mancat,  non 
quasi  unus  ex  omnibus,  sed  quasi  cum  omnibus  unus. 
Latum  expandat  sinum,  ex  omni  genere  affectionum 
claudat  intra  viscera  sua,  omnibus  omnia  fiat,  et  con- 
gaudere  paratus,  et  compali  :  gaudere  cum  gaudentibus, 
fiere  cum  llentibus.  Erit  enim  cum  ad  littus  veniens, 
malos  pisces  a  sagena  charitatis  excludet,  et  quidquid 
molestum  est,  foras  mittetur. 

SERMO  LXVI. 


la  chair  se  revolta  contre  l'esprit,  en  sorte  que  de 
meme  que  l'esprit  s'etait  revolte  contre  le  Createur, 
la  chair  refusa  de  se  soumettre  a  l'esprit.  C'est 
contre  ce  peche  qu'il  a  ete  dit  :  «  Bienbeureux 
ceux  qui  sont  doux,  parce  qu'ils  possederout  la 
terre  (Ibid.)  »  Le  Seigneur  renferme  le  remede  a 
ces  deux  p6cb.es  dans  ces  mots  :  «  Apprenez  de  moi 
que  je  suis  doux  et  bumble  de  coeur  (Matt,  xi,  29).  » 
Le  troisieme  pecbe  est  celui  que  fit  Eve  quand  elle 
entraina  Adam  dans  sa  faute.  Elle  aurait  du  pleu- 
rer  sa  faute  au  lieu  d'en  ajouter  une  seconde  a  la 
premiere,  mais  elle  crut  trouver  une  consolation  si 
elle  faisait  participer  son  niari  a  son  pecbe.  C'est 
en  effet  un  sentiment  de  la  nature  de  vouloir  trou- 
ver quelqu'un  qui  partage  nos  vices  ou  nos  vertus. 
C'est  contre  ce  peche  qu'a  ete  donue  ce  remede  : 
«  Bienbeureux  ceux  qui  pleurent,  parce  qu'ils 
seront  consoles  (Matt,  v,  li).  » 

2.  Adam,  par  son  conseDtement,  commit  le 
quatrieme  peche,  car  Adam  ne  fut  pas  seduil,  tan- 
dis  que  ce  fut  la  seduction  qui  entraina  Eve  dans 
sa  faute.  Eve  pecha  par  ignorance  et  Adam  par 
faiblesse.  L'afiection  trop  grande  qu'il  avait  pour  sa 
femme  le  conduisit  au  peche,  non  parce  qu'il  fit  la 
volonte  de  sa  femme,  mais  parce  qu'il  prefera  cette 
volonle  a  celle  de  Dieu;  c'est  pour  cela  que  le  Sei- 
gneur a  dit :  «  Puisque  tu  as  mieux  aime  beir  a 
la  voix  de  ta  compagne  qu'a  la  mienne,  la  terre 
sera  maudile  (Gen.,  m,  17).  »  II  etait  juste,  en  effe* 
qu'il  obeit  preferabiement  a  celui  i  qui  il  devaik 
le  plus,  et  qui  oserait  douter  qu'Adam  ne  dut  plus 
a  Dieu  qu'a  Eve?  Si  1'amour  l'attachait  a  sa  femme, 
a  plus  forte  raison  1'amour  et  la  crainte  devaient 

Sermoi',  dans  le  livre  x,  chapitre  I. 


De  oclo  bealitudinibus  oppositis  totidem 


peccatis. 


1.  Eodem  ordinc  quo  pracessit  culpa,  subsecuta  est 
cliam  culpa;  medicina.  Primum  peccatum  est  factum 
in  coslo  per  superbiam  prsvaricatoris  angeli,  qui  dixit 
in  corde  suo  :  In  caelum  conscendam,  super  astra  Dei 
exaltnbo  solium  meum  :  scdebo  in  monte  testamenti, 
in  tateribus  Aquilonis  :  ascendant  super  a/tifudinem  nu- 
bium,    era    similis    AUissimo.    In    seipso  tumuit,  et  de 


Le  second 

peche  est  la 

desobeis- 

sance,  la 

seconde 

beatitude  lui 

est  oppoaee. 


Le  troisieme 

peche  a  ete 

la  seduction 

d'Adam  par 

five ;  la 

troisieme 

beatitude  lui 

est  opposee. 


sorte  beatorum  spirituum  ejectus,  ccelorum  regnum  ami- 
sit.  Contra  hoc  peccatum  dictum  est  :  lieati  pauperes 
spiritu,  quoniam  ipsorum  est  regnum  ccelorum.  Secun- 
dum peccatum  commissum  est  per  inobedicntiam  mu- 
licris  in  paradise  Ex  hoc  peccato  facta  est  caro  rebellis 
spiritui,  ut  quoniam  spirilus  ejus  non  fuit  subjeclus 
Crcatori,  nee  caro  sit  subjecta  spiritui.  Contra  hoc  est 
dictum  :  Beati  mites,  quoniam  ipsi possidebunl  terrain. 
Horum  duorum  peccatorum  comprehendit  Dominus 
medicinam,  dicens  :  Discite  a  me  quia  mitis  sum,  et 
humilis  corde.  Terlium  peccatum  fuit,  quod  ipsa  mu- 
lier  virum  quoque  secum  traxit  in  cuipam.  Debuit  qui- 
dem  ilia  peccatum  suum  dellere,  nee  addere  peccatum 
peccato  :  sed  in  hoc  se  pulavit  habere  consolationem,  si 
virum  faceret  peccati  sui  participem.  Quodammodo 
enim  naturale  est  unumquemque  velle,  sive  in  vitiis, 
sive  in  virtutibus,  associarc  sibi  consortem.  Conlra  hoc 
peccatum  est  istud  remedium  :  Beati  qui  lugenl,  quo- 
niam ipsi  consolabuntur. 

2.  Quarlum  peccatum  commisit  Adam,  qui  consensit. 
Adam  enim,  sicut  ait  Apostolus,  non  est  seduclus, 
mulier  autem  seducta  in  pra'varicaiione  fuit.  Ilia  per 
ignorantiam,  istc  peccavit  per  infirmilatem.  Peccavit 
autem  nimis  diligendo  uxorem,  non  quia  ejus  volunta- 
tem  fecit,  sed  quia  earn  voluntati  prstulit  divinae.  Unde 


26 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


l'attaeher  a   Dion.    Ces  deux    liens  devaient  avoir    il  dejaeleveen  ellequelquemouvementd'orgueil  qui 


Le  quatri^me 

peche  e<t  le 

consenletnent 

d'Ailam,  il 

a  pour 

opposee  la 

huitieme 

beatitude. 


plus  d'empire  sur  lui  pour  lui  faire  observer  le 
precepte  de  Dieu,  que  la  settle  affection  qu'il  avait 
pow  sa  sotnpagne.  La  remede  contre  ce  quatrieme 
pei  he  as)  dans  ces  paroles  de  l'Ap6tre  :  «  Bienheu- 
reux  cam  qui  onl  faim  al  suit'  de  la  justice,  car  ils 
seront  rassasiea  Matlh.,  v,  6).  »  OrAdameutla 
justice,  car  Uieu  le  area  juste  ;  niais  son  lihre  arbi- 
tre,  qui  rempecha  de  suivra  la  justice,  Ten  de- 
tourna  facilament.  ("est  ce  que  dit  le  Psalmiste 
lorsque,  an  parlant  .lu  Christ,  il  s'ecrie  :  «  Vous 
avez  aime  la  justice  etdeteste  L'iniquite  (Psul.,  xuv, 
8).  »  Adam  commit  un  cuaquieme  peche,  en  reje- 
tant  sa  faute  sur  Eve,  lorsqu'il  dit :  «  La  femme 
que  vous  m'avez  donnee  pour  compagne  ma  pre- 
senta  du  fruit  et  j'en  ai  mange  [Gen.  m,  12),  » 
D'abord  il  se  niontra  cruel  envers  lui-meme  en 
excusant  son  peche,  ensuite  envers  son  epouse  en 
l'accusant.  II  pensa  ainsi  se  venger  en  accusant 
celle  dont  Tumour  l'avait  porte  au  peche.  Cost 
contre  ce  peche  qu'il  est  dit  :  «  Bienheureux  les 
misericordieux,  par  ce  qu'il  leur  sera  fait  miseri- 
corde  [Matt.,  v,  6  .  » 

3.  Le  sixieme  peche  est  celui  que  commit  Eve 
lorsque  Dieu,  en  luireprochant  sa  faute,  lui  denianda 
pourquoi  elle  avait  agi  ainsi.  Elle  repondit  en 
effet  :  «  Le  serpent  m'a  trompee,  et  j'ai  mange  du 
fruit  (Gen.  in,  13).  »  Elle  s'est  laissee  aller  a  des 
paroles  de  malice  et  a  chercher  des  excuses  a  son 
peche  (Psal.  cxl,   4),  en  rejetant  sa  faute  sur  le 


lui  valut  d'etre  seduite  par  le  serpent.  C'est  contre  ce 
peche  qu'il  a  ate  dit  :  a  Bienheureux  ceux  qui  out 
in-  pur,  car  ils  verront  Dieu  (Matt.  v.  8).  »  Le 
septieme  peche  se  commit  hors  du  paradis  ter- 
restre,  torsque  Cain  s'eleva  contre  son  frere  Abel 
elle  tua  (Gen.  iv,  8).  Cest  depuis  ce  moment  qu'il 
est  devenu  habituel  aux  mediants  de  se  lever 
contre  les  bons,  et  de  lis  oppriiner  :  Voici  le  re- 
mede de  ce  peche  :  «  Bienheureux  les  paciflques, 
parce  qu'ils  seront  appeles  les  enfants  de  Dieu 
[Matt,  v,  9).  »  Si  les  mediants  nc  cessent  point 
leurs  persecutions,  il  faut  que  les  bons  les  souf- 
frent  avec  patience,  en  attendant  les  paroles  conso- 
lantes  qui  suivent  et  qui  leur  sont  adressees  : 
«  Bienheureux  ceux  qui  souffrent  persecution  a 
cause  de  la  justice,  parce  que  leroyaume  des  cieux 
est  a  eux  (Ibidem).  »  Voila  a  quel  point  l'avenement 
du  Christ  fut  necessaire  pour  soumettre  la  chair 
a  l'esprit,  remettre  l'homme  en  pais  avec  lui-meme 
et  le  recoiicilier  avec  Dieu. 

SOIXANTE-SEPTIEME    SERMON  *. 

La  loi  comprend  deux  iortes  de  preceptes,  Its  preceptes 
moraux  et  les  figuratifs. 

1.  «  La  loi  a  ete  donnee  par  Moise,  c'est  par 
Jesus-Christ  que  la  grace  et  la  verite  nous  out  ett 
apportees.  (Jean,  i,  17  ). »  Or,  je  trouve  deux  sortes 


Le  septieme 

p6cb6  est  la 

haine  ties 

nx'-chants 

contre  les 

bons ;  la  sep- 

Ueme  beati- 

tude  lui  est 

opposee. 


La  hnitierae 
beatitude  est 
opposee  a  la 
persecution 
des  mediants 


•  C'etait  le 
vingt-hui- 
tieme  des 

Petits 
sermons. 


serpent,  conime  si  elle  cessait  d'etre  coupable  pour  de  preceptes  dans  la  loi  ancienne .  II  y  en  a  de  mo- 
avoir  ete  teuti'e  quatid  les  suggestions  du  strpent  nelui  raux,  tels  que  ceux-ci  :  «  Vous  ne  cederez  point  a 
auraientfaitaucunmalsielleavaitrefuseleconsente-  la  concupiscence  ;  vous  ne  commettrez  point  d'a- 
mentdesaproprevolontejpeut-etrebienaussis'etait-  dultere ;  honorez  votre  Pere  (Matt,  iu,  18,  Rom.i, 


ct  a  Domino  ei  dictum  est  :  Pro  eo   quod   obedisti   voci 
uxoris  tua;  phuquam  mem,  maledicta  terra  in  opere  tuo. 
Juslum  quippe  erat,  ut  illius  magia  voluntatem  faceret, 
cui  plus  debebat.  Quis  vcro  ambigal  plus   cum    debere 
conditori,  quam  uxori?  Siquidem  uxori    erat  adstridus 
tantum  per  amorem,   Deo    autem   per    timorem    simul 
et  amorem.  Plus  ergo    debuerunt    valere    duo    vincula 
ad  tenendum  eum  erga    Dei    prceceptum,    quam    uniini 
tantum  erga  conjugis    affectum.    Contra    hoc    quartum 
peccatum  adhibitum  est  remedium  :  Beati  qui   esuriunt 
et  sitiunt  justitiam,  quoniam  ipsi  saturabinitur.  Habuit 
quidem  Adam  justitiam  a  justo    Deo    creatus   Justus  : 
sed  quia  non  cam  ex  libera  arbitrio    direxit,    facile    ab 
ea  per  idem  liberum    arbitrium    defluxit.    Quod  contra 
dicitur  per  Psalmilam  de   Cbristo  :  Di/cxisti   justitiam, 
el  odish  iniquUatem.  Quintum  a;que  peccatum    commi- 
Mt,  qui  propriam  eulpani  relopsll  in  uxorcm,  cum  ait  : 
Mutter  quam  ilxlutt  mtlu  sociam,  dedit    mdii    de  ligno, 
et  comedi.  Piimo  quidtm  crudelis  in   se,  qui  peccatum 
suupi  excusavit  ;  sccundo  in    uxorem,  quam   accusant. 
El  utique  satis  sun.pta  est  digna   de    peccalo    vindicla, 
quando  cam  !<cmsa\it,  cBJna  anore  peceavit.  Contra  boc 
peccatum  dicltm  est  :  Beati  misertcoides,  quoniam  ipsi 
mitericordiam  comequentur. 
I.  Sextum  peccatum  fecit  Eva,  qus  cum  increparetur 


a  Domino  cur  boc  fecissel,  respondit  ei  :  Serpens  dece- 
pit  me,  et  comedi.  Sic  declinavit  et  ipsa  in  verba  mali- 
tice,  ad  excusandas  excusationes  in  peccatis,  refundens 
culpam  in  serpentem,  quasi  immunis  a  crimine,  cum 
nil  obfuissel  suggeatio  serpentis,  si  ilia  negassel  assen- 
sum  propria  voluntatis  ;  et  forte  prajcessit  in  ea  aliquis 
motus  superbia?,  unde  seduci  meruit  a  serpente.  Contra 
quod  dictum  est  :  Benti  mundo  corde,  quoniam  ipsi 
Deum  oidebunt.  Seplimum  peccatum  factum  est  extra 
paradisum,  quando  Cain  consurexit  adversus  Abel  fratrcm 
suum,  et  inlet-fecit  eum.  Ex  eo  jam  tempore  inveteralu  m 
esl.  til  mali  insurganlin  bonos,  et  opprimant  eos.  Hujus 
peccali  remedium  est  illud  :  Beati  pacifici,  quoniam 
fitii  Dei  vocabuntur.  Quod  si  ab  infestalione  cessare  no- 
lucrint  iniqui,  patienler  lolerent  eos  jusli,  audienles 
consolationem  qua;  scquitur,  et  dicit  :  Beati  qui  perse- 
cutionem  patiuatur  propter  justitiam  :  quoniam  ipsorum 
est  regnum  coilorum.  Eccc  quam  neccssatius  fuit  adven- 
tus  Christi,  qui  carnem  sttbjiceret  spiritui,  hominem 
pacilicaret  sibi,  Deum  reconciliaret  homini. 

SERMO  LXVIl. 

De  duplicibui  Legis prceceptis,  moralibus,  et  figuratibus. 

1.  Lex  per  Moysen  data  est,  gratia  et  Veritas  per  Je- 


SERMONS  DIVERS. 


27 


9,  Exod.  xx,  13),  »  et  autres  semblables.  II  y  en  a 
de  figuratifs  qui  ne  sout  que  des  ombres  ou  des 
figures,  telle  est  l'ininiolation  des  taureaux  et  le 
sang  des  boucs.  Quoiqu'il  en  soit,  un  peuple  charnel 
ne  pouvait  ni  les  accomplir  ni  trouver  en  eux  son 
salut.  Quund  le  Sauveur  du  monde  reprochait  aux 
Pharisiens,  dans  son  Evangile,  de  rendre  inuliles 
les  preceptes  et  les  comrnaudemcnts  de  Dieu  par 
leurs  traditions,  il  parlait  evidemnient  des  preceptes 
qui  devaient  regler  leurs  nioeurs.Lorsqu'il  parle  des 
autres  par  son  Propbete,  il  dit :  «  Je  leur  ai  donne 
des  preceptes  quine  sontpas  bons  (Ezcch.  xx,  25),  » 
evidemment  ces  preceptes  ne  sout  autres  que  ceux 
qui  etaient  la  figure  de  cboses  futures.  En  uffet, 
quel  rapport  y  a-t-il  entre  le  peche  d'un  bomme  et 
l'immolation  d'un  belier  en  expiation  de  ce  peche; 
cette  victime  du  peche  n'aurait-elle  pas  pu  s'ecrier 
avec  le  Propbete  :  «  J'ai  paye  ce  que  je  n'ai  point 
pris  (Psal.  lxviii,  7)  ?  »  On  ne  peut  disconvenir 
que  si  ces  preceptes  n'etaient  pas  bons ,  c'est 
parce  que  le  peuple  auquel  ils  etaient  donnes 
n'etait  pas  bon  lui-meme,  s'il  faut  sen  rapporter  a 
ce  mot  du  Propbete  :  «  Vous  serez  saint,  Seigneur, 
avec  celui  qui  est  saint,  et  innocent  avec  l'homuie 
qui  est  innocent  {Psal.  xvn,  26).  »  II  savait,  en 
effet,  que  le  cceur  des  Juifs  etait  un  cceur  charnel, 
voila  pourquoi  il  leur  donna  des  sacrements  char- 
nels  incapables  de  rendre  parfait  dans  sa  conscience 
celui  qui  le  servaitdans  la  justice  de  la  ehair.  Notre- 
Seigneur  Jesus-Christ  vint  done  plein  de  grace  et 
de  verite  afin  que  desormais  les  preceptes  moraux 
fussent  observes  par  la  vertu  de  la  grace  et  que  les 
preceptes  figuratifs  et  mystiques,  une  fois  la  verite 

a  Ce  sermon,  qui  est  le  vingt-neuvienie  petit  sermon,  ne  tliffe- 
rant  point  du  trente-deuxieme  des  sermons  diners,  que  nous 
avons  place  en  son  lieu,  est  omis  ici  a  dessein. 


qu'ils  recouvraient  devoilee ,  cessassent  d'etre 
suivis  a  la  lettre  et  fussent  compris  dans  un  sens 
spirituel .  Voila  pourquoi  quand  un  homme  peche, 
ce  n'est  plus  un  taureau  ou  un  belier  qu'il  doit  im- 
moler,  mais  c'est  l'hostie  vivante  de  son  propre 
corps,  un  vrai  sacrifice  raisonnable  et  acceptable 
qu'il  doit  offrir  dans  les  jeimes  et  les  penitences 
pour  obtenir  en  meme  temps  la  grace  et  son 
pardon . 

SOIXANTE-HUITIEME  SERMON  a. 

SOIXANTE-NEUVIEME  SERMON  \ 
Le  triple  renouvellement  d'une  triple  vetuste. 

1.  «  Portons  l'image  de  l'homme  celeste  comme 
nous  avons  porte  celle  de  l'homme  terrestre 
(1  Cor.  xv,  49).  »  II  y  a  deuxb  hommes  :  le  vieil  et 
le  nouveau.  Le  vieil  homme  est  Adam,  le  nouveau, 
Jesus-Christ.  Le  premier  est  le  terrestre,  le  second 
est  le  celeste ;  la  vetuste  est  l'image  du  premier,  et 
la  nouveaute,  celle  du  second.  Or,  de  meme  qu'il  y 
a  une  triple  vetuste,  ainsi  y  a-t-il  trois  nouveautes. 
II  y  a  la  vetuste  du  cceur,  de  labouche  et  du  corps, 
car  nous  avons  peche  par-la  en  trois  manieres 
differences,  e'est-a-dire  par  pensee,  par  parole  et 
par  action.  Le  cceur  est  le  siege  des  desirs  ehar- 
nels  et  mondains,  je  veux  dire  de  l'amour  de  la  chair 
et  de  l'amour  du  siecle.  De  meme  il  y  a  une  double 
vetuste  dans  la  bouche  :  l'ignorance  et  la  detrac- 
tion. Le  corps  aussi  a  ses  deux  vetustes  :  le  crime 
et  la  turpitude.  Telle  est  l'image  du  vieil  bomme 
qu'il  faut  renouveler  en  nous.  Si  le  vieil  homme 

b  Ce  sermon  et  le  suivantse  trouvent  reproduits  en  paitie  dans 
les  Fleurs  de  saint  Bernard,  livre  vn,  chapitre  lvi  et  xxxui. 


•  C'etait  le 
trentieme 
des  Petits 
sermons. 


Triple 
Tetuste. 


sum  Christum  facta  est.  Duplex  in  lege  veteri  precep- 
torum  genus  invenio.  Sunt  enim  moralia  quaadam,  utest 
Non  concupisces ;  Non  adulter abis;  Honora  patrem  luum, 
et  bis  similia.  Sunt  etiam  tigurativa  et  umbralilia  qua;- 
dam,  ut  est  taurorum  immolatio,  et  sanguinis  hircorum. 
Verumlamen  carnalis  ille  populus  nee  ilia  implere  po- 
terat,  nee  in  his  obtinere  salutem,  Unde  et  Salvator  in 
Evangelio  legis  praecepta  improperat  Pharisaeis,  quod 
propter  traditiones  suas  irrita  facerent  Dei  mandata,  ipsa 
sine  dubio,  in  quibus  esset  aBdificatio  morum.  Nam  de 
caeteris  ipse  loquitur  per  Prophetam  :  Dedi  eis  prae- 
cepta non  bona  :  ipsa  plane,  in  quibus  esset  umbra 
futurorum.  Quae  enim  consequentia  ralionis,  ut  homine 
peccante  aries  mulclaretur,  et  diceret  cum  Propheta  : 
Qua  non  rapui,  tunc  e.csolvebam  ?  Merito  sane  non 
bona  praecepla  populus  non  bonus  accepit,  dicente 
Propheta  :  Cum  sancto  sanctus  eris,  et  cum  perverso 
pervertcris.  Noverat  enim  Judasorum  corda  carnalia  : 
unde  et  carnalia  eis  tradidit  sacramenta,  quaa  non  pos- 
sent  juxta  conscientiam  perrectum  facere  servientem  in 
justitiis  carnis.  Venit  proinde  plenus  gratia  et  veritate 
Christus  Dominus  noster,  ut  ex  hoc  jam  moralia  qui- 
d«m  impleantur  per  gratiam  :   quae  vero   umbritilia  et 


mystica  fuerant,  revelata  veritate  deinceps  non  ad  litte- 
ram  observentur,  sed  secundum  spiritum  spiritualiter 
inlelligantur.  Propterea  jam  non  aries  vet  taurus 
humine  peccante  mactatur,  sed  viva  corporis  hostia, 
rationale  et  acceptabile  sacrilicium,  in  jejuniis  et  labo- 
ribus  veniam  merelur  pariter  et  gratiam. 

SERMO  LXVIII.  Sen  29.  ex  Parvis    cum  in   nullo 
differat  a  Sermone  32.  de  Diversis,  hie  consulto 
omissus  est. 

SERMO   LXIX. 

De  triplici  renovalione    triplicis  vetustatis. 

I .  Sicut  portavimus  imayinem  terreni  hominis,  por- 
temus  el  imaginem  cwlestis.  Duo  homines  sunt,  velus  et 
novus  :  Adam  vetus,  Christus  novus.  Ille  terrenus,  iste 
ccelestis  :  illius  imago  vestustas,  istius  imago  novi- 
tas.  Est  autem  triplex  vetustas,  et  e  contiario  triplex 
novitas.  Est  enim  vetustas  in  corde,  in  ore,  in  corpo- 
re  :  in  quibus  tribus  modis  peccavimus,  cogitatione,'lo- 
cutione,  et  opere.  In  corde   sunt  desideria   carnalia  et 


28 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Triple  reno- 

TatioD. 


n'etait  point  dans  le  cceur,  l'Apdtre  ne  nous  dirait 
point  :  n  Renouvelez-vous  au  fond  de  votre  cceur, 
et  revdtex-vous  de  1'homme  nouveau  qui  est  c&6 
selon  Dieu  dans  une  justice  et  une  saintete  verita- 
bles  (Eph.  iv,  23).  »  De  meme,  si  le  vieil  homme 
n'exislait  pas  dans  notre  bouche,  l'Ecriture  ne  nous 
dirait  pas  non  plus  :  «  Que  ce  qui  est  vieux  s'eloi- 
gne  de  votre  bouche  (1  Reg.  n,  3).  »  Et  l'Apdtre 
n'aurait  pas  ajoute  :  «  Que  mil  niauvais  discours 
ne  sorte  de  votre  bouche;  qu'il  n'en  sorte  que  de 
bous  et  de  propres  a  uourrir  la  foi  et  a  inspire?  la 
piete  a  ceuz  qui  les  entendent  [Eph.  iv,  29).  » 
Quant  au  vieil  homme  qui  habite  dans  notre  corps, 
il  en  parle  en  ces  termes  :  «  De  merne  que  vous 
,iit  servir  vos  membres  a  l'irupurete  et  a  l'in- 
justiee,  »  et,  pour  ce  qui  est  de  la  renovation,  il 
continue  ainsi  :  «  Faites-les  servir  maintenant  a  la 
justice  pour  vous  sanctifier  [Rom.  vi,  19). 

2.  Que  notre  cceur  se  renouvelle  done  en  se  puri- 
liant  de  tous  ses  desirs  charnels  el  mondains,  et 
qu'a  leur  place  s'etablisse  l'amour  de  Dieu  et  de  la 
celeste  patrie.  Que  l'arrogance  et  la  detraction 
s'eloignent  de  notre  bouche  et  qu'a  leur  place  suc- 
cedent  la  confession  de  nos  peches  et  des  paroles  de 
bienveillance  et  d'estime  a  l'endroit  du  prochain. 
A  la  place  des  hontes  et  des  turpitudes  qui  sont  la 
vieillesse  du  corps,  mettons  la  continence  et  l'inno- 
cence,  chassons  ainsi  les  vices  par  les  vertus  contrai- 
res.  Cette  renovation  est  l'ceuvre  du  Christ,  qui  habite 
en  nous  par  la  foi,  comme  il  le  dit  lui-meme  : 
«  Voici  que  je  fais  tout  nouveau  [Apuc.  xxi,  5).  » 
Voila  ce  qui  fait  dire  a  l'Epouse  des  Cantiques  : 
0  Placez-moi  comme  un  cachet  sur  votre  cceur, 
comme  un  sceau  sur  votre  bras  [Cant,  vm,  6j.  » 


saecularia,  id  est  amor  carnis,  et  amor  saculi.  Similiter 
in  ore  est  gemina  vetustas,  arrogantia  et  derogatio. 
Item  geniina  in  corpore  ,  llagitia  et  facinora.  Haec  om- 
nia sunt  imago  veleris  hominis  ,  et  haec  omnia  reno- 
vanda  sunt  in  nobis.  Si  non  esset  vetustas  in  corde, 
non  diceiet  Apostolus  :  Renovamini  spiritu  mentis  ves- 
tra, et  induite  novum  hominem,  qui  secundum  Deum 
creatus  est  in  juslitia  et  sanctitate  veritatis.  Hem  si 
non  esset  vetustas  in  ore,  non  diceret  Scriptura  :  Rece- 
dant  Vetera  de  ore  vestro.  Et  Apostolus  dicit  :  Omnis 
sermo  malus  non  procedat  de  ore  vestro,  sed  qui  bonus 
est,  ad  adificatiumiii  fidei,  ut  del  gratiam  audientibus. 
Sed  et  de  vetustate  corporis  mentionem  facit,  cum  di- 
cit :  Sicut  exhibuistu  membra  vestra  service  immunditia; 
et  iniquitati  ad  iniquilutem.  De  cujus  renovatione  etiam 
subjungit  :  Itn  nunc  crhibete  membra  vestra  servire  jus- 
titia  in  sanetificationem. 

2.  Rcnovetur  ergo  cor  nostrum  a  carnalibus  et  saecu- 
laribus  deaiderUs  :  ut  exclude  illis  introducatur  amor 
Dei,  et  amor  patriae  cceleslis.  Recedant  ab  ore  nostro 
arrogantia  et  derogatio  :  it  snecedant  pro  his  vera  pec- 
catorum  nostrorum  confessio,  et  bona  de  proximis  oes- 
timalio.  Pro  flagiliis  et  facinoribus,  quae  vestutas  est 
corporis,  assumatur  conlincntia  et  innocentia,  ut  scilicet 
contrariis  virtutibus   contraria  vitia    depellantur.    Hanc 


Quand  il  halute  dans  notre  cceur,  e'est  la  sagesse, 
rjuand  il  habite  dans  notre  bouche,  e'est  la  verile, 
et  quand  il  habite  dans  notre  corps  e'est  la  jus- 
tice. 

SOIXANTE-DIXIEME  SERMON.  * 

De  la  I'igilance  el  de  la  sollicitude  qu'il  (mil  apporter 
au  soin  <lu  salul. 

«  Nous  sommes  en  spectacle  au  monde,  aux 
anges  et  aux  hommes  ( I  Cor.,  iv,  9).  »  Oui,  en 
spectacle  aux  bons  et  aux  mediants,  car  les  uns 
sont  tenus  en  eveil  par  la  passion  de  l'envie  et  les 
autres  par  la  compassion  el  la  misericorde  ;  ces 
sentiments  les  empechent  les  uns  et  les  autres  de 
nous  perdre  jamais  de  vue, car,  en  meme  temps  que 
les  premiers  ne  souhaitent  que  notie  mine,  les 
seconds  ne  soupirent  qu'apres  notre  avancemeut. 
Nous  sommes  dans  un  temps  d'epreuve,  places 
entre  le  paradis  et  Tenter,  etablis  en  quelque  sorte 
entre  le  cloitre  et  le  monde.  De  part  et  d'autre  on 
a  l'ceil  ouvert  sur  toutes  nos  actions  et  on  se  dit  : 
Oh !  s'il  pouvait  passer  dans  notre  camp !  11  est 
vrai  que  s'ils  s'expriment  ainsi,  e'est  dans  des 
intentions  hien  ditlerentes,  si  on  ne  peut  dire  que 
ce  soit  avec  une  volonte  moins  forte  chez  les  uns 
que  chez  les  autres.  Mais  si  tous  les  yeux  sont  ainsi 
diriges  sur  nous,  oil  se  portent  les  notres,  et  pour- 
quoi  sont-ils  les  seuls  qui  se  detournent  de  nous? 
Objet  d'ime  si  graude  attention  a  gauche  et  a  droite, 
il  n'y  a  que  nous  qui  atlectionnons  de  n'avoir  point 
les  yeux  sur  notre  vie,  que  nous  qui  negligions  de 
nous  considerer.  Et  cependant  nous  n'avons  pas 


•  I'.VUil  I,. 

(rente  ct 

unieme  des 

Petits  ser- 

moDs. 


supradictam  renovationem  facil  Christus  habilans  in  no- 
bis per  lidem,  sicul  ipse  ait  :  Ecce  nova  facio  omnia. 
Unde  et  ad  Sponsam  loquitur  in  Canticis  :  Pone  me  ut 
signaculum  super  cor  tuum,  id  signaculum  super 
brachium  tuum.  llabilans  igitur  in  corde  est  sa- 
pientia,  habitans  in  ore  Veritas,  habitans  in  corpore  jus- 
(itia. 


SERMO  LXX. 
De  vigitantia  et  sollicitudine  curanda  sa/utis. 

Spectacutum  facti  sumus  mundo,  et  angelis,  ct  homi- 
nibus.  Ita  plane,  et  malis,  et  bonis  pariter.  Illos  enim 
sollicilat  invidiam  passio,  istos  compassio  misericordise, 
ut  in  nos  incessanter  intendant  :  illi  quidem  defectum 
nostrum,  isli  profeclum  desidcrantes.  Nimirum  in  pro- 
batione  sumus,  inter  paradisum  et  internum  interim  me- 
dii,  velul  inter  claustium  ct  sasculum  constitute  Dili- 
genler  consideratur  utrimque  quid  agimus,  utrimque 
dicitur  :  0  si  ad  nos  transeat  !  intentione  quidem  dissi- 
mili,  sed  non  dispari  forsitan  voluntate.  Quod  si  ita 
omnium  oculi  in  nos  :  nostri  quo  abierunt,  aut  quaresoli 
ipsi  recesserunt  a  nobis?  Adextrissiquidem  et  a  sinistra 


SERMONS  DIVERS 


29 


Sainl  Ber- 
lard  blanie 
3tre  l.'chet6 
ans  l'affaire 
do  notre 
salut. 


•  C'etait  le 
rcnte-qua- 
trieme  des 
Petits  ser- 
mons dont 
les  trente- 
leusieme  ct 
Irenlc-troi- 
sieme  sont 

rcportes 
parmi  lea 

pensecs* 


1 'ombre  de  crainte  de  ceux  qui  peuvent  nous 
trompev,  ni  aucun  respect  du  moins  pour  les 
esprits  angeliqaes  qui  exercent  les  fonctions  de 
ser\  item's  de  Dieu  aupres  de  nous.  «  Les  justes 
attendent  que  vous  me  rendiez  justice  (Psal.  cxu, 
8), »  dit  le  Prophete,  et  «  les  pecheurs  m'ont  attendu 
pour  me  perdre  (Psal.  cxvui,  95),  »  contLnue-t-il 
ailleurs.  D'un  cote  l'enfer  et  de  l'autre  la  couronne 
me  sont  prepares,  et,  place  entre  les  deux,  puis-je 
bien  m'occuper  de  bagatelles  et  prendre  plaisir  a 
battler?  Est-ce  ainsi  que  je  suis  insensible  aux 
attraits  du  desir  et  a  la  crainte  du  danger,  sans 
crainte  et  sans  desir  la  oil  il  faudrait  le  plus  en 
avoir,  et  oil  il  est  tres  peruicieux  que  je  ne 
ressente  ni  l'un  ni  l'autre  ?  Levons-nous  done 
enliu,  mes  freres,  et  n'ayons  pas  recu  notre  time 
en  vain,  notre  ame,  dis-je,  pour  laquelle  d'autres 
que  nous  veillent  avec  tant  d'ardeur  les  uns  pour 
sou  bien  et  les  autres  pour  son  mal.  Ce  n'est  pas 
peu  de  cbose  que  ce  que  les  ennemis  attaquent 
avee  une  telle  vigueur,  et  les  concitoyens  attendent 
avec  tant  d'ardeur. 

SOIXANTE  ET  ONZIEME  SERMON  \ 

1.  La  morale  entiere,  parfaite,  consiste  princi- 
palement  en  derx  cboses  :  a  fuir  le  vice  et  a  re- 
cbercher  la  vertu,  attendu  qu'il  ne  suflit  pas  d'e- 
viter  le  mal  si  on  ne  fait  pas  le  bien.  C'est  ce  qui 
faisait  dire  au  Psalmiste  :  «  Eloignez-vous  du  mal 
et  faites  le  bien  [Psal.,  xxxvi,  27).  »  Fuyons  done 
le  vice  etembrassonsla  vertu.  Rappelons-nous,  en 
quelques  mots,  quelques  traits  de  l'histoire  sainte. 
La  famine  contraiut  Israel  a  aller  en  Egypte,  et  la, 


tanto  studio  circumspecti,  soli  dissimulamus  inspicere 
vitam  nostram,  soli  nosmet  ipsos  negligimus  intueri: 
nee  verentes  deceptorios,  nee  administratorios  saltern 
opiritus  reverentes  Me  exspectanl  justi,  donee  retri- 
buas.  Et  autem  :  Me  exspectaoerunt  peccatores  ut  mild 
perderent  me.  Hinc  mihi  gehenna,  inde  corona  paratur  : 
et  inter  hanc  atque  illam  medium  nugari  libet,  oscitare 
delectat  ?  usque  adeo  nee  trahor  desiderio,  nee  periculo 
terreor,  nee  cupidus  plane,  nee  pavidus,  in  quibus  ma- 
gis  fuerat  necessa  ium  :  perniciosissime  insensibilis  ad 
utrumque.  Exsurgamus  aliquando,  fratres,  nee  in  vano 
accipiamus  animas  nostras,  pro  quibus  alii  tanto  zelo, 
vel  in  bonum  vigilant,  vel  in  malum.  Non  est  res 
parva,  quam  sic  iusectantur  hosles,  cives  sic  praestolan- 
tur. 

SERMO    LXXI. 

1.  Integra  et  p^fecta  moralitas  in  duobus  prrecipue 
consistit,  in  evitandis  vitiis,  ct  appctendis  virtutibus  : 
quoniam  non  sufticit  a  malo  abstinere,  si  non  et  bonum 
faciamus.  Inde  Psalmista  :  Deelina  a  malo,  et  fae  bo- 
num. Fugiamus  ergo  vitia,  amplectamur  virtutes.  His- 
torias  igitur   summatim  delibantes,  moralitatis  fructus 


il  trouve  un  nouveau  maltre,  perd  sa  liberte  et 
devient  esclave  (Gen.  xuu,  2).  Pour  avoir  fixe  son 
sejour  dans  ce  pays,  il  est  soumis  au  pouvoir  de 
Pharaon  qui  fait  tue.r  tous  ses  enfants  mules  et  ne 
conserve  la  vie  qu'aux  lilies.  Israel  est  condamne 
a  de  durs  travaux  de  mortier  et  de  briques,  Pha- 
raon ne  lui  donne  que  de  la  paille  pour  son 
travail  et  la  famine  le  contraiut  a  servir 
(Exod.  i,  lh). 

2.  Ce  n'est  ni  la  disette  de  pain,  ni  la  soif  d'eau, 
mais  le  besom  d'entendre  la   parole  de  Dieu  qui  riquc  cache 
pousse  bien  des   hommes  a  entrer  en   Egypte.  La  j    g^l  ^es 
parole    de  Dieu  est   la   vraie  lumiere  qui  eclaire     Israelites 
tout  homme  venant  en  ce  monde  (Joan,  i,  9) .  Aussi   u  fc  e" 
le  Psalmiste  dit-il  :  «  Le  precepte  du  Seigneur  est      Esyp,e- 
pleiu  de  lumiere  et  il  eclaire  les  yeux  (Psal.  xvm, 
9).  »  Quiconque   marche  a  l'eclat  de  cette  lumiere 
ne  marche  pas  dans  les  tenebres,  il  a  au  contraire 
la  lumiere  de  la  vie.  De  la  lumiere  des  preceptes, 
on  passe  a  celle  des    recompenses.   Ceux  qui  souf- 
frent  la  disette  de  cette  parole  divine  sont  forces 
d'entrer  dans   l'Egypte,  je  veux  dire  dans  les  tene- 
bres. Us  se  trouvent,  en  effet,  tout  environnes  des  te- 
nebres de  1'igDorance  et  soumisa  la  domination  du 
Pharaon,  je  veux  dire  du  diable,    qui  est  le  prince 
de  l'Egypte,  e'est-a-dire    des  tenebres.  Selon    ce 
mot  de  l'Apotre  :  «  Nous  n'avons  point  a.  combattre 
contre  la  chair  et  le  sang,  mais  conlre  les  princi- 
pautes    et   les  puissances,    contre   les   princes   du 
monde,  e'est-a-dire  de  ce  siecle  tenebreux,  contre 
les  esprits  de  malice  repandus  daus  les  airs  (Eph. 
vi,  12).  »  Sous  le  joug  du  Pharaon,  on  fait  des  ou- 
vrages  de  lerre,  je  veux  dire  sans  consistance  et 
mal  propres.  II  donne  de  la  paille,  e'est-a-dire  des 


decerpamus.  Fames  coegit  Israel  intrare  in  /Egyptum  : 
statim  reperit  ibi  novum  dominum,  et  de  libera  servus 
efficitur.  Ex  illius  regionis  inbabitatione  redigitur  sub 
potestate  Pharaonis  :  qui  masculos  pra;cepit  interfici, 
feminas  reservari  :  Israel  operibus  luti  et  lateris  duri- 
ter  affligitur,  Pharao  paleas  ministrat  laborantibus  :  fa- 
mes coegit. 

2.  Non  fames  panis,  neque  sitis  aqua? ;  sed  audiendi 
verbum  Dei,  compellit  multoa  intrare  /Egyptum.  Hoc 
verbum  Dei  est  lux  vera,  qua  illuminat  omnem  homi- 
nem  venientem  in  hunc  mundum.  Unde  Psalmista  : 
Prwceplum  Domini  lucidum,  illuminans  ocu/os.  Qui 
hanc  lucem  sequitur,  non  ambulat  in  tenebris,  sed  habet 
lumen  vita;.  De  luce  praeceptorum  transitur  ad  lumen 
praemiorum.  Qui  hujus  divini  verbi  palitur  egestatem, 
cogilur  intrare  ^Egyptum,  id  est  tenebras.  Invol- 
vitur  enim  tenebris  ignorantia?,  et  subjacet  dominio 
Pharaonis,  id  est  diaboli,  qui  princeps  est  ^Egypti,  hoc 
est  tenebrarum,  juxta  illud  Apostoli  :  Non  est  nobis 
colluetatio  adversus  earnem  et  sanguinem ,  sed  adversus 
principes  et  poteslates,  adversus  mundi  rectores  tenebra- 
rum harum,  contra  spirituatui  nequitite  in  ccelestibus. 
Sub  jugo  Pharaonis  hunt  lutea  opera,  id  est  dissoluta 
et  sordida.  Ab  ipso  dantur  palea:,  id  est  leves  cogita- 
tiones.  Palearum  est  leviter  accendi,  et  in    momento 


,iO 


HOJVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


•  C  etait  le 
treote-cin- 

quitme  des 
Petits  ser- 
mons. 


pensees  legeres ;  or  la  paille  fait  mi  feu  leger  el  so 
consume  m  un  moment ;  ainsi  en  est-il  des  mau- 
vsdses  pensees  qua  ta  demon  nous  envoie;  idles 
s'alliinu'iit  promptemenl  dans  notre  esprit  an  con- 
seatement  <le  la  mollesse  de  la  chair.  Mais  si  nous 
nous  etudkms  a  resister  aux  homines,  avec  l'aide 
de  Dieu,  elles  oe  tarderont  point  a  s'eteiadre.  Cetaii 
en  bn'ilint  de  la  paille  que  les  Israelites  cuisaieot 
l'argile  et  diircissaient  les  briques.  Or,  les  mau- 
vaisis  pensees,  qui  sont  de  la  boue,  sont  soumises 
an  feu  de  la  paille  de  la- delectation,  et,  quand  elles 
se  traduisent  en  actes,  alors  elles  sont  ctlites,  it. 
quand  elles  passent  en  coutumes,  elles  sont  durcies 
comme  la  hrique. 

S0IXANTE-D01ZIEME     SERMON  *. 

1.  «  Bienheureux  l'homme  qui  ne  s'estpaslaisse. 
aller  au  conseil  des  impies  (Psal.  1,  1).  »  La  piete 
est  la  vertu  de  ceux  qui  croient  en  Dieu  et  le  ser- 
vent ;  car  la  piete  n'est  autre  que  le  culte  de  Dieu 
[Job.  xx,  jiirta  lxx.)  Or,  ce  culte  consiste  en  trois 


chair,  la  chair  a  lVsprit,  et  que  se  fait  un  conseil 
d'impie.  Us  se  disettt  en  effet  les  uns  aux  autres  : 
a  N'ayonstoos  qn'nne  meme  bourse  (Prov.  i.  IV.  > 
lis  mttt.nl  alors  chacnn  une  obole  dans  la  me- 
raoire  qui  est  comme  leur  bourse  commune;  l'o- 
bole  'lu  demon  est  la  suggestion,  celle  de  la  chair, 
la  delectation,  et  celle  de  l'csprit,  le  consentement. 
Puis  chacun  y  puise  comme  dans  un  tresor  com- 
mun,  de  quoi  se  procurer  l'aliment  qui  lui  con- 
vieut ;  la  chair  y  puise  de  quoi  se  consumer,  je  veux 
parler  d'un  feu  qui  ne  s'eteint  plus;  l'esnrit  y 
puise  la  mauvaise  conscience,  c'est  le  ver  qui  ne 
meurt  pas  ;  quant  au  demon,  il  y  puise  le  sang  de 
l'une  et  de  l'autre. 

2.  Or,  on  se  rend  au  conseil  desimpiesde  quatre 
manieres  differentes.Les  uns  y  vont  traines  malgre 
eux;  les  autres  y  sont  attires  par  certains  attraits; 
ceux-ci  se  laissent  seduire  par  ignorance,  et  ceux- 
la  s'y  rendent  spontanement.  A  ces  quatre  sortes 
d*hommes,  il  faut  quatre  vertus  qui  sont  comme  au- 
tant  d'armes  pour  resister  etnepourse  point  laisser 
aller  dans  le  conseil  des  impies.  A  ceux  qui  y  sont 


Le  conseil 

drs  impies  a 

pour  auteur 

et  pour 

)e  demon. 


II  y  a  quatre 

voies  qui 

conduisent  au 

conseil  des 

impies,  et 

quatre  vertus 

opposecs  a 

ces  quatre 

voies. 


choses  :  dans  la  foi,  l'esperance  etlacharite  qui  sont     entraines  malgre  eux,  ce  qu'il  faut,  c'est  la   force 


invisibles.  Or,  les  impies,  les  hommes  qui  ne  ser- 
vent  point  Dieu,  ceux  qui  sont  dans  la  pensee  de 
preferer  les  choses  visibles  aux  invisibles,  les  ter- 
restres  aux  celestes,  manquent  de  ces  vertus.  A 
leur  tete,  est  le  diable,  leur  chef,  le  premier  qui  se 
soit  eloigne  de  la  piete  et  qui  devint  impie,  et  par 
ses  ruses  depouilla  de  leur  piete  les  hommes  qui 
etaient  dans  le  paradis  terrestre,  pour  leur  faire 
partaker  ses  egarements  et  son  iniquite.  II  seduisit 
done  Eve,  qui  elle-meme  seduisit  son  mari.  C'est 
encore  ainsi  que  le  demon   suggere  la  revolte  a  la 

•  Gnillaume,  l'anteur  des  Fleurs    de   saint  Bernard  reproduit 
ce  passage  dans  son  iivre  ix,  chapitre  xx ;  il  reproduit  un  autre 


pour  ponvoir  resister  jusqu'a  la  fin  aux  menices, 
aux  tourments  et  aux  pertes.  Ceux  qui  se  sen  tent 
attires  par  de  certains  attraits,  ils  ont  besoin  de  la 
vertu  de  temperance  qui  reprime  les  desirs  illicites 
et  ne  permet  a  l'ame  ni  de  ceder  aux  promesses  ni 
de  se  laisser  amollir  par  les  flatteries.  Quant  a  ceux 
qui  se  laissent  seduire  par  ignorance,  ils  ont  besoin 
de  prudence  pour  discerner  l'utilc  de  l'inutile  et 
pour  apprendre  ce  qu'il  faut  retenir  et  ce  qu'il  faut 
rejeter.  Ceux  qui  s'y  rendent  spontanement,  ont 
besoin  de  justice ;  la  justice,  en  effet,  est  la  recti- 

passage  au  chapitre  ill,  n.  3. 


consumi.  Sic  et  malae  cogitaliones  a  diabolo  immissa; 
cito  in  mentibus  nostris  aecenduntur,  carnis  mollitie 
consenliente.  Sed  si  viriliter  sludeamus  resistere,  Deo 
juvanle  protinus  exstinguiintur.  Paleis  accensis  coque- 
batur  lulum,  et  solidabatur  in  lateres  :  et  pravae  eogita- 
tioncs,  qua?  sunt  lulum,  paleis  delectationis  aecenduntur. 
Qu*  cum  Iranscunt  in  actum,  tunc  decoquuntur  : 
cum  vero  ducunlur  in  consuetudincm,  tunc  solidan- 
tur. 

SERMO  LXXII. 

1.  Beatus  rir,  qui  non  abiit  in  comilio  impiorum.  Pii 
sunt  qui  in  Detim  credunt,  et  ipsum  colunt.  Est  enim 
pietas  cultus  Dei.  Hie  autem  cultus  in  tribus  consistit, 
Ode,  spe,  et  charilate,  qua;  sunt  invisibilia.  His  tribus 
carent  impii,  qui  Deum  non  colunt ;  et  quorum  conci- 
lium est  visibilia  invisibilibus,  terrena  ccelestibus  prae- 
ponere.  Horum  caput  et  princeps  est  diabolus,  qui  pri- 
mus a  pielate  recessit,  et  impius  factus,  eliam  homines 
in  paradiso  positos,  ab  eadem  pietate  fraude  sua  dejecit, 
volens  cos  habere  socios  sui  erroris,  et  participes  ini- 
quitatls.  Ule  enim  Evam  seduxit,  et  ilia  virum  sibi  sub- 


didit.  Similiter  adhuc  daemon  suggerit  carni,  caro  spi- 
rilui,  et  fit  impiorum  consilium.  Dicnnt  enim  sibi  invi- 
cem  :  Omnium  nostrum  sit  unum  marsupium.  Ponunt 
ergo  in  memoria,  quasi  in  marsupio,  quisque  obolum 
suum  :  daemon  scilicet  suggeslionem,  caro  delectatio- 
nem,  spiritus  consensum.  Inde,  tanquam  de  symbolo, 
comparant  sibi  viclum  competentem  :  caro  quidem 
combuslionem,  ignem  scilicel  qui  non  exslingui- 
tur  :  spiritus  malam  conscienliam,  id  est  vermem  qui 
non  moritur  :  daemon  autem  emit  utriusque  sangui- 
nem. 

2.  Ad  hoc  consilium  impiorum  itur  qualuor  modis. 
Quidam  enim  trahuplur  inviti,  alii  attrahuntur  illecti, 
alii  seducuntur  ignari,  alii  sequunlur  sponlanei.  Istis 
necessarian  sunt  quatuor  virtutes,  per  quas  armati  re- 
sistant, ne  in  consilio  eant.  Invitis  necessaria  est  forti- 
tudo,  qua  resistant  usque  ad  mortem  minis,  cruciatibus, 
et  damnis.  Mi  qui  attrahuntur  illecti,  indigent  tempe- 
rantia,  qua;  reprimit  illici'.a  desideria,  nee  cedit  promia- 
sionibus,  nee  eniollitur  blanditiis.  litis  qui  seducuntur 
ignari,  est  opus  prudenlia,  quas  ab  utilibus  inutialia 
discernit,  ct  docel  quid  tenendum,  quidve  rejiciendum 
sit.  Juslitia  est  rectitudo  voluntatis,  qua;  nee  amat  pec- 


SERMONS  DIVERS. 


31 


hide  de  la  volonte  qui  n'aime  ni  pecker  ni  consen- 
tir  au  peche.  La  justice  et  la  force  ont   leur  siege 
dans  la  volonte,  attendu    que   e'est  la    volonte  qui 
doit  etre  juste  et  forte.  Or,  voici   dans   quel    ordre 
agit  la  justice  :  elle  commence  par  rcjeter  le  mal, 
puis  elle  propose  le  bien.  Elle  semble  avoir  fait  de- 
faut  a  Adam  qui  consentit   au  mal  et  renonca  ainsi 
a  ce  qui  etait  bien.  La  prudence  et   la  tempera/ice 
ont  leur  siege  dans  la   raison,  car    e'est   la    raison 
qui  doit  etre    prudente   et   temperee.  En   etfet,  la 
prudence  n'est  autre  chose  que  la    raison   instruite 
par  la  grace  a  eviter   le   contact   de  l'injustice  a 
cause  de  la  justice.  Elle  evite  non-seulement  l'in- 
justice ouverte,  mais  encore  tout  ce   qui  est,  en 
quelque  maniere  que  ce  soit,  contraire  a  la  justice; 
elle  ne   tient  pas  tant    compte  de  ce.   qui  est  per- 
mis  que  de  ce  qu'il  est  bon   de   faire.    Elle  fuit   les 
richesses  et  les  autres  choses   semblables,  non  pas 
parce  qu'elles    sont  illicites,    mais    parce    qu'elles 
sont  ordinatrement  un  obstacle  a  la  justice.  C'est  a 
cause  de  eeux  qui  agissent  ainsi  par  un  sentiment 
d'hypocrisie  qu'il  est  dit  :  «  A  cause  de  la  justice.  » 
;e  qu'il  faut  La  justice  est  la  perfection   de  Fame  raisonnable. 
rasiic/bie"  ''es  autres  vertus,  telles   que  la   force,  la  tempe- 
oriionncc     ranee,  la  prudence,    qui   conservent  la  justice    et 
'  une  vertu    l'empecheut  de  se  perdre  ou  de  s'affaiblir,  out  loutes 
laqueiiVks   rapport  a  requisition  ou  a  la  conservation  de  cette 
iutrr>s  ve-ius  vertu.  Mais,  cruand  la  justice    est  parfaite  et  qu'elle 

80nt  subor-  .         ,,  ,  .  ,  ,, 

donnees.  est  passee  a  1  elat  de  sentiment  de  1  ame,  elle  se 
confond  avec  les  trois  autres  vertus,  attendu  qu'elle 
est  forte,  prudente  et  temperee. 

3.  «  Heureux  1'homme  qui  ne  se  laisse  point 
aller  :  »  se  laisser  aller  est  le  propre  de  ceus  qui 
sont  inconstants,  et  peuvent  ceder  au  moindre  souf- 


care,  nee  peccalo  consentire.  Justitia  et  fortitudo  sedem 
hahent  voluntatem  :  quia  voluntas  justa  debet  esse,  et 
furtis.  Est  autem  justitia  ordinata  hoc  modo,  scilicet 
mala  respuens,  bonis  meliora  pr;eponens.  Hanc  non  vi- 
detur  habuisse  Adam,  qui  malo  consentiens,  quod  utile 
erat  deseruit.  Prudentia  et  temperantia  sedem  habent 
in  ratione  :  quia  ratio  prudens  debet  esse,  et  temperala. 
Est  quippe  prudentia,  ratio  docta,  scilicet  a  gratia,  vi- 
lare  contagia  inj tistitiae  propter  justitiam.  Vitat  quidem 
non  solum  i.  J  istiliam  apertam,  sed  etiam  ilia  quae  sunt 
aliquo  modo  contra  justitiam  attendens  non  quod  licet 
sed  magis  quod  expedit  :  vitans  divitias  et  quaedam 
alia,  non  quia  illicito,  sed  quia  justitiae  solent  esse  im- 
pedimenta. Sed  propter  qnosdam  qui  ex  hypocrisi  hoc 
faciunt,  additur,  propter  justitiam.  Justitia  est  perfeclio 
anima?  rationalis.  Aliae  virtutes  sunt  ad  ejus  acquisitio- 
nem  vel  conservationcm,  Ibrtitudo,  temperantia,  pru- 
dentia, qua;  justitiam  conservant  ne  amittatur,  aut  mi- 
nuatur.  Postquam  vero  perfecta  est  justitia,  et  transit 
in  affectum  c  rdis  idem  est  quod  ilia  tria  :  quia  fortis 
est,  prudens,  temperata. 

3.  Qui  non  abiit.  Abire  pertinet  ad  illos  qui  sunt  in- 
constantes,  et  leviter  possunt  impelli.  Quod  quidain  vo- 
lentes  evitare,  fmnt  evidenter  obstinati,  nullius  consilio 
acquiescentes,  propositum  suum   immobiliter  tenentes. 


fie.  11  en  est  qui  n'evitent  ce  del'aut  qu'en  deve- 
nant  obstines,  ils  ne  cedent  a  aucun  conseil,  et 
tiennent  avec  entetement  a  leurs  projets.  Aussi  le 
Psalmiste  a-t-il  ajoute  ces  mots  :  «  et  qui  ne  s'est 
point  arrete,  »  e'est-a-dire  qui  n'est  ni  leger  ni  en- 
tete.  La  voie  des  pecheurs  est  le  monde,  ou  leur 
volonte  propre,  qui  n'est  autre  que  l'orgueil,  est  la 
source  de  tous  les  maux,  de  nieme  que  la  volontfi 
commune  est  celle  de  tous  les  biens  :  «  Et  qui  ne 
s'est  point  assis  dans  la  chaire  de  pestilence.  »  Or, 
c'est  etre  assis  que  d'enseigner  aux  autres  a  pe- 
cher  par  son  exeniple.  Or,  cette  cliaire  repose  sur  La  cbaire  de 
quatre  pieds,  dont  le  premier  est  la  malice,  le  se-  pestilence  est 
cond  le  mepris  de  Dieu,  le  troisieme  l'irreverence,  melnie'  ma'u- 
et  le  quatrieme  la  ruse.  La  malice  consiste  dans  l*{*  pX0e8e  Por 
l'amour  et  le  gout  du  mal,  mais  dans  l'amour  du  q"3'"  Pieds- 
mal  pour  le  mal,  comme  l'ont  le  diable  et  quel- 
ques  mechants.  Or,  comme il  arrive  parfoisque  eeux- 
ci  craignent  Dieu,  sinou  d'une  crainte  bonne,  du 
moins  d'une  crainte  quileur  fait  apprehender  de  faire 
des  pertes  temporelles,  ou  de  subir  quelques  peines 
corporelles,ils  en  viennent  jusqu'au  mepris  de  Dieu 
meme,  et  deviennent  plus  mauvais  encore  :  voila 
comment  le  mepris  de  Dieu  est  le  second  pied  de 
la  chaire  de  pestilence.  11  pourrait  se  faire  qu'on 
aimat  le  mal  qu'on  meprisit  Dieu,  mais  qu'on  fut 
encore  retenu  par  la  crainte  des  hommes  avec  qui 
on  vit,  voila  d'ou  vient  le  troisieme  pied,  je  veux  . 
dire  l'irreverence  qui  aggrave  le  mal,  et  qui  de- 
truit  la  crainte  de  Dieu  et  des  hommes.  Pour  la 
consommation  de  la  malice,  vient  le  quatrieme 
pied  de  la  chaire  de  pestilence,  je  veux  dire  la 
ruse,  qui  nous  apprend  a  nous  servir  des  trois  au- 
tres, et  mele  l'huile  avec  le  venin,  et  le  miel  avec 


Et  ideo  adjunctum  est,  el  non  stetis,  scilicet,  ut  nee 
levis  sit,  nee  obstinatus.  Via  peccatorum  est  mundus, 
vel  propria  voluntas,  qua?  est  superbia,  ex  qua  omnia 
mala  :  sicut  ex  communi  sunt  bona.  Et  in  cathedra 
pestilenti.n  non  sedit.  Sedet,  qui  docet  exemplo  suo  fa- 
ciens  peccare  alios.  Cathedra  est  base,  et  quatuor  pedibus 
subsistit.  Primus  pes  est  malitia  ;  secundus  contemptus 
Dei;  tertius  irreverentia ;  quartus  astutia.  Ma- 
litia est  amare  malum,  et  saporem  mali  habere;  et  ma- 
lum, quia  malum  est  diligere,  sicut  facit  diabolus,  et 
normulli  iniqui.  Sed  quia  tit  aliquando,  ut  tales  timeant 
Deum  non  timore  bono,  sed  ne  incurrunt  vel  damnum 
rerum,  vel  corporis  cruciatum  :  amplius  tiantmali,  con- 
temnunt  et  ipsum  Deum  ;  et  (it  secundus  pes  contemp- 
tus Dei.  Item  posset  (ieri  ut  malum  amarent,  Deum 
contemnerent,  sed  inhiberet  eos  pudor  hominum,  cum 
quibus  habitant  :  ideo  ad  augmentum  mali  sequitur  ter- 
tius pes  irreverentia,  ut  nee  Deum  timeant,  nee  homi- 
nes revereantur.  Ad  consummationem  vero  malitiaa 
adest  quartus  pes  astutia,  ut  sciant  uti  tribus  prajdictis, 
miscentes  oleo  venenum,  et  melli  acetum.  Eminens 
pars  cathedrae,  cui  sedens  inhasret,  est  potentia.  Si 
enim  potens  est  qui  pradicta  habet,  tunc  plurimum  no- 
cet  :  vel  si  potentem  sibi  allicere  potest,  quern  consilio 
suo  sedueat,  et  ad  malum    impellat.   Deinde    apponitur 


32 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le  haul  de 
cbaire  est 

paiMUM. 


Le  coussin  de 
la  chaire  ist 

la  lraine 

gloire. 


le  vinaiere.  Le  haut  de  cette  cbaire,  l'endroit  ou  promesse.  L'un  et  l'autre  conduisent  le  char,  l'un 

se  place  celui  qui  s'asseoii  dedans,  est  la  puissance,  par  la  crainte,  et  l'autre  par  la  cupidity,  el  chacun 

En  effet,  si  celui  qui  .1  'out  ce  que  je  viens  de  <liiv  a  sou  aiguillon  qui  le  pousse.  11  n'y  a  que  le   Fils 

est   puissant,    ou   s'il    pent  attirer  le   puissant   a  qui  ne  soit  ni   trappe  par  la  crainte,   ni  excite  par 

lui,  le  seduire  par  ses  conseils,  et  le  porter  an  mal,  la  cupidite,  mais  qui  est  pousse  par  1'esprit  de  di- 

alors  il  fail  beaucoup  de  mal.  Apres  cela  vient  le  lection,  el  qui  esl  porU  sur  le  char  sans  fatigue  et 

coussin  sur  lequel  il  s'asscoit  doucement.  Or,  un  sans  blessures  :  «  Tous  ceux  qui  sont  conduits  par 

coussin    est    rait  de  plumes  legeres  d'oiseaux,  ce  1'esprit  de  Dieu,  sont  lils  de  Dieu  [Rom.  vni,  ill).  » 

qui  rappelle  la  vaine  gloire,  et  la  faveur  populaire,  Ce  char  a  aussi  quatre  roues,  je  veux  parler  des 

dont  les  hommes   se  repaissent  avec  delices,  et  se  quatre  affections  de   lame  bien  connues,  l'amour 


L'escabeau 

est  1  hjpocri' 

sie. 


niontrent  fiers.  II  se  met  ensuite  un  escabeau  sous 
les  pieds,  pour  qu'ils  ne  toucbent  point  la  terre. 
En  effet,  les  hommes  de  cette  sorte  ne  font  pour  la 
purpart  aucnne  action  terrestre,  ils   feignent  d'en 


et  la  joie.  la  crainte  et  la  tristesse.  En  effet,  les  me- 
diants aiment  les  cboses  temporelles,  et  sont  dans 
la  joie  quand  ils  ont  mal  agi ;  mais  la  crainte  et 
une   tristesse  eternelle  suivent  cet   amour  et  cette 


faire  de  spirituelles  pour  mieux  tromper.  Leur  doc-  crainte.  Quant  aux  elus  a  qui  il  est  dit :  «  Le  mon- 

trine  est  semblable  a  la  peste,  elle  couvre  et  desole  de  sera  dans  la  joie  et  vous  dans  la  tristesse,  mais 

beaucoup   d'endroits.  voire  tristesse  se  changera  en  joie  (Joan,  xvi,  20), » 

U.  «  Mais  sa  volonte  est  clans  la  loi  du  Seigneur  ils  prennent  la  crainte  et  la  tristesse  pour  roues  de 

(Ibidem.  2).  »  Dans  le  precedent  verset,  le  Psalmiste  devant,  et  l'amour  et  la  tristesse  pour  roues  de  der- 

nous  a  dit  ce  qu'il  faut  rejeter,  il  nous  apprend  ce  riere,  car  pour  eux  la  crainte  se  change  en  amour, 

qu'il  faut  desirer  dans  celui-ci.  Dans  l'un  il  nous  et  la  tristesse  en  une  joie  eternelle. 


II  y  a  trois 
sortes  d'hom- 
roes  qui 
s'avanceot 
par  les  sen- 
tiers  de  la 
loi  du  Sei- 
gneur. 


est  dit  quelque  chose  d'analogue  a  ceci  :  «  Detour- 
nez-vous  du  mal.  «  Dans  l'autre  c'est  comme  s'il 
nous  etait  recommande  «  de  faire  le  bien,  »  car 
marcher  dans  la  loi  n'a  pas  d'autre  sens.  Mais  com- 
me on  ne  parcourt  point  la  voie  des  commande- 
ments  de  Dieu,  des  pieds  du  corps,  mais  par  les 
sentiments  de  fame,  voila  pourquoi  le  Psalmiste 
dit  :  «  Sa  volonte  est  dans  la   voie  du  Seigneur.  » 


5.  11  faut  remarquer  que  la  route  de  la  loi  de 
Dieu  se  fait  en  six  jours.  Le  premier  jour  est  le 
gemissement  du  cceur,  le  second  la  confession  de 
la  bouche,  le  troisieme  l'aumone  de  notre  propre 
bien ,  le  quatrieme  est  le  travail  corporel,  le  cin- 
quieme  le  renoncement  a  notre  propre  volonte,  et  le 
sixieme  le  mepris  de  la  mort.  Le  septieme  jour  est 
le  repos  des  six  premiers  dans  l'esperance   du  bui- 


En  effet,  selon  saint  Gregoire,  vouloir,  pour  1'esprit,  tieme  jour  qui  est  celui  de  la  resurection.   «  11  1116- 

c'est  marcher.   Or,  la  voie  des  commandements  est  dite  jour  et  unit  cette  loi  sainte    (Ibidem.  2).  »   En 

parcourue   par  trois  personnes  qui  semblent  y  lut-  quelque   etat  que  l'homme   se  trouve,  il   ne  doit 

ter  a  la  course,  par  l'esclave,  par  le  mercenaire  et  jamais  s'eloigner   de  la  loi  du  Seigneur,   mais  il 

par  le  Fils.  II  y   a  deux  coursiers   qui   trainent  le  faut   qu'anx  jours  mauvais  il  se   rappelle  les  bons 

char,  ce  sont  la  menace  et  la  promesse.  L'esclave  jours,  et  qu'aux  bons  jours  il  se  rappelle  constam- 

est  monte  sur  la  menace,  et  le  mercenaire  sur  la  ment  les  mauvais.  On  peut  aussi  entendre  par  le 


pulvinar,  ut  suaviter  sedeat.  Pulvinar  fit  de  levibus  pen- 
nis  avium,  significans  vaaam  gloriam,  et  favorem  popu- 
larem,  quibus  homines  rtelectati  cxlolluntur.  Scabellum 
pedibus  supponitur,  nc  terram  langant.  Tales  enim  non- 
nulli  terrenas  acliones  non  faciunt,  sed  spirituals  simu- 
lant, ut  magis  decipiant.  Ilorum  doctrina  est  quasi 
pestilentia,  multa  loca  occupans  et  vastans. 

1.  Seel  in  lege  Domini  voluntas  ejus.  Superiori  versu 
dictum  est  quid  sit  respuendum  :  in  hoc  autein  dicitur 
quid  sit  appetendum.  In  illo  dictum  est  tanquam  decli- 
na  a  malo  :  hoc  autcm,  et  fac  bonum  :  quod  utique 
est  ambulare  in  lege.  Sed  quoniam  haec  via  agitur  non 
gressu  corporis,  sed  afTeclu  mentis  :  ideo  dictum  est, 
In  lege  Domini  voluntas  ejus.  Vellc  enim,  teste  beato 
Gregorio,  mente  ire  est.  Per  hanc  viain  incedunt,  et 
quasi  quemdam  cursum  ducunt  tria  genera  bominum, 
servus,  mercenarius,  filius.  Trahunt  autem  eumdem 
currum  jumenta,  quorum  nomina  sunt,  comminalio  et 
promissio.  Super  couiminationem  servus  sedet,  super 
promissionem  mercenarius.  Ilorum  ulerqne  Irahit  cur- 
rum, alter  timore,  alter  cupiditatc  ;  et  uterque  propriis 
stimulis  impellitur.  Solus  lilius,  qui  nee  timore  quati- 
tur,  nee  illicitur  cupiditate,   sed  spiritu  dilectionis  agi- 


lur,  sine  labore  aut  lsesione  vchitur  in  curru  :  Quicum- 
que  enim  spiritu  Dei  aguntur,  hi  filii  sunt  Dei.  Habel 
eliam  currus  ille  quatuor  rolas,  illas  scilicet  qualuor 
animi  affectiones  nolissimas,  amorem  et  la'titiam,  timo- 
rein  el  Iristiiiam,  Amant  enim  reprobi  temporalia,  et 
ketantur  cum  male  lecerint  :  sed  hunc  amorem  et  hanc 
laetitiam  sequilur  Umor  el  tristitia  sempiterna.  Elccti 
veio,  quibus  dicitur,  Munilus  gaudebit,  vos  autem  con- 
tristabimini,  sed  tristitia  vestra  vertetur  in  gaudium; 
ponunt  primas  rolas  limorem  et  tristitiam  ,  poste- 
riores  amorem  et  laeUtiam.  Ipsis  enim  commu- 
talur  limor  in  charitatem,  tristitia  in  laetitiam  9empiter- 
nam. 

5.  Notandum  autem,  quod  hasc  via  legis  Domini  con- 
summatur  sex  diebus.  Et  prima  quidem  dicta  est  ge- 
mitus  cordis,  secunda  conffesio  oris,  tertia  largitio  pro- 
prise  possessionis,  quarta  labor  corporis,  quinta  abnega- 
tio  proprise  voluntatis,  sexta  contemptus  mortis.  In  sep- 
tima  fit  quies  ab  omnibus  pnedictis,  sperans  octavam 
resurreclionis.  Et  in  lege  ejus  meditabitur  die  ac  node. 
In  quocumquc  statu  sit  homo  positus,  nunquam  rece- 
dendum  est  illi  a  lege  Domini,  sed  semper  in  die  bo- 
norum  non  immemor  sit  malorum,   et  in  die   malorum 


•sKRMONS  DIVERS. 


33 


jour  ft  la  nuit  la  vie  contemplative  et  la  vie  active, 
qui  sont  toutes  les  deux  conteimes  dans  la  loi  du 
Seigneur. 

SOIXANTE-TREIZIEME  SERMON  *. 

«  L'insense  a  dit  dans  son  eceur,  il  n'y  a  point 
de  Dieu.  »  Dieu  est  un,  il  est  vrai,  un  comme  subs- 
tance, et  pourtant  si  ce  n'est  par  suite  de  verite  in 
lui,  du  moins  par  l'effet  de  changement  en  nous, 
il  semble  avoir  un  gout  different  selon  ceux  qui  le 
goutent.  En  effet.  Time  qui  le  craint  ne  lui  trouve 
que  le  gout  de  la  justice  et  de  la  puissance,  et  celle 
qui  l'aime,  que  celui  de  la  bonte  et  de  la  miseri- 
corde. Voila  pourquoi  le  rneme  Prophete  dit  ail- 
leurs  :  «  Le  Seigneur  a  parle  une  fois  et  j'ai  enteu- 
du  ces  deux  cboses ;  la  puissance  appartient  a 
Dieu,  et  la  misericorde  est  a  vous,  Seigneur  (Psal. 
i.xi.  i!  .  »  Entendre  cela  ou  le  gouter,  c'est  la  me- 
me chose,  attendu  que  l'un  et  l'autre  se  font  par 
une  seule  et  meme  ame  parfaitement  simple.  Le 
Seigneur  n'a  done  point  parle  qu'une  fois,  il  a  en- 
gendre  le  Verbe,  et  nous,  par  ce  seul  Yerbe,  nous 
avous  entendu  et  goute  ces  deux  choses,  «  la  puis- 
sance est  a  Dieu,  el  la  misericorde  est  a  vous  Sei- 
gneur. »  Mais  il  faut  etre  tout  a  fait  insense  pour 
ne  trouver  a  Dieu  le  gout  ni  de  la  crainte  ni  de 
I'amour.  Que  celui  qui  en  est  la  s'intruise  tant 
qu'il  lui  plaira,  pour  moi  je  lui  refuserai  le  nom 
de  sage  tant  qu'il  ne  craindra  ni  n'aimera  Dieu. 
Comment,  en  effet,  pourrais-je  dire  consomme  en 
sagesse  celui  qui  n'a  pas  meme  encore  le  commen- 
cement de  la  sagesse?  Car  «  le  commencement  de 
la  sagesse  est  la  crainte  de  Dieu  Psal.  ex,  9)  :  »  et 
la  consommalion  est  I'amour,  l'esperance  en  est 


le  milieu  [Eccli.  i,  16  et  Prou.  i,  7).  Celui  a  qui  la 
crainte  ne  fait  pas  trouver  a  Dieu  un  gout  de  jus- 
tice, ni  l'amour  un  gout  de  misericorde,  dit  certai- 
nement  dans  le  fond  de  son  cceur,  il  n'y  a  pas  de 
Dieu,  car  pour  lui  ce  n'est  pas  un  Dieu,  qu'un 
Dieu  qu'il  ne  tient  ni  pour  bon  ni  pour  juste. 

SOIXANTE-QUATORZIEME    SERMON  \ 

«  lis  se  sont  cotrompus  et  ■■mil  devenus  abominables 
■  I'm*  toutes  leurs  affections ;  il  n'y  en  »/'"*  un  qui  fas*'' 
le  hien,  il  n'y  en  apas  un  seul  (Psal.  nil,  2  et  LU,7).  » 
L'ame  a  sa  corruption  *  comme  le  corps  a  la 
sieune.  Celle  de  l'ame  est  <le  trois  sortes,  et  celle 
du  corps  est  de  quatre,  car  le  corps  se  com- 
pose de  quatre  elements,  et  l'ame  de  trois  puissan- 
ces. Celle-ci,  en  effet,  a  la  puissance  raisonuable,  la 
concupiscible  et  l'irascible.  La  puissance  raisonna- 
ble  est  en  pleine  sante  quand  l'ame  connait  la  ve- 
rite, elle  se  corrompt  quand  elle  est  alteinte  par 
l'orgueil,  mais  sa  corruption  est  de  deux  sortes 
dans  la  connaissance  d'elle-meme  et  dans  celle  de 
Dieu.  La  vaine  gloire  corrompt  la  concupiscence, 
et  l'envie,  la  colere.  La  corruption  du  corps  s'ap- 
pelle  aussi  abomination,  et  se  produit  de  quatre 
manieres  selon  les  quatre  elements  qui  le  compo- 
sent.  11  y  a  quatre  choses  qui  corrompent  le  corps, 
la  curiosite,  la  loquacite,  la  cruaute.  et  la  volupte. 
Or,  on  divise  le  corps  en  quatre  parties,  oil  chacun 
des  elements  a  particulierement  son  siege.  Ainsi, 
c'est  dans  les  yeux  que  se  trouve  le  feu  ;  dans  la 
langue  qui  forme  la  voix  est  l'air;  la  terre  a  sa 

a  Tout  ce  passage  se  trouve  reproduit  dans  les  Fleurs  de  saint 
Bernard,  livre  vn.  chapitre  xxxvu. 


*  C'etait  !• 
trenle- 
septieme   de? 
Petits  ser- 
mons. 


II  7  a  trois 
sortes  de 
corruptions. 


La  corrup- 
tion du 
corps  est  de 
quatre  sortes 

"Les  quat re- 
elements  se 
font  particu- 
lierement 
sentir, 
chacun  dans 
Tune  des 
quatre 
parties  du 
corps. 


memor  sit  semper  honorum.  Potest  etiam  per  diem  et 
noctem  contemplaliva  et  activa  vita  intelligi,  quae  ambic 
continentur  in  lege  Domini. 

SERMO   LXXIII. 

Dixit  insipiens  in  corde  sito,  Non  est  Deus.  Deus,  li- 
cet unus  sit  et  unum  sil,  tamen  non  sui  varietate,  sed 
animi  noslri  inutatione,  guslantibus  nobis  diversos  vide- 
lur  habere  sapores.  Sapit  enim  timenti,  jtistitiam  et  po- 
tentiam :  sapit  amanti,  bonitatem  el  misericord iam. 
Unde  et  alibi  ait  idem  iste  propheta  :  Sernel  locufits  est 
Deus,  duo  lime  uudivi  :  quia  potestas  Dei  est,  et  m,i  Do- 
mine  misericordia.  Idem  quippe  est  audire  hoc,  quod 
gustare  :  quia  utrumque  fit  una  et simplicissima  meute. 
llaque  semel  locutus  est  Deus  :  quia  unum  genuil  Ver- 
bum.  Cseleruin  nos  per  unum  Verbum  duo  lisc  audi- 
mus  sive  sapimus,  quia  potestas  Dei  est,  el  lifji  Domine 
misericordia.  At  is  quidem  penitus  insipiens  est,  cui 
nee  timorem  Deus  sapit,  nee  amorem.  Discat  quantum 
vult  ;  ego  sapientem  non  dixerim,  dum  nee  timebit, 
nee  diliget  Deum.  Quomodo  enim  dixerimus  in  sapien- 
tia  consummatum,  quern  video  nee  initiatum  ?  Nam, 
Initium  sapientiep  iimor   Domini  :    consummatio  amor  ; 

t.  rv. 


media  sibi  vindicat  spes.  Cui  ergo  nee  justitiam  sapit 
Dens  per  timorem,  nee  misericordiam  per  amorem  ;  is 
plane    dicit    incorde    suo    :     Non     est     Deus.    Deum 

enim  non  putat .  quern  nee  justum,  nee  pium  re- 
putat, 

SERMO  LXXIV. 

Corrupti  sunt,  et  abominabiles    facti  sunt  in  studiis 

suis;  non  est  qui  faciat  bonum,  non  est  usque  ad  unum. 
Habet  anima  comiptionem  suam,  habet  et  corpus 
suam.  Corruptio  animas  tripertita  est;  quadripertita  est 
corporis.  Corpus  siquidem  constat  ex  quatuorelementis  : 
anima  vero  in  triplici  vi  subsislit.  Est  enim  rationalis, 
concupiscibilis,  irascibilis.  Rationalis  ,  cujus  sanitas  esl 
eognitio  veriiatis,  corrumpilur  superbia,  Corrupla  au- 
tem  fallitur  duobus  modis  :  in  cognitione  sui,  et  cog- 
nitione  Dei.  Concupiscentiam  corrumpit  vana  gloria, 
iram  invidia.  Corruptio  corporis  dicitur  abominatio  : 
et  fit  quatuor  modis,  secundum  quatuor  elementa  ex 
quibus  constat.  Quatuor  enim  sunt  qua1  corpus  cor- 
rumpunt,  enriositas,  loquaeitas,  crudelitas,  voluptas. 
Sunt  autem  quatuor  partes  corporis,  in  quibus  singulis 
maxime  vigent    singula  elementa.    Nam    in    oculis  est 


»  itl  \RES  III.  SAINT  UEItNAHH. 

place  dans  les  mains  dont  le  propre  esl  le   lact  el  sontrepandus  dans  lout  l'univers,  el  se  Ironvent 

I  ..in  dans  les  orgaius  Se  la  generation.  Or,  ees  attaches  par  une  sorte  de  ghi  dans  tousles  lieuxdv 

quatres  parties  du  corps  sont  corrompues  par  une  monde  1  Je  ne  dis  pas,   dit   le  Seigneur,  que  je  ne 

quadruple  peste  :  je  v. mix  dire  par  la  curiosite  qui  sauve  point  quelques-uns  de  ces  hommes,  car  je 

corrompt  les  \.u\,  par  la  loquacity  qui  corrompt  puis  en  un  moment  rappeler  tout  ii  moi;  mais  «  je 

la  langue,   par  la  minute  qui  corrompt  les  mains,  ne  les  reunirai  point  pour  des  sacrifices  sanglants 

et  par  la  volupte  qui  corrompt  les  organes  Je  la  [Ibid.  5),  »  c'est-a-dire  je    ne  reunirai  point  ceuz 

generation.  Voila  comment  les  hommes  deviennent  qui  perseverent   dans  le  sang  jusqu'au  jour  ou  le 

«  corrompus  et  abominables,  »    corrompus  dans  nombre    de    burs    infirmites    force    le  peche    a 

leur  ,'ime.  abominable?  dans  leur   corps ;   corrom-  les   quitter    plutut    qn'il    ne   les    force    a    quitter 

pus  devant  Dieu,  abominables  devant  les  hommes.  eux-memes   le   peche.    Je    ne    rassemblerai   pas 

«  11  n'v  en  a  pas  qui  fassent  !e  bien,  il  n'y  en  a  pas  beaucoup  de  ces  gens-la,  dit  le  Seigneur.  S'il  m'cn 

II  j  a  qmire  un  seul.  »  11  \  a  qualresorlesdegensdont  aurune,si  souvient    bien.    dans   toules    les   Kciitures,  on  ne 

ce  n'est  une.  ne  fait  le  bien.  En  etTet,  il  y  en  a  qui  trouve  que  le  larron  de  I'Evangile  qui   ait  fete  saim- 

ne  compreniient  el  ne  cherchent  point  Dieu,  ceuz-  ainsi :  ne  vom  laissez  done  pointaller  a  lesperance 

la  sunt  morts.  II  y  en  a  qui  le  comprennent,  mais  perilleuse,  dune  pareille  grace,  car  non-seuloment 

ne  ie  cherchent  point ;  ce  spnt  les  impies.  II  en  est  I'esprit  souffle  ou   il  vent,  mais  il  ne  souffle  qne 

d'autres  qui  le  cherchent  mais  sans  le  comnrendre,  quand  il  vent  ;  il  ne  lui  est  pas  difficile  de  donnar, 
et  ceux-hi  sont  des  insenses.  F.nfin,   il   sen  trouve 
qui  comprennent  Dieu  et  le  cherchent,  et   ceux-la 
sont  des  saints,  les  seuls  dont  on  puisse  dire,  its 
font  le  bien. 


series  de 
gens  parent 
lesqoelU?  awe 

scale    ' 

l.ieti. 


SOIXANTE-QUINZIEME  SERMON 


q  lis  ont  multiplie  leurs  intirmites  et  ensuite  ils 
out  precipite  leurs  pas  (Psal.  xv,  3).  »  Pourquoi 
les  hommes  different-ils  de  i'aire  penitence  pendant 
la  vie  et  fondent-ils  tant  d'esperance  sur  leur  der- 


enun  instant,  une  contrition  parfaite  quand  il  y 
en  a  tant  d'autres  qui  s'exercent  a  en  avoir  une 
pendant  si  longtemps.  D'ailleurs,  qui  vous  dit  que 
celui  que  vous  meprisez  comme  vous  le  faites,  vou- 
dra  vous  venir  ainsi  en  aide  ?  Sans  doute,  I'esprit 
de  sagesse  est  plein  de  bonte,  mais  il  ne  saurait  de- 
liver celui  qiii  s'est  maudit  de  sa  propre  bouche 
(Sap.  i,  6) ;  or,  ecoutez  celui  qui  se  trouve  en  ce 
cas  :  «  Maudit  celui  qui  peche  dans  l'esperance  du 
pardon.  » 


•  C'eUit  le 
trente- 
haitieme    Acs 
B 

sermons. 

II  esl  dangc- 
rem  de 
remetlre 

jusqu  a  la 

mort  le  soiD  mere  confession  ?  Comment  peuvent-ilspenser  que 
«hrt. '     dans  le  court   mlervalle  d'une    Ueure    il   leur  sera 

possible  de  rappeler   a  eux   tous   les    membres  de     douceurs  (Pud.  xx,  3).  »  II   nous  faut   trois  bene- 
leur  ame,  dont  les  concupiscences   et    les  desirs  se     dictions,  une  benediction  prevenante,  une  adjuvante 


S01XANTE-SE1ZIEME  SERMON  \ 


Celait   le 
trente- 


c<  Vous    l'avez    prevent!    de    benedictions    et    de  neuTieine  des 

Petils  ser- 


ignis  :  in  lingua,  quae  vocem  format,  aer  :  in  manibus, 
quarum  proprie  lactus  est,  terra  :  in  membris  genita- 
libus,  aqua.  Has  quatuor  partes  corrumpit  ilia  quadri- 
perlita  pestis  :  oculos  scilicet  curiositas,  linguam  loqua- 
citas,  manus  crudclitas,  gcnilalia  voluplas.  Sic  Hunt 
homines  corrupti  et  abommabiles,  corrupti  in  anuria, 
abominabiles  in  corpore  ;  corrupti  coram  Deo,  abomi- 
nabiles  coram  hominibus.  Non  est  qui  facial  bomtm, 
non  est  usque  ad  union.  Quatuor  genera  sunt  hominum, 
quorum  omnium  nullum  est  quod  faciat  bonum,  nisi 
unum.  Quidam  enim,  qui  Dcum  nee  intelligunt,  nee 
requirunt;  et  hi  morlui  sunt.  Alii  intelligunt  quidem, 
sed  non  requirunt;  et  hi  impii  sunt.  Alii  requirunt,  non 
autem  intelligunt ;  et  hi  fatui  sunt.  Alii  vero  et  intel- 
ligunt, et  requirunt;  hi  sancti  sunt  :  de  quibus  subs 
dici  potest,  quia  ipsi  sunt  qui  faciunt  bonum. 


Dominus,  quin  et  talium  salvem  aliquos  :  polens  sum 
enim  in  momento  omnia  revocare  :  sed  non  congre- 
gabo  conventicula  eorum  de  sanguineus,  id  est,  qui  in 
sanguine  pcrsevcrant,  donee  multiplicatis  inlirmitatibus 
deseranlur  a  peccatis  antequam  deserant  ea.  Non  magna 
talium  conventicula  congregabo.  Si  bene  memini,  in 
toto  canone  Seripturarum  unum  latronem  invenies  sic 
salvalum.  Noli  ergo  huie  tarn  periculosa?  exspectationi 
credere  lemclipsum.  Et  quidem  spiritus  non  modo  ubi 
volt,  sed  quando  vull,  spiral  :  nee  ei  difficile  est  de 
subilo  perfectam  dare  contritionem  cordis,  quam  via 
multo  tempore  alii  consequuntur  :  sed  unde  scis,  quod 
tunc  tibi  ita  subvenire  velil,  quern  tu  interim  sic  re- 
pellis?  Bcnignus  quidem  est  spiritus  sapiential  :  sed  non 
liberabit  maledictum  a  labiis  suis.  Audi  quis  ille  sit  : 
Maledictus  qui  peccat  in  spe. 


SERMO  LXXY. 

Mnltipiicnta  sunt  infirmttntes  eorum,  postea  accelera- 
verunt.  Quid  dissimulunt  lioniines  in  vila  sua  agcre 
pcenitentiam ,  et  exlrema  de  cunfessione  pnesumuiil? 
Quomodo  sub  unius  horae  articulo  revocari  posse  awti- 
mant  omnia  animae  membra,  cujus  concupiscentiae  et 
desideria  per  totum  mundum  spai^asunt,  et  ubique  tcr- 
rarum    velut    quodam    visco    tenentur?  Non    dico,  ait 


SERMO  LXXV1. 

Pr/evenisti  eum  in  benedictionibus  duleedinii.  Triplex 
nobis  necessaria  est  benedictio,  pra-veniens,  adjuvans, 
et  consummans.  Prima  miseiicmdi.e,  secunda  gratiap, 
tertia  gloriae.  Pcaevenit  misericordia  conversionem,  ad- 
jmat  gratia  conversationem,  perlicit  gloria  consumma- 
tionem.  Nisi  trinam  banc  benedictionem    dsderit  Deus. 


SERMONS  RIVERS. 


35 


d1  une  consonrniante.  Ln  pttimiere  est  una  benedic- 

liou  de  misericorde  ;  la  secondo  line  beDediction  de 
grace,  ct  la  troisieme  tint  benediction  da  gloire.  La 
misericorde  previent   riotre   conversion,    la   grace 

1'aide,  et  la  gloire  en  fait  la  consonimation.  Si  Dieu 
nc  donne point  cette  benediction,  notre  terrenepuut 
donner  nn  fruit  do  salut,  car  nous  ne  saurions  ni 
commences  1c  bien  tant  que  uons  ne  sommes  point 

prevenus  par  la  grace,  ni  le  faire,  si  nous  ne  som- 
mes aides  de  la  grace,  ni  etre  consommes  dans  le 
bien  aussi  longtemps  que  nous  ne  sommes  pas 
reniplis  parh  gloire.  Mais  de  ces  trois  graces,  ce  nest 
pas  sans  raison  que  nous  trouvons  plus  douce  celle 
qui  nuns  previent,  non-seulement  sans  aucun  me- 
pita  de  notre  part,  mais  malgie  (ant  de  denierilcs,  et 
qui  fait  que  tandis  que  nous  sommes  enfanls  de 
colere  et  artisans  dreuvresde  mort,  Dieu  asumous 
licesMire    °'<'s  pensiVs  de  paix,  alors  surtout  quand  au  lieude 

our  com-    iui  demauder  qn'il   ait   de  ces   pensees   snr    nous, 

wncer  ct  . 

nr  parfairs  nous  1  en  detoui'nons  par  nos  altaqiics ;  an  lieu  de 

l'invoquer,  nous  le  provoquons:  au  lieu  d'appeler, 
nousrepoiissonsl'esprit  bon,  1' esprit  de  vie,  I'espril 
d'adoption.  Quelle  douceur  pent  trouver  ailleurs 
une  arne  qui  n'en  trouve  point  dans  une  telle 
misericorde?  C'est  done  avec raison  que  la  bene- 
diction qui  previent  est  appelec  une  benediction  de 
douceur,  attendu  que  celle  qui  aide  est  une  bene- 
diction de  force,  et  celle  qui  consomme  une  bene- 
diction de  plenitude. 


aurait  lien  de  bien  surprenanl  qu'un  peuple  connu 

deDieuleservit;  mais  qu'un  peuple  qu'il  ne  connais- 

sait  point  le  serve  et  lui  obeisse    a  la  parole,  voila 

ce  qui  est  vraiment   glorieux.    Or,  les  gensconnus 

de  lui.  et  ceux    qu'il  ne  connait  point,  les  hommes 

qui  le  eonnaissent  et  ceux    qui   ne   le  connaissent 

point  sont  ile  quatre  sortes  differentes  ;  les  uns,  en  !I  y9*rt^',atrl! 

efl'et,  sont  connus  de  Dieu   et    le    connaissent  eux-     d'uommes 

,  ,  .    .  i     ,    -    x       i     connus  et  iu- 

memes  ;  les  autresne  sont  point  connus  de  luiet  nele     connus  de 
connaissent  point  ;  eeux-ci    sont   connus  de    n:°" 


Dieu, 


i'.'etait  le 
uarantiiime 
des  Petits 
sermoru. 


SOIXANTE  D1X-SEPTIEME  SERMON  *. 

«  Un  peuple   que   je   ne  connaissais  point  a  em- 
brasse  mon    service  (Psal.  xvu,   48).  »  —    II   n'y 

b  L'auteur  des  Fleurs  de  saint  Bernard    reproduit  ce  sermon 
dans  son  livre  vm,  chapitre  Tin. 


mais  ne  le  connaissent  point  eux-meines  ;  ceux-lii 
ne  sont  point  connus  de  lui  et  pourtant  le  connais- 
sent. I,e  connaitre  de  Dieu  est  de  rendre  heureux 
ceux  qu'il  connail ;  et  le  connaitre  de  1'homme  est 
de  rendre  graces.  Aussi  ceux  qui  sont  connus  de 
Dieu  ct  le  connaissent  oux-memes,  sont-ils  les  saints 
anges,  crees  heureux  par  lui,  ils  sont  sans  cesse 
occupes  a  cbanter  ses  louanges,  et  a  vaquer  a  son 
service.  Quant  a  ceux  qui  ne  sont  point  connus  de 
lui  et  qui  ne  le  connaissent  pas  non  plus,  ce  sont 
des  pauvres  qui  sont  pauvresmalgre  eux  ;  uil'abon- 
dance  des  biens  temporels  ne  les  enricbit,  ni  le  ser- 
vice de  Dieu  ne  les  rend  heureux.  Pour  ceux  qui 
sont  connus  de  Dieu,  mais  ne  le  connaissent  point, 
ce  sont  les  ricbes  du  siecle  ;  combles  de  toute  sorte 
de  biens  qu'ils  possedent  en  abondance,  el  presses 
par  les  desirs  charnels  de  ce  siecle,  ils  n'attacbent 
jamais  leur  cceur  aux  choses  du  ciel.  Ceux  qui  ne 
sont  point  connus  et  qui  ne  connaissent  point,  ce 
sont  les  pauvres  volontaires ;  ni  la  tribulation,  ni  la 
misere,  ni  aucun  autre  peril  ne  sauraient  les  sepa- 
rer  de  lacbarite  de  Dieu.  Ces  derniers  sont  eprou- 
ves  de  bien  des  manieres  differentes  et  fatigues  par 
de  bien  penibles  tribulations,  seloncequi  est  ecrit: 
«  La  fournaise  eprouve  les  vases  du  potier,  et  la 
tentation  eprouve  les  hommes  justes   (Eccl.  xxvn, 


non  potcrit  dare  terra  nostra  fructum  salutis.  Neque 
enira  ant  inchoate  bonum,  donee  a  miscricordia  prae- 
veniamur;  ant  agere  bonum,  donee  adjiivemur  a  gra- 
tia: ant  consummari  in  bono  possumus,  donee  gloria 
repleamur.  Veruni  in  his  tribus  non  inimerito  dulcius 
sapit  ea,  qua?  non  modo  immeritos,  sed  et  male  meritos 
praevenit  :  ut  dum  adhue  fdii  sumus  iras,  et  operamur 
opera  mortis,  ipse  cogitet  super  nos  cogitationes  pacis, 
et  ne  petentibas  quidem  imo  et  impetentibus;  non  in- 
vocantibus,  sed  provocantibus  ;  non  interpellantibus. 
sed  etiam  rcpellentibus,  spiritum  bonum,  spiritum  vitsp, 
adoptionis  spiritum  largiatur.  Quid  illi  anirna?  dulce 
sapiat,  eui  miserieordia  tanta  non  sapit?  Merito  proinde 
benedictio  dulcedinis  nominatur  ea  qua?  praavenit; 
quia  quae  adjuvat.  fortitudinis;  qua?  consummat,  pleni- 
tudinis  est. 


SERMO  LXXV1I. 

Populus  quern  noncognovi,  servivii  mihi.  Non  esset 
magnae  admirationis,  si  populus  a  Deo  cegnitus  serviret 
Hi.  Gum  vero  incognifus  illi  sefviat,  et  in  auditu    auris 


obediat,  magna?  laudi  adscribendum  est.  Ex  hoc  genere 
cognitorum  et  non  cognitorum,  et  cognoscentium  et 
non  cognoscentium,  sunt  quatuor  differentia;.  Quidam 
enim  sunt  qui  a  Deo  eognoscuntur,  et  Deum  cognos- 
cunt ;  alii  non  eognoscuntur,  nee  cognoscunt  :  alii  non 
eognoscuntur  quidem.  sed  ipsi  non  cognoscunt  :  alii 
non  eognoscuntur,  et  tamen  cognoscunt.  Cognoscere 
Dei,  est  felicem  facere  :  cognoscere  hominis,  est  gra- 
tias  ngcrc.  Qui  ergo  eognoscuntur  a  Deo,  et  Deum 
cognoscunt,  sancli  angeli  sunt  :  qui  ab  eo  felices  facti, 
ejus  laudibus  semper  vacant,  et  obsequiis  deserviunt. 
Qui  nee  eognoscuntur,  nee  cognoscunt,  pauperes  sunt 
necessarii  :  quos  nee  re  rum  temporalium  eopia  ditat, 
nee  beatificat  seivitus  divina.  Qui  autem  eognoscuntur, 
sad  non  cognoscunt,  divites  sunt  hujus  saeculi  :  qui 
acceptis  quidem  opibus  affluunl,  sed  carnalibus  desi- 
deriis  hujus  saeculi  pressi,  nunquam  ad  coelestia  cor 
siispendunt.  Qui  vero  non  eognoscuntur  et  cognos- 
cunt, pauperes  sunt  voluntarii  :  quos  nee  tribiiiatio,  nee 
angustia,  nee  alia  quaecunque  pericula  possunt  separarc 
a  charilate  Dei.  Et  hi  nimirum  multis  modis  probantur 
adversis,  durisque  fatigantur  tribulationibus,  sicut  scrip- 
turn  est  :  Vasa  figuli  probat  fornax,  el    homines  jtislos 


.16 


CEI  VRES  DE  SAINT  BERNARD. 

SOIXANTE  DIX-HU1TIEME  SERMON  \ 


llieu. 


6  .  <   C'eal  d'eux  encore  que  le  I'.-almiste  parle  en 
ces  termes  :  «  0  mon   Dieu,  mon  Dieu,  jetez  sur 

moi  tos  regards,  pourqiioi  m'avei-vous  abandonne  H  y  a  trois  choses  :  les  tentes,  les  parvis  et  les 
l«  puircs  (Pjoi.  xxi,  1)?  »  Ne  vous  semblenl-ils  pas  inconuas  maisons.  Dans  les  tentes,  se  trouvent  tous  les  justes 
TO  sont  de  Dieu  ceux  qui  le  prient  de  ji  ter  un  regard  sur  lU,i  vivenl  et  travaillenl  encore  dans  leur  chair,  car 
eomn™''°Jon'  eux?  Et  pourtantquoiqu'ils  paraissent  abandonnes,  c'ef(  soush  l  mte  que  vivent  les  ouvriers  et  les  sol- 
•  *«  cependantils  connaissent  Dieu  ;  quant  a  ceux  qui  ci.its.  Les  tentes ont  un  toit,  mais  elles  u'ont  point 
le  connaissent,  le  merue  Psalmiste  ajoute  aussit6t  ,],.  fondations  et  sont  portatives  ;  de  meme  les  justes 
dans  le  meme  psaume  :  «  Mon  Dieu,  je  crierai  pen-  n'ont  point  de  fondement  dansle  present;  ils  sont  a 
danl  lejour,  et  vous  ne  m'ecouterez  point,  je  crie-  la  recherche  de  la  citt  permanente  quiases  fonde- 
rai  aussi  pendant  la  nuit,  et  on  ne  me  regardera  menls  dans  les  cieux.  En  effet,  leurfoi  qui  est  leur 
point  comjne  fou  a  cause  tie  tout  cela  (Ibid.  2).  »  t'ondement,  n'est  pas  dans  les  choses  de  la  terre, 
C'est  done  d'eux  que  Dieu  meme  a  dit  :  «L'n  peuple  mais  dans  le  Seigneur.  Ils  ont  aussi  un  toit,  e'est-a- 
que  je  ne  connaissais  point  a  embrasse  mon  ser-  dire  ils  sont  abrites  et  proteges  par  la  grace,  Les 
vice.  »  C'est  comme  sil  avail  dit  ouverteinent  a ses  parvis  touchent  a  la  maison  et  ils  out  une  certaine 
anges:  Que  faites-vous  si  vous  ne  me  servez,  vous  etendue;  c'est  la  que  se  trouvent  les  ames  saintes 
que  je  rends  heureux,  quand  ceux-la  que  j'aban- 
donne  dans  leur  pauvrete  se  consacrent  a  mon  ser- 
vice ?  Qn'est-ce  encore  que  vous  m'obeissiez,  vous 
qui  voyez  ma  face,  quand  ceux-la  meme  qui  en- 
tendeiit  seulemeut  ma  parole,  sans  me  voir,  m'o- 
beissent  aussi  ?  Car  si  les  anges  voient  Dieu,  les 
hommes  ne  font  qu'entendre  sa  parole  :  ils  l'enten 


quarante- 
deuxieme  dps 

Pelits 
sermoos,  le 
quaranle 
tt  u n i ■ 

trouve 

reporteparmi 

lea 

sentences. 

Que  faut-il 
entendre  pax 

les  tentes, 

les  parvis  et 

les  maison? 

et  a  qui 

ils 

coDfianapnl. 


line  fois  separees  de  leur  corps,  qui  out  de  leten- 
due  et  delivrees  .les  entraves  de  la  chair.  Les  par- 
vis ont  un  fondement  mais  n'ont  point  de  toits; 
c'est  parce  que  les  Ames  qui  sont  dans  l'amour  de 
Dieu  ne  s'ecroiilent  point,  ce  qui  faisait  dire  an 
Psalmiste  :  «  Nos  pieds  etaient  fermes  (Psal.  cxxi, 
2),  »  mais  elles  n'ont  point  le  toit,    car  elles  atten- 


ded, dis-je,  et  ils  lui  obeissent,  alin  de  meriter  de    dent  encore  leur  couronnement  qui  ne   pent  trou 
devenir,  un  jour,  semblables  aux  anges  et  de  con-    ver  place  que  dans  la  resurrection  de   leurs   corps. 


tempter  sa  face.  Ainsi,  c'est  en  ecoutant  sa  parole 
qu'on  merite  de  le  voir,  et  c'est  en  le  voyant  qu'on 
est  recompense  de  1  avoir  ecoute.  Mais  il  faut  com- 
mencer  par  l'ecouter,  on  ne  le  voit  qu'ensuite,  se- 
lon  ce  mot  de  l'Ecriture  :  «  Eeoute,  ma  tille,  et 
vois  [Psal.  xi.iv,  Hi.  »  Par  consequent  quieonque 
desire  voirDieu,  dansl'avenir,  doit  commence!'  par 
l'ecouter  dans  le  present,  et  par  lui  obeir  a  la 
parole. 


Mais,  apres  la  resurrection,  elles  seront  avec  les 
anges  dans  la  maison  qui  a  un  fondement  et  un 
toit.  Son  fondement,  c'est  la  stabilite  de  leteruelle 
beatitude,  dont  le  toit  est  la  consommation  et  la 
perfection. 

SOIXANTE   DIX-NFXVIEME  SEKMON  '. 
«  Mon  cceur  est  pret,  6  mon  Dieu,  mon  cceur  est 


*  C'etait  le 

quaranle- 

troisieme  dea 

Tetits 

fprnions. 


tentatio  tribulationis.  Ex  quorum  item  persona  loquitur 
Psalmus  :  Deus  Deus  mens  respice  in  me,  quare  me 
dereliquisti?  Numquid  non  incogniti  videntur,  qui  orant 
ut  respiciantur?  Verumtamen  licet  derelict!  videantur, 
ipsi  tamen  Ueum  cognoscunt ;  et  ex  persona  cognoscen- 
tium  statim  in  eodem  psalmo  subinfertur  :  Deus  metis 
clamaliO  per  diem,  el  iv>n  •  :iuw/irs ;  i-t  noete,  el  nun 
ad  insipientiam  mihi.  De  his  ergo  vox  divina  dicit  : 
Populus  quern  non  cognovi,  servivit  mihi.  Acsi  aperte 
diceret  angelis  suis  :  Quid  si  vos  mihi  servitis,  quos 
felices  facio,  quandoquidem  illi  mihi  scrviunt,  quos 
in  sua  paupt  ttatc  derelinquo?  Et  quid,  si  vos  mihi  obe- 
ditis  qui  facicm  meam  videtis,  cum  et  illi  obediant,  qui 
me  tanlum  audiunt,  et  non  viilent?  Vident  quippe 
angeli,  audiunt  homines.  Audiunt  scilicet  et  obediunt, 
ut  quandoque  similes  angelis  facti,  mereanlur  ipsi 
quoque  videre.  Itaque  auditus  est  meritum  videndi, 
visio  premium  audiendi.  El  prius  est  audire,  videre 
posterius,  sicut  scriptum  est  :  Audi  fiiia,  et  vide.  Quis- 
quis  ergo  in  futuro  Ueum  videre  desiderat,  profecto 
necesse  est  ut  in  praesenti  prius  Ueum  audiat,  et  in  au- 
dita auris  obediat. 


SERMO  LXXYI1I. 

Tria  sunt ;  tabernacula,  atria,  domus.  In  laberna- 
culis  sunt  omnes  justi  in  carne  viventes  et  laborantes  : 
quia  tarbernacula  laborantium  sunt  et  militantium. 
Tabcrnaculum  vero  habet  tectum  ,  sec  fundaniento 
caret,  et  portabile  est  :  quia  justi  in  pra-sentibus  non 
sunt  fundati,  sed  inquirunt  civitatem,  desursum  fun- 
damenta  habentem.  Fides  etiam  eoium,  quae  est  fun- 
damentum,  non  est  in  terrcnis,  sed  in  Uomino.  Tectum 
habent,  id  est,  munimentum  gratia;  et  proteclionem. 
Atria  sunt  domui  vicina,  amplitudinem  habentia.  In 
ill  is  sunt  mums  sanctie  corporibns  exuls,  qua?  in  la- 
titudine  sunt,  deposita  carnis  angustia.  Atria  habent 
fundamenlum,  sed  non  tectum  :  quia  anima  qua?  in 
amore  Dei  sunt,  non  ruunt,  unde  stantes  erant  pedes 
noslri  :  sed  non  habent  tectum  aduuc  expeclanles  aug- 
mentum,  quod  non  erit  nisi  in  resurrectione  corporum 
suorum.  Post  ipsam  sane  resurrectionem  cum  angelis 
erunt  in  domo,  quae  habet  fundamenlum  et  tectum. 
Fundamentum  est  stabilitas  aetcrna?  beatitudinis,  tectum 
consummatio  et  perfectio  ipsius. 

SERMO  LXXIX. 

Paralum    eor  meum  Deus ,  paratwn  eor  meum.  Via 


SERMONS  DIVERS. 


37 


pret  (Ps'tl.  lvi,  1).  »  Mes  freres,  la  voie  royale  ne 
se  detourue  ni  a  droite  ni  a  gauche.  Or,  s'il  est  fa- 
cile de  trouvpr  un  homme  qui  soit  prepare  une 
fois,  il  ne  Test  pas  autant  d'en  trouver  lin  qui  le 
soit  deux  fois.  Si  Dieu  lui  dit :  «  Chassez  l'eselave  et 
son  flls  {Genes,  xxi,  10),  »je  veux  parler  des  oeuvres 
de  la  chair,  il  n'hesite  pas ;  mais  s'il  lui  dit  :  «  Ini- 
mole-inoi  ton  fils  que  tu  aimes,  ton  fils  Isaac,  »  il 
ne  peut  entendre  ces  mots  avec  assez  de  patience 
pour  paraitre,  par  la  grace  de  l'utilite  et  de  l'unite, 
supporter  la  perte  de  l'objetdeses  affections.  Pour- 
Lmbien  il  1u°i  done  le  servite\ir  de  Jesus-Christ  ne  rejette- 
t  difficile  de  rai(_il  point  tout  ee  qui  a  rapport   au  plaisir  de  la 

renoncer  r  ........    ... 

sa  propre  chair?  Mais,  se  voir  pnve  avee  egahte  d  ame  de  ses 
■voionts.  jQjes  Spjrituelles  quaud  l'obeissance  1'exige,  ou 
lorsque  un  motif  de  charite  fraternelle  le  demande, 
voila  qui  est  offrir  a  Dieu  un  holocauste  vraiment 
grand  et  d'agreable  odeur.  Toutefois  n'oubliez  pas 
que,  dans  ce  sacrilice,  e'est  moins  Isaac  que  le  be- 
lier  de  la  revoltequ'on  immole. 

CjUATRE-VINGTIEME  SERMON  *. 

1.  «  Ab  que  e'est  une  chose  bonne  et  agreable 
que  les  freres  soient  bien  unis  ensemble  (Psal. 
cxxxn,  1) !  »  11  y  a  une  union  naturelle,  une  union 
cbarnelle,  une  union  virtuelle,  une  union  morale, 
une  union  spirituelle,  une  union  sociale,  une  union 
personnelle,  une  union  priucipale.  L'union  natu- 
relle est  celle  du  corps  et  de  l'ame;  l'union  char- 
nelle  est  celle  de  l'homine  et  de  la  femme;  e'est 
d'elle  qu'il  a  ete  dit  :  «  Us  seront  deux  dans  une 
meme  chair  (Gen.  n,  25).  »  L'union  virtuelle  est 
celle  qui  unit  l'homme   a   lui-meme,  l'empeche  de 


se  repandre  sur  divers  objets  et  lui  fait  demander 
une  seule  chose  au  Seigneur  (Psal.  xxvi,  U).  L'u- 
nion mornle  est  celle  qui  nous  unit  au  prochain; 
e'est  d'elle  que  le  Psalmiste  parle  en  ces  termes  ; 
«  II  fait  habiter  les  hommes  de  meme  sentiment 
ensemble  (Psal.  lxvii,  6).  »  L'union  spirituelle  est 
celle  qui  nous  unit  a  Dieu  ;  l'Apotre  en  parle  ainsi : 
«  Celui  qui  demeure  attache  a  Dieu  est  un  meme 
esprit  avec  lui  (1  Cor.  vi,  17).  »  L'union  sociale  se 
truuve  parmi  les  anges  qui  ont  tons  le  meme  vou- 
loir  et  le  meme  nou-vouloir.  L'union  personnelle 
existe  dans  le  Christ,  quant  a  l'union  principale  et 
substantielle,  elle  n'existe  que  dans  la  Sainte  Tri- 
nite. 

2.  «  Coinme  il  est  bon  et  agreable.  »  II  y  a  des 
choses  qui  sont  bonnes  et  agreables,  et  il  y  en  a 
qui  ne  sont  ni  agreables  ni  bonnes,  de  meme  il  y 
en  a  qui  sont  bonnes  sans  etre  agreables  etd'aulres 
qui  sont  agreables  sans  etre  bonnes.  Celles  qui  ne 
sont  que  bonnes  sans  etre  agreables,  conduisent  a 
celles  qui  sont  bonnes  et  agreables  tout  a  la  fois; 
mais  celles  qui  ne  sont  qu'agreables  sans  etre 
bonnes,  elles  menent  aux  choses  qui  ne  sont  ni 
agreables  ni  bonnes.  Les  choses  qui  sont  bonnes 
sans  etre  agreables  ce  sont  :  la  continence,  la  pa- 
tience, la  discipline;  celles  qui  sont  agreables  mais 
ne  sont  pas  bonnes,  e'est  la  volupte,  la  curiosite,  la 
vanite.  Quant  a  celles  qui  ne  sont  ni  bonnes  ni 
agreables,  e'est  l'envie,  la  tristesse,  l'impatience. 
Les  choses  qui  sont  bonnes  et  agreables,  e'est 
l'honnetete,  la  charite,  la  purete.  Pour  obtenir  ce 
bien  et  cet  agreable,  il  faut  en  meme  temps  l'u- 
niou  morale  et  l'union  vertueuse.  Or,  ce  qui  trou- 
ble la  premiere,  e'est  la  pusillanimite  et  la  legerete. 


Ouest-ce  qui 

est  boo 

et  agreable. 

de   combien 

de  sortes  est 

ce  qui 

eat  tel;  et 

quest-ce   qui 

est  le 

contraire. 


II  y    a  deux 

unions. 

Deux  choses 

leur  sont 


regia,  fralres,  nee  ad  dexteram  declinat,  nee  ad  sinis- 
tram.  Porro  invenire  est  nomincm  setnel  quidem  para- 
tum;  non  quidem  secundo.  Si  dixerit  ei  Deus,  Ejice 
ancillam  et  filium  ejus,  dico  autem  opera  carnis  :  non 
cunotatur.  Si  dixerit,  Immola  mihi  filium  tuutn  quern 
diligis  Isaac  :  hoc  plane  jam  palienter  audire  non  potest, 
ut  fruternaa  utilitatis  aut  unitatis  gratia,  spirilualissusti- 
nere  videatur  studii  detrinienta.  Quidni  abjiciat  facile 
servus  Christi,  quidquid  ad  corporcam  pertineat  volup- 
tatem?  At  vero  spirituali  jucundilate  aequanimiter  frau- 
dari,  quando  aut  obedientia  cogit  aut  fraternae  charitatis 
ratio  postulat :  hoc  plane  magnum,  et  Deogratumoflerre 
est  holocauslum.  Memento  tamen,  non  Isaac  in  hoc 
sacrilicio,  sed  arietem  contumacitfjugulari. 

SERMO  LXXX. 

1.  Ecce  quatn  bonum  el  quam  jucundum  habitare  fra- 
tres in  unum.  Est  unilas  naturalis,  unilas  carnalis,  uni- 
las  virtualis,  unitas  moralis,  unitas  spirilualis,  unilas 
socialis,  unitas  personalis,  unitas  principalis.  Unitas  na- 
luralis  est  inter  corpus  et  animam.  Unitas  carnalis  in- 
ter virum  et  mulierem,  de  qua  dictum  est  :  Erunt  duo 
in  came  una.  Unitas  virtualis  est,  quaehominem  sibi  ipsi 
conjungii,  ut  non  per  diveraa  effluai.  sed  cum  Propheta. 


unam  petat  a  Domino*  Unitas  moralis  est  qua?  nos  con- 
jungit  proximo.  Unde  Psalmista  :  Qui  habitare  facit 
unius  maris  in  domo.  Unitas  spiritualis  est  quEenoscon- 
jungit  Deo.  Unde  Apostolus  :  Qui  adhatret  Deo,  unus 
spiritus  est.  Unitas  socialis  inter  angelos,  quibus  omni- 
modis  idem  velle  est,  idem  nolle.  Unitas  personalis  in 
Christo.  Unitas  principalis,  quae  et  substantialis,  est  in 
Trinitate. 

2.  Ecce  quam  bonum  et  quam  jucundum.  Sunt  qua> 
dam  bona,  et  jucunda;  sunt  quaedam  nee  bona,  nee 
jucunda  :  sunt  qutedam  bona,et  non  jucunda  ;  sunt  quae- 
dam jucunda,  et  r.on  bona.  De  bonis  et  non  jucundis 
pervenitur  ad  bona  et  jucucda.  De  jucundis  et  nor. 
bonis  pervenitur  ad  non  bona  etnon  jucunda.  Bonaet  non 
jucunda  sunt  continentia,  patienlia,  disciplina.  Jucunda 
etnon  bona,  voluptas,  curiositas,  et  vanitas.  Necbonanec 
jucunda,  invidia,  tristitia  acedia.  Bona  et  jucunda,  ho- 
nestas,  cliaritas  et  purilas.  Ad  hoc  bonum  et  jucundum 
obtinendum  necessaria  est  unitas  virtualis,  et  unitas  mo- 
ralis. Primam  dislurbant  pusillanimitas  et  levitas.  Pusil- 
lanimitas  facit  propositum  relinquere,  levitas  mutare. 
Alteram  obstinatio,  suspicio  etsimulatio  disturbant.  Obs- 
tinationon  recipit  proximum,  suspicio  non  credit  proxi- 
mo, siuiulatio  non  se  jungit  proximo.  Spes  aeternorum 
expcllif    pusiUanimitatem,  humilis  obedientia  levilatem- 


3S 


OELYRES  DE    SAINT    UERNARD. 


La  pusillaniuiile  nous  t  ul  n/noncer  a  nos  bons 
propos,  el  la  legerete  nogs  an  fait  changer.  La  se- 
conde  uinon  se  trouve  troublee  par  l'obslination, 
les  soupcons  et  la  feinte.  L'obslination  ne  veut  pas 


garde  de  voire  cceur,  parte  qu'il  est  la  source  de  la 
vie  (Prov.  ly,  2.'i).  »  Or,  le  cceur  est  la  source  de  la 
vie  de  deux  nianieres  :  en  premier  lieu,  on  croit 
de  cceur  pom-  ubtenirla  justice  (Rom.  x,  10);  le 


oir  le  prochaioj  le  sou  peon  no  proit  pas  au  juste  vit  dela  foi  1 /{"'«.  i,  18);  et  c'est  par  la  foi 
prochain,  el  1  1  feinte  ne  s'uuit  point  a  lui.  L'espe-  mie  le  ccenr  se  purifte,  ce  n'esl  que  des  cceurs  purs 
ranee  des  hi  rnels  chasse  Iq  pusillanimite,  et    que  Dieu  est  vu,   cVsi-a-diro   cpnnu.  Or,  la  vie 


•  Cetait  le 

le  quaranle- 

finqui'me 

de;  Telit? 

sermons. 


Similitude. 


"  1  ftail  le 
quarante- 

•iiieme  des 
PeliU  ser- 
mons 


uneb.utnbleobeissan.ee  <!i-truit  la  legercte.  Quanl  a 
I'obstinatipn,  elle  disp  ir.iit  devant  I'huniilite ;  le 
soupcon  et  la  feinte  s'eJFacenl  devant  la  charite. 

(Jl  ATHK-VIMiT-lMr.-.H'.  sermon-. 

<i  La  louange  de  Dieu  n'esl  pas  belle  dans  la 
bouche  du  pecheur  E  -  e.  ...  9  ]  »  Nop.,  meme 
celle  qui  se  trouve  sur  les  levres  du  pfecheur  peni- 
tent, ne  semble  pas  belle,  parce  qu'il  eprouvc  de  la 

confusion  au  souvenir  el  a  la  pensee  de  ses  peches, 
eten  ressentbien  souvent  de  la  componetion.  Tou- 
tefois,  la  confession  sur  ses  levres  est  utile  et  1'ruc- 
tueuse,  bien  que  les  louanges  de  sa  bouche  ne 
soieut  ni  belles  ni  agreables  (Psal.  oxlvi,  1).  Mais, 
lorsque,  partant  de^  bienfaitsde  Dieu  il  s'adonne  a 
celebrerses  louanges  divines,  qu'il  y  trouve  ses  de- 
lices  habituelles  et  fait  des  progres  dans  cet  exer- 
cice  au  point  que  lien  ne  lui  plait  davautage,  alors 
la  louange  de  Dieu  dans  sa  bouche  est  belle  ;  il  en 
est  de  lui  comuie  du  cultivateur  :  quand  il  repand 
le  funaier  sur  son  champ,  il  est  toul  entier  convert 
de  boue  et  d'immondices;  si  son  travail  n'est  point 
beau,  du  moins  il  est  fruetueux  ;  mais,  lorsqu'U 
ramasse  les  gerbes  de  la  moisson,  alors  il  est  aussi 
beau  que  doux. 

QUATRE-VINGT-DEUX1EME  SERMON  \ 
Be  la  garde  diligente  du  cceur. 
1  «  Appliquez-vous  avec  tout  le  soin  possible  a  la 


eternelle  ronsiste  pivciscuirut  a  vpus  connaitre, 
vims  qui  cles  seul  Dieu,  et  Jesus  que  mhis  a\  ez  en- 
TOy4  [Matt.  v,  4).  En  second  lieu,  le  Christ  qui  ha- 
bite  niaiuleiiant  dans  nos  cceurs  est  noire  vie 
(Joan.  XVII,  3).  Or,  uu  jour  \iendra  oil  il  se  111011- 
Irera ;  alors  nous  apparaitrpns  avec  lui  dans  la 
gloire  EpJte$.  m;  17),  et  celtii  qui  se  cache  nuiuie- 
nant  dins  noire  cieur,  alms  passcra  du  CCglir  au 
corps,  si  je  puis  -linsi  parler,  lorsqu'il  transformers 
noire  corps,  lout  vil  et  abject  qu'il  est,  alin  dfl  le 
rendre  conlunne  a  son  corps  glorieux  (Philipp.  111, 
20).  l.'esl  ce  qui  a  fait  dire  a  un  autre  apoliv  : 
a  Maintenant,  nous  sonunes  les  enl'ants  de  Dieu,  et 
il  n'a  pas  encore  apparu  ce  que  nous  serous 
(I  Joan.  111,  2j.  » 

2.  Mais  il  faut  remarquer  comment  le  sage  a 
dit  :  «  applicpiez-vous  avec  tout  le  soin  possible  a 
la  garde  de  voire  cceur  (Pruc.  IV,  23).  a  C'est  un 
dicton  couinuin  die/,  les  gens  du  nioiide,  que  cehli 
qui  garde  son  corps,  garde  un  bon  chateau.  Mais 
pour  nous  il  n'en  est  pas  aiusi,  et  celui  qui  garde 
son  corps  ne  garde  que  du  filmier,  selon  le  mot 
nienie  de  l'Apnli'e  :  «  (Juicoiique  same  dans  sa 
chair  recueillera  de  la  chair,  la  corruption  et  la 
nmrt,  et  celui  qui  seme  dans  l'esprit  recueillera  de 
l'espril  la  vie  eternelle  (Galul.  vi,  8).»  C'est  comme 
s'il  avail  dit,  il  vaut  niicux  garder  et  soigner  le 
chateau  de  fame,  atteudu  que  c'est  de  lui  que  vient 

a  Tout  cu  passage  se  retrouve  dans  les  Flnirs  de  S.iinl  Ber- 
nard, livre  vu.  chapitre  xlv. 


Nombreiu 
ennemis  qui 
atlaqneul   la 
tbrteresae  d» 

noire  Ante. 


Ubstinatio  humilitnte,    su-picio    et  simulatio    charitate 
pelluntur. 

SERMO  LX.W1. 

ifon  est  tpixiosa  /««<V/(  ore  pi aXoris.  Kliain  qua;  est 

in  ore  noccatoris  pecpitentis,  mm  videlur  spcrioisa  : 
quia  adhuc  de  peccati  rccordatione  et  inenioiia  con- 
lusioncin  palilui,  el  frequenter  inde  compungitur.  Sed 
taineii  in  eocst  ulilis  el  frucluusa  cpnfessjo,  6tej  non 
.^peciosa  decoraque  lapdatjo.  Posiipiiun  vera  de  bpaefi- 
ciis  Dei  proliciens  adlneret  divinse  landi,  el  ineaassidue 
deleclaturul  prolicil,  ila  ul  nihil  aliud  placeat  ci  :  lunc 
in  ore  ejus  esl  Bpeciosa  loiis  Dei,  ad  similitiuliuem  agri- 
qui  durfl  lercoral  agrum  suum,  tutus  iu  Into  esl 
etBtercoribusjOtnonestpulcbej;  labor  ejus,  ut^i  sit  fnictuo- 

jus  :  quaudo  colligit  I 0    labor   est 

speciosu?  et  dulcis. 

SERMO  LXXMI. 
Dt  dili'jcnii  custodia  cordis. 
1.  Omm  cwloihn  tent)  cor  timm.  quia  rr    <P 


procedit.  Duobus  auleiii  Diodis  vita  a  eorile  proccdil  : 
aut  quia  conic  cieditur  ad  justitiain;  et  Justus  ex  tide 
vivit;  et  tide  muiulatur  cor;  et  niundo  corde  Deus 
videtur,  id  est  agnoseitur;  et  haec  esl  vita  ;elema,ut  co- 
goosoant  te  unum  Deum,  et  queni  misisli  Jesuin  Chris- 
tum :  aut  quia  Ohiistus  vita  nostra,  qui  nunc  per  (idem 
habitat  in  oordibus  noslris,  erit  cum  apparcbit,  et  nos 
cum  ipso  apjiaicbimus  in  gloria  :  et  qui  nunc  latel  in 
corde,  tunc  quasi  de  corde  ad  corpus  prucedet,  quando 
reformabit  corpus  huniililatis  nostra',  conflgoratum  oor- 
pori  clai'itatis  sua;.  Untie  et  alius  Apostolus  ail  :  Nunc 
filu  Dei  sumus,   et  nondtan  apparuii  <jui<l  erimus. 

2.  Sed  considerandum  est  quomodo  dical  l  Omnicus- 
iedfQ  servacor  inmn.  Splentdjcero  homines  bujua  sa;ouli  i 
Bonuui  caslclliim  custodit,  qui  corpus  suum  custodlt. 
Nos  autem  non  sir  :  seJ  sterquilinium  vile  custodit, 
qui  custodit  corpus  suum,  Apostolo  teste  :  Quoniam 
iui  seminal  in  caruc,  de  came  metet  eorrupUoHem  :  qui 
vera,  inquit,  in  s/iiritu,  de  spirit u  metet  vitam  aiternmn. 
Ac  si  dieat  rolendum.  custodiendum  magis  animai  cas- 
trum,  quoniam  ateraa  c\  ip^"  vita  proccdil.    Sed    rao- 


SERMONS  DIVERS. 


39 


la  vie  eternelle.  Mais  ce  chateau  fort,  situe  dans  un 
pays  ennemi,  estattaque  Je  tous  cotes,  voila  pour- 
quoi  il  faut  le  fortifier  avec  le  plus  grand  soin  de 
toutes  parts,  en  bas,  et  en  haut,  devant  et  derriere, 
a  droite  et  a  gauche.  Ce  qui  l'attaque  par  en  bas 
c'est.  la  concupiscence  de  la  chair  qui  guerroie  con- 
Ire  l'iime,  car  la  chair  est  pleine  de  desirs  coutre 
l'esprit.  Par  en  haut  il  est  menace  par  le  jugement 
de  Dieu,  car  il  est  horrible  de  tomber  entre  les 
mains  du  Dieu  vivant  [Hebr.  x,  31).  Celui  qui  di- 
sait  « j'ai  toujours  craint  Dieu  comme  les  flots  sus- 
pendus  au  dessus  de  moi  [Job.  xxxi,  23),  avait  gar- 
de son  cceur  assez  hien  de  ce  cole.  Par  derriere,  ce 
qui  l'attaque  c'est  la  delectation  mortelle  qui  nait 
du  souvenir  des  peches  passes;  par  devant,  ce  qui 
l'attaque  c'est  la  tentation,  a  gauche  l'arrogance  et 
les  murmures  de  nos  freres  a  l'esprit  inquiet,  et  a 
la  droite  la  devotion  nieme  de  nos  freres  soumis  et 
obeissants,  car  ces  derniers  peuvent  aussi  nous  nuire 
en  deux  manieres  si  nous  n'y  prenons  garde,  soit 
en  nous  inspirant  de  la  jalousie  pour  le  bien  qu'ils 
font,  soit  en  nous  faisant  soupirer  apres  une  grace 
singuliere. 
Atec  qnelles  3.  Aussi,  que  la  rigueur  de  la  discipline  veille 
do1tmr?si?(°  contre  la  chair;  le  jugement  de  noire  propre  con- 
fession contre  le  jugement  de  Dieu  ;  mais  que  ce 
jugement  soit  double,  exterieur  pour  les  fautes 
exterieures,  et  cache  pour  les  fautes  secretes.  C'est 
ce  qui  faisait  dire  a  l'Apotre  :  «  Si  nous  nous  ju- 
geons  nous-memes,  nous  ne  serous  point  juges  de 
Dieu  (1  Cor.  xi,  31).  »  Contre  la  delectation  qui 
nait  du  souvenir  des  fautes  passees,  nous  avons  la 
frequence  de  la  lecture ;  contre  les  instances  de  la 
tentation,  la  priere,  la  supplication  constante ;  con- 
tre l'inquietude  de  nos  freres,  la  patience  et  la  com- 


passion ;  contre  la  ferveur  de  nos  freres  soumis  et 
obeissants,  nous  avons  les  felicitations  et  la  discre- 
tion, les  felicitations  eteignent  la  jalousie,  et  la  dis- 
cretion, l'envie  excessive. 

QUATRE-YINGT-TROISIEME  SERMON  \ 

«  Avez-vous  trouve  du  miel?  N'en  mangez  pas 
trop,  de  peur  qu'en  ayant  pris  avec  exces  vous  ne  le 
rejetiez  [Prov.  xxv,  16).  »  II  ne  semble  pas  que  ce 
soit  s'eloiguer  du  sens  que  d'enteadre  en  cet  en- 
droit  le  mot  miel  dans  le  sens  de  la  faveur  des 
louanges  humaines.  Aussi  est-ce  avec  raison 
qu'il  nous  est  defendu  non  pas  d'y  gouter,  mais 
d'en  manger  avec  exces.  II  y  a  des  cas,  en  effet,  ou 
on  recoit  avec  avantage  les  louanges  des  hommes, 
c'est  quand  on  le  fait  en  vue  de  la  charite  frater- 
nelle,  pour  le  salut  du  prochain  qui  nous  ecoute 
d'autant  plus  volontiers  qu'il  nous  entend  louer. 
Si  done  ou  s'en  tient  a  cet  usage  modere,  il  n'y  a 
aucun  inconvenient  a  manger  de  ce  miel  ;  mais  si 
on  depasse  celte  mesure,  c'est  mal,  et  il  ne  peut 
faire  que  du  mal.  Or,  c'est  manger  immoderament 
du  miel  qu'on  a  trouve,  que  d'en  manger  au  gre 
de  son  cceur,  et  de  se  laisser  eniler  par  la  faveur 
de  la  louange  humaine,  de  s'en  engraisser  et  d'en 
faire  ses  delices.  Voila  ce  dont  le  saint  Prophete 
demande  au  Seigneur  de  le  preserver,  quand  il- 
appelle  la  faveur  dont  je  viens  de  parler,  non 
point  du  miel,  mais  de  l'huile  et  qu'il  dit  en  termes 
equivalents :  «  Que  l'hude  du  pecheur  n'engraisse 
pas  ma  tete  Psai.  cxl,  5).  »  Voulez-yous  savoir 
quand  on  rejette  le  miel  qu'on  a  pris  avec  exces, 
qu'on  a  mange  a  satiete  et  au  dela  des  bornes  de  la 
discretion '?  Certainement    c'est    quand  on    a   bu 


•  C  etait  le 

quarante- 

septieme   des 

Pctits  ser- 


Dan5  quelle 

mesure  on 

doit  lecevoir 

les 

louanges 

des  hommee. 


Irum  islud  in  terra  inimicorum  situui  undique  impugna- 
tur  :  et  idicirco  omnicustodia,  id  est  ex  onini  parte,  vi- 
gilanti  sollicitudine  est  muniendum,  inferius,  superius. 
ante  et  retro ;  a  dextris  et  sinistris.  Inierius  impugnat 
concupiscentia  carnis,  quae  militat  adversus  animam  ;  quia 
caro  concupiscit  adversus  spiritum.  Superius  imminet 
judicium  Dei  :  Horrendum  est  incidere  in  manus  Dei 
viventis.  Sollicite  satis  hac  parte  cor  suum  custodierat, 
qui  dicebat  :  Semper  enim  quasi  tiuneiites  super  me  fluc- 
tus  timui  Deum.  Retro  mortifera  delectatio  est,  qua;  ori- 
tur ex  recordatioae  praeteritorum  peccatorura  :  ante, 
instantia  tentationmn  :  a  sinistris  vero  arrogantiuru  fra- 
trum  et  murmurantium  inquieludo  :a  dextris  obedien- 
lium  fratrum  devotio.  Possunt  enim  hi  quoque  (  nisi 
cavealur^  duobus  uocere  modis  :  aut  bonis  eorum  acti- 
lius    invidendo ;  aut  singularem  gratiam  aemulando. 

3.  Vigilet  ergo  adversus  rigor  disciplinae  :  conlrajudi- 
cium  propria;  confessionis  ;  et  hoc  sit  duplex,  manifes- 
tum  de  manifestis,  occultum  decccultis.  Unde  ait  Apos- 
tolus :  &'  nos  met  ipsos  dijudicafemus,  non  utiqae  judi- 
caremur.  Centra  delectat.onem,  quae  proccdit  de  recor- 
datione  praeteritorum  peccatorum,  frequentia  lectionis  : 
contra  instantiamtentationis,  instantia  supplicis  orationis  : 
'•intra  fratrum  inquietudinem.  patientia  et    compassio  : 


adversus  obedientium  fratrum  I'ervorem,  congratulatiy 
et  discretio,  congratulatio  enim  expellit  invidiam,  discre- 
tio  nimiam  aemulationem. 


SfiRMO  lxxxiii. 

Mel  invenisti  ?  Noli  mullum  comedere ,  ne  forte  satia- 
tu-i  evomas  Mud.  Potest  non  incongrue  hoc  loco  mellis 
nomine  favor  humanae  laudis  intelligi  :  Meritoque  non 
ab  omni,  sed  immoderato  mellis  hujus  edulio  prohibe- 
remur.  Est  enim  cum  utiliterhumanaslaudes  recipimus, 
fraterna;  duntaxat  intuitu  charitatis,  et  ad  salutem eorum, 
qui  nobis  propterea  facilius  acquiescunt.  Hac  ergo  parci- 
tateservata,  mellis bujusmoderatacommestio non  nocebit. 
Si  quid  vero  amplius  est,  a  malo  est,  et  in  perni- 
ciem  convertetur.  Invento  enim  melle  immoderatiusves- 
citur,  quisquis  apponens  omnino  cor  suum,  favorehumu- 
nae  laudis  inflatur,  incrassatur,  impinguatur  :  a  quo  se 
Propheta  sanctus  custodiri  deprecatur  a  Domino,  non 
quidem  mellis,  sed  olei  satis  vicina  appellatione  ipsum 
quern  praediximus  favorem  exprimens,  ubi  ait  :  Oleum 
autem  peccatoris  non  impinguet  caput  meum.  Vis  nosse 
quando  evomat  immoderatus  epulator   mellis    edulium. 


60 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


les   lonanges  dont   on  s'est  rassasie  sans  chercher  succombe  sous  sos  etforts,  eette  defaile  lui  est  im- 

d'autre  fruit  que  la  satisfaction  qu "on  trouvait  aux  put§e   a   p6che.    II  lui  est  done  dit  que  si  l'esprit 

louanges  des  bommes,  Oui,  on  rejette  avec  bien  des  s'eleve  sur  elle,  elle  ne  doil  point  quitter  sa  place, 

south/am  es  le  miel  qu'on  a  mange  avec  une  perni-  e'est-a-dire  qu'elle  ne  doit  pas,  au  soufflede  laten- 

cieuse  satisfaction,  quand  on  seche  de  jalousie  en  tation,  faire  servir  ses  membres  au  peche  ou  en 

entendant  louer  les  autres.  En  effet,  l'esprit  aJon-  faire  les  armes  de  l'iniquite. 


■  i  Mail  le 

(Hiaraute- 

huitieoie  des 

Tetil?  «er- 

monf. 


'2.  11  i.iui  remarquer  ces  mots  «  si  l'esprit  de 
celui  qui  a  la  puissance  s'eleve  sur  vous.  »  Or, 
l'esprit  malin  ne  peut  jamais  rien  contre  nous  si  ce 
n'est  ce  pourquoi  il  esl  envoye  ou  ce  qu'il  a  recu 
la  permission  de  nous  faire.  Aussi,  quoique  sa  vo- 
lenti; soit  loujours  mauvaise,  sa  puissance  n'est 
jamais  que  ju^te.  Sa  volonte  est  mauvaise  pane 
qu'elle  ne  vienl  que  de  lui  et  demeure  en  Lui;  sa 
puissance  au  contraire  ne  \ient  que  de  Dieu.  Tou- 


ne  a  la  vanite,  et  gentle  d'orgueil,  regarde  comnie 
autant  de  blames  pour  lui-inrme  toutes  les  louan- 
ges qu'il  enteud  decerner  aux  autres. 

QUATRE-VINGT-QUATRIEME    SERMON  '. 

1.  II  y  a  deux  places  pourl'ame  raisonuable,  I'in- 
ferieure  qu'elle  gouverne,  et    la  superieure  ou  elle 

repose.  L'inferieure,  relic  quelle  regit  est  le  corps, 

et   la  superieure  ceUe  ou  elle  repose,  e'est  Dieu.  Ufois  Dieu  necesse  jamais  de  regfercette  puissance, 

On  peut  appliquera  l'une  et  a  I'autre  ces  paroles  depeurque  parce  qu'il y  a  de  mauvais  danssa  vo 

de  I'Ecriture  :  «  Si  l'esprit  de  celui  qui  a  la  puis-  |0nte,ilnefasseplusdemalquenel'exigentles  Cau- 

sanee  s'eleve  sur  vous,  ne  quittez  point  voire  place  t|,s ,,,,  a,||x  qui  solU  punis.  Mais  en  Vuila  aSM,z  pom. 

[Eccle.  x,  4),  »    ni  1'inferieure  que  vous  gouvernez  re  qlli  regarde  ]a  p]ace  bferieure.  Pour  ce  qui  est 

ni  la  superieure  ou  vous  vous  reposez.  Mais  ce  que  d|>  la  plaa,  sl,prrieure,  il  faut  entendre  les  paroles 

ie  viens  de  dire  convient  a  ceux  qui  ne  font  encore  rapport&s  plus  haut  en  ce  sens  que  l'ame  ne  doit 

que  commencer   et  qui  sont  imparfaits,  et  a  qui  paSj  au   soulle  je   ja   tentalion,   quitter  le   repos 

l'Apotre   s'adresse   quand  il  dit  :    «  Je   vous  parle  qu0He  goute  en  Dieu,  mais  an  contraire    de   quel- 

humainement  a  cause  de  la  faiblesse  de  votre  chair.  que  cc',te  que  vienne  l'epreuve,  demeurer  constam- 


La  volonle 
du  diable  est 

mauvaise 
niais  si  puis- 
sance est 
toujours  juste 
et  limitce   de 
Dieu. 


L'ame  a  trois 

devoirs  a 
remplir  en- 
<ers  le  corps. 


De  meme  done  que  vous  avez  fait  servir  les  mem- 
bres de  votre  corps  a  l'impurete  et  a  l'injustice, 
pour  commettre  l'iniquite,  ainsi  faites-les  servir 
maintenant  a  la  justice  pour  la  sanctification  [Rom. 
vi.  19 1.  »  L'ame  a,  en  effet,  trois  devoirs  a  remplir 
envers  son  corps,  elle  doit  lui  donner  la  vie,  puis 
la   sensibilite   et  enfiu  la  direction.  Toutefois  si  la 


meut  et  tranquillement  unie  a  Dieu.  Ce  dernier 
avis  convient  aux  parfaits  qui  peuvent  dire  avec 
Elie  :  «  Le  Seigneur  Dieu  d'lsrael  en  presence  de 
qui  je  suis,  est  vivant  (iv  Reg.  m,  16) ;  »  ou  bien 
encore  avec  l'apdtre  saint  Jean,  «  nous  sommes 
eu  ce  monde  lels  que  Jesus-Christ  y  a  ete  (1  Joan. 
iv,  17).  »  Oui,  cet  avis,  je  le  repele  convient  aux 
vie  vienl  a  se  perdre,  ou  si  les  sens  se  troublent,  parfaitS;  a  ceux  qui  dans  leur  genre  (le  vio  imiUiUl 
elle  n'a  aucune  condamnalion  a  encourir  pour  cela.  d6ja  en  queique  sorte  p(Hat  de  Peternite. 
Mais   si  elle  se  laisse  vaincre  par  le   tentateur   et 


quod  usque  ad  satictatem  sumens,  niodum  parcitatis 
excessit?  Tunc  sine  dubio  laudes,  quibussatiahatur,  non 
.ilium  fructum  qujerens.  sed  t'avoreipso  contcntushuma- 
no  ;  tunc,  inquam,  mnlla  cum  anxietate  evomit,  quod 
perniciosa  delectatione  comedit,  rum  alium  quemlibet 
laudari  audiens  invidia  contabescit.  Mens  enim  dedita 
vanitali,  et  arrogantia  lumens,  laudem  allerius,suam  re- 
putat  vituperationem. 

SERMO  LNXX1V. 
1.  Duo  loca  sunt  animae  rationalis  :  inferior,  quern 
regit;  et  superior  in  quo  requiescit.  Inferior  quern 
regit,  corpus;  superior,  in  quo  quiescit,  Deus.  De 
ulroque  potest  recte  intelligi  quod  scriptum  est  :  si  as- 
cendent super  le  spiritus  potestatem  habentis,  locum 
luum  ne  dimiseris  :  vet  inferiorem  scilicet,  regendoj 
vel  superiorein,  quiescendo.  Sed  hoc  quod  prius  dixi, 
convenit  radibus  adbuc  et  imperfeclis,  quibus  loquitur 
Apostolus  :  Humanum  dtco  propter  infirmitalen  ■ 
veslro*.  Sicut  enim  i  i  hibuish  i  -  nbra  •  •  h  •>  \a  aire  im- 
munditits  et  iniq  litait  ad  iniquitatem,  ita  nunc  exhibete 
membra  veslra  servire  juslitias  in  sanctificatmnem.  Ha- 
bet  quippe  a-iima  tria  facere  in  corpore,  viviflcare,  sensi- 
ticare,   regerc.    Sed   sive    auferatur    vita,    sivc    sensus 


perturbetar,  de  aeutro  condemnatur.  Sin  vero  ten- 
tatori  victa  succumbil  ,  hoc  illi  ad  peccatum  rc- 
putatnr  .  Dicitur  ei  ergo  ne  ascendente  super  earn 
spiritu  ,  locum  suum  drseral  .  hoc  est  ne  in- 
gruentc  tenlatinne  membra  sua  arma  iniqnitatis  pec- 
cato  exhibeat. 

2.  Notandum  autem  quod  dicitur  :  Si  ascendent  su- 
per te  spiritus  potestatem  habentis.  Nihil  quippu  ad  ver- 
sus aos  malignus  spiritus  potest,  nisi  missus,  aut  permis- 
sus.  Unde  cum  ejus  sit  voluntas  semper  mala:  nunqiiani 
potestascst  nisijusta.  Nam  voluntas  quidem  mala  ex  seipso 
sibi  inest,  potestatem  vero  non  aliunde  quam  a  Deo  babul. 
Quam  tamen  potestatem  semper  moderatur  Uominus. 
ne  scilicet  ex  neqnitia  volunlalis  plus  punial,  quam 
eoriim  exigunt  merita  qui  puniunlur.  Et  ha;c  de  infe- 
rtori  loco  dicta  slat.  Cfelerum  de  superiori  hoc  inlelli- 
Ltilur,  ne  qiiii'lem  mciilis,  quam  in  Deo  lixa  conslantci- 
in  iranquilliiatc  permaneat.  Haso posterior sententia  con- 
venit perfectis,  qui  cum  Elia  dicere  possunt  :  Vivit  Do- 
minus  Deus  Israel,  in  cujus  conspeclu  ato.  El  illud  de 
Joanne  apostolo,  quia  sicut  ille  est,  et  nos  sumus  in  hoc 
mundo.  Hffio,  inquam,  sententia  convenil  perfectis,  qui 
jam  in  sua  convereatione  quodam  modo  imitaniursiatum 
ajternilalis. 


SERMONS  DIVERS. 


til 


*  C'elait  le 
quar&nle- 
neovif»Qie  d^s 
Petits  ser- 
mons. 


l"ne  mau- 
aise  mort  est 
ans  remade. 


\  quel  eigne 
on  pent  re- 
connailre  la 
nort  dont  on 
motirra. 


^oni[iaraison. 


QUATRE-V1NGT-CINQUIEME   SERMON  *. 

u  Si  1'arbre  tombe  au  midi  ouau  Septentrion,  en 
quelque  lieu  qu'il  soit  tombe  il  y  restera  (Eerie,  xi,  U). » 
La  douce  et  chaude  temperature  du  Midi  a  cou- 
tume  d'etre  prise  en  bonne  part  dans  le  style  de 
1'Ecrilure.  Le  Septentrion  au  contraire  est  toujours 
pris  dans  le  niauvais  sens  :  Or,  un  Prophete  a  vu 
les  homines  comme  les  arbres  ( Jerem.  1 ,  lit)  , 
mais  1'arbre  qu'on  coupe  meurt  et  il  reste  la  oil  il 
sera  tombe  (Marc,  vm,  24),  ainsi  Dieu  vous  jugera 
la  oil  il  vous  aura  trouve  !  car,  je  le  repete,  1'arbre 
demeurera  sans  changement  et  sans  retour  la  oil 
il  sera  tombe.  Qu'il  voie  done  bien  de  quel  cote  il 
veut  tomber  avant  qu'il  tombe,  car  line  fois  tombe, 
i!  ne  pourra  ni  se  relever  ni  meine  se  retourner. 
Mais  si  vous  voulez  savoir  de  quel  cote  il  tombera, 
regardez  a  ses  branches  :  soyez  siir  que  le  cole  oil 
elles  sont  plus  nombreuseset  plus  lourdes  est  aussi 
celui  oil  il  tombera  si  on  le  coupe  alors.  Or,  nos 
branches  ce  sont  nos  desirs ;  elles  s'etendent  au 
Midi  si  uos  desirs  sout  spirituels,  et  vers  le  Septen- 
trion s'ils  sont  charnels.  C'est  le  milieu  du  corps 
qui  indique  de  quel  cote  elles  l'emportent,  car 
celles  qui  l'emportent  font  pencher  le  corps  de  leur 
cote.  Notre  corps  se  trouve  place  entre  1'esprit  qu'il 
doit  servir,  et  les  desirs  de  la  chair  ou  les  puissauces 
des  tenebres,  qui  guerroient  contre  l'ame  comme 
le  serait  une  vache  entre  le  paysan  et  le  voleur  :  si 
le  voleur  ne  reussit  point  a  1'entrainer  avec  lui 
malgre  ses  menaces  et  ses  efforts,  le  paysan  rem- 
porte  la  victoire  ;  de  rueme,  quelque  fureur  que 
deploie  1'esprit  malin,  quelque  torture  que  nous 
fassent  endurer   les   desirs  mauvais,   si  notre  ame 


conserve  en  son  pouvoir  le  vase  de  son  corps,  il 
faut  croire  qu'elle  a  vaincu  et  empeche,  selon  le 
mot  de  l'Apotre,  k  que  le  peche  ne  regne  dans  no- 
tre corps  model  (Rom.  \i,  12).  »  Mais  de  meme  que 
nous  avons  fait  servir  nos  membres  a  l'iniquite  V.  saint  Gn- 
pour  l'iniquite,  ainsi  devons-nous  les  faire  servir  a  9xu  marc. 
la  justice  pour  la  sanctification.  chap,  IV. 


SERMO  LXXXV. 

Sive  ad  Aiistrum,  sive  Aqxtilonem  arbor  ceeiderit,  ibi 

erit.  Auslri  calor  et  lenitas  in  sacra  Scriplura  bonam 
solct  habere  significationem  :  ab  Aquilone  vero  pandilur 
mniie  malum.  Porro  homines  sicut  arbores  vidit  aliquis. 
Exciditur  autem  arbor  in  morte  :  et  quocnmqiie  ceeiderit, 
ibi  erit  :  quia  ibi  te  judicabit  Deus  ubi  inveneril.  Ibi, 
inquam,  erit  immutahiliter  et  irretractabiliter.  Videat 
quo  casura  sit  anlequam  cadat  :  quia  poslquam  ceeide- 
rit, non  adjiciet  ut  resurgat,  sed  nee  ut  se  vertat.  Quo 
vero  casura  sit  arbor,  si  scire  volueris,  ramos  ejus 
attende.  Unde  major  est  copia  ramorum  et  ponderosinr, 
inde  casuram  ne  dubites,  si  tamen  fuerit  tunc  excisa. 
Rami  nostri,  desideria  nostra  sunt  :  quibus  ad  Austrum 
extendimur,  si  spiritualia  fuerint  :  si  carnalia,  ad  Aqui- 
lonem.  Quae  vero  prapponderent,  medium  corpus  indicat. 
Ea  namque  preponderant,  quae  secum  traxerint  corpus. 
Sic  enim  est  corpus  nostrum  inter  spiritum  cui  servire 
debet  ,  et  carnalia  desideria  qua?  militant  adversus 
animani,  sive  potestates  tenebrarum,  ac  si  vacca  sit  inter 
raptorem  et  rusticum  conelituta.  Quidquid  il!e  minetur, 
quidqnid  intentat,  si  vaccam  non  duxerit,  rusticus  vicit. 
Sic  quantumcunque  saeviat  rualignus,  quantumcunque 
prava  desideria  rrucient :  si  vas  snum  sibi  vindicat  anima. 


QUATRE-VINGT-SIXIEME    SERMON  \ 

1.  Vous  avez  fait  toutes  choses  avec  poids,  nom- 
bre  et  mesure  (Sap.,  xi,  21).  »  C'est  en  cela  meme 
que  les  choses  creees  different  de  l'essence  divine. 
En  effet,  ce  sont  les  creatures  qui  sont  faites  avec 
poids,  nombre  et  mesure  ;  le  Createur  n'a  rien  de 
semblable.  Le  poids  se  trouve  dans  la  dignite  de  la 
chose ;  une  chose  est  done  faite  avec  poids,  atten- 
du  qu'on  peut  la  comparer  avec  une  autre  chose 
du  meme  genre,  et  la  trouver  ou  plus  grande,  ou 
plus  petite,  ou  egale.  Le  poids  se  trouve  dans  les 
choses  dont  la  valeur  peut  etre  estimee.  Quant  a  la 
mesure,  elle  se  trouve  dans  le  temps  et  l'espace. 
Si  nous  reservons  l'espace  aux  corps,  le  temps, 
non  l'espace  sera  la  mesure  des  etres  incorporels. 
En  effet,  l'ame  n'occupe  point  un  espace  corporel, 
et  notre  corps  que  nous  voyons  n'est  pas  le  lieu  de 
l'ame.  Car ,  comment  serait-elle  enfermee  dans 
le  corps  quand  elle  en  vivifie  l'exterieur  aussi  bien 
que  l'interieur.  Elle  est  tout  aussi  bien  sur  la  peau 
du  corps  que  dans  le  fond  de  nos  entrailles. 

2.  Mais  par  suite  de  son  affection  charnelle  et 
deson  habitude  des  corps,  l'ame  tombe  dans  une  telle 
erreur,  qu'elle  ne  peut  plus  se  voir  elle-meme  en 
pensee  autrement  que  corporelle,  car  la  ou  est  son 


•  C'etait  le 
cinquante  et 
unieme  des 
Petits  ser- 
mons, 
le  ciaquan- 
tieme   se 
trouve  re- 
porte  parent 
les  sentences . 


Lame  nest 

pas  dans  te 

corps   comme 

en  un  lieu. 


vicisse  credenda  est,  ut,  quemadmodum  ait  apostolus. 
Non  regnet  peccatum  in  nostra  mortali  corpore  :  sed 
sicut  exhibuimus  membra  nostra  servire  iniquitali  ad 
iniquitatem,  sic  exhibeamus  servire  justiliae  in  sanctiiica- 
tionem. 

SERMO  LXXXVI. 

1 .  Omnia  fecisti  in  pondere,  et  mensura,  et  nutnero.  Ad 
dilTerentiam  ipsius  divina?  essentia  dictum  est.  Creaturae 
enim  in  pondere  ,  et  mensura,  et  numero  factas  sunt  : 
solus  Creator  his  omnibus  caret.  Pondus  in  dignitate  rei 
consideratur.  In  pondere  igitur  facta  est,  quae  rei  sui 
generis  est  comparanda,  aut  secundum  majus,  aut  se- 
cundum minus  ,  aut  secundum  Eequale.  Pondus 
habet,  quas  quanti  valeat  aestimari  potest.  Mensura 
vero  in  loco  et  tempore  consideratur  .  Quod  si 
locum  solum  accipimus  corpoialem  ,  incorporeorum 
mensura  in  tempore  erit  ,  et  non  in  loco.  Neque 
enim  anima  in  loco  potest  esse  corporeo  ;  nee 
corpus,  de  quo  magis  videtur,  locus  animae  est.  Quomodo 
enim  corpore  clauditur,  qua?  sic  vegetat  exteriora,  sicut 
interiora.  Sic  est  in  superflcie  cutis,  sicut  in  visceribos 
intimis. 

2.  Sed  ex  affectione  carnali  et  ronsuetudine  corponim 


A3 


OEUVHES  DK  SAINT  BERNARD. 


lresor,la  aussiesl  son  cieur  (JfiWfc  vi,  221.  Kile  MStA 
fun  amour.  En  Bflfetj  recouverte  ct  comme  einluile 
d'ailedions  tBireetreS)  elle  ne  prat  plus  contemp'er 
son  pfopW  visage.  Kile  est  tombt-e  an  fond  du 
bonrbier  (A  ne  se  voit  plus  telle  qu'elle  est;  file 
pease  que  oette  image  de  boue  quelle  pofte  est  sa 
propre  forme,  mais  il  en  est  tout  autrement ct  il 
faut  mesurei  lame  d'unc  autre  maniere  quant  au 

lieu.  Ku  etl'ct,    le  lieu  de  tuut  etre  est  ee  qui    borne 

sa  substance.  Or  la  substance  de  lame  est  dans  la 

raison,  dans  la  memoire,  dans  le   eonseil,   dans  le 

jugement  et  dans  les  aulres  facultes  semblables, 

qui  toutes  son!  enfermees  dans  lenrs  propres  bor- 

louieicepie  nes.  Tout  esprit,  sauf  Dieu,  est  done  fait  avec  nom- 
Diou  en.  . 

fail         bre,    poids   id   mesure,  attendu  que   la  raison,    la 

%eCpc^™b"'  m&noire  et  les  autres  facultes  de  son  esprit  out 
et  mesure.  leur  mesure.  Tout  a  ele  fait  avec  nombre,  soit 
quant  a  la  composition  de  ses  parlies,  tels  sont  les 
corps,  soit  quant  a  leur  variele  et  a  leur  mutabilite, 
tels  sont  les  etres  incorporels.  11  n'y  a  que  Dieu  en 
qui  ne  se  trouve  ni  nombre,  ni  poids,  ni  mesure. 
Dieu  est  unique  et  ne  saurait  etre  compare  a  aucun 
autre  etre  de  son  espece.  II  est  unique,  dis-je,  et 
seul  au  dessus  de  toute  estimation  possible:  il  est 
eternel  aussi  et  immense,  indivisible  et  inva- 
riable. 

•  C'etait  QIATJU.-YINGT-SEPTIEME  SERMON*. 

'c  cioquantc- 
dcuiieme 

... <ie"  re"      Le  baiser  de  I'Epoux  ou  la  nrd.ee  de  la  contemplation. 

•  its   sermons.  r  j  t 

1.  «  Qu'il  me  doune  un  baiser  de  sa  boucbe 
(Cunt.  1,  1),  11  y  a  trois  sortes  de  baisers  :  le  bai- 
ser des  pieds,  le  baiser  des  mains  et  le  baiser  de  la 


boucbe.  La  Seigneur  a  deux  pieds  :  ce  sont  la  iuise- 
ricorde  et  la  verite.  Or  Dieu  imprime  ses  deux 
pieds  dans  le  coeur  de  ceux  qui  se  oonvertissent,  et 
tout  pecbeur  qui  se  couverlit  sineerement  embrasse 
ces  deux  pieds;  car  s'il  ne  recevait  que  la  miseri- 
corde  sans  la  verite,  il  tomberait  dans  la  presomp- 
tion;  ile  nieme  s'il  recevait  la  verite  sans  la  mise- 
ricorde,  il  perirait  inevitableiiiciit  de  desespoir. 
Mais  pour  etre  sauve,  il  se  jetle  bumblement  a  ces 
deux  pieds  du  Seigneur  en  meme  temps,  alin  de 
condainner  ses  pecbes  par  la  verite,  et  d'espcrer 
le  pardon  par  la  misericorde,  et  voila  le  pre- 
mier baiser.  Le  second  baiser  a  lieu  des  que 
nous  nous  levons  pour  les  bonnes  ceuvres.  [Nous 
baisons  en  effet  la  main  du  Seigneur  quand  nous 
lui  olfrons  de  bonnes  oeuvres  ou  quand  nous  rece- 
vons  de  lui  des  dons  de  vertus.  Quant  au  troisieme 
baiser,  il  a  lieu  quand,  apres  avoir  fini  de  verser  les 
larmes  de  la  penitence  et  rccu  la  grace  des  vertus, 
l'ame,  animee  de  celestes  desirs,  aspire  avec  toute 
les  impatiences  de  l'amour  et  se  voit  introduite 
dans  les  joies  secretes  de  sa  cbambre  interieure. 
Alors  elle  cbante  de  la  voix  du  ccenr  entrecoupee 
par  de  doux  soupirs  :  «  Seigneur,  je  reehercherai 
votre  visage  (Psal.  lx.ii,  8).  »  Son  desirest  si  ardent, 
qu'il  lui  rend  son  epoux  present,  tant  elle  l'aime, 
tant  elle  le  desire,  taut  elle  soupire  apres  lui.  Ainsi 
le  premier  baiser  se  donne  dans  la  remission  des 
pecbes  et  s'appelle  le  baiser  de  propitiation.  Le 
second  a  lieu  dans  les  dons  des  vertus  et  s'appelle 
le  baiser  des  presents.  Le  troisieme  se  donne  dans 
la  contemplation  des  cboses  celestes,  et  s'appelle 
le  baiser  de  la  contemplation. 


Cmaparrr 
ee  <rriiit>n 

m  efc  a- 
3c  et  b-  ',' 
serihon  4w 
U  Caniigue. 

I.rs  deux 
pieda  du  Sei- 
^nrnr   sont 
la  miseri- 
corde   ct     la 

verite 

II  y  a  trois 
baisers. 


sic  errat  aniuia,  lit  seipsam  nesciat  nisi  corpoream  cogi- 
tare.  Ubi  est  cnim  thesaurus  ejus,  ibi  est  et  cor.  Hoc 
sapit  quod  diligit.  AfTeclionibus  slquidem  obligata  et 
illila  terrenis,  suam  ipsius  taciem  considerare  non  po- 
test. Infixa  est  in  limu  profundi,  et  seipsam  non  videt, 
sed  putat  formani  suam  esse  lutcam  illn.ni  qtnni  portat 
imaginem.  Sed  omnino  abler  est  :  et  aliter  consideratur 
mensura  animal  secundum  locum.  Locus  siquidem  uni- 
cuicjue  rci,  finis  est  sme  substantias.  Substantia  vero 
anima?  in  rationc,  in  memoria,  in  consilio,  in  judicio, 
cattsrisque  similibus  est  :  qua;  omnia  sun  quoque  fine 
claiidunlur.  In  mensura  est  ergo  faclus  omuls  spiritus, 
prater  divinum  :  quia  et  ralio  ejus,  ct  meuioria,  el  ra'- 
lera  omnia  suam  habeiil  mensiirani.  In  ntimcro  facta 
sunt  omnia,  vet  secundum  pnilium  composilionem,  ul 
sunt  corpora  :  vel  secundum  variclatem  et  mutabilitatem, 
ut  sunt  otiam  incorporca.  Solus  Ileus  est,  in  qucm  nee 
pondus,  nee  mensura  cadil  omnino,  ncc  Humerus.  Unus 
Deus  est,  nun  liabet  sui  generis  cui  Altai  romparari. 
Unus  est,  et  solus  ipse  penltus  inacstimabilis  :  aeteiwtt 
quoque  et  immensue,  indivisu9   et  omnino  invariabilis. 

SERMO  LXXXV11. 
De  oscu/o  Sponsi,  sen  gratia  contemplation^. 
Oiciilelui  me  otcuio    oris  tut.    Tria  sunt  oacula  :  pri- 


mum,  pedum  :  secundum,  niaiiuuni  :  lertium,  oris.  Cum 
primo  convertimur ,  pedes  Domini  osculamur.  Duo 
autem  sunt  pedes  Domini,  misericordia  et  Veritas.  Hune 
nti'umque  pedem  peceator  qnisque,  si  vere  convertilur, 
amplectitur.  Si  cnim  solam  misericordiam  sine  veiilale 
reciperct,  per  prasumplioneni  caderet.  Ktirsus  si  vcrita- 
tem  sine  misericordia  reciperet,  niliilominus  per  despe- 
rationem  periret.  Sed  utliat  salvus,  ad  utrumque  pedem 
bumililer  provolvitur  :  ut  per  veritatcm  peccala  dam- 
net,  et  per  misericordiam  veniam  aperet  :  et  hoc  pri- 
muin  osculuni.  Seeunduni  osculum  lit,  cum  primum  ad 
bona  opera  consurgimus.  Tunc  manus  Domini  oscula- 
mur, cum  ei  bona  nostra  opera  offerimus;  vel  cum  ab  eo 
virtulum  dona  recipimus.  At  vero  tertium  osculum  tunc 
fit,  cum  jam  consumpto  luclu  pa'uitentia?,  jam  accepli.-. 
virtnttim  donis,  mens  cuelesti  desiderio  inspirato,  ad 
secreta  interioris  cubiculi  gaudia  impatiens  amoris  in- 
liodnei  desideral  :  cum  dulcibus  suspiriis,  vocem  animi 
interriunpenlibus,  pio  cordis  aireclu  decaniat  :  \'u/tu>n 
tun  in  1 1>  ,„,,„,■  rnjitiram.  Et  ita  ex  vehementi  desiderio 
fit  ei  prssens  sponsus  :  quern  s-ic  amat,  quetn  sio  afTeC- 
tat,  cui  sic  suepirat.  Primum  itaque  osculum  sit  in 
icinissione  peccatorum,  et  dicilur  propitiatorium.  Se- 
cundum sit  in  donis  virtutum,  ct  vocatur  muneratiorium. 
Terlium  fit  in  nonlnmplntinnri  codeslium,  et  vocalnt 
conleinplatiorium. 


SERMONS  DIVERS. 


48 


II  y  a  deuj 
sortes  de 
contempla- 
tion?. 


2.  Or  ii  taut  savoir  qu'il  y  a  deux  sortes  de  con- 
templations. II  y  en  a  quimontent,  qui  sont  ravis, 
et  d'autres  qui  tombent  et  desceudeut.  Les  uns 
niontent  comrue  il  est  ecrit  :  «  Ayaut  connu  Dieu, 
ils  ne  Font  point  gloriiie  conirne  Dieu,  et  ils  ne  lui 
nut  point  rendu  graces  (Rom.  i,  21).  »  Or,  ils  n'ont 
point  rendu  graces  parce  qu'ils  ont  attribue  a  leurs 
forces  et  a  leur  genie  ce  que  Dieu  leur  a  revele. 
Aussi  sont-ils  torabes  «  et  ils  se  sont  evanouis  dans 
leurs  vains  raisonnements,  et  leur  cceur  insense  a 
fete  rempli  de  tenebres,  ils  sont  devenus  fous  en 
s'altribuant  le  nom  de  sages.  (Ibidem).  »  Au  con- 
traire,  les  elus  sont  ravis  comme  saint  Paul  et  ceux 
qui  lui  res^ernblent.  Mais  ils  desceudent  aussi  pour 
decouvrir  dans  leurs  discours  aux  petits  ce  qu'ils 
ont  vu  dans  leur  ravissement,  et  le  leur  decouvrir 
de  maniere  a  se  faire  comprendre  d'eux.  Paul  est 
ravi  quand  il  dit  :  «Soit  que  nous  soyons  emportes 
comme  bors  de  nous-niemes,  c'est  pour  Dieu  que 
nous  le  somrue  (II  Cor.  v,  13);  »  mais  il  descend 
quand  il  dit :  «  Soit  que  nous  nous  temperions, 
c'est  pour  vous  {Ibidem).  »  C'est  par  ce  dernier 
genre  de  contemplation  que  1'ame  parfaite  desire 
c'lic  ravie  dans  les  plus  cbastes  embrassements  de 
son  epoux  quand  elle  s'ecrie  :  «  Qu'il  me  baise  d'un 
baiser  de  sa  boucbe  [Cant,  i,  1).  »  C'est  comme  si 
elle  disait,  je  ne  saurais  par  mes  propres  forces,  ni 
par  mon  industrie,  ni  par  mes  propres  merites, 
m'elever  jus  qu'u  comtenipler  la  joie  de  mon  Sei- 
gneiu-;  mais  pour  lui,  «  qu'il  me  baise  d'un  baiser 
de  sa  boucbe,  »  c'est-a-dire  qu'il  me  lefasse  donner 
par  sa  grace  :  qu'il  ne  ine  baise  point  par  sa  doc- 
trine, ni  par  sa  nature,  mais  «  qu'il  me  donne,  » 
par  sa  grace,  «  uu  baiser  de  sa  boucbe.  »  Elle 
exprime  admirablement  bien  la  grace  de  eelui  qui 


2.  Sciendum  est  autetn  esse  duo  genera  contempla- 
lionis.  Quidarn  enitn  sunt  qui  ascendunt,  et  cadunt  : 
alii  vero  qui  rapiuntur,  et  descemlunt.  Ascendunt  sicut 
illi.  de  quibus  si  rip.um  est  :  Cum  cognovissent  Deum, 
non  sicut  Deum  glorificaverunt,  aid  gratias  egerunt. 
Gratias  non  egerunt  :  quia  viribus  suis  et  ingeniu 
tribuerunt  quod  Deus  revelavit  illis.  Ideo  sequitur  casus 
eorum  :  et  evanuerunt  in  cogitationibus  suis.  Vicentes 
•  nun  se  esse  sapientes,  stu/ti  fueti  sunt.  Elecli  vero 
rapiuntur,  sicut  Paulus  et  sui  similes.  Sed  et  descen- 
dunt,  ut  ea  qua;  per  excessum  mentis  viderint,  loquantur 
parvulis  :  eo  sane  modo  quo  eapiantur  ab  ipsis.  Rapitur 
Paulus  cum  <i\c\\.:Sive  mente  exeeilimnu  l.'eo.  Descendit 
cum  dicit  .*  sive  sobrii  sumus,  vobis.  Hue  posteriori 
genere  conlcmplationis  rapi  desiderat  anima  perfects  in 
caslissimos  amplexus  spousi  sui,  dicens  :  Qsoulehw  me 
oscute  oris. sui.  Ao  si  dicercl  :  ego  non  viribus  mei-, 
non  induslria,  non  tneiilis  ad  contemplauda  gaudw 
Domini  mei  assurgere  valeo  :  sed  ipse  osculetur  me 
HOttUaoru  sui,  id  est  ejus  gratia  fiat;  non  per  doctrinam, 
non  per  r.aturani,  acd  per  gratiam  suam  osculetur  me 
oscu/o  oris  sui.  Miro  autem  modo  gratiam  operant:?. 
et  opus,  et  modum  operis  eleganler  expressit. 
Qum    finim    dicit.    w»u/a<wr,    operand'    smtin    mons- 


opere,  son  operation  et  le  mode  dont  il  opere;  car 
lorsqu'elle  dit  «  qu'il  me  baise,  »  c'est  la  grace  de 
l'operateur;  et  quand  elle  ajoute  «  d'un  baiser,  » 
c'est  l'operatiou  meme,  je  veux  dire  la  contempla- 
tion ;  et  lorsqu'elle  continue,  en  disant  «  de  sa  bou- 
cbe, »  elle  exprime  en  termes  evidents  le  mode 
dont  il  opere,  c'est-a-dire  la  maniere  dont  se  fait  la 
contemplation,  car  par  la  boucbe  onentend  la  parole. 
3.  La  contemplation  se  fait  par  l'abaissement  du 
Verbe  de  Dieu  vers  la  nature  humaine,  avec  le  se-  La  contem- 
cours  de  la  grace  et  par  Televation  de  la  nature  bu-  j,^10"  r 
maiue  vers  le  Verbe,  avec  l'aide  de  l'amour  de  l'abaissement 
Dieu.  II  ne  doit  point  sembler  absurde  que  nous  ,je  Dieu  ver« 
fassions  ces  distinctions  dans  la  contemplation  du  '  nomme- 
Verbe  de  Dieu,  puisque,  selon  l'Evangile,  son  in- 
carnation s'est  faite  de  la  meme  maniere.  En  effet, 
pour  l'incarnation,  la  grace  precede,  car,  si  l'Ange 
salue  la  Sainte  Vierge,  c'est  en  ces  termes  :  «  Je 
vous  salue,  pleine  de  grace  (Luc.  i,  28).  »  Puis,  il 
ajoute  de  qui  est  cetle  grace  et  combien  elle  est 
grande,  en  disant  :  «  Le  Seigneur  est  avec  vous.  » 
EnDn,  il  en  indique  l'operation  par  ces  mots  :  «  Le 
Fruit  de  votre  ventre  est  beni.  »  Ce  fruit,  en  effet,  6 
Marie,  c'est  l'incarnation  du  Verbe.  Quant  a  la  ma- 
niere dont  s'opere  cette  merveille,  l'Ange  vous 
l'apprend  en  disant :  «  L'Esprit-Saint  surviendra  en 
vous  et  la  vertu  du  Tres-Haut  vous  couvrira  de  son 
ombre  (Ibid.  35).  »  C'est  dans  ces  ceuvres  du 
Verbe,  tant  celles  que  nous  trouvons  dans  l'Evan- 
gile que  celles  que  nous  avons  exposees  dans  le 
Cantique  des  cantiques,  qu'U  est  manifesto  que 
l'incarnalion  s'est  faite  par  la  seule  abondance  de 
la  grace  de  Dieu,  et  que  la  contemplation  ne  peut 
provenir  que  de  la  grace  de  Dieu,  jamais  de  la  vo- 
loute  de  l'homme. 


tratur  :  cum  autem  supponit,  osculo:  ipsum  opus, 
id  est  contemplatio,  designatur  :  cum  vero  adjungit, 
oris  sui;  modum  operis,  scilicet  quo  liat  contemplatio, 
evidenter  expressit.  Per  os  quippe  verbum  intelli- 
gitur. 

3.  Fit  autem  contemplatio  ex  condescensione  Verbi 
Dei  ud  bunianam  naturam  per  gratiam,  et  exaltationem 
humauoe  naturae  ad  ipsum  Verbum  per  divinum  amo- 
rem.  Nee  absurdam  cuiquam  videri  debet,  si  in  con- 
lemplatione  Verbi  Dei  ha>c  ita  distingnamus  :  cum 
ejusdem  quoque  Verbi  Dei  incarnationem  codem  ordine 
lactam  Evangelium  testctur.  Ibi  etenim  gratia  prfemitttiur, 
cum  ab  angelo  Virgo  salutatur  :  Ave  ,  inquit,  gratia 
plena.  Etenim  cujus  sit,  et  quanta  sit  ipsa  gratia,  suh- 
jungit,  dicens  :  Dominus  tecum.  Opus  etiam  ejusdem 
gratia;  subinfertur,  cum  dicitur  :  Benedictus  fructus 
ventris  tui.  Fructus  namque  ventris  tui,  incarnatio  est 
Verbi.  Modus  \eru  tanti  operis  edocetur,  ubi  dicitur  : 
Spintus-Sanctus  supervemet  in  te,  et  virtus  Attisstmi 
obumbrabit  tibi.  In  quibus  cperibus  Verbi,  sive  bis  qusB 
de  Evangelio  protulimus,  sive  his  qua;  de  Canticis  can- 
ticorurn  exposuimus ;  manifeste  stat,  et  istam  scilicet 
incarnationem  ex  sola  ubcrtate  divinse  gratia;  esse  fac- 
tam  :  nee  illam.  id    >>st     contemplationem.    quandoquc 


till 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


On  distingue 
Irois  sortes 

de 

contenipli- 

tions. 


U.  Or,  U  faut  remarquer  que  la  contemplation, 
suiv.mt  les  divers  etats  des  temps,  est  de  trois  sor- 
tes. D'abord,  c'est  une  nourriture,  | mis  une  boisson, 
elenGn  une  ivresse.  Aussi,  dans  les  versetssuivants. 
l'Epoux  invite-t-il  ses  amis  en  ces  termes  :  «  Man- 
gel, noes  amis,  buvez  et  enivrez-vous,  mes  bien-ai- 
mes  Cant.v,l).t  lis  commencent  par  manger, 
c'est  ce  qu'ils  font  tant  qu'ils  vivent  dans  la  chair; 
mais,  lorsqu'ils  out  depouille  le   vehement  de   leur 


5.  «  Car  vos  mamelles  sont  ineilleures  que  le  vm 
{Cant,  i,  1).  »  L'Epouse  a  done  deux  mamelles: 
I'une  esf  la  memoire  de  la  felicitation,  et  l'autre 
cello  de  la  compassion.  C'est  ce  qui  faisait  dire  a 
l'Aputre  quand  il  rechauffait  les  jietits  enfants  sur 
ses  deux  mamelles  :  «  Soyez  dans  la  joie  avec  ceux 
qui  se  rejouissent,  et  pleurez  avec  ceux  qui  pleu- 
renl  [Ram.  xu,  15),  »  Ee  vin  est  pris  ici  pour  les 
desirs  du  siecle  dont  il   est  ecrit  :  «  Leur  vin  est   le 


corps  et  qu  lis  sont  transports  dans   le   ciel,   alors     fiel  des  dragons  ct  le  renin  mortel  des  aspics  (Deut. 
on  dit  qu'ils  boivent  ce  qu'ils  mangeaient  d'abord,     xxxn,  33).  » 


parce  qu'ils  contemplent  en  face  et  sans  peine  ce 
qu'ils  avaient  d'abord  cru  seulement  par  la  foi, 
alors  qu'ils  rtaient  encore  en  exil  loin  du  Seigneur, 
dans  leurs  corps,  et  qu'ils  ne  mangeaient  leur  pain 


C.  «  Elles  exhalent  l'odeur  des  parfums    les  plus   II  j  a  trois 
preciem  (Cant. i,  2).  »  Par  ces  mots  l'Epoux  fait,,,  ™JrfJme 

entendre  que,  s'il  y  a  des  parfums   qui  sont  bous, 
il  y  en   a  qui  sunt  meilleurs,  el    il  en  est.  de    Ires- 


qu'a  la  sueurdc  leur  front.    C'est  ainsi   que   nous    bons  qui  l'emportent  stir  tous  les  autrcs.  On  peut   Ceiui  dc  i. 


Le?  saint*  ne 

jooiroot 

de  la 

coiiterupla- 

tion   parfaite 

qo'aprea 

la 

resurrection 

des  corps. 

V.  plus  haut 

le  sermon 

III,  H,  12. 


prenons  plus  facilement  ce  que  nous  buvons  que 
ce  que  nous  mangeons,  car,  s'il  faut  se  donner 
quelque  peine  [tour  manger,  il  n'y  en  a  qn'une 
bien  legere  k  prendre  pour  boire.  Quand  les  saints 
se  trouvent  dans  cet  etat,  ils  peuveut   boire,   mais 


done  dire  qu'il  y  a  trois  sortes  de  parfums.  Le  pre- 
mier est  celui  qui  decouledu  souvenir  de  uos  pe- 
cbes,  quand  nous  en  ressentons  de  la  componctinn 
et  que  nous  en  demandons  le  pardon.  Ce  pareun- 
ia est  bon,  car  Dieu  ne  meprise  point  un  coeur  con- 


componrhoii. 


lis  ae  sauraient  encore    s'enivrer,   car    ils   sont,  en  trit  et  bumilie  (Psal.  l,  19).  Or.ce  parfumest  celui 

quelque  sorte,  retardes  sur  la  voie    de   la    parfaite  qu'on  repand  sur  les  pieds  du  Seigneur,  oil  il  recoit 

contemplation  de  Dieu  jusqu'a  la  lin  du   siecle  pre-  sa  recompense,  je  veux  dire   la   remission   des  pe- 

senl,  oil  ils  esperent  la  resurrection  de  leur  corps,  cbes,  quand  le  Seigneur  dit  :  «  Beaucoup  de  peches 

Mais,  quand  elle  se   sera  faite,  le  corps  adherera  si  lui  ont  ete  remis,  parce  quelle   a  beaucoup  aime 


bien  a  l'ame  et  lame  a  Dieu,  qu'il  n'y  aura  plus 
rien  alors  qui  puisse  la  tirer  de  l'enivrement  inte- 
rieurde  la  contemplation  de  Dieu.  Ceux  qui  man- 
gent  comme  ils  y  sont  invites  par  la  premiere  invita- 
tion, sont  les  amis,  e'est-a-dire  ceux  qui  sontcbers; 
a  la  seconde  invitation,  ils  boivent;  alors  ils  sont 


(Luc.  vn,  lil).  »  Ee  second  decoule  du  souvenir  des    Celui  du  la 
bienfaits  de  Dieu,  et  celui-la   se   repand  justement     dA,otio"' 
sur  la  lete,  car  les  vertus  ne  peuvent  se  rapporter 
qu'a  Dieu  de  qui  elles  viennent.  Ce  parfum  est  deja 
plus  cher  que  le  premier,  aussi  esl-il  ecrit   de  lui  : 
«  Pourquoi  faire  cette  perte  de  parfum  ?  On  aurait 


plus  chers  ;  ils  s'enivrent  a  la   froisieme,  alors  ils    pu  le  vendre  plus  de  trois  cents  deniers  et  en  don- 
sont  tres-cbers.  ner  le  prix  aux  pauvres  (Matt,  xxvi,  6)?  »   Mais  le 


humana  voluntate,  sed  divino  tautum  munere  provenire 
posse. 

4.  Et  notandum,  quod  h:ec  ipsa  contemplatio  tribus 
inodis  pro  diverso  statu  temporum  distinguitur.  Et 
prirao  tjuideui  vocatur  cibus,  secundo  potus,  teilio 
ebrietias.  Unde  et  in  consequentibus  electi  quoque  voce 
Sponsi  invilantur,  dicentis  :  Comedtte  amid,  et  hi- 
bite,  ct  inebriamini  charissirni.  Prius  comedunt,  dtim  in 
carne  adhuc  corruptibili  degunt.  Postmodum  vero 
corpore  exuli,  et  in  cerium  translali,  jam  bibere  di- 
cuntnr  eadem  quae  prius  comederant  :  quia  jam  per 
speciem  contemplantur  sine  labore,  quae  prius  per  li- 
dem  crediderant,  dum  in  corpore  positi  peregrina- 
rcntur  a  Domino,  et  in  sudore  vultus  sui  vescerentur 
pane  suo  :  sicut  et  nos  facitius  sumimus  ea  qua>  bibi- 
inus,  quam  ilia  quae  mandimus  :  quia  in  illis  nonnullus 
labor,  in  his  levis  est  transitus.  In  hoc  ergo  statu  po- 
siti sancli  bibere  quidem  possunt,  sed  inebriari  non 
possunt  :  qnoniam  a  pei-feclissima  conlemplalione  divi- 
nitatis  quodam  niodo  relardantur,  dum  adhuc  resur- 
rectionem  sui  corpoiis  in  fine  3XOuU  prsslolanlur. 
Qua  facta  ita  corpus  rucnti,  ct  Deo  mens  inha?rebit,  ut 
jam  deinceps  nihil  sit,  quo  ab  interna  ebrielate  con- 
templatioms  revocari  possit.  Prima  itaque  invitatione 
qui    comedunt,    vocantur    amici,  id    est   chari  :  in  sc- 


cunda  quia  bibunt,  cliariores  :  in  tertia  quia  inebrian- 
tur,  charissirni. 

S.  Quia  meliora  sunt  libera  tua  vino.  Duo  sunt  ubera 
Sponsa;,  unum  congratulationis,  alteram  compassionis. 
Unde  Apostolus  bis  duobus  parvulos  fovens,  yaw/ere, 
ait,  cum  gaudentibus,  //ere  cum  fientibus.  Vinum  aoci- 
pitur  desiderium  sasculare,  de  quo  scripttini  est  : 
Fel  tlraconum  vinum  eoium,  et  venenum  aspidum  insa- 
mil  ite. 

G.  Fragrantia  unguentis  optimis,  innuit  quod  aliqua 
sunt  unguenta  bona,  aliqua  meliora,  quibus  omnibus 
superferantur  luce  optima.  Dicamus  ergo  tria  genera 
esse  unguentorum.  Primum  lit  de  recordatione  pecca- 
torum,  cum  pro  ipsis  compungimur,  et  veniam  peti- 
mus.  Et  hoc  unguenlurn  bonum  est  :  quia  cor  contri- 
turn  et  humiliatum  Dens  non  spernil.  Efiunditur  autem 
ad  pedes  Domini,  ibique  remunerationem  aocipit , 
scilicet  remissionem  peccatorum,  cum  Dominus  elicit  i 
Remittuntur  eipeccata  multa,  quoniam  dilexii  multum. 
Secundum  unguenlurn  fit  dc  recordatione  beneliciorum 
Dei.  Et  hoc  recte  ad  caput  efiunditur  :  quia  virtutea 
non  nisi  ad  Deum,  a  quo  sunt,  referuutur.  Hoc  autem 
ungucntum  jam  charius  est  :  quia  de  hoc8criptum  est  : 
Ut  quid  perditio  tela  unguenh  facta  est  ?  Patera t  enim 
oenumdari  plusquam  trecentii    denarm,  et  dan  paupe- 


SERMONS   DIVERS. 


45 


Celui  de  la 
piete. 


•  C  clait  le 
cinquante- 
troisieme  des 
Petits  ser- 
mons. 


Seigneur  en  approuve  la  perte  quand  il  <lil :  «  Lais- 
sez-la.  Pourquoi  faites-vous  de  la  peine  a  cette 
femme?  vous  aurez  toujours  des  pauvres  avec  vous, 
mais  pour  moi,  vous  ne  m'aurez  pas  toujours 
[Ibid.  10).  »  Non-seuleruent  il  approuve,  mais  il 
recompense  l'effusion  de  ce  parfum  en  disant  : 
«  Je  vous  le  dis,  en  verite  :  partout  oil  sera  precbe 
cet  evangile  dans  le  nionde  entier,  on  racontera  a 
la  louange  de  cette  femme  ce  quelle  vient  de 
faire  [Ibid.  13).  »  Le  troisieme  parfum  est  compose 
d'aromates  precieuses,  comme  il  est  dit  a  propos 
des  saintes  femmes,  que  «  elles  acheterent  des 
aromates  pour  venir  embaumer  Jesus  [Marc,  xvi, 
1).  «  Mais  ce  troisieme  parfum  ne  se  repaud  ni  ne 
se  perd,  le  Seigneur  n'a  pas  voulu  qu'on  le  repan- 
dit  sur  son  carps  mort,  mais  qu'on  le  reservat  pour 
son  corps  vivant,  je  veux  dire  poursasainte  Eglise, 
a  qui  les  saintes  femmes,  qui  etaient  venues  a  son 
tombeau  avec  des  parfums,sont  envoyees  annoncer 
sa  resurrection.  Ainsi  le  premier  parfum  est  celui 
de  la  componction,  et  se  consume  sur  le  feu  de  la 
contrition ;  le  second  est  celui  de  la  devotion  et  se 
brule  sur  le  feu  de  l'amour,  le  troisieme  est  le 
parfum  de  la  piete,  on  ne  le  brule  point,  mais  on 
le  conserve  tout  entier. 

QUATRB-VINGT-HD1TIEME  SERMON  *. 

Du   bon  usage  des  dons  de  Dieu. 

1.  Comme  il  y  a  en  Jesus-Christ  deux  choses, 
l'une  inconnue,  c'est  sa  generation  divine  dont 
il  est  ecrit  :  «  Qui  est-ce  qui  racontera  sa  genera- 


tion [Isa.  tin.  8) '?  »  et  l'autre  connue ,  c'est  sa  gene- 
ration ou  son  ceuvre  humaine,  de  meme,  dans  le 
Saint-Esprit,  il  y  a  une  chose  qui  est  cachee  a  nos 
esprits,  c'est  a  savoir,  comment  il  procede  du  Pere 
et  du  Fils,  puisqu'il  est  egal  ct  co-eternel  au  Pere 
et  au  Fils,  et  il  y  en  a  une  autre  qui  est  claire  pour 
nous,  parce  qu'il  nous  en  a  iustriuts  lui-meme, 
c'est  la  maniere  dont  il  opere  sa  grice  en  ncus.  En 
effet  ,  il  y  a  deux  operations  du  Saint-Esprit;  car 
il  opere  en  nous  lantot  pour  nous,  tantot  pour  no- 
re  prochain.  Ainsi  c'estpour  nous,c'est-a-dire,pour 
notrebien,  qu'il  opere  en  nous  d'abord  la  componc- 
tion en  consumantnos  peches,  puis  la  devotion  en 
versant  l'huile  sur  nos  blessureseten  lesguerissant; 
troisiemement  qu'il  cree  l'intelligence  comme  s'il 
nous  affermissait  et  nousfortifiait.en  nous  donnant 
du  pain;  en  quatrieme  lieu,  il  semblenous  enivrer 
de  son  vin  quand  il  multiplie  et  augmente  tous 
les  biens  dont  je  viens  de  parler,  en  repandant 
l'amour  par  dessus.  Les  autres  dons,  je  veux  dire 
les  conseils  de  la  sagesse,  et  autres  graces  sem- 
blables,  nous  sont  donnees  pour  le  bien  des  autres. 
Voila  pourquoi  l'Apotre,  en  parlant  dela  distribu- 
tion des  dons  du  Saint-Esprit,  ne  dit  pas  simple- 
ment  :  «  Aux  uns  est  donnee  »  la  sagesse,  aux 
autres  la  science,  mais,  «  le  langage  de  la  science, 
le  langage  de  la  sagesse,  »  pour  nous  montrer  que 
ces  dons  nous  sont  donnes  pour  les  autres,  c'est-a- 
dire  pour  l'editication  des  autres. 

2.  Or,  dans  ces  ceuvres,  il  y  a  deux  dangers  a 
eviter  ;  premierement  celui  de  donner  au  prochain 
les  grices  qui  nous  sont  donnees  pour  nous,  le  se- 
cond de  reserver  pour  nous  les  dons  que  nous  avons 


II  y  a  des 
choses 
que  le  Saint- 
Esprit 
opere  pour 

nous, 
il  y  en  a  qu'il 
opere  pour 
notre  pro- 
chain. 


II  y  a  deux 

dangers 
a  eviter  dans 

les  dons  du 
Saint-Esprit, 


ribus.  Sed  hu::c  perdilionem  approbat  Dominus,  cum 
dicit  :  Sinite  earn.  Quid  Mi  molesti  estis  ?  Pauperes 
enim  semper  habetis  vobiscum,  me  autem  rum  semper 
habeiis.  Non  solum  approbat,  sed  etiam  remunerat, 
cum  dicit  :  Amen  dico  vobis,  ubicunque  proedicatum 
fuerit  hoc  Evangelium  in  (oto  mundo,  dicelur  et  quod 
ha>c  fecit  in  memoriam  ejus.  Terlium  ergo  unguentum 
componitur  de  pretiosis  aromatibus,  sicut  de  qui- 
busdam  Sanctis  mulieribus  scriptum  est,  quod 
emerunt  aromata,  ut  venientes  ungerent  Jesum. 
Sed  hujus  t<  Lii  unguenti  non  fit  aliqua  effusio  vel  per- 
ditio  :  quia  noluit  Dominus  illud  super  corpus  suum 
morluum  effundi,  sed  servari  vivo  corpori  suo,  id  est 
Eoelesiae  sancke,  cut  nimirum  mulieres,  quae  cum 
unguentis  venerant,  miltuntur  resurreclionem  evan- 
gelizare.  Primum  itaque  unguentum  vocatur  unguen- 
tum compunctionis,  et  absumitur  igne  eontritiunis  :  se- 
cundum devotionis,  et  absumitur  igne  charitatis  : 
tertium  vocatur  unguentum  pietatis,  quod  non  absumi- 
tur, sed  integrum  eonservatur. 

SERMO  LXXXVII1. 
De  recto  usu  donorum  Dei. 
Sicut  de  Cbristo  duo   sunt,  unnm  nobis  incognitum, 


scilicet  generatio  divina,  de  qua  scriptum  est,  Genera- 
tionem  ejus  quis  enarrabit  ?  alteram  cognitum,  ut  gene- 
ratio  vel  opera  humana  ;  ita  etiam  de  Spiritu  Sancto 
aliud  ejus  nostris  est  mentibus  occultum,  scilicet,  quo- 
modo  procedat  a  Patre  et  Filio,  cum  sit  aequalis  et 
coajlernus  eidem  Patri  et  Filio  :  aliud  vero  ipso  docente 
manifestum,  videlicet  quibus  modis  operetur  gratiam 
suam  in  nobis.  Duplex  quippe  est  operatio  Sancti  Spiri- 
tus.  Operatur  enim  in  nobis  aliud  propter  nos;  aliud 
propter  proximos.  Propter  nos,  id  est  propter  utilitatem 
nostram,  operatur  in  nobis  primo  compunctionem,  con- 
sumendo  peccata  :  secundo  devotionem,  ungendo  et 
sanando  vulnera  :  tertio  creando  intellectum,  tariquam 
pane  confirmat  nos  et  roborat  :  quarto  heec  ipsa  multi- 
plicius  augendo,  et  amorem  infundendo,  quasi  vino  ine- 
briat.  Ceetera  charismata,  id  est  sapientiae  consilia,  et 
hujusmodi,  dantur  nobis  ad  utilitatem  aliorum.  Unde 
Apostolus  cum  de  dislributione  donorum  loqueretur, 
non  ait  simpliciter,  AM  dot w  sapientia, alii  scientia,  sed 
addidit  dicens  sermo  scientice,  sermo  sapientue  :  ut  os- 
tenderet  quod  hujusmodi  dona  propter  alios  dantur, 
sciUcet  ut  alii  adificentur. 

2.  In  quibus  operibus  cavendum  est  duplex  periculum : 
ne  vel  ilia  quae  dantur  propter  nos,  dividamus  proximis: 
vel  ilia  qua?  propter  proximos  ,  reservemus  nobis. 
Si  enim  quae  pro  utilitate  aliorum  accepimus,  retinemus 


lit 


OEI  VRB8  BE  s,\l\T  MSBNARD. 
i  nous  teteuons  seufe-    le  Pew  et  primiiiw  no  sonu  lil  le  N»e  si  ee  u'ttA  le 


recus  pour  )o<  ituUwi 

ment  pour  uous  ce  que  nous  ..vous  ivai  pour  le  Fils.  et  celui  ;i  qu 
bicn  des  autres,  nous  n'avons  point  Je  charite,  et 
c'est  a  nous  que  s'adressenl  ces  paroles  :  n  Si  la 
sagessa  demeure  cache*  et  le  tresor  enfoiu,  ii  quoi 
iroat-ils  I'uii  el  L'auire  Eiw.  xx,  32,?  »  De 
meme  encore,  si  nous  voulons  faire  senir  les  dons 
de  Dieu  a  nous  fane  reniarquer  des  homines  an 
lieu  ilo  chercber  a  plaice  a    Dieu  dans   le   fond 


i  te  FHs  a  voulu  le  reveler  Matl. 
'.  »  Mais  quel  que  suit  celui   a  qui   la  double  Le  bauei  'In 

'  1'iTP   et    nil 

revelation  du  Pere  el  du  Fils  soit  faite,  elle  lie  sau- 
rait  l'etro  que  par  le  Saint-Fsprit.  Voile  pOUrquoi 
lorsque  Piesre  cut  dit  au  Seigneur  :  «  Vous  ft! 
Christ  Fils  du  Dieu  vivunt,  »  il  feeut  de  iui 
oette  reponse  :  «  Vous  etea  bien  heurtux  Simon 
Barjona,  i)  c'est-ii-dire  fils  de  la  Colombo,  selon  les 


Fils  est 

le  saint- 
Esprit. 


de  notre  CffiUC,  nous  perdons  I'humilite,  et  nous  intorpretes,  «  car  ce  n'eat  ni  la  cbair  ni  le  sang  qui 
nientons  d'eiitemlre  CAS  reprorht'S  :  a  Qu'avez-vous  vous  l'ont  revele,  mais  mon  Pore  qui  est  dans  les 
que  vousn'aye/.  '.'ecu   1  Cvr.   iv,  7)?  »  Voila   com- 


ment nous  courons  le  danger,  dun  a&te  do  n 

I'humilite,  de  l'autre  la  charite.  Or,qui  pout  seSBUr 
ver  sans  liumilito  el  sans  charite  ?  Par  consequent 
le  bon  ordre   de  nos  progres  demaiide   que   nous 


ok  us  MatUxn,  17'. »  Bemamel'Apotrte,  apresavort 

dit :  (i  I.'o'il  n'a  point  vu,  U oreille  n'a  petal  eatandu 
I  Cor.  n,  10),  i)  et  le  reste,  ajoute  aussitot  :  «  Mais 
Dieu  BOUS  la  revele  par  son  esprit.  »  II  semblo 
done  que  I'Epouse  des  ('.antiques  avait   la  grace  du 

ronnuentions  par  nous  bien  remplir  do?  premieres     Saiut-Rsprit  qui  lui  faisait  connailre  que  le  Fils  os! 

sortes  de  dons,  je  veux  dire  de  la  compouclion   el     egal  an  Pore.    Elle  ne  dit   point:   «  Qu'il  me  huso 

do  sa  boiicbo  ;  il  n'y  a  que  le  Fils  qui  puisse  parlor 
ainsi,  une  creature  quelle  quelle  soit  ne  pouvait  le 
fairs,  at  tendu  qu'il  n'en  est  pas  qui  soit  egale  au  Pore: 
mais  elle  flit,  «  dun  baiser  de   sa  bouche.  «  Or,  lc 


'C«»it  le 

ciaqalDte- 

quu* 
iriciue    des 
Pelits  ser- 
mons. 


des  autres  ,  puis,  si  le  Saint-Fsprit  nous  a  fait  la 
grace  de  nous  combler  des  autres  dons,  je  veux  par- 
lor de  la  sagesse  et  de  la  science,  c'est  afin  que 
nous  ayons  soin  d'eD  faire  part  au  prochain.  Ainsi 
done  nous  obtiendrons  le  don  du  Saint-Fsprit 
qu'on  appelle  le  discernement  des  esprits,  en 
ne  reservant  pour  nous  que  ceux  qui  ne  nous  sont 
donnes  que  pour  nous ,  et  si  nous  faisons  proliter 
le  prochain  en  meme  temps  que  nous,  de  ceux  qui 
nous  sont  donnes  dans  l'interet  des  autres. 

QFATRF-VINf.T-NF.L  Y1FMF   SERMON    . 
Du  baiser  que  I'Epouse  desire,  on  (lit  Saint-Esprit. 

1.  «  Qu'il  me  baise  d'un  baiser  de  sa  bouche 
Cant.  i,  1).  »  Par  la  bouche  du  Pere  on  entend  le 
PBS  :   «  Or,  personne  ne  connait  le  Fils  si  ce  n'est 


baiser  est  eummiin  a  celui  qui  le  donne,  et  a  celr.i 
ipii  le  recoit,  si  done  le  Pere  et  lo  Fils  so  donnent 
un  baiser,  quel  pout  etre  ce  baiser  sinon  le  Saint- 
Fsprit  meme? 

2.  C'est  done  ce  baiser  que   I'Epouse  brule  do 
recevoir  quand  elle  dit :  «  Qu'il  me  baise  d'un  bai-  ''"'f^'6" 
ser  de  sa  bouche  :  »  et  c'est  le  baiser  quelle  ri  cut,  eommmaM 

des  vcrtu^ 

en  eii'et.  s'il  faut  en  croire  saint  Paul  qui  dit  :  «  Vous     de  Dieu. 
etes  des  enfants,  Dieu  a  envoye  dans  vos cceurs l'es-  et 1™°"'^" 
prit  de  sou  Fils  qui  vous  fait  crier ;  mon  Pore,  mon  que  l'£ponse 
Pere    (Gal.    iv,  6).  »  C'est  le  baiser  que  promettait     recevoir. 
aussi  le  Sauveur  lui-meme  quand  il  exhortait  ses 
disciples  a  perseverer  dans  la  priere,  et  leur  disait: 
«  Si  done   vous   autres,  tout  mechants   que  vous 


tantum  nobis,  ehaiitatem  non  habemus,  et  dicitur 
nobis  :  Sapientia  abscondila,  et  thesaurus  ineisus,  quae 
utilitas  in  ubrisque?  Bursus  si  de  donis  Dei  vidimus 
inuotescere  hominibus,  non  Deo  in  occullis  coidis  pla- 
ix-re;  liumilitateiii  perdimus,  el  mento  ilia  voce  iaorepat- 
raur  :  Quid  habes  quod  non  aceepi^ti '.'  Sis  ulivque  modo 
periclitamur,  bine  buudlilatein,  illinc  amiUendocharila- 
tem.  Kt  quis  sine  humilitate  et  charitate  potest  salvia 
Deril  Hcclus  er^o  prol'oclns  nosli-i  ordo  est,  ut  illis 
doiiis,  scilicet  compunctioiio  et  ca'lei-is,  studeaasui 
impleri  primum  :  ileindo  si  per  graliam  Spiritus-ISancti 
ex'lera  supercreveiinl,  id  est  sapienlia  et  scientia,  cure- 
mus  ilia  pioximis  partiri.  lla  sane  obtinebimus  illud 
Spiritus-Sancti  doiium,  quod  voeatur  discretiospiriluum 
si  et  ea  qua  nolds  tantuin  congrtmnt,  nobis  reaSCVCH 
mils;  et  ea  qua;  ad  alionnn  utililalem  eonfenintur. 
nobis  largiamur  et  proxiiuis. 

SERMO  LXXX1X. 

De  usculo  a  Sponsa  desiderata,  id  est  Spiritu- 
Sancto. 

1.  (hruletur  me  »«.«/<>  urii  vui.  <5i  Patris    ietelBgitW 
Rilius.  I*iHni>  aulem  novil    Fitam.  niw    Pnter,    <-(  nn»m 


nevtt  I'dlrem  (1*1  r'lliits,  et  cut  vo/uerit  Fi/ius  rcvelare. 
At  vcro  ciiicunquc  lit  ista  revelatio,  sive  Patris, 
filii,  non  lit  nisi  per  Spiritum  Sanctum.  Hine  est  quod 
cum  PetfUB  dixisset  Domino,  Tu  cs  ChvistUs  Filing 
Di'i  viri  :  illc  respondil.  Bkntus  es Simon  lUvjona,  quod 
inlerpirlalnr,  (ilins  coluraba1  :  quia  cam  et  sanguis  non 
•  n't  tibi,  sed  Pater  mens  qui  est  in  cor/is.  Et  Apos- 
lolus  cum  praunisisset,  quod  ocuita  non  ridit,  et  auris 
n  'a  timliril,  et  caetcra  ;  statim  snbjimxil,  nobis  autetn 
rttnUmii  Di'ik  per  Spoilum  mum.  Videtar  epgo  Sponsa 
gmtSam  habere  Spirilus  Sancli,  per  quam  cognoscat 
Filium  a>qnalem  Palri.  Nee  dioil,  Osxti/etur  Die  ore  suo. 
quod  solius  Kilii  est  dicere,  no!i  cujnsquam  crcaturs?, 
quippe  qua>  nullo  modo  potest  esse  squalls  Patri  :  sed 
OScil/o  oris  sui.  Porro  osculum  conimune  est  osculantis 
et  osculati  et  osculati.  Si  igilur  se  nrrvicem  osculantur 
Pater  el  (llius,  quid  est  eorum  osculum  nisi  Spiritus- 
Sanctus? 

2.  Hoc  itaque  (lagrat  Sponsa  osculari  :  Osculetur  ate, 
inquiens,  osculo  oris  sui.  Hoc  osculum  testatur  etiam 
Paulus  earn  aceopisse,  cum  dieit  :  Qunniam  estis  filii, 
misii  Ueus-  Spiritum  l-'ilii  tui  in  corda  nostra,  elaman- 
tem.    .IW>ci    I'ntrr.    Hoc.    osculum    pollicebalur   et  ipse 


SEHMONS  nivr.Ks. 


'.7 


fttes  vuiis  savez  donner  de  bonnes  ethoses  a  vos  en- 

fants,  a  eombien  plus  forte  raison  voire  Pere  qui 
est  dans  les  cieux  donnera-t-il  de  bonnes  choses 
aussi,  »  c'est-a-dire,  le  bon  Esprit,  it  ceux  qui  les 
lui  demandent  (Mutt,  vu,  11)  ?  »  Par  l'impression 
de  ce  baiser,  l';\me  raisonnable  recoit  de  sou  epons 
le  Verbe  de  Dieu,  la  connaissance  et  l'arnour  de  la 
verite  qui  sont  comme  les  deux  levres  que  la  vertu 
et  la  sagesse  de  Dieu  impriraent  sur  sa  bouche, 
ear  la  sagesse  donne  la  connaissance,  et  la  vertu 
V.  le  sermon  l'amour.  I/ame  a  de  meme  aussi  deux  levres  avec 
UCantique  lesquelles  elle  baise  son  epoux,  ce  sont  la  raison 
descantigues.  et  ja  voi0nte.  Le  propre  de  la  raison  est  de  perce- 
voir  la  sagesse  et  celui  de  la  volonte  est  de  perce- 
vuir  la  vertu.  Si  la  seule  raison  percoit  la  connais- 
sance de  la  sagesse  sans  que  la  volonte  ait  l'amour 
de  la  vertu,  le  baiser  n'est  pas  complet,  de  meme 
si  la  volonte  seule  recoit  ramour  sans  que  la  rai- 
son recoive  la  connaissance,  ce  u'est  encore  qu'un 
demi  «  baiser  »  mais  le  baiser  est  plein  et  part'ait, 
quand  la  sagesse  eclaire  la  raison  et  la  vertu  tou- 
che  la  volonte. 


*  Ce  sermon 
se  compose 

des 
cinquante- 
seplieme  et 
cinquante- 
Iruitieme   des 
Petits  ser- 
mons; 
lescinquante- 
cinq  et 
siiieme  se 
trouvent 
reporles  par- 
mi   les 
sentences. 


ni'ATRE-VINGT-DlXIEME   SERMON  '. 

Les  trait  pirfums  de  la  componction,   de  la  devotion 
et  de  la  pieti. 

i.  Dieu  a  deux  pieds  qui  sont  la  misericorde  et 
le  jugement,  c'est  avec  ces  deux  pieds  qu'il  se  pro- 
niene  continuellement  dans  les  ames  spirituelles, 
en  s'elancant  comme  un  geant  qui  va  parcourir  sa 


voie;  si  toutefois  il  y  en  a  doiit  il  puiBSfl  dire  avec 
raison  :  «  J'habiterai  en  elles,  je  me  promenerai  en 
elles.  «  Or,  Tame  pecnercsse  commence  par  arroser 
ces  deux  pieds  de  son  premier  parfum  qui  est  le 
parfum  de  la  componction.  Ensuite  Marie  qui  etait 
pecheresse,  repandit  un  parfum  sur  les  pieds  de 
Jesus;  or,  n'allez  pas  croive  que  ce  fut  un  parfum 
de  pen  de  prix  car  il  est  dit  que  «  toute  la  maison 
fut  embaumee  de  son  odeur.  »  Quoi  d'etonuant  a 
cela  quand  on  voit  que  les  cieux  memes  sont  rem- 
plis  de  la  bonne  odeur  de  semblables  parfums,  au 
dire  de  la  verite  meme,  qui  nous  apprend  que  «  il 
y  aura  de  la  joie  parmi  les  anges  de  Dieu  pour  un 
seul  pecheur  qui  fait  penitence  {Luc.  xv,  10)?  » 
Maisquelque  precicux  que  semble  ce  parfum,  toute- 
fois compare  a  un  autre  qu'on  appelle  le  parfum. 
de  la  devotion,  et  qui  se  compose  du  souvenir  des 
bienfaits  de  Dieu,  et  qu'on  repand  sur  la  tete  du 
Seigneur,  on  comprend  qu'il  est  vil  et  de  vil  prix.  Du 
premier  il  est  ecrit  :  «  Seigneur,  vous  ne  mepriserez 
point  un  cceur  contrit  et  bumilie  {Psal.  l,  19),  » 
et  du  second  :  <t  Un  sacrifice  de  louange  m'hono- 
rera,  (Psal.  xlix,  23).  »  Avec  celui-ci  on  parfume 
la  tete,  quand  on  rend  grace  a  Dieu  de  ses  dons; 
car  la  tete  du  Christ  c'est  Dieu  (Cor.  xi,  3).  C'est 
done  la  divinite  qui  est  touchee  dans  le  Christ  tou- 
tes  les  fois  que  nous  rappelons  ses  bienfaits  a  sa 
gloire.  Mais  au  contraire  c'est  moins  a  la  divinite 
qu'al'humamte  qu'il  faut  penser,  quand  nous  nous 
rappelons,  non  ses  dons,  mais  nos  propres  peches. 
2.  En  elfet,  lorsqu'il  s'est  incarne,  nous  savons 
qu'il  a  pris  les  deux  pieds  dont  je  viens  de  parler, 


Pieu  a  dflux 

pieds  q»i 

sont  la 

miserieordc 

et  le 
jugement. 

Le  parfum 

de  la 

componction. 


Le  premier 
ett  pour 

les  pieds,  at 
le  second 

pour  la  t'-te. 


Salvator,  cum  ad  instanliam  orafionis  exhortaretur  dis- 
cipulos  :  Si  in,  inquit,  cum  sifts  malt,  nostis  buna  data 
dare  filiis  vestris,  quanta  magis  Pater  vester  qui  in 
coejis  est,  dnbit  bona,  id  est  Spiritum  bonurn,  petf/tti- 
bus  se?  Ex  hujus  osculi  impressione  suscipit  anima  ra- 
tionalis  ab  ipso  sponso  suo  Verbo  Dei  cognitionem,  et 
amorem  veritatis,  quae  duo  quasi  labia  impriniit  et.  ipsa 
Dei  virtus  ct  Dei  sapientia.  Siquidem  sapientia  cogni- 
tionem,  virtus  confert  amorem.  Habet  el  ipsa  anima 
similiter  duo  labia,  quibus  osculatur  sponsum  suiim,  id 
est  rationem  et  volunlatem.  Rationis  est  percipere  sa- 
pientiam,  vo' ..ilatis  vktutem.  Si  sola  ratio  percipiat 
sapientias  cognitionem,  et  voluntas  non  habct  virtutis 
amorem,  non  est  plenum  osculum  :  aut  si  sola  voluntas 
obtineat  amorem,  et  ratio  minime  percipiat  cognitio- 
nem, nihilominus  est  semiplenum.  Tunc  vero  plenum 
et  perfectum  est,  quando  et  sapientia  illustrat  rationem, 
et  \irtus  aflicit  voluntatem. 

SERMO  XG. 

/>  fripli  i  unguento,   compunctions ,  devoiionis, 
pietatis. 

1.  Duo  sunt  pedes  Dei,  misericordia  et  judicium.  His 
circuit  et  perambulat  jugiter  spirituales.  mente.s,  exsul- 
taus  ul  gigas  ad  currendam  viam  :  si  tamen    tales  sunt, 


de  quibus  merito  dicat  :  Habitabo  in  illis,  et  deambu- 
labo  in  eis.  Hos  ergo  pedes  primo  ungit  anima  pecca- 
trix  illo  primo  unguento,  quod  dicitur  compunctionis. 
Denique  Maria,  qua;  peccalrix  erat,  tinxil  pedes  Jesu. 
Nee  mediocre  sane  unguentum  boc  videatur,  de  quo 
scriptum  est  :  Et  domus  imp/eta  est  ex  odore 
unguenti.  Nee  mirum,  cum  etiam  in  ccelestibus  sen- 
tiatur  hujusmodi  unguenti  fragranlia.  Verilatc  attestante 
qua?  ait  :  Gaudiutn  est  Angelis  Dei  super  uno  peccatore 
pamitentiam  agente.  Vertim  quantumlibet  unguentum 
boc  preliosum  videatur,  tamen  coniparattim  alteri, 
quod  appellatur  devotionis,  et  conticitur  ex  memoria 
bencficiorum  divinorum,  quo  et  ungitur  caput  Domini, 
vile  et  nullius  pretii  intelligitur.  Denique  de  illo  di- 
citur :  Cor  contritum  et  humiliation  Dens  non  despicie\. 
De  isto  vero  :  Saci  ificium  laudis  hononpcabit  me.  Ca- 
put ex  eo  ungis,  cum  de  suis  donis  Deo  g/alias  agis  : 
siquidem  caput  Christ i,  Deus.  Deitas  ergo  in  Cbristo 
tangitur,  quoties  ad  laudem  ipsius  ejus  beneficia  merao- 
ramus  :  sicut  non  tarn  deitas  quam  humanitas  necessfl 
est  ut  cogitetur,  cum  non  ejus  dona,  sed  nostra  peccata 
recordamur. 

2.  Nam  in  earnis  assumptione  duos  illos  pedes  ad 
hoe  accepisse  cognoscitur,  id, est  misericordiam  et  ju- 
dicium, ut  peccator,  quid  ad  caput,  id  est  ad  deitatem. 
accessum  non  habebat,  ad  pedes,  id  est.  ad  humanitatem, 
accederet.  Nisi  enicu  pes  iUe,  quern  dixiuius  misericor- 


48 


n  I  vkks  DE  sAIM'  BERNARD. 


La  u'ti-  la 
Jeans-Christ 

c >*t  sa 

divinile.  et 

sea  pieds  son 

humanity. 


CombieD  le 
parfum   ponr 

la  tete  est 

pins 

precieux  que 

celui  pour 

les  pieds. 


■4-dice  La  mis6ricorde,  pour  que  le  pecheur, 
qui  ne  pouvail  s'elever  jusqu'a  la  tfite,  c'est-a-dire 
jusqu'a  sa  divinile,  put  arriver  du  moins  jusqu'a 
st-s  pieds,  je  veux  dire  jusqu'a  son  humanite.  si  ce 
n'etail  poinl  a  1  aomme  qu'il  s'est  uni  par  l'incar- 
natiou  que  se  rapportat  le  pied  que  j'ai  appele  la 
misericorde,  Paul  n'aurait  pas  dit,  en  parlant  Ju 
Sauveur  :  «  11  a  eprouve  comme  nous  toutes  sovtes 
do  ten'.ations  horniis  ie  peclie,  pour  devenir  mise- 
ricordieux  (Hebr.  iv,  15).  »  Et  si  le  jugemenl  n'a- 
vait  puint  aussi  rapport  a  I'honune,  1'Homme-Dieu 
n'aurail  pas  dit,  en  parlant  de  lni-mime  :  a  El  il 
lui  a  donne  le  pouvoir  de  juger  parce  qu'il  est  le 
Kils  de  1'homme  [Joan.  \,  27).  »  Aussi  le  pecbeur 
s'approcbe-t-il,  sans  hesiter,  des  pieds  de  1'homme 
de  douleur  qui  eounait  sa  faiblesse,  et  s'eerie-t-il 
avec  contiance  :  «  lit  maintenant  nous  nous  appro- 
chons  avec  contiance  du  trone  de  la  grace,  car 
nous  n'avons  point  un  pontile  qui  ne  s  iclie  point 
eompatir  a  nos  faiblesses  (Hebr.  iv,  i6  et.  15).  » 
C'est  done  aux  pieds  du  Seigneur  que  se  jetle  la 
pecheresse,  et  c'est  de  sa  tete  que  s'approche  le 
juste  pour  les  arroser  de  parfums.  Mais  le  parfum 
de  la  tete  est  d'un  prix  d'autaut  plus  grand  en 
comparaisoD.  de  celui  qui  est  destine  aux  pieils,  que 
les  matieres  dont  il  se  compose  sont  plus  precieuses 
elles-memes  que  celles  qui  entrent  dans  la  compo- 
sition du  second.  En  etlet,  ces  dernieres  se  trou- 
vent  sans  peine  et  sans  fatigue  dans  noire  propre 
pays,  puisque  nous  somnies  tous  peeheurs;  les 
premieres,  au  contraire,  sont  beaucoup  plus  difliei- 
les  a  se  procurer  et  viennent  de  bien  plus  loin 
puisque  nous  les  tirons  du  paradis  de  Dieu.  «  En 
ell'et,  toute  grace  excellente  et  tout  don  parfait 
vient  d'en  baut  et  descend  du  Pere  des  lumieres 
(Jac.  i,  17;.  »  Enlin  oil  trouver  un  parfum  plus 
exquis  que  celui  que  Les  apotres   ne  purent  voir 


repandre  sans  muruiuivr  el  sans  dire  :  o  Ponrquoi 
cette  perte '?  On  aurait  pu  le  vendre  et  en  dormer 
le  prix  aux  pauvres  [Matt,  xxvi,  8)  ?  » 

3.  Et  maintenant  quand  on  voit  par  basard 
quelques  anies  vaquer  a  Dieu  et  demeurer  sans 
cesse  dans  un  saint  repos,  dans  Taction  de  graces 
et  dans  les  delices  de  la  divine  devotion,  avec  tant 
de  grace  et  de  piete,  qu'on  peut  croire  qu'elles 
repandent  des  parfums  sur  la  tete  du  Christ,  il  ne 
manque  pas  de  gens  pour  dire  :  A  quoi  bon  cell.' 
perte,  et  pour  se  plaindre  avec  raison,  selon  eux, 
que  eeux  qui  pourraient  rendre  de  si  grands  ser- 
vices aux  autres,  demeurent  dans  un  repos  qui  ne 
piofite  qu'a  eux.  lis  ne  parlent  point  ainsi  par 
envie  de  leur  saintete,  mais  dans  1'intcivt  de  la 
charite.  Apres  tout,  Dieu  merne  qui  esl  I iharite 
epaxgne  bien  souvent  ces  Ames  qu'il  voit  adonmVs 
avec  delices  aux  gouts  spirituels,  surtout  quand  il 
voit  que,  par  leur  pusillanimity  et  leur  faiblesse,  ce 
sont  encore  des  femmes  sans  force,  et  qu'elles  ne 
sont  point  arrivees  a  l'etat  d'bomme  parfait.  Or, 
celui  qui  lit  dans  le  fond  du  cceur  discerne  beau- 
coup  mieux  cela  que  les  hommes  qui  ne  voient 
que  la  figure  el  ne  jugent  que  sur  les  apparences, 
ne  faisant  point  reflexion  qu'il  n'est  pas  egalement 
facile  de  se  livrer  au  repos  de  la  devotion  et  de 
travailler  utilement,  de  pratiquer  l'bumble  sou- 
mission,  et  d'occuper  utilement  la  premiere  place  ; 
de  se  laisser  conduire  sans  se  plaindre  et  de  cou- 
duire  les  autres  sans  pecber,  d'obeir  de  plein  gre 
et  de  commander  avec  discernement ;  de  savoir  en- 
tin  Mre  bon  parmi  les  bons,  et  bon  encore  au  mi- 
lieu des  mediants  ;  bien  plus,  d'etre  pacifique  avec 
les  enfants  de  la  paix,  et  de  se  montrer  pacifique 
encore  avec  ceux  qui  ont  la  paix  en  borreur.  Jesus 
connaissant  done  qui  sont  ceux  qui  sont  propres 
ou  impropres  &  se  mdler  du  soin  des  autres,  repond 


Lr   - 


sont 


una 

plus 

propres 

ii-  con- 
templative, 
les    ar.tres  a 

!;i  \  i.' 

active. 


iliain,  ad  hominem  assumptum  pertiueret.  Paulus  de 
illo  non  diceret  ;  Taniutn  autem  per  omnia  pro  simi- 
litiiilim:  absque  pi'ri-nlii,  til  miterirors  fitrn't.  Et  nisi  ju- 
dicium sque  ad  hominem  pertiueret,  ipse  hoaio  Deus 
de  seipso  non  dixissel  :  El  potestatem  dedit  ei  in- 
dicium facere,  quia  filius  hominis  est.  Itaque  ad  hos 
pedes  viii  doloris,  el  scieatis  ioOrmitatem,  peccator  ac- 
cedere  non  dubitans,  (identer  loquilur  .  Nun  aulem 
cum  fiducia  accedimus  ad  thronum  gratim.  Non  enim 
habemus  Pontificem,  qui  non  sciat  compali  infirmitatibus 
noriris.  Peccatri.i  ergo  ad  pedes,  justa  ad  ungendum 
caput  accedit.  Tanlo  autem  unguentum  capitis  illo  alio, 
quod  pedibus  apponitur,  pretiosius  est  aestimandum, 
quanto  species  quibus  conficilur,  illis  constat  esse  pre- 
liosiores.  Has  quippe  facile  et  absque  labore  in  nostra 
rcgione  repcrimua.  Peccatores  siquidem  omnes  sumus. 
Porro  illas  difficile  ac  de  longinquo  valde,  utpote  de 
paradiso  Dei,  asporlalas  suscipimus.  Omne  enim  datum 
optimum,  et  omne  donum  perfectum  desursum  est,  des- 
cendens  a  Patre  luminuin.  Quid  denique  hujuscemodi 
unguento  cxcellentius,  de  cujus  cfTusione  etiam  Apos- 
toli     murmuraaae    dicuntur,   dicentes  :  Ut    quid  per- 


dititio   ha?e  ?   potuit    enim    venumdari,     ft    dari  pau- 
peribus. 

3.  Sod  et  nunc  quoque  cum  forle  videtur  quispiam 
vaeare  Deo,  tantsequc  devotionis  et  gratis,  ut  merilo 
credatup  ungere  caput  Cliristi,  persistens  jugiter  in 
Bancta  quiete,  et  gratiarum  actione,  et  divinae  delec- 
tatione  devotionis ;  non  desunt  qui  hoc  perditionem 
dicant,  et  justo,  ut  sibi  videtur,  murmure  conquerun- 
lur,  quod  is  qui  pluribus  prodesse  poterat,  quiescal 
sibi  :  non  quod  sanclilati  invideant,  sed  quod  provideant 
charitati.  Caeterura  ipsa  chaiilas  Deus  hujuscemodi 
anima'  pleiuinque  parcit,  quam  vide!  spiritualibua  stu- 
diis  delectari,  maximeque  si  talem  earn  noverit,  qua; 
adhuc  pusillanimitate  el  inihecillilate  ut  mulier  sit,  et 
nccduni  in  virum  perfectnm  profecerit,  <iuod  utique 
melius  ipse  discernit  qui  intuetur  cor,  quam  homines 
qui  in  facie  lantum  videnl  et  secundum  faciein  judi- 
cant,  cum  videlicet  minime  attendunt,  non  esse  ejus- 
dem  facilitalis  devote  quiescere,  et  frucluose  occupa- 
ri  :  humiliter  subesse,  et  utililer  prajesse  :  regni  siijc 
querela,  ct  regere  sine  culpa  :  obedire  sponle,  et  im- 
perare  discrete  :  bonum  denique  esse    inter    bonos,    el 


SERMONS  DIVEKS. 


49 


avec  amour  pour  ees  ames  delicates  qu'il  suit  mca- 
pables,  a  cause  de  leur  extreme  delicatesse,  de  se 
charger  de  la  conduit*  des  affaires,  ac.  ux  qui  pen- 
seut  le  coutraire  et  qui,  a  cause  de  cela,  leur  repro- 
chent  leur  repus  com  me  sterile  par  un  zele  qui 
n 'est  pas  bon,  ni  selon  la  science  :  «  Pourquoi  faites- 
vous  de  la  peine  a  cette  femme?  »  Car  s'il  est  vrai, 
comme  je  dois  le  reconnaitre,  que  ce  que  vous  vou- 
driez  la  pousser  a  faire,  est  meilleur  que  ce  qu'elle 
fait,  neaninoins  ce  qu'elle  fait  a  mon  sujet  est  bien. 
Laissez-la  done,  en  attendant,  faire  le  bien  qu'elle 
pent.  Je  sais  moi  qu'elle  n'est  encore  qu'une  sim- 
ple femme  ;  mais  quaud,  par  un  changement  de  la 
droite  du  Tres-Haut,  de  femme  elle  sera  devenue 
bomme,  ce  qui  ne  pourra  m'eehapper  quand  ce 
sera,  attendu  que  e'est  par  moi  que  ce  sera,  et  par- 
ce  que  je  la  maintiendrai  dans  cet  etat  qu'elle  y 
demeurera,  alors  l'iniquite  de  l'homme  sera  prefe- 
rable au  bien  d'une  femme  (Eccli.  xlii,  16).  Voil'i 
le  mieux  que  j'attends  d'elle.  Je  ne  regarde  point 
comme  une  perte  reffusion  de  ce  parfum  qui 
prouve  la  devotion  de  cette  femme,  et  qui  est  une 
figure  de  ma  sepulture.  A  cela  s'ajoute  que  son 
parfum  repand  bien  loin  son  odeur.  Aussi  partout 
ou  cet  Evangile  sera  preche,  on  racontera  a  sa  gloi- 
re  Taction  qu'elle  a  faite  [Matt,  xxvi,  13). 
Le  quatrifcme  h-  Venons-en  maintenant  au  quatrieme  parfum . 
Pce!ni°deS  Certainement,  si  on  compare  les  deux  premiers  en- 
la  piete.  tre  eux,  on  ne  peut  douter  que  le  second  ne  soit 
meilleur  que  le  premier,  et  bien  plus  exquis.  Mais, 
ce  qui   paraitra   bien   extraordinaire,   e'est  qu'on 


puisse  en  trouver  un  troisienie  qui  soit  preferable 
aux  deux  premiers,  tel  que  le  delicieux  parfum 
dont  l'Epouse  des  cantiques  se  flatte  que  son  sein 
exhale  l'odeur.  Or,  le  meilleur  suppose  quelque 
chose  de  plus  que  ce  qui  est  simplement  meilleur, 
de  meme  que  ce  qui  est  meilleur  suppose  le  bon, 
pour  que  l'expression  soit  juste.  Mais  l'excellence 
du  second  parfum  qui  parfume  la  tete  s'est  trouvee 
si  grande,  que  e'est  a  peine  s'il  se  trouve  une 
sommed'argentje  ne  dis  pas  preferable,  maisseule- 
ment  egale  a  la  valeur  de  ce  parfum.  Et  pourtant 
je  ne  puis  croire  que  l'Epouse  ait  menti,  car  elle 
n'a  pas  nioins  que  la  Verite  meme  pour  epoux 
dont  elle  reproduit  les  propres  paroles  et  qui,  non- 
seulement  ne  veut  point  tromper,  mais  encore  ne 
saurait  se  tromper  lui-meme.  S'il  en  etait  autre- 
ment,  ce  serait  en  vain  qu'elle  desirerait  et  soupi- 
rerait  apres  le  bonheur  des  embrassements  de  la 
Verite,  si  elle-meme  mentait  a  la  verite.  Quel  rap- 
pjrt  peut-il  y  avoir  en  effet,  entre  le  mensonge  et  la 
verite  ?  Que  dis-je  ?  la  verite  ne  perd-elle  point  tous 
ceux  qui  proferent  des  paroles  de  mensonge  [Psal. 
v,7)? 

5  Peut-etre  bien,  si  nous  cherchons  dans  l'Evan- 
gile,  trouverons-nous  quelque  figure  de  cette  ame. 
II  est  dit  en  effet  que  «  Marie  Madeleine,  Marie  mere 
de  Jacques  et  Salome,  acheterent  des  aromates  pour 
venir  embaumer  le  corps  de  Jesus  [Marc,  xvi,  1).  »" 
Voyez-vous  deja,  des  les  premieres  lignes  du  chapitre, 
de  quel  prix  doit  etre  ce  parfum  materiel,  puisqu'il 
ne  suffit  pas  d'une  ou  deux  femmes  pour  acheter 


bonum  inter  malos  :  immo  etiam  esse  pacalum  inter 
filios  pacis,  et  his  qui  oderunt  pacem,  exhiberi  paci- 
ficum.  Sciens  ergo  Jesus  qui  sint,  quive  non  sint  idonei 
implioari  euris;  pro  tali  delicata  anima,  quam  pro  sui 
adbue  teneritudine  tractandis  negotiis  minus  sufficere 
sentit,  adversus  aliud  sentienles,  et  ob  hoc  ejus  quietem, 
tanquam  infructuosam,  bono  quidem  zelo,  sed  non  se- 
cundum scientiam  insiniulantes,  ipso  respondet  elTectu  : 
Quid  molesti estis  huic  mulieri?  Nam  etsi  (quod  faten- 
dum  est)  melius  est  ad  quod  illam  traliere  tentatis,  bo- 
num tamen  opus  est  quod  operata  est  in  me.  Sinite 
earn  interim  operari  bonum  quod  potest.  Novi  enim 
ego  quod  adhuc  mulier  sit.  Gum  autem  mutatione  dex- 
tera;  Exceisi  de  muliere  factus  fuerit  vir,  (quod  et  me, 
quando  tamen  erit,  latere  non  poterit,  quia  me  pro- 
vocate pro  novebitur,  me  quoque  servante  tenebitur  :) 
tunc  melior  erit  iniquitas  viti,  quam  nunc  benefaciens 
mulier.  Unde  et  illud  melius  spero.  Nee  reputo  perdi- 
tionemunguenti  hujuseffusionem,  in  quo  et  mulieris  de- 
votio  designatur,  et  mea  praefiguratur  sepultura.  Hue 
accedit,  quod  tarn  late  suaru  fragrantiam  circumquaque 
diffundit  :  quare  ubicunque  praedicatum  fuerit  hoc 
Evangelium,  dici  etiam  habeat,  quod  et  ha;c  fecit  in 
ejus  commemorationem. 

4.  Jam  ad  tertium  unguentum  accedamus.  Sane  in 
duorum  prsemissorum  alterutra  collatione,  priore  se- 
quens  absque  omni  ambiguitate  cognoscitur  esse  me- 
lius, longeque  excellentius.  Illud  autem  mirum  vide- 
tur,  si  tertium  aliquod  inveniri  queat,  quod  ambDbus 
T.    IV. 


jure  debeat  anteponi,  juxta  quod  optimum  unguentum 
sponsa  sua  redolere  ubera  glorietur.  Alioquin  optima 
non  sunt,  si  non  vincunt  et  meliora  :  sicut  et  meliora 
veraciter  non  dicuntur,  nisi  qua?  superant  bona.  Porro 
tantaj  excellentire  unguentum  illud  secundum,  quo 
cnpii t  ungitur,  inventum  est,  ut  vix  quaelibet  ei  divi- 
lia?,  non  dieo  praeferri,  sed  nee  saltern  conferri  posse 
videantur.  Ego  tamen  non  crediderim  Sponsam  esse 
mentitam;  quippe  quae  habeat  sponsum  ipsam  Verita- 
tem,  cujus  et  hie  verba  loquitur,  qui  utique  sicut  fal- 
lere  non  vult,  ita  nee  falli  potest.  Alioquin  frustra  de- 
siderat  et  suspirat  veritatis  amplexibus  jungi,  mentiens 
veiitati.  Quae  enim  mendacio  societas  cum  veritate  '? 
Quin  potius  Veritas  perdit  omnes  qui  loquuntur  men- 
dacium. 

5.  Forlassis  in  Evangelio  si  quserimus,  inveniemus 
praecessisse  et  hujus  figuram.  Maria,  inquit,  Magda- 
lene, et  Maria  Jacobi,  et  Salome  emerunt  aromata,  ut 
vertientes  unjerent  Jesum.  Videsne  in  prima  fronte  pro- 
positi capiluli,  quanti  aestimandum  sit  etiam  hoc  mate- 
riale  unguentum,  cujus  aromatibus  comparandis  non 
una  vel  duse  sufficere  potuerunt?  Una  primum,  una 
et  secundum  attulit  unguentum.  Ad  hoc  autem  com- 
parandum  et  praeparandum  tres  pariter  convenerunt, 
ut  simul  videlicet  emerent  quae  per  se  singula?  non 
poterant.  et  sic  venienles  ungerent  Jesum.  Non  solum 
pedes,  aut  solum  caput,  sed,  ut  venientes,  inquit,  un- 
gerent Jemm,  id  est  totum  corpus.  Sed  attende,  quod 
tam  pretiosi  hujus  unguenti  Christus  pati  noluerit    per- 


60 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Pourquoi 

Jesus-Ctirist 

ne  voulait 

point 
permettre 
aux   I 

females 
d'ernbaumer 
sod  corps. 


Jesus-Christ 
a  plus 
aime  sod 
corps   mysti- 
que que  son 
corps  te- 
ritable. 


*  Ce  sermon 

se  compose 

du  soixan- 

tieme  et 

■oixante  el 

unieme 
Pelils  ser- 
mons. 


les  aromates  qui  le  composcnt  ?  II  y  eut  une  femme 
qui  apporta  le  premier  parfum,  une  seconde 
femme  .ipporla  le  second;  mais,  pour  acbeter  le 
troisieme,  et  pour  le  preparer,  il  n'en  faut  pas 
moins  de  trois,  atin  d'acheter  ensemble  ce  que 
i  bacune  d'elles  n'aurail  pu  (aire  apart,  el  de  ve- 
oir  ensuite  embaumer  le  corps  de  Jesus,  «  ou  pour 
venir  embaumer,  »  je  ne  dis  point  les  pieds  ou  la 
tile,  mais  «  Jesus,  »  c'est-a-dire  son  corps  tout  en- 
tier.  Mais  remarquez  que  le  Sauveur  ne  voulut  pas 
permettre  qu'un  si  precieux  parfum  fut  perdu.  Les 
salutes  femmes  n'ayant  point  trouve  son  corps,  le 
remporterent  et  recureut  l'ordre  de  reserver  pour 
son  corps  vivant,  le  parfum  qu'elles  avaieut  pre- 
pare pour  son  corps  mort.  C'est  ce  qu'elles  fireut 
quand  elles  prirent  soin  de  verserleur  baume  dans 
les  eceursatlristesdes  apotres  qui  sontcertaiuement 
les  meitibres,  mais  les  membres  vivants  du  Christ, 
en  leur  annoneant  la  joyeuse  nouvelle  de  sa  resur- 
rection. Si  le  Sauveur  n'avait  pas  aime  ces  mem- 
bres-la  beaucoup  plus  que  le  corps  qui  fut  crucifie, 
il  n'aurait  point  laisse  attacker  celui-ci  a  la  croix 
pour  celui-la.  D'ou  jeconclus  que  le  dernier  par- 
fum l'emporte  sur  les  deux  premiers,  puisque  Je- 
sus-Christ  a  voulu  le  reserver  pour  son  corps  vi- 
vant, je  veux  dire  pour  son  Eglise  a  qui  il  est  porle 
en  effetj  ft  pour  le  rachat  duquel  il  a  voulu  soutl'rir 
la  mort. 

Ql  ATRE-VINGT-ONZ1EME  SERMON.  * 

Les  trois  plants. 

1.  «  Vos  plants  sont  comme  un  jardin  delicieux 
[Cant.,  it,  13).  »  Ce  sont  les  paroles  de  felicitations 
que  la  Jerusalem  celeste  fait  entendre  a  la  Jerusa- 
lem de  la  terre.  Or  les  plants  dont  elle  parle  sont 
au  nombre  de  trois.  Le  premier  est  celui  des  gens 


du  monde  qui  vivent  dans  les  liens  du  manage  et 
qui  font  penitence;  le  second  es1  celui  des  convers 
qui  vivenl  dans  la  continence  au  fund  d'un  cloltre, 
et  le  troisieme  est  le  plant  .Irs  prelals  « jui  prechent 
el  qui  prienl  pour  le  peuple  de  Dieu.  C'est  du  pre- 
mier plant,  je  veux  dire  de  la  penitence,  que  par- 
lent  les  anges  qui  ressentent  de  la  joie  pour  la 
conversion  d'un  seul  pScheur  qui  fait  penitences 
(Luc.  xv,  10),  quand  lis  disenl :  dQui  est  celle-ci  qui 
montepar  le  desert  comme  une  petite  vapeur  d'aro- 
mates,  etc.  {Cunt.,  in,  6)?  n  Or  on  entendicipar  ces 
mots  :  «  (jui  moute  par  le  desert,  »  c'est-a-dire  par 
cette  terre  non  frayee  et  aride,  le  fait  de  lame  qui 
serappelle  sespechfe,  et  elle  monte  «  comme  une 
petite  vapeur,  »  quand  elle  les  confesse  humble- 
ment.  Or  on  dit  que  cette  confession  se  fait  droit 
«  comme  monte  une  petite  vapeur  d'aromate,  » 
parce  quelle  se  partage  entre  plusieurs  espe- 
ces  de  pecbes,  comme  la  fumee  de  l'encens  qui 
passe  par  les  ouverlures  de  l'encensoir.  II  faut 
encore  remarquer  que  si  la  fumee  n'a  jamais 
d'eclat,  elle  a  pourtant  quelquefois  de  l'odeur. 
Or,  on  recommit  que  la  fumee  de  la  confession  dont 
il  est  parle  ici,  a  une  certaine  odeur  de  piete,  aux 
paroles  qui  suivent  :  «  Une  vapeur  d'aromates,  de 
mjTrhe.  et  d'encens  et  de  toutes  sorles  de  poudres 
odoriferantes.  »  La  confession  doit  toujours  etre 
accompagnee  de  la  myrrbe  et  de  l'encens,  e'est-a- 
dire  de  la  moitilkation  de  la  chair  et  de  l'oraison 
du  cceur,  car  l'une  ne  peut  point  ou  ne  peut  guere 
servir  sans  l'autre.  En  effet,  si  quelqu'un  rnortifie 
sa  chair  sans  se  livrer  a  la  priere,  c'est  un 
orgueilleux,  et  c'est  a  lui  qu'il  est  dit  :  «  Est-ce 
que  je  mange  la  chair  des  taureaux  etm'abreuve-je 
du  sang  des  boucs  (Psal.  xux,  13)  ?  »  De  meme, 
s'il  prie  et  neglige  de  morlitier  sa  chair,  Dieu  lui 
dira  :  «  Pourquoi  m'invoquez-vous  en  me  disant  : 
Seigneur,  seigneur !   si  vous  ne  faites  point  ce  que 


It  y  a  trois 
plants  le 
premier  est 

la  penitence 
des  honimes 
du   monde. 


La  confession 
doit  etre 

accompagnee 
de  mor- 
tification et 
d'oraison. 


dilionem  fieri  :  et  ideo  non  invento  corpore  reporta- 
runt  illud,  et  jussaj  sunt  exhibere  vivo,  quod  pis- 
paraverant  mortuo.  Quod  et  fecerunt.  cum  protinus 
nunliato  gaudio  resurrectionis,  discipulorum  ,  qui 
1  dubio  membra  Christi,  et  membra  viva  erant, 
tristia  corda  delinire  curarunt.  Qua?  utique  membra 
nisi  plus  illo  crucitixo  corpore  Christus  diligeret,  pro 
his  illud  crucifigendum  non  tradidisset.  Liquet  itaque, 
quod  duo  ilia  tanto  hoc  ultimum  prrecellit  unguenta' 
quando  Christus  hoc  suum  corpus,  id  est  Ecclesiam^ 
cui  exhibetnr,  illo  quod  ex  eo  ungi  voluit,  quod  et 
propter  hujus  redemptionem  tradi  voluit,  constat  esse 
amabilius. 

SERMO  XC1. 
De  tribus  emissionibus. 

{.  Emissiones  luce  paradisus.  Vox  illius  ccelestis  Je- 
rusalem, congaudentis  huic  quae  pcregrinatur  in  terris. 
Sunt  autem  Ires  emissiones.  Prima  conjugatorum  pce- 
niteDtium  in  mundo  ;  secuada  conversorum  continen- 


tium  in  claustro  :  teilia  Pra'latorum  prasdicantium,  et 
orantium  pro  Dei  populo.  De  prima  emissione,  id  est 
pcenitenlia,  dicunt  angeli,  quibus  gaudium  est  super 
uno  peccatore  pcenitentiam  agente  :  Quae  est  ista  qua; 
ascendil  per  desertum  sicut  virgtila  fumi,  etc.  Ascendere 
autem  tlicitur  l)a>c  aninia  pcunilens  /»  /•  desertion,  tcr- 
ram  scilicet  inviam  et  inaquosani,  peccatorum  suorura 
recordo.  Ascendit  sicut  virgula,  eadem  peccala  hu- 
militei'  confitendo.  Qua?  conl'essio  recte  tied  sicut  wr- 
gula  fumi  dicitur,  quia  per  plures  peccatorum  species, 
tanquam  fumus  de  thuribulo  per  plura  foramina  deri- 
vator. Et  notandum  quod  cum  I'umus  nunquam  ha- 
beat  splendorem,  nonnunquam  tamen  habere  possit 
odorem.  Quod  hie  fumus  confessionis  odoren  qnem- 
dam  pietatis  halieat,  innuitur  ex  his  qua;  subjunguntur  : 
Ex  aromutibus  myrrhts  et  (hurts,  et  universi  jiutveris 
pigmenlarii.  Confessionein  debet  semper  comilari  myr- 
rha  et  thus,  id  est  inortiflcatio  carnis,  et  oratio  cordis. 
Alterum  euim  sine  altera,  aut  parum,  aut  nihil  pro- 
dest.  Nam  si  quis  carnem  ,  mortificet,  et  orare  dis- 
siniulet,  superbus  est,  et  dicitur  ei  :  Numquid  mandu- 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


51 


je  'lis  (Luc,  vi,  46)  ?  »  On  bien  encore  :  «  Quieon- 
que  detournc  l'oreille  pour  ne  point  ecouter  la  Ioi, 
sa  priere  meme  sera  execrable  {{Prov.  xxvur,  9).  » 
L'une  el  l'autre  se  donnent  dime  un  mutuel  appui, 
puisqu'il  est  certain  que  l'une  ne  saurait  etre 
agreee  sans  l'autre. 

•J.  II  est  dit  :  «  comme  une  vapeur  de  toutes  sor- 
tes  dp  poudres  odoriferantes  {Cant,  m,  6).  »  Apres 
le  souvenir  et  la  confession  des  peches,  apres  la 
mortification  et  l'oraison,  i)  faut  produire  le  fruit 
des  aumones.  On  a  raison  de  les  appeler  «  une 
poudre  »  attendu  qu'elles  ne  sont  que  de  la  terre  : 
«  odoriferante  »  parce  qu'elles  exhalent  l'odeur 
la  plus  suave.  Voila  d'oii  vient  qu'il  a  ete  dit  a 
Corneille  qui  faisait  des  bonnes  ceuvres  :  «  Vos 
prieres  et  vos  aumones  ont  monte  [Act.  x,  4).  » 
Peut-etre  sont-elles  appelees  «  toute  especede  pou- 
dres odoriferantes,  »  parce  que  tous  les  peches, 
non-seulement  les  grands,  mais  aussi  les  plus  pe- 
tits  doivent  etre  broyes  par  la  confession  et  delies 
par  la  componction.  Mais  restons-en  la  pour  le  pre- 
mier plant. 

3.  Le  second  plant  est  la  vie  des  continents  dans 
le  cloitre  ou  dans  le  desert.  Dans  ce  plant  il  n'est 
fait  aucune  mention  de  desert  nide  vapeur  e'est-a- 
dire  de  penitence  ;  mais  de  lumiere,  de  splendeur 
et  de  vertu.  Enfin,  e'est  a  la  louange  de  ce  plant 
que  la  voix  des  anges  fait  entendre  ces  paroles  : 
«  Quelle  est  celle-ci  qui  s'avance  comme  l'aurore  a 
son  lever,  belle  comme  la  lune,  elevee  comme  le 
soleil,  terrible  comme  une  armee  ran  gee  en  ba- 
taille  (Cant,  xi,  9) '?  »  Dans  ces  mots  il  faut  voir  trois 


cabo  carries  taurorum,  aul  sanguinem  hireorumpotabo? 

Item  si  oravcrit,  et  camera  suam  mortiticare  neglexe- 
ril,  audiet  :  Quid  vocatis  me,  Domine,  Domine,  et  non 
faeitis  qwe  dico?  Et  illud  :  Qui  avertit  aurem  suarn 
ne  aiiduit  legem,  ornlio  ejtti  eril  irverabilis.  Utriimque 
ergo  alteri  suffragatur,  dum  constat  quod  alteram  sine 
altera  reprobalur. 

2.  Sequitur  :  El  universi  pulveris  pigmentarii.  Post 
recordationem  et  confessionem  peccatorum,  post  mor- 
UGcationem  et  orationem  exhibendus  est  t'ructus  elee- 
mosynarum.  Quse  bene  pulois  dicuntur,  quia  de  ter- 
rena  substantia  liunt  :  pigmentarii  vera,  quia  suavissi- 
mum  ocforem  emittunt.  Hinc  est  quod  Cornelio  bene 
agenti  dictum  est  :  Oraliones  tuas,  et  elemosynoz  tuce 
ascender unt.  Vel  universi  pulveris  pigmentarii  ideo  di- 
citur,  quia  non  solum  magna,  sod  etiam  minima  quas- 
que  peccata  conterenda  sunt  per  confessionem,  et  di- 
luenda  per  compunctionem.  Haec  de  prima  emissione 
dicta  sufticiant. 

3.  Secunda  est  vita  continentium  in  claustro  vel 
eremo.  In  hac  emissione  nulla  fit  deserti  mentio,  ant. 
fumi  seu  pcenitenthe ;  sed  Iucis  splendoris,  atque  vir- 
tntis.  Denique  in  hujus  laude  angelica  voce  cantatur  : 
Quo:  at  ista  ana;  ascendit  sicut  aurora  consurgens 
pulchra  ut  /una,  electa  ut  sol,  terribilis  ut  castrorum 
acies  ordiaata?  In  quibus  verbis  triplex  virtus  ejus  os- 
tenditur,  humilitas,  castitas,  charitas.  Aurora  quippe 
finis  est  noctis,  et  initium  lucis.  Nox  autem  vitam    pec- 


vertus  du  second  plant,  l'humilite,  la  chastete  et  la 
cbarite.  En  effet,  l'aurore  est  la  fin  de  la  nuit  et 
le  commencement  du  jour.  La  nuit  e'est  la  vie  du 
pecheur,  et  le  jour,  la  vie  du  juste.  Aussi  l'aurore 
qui  dissipe  les  tenebres,  annonce  la  lumiere  et  se 
prend  avec  raison  pour  l'humilite,  car  de  meme 
que  l'aurore  separe  la  nuitdu  jour,  ainsi  l'humilite 
separe  le  juste  du  pecheur.  C'est  en  effet,  par  elle, 
je  veux  dire  par  l'humilite,  que  le  juste  commen- 
ce, et  par  elle  qu'il  grandit.  Aussi  l'Ecriture  parle- 
t-elle  de  «  l'aurore  a  son  lever,  »  afin  que  l'edifice 
des  vertus  commence  par  l'humilite  et  s'eleve 
ensuite  comme  sur  son  propre  fondement.  C'est 
done  pour  montrer  son  humilite  qu'il  est  dit  : 
«  Comme  l'aurore  a  son  lever.  »  Les  paroles  sui- 
vantes  :  «  Belle  comme  la  lune,  »  indiquent  la 
chastete.  Or,  on  dit  que  la  lune  ne  tient  pas  son 
eclat  d'elle-meme,  mais  le  tire  du  soleil.  Aussi,  plus 
elle  se  trouvedirectementopposeeau  soleil,  plus  est 
grande  la  partie  de  son  disque  eclaire  de  sa  lumie- 
re. II  en  est  de  meme  d'une  congregation  et  de 
toute  ame  fidele  si  elle  s'expose  aux  rayons  du  vrai 
Soleil,  ou  ne  peut  douter  qua  son  aspect,  elle  ne 
recoive  aussitot  un  certain  lustre  de  beaute  et  un 
eclat  de  chastete.  De  la  vient  que,  prenant  un  cer- 
tain accroissement  a  sa  lumiere,  et  faisant  quel- 
que  progres,  elle  arrive  a  la  perfection  et  miirite 
qu'on  dise  d'elle  ce  qui  suit. 

•  lx.  «  Elevee  comme  le  soleil.  »  Pourquoi  comme 
le  soleil?  Est-ce  parce  que  les  justes  brilleront 
comme  le  Soleil  dans  le  royaume  de  leur  Pere 
[Matt,  xxn,    11)?   Mais    la,   d'oii  leur  viendra  cet 


L'aurore  es( 

t'image 
de  l'bumilite. 


La  beaut6 
de  la  lune 

est  l'i- 
mage  de  la 

chastete. 


Con:parai- 
son. 


La  splendeur 

du  soleil 

est  Timage 

de  la  cbarite. 


catoris,  lux  sigailicat  vitam  justi.  Aurora  ergo  quae  fu- 
gat  tenebras,  lucem  nuntiat,  merito  humililatem  de- 
signat  :  quia  sicut.  ilia  diem  et  noclcm,  ita  ista  dividit 
jtistuui  peccatorem.  Nam  hinc,  id  est.  ab  humilitate, 
Justus  quisque  incipit,  et  hide  proficit.  Unde  etiam 
ipsa  aurora  consurgens  dicitur,  ut  videlicet  virtutum 
structure  surgens  ab  humilitate,  tanquam  proprio  fun- 
damento  erigatur.  Igitur  ad  ostendendam  ejus  humi- 
litatem  dictum  est  :  Sicut  aurora  consurgens.  Illud 
vera  quod  sequitur,  Pulchra  ut  luna,  castitatem  de- 
monstrat.  Porro  luna  dicitur  splendorem  suum  non 
a  se  habere,  sed  a  sole  trahere  :  quantoque  magis  so- 
bs conspectui  cernenda  opponitur,  tanto  majore  sui 
parte  ab  ejusdem  solis  lumine  illustratur.  Similiter 
congregalio,  seu  quaeque  fidelis  anima,  si  veri  Solis  ob- 
tutibus  ofieratur  intuenda,  sine  dubio  ex  visione 
illius  admittit  protinus  in  se  decus  quoddam  pulchri- 
tudinis,  et  venustatem  castitatis.  Unde  tit,  ut  ex 
ejus  lumine  crescens  et  proficiens,  etiam  ad  per- 
fectionem  provehatur,  ut  recte  dicatur  de  ilia  quod  se- 
quitur : 

4.  Electa  ut  sol.  Quare  ut  sol?  An  i'Jeo  quia  fulge- 
bunt  justi  sicut  sol  in  regno  Patris  eorum?  Sed  ibi 
unde  sicut  sol  t'ulgebunt,  nisi  de  splendore  vestis  nup- 
tialis?  Ipsa  est  enim,  qua  utique  in  terris  positi  ves- 
tiendi  erant,  illi,  quibus  dictum  est  :  Vos  autem  sedete 
in  civitate,  donee  induamini  rirtute  ex  alto.  Hac  vir- 
tute  charitatis,  quam  vestis  ilia  nuptialis  significat,  quis- 


63 


CEl'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Celui  qui    est 
revetu  de 
la  vertu  de 

charity 
est  terrible 
a  ses  enne- 

Olis. 


eclat  'In  Soleil,  sinon  de  lour  robe  nuptiale?  Car  une  grade  elevation  d'ame,  tout  ce  qu'ils  ont  pu 
c'esl  d'elle  que  devaient  ce  revetir  ceux  qui  etaient  soustraire  au  monde;  aussi  est-il  dit,  «  qui  monte 
sur  la  terre  et  a  qui  il  a  etc  dit :  «  Quant  a  vous  da  desert  comblee  de  delices.  »  Mais  il  faut  cher- 
demeurez  dans  la  ville  jusqu'a  ce  que  vous  soyez  cher  quelles  sont  ces  delices  dont  ils  sont  combles, 
rev£tus  de  la  vertu  d'en  baut  [Luc.  xxiv,  &9),  »  de  et  quel  est  ce  bien-aime,  et  pourquoi  il  est  dit  qu'ils 
oette  vertu  de  charite  dont  la  robe  nuptiale  est  le  s'appuient  sur  lui.  II  ne  faut  pas  tenir  pour  me- 
signe  :  quiconque  en  sera  revetu  et  l'aura  conve-  diocres  les  delices  auxquelles  les  citoyens  d'en  baut 
aablemenl  ordonnee  en  soi,  sera  cerlainement  ter-  donnent  ce  noni ;  car  ces  delices  ne  simt  telles  que 
rible  a  ses  ennemis,  comme  une  armee  rangee  en  pour  le  cceur,  non  pour  le  ventre  :  pour  lime,  mm 
bataille.  En  affet,  les  demons  se  mettent  bien  peu  pour  le  corps;  pour  l'csprit,  non  pour  la  chair; 
en  peine  des  autres  vertus,  quelles  qu'elles  soient,  pour  la  raison,  non  pour  les  sens;  pour  l'hom- 
quand  elles  sont  sans  la  charite.  Mais  quand  ils  me  interieur,  non  pour  l'homme  exterieur;  ces 
voient  la  charite,  et  qu'ils  la  voient  reglee  comme  delices,  pour  le  dire  en  quelque  sorte  en  un  seul 
une  armee  rangee  en  bataille,  ils  s'enfuient  avec  mot,  e'est  l'infusion  abondante  de  la  grace  spiri- 
precipitation.  On  pent  aussi  voir  dans  ces  mots,  tuelle.  Heureuse  l'ame  oil  une  telle  grace  se  repand, 
«  elevee  comme  le  suleil,  »  la  perseverance  qui  qui  se  trouve  prevenue  des  benedictions  et  de  la 
u'apparlient  qu'auz  elus.  Mais  par  ces  paroles  qui  douceur  d'en  haut,  pour  devenir  le  temple  de  Uieu 
viennent  apres,  «  terrible  comme  une  airnee  ran-  et  l'oracle  du  Saint-Esprit.  Une  pareille  ime  ne 
gt'v  en  bataille,  »  on  peut  entendre  la  discretion,  saurait  se  trouver  a  court  des  richesses  du  salut, 
qui  est  la  mere  des  vertus,  qui  jette  la  terreur  dans  je  veux  dire  de  la  sagesse  et  de  la  science,  ni  de- 
le camp  des  demons  et  les  met  en  fuite,  acquiert  et  pourvue  du  plus  grand  tresor  du  salut,  la  crainte 
conserve  les  vertus.  On  peut  encore  fort  bien   en-  du  Seigneur.  Quand  elle  se  senlira  remplie  et  com- 


Qnelles  aonl 
les  delicei 

des  bou9 
pasteurs. 


Le    troisieme 
plant  est  la 

Tic  et  la 

doctrine  des 

prelats. 


tendre  et  dire  beaucoup  d'autres  cboses  dans  ce 
second  plant,  mais  qu'il  sufflse  dans  le  nombre  du 
peu  que  nuns  venons  de  dire. 

5.  Le  truisieme  plant  convient  aux  saints  predi- 
cateurs,  donl  la  doctrine  et  la  vie  arrachent  ce  cri 
J  admiration  :  «  Quelle  est  celle-ci  qui  monte  du 
desert  remplie  de  delices,  appuyee  sur  son  bien- 
aime  [Cant,  vm,  5)  ?  »  Au  premier  plant  il  a  ete 
dit  «  qui  est  celle  qui  monte  par  le  desert,  »  mais 
de  eelui-ci  il  est  dit :  «  Quelle  est  celle-ci  qui  monte 
du  desert '?  »  A  cause  des  epines  qui  dechirent  les 
penitents  quand  ils  marchent  a  travers  elles ;  ici 
au  contraire,  les  docteurs  ont  foule  aux  pieds,  avec 


blee  de  ces  delices,  il  ne  lui  restera  plus  qu'a  exal- 
ter  le  Seigneur  au  plus  haut  des  cieux,  et  a  le 
loner  dans  la  chaire  des  vieillards.  Ce  qu'elle  aura 
entendu  an  fond  de  la  chambre,  elle  le  redira  sur 
les  loits,  et  e'est  ainsi  qu'elle  sera  comblee  de  deli- 
ces; caretre  conible.  e'est  etreetabli  dans  la  predi- 
cation de  la  doctrine,  luire  par  l'exemple  de  sa 
vie,  et  remplir  avec  Constance  les  ceuvres  spiritu- 
elles. 

6.  Mais  en  tout  cela,  il  faut  que  tout  pasteur  re- 
cherche la  gloire  de  son  auteur,  non  la  sienne ; 
car  e'est  lui  qui  est  son  bien-aime  dont  il  est  ecrit : 
«  Je  suis  a  mon  bien-aime,  et  mon  bien-aime  est  a 


Tout  scccej 

doit  4tre 

rapporte  a 

bieu, 

par  les 

predicateun. 


quis  indutus  fuerit,  eamque  in  se  recte  ordinaverit,  erit 
procul  dubio  terribilis  hostibus  suis  ut  castrorum  acies 
ordinata.  Nam  de  caeteris  quidem  virtulibus  quantas- 
cunqtie  sine  charitate  habueril,  non  curaut  diemoncs. 
Cum  vero  charitalem  et  ipsam  ordinatam  in  acie  vide- 
riDt,  illico  praecipites  aguntur  in  fugam.  Potest 
in  eo  quod  dicitur  electa  ut  sol,  perseverantia  inlelligi, 
quae  tanlura  electorum  est.  In  eo  antcm  quod  sequitur, 
terribilis  ut  castrorum  acies  ordinata,  discretio  mater 
virtutum,  per  quam  terrentur  et  fuganlur  dae- 
mones,  acquiruntur  ct  conscrvantur  virtutes.  Pos- 
sunt  ct  alia  multa  in  hac  secunda  emission  congrue 
el  inlelligi  et  dici  :  sed  base  pauca  de  multis  dixisse 
sufficiat. 

5.  Terlia  emissio  convenit  Sanctis  praedicatoribus, 
de  quorum  vita  et  doctrina  etiam  vox  ilia  sub  admira- 
tionc  profertur  :  Qua  est  ista  qua?  ascendit  de  deserto 
deliciis  affluens,  innixa  super  dilectum  suum  ?  In  prima 
emissione  dictum  fuerat,  Quae  est  ista  qua;  ascendit  per 
desertum,  in  hac  aulem,  Quo;  ascendit  de  deserto  :  quia 
nimitum  ibi  pecnitentes  compungunt  spiuae,  per  qnas 
incedunt;  hie  vero  doctores  quidquid  de  saeculo  sub- 
ripere  poluernnt,  sublimi  mente  calcaverunt.  Ideo  dic- 
tum est,  de  deserto  deliciis  affluens.    Sed    quaerendum 


est,  quae  sint  illae  deliciae,  quibus  affluere  dicuntur;  et 
quis  ille  diliectus,  aul  cur  super  eum  inniti  dicantur. 
Neque  enim  parvae  aestimandae  sunt,  quae  a  stipernis 
civibus  delicia-  nominantur.  Siquidem  bujuscemodi  de- 
liciae  mentis  sunt,  non  venlris:  animi  non  corporis; 
spiritus,  non  carnis ;  rationis,  non  scnsualitalis;  inte- 
lioiis,  non  extcrioris  hominis.  Quas  ut  breviter  aliquo 
modo  describam,  ipsae  sunt  abundans  infusio  gratiae 
spiritualis,  Beata  ilia  anima,  cui  talis  gralia  infunditur, 
quae  in  bencdictionibus  supernal  dulcedinis  pra-venitur, 
ut  templum  Dei  el  oracultim  Spirilus-Sancli  efticiatur. 
Tali  quippe  animae  deessc  non  possunl  divitiae  salutis 
sapientia  et  scientia,  et  cjusdem  salutis  optimus  the- 
saurus limor  Domini.  Quibus  deliciis  cum  abundaverit 
et  repleta  fuerit,  exalte!  jam  in  ecclesiis  Dominum, 
et  in  cathedra  seniorum  laudet  eum.  Quod  in  aure  au- 
divit  in  cubiculis,  pracdicet  jam  super  tecta,  et  sic  af- 
fluet  deliciis.  Affluere  enim  dictum  est,  verbo  doclrinse 
insistere,  cxemplo  vitae  lucere,  opus  spirituale  instanter 
exercere. 

6.  Sed  neccsse  est  ut  in  his  omnibus  non  suam,  eed 
auctoris  sui  quaerat  gbriam.  Ipse  est  enim  dilectus 
ejus,  de  quo  scriptum  est  :  Ego  dilecto  meo,  et  dilectus 
meus  mihi.  Et  de  quo  Pater  :  hie  est  filius  meus  dilie- 


SERMONS  DIVERS. 


53 


Sans  le 
aecours  de  la  ()e  ]a  viglie,  VOUS,  VOUS 
grace  de  ,     u  v. 

Dieu,  toute   de  raeme  que  la  branche   de    la  vigne    ne 


moi  [Cant,   n,  16),  »  et  c'est  de  lui  encore  que  le 
Pere  a  dit  :    «   Celui-ci   est   mon    Fils  bien-aime, 
ecoutez-le  (Luc.  lx,   35).  »    C'est  sur  lui   qu'il   faut 
s'appuyer,  afin  de  rapporter  tout  ce  qu'on  fait  au 
secours  de  sa  grace,  car  c'est  de  lui  que  tout  vient, 
c'est  par  lui  que  tout  se  fait,  et  c'est  a  lui  que  tout 
se   rapporte.    D'ailleurs  le  bien-aime  du  Pere,  qui 
nous  enseigne  toute  science,  nous  apprendra  mieux 
que  personne  pourquoi  on  doit  s'appuyer  sur  lui. 
11  dit,  en  effet,  a  ses  disciples  qu'il   remplissait  de 
cette  sorte  de  delices  :   «  C'est   moi  qui  suis  le  cep 
n  etes  les  branches.  Aussi, 
saurait 
VdounelT  Porter  de  fruit  d'elle-meme,  et   qu'il  faut  qu'elle 
les         demeure  unie   au  cep,  ainsi  vous  ne  pouvez  porter 

pr£d  cateurs  „  ,  .   ,  _ 

est  vaine.  aucun  fruit  si  vous  ne  oenieurez  en  moi  (Joan,  xv, 
4  et  5).  »  Et  ailleurs,  «  sans  moi  vous  ne  pouvez 
rien  faire.  »  C'est  comme  s'il  disait  sans  detour; 
si  vous  voulez  etre  combles  de  delices,  appuyez- 
vous  sur  moi.  Mais  voyons  maintenant  comment 
ils  en  sont  combles  et  comment  ils  s'appuient  sur 
lui.  Placons  au  milieu  de  nous  pour  nousinstruire, 
tous,  un  predicateur  acheve.  Eli  bien  done  bien- 
heureux  Paul,  soyez  rempli  vous-memes  des  delices 
qui  vous  appartiennent.  Certainement  apres  avoir 
preche  l'Evangile  depuis  Jerusalem  et  ses  environs 
jusqu'a  l'lllyrie  ;  apres  avoir  jete  sans  recompense 
les  fondements  de  l'Evangile;  apres  avoir  faitpart, 
comme  un  prudent  et  fidele  dispensateur,  des  celes- 
tes tresors,  et  du  sacrement  de  la  foi  aux  Grecs  et 
aux  barbares ;  apres  avoir  porte  partout  dans 
votre  corps  mortel,  la  mortification  de  Jesus,  au 
milieu  des  nombreuses  et  adunrables  merveilles 
que  vous  avez  operees,  et  que  nous  ne  saurions 
rappeler  ici  en  detail,  vous  avez  pu  vous  eerier  avec 
une  pleine  autorite  et  sans  orgueil  aucun,  bien  que 


vous  fussiez  le  moindre  des  ap&tres  a  vos  propres 

yeux,  «  sa  grace  n'a  point  ete  sterile  en  moi ;  mais  Cesi  ce  qae 

saint  Paul 

j'ai  travaille  plus  que  tous  les  autres  (Cor.  xv,  10).  »  reconnait 
Ce  sont  la  de  graniles,  et,  si  je  puis  m'exprimer  de  Premier- 
la  sorte,  de  delicieuses  delices  !  mais  pour  ne  point 
les  perdre  appuyez-vous  sur  votre  bien-aime  : 
«  Non  ce  n'est  pas  moi  qui  l'ai  fait,  mais  c'est  la 
grace  de  Dieu  qui  a  travaille  avec  moi  (Ibid.).  » 
Oui,  oui,  soyez  comble  de  delices;  car,  a  vrai  dire, 
de  telles  delices  sont  bien  delicieuses.  «  Je  puis 
lout,  »  dit-il ;  allons  appuyez-vous  sur  le  bien- 
aime,  «  en  celui  qui  fait  ma  force  (Philip,  iv,  13).  » 
Le  meme  ap6tre  dit  encore  ailleurs  :  «  Que  celui 
qui  se  gloriGe,  le  fasse  dans  le  Seigneur  (11  Cor.  x, 
17)  :  »  C'est-a-dire,  que  celui  qui  est  comble  de 
delices,  s'appuie  sur  son  bien-aime. 

7.  Tout  ce  que  je  viens  de  dire  sur  les  trois  plants, 
representant  trois  genres  d'hommes,  que  la  sainte 
Eglise  contient  dans  son  seiu  en  cette  vie,  et  que 
Ezecbiel  a  designes  dans  ses  ecrits  par  IS'oe,  Daniel 
et  Job,  c'est  avec  l'aide  de  Dieu  que  je  l'ai  fait;  mais 
on  pourrait  sans  inconvenient  voir  ces  trois  plants 
dans  chaque  saint  en  particulier.  Ainsi  chez  eux, 
le  premier  plant  sera  la  penitence,  le  second  la  jus- 
tice, et  le  troisiemela  predication.  En  effet,  ils  com- 
mencent  leur  conversion  par  le  repentir,  ils  prati- 
quent  ensuite  la  vertu,  en  vivant  bien,  et  entin  s'ils 
font  des  progres  dans  le  bien,  ils  prechent  de  bou- 
che  la  justice  qu'ils  pratiquent  dans  leur  conduite. 
Mais  comme  le  vice  tend  des  embuches  a  la  vertu, 
et  l'approche  de  si  pres  que  ceux  qui  s'eloignent 
de  l'une,  tombent  dans  les  filets  de  1'autre,  il  faut 
que  la  penitence  soit  exempte  de  honte,  et  ne  rou- 
gisse  point  de  confesser  les  peches  commis  ;  que  la 
justice  se  donne  bien  de  garde  de  feindre,  et  que 
les  prelatures  mettent  de  cote  tout  orgueil ;  car  la 


ius  :  ipsum  audite.  Super  quern  innitendum  est,  ut 
videlicet  illius  gratia;  auxilio  adseribatur  opus  ejus,  a 
quo  omnia,  per  quem  omnia,  et  ad  quern  omnia  refe- 
runtur.  Cur  autem  super  cum  innili  debeat,  ipse  dilec- 
tus  qui  docet  homincm  scientiam,  plenius  nos  doceat. 
Ait  ille  discipulis,  quos  hujusmodi  deliciis  implebat  : 
Ego  sum  vitis,  vos  paltnites.  Sicut  palmes  non  potest 
facere  fructum,  nisi  manserit  in  vile;  sic  et  vos  nisi  in 
me  manseritis.  Et  iterum  :  Sine  me,  inquit,  nihil  po- 
testis  facere.  Ac  si  apertc  diceret  :  Si  deliciis  vulds  af- 
fluere,  innitimini  super  me.  Sed  jam  videamus,  quo- 
modo  ill!  affluant  et  innitantur.  Venial  in  medium 
unus  pro  omnibus  ille  pra'dicator  egrcgius.  Eia,  bea- 
tissime  Paule  aftlue  deliciis  tuis.  Cerle  cum  Evange- 
lium  ab  Jerusalem  per  circuitum  ad  Illyricum  pr«di- 
casses ;  cum  sine  sumplu  ipsum  Evangelium  posuisses; 
cum  coelestes  lliesauros  fideique  sacramentum  Gnecis 
ac  Barbaris,  sapientibus  et  insipientibus,  ut  prudens  ac 
lidelis  dispensator,  erogasses;  cum  mortificationem  Jesu 
in  tuo  mortali  corpore  circumtulisses ;  et  inter  multas 
admirandns  virlutes  tuas,  quas  tu  potuisti  facere,  nos 
vix  possunius  enarrare,  eliam  illud  cum  omni  auctori- 
tate,  sine  omni  arrogantia,    um  esses   apostolorum    tuo 


judicio  minimus,  tamen  ausus  es  dicere  :  Gratia  Dei  in 
me  vacua  non  fuit,  sed  abundantius  omnibus  Mis  la- 
boravi.  Magnae,  et,  ut  ita  dicam,  deliciosae  delicice  ?  Sed 
ne  illas  amittas,  innitere  super  dilectum  tuum.  Non 
autem  ego,  inquit,  sed  gratia  Dei  mecum.  Rursum 
afllue  :  quoniam,  ut  verum  fatear,  delectant  valde  tales 
deliciie.  Omnia  possum  ait.  Iterum  innitere.  In  eo, 
inquit,  qui  me  confortat.  Item  dicit  Apostolus  :  Qui 
gloriatur,  in  Domino  glorietur  :  hoc  est,  qui  deliciis 
aflluit,  super  dilectum  suum  innitatur. 

1.  Haec  de  tribus  emissionibus  in  significatione  trium 
generum  hominum,  quos  in  hac  vita  continet  sancta 
Ecclesia  etiam  apud  Ezechielem  designant  Noe,  Da- 
niel, et  Job,  adjuvante  Domino  diximus  quannis  in 
singulis  quibusque  perfectis  possint  non  inconvenien- 
ter  assignari.  Et  in  his  quoque  prima  emissio  est 
prenitentia,  secunda  justitia,  tertia  doctrina.  Pri- 
mo  enim  peenitendo  convertuntur ,  secundo  be- 
ne vivendo  justitiam  exercent,  tertio,  si  bene  pro- 
t'ecei'int,  ipsam  justitiam,  quam  vita  tenent,  verbo  do 
cent.  Sed  quoniam  virtutibus  insidiantur  vitia,  et  ita 
juxta  sunt  posita,  ut  qui  ab  illis  deviaverit  islorum 
laqueos   ncurrat  :  oportet  ut  sit  poenitentis  sinepudorp. 


54 

ou  il  y  a  da  grandes  graces. 
les  epreuves. 


QEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD 
la  aussi  Be  Irouve  de 


•  II  se  coni- 
soixar,  I 

-ii- rue 

sermons. 

F.  le  «in« 
sermon  sur 
le  Cantique. 


Triple  intro- 
duction. 


I .  Dans  le 

jardiii. 

les  trois 

sens 

de  lficrilure. 


QUATRE-VINGT-DODZIEMB  SERMON  \ 

Trij'lc  introduction  dans  le  jardin,  duns  le  cellicr 
.  i  dans  In  chambre. 

1.  «  Je  suis  venu  dans  mon  jardin,  ma  sceur, 
muii  epouse  (Cant,  v,  1.  »  Ailleurs  il  est  < lit  :  «  Le 
roi  m'n  fait  entrerdans  sun  cellier  (Cant,  i,  3), »  et 
dans  une  autre  endroil  on  lit  :  «  Dans  sa  chambre 
a  couclier  (Cant,  m,  4).  »  Cette  triple  introduction 
de  l'ame  raisonnable  se  fait  par  sun  Epoux,  le 
Verbe  de  Dieu,  au  triple  sens  de  la  sainte  Ecriture, 
je  veux  dire  au  sens  historique,  au  sens  moral  et 
us  mystique.  Elle  est  inlruduite  dans  le  jardin, 
e'est  le  sens  historique ;  dans  le  cellier,  e'est  le  sens 
moral ;  dans  la  chambre  a  coucher,  e'est  le  sens 
mystique.  Dans  le  jardin,  e'est-a-dire  dans  1'his- 
toire,  se  trouve  contenue  une  triple  operation  de 
la  Trinite :  la  creation  du  ciel  et  de  la  terre,  la 
renovation  du  ciel  et  de  la  terre,  la  confirmation  du 
ciel  et  de  la  terre  Le  Pere  les  a  crees,  le  Fils  les  a 
reconcilies,  le  Saint-Esprit  les  a  continues;  mais 
autre  est  le  temqs  de  la  creation,  autre  celui  de  la 
reconciliation,  autre  entin  celui  de  la  confirmation ; 
de  meme  que  dans  un  jardin,  autre  estle  temps  de 
la  plantation,  autre  celui  de  la  recolte  des  fruits, 
autre  .duide  la  manducation  de  ces  fruits.  La  crea- 
tion et  la  reconciliation  appartieiment  au  siecle 
present,  la  confirmation  appartieut  au  siecle  futur. 
Au  commencement  des  temps,  le  Pere  a  cree  ;  dans 


ne  scilicet  erubescat  confiteri  commissa  peccata ;  caveat 
justitia  simulationem,  eliminel  praelatio  elationera.  Ubi 
enim  magnitudo  gratiarum  est,  ibi  etiam  magnitudo 
discriminis  est. 

SERMO  XCI1. 

De  triplici  introduclione,  in  hortum,  in  ce/larium,    et  in 
cubiculum. 

1.  Veto,  in  hortum  meum,  soror  mea  sponsa.  Alibi 
dicitur,  Introduxit  me  rex  in  ce/larium  suum :  alibi 
dicitur,  in  cubiculum  uum.  I  her  triplex  introductio  fit 
anim.e rationali  a sponsosuo,  Yerbo  scilicet  Dei,  secundum 
triplicem  sensum  Scripliiraruin,  hisloricum,  moralem, 
mysticum.  In  horlo  esl  biatoricus,  in  cellario  moralis, 
in  cubiculo  mysQcus.  In  horto,  id  esl  in  liisloria,  con- 
linetur  triplex  Trinitalis  operatio  :  creatio  cceli  et  ter- 
ra', renovatio  cgbU  et  terrae,  condrmatio  coeli  et  terra;. 
Pater  creavit,  lilius  reconciliavit,  Spiiitus-Sanctus  con- 
flrmavit.  Et  aliud  lei   ,  lis,    aliud    recon- 

cilialionis,  aliud  confirmationis  i  siciit  ct  in  borlo  aliud 
est  tempus  plantations,  aliud  fructus  colligendi,  aliud 
vescendi.  Creatio  el  reconcilialip  sunt  praesentis,  con» 
firmatio  fnturi  staculi.  In  principio  temporis  creavit 
Pater,  in  plenitudine  lenipuris  reconciliavit   filius  ;  post 


la    plenitude    des    temps,    le    Fils    a    reconcilie,  et, 

apres  ions   les  temps,  le  Saint-Esprit  confirmera. 

Le  Fils  adit,  en  parlanl  de  son  pere  :  «  Mon  Pere 
opere  toujours  Joan,  v,  17).  »  et  il  a  ajoute,  en 
parlant  de  lui-meme  :  «  el  moi  aussi  j'opere  tou- 
jours [Ibid),  i)  De  meme  le  Saint-Esprit.  a  la  I'm 
.les  siecles,  pourra  dire  avec  verite  :  Le  Pere  et  le 
Fils  out  opere  jusqu'a  present,  desormaismoi  aussi 
j'opere;  alors  surtout  qu'il  aura  fait  nos  corps  spi- 
rituels,  (jue  noire  corps  se  sera  attache  a  noire 
esprit,  et  noire  esprit  a  Uieu,  et  que  le  Saint-Esprit 
confirmera  ce  meme  corps,  eii  sorte  que  desormais 
onverras'accomplir,  sans  aucun  iutervaliede  temps, 
ce  que  dit  l'Ecriture  :  «  Celui  qui  esl  uni  a  Dieu  ue 
fait  plus  qu'un  seul  esprit  aveclui  1  <  'or.  v  ,  \~).  » 
L'ancien  Testament  nous  instruit  de  la  creation  et 
nous  promet  [a  reconciliation;  le  iSouveau  nous 
montre  la  reconciliation  et  nous  promet  la  confir- 
mation. 

2."  La  seconde  introduction  esl  I'introduction 
dans  le  cellier.  Ce  cellicr  contient  la  science  morale 
fit  comprend  trois  caveaus  distincls  :  Dans  le  pre- 
mier, se  trouvent  les  aromates,  dans  le  second  les 
fruits  et  dans  le  troisieme  le  vin.  Dans  le  premier 
se  placent  ceux  qui  sont  en  de  buns  termes  avec 
leurs  superieurs;  dans  le  second,  ceux  qui  sont 
bien  avec  leurs  egaux,  et  dans  le  troisieme  ceux 
qui  le  sont  avec  leurs  inlerieurs.  Le  premier  caveau 
est  celui  de  la  discipline,  le  second  celui  de  la  na- 
ture, et  le  troisieme  celui  de  la  grace.  En  elfet, 
quiconque  s'ellorce   d'alteindre  le  terme  du  la  vie. 

a  Dans  plusieurs  t'llilions,  ce  second  point  commence  on 
second  sermon,  mais  e'est  a  tort. 


2.    Introduc- 
tion dans  le 
cellier. 


II  y  a  trois 
caveaui. 


oiiinc  prasens  tempus  confirmabit  Spiritiis-Sanctus. 
De  Patre  dixit  filius  :  Pater  men*  usque  modo  operator, 
et  de  se  subjunxit;  Et  ego  operor.  Similiter  et  Spiri- 
tus-Sanctus  in  consnmmatione  sax-uli  vere  poterit  di- 
cere  :  Paler  et  filius  usque  modo  operantur;  et  ex  hoc 
jam  operor  ego  :  cum  scilicet  jam  feoeril  corpora  nos- 
tra spiritualia,  corpusque  adhaeseril  spiritui,  et  spiritua 
Deo,  hue  ipsuin  corpus  eodeui  Spiritus-Sancto  sic  con- 
lirniantc.  ul  jam  deinceps  absque  ullo  teuiporis  inter- 
venientis  momento  fiat  quod  scriptum  est  :  Qui  adlue- 
ret  Deo,  unus  spiritus  est.  De  creatione  instruit  nos 
velus  lestamentum,  et  promittit  reconciliationem  Re- 
concilialionem  exhibel  novum  Testauienluui,  et  spondet 
confirmalionein. 

2.  Secunda  inlroductiu  esl  in  cellarium.  Hue  cella- 
rium  coniinet  moralem  scientiam,  et  babet  ties  distinc- 
tas  niansiiiiu'-.  Prima  dicitur  aromatica  :  secunda  fruc- 
tuaria  :  terlia  cella  vinaria.  In  prima  sunt  qui  bene  se 
halii-iii  cum  praelatis;  in  secunda,  qui  cum  aequalibus, 
in  terlia,  qui  cum  subditis.  Esl  ergo  prima  cella  disci- 
pline, secunda  naturae,  terlia  gratise.  Qui  enim  perfecUe 

ersationis  nititur  cumulum  attingere.  tit  primum 
discipulus,  el  ingreditut  cellam  disciplinae,  in  qua  mores 
ejus  a  magistro  variis  virlutibus,   velut   a   pigmentariis 

lata  diversis  speciebus  cumponuntur.  Unde  et  ista 
cella  dicitur  aromatica,  quia  tales  quique  dum  ultro 
amplectunliir  disciplina'  laborem,  optimum  aliis    e.\em- 


SERMONS  DIVERS. 


5f> 


Ce'ai   de 
la  discipliae. 


Celui  de  la 
nature. 


Celui  de  la 
grace. 


V.  le  sermon 
cite  plus 

kaut  sur  les 
cantiques 
n.  5  en. 


parfaite,  se  fait  d'abord  disciple  et  il  entre  dans 
le  caveau  de  la  discipline,  oil,  sous  la  direction 
d'un  maitre,  il  compose  ses  moeurs  de.  diverses  ver- 
tus,  comme  les  parfumeurs  composent  des  parfums 
de  diverses  especes  d'aromates.  Aussi,  ce  caveau 
est-il  appele  celui  des  aromates,  parce  que  tous 
ceux  qui  embrassent  d'eux-memes  le  travail  de  la 
discipline,  repandent  pour  les  autres,  par  leur 
exemple,  la  delicieuse  odeur  de  l'imitation.  De  ce 
caveau,  on  passe  directement  dans  le  second,  qui 
est  le  caveau  de  la  nalure,  parce  que  ceux  qui 
ont  appris  a  rompre  leur  volonte  sous  un  maitre 
peuvent  aisement  vivre  en  bonne  intelligence  avec 
leurs  condisciples.  C'est  dans  ce  caveau  qu'on  vit 
en  commun  avec  les  autres,  aussi  est-il  bieu  appele 
le  caveau  de  la  nature,  attendu  que  si  la  nature  a 
fait  tous  les  homines  egaux,  elle  en  a  place  quel- 
ques-uns  au  dessus  des  autres,  ou  a  la  tete  des 
autres,  a  cause  de  leurs  vertus.  On  appelle  aussi  ce 
caveau  le  caveau  des  fruits,  parce  qu'il  est  tres-utile 
que  chacun  communique  aux  autres  la  grace  qu'il 
a  recue  ;  voila  pourquoi  il  est  ecrit  :  «  Le  frere  qui 
est  aide  par  son  frere  est  comme  une  ville  forte 
(Prov.  xvm,  16).  »  C'est  aussi  ce  qui  a  fait  dire  au 
prophete  :  «  Comme  il  est  doux  et  agreable  a  des 
freres  de  vivre  unis  ensemble !  »  Mais  lorsqu'on  est 
bien  consomme  dans  ce  caveau  de  la  nature,  alors 
on  peut  aller  dans  le  caveau  qui  est  celui  de  la 
grace,  en  sorte  qu'apres  avoir  vecu  saintement  et 
sans  discussion  avec  les  autres,  on  se  trouve  place 
a  leur  tete  pour  les  faconner.  Or,  ce  troisieme 
caveau  est  le  caveau  au  vin,  parce  que  ceux  qui 
sont  places  a  la  tete  des  autres  pour  les  diriger 
doivent  bouillir  de  charite.  On  l'appelle  aussi  le 
caveau  de  la  grace;  ce  nom  peut  deja  egalement 
convenir  aux  deux  premiers  caveaux,  attendu  que 


la  discipline  et  la  vie  commune  sont  egalement  un 
don  de  la  grace.  Mais  le  troisieme  merite  plus  par- 
ticulierement  ce  nom,  parce  qu'il  est  bien  facile 
d'etre  soumis  a  ses  superieurs,  ou  de  vivre  en 
communaute,  tandis  qu'il  est  bien  rare  et  tres-diffi- 
cile  de  passer  de  ces  deux  etats,  d'une  maniere 
utile,  au  gouvernement  des  autres. 

3.  C'est  dans  ces  trois  caveaux  que  sont  contenues 
et  formees  les  mceurs  de  tous  les  hommes.  En  effet, 
tous  les  hommes  sont  ou  des  prelats  ou  des  egaux 
ou  des  inferieurs.  Or,  de  meme  qu'on  cueille  au 
jardin  ce  qu'il  y  a  de  meilleur  pour  le  deposer 
dans  les  celliers  ou  il  y  a  encore  une  place  particu- 
liere  pour  chaque  chose,  ainsi,  dans  l'histoire,  on 
recueille  le  sens  moral  pour  le  deposer,  si  je  puis 
le  dire,  dans  le  cellier  d'ou  on  tire  ensuite  tout  ce 
qui  peut  servir  a  la  vie  de  l'homme.  En  effet,  les 
prelats  y  lisent  quels  ils  doivent  etre  envers  leurs 
inferieurs,  quand  ils  ont  ces  mots  sous  les  yeux  : 
«  Ne  dominant  pas  sur  l'heritage  du  Seigneur, 
mais  vous  rendant  les  modeles  du  troupeau  {Petr. 
v,  3),  »  et  ceux-ci  encore  «  ce  n'est  pas  nous  qui 
dominons  sur  votre  foi,  mais  nous  sommes  les  ai- 
des de  votre  joie  (II  Cor.  i,  23),  »  puis  celles  du 
Seigneur  dans  l'Evangile  :  «  Le  bon  pasteur  donne 
sa  vie  pour  ses  brebis  [Joan,  x,  11).  »  Les  egaux 
trouvent  egalement  dans  les  saintes  Eeritures,  la 
maniere  dont  ils  doivent  se  conduire  les  uns  en- 
vers les  autres,  car  ils  y  lisent  ces  paroles  :  «  Por- 
tez  les  fardeaux  les  uns  des  autres,  et  vous  accom- 
plirez  ainsi  la  loi  de  Jesus-Christ  (Gal.  vi,  2),  »  et 
ces  autres,  «  prevenez-vous  les  uns  les  autres  par 
des  temoignages  d'honneur  (Rom.  xn,  10),  »  et 
beaucoup  d'autres  recommandations  semblables. 
Les  inferieurs  y  trouvent  aussi  de  quoi  regler  leurs 
moeurs,  et  la  maniere  dont  ils  doivent  se  soumettre 


plo  suo  e'lundunt  imitationis  odorem.  Inde  consequenter 
ingrediunlur  in  secundam  cellam  naturae  :  qnoniam  illi 
qiiidem  ceteris  condiscipulis  concordare  facile  possunt, 
qui  sub  magistro  propriam  voluntatem  frangere  didice- 
runt.  Et  haec  cells,  ubicum  caeteris  communiter  vivitur, 
congrue  cella  naturae  diciiur  :  quia  omnes  homines  aequa- 
lcs  quidcm  natura  genuil,  sed  alios  aliis  meritorum  causa 
vel  praeposuit,  vel  suppusuit.  Dicitur  etiam  fructuaria  ." 
quia  magnae  utilitatis  est,  si  quisque  gratiam  quam  ac- 
cepit,  in  allerutrum  administrat,  unde  scriptum  est  : 
Prater  fratrem  adjuvant,  exaltabitur  sicut  civilas  mu- 
nilu.  Et  item  dicit  Prophets  :  Ecce  quam  bonum  et 
quam  jucundum,  habitare  fratres  in  unum.  At  vero 
cum  consummati  plene  uicritil  in  hac  secunda  cella  na- 
tura;, tunc  tandem  ingredi  possunt  tertiam,  quae  est 
gratia?  :  ut  etiam  cieteris  instil.uendis  praesint,  qui  cum 
ca?teris  juste  el  sine  querela  vixerint.  Et  haec  quoque 
cella  diciiur  vinaria  :  ut  scilicet  fervcant  charitate, 
qui  caeteris  praesunt  in  regimine.  Dicitur  etiam  cella 
gratias,  quod  nomen  scilicet  aliis  quoque  duabus  possit 
esse  commune.  Nam  et  disciplina,  et  socialis  vita  do- 
num  gralia?  est.  Ista  tamen  sibi  illud  vindicat  specia- 
liter  ;  quoniam  quidem  mullum    facile    est    subjici    vel 


sociari  :  rarum  vero  et  difficile  ad  aliorum  regimen  uti- 
liter  quemvis  posse  transferri. 

3.  His  tribus  cellis    continentur    et    formantur    om- 
nium hominum  mores.  Omnes  enim  homines    vel    sunt 
pralati,   vel  ^equates  vel  subditi.  Quemadmodum  autem 
eliguntur  de  hortis  quasque  potiora,  et  in   cellariis  repo- 
nuntur,  ubi  etiam  distincta  habent  loca,  in  quibus    ser- 
veutur  :  ita  de   historia    sumitur,    et    quasi    reconditui' 
in  cellario  moralis  sensus;  unde  omnis  humana  vita  ins- 
truatur.    Legunt    etenim  ibi  praelati,  qnales  se  exhibere 
subditis    debeant,    cum    eis    dicitur  :  Non   dominantes 
in    clero,    sed    forma  facti   yregis,  et  illud  :  Non  quia 
dominamur  fidei  vestra>,   sed  adjutores    sumus    gaudii 
vestri,  et  Dominus  in  Evangelio  :  Bonus  pastor  animam 
suam  dot  pro  ovibws  suis.    Inveniunt    etiam    in    cadem 
Scriptura  aequales,   se  habere    debeant  invicem,  qualiter 
cum  legunt  :  Alter  alterius  onera  portate,  et  sic    adim- 
plebitii  legem  Christi,  et    illud  :  Honore    invicem    pra- 
venientes;  et  multa  in  hunc  modum.  Habent  ibi   et  sub- 
diti quod  eorum    mores    componat,    quomodo    scilicet, 
subdi  eos  majoribus  oporteat,   quibus    dicitur  :  Obedite 
pra'positis    vestris,    et   subjacete    eis.   Ipsi    enim    per- 
vigilant,  quasi  ralionem  reddituri  pro  animabus  vestris. 


56  QEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

!i  ieurs  superieurs,  quaml  ils  y  lisent  ces  paroles  : 
n  Obeissez  a  ceiu  qui  vous  conduiseni  et  soyez-leur 
sounds,  car  i)s  veillenl  sur  vous  ooinnie  devant 
rendre  compte  de  vos  Ames  [Sebr.  xm,  17) a.  » 


•  C'etait  lc 

Mjixanle-qua- 

tri&mfl 

ilcs  I'clits 
sermons. 


QUATRE-VINGT-TRE1Z1EME  SERMON  *. 

<i  Vos  dents  wnt  comme  untroupeav  de  brebis  ton- 
dues,  remontant  du  lavoir  ct  jiottuut  un  double  fruit, 
fans  qu'il  ;/   en   ait  de  steriles  parmi  elles  {Cant. 
IT,  2).  » 

1 .  Co  ne  sont  pas,  je  pense,  de  petits  ruysteres  que 
le  Saint-Esprit,  la  source  interieure  d'oii  s'ecoule 
le  Qeuve  du  Cantique  des  cantiques,  nous  recom- 
mande  dans  ces  dents.  Car  ce  "'est  pas  deces  dents- 
la  iju'il  est  (lit  :  «  Dieu  leur  brisera  les  dents  dans 
la  bouche  (Psal.  lvii,  7),  »  ni  de  cellos  dont  la  voix 
de  Dieu  memo  parle  en  ces  ternaes  an  saint  homme 
Job  :  «  La  terreur  habile  an  tour  de  ses  dents 
{Job.  xi.i,  5).  »  C'etaient  des  dents  plus  blanches 
que  le  lait,  car  c'etaient  celles  do  l'Epouse,  de  celle 
dont  le  Tres-Haut  a  aime  la  beaute,  et  qui  n'a  ni 
tache  ni  ride.  Car  si  ello  etait  toute  blanche,  elle 
avait  les  dents  bien  plus  blanches  encore.  Tou- 
tefois  e'est  une  comparaison  aussi  nouvelle  qu'i- 
nouie,  que  de  dire,  pour  les  louer  :  «  Vos  dents 
sont  coramo  un  troupeau  de  brebis  tondues.  » 
Qu'y  a-t-il,  en  efl'et,  do  si  juste  dans  cette  comparai- 
son, qui  nous  porte  a  croiro  qu'elle  est  descendue 
du  mysterieux  si-jour  du  ciol  ?  11  y  a  quelque  cho- 
se de  vraiment  grand,  et  qui  doil  etre  senti  dans 
tuule  sa  grandeur  par  toute  grande  ame.  En  effet, 
c'ost  le  Saint-Esprit  qui  parle  ainsi;  or,  qand  il 
parle,  il   n'y    a  pas  un  seul  iota  dans  ce   qu'il   dit, 

a  Pour  ce  qni  est  de  l'iotroduction  de  l'amo  dans  la  cham- 
bru    a  coucber,  on    peut    voir  le  sermon   vingt-troisieme  sur  le 


la  vie 
reltgieuse. 


qui  puisse  passer  sans  avoir  un  sens.  Evidenunent 
il  y  a  quelque  chose  de  cache   dans  ces  dents,  qui 
ne  peul,  si  on  le  decouvre,  que  nous  decouvrii  le 
mystere  d'une  intelligence  des  plus  saintes, 
2.  En  elTet,  les  dents  sont  blanches  et  fortes;  Belie  figure 

'  des  dents 

elles  limit  ni  chair  ni  peau  ;  elles  ne  peuvent  rien  compares  a 
souffrii  entre  elles.  et  il  n'esl  p. is  de  douleur  com- 
parable  k  leur  douleur;  elles  sont  enfermeea  par 
les  [eyres  qui  empecheut  qu'on  ne  les  vnie,  il  n'est 
pas  bien  de  les  faire  voir  si  ce  n'est  quand  on  ril. 
lilies  niachent  hi  nourriture  pour  le  corps  tout  en- 

lier,  niais  n'en    relienni-nt    point    la  saveui'  J    elles 

ne  s'usent  pas  facilement;  elles  sont  rongees  en 
ordre,  les  unes  en  haut  et  les  autres  en  bas,  et 
tandis  quo  celles  d'en  bas  sunt  mobiles,  celles  d'en 

haut  ne  le  soul  pas.  Or,  les  dents  ainsi  envisa 
sunt  pour  moi  une  imago  des  homines  qui  out  em- 
brasse  la  vie  monastique,  qui,  choisissant  la  voie  la 
plus  courte,  et  la  vie  la  plus  sure,  semblont  surpas- 
ses en  hlancheur  le  corps  entier  de  l'Eglise  qui  est 
blanc.  Qu'y  a-t-il,  en  effet,  de  plus  hlanc  quo  ces 
homines  qui,  evitant  toute  espece  de  souillures  et 
d'immondices,  versent  des  larmes  sur  lours  peches 
de  pensees  comme  sur  des  ;  ...lies  d'action.  Qimi 
de  plus  fort  qu'eux  ?  Pour  eux  les  tribulations  sont 
des  consolations,  les  mepris  un  sujet  de  gloire,  la 
pauvrote  une  veritable  abondauce.  lis  n'ont  pas 
non  plus  de.  chair,  car  jusques  dans  la  chair  ils 
oublient  la  chair  et  s'entenilent  dire  liar  l'Apoti'e  : 
«  Pour  vous,  vous  notes  point  dans  la  chair,  mais 
dans  l'esprit  (Rom.  vnl,  9).  »  Ils  n'ont  pas  de  peau 
non  plus,  car  ils  n'ont  ni  l'eclat  ni  la  tension  des 
soucis  de  ce  monde,  ils  dormont  et  reposont  en 
paix  {Psal.  iv,  9).  Ils  ne  souffrent  pas  qu'il  y  ait 
quoiquo  ce  soit  entre  eux  ;  car  ils  regardent  coua- 

Cantique  des  cantiques  n.  II. 


Denies  tin  cut 
/nuacio,  omnes 
in  eis. 


SERMO  XCIU. 

k minium,  ijine  (iscenilernnt  lie 

genu  His    fattibus,    et  sterilis  non  est 


1.  Spiritus-Sanctus,  de  cujus  secretion  fonle  Canti- 
corum  llumcn  cmanat,  in  liis  (ut  sentio)  denlibus  mys- 
leria  nobis  non  parva  commendai.  Non  sunt  hijlcnlcsde 

quibus  dicilur,  I)  ■•'    '■.>,,:■■!  ,-l  ,1 '■»/,■,  varum  in  ore  i/iiorum; 

vel  do  quibus  ad  vii'um  sanctum  vox  divina  proclamat, 
Per  gyrum  dentium  ejus  formido  :  aed  denies  iati  lacte 
candidiores;  quippc  sponsoe  sunt,  cujus  speciem  con- 
cupivi)  Altissimus,  quae  non  hahet  inaculam  nequc  ru- 
.  dim  enim  tola  Candida  sil  :  candidior  probatur  in 
denlibus.  Nova  lauien  ct  inaudila  comparationc  in  illius 
laudcs  peroral,  diceas  :  Denies  fui  sicut  grex  tonsarum, 
Quid  in  hac,  rugo.  similitudine  digniun  est,  ut  earn  de 
ccelestibus  arcanis  descendisse crcdamus?  Magnum pror- 
sus,  et  magno  animo  rnagnifiee  Beotiendum.  Spiritua 
enim  eal  .,  loquitui  :  qui  cum  loquitur,  nee  unuin 
.11  uilill   plcplcrire.   Aliquid     profrcln     esl      in 


bis  denlibus  involution,  quod  evolution     aerations    in- 
tclligentia?  preasignet  arcanum. 

■2.  Dentes  enim  candidi  sunt  et  fortes  :  carnem  non 
luibent  :  carenl  corio  :  nihil  intra  se  pati  poesunl  :  non 
est  dolor  sicut  dolor  eorum  :  clausi  sunt  laliiis  ne  \i- 
deantur  :  indecens  est  cum  videntur  nisi  ridendo  :  toti 
corpori  maslicant  cibum  :  nullum  iiule  s.-ipmeni  lia- 
bent  :  non  facile  consumnntur  i  per  ordinem  posili 
sunt,  superiores  alii,  et  alii  inferiofes  :  et  rum  inl'c- 
liori'.s  moveantur,  superiores  nunquam.  Iliijusniodi 
dentes  ergo  arbitror  homines  monastics  professionis, 
qui  viam  compendiosiorem  *,  et  securiorem  vilam  eli- 
gentes,  de  toto  Ecclesim  corpore  quod  candidum  est, 
laniliiliores  esse  videntur.  Quid  enim  illis  ciindidius, 
qui  tolius  immunditiae  apurcitias  eviianlcs,  cogila- 
tionum,  sicut  aetionum,  peccata  deplorant  ?  Quid  for 
tins  illis,  iiiiihns  Iribiil.dio  pro  solatio,  eonluinelia  pro 
gloria,  inopin  pro  abundantia  ducitur?  Isti  carnem 
non  liabeni,  quia  in  carne  carnem  oblili  audiunl  all 
Apostolo  :  Vos  uui'-ni  in  carne  non  estis,  sed  in  spiritu. 

Dorio  carenl  :  quia  nilore I    distensionem    munda- 

narum  sollieiludinum  non  hftbantes,    in     pare    in     idip 


nl.   rectio- 
rem. 


SERMONS  DIVERS. 


57 


me  intolerable  la   moindre   pierre   d'achoppement 

qui  se  trouve  soit  entre  eux,  soit  dans  leur  propru 

Quellcs  cons-  conscience.   De    la  vient  cette  opportune  importu- 

nite  qui  vous  caracterise,  et  dont  vous   nous  fati- 

fois 


ciences 
devraient 

Hie  purifieea  guez  si  souvent,  quand  vous  depensez  tant  de 
par'lesreS-  de  s*  longues  parlies  du  jour,   meme  lorsque  cela 

grieux  ilu 

temps  de 

saint   Ber- 


nard. 


n'est  pas  necessaire,  a  ecarter  ces  pierces  d'aclioppe- 
ment.  II  n'v  a  pas  de  douleur  semblable  a  cede  des 
religieux,  car  il  n'y  a  rien  d'aussi  redoutable  et 
d'aussi  horrible  que  les  murmures  et  les  discensions 
dans  une  maison  religieuse.  Les  dents  sont  enfer- 
mees  derriere  les  levres  qui  empechent  qu'on  ne 
les  voie  ;  aiusi  sommes-nous  entoures  de  remparts 
materials  qui  nous  derobent  aux  regards  et  a  l'ap- 
proche  des  gens  duiuonde.  II  n'est  pas  bieu  qu'elles 
paraissent,  si  ce  n'est  peut-etre  quand  on  rit ;  aiusi 
n'est-il  rim  de  plus  inconvenant  qu'un  religieus 
qu'on  voit  paraitre  dans  les  villes  et  les  chateaux,  a 
moins  qu'il  ne  soit  force  de  le  faire  par  la  charite 
qui  couvre  une  multitude  de  peches ;  la  charite 
c'est  le  rire,  car  elle  est  gaie ;  mais  sa  gaiete  n'est 
point  de  la  dissipation.  Les  dents  machent  la  nour- 
riture  pour  tout  le  corps,  ainsi  les  religieux  sont 
etablis  pour  prier  pour  le  corps  entier  de  l'Eglise, 
je  veux  dire  pour  les  vivants  et  pour  les  morts. 
Mais  ils  ne  doivent  en  reteuir  aucune  saveur,  c'est- 
a-dire  ils  ne  doivent  se  glorifier  de  rien,  mais  au 
contraire,  dire  avec  le  Psalmiste  :  «  Non,  Seigneur, 
non,  ne  nous  attribuez  point  la  gloire,  reservez-la 
pour  votre  num.  Elles  ne  s'usent  pas  facilement, 
ainsi  les  religieux  sont  d'autant  plus  t'ervents  qu'ils 
sont  plus  ages,  et  courent  d'autant  plus  vite,  qu'ils 
approchent  davantage  du  but.  Les  religieux  sont 
aussi  ranges  en  ordre;  en  effet,  oil  trouver  de  l'or- 
dre  si  ce  n'est  la  oil  le  boire  et  le  manger,  la  veille 


et  le  sommeU,  le  travail  et  le  repos,  la  promenade 
et  la  sieste  et  le  reste  sont  regies,  avec  poids,  nombre 
et  niLSure?  II  y  en  a  aussi  de  places  en  haut  et 
d'autres  places  en  bas,  puisque  parmi  nous  se 
trouvent  des  superieurs  et  des  inferieurs,  mais  si 
bien  uuis  entre  eux  que  les  superieurs  et  les  infe- 
rieurs se  trouvent  dans  un  parfait  accord.  Si  les 
dents  d'en  bas  peuvent  remuer  tandis  que  celles 
d'en  haut  demeurent  immobiles,  il  en  est  de  me- 
me des  religieux,  parmi  lesquels,  s'il  arrive  par- 
fois  que  les  inferieurs  soient  troubles,  le  devoir  des 
superieurs  est  de  montrer  constamment  une  ame 
inebranlable.  «  Comme  un  troupeau  de  brebis  ton- 
dues,  »  est-il  dit.  Comme  les  religieux  sont  bien 
compares  a  des  brebis  depouillees  de  leur  laine ! 
ne  sont-ils  pas  veritablement  tondus  ces  bommes 
qui  n'ont  rien  conserve  en  propre,  ni  leur  coeur, 
ni  leur  corps,  ni  rien  de  ce  nionde?  «  Remontant 
du  lavoir  [Cant,  iv,  2;.  »  Le  lavoir  c'est  le  Bapteme 
d'oii  remonte  celui  qui  s'eleve  au  haut  de  la  vie 
parfaite,  au  contraire  c'est  descendre  que  de  se 
laisser  aller  a  une  vie  de  honte.  «  Toutes  portent 
un  double  fruit  (Ibid.),  »  car  ils  eufantent  egale- 
ment  par  la  parole  et  par  lexemple.  «  Et  il  ne  s'en 
trouve  point  de  sterile  parmi  elles  (Ibid.)  ;  »  car  il 
n'y  en  a  pas  un  seul  parmi  les  religieux  qui  ne 
porte  des  fruits. 

QUATRE-YINGT-QL'ATORZIEME  SERMON  '.         •C'etait  le 

soixante- 

Duprogres  de  la  vie  chretienne  ou  spirituelle,  d'apres  dc"pq('fme 
la  figure  d'Elie  fuyant  Jezabel.  mons. 

1.  «  Elie  eut  peur  de  Jezabel,  et,  s'etant  leve,  il 
alia  partout  oil  sa  volonte  le  portait ;  arrive  a  Ber- 
sabe,  en  Juda,  il  renvoya  son  serviteur  et  conlinua 


sum  dormiunt  et  requiescunt.  Nihil  niorari  intra  se 
patiuntur  :  quia  nee  modicum  quidem  offendiculum 
tolerabile  reputant  ant  intia  se,  aut  in  conseientiis  sin- 
gulorum.  Hinc  est  ilia  vestra  opportuna  importunitas, 
qua  tam  sa?pe  faligalis  nos,  ut  multoties,  etiam  cum 
necesse  non  sit,  multum  in  his  diei  expendatis.  Non 
est  dolor  sicut  dolor  eorum  :  quia  nihil  tam  borrendum 
et  horribile  est  sicut  murmur  et  dissensio  in  congre- 
garione.  Clausi  sunt  labiis,  ne  rideantur  :  sic  et  nos 
materialihus  vallis  circumcingimur,  ne  sa?cularium 
oculis  et  accessui  paleamus.  Indecens  est  si  appareant, 
nisi  inlerdum  forte  ad  risum  :  quia  nihil  turpius  quum 
monachus  per  urbes  et  eastella  discurrens,  nisi  cum  ilia 
cogit  quae  operit  multitudinem  peccalorum  cbaritas.  Cha- 
ritas  enim  risus  est,  quiahilaris  est.  Lieta  quidem,  non 
tamen  dissoluta.  Toti  corpori  masticant  cibum  dentes  : 
quia  ipsi  pro  toto  Ecclesiaj  corpore,  videlicet  tam  vivis 
quam  mortuis,  orare  sunt  constituti.  Nullum  inde 
saporem  habere  debent  :  quia  nullam  sibi  gloriain  de- 
bent  assignare,  sed  dicere  cum  Propheta  :  Xon  nobis, 
Domine,  non  nobis,  sed  nonani  tuo  da  gloriam.  Non 
facile  uonsumuntur  :  quia  quanto  annosiores,  tanlo  fer- 
ventiores :  cl  eo  rapidius  currunt,  quo  vicinius  appro- 
pinquant  ad  palmam.    Per   ordinem    positi    sunt.    Ubi 


enim  aliquid  ordinatum  est,  si  hie  non  est,  ubi  cibus  et 
potus,  vigilare  et  dormire,  laborare  et  qniescere,  am- 
bularc  et  sedere,  et  caetera  omnia,  in  nuinero  et  men- 
sura  et  pondeie  constituuntur  1  Superiores  et  inferiores 
sunt  :  quia  inter  nos  praelati  et  subdili  sunt,  et  sic 
superiores  inf'erioribus  junguntur  ,  ut  inferiores  a 
superioribus  non  discordent.  Cum  autern  inferiores 
moveantur,  superiores  nunquam  moveri  debent  :  quia 
et  si  subditi  quandoqne  lurbentur,  praalatorum  est  in 
mente  composita  perdurare.  Sicut  grex  lonsarum,  inquit. 
Quam  bene  monachi  tonsis  ovibus  comparanlur  :  quia 
revera  tonsi  sunt,  quibus  nee  corda,  nee  corpora,  nee 
aliquid  mundanum  in  proprietate  relictum  est.  Qua; 
asce/iderunt  de  lavacro.  Lavacrura  baptismus  est,  de  quo 
ascendit  qui  ad  celsiludinem  vitas  perfections  intendit  : 
descendit  autem  qui  se  vitae  mancipat  inhonestse. 
Omnes  gemeUis  faitibus  :  quia  et  verbo  pariunt,  et 
e.vemplo.  Et  sterilis  non  est  in  eis,  quia  nullus  est  infoe- 
cundus. 

SERMO  XCIV. 

De  processu  vita;  Christiana'  seu  spiritualis,  juxta 

tropo/ogiam  Eti&,  Jezabel  fugientis. 

1.   Timuit  Elms  Jezabel.    ft    siiroen'    abiit    quocunque 


h^! 


fi 


58 


sa  niarche  dans  le  desert.  Lorsqtt'il  fut  arrive  sous 
un  genevrier,  ll  s'y  assit  a  l'ombre,  s'etendit  el 
dormit  Alors  an  ange  du  Seigneur  le  toucha  et  lui 
dit :  Leve-toi  et  mange,  ll  regarda  et  vit  a  sa  tete 
un  pain  cuit  sous  la  cendre  et  un  vase  pit-in  d'eau. 
11  mangea  done  et  but,  et  il  marcha  pendant  qua- 
rante  jours  et  quaranle  units,  fortifie  par  cette 
nourriture,  et  parvint  a  Horeb,  appele  aussi  la 
montagne  de  Dieu  (111  Re<j.  3  -'<  8).  »  Or  filie  qui 
signifle  le  Seigneur,  ou  le  Seigi  eur  fort,  est  I'ima- 
ge  de  tout  juste  qui  souffre  persecution  pour  la  jus- 
tice. Aussi  est-il  dit  :  «  Bienbeureux  ceux  qui 
souffrent  persecution  pour  la  justice  Matt,  v,  10). » 
11  eraint  Jezabel,  c'est-a-dire  la  malice  du  siede,  la 
tvraniiii1  du  diable,  se  leve  du  milieu  destentatious 
qui  le  poussent  au  pfeche,  et  sen  va  partout  ou  le 
pousse  la  volonte  que  lui  inspire  le  Seigneur.  II 
arrive  a  Bersabe,  en  Juda,  dans  la  sainte  Eglise, 
qui  est  appelee  Bersabe,  c'est-a,-dire  le  septieme 
puits,  a  cause  de  l'abondance  <les  graces  duSaint- 
Esprit  aux  sept  dons  qui  se  donne  daus  son  sein 
atous  les  lideles:  Bersabe  signitie  encore  le  puits 
de  la  satiete  a  cause  de  la  profondeur  des  mysteres 
de  Dieu  et  de  la  refection  des  saintes  Ecritures.  II 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

rit  :  (Psal.  xxu,  2),»  et  dans  un  autre  :  «Usseront 
enivres  de  l'abondance  qui  est  dans  votre  maison 
[Psal.  xsxv,  9).  i)  Cette  ivresse-la  n'engendre  point 
le  degout;  au  contraire,  elle  excite  de  nouveaui 
desirs  et  on  appetit  insatiable.  Dans  cet  Ocean  des 
saintes  Ecritures,  I'agneau  se  promene  et  I'elephant 
est  a  lanage.  Au  banquet  de  la  doctrine  catholique, 
chacun,  selon  la  mesure  de  son  intelligence,  trouve 
une  table  charges  de  mets  suffisants.  C'est  un  pa- 
radis  dedelices,  unjardin  ou  poussent  toutes  sortes 
de  fruits.  Ainsi,  en  arrivant  a  Bersabe,  c'est-a-dire 
dans  la  sainte  Eglise,  comrne  nous  l'avons  dit  plus 
baut,  il  court  a  la  confession,  qui  est  figuree  par 
Juda,  et  il  renvoie  son  serviteur,  je  veux  dire  son 
sens  pueril,  ou  encore  la  faiblesse  de  ses  premiers 
actes,  et  il  se  dirige  vers  le  desert,  c'est-a-dire 
vers  le  mepris  du  monde.  L'ne  fois  qu'il  y  est  arrive, 
il  s'assied,  ce  qui  siguilie  qu'il  se  repose  de  tout 
tumulte  du  monde,  et  chante  avec  le  Propbete  : 
c.  C'est  la  pour  toujonrs  le  lieu  <le  mon  repos  (Psal. 
•  :xxxi,  14).  »  11  seprosterne,  c'est-a-dire  il  se  repute 
vil  et  renonce  a  ses  desirs,  suivaut  ce  mot  de 
l'Evangile  :  «  Que  celui  qui  veut  venir  apres  moi 
se  renonce  lui-meme  {Luc.  ix,  123).  »   11  s'endort  a 


est  parle  en  ces  termes  de  cette  profondeur  dans    l'ombre  d'un  genevrier,  car  dans  les  parvis  de  la 


les  Psaumes  :  «  Une  eau  profoude  daus  les  nuees 
de  l'air  (Psal.  cxvu,  21),  »  et  ailleurs  :  «  Vos  juge- 
ments  sont  un  profond  abime  (Psal.  xxxv,  7).  » 
En  considerant  cette  profondeur,  l'Apotre  tremble, 
defaille  d'epouvante,  et  s'ecrie  :  «  0  profondeur  des 
tresors  de  la  sagesse  et  de  la  science  de  Dieu,  etc. 
(Rom.,  xi,  33).  » 

2.  Au  sujet  de  cette  satiete,  on  lit  dans  un  psau- 
me  :  «  II  ma  eleve  aupres  d'uue  eau  qui  me  nour- 


maison  de  Dieu,  il  cesse  d'avoir  les  sens  de  son 
corps  adonnes  a  toutes  sortes  d'iniquites,  et  il  dit 
avec  le  Propbete  :  «  Je  dormirai  et  me  reposerai 
dans  la  paix  Psal.  iv,  9j.  »  C'est  alors  qu'un  ange 
lui  apparait  et  le  toucbe,  le  reveille  pour  faire  le 
bien,  et  le  fait  lever  pour  de  plus  grandes  cho- 
ses.  II  regarde  a  sa  tete,  c'est-a-dire  a  Jerusalem, 
qui  est  la  tete  de  l'Eglise,  et  il  trouve  un  pain  cuit 
sous  la  cendre,  c'est-a-dire   le    pain  de  la  doctrine 


tulit  eum  voluntas;  venilque  in  Bersabee  Juda,et  ditnisii 
ibi  puerum  suum,  et  perrexit  in  deserlum.  Cumque 
venisset  rubier  umbram  Juniperi,  el  tederet,  projecit  fe, 
et  dormiuit.  Et  angelus  D  tigit  eum,  et  dixit  Mi: 

Surge,  et  eomede.  Et   respexil,    et  ecce   ad  caput  suum 
subciitericiu<    paais,    et  vas   aquce.    Comedit    ergo,  et 
bibil,  et  ambulavit  in  fortitudine  cibi  illius   quadraginta 
diebus  et  quadraginta  noclibus    usque    ad    montem  D^i 
Oreb.  Per  Eliam  quippo,    qui    interprelatur     Dominus, 
vel  Dominus  fortis,  intelligitur  quilibel  Justus,  qui  pcr- 
secutionem  patitui- propter  justiliam.  Unde  illud  •.  Beati 
qui  persecutionem    patiunt  w     propter    justiliam.     Qui 
metuens  Jezabel,  id  est  inalitiam  sa3culi,vcl  tyrannidem 
diaboli,  surgit  de  tentatione  peccaminum,    et  abit  qun- 
cunque    eum   tulerit    voluntas    a   Domino  sibi   collata. 
Yenitque  in  Bersabee  Juda,  in  sanctam  Ecclesiam,  que 
dicitur  Beisabec,  id  est  puteus  septimus,  propter  abnn- 
dantem  septiformis  Spiritu^  graliam,  qua?  inibi    Rdclibus 
dividilur  :    vel    puteus    satielalis,   propter    mysteriorum 
Dei  profunditatem,  et  sanctarum   Scripturaruui  ref 
nem.  De  hac  profunditate  habcmtis  in  psalmo:  Te n 
aqua  in  nubibus  aeris,  ct  rursus  :    Judicia    lua    abyssus 
multa.  Ad  ejusdem  considcrationem  Apostolus   expaves- 
cens,  et  pavescendo  delicicns,  olamare   compellitur    :  0 
altituda  dtvitiarum  sapiential  et  sciential  Dei,  etc. 


2.  De  hac  satietate  legis  in   Psalmo  :   Super   aquatn 
refeciionis  edueavit  >ne,  et  item  :  In^n-ihuntur  ob  uber- 
latedomustuce.  Ilujusaiodi  ebrietas  non  inducii  'astidium, 
sed  indeficientem  quibusdam  desideriis  provocat  appeti- 
!  im.  Ir.  hoc  s;icra?  leclionis  pelago    agnus    ambulat,   et 
eiephas  nalat.  In  catholics  doctrinse  mensa  juxta  mo  la- 
tum inielligentiae  sufficientes  singulis  epul<e  apponuntur. 
Haeo  es'  paradisus  deliciarum,  hie  est    hortus    omnium 
pomorum.  Veniens  itaque    in     Bersabee,    in    sanctam 
Ecclesiam,  ut  dictum  est,  currit  ad  confessionem,    quae 
per.ludain  potatur:  et  dimittit  ibi  puerum  suum,  id  est 
puerilem  sensum,  vel  pristinorum    actuum    debilitatem, 
et  pergil  in  deserlum,  id  est  istius  mundi  conlemptum. 
Quo  postquam  venit,  sedet,  id  est  a    ssculari    tumultu 
quiescit,  cantans  cum  Propheta  :  Hcec   requies    mea    in 
saxulum  sreculi.  Projicit  se,  id  est  vilemse  reputat,  suis 
abrenantians  desideriis,  junta   illud    evangelicum  :  Qui 
vult  venire  ad  me,  abneget  semelipsum.   Obdormivit    in 
umbra  juniperi,  quia  in    atriis    domus    Dei    secundum 
sensus  corporis  vacat  omnino  ab   omnibus    pravitatibus, 
dicens  rum  Psnlmista  :  In  pace  in  idipsum  dormiam    et 
reqniescam.  Tunc  angelica  visio  tangit  eum,  cxcilans  ad 
alliora  consurgendum.  Rcspicit  ad  caput  suum,    id    est 
ad  Christum,  qui  caput  est  Ecclesiae  ;  et  et  eccc   subci- 
nericius  panis,  id  est  pastus  divini  dogmatis,    torinsecus 


SERMON'S 

d'un  Dieu,  rude  en  apparence,  mais  doux,  fortiflant 
au  dedans  d'une  maniere  ineffable  ;  puis  un  vase 
dVau,  c'est-a-dire  une  fontainc  de  larmes  avec  la 
componetion  du  cceur.  11  mange  et  il  boit,  je  veux 
dire  il  fait  ce  qu'il  entend,  et,  fortifie  par  ce  qu'il 
vient  de  prendre,  il  marche  vers  la  montagne  de 
Dieu,  vers  les  souiniets  de  la  beatitude. 


•C'etaitle  yUATRE-VINGT-QUIINZlEME  SERMON 

soixante- 
siiierae  de3 
Peiits  scr-     Les  predicateurs   doivent    adoucir   I'amertume 

doctrine. 


de   la 


moos. 


1.  «  Or,  la  famine  regnait  en  ce  pays,  et  les  en- 
fants  des  propbetes  demeuraient  avec  Elisee.  II 
leur  fit  servir  un  ragout.  A  peine  en  eurent-ils 
goutS,  qu'ils  s'ccrierent ;  il  y  a  dans  ce  pot  un  mets 
qui  donne  la  morl,  6  homme  de  Dieu,  et  ils  n'en 
purent  manger.  Mais  lui  :  apportez-moi  de  la  fa- 
rine  dit-il,  il  la  mit  dans  le  pot  et  leur  dit :  Ser- 
vez-en  maintenant  a  tout  le  monde,  et  il  en  man- 
gea  lui-meme,  et  il  n'y  eut  plus  ensuite  aucune 
auiertume  dans  le  pot  (IV.  Rey.  iv,  38  a  Z|l).  »  La 
famine  qui  desolait  le  pays,  c'est  la  disette  de  la 
parole  de  Dieu  dans  l'ame  des  hommes  :  Les  Ills 
des  propbetes,  ce  sont  les  fils  des  predicateurs.  Le 
mot  prophete  signifie  voyant.  Ce  n'est  done  pas 
sans  motif  que  les  saints  predicateurs  sont  appeles 
des  propbetes,  car  ils  contemplent  les  secrets  des 
mysteres  de  Dieu,  et,  selon  qu'ils  voient  en  quel 
etat  sonl  les  mceurs  des  hommes,  ils  leurs  admi- 
nistrent  des  remedes  en  rapport  avec  leurs  dispo- 
sitions. Elisee  signifie  le  salut  du  Seigneur,  c'est  le 
nom  qui  convient  a  tout  prelat,  a  tout  docteur  de 
l'Eglise,  car  c'est  leur  voix  sainte  et  persuasive  qui 
annonce  aux  peuples  le  salut  du  Seigneur,  et  le 
leur  procure  en  le  leur  annoncant.  Celui-ci,  par 
exemple,  pour  s'acquitter  de  son  devoir,  sert  a  ses 


quidem  rudis,  sed  medullitus  inefTabiliter  confortativus 
el  duleia  :  et  vas  aqua?,  hoc  est,  fons  lacrymarum  cum 
cordis  compundiune.  Gomedit  et  bibit,  id  est  adimplet 
qu<E  audit  :  et  pergit  in  fortitudine  ad  inontem  Dei,  ad 
celsitudinem  videlicet  beatitudinis. 

SERMO  XGV. 

De  doctrina  arnaritudine per  pradicatores  iemperanda. 

1.  Erat  fames  in  terra,  et  filii  prophetarum  habitabant 
coram  Elis&o  :  quibus  fecit  apponi  pulmenlum.  Cumque 
gustassent  de  coctione,  exclamaverunt :  Mors  in  o//a,  vir 
Dei.  Et  non  potuerunt  comedere.  Ait  ille  :  Afferle,  inquit 
farinam.  Et  misit  in  ollam,  et  ail  :  Infunde  lurba.  Et 
comer/it  :  et  non  fu.it  quidquam  amplius  amaritudinis  in 
olio.  Fames  in  terra, penuriaverbi  Dei  in  mcnlehumana  : 
filii  prophetarum,  filii  praedicatorum.  Propheta  inlerpre- 
talur  Vidcns,  et  sancli  prtedicatores  non  ab  reprophetEe 
appellantur  :  qui  et  arcana  mysteriorum  Dei  contem- 
planlur,  et  prout  vident  mores hominum  adhibent  modos 
rurationum.  Elisaeus  salus  Donmini    interpretatur  :  quo 


La  charit6 
assaisonoe 


DIVERS.'  59 

inferieursun  grand  pot  reinpli  d'herbes  des  cbamps 
je  veux  dire  leur  sert  des  avis  pleins  de  gravite, 
remplis  d'amerlume,  mais  qui  pourtant  ont  res- 
senti  les  cbaudes  influences  du  feu  du  Saint-F.sprit. 
Mais  les  inl'erieurs,  saisis  de  repugnance  pour  ces 
paroles  austeres,  s'ecrient :  «  11  y  a  dans  ce  pot  un 
mets  qui  donne  la  mort ;  »  et  ne  peuvent  en  man- 
ger. 

2.  Alors  un  sage  dispensateur,  s'il  n'apporte  lui- 
meme,  du  moins  fait  apporter  de  la  farine  ;  car  s'il  tout  ce  qui  est 

.  .  .         amer. 

ne  donne  point,  il  exhorte  a  avoir  de  la  charite  qui 

est  le  condiment  rendant  doux  ce  qui  au  paravant 

semblait  amer.    En    ell'el,   si  un   predicateur  peut 

faire  retentir  aux  oreilles  des  assistants  des  paroles 

de  saint,   personne,  si  ce  n'est  Dieu,  ne  peut   don- 

ner  le  gout  de  la  cbarite  au  palais  du  cceur.  C'est 

ce  qui  faisait  dire  a   Saint  Gregoire  :  «  Si  ce  n'est 

l'esprit  qui  vous  instruise  au  dedans,  c'est  eD  vain 

qu'au  dehors  les  docteurs  se  fatiguent  a  vous  par- 

ler  {Greg.   Horn,  xxx,  in   Evang.).  »  Or,   il  y   a  le 

gout  du  ciel  et  le  gout  de  la  terre  ;  le  gout  du  ciel 

ne  saurait  nous  plaire  tant   que   nous  recherchous 

celui  de  notre  cuisine.  Dans  le   desert,  Dieu  donne 

des  cailles  et  la  manne  :  «  Ce  que  les  enfants  d'ls- 

rael  ayant  vu,  ils   se  dirent  les  uns  aux  autres  : 

Manhu  ?  Qu'est-ce   que   eela  ?  Car  ils  ne   savaient 

point  ce  que  e'etait.  Moise  leur  dit  :  C'est  le  pain 

que  le  Seigneur  vous  donne   pour  vous  nourrir 

[Exod.   xvi,  15).    »  Saint  Jean   nous  decouvre  le 

sens  de  ce  fait  dans  son   Evangile,  quand  il   nous 

rapporfe  ces  paroles  du  Seigneur:  «  Je  vous  le  dis 

en  verite,   si  vous  ne  mangez   la  chair  du   Fils  de 

l'honime,    etc.    Aussi    plusieurs   de    ses    disciples 

l'ayant  entendu,   dirent:   ce  discours  est  bien  dur, 

qui   peut  l'ecouter?  Et,   a  partir   de  ce    moment, 

beau  coup  d'entre  eux  s'eloignerent  de  lui  [Joan. 

vi,  61).  »   Voila  comment   quelques  araes  simples,  Tentation  de» 

quand  elles  se  convertissent,  sont  effayees  de  la  se- 


nomine  quivis  prajlatus  et  doctor  Ecclesiae  decenter 
censetur;  cujus  salubri  persuasione  Domini  salus  popufis 
annuntiatur,  et  annuntiando  impertitur.  Hie  talis  exde- 
bito  sui  officii  apponit  subjectis  ollam  grandem,  herbas 
agrestes  contineotem ;  id  est,  admonitionem  de  gravibus 
disserentem,  acerbilate  refertam,  sed  tamen  igne  sancti 
Spiritus  succensam.  Subditi  ergo  perhorrescentessermo- 
num  austeritatem,  clamant,  Mors  in  olla;  et  non  possunt 
gustare. 

2.  Sapiens  igitur  dispensator  non  affert  imo  aflerri 
jubet  farinam  :  quoniam  non  pra'bet,sed  hortatur  habere 
charitatem,  cujus  condimento  redduntur  dulcia  quas 
prius  videbantur  amara.  Potest  namque  praedicator 
monita  salutis  auribus  circunistantium  insonare ;  sed 
nemo,  nisi  solus  Dens,  valet  saporem  charitalis  palato 
cordis infundere.  Unde  Gregorius:  ((Nisi  sitintus  Spiritus 
qui  doceat,  docloris  lingua  e\terius  in  vacuum  laborat.» 
alius  est  sapor  cceli,  alius  est  sapor  terras.  Haudquaqum 
nobis  placerepotestsaporcceli,  dum  saporem  quierimus 
cocinostri.  In  desertodanturcoturnicesel  manna,  id  est  in 
locodisciplina?  majorael  minora  mandata.   Cum  vidissenl 


60  CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

verite  de  la  loi.   Si   on  leur  parte  tin   mepris  da    la  charitf-,  l'eau  dcs  desirs 


monde,  de  la  lutto  entre  lea  vertus  et  les  vices :  de 
la  preoccupation  des  veilles,  de  l'assiduite  de  la 
priere,  dcs  privations  etdes  jennes,  elles  gemissent 
et  se  disenl  interieurement.  Qu'est-ce  cela?  qui 
pent  sufflre  a  taut  <■(  de  si  grandes  choses  ?  C'est 
parce  qu  elles  ignorent  i(uelle  force  on  trouve  dans 
I'ordre  tine  fois  qn'on  y  est  entre.  Mais  le  Pasteur 
doit  leur  faire  entendre  des  paroles  de  consolation, 
et  les  presser  d'apporter  de  la  ferine. 


•  C'itail  le 
soixante-sep- 
lierae  des 
Petils    ser- 
mons. 


V.le  I  ser- 
mon pour 
le  jour   de 

Noel,  et 

[le  sermon 

CXYJI. 


QUATRE-VINGT-SEIZIEME  SERMON  *. 

Les  quake  fontaines  du   Sauvcur  el  I'eau  qu'on  doit 
y  puiser. 

1.  « Vous  puiserez  de  I'eau  avec  joie  aux  fontai- 
nes du  Sauveur  (Isa.  xn.  3).  »  A  la  place  du  para- 
dis  que  nous  avous  perdu,  il  nous  a  ete  donne  le  Sau- 
veur Jesus-Christ.  He  meme  que  d'une  seule  source 
dansle  paradis,  s'ortaient  quatre  grands  Hemes  qui 
arrosaient  le  paradis  terrestre,  ainsi  du  fond  de 
son  cteur,  coulent  quatre  fontaines  ou  on  puise 
quatre  sortes  d'eau  qui  arrosent  l'Eglise  dans  le 
monde  entier.  Ces  quatre  fontaines  ce  sout  la  verite, 
la  sagesse,  la  vertu  et  la  cbarite.  On  vient  done 
puiser  de  I'eau  a  ces  quatre  fontaines,  mais  on  en 
puise  une  sorte  differente  a  chacune  d'elles.  En 
effet,  a  la  fontaine  de  la  verite  on  puise  I'eau  des 
jugements  ;  a  celle  de  la  sagesse,  I'eau  des  conseils; 
a  celle  de  la  vertu,  I'eau  de  la  force  et  a  celle  de 


L'eau  des  jugements 
nous  Cail  connaltre  ce  qui  est  permis,  et  ce  qui  ne 
l'cst  pas.  L'eau  du  conseil  nous  fait  discerner  ce 
qui  est  utile  de  ce  qui  ne  Test  point.  Mais  corame 
les  lentations  ne  mampient  point  aux  elus  qui 
marchenl  droit  dans  cessentiers,  car  ils  sont  eprou- 
ves  de  deux  manures,  par  la  terreur  qui  cherche 
a  les  abattre,  el  par  les  seductions  qui  ne  cessent  de 
les  entrainer,  ils  out  besoin  de  se  savoir  arnies  de 
la  force  de  la  vertu  de  Dieu,  contre  les  terreurs,  et 
de  la  chantc  d'en  liaut  contre  la  seduction  des  de- 
sirs,  car  les  bons  desirs eteignent  lesmauvais,  comme 
dit  uu  saint  personnage.  Nous  pouvons  encore 
raisonner  ainsi.  A  quoi  bon  savoir  ce  qui  est  utile, 
ce  que  nous  enseigneut  les  jugements  et  les  con- 
seils, si  nousne  pouvons  point  le  faire?  Voilu  pour- 
quoi  apres  les  eaux  dcs  jugements  et  des  conseils, 
on  doit  puiser  l'eau  de  la  force.  De  meme,  en  rai- 
sonnant  comme  nous  venons  de  le  faire,  a  quoi 
bon  pouvoir,  si  la  charite  n'est  point  la  fin  de  tout  ? 
Aussi,  faut-il,  apres  lejugement,  apres  les  conseils, 
apres  la  force,  puiser  de  l'eau  a  la  fontaine  des 
desirs,  afin  que  la  vie  etcrnelle  soit  la  fin  de  tout 
ce  que  nous  gotitons,  disons,  faisons  ou  souffrons. 
2.  Pour  rendre  plus  clair  encore  ce  que  je  viens 
de  dire  sur  les  fontaines  et  sur  l'eau  qui  s'en  ecoule, 
il  me  semble  a  propos  de  recourir  au  temoignage 
des  Ecritures,  et  de  relever  par  des  Ills  d'argent  les 
ressemblances  d'or  que  je  vous  ai  montrees.  Et  d'a- 
bord,  il  ne  me  semble  douteux  pour  personne  que 


A  la -fontaine 

de  la  ve- 
rite on  puise 
le  juge- 

HK.it. 


fUii  Israel  manna,  dixerunt  ad  invicem,  Manliu  ?  quid  est 
hoc?  Ignorabanl  enim  quid  esset.  Quibus  ait  Uoyses  : 
late  est  partis  quern  dedtl  Ihminni  vnlni  ad  rrm;idum. 
Hujus  facti  mysterium  in  Evangelio  Joannis  convenien- 
ter  aperilur,  ubi  Uominus  ait  :  Amen,  amen  dico  vnbis, 
nisi  ma  ritis  carnem  fi/ii  hominis,  elc.  Mulli  ergo 

ex  discipulis  audientes  dixerunt  :  Durus  est  hie  senno  : 
quis  potest  eum  audire?  Ex  hoc  multi  abierunt  retro. 
Ad  hunc  Haque  rnodum,  cum  aliqiii  siraplices  ad  con- 
vcrsioncm  veniunl.  severitalem  reguhe  expavescunt.  Si 
fiat  eis  sermo  de  mundi  contemptu,  de  virtutum  vitio- 
rutnque  conuictu;  si  amietas  vigilandi,  assiduitasorandi, 
parcimonia  jejuuandi  ab  ipais  rcquiritur,  dicunt  conque- 
rendo  inter  se  :  (i"id  est  hoc  ?  quis  lot  et  tiinta  implore 
sufticial?  Nesciunl  enim  quanta  sit  virtus  assumpli  ordi- 
nis.  Sed  pastor  eis  oonsolatO'le  habet  respondere,  et  de 
afferenda  cos  sollicitare  farina. 

SERMO  XCV1. 

De  quatuor  fontibus  StUvatoris,  et  aquis  inde  hauriendis. 

1 .  Haurietis  aquas  in  gaudio  de  foniibvi  Salvatoris.  Pro 
paradiso  quem  perdidimus,  reslitutus  est  nobis  Christus 
Salvator.  Sicut  ergo  de  uno  fonte  paradisi  dirivantur 
quator  llumina  ad  irrigandum  paradisum  :  ita  de  ;  i- 
ris  ejus  arcano  procedunt  quatuor  fontes,  ex  quibus 
hauriunliir  quatuor  aquaruin  genera,  undo  lot;i  per 
universutu  mundum  rigatur  Bccleaia.  Sunt  autem  qua- 
tuor fontes,  Veritas,  sapientia,  virtus,  pi  charilas.  Ex  his 
ergo  fontibus  hauriuntur  aquaB,  en  singulis   scilicet  sin- 


gula?. Nam  de  fonte  verilatis,  sumunluraqu<E  judiciorum: 
de  Fonte  sapiential,  aqua;  conciliorum  :  de  fonte  virtutis, 
aquae  praesidiorum  :  de  fonte  charitatis,  aqua1  desiderium. 
In  aquis  judiciorum  cognoscimus  quid  liceat,  vel  quid 
non  liceat.  In  aquis  consiliorum  discernimus  quid  ex- 
pediat,  vel  quid  non  expediat.  Sed  quia  eleclis  viris 
recte  per  haec  gradientibus  non  desunt  tentaliones ;  len- 
tantur  autem  de  duobus,  autterroribus,  ut  concutiantur; 
aut  blandimentis,  ut  seducantur  :  idirco  armandi  sunt 
contra  tenons  prassidiis  divina?  virtutis  ;  contra  blandi- 
menta  desideriia  supernas  charitatis.  Desideriis  enim 
meliorum  superantur  (ut  ait  quidam  sanctus)  desideria 
deteriopum.  Vel  sic  possumus  procedere.  Quid  prodest 
nosse  quid  licet  et  expediat,  (quod  utique  decent  judicia 
atque  consilia)  si  posse  perfici  minime  contingat?  ldeo 
post  aquas  judiciorum  et  conciliorum,  qua?rend:e  sunt 
aqua!  praesidiorum.  Rursum  et  posse  quid  valcat,  si 
horum  omnium  non  sit  finis  cbaritas?  Recte  itaque  post 
judicia,  post  concilia,  post  praesidia,  hauriuntur  de  fonte 
charitatis  desideria,  ut  videlicet  quidquid  sapimus  aut 
loquimur  quidquid  operamur  aut  patimur  aeternae  vita? 
finis  concludal. 

■2.  Sed  ut  ha>e  qua'  dicta  sunt  de  fontibus  et  aquis 
claries  eluceanl,  Scriplurarum  testimoniis  reor  esse 
comprobanda,  attriqne  similitudines,  quas  protulimus, 
vermiculandas  argento.  Ac  primum  quod  dictum  est, 
quatuor  illos  fontes  de  peclore  Jesu  manare,  nullum 
arliilror  ambigere.  Quomodo  autem  ex  eisdem  fontibus 
bauriantur  predicts  aquoa,  id  elaborandum  est  Veniaf 
rrgo  David,  et  dicat  quod  ex   fonte   veritatis   procedant 


SERMONS 

ces  quatre    fontaines   coulent  du  sein    meme  de 
Jesus  ;  mais  comment  y   puise-t-on  les   eaux  dont 
j'ai  parle,   voila   ee   qu'il  faut  montrer.  Que  David 
vienne  done  anon  aide,  et  qu'il  nous  apprenneque 
les  jugements  coulent  de  la  fontaine  de  la  verite. 
N'est-ce  pas  le  sentiment  qu'il  exprimait  quand  ll 
disait  :    «  Que  mon  jugement  sorte  de  voire  visage 
(Psal.  xvi,  2).  »  En  effet,  ce   saint   homme  n'aurait 
certainement  pas  appele  sien  un  jugement  qui  ne 
sortirait  point  du  visage  de  Dieu,  e'est-a-dire  de  la 
verite,  car  il  savait   bien   que  les   elus  de  Dieu  se 
reglent  sur  les  jugements  de  la  verite,  comme  sur 
une  regie  fer,  et  comme  il  se  sentait  sous  leur  di- 
rection, il  disait   dans  ses  chants  les  plus  joyeux  : 
«  Les  jugements  de  Dieu  sont  vrais,  et  se  justitient 
eux-memes  ;  ils  sont  plus  desirables  que  l'or   et  les 
pierres  precieuses,    et  plus  doux  que  le    miel  me- 
me en  ses  rayons  (Psal.  xvni,  10).  »    Si  par  hasard 
on  a  peur  de  s'en  ecarter,  il  faut  prefer  l'oreille  a 
la  voix  du  Pere  qui  fait  entendre  ses  menaces  par 
la  boucbe  du  meme  Prophete  :  «  S'ils  ne  marchent 
point  dans  mes  preceptes,  et  s'ils  ne  gardent  point 
mes   commandements,  je    visiterai  avec  la  verge 
leurs  iniquites,   et  je  punirai  leurs  peches  par  des 
plaies  (Psal.   lxxxviu,  32).  »  Ce   sont  ces  mysteres 
du  jugenn  •  t  de  Dieu,  que  rapportait  le  Porte-clef 
du'royauuie   des   cieux,   quand    il   disait  :  «  II  est 
temps  que   Dieu  commence   son  jugement  par   sa 
propre  maison.  Et,  s'il  commence  par  nous,  quelle 
sera  la  Qn  de   ceux  qui  rejettent  l'Evangile  de  Dieu 
(I  Petr.  iv,  17)  ?  »  Or,   ces  paroles  s'adressent  aux 
elus.  II  y  a  un  autre  jugement  qui  se  rapporte  aux 
reprouves,  et  qui,  de  meme  que   le  premier,  coule 
ausside  la  Verite  meme.  Ainsi,  elle  dit  par  la  bouche 
de  Paul  :  «  nous  savons  que  Dieu  condamne  selon 
la  verite  ceux  qui  font  ces  actions  (Rom.  n,  2).  » 
EnOn  la  Verite  meme,  parlant  en  meme  temps  deces 
deux  jugements  dit :  «  Je  suis  venue  en  ce  monde 


DIVERS.  61 

pour  exercer  un  jugement,  e'est-a-dire  pour  que 
t  eux  qui  ne  voient  point,  voient,  et  que  ceux 
qui  voient  deviennent  aveugles  (Joan,  ix,  39).  »  Et 
il  montre  la  difference  qui  lenr  est  propre  quand  il 
dit  :  «  ceux-ci  iront  au  supplice  eternel,  tandis  que 
ceux-la,  les  justes,  iront  a  la  vie  eternelle  (Malt. 
xxv,  6).  » 

3.  Aprcs  avoir  vu  comment  les  jugements  se 
puisent  a  la  fontaine  de  la  verite,  voyons  comment 
les  conseils  coulent  de  la  fontaine  de  la  sagesse.Qui 
doute  que  l'apdtre  Paul  ait  ete  sage,  quand  saint 
Pierre,  son  collegue  en  apostolat,  rend  temoignage 
de  la  sagesse  qu'il  a  recue  (II  Pet.,  in,  15),  et  que 
toutes  les  paroles  de  cet  apotre  ne  respirent  que  la 
sagesse.  Qu'il  ouvre  done  la  bouche  pour  nous 
donner  des  conseils,  et  que  par  la  il  nous  ajiprenne 
ce  qui  convient  a  des  voyageurs  comme  nous,  a  des 
homines  qui  ont  hate  d'arriver  a  la  celeste  patrie. 
«  Quant  aux  vierges ,  dit-il,  je  n'ai  pas  recu  de 
commandements  du  Seigneur ,  mais  voici  le  conseil 
que  je  leur  donne,  pour  etre  un  ministre  tidele.  Je 
crois  done  qu'il  est  avantageux  a  l'homme,  a  cause 
des  necessites  pressantes  de  cette  vie,  de  demeurer 
tel  (I  Corr.  vn,  25  et  26),  e'est-a-dire  de  ne  se  point 
marier.  S'il  avait  recu  un  commandement  au  sujet 
de  la  virginite,  il  n'y  aurait  de  permis  que  ce  qui 
serait  prescrit ;  mais  comme  il  est  egalement  perr 
mis  de  se  marier  ou  de  ne  le  point  faire,  que  pou- 
vait-il  faire  de  mieux  que  de  dire  :  «  il  est  avanta- 
geux de  resler  tel  ?  »  Surtout  quand  les  besoins 
pressants  de  la  vie  ont  souvent  coutume  de  fondre 
sur  nous,  que  la  rapidite  du  temps  nous  conduit 
rapidement  a  la  mort,  et  que  la  figure  de  ce  monde 
passe  vile.  Ailleurs,  en  parlant  d'une  veuve,  il  dit : 
«  Mais  cependant  elle  sera  plus  heureuse,  si  elle 
demeure  veuve,  comme  je  lelui  conseille  (Ibid.  40).  » 
Et,  de  peur  qu'on  ne  croie  que  e'est  de  son  propre 
cceur,  non  point  de  la  fontaine  du  Sauveur  qu'il 


judicia.  Hoc  certe  videtur  sensisse  cum  diceret  :  De 
vullu  tuo  judicium  meum  prodeat.  Neque  enim  vir 
sanctus  judicium  suum  diceret,  quod  de  vultu  Dei,  id 
est  de  veritate,  non  prodiret.  Noverat  enim  electos  Dei 
veritatis  judiciis,  tanquam  virga  ferrea  regi,  et  quia  sub 
eorum  regimine  se  esse  sentiebat,  exultans  psallebat  : 
Judicia  Dei  vera,  justificata  in  semelipsa ;  desiderabilia 
iuper  aurum  et  lapidem  pretiosum  mu/tum,  el  dulciora 
mper  mel  et  favum.  A  quibusne  forte  perincuriam  de- 
vient,  audiant  vocero  Patris  per  eumdem  Prophetam 
comminantis  :  S('  in  judiciis,  inquit,  meis  non  ambula- 
verint,  et  mandata  mea  non  custodierint,  visitabo  in 
virga  iniquitates  eorum,  et  in  verberibm  peccata  eorum. 
Ha?c  mysteria  divini  judicii  reserabat  coelesti  regni  Cla- 
vicularius,  cum  diceret  :  Tempus  est  ut  ineipial  judicium 
de  domo  Dei.  Si  aulem  primum  a  nobis,  quis  finis  eo- 
rum qui  non  crediderunt  Dei  Evange/wl  Et  hoc  de 
electis  dictum  est.  Caeterum  est  aliud  de  reprobis  judi- 
cium, quod  nihilominus  ab  ipsa  Veritate  procedit.  Unde 
et  per  Paulum  dicitur  ;  Scimus  enim  quoniam  judicium 


est  secundum  veritalem  in  eos  qui  talia  agunt.  Et  utrum- 
que  quidem  judicium  complectitur  ipsa  Veritas,  dicens: 
In  judi'  turn  ego  veni  in  /tunc  mundum,  ut  qui  non  vi' 
dent  videant,  et  qui  vident  cceci  fiant.  Utrumque  autem 
discernit,  cum  item  dicit  :  Et  ibunt  hi  in  supplicium 
(sternum,  justi  autem  in  vitam  eeternam. 

'A.  Si  vidimus  quomodo  de  fonte  veritatis  hauriuntur 
judicia,  videamus  quomodo  de  fonte  sapienlia?  propi- 
nentur  consilia.  Quis  dubitet  apostolum  Paulum  esse 
sapientem,  cum  et  Petrus  ejus  coapostolus  sapicntiam 
ei  datam  esse  adstruat,  et  ejusdem  apostoli  tota  verbo- 
rum  series  nil  aliud  quam  sapientiam  redoleat?  Profe- 
rat  igitur  concilia,  et  per  ipsa  nos  doceat,  quid  peregri- 
nantibus  et  ad  ccelestem  patriam  festinantibus  expediat. 
De  virginibus,  inquit,  prceceptum  Domini  non  hubeo, 
concilium  autem  do,  tanquam  misericordiam  consecutus 
a  Domino,  ut  sim  fide/is.  Existimo  ergo  hoc  bonum 
esse  propter  instantem  necessitatem  quoniam  bonum  est 
homini  sic  esse,  hoc  est  in  virginitate  manere.  Si  de 
virginibus  prsceptum  haberet,   nil  aliud,   quam  quod 


69 


(KL'VRES  DE  SAINT  HEHNAHD. 


tire  ce  conseil,  il  ajoute  :  «  et  jc  crois  que  j'ai 
aussi  on  cela  I'espril  de  Dieu.  »  Mais  pourquoi 
m'arrdter  a  rapporter  quelques  exemples  quand 
tout  sexe,  toute  condition  trouve  des  conseils  de 
salut  dans  ses  paroles,  pour  peu  qu'il  les  y  che 
avec  soin?  Mais  si  on  veut  s'assurer  dans  an  raou- 


de  la  Force  autant  que  la  vertu  meme  me  donnera 
la  force  de  le  faire.  Or,  de  meine  que  plus  haut  je 
disais  que  la  verile  a  deux  jugements,  doat  I'un 
nou?  ilit  ce  qui  estpermis  el  ('autre  ce  qui  ne  1'est 
pas,  el  que  la  sagesse  aussi  en  a  deux  ;  un  qui  nous 
apprend  ce  qui  est  expedient,  et  I'autre  ce  qui  ne 


•  Les  pro- 
Terbes, 
1'Eccli 

le  can- 
tique  df-s 
canliques, 
1'EccK 

que,  et 
la  sagesse. 


vementde  curiosite,  si.  veritablement,  comme  on  le  l  esl  point,  ai  -si  devons-nous  reconnaitre  ici  qu'on 

ilit,  les  conseils  emanent  de  la  sagesse,  qu'on  lise  peul  puiser  deux,  sortes  d'eau  de  force  a  la  Fontaine 

les  livres   qui  sont  nttribues  a   la   Sagesse  '  on  tout  de  la  vertu,  line  qui  purine  les  elus  de  leurs  tautes, 

le  contexte  desdiscourssemble  fait  pout  donner  des  et  I'autre  qui  les  rafralchisse  dans  leurs  tourments. 

conseils.  Mais  si,  dans  une  pensee    de  prudence   et  Donnons  an  exemple  de  1'une  et  de  I'autre.  L'evan- 


La  fontaine 

da    l'eaa    de 

secours. 


d'utilite,  on  veut  y  puiser  la  vie,  nous  cntendrons  la 
\..ix  de  la  Sa.aesse  nieiue  qui  nous  y  invite  en  ees 
tennes  salutaires  :  «  Si  vous  voulez  arriver  a  la  vie, 
observez  Irs  coramandements  Mitt,  xix,  17).  » 
De  qui,  demandez-vous?  Elle  vous  repond  :  «  Crai- 
gnez  Dieu  et  observez  ses  commandements  (Eicl. 
xn,  13) .  »  Entendez-la  vous  crier  dans  un  senti- 
ment tout  material  :  «  Donnez-moi  votre  cceur 
(Prov.  XXLU,  26).  »  0  combien  je  voudrais,  moi 
aussi,  suspendre  mon  cceur  aux  paroles  de  ce- 
lui  dont  le  cceur  bienfaisant  fait  retentir  de  si 
doux  conseils  de  vie  !  Puisse-je  tremper  la  plume 
de  ma  langue  dans  sa  fontaine,  pour  devenir  capa- 
ble de  vous  parler  d'une  manure  utile  de  ce  qui 
me  reste  a  vons  dire  des  deux  autres  fontaines, 
c'est-a-dire  de  la  ^  ertu  et  de  la  charite. 

a.  Comme  ces  quatre  fontaines  melent  si  bien 
leurs  gouts  que  quiconque  boit  de  l'une  est  invite 
a  boire  de  I'autre  par  une  ineffable  douceur  de 
delectation,  il  est  temps  que  je  passe  dela sagesse  a 
la  rertu,  et  quejemontre  comment  on  y  puise  l'eau 


p'liste  saint  I.uc  rapporte  [Luc.  vm,  Z|3j  qu'une 
femme  qui  soull'iait  dun  flux  de  sang,  apres  avoir 
depense  toute  sa  fortune  en  medecins,  sans  pouvoir 
obtenir  sa  guerison,  s'approcha  du  Seigneur  par 
derriere,  toucha  la  (range  de  son  vetement,  et 
aussitot,  on  flux  de  sang  s'arreta.  Jesus,  de  son 
c6te,  dit  :  «  Qui  m'a  touche?  »  Et  comme  ses  disci- 
ples lui  disaient  :  «  Quand  la  ioule  vous  presse  de 
tons  coles  et  vous  accablo,  vous  dites  :  v  Qui  ni'a 
louche?  ))  11  leur  repartit  :  Quelqu'tin  m'a  touche, 
car  je  sens,  moi,  qu'une  vertu  est  sortie  de  moi.  » 
Voila  les  eaux  de  force  que  puisa  cette  femme  a  la 
fontaine  de  la  vertu;  elles  la  purifierent  de  son  tlux 
de  sang  dont  aucun  medecin  n'avait  pu  la  guerir. 
Si  vous  me  faites  remarquer  que  ce  temoignage  n'a 
aucun  rapport  avec  le  sujet  qui  nous  occupe  en  ce 
moment,  attendu  qu'il  ne  semble  pas  que  cette 
femme  ait  et§  pnrifiee  de  ses  fautes,  miis  seu- 
lement  d'une  maladie  corporelle,  il  faut  savoir  que 
c'est  la  coutume  de  la  vertu  de  Dieu  de  truerir  le 
cceur  avant  le  corps.  Aussi   voyons-nous  daus  un 


prsciperetur,  liceret.  Nunc  vero  cum  utrumque  liceat, 
vol  nubere,  vel  non  nubere  :  quid  cotnpendiosius  dici 
potuit,  quam  bonum  est  homini  sicessel  prssertim  cum 
et  necessitatis  instaulia  frequenter  obrepere  soleal,  et 
cito  mori  ipsa  temporis  brevitas  urgcat,  totiusque  mundi 
figura  praetereat.  Item  cum  de  vidua  loqueretur  :  Bea- 
tior,  inquit,  erit  si  si'.-,  id  est  ionupta,  permaiuerif  secun- 
dum concilium  meum.  Ac  ne  de  proprio  corde,  et  non 
potius  de  fonte  sapientisB  videretur  hoc  ipsum  concilium 
deprompsissc,subjecit  diccns  :  Puto  quod  et  e 
Dei  habeam.  Sed  cur  ego  paucis  immoror  exemplis, 
cum  iu  ejus  verbis  omnis  sexus,  omnis  conditio  conci- 
lium inveniat,  si  diligenler  qu;erat,  salutis  ?  Quod  si 
quis  curiosius  velil  perspicere,  utinm  verum  sit  quod 
dictum  esl,  de  sapienlia  concilia  manare,  legat  libros 
qui  inscribuntur  Sapiential,  ubi  tolus  orationis  conlevlus 
concilia  parare  videtur.  Si  vero  consullius  et  ulilius  stu- 
det  vilam  inde  eligerc,  audict  ipsam  salubriter  invilan- 
tem  Sapientiam  :  Si  vis,  inquit,  ad  vitam  venire,  eerva 
mandata.  Quaeris  cujus?  Deum,  inquit,  time,  et  man- 
data  ejus  observa.  Audiat  cam  ipsam  materno  affectu 
inclamanlem  :  Di  milii  cor  tuum.  0  quantum  vellcm, 
el  ego  cor  meum  in  ejus  vctbum  euspendcre,  de  cujus 
ore  mirifico  lam  dulcia  vitae  concilia  audio  persi 
Ulioam  aulem  et  lingua?  meae  ealamum  in  ejus  In1. 
posscrn  inlingere,  quo  idoneus  esscm  ea  quoque  qua; 
rcslanl  de  duobus  fontibus,  id  est  v  tulis  et  charitalis, 
utdittr  exarare  I 


C'est  la  cou- 
tume de 
la  Tertu  de 
Dieu  de 
guerir  le 
cceur  avant 
le  corps. 


4.  Et  quoniam  quatuor  isti  foates  ila  sibi  invicem  sa- 
porem  transfundunt,  tit  qui  deuno  biberit,  quadam  inef- 
fabili  dilectionis  dulcedine  invitetur  ad  alium  :  libel  jam 
de  sapientia  ad  virlutcm  transire,  el  qualiler  illinc  hau- 
riantur  aquae  prassidiorum,  quantum  ab  ipsa  virtute  ad- 
juvor,  ostendere.  Sicul  aulem  superius  dixi  gemma  esse 
verilalis  judicia,  quia  scilicet  determinant  quid  liceal  i 
vel  quid  non  liceat :  ilidemsapientiaeduo,  hoc  esl  quid  ex- 
pediat :  ila  el  hie  agnoscamus  de  fonte  virtutis  hauriendas 
duplicespraasidiorum  aquas,  quae  vel  abluant  electosacul- 
pis,  vel  refrigcrent  in  tormentis.  L)e  utrisque  sumamus 
exemplum.  Refert  Lucas  evangelista,  quod  quaedam  mulier, 
quae  fluxum  sanguinis  patiebatur,  erogalain  medicos  tola 
substantia  cum  minime  curari  potuisset,  accesserit  retro, 
et  tetigerit  limbriam  veslimcnli  Domini,  el  confeslim 
stelerit  fluxus  sanguinis  :  Jesum  vero  dixisse,  Qnn  me 
tetigitl  Cumque  discipuli  responderent,  Turbos  te  com- 
primunt  et  affligunt,  et  diets,  Quii  me  tetiyit?  rursum 
rcpetiisse,  Tetigit  me  aiiquis  :  nam  et  ego  novi  rirtutem 
de  me  exisse.  Ecce  quas  aquas  prassidii  hauserit  mulier 
de  fonte  virtutis,  quibus  ablula  est  a  profluvio  sanguinis, 
quae  nulla  medicorum  arle  poterat  sanari.  Quod  si  quis 
objiciat,  prolatum  testimonium  nihil  ad  rem  praesentis 
operis  pertinere,  eo  quod  ilia  mulier  nequaquam  ablula 
ir  a  culpis,  sed  tanl  tu  line  carnis  : 

noveril  moris  esse  divinas  virtutis  prius  cordi  mederi, 
quam  corpori.  Unde  et  alibi,  cum  quidam  ei  paralyticus 
efferretur  curandus,    tanquam    bouus  et   pius  medians, 


SERMONS  DIVERS. 


autre  endroit  que  lorsqu'on  lui  presents  un  para- 
lytique  a  guerir,  ce  beau  et  charitable  medeein, 
voulant  commencer  par  guerir  le  plus  important, 
je  veux  dire  lame  avant  le  corps,  lui  dit :  «  Ayez 
contiance,  mon  fils,  vos  peches  vous  sont  reinis 
(Mutt,  ix,  2).  »  Et  ensuite,  sa  conscience  etant 
gnerie,  il  guerit  le  corps  en  disant  :  «  Levez-vous, 
emportez  votre  lit  et  retournez  dans  votre  maison 
(Ibidem).  »  De  meme  il  commenca  par  purifier  le 
cceur  de  cette  femme  en  y  mettant  le  don  de  la 
foi,  scion  ce  qui  est  ecrit  :  «  Fortifiant  leur  cceur 
et  leur  foi  (Act.  xv,  9).»  qui  lui  tit  meriter  la  sante 
extericure  du  corps.  C'est  ce  que  le  Seigneur  meme 
nous  fait  entendre,  quand  il  dit  :  «  Ma  fille,  votre 
foi  vous  a  sauvee,  allez  en  paix  (Luc.  vm,  43).  » 
Mais  on  puise  encore  a  la  fontaine  de  la  vertu  l'eau 
de  la  force  dans  les  tourments,  comme  le  font  voir 
les  trois  enfants  dans  la  fournaise  que  la  flamme 
rafraichit  au  milieu  d'un  feu  ardent  comme  celui 
d'un  incendie;  c'est  ce  que  prouve  encore  parfaite- 
ment  l'admirable  martyr  Vincent,  qui,  au  milieu 
des  plus  cruels  tourments,  non-seulement  les  sup- 
Force  de  porta  avee  Constance,  mais  encore  excitait,  en  ces 
au  milieu  termes,  la  fureur  de  son  bourreau  :  «  Leve-toi, 
et  dechaine  contre  moi  toute  la  fureur  de  ta  me- 
chancete,  1u  verras  que,  par  la  vertu  de  Dieu,  je 
suis  plus  lort  pour  souffrir  que  tu  ne  saurais  l'etre 
pour  multiplier  mes  souffrances.  »  On  pourrait  en 
dire  bien  davantage  sur  cette  fontaine  de  vertu, 
mais  je  prefere  me  borner  a  ce  peu  de  mots,  parce 
que  j'aime  mieux  boire  a  la  fontaine  de  vertu,  que 
d'ecrire  sur  elle. 

5.  Le  Redempteur  lui-meme  nous  convie  a  cette 
fontaine  en  ces  termes  :  «  Si  quelqu'un  asoif,  qu'il 
vienne  et  qu'il  boive,  et  des  eaux  vives  conleront  de 
son  ventre  (Joan,  vn,  37).  »  L'Evangeliste,  poursui- 


des 
lourmeots 


vant  son  recit,  nous  fait  connaitre  la  fontaine  oii 
il  nous  invite  a  venir.  «  II  parlait,  dit-il,  de  l'Esprit 
qu'ils  devaient  recevoir  en  croyant  en  lui  (Ibidem 
39).  »  De  quel  esprit  parlait-il,  si  ce  n'est  de  l'es- 
prit  de  charite  que  le  monde  ne  peut  recevoir,  et 
que  ne  recoivent  que  ceux  qui  croient  en  lui  ? 
Allons  done  puiser  a  cette  fontaine  l'eau  des  desirs,  Il  frut  puiser 
et  divisons-les  en  deux  ruisseaus,  alin  que  de  me-  desirs  a  la 
me  qu'il  y  a  deux  preceptes  de  la  charite,  il  y  ait  fontaine  dc  la 
aussi  deux  desirs  par  lesquels  ces  preceptes  soient 
remplis.  En  etfet,  il  y  a  le  desir  par  lequel  Dieu 
est  aime  pour  lui-meme,  et  celui  par  lequel  le  pro- 
chain  Test  pour  l'amour  de  Dieu.  Or,  dans  le  pre- 
mier precepte  il  n'y  a  point  de  mesure  a  garder; 
c'est  de  tout  notre  cceur,  de  toute  notre  ame  et  de 
toutes  nos  forces  que  Dieu  est  aime  ;  mais  il  y  en 
a  une  dans  le  second,  puisqu'il  est  dit  :  «  Vous 
aimerez  votre  prochain  comme  vous-meme  (Matt. 
xxn,  39).  »  C'est  du  premier  amour  que  brulait  le 
Prophete  quand  il  disait  :  «  De  meme  qu'un  cerf 
soupire  apres  les  sources  d'eau  vive,  ainsi  mon 
ame  soupire  apres  vous,  6  mon  Dieu  (Psal.  xli, 
2).  »  Et  encore  :  «  Mon  ame  se  consume  et  defaille 
de  desir  dans  les  portiques  du  Seigneur  (Psal. 
Lxxxm,  3).  »  C'etait  le  second  amour  que  l'Apotre 
teruoignait  aux  Romains  quand  il  leur  ecrivait  en 
ces  termes  :  «  J'ai  un  grand  desir  de  vous  voir, 
pour  vous  faire  part  de  quelque  grace  spirituelle 
(Rom.  i,  11),  »  et  que  le  Seigneur  montrait  a  ses 
disciples  quand  il  leur  dit  dans  l'Evangile  :  «  J'ai 
desire  d'un  ardent  desir  de  manger  cette  Pique 
avec  vous  avaut  que  je  soutfre  (Luc.  xxu,  15).  » 

6.  Or,  il  faut  remarquer  que  le  cceur  de  l'homme      Le 
est  excite  et  portc  a  l'amour  de   Dieu   particuliere-    est  excite  a 
rnent  par  trois  affections,  ce  qui  explique  comment  de  Dieu  par 
il  lui  est  ordonne  d'aimer  de  tout  son   cceur,   de    ao-'1?13 


volens  sanare  prius  quod  erat  potius,  id  est  mentem, 
quam  carnem,  ait  eidem  paralytico  :  Confide  fili,  remit- 
tuntur  iibi  peccata  tua.  Itaque  sanata  conscientia,  con- 
sequenter  sanatur  corpus,  cum  dicitur,  Surye  tolle  tec- 
tum luum,  et  vade  in  do  mum  tuam.  Sic  ergo  et  hujus 
cor  mulieris  prius  abluit  intus  per  donum  (idei,  sicut 
scriptum  es;  :  fide  mundans  covda  illorum,  per  quam 
meruit  exterius  impetrare  salutem  corporis.  Hoc  enim 
innuit  ipse  Dominus,  cum  dicit  :  Flia,  fides  tua  te  sal- 
vam  feed,  vade  in  pace.  Quod  autem  de  hoc  ipso  fonte 
virtutis  hauriantur  aqu;epraesidii  in  tormentis,  ostendunt 
et  illi  tres  pueri  in  fornacis  incendio  aestuantis  posili, 
quibus  ipsa  tlamma  refriguit  :  et  pracipue  inelytus  ille 
martyr  Vinccntius,  qui  cui  cum  graviter  torqueretur, 
non  solnm  tolerasse,  sed  etiam  tortorem  suum  constanter 
provocasse  ferlur  his  verbis  :  «  Insurge,  inquit,  et  toto 
malignitatis  spiritn  debacchare  :  videbis  me  Dei  virtule 
plus  posse  dum  torqueor,  quam'possis  ipse  qui  torques-u 
Possent  plura  de  hoc  fonte  virtutis  copiosius  dici,  sed 
a!  charita-  eum  succinte  praetereo :  quia  de  t'onte  virtutis  *  Inhere 
,li-         potius,  quam  scribere  desidero. 

5.  Ad   hunc    fontem  invitamur    Redemptoris    nostri 
voce  dicentis  :  S<  quis  siiit,  veniat,  et  bibat,  et  de  ventre 


ejus  fluent  aqua;  viv&.  Et  secutus  Evangelista  exposuit 
ad  quern  fontem  nos  invitaret,  dicens  :  Hoc  autem  dixit 
de  Spiritu,  quern  accepturi  erant  credenles  in  eum. 
Quern,  nisi  Spiritual  charitatis,  quern  mundus  non 
potest  accipere,  sed  soli  accipiunt  qui  vere  credunt  in 
eum?  Ex  hoc  ergo  fonte  hauriamus  nobis  aquas  desi- 
dcriorum,  ipsasque  partiamur  in  geminos  rivulos,  ut 
sicut  ejusdem  charitatis  duo  sunt  prtecepta,  ita  sint 
et  desideria  geniina,  quibus  impluantur  ipsa  praecepta. 
Aliud  est  enim  desiderium  quo  Deus  propter  seipsum, 
aliud  quo  proximus  diligitur  in  Deo,  vel  propter  Deum. 
In  illo  nullus  modus,  sed  ex  toto  corde,  tola  anima,  tota 
virtute  diligitur  Deus  :  in  hoc  autem  praiscribitur  qui- 
dam  modus,  cum  dicitur  :  Diliges  proximum  tuum  si- 
cut leipsum.  Illo  tlagrabat  Propheta,  cum  diceret  :  Sicut 
cervus  desiderat  ad  forties  aquaram,  ita  desiderat  anima 
mea  ad  te  Deus,  et  item  :  Concupiscit  et  deficit  anima 
mea  in  atria  Domini.  Huoexhibebat  Apostolus  Romanis, 
quibus  scribebat  :  Djsidero  enim  videre  vos,  ut  aliquid 
gratue  spiritualis  impeiiiar  vobis.  Et  Dominus  in  Evange- 
lio  discipulis  suis  :  Desiderio  desideravi  hoc  paseha 
manducare  vobiscum,  antequum  putiar. 
6.  Et  notandum,  quod  ad  illud  excitatur  menshumana 


84 


OEUVRES  HI-.  SAINT  BERNARD. 


L'amoar  du 
prochain 

t'eierce  de 

trois 
manitres. 


loute  son  anie  el  de  tOUtes  ses  forces.  I.a  premiere 
ilo  ces  atl'cctious  est  dunce,  la  seconde  pendente,  et 
la  troisieme  forte.   Pierre   ressentail  la  premiere 

quand  il  . i.  t > >i l ill .1 1 1  i.  SfeigneUT  de  mnurir ;  il  est 
evident  qu'il  i'piouvait  le  doiEJ  annuir  tin  COBttr 
qnand  il  redoutait  la  passion  pour  lni.  Aussi  lors- 
qu'il  entendit  ces  paroles  :  «  Arriere  Sat  in,  VOUS 
ne  goutez  pas  les  choses  de  Dieu,  niais  celles  de 
rhonuiie  (Mare,  vm,  S3), »  il  se  vit  eclaire  parce 
langage,  et,  comprenant  tout  ce  que  la  mort  du 
Christ  avait  de  bon,  il  se  mit  a  aimer  de  toute  son 
ami'  el  dun  amour  prudent,  celui  que  d'ahord  il 
n'avait  aime  que  de  lout  son  eu-ur  et  d'un  amour 
pleill  de  douceur ;  in  lis  il  ne  l'aiinait  pasencore  de 
loutes  ses  forces,  autrement  il  be  1'aurait  cerlainc- 
rnent  par  renie  par  la  crainte  de  la  mort.  Mais 
apres  la  resurrection  et  l'ascension,  ayant  reftu  le 
Saint-Ksprit  d'en  haut,  il  aima  enlin  de  toutes  ses 
forces  celui  pour  qui  il  ne  craignit  point  dans  la 
suite  de  subir  l'korrible  supplice  de  la  croix.  Quant 
a  l'amour  du  procbain,  nous  le  pratiquons  aussi 
de  trois  manieres,  soit  en  cdifiant  la  charite,  la  oil 
elle  n'existe  pas,  soit  en  l'empecbant  de  perir,  soit 
enfin  en  ne  la  laissant  pas  s'amoindrir  la  oil  elle 
est.  Or,  quiconque  exerce  cette  charite  envers  le 
procbain  avec  un  cceur  pur,  merite  tres-certaine- 
nient  d'obtenir  plus  tard  celle  qui  n'est  autre  que 
Dieu   nieme. 

Ql'ATRF.-VINGT-DIX-SEPTIEME  SERMON, 

Douceur  de  la  parole  et  du  joug  du  Christ,   qui   est 
dur  uu  dehors,  mais  trcs-doux  au  dedans, 

1.  «  I.e  lait  et  le  miel  sont  sous  la  langue  (Cant. 


iv,  11).  i)  11  faut  qu'il  en  soil  ainsi  ;  car  ce  qui  est 
dans  sa  langue  sonne  durement  a  nosoreilles.  «Les 
paroles  du  sage  sont  comme  des  aiguillons  et  coin- 
nie  des  clOUS  enfoliecs  prol'ondoincnt.  (Ecclc.  xil, 
11). »  11  y  en  a  un  dont  les  paroles  sont  plus  douoi  S 
que  I'huile  (J'sul.  i.xv,  22),  mais  jamais  l'buile  du 
pecheur  ne  coulera  sur  ma  tete  (Psal.  cxt,  la). 
Mieuz  vant  que  le  juste  me  reprenne  et  me  gour- 
1  ii  1 1  nli',  ear  s'il  le  fait  c'est  dans  un  sentiment  de 
niisi'i'ieorde,  plutot  qu  ■   cette  buile  oigne   111a   1  ('•  t . ' , 

car  c'esi  one  buile  pleine  de  dol.  C'est  encore  bien 
a  propos  que  les  [taroles  de  celui  qui  nous  tlalte 
pour  nous  cntrainer,  on  qui  ne  nous  eonseille  que 
I'iniquite,  sont  ditcs  plus  douces  que  le  miel  au 
lieu  de  molles,  attendu  qu'elles  ont  une  douceur 
nioins  vraie  et  nioins  solide  que  fardee  et  degui- 
see,  puisque  ses  paroles  sont  des  traits  aigus  (I'snl. 
L1V,  22).  Kl  apres  ccla  qu'y  a-t-il  sous  sa  langue  ? 
Ecoutez  la  parole  duPropbete  :  «Letravail  et  la  dou- 
leur  (Psal.  ix,  7),  »  vous  dit-il.  Or,  selon  le  mime 
Propbete  ce  qu'il  y  a  sous  la  langue  de  celui  qui  si- 
mule  letravail  et  la  peine,  dans  sescommandements 
(Psal.  xc.111,  20),  c'est  du  lait  et  du  miel.  Vous  vous 
ctonnezque  laveriteconnaissela  feinte?  S'il  est  per- 
mis  de  s'en  elonner,  il  ne  saurait  l'elre  d'en  douter, 
en  voulez-vous  une  preuve  ?  Lisez  l'Evangile  :  «  II 
feignit  d'aller  plus  loin  (Luc.  xxiv,  28).  »  Et  pour- 
quoi  ne  feindrait-il  point  aux  yeux  de  celui  qu'il 
a  fail?  Ne  connait-il  pas  ce  dont  nous  sonimes  for- 
mes? II  sait  que  noire  limon  ne  peut  supporter  le 
travail,  ne  souffre  point  de  retard  et  se  brise  au 
choc  de  l'un  et  de  1'autre.  C'est  done  par  un  ellet  de 
sa  bonte  qu'il  a  pourvu  a  ce  que  la  piete  eut  les 
promesses  de  la  -vie  presente  et  de  la  vie  future,  et 


specialiter  tribus  affectionibus,  ac  provehilur  :  unde  et 
Deum  diligere  toto  cordc,  tola  aninia,  tola  virlute  jube- 
tur.  Prima  quidem  duleis,  secundn  prudens,  tertia  fortis 
est.  Primam  habuit  Petras,  cum  Domino  mori  dissua- 
derel  :  ex  corde  enim  dulcitei-  diligebat,  cujus  passionem 
expavescebat.  Sed  cum  audiret,  Vade  retro,  Satana, 
non  sapis  qute  Dei  sunt,  sed  quae  hominis  :  liis  verbis 
eruditus,  cl  intelligens  quid  boni  haberet  mors  Cbristi, 
cffipil  lota  anima  prudenter  diligere,  quern  prius  tanlum 
diligebat  dulciter  toto  corde,  necdum  vero  diligebat 
tota  virlute.  Quod  >i  faceret,  uec  propter  mortis  dis- 
crimen  cum  negarcl.  At  vero  post  resurrectionem  et 
ascensionem,  dalo  desupcr  Spiritu,  tunc  demum  lota 
virlute  dilexit,  pro  quo  etiaui  horrendum  crucis  suppli- 
cium  postaiodum  subirc  non  expavit.  Erga  cbaritalem 
quoque  proximi  exercemur  tripbeiter,  vel  ut  aedificelur 
ipsa  charitas  ubi  non  esl,  vel  eerie  ne  pereat,  vel  mi- 
nuatur  ubi  est.  Quisquis  antem  banc  puro  alTeclu  erga 
proximum  operalur,  illam  procul  dubio,  quae  Deuse  st, 
ulterius  promeretur. 

SERMO  XCVII. 
De  suavitate  verbi  ac  jugi  Christi,  foris  quidem  duri,  sed 
intus  dulcissimi. 
\  ■  Mel  et  lac  sub   lingua    ejus.    Id    quidem    necesse. 


Nam  quod  in  lingua  est,  durum  sonal.  Verba  sapientis 
quasi  stimuli,  et  sicut  clavi  in  altum  defixi.  Alius  est 
cujus  mollili  sunt  sermones  super  oleum  :  sed  oleum 
peccatoris  non  impinguet  caput,  meum.  Corripiat  me 
magis  Justus  et  incrcpet,  nam  lioc  in  misericordia  est  : 
quam  illud  oleum  impinguet  caput  meum,  in  quo  est 
dolus.  Pulchre  enim  non  molles,  sed  mo/titi  dieuntur 
sermones  vel  suasoris  adulatoris,  vel  suasoris  iniqui, 
quod  sit  in  eis  non  tarn  vera  et  solida,  quam  superducta 
et  simulata  suavitas  :  siquidem  ipsi  sunt  jaeuUi.  Uenique 
sub  lingua  ejus  quid?  Audi  Prophetam  :  Labor  et  dolor. 
Porro  sub  lingua  ejus  mel  et  lac,  qui  ju\la  cumdeni 
proplietam  laborem  lingit  in  praenepto.  Mharis  fingere 
Verilatem.  Nam  mirari  licet,  dubitare  non  licet.  Si  et 
alterum  lestem  quaeris,  lege  in  Evangelio,  quia  finxit 
se  longiui  ire.  Quidni  ligmentum  figmento  exhibeat? 
Siquidem  ipso  novit  ligmentum  nostrum,  utique  laboris 
impatiens,  dilationein  nonsustinens,  fragile  ad  utrumque. 
Pie  ergo  providit,  ut  haberet  pietas  proinissionem  vitaa 
ejus  qua;  nunc  est,  et  futurae;  nee  laborem  verum 
imponeret,  sed  magis  fingerct  in  prajcepto.  Audi 
quomodo  laborem  lingere  ipse  se  prodat.  Tollite  jugum 
meum  super  vos,  et  invenietis  requiem  animabus  vestris. 
Jugum  euim  meum  suave  est,  et  onu<  meum  teve.Qaomo- 
do  non  fictus  labor,  ubi  non  labor,  sedrequies  invenitur? 


SERMON'S  DIVERS. 


65 


V.  les  Decla- 
mation*. 
1.58,  tome  Y. 


an  lieu  de  nous  imposer  uu  travail,  l'a  simule  dans 
ses  commandemcnts.  Msfis  ecoutez  comment  il  se 
trnb.it  et  montre  qu'il  simule  la  peine  et  le  travail : 
a  Prenez  mon  joug  sur  vous  et  vous  trouverez  le 
repos  pour  vos  aines ;  car  mon  joug  est  doux  et 
mon  Fardeau  leger  [Mail,  xi,  29).  »  Nesl-ce  point 
un  travail  simule,  qu'un  travail  qui  n'est  pas  un 
travail,  mais  un  repos  ? 

2.  Ainsi  voila  done  le  travail  dans  la  langue  et 
le  miel  dessous.  Qu'y  a-t-il  dessns?  Des  choses 
inetfables  qu'il  n'est  pas  donne  a  l'homme  d'articu- 
ler  iil  Cot.  xiij  ft).  Malheureux  hommes  qui,  ne 
faisanl  attention  qu'ace  qui  sonne  dans  leslangues, 
ne  peuvent  saisir  ni  ce  qui  est  cache  sous  la  lan- 
gue, ni  ce  qui  se  trouve  dessus.  «  Cette  parole  est 
dure  (Joan,  vi,  61),  »  disent-ils  ;  oui,  Lien  dure,  (t 
pourtant  e'est  une  parole  de  vie.  «  Celui  qui  ne 
prend  point  sa  croix  et  ne  me  suit  pas,  n'est  pas 
digue  de  moi  (Matt,  x,  38).  Si  quelqu'un  vient  a 
moi  et  ne  bait  pas  son  Pere  et  sa  mere,  et  meme 
encore  son  ame,  il  n'est  pas  digne  de  lui  (Luc,  xiv, 

La  parole  de  26).  »  Que  se  pouvait-il  dire  de  plus  dur?  Ne  vous 
Dieu  est  .  .  .  ,  ... 

dure        )"  trompez  pas ;  «1  vous  semble  que  c  est  un  caillou, 

aes-douceSaa  ces*  ^u  Pam  '  cene  ljar0'e  es*  ('ure  en  apparence, 
dedans,  elle  est  pleine  de  douceur  au  dedans.  Le  Seigneur 
votre  Dieu  vous  eprouve :  l'exercice  de  la  foi  et  la 
preuve  de  l'amour  est  dans  cette  peine  simulee. 
Mais,  apres  tout,  supposons  que  ce  soit  une  pierre, 
n'avez-vous  pas  au  moins  la  i'oi  des  demons?  «  Si 
vous  etes  le  Fits  de  Bien,  elites  que  ces  pierres  de- 
viennent  des  pains  {Matt,  iv,  3).  »  Nous  savons  tous 
qui  parlait  ainsi.  11  ne  doulait  pas  celui-la  que  d'un 
seul  mot,  (or,  il  n'est  rien  de  plus  facile  que  ce 
qu'on  fait  d'un  mot,)  celui  qu'il  croyait  etre  le  Fils 
de  Dieu,  [niuvait  faire  uu  pain  d'une  pierre.  II  est 
permis  d'aller  a  l'ecole,  meme  d'un  ennemi.  Disons 
aussi  au  Fils  de  Dieu  :  dites  que  ces  pierres  devien- 


nent  des  piins ;  car  celui  qui  etait  venu  pour  le 
saint  non  des  demons,  mais  des  homines,  refuta 
ses  ennemis  de  maniere  a  instruire  ses  enfants.  11  ne 
dit  pas  le  mot  que  le  tentateur  voulait  entendre  de 
sa  bouche,  mais  celui  qu'il  nous  importait  dVnten- 
dre,  un  mot  qui  tit  de  lui  qui  est  notre  pierre, 
notre  pain,  non  point  le  pain  era  tentateur. 
«  L'homme,  repartit-il,  ne  vit  pas  seul  em  en  t  de 
pain,  mais  de  toute  parole  qui  sort  de  la  bouche 
de  Dieu  (Ibid.  k).  » 

3.  Mais  que  mmmures-tu  en  entendantces  paro- 
les, o  ennenii  de  la  verile  ?  Tu  en  conviens  toi- 
meme  ettu  ne  peux  le  nier,  le  Fils  de  Dieu,  pent 
dire  que  ces  pierres  deviennent  des  pains.  Eh  bien 
done,  quand  il  parle  de  la  parole  de  Dieu  et  dit  sans 
restriction  qu'on  ne  vit  que  de  ses  paroles  et  que 
toute  la  vie  de  mon  ame  se  trouve  en  <\r  telles  paro- 
les, que  viens-tu  murmurer  a  mon  oreille  a  propos 
d'une  de  ses  paroles  :  «  Ce  langage  est  bien  dur  ?  » 
i ..-  I-ce  que  toi  qui  n'es  point  le  Fils  de  Dieu,  tu  pre- 
tendrais  que  les  paroles  que  le  Fils  de  Dieu  a  dites, 
et  qui  sont  devennes  un  aliment  de  vie,  ne  sont 
que  des  pierres  ?  Ce  n'est  pas  moi  qui  croirai, 
comme  tu  as  eu  la  temeraire  aud  ice  de  le  croire  toi- 
meiiie,  que  tu  sois  egal  a  Dieu  et  qu'un  mot  de  toi 
fasse  que  du  pain  redevienne  une  pierre.  Puisque 
tu  n'es  pas  le  Fils  de  Dieu,  e'est  en  vain  que  tu  di- 
ras  que  ces  pains  deviennent  des  pierres.  Ce  n'est 
pas  moins  en  vain  que  tunous  offres  ta  pierre  pour 
du  pain,  un  scorpion  pour  un  ceuf,  un  serpent  pour 
un  poisson.  Et  malheur  a  ceux  qui  appelleut  une 
pierre  du  pain  et  du  pain  une  pierre,  prenant  ainsi 
la  lumiere  pour  les  tenebres  et  les  tenebres  pour 
la  lumiere  (ha.,  v,  20)  ;  qui  reputent  le  joug  du 
Christ  dur,  et  croient  qu'il  y  a  des  deliees  cachees 
sous  les  ronces.  Je  ne  voudrais  point  de  ces  deliees, 
j'aime  bien  mieux  gouter  et  voir  combien  le  sei- 


C'est  one  in 

posture 

du  demon 

de  dire  que 

les  paroles  de 

Dieu  et 

ses  ordrei 

sont  durs. 


Errenr  d« 
hommes 
qnand  il  s'a* 
git  de 
distinguer 
lesfansses  dea 
vraies  deli- 
ees. 


2.  Ita  ergo  labor  in  lingua,  mel  sub  lingua.  Quid  supra 
linguam  ?  Ineffabilia;  qua;  non  licet  humini  loqui.  Mi- 
seri !  qui  solum  quod  in  lingua  sonuh  allendentes,  neo 
quod  sub  lingua  reconditum,  nee  quod  supra  repositum 
fuil,  capere  poluerunt.  Durus  est  hie  sermo  inqiiiunt. 
Durus  equidem,  sed  tamen  idem  est  verbum  vitae.  Qui 
non  bajulal  crucem  suam,  et  sequitur  me,  non  est  me 
digitus.  Si  r/uis  venit  ad  me,  et  non  odit  patrem  et 
mat  rem,  adhuc  autem  et  animarh  suam,  non  est  medignus. 
Quid  durius  poterat  dici?  Noli  errare.  Lapis  videtur  : 
panis  est.  Durus  in  cortice,  sed  suavissimus  in  medulla. 
Tentat  te  Dominus  Deus  tuus.  Fidei  exercitatio,  et  pro- 
batio  dilectionis  est  fictio  ista  laboris.  Esto  tamen  lapis 
si L.  Num  tu  credis  quod  el  dsnmones  credunt??  Sifi/itts 
Dei  es,  die  ut  lapides  isti  panes  fiant.  Omnes  novimus 
quis  hoc,  dixit.  Non  dutSitat  ille  posse  solo  diclu  (quo 
quidem  facilius  nihil  est)  ex  lapide  panem  facere,  quern 
filiuni  Dei  esse  credit.  Fas  est  et  ab  hoste  doceri.  Diea- 
mus  ct  nos  Filio  Dei  :  Die  ut  lnpides  isti  panes  Rant- 
Nam  el  ille  qui  hominum  ulique,  nonda;monum  vencrat 
in  salutem,  sic  confutavil  adversario*,  ut  parvulos  eru- 
diret.  Non  enim  dicens  quod  ille  voluit,  sed  quod  opor- 

T.    IV. 


tuit  nos  audire,  ut  videlicet  nosier  hie  lapis  panis  fieret, 
non  illius.  Non,  inquit,  in  solo  pane  viuit  homo,  sed  in 
omni  uei'bo,  quod  procedit  de  ore  Dei. 

3.  Quid  tu  ad  hsec,  veritatis  inimice,  submurmuras  ? 
Quod  quidem  ipse  fateris,  et  negare  omnino  non  poles, 
potens  est  Filius  Dei  dicere,  ut  lapides  panes  fianl.  Ubi 
ergo  de  verbis  Dei  ait,  et  generaliter  quid  tu  mini  subsi- 
bilas  ad  quodvis  eorum,  dicens  :  Durus  est  hie  sermo  1 
Quae  Dei  Filius  dixit,  et  facia  sunt  alimenta  vita?;  tune 
saxa  dixeris,  qui  filius  Dei  non  es  ?  Non  sum  ego  qui 
te  arbilrer  (quod  temeraria  prorsus  rapina  arbilratus  es 
ipse)  esse  le  squatem  Deo,  ut  dicente  panis  in  lapidern 
rev.  r'atur.  Qui  fi litis  Dei  non  es,  sine  causa  dicas,  ut 
lapides  isli  panes  fianl.  Nee  minus  fruslra  tuum  nobis 
apponas  pro  pane  lapidern,  scorpionem  pro  ovo,  pro 
pisce  serpentem.  Vae  enim  his  qui  panem  lapidern, 
lapidern  panem  dicunt,  ponenles  lucem  lenebras, 
et  tenebras  lucem  :  jugum  Christi  asperum,  et 
esse  sub  sentibus  delieins  reputantes.  Has  deli- 
cias  noli  in.  Oplo  magis  gustare  el  videre,  quoniam 
suavis  est  Dominus.  Hoc  enim  non  frustra  is  ipse,  qui 
monef,  sluduerat  experiri.    Denique   ait  :  Quam    dulcia 

5 


6« 


dCINKKS  DE  SAINT  liLHNARD. 


gneur  est  doui  {Psal.  xxxnt,  8),  C'est  ce  qu'avail 
eu  soin  d'eprouver  par  lui-meme  non  en  vain  celoi 

qui  nous  donne  ce  cooseil.  II  nous  dit  i-nfin  :  a  Que 
vos  paroles  me  sont  donees  a  la  bom  he  [Psal. 
■  svui,  103) !  »  el  ailleurs  :  a  combien  est  grande, 
eur,  I'abondance  de  voire  douceur  que  vous 
avez  caclu'i-  pour  ceux  qui  vous  craignent  [Psal. 
xx\,  23)!  »  Mais  ou  pensez-vous  qu'il  la  cache  '.' 
sous  sa  langue,  sous  la  tele  de  celle  qui  dit  :  «  Sa 
main  gauche  est  sous  ma  tele  et  sa  main  droile  me 
ticn.it a  enxbrassee  Cunt,  n,  6  .  »  Car  si  la  dou- 
ceur et  uue  douceur  aboudanle,  oui  grande,  tres- 
grande  meme  se  trouve  dans  la  prorncsse  de  la  vie 
presente,  la  perfection  de  celle  douceur  n'est  que 
dans  la  promesse  Je  la  vie  future.  Le  Psaliniste  a 
dit  :  «  vous  l'avez  reiuiue  pleme  et  entiere  pour 
ceux  qui  esperent  en  vous,  a  la  vue  ties  enlanls  des 
hommes  [Psal.  xxx,  20).  »  Qu'a-t-il  ainsi  rendu 
parfail  '.'  Cette  parole  n'esl  point  dans  la  langue, 
mais  sur  la  langue.  Aussi  si  l'oreille  n'enteiid  point 
ce  que  Dieu  a  prepare  a  ceux  qui  1'aiment,  c'est 
parce  que  l*a  bouche  ne  l'a  point  articule.  Or  cette 


enaune  qui  esl  contre  I'ordre,  conune  celle  d'A- 
dam  el  d'Eve.  Ni   I'une   ni  I'autre  n'esl  le  lieu  ou 

le  Seigneur  habite.  II  n'ya  que  la  paix  chretienne, 
celle  que  le  Seigneur  laisse  et  donue  a.  ses  disciples 
quisoit  le  lieu  du  Seigneur.  Bile  est  offerte  au 
monde  entier  par  Irs  saints  predicateurs,  niais  il  y 
ran  a  qui  la  repoussenl  coincne  il  s'en  trouve  qui  la 
recniveut.  I'our  nous,  secoiiant  la  poussiere  de  nos 
pieds  sur  ceux  qui  n'aiment  point  la  pais,  nous 
nous  refugions  aupres  de  celuiqui  l'a  me.  Or,  les 
uns  recoivent  la  paix,  les  autres  la  retiennunl  el 
d'autres  encore  la  font.  On  peul  les  designer  chacun 
par  mi  mini  different,  et  appeler  les  uns,  les  pari- 
ties, les  autres  les  patients  et  les  troisienies  les  paci- 
fiques, chacun  recevant  lenom  qui  convient  a  l'etal 
de  paix  ou  il  se  trouve.  Les  pacifies  possedent  par 
la  paix  la  terre  de  leurs  corps,  parce  qu'ils  sunt 
doux  [Mall,  v,  /i  .  Les  patients  possedent  leur  ame, 
c'est  a  eux  que  s'adressent  ces  paroles  :  «  Vous 
possederez  vos  ames  dans  voire  patience  {Luc.  xxi, 
19.)  »  Quant  aux  pacifiques,  non-seulement  ils  pos- 
sedent leur  ame,  in  lis  ils  possedent  aussi  celle  des 


perfection  n'esl  pas  dans  le  secret,  c'esl  en  presence  autres  en  qui  ils  font  regner  la  paix.  Aussi  est-ce  a 

des  enlanls  des  hommes.  C'est  done   avec  justesse  jusfe  litre  qu'on  les  appelle  enfants  de  Dieu.  Ainsi 

epie  l'Apdtre  ne  la  montre  pas  encore  comme  at-  on  appelle  pacifies  ceux  qui  recoivenl  la  paix,  c'est 

teinte,  et  ne  la  repute  telle  que  pour  ceux  qui  ont  deux  qu'il   est  ecrit  :  «  S'il  se  trouve  la  un  enfant 


I'aii  feinte. 
dgsorrionnee, 
chritience. 


i  ranee,  comme  il  le  dit  en  ces  termes :  «  Nous 
ne  soinmes  encore  sauves  que  par  l'esperance 
(Rom.  vni,  24).  » 

QUATHE-V1NGT-DIX-HUITIEME  SERMON. 

Des  Fils  de  la  paix  en  qui  Dieu  habite. 
«  11  a  cboisi  la  paix  pour  sa  place  [Psal.  xxxv,  3).» 


de  la  paix,  votre  paix  se  reposera  sur  lui  (Luc.  x, 
6).  »  Mais  comme  ils  sont  faibles  et  agites  par  les 
scandales,  ils  perdent  vile  la  paix  qu'ils  ont  recue. 
Les  patients  sont  ceux  qui  retiennent  la  paix  qu'ils 
ont  recue  et  ne  la  perdent  sous  le  coup  d'aucune 
injustice.  C'est  a  ceux-la  comme  etant  plus  justes 
qu'il  est  dit  :  «  Aimez  la  [nix  et  la  sainlete  sans 
laquelle  on  ne  voit  point  Dieu  (llcbr.  xu,  14).  »  Les 
pacifiques  sont  ceux  qui  font  regner  la  paix  non- 


11  y  a  une  pais  feinte,  telle  est  celle  de  Judas.  11  y     seulement  en  eux,  mais  dans  les  autres  et  qui,  de 


faucibus  meis  eloquia  tua  I  Et  rursnm  :  Quam  magna, 
inquit,  multitude  dulcedinis  tu<e  Domine,  quam  abscon- 
distitimentibus  te  !  Ubi  putasabsconditur.'Nempe  sub  lin- 
gua sua  sub  capile  ej us,  quas  a"icit :  Zeeva  e/tw sub  capite 
meo,.  ibiturme.  Licet  enim  in  pro- 

missione  vitae  ejus  qua  nunc  est,  dnlcedoet  multitudo 
dulcedinis,  et  magna  quoque,  et  perquam  magna  sit 
multitudo  ;  perfecto  tamen  nonnisi  in  promissione  lutu- 
ra.  Perfecisli,  inquit,  his  qui  sperant  in  te,  inconspectu 
filiorum  hominum.  Quid  perfecit!  Non  est  hie  sermo 
in  lingua,  sed  supra  linguam.  Ideo  enim  auris  non  audit 
quia  nee  lingua  protulit  quod  prajparavit  Dcus  his  qui 
dihgunt  cum.  Nee  sane  in  abscondilo  consummate  ilia 
sed  in  conspectu  Qliorum  hominum  erit.  Congrne  vero 
non  adhucperfectum.sed  jam  perfceisse  cum  sperantibus 
ait  :  Spe  enim  lalvi  facti  sumus. 

SERMO  XCVIII. 

De  filiis  pact's,  in  quibus  habitat  Deus. 

Factus  est  in  pace  locusejus.  Est  pax  ficta,  utin  Juda  : 
•et  inordinata,  ut  in  Adam  et  Eva,    Harum   neutra   est 


locus  Dei.  Sola  pax  Christiana,  quam  Domiuus  reliquitet 
dal  discipulis  suis,  ipsa  est  in  qua  Dominus  requiescit. 
Hao  offertur  per  sanctos  pra>dicatores  universo  generi 
luunano  :  sed  earn  quidain  repelluut,  aliqui  recipiunl. 
Nos  vero  cxcutienles  pulverem  pedum  nostrorum  super 
odientes  pacem,  ad  dilectorem  ejusdem  pacis  nos  coa- 
feramus.  Eorum  alii  dicunlur  rccipientes  pacem,  alii 
retinentes  pacem,  alii  facientes.  Possunt  et  aliis  notni- 
nibus  vocaii,  scilicet  peccati,  patientes,  pacilici.  Et  ha?c 
nomina  sortiuntur  secundum  diversos  status  pacis,  in 
quibus  proficiunt.  Nam  pacati  per  hanc  pacem  possident 
terrain  corporis  sui,  quia  miles  sunt.  Patientes  possident 
animam  suam,  quibus  dicitur  In  patientia  vesira  possi- 
debitis animas  ventral.  Pacilici  possidentnon  solumsuam, 
sed  etiam  aliorum,  in  quibus  faciunt  pacem,  Unde  merito 
filii  Dei  vocantur.  Pacati  ergo  dicuntur,  qui  pacem 
recipiunt,  de  quibus  scriptum  est  :  Si  ibi  fuerii  filius 
pacis,  raquie.icet  super  ilium  pax  vestra.  Sed  quia 
pusilli  sunt  scandabs  exagitati,  cito  pacem  quam  recepe- 
rant  perdunt.  Patientes  autem  sunt  qui  receptam  retinent, 
nee  quavis  injuriaexasperatieam  amittunt.  Istis  lanquam 
robustioribuspraecipitur  :  Pacem  diligite et  sanctimomam , 
sine  qua  nemo  videl  Deum.  Pacilici  vero  qui  non  solum 


SERMONS  DIVERS. 


67 


plus,  aiment  meme  ceiuc  qui  veulenl  les  priver  de 
la  pnix,  selou  ce  qui  est  ecrit  :  «  J'etais  pacifique 
avec  ceux  memea  qui  haissent  la  pais  [Psal.  cxix, 
6).  »  Voila  ceux  que  Dieu  aime  (.-01111116  se^  eufaDts, 
ce  sout  comrne  les  pierres  vivantos  dont  la  Sage^se 
construit  iiu  temple,  et  pour  qu'ils  ne  puissent 
se  detacher  de  cet  edifice,  quelque  effort  qui  soit 
tenle  pour  cela,  avec  t'aide  de  Dieu  qui  eu  a  fait 
son  habitation,  ils  se  sont  failles  carrement  a  l'ins- 
tar  di-s  pierres,  de  qualre  manieres  differentes,  par 
dessus,  par  dessous,  a  droit'/  et  a  gauche.  Par  des- 
«us  ensoumettant  avecautant  de  sagesse  que  d'hu- 
inilite  leur  volonte  a  celle  de  Dieu  ;  par  dessous  en 
conduisant  la  chair  selon  les  regies  de  la  tempe- 
rance ;  a  droite  en  embrassant  avec  justice  les 
bons,  et  a  gauche  en  souffranl  les  mediants  avec 
force  et  courage. 

QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIEME  SERMON  ». 

II  y  a  qualre  series  d'hommes  qui  vont  au  ciel. 

II  y  a  quatre  suites  d'hommes  qui  vout  au  ciel. 
Les  uns  le  prennent  de  force  et  les  autres  l'ache- 
tent ,  ceux-ci  le  volant  et  ceux-la  y  sont  menes  de 
force.  Ceux  qui  le  prennent  cesonl  ceux  qui  out  tout 
quitte  et  qui  se  sont  mis  a  la  suite  de  Jesus-Christ. 
C'est  d'eux  qu'il  est  Jit  :  «  Bienheureux  les  pau- 
vres  d'esprit,  parce  que  le  royaume  des  cieux  est  a 
eux  (Matt,  v,  3).  »  Ceux  qui  viennent  au  second 
rang,  ce  sont  ceux  qui  moissonnent  dans  la  chair, 
tandis  qu'on  a  seme  pour  eux  dans  l'esprit,  c'est 
a  eux  que  le   Seigneur  s'adresse   dans   l'Evangile 

■  V.  Les  Fleurs  >le  saint  Tlernard.  tivre  IX,  chapitre  XVI. 


quanj  il  dit  :  «  Faites-vous  des  amis  avec  l'argent 
de  l'iniquite,  afin  que  lorsque  vous  viendrez  a 
manquer,  ils  vous  recoivent  dans  les  tabernacles 
eternels  (Luc.  xvr,  9).  »,  On  les  appelle  marchands, 
parce  qu'ils  donnent,  dans  le  present,  aux  pauvres, 
les  bieus  temporels  qu'ils  possedent,  alin  d'en  rece- 
voir  dans  la  vie  future,  des  biens  eternels  qu'ils  ne 
peuvent  meriter  que  par  eux.  II  faut,  en  effet,  que 
ceux  qui  doivent  etre  examines  au  jugecient  der- 
nier soient  des  amis  du  juge  on  qu'ils  aient  des 
amis  qui  intercedent  pour  eux.  Ainsi  la  premiere 
placedans  la  beatitude  appartient  a  ceux  qui  interce- 
dent, et  la  seconde  a  ceux  pour  qui  ils  intercedent. 
II  y  en  a  qui  font,  sans  qu'on  les  voie,  des  bonnes 
ceuvres  qui  leur  meritent  le  ciel ;  toutefois,  on  dit 
qu'il  volent  le  ciel,  parce  que,  fuyant  la  gloire  qui 
vient  des  homines,  ils  se  coutentent  du  temoignage 
de  Dieu.  Ils  sont  representee  dans  l'Evangile  par 
la  femme  qui  etait  malade  d'une  perte  de  sang  et 
qui  pensait  en  elle-meme  et  se  disait  :  «  Si  je  tou- 
che  la  frange  de  son  vetement,  je  serai  sauvee 
(Luc.  viii,  43).  »  En  parlant  ainsi,  elle  s'approcbait 
de  Jesus  sans  qu'on  la  remarquat,  le  touchait  et 
etait  guerie.  Ceux  qui  sont  menes  de  force  au  ciel, 
ce  sont,  par  exemple,les  pauvres  qui  sont  pauvres  mal 
greens,  ceux  que  Dieu  purifie  ici-bas,  dans  la  grace, 
par  le  jeu  de  la  pauvrete  pour  n'avoir  point  a  les 
punir  un  jour  dans  les  tlammes  du  jugement.  C'est 
d'eux  qu'il  est  ecrit  :  «  Contraisnez-les  d'entrer, 
afin  que  ma  maison  soit  remplie  (Luc.  xiv,  23).  » 
II  y  en  a  beaucoup  qui  sont  forces,  et  ils  le  sont  de 
diverses  manieres  et  sous  le  coup  de  diverses  afflic- 
tions. Par  une  admirable  providence  de  Dieu  en 
souffrant  sinon  de  bon  gre,  du  moins  avec  patience 


in  se  et  in  aliis  earn  faciunt,  sod  etiam  volentes  auferre 
diligunt,  sicut  scriptum  est  :  Cum  his  qui  oderunlpacem 
eram  pacificut.  Ecce  isti  sunt,  quos  sicut  Alios  Deus 
diligit,  ct  de  quibus  tanqnam  vivis  lapidibus  templum 
sibi  Sapientia  construit.  De  quo  aedificio,  ncullo  impulsn 
possint  labefactari,  ipso  Do  inhabilante  pariter  et  ope- 
rante,  ad  similitudinem  lapidisquadnnturquatuor  modis, 
superius,  inferins,  a  dextris,  et  a  sinistris.  Supcrius, 
cum  divinae  voluntati  suam  humiliter  et  prudenter  sub- 
jiciunt  :  inferius,  cum  carnem  subjectam  temperanter 
regunt ;  a  dexlris  ,  juste  bonos  ampleetendo:  a  sinistris, 
malosfortiter  tolerando. 

SERMO  XCIX. 

De  quatuor  generibus  hominttm  caelum  obtinentium. 

Quatuor  sunt  genera  hominum  regnum  ccelorum  pos- 
sidentiu.u.  Alii  viulenter  rapiunt,  alii  mercantur,  alii 
furantur,  alii  ad  illud  compelluntur.  Rapiunt  qui  dere- 
liqueruntonnia.etsequuntur  Christum,  de  quibus  dicitur: 
Bead  pauperes  spiritu,  quoniam  ipsorwn  est  regnum 
ccelorum.  Sunt  alii  inferioris  gradus,  a  quibus  metuntur 
carnalia,  dum  eis  spiritualia  seminantur  :  et  his  loquitur 
in  Evangelio  Dominus  :  Facile    uoAit  amicos   de  mam- 


mona  miquitatis,  ut  cum  defeceritis,  recipiant  vos  in 
teterna  tabernaeula.  Tales  dicuntur  mercatores  quia 
dant  in  pr;esen!i  pauperibus  temporalia  qua?  possident, 
ut  in  futuro  recipiant  ab  eis  asterna,  qua?  non  nisi  per 
eos  habere  merentur.  Nccesse  est  enim  omnes  qui  in 
futuro  judicio  examinandi  sunt,  vel  esse  Judicis  amicos, 
vel  apud  Judicem  intercessores  habere  amicos.  Habent 
ergoprimum  bea'iludinis locum  qui  inlercedunt  :  habent 
hi  pro  quibus  intercedunt  secundum.  Sunt  alii  qui  non- 
nulla  bona  occulte  faciunt,  pro  quibus  merentur  regnum 
ccelorum  :  sed  tamen  furari  illud  dicuntur,  quia  laudem 
humanam  vitantes,  solo  divino  testimoniocontenti  sunt. 
Horum  figuram  tenuit  mulier  in  Evangelio,  quse  fluxum 
sanguinis  patiens  cogitavit  intra  se  dicens  :  Si  tetigero 
fimbriam  vestimenti  >y'u?,  sa/va  ero.  Quo  dicto,  accessit 
occulte,  ct  tetigit,  et  salva  facta  est.  Alii  sunt  qui  com- 
pelluntur :  verbi  gratia  ut  pauperes  necessarii,  quos 
scilicet  hie  ignis  paupertatis  Deo  dispensante  pnrgat,  ne 
in  futuro  ignis  judiciis  puniat.  De  quibus  scriptum  est  : 
Compeltn  intrare,  ut  impleatur  dmnusmea.  Compelluntur 
multi  variis  necessitaiiius  et  oppressionibus  afflicti  :  qui 
miia  Dei  providentia,  dum  temporalem  pcenam,  si  non 
libenter,  tamen  patienter  suetinent,  vitam  consequuntur 
a?ternam. 


68 

ili-.-.  peines   temporelles,    il; 
nelle. 


(EUVRES  DK  SAINT  ULUNAHD. 


meritent  la  vie  elei  ■ 


CENTIEME  SERMON. 

Difference  entre  le  peuple  et  un  prelat. 

II  doity  avoir  la  merrie  distance  entre  on  ev£que 
n  peuple,  qu'entre  un  pasteut  el  son  troupeau. 

I. 'mi  se  1  i t •  1 1 1  hint  et  debout,  I'autre  courbe  la  tete 
penche  vers  la  terre.    Cest    comme  <lit  un 
:  b  Tandis  que  les  autres  etres  animes  sont 
pencb.es  et  ne  regardent  que  la  terre,  I'homme  a 
.  du  ciel  un  front  leve  (Ocid.   metamorph.  i).  » 
I.'un  regit  et  I'autre  est  regi ;  I'un  pait  et  I'autre  en 
fait  paltre;  en  sorte  qu'on  pent  distinguer  l'un  <le 
I'autre  a  la  forme  et  a  la  maniere  d'etre.  L'un  tient 
a  la  main  une  verge  pour  frapper,  on  plutdt  pour 
Le.<  pateon  conduire  et  ramener  labrebis.  Mais,  que  signifie  la 
doivc.it  i,.  pasteur  tient  a  la  main,  sinon   qu'il 

plus  uar     faut  une  discipline  dans  1  action,  et   qu  un  supe- 
reiempleque  ^^  ^  instni;IV  SL,5  inferieUTS  llioins    Je  la  voix 
la  parole.     (jU0  ^    |'exemple.    Des    disciples  rougiraient,   en 
,  d'etre  orgueilleux  si  leurs  maltres  leur  don- 
naient  I'exemple  de  l'humiltt*.  Aussi  est-il  ecrit  du 
:  «  Tout  ee  que  Jesus  a  eiiseigne  il  a  com- 
mence par  le  faire  [Act.  i,  1).  »  11  tient  aussi  uu 
baton,  mais  c'est  pour  frapper  le  loop;  ainsi,   sa 
verge  est  pour  la  bri  bis  et  le  baton  pour  le  loup. 
Ce  qui  veut  dire  qu'il  faut  reprendre  avec  plus  de 
douceur  les  doux  et  les   obeissants,  et  plus   dure- 
ment  ceux  qui  out  le  cceurduret  qui  sout  mediants, 
et  iieme,  s'il  en  est  besoin,  on  doit  les  frapper  d'a- 
natheme.  Le  pasteur  tient  un  chieneu  laisse,  c'est- 
a-dire,  li  retient  son  zele  dans  les  bornes  de  la  dis- 
cretion, pour  n'etre  point  du  noinbre  de  ceux  dont 
il  est  ecrit :  «  lis  ont  du  zele  pour  Dieu,  mais  c'est 


un  zele  qui  n'esl  pas  selon  la  science  {Rom.  x,  2).  « 
Enfin,  tout  bon  pasteur  a  du  pain  dans  S3  besace, 
c'est-a-dire,  il  a  la  parole  de  Dieu  dans  la  me- 
uioiie. 

CENT-UNIEME  SERMON. 

//  i/  a  qualre  maniires  d'aiinm . 

II  y  a  deux  amours,   le  eharncl  et  le  spirituel,  n  j »  dem 
il'oii  il  suit  qu'il  y  o  qualre  manieres  d'aimer.  En 
eli'et.  si  on  neut  aimer  la  chair  d'un  amour  enamel 


et  l'esprit  dun  pared  amour,   on  pent  egalement 
aimer  la  chair  et  aimer  l'esprit  d  un  amour  spiri- 
luel.  Or,  il  y  a  dans  ces  quatre  series  d'amour  une 
succession,  un   pTOgres  des  choses  infeneures   aux 
superieures.  En  effet,  pour  que  les  homines  qui  ne 
savaienl  aimer  que  la  chair,  et  ne  rainier  que  d'un 
amour  charnel,    s'avancassent    an   point   d'aimer 
Dieu  nieine  d'un   amour  spirituel,    Dieu  s'est  fait 
chair,  et  soit  en    parlant,   soit  en  vivant  avec  les 
boiumes,  il  a  commence  par   se  faire  aimer    d'eux 
d'un  amour  charnel.   .Mais  lorsqu'il  voulut  donner 
sa  vie  pour  ses  amis,  ils  aimaient  deja  son  esprit, 
mais   ce   n'etait  encore  que  d'un  amour    charnel. 
Aussi,  Pierre  lui  repondit-il,  quand   il  leur  parlait 
de  sa  passion  :  «  Ah  !  Seigneur,  a  Dieu  ne  plaise, 
cela  ne  vous  arrivera  point   (Matt,  xvi,  22).  »  Mais 
lorsque  ses   disciples  surent  que  sa  passiou    etait 
le  myslere  de  la  redemption,  ils  se  mirent  a  aimer 
sa   chair   dans   sa  passion    d'un  amour   spirituel. 
Quand  il  ressuscite  et  uionte  au  ciel,  ils  aiment  son 
esprit  d'un  amour  spirituel,  et,  lajoiedans  l'ame, 
il  s'ecrient  :  «  Si  nous  avons  connu   Jesus-Christ 
selon  la  chair,  nous  ne  le  connaissons  pas  mainte- 
nant  de  cette  sorte  (a  Cor.  v,  16).  »  11  en  est  de 
meme  de  nous,   nous    aimons   noire  chair  d'un 


et  le 
spiritual. 


SERMO  C. 
De  discrimine  inter  plebem  el  Prresidem. 

Quantum  distat  inter    pastorcm    et   gregem,    tantuiu 
debet  distare  inter  episcopuin  et  plebem.  Stat  ille  subli- 
t  rectus,  curvat  iste  caput    solo    depresus.    Unde 
Poeta  : 

Pronaque  cum  spectent  animalia  camera  terram, 
Os  homini  sublime  dedit. 
llle  regit,  iste  regitur  :  ille  pascit,  iste  pascitur  :  ut  ex 
ipsa  forma  et  habitu  uterque  discernatur.  Habet  ille  in 
manu  virgam  quaferiat,vel  potiusducatet  reducat  ovem. 
Quid  est  autem  habere  in  manu  virgam,  nisi  in  opere 
disciplinary,  ut  subjectos  sues  exemplo  magis  instrual, 
quam  verbo?  Erubescunt  enim  superbi  esse  disedpuli, 
si  eosin  bumilitate  praecesserint  magistri.  Unde  de 
Domino  scriptiun  est  :  Qutecfjiit  Jam  facere,etdocerc. 
Habet  eliaai  baculum,  quo  feriat  Inpum,  virga  ovem, 
baculo  liipum.  Hoc  est  mites  et  obedientea  debet  leniiis 
corripere,  duros  veio  corde  et  improbos  acrius  arguerej 
cumque Decease  merit,  etiam analbematissententia  I'crire. 
Tenet  canem  in  fune,  zelum   scilicet  in  discretione,    ne 


sit  de  illls  de  quibus  scriptum  est  :  Habent  zelum  '  Dei,  ,  a/  ffimllla. 
sednon  secundum  scientiwn.  Habet  etiam   pastor   bonus      ti0Dem. 
panem  in  peia,  hoc  est  verbum  Dei  in  memoria. 

SERMO  CI. 

De  quutuor  modie  dtligendi, 

Duo  sunt  amores,  carnalis  et  spiritualis  :  ex 
quibus  culliguntur  quatuor  modi  diligendi,  scilicet 
diligere  carnem  carnaliter,  apiritum  earnaliter  i 
carnem  spiritualiter,  spiritum  spiritualiter.  In  his  (it 
quiaam  piofectus  et  ascensus  ab  inferioribus  ad  supe- 
riora.  Nam  ut  homines,  qui  tantum  noverant  diligere 
carnem  carnaliter,  ad  hoc  proficerent,  ut  Deum  quoque 
diligercnt  spiritualiter;  Deuscaro  factus  est,  et  loquendo, 
et  converaando  cum  hominibus,  primumab  ciscarnaliter 
dilectus  est  Cum  autem  pro  amicis  suis  animam  ponerc 
vi  Uet,  jam  spiritum  dihgebant,  sed  adhuc  carnaliter. 
Unde  et  Pctrns  loquenti  de  passione  sua  respondit  : 
Absit  a  le  Domine,  turn  erii  tibi  hoc.  Sed  cum  per  eam- 
dem  passionem  lieri  mysterium  rcdemptionis  agnoscerent, 
in  ipsa  passione    jam    carnem   spiritualiter  diligebant. 


SERMONS  DIVERS. 


69 


Par  quel  de- 
gre  Adam 
esttombe. 


amour  charnel  quand  nous  airaons  et  satisfaisons 
ses  desirs.  Nous  airaons  notre  esprit  charuellement 
aussi,  quand  nous  le  brisons  dons  la  priere,  avec 
lannes,  soupirsetg§missements.  Nous  airaons  notre 
chair  d'un  amour  spirituel,  quand  apres  1'avoir 
soumise  a  l'esprit,  nous  l'exercons  spirituellement 
dans  le  bion  et  veillons  avec  discernement  a  sa 
conservation.  Nous  airaons  notre  esprit  spirituelle- 
ment, Iorsque  nous  faisons  pxsser  par  un  mouve- 
ment  de  charite  nos  gouts  spirituels  meine  apres 
1'interet  du  prochain. 

CENT-DEUXIEME  SERMON. 

Maniere  de  revenir  a  Dieu. 

1.  Pour  revenir  a  Dieu,  il  y  a  line  maniere  tout 
opposee  a  celle  dont  le  premier  liomme  est  tombe. 
En  effet,  place  dans  le  paradis  terreslre,  Adam 
commenca  par  perdre  Dieu  de  vue.  Saint  Augustin 
nous  atteste,  en  effet,  que  ce  n'est  pas  le  tentateur 
qui  aurait  pu  chasser  Adam  du  paradis,  si  d'abord 
son  ame  n'avait  commence  par  s'elever  [August.  I. 
xiv,  dc  chit.  Dei.  c.  13  ;  car  il  est  ecrit  avec  bien 
de  la  verite  :  «  I. 'esprit  s'eleve  avant  la  chute  {Prov. 
xvi,  18).  »  Ensuiteil  perdit  la  justice  quand  il  obeit 
plutot  a  la  voix  de  son  epouse  qu'a  celle  de  Dieu. 
En  effet,  la  justice  est  une  vertu  qui  rend  a  chacun 
ce  qui  lui  appartient.  En  troisieme  lieu  il  perdit  le 
jugement,  quand,  etant  repris  apres  sa  faute  ,  il 
semble  la  faire  retomber  indirectement  sur  sou  au- 
teur  en  la  rejetant  sur  sa  femme  ;  car  il  dit  :  «  La 
femmeque  vous  m'avez  donnee  pour  cornpagnem'a 
presente  de  ce   fruit,    et  j'en  ai   mange    [Gen.   m, 


Resurgente  aulem  coet  ascendente,  spiritum  spiritualiter 
amant,  laetique  decantanf  :  El  si  cognovimus  secundum 
carnem  Christum,  ted  nunc  jam  non  nouimus.  Nos 
quoque  carnem  aostram  carnalitor  diligimus,  cum  ejus 
desideria  diligimus  et  perncimus.  Spiiitnm  carnaliter, 
quaudo  eum  flendo  suspirando,  gemendo  in  oratione 
contcrimus.  Carnem  spiritualiter,  cum  earn  spiritni 
subjectam  in  bonis  spiritualiter  exercentes,  cum  disere- 
tione  servamus.  Spiritum  spiritualiter,  cum  etiam  ipsa 
spirilualia  studia  nostra  fraternae  utilicati  charitate  post- 
ponimus. 

SERMO   CII. 

De  modo  redeundi  ad  Deuai. 

i.  Est  ad  Deum  quidnm  redeundi  modus,  primi  ho- 
minis  casui  oppositus.  Adam  quippe  in  paradiso  posi- 
tus,  primo  perdidit  circumspectionem  Dei.  Testatur 
enim  beatns  Auguslinus,  quod  nequaquam  tentator  ho- 
mincm  de  paradiso  ejecisset,  nisi  aliqua  elatio  in 
anima  hominis  praecessisset,  cum  verissime  scriptum 
sit  :  Ante  ruinam  exattatur  cor.  Seonndo  perdidit  jus- 
litiam.  quandu  uxoris  voci  plusquam  divins  obedivit. 
Justitia  enim    est    virtus,   quae   suum   cuique    reddit. 


Dieu. 


12).  »  II  faut  done  que  l'homme,  maintenant  en 
exil,  revienne  a  Dieu  par  les  memes  degres  qui  ont 
conduit  le  premier  homine   a  la  porte  du  paradis 
terrestre.  En  premier  lieu  done,  il  faut  faire  le  ju-  Comment  on 
geraent ;   en   second   lieu,   exercer  la  justice ;   et      ^' s<? 
enfin  pratiquer  la  circouspection.  Or,  le  jugement  on  revenir  * 
pour  nous,  e'est  de  nous  juger,  et  de  nous  accuser 
nous-memes  ;  la  justice  est  pour  le  prochain,  et  la 
circonspeclion  se  rapporte  a  Dieu. 

2.  Le  Prophete  Michee  nous  fait  connaitre  cette 
voie  pour  retourner  a  Dieu  quand  il  nous  dit :  «  6 
homme  je  vous  dirai  ce  qui  vous  est  utile,  et  ce 
que  le  Seigneur  demande  de  vous.  C'est  que  vous 
agissiez  selon  la  justice,  que  vous  aimiez  la  mise- 
ricorde,  et  que  vous  marchiez  en  la  presence  du 
Seigneur  avec  une  vigilance  pleine  d'une  crainte 
respectueuse  (Mich,  vi,  8).  »  C'est  la  voie  que  nous 
enseigne  aussi  le  Christ,  s'll  faut  en  croire  saint 
Paul  quand  il  nous  dit :  «  La  grace  de  Dieu  notre 
Sauveur  a  para  a  tous  les  homines,  et  elle  nous  a 
appris  que,  renoncant  a  l'impiete  et  aux  passions 
mondaines,  nous  devons  vivre  dans  le  siecle  pre- 
sent avec  temptrance,  avec  justice  et  avec  piete 
(Tit.  n,  11).  •  Et  d'abord  «  avec  temperance  » 
cela  se  rapporte  a  nous,  «  avec  justice,  »  c'est  pour 
le  prochain,  «  et  avec  piete,  »  voila  pour  Dieu.  Et 
meme  il  nous  parle  du  regard  vers  Dieu  quand  il 
nous  dit :  «  Etant  toujours  dans  lattente  de  la  bea- 
titude que  nous  esperons  et  de  l'avenement  glo- 
rieux  du  grand  Dieu  et  Sauveur  Jesus-Christ  1 
13).  »  Dans  plusieurs  autres  endroits  des  saintes 
Ecritures,  on  peut  encore  trouver,  si  on  le  cherche, 
cette  ordre  de  voie  et  cette  institution  de  vie  ;  tel  est 
celui-ci  par  exemple  :  «  Heureux  l'homme  qui  de- 


Terlio  amisit  judicium,  cum  post  peccatum  corrcetus 
oblique  per  mulierem  retorsil  propriam  culpam  in  auc- 
torem,  dicens  :  Mutter  quam  dedisii  mihi  sociam,  dedit 
mihi  de  ligno,  etcomedi.  Eisdeni  ergo  virlutum  gradi- 
bus  redeundum  est  homini  in  exsilio  posito,  quibns 
primus  expelli  meruit  de  paradiso.  Primum  itaque  fa- 
ciendum est  judicium,  deinde  exercenda  justitia,  tandem 
circumspectio  adhibenda.  Et  judicium  quidem  nobis, 
ut  nos  ipsos  judicemus  et  accusemus;  justitiam  proxi- 
mo, circumspectionem  debemus  Deo. 

2.  Hanc  redeundi  viam  ostendit  nobis  Mieheas  Pro- 
pheta,  dicens  :  Indicabo  tibi,  o  home,,  quid  stt  bonum, 
et  quid  Deus  required  a  te  :  ntique  facere  judicium,  et 
diligere  mtsericordiam,  et  ambulare  sollicite  cum  Deo 
tuo.  Hanc  salutis  viam  testatur  Apostolus  Christum 
docuisse,  dicens  :  Apparuit  gratia  De/  saJvatoris  nostri 
omnibus  hominibus,  erudiens  nos,  ut  abnegantes  impie- 
latem  et  stBCularia  desideria,  sobrie,  et  juste,  et  pie  vi- 
vamus  in  hoc  sceculo,  etc.  Sobrie  scilicet  quantum  ad 
aos,  juste  ad  proximum,  pie  ad  Deum.  Qui  etiam  ma- 
nifestitius  intulit  circumspectionem  Dei,  dicens  :  Ers- 
peclaidc*  beatam  spent,  et  adventum  gtoi 
etSalvatoris  nostri  Jesu  Chrisli.  Et  in  mullis  aliis  Scrip- 
tui.i'  sacra'  locis,  si  bic  ordo  via;  et  iustitutio  vitae 
quaeratur,  potest  inveniri,  ut  illud  :  Beatus  vir  qui  in 


70 


OELYKES  DE  SAINT  BEHNAHD. 


Le  premier 

degre 

des  progr&s 

dea  61us, 

tst  celui  oil 

l'homtue 

•rient  l'ami 

de 

son  Ame. 


meure  applique  a  la  sagesse,  qui  s'exerce  a  prati-  l'esprit  de  Dieu.  Eu  effet,  quel  avantage  I'homme 
quer  h  jnstx c.  el  qui  peuse  en  lin-meme  a  l'oeil  a-(-i!  si  son  prochain  brule  en  enfer?  Et  que  perd- 
de  Dieu  qui  voit  Unites  choses  [Eccli.  xiv,  22).  »  il  s'il  est  avec  lui  dans  le  paradis?  car  l'hdritage  du 
Cest  que,  en  effet,  celui  qui  se  juge  lui-ineme  ciel  n'est  pas  tel  qu'il  puisse  etre  diininuc  par  le 
maintenant  pour  echapper  au  jugement  eternel  de  Dombre  de  ceux  qui  le  possedent.  11  aime  done  son 
Dieu,  est  lixe  dans  la  sagesse  el  veritablemenl  prochain  qu'il  ne  veut  point  voir  souffrir  pas  plus 
sage.  L'Ap&lre  dit,  en  effet  ;  a  Si  nous  nous  jugeons  qu'il  ne  voudrait  souffrir  lui-me"nie,  el  qu'il  veul 
nous-menus  nous  ne  serous  pasjuges  (1  Cur.  xi,  voir  entrer  dans  la  possession  du  ciel  comiue  lui. 
ol).  »  U  est  sage  non  pas  de  la  sagesse  de  ce  monde,  Mais  quand  est-ce  que  1'homme  pourrail  en  arri- 
mais  de  la  sagesse  du  monde  invisible  et  qui  fait  ver  la  pax  son  propre  esprit,  e'est  a-dire  par  l'es- 
par  uue  mirable  operation  de  Dieu,  que  les  elus  prit,  de  I'homme,  eu  venir  a  redouter  l'eufer  eta 
et  cenx  qui,  en  ee  monde,  soul broyes sous  les  coups  soupirer  apres  le  ciel  ?  Mais  il  le  pent  par  la  vertu 
et  comme  ecrases,  soieutplus  tard  places,  sans  que  de  1'espril  de  celui  a  qui  il  a  cle  dil  :  «  Si  je  monte 
le  marteau  retentisse,  dans  le  palais  du  vrai  Salo-  au  ciel,  vous  y  etes,  etc.  (Psal.  ■  xxxvui,  7).  »  Car 
mon.  l'esprit  de  sagesse,  present  partout,  connait  ce  qui 

se  fait  au  ciel  et  ce  qui  se  passe  dans  I'enfer.  Aussi 
quand  il  reinpht  l'esprit  de  I'homme  el  y  repand 
l'amour  des  choses  du  ciel  ,  de  meuie  qu'il  y 
fait  naitre  la  crainte  des  peines  de  I'enfer , 
il  fait  que  I'homme  s'aime  lui-merue,  et  il  lui 
dit  :  «  Ayez  pitie  de  votre  ame  en  vous  rendant 
1.  Les  progres  que  font  les  elus  comptent  quatre  agreable  a  Dieu  [Eccli.  xxx,  2.'i).  »  II  taut  done 
degres.  Et  d'abord  chaeun  devient  ami  de  sa  pro-  eommencer  par  s'aimer  soirra6rae,  puis  aimer  le 
pre  ame;  en  second  lieu,  ami  de  la  justice;  en  prochain  ;  car  il  n'apas  entail  :  t.u  t'aimeras  com- 
troisieme  lieu  de  la  sagesse  et  entin  devient  sage,  me  tu  aimes  ton  prochain,  mais  a  lu  airueras  lepro- 
Au  premier  degre  de  ses  progres,  l'houime  evite  chain  comme  toi-meme.  »  Cest  de  cetle  maniere 
tout  ce  qui  pourrait  blesser  son  ame,  et  aime  tout  que  I'homme  devient  ami  de  son  ame  par  le  Saint- 
ce  qui  peut  lui  etre  doux.  II  a  done  horreur  de  Ten-  Esprit  qu'il  a  recu  avec  la  foi. 
fer  et  soupire  apres  le  ciel ;  voila  comnient  il  peut  2.  Apres  avoir  recu  ce  don,  il  ne  doit  pas  sen 
accomplir  ee  commandement  de  Dieu  qu'il  a  recu  contenter,  mais  s'avancer  vers  des  dons  plus 
dans  sa  premiere  conversion  :  a  Tu  aimeras  le  pro-  grands  encore  et  (aire  des  progres  en  mieux.  II  vit 
chain  comme  toi-meme  {Malt.  xxu.  36).  «  <  ar  tant  deja  par  le  Saint-Esprit.  Or,  «  si  nous  vivons  par 
qu'il  vit  selon  la  chair,  il  ne  peut  l'accomplir;  cela  l'Esprit,  dil  l'Apdtre,  couduisons-nous  aussi  par  le 
ne   lui  devient  facile  que  quand  il  est  conduit  par     menie  Esprit  [Gal.,  v,  25),  »   et  ailleurs  :   «  Pour 


CENT-TROISIEME  SERMON. 

II  y   a  quatre  degre1  s   qui   marqucnt  les  progres  des 
elus. 


sapient/a  morabitur,  el  qui  in  justitia  medHabitur,  el  in 
sensu  cogilabit  circumspectionem  Dei.  Moratur  siquidem 
in  sapienlia,  et  sapiens  est  qui  semetipsum  hie  dijudi- 
cat,  ut  seternum  Dei  judicium  evndal.  Si  enim  ;iil  Apos- 
tolus, nosmetipsos  dijudicaremus,  non  utique  jur/ica- 
remur.  Sapiens  est,  non  secundum  sapientiam  liujus 
saeculi,  sen  secundum  illam  quae  trahitur  de  occultis, 
per  quam  Qtique  miro  Dei  opere  agitur,  ut  electi  <jni- 
que  tunsionibus  et  pressuris  hie  attriti,  in  a>dilidio 
veri  Salomonis  sine  sonitu  mallei  postmodum  collocen- 


tur. 


SERMO  cm. 


Dc  quutuor  gradibus,  guibit-i  r/rrturin/i  prnf'eetus  distill- 
guitur. 

1.  Quatuor  gradibus  dislinguilur  omnium  electorum 
profeelus.  Primo  enim  HI  quisque  amicus  sua?  annua*  : 
secundo  lit  amicus  justitia;  ;  tcrlio  sapientia*  :  quarto  lit 
sapiens.  In  primo  profectu  vilat  omnia  qua*  animam 
possunl  offenders,  et  diligit  ea  qua?  cam  possunt  mul- 
cere.  Horrel  erg  .  et  ccebuu  concupisoit.  Ita 

potest   icnplere   illud    divinum    praweptnm,    quod     in 
prima    conversione    sua    acoepit  :    D'/igi't     proximum 


tuum  stent  leipsum.  Nam  dum  secundum  carnem  ain- 
bulat,  nullo  modo  polcsl  :  rum  aulem  spirilu  Dei  agitur 
facile  potest.  Quid  enim  liabeat  emolumenti  homo,  si 
proximus  ejus  ardeal  in  inferno  '?  aut  quid  perdiderii 
si  sccum  fiieiil  in  paradiso  '.'  Neque  enim  talis  est  ilia 
paradisi  luereditas,  ul  possidentium  nunicro  minualur. 
Diligit  ergo  proximum,  quern  nou  vull  malum  pali,  si- 
rut  nee  seipsum,  et  quern  sicul  seipaum  vult  possidere 
eoelutu.  Hoe  aulem  suo,  id  esl  luuuinis  spirilu,  qiuindu 
posset,  ul  scilicet  expavescerel  gehennam,  ac  ccelestia 
desiderarel  1  Sed  potest  hoc  illius  spiritu,  cui  dictum 
est:  S7  ascendero  in  ccelumttu  illic  est  etc.  Spirilus 
quippe  sapienlia*  ubiquc  prsasens,  novit  quid  in  ccelo, 
et  quid  agatur  in  inferno.  Cunique  mentem  humanam 
replevit,  el  de  pcenis  inferoi  incutil  timorcm,  et  coeles- 
tium  amoreui  infundit  :  sicque  I'acil  homincm  a  mare 
seipsum,  el  elicit,  ei  :  Miserere  animce  luce, placens  Deo. 
Primum  igitur  est  diligere  se.  rieinde  proximum.  Non 
enim  dictum  est,  diliges  le  sicul  proximum,  sed  diliges 
proximum  sicut  te.  Hoc  modo  lii  aniator  animae  sua' 
per  Spiritum-Sanctnm,  quem  ex  Hde  accepit. 

2.  Acceplo  aulem  line  dono,  non  debet  co  solo  con- 
tentus  esse,  sed  ad  majors  provebi,  1 1  in  melius  proli- 
cere.  Vivil  autem  jam  per  Spirillum.  Sed  si  per  Spiri- 
tum  rivimus,  ail  Apostolu  .  tpiriiu    ci   umbulemut.    El 


SERMONS  DIVERS. 


71 


nous,  debarrasses  des  voiles  qui  nous  couvrent  le 
visage,  et  contemplant  la  gloire  du  Seigneur,  nous 
somnies  transformes  en  la  meme  image,  et  nous 
avancons  de  clarle  en  chute  par  L'illumination  de 
l'Esprit  du  Seigneur  (II  Cor.,  in,  18).  »  C'est  ce  que 
semble  avoir  senti  le  Psalmiste  au  sujet  des  saints, 
quand  d  dit  :  «  Le  legislateur  donnera  sa  benedic- 
tion aux  saints,  et  ils  s'avanceroat  de  vertu  en 
vertu,  et  enfin  ils  verront  le  Dieu  des  dieux  dans 
la  celeste  Sion  {Psal.  i.xxxiu,  7).  »  Qu'il  avarice 
done  aussi,  celui  dout  nous  parlous,  qu'il  inarche 
et  continue  jusqu'a  ce  qu'il  arrive  an  quatrieme 
degre.  La,  n'eu  doutons  point,  devenu  sage,  il  verra 
le  Dieu  des  dieux  dans  la  celeste  Sion.  Or,  de  ce 
ce  que  j'ai  dit,  il  suit  que  celui  qui  aime  hien  son 
Jin  •  doit  aussi  aimer  la  justice,  car  s'il  aime  l'ini- 
quite,  on  ne  peut  pas  dire  qu'il  aime  son  ame,  il  la 
bait  [Psal.,  x,  6). 
Nous  passons  3.  En  aimant  la  justice,  l'hoinnie passe  au  second 
!    degre,   et  il   entend  ce  precepte  de  la  Sagesse  : 


degre  par 

amonr  de  la  «    Aimez 
jostice.       ,„ 

(Sap.  1,  1 


la  justice,  vous  qui  jugez  la  terre 
.  »  Or,  s'il  aime  la  justice  parfaitement, 
il  doit  pour  elle  supporter  patiemoient  toute  sorte 
de  peines  et  tous  les  mepris  <lont  il  peut  etre  cou- 
vert.  En  effet  la  justice  lui  donnera  surtout  deux 
choses  :  l'une  de  faire  ce  qu'il  doit,  l'autre  de 
souffrir  ce  qu'il  doit.  En  d'autres  termes,  de  soutfrir 
le  mal  qu'il  a  merite,  s'il  n'a  pas  fait  le  bien  qu'il 
Le  joste  re-  deva't-  Voila  comment  il  arrive  d'uue  mamere  qui 

toit  deni     surprend  que,    sans    abaudonner   la    justice  nous 
hoses  par  la  ,        ,         .  „  ,      , 

jostice.  somnies  abandonnes  par  elle.  pmsque  toute  preva- 
rication est  punie  par  elle.  II  n'y  a  personne  qui 
puisse  se  derober  aux  atteiutes  de  la  cbaleur.  Or, 
Don-seulement  uu  liowme  juste  n'a  point  cette 
peine  en  horreur,  mais  meme  il  la  recoit  volontiers, 


parce  qu'il  croit  avec  foi  que  c'est  par  elle  que  les 
fautes  de  savie  passee  sont  puriQees.  Delavienten 
effet  qu'il  est  ecrit  :  «  Le  juste  ne  s'attristera  point 
de  quelqne  chose  qui  lui  arrive  IPrnv.,  xn,  21).  » 
Aussi,  aux  differentes  voluptes  quil'ontf aittomber, 
il  oppose  les  remedes  contraires  qui  le  relevent ; 
par  exemple,  s'il  est  tombe  par  desobeissance,  il  re- 
vient  a  la  vie  par  le  travail  et  l'obeissance ;  s'il  est 
tombe  dans  la  debauche  et  la  dissolution  ;  il  se  re- 
met  de  ses  chutes  par  le  gout  de  la  continence  et 
par  la  rigueur  de  la  discipline.  11  tire  son  chatiment 
des  elements  memes  du  monde  dont  il  n'avait  fait 
usage  que  pour  incliner  a  la  volupte.  Lorsque  ces 
tourments  out  dure  longtemps,  qu'il  est  eprouve 
comme  lor  dans  la  fournaise,  tant  que  le  trouvera 
bon  celui  qui  nous  nourrit  du  pain  des  larmes  et 
nous  donne  a  boire  l'eau  de  nos  pleurs  avec  abon- 
dance  {Psal.  lxxix,  6j,  alors  enfin  il  commence  a 
se  consoler,  et  il  entend  Isaie  lui  dire  :  «  Consolez- 
vous,  consolez-vous,  mon  peuple,  dit  le  Seigneur. 
Parlez  au  cceur  de  Jerusalem  et  assurez-lui  que  ses 
maux,  e'est-a-dire  son  aftliction,  sont  finis,  que  ses 
iniquites  lui  sont  pardonnees,  et  quelle  a  recu  de 
la  main  du  Seigneur  une  double  grace  pour  l'ex- 
piation  de  tous  ses  pecbes  (Isal.  XL,  1  et  2).  »  Une 
fois  qu'il  a  recu  de  la  consolation,  il  est  inquiet  et 
cherche  comment  il  pourra  plaire  a  celui  a  qui  il 
s'est  donne  (II  Tim.  n,  It),  et  dans  tout  le  bien  qu'il 
fait  il  ne  se  propose  qu'une  seule  chose  :  plaire  a 
son  Createur. 

k.  Puis,  il  passe   au  troisieme   degre  d'avance-  0ntrJ'"|mo" 

ment,  e'est-a-dire  il  devient  ami  de  la  sagesse  qui     degre  par 

ii  i    ■    l'amoar  de 

lui  parle  avec  une  affection  toute  maternelle,  et  liu  |a  sagesse;  et 

dit  :  «  Mon  tils  donnez-moi  voire  eccur  il'rov.,  xxiu,     dueat'^^'e 

26).  »  Une  fois  arrive  a  ce  degre,  il  ne  lui  reste  pas    P"  l'osage 
'  de  la  ut(ui 


alibi  (licit  :  Nos  uero  omnes  revelata  facie  gloriam    Dei 

u/antes,    in    eamdem    imaginem   transfnrmamur    a 

claritate  in  claritatem,  tanquam  u  Domini  Spirilu.    Hoc 

ipsum  et  Psalmista  de  sauciis  videtur  sensisse.  Bene- 
dictwnem,  inquit,  dabit  legislator ;  ibunt  <Je  virtute  in 
virtutem,  videbilur  Deus  deorum  in  Sion.  Ambulet  et 
isle,  quern  in  manibus  babeinus  :  eat  et  proficiat,  donee 
ad  qnarlum  gradum  perveniat.  Ibi  sine  dubio  ractiis  sa- 
piens, videbit  Deuui  deorum  in  Sion.  Porro  eo  ipso  quod 
dixi,  qui  bene  diligit  animam  suam.  debet  etiam  diligere 
justitiam.  Alioquin  si  diligit  iniquitatem,  odit  plane, 
non  diligit.  animam  suam. 

3.  Diligendo  auter.i  justitiam  transit  ad  secundum 
gradum,  et  audit  illud  Sapientis  praceptum  :  Diligite 
justitiam  qui  judicalis  terrain.  Quam  si  perfecle  di- 
lexerit,  debet  pro  ea  ferre  patienter  omnem  ptenam  et 
quamcunque  illatam  contumeliam.  Duo  quippe  prss- 
labit  ei  justitia  :  unum.  ut  facial  quod  debet  :  alterum, 
ut  patiatur  quod  debet  :  scilicet,  ut  si  bonum  non  fe- 
cerit  quod  debuit.  malum  quod  meruit  patiatur.  Sic 
miro  modo  ne  deserendo  quidem  justitiam  ab  ipsa  de- 
serimur,  dum  per  ipsam  quilibet  praBvaricationis  rea- 
tus  pi;mtu".  Neque  enim  est  qui  se  abscondat  a  calore 
ejus.    Hanc    autem    poenam   non  solum  vir  Justus  non 


horret;  verum  etiam  libenter  excipit,  dum  per  earn 
preterits  vita?  peccala  purgari  (ideli'er  credit.  Hinc 
enim  scriptum  est  :  Aon  coniristabit  justum  quidquid  ei 
accident.  Opponit  igiturvariis  voluptatibus  quibus  cor- 
ruil,  contriiria  niedicamenta  per  qua?  resurgat.  Verbi 
gratia,  cecidit  per  inobcdienliam ;  per  obediential  la- 
borem  redit  ad  vitam  :  lubricus  exstitit  ac  dissolutus: 
per  conlinentia>  studinm  rigoremque  discipline  repa- 
ratur.  Patitur  ab  ipsis  elementis  mundi  poenam,  quo- 
rum usu  dudum  defluxerat  ad  voluptatem.  Quibus  cru- 
ciatibus  cum  diu ;  tanquam  auram  in  fornace  probatus 
fuerit,  quantum  scilicet  dignum  judicabit  is  qui  in  pane 
lacrymarnm  nos  cibat,  et  potum  dat  nobis  in  lacrymis 
in  mensura;  incipil  jam  consolari,  et  audit  illam  Isais 
vocem  dicenlis  :  Conso/amini,  coisolamini,  popule  mens, 
dicit  Deus  vester.  Loquimini  ad  cor  Jerusulem,  el  ad- 
vocate earn,  quoniam  compteta  est  malitia  ejus,  id  est, 
aftlictio  :  dimissa  est  iniquitas  illius.  Suscepit  de  mnnu 
Domini  duplicia  pro  omnibus  peccalis  suis.  Postquam 
vero  consolationem  receperit,  sollicitus  est  et  qiuprit 
qnomodo  placeat  ei  qui  se  probavit.  Facit  quidquid  bo- 
ni  f  icit,  ut  soli  placeat  suo  conditori. 

4.  Transit   ad   tertium    gradum  sui  profectus  :  ut  sit 
scilicet  amicus  sapientis,  qu»  materno  affectu   loquitur 


72 


OEI'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


autre  chose  a  faire  qua  passer  au  qnatrieme  ou on 
.lit  que  se  lienl  le  Bage.  C'esI  ce  qui  a  lieu  quaud  il 
agit.  non  plus  seulemenl  pour  pi  lire  a  Dieu  ,  ce  qui 
est  le  propre  du  tro  .  mais  payee  que 

Dieu  lui  plait,  ou  que  ce  qu'il  fait  plait  a  Dieu. 
Quiconque  en  esl  arrive  la,  pent  chanter  en  toute 
confiance  el  securitececantique  dusage  :  «Eulout 
j'ai  cherche  le  repos,  etc.  [Eccl.  xxtv,  ill.  ,>  En  effet, 
e'esi  avoir  trouve  le  repas  en  tout  quaud  Dieu  plait 
a  celui  qui  n'a  point  appris  a  plier  la  volonte  de  Dieu 
a  la  sieune,  mais  la  sienne  a  celle  de  Dieu.  «  il  s'ar- 
retera  dans  1'lieritage  du  Seigneur,  »  ainsi  que  la 
promesse  qui  en  est  faite  de  la  bouche  meme  du 
neur,  quand  ildil  o  le  te  donnerai  laterre  ou 
tu  dors  (Gen.  xsvin,  13),  »  e'est-a-dire  ce  repos  ou 
tu  es  arrive  par  ton  travail  et  tes  peines,  je  le  ren- 
drai  pour  toi  stable  et  perpetuel.  S'il  ajoute  :  «  et  a 
ta  race,  »  on  peut  le  comprendre  en  ce  sens  que 
non-seuleiuent  cette  tranquillite  est  assuree  en  cette 
vie  et  en  l'autre  a  ton  esprit,  6  homme,  mais  en- 
core la  glorification  de  ta  chair,  a  ta  race,  e'est-a- 
dire  a  tes  ceuvres. 

CENT-QLATRIEME   SERMON. 

Quatre  obstacles  a   la  confession. 

Qoatr«  1.  II  y  a   quatre  choses   qui   font  obstacle  a  la 

^nfwSoo!*  confession,  ce  sont,  la  honte,  la  crainte,  1'esperance 

t.  Ls  home.  et  'e  desespoir.  En   effet,  les  uiis  sont  re  ten  us  par 

la  honte  et  ne  sont  empecb.es  de  confesser  les  fau- 

tes  qu'ils  out  faites  que  par  la   confusion  qu'ils  en 

ressentent.  Cest  de  cette  honte  que  Salomon  disait: 

«  II  y  a  une  honte  qui  amene  le  peche  (Eccli.  iv, 

25).  »  Le  meme  disait  au  contraire,  en  parlant  de 


3.  L'espe- 
raucc. 


reux  qui  confessent  leurs  peches,  «  et  il  y  a  une 
honte  qui  amene  la  gloire  [Ibidem  .  9  deujc  choses 
que  le  Psalmiste  nous  recommande  en  ces  termes  : 
o  Vous  avez  revetu  la  confession  et  la  gloire  (Psal. 
i  in,  2  ,  »  et  encore  a  la  confession  el  la  gloire  5»nj 
sou  oeuvre  (Psal.  ex,  3).  »  D'autres  sont  arretes  par 
la  crainte  :  ils  apprehendent,  ep  effet,  s'ils  se  con- 
fessent, qu'on  ne  leur  impose  une  lourde  penitence;  l.  Laerainto 
'•'est  a  eux  que  s'adressent  ces  paroles  de  Job  : 
«  Ceux  qui  craignent  la  gelee  sout  accables  par  la 
neige  (Job  vi,  16).  »  11  y  en  a  beaucoup  qui  desi- 
rent  encore  quelque  chose  en  ce  'non, I.'  g|  pen  sent 
qu'ils  n'obtiendront  point  tr  qu'ils  desirent  s'ils  se 
montrent  tels  qu'ils  sont  aux  lioiiunes.  Ce  qui 
arrete  la  confession  de  ces  derniers,  e'est  I'espe- 
rance,  je  veux  dire  L'ardent  dfesir  de  voir  leurs 
voeux  accomplis.  Cest  eux  que  le  Seigneur  menace 
dans  1'Evangile,  en  disant  :  «  Malheur  aux  femmes 
qui  seront  grosses  ou  nourrices  [Malt,  xxiv,  19  .  » 
Enfin  il  y  en  a  aussi  qui  ne  craignent  rien  de  tout 
cela,  et  qui  u'ont  d'autre  crainte  que  de  ne  pouvoir 
s'abstenir  de  pecher  apres  s'etre  confesses  :  ce  qui 
les  arrete  e'est  done  le  desespoir.  On  peut  leur 
appliquer  avec  raison  ces  p.:  u!cs  :  «  Une  fois  au 
fond  de  l'abiuie,  le  pecheur  n'a  plus  que  du  mepris 
(Prov.  xvm,  3).  »  II  arrive  meme  quelquefois  que 
ces  quatre  obstacles  a  la  fois,  empechent  la  confes- 
sion ;  mais  l'homme  qui  succombe  sous  le  faix  de 
ces  quatre  niaux,  est  bien  diimeut  elendu  au  fond 
deson  sepulcrejdejameme,  couunele  mortde  quatre 
jours  de  1'Evangile,  il  repand  une  mauvaise  odeur. 
11  est  ecrit  en  effet, :  u  l.a  confession  n'est  plus  pour 
les  morls,  parce  qu'ils  sont  comnie  s'ils  n'etaient 
plus  (Eccli.  xvu,  26).  »  Mais  si  celui  qui  ne  confesse 


Le  desei- 
poir. 


sibi,  cum  dicit  :  Prabc,  fili,  cor  tunm  milii.  Cum  ergo 
ad  bunc  gradual  pervenerit,  nihil  aliud  ei  reslat,  nisi 
ut  ad  quartum  ascendal,  ubi  dicitur  esse  sapiens.  Hoc 
aulem  fit.  quando  jam  operatur,  non  ut  ipse  Deo  pla- 
ceat, quod  utique  in  tertio  grade  feeerat;  sed  quia  pla- 
cet ei  Hens,  vel  quia  placeat  Deo  quod  operatur.  Quis- 
quis  talis  est.  poles!  rum  tola  liducia  ac  sccuritatc  cons- 
cieutix  illnd  Sapientis  caulicum  decantare  :  In  omnibus 
requ<<  ■    Hio    enim  requiescit  in  omnibus, 

cum  per  omnia  ei  placeat  Dcus,  qui  noa  Dei  volunta- 
tcm  ad  suam  curvare,  sed  suani  didieil  ad  Dei  volun- 
tatem  erigere.  Morai  tar  in  hcereilitate  Domini,  sicut  ei 
ejui-dem  Domini  voce  proiuittitur,  cum  dicitur  :  Ten-am 
:  dormu  tibi  dabo  :  hoc  est,  quictcm  istam,  ad 
quam  penenisli  labore  tuo  ct  miincre  meo,  stabilem 
tibi  faciam  atque  perpetuam.  Quod  autem  subjungit, 
et  semini  tuo,  sic  possumus  intelligere,  ut  non  solum 
spiritui  delur  tranquillitas  isla  ct  bio,  el  in  futuro; 
sud  attain  Bemini  tuo,  id  est,  operibus  tuisdabitur  cor- 
poris tui  glorilicalio. 

SERMO  CIV. 

De  quatuor  impedimenta,  confesiionis. 

1.  Quatuor  sunt  qua  impediunl  confessionem,  pndor, 
timor,  spaa,  desperalio.  Quosdam  enim  impedit    pudor, 


qui  scilicet  pro  sola  confusione  dicereerubescuntpeccata 
qua?  commiserunt.  De  quo  per  Salomonem  dicitur  : 
Est  cenfusia  adducens  peecatum.  Quo  contra  de  his  qui 
confitentur,  ilcnim  dicitur:  Est  con  fusio  adducens  g/oriam. 
Qnos  eliamcummcndat  Prophela,  dicens  :  Confessionem 
et  decorem  induisti .  Et  alibi:  Confessioet  inugnifieen- 
lia  o/jus  ejus.  Alios  impedit  timor.  Timent  enim  si 
confite.intur,  ne  gravis  eis  pceniteatia  injungalur,  et 
arguit  Job,  dicens  :  Qui  timet  pruinam,  irruet  super 
earn  nix.  Sunt  autem  nonnulli,  qui  in  hoc  mundoadhuc 
aliquid  concupiscunt,  nee  putant  se  adepturos  quod 
desideinnt  si  huminibus  quales  sint  inno.escanl.  Horum 
confessionem  impedit  spes,  id  est  cupiditas  potiendi 
desiderii.  Talibus  comminatur  Dominus  in  Evangclio  : 
Va  pragnanfibus  et  nutrieniibus.  Sunt  item  alii  qui 
ni^  horum  verentur,  sed  solum  hoc  timent,  quia  post 
peccatorum  confessionem  ab  ipsis  ahstinereminime  pos- 
sent.  Et  his  obest  desperalio.  Quibns  non  incongrue 
illud  potest  aplari  :  Peceator  cum  venerit  in  profundwa 
malorum,  eontemnit.  Fit  vero  nonnuuqiiam,  ut  bm 
omnia  siinul  confessionem  impedianl.  Sed  qui  quatuor 
his  malis  premilur,  rcctc  jam  in  monumento  jacet,  el 
vel 1 1 1  ille  evsDgel  cus  quatriduanus  faelet.  Soriptum  est 
enim  :  A  mortvo  ,perit  confess io.  Quod 

mortuus  est  qui  non  confltetur,    utique    revi\ 
qui  confitebitur.  Veniat  ergo  Jesus,  et  dic«t.  Vent  fnras  : 


SERMONS  DIVERS. 


7« 


Antidote  de 
la  honte, 


Dela 
crainto. 


De 

l'esperaDce/ 


Du 


plus  scs  peehes  est  mort,  il  s'en  suit  que  eelui  qui 
les  confesse  revit.  Que  Jesus  vienne  done,  et  qu'il 
s'ecrie  :  «  Sortez  dehors  [Joan,  xi,  M),  »  et  a  sa 
voix  le  mort  ressuseitera  sans  retard.  Que  notre 
mort  entendu  done  eette  exhortation,  et  qu'il  ne 
differe  point  de  se  confesser. 

2.  Uisons  done  a  celui  que  la  honte  arrete  :  pour- 
quoi  rougissez-vous  de  confesser  votre  peche  quand 
vous  n'avez  pas  rougi  de  le  commettre  ?  Et  d'ou 
vient  que  vous  avez  honte  de  confesser  a  llieu  voire 
faute,  quand  vous  ne  pouvez  vous  soustraire  a  ses 
regards?  Si  vous  n'osez  confesser  votre  faute  a  tut 
h<>inme,  a  un  pecheur,  que  ferez-vous  au  jour  du 
jugeiuent  oil  votre  conscience  sera  mise  a  decou- 
rort  devaut  tous  les  hommes.  II  faut  dune  opposer 
trois  choses  a  la  honte,  la  consideration  de  la  rai- 
son,  le  respect  de  Dieu  qui  nous  voit,  et  la  eompa- 
raison  d'une  honte  plus  grande.  De  meme  il  y  a 
trois  remedes  a  opposer  a  la  crainte,  il  faut  songer 
en  effet,  combien  longue  est  la  peine  do  l'enfer, 
combien  elle  est  grave,  combien  inutile,  tandis 
que,  au  contraire,  la  penitence  de  la  vie  presente 
est  courte,  legere  et  profitable.  Contre  l'esperance 
il  y  a  aussi  trois  remedes,  les  biens  du  siecle  futur, 
qui  sont  plus  grands,  plus  surs  et  plus  durables 
que  ceux  de  la  vie  presente,  car  au  prix  d'eux  tout 
ce  qu'on  pent  souhaiter  en  ce  monde,  est  peu  de 
chose,  incertain  et  pour  ainsi  dire,  momentum?.  De 
meme  au  desespoir  de  vaincre  le  peche,  il  y  a  trois 
remedes  :  le  premier  est  l'euergie  du  bon  propos 
qu'on  puise  dans  la  confession.  Le  second  est  la 
grace  de  Dieu  qu'on  merite  par  son  humilite,  et  le 
troisieme  est  le  secours  qu'on  trouve  dans  la  com- 
passion de  celui  a  qui  on  se  confesse. 


CENT-CINQU1EME  SERMON. 


mon  stir 
les  paroles 
d'Isaie,  n.  4. 


et  ad  vocemejus  illico  suscitabitur  mot-tuns.  Excipiat  hie 
nostet'  mortuus  exhortationem,  et  non  differat  confes- 
sionem. 

2.  Dicatttr  ergo  illi  quem  pudor  afficit  :  Cur  te  pudet 
peccalum  tuum  dicere,  quem  non  puduit  facere  ?  Aut 
cur  erubescis  Deo  conliteri,  cujtts  oculis  non  poles  abs- 
condi?  Qttod  si  forte  pudor  est  tibi  uni  homini  et  pec- 
catori  peccatum  tuum  cxponere,  quid  faeturus  es  in  die 
judieii,  ubt  omnibus  cxposita  tua  conscientia  palebit? 
Haec  itaque  tria  proponenda  sunt  contra  pudorem, 
scilicet  consideratio  rationis,  reverentia  inluentis  Dei, 
comparatio  majoris  confusionis.  Similiter  contra  timorem 
oppuneutla  sunt  tria.  Considerandum  enim  est,  quam  sil 
lunga  pcena  inferni,  quam  gravis,  quam  infructuosa.  E 
contrario  vero  praesenlis  temporis  pcenitentia  brevis  eat, 
ellevis,  et  fructuosa.  Contra  spem  quoquc  ilidem  tria 
opponuntitr,  bona  scilicet  futari  saiculi,  prasentis  vitae 
bonis  majora,  certiora,  durabiliora  :  ad  quorum  compa- 
rationem,  quidquid  in  boc.  mundo  desiderari  potest 
modicum  est  et  incertum  :  et,utitadicam  momentaneum. 
lla  i-oiitra  desperationem  vinoendi  peccatum,  tria  sunt 
remedia.  Primum  est  vigor  ipso  propositi  boni  qnem 
assuinil  ex  confessioue.  Secundum  est  gratia  Dei,  quam 
mcretur  ex  humililale.  Tertimn  est  auxiliitm,  quo  ex 
•jus  habat  coi  confitetur  oompassione. 


Conditions  requites  pour  la  justification  et  te  salut. 

1.  II  y  a  deux  choses  en  quoi  consisle  notre  salut,  V.  pins  haut 
ce  sont  la  justification  et  la  glorification,  l'une  en 
est  le  commencement  etl'autre,  la  consommation. 
Dans  l'une  est  le  travail  et  dans  l'aulre  le  fruit  du 
travail.  Quant  a  la  justification,  elle  est  le  fruit  de 
la  foi,  la  glorification  le  sera  de  la  vue  en  face. 
Mais  en  attendant  il  est  impossible  a  l'esprit  humain 
de  se  faire  une  idee  de  la  grandeur  de  la  glorifica- 
tion des  saints  dans  la  vie  future.  C'est  d'elle,  en 
effet,  qu'il  est  ecrit  :  «  ni  l'ceil  n'.i  vu,  ni  I'oreille 
n'a  entendu,  etc.  (Isa.  lxiv,  k).  »  Nous  n'en  parle- 
rons  done  point  ici,  puisqu'elle  depasse  nos  forces; 
quant  a  la  justification  qui  est  do  cette  vie,  j'en 
dirai  ce  qui  me  semble  necessaire,  pour  l'edification 
de  nos  freres ;  ear  c'est  la  voie  par  laquelle  on 
passe  a  la  glorification,  selon  ce  mot  de  l'Ap6tre  : 
«  Ceux  qu'il  a  predestines  il  les  a  aussi  appeles,  et 
ceux  qu'il  a  appeles,  il  les  a  justifies ;  et  ceux 
qu'il  a  justifies  il  les  a  aussi  glorifies  (Rom.  viu, 
30).  »  On  ne  saurait  done  arriver  a  la  glorification 
si  on  ne  commence  par  la  justification,  puisque 
l'une  fait  le  merite  et  l'autre  la  recompense.  C'est 
ce  que  le  Seigneur  nous  a  enseigne  dans  son  Evan- 
gile,  lorsque  en  prechant  le  royaume  de  Dieu  a  ses' 
disciples,  il  commenca  par  leur  parler  de  la  justice 
en  ces  termes :  «  Si  votre  justice  n'est  pas  plus 
abondante  que  celle  des  scribes  et  des  pharisiens, 
vous  n'entrerez  point  dans  le  royaume  des  cieux 
[Matt,  v,  20).  n 

2.  Or,  il  fautnoter  que,  de  meme  que  le  Seigneur 


SERMO  CV. 

De  requisites  ad  justifiealionem  et  sa/utem. 

1.  Duo  sunt  in  quibns  consistit  nostra  salus,  justifica- 
tio,  et  glorilicatio.  Altera  'milium,  altera  perfeclio  est. 
In  ilia  labor,  in  hac  autem  fructiis  laboris  est.  Et  nunc 
quidem  jiistificatio  (il  per  lidem  :  nam  glorilicatio  erit 
per  speciem.  Quanta  autem  sit  in  futtira  vita  glorificatio 
sanctorum,  humanus  interim  non  potest  altingero  intel- 
lectus.  De  ilia  enim  scriptum  est,  quod ocutus  nun  vidit, 
nee  auris  audivit,  etc.  Hac  ergo  interim  omissa,  quo- 
niam  vires  nostras  excedit,  de  juslilicatione  qua;  nunc 
agitur,  aliquid  ad  aadificationem  fratrum  noslrorum  , 
quod  ncessarium  visum  est,  loquamur.  Ipsa  est  enim 
via.  per  quam  fit  transitus  ad  glorificationem,  dicente 
Apostolo  :  Quos  proedestinavit,  hos  et  vocavit ;  et  quos 
vocavit,  hos  et  justificavit;  quos  autem  juslificarit,  hos 
et  magnificavit.  Neque  enim  potent  oblineri  magnificatio, 
nisi  justiticatio  praecesserit  :  cum  islameritum,  ilia  prae- 
mitim  sit.  Hoc  in  Evangelio  docuit  Dominus,  qui  cum 
Discipulis  cvangclizarel  regnum  Dei  primum  eis  pro- 
posuit.  justiliam,  dicens  :  Nam  nisi  abundaverit  justu 
tia  uestra  plus  quam  Scribarum  et  Pharisirorum,  non 
i>itrahttis  in  regnum  c<xloruJ?i. 

2.  Notandum  aulem,  quod  sicut    in    illo    beatitudinis 


7* 


OEL'VRES  DE  SAINT  BEHNARD. 


se  manifestera  a  ses  elus  dans  le  royniime  de  la  f6- 
licite.  junir  les  gloriGer,  aiu>i  '1  se  montre  a  eux 
dans  lc  lieu  de  leur  passage  pour  les  justiQer,  en 
sorte  que  ceux  qui  doivenl  nnjour  fitre  glorifies  en 
le  voyanten  face,  commeDceul  a  6tre  justifies  par  lui 
au  moyen  dela  foi.Or,  il  y  a  Irois  cboses  dont  doit 
s'abstenir  quieoiiqiie  desire  ctre  juslilie  :  c'est  d'a- 
borrt  des  oeuvres  mauvaises,  en  second  lieu  des  desirs 
de  la  chair,  et,  entroisi6melieu,dessoinsdu  siecle. 
De  meme  il  y  a  trois  choses  a  quoi  ils  doivenl  s'ap- 
pliquer,  elles  sont  enfermees  dans  le  sermon  du 
Seigneur  sur  la  montagne  {Mull,  v,  r.  ce  sont 
I'aum6ne,  le  jeune  el  la  priere.  Alnsi  la  justifica- 
tion s'accomplit  done  de  celte  raaniere,  en  s'  ibsti  - 
nant  des  vices  qui  sont  delendus,  et  en  faisanl  Mr- 
lement  le  bienquiesl  prescrit,  11  faut  done  opposer 
aux  oeuvres  mauvaises,  les  oeuvres  de  misericorde, 
aux  desirs  charnels,  les  jeunes,  et  aux  soucis  du 
siecle  present,  1'amour  de  Dieu  et  la  priere  li-e- 
quente. 

CENT-SIXIEME  SERMON. 

Trois  choses  necessaires  pour  (aire  penitence. 

Trois  choses  1.  L'ame  a  trois  etats  ;  elle  est  nnie  au  corps, 
n'crsia'res  seParee  du  corps,  ou  reunie  au  corps.  Dans  le  pre- 
penitencc.  mier  etat  elle  doit  faire  penitence,  et  dans  les  deux 
autres  elle  a  en  partage  le  repos  ou  le  rhatiment, 
suivant  qu'elle  a  fait  le  bien  ou  le  mal  dans  son 
corps  (II  Cor.  v,  10).  En  effet,  pour  faire  penitence 
il  faut trois  choses,  le  temps,  un  corps,  etlelieu.La 
necessite  du  temps  ressorl  de  ces  mots  de  l'Apdtre 


o  Voici  maintenant  le  temps  favorable,  voici  le  jour 
du  saint  ill  Cor.  vi,  2).  »  (Juant  au  corps,  voici  ce 
que  le  meme  Apod  re  en  dit  :  «  Nous  devons  tons 
comparaitre  devant  le  tribunal  de  Jesus-Christ, 
afin  que  chacun  de  nous  receive  ce  qui  est  du  aux 
bonnes  oil  aux  mauvaises  actions  qu'il  aura  faites 
pendant  qu'il  fetait  revetu  de  son  corps  (II  Cor.  v, 
10).  Et  voici  ce  que  l'Eeriture  nous  dit  au  sujel  du 
lieu  :  «  Si  l'espril  de  celui  qui  a  la  puissance  s'elcve 
sur  Mins,  ne  quittez  point  votre  place  (Eccl.  x,  U).  » 
Or,  le  temps  se  divise  en  trois  parlies,  le  passe  le 
present  et  le  futur.  Quiconque  fail  penitence  com- 
me  il  faut  ne  pen)  aucune  de  ces  parties.  En  effet, 
il  repare  le  passe  qu'il  avail  perdu,  quand  il  repas- 
se  sis  annees  ecoulees  dans  1'ainertume  de  son 
ame;  pour  le  present,  il  s'en  assure  la  possession 
par  les  bonnes  oeuvres,  et  quant  a  1'avenirille  tient 
par  la  conslance  de  son  bon  propos.  Voici  comment 
l'Apolre  parle  du  passe  :  «  Rachetant  le  temps 
parce  que  les  jours  sont  mauvais  (Ephes.  v,  16).  » 
Quant  aux  ceuvres  du  present  il  nous  y  engage  en 
ces  termes  :  «  Pendant  que  nous  en  avons  le  temps 
faisons  du  bien  a  tons,  mais  surtout  aux  domesti- 
ques  de  la  Ibi  (Galat.  vi,  10).  »  C'est  le  Seigneur 
lui-meme  qui  nous  parle  de  l'avenir;  voici  com- 
ment il  le  fait  :  «  Quiconque  perseverera  jusqu'a  la 
On  sera  same  (Malt,  x,  22).  » 

2.  I.e  corps  aussi  nous  est  necessaire  pour  faire 
penitence.  C'est,  en  effet,  dans  le  corps  que  nous 
pouvons  souffrir  des  rnaux  et  faire  du  bien  :  souf- 
frir  les  uns  pour  les  fautes  que  nous  avons  comnii- 
ses,  et  faire  du  bien  pour  acquerir  les  recompenses 
eternelles.    Aussi  comment  uiie  ame  sortie  de   son 


regno  praesentem  sc  eleclis  suis  exhibebi'  Dominus  nil 
glorificalioncm,  ila  etiam  se  cisdem  ipsis  exfaibet  in  via 
peregrinalionis  ad  jiistilicalioiiem  ;  ut  aquo  scilicet glo- 
riflcandi  sunt  per  speeiem,  ab  ipso  prius  justilicenlur 
per  fidem.  fit  quidem  tri.i  sunt,  a  quibus  abstinurc 
debent  quicunque  justificari  desiderant.  Primp  utiqne 
ab  operibus  pra\  is,  sccundoa  carnalibus desi  leriis,  lertio 
a  curis  sspculi.  Item  Iria  sunt  quibas  debent  insistere, 
qtiie  etiam  continct  sermo  Domini  in  monte,  elcemosyna, 
jejuniuin,  oratio.  Sic  enim  adimpletur  justdioaliu ;  ilura 
ab  inicrdictis  viliis  abstinent,  et  bona  qua;  precepla  sunt 
(idelilcr  e.xercent.  Opponanlur  ergo  pruvis  operibus 
opera  misericordiae,  contra  carnalia  deaideria  adliibcan- 
tur  jejonia,  et  pro  curia  saeculi  succedat  amor  Dei,  et 
I'requentia  orationis. 

SERMO  CVI. 

De  Iribus  ail  agendam  pamitentiam  necessariis. 

I.  Tres  sunt  status  nnima'  :  in  corpore,  posilo  n>r- 
pore,  recepto  corpore.  Primus  dalus  est  ei  ad  agen  lam 
pcenilentiam,  reliqui  duo  ad  liabcndam  requiem  vel  poe- 
nam,  scilicet  prout  gessil  in  corpore,  sive  bonuin,  sive 
malum.  Ad  agendam  vero  po?niteiitiam  tria  sunt  neces- 
earia,  tempus,  corpus,  et  locus.  Quod  tempus  sit  neces- 
Mrarn,  rticit  Apostolus  :  Ecce  nunc  tempus  acreplnbih. 


2/Le  corps 


ecce  nunc  dies  sa/ulis.  Similiter  et  de  corpore  idem 
BCribit  :  Omnes  nos  oportet  manifestari  ante  tribunal 
Christi,  ut  re  feral  quisque  propria  corporis  prout  gessit. 
Sed  et  de  hoc  loco  loquitur  Scriptura,  dicons  :  Si  OS- 
cenderit  super  le  spiritus  potestatem  habentis,  locum 
tuum  ne  deseras.  Porro  tempus  in  Iria  dividitur,  inpraa- 
teritum,  in  praesens,  in  futurum.  Horum  nullum  perdil, 
quisij  ds  recte  poenitentiam  agil.  Nam  prar-terilum  qui- 
dem quod  perdiderat  restaurat,  dum  in  amaiiludine  ani- 
msB  suae  omnes  annos  suos  recogitat  :  pra'sens  aulcni 
tenet  jam  per  exercilium  operis  :  futurum  vero  per 
conslanliam  boni  propositi.  De  praeterito  loquitur  Apos- 
tolus, cum  dicit  ;  Redimentes  tempus,  quoniam  dies 
malt  sunt.  Ad  praesenlis  vero  operationcm  horlatur  nos, 
cum  dicit  :  Dum  t-mpus  habernus,  operemur  bonum  ad 
omnes,  maxime  autem  ad  donesticos  fidei.  Puturi  nos 
admonct  Dominus,  cum  ait  :  Qui  perscveravnrit  usque 
in  firiem,  salvus  erit. 

2.  Corpus  quoque  necessarinm  est  ad  agendam  poeni- 
tentiam. In  corpore  quippe  possumus  mnla  pati,  ct 
bona  operari.  Pati  scilicet  pro  commissis  delictis,  ope- 
rari  pro  adipiscendis  aeternis  praemiis.  Qui  ergo  corpore 
caret,  diguos  picnilenli;e  fructus  fncere  quomodo  valet  V 
Et  notandum  .  quod  poenilentia  qu;e  per  corpus 
geritur,  brcvis  est  et  levis.  Erevis,  quia  corporis 
nwiile  lenninatur  :  levis,  quia  per  socielatem  corporis 
ferlur  facilius.  Gravis  siquidem  easet,  si  earn  solus  ani- 


SEHMONS  DIVEHS. 


75 


corps  sera-t-elle  en  etat  de  faire  de  dignes  fruits  de 
penitence?  Mais  il  faut  noter  que  la  penitence  que 
nous  faisons  dans  le  corps  est  courte  et  legere  :  elle 
est  eourte,  alteudu  que  la  mort  du  corps  y  met 
fin,  et  le.ge.re parce  que,  unie  au  corps,  Tame  ia  sup- 
porte  plus  faeilemenl.  Au  contraire  elle  serait  lour- 
de  si  Time  etait  seule  pour  la  supporter ;  plus  elle 
en  laisse  au  corps,  plus  le  poids  quelle  en  garde 
Le  lien,  pour  elle  est  allege.  Entin  le  lieu  semble  egalement 
utile  et  necessaire  pour  faire  penitence,  or,  ce  lieu 
c'est  l'Eglise  du  temps  present.  Quiconque  neglige 
d'y  faire  penitence  comme  il  faut,  pendant  qu'il 
vit  dans  son  corps,  ne  peut  obtenir  aucun  remede 
de  salut  daxis  l'autre  monde. 

CENT-SEPTIEME  SERMON. 
Sentiments  qu'il  faut  avoir  dans  la  priere. 

1.  II  doit  en  etre  du  pecheur  par  rapport  a  son 
Createur,  comme  du  malade  par  rapport  a  son 
medeciu,  et  tout  pecheur  doit  prier  Dieu  comme 
un  malade  prie  son  ruedecin.  Mais  la  priere  du  pe- 
cheur rencontre  deux  obstacles,  Testes  ou  1'absence 
de  lumiere.  Celui  qui  ne  voit  ni  ne  confesse  point 
ses  peches  est  prive  de  toute  lumiere;  au  contraire 
celui  qui  les  voit,  mais  si  grands  qu'il  desespere  du 
pardon,  est  offusque  par  un  exces  de  lumiere  :  ni 
l'un  ni  l'autre  ne  prient.  Que  faire  done  ?  II  faut 
temperer  la  lumiere,  atin  que  le  pecheur  voie  ses 
peches,  les  confesse,  et  prie  pour  eux  alin  d'en  ob- 
Quatre  semi-  tenir  la  remission.  II  faut  douc  d'abord  qu'il  prie 
menis  daDs  nvec  ur)  selltmlent  de  confusion,  c'est  ce  qui  a  lieu 
priere.  quand  le  pecheur  n'ose  point  encore  s'approcher 
lui-rueme  de  Dieu  et  cberche  quelque  homme 
saint,  quelque  saint  pauvre  d'esprit  qui  soit  comme 


mus  portaret.  Cum  vero  et  ipsi  corpori  ejus  partitur 
pondus,  quanto  magis  inde  corpus  oneralur,  tanto  am- 
plius  animus  exoneratur.  Locus  etiam  videtur  necessa- 
rius  esse  et  utilis,  Ecclesia  scilicet  vitse.  pra?sentis  :  in 
qua  quisquis  dum  in  corpure  vivit,  paenitcnliam  recte 
agere  negligit,  nullum  in  fuluro  salutis  remedium  obti- 
nere  poterit. 

SERMU  CVI1. 

De  affect 'iambus  orantium. 

1.  Sicutoeger  ad  medicum,  sic  esse  debet  peccalor 
ad  Creatorem  suum.  Qui  ergo  peccalor  est,  debet  orare 
Deum,  sicut  aeger  medicum.  Duobus  autem  modis  im- 
peditur  oratio  peccatoris  :  vel  nulla,  vel  nimia  luce. 
Nulla  luce  illustratur,  qui  peccata  sua  nee  videt,  nee 
confitelur.  E  cortrario  nimia  luce  obruitur,  qui  ea  tanta 
ridet,  ut  de  indulgentia  desperet.  Horura  neuter  oral. 
Quid  ergo?  Temperanda  est  lux,  ut  peccata  sua  videat 
peccalor,  et  conlitealur,  ac  pro  ipsis  oret,  ut  remit- 
tantur.  Primo  ergo  ejus  oratio  debet  fieri  verecundo 
affectu.  Hoc  autem  fit,  cum  necdum  peccdor  .mdet 
per  seipsum  accederc  ad  Deum,  sod  qtisrit  aliquem 
«i',ri'im    virum  ;  aliquem    sanctum    pauperem    spiritu, 


la  frauge  du  mauteau  du  Seigneur,  et  par  qui 
il  puisse  s'approcher  de  lui.  Nous  avons  un  exemple 
de  cette  sorle  de  priere,  dans  celte  femme  de  TE- 
vangile  qui  souffrait  d'un  Uux  de  sang  :  dans  son 
desir  d'etre  guerie,  elle  s'approche  et  se  disait  en 
elle-meine  :  «  Si  je  louche  la  frange  de  son  vete- 
ment,  je  serai  sauvee  (Matt,  ix,  21).  »  La  secoude 
sorte  de  priere  est  celle  qui  se  fait  avec  une  affec- 
tion pure;  c'est  ce  qui  a  lieu  quand  le  pecheur  s'ap- 
proche lui-meme  enfin,  et  confesse  ses  peches  de 
sa  propre  bouche.  La  pecheresse  qui  lavait  de  ses 
larmes  les  pieds  du  Seigneur,  et  les  essuyait  des 
cheveux  de  sa  tete,  et  donl  le  Sauveur  a  dit  «  beau- 
coup  de  peches  lui  sout  remis  parce  que  elle  a 
beaucoup  aime  [Luc.  vii,  47),  »  nous  a  laisse  uu 
exemple  de  cette  priere.  La  troisieme  se  fait  avec 
une  ample  effusion  de  sentiments;  c'est  quand  celui 
qui  avait  commence  par  prier  pour  lui-meme,  prie 
en  tin  pour  les  autres.  Voila  comment  les  apotres 
ont  prie  pour  la  Chananeenne  qui  priait  elle-me- 
me  pour  sa  fille.  «  Seigneur,  disaient-ils,  accordez- 
lui  ce  qu'elle  demande,  alin  qu'elle  s'en  aille,  car 
elle  crie  apres  nous  Malt,  xv,  23).  »  La  quatrie- 
me  sorte  de  priere  est  celle  qui  part  d'un  eceur  pur 
sans  hesitation,  avec  action  de  graces,  et  dans  un 
sentiment  plein  de  devotion.  Telle  fut  la  priere  que 
lit  le  Seigneur  quand  il  ressuscita  Lazare  depuis 
quatre  jours  au  tombeau  :  il  dit  en  effet  :  «  Je  vous. 
rends  grace  mon  Pere  de  ce  que  vous  m'avez 
ecoute  {Joan,  xi,  il).  »  Telles  sont  aussi  les  prieres 
que  TApotre  veut  que  nous  fassions  frequemment 
quand  il  dit  :  u  Priez  sans  cesse,  et  rendez  grace 
en  toute  chose  (I  Thess.  v,  17).  »  C'est  de  ces  qua- 
tre sortes  de  prieres.  je  veux  dire  de  la  priere 
humble,  et  de  la  pure,  de  la  prie  e  ample  et  de  la 
devote  qu'il  nous  parle  quand  il  nous  excite  en  ces 


qui  sit  in  ora  vestimenti  Uumini  tanquaui  fimbria,  per 
quern  habeat  accessum.  Hujus  oraiionis  tenuit  typum 
illu  evangelica  mulier,  qua;  fliixuin  sanguinis  patiebatur ; 
cupiensque  sanari  accessil,  et  intra  se  cogitavit  dicens  : 
Si  tetigero  fimbriam  vestimenti  ejus,  sa/va  ero.  Secunda 
oratio  (it  puro  affectu  :  et  boc  fit  quando  scilicet  pec- 
calor jam  per  seipsum  accedit,  et  ore  proprio  confitetur. 
Talis  orationis  reliquit  nobis  exemplum  ilia  peccatri.x, 
quae  lacrymis  rigavit  pedes  Domini,  et  capillis  capitis 
sui  tersit  de  qua  dictum  est  a  Domino  :  Remittuntur 
ei  peccata  mutta,  quaniam  dilexit  multum.  Tertia  oratio 
effundilur  amplo  affectu  :  et  hoc  fit,  quando  is  qui  pro 
se  oraverat,  orat  jam  pro  aliis.  Sic  oraverunt  apostoli 
pro  muliere  Cbananasa  pro  (ilia  sua  rogante  :  Dimitle, 
inquiunt,  illam,  quia  clamat  post  no*.  Quarta  oratio 
eiiiittitur  devoto  affectu,  quae  de  cordis  puritate  sine 
ulla  haesitatione  cum  gratiarum  actione  depromitur.  Ta- 
lem  orationem  fecit  ipse  Dominus,  quando  quatriduanum 
de  monumento  Lazanm  resuscitavit,  el  ait;  Pater, 
graiias  ago  tibi,  quia  audisti  me.  Tales  orationes  docuit 
nos  Apostolus  facerc  trequenles,  dicens  :  Sine  inter- 
missione  orate,  in  omnibus  gratias  agile.  Has  quae  dicta? 
sunt  quatuor  orationum    species,    id    est,    verecundam. 


76 


OEITRES  DE  SAINT  BERNARD. 


formes  a  prier  :  «  Je  vous  conjure,  avant  tout,  de  il  dit  par  la  bouche  d'lsa'ie  :  «  Avant  rpii"ils  crient 
faire  des  supplications,  des  prieres,  des  demaudes  je  les  exaucerai;  el  lorsqu'ils  parleront  encore 
et  des  actions  de  graces  I  Tim.  n,  1).  »  En  eliet,    j'exaucerai  leurs   prieres  [Isa.   lsv,   24).  »  11  y  a 


1.  Ce  qu'il 
doit 

demander. 


les  supplications  se  font  dans  un  sentiment  d'hii- 
milite,  les  prieres  dans  un  sentiment  de  purete, 
les  demaudes  se  font  dans  un  sentiment  d'effusion, 
et  les  actions  de  graces  dans  un  sentiment  de  devo- 
tion. 
r.fim  qui  2.  Je  vous  ai  parte  des  differents  genres  d'affec- 
pri«id°ier°D*  tions  et  de  prieres.  il  I'uil  que  je  vous  parle  anssi 
twu  choses.  je  ja  purete  de  la  priere.  I'.t  d'abord,  il  me  semble 
qu'il  y  a  trois  choses  necessaires  pour  donner  a  la 
priere  line  direction  leiine.  En  diet,  celui  qui  prie 
doit  considerer  ce  qu'il  demande  dans  la  priere, 
quel  est  celui  qu'il  prie  et  quel  il  est,  lui  qui  prie. 
Or,  dans  l'objet  de  sa  priere  il  a  deux  choses  1  ob- 
server, en  premier  lieu,  de  ne  demander  nen  qui 
ne  soit  selon  Dieu,  el  en  second  lieu,  de&irer  avec 
la  plus  grande  ardeur  de  sentiment  ce  qu'il  de- 
mande. Prenons  un  exemple :  demander  la  tnort 
d'un  ennemi,  le  mal  ou  la  ruine  du  prochaiu,  ce 
n'est  point  faire  une  priere  qui  soit  selon  Dieu, 
puisque  hii-meme  vous  fait  cette  recommamlation: 
«Aimez  vos  ennemis,  faites  du  bien  aceux  qui  vous 
haissent,  benissez  ceux  qui  vous  maudissent  et 
priezpourceux  qui  vous  calomnient  (Luc.  \i,  27).  » 
Mais  si  nous  demandons  la  remission  de  uos  peches, 
la  grace  du  Saint-Esprit,  la  vertu  et  la  sagesse,  la 
foi  et  la  verite,  la  justice  et  l'humilite,  la  patience. 
la  douceur  et  tous  les  autres  dons  spirituels,  si  dis- 
je,  e'est  la  ce  que  nous  avons  en  pensee  et  l'objet 
de  nos  plus  ardents  desirs,  notre  priere  est  bien 
selon  Dieu,  etnierite  pardessus  tout  d'etre  exam  re. 
Voila  certainement  la  priere  dout  Dieu  parle  quand 


d'autres  choses   encore  qui,  lorsqu'elles  nous  font 
(iel'aut,  nous  sunt  accordeesde  Dieu  el  peuventelre 
oun'etre  point  selon  Dieu,  d'apresla  I'm  a  laquelle 
nous  les  rapportoiis.  Telle   est  la  saute  du   corps, 
I'argent,  et  L'abondanee  des  autres  choses  sembla- 
bles,  Toutes  ces  choses-la  viennent  bien  de  Dieu, 
neaiunciins,  U    n'en  taut  pas  faire  trop  de  cas  ni  les 
possederavec  trop  d'attachement.  De  meme,  il  y  a  - 
deux  choses  aussi  a  considerer  dans  celui  que  nous 
prions,  sa  bonte  etsa  mijeste  :  sa  bonte  par  laquelle 
il  vent  gratuitement,  et  sa  majeste  par   laquelle  il 
peut  s.ms   peine    donner   ce    qu'ou   lui   demande. 
Quant  a  celui  qui   prie,   il    a   aussi   deux  cboses  a 
considerer  par   rapport  a  lui,  e'est  qu'il  ne  merite 
poiul  d'etre  exauce  par  lui-meme,  et  qu'il  n'a  d'es- 
poir  d'obtenir  ce  qu'il  demande  que  de    la  miseri- 
corde  de  Dieu.  t'.'est  enflu  avoir  un  cceur   pur  que 
d'avoir  presenter  a  l'esprit   les  trois  choses  dont  je 
viens  de  parler  et  de  la  maniere  que  je  l'ai  dit. 
Mais  celui  qui  prie  avec  cette  purete  et  cette  inten- 
tion du  cceur  est  sur  d'etre  exauce,  car,  selon  ce 
que  dit  saint  Pierre  :  «  Dieu  ne  fait  acception  de 
personue,  mais  en  toute  nation,  celui  qui  le  craint 
et  dont  les  ceuvres  sont   justes,    lui   est    agreablc 
(Act.  x,  34).  » 

CE.NT-HU1TIEME  SERMON. 

Des  saignees  spirituelles. 
II  y  a  deux  causes  pour  tirer  du  sang  a  l'homme, 


puram,  amplam,  devotam,  nuncupat  aliis  nominibus,  ei 
ad  eas  nos  hortatiir  dicens  :  Obsecrg  primo  omnium  fieri 
obsecraUones,  oraiioaes,  poslulationes,  gratiurum  actio- 
nem. Nam  obsecrationes  vcrecundo,  orationes  puio, 
postulationes  amplo,  gratiarum  acliones  fiunt  affectu 
devoto. 

2.  Diximus  de  geueribu*  allerlionum  et  oralionum  : 
dicamus  cliain  qua  [imitate  sit  orandiiin.  El  quidem 
tria  ridenhu  mibi  aic  esse  aeeassaria,  qnibus  oralionis 
intenlio  lirmiter  est  adslringenda.  Considerare  Bamqne 
debet  is  qui  oral,  et  quid  pet. I,  el  ipsum  quern  petit, 
el  seipsum  qui  petit.  In  eo  aulein  quod  petit,  duo  debet 
attenderc,  ut  secundum  Deum  sit  quod  postulat,  e! 
ni  tM  ipsum  in  summo  aflectus  desiderio  habeat.  Yerbi 
gratia,  si  mortem  iniinici,  si  lawiuueiu  seu  dejoctionem 
proximi  orando  petici-il,  non  est  secundum  Deum  talis 
oratio,  cum  ipse  pi  ceipiat.  et  dicat  :  Diligite  van 
vestrot,    benefucite    his    qui   oderunt    cos;  ct  nrat'1  pro 

penafKButUm  et  eatmtruantiiue  vat.  Si  vcro  peccaturum 
remissionem,  si  Spiritus  Sincli  graiiam,  si  virlutern  al- 
que  sapientiam,  si  Idem,  veritalern,  jiistiliam  buinili- 
tatem,  patientiam,  iiiansiicliidinem,  el  r.elera  spiritualia 
charismata  quiesierit,  el  ea  oogttando  vohementer  af- 
leclaverit.  hec  secundum  Deum  est  oratio  at  luec  vere 
elur  audiri.  De  hujusmodi  enim  orationibut    loqui- 


2.  Qui   Ml 

celui 
qui  prie. 


tur  per  Isaiam  Deus  :  Antequam  clament,  ego  exau- 
ili  im;  adhuc  Mis  loquentibus  ego  audiam.  Sunt  et  alia, 
qua;  cum  desunt,  a  Deo  dantur,  et  possunt  esse  vel  non 
esse  secundum  Deum,  quantum  duntaxat  interest  finis 
ad  quem  referuntur  :  ut  est  corporis  sanitas,  pecunia, 
cxterarumque  rerum  affluentia  :  qtue  etsi  a  Deo  sint, 
i ii ni  lames  sunt  magni  pendenda,  nee  ex  desiderio  pos- 
sidenda.  Similiter  ct  in  ipso  quem  petit,  debet  duo 
considerare,  bonitatem,  et  majeslatem.  Bonitatem,  qua 
gratis  velil ,  el  m  qestatem,  qua  plane  possit  dare  quid- 
quid  pelilur.  Scd  et  in  seipso  qui  petit,  debet  nihilo- 
iniiius  duo  attendere,  id  est,  ut  pro  suis  mentis  nibi 
;lci  .-pt  n  in  ni  putet,  sed  de  Dei  misericordia  tantum  quid- 
quid  rogaverit,  impetraturum  speret.  Tunc  ergo  dicitur 
cor  purum,  quundo  tria  haec  quae  dicta  sunt  et  co  modo 
quo  dicta  sunt,  cogitat.  Et  quisquis  hac  puritate  et 
inleiitionc  cordis  oraverit,  exaudiri  se  sciat  :  quia,  sicut 
taslatur  Petrna  apostolus,  Non  est  personarum  acceptor 
Deus,  ■■<■,/  ,u  omni  genie  qui  timet  Deum  et  operatur 
justitiam  acceptus  est  ilti. 

SEHMO  CVIII. 
De  spirilun/i  minutione  sanguinis. 
Minnendi  wnguinis  duplex  e»t  cauta.  Intardum    qua- 


SERMONS  DIVERS. 


77 


ou  bien  il  en  a  trop,  ou  bieu  il  l'a  mauvais.  Une    point  tomber  entre  les  mains  du  Dieu  vivant  :  cela 
abondance  excessive  de  sang  n'est  pas  moins  dan-     est  juste,  j'en  conviens;  mais  il    ne  faut   pas  aller 
gereuse  que  son  alteration.  Or,  le  sang  de   notre    trop   loin,  ou  sinon,   vous   devez   reprimer  cette 
ame  c'est  notre  volonte,  car,  de  toutes  les  humeurs     ardeur  immoderee,  de  peur  quelle  ne  anise  a  l'u- 
du  corps,  le  sang  est  par  excellence  le   soutien  de     nion  et  ne  serve  I'indiscretion. 
notre  nature,  la  vie  de  notre  ame  est  dans  notre 
volonte.  II  faut  done  nous  tirer  aussi  de  la  volonte 
quand  elle   est   mauvaise,   parce    qu'elle    est   une 
cause  de  maladie  spirituelle.  Oui,  qu'on  la  diminue 
du  moins  puisqu'on    ne  pent  la    tirer  tout-a-fait  et 
nous  en  saigner  a  blaue.  11  faut  en  ouvrir,  en  cou- 
per  la  veine  avec  le  fer  dela  compunction,  afin  de 


livrer  passage  au  consentement  du  peche,  si  on  ne    tard,  que  nos    lampes   s'eteignent.   Pr)Ur  moi , 


peut  en  laisser  couler  toute  espece  de  sentiment. 
Est-ce  que  vous  pensez  qu'il  ne  peut  point  [y  avoir 
dans  l'ame  une  abundance  inutile  de  sang  meme 
bun  ?  Ecoutez  comment  un  sage  medeciu  nous  ap- 
prend  qu'il  faut  nous  tirer  du  sang  de  la  justice.  » 
Ne  soyez  pas  trop  juste  (Eccl.  vn,  17),  »  nous  dit- 
il.  Ce  qui  se  rapporte  parfaitement  a  ces  paroles  de 
l'Apotre  :  «  Ne  pas  etre  plus  sage  qu'il  ne  faut,  mais 
etre  sage  avec  sobriete  (Rom.  xu,  3).  »  Qui  doit-on 
eviter  de  saigner,  si  la  justice  et  la  sagesse  ont 
besoin  d'etre  saignees  elles-memes  ?  Est-il  un  sang 
plus  utile  ?  Et   pourtant,   rappelez-vous  bien    que 


CENT-NEUVIEME  SERMON. 

II  faut  eviter  le  vain  eclat  des  verbis.  Prenons 
garde,  mes  f'reres,  que,  trompes  par  le  vain  6clat 
des  vases,  nous  n'ayons  a  nous  plaindre,  mais  trop 


pense  que  celles  qui  paraissent  s'eteindre  alors, 
n'ont  jamais  ete  allumees.  En  effet,  il  est  dit  :  «  Le 
royaume  des  cieux  est  semblable  a  dix  vierges  qui 
prennent  leurs  lampes  (Untth.  xxv,  1)  :  »  qui 
prennent,  dit  le  Seigneur,  non  point  qui  allument. 
D'ailleurs,  comment  les  auraient-elles  allumees, 
puisqu'elles  n'avaient  point  pris  d'huile  avec  elles? 
Et  comment  le  feu  aurait-il  brule,  la  ou  manquait 
la  matiere  qui  lui  sert  d'aliment?  Mais  la  chastete 
meme  seule  brille  :  il  est  vrai,  aussi  plus  elle  est 
une  lampe  brillante  meme  sans  feu,  plus  est  belle 
la  generation  cbaste  avec   la   charite.  C'est  de  la 


d'etre  juste  a  l'exces,   ce  n'est  point   etre  juste,    et     meme  maniere,  que  meme  dans  les  vierges  folles, 


qu'on  ne  siurait  appeler  sagesse,  une  sagesse  lvre 
de  sagesse,  si  je  puis  parler  ainsi.  Ainsi  6videm- 
ment  en  est-il  du  sang  du  corps,  s'll  devient  trop 
abondant,  ce  n'est  plus  un  aliment  pour  lui,  mais 
un  detriment.  Si  done  vous  trouvez  encore  du 
cbarme  a  pecher,  vous  avez  le  sang  gate,  il  faut 
vous  hater  d'operer  une  saignee.  Si  vous  voulez 
faire  penitence,  il  faut  chutier  votre  corps,  affliger 


on  voit  le  renoncement  a  toutes  les  aulres  voluptes, 
la  patience  dans  les  adversites,  l'honnetete  dans  la 
conduite,  et  la  circonspection  dans  les  paroles,  la 
charite  que  fait  l'aumone  et  toutes  les  bonnes 
ceuvres  semblables,  plaiie  par  une  sorte  de  grace 
naturelle  et  briller  comme  d'uu  eclat  inne;  mais 
parce  que  ces  vertus  brillaient  plutot  de  leclat  du 
verre  que   de  celui   du   feu,   il    s'ensuivit   par  la 


vos  membres  et  vous  juger  vous-meme,  pour  ne    meme,  qu'elles  penserent  que  leurs  lampes  etaient 


•  el.  punirt. 


litas,  interdum  quantitas  obest  :  nee  minus  perniciosa 
mmoderata  abundantia,  quam  corruptio.  Sanguis  animaj 
me;e,  voluntas  mea.  Naturae  siquidem  cognatus  pne 
caeteris  humoribus  sanguis  dicitur,  et  aniniEe  vita  in 
voluntate  est.  Minuatur  ergo  prava  voluntas,  qua?  raorbi 
causa  est  spiritualis.  Minuatur,  inquam,  dum  penitus 
exhauriri  exsiccarique  non  potest.  Scindatur  et 
aperiatur  vena  ferro  corapunctionis,  ut  peccati,  etsi  non 
omnis  sen:  ■  •:,  certe  consensus  eftluat  et  abjiciatur.  An 
dubilas  inveniri  et  in  anima  sanguinis  non  inutilis  inu- 
tilem  abundantiam  ?  audi  sapientem  medicum,  qui  et 
ipsum  ducetjustitiE  sanguinem  minuendum.  Noli,  in- 
quit,  ntmium  esse  Justus.  Simile  est  et  istud  Apostoli  : 
Non  plus  sapere,  quam  oporlet  sapere,  sed  sapere  ad 
sobrielatem.  Cui  putas  vena3parcendum  est,  si  etjustitia, 
et  sapientia  egent  minutione?  Quis  enim  sanguis  uti- 
lior.'  Illud  tamen  memento,  neenimis  justum,  justum  : 
nee  ebiiam  (ut  ita  loquar)  sapientiam  oportet  sapientiam 
nominari.  Fie  nimirum  et  in  sanguine  corporis  invenire 
est,  ubi  excreverit  nimis,  non  jam  nutrimentum  afferre 
corpori,  sed  detrimentum.  Quamobrem  si  peccare  delec- 
tat  adbuc,  sanguis  viliosus  est,  et  minue-e  festinato. 
Si  vis  agerc  pamitentiam,  castigare  *  oportet  membra, 
corpus   affligere,  judicare    temetipsum,    ut    non  inci- 


das  in  manus  Dei  viventis.  Justum  id  quidem,  sed  ne 
quid  nimis.  Alioquin  reprimendus  est  fervor  immode- 
ratus,  ne  noceat  unitati,  servial  indiscretioni. 

SERMO  CIX. 

De  inani  splendore  virtutum  cavendo. 

Caveamus,  fratres,  ne  vasorum  interim  vacuo  splen- 
dore decepti,  sero  conqueri  habemus  quod  lampndes 
nostra;  exstinguuntur.  Ego  enim  reor  minime  fuisse 
accensas,  qua?  tune  videnlur  exlingui.  Sic  nempehabes: 
Simile  est  regnum  emlorum  decern  virginibus,  qua  ac- 
cipientes  lampades  suas.  Aocipientes  dixit,  non  accen- 
dentes.  Quomodu  enim  accenderunt,  quae  non  sump- 
serunt  oleum  seeum?  Aut  ubi  ignis  materia  defuit,  quo- 
modo  ignis  fuif?  At  luce  castitas  etiam  ex  seipsa.  Sed 
quanto  lucidior  lampas  ardens,  quam  sine  igne,  tanto 
pulchrior  casta  generatio  cum  cbaritate.  Sic  et  ca>teris 
voluptalibus  temperantia,  et  paticntia  in  adversitatibus, 
bonestas  in  conversatione,  et  circumspeclio  in  strmone, 
eleemosyna  quoque  et  hujusmodi  opera  piefatis,  natural! 
quadam  placere  gratia,  et  velut  ingenito  deeore  etiam 
apud  fatuas  virgiues  renitere  videntur.  At  qnoniam  vi- 
tpea   magis^  quam    ignea   elaritate   Mgebant,    eo  ipsa 


71 


CGI  \KL-:s  DE  SAINT  HERNAKD. 


eteintes,  puree    qn'elles  s'apercurent   que    ce  vain 
eclat  etuit  eclipse  pur  la  lumiere  eternelle. 

CENT-DIXIEME  SERMON. 

Paroles  de  I  homme  a  sot-mime  ou    plutit  a  son  dme. 

Quelle  est  notre  misere  et  de  combien  de  sortes 
est  notre  indigence!  Nous  avons  besoin  meme  de 
parler,  mats  si  e'est  doublement  miserable,  ce  n'esl 
pourtant  point  etonnant  que  nous  ayons  besoin  de 
nous  parler  les  nns  aux  autres,  mais  ee  l'est  bien 
plus  que  nous  ayons  besoin  de  nous  parler  a  nous- 
menies.  «  Nul  ne  connait  ce  qui  est  dans  I'homme  , 
si  ce  n'est  I'esprit  de  I'homme  qui  est  en  lui  (1  Cor. 
n,  11).  »  II  s'est  ereuse  un  grand  ablme  entre  nous, 
ll  taut  que  la  parole  intervienue  comnie  un  ins- 
trument pour  qu'il  y  ait  passage  d'un  cceur  a 
l'autre,  pour  la  communication  de  nos  pensees. 
Voila  le  besoin  qui  a  fait  iuvenler  la  parole.  Qui 
l'ignore?  Mais  de  plus,  e'est  a  nous-niemes  que 
nous  eprouvons  le  besoin  de  parler,  en  effet,  le 
Prophete  s'ecrie  :  «  0  mon  ame,  est-ce  que  tu  ne 
seras  pas  soumise  a  Dieu,  car  e'est  de  lui  que  vient. 
nion  saint  (Psal.  lxi,  1)?  »  Quel  homnie  n'eprouve 
souvent  le  besoin  de  rappeler  son  kme,  d'appeler 
sa  raison ,  de  rassembler  ses  sentiments?  Quel 
bomme  n'eprouve  frequemment  le  besoin  ile 
s'adresser  a  lui-meme  la  parole,  de  se  presser  de 
menaces,  de  se  donner  des  avis,  de  s'aceuser  soi- 
meme?  Que  dis-je,  il  doit  meme  recourir  a  des  rai- 
sonnements  pour  se  persuader  lui-meme.  Telle  est, 
en  effet,  cette  reflexion  du  Prophete  :  «  car  e'est  de 
lui  que  vient  mon  salut ;  »  quelquefois  aussi  il  se 
console,  comme  lorsqu'il  dit  :  «  pourquoi  es-tu 
triste,  6   mon   ame,   et  pourquoi  me  troubles-tu 


latnpades  suas  arbilrabantur  extingui,  quo  nimirum 
inanem  Uunc  splendorem  ab  aaterna  conspexcrint  luce 
reprobari. 

SERMO  CX. 

De  alioculiane  hominis  ad  seipsum,  vel  onimam 

suam. 

Quanta  est  miscria  nostra,  et  indigentia  noslra  quam 
multiplex  !  Eliam  verbis  opus  habemus.  Et  cum  utrum- 
que  sit  miserum,  non  jam  minim  quod  inter  nos  :  mi- 
rum  magis,  quod  eliam  ad  nos  ipsos.  Nemo  scil  quce 
sunt  in  homing,  nisi  spiritw  hominis  qui  est  in  ipso. 
Chaos  magnum  inter  nos  fit-matum  est,  nisi  interve- 
nicnte  quasi  instrumento  vcrborum  fiat  ad  invicem 
tran^itus  quidam  cordium  in  communicatione  cogita- 
tionum.  Hac  necessitate  inventa  sunt  verba  :  quis  nes- 
ciat?  Verumtamcn  et  nos  i|  sos  verbis  jam  all  qui  ne- 
C06se  est,  Sonne  Deo  svbjedu  erii  unima  mea?  Pro- 
pheta  ait  :  Ab  ipso  enim  saiutare  meum.  Et  cui  non  fre- 
quenter necusse  est  auimam  revocaie  suam,  advocare 
ratiunem  suam,  suos  convocare  aflectus?  Cui  non  opus 
est  crebro  seipsum  convenire  verbis  increpare  minis, 
sollicitare.  monitis,  urgere    accusationibus?  Quin  etiam 


[Psal.  mi,  6)?  »  D'autres  fois  il  semble  s'exciter  et 
il  se  dit  :  a  l.uwe  Dieu,  A  mon  ame  (Psal.  CILV,  11. » 
Enlin,  il  ne  lui  arrive  pas  line  fois,  mais  plusieurs 
fois,  de  s'avertir lui-me'me  des  choses  qu'il  aafaire, 
comme  lorsqu'il  dit  :  a  0  mon  ame,  benis  le  Sei- 
gneur, et  garde-toi  bien  d'oublier  tout  ce  que  tu 
tiens  de  lui  (Psnl.  cil,  2).  »  C'est  que,  en  effet,  mon 
cceur  m'a  abandoning  et  je  me  trouve  dans  la  ne- 
cessity de  me  parler  a  moi-meme,  ou  pluidt  a  un 
autre  moi-meme,  el  celad'autant  plus  longuement, 
que  je  suis  encore  moins  rent  re  dans  mon  cceur, 
inoins  ivlourne  en  moi-meme.  enlin  moins  uni  a 
moi.  Car  il  n'y  aura  plus  de  necessity  de  nous 
parler  meme  les  uns  aux  autres  quand  nous  con- 
eourrons  tons  a  ne  plus  I'aire  qu'iin  seul  homme 
parfait.  Leslangues  cesseront  bien  a  propos,  on 
q' aura  plus  besoin  d'interprete  de  l'un  a  l'autre, 
quand  notre.  unique  Mediateur  aura  si  bien  renipli 
toute  charite  entre  d'eux  ,  que  nous  serous 
plus  qu'un  nous-memes,  avec  ceux  qui  sont  vrai- 
mentet  &  jamais  qu'un,  je  veux  dire  avec  Dieu  le 
Pere,  et  Jesus-Christ  meme,  Notre-Seigneur. 

CENT-ONZIEME  SERMON. 

II  ftiut  prouver  sa   foi  par  sa  vie  et  par  ses  maws, 
ou  les  six  temoignages  a  rewire  a  Dieu. 

1.  On  ne  doute  point,  pour  peu  qu'on  ait  seu- 
lemeiil  le  nom  de  Chretien,  que  l'eternelle  felicite 
de  la  celeste  patrie,  et  les  tourments  de  1'enfer  re- 
serves aux  impies,  surpassent  non-seulement  les 
sens  du  corps  de  I'homme;  mais  encore  la  portee 
meme  de  l'intelligeuce  du  cceur.  Plut  au  ciel 
que  cette  foi  subsistat  dans  tous  le  homines,  et 
produisit  des  consequences  dignes  d'une  telle 
croyauce,  d'un  cote,  allumat  nos  desirs  et  de  l'autre 


La  langueur 
de  notre  foi 

et  sa 

torpeur    sont 

cause 

que  nous 

sommes 

tiedes  dans 

le  soin 
de  notre  sa- 
lut. 


ratioclniis  suadere  expedit  :  quale  est,  Ab  ipso  enim 
salulare  meum  :  el  consolari  aliquando.  juxta  illud, 
Quare  triitis  es  anima  men,  et  quure  conturbas  me  ? 
et  interdum  velut  excitare,  et  dicere,  Lauda  anima  mea 
Dominum  :  et  noniiunquam  diligenlius  commonerc  de 
quibus  oporlet,  tit  est,  Benedic  anima  men  Domino,  et 
noli  oblivisci  omnes  retributiones  ejus.  Nempc  cor  meum 
dereliqui't  mc,  et  necesse  babeo  ad  meipsum,  imo  ad 
me  alterum  loqui.  Alque  id  interim  tanto  amplius, 
quanto  minus  sum  adluic  reversus  ad  eor,  reversus  in 
mc,  nnitus  denique  mihi  ipsi.  Nam  ne  invicem  qui- 
deni  erit  jam  verbis  uti,  ubi  in  nnum  uliqne  virum 
perfectum  occurremus  omnes.  Opportune  igilur  linguae 
cessabunt;  nee  medius  requirelur  interpres,  ubi  usque 
adeo  medium  omne  charitate  constraverit  ille  unicus 
Mediator,  ul  et  nos  in  unum  facli  simus  in  ipsis,  qu 
vere  sempiterneqtie  unum  sunt,  Deo  Patre,  et  ipso 
Domino  Jesu  Christo. 

SERMO  CXI. 

De  Fid;  vilu  et  moribus  contestunda ;  seu  de  sex  testi- 
mentis  Deo  perhibentis. 
t.  /Eternam  ccelestis  patriae,  ad  quam  nostra  peregri- 


SERMONS  LUVEKS. 


79 


cxeitat  nos  craintes?  En  etfet,  qu'est-ce  qui  nous 
empeche  de  braver  les  epees  tirees  cunt  re  nous, 
ou  meme  de  passer  paries  ilauimes  s'il  le  I'ullut, 
pour  echapper  a  un  tel  malheur,  et  pour  nous 
elancer  vers  une  si  grande  gloire,  si  ce  n'est  que 
notre  i'oi  est  insensible  et  morte  ?  Ajoutez  a  cela, 
pour  m.-ttre  le  comble  a  notre  malheur,  aux  obs- 
tacles de  notre  salut  et  aux  occasions  de  nuns 
perdre,  que,  dans  l'estime  que  nous  faisuns  de  eette 
double  fin  qui  nous  attend,  notre  cceur  n'est  pas 
.'accord  arec  le  jugement,  et  que  meme  dans  l'exa- 
men  des  deux  voies  qui  se  presenteut  a  nous,  nous 
ne  tenons  pas  assez  cornpte  du  jugetneut  de  la 
verite  meme.  11  ne  faut  pas  nousetonner  si  nos 
desirs  ne  sont  excites  par  aucun  gout  de  verlus,  la 
pensee  de  1'eternelle  felicite  elle-uieme,  les  laisse 
engourdis,  ni  qu'on  ne  craigne  point  l'amertume 
presente  du  peche,  puisque  meme  les  supplices 
eternels  prepares  au  diable  et  a  ses  anges,  ne  nous 
inspirent  aucune  apprehension.  Cela  ne  s'explique 
que  parce  que,  dans  les  choses  qui  nous  touchent 
de  pres,  bieu  qu'elles  soient  moindresqued'autres, 
nous  desirous  avec  plus  d'ardeur  les  agreables,  et 
redoutons  de  meme  les  facheuses. 

2.  Mais  ce  dont  je  ne  puis  assez  m'etonner,  c'est 
que  notre  ioi  chancele  au  sujet  du  present  quand 
elle  semblc  si  certaine  sur  l'avenir.  C'est  ainsi,  6 
insenses  enfants  d'Adam  que,  ne  jugeantet  ne  dis- 
ceruant  point  ce  qui  est,  lorsque  vous  avez  les  pro- 
messes  de  la  vie  presente  et  de  la  vie  future  (1  Tim. 
iv,  8),  vous  vous  montrez  incredules  et  infideles 
dans  la  vie  meme  qu'il  vous  est  donne  de  vivre, 
en  sorte  qu'il  semble   evident   que  la  foi   des   pro- 


natio  suspiral,  felicitatetn,  et  e  contra  gehennae  paratos 
impiis  cruciatus,  omnem  excedere  humani  non  uiodo 
corporis  sensnm,  sed  etiam  intellectual  cordis,  nemo 
dubitat,  qui  vel  nomine  tenus  sit  fidelis.  AUpie  utinam 
viveret  in  omnibus  fides  ista,  et  credulitatem,  ut  di- 
gnum  erat,  sequeretur ;  hinc  quidem  desiderium,  inde 
limor!  Quid  est  enim,  quod  non  optamus  etiam  per 
medios  enses,  aut,  si  oporteat,  semiusti  declinare  roise- 
riam  tanlam,  et  ad  tantam  accelerare  gloriam,  nisi  quod 
insensibilis  est,  et  mortua  fides  nostra  ?  Accedit  sane  ad 
cumulum  iiilV  itatis,  salutis  impedimentum,  occasio- 
nem  perditionis  nostra:,  quod  in  aestimalione  quidem 
tinis  utriusque  afTectio  nostra  judicio -non  consentit ;  sed 
in  consideratiore  viarum  ne  ipsum  quidem  satis  tene- 
mus  judicium  veritatis.  Nee  mirum  si  nulla  virtutum 
delectatione  movetur  desiderium,  quod  etiam  circa 
illam  a>ternam  bealitudinem  torpet  :  aut  si  prssentem 
non  metuit  amariludinem  peccatorum,  qui  ne  ipsa  qui- 
dem parata  diabolo  et  angelis  ejusaeterna  supplicia  per- 
timescit.  Nisi  quod  in  catteris  utique  consuevimus  ipsa, 
quorum  ricini  p  nobis  expericntia  est,  etsi  longe  minora 
sunt,  vehemeatius  et  jucunda  appelere,  et  formidare 
ruolesta. 

2.  Illud  satis  mirari  nequeo,  cur  (ides  nostra  in  prae- 
sentibus  titubat,  qua:  de  futuris  tarn  certa  videtur.  Sic 
fatui  filii  Adam  non  judicantes,  neque  quod   verum    est 


messes  a   venir,  ne  nous   a   ete   laissee  que  pour 

mettie  le  comble  a  votre  damnation.  On  pent   en    D,<,il  T'ent 

,  '  qne  les 

dire  ailtant  des   men  ices  que   ues    proiuesses.    Ln  promepses  et 

etfet,  esi-ce  que   le  Dieu  qui   nous  assure  qu'il  y  a   le'd™o""M 

un  royaume  prepare  pour  les  elus,  et  un  fell  pour        onus 
,  ''it-  touchent  si 

les   reprouves,    n  est  pas  le  meme  qui  nous  atteste        pM. 

avec  autant   de  verite  et  <le   la   meme  bundle,  que 

ceus  qui  ne  s'apprucbent  point  de  lui  sont  dans  le 

travail  et  la  peine  et  sunt  charges,  tandis  que  ceux 

qui   viennent  a  lui  ne    sauraient   defaillir,  cumtne 

pourrait    le    craindre  la  faiblesse   humaine,    mais 

seront  fortifies  par  lui?  Celui  qui  nous  prumet  un 

royaume  a  jamais  delectable  est  le  meme  qui  nous 

assure  que  son  joug  est  doux  et  son  fardeau  leger. 

Celui  qui  nous  promet  une  beatitude  eternelle  dans 

la  patrie,  nous  promet  aussi  dans   la  vie  presente 

du  repos  et  des  forces.  Eufiii  le  Prophete  nuus  dit : 

(i  L'oreille  n'a  point  oui,   l'ceil   n'a   point  vu,   et  le 

cceur   de  l'homtne  n'a  jamais  concu  ce  que  Dieu  a 

prepare  pour  ceux   qui   l'aiment  [ha.   lxiv,  U  et  I 

Cor.  11,  9) :  »    Et  nous  le  croyons  bien  volunliers 

tous.  (Juant  au  maitre  meme   des  prophetes,   voici 

comment  il  s'exprime  :    «  Venez   a  moi  vous   tous 

qui  travaillez  et  qui  etes  charges,  et  je  vous  soula- 

gerai  :  prenez  mon  joug  sur  vous,  et  vous  trouve- 

rez  le  repos  pour  vos  ames,  car  mon  joug  est  duux 

et  mon  fardeau  leger  [Matt,  xi,  28) .  »  Or,  combien 

n'y  en  a-t-il  pas  qui   detournent  l'ureille  de   leur 

cceur  ?  Car  puur  celle  du  corps  peut-etre  n'oseraient- 

ils  point  le  faire.  Qu'est-ce  que  cette  incredulite-la  ? 

Ou  plutot  quelle   folie  n'est-ce  point?  Comme  si  la 

Sagesse  pouvait  se  tromper,  ou  la  verite  induire  en 

erreur?  Comme  si  la  charite  ne  voulait  point  don- 


discernentes,  cum  promissiones  habeatis  vitae  ejus  qua: 
nunc  est,  pariter  et  futuras,  in  ea  quam  protinus  est 
experiri,  omnino  incredulos  vos  exhibetis  et  infideles; 
ut  palam  fieri  videatur,  non  nisi  ad  cumulum  damna- 
tionis  relictam  vobis  fidemfutura;  promissionis?  Idipsum 
sane  considerare  est  et  de  comuiinatione.  Nonne  enim 
idem  ipse,  qui  paratum  asserit  electis  regnum,  reprubis 
ignem,  eodem  ore  et  eadem  veritate  testatur,  laborare 
et  oneratos  esse,  quicunque  ad  ipsum  non  accedunt  : 
accedentes  anlem  non  det'ecturos,  ut  est  trepidatio  pusil- 
lanimilatis  humanae,  sed  reflciendos  ab  ipso?  Qui  regnum 
ineffabiliter  delectabile  pollicctur,  ipse  jugum  suum 
suave  et  onus  leve  esse  testatur.  Qui  a?ternam  beati- 
tudinem  promittit  in  patria,  praesentem  quoque  requiem 
et  refectionem  repromittit  in  via.  Denique  propheta  lo- 
quitur, dicens  :  .Vec  oculus  vidit,  nee  uuris  audivit, 
nee  in  cor  hominis  aicendit,  quae  prteparavit  Deus 
di/igentibus  se;  et  facile  credimus  universi.  Loquitur 
ipse  Dominus  propbelarum  :  Venite  ad  me  omnes  qui 
laboratis  et  onerati  estis,  et  ego  reficiam  vos  :  totlite 
jugum  meum  super  vos,  et  invenietis  requiem  anima- 
bu-i  vestrii ;  jugum  enim  meum  suaue  est,  et  onus  meum 
I ■■■■.•  et  quam  multi  avertunt  cordis  aurem?  nam  curpo- 
risjam  forte  non  audent.  Quid  incredubtalis  istud  est, 
imo  quid  insania:  ?  Quasi  vero  aut  falli  Sapientia,  aut 
fallere  Veritas  possit?  Quasi  aut    Charitas    quod  offert, 


(fcl  YKLS  DB  SAINT  RKKXAKD. 


JMlUt  UC  fgi. 


Les  cht^ticns 
qui  TiTent 

mal 
font  le  Sau- 

*eur 

trompeor  et 

meoieur. 


ner  ce  quelle  otlre,  on  la  Toute-Puissance  ne  pou- 
v.nl  teak  »  s.'S  |>roinesses. 

3.  Quel  h— Win  est  assez  adotine  an   pl.u-ir  de-la 
table  it  des  sens  pour  tie  point  imbraaser  la  sol.n.  - 
te  tt  la  chastele,  s'd  etait  certain  qu'elles   hit  don- 
iwront  de  plus  grandes  jouissances  ?  Qui  est    assez 
arabitieux    pour  ne    point    se   montrer  content  tie 
letat  le    plus  humble,  et   tie   la    pauvrete  la    phu 
extreme,  s'd  savait   qtte   la  eh. trite  tpii    ne  cherche 
point  ses  propres  avautages  est  plus  aimable,  coui- 
me  elle  lest  M  ell'et,  que  toutes  les  dignites  de  ce 
monde  1  Oil  est  l'avare  qui  ne  ferait  ti  de  tons  les  tre- 
sors,   s'll  et.iit   convaiiicti  que  la  pauvrete   est  plus 
aureable?   C*est    .lone    en   vain     maintenaiit    que 
Jesus-Christ   nous   assure  de   toutes   les  facons  que 
son  t'ardeau  est   leger,    puisque   ceux-la  meme  qui 
portent  le  nom  de  l.hivlieus  lvputeut  le  f.tr.leau  du 
diable,  et  le  joug  de  la  cbair  et  du  siecle  beaucoup 
plus  dehcieux.  Mais  d'oii  vient,  Seigneur  mou  Dieu, 
que  vous   et.s,  en    etl'et,  aussi  inconsidere  qu'ils  le 
font  croire?  Pourquoi  proinettre  si  haul  ce  qu'il  est 
si  facile  de  prouver  que  vous  n'aceordez  point? 
Vous  assurez  que  votre  esprit  est  plus  doux  que 
le  miel  en  ses  rayons,  et  voila  la  des  hommes  qui 
trouvent  plus  douee  la  chair  du  gibier,  que  dis-je, 
o  honte,   le  corps  dune  prostituee,  la  vamle  du 
sieele.  Malheur  a  eux  !  Les  infortunes  ne  jugent  les 
choses  que  dun  cote,   et  ils   ont    du  degout  pour 
voire  manne  cachee  qu'ils  n'ont  point  goiitee  !  Alt, 
ceux  qui  en  ont   fait  la  double   experience,  saveiit 
bien  que  Dieu   est   vendique   {Rom.   in,  i>,  tandis 
que  tout    bonime   est   menteur,    aussi    devrait-on 
regarder   leur    temoignage    comme    extremenient 
digne  de    foi,  mais,    6  mon   Dieu,  on   se  rit  et  on 
tient  aussi  peucompte  de  vospromesses  que  de  l'ex- 
perience  des  votres,   car  les  hommes  charnels  ne 


percoivent  point   les  choses  qui  sont  de  Dieu;  elles 

leui  p.iraissent  de  la  folie  ^1  Cur.  il,  1Z|).  11  ne  f aut 

pae  -'clonner  que  lTioniine    ne  eroie   pas  a  l'expe- 

rienoe   dun  autre  hotume  quand   il   ne  croit  pas 

meme  a  la  promesse  de  son  Dieu.  Voila  done  coin-  Les  homme« 

1  ct.iinela 

inent   nous  sommes  traiies  d'insenses,  nous  autres  n  rient  He« 

qui  pn 'chons  la  douceur  de  la  croix  du  Seigneur,  prorah7c'"de' 
parlous  avec  siege  des  delices  de  la  pauvrete,  exal-  future, 
tons  la  gloire  de  l'liumilile,  et  n'ayons  a  la  bom  lie 
que  les  louanges  des  delices  de  la  chaslete.  Eh  bien 
qu'on  traite  d'insense  avec  nous  le  Propheie  qui 
ii. >us  assure  qu'il  a  trouve  des  delices  dans  la  loi  du 
Seigneur,  comme  on  en  trouve  dans  tons  les  ii.- 
sors  tin  monde  (Psal.  cxvm,  14). 

4.  Mais  vous  qui  etes  sages  a  vos  propres  ycu\, 
preleivz  a  la  loi  de  Dieu,  je  ne  dis  point  tons  les 
tresors  du  monde,  mais  les  quel. pies  rkhesses  que 
vous  pollvez  mendier  ou  vous  voudrez,  mais  jamais 
votre  loi  if  aura  un  temoignage.  Ci-st  en  \otts  qu'il 
se  trottvera,  dans  le  secret,  dans  un  recoin  M'lll. 
vi,  fl),  la  oil  le  Pere  celeste  lui-uieme  ne  saurait 
vous  voir,  mais  oil  il  peut  vous  dire  «  je  ne  vous 
cuimais  point  (Mutt,  xxv,  12).  »  Vous  croyez 
fermement  que  Dieu  est  juste,  veridique,  remunera- 
teur,  tout-puissant,  souveraiuemerit  bon  et  eternel. 
Soyez  done  des  aspics  sourds  et  se  bouehant  les 
oreilles  pour  ne  point  entendre  ses  reproches 
quand  il  vous  dira  :  «  Moutrez-moi  votre  loi  SIM 
les  ceuvres  (Jacob,  n,  18).  »  Que  vo'is  en  coiite-t-il 
de  croire  ?  M;.is  iru.lez-vous  bien  d'entrer  dans  la 
voie  des  couimandements,  car  elle  est  ardue,  roide 
etimpraticable.  Ah  !  hommes  malhemeux.  infortu- 
nes !  vous  n'avez  point  trouve  la  voie  qui  conduit 
a  la  cite  oil  vous  pussiez  habiter  (Psal.  evi,  4), 
aussi  vous  etes-vous  egares  daus  des  lieux  oil  il 
n'y  a  ni  chemiu  ni  seiitier.  Les  termes  de  la  voie 


dare  nolit  :  aut  omnipotentia  non  valeat    reddere    quod 
promittit. 

3.  Quis  enim  hominum  adeo  voluptati  et  luxuris  de- 
ditus  est,  qui  non  sobrietatem  et  castitatcm  magis  elige- 
ret,  si  certus  esset,  eas  sibi  delectabiliores  fore?  Quis 
tarn  ambitiosus,  qui  non  inciperet  vilitate  omni  et  ex- 
tremitate  esse  conlentus  ;  si,  ut  vere  est,  charitatem  qua? 
non  quarit  qua;  sua  sunt,  dignitatibus  uoiversis  sciret 
amabiliorem  ?  Quis  tam  avarns,  qui  non  omnino  di- 
vilias  sperneret,  si  jucundiorcm  cretleret  paupertatem? 
Nunc  autem  Chrislus  frustra  clamat  de  levitate 
oneris  sui  :  sine  causa  jugum  suum  suave  pradicat  : 
quandoquidem  et  ab  ipsis  qui  Christiano  censentur  no- 
mine, onus  diaboli,  et  jugiim  rarnis  atque  saeculi  hujus 
delect.. bilius  reputatur.  Sed  unde  tibi  vel  inconsideratio 
tar.ta,  quanta  ab  ipsis  imponitur,  Dotnine  Dins 
meus?  Cur  tam  publice  polliceris,  quod  tain  facile  de- 
prehenderis  non  implere?  Dulcioretn  super  mel  et  fa- 
vum  spiritum  ttiiuu  asseris  :  et  ecce  isti  dulciorem  in- 
veneruut  carnem  venalionis  :  carnem,  prota  pudor  !  mere- 
tricis  ;  sieculi  vauilatem.  V»  miseris  I  de  parte  judicant 
et  tanquam  amarum  fastidiunt  manna  tuum  abscunditum, 
quod  non  gustaverunt !  Sane  qui  probaverunt  utraque, 


ecce  hi  sriunt,  quia  Deus  verax,  omnis  autem  homo 
mendax.  Ipsorum  proinde  testimonia  esse  debuerant 
credibilia  nimis  :  sed  cum  promissionibus  tuis,  tuorum 
quoque  experientia  contemnitur  et  ridetur.  Carnalis  si- 
quidem  homo  non  percipit  qnse  sunt  spiritus  Dei,  sed 
stultilia  illi  videntur.  Nee  mirum,  si  experto  non  credit 
homini,  qui  Deo  non  credit  promittenli.  Ergo  insani  re- 
putamur,  qui  crncem  Domini  p:-,e  Jicamus  esse  suavem  ; 
qui  deleetalionem  patipeitalis  ma^nificamus,  extollimus 
bumililalis  gloriam,  eructamus  delicias  casiitatis.  Insa- 
nus  nobiscum  aestimetur  et  Propheta,  qui  elicit  deler.ta- 
tum  se  esse  in  testimoniis  Domini,  sicut  in  omnibus  di- 
vitiis. 

4.  Vos  qui  sapientes  eslis  in  oculis  vestris,  non 
omnos,  sed  piuca*.  quas  ntstfnqae  meudicare  polestis, 
divili;is,  divinis  prajferte  testimoniis,  ut  nullum  unquam 
babeat  teslinioniuin  fides  vestra.  Penes  vos  sit  in  occul- 
to,  In  abscondito,  ubi  ne  ipse  <[tiiJei.i  videat  Pater  qui 
est  in  ccelis  ;  sed  dicere  possit,  quia  nescio  vns.  Kirmiter 
credilis  Iteiim  jtislnni,  vcrareni,  reniimciatorem,omnipo- 
tenteni,  summe  bontini,  lutejuum-,  Exhibele  vos  aspides 
surdas,  et  obturantes  aiires,  ncquando  audiatis  vocem 
improperantis,  et  dicentis  :  Ostende  mihi  /idem  tuam 


SERMONS  DIVEKS. 


81 


qui  vous  semble  bonne,  et  que  vous  trouvez  char- 
raante,  mais  qui  n'a,  en  efitet,  rien  qui  ressemble  a 
de  vrais  charmes,  c'esl  un  precipice  qui  va  jus- 
qu'au  fond  de  l'enfer;  c'est  la  qu'il  y  aura  des 
pleurs  et  des  grincements  de  dents.  Sortez  de  votre 
sommeil,  6  vous  qui  etes  ivres,  et  pleurez  si  vous  ne 
voulez  point  que  ces  larmes  ne  vous  prennent  a 
l'improviste.  Car  quand  vous  direz,  paix  et  secu- 
rite,  alors  la  mort  fondra  tout  a  coup  sur  vous, 
comnie  )es  douleurs  de  I'enfantement  saisissent  la 
femme  grosse,  et  vous  ne  pourrez  y  echapper 
(1  Thess.  v,  3)  :  Ce  sera  avec  juslice  assuretnent, 
puisque  vous  vous  plaisez  aujourd'hui  a  perdre  le 
temps  pendant  lequel  vousdevriez  voir,  et  vous  vous 
detournez  de  la  seule  voie  ouverte  a  la  fuite. 

5.  Le  Seigneur  a  dit  :  «  Priez  Dieu  que  votre 
fuite  u'arrive  ni  en  hiver,  ni  le  jour  du  sabbat 
[Matt,  xxiv,  90).  »  Fuyez  pendant  que  le  temps 
est  favorable,  el  qu'une  voie  pleine  de  charmes  se 
c'est-l-dire  pxesente  a  vous.  Fuyez  pendant  les  six  jours  qu'il 
attribuis  six  est  permis  de  travailler.  Fuyez  dans  les  six  temoi- 
moignages.  gna„es  flont  nolls  avons  parle  plus  baut,  je  veux 
dire  dans  les  temoignages  de  la  justice,  de  la  verite, 
de  la  remuneration,  de  la  toute-puissance,  de  la 
souveraine  bonte  et  de  lelerniie,  si  vous  ne  voulez 
point,  je  ne  dis  pas  donner,  mais  souffrir  le  der- 
nier, je  veux  dire  le  septieme  temoignage,  celui 
du  zele.  Race  de  viperes,  qui  vous  a  avertis  de  fuir 
la  colere  a  venir  (Luc.  ui,  7)?  La  voie  oil  vous 
courez  est  une  voie  de  mort,  nne  voie  de  perdition, 
une  voie  limit  le  terme  est  un  precipice  au  fond 
meme  de  l'enfer.  Pourtant  il  vous  resle  toujoursune 
esperance,  car  vous  n'etes  pas  encore  arrive  au 
terme  de  voire  voie,  je  veux  dire  de  voire  vie. 
Hutez-vous  de  le  prevenir,  ce  terme,  de  peur  que 


De  la 
liberalite. 


II  faut 

donner  a 

Dieu 


surpris  vous-memes  vous  ne  demeuriez  la  oil  vous 
seriez  tombes.  Venez,  mes  esfants,  ecoutez-moi,  je 
vous  enseignerai  la  voie  du  salut,  la  voie  du  te- 
moignage de.  Dieu  dans  laquelle  vous  puissiez  gou- 
ter  des  delices  pareilles  a  celles  qu'on  trouve  dans 
des  tresors. 

6.  Que  notre  premiere  etape  nous  conduise  jus- 
qu'a  votre  cceur,  car  c'est  la,  pecheurs,  que  la  voix 
de  Dieu  nous  appelle,  la,  que  le  temoignage  de  sa  Le  temoi- 
justice  engendre  la  crainte  et  la  componction.  De  s°justjce. 
la,  passons  a  la  confession  des  levres  et  n'besitons  D  ,  , ,.., 
point  a  rendre  temoignage  a  la  Verite  meme  contre 
nous,  carelle  rougira  devant  son  Pere  de  quiconque 
aura  rougi  d'elle  devant  les  homines  (Luc.  ix,  26). 
Faisons  marcher  ensuite  le  detachement  de  nos 
biens  et  la  distribution  de  nos  richesses  selon  ce 
qui  est  ecrit  :  «  11  a  repandn  des  biens  avec 
liberalite  sur  les  pauvres,  sa  justice  demeure  dans 
tons  les  siecles  (Psnl.  cxi,  6),  »  et  ailleurs  :  «  Si 
vous  voulez  etre  parfaits,  allez,  vendez  ce  que  vous 
avez,  donnez-le  aux  pauvres,  et  vous  aurez  un 
tresor  dans  le  ciel  (Matt,  xix,  21).  »  Dans  ce  liberal 
partage  de  vos  biens  se  trouve  le  temoignage  des 
largesses  divines  et  de  ses  dons  abondants,  car  celui 
(jui  donne  ses  dons  de  son  plein  gre,  montre  evi- 
demment  qu'il  en  attend  de  plus  considerables  de 
la  main  du  Seigneur.  Mais  il  y  a  uu  quatrieme 
temoignage  a  rendre  a  Dieu,  c'est  celui  de  la  toute- 
puissance  ;  il  se  trouve  dans  la  mortification  du 
corps.  Sans  doute  il  faut  seiner  un  corps  animal,  Del«  loule- 
mais  c'est  pour  qu'il  ressuscite  spirituel  (I  Cor.  xv 
lib).  Celui  done  qui  epargne  sa  chair  ne  vous  sem- 
ble-t-il  point  douter  de  sa  resurrection  et  de  son 
changemeut?  De  meme  celui  qui  n'est  pascontrit 
de  cceur  doute  de  la  justice ;  celui  qui  ne  confesse 


[mitsanct 


sine  operibus.  Credere  quant!  vobis  constat?  Viani  au- 
tcni  testimoniorum  nolite  ingredi,  quoniam  ardua  est, 
aspera,  et  inambulabilis.  Miseri  et  infelices  !  qui  viara 
civitatis  liibitaculi  non  invenistis  ;  et  ideo  erralis  in  in- 
vio,  el  non  in  via  !  Finis  nempe  viarum,  quie  videntur 
vobis  bonae,  quas  delectabilea  vos  esse  judicalis,  (neque 
enim  vere  quidquam  deleelalionis  habenf.)  demergitur 
in  profundum  inferni  :  ibi  erit  fletus  et  stridor  dentium. 
Expergiscimini  ebrii  et  flete,  ne  fletus  ille  perpetuus  np- 
prehendat  incautos.  Cum  enim  dixeritis  :  pax  et  securi- 
tas ,  tunc  subitaneus  vobis  superveniel  interitus,  tan- 
quam  in  uluru  babentl,  et  non  effugielis.  Merito  plane, 
qui  nunc  fugiendi  tempus  scienter  amittilis,  et  refugitis 
effugiendi  viam. 

5.  Orate,  inquit  Dominns,  ut  non  fiat  fuga  vestra 
hieine,  vet  sabbato.  Fugile,  dum  tempus  est  acccptabile, 
et  via  delectabilis  exhibetur.  Fugite  sex  diebus,  quibus 
operari  licet.  Fugite  in  testimouiis  sex  illorum  qua? 
supra  tetigimus,  juslitia?,  veritatis,remunerationis,omni- 
potentiie,  summ«  bonitatis,  aeternitatis  :  ne  forte  septi- 
mum,  diviui  scilicet  zeli  testimonium,  non  tam  detis, 
quam  sustineatis  inviti.  Genimina  viperarum,  quis  vos 
docuit  fugcre  a  ventura  ira?  Via  mortis  est,  in  qua 
curritis;  via  perditionis,  via  cujus  finis  demergit  in  pro- 

T.    IV 


fundum  inferni.  Adhuc  tamen  spes  est,  quia  necdum 
viae,  id  est  vita?,  finis  advenit.  Festinate  praDvenirefinem  : 
ne  subito  praioccupati,  quocum  que  cecideritis,  ibi  sitis. 
Venite"lilii,  audile  me  :  viani  salulis  docebo  vos,  viam 
testimoniorum  Dei  in  qua  delectemini  et  vos  sicut  in 
omnibus  divitiis. 

6.  Sit  prima  dieta  usque  ad  cor.  Illuc  nempe  praeva- 
ricatores  vocat  vox  divina;  ubi  testimonium  ejus  com- 
punclionem  generct  et  timorem.  Hinc  sane  procedatur 
ad  confessionem  oris,  ut  non  cunctemur  eliam  contra 
nosmet  ipsos  perhibere  testimonium  veritati.  Quisquis 
enim  coram  hominibus  erubuerit  illam  j  hunc  et  ilia 
erubescet  coram  Patre  suo.  Sequatur  deinde  possessio- 
num  dislractio,  distributio  facultatum,  sicut  scriplum est  : 
Disp  rsit,  dedit  paup  'ribu?,  Juslitia  ejus  mane  tin  sa>cu- 
lum  sceculi.  Et  item  :  Si  vis  esse  per fectas,  vadeet  vende 
omnia  quce  habesfil  da  pauperibus  ;  et  habebis  thesau- 
rum  in  c.azlo.  Est  enim  in  hac  liberali  proprielatis  effu- 
sione  testimonium  largitatis  divina?  et  copiosa?  retributio- 
nis,  ut  qui  sponte  distribuit  sua,  indubilanter  sperare 
videatur  de  manu  Domini  auipliora.  Adhuc  autem  et 
quartum  quoque  pra?beas  necesse  est  testimonium  omni- 
potentia? :  dico autem  in  corporisaftlictione.  Seminandum 
quippe  est  animale  corpus,  sed  ut    spirituale    resurgat 


62 


CEUVRES  DE  SAINT  m:RN.\HD. 


point  de  houche  ?e?  peches,  doute  de  la  verite,  et  car  il  y  a  une  conscience  bonne,  mais  qui  n'esl  point 

cclui  qui  est  avs  es  futures,  tranquille;  il  yen  a  une  Iranquille  sans  etre  bonne; 

ft  ainsi  de  suite  pour  les   autres  attributs.  Et  si  il  s'en  trouve   une  troisieme   sorte  qui  n'est    ui 

allez  jusqu'au  point  de  renoncer  a  voire  pro-  bonne ni tranquille  et  une  quatrieme  qui  est  bonne 

olonte,  vous  rendez  un  temoignage  indubitable  et    tranquille.    I. a    conscience    tranquille    sans 

a  la  bonte  de  Dieu,  car,  en  envenant  la.vousattes-  etre  bonne  est  la  conscience  de  reus  qui  pe 

tez  bautement  que  vous  ne  voulez  point  faire  voire  dans  L'esperance  et   se  disent  inlerieurement  qua 

te,  mais  celle  de  Dieu  que  vous  placez  avant  Dieu  ne  so  met  pas  en  peine  de  nous ;  e'est  la  cons- 

li  \otre,  vous   criez  sinou  de  la  Louche  ct  de  la  cience  des  jeunes  gens  surlout.  Celle  qui  est  bonne 

langue,  du  moins  de  fait,  et  en  verite,  que  personne  sans  etre  Iranquille,  e'est  la  conscience  de  ceux 

■  Lion,  si  ce  n'est  Dieu  (Luc,  xvui,  19).  qui,  etant  eniin  revenus  a  Dieu,   repassent  leurs 

D«  r«temiit.      7.  il  vous  resle  apres  eela  a  perseverer,  car  la  annees  dans  l'amertume  de leur  ftme.  La  conscience 


De  la  bonte. 


II  j  a  qnatra 

soncs  de 
consciences. 

V.  Is  traite 
tic  la 

conscience 
livre  XI. 

chapitro  > 

des 
Fleurs. 


'  Edition  de 
P&ntelius. 


perseverance  est  le  reste  de  la  route  a  faire,  e'est  le 
jnage  de  l'eternite.  En  eti'et,  la  perseverance 
(bus  uotre  genre  de  vie  est  une  image  de  l'eternite 
u.  puisque  nous  reproduisons  dans  cette  vie 
il  est  en  lui-meme  en  iinitaut,  dans  la  i'aible 
mesure  de    noire    pouvoir,    son  incornmutabilite. 
:    ce  qui  faisail  dire  au  sage  :  «  L'insense  est 
i^eant  comuie  la  lune,  et  le  sage  stable  comine 
le  soleil  {Eccl.    xxvn,  V2).  »   Telle  est  la  voie,  mes 
tres-chers  fxeres,  parcourez-la,  car  e'est  en  mon- 
lant  de  vertu  en  vertn  que  vous  verrez  le  Dieu  des 
dieux  daus  Sion  [Psal.    i.xxxui,  8).   Puisse  a  cette 
glorieuse  vision  nous  couduirele  Seigneur  des  ver- 
tu? et  le  Roide  gloire,  Jesus-Christ  Notre-Seigneur, 
qui  est  la  voie,  la  verite  et  la  vie. 

CENT-DOUZIEME  SERMON  '. 
0  mon  dme,  rentre  dans  ton  repos  (Psal.  civ,  7). 
L'ame  travaille  et  se  repose  dans  sa  conscience, 


ni  bonne  ni  tranquille  est  celle  des  homines  qui 
desesperent  de  leur  sal ut  en  songeant  a  la  multitude 
de  leurs  peches.  Enfin  celle  qui  est  bonne  et  tran- 
quille est  celle  qui  a  assujetti  la  chair  a  l'esprit  et 
qui  se  montre  paciQque  au  milieu  de  ceux  qui 
haissent  la  paix.  Celle-la  estle  lit  de  l'ame.  C'cst  la, 
en  eti'et,  quelle  goute  le  repos,  mais  un  repos 
encore  imparfait,  car  pour  qu'il  fut  parfait,  il  fau- 
drait  que  sa  conscience  fut  non-seulement  bonne  et 
tranquille,  mais  encore  en  pleme  security.  Aussi  le 
Psalmiste  continue-t-il  en  ces  termes  :  «  Car  il  a 
delivre  mon  ame  de  la  mort,  mes  yeux  des  larmcs 
et  mes  pieds  de  toute  chute  [Psal.  cxiv,  8)  :  «  De 
la  mort,  en  nous  donnant  une  bonne  conscience; 
des  larmes,  en  nous  la  donnant  tranquille  et  bonne; 
de  la  chute,  en  nous  la  donnant  pleine  de  secu- 
rite. 

CENT-THE1ZIEME  SERMON. 

«  Purifiez-moi,  Seigneur  de  mes  fautes  cachees, 
et  preservez  votre  serviteur  des  fautes    des  autres 


Non  tibi  ertro  qui  pared  eorpori,  de  resurrectione  et  ira- 
mutatione  hcEsitare  videtur  ?  Sic  et  qui  non  compungilur 
animo,  de  juslitia ;  et  qui  non  confitetur,  de  veritate  ; 
et  qui  avaius  est,  de  retributione  futura.  Eodem  quoque 
modo  considerare  est  et  eajlera  quae  sequuntur.  Etenim 
si  eousque  proficias,  ut  propria?  abrenunties  voluntati 
certissimum  istud  est  divinae  testimonium  bonitatis. 
Veniensnimirum  non  tuam,  sed  ipsius  facere  rolunlatem, 
commendas  magnifice,  quam  sic  prsfifers  ;  damans  non 
verbo,  Deque  lingua  sed  opere  et  veritate  :  quia  nemo 
bonus,  nisi  solus  Ileus. 

7.  Superest  ut  persevcrantiae  studeas.  Haec  enim  viae 
consummatio  est,  et  testimonium  habet  aeternitatis. 
Imago  siquidem  seternitatis  divine,  perseverantia  est 
i  ;  ut  quomodo  ipse  est,  ita  et 
nos  simus  in  Luc  saeculo,  incommulabililatem  illam 
pro  modulo  possibilitatis  nostras  imitantes.  Hinc  quippe 
Sapiens  ail  :  Stullus  ut  luna  mutatwr,  sapiens-  permanet 
ut  sol.  rgo  via,  dilectissimi,  ambulate  in    ea  : 

quoni;im  ascendendo  de  virtute  in  virlatem  videbi- 
tur  Deus  dcoruiu  in  Sion.  Ad  cujus  gloriam  visiotiis 
ipse  nos  perducat  Dominus  virtutum  el  Rex  glorias,  qui 
est  via,  Veritas,  et  vita,  Jesus-Christus  Doininus  noster. 

SERMO  CXII. 

1.    Convertere  anima  mea  in  requiem  tuam,  Laborat 


et  requiescit  anima  in  conscienlia,  quia  conscienlia 
alia  bona,  et  non  tranquilla  :  alia  tranquilla,  et  non 
bona  :  alia  nee  tranquilla,  nee  bona  :  alia  bona,  et 
tranquilla.  Tranquilla  el  non  bona  eorum  est,  qui  in 
spe  peccant,  et  dicunt  in  corde  suo,  quod  Deus  non 
require!  :  et  ista  maxime  adolescentium.  Bona,  et  non 
tranquilla,  eorum  est,  qui  jam  conversi  ad  Dominum, 
reoogitanl  anno-  snos  in  amaritudine.  Nee  bona,  nee 
tranquilla,  eorum,  qui  prae  mullitudine  peccalorum  des- 
perant.  Bona,  el  tranquilla  eorum,  qui  earn-  m  spiritui 
subdiderunl  :  qui  cum  bis  qui  oderurit  pacem,  sunt  pa- 
ciflci.  Hie  est  lectus  animae  :  in  hoc  requiem  capit  anima, 
sed  non  perfeclam.  Oportet  autem  ut  perfectam  possit 
praestare  requiem,  non  solum  bona  ct  tranquilla  sil  cons- 
cienlia, sed  cliam  secura,  unde  subjungit  :  Quia  eripuit 
animam  meant  de  morte,  oculos  meos  a  lacrymis,  pedes 
meos  a  lapsu.  De  morle  ,  dando  bonam  conscienliam  : 
a  lacrymis,  dando  tranquillaai  et  bonam :  a  lapsu,  dando 
securam. 


SERMO  CXIII. 

Ab  occultis  meis  munda  me  Domine,  et  ab  alienis 
puree  servo  tuo.  Tria  sunt  occulta  :  illicita  actio,  dolosa 
intentio,  impudica  aflectio.  Prava  operatio  inquinat  me- 
moriam,  dolosa  intentio  rationem  vel  mentem,  impudica 


SERMONS  DIVERS. 


83 


Trois  chores  [Psal.  xvni,  13).  »  11  y  a  trois  choses  cachees ;  les 
caches.  actjons  iUicitesj  les  intentions  meiisongeres,  et  les 
affections  impudiques.  Les  actions  mauvaises  souil- 
lent  la  memoire,  les  intentions  meiisongeres  souil- 
lent  la  raison  ou  l'esprit,  et  les  affections  impudi- 
ques souillent  la  volonte.  La  memoire  sepuriliepar 
la  confession,  l'esprit  par  la  lecture  et  les  afTeclions 

Comment  on  ou  ja  vo]onte  par  l'oraison.  Vous  serez  purdes  fau- 

].!■     t    gg  I  *■ 

purifier  des  tes  d'autrui,  si  vous  n'insultez  point  le  pecheur,  si 
dcsa"utres.  vous  Ile  vous  eloigner  point  de  lui,  si  vous  ne  con- 
sentez  point  a  son  peche,  si  vous  ne  fermez  point 
les  yeux  sur  sa  faute.  II  est  de  la  justice  de  n'y  point 
conscntir,  et  meme  de  vonsyopposeravec  cnergie; 
la  force  demande  que  vous  ne  vous  eloigniez  point 
et  que  vous  supporliez  au  contraire  avec  patience 
les  fautes  du  prochaiu;  la  temperance,  que  vous  ne 
Tinsultiez  point,  et  meme  que  vous  compatissiez 
a  son  malheur  pour  le  diriger  ;  la  prudence  que 
vous  ne  fermiez  pas  les  yeux  sur  ses  fautes  et  que 
vous  fassiez  en  sorte  de  faire  cesser  le  mal. 


V.  la  dU 
de  Dieu  de 

saint 
Augustin. 


CENT-QUATORZIEME  SERMON. 


La  paix  du  corps  resulte  de  l'ordre  et  de  la  me- 
sure  de  toutes  ses  parties.  La  paix  de  Tame  irrai- 
sonnable  vicnt  du  repos  bien  ordonne  de  ses  appe- 
On  distingue  tils.  La  paix  de  l'ame  raisonnable  nait  de  l'accord 
•ortMde'paii  de  ^a  pensee  et  de  Taction.  La  paix  du  corps  et  de 
l'ame  provient  d'une  vie  bien  ordonnee  et  du  salut 
de  l'etre  animant.  La  paix  de  l'bornme  et  <le  Dieu 
est  dans  Tobeissance  bien  ordonnee  par  lafoi,  sous 
la  loi  eternelle.  La  paix  des  bommes  est  toute  dans 
une  Concorde  bien  ordonnee.  La  paix  d'une  maison, 
dans  la  Concorde  bien  ordonnee  de  ses  habi- 
tants ;  dans  le  comrnandement  et  dans  Tobeis- 
sance, il  en  est  de  meme  de  la  paix  de  la  cite. 
La  paix  de  la  cite  celeste  est  l'accord  bien  ordonne 


affectio  voluntatem.Mundahi 
mens  per  lectionem,  affectio 
Ab  alienis  mundus  eris,  sin 
si  non  consenlias,  si  non 
consentire,  sed  cum  rigore 
discedere,  sed  mala  proximi 
ranliie,  non  insultare,  sed 
prudential,  non  dissimulare, 
mint  providere. 


r  memoriaperconfessionem, 
vcl  voluntas  per  oralionem. 
on  insultes,  si  non  disccdas, 
dissimules.  Justilife  est  non 
resistere  :  fortitudhiis,  non 
patienter  tolerare  :  tempe- 
cum  moderamine  compati  : 
sed  sollicitc  ut  mala   desi- 


SERMO  CXIV. 

Pax  corporis  est  ordinata  temperantia  partium.  Pax 
animae  irrationalis,  ordinata  requies  appetitionum.  Pax 
animan  rationales,  cogiiationis  aclionisque  consensio.  Pax 
corporis  et  amenae,  ordinata  vita  et  satus  anunantis. 
Pax  hominis  ac  Dei,  ordinata  in  fide  sub  ieterna  lege 
obedientia.  Pax  hominum,  ordiaala  concordia.  Pax  do- 
mus,  ordinata  imperandi  atque  obediendi  concordia  co- 
habitantium.  Pax  civitatis  similis  est.  Pax  coelestis 
civitatis,  ordinatissima  et  concordissima  societas  fruendi 
Deo,  et  vivendi  in  eo.  Pax  omnium  rerum,  tranquillitas 


et  bien  unanime  de  jouir  de  Dieu  et  de  vivre  en 
lui.  La  paix  de  toutes  choses  est  la  tranquilllite  de 
l'ordre,  et  l'ordre  consiste  dans  la  disposition  qui 
donne  aux  choses  semblables  et  aux  dissemblables 
la  place  qui  leur  appartient. 

CENT-QUINZIEME  SERMON. 
«  Que  Thomme  monte  au  haut  de  son  coeur,  et  H  y  » *"»• 

Sul'lf'P    QB 

Dieu  sera  exalte  {Psal.  van,  7).  »  II  y  a  un  coeur  coeurs. 
eleve,  un  cosur  humble  et  xm  cceur  qui  tient  le 
milieu  entre  les  deux  premiers.  Le  Prophete  dit  : 
«  Pecheurs  revenez  a.  votre  coeur  (Isn.  xlvi.  8).  » 
Le  premier  pas  que  fait  un  pecheur  ,  est  celui  de 
l'esclave,  e'est  de  tendre  a  un  creur  humble  auquel 
il  est  traine  par  le  jugement.  Le  second  est  celui 
d'un  mercenaire,  il  le  conduit  au  cceur  qui  tient  le 
milieu,  il  y  est  appele  par  le  conseil.  Le  troisieme 
est  celui  d'un  fils,  et  e'est  vers  un  cceur  eleve  qu'il 
tend,  il  est  attire  par  le  desir.  C'est  alors  que  Dieu 
est  exalts,  e'est-a-dire  est  au  dessus  du  coeur,  at- 
tenduque,  pouvantetre  saisi  par  la  raison,  ilest  de- 
sire par  Taffection  et  par  Tamour.  Or  remarquez 
bien  que  ces  pas  en  avant  ou  ces  ascensions  se  font 
dans  le  cceur,  ce  qui  fait  dire  au  Prophete  :  «  11  a 
dispose  des  ascensions  dans  sou  cceur  dans  cette 
vallee  de  larmes  {Psal.  lxxxhi,  6).  »  Mais  il  arrive 
quelque  fois  que  Thomme  interieur  excede  la  rai- 
son et  se  trouve  ravi  au  dessus  de  lui-meme,  c'est 
ce  qui  s'appelle  un  ravissement  d'esprit.  Nous  di- 
sons  done  qu'il  y  a  quatre  degres  dans  Tasceusion. 
Le  premier  conduit  au  cceur,  le  second  est  dans  le  ,j  , 

cceur,  le  troisieme  part  du  cceur,   et  le  quatrieme  .    degrfa 
est  au  dessus  du  cceur.  Au  premier,  on  craint  le  Sei- 
gneur, au  second,  on  entend  le  conseiller,  au  troi- 
sieme, on  desire  Tepoux ,  et  au  quatrieme,  on  voit 
Dieu. 


dans  i'ascen- 
eiou. 


ordinis.  Ordo  est  parium  dispariumque    rerum  sua  cui- 
que  loca  tribuens  disposilio. 

SERMO  CXV. 
Accedet  homo  ad  cor  allum,  et  exaltabitur  Deus.  Est 
cor  altum,  cor  humile,  cor  mediocre.  Dicit  propheta  : 
Redite prceoaricalores  ad  cor.  Prima  accessio  praevarica- 
toris  servi  ad  cor  humile  :ad  quod  trahitur  per  judicium. 
Secunda  accessio  mcrcenarii  ad  cur  mediocre  :  ad  quod 
vocatur  per  consilium.  Tertia  (ilii  ad  cor  altum  :  ad 
quod  levatur  per  desiderium.  Et  tunc  exaltatur  Deus,  id 
est  supra  cor  elevatur  :  ut  dum  non  potest  comprehendi 
per  rationem,  desideretur  per  affectionem  etamorcm.  Et 
nota,  quod  accessiones  istae  sive  ascensiones  in  corde 
aguntur.  Unde  dicit  Propheta  :  Ascensiones  in  corde  suo 
disposuit  in  valle  lacrymarum.  Sed  aliquando  homo  in- 
terior rationem  excedit,  et  supra  se  rapitur;  et  dicitur 
excessus  mentis.  Unde  et  quatuor  gradusascensionisesse 
dicimus.  Primus  ad  cor,  secundus  in  corde,  terlius  de 
corde,  quartus  supra  cor.  In  primo  timetur  Dominus,  in 
secundo  auditur  consiliarius,  in  tertio  desideratur  spon- 
sus,  in  quarto  videtur  Deus. 


84  OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

CENT-SEIZIE.MI.  SERMON. 


II  y  n  dcm 

DIOttS 

et  dem 

rAsurreci'ons 


luij  dans  le  sens  an  contraire,  il  se  manifeste  en 
cin«i  endroits  bien  connus,  dans  la  vue,  dans  le 
«  Si  done  vous  etes  ressuscites  avec  Jesus-Christ,  gout,  .Luis  1'oule,  dans  l'odorat  et  dins  In  toucher, 
hez  ce  qui  est  dans  le  del  {Coloss.  m,  1).  »  ear  il  sent  d'une  maniere  dans  1'u'il,  et  d'une  autre 
11  \  a  deux  morts  et  deux   resurrections.  La  pre-  maniere  dans  la  bouche,  et  ainsi  des  autres  sens. 
miere  mort  est  eelle  de  l'ame  et  la  seconde,  cello  Ainsi  en  est-il  de  1'homme  interieur.  S'il  ne  se  dis- 
du corps.  La mort  de  l'ame  est  la  separation  de  cerne  point  dan-   la  connaissance,  il   se   discerne 
Dieu  celle  du  corps  est  la  separation  de  lame,  dans  l'ainour,  et  de  meme  que  1'homme  exterieur 
La  premiere  est  l'oeuvre  du  peche,  et  la  seconde  en  se  manifeste  par  cinq  sens  ,  ainsi  1'homme   inter- 
est Japeme.  Demeime,  la  premiere  resurrection  est  rieur  est  affects  par  cinq  altributs  invisibles  de 
e  do  I'avenement  humble  et  cache  du  Christ,  Dieu,  par  sa  verite,  ice,  sa  sagesse,  sa  cha- 
onde,  celle  du  corps,  le  sera  de  son  avenement  rite  et  son  eternile.  En  effet,  il   est   affect*   d'une 
glorieux  et  public.  L'ame  invisible   a   ete  creee   a  maniere  par  sa  justice  qu'il  aime  a  cause  de  sa 
l'image  de  Dieu,  e'est  ce  qui  fait  dire  a  l'Ecriture  :  douceur,  et  d'une  autre  maniere  parsa  verite  qu'il 
a  Di(  U  a  fait  1'homme  a  son  image  et  a  sa  ressem-  aime  a  cause  de  sa  liberte  ;  il  est  atl'ecte  d'une  faeort 
e  {Gen.  I,  26).  »  11  l'a  fait   droit;  aussi  l'exio-  par  la  charite  qu'il  aime    a  cause  de   sa   vertu,    et 
de  1'homme,  je  veux  dire  son  corps,  se  mon-  d'une  autre  facon  par  son  ctcrnite,  qu'il  aime  a 
tre-t-il  droit  dans  sa  tonne,  avant  la  vie  et  le  sens,     cause  de  sa  securite. 
afin  que  par  eet    hnnime  exterieur,  et  visible  nous 


eomprenions  1'homme   interieur  et    invisible ,  ce- 

loi  qui  a  ete  cree  droit  dans  sa  volonte,  vivantdans 

anaissance  sensible,  dans  son  amour.  Et,  de 

meme  que  le  corps,  c'est-a-dire,rhomnie  exterieur, 


CI'.NT-DIX-SEPTIEME  SERMON. 

L'ame  fidele   a  son  paradis,    mais   son  paradis 
spirituel  non  terreslre,  un  paradis  par  consequent 


i  rera  le  sens  et  la  vie  a  la  resurrection,  ainsi     plus  delicieux  et  plus  secret    que  celui-ci.  Dans  ce 


La  connais- 
sance 
e'est  la  tic 


paradis-la,  l'ame  trouve  des  delices  comparables  a 

cellos  qu'on  goute  dans les  tresors.  11  en  sort  quatre 
sources  qui  sont  la  verite,  la  charite,  la  vertu  et  la 
sagesse,  e'est  a  ces  sources  que  lame  fatiguee,  va 
[miser  une  eau  salutaire.   Or,   lame   de   1'homme 


dans  la  resurrection,  lame,  j'entends  l'liomme  in- 
terieur, reconvre la  vie  et  le  sens  aussi,  e'est-a- 
dire  la  connaissance  et  l'amour.  Que  la  connais- 
e  soit  l'amour  ,  la  Verite  meme  nous  l'at- 
teste    quand  elle    dit  :    «  Telle  est  la  vie    eter- 

nelle,  e'est  de  vous  connaitre  ,  vous  qui  etes  le  est  sujette  a  quatre  sortes  de  maladies,  de  vices, 
Dieu'vivant,  et  de  connaitre  celui  que  vous  avez  ce  sont  la  crainte,  la  concupiscence,  sa  propre 
V.  U  sermon  envoye,  Jesus-Christ  (Joan,  xvn,  3).  »  Et  que  l'a-  iniquite  et  l'ignorance.  En  effet,  vaincue  par  la 
*'  mour  soil  le  sens,  voici  d'ou  je  le  concurs.  De  meme  crainte,  elle  est  portee  an  mal,  attiree  par  la  con- 
que  1'homme  interieur  ne  se  discerne  pas  dans  sa  cupiscence,  elle  glisse  vers  le  vice,  et  poussee  parsa 
vie,  parce  qu'il  vit  egalement  dans  tout  ce  qui  est    propre   iniquite,   elle  se  met  volontairement  a  sa 


Les  qnatre 

MMirces 
spirituelles 
du  Paradis. 

V.  le  Here  II 
des  Fleurs. 
chapitre  IV. 

L'ame  est 
tra-vaillee 
par  quatre 

sorles 
de  maladies. 


SERMO  CXVI. 

Siconstsrrexisliscwm  I  'hristo,  qua  sursum  sunt  qumrite. 
Duae  sunt  morlcs,  ct  totidem  resurrectiones.  Prima 
mors  anima;,  seennda  corporis.  Mors  anima;,  separatioa 
Deo  :  mors  corporis,  separatio  animas  a  corpore.  Itanc 
operatur  peccalum,  illam  poena  peocati.  Item,  prima 
resuneetio  annua;  operants  est  humilis  ct  occultus 
Christi  advent  is  :  resurrectionem  corporis,  glorios 
manifestus  Christi  perficiel  adventus.  Sed  anima  invisi- 
bilis  est  ad  imaginem  Dei  ci  dicit  Scriplura  ; 

jfgcil    \  a   et  simultitudinem 

suam.  Rectum  quidem.  Uade  el  exterior  homo,  id  est 
ius,  in  forma  sua  rectus  ipparet,  babens  vitam  et 
sensum  :  ut  per  hunc  i  steri  irem  el  visibilem,  ilium 
interiorem  et  invisibilem  intclligcremus  :  qui  rectus 
factus  est  in  voluntate,  vivus  in  cognitione,  sensibilis  in 
amore.  Et  sicut  corpus,  id  est  exterior  homo,  in  resur- 
rectione  sua  vitam  et  sensum  recipiet  :  ita  ct  in  rour- 
rcctione  sua  vitam  et  sensum  anima,  id  est  Interior  homo, 
recipit,  id  est  o  -  i    el  amorem.    Quod  autem 

cognitio  vita  sit,  Veritas  attestalur  dicens  :  iltec  est  oita 
oelerna,  ut  cognoseant  te  Dunn  i-mim,  et  quern  misisti 
Jesum-Christum.  Et  quod  amor  sit  sensus,  hinc  accipe. 


Sicut  homo  interior  in  vita  non  discernitur,  quia  in  toto 
Buo  squattier  mil  ,  in  sensu  autem  discernitur  in  quin- 
que  paries  ootissimas,  scilicet  visum,  gustum,  auditum, 
odoratum,  el  (actum  :  quia  alitor  sentit  in  oculo,  alitor 
in  ore,  et  sic  in  ceteris  :  ita  interior  homo  iu  cognitione 
quidem  non  discernitur,  sed  in  amore.  El  3icul  Ule  in 
quinquepertitos  sensus  dividitur  :  ita  iste  circa  quinque 
invisihilia  Dei  al'licilur,  qua'  sunt  Veritas,  juslilia,  sapien- 
tia,  cbaritas,  aeternitas.  AJiterenimafficitur  circa  vi 
Iimi.  quam  diligil  propter  liberlatem  :  aliter  circa  justi- 
tiam,  quam  diiiyii  propter  suavitatem  :  aliter  circa 
charitalem,  quam  diligit  propter  virtutcm  :  aliter  circa 
,;  teraitatem,  quam  diligit  propter  sccuritatem. 

SERMO   CXVII. 

Ilabet  fldelis  anima  paradisum  suum,  spiritalem 
quidem,  non  terrenum  :  et  idcirco  priori  illo  delectabi- 
liorem  et  secretiorem.  In  hoc  delectatur  anima,  sicut 
in  omnibus  divitiis.  De  hoc  paradiso  prodennt  fontcs 
qualuor,  id  est,  Veritas,  charitas,  virtus,  sapientia.  De 
his  fontihus  laboranti  anima  salubres  aqua;  hauriuntur, 
Laborat  enim  anima  humana  quadruplici  morbo  vi- 
tiorum,  scilicet  timoris,  concupiscenli*,  proprias  iniqui- 


SERMONS  DIVERS. 


85 


V.  le  96e 

ile--  sermons 
difers. 


remorque,  seduite  enfin  par  l'ignorance,  elletombe 
dans  le  vice.  C'est  aux  arues  que  ces  maux  travail- 
lent  et  qui  en  gemissent,  que  le  Prophete  adresse 
ces  paroles  consolantes  :  «  Vous  puiserez  avec  joie 
de  l'eau  aux  fontaines  du  Sauveur  [ha.  xii,  3).  » 
La  pusillanimite  qui  provient  duvice  de  lacrainte, 
est  guerie  par  l'eau  de  secours  qui  s'ecoule  de  la 
source  de  force;  la  concupiscence  'des  voluptes 
temporelles  a  pour  remede  l'eau  des  desirs  puisee 
a  la  source  de  la  charite ;  contve  la  malice  de  notre 
propre  iniquite,  il  y  a  l'eau  des  jugements  quicoule 
de  la  fontaine  de  la  verite;  et  contre  les  erreurs  de 
l'ignorance,  l'eau  des  conseils  qui  jaillit  dela  source 
de  la  sagesse.  Mais  de  plus,  c'est  avec  joie  que  se 
puise  cette  eau,  eu  sorte  quel'ime,  quijusqu'alors, 
gemissait  sous  le  poids  de  ses  vices,  se  rcjouit  a. 
present  de  ['acquisition  des  vertus,  car  elle  obhent 
dans  l'eau  des  conseils,  la  prudence,  dans  celle  du 
secours,  la  force,  dans  l'eau  des  desirs,  la  tempe- 
rance, etdans  celle  des  jugements,  la  justice.  Aussi 
dans  l'adversite,  la  force  chasse  la  pusillanimity  ; 
dans  la  prosperite,  la  temperance  refrene  la  luxure, 
dans  Taction,  la  justice  exclut  l'iniquite,  et  dans  le 
doute,  la  prudence,  mais  l'ignorance  en  garde. 
Rafraichie  par  ces  eaux,  et  ornee  de  ces  vertus, 
l'ame  pent  s'etendre  et  comprendre  avec  tous  les 
saints,  quelle  est  la  longueur  et  la  largeur,  la  hau- 
teur et  la  profondeur  (Ephes.  in,  18).  Ces  quatre 
points  de  Dieu,  peuveut  etre  embrasses  a  deux 
bras,  qui  sont  le  veritable  amour  et  la  veritable 
crainte;  celle-ci  embrasse  sa  hauteur  et  sa  profon- 
deur, eelui-la  sa  charite  et  sa  verite.  En  effet,  on 
craint  Dieu  parce  qu'il  pent  tout  par  sa  puissance, 
et  on  le  craint  sincerement  parce  que  rien  n'echappe 


a  sa  sagesse.  On  l'airae  parce  qu'il  est  la  charite 
meme,  et  on  l'aime  veritablement  parce  qu'il  est 
la  verite,  je  veux  dire  l'eternite. 

CENT-DIX-HUITIEME  SERMON. 

«  Demeurez  dans  les  voies  du  Seigneur  et  inter- 
rogez  ses  sentiers  [Jerem.  vi,  10).  »  C'est  demeurei 
dans  les  voies  du  Seigneur,  que  de  garder  toutes 
les  observances  corporelles  du  bon  propos  qu'on 
a  forme.  Mais  conime  les  pratiques  corporelles  ne 
servent  pas  a  grand'chose,  selon  ce  que  dit  saint 
Paul,  le  Prophete  ajoute  :  «  et  iiiterrogez  ses  sen- 
tiers  eternels,  »  c'est-a-dire,  desirez  mener  la  vie 
des  saints  peres  et  vous  trouverez  lavoie,  marchez- 
5r.  C'est  avoir  trouve  la  voie,  que  de  rentrer  dans 
son  cceur,  et  c'est  y  marcher  que  de  disposer  des 
degres  dans  son  co;ur  (Psctl.  lxxxiii,  6).  Or  le  pre- 
mier degre,  en  montant,  c'est  la  contrition  de  cette 
voie,  le  second,  la  confession,  le  troisieme,  l'aliec- 
tion,  le  quatrieme,  l'abandon  des  biens  dela  terre, 
le  cinquieme,  le  renoncement  a  notre  propre  volonte, 
le  sixieme,  l'humble  sujetion  de  notre  volonte,  le 
septienie,  la  perseverance. 

CENT-D1X-NEUVIEME  SERMON. 


II  y  a  trois  choses  a  considerer  dans  le  mysiere  xrois  chosei 

de  l'incarnation,  la  forme  de  l'humilite,    la  preuve  .iL.. 

'         L  considerer 

de  l'amour,  le  mystere  de  la  redemption.  La  forme  __    dans 
de  l'humilite  nous  est  donnee  par  les  vagissemenls    ,,  .   ,. 
de  l'enfant,  par  l'endroit  oil  il  se  trouve,  la  creche      vui  des 
oil  il  repose  et  les  langes  dont  il   est   enveloppe.    pitrem. 


II  y  a  sept 

degres 

pour  mooter. 


tatis,  ignorantia?.  Timore  enim  victa  in  vitium  cogilur, 
concupiscentia  illecta  in  vitium  trahitur,  propria  ini- 
quitate  voluntarie  vilium  seqaitur,  ignorantia  seducta  in 
vitium  labitur.  His  malis  laborantes  et  gementes  atiimas 
consolatnr  Propheta,  dicens  :  Haurielis  aquas  in  gaudio 
de  fontibus  Salvatoris.  Contra  pusillanimitatem,  qua? 
provcnit  de  vilio  timoris,  aqua  prasidiorum  de  funle 
virtutis ;  contra  concupiscentiam  temporalis  voluptatis, 
aqua  desiderioruin  de  fonte  charitatis;  contra  malitiam 
voluntariae  iniquitatis,  aqua  judicioruin  de  fonte  veri- 
tatis  :  contra  fallaciam  ignorantiae,  aqua  consiliorum  de 
fonte  sapiential  Et  hoc  in  gaudio;  ut  quae  prius  gcme- 
bat  sub  pondere  vitiorum,  modo  gaudeat  in  adeptione 
virtutum  comparando  sibi  de  aquis  consiliorum  pruden- 
tiam  ,  de  aqua  praesidiorum  fortitudinem  ,  de  aqua 
desideriorum  temperantiam,  de  aqua  judiciorum  justi- 
tiam  :  ut  in  adversis  fortitude  expellat.  pusillanimitatem; 
in  prospcris  temperantia  refrenet  lasciviam  :  in  ngendis 
juslitia  excludat  iniquitatem  :  in  dubiis  prudentia  ins- 
truat  ignorantiam.  Talibus  anima  refocillala  aquis,  et 
ornata  virlutibus,  extendat  se  et  comprehendat  cum 
omnibus  Sanctis,  quae  sit  latitado  et  longitado,  sublimitas 
et  profundum.  Haec  quatuor  Dei  duobus  brachiis  com- 
prehendi  possunt,  vero  scilicet  ainore,  et  vero  timore. 
Timore  sublimilatem  et  profundum,  id    est,    potentiam 


et  sapientiam  :  amore  latitudinem  et  longitudinem,  id 
est,  charitatem  et  verilatem.  Timetur  enim  Deus,  quia 
omnia  per  potentiam  potest  :  et  veraciter  timetur,  quia 
nihil  eum  per  sapientiam  latet.  Amatur.  Deus,  quia 
charitas  est  :  et  veraciter  amatur,  quia  Veritas,  id  est 
aeternilas  est. 

SERMO  CXVIII. 
State  in  viis  Domini,  et  interrogate  semitas  ejus.  In 
via  Domini  stat,  qui  corporales  observantias  boni  pro- 
positi servat.  Sed  quia  corporate  exercitium  ad  modicum 
valet,  ut  Paulus  dicit,  idcirco  subjungit  :  Et  interrogate 
semitas  cetemas  ejus,  id  est,  desiderate  sanctorum 
patrum  vitas,  et  invenietis  viam ;  ambulate  in  ea.  Viam 
invenit,  qui  ad  cor  revertitur  :  ambulat  in  ea,  qui 
ascensiones  in  corde  suo  disposuit.  Prima  asuensio 
hujus  vis  est  contritio,  secunda  confessio,  tertiaatTeclio, 
quarta  proprietatis  abjectio,  quinta  abnegatio  propria; 
voluntatis,  scxta  humiliatio  voluntaria;  subjectionis,  sep- 
tima  pcrseverantia. 

SERMO  CXIX. 
Mysterium  incarnationis  tria  in  se  consideranda  con- 
tinet  :  scilicet  formam  humilitatis,  probamentum  dilec- 
tionis,  sacramentum  redemptionis.  Formam    humilitatis 


86 


OEUVRES  I)E  SAINT  RERNAR1). 


La  preuve  de  I'amour  se  tronve  dans  sa  mort  cha-  ritiele  corps  de  ses  souillures,  ainsi  la  crainte  pu- 

ritable  ;  car  lie  ne  peut  avoir  un  amour  rifle  I'ame  des  siennes.    Remplissons  done,  nous 

plus  grand,  i   donne  sa  vie  pour  ses  aussi,  de  celte  eau,  nos  ames,  car  quand  on  craint, 

amis  ,  ,     ere  de  la  redemption  on  ne  neglige  rien.  Or  on  peut  dire  que  I'ame  en 

nous  decouvre  la  triple   puissance  de    la  divinite,  qui  ne  se  remarque  aucune  negligence   esl  irerita- 

qui  a  fait  d'ahord    quelque  chose   de  rien,  qui  a  blementpleine.  Mais  commel'eau est pesante, e'est- 

renouvele  ce  quelque  chose  devenuvieux,  el  qui  a  a-dire  comme  [a  crainte  ne  va  poinl  sans  quelque 


II  y  a  trois 
ministeres. 

V.leKvnim 

des  Fleurs. 
fhapitre  XI. 


peine,  il  faul  qous  approcher  de  celui  qui   change  La  ch?ri<6  an 
1'eau  en  vin,  e'est  a-dire  qui  change  la  crainte  et 
son  tourment  en  amour,  sinous  voulons  entendre 
l,i  lecon  qu'il  fail  lui-meme  sur  I'amour.  En  effet, 
il  dit  :  «  Voici  nion  commandement,  c'esl  que  vous 


La  crainte 

ut  compart 

a  t'eau. 


rendu  perpetuel  ce  qui  n'etait  que  temporaire. 

CENT-VINGTIEME  SERMON. 

Les  ministres  de  Jesus-Christ  out  trois  ministeres; 

un  ministere  de  servitude,    un   dc   charite  et  uu  vous  aimiez  les  ims  les  aulres  [Joan,  xv,  12).  » 

autre  de  dignite.  I.e  ministere  de  servitude,  c'estla  C'est  comme  s'il  disait  :  Je  vous  ordonne  bien  des 

mortification  de  la  chair;  celui  de  charite,  c'est  la  choses  par  la  bouchede  mes  ministres,  mais  voila, 

devotion  de  l'esprit;  celui  de  dignite,  c'est  la  con-  ce  que  je  vous  ordonne  en  particulier  etdemapropre 

secration   du    corps  de    Jesus-Christ.   Le  premier  bouche.  Et  ailleurs  il  dil  encore  :  «  Voici  en  quoi 

s'accompht  dans  l'al'lliction,  le  second  dans  la  joie,  on  connaitra  que  vous  etes  mes   disciples  .  c'esl  si 

et  le  troisieme  dans  l'humilite.  Le  premier  est  un  vous  vous  aimez  les  uns  les  aulres  [Joan,  xm,  36). » 

sacrifice  de  crainte,  le  second,  d'amour,  et  le  troi-  Ainsi,  pour  nous  montrer  disciples  de  la  verite  ,  il 

faut  que  nous  nous  aimions  les  uns  les  autres; 

soyons  meme  trois  fois  attentifs  sur  nous  dans  cet 

amour,  car  c'est  Dieu  meme  qui  est  amour  (I  Joan. 

iv,  8),  »  et  nous  lui   devons  tous  nos   soins  pour 

Nous  sommes  a  l'ecole  du    Christ,  ou   nous  ap-  qu'il  naisse,  qu'il  grandisse,  et  qu'il  se  conserve, 

prenons  deux  choses,  l'une   de    lui  notre   seul  et  Or,  il  nait  quand  vous  rompez  voire  pain  pour  votre 

veritable  maitre,  l'autre  de  ses   ministres.   Ses  mi-  ennemi,  et  que  vous  lui  donnez   a  boire,  car,  en 

nistres  nous  enseignent  la  crainte,  et  lui,  I'amour.  agissant  ainsi  «  vous  amassez  des  charbons  ardents 

Voila  pourquoi  quand  le  vin  manque,  il  ordonne  a  sur  sa  tele  [Rom.  xn,  20).  »  Les  charbons   ardents 

des  serviteurs  d'emplir  d'eau  les  urnes,    (Joan,    n,  ce  sont  les  cenvres  de  la  charite ;  etelles  sont  amas- 

7),  et  tous  les  jours  encore,  la  charite  se  refroidis-  sees  sur  le  diahle  qui  estla  tete  de  tous  les  mediants, 

sant,  les  serviteurs  du  Christ  remplissent les  urnes,  pour  le  faire  disparaltre  et  leur  faire  une  autre  tete 

je  veux  dire  les  ames  des   hommes,    d'eau,  e'est-a-  qui  est  Dieu  ,  la  charite  meme.   II   grandit  quand 

dire  de  crainte.  C'est  avec  raison,  que  la  crainte  est  vous  venez  au  secours  de  ceux  qui  sont  dans  le  be- 

representee  par  l'eau,  car  si  l'eau  eteint  le  feu,  la  soin,  quand  vous  pretez  a  celui  qui  vous  demande 

crainte  eteint  la  luxure,  et  de  meme  que  l'une  pu-  a  emprunter,  quand  vous  ouvrez  enlin  votre  cceur 


sieme,  de  louange. 

CENT-YINGT  ET  UNIEME  SERMON. 


Comment 

Dieu 
nait.  grandit 
et  se  con- 
serve en 

nous. 


demonslrat  vagitus  parvuli,  locus  diversorii,  reclinatio 
in  praesepio,  pannorum  involutio.  Probamcntuiu  dilec- 
tionis,  pia  mors  :  quia  majorem  charitatem  nemo  habet, 
qiuitii  ut  animmn  suam  ponat  quis  pro  amicis  suis. 
Saei  amentum  redemptionis  triplicem  ostendit  potentiam 
Deitatis  :  scilicet  de  nihilo  aliquid  fecit,  invclcralum 
innovavit,  lemporale  perpetnavit. 

SERMO  CXX. 

Ministcritim  ministrorum  Christ]  triplex  est  :  servittilis, 
charitatis,  dignitatis.  Ministerium  servitutis,  corporis  cas- 
tigatio  :  charitatis,  mentis  devotio,  dignitatis,  corporis 
Cliristi  consecratio.  Primum  lit  in  afflictione,  se- 
cundum in  hilaritale,  terliuin  in  humilitate.  Primum 
est  sacriliciuiu  timoris,  secundum  amoris,  tertium 
laudis. 

SERMO  CXXI. 

In  schola  Christi  somas,  in  qua  duplici  rloclrina 
erudimur  :  quia  aliud  per  soipsutn  illo  unus  el.  verus 
Magister  docet,  alind  per  minislros.  Per  niinislros 
timorem:   per    seipsum    dileclionem.    Unde   deliciente 


vino  prsecipit  ministros  implere  hydrias  aqua  :  et  adhuc 
quotidie  refrigescente  cbaritate,  minislri  Cbristi  im- 
plenl  hydrias  aqua,  id  est,  mentes  hominum  timore. 
Et  bene  per  aquani  timor  intelligitur  :  quia  sicut 
aqua  ignem,  ita  timor  extinguit  libiilinem,  et  sicut  aqua 
sordes  corporum,  ita  timor  sordes  purgat  animorutD. 
Inipleamus  ergo  aqua  isl.i  hydrias,  id  esl  monies  noslras:, 
quia  qui  timet,  nihil  negligit  :  et  bene  plcnus  esl,  nb 
aegligentia  cadere  non  potest.  Sed  quia  aqua  gravat,  id 
est,  timor  poenam  habet;  accedendum  est  ad  eum  qui 
de  aqua  vinum  tacit,  id  est,  timorem  pcenalem  in  amo- 
rem  convertit  :  ut  audire  possimus  quod  ipse  de  dilcc- 
tione  docet.  Dicit  enini  :  Hue  est  presceptum  meum,  ut 
diligatis  invicem.  Quasi  dicerct  :  Mulla  per  ministros 
praeoipio,  sed  hoc  specialiter  per  meipsum  commendo. 
Et  alibi  :  In  hoc  cognoscent omnes,  quia  met  estis  ilisci- 
puli,  si  dileclionem  habueritis  ad  invicem.  Ut  ergo 
veritatis  nos  discipulos  esse  probemus,  diligamus  invi- 
cem. El  in  hac  dilectione  triplici  sollicitudine  vigile- 
mus  :  quia  Dens  charitas  est.  I.i  omnem  sollicitudinem 
noatram  illi  debemus  :  id  est,  ut  nascatur,  ut  crescat,  ut 
servelur.  Nascitui'  si  cibaveris  inimicum  si  potum 
dederis  ei  :  quia  hoc  faciens    carbones    ignis    congem 


SERMONS  DIVERS. 


87 


a  votre  ami.  II  se  conserve  quand, dans  vos  paroles    ,•  •   .  ,      ,,  ■      ,    ,      ,    .   lr,  ,  . 

.    v  comphrez  point  lesdesirsde  la  chair  (Galat.  v,  16\» 

DT     dint    TT\e?    lAlinne       vnne    i  i  nrt  rt  irt -r    ■-»     vr\e    imii?  /tn    m »    il*»  * 


et  dans  vos  actions,  vous  donnez  a  vos  amis  ce  qu'ils 
desirent,  bien  que  ce  ne  ?oit  pas  des  choses  qui  sem- 
blent  necessaires.  11  se  conserve  encore  et  meme  il 
grandit  par  un  bon  vis.ige,  par  une  douce  parole, 
par  un  gai  concours,  quand  un  acta  charitable,  ac- 
compagne  de  bonne  hu'neur,  continue  la  charite 
que  le  visage  seul  et  les  bonnes  paroles  indiquaient; 
car  la  preuve  de  l'amour  est  dans  les  ceuvres  (S. 
Gregor.  in  Bomil.  Pascha). 

CENT-VINGT-DEUXIEME  SERMON. 


II  y  a  des  hommes  qui  se  conduisent  selon  la  chair 
et  qui  n'ont  qu'un  souci,  savoir  comment  ils  pour- 
ront  eviter  les  ennuis  de  la  chair.  Ce  sont  ceux 
qui,  tout  en  approuvant  la  vertu,  veulent  toutefois 
eviter  absolument  tous  les  ennuis  de  la  chair,  et  ne 
savent  point  resister  a  ses  concupiscences  mauvai- 
ses.  C'est  a  eux  que  l'Apotre  dit  :  «  conduisez- 
vous  selon  l'esprit,  c'est-a-dire,  cessez  de  vous  pre- 
occuper  des  moyens  d'echapper  aux  ennuis  de  la 
chair.  Dans  cette  vie,  l'esprit  a  deux  degres,  le  su- 
perieur  et  l'inferieur.  Au  degre  inferieur,  l'homme 
se  conduit  selon  son  esprit,  mais  au  degre  supe- 
rieur,  c'est  selon  l'esprit  de  Dieu  qu'il  se   dirige.  II 


«  Pour  vous,   lorsque   vous  jeunez,    parfumez- 
vous  la  tete  et  lavez-vous  le  visage  [Matt,  vi,  17).  » 

Le  Seigneur  s'exprime  ainsi  a  cause  de  deux  vices    est  au  degre  inferieur  quand,  rentre  dans  son  coeur, 

qui   corrompent   ordinaireineni  le  jeune,  je  veux    j]  est  plein  d'inquietude  au  sujet  de  de  ses  affec- 

dire  la  vaine  gloire  et  l'impatience.  En  nous  ordon-    tions,   et  se  reproche  tout  ce  qu'il  saitcond 

iSf  Mni  '! ."  noUS   ' iver  le    visaSe'    a    veut   1ue  no"s    la  vertu.  A  ce  degre,  il  offre  a  Dieu,  par  la  com- 

ceu!  qui     ayons  une    intention    pure,    car,   de  meme  que  la    ponction,  le  sacrifice  d'un    esprit   trouble   et    d'un 

jeuneot.     beaute  du   corps   reside  dans  la  figure,  ainsi,  la 


beaute  de  tout  ce  que  fait  lime  consiste  dans  l'in- 
teution.  Par  Taction  de  parfumer  la  tete  qui  a  pour 
resultat  d'adoucir  ce  qui  etait  rude,  il  nous  ordonne 
de  conserver  dans  le  jeiiue  la  douceur  de  l'esprit. 
Notre  intention  sera  pure  si  danstoutes  nos  actions 
nous  nous  proposons  soil  l'honneur  de  Dieu,  soit 
l'utilite  du  prochain,  suit  eutin  le  bien  de  notre 
conscience. 

CENT-VINGT-TROISIEME  SERMON. 
1.  «  Conduisez-vous  selon   Tesprit  et  vous  n'ac- 


cceur  humilie.  Mais  en  montant  de  ce  degre  au 
superieur,  il  commence  a  songer  aux  bien- 
faits  de  Dieu,  puis,  se  tournant  du  cote  des  actions 
de  graces,  il  offre  a  Dieu,  par  la  devotion,  un  sacri- 
fice de  louange.  A  l'un  et  a  l'autre  degre,  il  voit 
Jesus-Christ,  mais  au  premier  degre,  il  le  voit  cru- 
eitie  et,  au  second,  couronne  de  gloire  et  d'honneur. 
C'etait  au  premier  que  se  trouvait  Isale  quand  il 
disait  :  «  Et  nous  l'avons  vu,  et  il  n'avait  plus  ni 
aspect,  ni  beaute  {La.  mi,  2).  »  Mais  il  6tait  au 
second  quand  il  s'est  eerie  :  «  J'ai  vu  le  Seigneur 
assis  sur  un  trone  eleve  (Isa.  vi,  1).  »   Remarquez 


super  caput  ejus.  Carbones  ignis,  opera  sunt  charilatis  : 
qua  congeruntur  super  diabolum,  qui  est  caput  om- 
nium iniquorum  :  ut  ablato  eo  nascaiur  eis  caput  Deus, 
qui  charitas  est.  Crescit,  si  necessitates  palienti  subve- 
neris,  si  volenlis  mutuare  praslileris,  si  amico  animum 
tHDm  aperueris.  Servatur,  si  loquendo  vel  exhibendo 
etiam  qua?  Don  videnlur  necessaria,  amicorum  voluntati 
satisfeceris.  Servatur  eliam  el  augetur  bono  vullu, 
dulci  sermone  ,  hilari  operatione  :  ut  charitatem , 
quam  vultus  et  sermo  indicant,  pia  et  hilaris  operatio 
confirmet  :  quia  exbibitio  operis  probatio  est  dilec- 
tionis. 

SERMO  CXXII. 

Tu  autem  cum  jejunaveris,  unge  caput  tuum,  et  faciem 
tuam  lava.  Hoc  autem  dixit  Dominus  propter  d  plex 
vitium,  vanae  gloria;  scilicet,  et  impatientise,  quod  solet 
jejunantes  subvertere.  Per  hoc  quod  jubet  faciem 
lavare,  prcecipi  nobis  inlentionem  puram  servare  :  quia 
sicut  decor  corporis  in  facie,  ita  decor  totius  operationis 
ani-nje  consistit  in  inlentione.  Per  unctionem  capitis, 
qua  qnod  asperum  erat  lenitur,  pracipit  nobis  lenitatem 
mentis  injejonio  tenere.  Pura  erit  inlentio.  si  in  omni 
actione  nostra  aut  bonorem  Dei ,  aut  utililatem 
proximi,  aut  bonam  conscieiitiam   nostram    quEeramus. 

SERMO  CXXIII. 
) .  Spiritu  amputate,  et  rie.tideria  carnis  non perficielis. 


Sunt  qui  came  ambulant,  qui  omnem  sollicitudinem  in 
hoc  ponunt,  quomodo  molestias  carnis  evitent.  Hi  sunt, 
qui  licet  virtutes  probent,  tamen  dum  molestias  carnis 
omnino  evitare  volunt,  concupiscenliis  ejus  pravis 
nequeunt  resistere.  Talibus  dicit  Apostolus  :  Spiritu 
ambulate,  id  est,  sollicitudinem  vestram ,  quomodo 
molestias  carnis  evitetis,  deponite.  In  hac  vita  spiritus 
duo  gradus  sunt,  superior,  et  interior.  In  inferior!  gradu 
homo  in  suo  spiritu  ambulat;  in  superiori  gradu  in 
spiritu  Dei.  In  inferiori  gradu  ambulat  homo,  quando 
reversus  ad  cor,  circa  affectiones  suas  sollicitus,  in  se 
reprehendit  quod  virtuti  coutrarium  esse  cognoscit.  In 
hoc  gradu  saciilicium  Deo  contribulati  spiritus  et  cordis 
humi'iati  per  compunctionem  offert.  De  hoc  gradu  ad 
superiorem  ascendens,  incipit  cogitare  beneflcia  Dei  : 
et  conversus  ad  gratiarum  actiones,  offert  Deo  per  de- 
votionem  sacrifieium  laudis.  In  utroque  gradu  videt 
Christum  :  in  primo  crucifixum,  in  secundo  gloria  et 
honore  coronatum.  In  primo  erat  Isaias,  quando  dixit  -. 
Et  vidimus  eum,  et  non  erat  ei  species  neque  decor.  In 
secundo  erat,  quando  dixit  :  I'idi  Dominum  sedentem 
super  solium  exce/sum.  Et  nota  quod  in  primo  dixit. 
Vidimus  :  in  secundo,  Vidi  :  quia  illud  multorum  est, 
et  peccatorum  :  istud  paucorum,  et  solius  Propheta?. 
Unde  Apostolus  :  Ex  parte  cognoscimus  Christum,  et 
hunc  crucifixum  :  ex  parte  prophetamus ;  quia  nondum 
videmus  sicuti  est.  Scimus  enim  quoniam  cum  apparue- 
rit,  similes  ei  erimus  :  quia    ridebimu-i   eum    sicuti  est. 


88 


OEUVRES  DE  SAINT  HEUNAHD. 


de  plus  que  dansle  premier  cas,  il  dit :  nous  avons  sur  tous  ses  biens.  «  L'un  avail  six  ailes  et  l'autre 
vu,  »  tandis  que  dans  le  second,  il  <lit  :  «  j'ai  vu ;  » 
e'est  que  l'un  esl  commun  a  beaucoup  en  mime 
temps,  c'esl  le  fait  des  p6i  ai  ursj  l'autre  n'esl  pro- 
pre  qu'a  un  petit  nombre,  ce  n'esl  le  fail  que  du 
Prophete,  aussi  1'Apotre  dit-il  :  «  Nous  ne  con 
sons  le  Christ  qu'en  partie,  el  meme  nous  ne  le 
conuaissons  que  cmcilie;  nous  ne  prophet 
aussi  qu'en  partie,  ear  nous  ne  le  voyons  point 
encore  tel  qu'il  est  (i  Cor.  xiu,  9  .  Mais  nous  savons 
que  lorsqu'il  aura  apparu,  nous  serous  semblables 
a  lui,  attendu  que  nous  le  verrons  tel  qu'il  est 
i  Joan,  in,  2).  »  Le  Prophete  vi!  done,  mais  non 
point  J'un  o>il  prophetique,  le  Seigneur  assis  sur 
un  trone  eleve,  c'est-a-diresurla  nature  angelique, 
et  haut,  e'est-a-dire,  sur  la  nature  humaine  :  car, 
e'est  lui  qui  relevera  le  pauvre  de  sa  poussiereet 
Pindigent  de  son  rumier,  pour  le  faireasseoir  avec 
les  princes  et  lui  faire  occuper  un  trone  <le  gloire. 
«  Et  toute  la  terre  etait  remplie  de  sa  majeste  (Isa. 
vi,  3).  »  Toute  la  terre,  dit-il,  cela  veut  dire  tous 
les  corps  des  £)us  qui  seront  pleins  de  sa  majeste 
quand  il  transformera  notre  corps  toutvilet  abject 
qu'il  est,  et  le  rendra  conforme  a  son  corps  glo- 
rieux  (Philipp.  in,  21).  «  Et  ce  qui  etait  au  dessus 
de  lui,  remplissait  le  temple  (Isa.  vi,  1).  »  Quand 
les  hypocrites  et  ceux  qui,  etant  invites,  refusent 
de  venir.  seront  jetes  dans  les  tenebres  exterieures, 
les  humbles  et  ceux  qui  sont  soumis  a  Dieu  rem- 
plironl  le  temple,  car.  il  sauvera  le  peuple  des 
humbles,  et  il  humiliera  les  yeux  des  superbes 
(Psal.  xvn,  28). 

2.  «  Des  seraphins  se  tenaient  au  dessus,  l'un 
avait  six  ailes,  et  l'autre  en  avail  egalement  six 
(Isa.  vi,  2).  »  Les  seraphins,  les  ardents,  represen- 
tent  ceux  qui  servent  Dieu  dans  la  ferveur,  ceux 
que  le  Seigneur  trouve  vigilants,  et  qu'il  etablira 


en  avait  egalement  si\  :  a  Parce  que,  non-seulement 
Irs  prelals,  inns  aussi  les  Lnferieurs  ont  des  ailes 
et  sont  des  seraphins,  s'ils  sont  fervents :  a  Avec 
les  ils  se  couvraient  la  tete,  et  avec 
deux  autres  ils  se  couvraient  les  pieds,  et  avec  les 
deux  qui  rcstaient  ils  volaient  [Ibid.).»  Les  ames 
intes  ont  des  ailes  pour  voler,  ce  sonl  la  crain- 
te  et  l'esperance,  ear  lea  fetres  qui  volent  tantot 
montenl  el  tantot  descendent.  Or,parresperanceon 
s'eleve,  attendu  qu'on  babite  dans  les  cienx.  Aussi, 
quelques  uns  de  ceux  qui  s'elevent  ainsi  disent-ils: 
a  Notre  vie  esl  dansleciel  Pkilipp.m,  20).»  Car  la 
crainte  on  descend,  car  c'esl  en  eon.  esi  •■  danl  aux 
faibles  qu'onlesreleve.enreflechissanl  sursoi-meme, 
el  en  craignanl  d'elretente  aussi  [Galat.vi,  1).  «Avec 
deux  de  leurs  ailes  ils  se  couvraient  les  pieds.  »  Or, 
les  pieds  ce  sont  les  affections,  car  e'est  par  elles 
qu'on  se  joint  au  prochain.  Mais  comuie  il  esl 
se  de  deux  manieres,  d'abord  par  un  exces  de  seve- 
rite  qui  abat  les  faibles,  et  en  second  lieu  par  un 
exces  de  bonte  qui  consent  a  leurs  vices,  les  sera- 
phins les  voilaient  de  deux  de  leurs  ailes;  e'est-a- 
dire  de  l'aile  de  la  consw.iuuua  Je  notre  propre 
fragilite  contre  un  exces  de  severite,  et  de  l'aile 
du  zele  de  la  rectitude  contre  un  exces  de  bonte. 
«  De  deux  de  leurs  ailes  ils  voilaient  lour  tete.  •  La 
tete,  e'est  l'intention  de  la  contemplation,  on  l'in- 
tellect  spirituel.  Les  seraphins  la  voilenl  de  deux 
ailes  a  cause  des  ennemis,  a  cause  de  la  vaine 
gloire,  et  de  1'orgueil  cache;  ils  ont  une  aile  contre 
la  vaine  gloire,  e'est  1'amour  de  la  verity  et  une 
autre  contre  1'orgueil,  e'est  le  gout  de  1'huuiilite. 


Vidit  Propheta,  sed  oculo  prophetico,  Dominum  seden- 
tem  super  solium  excelsura,  id  est,  super  angelicam 
creaturam  :  et  elevatum,  id  est,  supra  humanam  :quiaipse 
suscitabit  de  pulvere  egenum,  el  de  stercore  eriget  pau- 
perem,  ut  scdeat  cum  principibns,  et  solium  gloriae 
teneat.  Et  plum  era!  omnis  terra  majeslate  ejus.  Omnis 
terra  hoc  est,  omnia  electorum  corpora,  plena  erunt 
majeslate  ejus,  quando  reformabit  corpus  bnmilitatis 
nostra?,  configuratum  corpori  claritatis  sua'.  El  ea  gate 
sub  ipso  erant,  replebant  lemplum.  Projeclis  hypocrilis, 
et  his  qui  invilali  venire  cxciisanl,  in  tenebias  exte- 
riores ;  humiles  et  Deo  siiudili  replebunt  templum  : 
quoniam  ip-  i  humilem  salvum  faciei,  el oculos 

Buperborom  bumili 

2.  S  abani  ntper  Mud :  sex  alee    uni,  el  sex 

alee  ai  him,  id  est  ardentcs,  significant  eos  qui 

in  fervors  Deo  serviunl  :  quos  Dominus  vigilantes  inve- 
nit,  el  super  omnia  sua  constituel  eos.  Sex  alee  uni,  et 
sex  alee  alien  i  quia  non  solum  prslati,  sed  etiam 
subjecli  alas  habent,  el  seraphim  sunt,  si  ferventcs  fue- 
rint.  Duabus  tegebant  caput,  et  iluabus  pedes,  et  duabus 
labani.  Habent  ferventes  animae  alas    quibus   volant, 


Les  ailes  de 
l'ame. 


spem  et  timorem  :  quia  volanlis  est  aliquando  alta 
petere,  aliquando  ima.  Per  spem  enim  alia  petunt, 
quia  in  coelestibus  habitant  Unde  quidam  ex  eis  dieunt : 
Nostra  esl.  Per  timorem  ima.  Con- 

descendendo  enim  infirmis,  instrnunt  eos,  considerantee 
seipsos,  ne  et  ipsi  tententur.  Duabus  tegebani  pedes. 
Pedes  eorum  allectiones  sunt,  quibus  proximis  jungun- 
tur.  Sed  quia  bis  duobus  modis  offenditur,  scilicet  nimio 
rigore  inlirmos  dejiciendo,  ac  nimia  lenitale  coram 
viliis  consentiendo,  velabant  illos  Seraphim  duabus  alis  : 
contra  nimium  rigorem,  consideratione  propria'  fragili- 
lalis  :  conlra  niroiam  lenitatem,  zelo  reclitudinis.  Duabus 
velabant  caput.  Caput,  intenlio  contemplations  est, 
sive  intellectus  spiiilualis.  Et  hoe  velant Seraphim, prop- 
ter inimicos,  propter  vanam  gloriam,  el  occultam  super- 
biam,  duabus  alis  :  conlra  vanam  gloriam  una  ala, 
scilicet  amore  veritatis  :  conlra  superbiam,  studio  humi- 
litalis. 


SERMONS  DIVERS. 
CENT-VINGT-QUATRIEME  SERMON. 


89 


La  parole  de 

Dieu 

opere  ordi- 

nairemcnt 

deui  eifets. 


1.  La  parole  de  Dieu  a  doit  operer  deux  effets, 
guerir  les  ames  vieieuses  et  exciter  les  bonnes, 
Or,  j'appelle  vieieuses  non  pas  toutes  celles  en  qui 
est  un  vice,  mais  celles  qui  consentent  voloutaire- 
ment  au  mal  et  ne  resistent  point  autanl  qu'elles  le 
pourraient.  C'est  a  ces  ames  que  s'adresse  la  Verile 
meme  dans  le  saint  Evangile  qnand  elle  dit  :  «  Met- 
tez-vous  proinptemenl  d'accord  avec  l'adversaire, 
pendant  que  vous  etes  avec  lui  dans  le  ckemiu,  etc 
(Matt,  v,  25).  »  Elle  ne  dit  point  avec  le  vice,  mais 
avec  l'adversaire  :  Or,  cet  adversaire  n'est  autre 
que  la  parole  de  Dieu,  qui  est  sans  cesse  en  oppo- 
sition avec  le  mal.  C'est  se  mettre  d'accord  avec 
elle,  que  de  dire  avec  le  Prophete  :  «  Et  mon  pe- 
est  toujours  conlre  moi  (Psal.  l,  b.).  »  J'appelle 
bonnes  nou  point  les  ames  parfaites,  mais  les 
ames  qui  commencent  a  le  devenir;  bien  qu'clles 
aient  encore  du  vice,  cependant  elles  ne  sont  point 
d'accord  avec  lui,  elles  lnttent  contre  lui.  Ces  ames 
peuvent  sou  vent  faire  des  cbutes  par  faiblesse  ou 
par  ignorance,  selon  ce  qui  est  ecril  :  «  Le  juste 
tombe  sept  fois  (Prov.  xxiv,  16),  »  mais  parce  qu'ils 
out  de  la  bonne  volonte,  ils  so  relevent  par  elle ; 
car  c'est  par  la  volonte  que  l'ame  est  bonne,  atleii- 
du  que  de  tous  les  biens  qui  se  trouvent  naturelle- 
mmt  dans  l'ame,  tels  que  une  bonne  intelligence 
une  vaste  memoire,  une  raison  eveillee  et  tous  les 
autres  biens  de  l'ame,  il  n'y  a  que  la  volonte  qui 
rende  Tame  bonne  on  mauvaise  selon  quelle  est 
bonne  ou  mauvaise  elle-meme.  Mais  comme,  selon 
la  remarque  de  Job,  «  l'bomme  ne  demeure  jamais 
dans  le  meme  etat  (Job.  xiv,  2),  »  car  il  avance  ou 
il  recule,  il   faut  avaucer  dans  cette  bonne  volonte, 

a  Ce    passage    se    trouve    reproduit    dans    le    livre   vn    des 
Fleurs  de  aaint  Bernard,  chapitre  xni.  On    en  lit  encore    quel- 


SERMO  CXXIV. 

1.  Sermo  Dei  duo  operari  debet,  et  animas  vitiosas 
sanare,  et  bonas  admonere.  Vitiosas  dico,  non  omnes 
quibus  inest  vitium,  sed  quae  vitio  ex  voluntate  consen- 
tiunt,  nee  resistunt  quantum  possunt.  Tali  arums 
loquitur  Veritas  in  Evangelio,  dicens  :  Esto  consentient 
adversorio  tuo,  quandiu  cum  Mo  es  in  via,  etc.  Non 
dixit,  vitio  ;  sed,  adversario.  Adversarius  iste  ,  sermo 
Dei  est,  qui  semper  viliis  adversatur.  Huic  consentit, 
qui  cum  Propheta  dicere  possit  :  Et  peccatum  meum 
contra  me  est  semper.  Bonas  dico  animas,  non  solum 
pcrfectas,  sed  incipientes;  quae  licet  vitium  habeant,  non 
tamen  consentiunl,  sed  repugnant.  Tales  anima;,  licet 
ex  infirmitate  vel  ignorantia  sspe  cadant,  sicut  scriptum 
est,  Septies  in  die  cadtt  Justus;  tamen  per  voluutatem, 
quam  habent  bonam,  resurgunt.  Haec  est  enim  qu.'E 
bonam  tacit  animam  :  quia  cum  mulla  sint  aninve  bona 
naturaliter  insila,  sicut  ingeniuni  bonum,  memoriaoapax, 
vigil  ratio,  et  castera  anims  bona;  sola  tamen  voluntas, 
si  fuerit  bona,  bonam  facit  animam  :  si  fuerit  vitiosa, 
viliosam.  Sed  quia  homo   (sicut    Job    ait)   nunqnnm  in 


attendu  qu'elle  est  la  voie  meme  dont  le  Prophete 
a  dit  :  «  Voili  la  voie,  marchez-y  (ha.  xxx,  11),  » 
et  dont  le  Ps  dmiste  pari  ait  quand  il  disait  :  «  Heu- 
reux  l'bomme  qui  attend  de  vous,  6  mon  Dieu,  le 
secours  dont  il  a  besoin,  et  qui  dans  cette  vallee  de 
larmes  medite  dans  son  cceur  des  moyens  de  s'ele- 
ver  (Psal.  lxxxiii,  6),  »  dans  son  cceur  dit-il,  e'est- 
a-d;re  dans  sa  volonte. 

2.  Le  premier  degre  de  cette  voie,  c'est  la  droi- 
ture  de  la  volonte ;  le  second,  c'est  la  force  de  vo- 
lonte ;  le  troisieme  est  la  devotion  de  la  volonte,  et 
le  quatriemesa  plenitude.  Au  premier  degre,  l'ame, 
par  la  pensee,  est  d'accord  avec  la  loi  de  Dieu ; 
mais  comme  la  chair  se  revolte,  elle  ne  peut  trouver 
la  force  de  faire  le  bien  qu'elle  approuve ;  elle  fait 
meme  bien  souvent  par  taiblesse  le  mal  qui  lui 
repugne  (Rom.  vn,  16).  Pourlant  elle  est  droite, 
puisqu'elle  est  d'accord  avec  son  adversaire,  et  de- 
teste  en  elle-meme  ce  qu'il  reprouve.  Au  second 
degre,  l'ame,  non-seulement  ne  fait  plus  le  mal 
qui  lui  repugne,  mais  encore  elle  opere  volontiers 
et  avec  force,  sinon  sans  peine,  le  bien  qu'elle 
aitne,  et  dit  avec  le  Propbete  :  «  C'est  a  cause  des 
paroles  tombees  de  vos  levres  que  je  me  suis 
appliquee  a  suivre  vos  voies,  bien  que  dures  et  pe- 
nibles  (Psal.  xvi,  Zi).  »  Au  troisieme  degre,  son 
cceur  se  dilate,  elle  court  dans  la  voie  des  comman- 
dements  de  Dieu,  et  y  trouve  des  delices  pareilles 
a  celles  qu'on  goute  dans  d'immenses  tresors.  La 
peau,  ointe  de  l'buile  de  la  grace spirituelle,  et  sa- 
ebant  que  «  Dieu  aime  celui  qui  donne  d'un  coeur 
joyeux  (11  Cor:  is,  7),  »  se  porte  avec  joie  a  toute 
soil.'  de  biens  et  s'ecrie  avec  le  Prophete  David  : 
«  Seigneur,  j'ai  couru  dans  la  voie  de  vos  com- 
maudemenls,   quand  vous  avez  dilate   mon  cceur 

ques  autrea  du  meme  termon  an  chapitre  onzo  du  meme 
livre. 


II  y  a  quatrg 

degres  de 

bonne 

volonte. 


eodeni  statu  permanet  :  aut  enim  deficit  aut  proficit 
proficiendum  est  in  hac  voluntate,  quia  ipsa  est  via,  de 
qua  ait  Propheta  :  Hcec  est  via,  ambulate  in  ea,  et 
psalmus  :  Ueatus  vir  cuj'us  est  auxilium  abs  tel  ascen- 
siones  in  corde  suo  disposuit  in  valle  lacrymarum.  In 
corde,  id  est  voluntate. 

2.  Primushiijus  via;  grades  est  recta  voluntas,  secundus 
valida,  tertius devota,  quartus  plena  voluntas.  In  primo 
gradu  anima  mente  legi  Dei  consentit  :  sed  carne  repu- 
gnante,  bonum  quod  diligit,  perfioere  non  invenit ;  sed 
S35pe  malum  quod  odit,  per  inlirmitatem  facit.  In  hoc 
tamen  recla  est  ejus  voluntas,  quod  adversario  suo  con- 
sentiens,  in  se  odit  quod  ille  repi'ehendit.  In  secundo 
gradu  anima  non  solum  malum  quod  odit  non  agit,  sed 
etiam  bonum  quod  diligit,  licet  cum  gravedine,  t'ortiter 
tamen  perfloit,  dicens  cum  Propheta  :  Propter  verba 
labiorum  luorum  ego  custodivi  vias  dura-;.  In  tertio 
gradu  jam  ddatato  corde  currit  viam  mandatorum  Uei, 
et  delectatur  in  eis,  sicut  in  omnibus  divitiis  :  quia 
inuncta  pedis  oleo  spiritualis  gratia?,  et  sciens  quod 
hitarem  datorem  dxtignt  Dear,  cum  hilaritate  ad  qnodli- 


90 


OKUVRES   DE  SAINT  BEHNAltl). 


{Psal.   cxvni,  32).  »  Au  quatrieme  degrt  sont  les    sagesse  a  ete  justifiee  par  ses  fils  {Matt.  xi,  19),  » 


Empfvhe- 

ment 

a  la  bonno 

rolonte. 


anges  qui  font  le  bien,  mais  mi  bien  complet,  lou- 
jours  aussi  i'.ic 1 1 .  tiit-nt  qu'ils  veulent.  L'ame  peut 
bien  aspirer  a  cedegre,  mats  elle  tie  peul  y  altein- 
dre  t.mt  qu'elle  esl  dans  son  corps,  parce  que  ce 
corps  1'appesantit.  Celui  qui  n'a  pas  encore  la  vo- 
lonte droits,  doil  savoir  que  c'esl  une  intention 
charnelle  qui  fait  obstacle.  Celui  qui  l'a  droite, 
niais  sans  force,  peul  fitre  sur  que  ['obstacle  vient 
d'une  mauvaise  habitude.  Celui  qui  a  la  volonte 
devou.e,  mais  non  encore  pleine,  doil  6tre  persuade 


el  dans  I'oraison  dominicale  nous  disons  :  «  Que 
votre  nora  suit  santifie  [Matt,  vi,  9).  »  Le  Christ,  la 
.!,■  Dieu  ■  el  la  sagesse  de  Dieu,  eal  justified 
tlorule  par  ses  Ills.  Disons  d'abord 
comment  la  sagesse  est  justifiee  par  ses  til?.  «  Dieu 
Qagelletoui  enfant  qu'il  aime  [Eebr.  xn,  6).  »  Mais 
aux  premiers  coups  de  fouet,  alors  qu'il  est  encore 
esclave  sous  la  loi  de  Dieu  et  ne  sait  point  com- 
ment il  sera  enfant  de  [lieu,  il  murmure,  se  declare 
innocent  et  appelle  Dieu  cruel.  C'est  que,  sie'est  le 


que  ce  qui  l'arrete,  c'esl  I'habitation  terrestre  de  Christ,  la  vertu  de  Dieu -qui  so  montre  a  lui,  ce 

son  ame.   Quanl   a  l'homme  dont  la  volonte  est  n'est  point  sa  sagesse,  car  le  fouet  ne  lui  fait  sentir 

vicieuse,  qu'il  prieet  qu'il  dise  :  «  Que  votre  volontfi  que  la  puissance  de  sa  vertu,  il   ne  sent  pas  encore 

suit  faite  sur  la  terre  comme  dins  le  ciel  [Matt,  vi,  la  douceur  de  la  sagesse  qu'il  goute  par  son  intel- 

10),   en  se  regardant  comme   etant  lui-meme   la  ligence.  Jesus-Christ  uatteint  fortement,  »  par  le 

terre.  Celui  qui  a  une  volonte  droite,  a  le  ciel,  car  fouet  celui  qui  se  trouve  dans  cet  etat,  mais,  «  il 

il  y  a  autanl  de  distance  entre  une  volonte  droite  le  dispose  doucement  [Sap.  vm,  1),  »  par  l'intel- 

et  uhe  volonte  vicieuse,  qu'entre  le  ciel  et  la  terre.  led   quand  il  lui  suggere  la  pensee  de   I'Apdtre, 


Que  celui  qui  a  une  volonte  droite  mais  faible, 
fasse  cette  priere-la,  et  s'applique  le  mot  terre ; 
quant  a  celui  qui  l'a  forte,  c'est  a  lui  que  s'applique 
II  faut  inu-  le  mot  ciel.  Et  ainsi  des  autres,  en  sorte  que  l'ame 
tende  toujours  a  monter  ;  car  de  meme  que  celui 
qui  demeure  dans  une  mauvaise  volonte  est  con- 
damne,  ainsi  celui  qui,  dans  les  autres  volontes,  ne 
s'eflbrce  point  d'avancer  est  digne  de  reprimandes. 

CENT-YINGT-CINQU1EME  SERMON. 


jours 
monter. 


«  de  se  rejouir  dans  les  tribulations  [Rom.  v,  3),  »  et 
lui  fait connaltre  que  «  l'aftliction  produit  la  patience, 
la  patience,  I'epreuve,  l'epreuve,  1'esperance  et  que 
l'esperitnce  ne  trompe  point.  »  Alors  il  sait  qu'il 
n'est  plus  puni  comme  uu  esclave,  mais  inslruit 
par  le  fouet  comme  uu  fils  qui  sait  recevoir  l'heri- 
tage.  11  se  confesse  pecheur  et  dit  que  Dieu  est  juste 
et  justilie  ainsi  en  lui-meme  la  mere  sagesse. 

2.  M  lis  a  quoi  bon  confesser  ses  peches  sous  le 
fouet,  si  on  ne  s'en  eloigne  par  la  sainte  continence? 


Selon  ce  qui  est  ecrit  :  «  Sovez  saint  selon  que  moi- 
1.  «  Glorifiez  Dieu  et  portez-le   dans   votre  corps    meme  je  suis  saint  [Levit  six,  2)  :»  en  sorte  que,  tel 
(i  Cor.  vi,).  »  Ailleurs,  l'Ecrilure  dit  eucore  :  «  La    est  lepere,  tel  soit  le  lils;  de  cette  maniere,  le  nom 

»  Ce    passage  ci   quelques   autres    encore  de    ce   sermon    se     et  dans  le  livre  VI,  chapltre  XVII  du  meme  ouvrage. 
trouvent  au  lnre  VIII  desFleurs  de  saint  Bernard,  chapitre  X, 


bet  bonum  se  extendens,  clamat  cum  Prophela  David  : 
Viam  mandatorum  tuorum  eucurri,  cum  dilatasti  cor 
meum.  la  quarto  gradu  sunt  angeli  :  qui  ea  facilitate, 
qua  semper  volunt,  bonum  plcnarie  pcrficiunt.  Hunc 
gradum  desiderarc  quidem  potest  anima,  ascendere  non 
potest  in  corpore,  ob  hoc  quod  corpore  aggravatur.  Qui 
nondum  rectam  babel  voluntatem,  sciat  quia  impedit 
eum  carnalis  intenlio.  Qui  habet  rectam,  et  non  validam; 
sciat  quia  impedit  eum  prava  consuetudo.  Qui  babel 
devotam,  et  nondum  plenam;  sciat  quia  impedit  eum 
terrena  inhabitatio.  Cujus  adhuc  vitiosa  voluntas  est, 
oret  et  dicat,  Fiat  voluntas'  tua  sicut  in  cmlo  et  in  terra: 
se  inlelligens  terram ;  ilium  autem  qui  rectam  habet 
voluntatem,  coclum  :  quia  quantum  caelum  distat  a  terra, 
tantnm  distat  recti  voluntas  a  vitiosa.  Ita  oret  qui  rec- 
tam habet  voluntatem,  sed  non  validam,  se  intelligens 
terram;  ilium  autem,  cui  jam  valida  est,  ccelum.  Et  ita 
de  csleris,  ut  semper  atteudat  anima  profiVere  :  quia 
3'n'ut  condemnatus  est,  qui  in  vitiosa  permanet  volun- 
tate,  ita  reprehensibilis  est,  qui  in  aliis  non  studet 
proficere. 

SERMO  CXXV. 

I.  Glorificate  et  portatc  Deum  in  corpore  veslm.  Alibi 
ii<-it  Scriptura  :  Justificata  est  sapienlio  a  filiis  suis.    Et 


in  oratione  dicimus  :  Sancti/icetur  nomen  tuum.  Christus, 
Dei  virtus  et  Dei  sapiontia,  justificalur,  sanctificatur  , 
glorificatur  a  tiliis  suis.  Dicamus  ergo  primum,  quo- 
modo  sapienlia  justificatur  a  filiis  suis.  FlageUat  Deus 
omnem  plium  quern  diligit.  Sed  in  initio  il.igelli,  dum 
adhuc  sub  lege  servus  Dei  est,  et  nescit  quomodo  filius 
Dei  erit,  murmorat;  se  autem  innocentem,  Deum  vero 
crudelem  pronuntiat.  Huic  autem  Christus  Dei  virtus 
apparel,  sed  nondum  sapienlia  :  quia  per  tlagellum 
polentiam  virtutis  sent  it ,  sed  nondum  sapiential  suavi- 
tateni  per  intellectum  capit.  Hnnc  talem  sapienlia  altm- 
gil  fortiter  per  tlagellum,  et  disponit  suaviter  per  intel- 
lectum, dum  illud  Apostoli  ei  inspirat,  scilicet  gntol  re 
in  tribulationibus ;  scire  quoniam  tribulatio  palientiam 
operatur,  palientia  probationem,  probatio  vero  spent  : 
spes  autem  non  confundit.  Et  jam  se  non  quasi  servant 
puniri,  sed  quasi  (ilium  per  tlagellum  erudiri  cognoscit, 
ul  haereditatem  capiat  :  se  peccatorem,  Deum  vero 
justum  pronuntians,  justificat  in  se  matrem  sapicn- 
tiam. 

2.  Sed  quid  prodest  peccata  inter  (lagella  confiteri,  si 
non  ab  eisdem  per  continentiae  sanctitatem  abstineas? 
sicut  scriptum  est,  Sancti  estate,  sicut  et  ego  sandus 
sum  :  ut  qualis  pater,  talis  sit  filius  :  et  in  sanctimonia 
filinrum  nomen  Patris  sanctificetur.  Quod  et  quotidie  in 


SERMONS  DIVERS. 


91 


duPere  sera  sanclifie  dans  la  saintele  de  sesenfants. 
C'est  ce  que  nous  demandons  tons  les  jours  dans  la 
priere,  afin  que,  en  meme  temps  que  notre  Pere  se 
plaint  en  ces  termes  de  plusieurs  de  ses  enfants 
qu*il  trouve  mauvais  et  deregles,  «  tons  les  jours 
mon  nom  est  blaspheme  a  cause  de  vous  au  milieu 
des  nations  (ha.  lii,  5  et  Rom.  n,  In),  »  il  soit 
aussi  sanetifie  a  cause  des  saints.  Mais,  n'allez  pas 
penser  que  j'invente  que  la  saintete  est  la  conti- 
nence, ecoutez,  en  efiet,  ce  que  l'Apotre  dit  aux 
Thessaloniciens  :  «  La  volonte  de  Dieu  est 
votre  sanctification  (i  Thess.  iv,  3).  »  Mais  de 
peur  que  par  ce  mot,  sanctification,  vous  enten- 
diez  autre  chose  que  la  continence,  pretez  l'oreille 
a  ce  qu'il  dit  apres  :  «  C'est-a-dire,  que  vous  vous 
absteniez  de  la  fornication  et  que  chacun  de  vous 
sache  posseder  le  vase  de  son  corps  dans  la  sancti- 
fication. »  Aussi,  appelons-uous  saints  ceux  que 
noustrouvons  fermes  dans  le  vceu  de  continence, 
renoncant,  non-seulemeiit  aux  actions  illicites, 
mais  encore  s'abstenant  de  toutes  paroles  impudi- 
ques.  Voila  pourquoi  il  est  ecrit :  «  Le  sage  de- 
meure  comme  le  soleil,  et  le  sot  change  comme  la 
lune  (Eccl.  xxvu,  12).  » 

3.  Mais  comme  un  fils  sage  est  la  gloire  de 
son  pere,  il  faut  que,  non-seulement  il  sancli- 
fie sa  mere,  la  sagesse  par  la  stabilite  de  la  con- 
tinence, mais  encore  qu'il  la  glorifie  par  le  fruit 
des  bonnes  oeuvres,  selon  ce  mot  de  la  Verile  meme 
dans  l'Evangile  :  «  Que  votre  lumiere  luise  devant 
les  homines,  atin  que,  voyantvos  bonnes  oeuvres,  ils 
glorilient  votre  pere  qui  est  dans  les  cieux  (Matt. 
v,  16).  »  Et  le  Psalmiste,  voulant  nous  peindre  le 
fils  de  la  sagesse,  nous  dit  :  «  lleureux  l'liomme  qui 
est  accessible  a  la  compassion  et  qui  prete  a  ceux 


Le  combat 
■pirituel. 


qui  sont  dans  le  besoin  (Psal.  cxi,  5).  »  Voila  une 

definition  du  sage  aussi  juste  que  courte.    En  effet, 

il  est  heureiix  au  milieu  des  fouets  en    confessant 

son  peche,  et  se   rejonit    de   le   voir  ell'aeer  par   la 

tribulation   11  a  pitie  de  son  ame  en  plaisanta  Dieu 

par  la  beaute  de  la  continence  ;  il  prete  au  prochain 

le  fruit  d'une  bonne  oeuvre.  Voila  le  juste,  l'liomme  Pc":lrait  <in 

J  .  juste. 

qui  rend  a  chacun  ce  qui  lui  appartient,  a  Dieu,  la 

confession,  a  soi-meme,  la  misericorde  et  au  pro- 
chain,  la  justice.  Voila  aussi  comment  les  fils  de  la 
sagesse  la  justifient  par  la  confession  des  pecbes, 
la  sanctifient  par  le  biende  la  continence  et  la  glo- 
rilient par  la  fructification  des  bonnes  oeuvres.  Le 
premier  coup  que  porte  la  crainte  de  Dieu  s'adresse 
a  la  negligence,  attendu  que  la  crainte  porte  a.  se 
tenir  sur  ses  gardes.  Si  la  negligence  l'emporte, 
die  engendre  la  curiosite.  Car,  tandis  que  la  terre 
de  notre  cceur,  laissee  inculte  par  la  negligence,  ne 
produit  que  des  ronces  et  des  epines,  lame  qui  ne 
trouve  plus  de  repos  en  elle  est  contrainte  de  se 
repandre  au  dehors.  Voila  comment  la  curiosite 
sort  du  cceur,  elle  est  combattue  par  la  piete.  La 
piete  c'est  le  culte  de  Dieu  :  or,  c'est  dans  le  cceur 
que  nous  honorons  celui  que  nous  savons  habiter 
dans  notre  cceur.  Si  la  curiosite  n'est  refrenee,  elle 
amene  l'experience  du  mal,  car  lorsque  Tame  se 
repandau  dehors  surbeaucoup  d'objels,  elle  trouve 
facilement  l'occasion  de  gouter  quelque  plaisir 
dangereux.  Contre  l'experience  du  mal  arrive  la 
science  qui  nous  apprend  quelle  chose  il  est  sur 
ou  dangereux  d'experimenter.  Mais  si  l'experience 
du  mal  l'emporte,  elle  engendre  la  concupiscence, 
et  la  concupiscence  passe  en  affection  du  cceur. 


oratione  petimus;  ut  sicut  de  quibusdiim  pravis  et 
incontinentibus  Pater  conqneritur  dicens,  Quotidie  no- 
men  meum  blasphemetur  per  vos  inter  gentes  :  Ha  et 
pet'  sanctos  sanctificetur.  Sed  ne  meum  putesinventum, 
quod  sanctitas  continentia  sit,  audi  Apostolum  dicentem 
ad  Tlicssalonicenses  :  Hiec  est  enim  voluntas  Dei,  sane- 
tificaiio  vestra.  Et  ne  aliud  putes  sanctificationem,  quam 
conlinentiam,  audi  quod  sequitur  :  Ut  abstineatis  a  for- 
nicationc,  ut  sciat  unusquisque  vest  rum,  suum  vas  pos- 
siderein  sanctificationem. Unde  et  sanctos  eos  dicimus, 
quos  firmos  in  proposilo  continentiae,  ab  hujus  saculi 
lion  solum  illicitis  actionibus,  sed  etiam  impudicis  locu- 
tionibus  abstinere  vidernus.  Unde  scriptinn  est,  Sapiens 
ut  sol  permanet  :  slullus  ut  lima  mulatur. 

3.  Sed  quia  sapiens  (ilius  gloria  est  p;ilris,  necesse  est 
ut  non  solum  sanctilicetur  ab  eo  mater  sapienlia  per 
conlinentice  slabilitatem,  sed  etiam  glorificetur  per  boni 
operis  fructiticationem,  sifut  in  Evangelio  Veritas  dicit : 
Luceat  lux  vestra  coram  hominibus  ,  id  videant  opera 
vestra  bona,  et  glorificent  Patrem  vestrum  qui  in  cce/is 
est.  Unde  psalmista  Sapientiae  (ilium  describens  ait  : 
Jucundus  homo,  qui  miseretur  el  commodat.  Et  vere 
brevis  et  perfecta  definitio  sapientis.  Jucundus  enim 
inter  flagella  confltendo  delictum,  gaudet  illnd  per  prap- 


sentem    tribulalionem    deleri.    Miseretur   animae    suae 
placcns     Deo    per   continentiae   decorem    :   commodat 
proximo  fructum  bona?    opei-dtionis.    Et    hie   est  Justus, 
reddens  cuique  quod  suum  est,  Deo   confessionem,  sibi 
misericordiam,  proximo  charilalem,  Sic   autem  justifi- 
catur  sapienlia  a  fdiis  suis  per  confessionem  peccatorum 
sanctificatur  per  continentiae  bonum    :   gloriflcatur   per 
boni  operis  fructiflcationcm.    Primus    conlliclus  timoris 
Dei  est  contra  negligentiam.  Timor  enim  ad  custodiam 
sui  excitat.    Quod  si    praevaluerit   negligentia,    generat 
curiositatem.  Dum  enim  per    negligentiam   terra  cordis 
inculta,  spinas  et  tribulos  germinal ;  quae   in  seipsa  non 
invenit  requiem,  foras  cogitur  evagari.  Sic    curiositas  a 
corde  exit,  contra  quam   dimicat    pietas.    Pietas    enim 
Dei    cullus    est,    et    in   corde    colitur,    qui    in    corde 
cognoscilur  babitare.  Curiositas  si  non  vincitur,  generat 
experientiam    mali    :    quia    dum  animus  evagatur  per 
multa,  facile  invenit  ubi    noxiam    experiatur  delectatio- 
nem.    Hanc    impugnat   scieitia,    docens    quid    tutum 
sit  experiri,  quid  non.  Si  vero  piaevaluerit  experientia, 
generat    concupiscentiam  ,     ut     transeat     in    affectum 
cordis. 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD. 


1.  « 11  y  en  a  trois  qui  rendent  temoignage  dans 
le  riel,  le  Pere,  le  Filset  le  Saint- Esprit  (I  Joan. 

v,  7).  »  II  y  en  a  trois  aussi  sur  la  terre,  l'esprit, 
l'ean  el  le  sang.  II  on  est  de  mime  en  enfer  selon 
ces  paroles  d'lsale  :  «  Leur  verne  mourra  point 
et  leur  feu  iie  s'eteindra  jamais  [ha,  i  ivi,  24).  »  A 
ces  deux  inaux.  If  ver  el  le  feu  dont  I'un  ronge  la 
conscience,  I'autre  brule  le  corps,  s'en  ajoute  un 
troisieme,  le  desespoir,  ainsi  qu'on  le  comprend,  de 
reste,  a  ces  mots,  «  ne  mourra  point,  ne  s'eteindra 
jamais.  »  Dans  le  eiel,  le  temoignage  qu'on  recoit 
est  un  temoignage  ile  beatitude,  sur  la  terre,  e'en 
est  un  de  justification;  dans  1 'enfer,  e'est  un  temoi- 
gnage de  damnation.  Le  premier  est  un  temoignage 
de  gloire,  le  second,  de  grace,  et  le  troisieme,  de 
colere. 

2.  Au  sujet  de  l'Esprit-Saint,  l'Ecriture  nous  ap- 
prend  qu'il  procede,  qu'il  souffle,  qu'il  habite  dans 
les  ames,  qu'il  les  remplit  et  les  glorifie.  II  y  a  deux 
sortes  de  processions  ;  on  procede  de  et  on  procede 
vers.  D'ou  procede-t-il  ?  Du  pere  et  du  Fils.  Ou 
procede-t-il  ?  Vers  la  creature.  En  procedant,  il  pre- 
destine :  en  souf'llant,  il  appelle  ceux  qu'il  a  predes- 
tines; en  habitant  dins  les  ames,  il  justifie  ceux 
qu'il  a  appeles,  en  le  remplissant,  il  conible  de  nie- 
rite  ceux  qu'il  a  justifies,  et  en  les  justiDant,  il  en- 
richit  de  ses  recompenses  ceux  qu'il  a  coinbles  de 
merites. 


3.  l.e  Saint-Esprit  convainc  le  monde  du  peche 
qu'il  fait  seinblant  dene  point  apercevoir;  de  la 
justice  qu'il  ne  regie  pas,  puisqu'il  se  l'attribue  au 
lieu  de  I'attribuer  a  Dieu,  et  du  jugement  qu'il 
usurpe  quandil  a  la  temerite  non-seuleinent  de  se 
jiiger  lui-meme,  maisde  juger  les  autres  encore. 

ti.  Jusqu'a  ce  jour  ['effusion  des  eaux  sur  les  ha- 
bitants  de  Babylone,  j'entends  par-la  la  confusion 
.les  pensees,  rend  la  terre  ride  et  vague.  En  efTet, 
lant  que  toute  pensee  tlotte  anlour  de  la  chair,  on 
re  [lent  esperer  d'elle  aucun  fruit  de  sahit.  Que  les 
eaux  soient  done  separees  des  eaux  (Gen.  i,  6), 
e'est-a-dire  que  l'ame  revendique,  comme  il  con- 
vient,  sa  part  de  sollicitude  et  de  soins.  II  est  bicn 
que  les  pensees  inferieures  soient  renfermees  dans 
certaini's  limiles,  que  leur  cours  soit  contenu  dans 
un  lit  determine  et  qu'elles  ne  se  repandent  point 
au-dela  de  ce  que  la  necessite  exige  ;  les  pensees 
superieures  n'en  seront  que  plus  a  l'aise  pour  s'e- 
pauclier  et  se  repandre.  Vuila  certainenient  com- 
ment le  Seigneur  donnera  sa  benediction,  et  notre 
terre  produira  son  fruit  (Psal.  lxxxiv,  13). 

5.  Le  peuple  de  Dieu  compte  des  hommes  char- 
nelset  des  lion,  niesspirituels  ;  si  les  premiers  nesont 
point  sansquelque  desir  des  biens  eternels,  les  se- 
conds ne  sout  pas  non  plus  completement  etrangers 
au  desir  des  biens  temporels.  La  difference  entre 
eux,  e'est  que  les  uns  desirent  plus  ardemmeut  tels 


S.  BERNARDI  SENTENTLE. 


1.  Ties  sunt  qui  testimonium  dnnt  in  crelo,  Pater  el 
Films  et  Sjjirilus-Stiuctus.  Ties  in  terra,  spiritus,  aqua, 
et  sanguis.  Similiter  in  inferno,  ut  in  Isaia  legimus  : 
Vermis  eorum  non  morietw,  et  ignis  eorum  non  exstin- 
guetur.  Duo  mala  sunt  vermis  et  ignis  :  altera  roditur 
conscientia,  altera  concremantur  corpora.  Tertiumaddi- 
tur  dosperatio,  quae  in  eo  ulique  intelligilur  quod  dici- 
tur,  non  morielur,  et  non  exstinguetw.  His  qui  in  ccelo 
sunt,  datur  testimonium  bealitudinis  :  his  qui  in  terra, 
juslificationis  :  his  qui  in  inferno  sunt,  damnationis. 
Primum  testimonium  est  gloria;,  secundum  gratia?, 
tejtium  iias. 

2.  L)e  Spirilu-Sancto  testatur  Scriptura,  quia  proce- 
dit,  spiral,  inhubitat,  replet,  gloriflcat.  Piucedere  di- 
citur  duobus  modis  :  nude,  et  quo.  Unde '.'  a  Patre  et 
filio.  Quo?  Ad  creaturam.  Procedendo  prffirleslinat  : 
spirando  vocal  quos  pratdeslinavil  :  inhabitando  justi- 
ficat  quos  vocavit  :  replendo  accumulat  merilis,  quos 
justiflcavit  :  gloriflcando  ditat  praemiis,  quos  accumu- 
lavit  meritis. 


3.  Spirilus-Sanctus  arguit  mundum  de  peccato  quod 
dissimulat  :  de  justilia  quam  non  ordinal,  dum  sibi  non 
Deo  earn  dat  :  de  judicio  quod  usurpat,  dam  tarn  de  se, 
quam  de  aliis  temere  judicat. 

•i.  Usque  hodie  in  civibus  Babylonis  aquarnm  effu- 
sio,  id  est  confnsio  cogitationum,  terram  facit  inanein 
et  vacuam.  Dnm  cnim  tluctuat  circa  carnem  cogitatio 
universa  nullum  e\  ea  sperare  est  fructum  salutis.  Di- 
vidanlur  ergo  aquas  ab  aquis,  quatenus  anima  quo- 
que  (ut  dignum  est)  partem  sibi  vindicet  sollicitudinis 
el  iiiiililatiouis.  Sane  inferiores  certis  limilibus  coer- 
ceantur,  certis  contineantur  alveis,  necessitatis  terminos 
non  exicdanl,  proinde  superiores  copiosius  dilatentur. 
Ex  hoc  sane  dat  Dominus  benedictionem,  et  terra  nos- 
tra dabit  fructum  suum. 

5.  Cum  in  populo  Dei  carnales  alii  sint,  et  alii  spi- 
rituales  :  nee  illi  tainen  asternorum,  nee  isti  carenl 
Omni  iiuido  temporalium  desiderio.  In  co  sane  distant, 
quod  plus  alia  appetunt  alii,  et  secundum  ea  qua?  pne- 
ferunl,  aut  spirituals,  aut  carnales  judicantur.    Hinc  e»t 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD. 


93 


biens  et  les  autres  tels  autres,  et  suivant  que  leurs 
desire  se  portent  de  preference  sur  les  biens  spiri- 
tuels  ou  sur  les  biens  temporels,  ils  sunt  eux-memes 
des  hoinmes  spirituels  ou  des  hommes  charnels.  De 
la  went  que  dans  les  benedictions  qu'lsaac  donne 
a  Jacob  et  a  Esaii,  s'il  est  parle  de  la  rosee  du  ciel 
et  de  la  graisse  de  la  terre  ,  il  n'en  est  pas  parle 
dans  le  nieme  ordre  a  l'un  et  a  l'autre.  «  Que  Dieu 
te  prodigue,  dit-il  a  Jacob  ,  la  rosee  du  ciel  et  la 
graisse  de  la  terre,  »  et  a  Esau  :  «  Ta  benediction 
sera  dans  la  graisse  de  la  terre  et  dans  la  rosee  du 
ciel.  »  Or  on  voit  a  leurs  preoccupations  et  a  leurs 
desirs  quels  sont  les  biens  que  chacun  d'eux  pre- 
fere. 

6.  «  La  mort  des  pecheurs  est  tres-mauvaise.  » 
Elle  est  mauvaise  par  la  perte  du  raonde  qu'ils  ai- 
nient,  et  dont  ils  ne  peuvent  se  separer  sans  dou- 
leur.  Eile  est  pire  par  la  perte  de  leur  cbair  dont 
leur  inie  se  sent  arrachee  par  les  esprits  malins. 
Elle  est  tres-mauvaise  par  les  tourments  de  l'enfer 
oil  le  corps  et  l'anie  sont  plonges  ensemble  dansdes 
feux  eternels.  Au  contraire ,  la  mort  des  bons  est 
tres-bonne  ;  c'est,  en  effet,  pour  eux,  le  repos  apres 
le  travail,  le  bonlieur  de  jouir  d'uu  monde  nouveau 
et  la  securite  pour  jamais. 

7.  «  Le  paresseux  s'esl  vu  lapider  ave<  du  fumier 
de  bceufs  [Eccli.  xxn,  2).  »  Les  bceufs,  cesontceux 
qui  sont  tout  entiers  a  l'ceuvre  de  Dieu,  ceux  qui 
sement  dans  les  larmes  et  moissonnent  dans  la  joie. 
Ceux-la  regardent  toutes  les  cboses  de  ce  monde, 
quelles  qu'elles  soient,  comme  du  fumier.  Au  con- 
traire, le  paresseux,  dont  les  ennemis  voient  en  ri- 
cannant  les  jours  de  repos,  est  moque  duns 
son  repos  par  ses  ennemis,  comme  les  bceufs  la- 
borieux  se  =entent  honores  de  Dieu  dans  leurs  tra- 
vaux.  En  effet,  quand  les  malins  esprits  voient  un 


bomme  paresseux  aux  exercices  spirituels ,  ils  luj 
suggerent  a  tout  moment  des  pensees  terrestres  a 
l'esprit ;  c'est  comme  s'il  faissait  des  mottes  avecce 
que  nous  arons  appele  le  fumier  des  beeufs,  pour 
en  lapider  le  paresseux  comme  il  le  merite. 

8.  «  Qu'il  me  baise  d'un  baiser  desa  bouche  [Cant. 
\,  1).  »  11  y  a  trois  baisers  :  un  baiser  de  reconcilia- 
tion, un  baiser  de  recompense  et  un  baiser  de  con- 
templation. Le  premier  se  prend  aux  pieds,  le  se- 
cond aux  mains  et  le  troisieme  a  la  boucbe.  Dans  le 
premier  on  recoit  la  remission  des  peches,  dans  le 
second,  la  recompense  de  la  vertu,  et  dans  le  troi- 
sieme, la  connaissance  des  secrets  de  Dieu.  Oubien 
encore,  l'un  est  le  baiser  de  la  doctrine,  l'autre,  de 
la  nature  et  le  troisieme,  de  la  grace. 

9.  L'Epouse  a  deux  mamelles  qui  sont  la  con- 
gratulation et  la  compassion ;  deux  sortes  de  lait, 
l'exbortation  et  la  consolation.  Trois  parfums;  la 
componction,  la  devotion  et  la  piete.  La  componc- 
tion  au  souvenir  des  peches  passes,  la  devotion  au 
souvenir  des  bienfaits  recus,  la  piete  a  la  vue  des 
malheureux. 

10.  «  Reviens,  reviens,  Sunamite,  reviens,  re- 
viens,  que  nous  te  voyions  (Cant,  vi,  12).  »  Reviens 
d'abord  de  ta  joie  inepte,  reviens  en  second  lieu  de 
ta  tristesse  inutile,  reviens  en  troisieme  lieu  de  ta 
vaine  gloire,  reviens  enfin  de  ton  secret  orgueil. 
La  vaine  gloire,  c'est  celle  qui  nous  vient  du  de- 
hors, que  nous  recueillons  de  la  bouche  des  hoin- 
mes. Le  secret  orgueil  est  celui  qui  se  trouve  dans 
notre  ceeur.  Quand  Tame  aura  laisse  tous  ces  vices, 
son  epoux  jettera  les  yeux  sur  elle.  Si  done  elle 
cloit  s'abstenir  de  tout  le  reste,  c'est  atin  de  se  ren- 
die  digue  de  ses  embrassenaenls.  Voila  pourquoi 
il  lui  est  dit  :  o  Reviens ,  reviens ,  que  nous  te 
voyions.  » 


quod  in  benedictionibus  Jacob  et  Esau,  et  ros  coeli,  etler- 
rapinguedonominatur,  sed  noneodemordincinutroque. 
Dei  tibi  Deus  de  rore  cceli  et  de  pinguedine  terra  abun- 
dantiam,  ait  Isaac  ad  Jacob.  Ad  Esau  vcro  :  In  pinguedi- 
ne terrce,  inquit,  et  in  rore  cceli  desuper  erit  benedictio 
tun.  Quid  autem  singuli  praeferant,  a  studiis  eorum,  et 
solliciludinibus  innotescit. 

6.  Mors  j  -  ccalorum  pessinia.  Mala  in  amissione  mundi, 
quia  non  possunt  sine  dolore  separari  ab  eo  quern  tlili- 
gunl.  Pejor  in  dissolutione  carnis,  a  qua  evelluntur  eo- 
rum anima-  a  spiritibus  malignis.  Pessima  in  loruientis 
inferni,  quando  corpus  et  aniina  perpetuis  simul  addi- 
cuntur  ignibus.  E  conlrario  bonoruin  mors  optima,  quo- 
niam  quidem  fit  ibi  quies  a  labore,  fit  jucunditas  de 
novitate,  fit  securitas  de  aeternitate. 

7.  De  slercore  bourn  lapidedus  est  piger.  Eoves  sunt 
qui  in  opere  Dei  strenue  evercentur  :  qui  scminant  in 
lacrymis,  s  i  in  gaudio  metent.  Isti  sane  quaeeumque 
sunt  mundi  hujus,  arbitrantur  ut  stercora.  Piger  vcro, 
cujus  sabbata  videntes  hostes  derident,  debonestatur  ab 
hostibus  in  otio  suo,  siout  boves  strenui  in  laboribus 
suis  honestantur  a  Deo.  Quern  enim  maligni  spiritus  pi- 
grum  vident  ad  spiritualia  exercitia,    in    cogitationibus 


ejus  ingerunt  importune  terrena  :  velut  de  stercoribus 
bourn  massas  coagulantes,  et  pigrum,  sicut  dignus  est, 
lapidantes. 

8.  Osculetur  me  osculo  oris  sui.  Tria  sunt  oscula,  re- 
conciliatorium,  muneratorium,  contemplalorium.  Pri- 
mum  ad  pedes,  secundum  ad  manum,  tertium  ad 
os  sumitur.  In  primo  accipilur  remissio  peccatorum, 
in  secundo  munus  virtutum,  in  tertio  cognitio 
secretorum.  Vel  ita,  osculuui  doctrinae,  naturae, 
gratia?. 

9.  Duo  sunt  ubera  sponsae  :  congratulatio  et  com- 
passio.  Gemina  lactis  species,  exhortatio  et  consolatio. 
Tria  unguenta  :  compunctio,  devotio,  pietas.  Com- 
punctio  de  recordatione  peccatorum,  devotio  de  re- 
cordatione  beneficiorum,  pietas  ex  consideratione  mi- 
serorum. 

10.  Revertere,  reverlere  Su/amitis,  revertere,  revertere 
ut  intueamur  te.  Revertere  primo  ab  inepta  betitia,  re- 
vertere seenndo  ab  inutili  tristilia,  revertere  tertio  ab 
inani  gloria,  quarto  revertere  a  latenti  superbia.  Ina- 
nis  gloria  est,  quae  ab  ore  hominum  venit  extrinsecus. 
Superbia  latens  oritur  intrinsecus.  Cum  haec  omnia  vitia 
reliquerit  anima,  intuebitur  earn  sponsus  ejus.    Ob 


hoc 


94 


PENSEES    DE  SAINT  RERNA HI). 


li.  Les  pasteurs  doivent  veiller sur leur  troupeau 
&  cause  de  trois  necessites  qui  sonl  la  discipline,  la 
garde  et  la  priere.  La  discipline,  dans  I'inler&l  de 
la  correction  des  moeurs,  de  peur  que  le  troupeau, 
comrnisa  leur  garde,  ne  depferisse  par  leur  propre 
inconduite.  La  garde,  £  cause  des  suggestions  du 
demon,  de  peur  que  leur  troupeau  ne  soil  seduit 
par  ses  ruses  diaboliques.  La  priere,  a  cause  de  la 
tentation  qui  le  presse  sans  cesse,  de  peur  qu'il  ne 
soit  vaincu  par  la  faiblesse.  La  discipline  reclame 
la  rigueur  de  la  justice,  la  garde  veut  un  esprit  de 
conseil ,  et  la  priere,  des  sentiments  de  compas- 
sion. 

12.  L'auteur  de  l'univers  a  fait  deux  creatures 
capaldes  de  le  comprendre,  riioinnie  et  l'ange. 
L'homme  est  rendu  juste  par  la  foi  et  le  souvenir, 
et  range,  heureux  par  1'intelligence  et  la  presi  nee. 
Mais  comme   les  hommes  doivent   un  jour  egaler 

les  anges.  il  f.iut  que,  en  attend, nit,  lis  de\  iennellt 

justes  par  la  foi,  et  s'elevent  a  1'intelligence;  car 
il  est  ecrit  :  "  Si  vous  ne  croyez,  vous  ne  comprcn- 

drez  poinl  [ha.  vu,  9).  »  Ainsila  foi  est  lavoie  qui 
mene  a  1'intelligence,  car  elle  purifie  le  ciKur  et 
permet  a  1'intelligence  de  voir  Dieu.  De  meme  le 
souvenir  de  Dieu  est  le  sentier  qui  conduit  a  la 
presence  de  Dieu;  car  quiconque  a,  ici-bas,  le  sou- 
venir des  commandements  deDieu  pour  les  accom- 
plir,  meritera  un  jourde  jouirausside  sa  presence. 
Que  les  anges  aient  done  dans  le  ciel  1'intelligence 
etla  presence  de  Dieu,  el  que,  sur  la  terre,  nous  en 
ayons  la  foi  et  le  souvenir. 
13.  Seigneur,  nous  sommes  votre  lot, le  lotquevous 


autem  debet  ab  aliis  abstinere,  ut  digna  flat  ejus  com  - 
plexibus.  Unde  et  ad  cam  dicitur  :  Revertere,  revertere, 
ut  intueamur  le. 

11.  Pastorum  est  vigilarc  super  gregem  propter  tria 
necessaria,  videlicet  ad  disciplinam,  ad  custodiam,  ad 
preces.  Ad  disciplinam,  propter  inonim  correctionem, 
ne  grex  commissas  propria  molestia  deficiat.  Ad  cus- 
todiam,  propter  diabulicam  suggestionem,  ne  hostili 
seducatur  calliditate.  Ad  preces,  propter  tentationum 
instantiam,  ne  vincatur  a  pusilianiuiilale.  In  disciplina 
rigor  j  ostitis,  in  custodia  Bpiritus  consilii,  in  piece  af- 
fectus  compassionis. 

12.  Ini.is  ad  inlelb'gendum  se  condidit  universitatis 
Auctor  creaturas,  hominem  et  angelum.  Hominem 
jusliflcant  licks  et  memoria  :  angelum  beatificant  in- 
tellectus  et  pnesentia.  Et  quia  homines  quandoque  pcr- 
ducendi  sunt  ad  aequalitatem  angelorum,  necesse  est 
ut  interim  juslificentur  per  fidem,  et  pruliciant  ad  in- 
tellectum.  Scriptum  est  enim  :  Nisicredideriiis,  non  in- 
telligetis.  Itaque  fides,  via  est  ad  intelligendum  :  nam 
mandator  cor  tide,  ut  tntellectus  videat  Deum.  Similiter 
et  memoria  Dei ,  via  est  ad  pratsentiam  Uci.  Qui  enim 
hie  habet  mandalorum  ejus,  ut  ea  faciat,  niemoriam  ; 
merebitur  quandoque,  ut  (jus  quoque  videat  pr<E- 
scntiam.  Mabeant  igitur  intellectual  et  prajscntiam  an- 
geli  Dei  in  coelo  :  habemus  et  nos  ejus  fidem  et  me- 
moriam  in  mundo. 


avez  gagne  de  votre  propre  main,  avec  voire  arc 
el  voire  epee,  sur  le  Amorrheens  [Gen.  xlvu,  22). 
Or,  voire  ipee,  e'esi  votre  parole  vivante  el  efucace 

///'/■.  iv,  12  ,  ei  voire  arc,  e'est  votre  incam  ition. 
En  effet,  e'es  I  dansce  nrj  stere  que,  courbanl  le  bois 
de  votre  sagesse,  sije  puis  ainsi  parler,  et  faisant 
Qec  ii'  avec  piete,  pour  ainsi  due.  voire  divinite, 
vous  avez  tendu  avec  force  le  nerf  de  la  chair  et 
augments  d'une  maniere  ineffable,  comme  nous  le 
savons,  notre  bumanite.  Nous  sommes  done  voire 
lot,  el  le  peuple  de  votre  conquete  (1  Petr.  u,  9),  le 
peuple  que  vous  avez  acquis  par  la  parole  de  la  pre- 
dication ei  par  le  mystere  de  I'incarnation. 

III.  Dans  la  circoncision  du  Seigneur,  il  n'y  eut 
ni  nerf  de  rompu,  ni  os  de  brise,  et  les  parlies  les 
plus  resistances  du  corps  sont  demeurees  intactes. 
Mais  la  peau  a  ete  ouverte,  de  la  chair  a  etecoupee 
etdu  sang  repandu,  pour  que  la  mollesse  et  la  con- 
cupiscence fussent  chAtiees.  En  effet,  e'est  dans  la 
(hair  qu'est  le  peche,  car  e'est  la  qu'il  habite; 
-i  vous  entendez  bien  les  choses,  la  peau  est  leman- 
teau  qui  le  recouvre,  etle  sang,  le  torrent  qui  le 
porte  et  l'excite.  La  vraie  circoncision  en  esprit,  non 
pas  settlement  £  la  lettre,  consiste  done  &  dechirer, 
par  la  componction  du  cceuretla  confession  de  la 
houche,  le  voile  de  l'exeuse  et  de  la  dissimulation  ; 
h.  rompre,  par  la  correction  des  moeurs,  l'habitude 
du  peche,  a.  mettre  en  fuite,  enCn,  comme  il  est 
necessaire  que  ce  soit,  les  occasions  du  peche  et 
a  jeter  au  vent  le  foyer  de  la  concupiscence. 

15.  «  Les  Mages  oilrirent  au  Seigneur  de  l'or,  de 
la  myrrhe  et  de  l'encens  [Matth.  n,  11).  »  Peut-etre 


13.  Pars  lua  sumus  Domine,  quam  tulisti  de  manu 
Amorrbaei  in  gladio  et  arcu  tuo.  Gladius  tuns  sermo 
vivus  et  ei'lieax  :  arcus  tuus  incarnatio  tua.  lbi  enim 
velut  curvato  sapienlia;  ligno,  et  pio  quodam  modo  flexa 
divinitate,  nervus  i  amis  vchementer  extensus,  et  hu- 
manitas  inelTabiliter  aucta  cognoscitur.  Pars  ergo 
tua  sumus  el  populus  acquisitionis  tua1,  quern  ac- 
quisisti  verbo  praedicationis,  et  mysterio  incarna- 
tionis. 

14.  In  ciroumcisione  Domini  nee  nervus  rumpitur 
nee  os  comminuitur,  ut  robustiora  quaeque  et  firmiora 
scrventur  illaesa,  Aperitur  autem  cutis,  amputatur  caro, 
sanguis  effunditur,  ut  illecebrosa  mollilics  castigctur. 
In  carne  quidem  peccatum,  quod  in  ca  manet,  inlel- 
lige  :  porro  in  cute  operimentum  ejus,  in  sanguine  vero 
incentivum.  Ha:c  igitur  vera  circumcisio  spiritu  non 
littera,  si  vclamen  excusationis  et  dissimulationis  per 
compunolionem  cordis,  et  confessionem  oris  amoveas  : 
si  peccati  consueludinem  correctione  conversions 
abscindas  :  si  denique,  ut  necessarium  est,  occasiones 
quoque  peccati  et  fomilem  fugias  concupiscentia- 
rum. 

15.  Obtulerunt  Magi  Domino  aurum,  thus,  et  myr- 
rhanx.  Ha?c  fortassis  pro  loco  et  tempore  necessaria  vi- 
debantur.  Auri  pretium  ob  pauperlatem  :  myrrhaj  un- 
guentum  ob  infantilis  (ut  assolet)  corporis  teneritudi- 
nem  :  thuris  odoramentum  ob  sordidam    stabuli    man- 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD. 


95 


ces  presents,  eu  egard  au  temps  et  au  lieu,  parais- 
saient-ils  necessaires ;  Tor,  avec  sa  valeur,  a  cause 
de  la  pauvrete  ;  la  preparation  de  la  myrrhe,  a 
cause  de  la  delicatesse  ordinaire  au  corps  d'mi  en- 
fant ;  le  parfum  de  l'encens,  a  cause  du  sale  sejour 
d'une  etable.  Pour  nous,  comme  tout  cela est  passe, 
offrons-lui  <les  presents  qu'il  puisse  accepter  ;  l'onc- 
tion  de  la  myrrhe,  dans  la  communion  de  la  vie  en 
common  ;  une  espece  d'encens  ,  dans  la  bonne 
odeur  d'une  bonne  reputation  ;  l'eclat  de  l'or,  dans 
la  purefe  de  notre  vie,  en  sorte  que  nous  ne  son- 
gions  plus  a  rechercher  la  faveur  de  nos  freres  dans 
une  vie  pleine  de  complaisance  pour  eux,  ni  la 
vairie  gloire  dans  une  opinion  flatteuse  de  leur  part 
en  ce  qui  nous  concerne,  mais  uniquement  l'lion- 
neur  de  Dieu  et  le  bien  de  nos  freres. 

16.  Avant  tout,  que  les  religieux  soient  exempts 
de  tout  niurmure.  Peut-etre  aux  yeux  de  quelques- 
uns  n'est-ce  qu'un  peche  leger  que  le  niurmure, 
•  Saint  Be-  mais  il  n'en  est  pas  ainsi  aux  yeux  de  celui  *  qui 
(Beg.  cap.  nous  engage  a  l'eviter  avant  tout.  Oui,je  crois  qu'il 
3*)-  ne  regardait  pas  le  murmure  comme  pen  de  chose, 
celui  qui  disaitades  murmurateurs  :  «  Ce  n'estpas 
contre  nous  que  vous  murmurez,  c'est  contre  le 
Seigneur;  car  pour  nous,  que  sommes-nous (Exod. 
xvi,  8)?  »  Non  plus  que  celui  qui  s'est  exprime' 
ainsi  :  «  N  ■  murmurez  point,  comme  lirent  quel- 
ques-uns  qui  out  murmure  aussi,  et  qui  ont  peri 
sous  la  main  de  l'ange  exlerminateur  (I  Cor.  x, 
10).  »  Cet  ange  exterminateur  est  celui  qui  avait 
ele  place  la,  precisement  pour  eloigner  les  murmu- 
rateurs   des   conflns  memes  de  cetle  bienheureuse 


cite,  et  pour  les  repousser  loin  des  confins  de  celle  a 
qui  il  est  dit  :  «  Jerusalem,  loue  le  Seigneur,  Sion 
loue  ton  Dieu  ;  il  a  etabli  la  paix  jusqu'aux  confins 
de  tes  etats.  (Psal.  cxlvu,  1  et  3).  »  En  effet,  il  n'y 
a  rien  de  commun  entre  le  murmure  et  la  paix, 
entre  Paction  de  grace  et  la  detraction,  entre  le 
zele  amer  et  les  paroles  de  louanges.  Tenons-nous- 
en  a  la  parole  de  ces  trois  temoins,  et  quels  t6- 
moins  !  et  sachons  que  nous  devons  eviter  avec  tout 
le  soin  possible  la  peste  du  murmure. 

1  7.  11  y  en  a  trois  a  avec  qui  nous  devons  nous 
reconcilier,  ce  sont  les  hommes,  les  anges  etDieu; 
avec  les  hommes  par  des  ceuvres  a  decouvert, 
avec  les  anges,  par  des  signes  caches,  avec  Dieu  par 
la  purete  du  cceur.  En  effet,  pour  ce  qui  est  des 
ceuvres  que  nous  devons  faire  devant  les  hommes, 
voici  ce  qui  est  ecrit  :  «  One  voire  lumiere  luise  de- 
vant les  homines,  afin  que,  en  voyantvos  bonnes  ceu- 
vres, ils  gloriCent  voire  pere  qui  est  dans  les  cieux 
{Mat.  v,  16). »  Quant  aux  anges,  David  a  dit  :  «  Je 
chanteraipourvous,  Seigneur,  en  presencedes  anges 
(Ps  cxxvu.  1).  »  Or,  les  signes  caches  sont  les  gemis- 
sements,  les  soupirs,  l'usage  du  cilice,  et  les  autres 
marques  de  la  penitence  quiplaisent  particulierement 
aux  anges;  ce  qui  a  fail  dire  :  «11  y  aura  joie,  parmi 
les  anges  de  Dieu,  lorsqu'un  seul  pecheur  fera peni- 
tence (Luc.  xv,  10). »  Mais  pour  nous  reconcilier  avec 
Dieu,  nous  n'avons  besoin  nid'ceuvres,  ni  de  signes, 
mais  d'un  cceur  pur  et  simple  ;  car  il  est  ecrit  : 
«  Bienheureux  les  cceurs  purs,  parce  qu'ils  verront  ' 
Dieu  (Maith.  v,  8),  »  et  encore  :  «  Si  votre  ceil  est 
simple  (Mattk.  vi,  22),  »  et  le  reste. 


a  Nicolas  de  Clairvaux,  a  la  fin  de  sa  vingt-qiiatrieme  lettre  a     commence  ainsi  :  II  y  en  a  trois  avec  qui  nous  devons  nous   rtf- 
Pierre  de  Celles  s'eiprime  ainsi :   «  Renvoyez-nioi  l'opuscule    qui      concilier  ;  et  nos  heures  de  Notre-Dame  que   vous  avez.  • 


sionem.  Nos  vero  quoniam  ilia  jam  omnia  transierunt, 
ofTeramus  ei  acceptabiliora  munera;  myrrhs  unctionem 
in  communionem  socialis  vitae,  thnris  spcciem  in  suaveo- 
lenliam  bonae  fainae,  auri  splendorem  in  conscientiae 
puritatem  :  qu<e  videlicet  nee  de  officiosa  conversatione 
familiarem  gratiam,  nee  de  laudabili  opinione  inanem 
gloriam,  sed  honorem  Dei,  elfratrum  ulilitutem  quajrere 
studeamus. 

16.  Ante  'mnia  sine  murmuratione  sint  fratres.  Forle 
aliqui  leve  peccatum  a?stimant  murmurare  :  sed  non  hie, 
qui  anle  omnia  monet  esse  cavendum.  Puto  antem  ne 
ilium  quidem  leve  reputasse,  qui  murmui-antibus  aie- 
bat  ;  Non  contra  nos  est  murmur  vestrum  sed  contra 
Dominum.  Nos  enim  quid  sumus?  Sed  ne  ilium  quoque 
qui  dixit  :  Non  murmuraveritii,  sicut  quidam  murmu- 
raverunt,  et  perierunt  ab  exterminatore.  Illo  nimirutn 
exterminatore,  qui  positus  est  in  hoc  ipsum,  ut  a  ter- 
minis  beats  illius  civitatis  arceat  murmurantes,  etlonge 
faciit  a  finibus  ejus,  cui  dicitur :  Lauda  Jerusalem 
Dominum,  iauda  Deum  tuum  Sion,  qui  posu.it  fines  iuos 


pacem.  Nihil  enim  commune  habent  murmur  et  pax, 
graliarum  actio  et  detraclio,  zelus  amaritudinis  et  vox 
laudis.  Ilaque  in  ore  trium  et  taliuin  lestium  stet  hoc 
verbum,  ut  pestem  istam  murmuratiunis  summopere 
nobis  noverimus  esse  cavendam. 

17.  Tres  sunt  quibusreconciliari  debemus,  hominibus, 
angulis,  Deo.  Hominibus  per  aperta  opera,  angelis  per 
occulla  signa,  Deo  per  puritatem  cordis.  Nam  de  ope- 
ribus  qua;  coram  hominibus  facienda  sunt,  scriptum  est  ; 
Lucent  tux  vestra  coram  hominibus,  ut  videant  vestra 
opera  bona,  et  glorificent  Patrem  vestrum  qui  in  cce/is 
est.  De  angelis  dicit  David  :  In  conspectu  angelorum 
psallam  tibi.  Occulta  autem  signa  sunt  gemitus,  suspiria, 
usus  cilicii,  et  camera  pcenitentia}  insignia,  quae  angelis 
placent.  Unde  est  illud  :  Gaudium  est  angelis  Dei  super 
una  peccatore  pcenitentiamagente.  Ut  autem  Deo  recon- 
ciliemur,  nee  operibus,  nee  signis,  sed  puritate  et 
simplicitate  cordis  indigemus.  Scriptum  est  enim  : 
Beati  mundo  corde,  quoniam  ipsi  Deum  videbunt. 
et  illud  :  Si  oculus  tuus  fuerit  simplex,   etc. 


•  Tiroes  de 
la    bibliolhe- 

Sue  ties 
nines. 

Le  clultre  des 
r     ^ieax 

•tt  le  temple 
de  Dieo. 


AITRES  PENSEES  DE  SAINT  BERNARD'. 


Fini  direrses 

qne  se 

proposeot 

eeux  qu: 

ftudieot. 


18.  « Le  temple  de  Dieu  est  saint  et  ce  temple  c'<  -t 
vous  [Cor.  iu,  17).  «  Le  temple  de  Dieu  c'est  le 
cloitre  des  religieux.  Ce  cloitre  a  deux  murailles. 
Ce  sunt  les  actifs  et  les  contemplatifs,  Uarlhe  et 
Marie,  l'une  exterieure  et  1'autre  interieure.  La  mu- 
raille  interieure  reclame  deux  rangs  de  pierres,  je 
VL-tix  dire  la  fuite  des  vices  de  la  curiosity  et  de  la 
volupte.  La  muraille  exterieure  en  veut  egalement 
deux,  ce  sont  <J«'s  religieux  exempts  de  Jul  et  de 
turbulence.  Aussi  I''  Seigneur  a-t-il  dit  :  «  Le  ser- 
viteur  fidele  et  prudent  [Malik,  xxiv,  45)  j  «  fidele, 

-it-dire,  sans  dol ;  prudent,  c'est-a-dire,  sans 
turbulence.  La  muraille  du  fond  qui  reunit  les 
deux  premieres,  ce  sont  les  prelats  et  tousceuxqui 
entrent  dans  le  cloitre  et  en  sortent  bdelement,  selon 
co  qui  est  'lit  du  Seigneur  lui-meme  :  « II  part  de 
l'extremite  <lu  ciel,  et  il  va  jusqu'a  1'autre  extre- 
mity, il  n'y  a  personne  qui  so  cache  a  sa  cbaleur 
(Psal.  xvui,  7).  » 

19.  11  y  a  cinq  causes  pour  lesquelles  l'homme 
apprend  :  pour  savoir,  pour  qu'ou  sache  qu'il  sait, 
pour  veil. Ire  sa  science,  pour  edifieret  pour  s'edifier. 
Pour  savoir,  c'est  curiosite  ;  pour  qu'on  sache  qu'il 
sait,  c'est  vanile  ;  pour  vendre  sa  science,  c'est  si- 
monie;  pour  edifier,  c'est  cbarite;  pour  s'edifier, 
c'est  huinilite.  Ceux  qui  mangeaient  au  milieu  de 
la  pourpre  ont  embrasse  l'ordure  et  le  fumier  (Tin-. 
IV,   h  ,  c'est-a-dire,  ont  pris  soiu  de  leur  ventre. 

20.  Le  commencement  de  la  sagesse  est  la  crainte 
du  Seigneur.  La  premiere  crainte  est  celle  qui  ra- 
mene  sur  leurs  pas  ceux  qui  marchaient  a  la  mort ; 


c'esl  a  cette  crainte  que  suceede   la   trislesse  du 
monde  que  l'esperance  de  leternite  dissipe. 

21.  On  demande  generalement  si,  dans  l'ordre 
du  temps,  l'amour  de  Dieu  precede  celui  du  pro- 
chain.  II  seinble  qu'il  le  precede,  puisque  nous  ne 
pouvons  aimer  le  procbain  pour  Dieu  que  nous  ne 
commencions  par  aimer  Dieu  hii-meme  ;  dun  au- 
tre cute,  l'amour  cln  procbain  semble  elre  anterieur 
ii  de  Dieu,  parce  qu'il  est  ecrit  :  o  Comment 
celui  qui  n'aime  pas  son  frere  qu'il  voit,  peut-il  ai- 
mer Dieu  qu'il  ne  voit  pas  (1  Jo<m.  iv,  20  ? »  Mais  il 
faut  savoir  que  l'amour  do  Dion  est  considere  a 
deux  points  >\r  vue  different  s,  a  l'6tat  d'amour  qui 
commence  el  a  I'etat  d'amour  qui  s'esl  Qourri.  Or, 
1'bomme  commence  a  aimer  Dieuavant  le  procbain, 
mais  comme  cet  amour  ne  peut  so  perfectionner 
s'il  ne  se  nourrit,  et  qu'il  ne  croit  que  par  l'amour 
du  proi  bain,  il  faut  dune  que  le  procbain  soil  aime . 
Voila  comment  l'amour  de  Dieu  precede,  a  I'etat 
d'amour  commencant,  l'amour  du  procbain,  etcom- 
moiit  il  est  precede  par  celui-ci  au  coutraire,  en 
taut  que  amour  qui  se  nourrit  par  l'amour  du  pro- 
cbain. Si  done  il  se  Irouve  des  homines  qui  appar- 
tiennont  a  voire  juridiotion,  reclaniez-les,  retenez- 
les  avoc  cbarite,  avec  amour,  en  songeant  a  leur 
salul,  et  craignez  de  perdre  leur  ame  en  epargnant 
leur  corps.  Conduisez-vous  ainsi,  et  vous  serez  oblige 
de  subir  nne  foule  de  gens  sur  lesquels  vous  ne 
pourrez  exercer  la  discipline.  Recourez  aux  mena- 
ces et  soy ez sans  crainte;  oar  le  Seigneur fera  mise- 
i'ii  ordeetjustice  a  tousceuxqui  soufrrentl'injustice. 


L'amour  do 
I  lieu 

I'aiu-uir  ilu 
procliain? 


S.  BERNAKDI  ALLE  SENTEXTLE. 


18.  Templttm  Dei  sanctum  e.it,  quad  eitis  vos.  Tem- 
plum  Dei  est  claostrum  religiosornm.  Duo  parietes 
claustri  sunt,  activi  et  c  mtemplativi,  Maria  el  Martha, 
interior  e'  exterior.  Interior! neoeasarii  sunt  duo  ordines 
lapidum,  cavere  scilicet  vitium  voluntatis, et  curiosilatis. 
Exterior!  similiter  duo,  ne  sint  fraudulenti,  et  turbu- 
lenti.  Unde  Doaiinus:  FideKrservut  et  prudens.  Fidelis, 
ne  sit  fraudulentus ;  prudens,  ne  sit  turbuletuns.  Paries 
ex  adverso  qui  banc  utrumque  conjungit,  sunt  Prxlati. 
ct  hi  qui  (ldeliter  ingrediuntur,  sicut  de  Domino  dic- 
tum est  :  A  summo  ccclo  egretsio  ejus,  et  occursus  ejus 
utque  ml  summum  ejus,  nee  est  quise  abscondat  a  colore 

ejus. 

19  Quinque  de  causis  addiscit  homo,  ut  sciat,  ut  scia- 
tur  scire,  ut  vendat,  ut  a-dificet,  ut  aidificetur.  Ut  sciat, 
cnriosilas  est;  ut  sciatur  scire,  vanitas;  ut  vendat, 
simonia:  ut  a?dificet,  charitas:  ut  ajdiHcctur  hnrailitas. 
Qui  nutrili  crant  in  cruceis,  amplexati  sunt  stercora,  id 
est  curam  ventris. 

20  Initium  sapiential  timor  Domini.  Timor  primus 
revocat  cuntes  ad  mortem, cuisuccedittristitiasscularis  : 
hanc  excludit  spes  sternitatii. 


21.  Dubitari  solel,  utrum  dilectio  Dei  praeecdat  tem- 
pore dilectionem  proximi.  Quod  per  hoc  videlur,  quad 
proximum  propter  Drum  diligere  non  possumus,  nisi 
diligamua  Deum  :  et  contra  dilectio proximi  vide- 
turpraeeeJere  dilectionem  Dei,  quia  scriptum  est  :  Qui 
Uligitfratrem  suum  quern  videt,  D^nm  quern  non 
videt,  quomodo  potest  diligere  ?  Sed  sciendum  est,  quod 
dilectio  Dei  duohus  modis  consideratur,  incipiens  et 
nutrita.  Incipit  enim  homo  diligere  Deum,  antequam 
proximum  :  sed  quia  ilia  dilectio  non  potest  perliei, 
nntriatur,  et  crescat  per  dilectionem  proximi,  oportet  ut 
proximus  diligatur.  Sic  ergo  dilectio  Dei  priecedit  ut 
incipiens,  et  pra>ceditur  a  dilectione  proximi,  ut  ilia 
mitrienda.  Si  qui  furte  pertinent  ad  gnbernationem 
tuam,  vindica,  coerce  cum  dilectione,  cum  charitate, 
attendens  salnlem  ajternani;  ne  cum  parcis  carni,  anima 
poroal.  Fac  ha;c,  et  multos  passurus  es,  in  quos  non 
poteris  exercere  disciplinam.  Fer  minas,  securus  cslo  : 
faciet  enim  Dominus  miscricordiamet judicium  omnibus 
injuriam  accipientibus. 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD. 


97 


Qoatre 
empficbe- 
menta  a  la 
tonfassioD. 


II  y  a  huit 

Trinili-s. 


Voir  le XIV" 

des  Ser 
moos  divers. 


22.  «  Vous  aimerez  votre  prochain  comme  vous- 
mtoe  (Mntth.  six,  19).  »  Chacun  doit  aimer  son 
prochain  comme  soi-meme,  et  amencr  tous  ceux 
qu'il  pourra,  par  la  consolation  de  la  bienfuisance, 
par  les  leeons  de  la  doctrine  ou  par  la  force  de  la 
discipline,  a  rendre  a  Dieu  le  culte  qui  lui  est  du. 
Celui  qui  ne  se  decide  a  cela  que  par  discretion  est 
un  liomme  prudent,  celui  qui  n'en  estdelourne  par 
aucune  crainle,  est  fort ;  celui  qui  n'en  est  eloigne 
par  aucune  autre  plaisir,  est  temperant,  et  celui 
qui  ne  s'en  relire  point  par  orgueil,  est, juste. 

23.  «  La  louange  de  Dieu  n'est  pas  belle  dans  la 
bouche  du  pecheur  (Eccli.  xv,  9),  »  mais  dans  la 
bouche  du  pecheur  penitent,  elle  est  fructueuse, 
dans  celle  du  pecheur  justilie,  elle  est  belle.  De 
meme  lorsqn'on  fume  les  champs,  ce  n'est  pas  beau 
mais  e'ejt  fertilisant,  et  plus  tard,  quand  la  mois- 
son  se  fera,  ce  sera  beau. 

24.  II  y  a  quatre  choses  qui  empechent  la  con- 
fession ;  la  crainte  qu'elle  ne  nous  perde  ;  la  honte 
parce  qu'elle  humilie;  l'espoir  de  quelque  honneur 
oude  quelque  avantage  tempore!,  si  on  passe  pour 
innocent;  la  crainte  de  ne  point  obtenir  ces  memes 
choses  si  on  ne  passe  plus  pour  innocent. 


dire,  par  des  pensees  affectueuses,  ou  on6reuses  ou 
oiseuses.  La  raison  a  ete  aveuglee  aussi  de  trois 
manieres,  parce  quelle  recoit  souvent  le  vrai  pour 
le  faux,  et  vice-vend ;  le  licite  pour  l'illicite,  et  reci- 
proquement.  La  volonte  a  ete  souillee  de  trois 
facons,  par  la  concupiscence  de  la  chair,  par  le 
desir  des  yeux  et  par  l'ambition  du  siecle.  La  tri- 
nite par  laquelle  la  seconde  est  chue,  e'est  la  sug- 
gestion, la  delection  et  le  consentement.  La  trinite 
ou  elle  est  chue,  c'est  I'iufirmite,  la  fetidile,  la  cecite. 
La  trinite  par  laquelle  elle  se  releve,  e'est  la  foi, 
l'esperance  et  la  charite.  II  y  a  trois  sortes  de  foi : 
la  foi  des  pr6ceptes,  des  signes  et  des  promesses. 
L'esperance  aussi  est  triple  ;  il  y  a  l'esperance  du 
pardon,  l'esperance  de  la  gra.ee  et  l'esperance  de  la 
gloire.  La  charite  egalement  est  triple,  on  aime  de 
tout  son  cceur,  de  toute  son  inie  et  de  toutes  ses  forces. 
26.  Tout  convent  doit  avoir  deux  murs,  l'un 
exterieur  et  l'autre  interieur.  Ce  dernier,  ce  sont  Les  trois 
les  religieux  claustrauxle  premier,  ce  sont  tous  les  d™er 
religieux  d'obedience.  Les  premiers  ne  doivent  etre 
adorir.es  ni  a  la  curiosite,  ni  a  la  volupte;  les  se- 
conds ne  doivent  etre  ni  turbi.lents,  ni  trompeurs. 
Mais  comme  il  est  rare  que  la  paix  regne  entre  ces 


tun  CQUveot, 


25.  11  y  a  huit  trinites  dont  la   premiere  est   la     deux  sortes  de  religieux,  il  y  a  une  troisieme  mu- 


souveraine  et  indivise  Trinite;  pere,  Fils  et  Saint- 
Esprit.  La  seconde  est  la  trinite  decline.  La  troi- 
sieme est  la  trinite  qui  l'a  fait  choir.  La  quatrieme 
est  celle  dans  laquelle  elle  est  chue.  La  cinquieme, 
celle  par  laquelle  elle  s'est  relevee,  et  cette  derniere 
se  subihvise  en  trois  autres  trinites.  La  trinite  de- 
chue  est  la  memoire,  la  raison,  et  la  volonte.  La 
memoire  a  ete  aflaiblie  de  trois  manieres,  e'est-a- 


raille  placee  a  l'extremile,  en  face,  et  qui  relie  les 
deux  premieres  l'une  a  l'autre.  C'est  l'abbe,  le 
prieur,  et  les  autres  freres  spiritnels.Le  fondement, 
c'est  la  regie  que  chacun  a  embrassee. 

27.  RappoM  entre  les   sept  dons  du   Saint-Esprit 
et  les  sept  apparitions  de  notre  Seigneur  apres  sa 
resurrection.  D'abord,  il   se  montre  aux  femmes  a  domdu  Saint 
qui  il  est  dit  par  l'Ange  :  «  Ne  craignez  pas  (Matt.  ttff'^iax 


22.  DUiges  proximum  iuum  sicut  teipsum.  Debet  uniis- 
quisque  proximum  suum  diligere  tanquam  seipsum,  ut 
quern  poterit  hominem  vel  benelicenli;e  consolatione, 
vet  informatione  doctrinas,  vel  coercitione  discipline, 
adducat  ad  Deum  colendum.  Haec  qui  sola  discrelione 
eligd,  prudens  est  :  qui  nulla  hinc  al'tliclione  avertitur, 
fortis  est  :  qui  nulla  alia  delectatione,  temperans  est; 
qui  nulla  elatione,  juslus  est. 

23.  Non  est  specioia  Inns  in  ore  peccaloris,  in  pceni- 
tente  peccatore  fructuosa,  in  justilicato  est  speciosa. 
Sicut  cum  stercorantur  ag-ri,  non  est  speciosum,  sed 
fructuosum  ;  postea  vera  in  frugum  collectione  fit  spe- 
ciosum. 

24.  Quatuor  sunt  qua;  impediunt  confessionem  ;  ti- 
mer ne  perdat,  pndor  ne  vilescal,  spes  honoris  vel 
alicuj  tis  Icrreni  commodi,  si  innocens  putctur; 
desperatio  earumdem  rerum,  si  innocens  non  pu- 
tctur. 

25.  Octo  sunt  trinitates,  qnarum  prima  est  ilia  sum- 
ma  et  individua  Trinitas,  Pater,  et  Filius,  et  Spiritus- 
Sanctus.  Secunda  est  qua?  cecidit.  Tertia  per  quam  ce- 
cidit.  Quarta  in  quam  cecidit.  Quinta  per  quam  resur- 
git,  quae  in  tres  dividitur  trinitates.  Trinitas  qua;  ceci- 
dit, est  memoria,  ratio  et  voluntas.  Memoria  infirmata 
est  tribus  modis,  videlicet  per  cogitationes  afTectuosas, 
onerosas,  et  otiosas.  Ratio  tribus    modis   excaecata   est, 

T.   IV. 


quia  sa?pe  recipit  vera  pro  falsis,  et  e  converso  ;  licita 
pro  illicilis,  et  e  converso.  Voluntas  tripliciter  fcedata 
est,  per  concupiscentiam  carnis,  per  desiderium  ocu- 
loruin,  et  ambitionem  sa3culi.  Trinitas  in  quam  ceci- 
dit, suggestio,  delectatio,  consensus.  Trinitas  in  quam 
cecidit,  intirmitas ,  fceditas,  caecitas.  Trinitas  per 
quam  resurgit,  fides,  spes,  cbarilas.  Fides  est  trinaj 
prseccptorum,  signorum,  promissionum.  Spes  quoque 
triua  est,  spes  veniae,  spes  gratiae,  et  spes  gloria?.  Cba- 
ritas etiam  trina  est,  ex  toto  corde,  ex  tola  anima,  ex 
tota  virtute. 

26.  Duo  parietes  debent  esse  in  congregatione,  unu 
interior,  alter  exterior.  Interior  claustralps,  exterior  obe- 
dientiarii.  1 11  i  non  debent  esse  curiosi,  nee  vduptuosi  : 
is'.i  vera  nee  turbulenli,  nee  fraudulent!.  Et  quia  raro 
pax  inter  istos  est,  ideo  tertius  paries  est,  ex  adverso 
veniens,  qui  coujungat  divisos  parietes;  abbas  videlicet 
et  prior,  et  alii  fralres  spirituales  :  fundamentum  est 
sanctum  propositum. 

27.  Adaptatio  septem  donorum  Spiritus-Sancti  ad  ap- 
paritioncs  Domini  resurgentis.  Primo  apparuit  mulie- 
ribus,  quibus  dictum  est  ab  angelo,  Nolite  timere  :  ecce 
spiritus  timoris.  Apparuit  Petro,  qui  negaverat  :  ecce 
spiritus  pietatis.  Apparuit  mulieri,  cui  dictum  est,  Nol 
me  tangere,  nondum  enim  ascendit  ad  Patrem  meurn 
ecce  spiritus  scientiae.  Apparuit  illis  undecim  in  monta 


98 


«  I YRES  DE  SAINT  BERNARD. 


■epl  appa- 
ritions 
de  Jesus- 
Christ. 


xrvni,  9).  »  Voila  l'esprit  de  crainte.  11  apparait  a 
Pierre  qui  I'avait  renie:  esprit  de  piete.  II  se  mon- 
tre  .'i  l.i  femme  .'i  qui  il  dit  .  «  Ne  me  touch 
ear,  je  no  suis  pas  encore  remonte  vers  mon  pere 
[Joan,  xx,  17  :  "  esprit  tie  science.  11  s'.si  fait  voir 
aux  onze  surla  montagne  cm  il  les  avail  conduits 
et  ou  U  l.'ur  dit  :  «  route  puissance  na'a  ete  donnee 
dansle  ciel  et  sur  la  terre  [Matt,  xxvm,  18]  :  o  es- 
prit de  force.  H  apparut  aux  deux  disciples  qui 
allaient  a  Emmaus,  dont  il  est  dit  :  «  Et  il  leur 
ouvrit  l'intel ligence  pour  qu'ils  comprissent  les 
Ecritures  [Luc.  x\iv,  .'j.'>  :  »  esprit  d'intellig 
Lntin,  d  s'est  fait  voir  a  ses  disciples  prosterues  a 
ses  pieds,  quand  il  -est  eleve  dans  les  cieux,  car 
de  iui  qu'il  est  dit  :  «  Je  suis  la  sagesse  etj'ha- 
bite  au  plus  liaut  des  tieux  (Eal.  xxiv,  'Jj  :  »  voila 
pour  l'espril  <le  sa^ 
Iiyaqnatre  -8-  "  J  a  quatre  sortes  de  graces  :  la  grace  de 
graces,      la  creation,  eel:.  Lion  ou  de  la  miseri- 

corde,  la  grace  qui  donne  et  celle  qui  recom- 
pense. 1  a  premiere  est  celle  par  laquelle  tout  a  ete 
fait.  I.a  seconde,  celle  par  laquelle  le  Verbe 
fait  chair.  La  troisieme,  celle  par  laquelle  il  est 
plein  de  grace,  et  la  qualrieuie,  celle  par  laquelle  d 
est  plein  aussi  de  verite. 
29.  La  paix  aussi  se  divise  en  quatre.  La  paix  avec 
L  EorleFde^  Dieu  et  celle  avec  le  prochain,  la  paix  dans  la  chair 
pau-  et  la  paix  dans  l'espnt.  Mais  puur  que  toutes  ees 
paix  soient  sulides,  d  taut  leur  donner  un  fonde- 
meut ;  la  paix  de  la  chair  reposera  sur  la  tempe- 
rance; la  paix  de  l'esprit,  sur  ia  force;  la  paix  avec 
le  prochain,  sur  la  prudence  ;  la  paix  avec  Dieu  sur 
la  justice.  «  Gluire  a  Dieu  au  plus  haut  des  cieux,» 
voila  la  paix  avec  Dieu  :  «  et  paix  sur  la  terre  aux 
hommes  de  bonne  voloute  {Luc.  n,  14).  »  C'est  la 
paix.  avec  le  prochain  :  «  Paix.  a  vous,  voyez  nies 


mains  et  nies  pieds  [Luc.  xxiv,  39),  »  c'est  la  paix 
de  la  chair:  «.  Recevez  Le  Saint-Esprit  {Joan,  xx, 
22  .  n  i  I'esl  la  p  ux  de  l'esprit. 

30.  aLesmoucb.es,  qui,  en  mourant  dans  un  par-  Tr°;s  r^om 
linn  en  delruisent   la  bonne  odeur,  »  ce  sont  la   ''"sen!  i»  " 
vamie,  la  curiosite  et  la  volupte;  c'esl  parce  qu'elles    dl!votlun- 
-i1  Irouvenl  en  abondance  en  Egyple  et  autour  des 

in  as,  que  nous  ne  pouvons  olliir  le  sacrilice 
de  li  justice  el  de  la  charite,  en  Egypte,  au  Sei- 
gneur noire  Dieu.  Voila  pourq'ioi  nous  allons  au 
d.sert,  e'est-a-dire,  dans  la  solitude  de  notre  cceur. 
«  par  une  route  de  trois  jours.  »  En  parlmt  du 
premier  jour,  l'Epoux  dil  a  I'Epouse  :  sVenez  dans 
monjardin,  ma  sceur,  mon  Epouse  [Cant,  v.  1),  » 
e'est-a-dire,  venez  dans  le  verger  ou  sunt  plantees 
de  bonnes  vertus.  Le  second  jour  est  celui  dont 
I'Epouse  se  rejouit  el  dit  :  «  Le  Hoi  m'a  introduite 
dans  son  cellier  au  vin  [Cant,  i,  3),  »  e'est-a-dire, 
dans  les  deli  es  des  saintes  Ei  ritures.  Le  troi- 
jour,  c'est  la  diamine  a  coucher,  c'est  la  plenitude 
de  I  amour,  quand  l'Epoux  et  I'Epouse  jouissent 
mill  in  llemeiit  l'un  de  1'autre.  Or,  remarqiiez  con- 
tre  la  vanite,  la  solidite  des  vertus  ;  contre  la  cu- 
riosite, le  gout  multiple  et  varie  des  Ecritures;  con- 

volupte,   la  chamhre  a  coucher  de  ce  souve- 
rain  amour. 

31.  La  charite  a  deux  mamelles,  la  compassion    Le»  d<"« 
etla   congratulation.  La  mauielle  de  la  compassion 

verse  le  lail  de  la  consolation,  et  a  la  mamelle  de  la 
congratulation  on  suce  le  lait  de  l'exhortation. 

3'J.  II  y  a  trois  choses  qui  conservent  1' unite,  ce  1/onite.  est 
sont  la  patience,  l'humiliteet  la  charite.  Voila  lesar- 
mesdonl  unsoldatdu  Christ  doit  se  pourvoir  ;  il  doit 
prendre  la  patience  en  guise  de  bouclier,  pour  la 
porter  et  l'opposer  a  droite  et  a  gauche  a  toutes  les 
adversites.  Lhuudlite  lui  servira  de  cuirasse,  et 


Trois    rerne- 
des. 


par  Irois 
ctioses. 


ubi  constitucrat,  quando  dixit,  Data  est  mihi  omnis  po- 
testas  in  calo  et  in  terra  :  ecce  piritus  fortiui 
Apparait  duobus  eunlibu-  in  Emmaus,  de  quibus  scrip- 
turn  est,  LI  aperuit  Utis  sensum,  ut  inteltigereat  Scriptu- 
ras  :  ecce  spnitus  inlelleclus.  Ad  ulliinum  apparuil 
illis  recumbcnlibus,  quando  ascendit  in  ccelum,  quia 
do  eo  dictum  est,  Ego  sapientia  in  aitissimis  hubito  : 
ecce  spirilus  sapientia?.. 

28.  I  rtita  est  :  gratia  creans,  gratia  re- 
dimen9    sive    miserans,    gra  is,  gratia  remune- 
rans.    Prima,   omnia    per   ipsnm    facta  sunt.    Sei 
Verbum  caro  [actum  est.  Terlia,  plenum  yiatia".  Quarta, 
et  veritalis. 

29.  Pax  quadriperlita  est,  crga  Deurn,  erga  proxi- 
mum,  in  came,  in  spirilu.  Quae  ut  linna  sit,  subs- 
teinendum  est  uoicuiqne  fundamenlum,  paci  carnis 
temperantia;  paci  spirilus  rortitudo,'  paci  cum  proximo 
pruiienlia:  paci  cum  Deojuslitia.  Gloria  in  excelsis,  ecce 
pax  cum  Deo  :  et   m  terra  pax  hominitms  bo, 

talis,  pax  cum  proximo  :  I'n.r  nobis,  videte  manus,  et 
ped'!s  meat,  pax  carnis  :  Accipiie  Spiritum-Sanctum,pax 
spiritus. 

30.  Muscat  morientes  exterminant  suavitatem  unguenti, 


ill    est    vanilas,    curiosilas    et    voluptas  :  qua?    quia  in 

pto  et   circa  sacrificia  /Egyptiorum  abundant,  non 

possuinus    in    /Egypto   sacrilicare    Domino  lieo  nostra 

saciiliciuro  justitia?  et  cbaritatis.    Ideo    proflciscimur   in 

turn,  id  est  in  solitudinem  cordis,  via  trium  die- 
rum.  Ue  prima  die  dicit  Spotisus Sponsae  :  Vent  in  Imr- 
tttnt  m  o        a  sponsa;  hoc  est  in  planlaria   bo- 

i  virtulum.  De  sccunda  gaudet  sponsa,  et  dicit  : 
Introduxii  me  Rex  in  cellam  vinariam;  id  est,  inter 
deli,  ias  scriplurarum.  Terlia  dies  est  thalamus,  pleni- 
tudo  amoiis,  in  quo  se  invicem  fruuntur  Sponsus  et 
Sponsa.  Et  nota  contra  vanilatem,  soliditatem  virtu- 
lum; contra  voluptatcm,  summi  illius  amoris  thala- 
iinim. 

31.  Duo     sunt      libera     cbaritatis,     compassio     et 
atulalio.    Ex     compassions     lac    sugitur    conso- 

lalionis  :  ex    congratulalione    lac    sugitur    cxhortatio- 
nis. 

32.  Tria  sunt  quibus  scrvalur  unitas  :  patientia,  hu- 
militas,  et  cbaritas.  His  armai-i  debet  miles  Chrisli,  pa- 
tieiilhun  habeas  quasi  scutum,  quod  feral  et  circuml'erat 
contra  omnia  adverse  :  bumilitatcm  quasi  loricam,  qua; 
conservet    interiora  pra;cordia  :  charitatem    quasi  Ian- 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD. 


99 


protegera  son  cceur  au  dedans.  La  eharite  sera  sa 
lance;  il  s'en  servira,  commc  dit  l'Ap6tre,  pour 
provoquer  tous  les  autres  au  duel  de  la  eharite,  et, 
en  se  faisant  tout  a  tous,  pour  combatlre  les  com- 
bats du  Seigneur.  11  faut  aussi  qu'il  proline  le  cas- 
que du  salut,  je  veux  dire  l'esperanee,  pour  pre- 
munir  et  proteger  sa  tele,  c'est-a-dire  le  chef  meme 
de  son  Ame.  Qu'il  se  saisisse  egalement  du  glaive 
de  la  parole,  de  Dieu,  et  qu'il  monte  le  dextrier  du 
bon  desir.  11  faut  tuer  Goliath,  avec  son  propre  glai- 
ve, je  veux  dire  la  vaine  gloire  par  la  considera- 
tion de  la  vaine  gloire  elle-meme. 

33.  II  y  a  deux  tins  dernieres,  la  mort  et  la  vie, 
c'est  vers  ces  deux  tins  dernieres  que  nous  volons 
des  deux  ailes  de  la  erainle  etde  l'esperanee  deplo- 
yees.  De  deux  de  nos  ailes,  je  veuxparlerde  la  peni- 
tence du  cceur  et  de  la  confession  de  la  bouche, 
nous  nous  voilons  les  pieds,  selou  ce  mot  de  l'Apd- 
tre,  «  on  croit  de  cceur  pour  la  justice  et  on  confesse 
de  bouche  pour  le  salut  (Rom.  x,  10).  »  De  deux 
autres  ailes,  l'amour  de  Dieu  et  l'amour  du  pro- 
chain,  nous  nous  voilous  la  tete  ;  c'est  ce  qui  a  fait 
dire  a  l'Apdtre  :  «  Soit  que  nous  soyons  emportes 
hors  de  nous  c'est  pour  Dieu  ;  soit  que  nous  nous 
tern  per  ions,  c'est  pour  vous  (11  Cor.  v,  13).  » 
Les  sept  dons      <y«.  Remarquez  que  la  crainte  eneendre  la  com- 

du  Saint-  .  ^  '  " 

Esprit,  ponction,  la  componction  le  renoncement  a  tout, 
celui-ci  la  vraie  humilite  et  cette  dcrniere  la  vraie 
confession,  ou  se  trouve  la  purification  de  tous  les 
vices.  La  confession  fait  pulluler  les  vertusjune 
fois  devenues  grandes  ces  dernieres  font  la  purete 
du  cceur  en  qtioi  consistent  la  vraie  sagesse  et  la 
eharite  parfaite.  Apres  cela,  il  faut  savoir  que  c'est 
l'esprit  de  crainte  qui  donne  la  crainte  ;  l'esprit  de 
piete,  la  componction;  l'esprit  de  science,  le  renon- 


cement aux  choses  presentes ;  l'esprit  de  force,  la 
vraie  humilite  ;  car  l'humilite  vaine  tout ;  l'esprit 
deconseil  donne  la  confession;  l'esprit  d'intelligen- 
ce,  l'acquisition  des  verlus  ;  l'esprit  de  sagesse,  la 
parfaite  purete  du  cceur  et  l'amour. 

35.  II  y  a  quatre  ordres  dans  la  maison  de  Dieu;  Il  y  a  quatre 
en  ell'et,  les  uns  se  prosternent  aux  pieds  de  Jesus,  dai'sla*  mai- 
tels  les  Elhiopiens,  telle  Marie  penitenle  et  confes-  son  de  Die°' 
sant  ses  peches.  II  y  en  a  qui  sont  assis  a  ses  pieds, 
telle  la  meme  Marie  quand  elle  ecoute  sa  parole. 
Quelques  uns  sont   couches  sur  son  sein,  et  d'au- 
tres  assis  a  ses  cotes.  Les  deux  premiers  ordres  vi- 
vent  pour  eux-memes,  le  troisieme  vit  pour  lui  et 
pour  le  prochain,    c'est  Jean  l'Evangeliste,  puisant 
et  sucant  la  pais  dans  le  sein  du  Seigneur,  et  l'an- 
nonc  mi  au    peuple.  Le  quatrieme  vit  [iour  le  pro- 
chain;  c'est  l'Apotre  qui  dit :  «  Pour  moi,  j'ai  com- 
bat! u  mi  bon  combat,  j'ai  acheve  ma  course,  j'ai 
garde  la  foi  (II  Tun.  iv,  7),  »  etqui,  eu  consequence, 
continue  avec  conliance  :  «  Line  couronne  de  justi- 
ce m'est  reservee. »  Aussi,  dit-il,  «je  desire  etre  de- 
gage  des  liens  du  corps  et  me  trouver  avec  le  Christ. 
Mais  il  est  plus  utile   pour  votre  bien  que  je  de- 
meure encore  en  vie  (Philip,  i,  23).  »  Ceux-la  ne  crai- 
gnent  point  de  vivre  et.  ne  refuseut  point  de  mourir. 

3(5.  II  y  a  un  orgueil  aveugle,  uu  orgueil  vain, 
et  un  troisieme  orgueil  vain  et  aveugle  en  meme 
temps.  II  est  aveugle,  quand  on  croit  avoir  ce 
qu'on  n'a  point  :  il  est  vain  quand  on  se  glorilie  de 
l'opiniou  que  les  homilies  coucoivent  de  nous,  eh 
nous  estimant  ce  que  nous  ne  somnies  point  :  il 
est  aveugle  et  vain  en  meme  temps,  quand  nous 
nous  glorifions  en  nous-ineines,  et  quand  nous  vou- 
lons  etre  glorifies  par  les  autres  du  bien  qui  n'est 
point  en  nous. 


Le  trip!* 

orgueil. 


ceam,  per  quaiii ,  sicut  dicil  apostolus,  onirics  impelens 
in  provocatione  charitafis,  et  omnibus  omnia  se  IHr.ietis 
belligeralur  bellum  Domini.  Oportet  etiam  til  habeat 
galeatn  salulis,  qua?  est  spes,  caput,  id  est  principale 
mentis,  muniens  et  conservans.  Habeat  etiam  gladium 
verbi  Dei,  et  equum  boui  desiderii.  Goliath  suo  gladio 
occidendus  est,  vana  gloria  consideratione  ipsius  vanae 
gloria;. 

33.  Duo  sunt  novissima,  mors,  et  vita.  Ad  haec  vola- 
mus  duabus  alis,  timore  et  spe.  Duabus  velamus  pe- 
des, pcenitentia  cordis  confessione  oris,  secundum  illud  : 
Corde  ereditur  ad  jwtitiam,  ore  autem  confessio  fit 
ad  saliUem.  Duabus  velamus  caput,  dilectione  Dei  et 
proximi.  Uude  Apostolus  :  Siue  mente  excedimus,  Deo; 
sive  snlirii  ttumust  vobis 

34.  Nota,  quod  ex  timore  compunclio,  ex  compunc- 
tione  omnium  rerum  abrenuntiatio  ,  ex  qua  vera 
humilitas,  ex  qua  vera  confessio,  in  qua  omnium  vilio- 
rum  purgatio.  Ex  confessione  virtutum  pullul.ilio  :  con- 
creta'  virtutes  faciunt  cordis  puritatem,  in  qua  vera  sa- 
pientia    et    perfecta    charitas.    Ad    hoc  sciendum  quod 

piritus  timoris  dat  timorem,  spiritus  pietatis  coripunc- 
tionem,  spirilus  seientiae  praesentium  abrenuntialioncm, 
spiritus     fortitudinis     veram     humilitatem.     Humilitas 


enim     vincit     omnia ;  spiritus      concilii    confessionem 
s|iirilus     intelligentiaa     virtutum    acquisilionem ,     spi- 
ritus   sapientia;    perl'eclam    cordis   puritatem    et  amo- 
rem. 

35.  Quatuor  sunt  ordines  in  domo  Domini.  Qui- 
dam  enim  prooidunt  ad  pedes  Jesu,  sicut  .Ethiopes,  si- 
c  it  Maria  pcenitens  et  conlitens  :  quidam  sedent  ad 
pedes  ejus,  ul  eadem  Maria  audiens  verbum  ejus  :  qui- 
dam jacent  in  sinu  ejus  :  quidam  sedent  ad  lattis  ejus. 
Duo  ordines  primi  sibi  vivunt,  tertius  sibi  et  proximo, 
ut  Joannes  Evangelista,  suscipiens  et  sugens  pacem 
de  sinu  Domini,  et  nuntians  earn  populo.  Quartus 
proximo,  sicut  apostolus,  qui  ait  :  Bonum  certamen  cer- 
tai'i,  cursum  constunmavi,  fidem  servaoi.  Unde  securus 
subjungit  :  Reposita  est  mihi  corona  justitice,  Et  ideo 
cupio  dissolui  et  essi  cu/n  Christo.  Perm/mere  autem  in 
carne,  necesnarium  propter  von.  Isti  nee  inori  timent,  nee 
vivere  recusant. 

36.  Superbia  alia  est  caeca,  alia  vana,  alia  caeca  simul 
et  vana.  Caeca,  quando  homo  putat  in  se  esse  quod  non 
est.  Vana  quando  gloriatur  in  hoc  quod  homines  putant 
eum  esse  quod  non  est.  C;eca  simul  et  vana  est,  quando 
de  bono  quod  non  habet,  et  gloriatur  in  semetipso,  e 
aliorum  gloriam  quaerit. 


II  j  a  cinq 
»orlei  do 
tbuteiet. 


Mtqaadruplo 


100  CEUVRES  DE 

37.  L'kumilite  est  suffisante,  abondante  ou  sura- 
bondante.  Suffisante  elle  est  soumise  a  ses  supe- 
riors, ft  ne  se  prefere  point  a  ses  egaux.  Abon- 
dante, elle  se  soumet  a  ses  egaux  et  ne  se  prefere 
point  a  ses  inferieurs.  Surabondante,  elle  se  sou- 
mel  a  ses  inferieurs.  Cest  elle  qui  inspirait  le  Sei- 
gneur lorsqu'il  disait  a  saint  Jean  :  «  Laissez-moi 
faire  pour  le  moment,  car  c'est  ainsi  qu'il  [aut  que 
nous  accomplissions  toute  justice  [Matt,  in,  15). » 

38.  Quieonqne  veut  plaire  parfaitement  a  Dieu, 
doit  briller  par  sa  chastete  non  moins  que  par 
sa  charite.  Or,  pour  ce  qui  est  de  la  chastete, 
elle  est  quintuple  :  il  y  a  la  chastete  des  oreilles  et 
celle  des  yeux,  la  chastete  de  l'odorat,  celle  du 
gout  et  celle  du  tact.  Quant  a  la  charite,  elle  est 
quadruple.  En  effet,  il  en  est  une,  selon  l'Apotre, 
«  qui  croit  tout  (1  Cor.  xui,  7),  »  c'est-a-dire  qui 
n'est  po.nt  soupconneuse  ;  une  qui  «  espere  tout,  » 
elle  n'est  point  paresseuse  ;  une  qui  «  souffre  tout,» 
elle  ne  murmure  point;  une  qui  «  supporte  tout,» 
elle  n'est  point  impatiente.  Voila  neuf  vertus  qu'on 
ne  peut  posseder  sans  etre  parfait  et  sans  mener 
sur  la  terre  la  vie  des  neuf  clmeurs  des  anges.  C'est 
en  ce  sens  que  l'Ap6tre  a  dit  :  a  Notre  vie  est  dans 
les  cieux  (Puilipp.  Ill,  20;.  »  Et  s'il  in 'est  permis  de 
le  dire,  l'homnje  qui  ruene  cette  vie  a  plus  de  me- 
rite  que  les  anges.  En  ehVt,  chez  l'homme  ce  genre 
de  vie  est  un  acte  de  vertu,  et  chez  l'auge  c'est  le 
fait  de  sa  dignite. 

39.  L'ne  sainte  ame  mortifie  sa  chair  pour  la 
garautir  de  la  pourriture  des  vices,  quand  elle 
renonce,  par  continence,  a  tontes  les  voluptes  du 
monde;  on  peut  dire  alors  qu'elle  embaume  son 
corps  de  myrrke,  alin  que,  apresle  jugenieut,  il  de- 


SAIXT  BERNARD. 

meure  intact  de  la  corruption  eternelle.  Mai» 
lorsque,  dans  l'ardeur  de  ses  desirs,  elle  s'eleve  aux 
choses  du  ciel  et  repousse  de  la  chambre  de  son 
cceur  toutes  les  pensees  superflues,  elle  fait,  de  son 
coeur,  sous  les  yeux  de  Dieu,  comme  un  encensoir,  oil 
elle  amasse,  par  la  charite,  des  vertus  qui  sont 
comme  des  charbons  ardents  qui  la  consument,  en 
presence  de  Dieu,  du  feu  de  la  charite.  Et  tandis 
qu'elle  eleve  vers  Dieu  de  pures  et  ferventes 
prieres,  c'est  comme  si  elle  faisait  mooter,  de  l'en- 
censoir,  la  fumee  de  l'encens,  pour  repandre  une 
bonne  odeuren  presence  de  son  bien-aime,  et  pour 
exciter  sans  cesse  ceux  qui  l'approchent  de  plus 
pres,  4  l'amour  de  Dieu,  par  ses  bonnes  oeuvres. 

ItO.  «  Vous  ne  ferez  pas  ruire  le  chevreau  dam 
le  lait  de  sa  mere  (Exod.  xxxiv,  26. )  »  Le  chevreau 
c'est  le  peoheur ;  la  mere,  ce  sont  nos  premiers 
parents  de  qui  nous  descendons  tous ;  le  lait,  ce 
sont  les  peches  qui  decoulent  de  la  faute  origi- 
nelle.  »  Vous  ne  ferez  pas  cuire  le  chevreau  dans 
le  lait  de  sa  mere,  »  cela  veut  done  dire,  qu'il  ne 
faut  p^s  laisser  vivre  le  pecheur  dans  ses  pichej 
jusqu'au  jour  de  sa  mort,  mais  le  rappeler  avant 
ce  moment-la  a  la  pratique  des  bonnes  oeuvres, 
pour  qu'il  ne  perisse  point. 

41.  «  II  y  en  a  trois  qui  rendent  temoignage  sur 
la  terre,  l'esprit,  l'eau  et  le  sang  ( I  loan,  v,  8  ).  » 
Par  sa  venue  le  Seigneur  a  mis  tin  a  la  circon- 
cision  et  aux  autres  baptemes,  et  il  a  institue  le 
bapteme  oil  il  a  voulu  que  ces  trois  choses  ren- 
dissent  sur  la  terre  le  temoignage  de  chretiente. 
E<  outez  comment  fait  le  sang  du  Christ  ;  c'est  un 
signe  qui  nous  apprend  que  nous  devons  moiirir 
au  peche,  selon  ce  mot  de  l'Apotre  :  «  lgnorez-vous 


37.  Humilitas,  alia  sufficiens,  alia  abundans,  alia  su- 
perabundans.  Sufliciens,  subdi  majori,  nee  pra-ferre 
se  pari.  Abundans,  subdi  pari,  nee  prseferre  se  minori. 
Superabundans,  subdi  minori.  Inde  Dominus  ad  Joan- 
nem  :  Sine,  modo,  sic  enim  decet  nos  imptere  omnem 
justitiam. 

38.  Quicumque  volunt  perfecte  placere  Deo,  tarn 
castitale,  quam  charitate  splendcre  debent.  Caslila3 
autem  quinquepertita  est,  videlicet  in  auribus,  in  oculis, 
in  odoratu,  in  guslu,  et  in  taclu.  Charitas  autem  qua- 
drifaria  est,  quae,  secundum  Apostoliun,  omnia  credit, 
id  est  non  est  suspicion;  omnia  sperat,  non  e.-t  pigra; 
omum  suffert,  non  murmurat;  omnia  sustinei,  non  est 
impatiens.  Ecce  novcin,  qua?  qui  perfecte  liabet,  per- 
fectus  est,  et  secundum  novem  ordines  angelorum 
degit  in  terra.  Undo  Aposlolus  :  Nostra  conuersatio  in 
cce/u  est.  Et  ut  ita  dieam,  majus  mcrituni  habct  homo 
taliter  vivens,  quam  angelus.  Homini  enim  est  virtulis, 
angelo  dignitatis. 

39.  Sancui  anima  carnem  mam  a  putredine  vitiorum, 
mortiticat,  dum  omnes  voluptates  nmndi  per  conlinen- 
tiam  abaegut  :  et  tunc  quasi  myrrhatn  morituro  corpori 
adhibet,  ut  post  judicium  a  corruplione  seterna  maneat 
lanum.  Cum  vero  ad  ccelcstia  majori  desiderio  se  accen- 
dit,  et  a  cordis  cubiculo  omnes   superfluaa    cogitatione 


ferventer  abjicit  quasi  thuribulum  cor  suum  coram  Deo 
facit,  in  quo  dum  per  dilectionem  virtutes  congregat, 
quasi  carbones  in  thuribulo  cotplat,  inquoseipsam  nieos 
in  conspeclu  Dei  igne  charilalis  incendat.  Dumque 
ferventes  et  mnndas  orationes  ad  Deum  emittit,  quasi 
fumum  aromatum  ex  thuribulo  edueit,  ut  coram  dilecto 
suave  redoleat,  et  proximos  quosque  ad  ejus  amorem 
per  bona  op»ra  concitare  non  desinat. 

40.  Non  coques  Uwdum  in  tacit  matrix.  Hoedus  pecca- 
tor;  mater,  primi  pareates,  ex  quibus  omnes  procreat 
sumus ;  lac,  vitia  quse  de  original]  peccato  venerunt. 
Non  coques  Itanium  in  lacte  mutrisswe,  id  est  non  sinatur 
peccator  usque  ad  diem  niorlis  sua;  in  peccatis  perma- 
nere,  sed  ante  mortem  ad  bona  opera  revocetur,  ne 
percat. 

il.  Tres  sunt  qui  testimonium  dant  in  terra,  spirilus, 
aqua,  el  sanguis.  Veniens  Dominus  circumsisioue.il  et 
alia  baptismata  fecit  cessare  ;  Baptismum  vero  instituit, 
in  quo  trt.i  prffldiota,  quasi  testimonium  christianitatis 
In  terra  dantia  opei-ari  voluit.  Audi  quomodo  sanguis 
Christi  facit,  et  signum  est  ut  moriamur  peccato,  secun- 
dum Apustolum  :  An  ignoralis  quia  quicuaque  buptizati 
sumus  in  Christo  Jesu,  in  morte  ipiius  baptizati sumusl 
Aqua,  qua;  quasi  quodam  tumulo  corpus  inuludit,  signum 
eat  ut  ultra  non    serviamus   peccato  :  Consepuiti   enim 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD. 


101 


que,  baptises  en  Jesus-Christ,  c'est  dans  sa  mort 
que  nous  avons  ete  baptises  (Rom.  vi,  2)  ?  »  L'eau 
qui  recouvre  le  corps  comme  une  sorte  de  tom- 
beau,  nous  dit  que  nous  ne  devons  pas  etre  plus 
longtemps  esclaves  du  peche,  «  car  nous  avons  ete 
ensevelis  avec  lui  par  le  bapteme,  dans  sa  mort.  » 
L 'esprit  vivitie  et  fait  que,  apres  avoir  ete  ensevelis 
dans  l'element  de  l'eau,  nous  ressuscilions  renou- 
veles  par  le  Saint- Esprit,  «  afin  que  nous  mar- 
chions  dans  une  nouvelle  vie,  de  la  nieme  maniere 
que  le  Christ  est  ressusciste  d'entre  les  raorts  par  la 
gloire  du  Pere. »  Or  ces  trois  temoins,  operant  de 
concert  pour  la  meme  chose,  ne  font  qu'un,  selon 
le  mot  de  Saint  Jean.  Un  dans  le  mystere,  non 
point  dans  leur  nature.  Le  sang  est  done  le  temoin 
de  la  mort,  l'eau  celui  de  la  sepulture,  et  l'Esprit,  le 
temoin  de  la  vie.  Le  sang  a  rapport  an  prix,  l'eau, 
i  la  purification,  et  l'Esprit,  a,  la  renovation  de 
l'esprit.  Le  sang  du  Seigneur  nous  rachete,  l'eau 
des  fonts  sacres  nous  lave ,  l'Esprit  nous  fait 
enfants  de  Dieu  par  l'adoption. 

42.  « A  la  quatrieme  veille,  il  vint  k  eux  (am 

apotres),   en  marchant  sur   la  mer   (Matt,  xiv  ).  » 

'•orfeflu"  ""e  Pretrner    sommeil    est   la  crainte    nocturne , 

•ommeil.     e'est-a-dire    la    crainte   des   adversites.  La  veille 

qui   le  suit,    est  produite    par   la   prudence.    Le 

second   sommeil,   c'est  la  Heche  qui  vole   durant 


le  jour,  e'est-a-dire  la  tentation  qtii  nous  rient 
dans  la  prosperity ;  la  veille  qui  le  suit  est 
produite  par  la  force.  Le  troisiiime  sommeil,  c'est 
la  chose  qui  marche  dans  les  tenebres,  je  veux  dire 
la  vaine  gloire ;  la  veille  qui  le  suit  est  la  justice. 
Le  quatrieme  sommeil,  c'est  le  demon  de  midi  et 
ses  incursions,  je  veux  dire  l'intemperance.  Alors 
le  Seigneur  vient  a  eux  en  marchant  sur  la  mer. 
11  marche  hien  dessus ,  lui  ,  mais  Saint  Pierre 
enfonce  dans  ses  flots.  An  premier  abord,  on  le 
prend  pour  un  fantome,  mais  ensuite  on  le  recon- 
nait.  Les  plus  craintifs,  mais  qui  n'ont  point  cess6 
d'etre  fideles,  louent  le  Seigneur  en  voyant  ces 
choses. 

Zi3.  La  priere  requiert  sept  choses.  Elle  doit  etre  Condition  d« 
dictee  par  la  foi,  selon  ce  mot  de  l'Evangile  :  «  Tout 
ce  que  vous  demandez  en  priant,  croyez  que 
vous  l'obtiendrez ,  et  vous  l'obtiendrez  en  ell'et 
(Marc,  xi,  24).  »  Puis,  elle  doit  etre  pure,  a  l'exem- 
ple  de  la  priere  d'Abraham  qui  eloignait  les  oiseaux 
de  ses  sacrifices.  En  troisieme  lieu,  il  faut  qu'elle 
soit  juste,  en  quatrieme  lieu  assidue,  en  cinquieme 
lieu  humble,  en  sixieme  lieu  fervente :  ces  deux 
qualites  se  retrouvent  dans  l'image  tiree  du  grain 
de  seneve ;  en  septieme  lieu,  il  faut  qu'elle  soit 
devote. 


FIN    DES   PENSEES. 


sumus  cum  ipso  per  baptismum  inmortem.  Spiritus  vlvi-nem.  Tertia  dormitio,    negotlumperambulanslntenebrlj, 


flcat  et  facil,  tit  qui  in  illo  aquanim  elemenlosepelimur, 
renovali  per  ipsum  Spiritum  resurgamu3,  ut  quomodo 
turrexil  Christus  a  mortuis  per  gloriam  Patris,  ita  ut 
nos  in  novitute  vita  ambukmus.  Et  hi  tres  quia  unum 
operanlur,  unum  sunt,  sicut  dicit  Joannes.  Unum  in 
myslerio,  non  in  nalura.  Sanguis  igitur  testis  mortis, 
iqua  sepulture,  Spiritus  vitse.  Sanguis  spectat  ad  pre- 
tium,  aqua  ad  lavacrum,  Spiritus  mentem  renovat.  San- 
guis Domini  nos  redemit.  sacri  fonlis  unda  nos  abluit, 
Spiritus  per  adoplionem  filios  Dei  nos  facit. 

42.  Quarta  vigilia  venit  ad  eos    (apostolos)    ambulant 
tuper  mare.  Prima  dormitio  est  timor  nocturnus,  scili- 
cet   de      adversis  ;     subsequens   vigilia,     per  pruden- 
tiam.    Secunda    dormitio,    sagitta   volans     per    diem, 
Id    est    tentatio    per   prospera;    vigilia  per  fortitudl- 


scilicet  vana  gloria  ;  vigilia,  justitia.  Quarta  dormitio, 
incursus  et  daemonium  meridianum,  id  est  intemperan- 
tia.  Tunc  venit  ad  eos  Dominus,  ambulans  supra  mare. 
Dominus  supra,  sed  Petrus  mergitur.  Primo  putatur 
esse  phantasma,  sed  post  agnoscitur.  Alii  tepidiores, 
sed  tamen  fideles,  magnificant  Dominum  in  tali- 
bus. 

43.  Septem  debent  esse  In  orationc.  Oratio  enim  da- 
bet  esse  (idelis,  juxta  illud  :  Quidquid  oranles  petitis, 
credite,  quia  uccipietis,et  fiet  vobis.  Deindemunda, jux- 
ta exemplum  Abrahae,  qui  aves  de  sacriflcio  abigebat. 
Tertiojusta,  quarto  assidua,  quinto  humilis,  sexto  fer- 
vens,  haeo  duo  habeas  in  grano  sinapis  ;  septimo 
devote. 


FINIS  SENTENTIARUM. 


PARABOLES 

YULGAIREMENT  ATTRIBUTES  A  SAINT  BERNARD. 


DienitC 

de  I'homme 

dans  la 

crealiun. 


Chote  de 
1'hoinme. 


PREMIERE  PARAHOLE. 

Le  combat  spiriluel. 

1.  l"n  roi  richoct  tres-puissant,  le  Dieu  tout-puis- 
sant, a  adopte  pour  tils  I'homme  qu'il  avaitcrfee,  e1 
aquicommea  an  enfantjeuneet  delical  il donna  pour 
precept  eurs  la  loi  etles  prophetes,  avec  Irs  aulres 
tuteurs  et  acteurs 'jusqu'au  temps  marque  d'avance 
par  lui  pour  sa  majorite.  11  le  pourvut  de  toutes 
choses  et  ne  lui  epargna  point  ses  avis  eu  l'6tablis- 
sant  le  maltre  dn  paradis  terrestre,  et  lui  montra 
tous  les  tresors  desagloire,  en  luipromettantdelui 
en  faire  part,  s'il  ne  l'abandonnait  point.  Puis,  atin 
que  rien  ne  manquatauxbiensdont  il  l'enrichissait, 
il  lui  donna  aussi  le  libre  arbitre  pour  que  le  bien 
qu'il  fer.iit  lut  volontaire  au  lieu  d'etre  force .  Quand 
I'homme  eut  recu  le  pouvoir  du  bien  et  du  ma),  il 
prit  tous  ses  biens  en  degout  dans  son  ardent  de- 
sir  de  connailre  le  bien  et  le  mal.  Sortant  done  du 
paradis  de  sa  bonne  conscience,  il  se  mit  a  la  re- 
cherche de  nouveautes  qu'il  ignorait,  lui  qui  jus- 
qu'alors  ne  connaissait  encore  que  le  bien  :  oubliant 
les  lois  de  son  pere,  et  quitlant  ses  precepteurs,  il 
niangea  du  fruit  de  l'arbre  de  la  science  dubienet 
du  mal,  en  depit  de  la  defense  de  son  pere,  et,  le 
malbeureux,  se  cachant  et  fuyant  la  presence  du 
Seigneur,  il  se  mit  a  errer,  couiuie  un  enfant  in- 
sense,  sur  les  moutagnes  de  la  bauteur,   dans  les 


rallies  de  la  curiosite,  a  travers  les  champs  de  la 
licence,  par  les  bois  de  la  luxure,  an  milieu  des  ma- 
recages  des  yoluptes  charnelles  et  jusques  sur  les 
flots  'Irs  soins  ,le  ce  monuV. 

2.  Mais  ['antique  brigand,  en  apercevant  cet  en- 
fant, revolte  sans  garde  et  sans  guide,  errant  loin  de 
la  maison  de  son  pere,  s'approcha  de  lui,  etlui 
pr6sente  de  la  main  du  niauvais  conseil,  les  pom- 
mes  de  la  desobeissance,  comme  pour  s'assurer  de 
son  consentement ;  puis  il  fond  sur  lui,  le  renverse 
par  terre,  e'est-a-dire  dans  les  desirs  terrestres,  alors 
il  lui  garrotte  les  pieds,  e'est-a-dire,  les  affections  de 
lame,  puur  l'empiVher  de  se  relcver,  et  le  cliarge 
des  liens  Ires-forts  de  la  concupiscence  du  siecle, 
donl  il  couvre  aussi  les  mains  de  sun  operation  et  les 
yeux  de  son  ame.  Ensuite  il  le  place  dans  le  vais- 
seau  de  la  mauvaise  security,  et  faisant  sonftleravec 
force  le  vent  de  l'adulation,  il  le  conduit  bien  loin 
dans  les  pariiirs  de  I  i  dissimilitude.  Mais  lui,  cet 
enfant,  en  arrivant  dans  un  pays  qui  n'est  pas  le 
sien,  se  vbit  mis  en  vente  au  plus  offrant  de  tous 
ceux  qui  passent  le  long  du  clieiuin .  11  apprend  a 
faire  paitre  les  pores  et  a  manger  les  gousses  dont 
on  les  nourrit ;  tandis  qu'il  desapprend  ce  qu'il 
avait  appris  auparavant,  il  apprend  ce  qu'il  avait 
ignore  jusqu'alors,  je  veux  dire  les  ceuvres  servi- 
les.  Unchaine  dans  le  cacbot  du  desespoir,  oil  ne 
rodent  que  les  nnpies,  il  se  voit  coutraint,  6  dou- 
leur,  de  moudre  sous  la  meiile  du  moulin  de  l'im- 


PARABOLA  I. 
De  Pwjna  spiriluali, 


1.  Rex  dives  el  pnrpotens  Deus  omnipotens  fllium 
sibi  fecit  homioem,  quern  creaverat,  cui  sicut  puero 
delicate  paedagogos  delcgavi  I  legem,  prophetas,  caete- 
rosque  lutorcs  el  adores  usque  ad  praeliuitum  tempua 
ejus  consummaticnis.  Instruxit  cum  el  monuit,dominum 
eum  paradisi  constituens;  otnnesque  thesauros  glorias 
suae  ei  ostendens  el  repromitlens,  si  se  non  desereret. 
Et  ne  quid  deessel  bonis  ejus,  cliani  liberum  arbilrium 
ei  indulsit,  ut  bonum  ejus  essel  volunlarium,  non  coac- 
tum.  Acccpta  licentia  boni  el  mali,  ccepil  rum  taedere 
bonorum    Buorum,  a  concupiscentia    sciendi    boil 

milium.  K  ■  ion      conscienlie, 

nova  quaerens  qu  ebat,  qui  nulla  adbi.c  nisi  bona 

noverat;  paterais  '  legibus  et  paedagogis    relictis,  man- 

af.patrus.  ducavit  de  ligno  scienHas  boni  et    mali    contra  vetitum 

Patris  :  et  abscondens  se  miser,  ctfugiensa  facie  Domini 


cc?pit  vagari  puer  insipiens  per  montes  altitudinis,  per 
valles  curiositiitis,  per  campos  lioentiae,  per  neinora 
luxuriae,  per  paludcs  voluptatum  carnalium,  per  ductus 
cur iiiiiii  saeculurium. 

2.  Videns  aulem  anliquus  prado  Iascivum  puerum 
sine  custode,  sine  rectorc,  procul  a  domo  patris  vagan- 
tem ;  accessit,  el  pomulailla  inobedientiai  manu  malae 
persuasionis  ei  porrigens,  postquam  ab  eo  cunsensum 
elicuit,  aggressus  est  miserum,  el  in  terrain,  id  est  in 
liTicni  cum  desideria,  praecipitans,  pedesque,  id  est 
mentis  aiTectiones,  nc  resurgat,  Fortissimis  ei  saecularis 
concupiscentiae  vinculis  alligans,  manusque  opcrationis, 
i  i  .  nlos  mentis;  misil  eum  in  navim  malae  securitatis, 
el  flante  vehementer  vento  adulationis,  Iransvexit  cum 
in  longinquam  regionem  dissimililudinis.  Veniens  ille 
in  regionem  non  suam,  venalis  factus  csl  omnibus,  qui 
praetergrediuntur  viam.  Iiiscii  porcos  pascere,  siliquaa 
porcorum  manducare  i  dediscil  omnia  qua1  didicerat,  et 
disi  ii  quaa  nesciebat,  servilia  scilicet  opera.  Vinciusque 
in  desperationis  careers,  ubi  in  circuitu  impii  ambulant, 


PARABOLES  ATTRIBUTES  A  SAINT  BERNARD. 


103 


piete  la  recompense  de  la  mauvaise  conscience.  comment   as-tu  done  pn  trouver  acces  dans  le  ca- 

3.  Mais  pendant  ce  temps-la,    oii    est   done  son  cliot  si   profond  et  si  horrible  de  mon   desespoir? 

'  pere  tres-puissant,  tres-doux  et  t res-liberal  ?  Pent-  Oui,  oui,  e'est  bien  moi,  reprend  l'Esperance,  e'est 

il  avoir  oublie  le  fils  de  ses  enlrailles  ?  Non,  non,  il  ton  pere  qui  m'envoie  vers  toi  pour  t'aider,  non 

ne  Poublie  pas,  loin  de  la,  il  en  a  pitie  auconlraire,  point  pour  t'abandonner,  et  pour  te  ramener  dans 

il  compatit  au  malheur,  il  se  pi  dut  de  1'absence  et  sa     maison   et    dans   la    chambre    meme    de   ta 

de  la  pert'  de  son  fils.  II  recommande  a  ses   amis,  mere.  Et   lui :  o  toi,   s'ecrie-t-il,   doux  alle;:ement 

il  presse  sesserviteurs,  il  demande  atoat   le  moude  des  peines,d  nice  consolation des  malheureux  !  0  toi 

de  se    mettre  a  sa  recherche.  L'n  de  ses  serviteurs,  qui  n'es  pas  le  moindre  des  trois  serviteurs  qui  se 

nomine    la  Crainte,    sur  l'ordre  de  son  maitre,    se  tiennent  debout  pres  du  lit  du  roi,   tu  vois  la  pro- 

precipite  sur  les  pas  de  cet  enfant  fiuitif,  et  decou-  fondeur  immense  de  mon  cachot.  tu  vois  mes  fers, 

vre  le  fils  de  son  roi,  au  fo:;d  dun  cachot,  couvert  il  est  vrai  que  depuis  que  tu  es  entree  ici,  ils  sont 

des  ordures  degoutantes  du  peche,  lie   des  chaiues  deja  en  grande  partie  rompus  ou  detaches.  Tu  vois 


1'immense  multitude  de  ceux  qui  me  tiennent  cap- 
tif,  tu  vois  leur  force,  leur  rapidite  et  leur  ruse. 
Comment  peux-tu  te  trouver  ici ?  Mais  l'Esperance 
lui  repond  :  ne  erains  rieu,  celui  qui  doit  nous  ai- 


et  charge  des  fers  de  la  mauvaise  habitude,  fou  de 
misere  et  pourtant  tranquille  et  souriaut  dans  son 
malheur.  11  le  presse  de  la  voix  et  du  fouet  de  se 
lever,  de  sortir  et  de  relourner  chez  son  pere,  il 
couvre  ce  malheureux  enfant  d'une  telle  confusion  der  est  pleiu  de  misericorde  ;  celui  qui  combattra 
qu'il  demeure  etendu  a  terreademi-mort,sonven-  pour  nous  est  tout-puissant,  et  si  tes -lyraus  sont 
s.Parl'es-  tre  se  colle  au  sol.  Sur  les  pas  du  premier,  un  second  nombreux,  ceux  qui  sont  pour  nous  le  sont  plus 
perance.  SL,rvjtellr  Glance  a  son  tour,  il  se  nomine  l'Espe-  encore.  D'ailleurs,  je  t'ai  amene,  de  la  part  de  ton 
ranee,  et,  en  vovaot  que  la  crainte  u'a  puarracher 
de  sa  place  le  lils  de  son  roi,  qu'elle  l'y  a  plutot 
plus  fortement  attache  ;  qu'au  lieu  de  l'aider  elle 
l"a  abattu,  elle  s'approche  doucement  de    lui,    elle 


pere  un  cheval,  le  cheval  du  desir;  une  fois  que 
tu  seras  monte  dessus,  tu  pourras,  sous  ma  con- 
dune,  t'eloigner  en  siirete  de  tons  tes  enneniis. 
Elle  dit,  et,  etendant  sur  le  dos  du  Desir  les  douces 


tire  ce  pauvre  de  la  poussiere,  et  sort  cet  indigent  de     couvertures  de  la  pieuse  Devotion,  elle  attache  aux 


son  fumier  1  Reg.n,  8  ,  elle  lui  releve  latele,  puis, 
avec  le  vetemeut  de  la  consolation,  lui  essuie  les 
yeux  et  la  figure  et  s'ecrie  :  Ah  !  combien  de  mer- 
cenaires  dans  la  maison  de  ton  pere  out  du  pain  en 
abondance,  pendant  que  toi,  tu  meurs  de  faim  ici ! 
Leve-toi,  je  ten  prie,  retourne  a  ton  pere  et  dis- 
lui  :  Mon  pere,  trailez-moi  comme  un  de  vos  ser- 
viteurs. Mais  alors  lui  revenant  enfin  et  a  grand' 
peine  un  peu  a  soi,  n'es-tu  pas  l'Esperance,  dit-il? 


talons  du  Ills  du  roi  les  eperons  des  bons  exemples 
et  le  fait  mooter  ensuite  sur  le  Desir  ;  mais  le  frein. 
manquait,  oublie  dins  la  precipitation  de  la  fuite. 
Le  cheval  s'elance  done  a  l'instant,  mais  sans  frein, 
et  l'Esperance  marche  devant  lui,  et  le  tire  a  sa 
suite.  La  crainte  est  derriere  qui  le  presse  du  fouet 
et  de  la  voix.  A  cette  vue  les  princes  d'Edom  se 
troublent,  les  forts  de  Moab  se  sentent  saisis  de 
crainte,  tous  les  habitants  de  Chanaan  sont   glacSs 


in  mola  impiaa  circuitionis  cogitur  molere   emolumenta 
mala  conscience.  Pro  dolor  ! 

3.  Et  ubi  modo  est  Paler  ille  potentissimus  et  dnlcis- 
simus  atque  liberalissimus?  Numquid  potest  oblivisci 
filium  uteri  sui?  Absit,  absit.  Non  obliviscitur,  sed 
miseretur,  condolet  et  conqueritur  de  absentia  et  perdi- 
tione  filii  sui.  Mandatamicis,  sollicitat  servos,  onmesque 
suscita'  ad  requirendum  cum.  Unus  servoruai Timor,  ad 
imperium  Domini,  filii  fugitivi  vestigia  prosequens,  in 
profundo  carcoris  invenit  filium  regis  ,  carnalibus 
peccatorum  sordibus  obsitum,  vinculis  et  catenis  malae 
consuetudinis  ligatum,  miserum  et  amentem.in  miseriis 
securum  et  ridentem  :  quem  verbis  et  veiberibus  urgeos 
ut  exiret  et  rediret,  tanta  miserum  confusione  dejecit, 
ut  sicut  morli  jam  vicinus  jaceret,  et  adhaereret  in  terra 
venter  ejus.  Egressus  e  vestigio  alius,  cui  nomen  Spes, 
vidensque  (ilium  regis  a  timore  non  erulum,  sed  obru- 
tum;  non  adjutum,  sed  dejectum  :  accessit  leniter,  et 
suscitans  a  terra  inopem,  et  de  stercore  erigens  paupe- 
rem,  levansque  caput  ejus,  et  coacta  in  unum  consola- 
tionis  veste,  oculos  ejus  detergens  et  faciem  :  lieu, 
inquit,  quanli  mercenarii  in  domo  Patris  tui  abundant 
panibuus,  tu  autem  hie  fame  peris !  Surge,  obsecro,  et 
vade  ad  patrem  tuum,  et   die  ei    :  Pater,   fac  me  sicut 


niram  e  mercenariis  tuis.  Tunc  ille  tandem  vix  ad  se 
modicum  rever^us  :  Tune  es,  inquit,  Spes?  Etquomodo 
Spei  introitus  potuit  patere  in  tantuin  et  lam  horribile 
piofundum  desperationis  mea??  Ego,  ego,  inquit,  sum 
Spes,  a  Patre  tibi  transmissa,  te  adjutura,  te  non  deser- 
tura,  donee  te  introducam  in  domum  patris  tui,  et  in 
cubiculum  genilricis  luae.  Et,  o,  inquit  ille,  dulce 
levamen  laborum,  dulcis  consolatio  miserorum  !  o  una, 
et  non  infima  de  tribus  cubiculi  regii  assistricibus ! 
vides  carceris  mei  profundum  immane  ;  vides  vincula, 
qua?  tamen  ad  ingressum  tuum  jam  maxima  ex  parte 
dirupta  sunt  et  dissoluta ;  vides  captivorum  *  meorum 
immanem  multitudinem ,  forlitudinem,  velocitatem, 
aslutiam  :  et  quis  tibi  locus  liic?  At  Spes,  ne  timeas, 
inquit,  qui  nos  adjuvat,  misericors  est  :  qui  pro  ncbis 
pugnat,  omnipotens  est  :  pluresque  suntnobiscum,  quam 
cum  illis.  Super  hapc  omnia,  adduxi  tibi  a  Patre missum 
equum  Desiderii  :  cui  cum  insederis,  me  dure  ab  his 
omnibus  seciirus  proficiseeris.  Dixit,  et  mollibus  stra- 
mentis  pi*  devotionis  submissis,  et  bonorum  exemplo- 
rum  calcaribus  additis,  cquo  Desiderii  imposuit  (ilium 
.  sed  frenum  defuit,  tanta  erat  feslinalio  fugiendis 
lllico  equus  currit  infrenit,  trahit  Spes  ante.  Timor  au- 
tem retro  verberibus  urget  et  minis.  Tunc  videntes  hoc 


*al.  capti- 

vanUam. 


104 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


de  terreur  [Exod.  xv,  15).  Que  le  tremblement   et  moins  de  prudence  que  dc  hate;    car  il  n'y  a  plus 

1  'effroi  fondent  fur  eux  dans  la  force  de  votre  bras,  d'enneniis  le  long  de  laroute,  (niais  ilsont  continue 

Seigneur,  qu'ils  deviennent    immobiles  comma    la  de  seiner  le  scandale  sur  le   cheinin,  aux  bifur- 

pierre  jusqu'a  ce  que  votre  fils  sort  passe,   ce  Ills  cations  des    routes,   aux  carrefours   et  dans  les 

que  vous  avez  possede.  Dans  leur  course  preci  pi  tee,  detours.  Je  vais  done  marcber  devant  vous  ;  pour 

Us  s'echappent  sans  doute,  mais  cen'estpoint  sans  vous,  ne  vous  ecartez  point  de  la  route  de  la  justice, 

couhr  quelques  dangers,  car  ils  fuient  sails  inesure  et  avant  pen  nous  vous  ferons  entrer  dans  le  camp 

et  sans  conseil.  ,],.  la  Sagesse  qui   n'est  plus  fort  eloigne  de  nous 

qo*atre"e'r?u«      *"  Aussi'  voit-°n  accourir  au  devant  d'eux,    en-  maintenaut.  Car  e'est  de  la  sagesse  qu'il  est  dit : 

•»tdinale».    voyee  par  son   pere,   la  Prudence,    line   des  plus  «  Si  vous   voulez  acquerir  la  sagesse,   apprenez  la 

grandes   princesses  de  son   palais,  ayant    avec  elle  justice.  » 

la  Temperance.  Elle  les  arrele  dans  leur  course,  et        5.  Mais,  pendant   qu'ils    organisent    ainsi  leur    Et  p«r  let 

s'ecrie  :  doucement.jevous  en  prie,  doucement ;  ear  marcbe,  la  Craiute  les  pousse,  l'Esperance  les  tire,    •u,rleu,i'"- 

notre  grand  Salomon  a  dit  :  «  Quiconque  marche  la  Force  les  protege,  la  Temperance  modere  leurs 

trop  vite,  se  heurte  [Prov.  ix,  2).  »  Si  vous   courez  pas,  la  Prudence  les  guide  et  les  eclaire,  la  Justice 

ainsi  vous  butterez,  et  si  vous  toinbez,  vous  rendrez  les  mene  etles  conduit.  Le  Fils  du  roi  approche  du 

a  ses  enuemis  le  tils  du  roi  que   vous  avez  mission  camp  de  la  Sagesse  qui,  a  la  premiere  nouvelle  de 

de  delivrer  ;  car  s'il  tombe,   a  l'iustant  ils  mettron1  l'arrivee  d'un  nouvel  ndte,  va  au  devant  de  lui  et 

la  main  sur  lui.  Ce  disant,  elle  met  au  Desir,  qu^  fait  accueil  a  cet  etranger  qui  desire  la  voir,  elle  se 

ecumait  de  chaleur,   le  frein    de  la  discretion,  et  montre  a  lui  sur  la  route  nicnie   avec   un   visage 

confie  les  renes  a  la  Temperance.  Comme  la  Craiute,  souriant.   L'llumilite  a  entoure  son  camp  de  fosses 

par  derriere,  se  plaignait,  a  cause  de  l'approche  et  tres-profonds,  au  dessus  desquels  s'elevejusqu'aux 

de  la  force    des    eunemis  ,    qu'on   ralentit    de    la  nues  un  mur  tres-solide   et  tres-beau,  )e  mur  de 

fuile,   la   Prudence    lui  dit  :  arriere    Satan,   hi  es  l'obeissance  que  decorent  dans  toute  sa  bautenr  les 

pour  nous  une   cause  de  scandale.    Notre  force  et  bistoires  de  bons  exemples  peints  partout    avec  un 

notre  gloire,  e'est   le   Seigneur,   il  s'est   fait  notre  art  admirable.   Ces  murs  sont  attenants  aux  rem- 

sallit.    D'ailleurs    voici  venir  la    Force,    le  vaillant  parts  d'ou  on  voit  pendre  mille  boucliers  et  toutes 

soldat  de  Dieu,  il  accourt  a  travers  le  cbamp  de  la  les  armes  des  forts.  La  porte  de   la  profession  est 

confiance,  brandissant  dans  sa  main  le  glaive  de  la  toute  grande  ouverte,  mais  un  portier  place  sur  le 

joie.    Ne  vous  troublez  pas,  dit-il,    nous  sommes  seuil  ne  laisse  entrer  que  ceux  qui  sont  dignes  d'y 

plus    nombreux    qu'eux.  Alors  la   Prudence,  con-  entrer,  et  en  eloigne  les  indignes.   Un  heraut   crie 

seillere  habituee  des  conseils  de  la  cour  celeste,  au-dessus  de  la   porte  :    «  Que  celui  qui  aime  la 

s'ecrie  :  prenez  garde,  je  vous  en  prie,  car,  selon  le  sagesse  passe  par  ici  et  il  la  trouvera ;  et  quand  il 

mot  de  notre  grand  Salomon,    « l'heritage  qu'on  a  l'aura  trouvee ,    il    sera   bienkuureux   s'il    sait   la 

hate   d'acquerir,  ne   sera  point  un  heritage  beni  garder. »  C'est  la  que  le  fils  du  roi  se  voit  conduit 

{Prov.  xx,  21).  »  Fuyez  done,  mais  iuyez  avec  non  par  la  main,  que  dis-je  ?  porte  dans  les  bras  de  la 


confnrbati  sunt  principes  Edom,  robustos  Moabobtinuit 
tremor,  obrigucrunt  omnes  inhabitatores  Chanaam. 
Irruat  super  eos  formido  et  pavor  in  magnitudine 
brachii  tui;  fiant  immobiles  quasi  lapis,  donee  per- 
transeat  filius  tuus,  Domine,  filius  isle,  cpiem  posse- 
disli.  Sed  cum  sic  ferantur  pr;ecipiles  ,  effugiunt 
quidem,  sed  non  sine  periculo  :  quia  sine  modo,  sine 
consilio. 

4.  Propter  quod  a  Patre  IransmissaaccurritPrudentia, 
una  de  siimmis  principibua  palalii,  in  oomitatu  amicam 
babens  Temperantiam ;  et  tunens  currentes  :  Parcius, 
in  quit,  obsecro  parcius,  dicit  enim  Salomon  noster  : 
Qui  festinus  est,  pedibus  offendil.  Si  sic  curritis,  offen- 
ditis  :  si  offenditis,  caditis  :  si  caditis,  lilium  regis, 
quern  suscepistis  liberandum,  inimicis  redditis.  Nam  si 
cecidcril,  illico  nianus  eorum  eiit  super  eum.  Ilaec 
dicens,  fienum  discrelionis  imposuit  fervido  illi  equo 
Desiderii,  ejusque  I  ibcnas  Toiuperanlia:  regendas  com- 
misit.  Cumque  Timor  retro  de  vicinia  et  virtule  inimi- 
corum,  et  tardi  ate  fugae  causaretur  :  Vade,  inquit  Pru- 
dentia,  retro  satann,  scandalum  es  nobis.  Forlitudo  et 
aus  nostra  Dominus,  et  faotus  est  nobis  in  salulem.  Et 
ecce  Forlitudo,  miles  Dei  egregius  accunens   per  cam- 


pum  Fiducia3,  extracto  gladio  laititiaBj  nolite,  inquit, 
turbari;  plures  nobiscum  sunt  quam  cum  illis.  Tunc 
Prudentia  curiae  ccelestis  assueta  consiliis  :  Cavete, 
inquit,  obsecro,  quia  hm-editai  ilia  ad  quam  feslinntur 
in  initio,  sicut  dicit  Salomon  nosier,  in  fine  bfrtedictione 
carebit.  Proliciscimini  igitur,  non  (am  festinanter,  quam 
prudenter.  Inimici  enim  non  sunt  in  itinere,  sed  juxla 
iter  scandalum  ponere  sulent,  in  biviis  et  triviis,  et 
viarum  anfraclibus.  Pracedam  itaqne;  vosautem  tenets 
viam  Justitiaa  :  et  velciciter  inlroducemus  vos  in  castra 
Sapientiie,  qua?  jam  non  procul  sunt  a  nobis.  Sapientia 
enim  est,  dc  qua  dicitur  Concupiscens  sajjienlia'n ,  disce 
justitiam. 

5.  Sic  itaque  dum  viam  carpunt,  urgct  Timor,  Spet 
trali i t,  munit  Forlitudo,  Teniperantia  tnoderatur,  pro- 
videt  et  instruit  Piudenlia,  ducit  et  perducit  Juslitia. 
Apprupinqiiat  filius  regis  castris  Sapienlice  :  quae  novi 
hospilis  audito  adventu,  praeoccupat  eum,  qui  se  coocu- 
piscil,  occurrit  et  oslcndit  se  in  viis  hilariter.  Fossa  vero 
profundee  bumililalis  castra  cingebat  :  super  quam 
forlissimns  et  pulclierrimus  murus  obedienliasasdificatus 
ccelos  pcnetrabal,  qucm  bonorum  exemplorum  bistorias 
undique  depicts;  mirabilitcr  decorabaut,  /Ediiicalus  au- 


PARABOLES  ATTRIBUES  A  SAINT  BERNARD 


105 


sagesse  qui  a  vole  a  sa  rencontre,  entoure  de  toutes 
les  prevenances  de  la  domesticile  du  roi,  il  arrive 
ainsi  dans  la  forteresse  qui  s'eleve  au  milieu  de 
la  ville,  ou  elle  s'est  construit  line  dcraeure,  et  a 
eleve  sept  colonnes,  ou  elle  soumet  la  nation  a 
son  empire,  oil  elle  foule  de  son  pied  le  cou  des 
grands  et  des  superbes.  La  il  est  depose  dans  le  lit 
de  la  Sagesse  qu'enlourent  soixante  des  plus  vail- 
lauts  soldats  d'Israel,  l'epee  au  cole.  David  est  la  avec 
ses  tympans  et  ses  chceurs,  ses  instruments  a  cordes 
et  ses  instruments  a  vents.  Les  autres  paranymphes 
de  la  cour  celeste  y  sont  aussi  dans  une  joie  et 
une  allegresse  plus  grande  pour  ce  pecheur  qui 
fait  penitence,  que  pour  quatre- vingt-dis-neuf 
justps  qui  n'ont  pas  besoin  de  penitence. 

6.  Alors,  souffle  de  l'Aquilon  un  totirbillon  de 
vent  et  de  feu  qui  enveloppe  et  ebranle  la  maison 
tout  entiere  et  jette  la  confusion  dans  le  camp  de 
la  sagesse .  En  effet,  Pliaraon,  avec  ses  chariots  et 
ses  cavaliers  s'etait  mis  a  la  poursuite  d'Israel.  On  a 
vu  conspirer  ensemble  et  faire  alliance  coutre  lui, 
les  tentes  des  Idumeens  et  des  Isniaelites,  Moab  et 
les  Agareniens,  Gebal,  Amnion  et  Amalec,  les  Gran- 
gers et  les  habitants  de  Tyr  (Psal.  lxxsii,  5  el  9  ) . 
L'Assyrien,  je  veux  dire  le  diable,  ce  grand 
exterminateur,  vint  aussi  avec  eux  (Ibidem. 
7).  Bref,  la  cite  se  vit  assiegee.  Les  machines 
de  la  tentation  se  dressent,  et,  de  tous  cotes,  l'en- 
nemi  la  presse  comme  un  dragon  dans  ses  em- 
buscades  et  comme  un  lion  dans  les  attaques  ou- 
vertes.  II  assemble  ses  allies,  il  lance  des  brandons 
allumes  dans  la  place,  il  mine  les  niurs,  il  suscite 
des  guerres,  il  dresse.  des  embuches  et  menace  la 
ville  entiere  d'une  destruction  complete.  Au  dedans 


tem  erat  cum  propugnaculis  :  mille  clypei  ex  eo  drpen- 
debant,  omnis  armatura  fortium.  Porta  professions 
omnibus  patens  :  janitor  in  limine  dignos  inducens, 
et  indignos  abjiciens.  Pra?co  super  portum  clamans  : 
Si  guts  dt/iyit  sapientiam,  ad  me  decline!,  et  earn 
inveniet;  et  earn  cum  invenerit,  beatus  est  si  tenuerit 
earn.  Hue  lilius  Regis,  occurrentis  sibi  sapientia?  ducatu 
introduces,  imo  ulnis  deportatus,  familia?  regis  valla- 
tus  obscquiis,  ad  media?  civilatis  arcem  pcrducitur,  ubi 
ipsa  aedilicavit  sibi  domum,  excidit  columnas  septem, 
subdidit  sibi  gentes,  superborumque  et  sublimium  colla 
propria  virtute  calcavit.  Ibi  collocalur  inlecto  sapientia?, 
quern  ambiunt  sexaginta  fortissimi  ex  fortibus  Israel  : 
uuiuscujusque  ensis  super  femur  suum.  Adest  David  in 
tympano  choro,  in  cbordis  et  organo ;  ca?lerisque 
ccelestis  curia?  paranymphi,  gaudentes  et  etsultantes 
magis  super  uno  peccatore  poenitentiam  agente,  quam 
super  nonaginta  nomen  justis,  qui  non  indigent  pceni- 
tentia. 

6.  Et  ecce  veniens  ab  Aquilone  ventus  turbiniset  ignis 
involvens  totam  concussit  domum,  Sapientias  castra  tur- 
bavit.  Egrcssus  est  enirn  Pharao  cum  curribus  et  equi- 
tibus,  persequens  fugientem  Israel.  Cogitaverunt  ctiam 
unanimiter  simul  adversus  eum,  teslamentum  disposue- 
runt  taberaacula  Idumajorum  et  Ismaelita?,    Moab  et 


tout  est  dans  la  crainte  et  les  angoisses,  dans  rap- 
prehension  d'une  invasion  violente  et  soudaine  de 
l'eunemi,  on  est  dans  un  trouble  general,  tout  le 
monde  chancelle  comme  un  homrue  ivre,  et  la  sa- 
gesse de  chacun  est  renversee;  tous  crient  vers  le 
Seigneur,  du  milieu  de  leur  consternation  (PsaL 
evi,  26  et  27).  On  court  a  la  citadelle  dela  sagesse; 
on  lui  fait  part  de  ees  mauvaises  nouvelles,  on  lui 
demaiide  un  conseil.  La  prudence,  rentranten  elle- 
meme,  consulte  la  sagesse  sur  les  necessiles  du  mo- 
ment. Celle-ci  est  d'avis  qu'on  doit  se  hater  de  sol- 
liciter  du  secours  du  grand  roi.  Mais,  repond  la 
prudence,  qui  ira  le  solliciter  pour  nous?Ce  sera  la 
priere,  dit  la  sagesse,  et  pour  qu'elle  ne  soit  point 
attardee  dans  sa  marche,  qu'elle  monte  sur  le  che- 
val  de  la  foi.  On  cherche  pendant  longtemps  la 
priere,  et  on  a  beaucoup  de  peine  a  la  trouver  au 
milieu  d'un  si  grand  trouble.  Elle  monte  sur  le 
cheval  de  la  foi  et  s'elance  dans  la  voie  qui  conduit 
au  ciel,  elle  n'a  de  cesse  quelle  n'eu  passe  les  por- 
tes,  en  louant  Dieu,  et  qu'elle  ne  penetre  dans  l'in- 
terieur,  en  chantant  des  hymnes  (Psal.  xcix,  li). 
Alors,  servante  fidele,  elle  s'approche  avec  con- 
lianee  du  troue  de  la  grace,  et  fait  l'expose  de  la 
situation.  Le  Roi,  en  apprenant  le  danger  que 
court  son  His,  se  tourne  du  cote  de  la  chante  qui 
est  assise  a  ses  cdles  sur  le  meme  trone  que  lui  : 
qui  don'i  enverrai-je,  et  qui  se  chargerad'aller  a  son 
secours  pour  moi?  Mais  elle  :  ce  sera  moi,  envoyez- 
moi,  je  suis  prete.  Alors,  le  Roi  replique  :  tu  es 
forte,  tu  auras  le  dessus  et  tu  le  delivreras.  Pars  et 
fais  selon  qu'il  est  conveDU.  A  1'instant,  la  reine 
du  ciel  s'eloigne  de  la  presence  du  Seigneur,  toute 
la  cour  celeste  marche  sur  les  pas  de  la  Charite,  elle 


Agareni,  Gebal  et  Ammon  et  Amalech,  alienigena?  cum 
habitantibus  Tyrum.  Etenim  Assur,  ille  magnus  exter- 
minator diabolus,  venit  cum  illis.  Quid  mulla?  Obsessa 
est  ci vitas.  Jam  surgunt  tentationum  machina?  :  urget 
undique  inimicus  ille,  in  insidiis  draco,  in  aperto  leo  : 
cogit  socios,  ignes  injicit,  perfodit  muros,  bellasuscilat, 
insidias  submiltit,  totius  urbis  minitans  excidium.  Intus 
vero  timor  et  anguslis ;  et  a  vehementi  et  improviso 
bostium  impetu  onirics  turbati  sunt,  et  moti  sunt  sicut 
ebrius,  et  omnis  sapientia  eorum  devorata  est,  et  cla- 
maverunl  ad  Dominum  cum  Iribularentur.  Curritur  ad 
arcem  Sapientiae  :  mala  nuntiantur;  concilium  quaerilur. 
Reverea  enim  ad  se  prudeutia  consulit  Sapientiam,  quid 
facto  opus  sit.  Ilia  accelerandum  testatur,  etquaerendum 
summi  Regis  auxilium.  Et  quis,  inquit,  ibit  nobis?  At 
Sapientia  :  Oratio,  inquit.  Et  ne  moram  facial  in  eundo, 
ascendat  super  equum  Fidei.  Qua?sita  diu  oratio,  et  in 
tanto  tumultu  vix  tandem  inventa  est.  Ascendit  super 
equum  Fidei,  proficiscitur  per  viam  cceli,  nee  cessal, 
donee  intret  portas  Domini  in  confessione,  alria  ejus  in 
hymnis.  Et,  sicut  familiare  msneipium,  cum  (iducia 
accedens  ad  thronum  gratia?  ejus,  exponit  necessilatis 
sua?  negotium.  Audito  Rex  filii  periculo,  conversus  ad 
consortcm  regni  sui  Charitatem  :  0,  inquit,  quern  mit- 
tam,  et  quis  ibit  nobis?  At  ilia  ;  Ecce  ego,  inquit,  miita 


106 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


s'avanee  et  descend  vers  le  camp  quelle  remplit  a 
l'instant  dejoieel  de  courage  par  sa  seule  presence; 
elle  calme  I'emotion  et  apaise  ["agitation  qui  y 
regne.  I  i  lumiere  de  I'esperance  brille  de  nou- 
veau  aux  yeux  des  malheureux  assifeges,  et  la  con- 
fiance  reutre  au  coeur  des  plus  timides.  L'esperance 
qui  allait  s'enfuir,  revient  sur  ses  pasj  la  Force  qui 
se  sentait  presque  abattue,  se  ranime.  et  toute  la 
troupe  de  la  sagesse  reprend  courage.  Deleurcote, 
les  ennemis  quiassiegenl  la  citadeUe,  se  demandent 
d'ou  vi.-nt  la  joie  qu'ils  remarquent  au  camp  en- 
nemi  :  il  n'en  etait  pas  ainsi  hier  ni  avant-hier, 
disent-ils,  il  s'en  fautde  beaucoup.  Malheur  a  uous! 
c'e*l  Dieu  meme  qui  est  descendu  an  camp, 
malheur  a  nous !  fuyons  Israel,  car  le  Seigneur 
combat  pour  lui  (Psal.  xlv,  5).  Pendant  qu'ila 
prennent  la  fuitc,  le  torrent  de  la  grace  de  Dieu 
rejouit  sa  cite  sainte  et  le  Tres-Haut,  sanctifie  son 
tabernacle.  Dieu  est  au  milieu  d'elle,  elle  De  sera 
point  ebranlee  et  il  la  protegera  des  le  matin.  Les 
nations  sont  remplies  de  trouble  et  les  royaumes 
sont  abaisses ;  car  il  a  fait  entendre  sa  voix  et  la 
terre  a  ete  ebranlee.  Le  Seigneur  des  armees  est 
avec  nous  et  le  Dieu  de  Jacob  est  notre  defenseur. 
Ie  Dieode  A,ors>  la  reine  du  ciel-  la  charite,  prenant  le  Fils 
lui  esi  rame-  de  Dieu  dans  ses  bras,  l'emporte  vers  le  ciel  et  le 
"'est"  rend  a  Dieu  son  m'-re,  et  ce  pereaccourt  au  devant 
mem  de  sa  de  lui,  et  d'une  voix  douce  et  d'un  regard  serein   il 

robe 

de  gloire.  s  eerie  :  «  Apporlez  promptement  la  plus  belle 
robe  qui  soit  dans  ma  maison  et  l'en  revetez,  et 
mettez-lui  un  anneau  au  doigt,  et  des  souliers  aux 
pieds.  Amenez  un  veau  gras,  tuez-le,  faisons  bonne 
chere  et  rejouissons-nous,  parce  que  mon  Ills  que 
voici,  e'ait  mort  et  il  est  ressuseite,  il  etait  perdu  et 
il  est  retrouve  (Luc.  xv,  22  a  2/i).  » 


7.  11  faut  remarqner  quatre  choses  dans  la  ma- 
niere  dont  notre  enfant  s'est  sauve.  D'abord,  son 
repentir,  tnais  un  repentir  sans  energie  :  en  second 
lieu  s  i  fuite  ,  mais  une  fuite  temeraire  et  deraison- 
nable;  troisiemement  sa  lutte  contre  l'ennemi, 
in  ii-  une  lutte  craintive  et  tremblante  :  et  en  qua- 
trierne  lieu,  enlin,  lavictoire;  mats  une  victoire 
vaillamment  remportee  et  pleine  de  sagesse.  Voila, 
ce  que  vous  trouverez  dans  toute  ame  quifuitle 
monde.  D'abord,  elle  est  denuee  de  tout  et  sans 
d  -miii  arrets  :  puis,  elle  est  pricipitee  et  temeraire 
dans  la  voie  du  succes ;  ensuite,  on  la  voit  trem- 
blante et  pusillanime  dans  les  epreuves;  et  entin, 
pourvue  de  tout,  instruite,  et  parfaite  dans  le 
royaume  de  la  charite. 

SECONDS  PARABOLE. 

Le  combat  spiritual. 

1.  II  n'y  a  point  de  paix,  mais  une  guerre  a  ou-      Guerre 
trance,    entre    Babvlone  et    Jerusalem.    Ces   deux  eD!re  B'ib.y" 

'  *  kmne  et 

cites  ont   cbacune  leur  Roi.    A  Jerusalem,  e'est    le    Jerusalem. 

Christ  notre  seigneur  qui  regne,  a  liabylone,  e'est 
le  di able.  Et  comme  l'un  se  plait  a  regner  dans  la 
justice,  l'aulre  dans  la  malice,  le  roi  de  Babylone 
s'efforce  par  ses  minislres,  e'est-a-dire,  par  les  es- 
pials immondes,  d'altirer  a  Babylone  le  plus  de 
citoyens  qu'il  pent  de  Jerusalem,  pour  les  rendre 
les  iniques  esclaves  de  l'iniquite.  Aussi,  une  senti- 
nelle  placee  sur  les  murs  de  Jerusalem,  apercevant 
un  de  ses  concitoyens  entraine  caplif  par  l'enneuii 
a  Babylone,  informa  de  ce  qui  se  passait  le  roi  de 
Jerusalem.  Mors,  celui-ci,  appelant  a  lui  1'esprit  de 
crainte,  un  soldat  qui  a  fait  ces  preuves  dans  ces 
sortes  d'expeditions,  il  lui  dit :  Va  et    ramene  la 


me.  Tunc  rex  :  Praevalcns,  inquit,  praevalebis,  et  libe- 
rabis  eum.  Egredere;  et  fac  ita.  Illico  egressam  a  facie 
Domini  reginam  coeli,  charitatem,  tula  comitatur  militia 
ccelestis  :  veniensque  et  descendens  in  castra,  virlute  et 
laetitia  prascntiie  sua;  illico  omnia  exhilaravit,  comaiota 
composuil,  turbata  pacavit  Reddita  est  miseris  lux, 
timidis  fiducia.  Redit  coram  Spes,  qua;  pene  aufugcrat; 
Foitiludo,  qua;  pene  comicrat.  Resumit  constantiam 
tota  SapienlitB  militia.  Al  inimici  civitatem  obsidenles  : 
qu<enam  est,  inquiunt,  exsultatio  in  caatris?  Non  fuit 
tanta  exullatio  heri  et  nudiustertius.  Yae  nobis,  venit 
Deus  in  castra!  vas  volis!  fugiamus  [sraelem  :  Dominua 
enim  pugnat  pro  eis.  Sic  fugientibus  inimicis,  gratiae 
Dei  impetus  hetificat  civitatem  Dei,  sanr.tiflcavil  laber- 
naculum  suum  Altissimus.  Deus  in  medio  ejus,  non 
commovebitur,  adjuvabit  earn  Deus  mane  diluoulo. 
ConturbaLe  sunt  gentes,et  inclinata  sunt  regna  ;  dedit 
vocem  suam,  mota  est  terra.  Dominus  virlulum  nobia- 
cum  :  siisccptor  noster  Deus  Jacob.  Suscipiens  ergo 
pi'erum  Dei,  puerum  suum  regina  Gbaritaa  evexit  ad 
caelum,  Palrique  Deo  repraesenlavit  Cui  Pater  pla 
ac  screnus  occurrena  :  Lilo,  inquit,  proferte  ttolam 
primam,  et  induite  ilium,  et  date  annulum  inmanu  ejus, 
et  caiceamenta  in  pedibus   ejus.    Et   producite  vitulum 


saginatum,  et  occidite  ilium.  Epulari  enim  et  gaudere 
oportet,  quia  iste  filius  mens  mortuus  fuerat,  el  revixit; 
perierat,  et  inventus  est. 

7.  Nola  bic  qualuor  in  pueri  nostri  libcratione.  Primo 
pcenilcntiam,  sed  fat  nam  :  secundo  fugam,  sed  temera- 
riam  et  irrationabilem  :  lectio  pngnam,  sed  trepidani  et 
meliculosaun  :  quarto  victoriam  validam  et  sapientem  : 
qua?  omnia  in  uno  quolibet  fugiente  de  saeculo  invenics. 
Primo  enim  est  egens  '  et  insipiens  :  postea  prscepa  ct 
temerarius  Id  prosperis  :  deinde  Irepidus  el  pusillanimia 
in  adversis  :  postremo  providus,  et  eruditus.etperl'ectus 
in  regno  charitalis. 

PARABOL\  II. 

De  Pugna  spirituals 

1.  Inter  Bobylonem  et  Jerusalem  nulla  pax  est,  sed 
guorra  continna.  1  label  unaqusque  ci vitas  regem  suum. 
Rex  Jerusalem  Christ  us  Dominus  est,  rex  Babylonia 
diabolus.  Et  cum  alteram  in.justitia,  alterum  in  malitia 
regnare  delectet,  rex  Babylonia  quos  potest  de  civibus 
Jan  per  miniatros  snos.  scilicet  apiritus  immundoa, 
acducere,  ut  servire  eos  facial  iniquitati  ad  iniquitatem, 
in  Babylonem  trahit.  Unde  dum  unum  de   civibua  suis 


PARABOLES  ATTRIBUTES  A  SAINT  BERARND. 


107 


proie  qn 'on  nous  a  ravie.  Celle-ci,  toujour*  prete  secours  de  la  crainte.  Le  fidele  soldat  accomplit  les 

a  executer  les  ordres  qui  lui  sont  donnes,  s'elance  ordres  qu'il  a  recus,  et,  a  peine  arrive  a  l'endroit 

avec  rapidite  sur  les  pas  de  l'ennemi,  et  ce  dernier  indique,  il  brand  it  l'epee  de  la  joie  et  met  la  tris- 

ne  tarde  point  a  entendre  comme  le  bruit  d'un  vent  tesse  en  fiute.  Ayant  done  ainsi  delivre  son  conci- 

impetueux  qui  fond  sur  lui ;  en  ell'et,  la  crainte  lui  toyen,  il  le  place  sur  le  dos  dii  desir  et  marcbe  de- 

parle  d'une  voix  de  tonnerre,  et  ases  accents,  loute  vant   le  tirant  apres    lui  avec  la  longe  des  proraes- 

la  force  des  ennemis  est  glacee.  Us  n'avaient  fait  ses.  De  son  cote,  la  crainte   qui   niarche  par  der- 

que  quelques  pas  dans  leur  fuite,  quand  la  crainte  riere  presse  la  monture  du  fouet  quelle  s'est  tresse 

les  atteignit,  elle  leur  enleve  leur  proie  etla  ramene  avec  les  cordes  des  peches. 

vers  ses  foyers.  Mais  un  des    ennemis,   l'esprit  de  2.    Le   Desir    marchait    done   ainsi    volontiers , 

tristesse,  n'elait  point  a  son  rang  quand  la  crainte  d'un  edte    tire   par    la  Joie  et   de    l'autre   pousse 

fondit  sur  eux  ;  mais  en  voyant  les  siens   s'enfuir  par  la  Crainte  ;   mais  dans  une  course  si  rapide  il 

tout  a  coup,    il  accourt  du   fond  de   ses  embusca-  avail  a  craindre  que  les  ennemis  ne  vinssent  a  la 

des  ou  il  se  tenait  cache     La    crainte    etait   seule,  rescousse  ;  en  eiTet,  les  soldats  de  Babylonetiennent 

lui  disent  ses  compagnons  d'arme,  pour  accomplir  conseil  el  se  disent  :  One  faire?  Carvuilaque  celui 

cet   exploit,  nous   sommes   tons    plonges   dans  la  que  nous   nous  croyions  a  pen  pres  siirs  de   tenir, 

confusion.  Mais  lui,  n'ayez  pas  peur  de  la   crainte,  nous  echappe.  Comment  les   cris  de  triomphe  de 

s'eerie-t-il,  je  sais   bien  ce  que  je  vais  faire,   je  1'enfer  se  trouvent-ils  changes  en  soupirs  de  deuil? 

vaisaller  par  la,  et,  me  placant  sur  la  route  comme  II  a  snffit  de  deux  soldats  seulement  pour  rendre  la 

un  esprit  de  mensonge,  je  me  deguiserai  en  ami  de  joie  et  l'allegresse  au  ciel  par  la  delivrance  d'un  de 

la  crainte.  Je  la  connais,  il  ne  faut  point,  avec  elle,  ses  habitants.  Comment  done  nos  ruses  diaboliques 


recourir  a  la  force,  mais  a  la  ruse.  Quant  a  vous, 
attendiz  la  lin  de  tout  cela.  Ce  qui  fut  dit  ful  fait, 
et  prenant  des  chemins  de  traverse,  il  devance  la 
Crainte.  hevenant  alors  sur  ses  pas,  le  long  de  la 
route  que  suivait  la  crainte,  il  la  rencontre,  lie 
conversation  avec  elle  comme  une  aroie,  mais  avec 
des  sentiments  hostiles,  et  fait  si  bien  qu'il  com- 


ont-elles  echoue?  Alors  un  d'eux,  plus  pervers 
que  les  autres,  car  e'etait  l'arlisan  meme  de  ce 
crime,  emit  cet  avis  profond  :  vous  ne  savez  done 
pas  une  chose  et  vous  n'y  pensez  pas?  11  est  plus 
facile  dele  reprendre  maintenant,  et  une  fois  re- 
]iris,  il  ne  sera  pas  aussi  aise  de  nous  l'enlever. 
Meltez-vous  done  de  loin  a  sa  poursuite,  et  moi  je 
vais  me  transflgurer  en  ange  de  lumiere,  pour  les" 


mence  a  la  seduire.  La  Crainte,  qui  ne  se  doutait  de 

rien,  le  suit  paisiblement,  et,  il  s'en  fallait  de  peu  tromper,  sous  pretexte  de  leur  apprendrela  route 

que  la  tristesse  ne  la  fit   lomber  dans   le  fosse  du  qu'ils  ignorent,  car  ils  sont  etrangers  dans  cescou- 

desespoir.  Mais  la  sentinelle  informe  le  roi  de  ce  qui  trees  et  ne  font  que  d'y  arriver.  La  ruse  etant  done 

se  passe;    celui-ci  fait  appeler  un    de  ses    soldats,  ainsi  preparee,  la  sentinelle  informe  notre  roi  qu'il 

p         l'Esperance,  el  lui  ordonne  de  monler  sur  le  cheval  voitvenir  son  homme,  montesur  le  Desir,  mais  que 

1'esperancn.   le  Desir  et,  l'epee  de  la  joie  a  la  main,  de  voler  au  sa  monture  va  d'un  train  trop  precipite,  parcequ'il 


constitutns  speculator  super  muros  Jerusalem  tiahi 
cerneret,  nuntiavit  regi  captam  pradam  in  Babyloncm 
duci.  Rex  vera  Jerusalem  advocans  spiritum  Timoris, 
militem  in  talibus  strenuum  :  Vade,  inquit,  eripe  prai- 
dam  nostram.  Illc  ut  semper  ad  omniaimperataparatus, 
cum  velocitate  hosles  persequitur,  et  in  auribus  eorum 
factus  est  rcpente  sonus  tanquam  advenientis  spiritus 
vchemenlis.  Timor  enim  super  eos  intonuil,  et  ad  vocem 
virtutis  ejus  hostium  robur  omne  contremuit  :  quos  in 
fugam  conversos  Timor  non  longius  persecutus  est,  sed 
ereptum  concivem  reducebat  ad  propria.  Verum  unus 
ex  adversanis,  tristitiee  spiritus,  non  erat  cum  eis,quando 
timor  advenit.  Hie  cum  cerneret  socios  subito  fugientes, 
ab  insidiis,  in  quibus  latebat,  ocius  advolavit.  ATimore, 
inquiunt,  sulo  factum  est  islud,  el  est  opprobrium  omni- 
bus nobis.  At  ille  :  ne  timeatis  a  timore  isto  :  scio  enim 
quid  facto  opus  sit.  Ibo  et  ero  spiritus  meudax  in  anyu- 
lis  semitarum,  et  amicum  me  simulabo  Timoris.  Novi 
enim  hominem,  nee  est  agendum  cum  eo  vi,  sed  fraude. 
^'o^  autem  exspectate  Hriem.  Kecit  ut  dixerat,  et  viarum 
compendia  caplans,  prajecssit  Timorcm.  Referensque 
iter  per  viam,  qua  gradiebalur  Timor,  obvius  ei  factus 
est,  arnica,  sed  iniqua  cum  eo  colloquia  commiscens,  ita 
ut  seducere  earn  cceperit  :  et  Timor  nescius  bono  animo 


sequebatur.  Prope  jam  erat,  ut  eum  in  foveam  despe- 
ralionis  impelleret.  Sed  spectator  Regi  indical  quid 
agolur.  Rex  autem  unum  de  mililibus  suis,  Spem  scili- 
cet, pra'cepit  accersiri,  quern  cum  equo  Desiderii,  et 
ense  l.etilicw  in  auxilium  jubet  accclerare  Timoris.  Fidelis 
ndles  ad  imperium  egrediens,  cum  pervenisset  ad  locum 
vibrans  ensem  Uetitia?,  tristitiam  effugavit.  Sicque  libe- 
ratum  concivem,  et  impositum  equo  Desiderii  praj- 
cedens ,  trahebat  funiculo  promissionum  :  et  Timor 
sequens  urgebat  facto  flagello  de  funioulis  pecca- 
torum. 

2.  Ibat  igitur  voluntarius  equus,  hinc  altractus,  inde 
compulsus  :  sed  in  tarn  rapido  cursu  timendum  ei  fuerat 
ab  incursu.  Unde  et  collegeruut  milites  Babylonici 
concilium,  dicenles  :  Quid  facimus,  quia  sic  evadit, 
quem  jam  quasi  cum  securitate  possidebamus?  Quomodo 
plausus  inferni  versus  est  in  planctum,  et  per  solos  duos 
milites  gaudium  est  in  rcelis  super  sui  liberatione  con- 
civis?  Quomodo  periit  versutia  diabolicas  fraudis?  Unus 
autem  ex  eis  ceteris  ncqnior,  cum  sceleris  hujus  opifex 
esset,  profannm  protulit  concilium,  dicens:  Xvs  nescitis 
quidquam,  ncc  cogitatis,  quia  modo  ad  capiendum  faci- 
lior  sit;  et  si  captus,  difficilius  eripi  possit.  Vos  igilura 
longe  prosequimini,  ego  meinangelum  lucis  transtiguro 


108 


n'ani  frein  ni  sclle.  Je  voisdit-il,  dans  lelointain, 
les  ennemis  ipi  le  poursviivent;  quelques-uns  d'en- 
tre  eux,  qui  ont  vieilli  duns  le  mal,  prennent  des 
cheminsde  traverse ;  j'en  apprcois  mime  ud  dont 
les  armes  brillent  do  I'eclat  des  notres  :  pourtant  il 
n'est  paa  sorti  de  nos  rangs.  II  fant  absolumeiit  en- 
voyer  quelqu'un  lui  demandec  s'd  est  desn6tresou 
si  c'est  un  ennetni. 
s.  Par  b>        3    j M  roj  qUe  je  so;n  fcs  jmps  preoccupe  sans 

•trdiuaici.   cesse,  envoie  deux  deses  conseillers,  la  Prudence  et 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

teuebres  ne  sait  oil  il  met  le  pied.  Or  il  vous  reste 
beaucoup  de  chemin  a  (aire,  et  le  nombre  des  en- 
nemis e>t  grand.  Notre  roi  a  un  soldat  d'uiie  tide- 
lite  eprouvee,  je  le  connais,  il  est  campe  pres  d'ici 
et  sa  lente  est  un  abri  des  plus  surs,  car  il  l*a  eta- 
blie  an  milieu  des  roeliers.  A  linns  le  trouver,  si  VOUS 
VOUlez,  ear  on  est  bien  chez  lni.  I.'avis  est  goiite  de 
taut  de  monde  et  on  se  demande  qui  se  charge  de 
montrer  le  chemin.  Alors  la  Prudence  dit  :  mon 
heraut  d'armes,  la  liaison  va  marcher  devant  nous. 


la  I  emperance.  Celui-ci  met  au  Desir  le  frein  de  la  II  connalt  tres-bien  la  route  et  il  estconnn  et  meme 

discretion  et  conseille  a  l'Esperauce  de  moderer  le  un  pen  parent  de  la  Justice.  On  se  met  done  en 

pas.  De  son  cote,  la  Prudence  blame  la  Crainte,  lui  marche,  la  raison  en  tide,   suivie    du  reste    de   la 

reproche  sa  conduite  peu  sage,  et  lui  donne  ses  re-  troupe.  La  raison  ayant  salue   la  justice,    lui   an- 

commandations  pour   l'avenir ;    en  meme   temps,  nonce   que    des  botes    lui    arrival*  nt.  Celle-ci  lui 

elle  met  au  Desir  la  selle  de  la  circonspeetion,  aliu  demande  qui  sont  ces  botes,    d'oii  et  pourquoi  ils 

que  son  cavalier  ne  tombe  point  a,  la  renverse,  et  viennent.  (Juand  elle  reconnut  le   roi,  elle  se  leve 

qu'il  se  trouve  soutenu  par  derriere  par  la  confes-  le  visage  radieux  et  accourt  au-devant  des  fuyards, 

siori  de  ses  peches  passes,  par  devant  par  la  medi-  les    mains  pleines   de  pains,  et  se  presente   a   eux 

tation  du  jngement  de  Dieu,  a  gauche   par  la    pa-  comme  une  venerable  matrone.    L'ame  met  pied  a 

tience  et  a  droite  par  l'liumilite.  L'Esperance  et  la  terre,  la  justice  la  recoit  et  s'empresse  de  la  con- 

Craiute  lui  mettent  des  eperons  aux  pieds,  a  droite  duire  dans  l'interieur  de  la  maison. 
leperon  de  l'attente  de  la  recompense,  c'est  l'Espe-        5.  Cependant  les  ennemis  arrivent,  assiegent  le 

ranee  qui  le  lui    attache ;    a   gauche  leperon    de  chateau  fort,  cherchent  partout,   s'il  n'y   a    point 

l'apprehension  du   supplice,    c'est   la   Crainte    qui  quelque  voie  pour  y  penetrer,  ce  sont  des  lions  qui 

le  lui  met.  rodent  en  cberchant  une  proie  a  devorer.  Mais  le 

It.  Apres  une  courte  halte,  comme  le  soir  appro-  trouvant  fortitie  de  tous  cdtes,   ils  dressent   leurs 

chait,  et  que  le  jour  touchait  a  sa  tin  ;  le  ennemis  tentes,etablissentdesgardesavanceespourempecber 

se  reunireut  de  uouveau  en  foule,   pour  tenter  un  d'entrer  et  de  sortir,  dansle  dessein,  qiiand  le  jour 

coup  de  main.  La  Crainte  a  peur,  l'Esperauce   hate  sera  venu,   de  battre    la  muraille  en  breche,  et  de 

le  pas ;  c'est  a  grand'peine  que  la   Prudence  et  la  fondre  sur  ceux  qu'elle  met  a  couvert  de  leurs 

Temperance  les  ramenent  a  de  plus  sages  desseins.  coups.  Cependant  la  Crainte  que  la  peur  et  les  sou- 

Vous   voyez,  ditla  premiere,  que  le  jour  baisse   et  cis  tiennent  eveillee  et  qui  ne  se  sent  jamais  rassu- 

que  la  nuit  approche,  quiconque  marche  dans  les  ree,  excite  ses  compagnons,  va  trouver  la  Justice,  la 


ut  ignaros  via?,  tanquam  advenas  et  peregrinos,  docendi 
irnulatione  decipiam.  Hunc  igilur  in  modum  fraude 
disposila,  regi  nostra  speculator  annuntiat,  venire  qui- 
dem  hominem  equo  impositum  Desiderii,  sed  plusquam 
oporteat  properare,  eo  quod  frenum  et  sella  decsset. 
Hostes,  inquit,  a  longe  prosequuntur  :  alii;  tanquam 
invcteiati  malorum,  viarum  compendia  captant.  Sed  et 
nunc  unum  video,  in  quo  armorum  nostrorum  relucet 
effigies ;  a  nobis  tamen  ille  non  e.iivit.  Necesse  est  eat 
qui  interrogare  noverit  eum  :  Nosier  cs,  an  adversa- 
riorum? 

3.  Porro  rex,  cujus  animum  enra  semper  sollicitat 
animarum,  duos  conciliarios  suos  emittit,  I  rudentiam  et 
Temperantiam.  Quarum  Temperantia  quidem  equo  fre- 
num discrelionis  imposuit,  et  Spern  modeialius  incedere 
persuasit.  Prudenlia  veroTimorem  increpana  ct  arguens 
improbilatis,  de  futuro  commonuit  :  et  equo  sellam 
circumspeclionis  apposuit,  ut  non  eaderet  ascensor  eju3 
retro  :  sed  retro  praelcriti  confessioni  peccati,  ante 
meditationi  judicii,  a  sinistris  patienliaj  iuniterelur,  a 
dextris  humilitali.  Porro  Spes  et  Timor  dedcre  calcaria, 
Spes  in  dcxtro  ped-e  exspectationem  prsmii,  Timor  in 
sinistra  supplied  mctum. 

4.  Et  facta  mora  cum  advesperasccret,  et  inclinata 
•sset  jam  dies  ;  rursus  congregati  sunt  hostes  in  multi- 


tudine,  ut  dimicent  contra  cos.  Pavet  Timor,  Spes  ac- 
celerat  :  sed  vix  tandem  ad  consilium  eos  Prudenlia, 
Temperantiaque  revocavit.  Et  ilia  :  Videtis,  inquit,  quia 
dies  prscessit,  ct  nox  appropinquavit  :  et  qui  ambulat 
in  tenebris,  nescit  quo  vadat?  Porro  vobis  grandis  restat 
via,  nee  parva  est  boslium  multitudo.  Est  autem  miles 
quidam  Re^i  noslro  fidclissimus,  quem  ego  novi,  caa- 
trum  habens  prope  nos  positum,  et  lirmissimum  est  ha- 
bitaculum  :  quia  in  petra  posuil  nidum  suum.  Diverta- 
raus  ad  ilium,  si  placet,  quia  bonum  est  illic  esse.  Quod 
cum  placuisset  omnibus,  et  ducem  itincris  quaesissent, 
ait  Prudenlia  :  Armiger  meus  Ratio  prEecedet  nos.  Est 
enim  gnarus  viarum,  et  notus  Justitia?,  utpote  consan- 
guineus  ejus.  Prajcedenle  itaque  Ratione,  cjeteris  subse- 
quentibus,  antevenit  Ratio  :  et  salutata  Justitia,  nuntia- 
vit  hospilcs  adveutare.  Qua?rit  ilia  qui  sint  :  unde,  ad 
quid  veniant,  sciscilatur.  Et  cum  Regem  cognovisset, 
hilar!  vultu  surgens  fugientibus  occurrit  cum  panibus,  et 
obviavit  illis  quasi  mater  bonorificata,  susceplamque 
animam  ab  equo  deposuit,  et  in  penctrahbus  domui 
avida  collooavit. 

5.  Insequitur  hostilis  exercitus,  et  castrum  obsidens, 
undique  inquiril,  si  quis  forte  pateret  ingressus,  ac  tan- 
quam leo  circuit  queerens  quem  devoret.  Sed  cum  un- 
dique illud  munitum  inveniunt,  tentoria  figunt,  et  excu- 


PARABOLES  ATTRIBUEES  A  SAINT  BERNARD. 


109 


questionne  sur  la  force  de  la  place,  sur  l'etat  des 
armes,  ajoute  et  ceci  et  cela,  el  lemoigne  ses 
apprehensions  que  les  provisions  ne  fassent  defaut. 
La  Justice  lui  repond  que  l'endroit  on  la  forteresse 
est  assise,  comme  elle  peut  s'eti  convaincre  d'tin 
coup  d'ceil,  est  un  rocher  inaccessible  et  qu'il  n'y  a 
rien  a  craindre  ni  des  armes  ni  des  machines  de 
l'ennemi.  Cependant  comme  ce  site  est  aride,  il  y  a 
pen  d'habitants,  mais  un  morceaude  paind'orge  sec 
sufGt  a  leur  nourriture.  Or,  il  nous  reste  encore 
cinq  pains  d'orge  et  deux  poissons.  A  ces  mots  la 
Crainte  s'ecrie  :  qu'est-ce  que  cela  pour  tant  de 
monde?  et  se  prit  de  plus  belle  a  avoir  peur  et  a  re- 
gretter  d'etre  entree  la ;  puis,  blamant  l'ame  d'etre 
descendue  du  Desir,  elle  ne  cessait  de  lui  repeter 
ces  paroles  :  le  dernier  etat  de  cet  homme  est  de- 
Tenu  pire  que  le  premier.  Car  son  cheval,  dans  sa 
course  precipitee,  volait  vers  la  ville,  et  maintenant 
il  se  trouve  abandonne  a  la  conduite  de  la  Kaison  : 
qu'il  dise  maintenant,  s'il  ne  se  trouvait  pas  mieux 
alors  qu'a  present. 

6.  Les  choses  en  etaient  presque  au  point  qu'il 
s'en  fallait  pen  que  la  Crainte  n'attaquat  l'Esporance 
qui  ne  partageait  point  son  avis ;  mais  la  tempe- 
rance appela  la  Prudence  qui  reprochant  a  la 
Crainte  ses  precedes  meehants  lui  dit,  tu  ferais 
mieux,  6  Crainte,  de  tourner  tes  armes  contre  tes 
ennemis.  Ignores-tu  que  notre  roi,  est  le  roi  des 
Tertus,  le  Seigneur  fort  et  puissant,  le  Seigneur 
puissant  dans  le  combat  ?  Envovons-lui  done  un 
messager  qui  lui  expose  l'extremite  oil  se  trouvent 
ses  enfanls,  lui  demande  du  secours  et  nous  amene 
un  auxiliaire.  Mais  qui  se  chargera  de  ce  message 
reprend  la  Crainte?  La  coiilree  est  dans  les  tenebres, 


un  ennemi  vigilant  et  nombreux  assiege  nos  murs, 
et  nous  ne  connaissons  point  les  routes,  attendu 
que  nous  nous  trouvons  en  pays  etranger.  lis  ap- 
pelant done  leur  hotesse,  la  Justice,  et  luidisent:si 
vous  pouvez  faire  quelque  chose,  venez  a  notre 
aide.  Celle-ci  leur  repond  :  prenez  courage,  car  j'ai 
un  messager  rempli  de  fidelite  pour  le  roi,  il  est 
bienconnu  de  la  cour  celeste,  e'est  la  Priere,  il  sait 
dans  le  silence  de  la  nuit,  par  des  sentiers  incon- 
nus,  penetrer  dans  lesretraites  du  ciel,  s'approclier 
du  lit  du  roi,  et  par  un  mot,  dit  a-propos,  toucher 
son  ame  charitable,  et  il  est  dans  l'habitude  d'ob- 
tenir  du  secours  pour  les  malheureux  en  danger, 
en  implorant  le  roi  d'un  ton  lamentable.  Qu'il  aille 
le  trouver,  si  vous  le  voulez  bien,  il  est  pret,  le 
voici.  Tous  ayant  repondu  :  nous  le  voulons  bien, 
la  Prudence  lui  dit  quelles  insinuations  il  doit  faire 
au  roi,  la  justice  lui  dicte  line  regie  de  conduite 
pleinede  fidelite  et  lui  recommande  de  nepas  reve- 
nir  les  mains  vides,  les  autre  et  particulierement  la 
crainte,  le  prient  de  hater  sa  marche,  puis  on  le 
fait  partir  par  une  porte  secrete  de  la  forteresse. 
Alors  traversaiit  sans  crainte  lesbataillons  ennemis, 
plus  rapide  que  l'oiseau,  en  un  moment,  en  un  din 
d'ceil  il  arrive  aux  portes  de  la  Jerusalem  nouvelle. 
Les  trouvant  fermees,  il  frappe,  en  depit  des 
gardes  qui  ne  pouvaient  supporter  qu'au  beau 
milieu  du  silence  de  la  nuit,  il  fit  retentir  la  cit6 
sainte  de  ses  cris,  sans  se  mettre  en  peine  d'etre 
importun  au  roi  lui-meme,  et  ne  cessait  de  frap- 
per  et  de  faire  entendre  sa  voix.  Ouvrez-moi,  dit- 
il,  ouvrez-moi  les  portes  de  la  justice,  et  quand  je 
serai  entre,  je  confesserai  a  haute  voix  au  Seigneur 
notre   roi,    toute  l'etendue  des  maux    qui  sont  dans 


bias  ordinant  :  ne  quis  ingredi,  aut  egredi  valcal,  ut 
mane  facto  instructis  machinis  diruant,  ct  irruanl  super 
eos.  Interim  Pavor  paviditate  et  sollicitudine  non  piger, 
nee  unquam  securus,  conimilitoucs  evcilat,  Juslitiam 
oonvenit,  de  munilionc  loci,  de  praeparalione  arraorum 
quaerit,  adjiciens  et  illud,  ne  forte  siistentalioni  deficiant 
alimunta.  Ad  haee  Justilia  respondit  :  Situs  luci,  ut  ani- 
madverlere  potestis,  saxosus  et  inaccessibilis  est,  nee  in 
armis,  ncc  in  machinis  inimicorum  timet  insulium.  Sed 
quia  aridus  est,  paucos  habet  indigenas,  quos  arido  hor- 
deacei  panis  cibo  ulcumque  suslentat.  El  nunc  super- 
sunt  nobis  quinqiie  panes  hordeacei,  et  duo  pisces.  Et 
Timor  :  Quid  Iia'e,  inquit,  sunt  inier  tanlos?  Ccepit 
igitur  magis  pavere  et  uedere  :  et  arguens  aniniam, 
quod  ab  equo  Desiderii  descendisset,  illud  siepius  me- 
morabat,  esse  novissima  houiinis  illius  pejora  prioribus. 
Equus  enim  ille  praepeti  enrsu  I'estinus  advolabat  ad 
urbem,  nunc  solius  Ratiouis  commissus  ducatui.  Ipse, 
inquit,  videris,  si  non  melius  erat  tibi  tunc  magis, 
quam  nunc. 

6.  Prope  jam  erat  ut  adversus  Spem  conlraria  sen- 
tientem  Timor  insurgeret;  sed  Temperantia  Prudentiam 
advocavit.  Accersita  Prudentia  improbitatem  Timoris 
objurgans  ;  In  adversarios,  inquit,  tuus,  6  Timor,  mu- 
cro  desajviat,  Nescis  quia  Rex  noster,  rex  virtutum  est, 


Dominus  fortis  et  potens,  Dominus  potens  in  prcelio  ! 
Eat  igitur  nuntius,  qui  suorum  necessitates  e.vponat, 
adjutoi'ium  flagitet,  auxiliatorem  adducat.  Et  quis  ire 
poteiit  ?  Ait  Timor.  Tenebrae  opcriunt  terrain,  et  muros 
obsidel  liostium  pervigil  multitude,  et  ignari  viifi,  tan- 
quam  in  regione  lunginqua.  Advocaverunt  igitur  hospi- 
tem  suum  Juslitiam.  fii  quid,  inquiunt,  putes,  adjus'a 
nos.  Quibus  ilia  :  Bono  animo  estole.  Est  cnim  inihi 
nuntius  (idelissimus  Hegi,  benu  notus  curia?,  Oralio  sci- 
licet, qui  in  secreto  noctis  silentio  per  ignotas  semilas 
arcana  cceli  penetrare,  et  cubiculum  Re.^is  adirc,  et  op- 
porluna  impoitunilate  piuin  Regis  animum  llectere  non 
indoctus,  supplicatione  miserabili  laburantibus  auxilium 
sulilus  impetrare.  Eat  ille  si  placet  :  ecce  cnim  pivesto 
est.  Cumque  respondissent  omnes,  placet  :  Prudentia 
quid  Regi  insinuet,  dictanle  Justitia  ut  lidelilei'  agat, 
et  ne  vacuus  reverlalur  prseipiente,  casleris,  ct  maxima 
Tiuiore,  ut  iter  acceleraret  deprecanlibus,  per  occultos 
quosdam  muri  exitus  dimissus  est.  At  ille  hostium  cu- 
neos  penetrans  securus,  omni  avi  velocior,  in  momento, 
in  ictu  oculi  usque  ad  porta*  novae  Jerusalem  pervenit. 
Quas  cum  clausas  reperisset  et  pulsasscl,  janiluribus 
ajgre  ferenlibus,  quod  intempesta;  noctis  silentio  civi- 
talem  impleret  clamoribus,  et  Regi  ipsi  iuiportunus  esse 
non  vereretur;  ille   perseverabat   pulsans,    et    ampliui 


4.  Par  U 
prifere. 


410 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


5.  Par  la 

charite. 


mon  cceur.  Car  c'est  ici,  dit-il,  la  porte  de  mon  Sei-  travers  la  premiere  et  la  seronde liarne  des  sentinel- 

gneur.  Cesl  la  justice  qui  m'a  envoye  vers  vous,  les  ennemies.  A  peine  est-il  arrivi  a  la  porte  de  la 

pour  Aire  iutroduit   aupers  du  roi,   car    j'ai  des  ville,  qu'elle  s'ouvre  devant  lui.  A  son  entree,  loute 

secrets  imporlants  a  lui  commuuiquer.  Une  voix  de  la  cite  est  dans  la  joie,  et  comme  sur  les  instances 

trouble  s'est  fait  entendre  dans  noire  de    la    joie,    tout  le  monde  se    mit  a  pousser  des 

7.  En  apprenant    que  e'etait  un  messager  de  la  ens  d'ellegresse  el  a  acclamer  la  Charite,  ces  cla- 

lustice,  le  roi  ordonne  qu'on  I'introduise  aupres  de  meurs  jeltent    1'gpouvante  dans  le  camp  des  enne- 

lui.  Une  fois  arrivee  pre-  du  roi,  la  Priere  I'adore,  mis  qui  se  disenl  :  que  signilie  ce  m   d'allegresse 

et  lui  dit.  Roi,  vivez  a  jamais.  Le  roi  lui  repartil  :  qui  re.tentit  du  camp  d'lsrafil  jusqu'a  nous?  11  n'en 

Tout  va-t-il  bien  i>our  voire   maltre  et  pour  les'  etail  pas  ainsi  hier  ni  avant-hier.  Peut-etre   letir 

siens.  Oui,  grace  a  vous,  Seigneur,  lui  dit  la  Priere.  est-il    venu  du    secours  et  il  va  faire  une  sortie 

Voire  serviteur,  celui  que  vous  savez,  ravi  sur  l'or-  centre  nous.  Fuyons done  Israel,  car  le   Seigneur 

dre  du  roi,  aux  cornes  des  monocorncs,  a  fait  un  combat  pour  lui  contre  nous.  Cependant  la  Charite 

detour   pour  se  reposer   ctaez  votre  soldat ,  mon  impatiente  de  tout  retard,  fait  ranger   l'armee   en 

maitre  ;  or  Seigneur,  le  pays  par  la  est  expose  au  bataille  et  ouvrir  les  portes,  puis  ordonne  a   haute 

vent  du  midi,  il  est  aride  et  n'a  point  de  vivres.  voix  de  fondre  sur  les  ennemis,  en  s'ecriant :  ji'rai 

Que  le  Seigneur  donne  sa  benediction  et  notre  con-  jusqu'aux  portes  de  I'enfer.   Voila  comment  toute 

tree  donnera  du  fruit.  Les  ennemis  se  sont  reunis  l'armee    de    la   charite    s'elance  cotnme   un   seul 


en  grand  nomine  pour  combatlre  contre  nous  ;  se- 
courez-nous,  Seigneur,  dan-  notre  tribulation,  car 
il  n'y  a  que  vous,  notre  Dieu,  qui  puissiez  combattre 
pour  nous,  nul  autre  ne  saurait  le  faire.  A  ces  lar- 
mes  notre  roi  donl  la  nature  est  la  bonte  meme,  se 
sent  emu  et  il  dit :  qui  enverrai-je?  Alors  la  Charite 
repond  :  me  voici.  Seigneur,  envoyez-moi.  Le  roi 
voulait  lui  donner  des  compagnons,  mais  la  charite 
lui  dit  que  ses  gens  a  elle  lui  suffisaient.  Elle  part 


ho.-nme  et  mel  en  fuile  les  Babyloniens  qui  ne  pea- 
vent  soutenir  le  choc,  ni  echapper  a  ses  coups.  On 
en  voit  mille  tomber  aux  cotes  de  laCrainte  et  dix- 
milie  a  ceux  de  la  Charite. 

TROISIEME  PARABOLE. 
Le  combat  spirituel. 


1.  Jerusalem   et    Babylone  ont  leve  des  troupes  Sens   an£g0. 
done,  suivie  de  son  noble  cortege,  la  joie,  la  pais,     l'uue   contre    1'  autre.    Dun  cote    David,    gnerrier       ri^ 
la  patience,  lalonganimite,  la  beuignite,  la  b  uite.  et     plein  de  vaillance,  marehe  a  la  tete  de  l'armee  des     lagoerre 
la  uansuetude.  Entoure  de  cette  troupe,  notre    il-     vertus,  armee  terrible  et  bien  rangee  en  ordre  de  eDlre|_tl,aY'<, 
lustre  chef  s'avance  ;  il  est  sur  de   la  victoire,   et,     balaille;  de  l'autre,   Nabuchodonosor  conduit  a  sat  Nabuchodo- 
enseignes  triomphalement   deployees,  il  passe    a     rencontre,  les  esprits  de  malice  [Ephes.   tv,   12;,  et 


loqnebatur  :  Aperite  mihi,  inqnit,  portas  Jnstitiae,  el  in- 
gressus  in  eas  conlilebor  Domino  Regi  nostra  in  ore 
meo  secundum  multitudinem  dolor u in  mcorum,  qui 
sunt  in  cortle  meo.  11  ec,  inquit,  porta  Domini  mei. 
Justitia  me  rnisit  ad  vos,  ut  introducar  at  Regem,  quia 
ad  ipsum  habeo  secreta  qua?  pGrleram.  Vox  turbinis 
audita  est  in  terra  nostra. 

7.  Rex  cu  n  cogn  ivisset  nunlium  e*se  .lu^litia?,  intro- 
duci  earn  praecipiL  Ingressa  Oratio  ad  Re-em.  at  iravit, 
et  ait  :  Rev,  in  aeternum  vive.  Et  ille  :  R 
omnia  circa  dominum  tuum,  et  quae  illius  sunt  ?  Et 
Oratio  :  Recte.  Domine,  vestri  gratia.  Porro  unum  e?t 
necessarium.  Servua  ille  ves.er  a  cornibus  unicornium 
ad  iraperium  Ft  sgis  ereptus,  divertitad  militem  v. 
dominum  meum  :  et,  Domine  mi,  terra  ilia  auslralis 
et  arens  est,  el  eibum  non  b  Dominus   bene- 

dictionem,  et  terra  nostra  det  frtictnm  sniim.    En 
gregati  hostes  in  ruultitudinc,  ut  di  nicent    contra    n os, 
da  nobis,  Domine  auxilium   de  tribulatione  :  quia   non 
est  ali  lis,  nisi  tu  Dominus  noster. 

Porro  Rex  noster,  cujus  nal  tus    his    la- 

crymis  ait  :  Quern  miltemus?  Ad  quem  Charitas  :  Ecce 
ego,  Domine,  mille  me.  Rex  autem  qusrebat  de  sociis 
sed  Cbarilas  domesticam    sib       I  lit    suf- 

ficere.  Exit  ergo  ana  cum  nobili  illo  comiuitatu  suo, 
gaudio,  pace,  pit  iganimitate,  benignitate,   bo- 

nitale,  mansuetudine.  His  slipalus  dux  insignia  progre- 
ditur,  certusque  de  victoria,  erecto  sigao  triumphali  pri- 


mam  pertransit    inimicorum,    secundamque  cuslodiam. 

I  ie  venisset  ad  portam,  ultro  aperla  est  ei.  Ad  cu- 
jus ingressum  facia  est  laetitia  magna  inoppido.  Cumque 

.le  gaudio  vociferarentur  omnes    et    acclam  areiit, 

exorlus   clamor  exterorum    castra    perlerruit.    Et  illi  : 

rij.i  t-l  ista,    inquiunt,    vox    exsultationis    in    auribua 

Israel?  Non  ita  heri  et    nudiustertius. 

Forte  venit  eis  auxilium,  et    impelum    facient    in    nos. 

imus    ergo    Israclem  ;  Dominus  enim  pugnat  pro 

ntra  nos.  Interim  Charitas  mora?  impatiens,  or- 
dinari  exercitum,  aperiri  portas,    et   persequi    pnciipit 

os,  apcrte  denuntians  :  Vadam  ad  portas  inferi. 
Sicque  iino  i  npetu  uni versus  Charitatis  excrtitus  pro- 
ee  lil.  i  uni    non    ferentes    fugiunt,    sed    non 

■  at.  Cadunt  a  latere  Timoris  mille,  et  a  dextris 
Charitatis  decern  millia. 


PARABOLA  III. 

De   pugna  spirituali. 

1.  Inter  Jerusalem  et  Babylonem  ordinate  sunt  acies 
ad  bellum.  Rinc  David  manu  forlis  aciem  producit 
virlulii  n  terribilem  et  ordinalam  :  inde  Nabuchodono- 
sor Babylonia  spiritualia  nequitia?,  suumque  vitiorum 
tuniulti'osum  exercitum  dirigit  ex  adverso.  Proredit 
de  castas  David  tiruuculus  novitius,   nuper  in   militiam 


PARABOLES  ATTRIBUEES  A  SAINT  BERNARD. 


Ill 


son  armee  de  vices  qui  s'avance  en  desordre.  Du  sier,  du   fonet  de  ses  jeiines  et  de  l'eperon  de  se3 

camp  de  David  sort   line  jeune  recrue,  recemment  veilles,  il  fond  tete  baissee  sur  lui.  La  Prudence  lui 

engagee  sous  les  drapeaux  de  son  roi,  que  l'elernel  crie  par   derriere :   modere,  modere  ton   ardour! 

David  a  ceiute    lui-menie  du  glaive   de  la  parole  La  Discretion  lui  dit  :  preuds  garde,  prends  garde ; 

de  Dieu,  et  arevetue  des  arines  de  l'esprit,   elle  est  toute  l'armee  de  David  le  blame  ;  niais  lui,   faisant 

aninice   d'un  grand  courage  et  se  montre   on  ne  la    sourde    oreille,  il  passe  outre,   el  se  precipite, 

pent  plus  iuipatiente  de  se  mesurer  avec  l'ennemi,  l'infortune!  a  sa  perte  sans  s'en  douter.  Nabucho- 

beaucoup  moinsdansle  desir  de  le  vaincre  que  dans  donosor  l'apercoit  et  fremit  de  rage,  et  pour  le  per- 

l'espoirdese  faire  un  nom.  Son  cheval  est  bouillant  dre  il   dresse  des  pieges  ;   en   ell'et,  pendant  qu'il 

d'ardeur,   c'est  son  corps  ;   encore  tout  nourri  du  se   precipite  de  la   sorte  a  sa  perte,    deux  sceurs, 

sue   du  sieele,  vigoureux,  ardent,  ce  coursier  re-  l'orgueil  et  la  vaine  gloire  se  placent  a  ses  cotes  et 

pond  admirablemeiit  par  ses  dispositions,  au  cava-  lui  crient  dans  une  pensee  de  ruse  :  Hardi !  bardi ! 

lier  insigne   qu'il  porte.  Dedaignanl  la  discipline  l'infortune   trop  docile  a    leur    voix,  precipite  sa 

du  camp,  ce  jeune  soldat,   plein  de  mepris  pour  course  encore  davantage,  il  est  au  milieu  des    em- 

ses  compagnons  d'armes,    s'avance  dans  une  sotte  biicbes  et  ne  s'en  apercoit  point.  L'esprit  de  Forni- 

presomption,    plus   loin    que    les  autres  ;  il    bout  cation,   qui  a  une  longue  experience  de  ces  sortes 

d'ardeur,   et  n'aspire    qua  une  chose,  se  faire  un  d'attaques  et  de  cette  espece  de  combattants,   feint 

nom.  David, en  voyant  sonimpetueuse  presomption,  de  fuir,   et,  en  trompant  ainsi  son  malheureux  ad- 

lui  fait  dire  sous  peine   de  mort  par  son  ills  Salo-  versaire,  il  l'engage  a  le  suivre,  jusqu'a  ce   que, 

mon  :  «  Malheur  acelui  qui  est  seul,  car  s'il  tombe  l'ayant  attire  auseinmeme  des  mursde  Baby  lone,  par 

il    n'a   personne   pour  le    relever  (Eccl.   iv,  10).  »  laporlequien  elait  demeureeouverte  ;  il  le  livre  a 

Lcs  pfcMs   Maislui,  sans  tenir  compte  decesavis,  ne  recherche  ses  compagnons  pour  se  moquer  de  lui.  Maltre  Caster 

Iuttem  con-  que   les  occasions  de  montrer    a  lui-meme  et  aux  et  la   Fornication  reclament  son   cheval  et  ne  lui 

autres  son  courage,  et  roule  dans  sapensee  quel  que  laissent  plus  aucun  droit  sur  lui.  Au  milieu  de  la 

action  d'eclat.  11  apercoit  de  loin,  dans  le  camp  eii-  lutte,  il  s'etait  abattu,  el  dans  sa  chute  il  avail  gra- 

nemi,  couvert  des  arines  de  feu,  un  adversaire  d'une  vement  blesse  son  cavalier  ;   mais  ses  ennemis  lui 

forte  malice  et  dune  mechancete  pleine  de  ruse  et  prodiguerent  a    manger,  quand  il  fut  a  Babylone, 

d'arlilice  ;  ses  mains  etaient   remphesde  traits  en-  et    apres     l'avoir    bien  engraisse  de  nouveau,   ils 

flanmies;  il  multipliai!  les   blessures  de  tous  cotes,  le  firent  servir  a  leurs  compagnons;  quant   a  notre 

tuait  les  blesses,  foulait  aux  pieds  les  morts,  fai-sait  malheureux    soldat    il  vit  se  dresser   contre  lui,  la 

des  prisonniers  avec  une   facilite   extreme,    ne  la-  colere,  l'envie  et  le  cortege  entier  des  autres  vices, 

chait  prise  que  tres-diflicilemeut,  e'etait  l'esprit  de  les  pecheurs  frap[ient  sur  son  dos  en  pleine   secu- 

Fornication.  rite  comme  des  forgerons  sur  une  enclume.  Quant 

2.  Pensant  done   dans   sa  presomption  qu'il  va  a  la  Fornication  dont  il  n'avait   encore  vu  que  le 

donner  un  rare  exemple  de  courage,  il  s'elanee  sur  dos   pendant  qu'elle   fuyait  devant  lui,  elle  se  re- 

cet  ennemi,  et,  pressantl'ardeur  de  son  jeune  cour-  tourne  sur  lui  avec  un  front  leve  et  impudent,  lui 


tre 
David. 


regis  juratus,  et  per  manns  ipsins  aeterni  David  verbi 
Dei  gladio  accinctus,  ct  spiritualibus  armis  insignilus, 
ingenles  gerens  animos,  et  contra  regis  edictum,  ad  fa- 
ciendum sibi  nonien  plusquam  ad  hostem  vincendum 
impatientissimus.  Equus  erat  ei  fervidus,  proprium 
corpus;  de  succo  adbuc  saeculi  fortis,  viiidis,  lascivus, 
aniinusqiie  ejus  conveniens,  cui  insidens  ferebatur  in- 
signis;  castrorumque  suorum  dedignans  disciplinam, 
contemptis  sociis,  stulida  quadam  prjesuniptione  longe 
pra;  caeleris  progrediebatur,  sestuans  et  anhelans  ad 
faciendum  sibi  nomen.  Videns  David  impetuosani  ejus 
praesumptioneni,  per  (ilium  suiim  Salomonem  sub  in- 
terminationc  ei  uiandavit :  Voe  soli,  quia  si ceciderit,  noil 
habebit  sublevanlem.  Cujus  ille  monita  parvi  pendens, 
cum  sibi  vel  aliis  ostendere  magute  virtutia  suee  quse- 
reret  occasiones,  et  pr;eclarum  aliquod  facinus  moli- 
retur:  cons,  icatur  eminus  in  parte  hoslili  unum  de 
inimicis  fortis  malili;e,  astuta?  nequitiae,  arma  babentem 
ignea,  manusque  plenis  jaculis  igneis,  multos  vulne- 
ranlem,  vulneratos  occidentcm,  occisos  conculcantem, 
facile  capientem,'  difficile  relaxautem  ;  spiritum  forni- 
cationis. 
2.  Hie  se  ostensurum  prasumens  prjeclaram  virtutem 


suam,  impetum  in  cum  dirigit,  ef  promptum  ilium 
equuin  suum  jejuniorum  verberibus,  et  vigiliarum  cal- 
cai'ibus  perurgens,  totus  fertur  in  ilium.  Clamat  a  lergo 
Prudentia  :  Parce,  parce.  Clamat  discretio  ;  Susline, 
sustine  :  lolus  cum  concropat  Davidicus  exercitus,  quo 
Ule  omnes  surda  aure  ppseteriens,  fertur  miser  totus 
in  malum  suum,  et  nescit.  Videns  Nabuchodonosor 
infremit,  et  malum  ei  parans  dolos  prsBmittit.  Occur- 
runt  enim  illi  a  latere  in  praxeps  ruenti  sorores  duae, 
Superbia  et  Vana  gloria,  acclamantes  ei  in  dolo  :  Euge, 
euge.  (Juibus  ille  miser  nimis  creduhis,  totus  fertur  in 
prieceps,  et  nescit  qusejam  undique  eum  circumvallent 
insidis.  Spirit  us  quidem  foinicationis,  jam  crebro  tales 
et  talium  impetus  expertus,  fugam  simulat,  et  delusum 
miserum  sequi  provocat,  dunec  per  palentem  porlam 
in  medio  Babylonisintroductum  suis  ilium  sociis  Iradidit 
illiidendum.  Gastrimargia,  et  foruicatio  equum  sibi  in- 
dicant, net:  dominum  suum  jus  in  co  habere  ultra  per- 
mittunt.  Jam  quippe  deliciebat,  jam  fatigatus  divertere 
quaBrebat.  In  medio  quippe  pugna;  sub  pugnante  ce- 
ciderat,  et  casu  suo  vcbementer  altriverat  sessorem 
suum,  quem  illi  cibis  Babylonis  refectum,  reimpingua- 
tum  suis  subdidere  servitiis.  In  miserum  vero  ira,    in- 


1 13 


CCLVRFS  DE  SAINT  BERNARD. 


Mail  lei  »ept 
awns  da 


darde  au  coenr  ses  traits  enflammes,  brandit  son 
glaive  sur  sa  tete,  le  jotte  a  terre  ct  le  foule  aux 
I  i  nls,  puis,  le  livrant  au  cuisinier  du  roi  de  Baby- 
lone,  nomine  Nabuzardam,  elle  lui  permet  de  se 
moquer  de  lui  dans  des  orgies  immondes.  Elle  ne 
perniet  n.eme  plus  que  ca  soient  les  vices  honnetes 
qui  portent  la  main  sur  lui,  mais  ella  l'expose  aux 
plaisauteries  impures  des  bouiTmis  de  la  cuisine  de 
son  roi,  c'est-a-dire  aux  souiliures  de  vices  honteux 
et  horribles.  Ainsi  reduit  en  servitude  par  ses  en- 
nemis,  il  est  charge  des  liens  de  la  mauvaise  habi- 
tude et  precipite  dans  le  cachot  du  desespoir. 

3.  De  son  cote  David  la  tete  couverle  d'un  voile 
repandait  des  larmes  ,  en  disiot  :  Absalom,  mon 
fils,  mon  tils  Absalom.  Puis,  appelant  a  lui  quelqu'un 
de  sa  suite  qui  s'asseyait  sur  les  degres  de  son 
trone,  un  courlisan  utile  et  eprouve,  la  Crainte  est 
son  nom,  il  l'envoie  a  sa  recherche,  il  la  fait  acroui- 
pagner  de  I'Obeissance,  alin  qu'apresl'avoir  tire  de 
la  prison,  elle  le  remette  entre  ses  mains.  La  Crainte 
part  done,  et  arrive  aupres  du  malheureux  consent, 
elle  le  rauime,  et,  apres  l'avoir  tire  des  chaines  et 
des  cachots  de  la  chair,  suivant  l'ordre  qu'elle 
en  avail  recti,  elle  le  rennet  a  I'Obeissance,  elle  lui 
rend  son  cheval,  mais  devenu  rebelle  et  iiidomp- 
table  et  qui  vent  a  peine  reconnailre  encore  son 
maitre.  L'Obeissauce  le  prend,  lui  passe  un  mords 
de  fer  a  la  bouche,  bien  qu'il  n'en  veuille  point, 
et  qu'il  se  montre  recalcitrant,  puis  replace  son 
ancien  maitre  sur  son  dos  et  lui  apprend  a  changer 
sa  force. 

U.  l.'Olieissancerecoit  done  le  soldatdn Christ  des 
mains  de  la  Crainte,  elle  le  ramene  dans  son  pays, 


par 
l'emporler. 


par  un  autre  chemin,  et  lui  retablit  une  premiere  Saint-Eiprit 
demeure  chez  la  Piete,  pour  que  la  Piete  paternelle 
luiredonne,  en  le  r appelant,  un  peu  de  courage  et 
ranime  ses  esprits  que  la  Crainte  avait  abattus.  E.le 
lui  en  construit  une  seconde  chez  la  Science,  alin 
qu'il  apprenne  d'oii  il  doit  revenir  et  ou  il  doit 
aller,  et  qu'il  sache  se  servir  de  la  Piete  et  de  la 
Crainte,  en  sorte  que  la  Piete  ne  l'eleve  pas  trop  a. 
ses  yeux  et  que  la  Crainte  ne  le  rabaisse  point  a 
l'exces.  Elle  lui  en  batit  une  troisieme  chez  la  Force, 
aQn  que  celle-ci  lui  donne  l'energie  necessaire  pour 
acrouiplir  son  voyage  de  retour.  La  quatrieuie  habi- 
tation qu'elle  lui  destine,  elle  la  place  chez  le 
Conseil,  pour  qu'il  fasse  toutes  ses  actions  avec  le 
conseil  d'un  autre  et  qu'il  ne  se  soustraie  point  a 
la  conduite  de  I'Obeissance  pour  se  niettre  sous  une 
autre  conduite.  La  cinquieme,  elle  la  met  chez  l'ln- 
dulgeine,  atin  qu'il  commence  a  comprendre,  non 
pas  seulement  par  l'intelligence  des  hommes,  mais 
par  lui-meme  quelle  est  la  voloute  de  Dieu,  ce  qui 
est  bon,  agreable  et  parfait  a  ses  yeux  (Rom.  xn,  2). 
Le  soldat  du  Christ  arrive  a  sa  sixieme  demeure 
chez  la  Sagesse,  oil  il  vient  suivi  de  tons  ses  hotes 
qui  n'ont  point  quitte  la  route,  et  qui  lui  ont  appris 
a  trouver  du  gout  aux  Mens  du  Seigneur  et  a 
con  t  em  pier  de  cette  demeure,  comme  Moise  du 
haut  du  raont  Abarim ,  les  promesses  de  Dieu 
(Dcat.  xxxu,  49).  Apres  cela,  on  arrive  &  Jerusalem, 
dans  le  royaume  et  la  cite  de  David,  dans  la  vision 
de  la  paix.  La  les  bienheureux,  les  pacitiques 
enfants  de  Dieu  qui  n'y  arrivent  qu'apres  avoir  tout 
paeilie  au  dedans  et  dehors,  celebrent  la  joie  de 
leur  Seigiieur,  le  sabbat  des  sabbats.  Ainsi  soit-il. 


vidia,  ca?teraque  vitiurum  turba  consurgit,  et  fldueialiter 
supra  deorsum  ejus  fabric.ant  peccatores.  Sod  et  fonii- 
catio,  enjus  nisi  terga  fugientis  nil  adbuc  ille  videral, 
aperta  jam  facie  et  impudenti  froale  in  eum  consurgit, 
et  spicula  ignea  in  cor  ejus  torqaet,  gladiumqtie  in 
cervicem  ejus  exserit,  projectumque  in  terram  concul- 
cat ;  et  coquo  regis  Babyloniorum  Nabuzardam  eum 
tradens,  ejus  immundis  gurgilationibus  subdidit  illu- 
dendum.  Nee  jam  palitur,  ut  honesta  in  eum  vilia 
manum  miltant  :  sed  immundis  securi'is  de  coquina 
regis,  id  est  fujdis  et  horrendia  vitiis,  cxhibet  imdendum. 
Sic  igitur  caplus  ab  inimieis,  ligatur  lunibus  mala?,  con- 
suetudinis,  et  prajcipitatur  in  carcerem  despcra- 
tionis. 

3.  Rex  atilem  David  cooperto  capile  lugebat,  dicens: 
Absabm,  fili  mi,  tili  mi  Absalon.  Voeansquo  unum  rc- 
gia?  clientebe  ac  sedis  in  luijusmodi  ulileni  et  probalum, 
Timorem  scilicet,  ad  reqnirendum  eum  dii-igit,  el  Obe- 
dientiam  sccum  mandavit,  ul  creptum  de  carcere  tutela?. 
Commitlcre  Obedientia?.  Missus  Timor  venit,  et  suscilat 
miserum,  ereptumque  de  carceralibus  claustris  et  vin- 
culis,  sicut  sibi  jussum  fuerat,  Obedientia?  tradidit  : 
equum  suum  ei  restituit,  sed  feiocem  et  rebellem,  et 
qui  vix  ultra  dominum  dignaretur  agnoscere.  Quern 
Obedientia  apprebendens,  et  freno  ferreo  cohi- 
bens,    licet   renitentem    plurimum    et    recalcitrantem , 


antique  Domino  subdidit,  docuitque   eum    mutare    for- 
tiludinem. 

4.  Susceptum  itaque  a  timore  obedientia  deducens 
mililem  Cbristi,  per  aliam  viam  reduxit  in  regionem 
suam,  primamque  ei  mansionem  apud  Pietatem  cons- 
lituit  :  ut.  scilicet  animus  ejus,  quos  Timor  exacerba- 
verat,  Pietas  patris  revocautis  refocillarel.  Secnndam 
apud  Scicntiam  ,  ut  scirel  undo  et  quo  sibi  esscl  re- 
deundum  :  sciretque  iiti  et  pietate,  et  timore  nc  Pietas 
extollcrct,  Timor  frangerct.  Tertiam  apud  foititudmem, 
qua?,  eum  ad  peragendum  redilussui  iter  confortaret. 
Quartam  apud  Concilium,  ut  altcrius  cum  concilio  om- 
nia faceret,  nee  a  diicalu  obedientia1  in  aliquo  declinaret. 
Quintan)  apud  inlelleclum,  ut  non  jam  concilio  tantum 
bominum,  sed  ipse  jim  intelligere  inciperct,  quae  sit 
voluntas  Domini  bona,  bemplacens  et  pcrfecla.  Ad  sex- 
tain mansionem  pervenit  miles  Chrifti  sapiential,  hos- 
pitibus  suis  eum  prosequentibiis,  nee  iter  ejus  dese- 
renlibus,  utjam  ei  sapiant  bona  Domini,  et  e.xindc  cum 
Moyse,  velut  de  monte  Abarim,  repromissiones  Dei  in- 
cipiat  conlcmplari.  Et  bine  jam  pervenitur  in  Jerusalem, 
in  regnum  et  civitatem  David,  in  visionem  pacis  :  ubl 
beali  pacifici  filii  Dei  interius  et  exterius  omnibus  pa- 
citicatis  ingressi,  gaudium  Domini  sui  celebrant,  sab- 
batorum.  Amen. 


PARABOLES  ATTRIBUTES  A  SAINT  BERNARD. 
QUATRIEME  PARABOLE  ». 

Lc  Christ  et  I'lSglise. 


113 


et  devenu  boue  avec  cette  boue.  David  part,  en  effet, 
il  arrive  en  Egypte,  et  comme  il  avait  prepare  nn 
doux   chant    d'epithalame,    il   fit  enlendre  de  son 
1.  «Le  royaume  des  cieux  est  semblable  aim    cceur   ceUe   bonne     I)arole   :    «Ecoutez,  ma  fille,    l-PJ* 
roi  qni  fit  des  noces   a  son  fils  [Matt,  xxn,  2).  »  Et    ouvrez  Ies  >eux.  a>'ez   romlle  attentive  et  oubhez  David  et  an- 
comme  le  jour  des  noces  approchait,  le  pere   con-    votre  Pe,1Ple   alnil  1,lu  la  maison  de  voire  pere;       ««.. 

alors  le  roi  concevra  de  1 'amour  pour  votre  beaule, 
parcequ'il  est  le  Seigneur  votre  Dieu  (Psal.  xliv, 
12  et  13).  »  Isaie  recut  ordre  d'allev  aussi  la  trou- 
ver  ;  il  le  stiivit,  et,  en  la  voyant  dans  les  liens  de  la 


snlta  son  ti.s  et  lui  demanda  qui  il  voulait  epouser 
11  lui  repondit  qu'll  s'etait  choisi  des  le  commence- 
ment des  sieeles,  et  predestine  l'Eglisepour  epouse. 
Le  pere  lui  repondit  :  Mais  elle  esl  captive  en  Egypte, 


oil  elle  est  employee  aux  divers  travaux  de  mortier     captivite    il   lui  dit    :    a  Levez-vous,   levez-vous , 

armez-vous    de    la     force    du    bras    du   Seigneur 


La  captivity 
des 

Israelites  en 

Egjpie 

sous 

Pharaoo  est 

l'iinage 
de  la  nutre 

sous 
le  diable. 


Le  Christ  se 

fiance 

l'Eglise. 


et  de  briques  [Exod.  l,  ih),  et.  vendue  au  peehe.  Le 
cceur  de  Pharaon  s'est  endurci  et  sa  main  appe- 
sanlie  sur  elle,  et  il  ne  la  laissera  partir  que  si 
une  main  plus  forte  que  la  sienne  la  lui  ravit 
[Exod.  in)  Eh  bien,  reprend  le  til?,  moi  qui  suis 
voire  main  et  le  bras  de  votre  force,  j'entrerai  en 
Egypte  avec  une  main  forte  elle  bras  el.  ndu,  et  je 
la  delivrerai.  Et,  pour  fermer  labouche  a  ceux  qui 
disent  des  cboses  injusles,  je  la  racheterai  des 
calomnies  des  hommes.  Je  mettraidans  ma  balance 
d'un  cote  le  poids  qn'elle  a  ete  vendue  sous  le 
pecbe,  je  veux  dire  le  poids  de  la  volonte  du 
pecbe,  et  de  l'autre  le  prix  de  mon  sang  ;  celle-la 
sera  trouvee  trop  lege.re  et  mon  jugement  l'em- 
porlera.  Mais  le  pere  repartit  :  Oui  j'en  conviens,  it 
l'eniportera,  mais  la  lui  du  mariage  veut  qu'on 
s'assure    du   consentement    de  l'epouse.    On    sen 


[Jsa.  li,  9) ;  levez-vous,  levez-vous  et  relevez-vous 
Jerusalem,  rompez  les  cbaines  de  voire  eou,  6  fille 
captive,  6  Sion  [Isa.  u\,  2).  » 

2.  Et  comme  beauconp  d'aulres  patriarcbes  et 
prophetes,  entrant  aussi  a  leur  tour,  disaient  tous 
la  meme  chose,  elle  linit  par  comprendre  la  grace 
de  Dieu,  et,  sortant  de  la  poussiere  elle  s'ecrie  : 
«  Vous  vons  eles  souvenu  de  moi,  Seigneur,  mon 
Dieu.  Vous  avez  pitie  de  ceux  dont  vous  avez  pitie, 
et  vous  faites  misericorde  a  celui  dont  vous  avez  eu 
pitie.  »  Et,  poursuivant,  elle  repele  les  paroles  de  la 
sage  Abigail.  «  Qui  me  donnera,  dit-elle,  d'etre  au 
nombre  des  servantes  de  mon  Seigneur  et  de  laver 
les  pieds  memes  de  ses  serviteurs(i  Reg.  xxv,  <H).» 
Et,  se  levant  aussitot  comme  avait  fait  Abigail,  elle 
monte  sur  une  anesse,  e'est-a-dire,   elle  se  soumet 


assurera,  repond  le  fils.    Jai  David,   tin  serviteur  sa  chair  et  suit  les  serviteurs  du  roi.   Son  epoux 

selon  mon  cceur,  je  l'enverrai  avec  sa  guitare  pour  accourt  ;">  sa  rencontre,  plein  dejo.e  et  de  bonhetir, 

parler  a  son  cceur,  pour  l'appeler,  pour  charmer  et  lui  prenant  la  main  droile,   il  la  conduit  au  gre 

son  esprit  habitue  aux  travaux  de  terre  de  l'Egypte  de  sa  wlonle,  il  la  recoil  avec  honncur,  il  la  fait 

enlrer  dans   la  capitale  de   son  royaume  et  l'in- 

a.  -  Dan.  les  anciennes  editions  cette  parabole  ct  la  suivan.e  ^^    ^  ^  cha(nbre   mtme  (]e  ga   m.fe    £t  ,. 
soct  [lacees  au  nouibre  des  ouvrages   apocryphes  de  saint  Ber- 
nard, la  pla.cant   sur  le  petit  lit  de  son  amour,  il  la  pare 


PARABOLA  IV. 

De  Cliristo  et  Eeclesia. 

1.  Simile  est  regnum  ccelorum  homini  regi,  qui  fecit 
nupiias  filio  sun.  Ciimque  dies  iiistarel,  nnpliartim,  con- 
suluit  Pater  Eilium,  qiiam  \  ellet  ducere.  I  lie  se  cle- 
gisse  et  prteelegisse  Ecclesiam  respondit  a  sa?culo.  At 
paler  :  Sed  captiva,  inquil,  tenelur  in  /Egyplo  :  ihique 
seivit  in  Into  et  latere,  venumdata  sub  percato.  Indura- 
tum  est  cor  Pbaraonis  super  e;i ni,  et  aggravata  mantis  : 
nee  dimiltet  earn  nisi  in  manu  forli.  Et  ego,  inquit  Fi- 
lius,  mantis  lua  et  brachium  forlitudinis  tua?,  inirabo 
iEgyptum  in  manu  forti  et  brachio  extento,  el  liberabo 
earn.  Et  at  obntruam  os  loquentium  iniqua,  ct  redimam 
earn  a  calumniis  homiuum,  appendam  in  statera  juxla 
prelium  quo  venumdata  est  sub  peccato  ,  volunfatem 
scilicet  pecrati ;  et  e  contra  prelium  sanguinis  mci  :  et 
invenielur  ilia  minus  habens,  el  perveniet  ad  vicloiiam 
judicium  meum.  At  Paler  :  Plane,  inquit,  perveniet  : 
sed  lex  est  conjugii,  sponsar  requirere  assensum.  Requi- 
retur,  inquit.  Inveni  David  servum  meum,  virum  se- 
cundum cor  meum.  Mittam  eum  cum  citbara,  ut  loquatur 
T.    IV. 


ad  cor  ejus,  et  advocet  earn  ,  et  demulceat  animos  ejus, 
in  lulo  /Egypli  assuetos  et  putrefactos.  Missus  David 
^gyptum  ingreditur  j  et  prxparatum  habens  dulcissi- 
mum  epitlialamii  canticum,  eructavit  de  corde  suo  hoc 
vcrbum  bonum  :  Audi  plia,  et  vide,  ct  inclina  aurem 
tuam,  et  oblivisa  re  poputum  tuum,  et  domum  patris 
tui;  i  i       decorem   tuum,  quoniam  ipse  est 

Dominus  Deus  tuus.  Jussus  ctiam  Isaias  e  \esligio  sub- 
sequitur,  vidensque  illaui  in  vinculis  captivitatis,  Con- 
surge, inq  ;il,  consurge,  induere  fortitudtnem  brachii 
Domini.  Elevare,  consurge  Jerusalem,  solve  vinculo  colli 
tui,  captiva  fitia  ■ 

2.  Cum  que  tliam  alii  nmlti  intrassent  palriarclise  et 
prophelae,  omnes  eadem  nuiitianlcs,  tandem  aliquando 
inlelligens  ilia  gratiam  Dei,  surgeasque  de  pnlvere  , 
dixit  :  Recordalus  es  meiy  1)  mime  Deus  meus.  Misere- 
ris,  cujus  misereris  ,  et  misericordiam  preestas,  cujus 
misertus  eris.  Et.  subsequens  quod  sapiens  ilia  Abigail  : 
Quis,  inquil,  me  del  in  anciltam  servorum  Domini  mei, 
ut  tavern  pedes  servorurn  domini  met  ?Moxquee\surgens, 
sicut  ipsa  Abigail,  ascendit  super  asinaiD,  idesl,  subdi- 
dit  sibi  carnem  suam,  et  secula  est  servos  Regis.  Oc- 
currit   sponsus   festivus    et   tnlaris  ;   tenensque  inanum 


Ill 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


L'£pou< 

s'en  va  dans 

un  pays 

lointatQ. 


L'£glise  est 
accablee 
par  lea 

persecutions. 


I.  Par  les 

tyrans. 


des  ornements  de  sa  grace,  puis,  lui  passant  la  main 
gauche  sous  la  t£te,  ill'embrasse  de  sa  droite  et 
s'ecrie  :  «  Je  vous  adjure,  6  iille  de  Jerusalen,  de 
ne  point  l'eveiller,  de  ne  point  tirer  ma  bien-aimee 
de  son  sommeil  avant  quelle  le  veuille  {Cant,  n,  7).» 
U  met  soixante  vaillants  guerriers  d'Israel  aupres 
de  sa  eouche,  pour  la  garder.  Chacun  d'eux  avait 
1'epee  au  cdte,  a  cause  des  frayeurs  de  la  nnit.  Quant 
a  I'epoux,  la  baisant  d'un  baiser  de  sa  bouche  et  lui 
disant  adieu,  il  s'en  va  dans  un  pays  loin  lain  rece- 
voir  une  conronne,  avec  la  pen  see  de  revenir  en- 
suite.  Cependant  il  donne  a  chacun  les  ordres  en 
ces  termes  par  le  prophete  Osee  :  «  Vous  m'utten- 
drez  bien  longtemps,  et  vous  n'aurez  ni  pretre,  ni 
sacrifice  (Oste  m,  3).  » 

3.  Mais  le  Pharaon  d'Egypte,  profitant  de  son 
absence,  rassemble  son  armee.  Venez,  dit-il,  je  vais 
la  poursuivre,  m'emparer  d'elle,  et  nous  aurons 
des  depouilles  a  partager,  mon  ame  sera  satisfaite  : 
je  vais  tirer  l'epee  et  ma  main  les  massacrera  :  et  se 
levant  dans  ces  sentiments  de  malice  et  de  me- 
chancete,  il  declare  la  guerre  a  l'Eglise.  II  fond 
sur  son  camp,  il  s'empare  de  Pierre  et  d' Andre  son 
frere  qu'il  met  en  croix,  il  tranche  la  tete  a  Paul, 
il  exile  Jean,  ecorche  Barthelemy,  lapide  Etienne, 
briile  Laurent  et  Vincent,  et  remplit  tout  de  la  mort 
des  saints  et  de  tous  les  genres  de  morts  et  de  tour- 
ments.  «  On  expose  les  corps  morts  des  serviteurs 
de  Dieu  pour  servir  de  nourriture  aux  oiseaux  du 
ciel,  el  les  chairs  de  ses  saints  pour  etre  la  proie 
des  betes  de  la  terre.  On  repand  leur  sang  innocent 
comme  l'eau  autour  de  Jerusalem  et  personne  ne 
leur    donnait  a  sepulture  (Psal.  lxxviii,  2  et  3).  » 


L'Eglise,  en  voyant  ses  deienseurs  trades  comme 
des  bivbis  destinees  a  etre  mangees,  gemit  et 
son  ame  est  plongee  dans  la  plus  amere  des  amer- 
tumes.  Mais  la  terre  deYEglise,  engraissee  par  le 
sang  des  martyrs,  reproduit  des  moissons  de 
Gdeles  par  une  sorte  de  multiplication  de  la  se- 
meuce  quelle  a  recue  ;  pour  un  qu'on  moisson- 
nait,  elle  en  donne  cent  on  mille  autres,  et  elle 
vainc  par  les  moyens  nicmcs  par  lesquels  on  es- 
perait   la  vaincre. 

U.  En  apenevant  cela,  la  barbarie  du  cruel  en- 
nemi  de  l'Eglise  enfremitde  rage,  et.recourant  aux 
amies  bien  connues  de  la  ruse,  il  suspend  pour  un 
temps  la  persecution,  il  rappelle  ses  forces,  met  le 
glaive  au  fourreau  et  change  de  dessein.  II  n'y  a 
rien  de  pire,  dit-il,  qu'un  enneini  domestique,  je 
vais  repandre  sur  ses  chefs,  un  esprit  de  conten- 
tion, je  les  ferai  errer  hors  des  sentiers  battus, 
dans  des  lieux  oil  iln'y  a  point  de  route  tracee 
(Psul.  cvi,40),  et  quand  ils  diront  :Lapaix,  la  pair, 
il  n'y  aura  point  de  paix  [Jerem.  vi,  III).  Je  soule-  j.  Paries 
verai  parmi  eux  des  heresies  et  des  schismes  ;  et  h*r6tJ^<!!  ct 
je  brouillerai  tout  par  une  sorte  de  guerre  civile  :  echismati- 
ils  se  massacreront  les  uns  les  autres  de  leur  pro- 
pre  glaive  beaucoup  mieux  que  je  ne  saurais  les 
tuer  du  mien.  II  dit,  et  aussitut  l'armee  de  l'Eglise 
qui  avait  ete  jusqu'alors  terrible  a  voir  en  rang  de 
bataille,  cessa  d'etre  aussi  terrible,  parce  que  le 
desordre  se  mit  dans  son  sein.  En  ell'et,  se  dechirant 
de  blessures  mutuelles,  et  se  tuant  les  uns  les  au- 
tres comme  de  veritables  ennemis,  sous  les  yeux 
de  leurs  ennemis  veritables  qui  se  tenaiental'ecart, 
et  qui  riaient  de  ces  exces,  tous  ces  soldats  de  l'E- 


ques. 


dexteram  ejus,  et  in  voluntate  sua  deducens  earn, 
et  cum  gloria  suspiciens  earn,  introduxitin  civilalem  re- 
gni  sui,  et  in  cubiculum  genitricis  suae.  Et  in  lectulo 
charitatis  suae  earn  collocans,  et  gratia?  suae  ornamentis 
earn  condecorans,  Iaevamque  suam  sub  capite  ejus  po- 
nens,  et  dextera  sua  earn  amplexans  :  Adjuro  vos,  in- 
quit,  filial  Jerusalem,  ut  non  suscitetis,  neque  evigilare 
facialis  dilectam,  donee  ipsa  velit.  Posuilque  scxaginta 
ex  fortissimis  Iracl,  qui  ambirent  lectum,  ad  bella  doc- 
tissimos  :  et  uniuscujusque  ensis  super  femur  suuui, 
propter  timores  nocturnos.  Osculansque  earn  osculo 
oris  sui,  et  valedicens  ei  abiit  in  regionem  louginquam 
acciperre  sibi  regnum,  ct  reverti.  Mandavilque  ei  per 
Osee  proplietam  :  Mutto  tempore  me  exspcclabd,  et  non 
erit  tibi  sacerdos,  nee  sacrificium. 

3.  Cujus  Pharao  ille  /Egyptius  captans  absentiam, 
convocato  cxercilu  :  Veni,  inquit,  persequar  el  compre- 
hendam,  dividam  spolia,  implebitur  anima  mea  :  eva- 
ginabo  gladium  meum ,  interflciet  eos  manus  mea. 
Surgensque  cum  omni  maliliae  suae  nequitia,  Ecclesiae 
persecutionem  indixit.  Moxque  ejus  castra  aggrediens, 
comprehensum  Pelrum,  fratretnque  ejus  Andream  cru- 
cillxit,  Paulum  decollavit,  Joanncm  exsiliavit,  Barlho- 
lomaeum  decoriavit,  Stephanum  lapidavit,  Laurentium 
et  Vincentium  ustulavit,  et  sancturum  mortibus,  mor- 
tiumque   et  tormeutorum  generihus  omnia  complevit. 


Posuerunt  morticina  servorum  Dei  escas  volatilibns  caili, 
carnes  sanctorum  bestiis  terrce.  Effuderunt  sanguinem 
innocentem  tanguam  aquam  in  circuitu  Jerusalem,  el 
non  eral  qui  sepeliret.  Yidens  Ecclesia?  defensores  suos 
positos  ut  oves  cscarum,  ingemuit,  et  facta  est  amari- 
tudo  ejus  amara.  Sed  terra  Ecclesia  sanguine  marlyrum 
impinguata,  fidelium  segetes  multiplici  quodam  gcr- 
minc  rel'undebat  :  et  in  praecisione  unius  centum 
vel  mille  reddens,  unde  vinci  spcrabalur,  vincebat. 

4.  Quod  barbara  ilia  inimici  nequitia  deprebendens 
infremuit,  et  ad  nula  callidilalis  sua?  arma  rel'ugicns,  a 
persccutione  interim  COnquievit,  vircsque  conlraxit , 
gladium  revocavit,  consilium  mutuvit.  Nullus  pejor,  in- 
quit,  quam  domesticus  inimicus.  Effundam  igitur  con- 
tenlionem  super  principes  eorum,  et  errare  cos  faciam 
in  invio,  ct  non  in  via.  Et  cum  dicent,  Pax,  pax  ;  non 
erit  pax.  Sid  suscitabo  inter  eos  haereses  el  schismata, 
et  civili  et  inlestino  quodam  bello  omnia  lurbabo  :  ct 
facili'is  suo  eoa  gladio  faciam  inteiire,  quam  meo.  Dixit, 
et  mox  terribilis  ilia  bactenus  Ecclesiae  aoies  ordinala 
facta  est  non  terribilis  :  quia  deordiuala.  Mutuis  quippe 
se  vulneribus  impeteutes,  seque  invicem  hostilitcr  con- 
cidenles,  lioslibus  a  longe  stantibus  et  ridentibus,  ri- 
sum  et  insultationem,  Ecclesiie  vero  lud.um  et  intole- 
rabilem  incussere  dolorem.  Amaritudo  enim  ejus  prius 
amara,  nunc  facta  est  amarior,  cum  vipereo    quodam 


PARAROI.ES  ATR1BUEES  A  SAINT  BERNARD. 


1  :; 


glise  se  vireiit  en  butte  aux  moqueries  et  aux  insul- 
tes  de  leurs  ennemis  ,  en  meme  temps  qu'ils  fai- 
saient  couler  les  larmes  de  l'Eglise  et  lui  causaient 
une  intolerable  douleur.'  En  effet,  l'amere  amer- 
tume  dont  elle  s'etait  vu  abrouver  auparavant  etait 
devenue  plus  amere  encore,  a  la  vue  de  ses  enfants 
qui  lui  dechiraient  eux-memes  les  enlrailles  avec 
une  nieehancete  de  viperes.  Mais  alors  les  plus 
vaillants  soldatsde  la  cour  chretienne,  s'apercev  mt 
que  la  ruse  infernale  de  l'ennemi  avait  tin  plein 
succes,  rappellent  tout  leur  courage  et  saisissent 
les  armes  de  la  foi  et  commencent  parcouper  d'une 
main  virile  le  mal  en  eux-memes ;  alors  on  vit  un 
Alexandre  tailler  en  pieces  Arius  avec  plusieurs 
dessiens;  un  Augustin  passer  an  til  de  l'epee  Ma- 
nes et  un  grand  nombre  d'autres  heretiques  ;  un 
Jerome  frapper  a  no;t  L'epicurien  Jovinien  ;  on 
en  vit  enfiu  beaucoup  d'autres  s'elancer  sur  la 
peste  des  heresies  et  des  scbismes,  les  terrasser 
vaillamment  ou  les  expulser  prudemment  du  camp, 
et  rendre  ainsi  la  pais  et  le  bonbeur  a  l'Eglise. 

5.  Mais,  helas,  helas!  cette  vie  ne  peut  pas  plus 
etre  exempte  de  tentation  que  la  mer  de  Hots  ,  il 
n'y  a  de  paix  solide  et  durable  que  dans  le  paysde 
la  paix.  En  effet,  a  la  vae  de  ce  qui  se  passe  ,  le 
pecheur  se  sent  transports  d'envie  et  de  colere  ,  il 
griuce  les  dents  en  fureur,  la  rage  le  consume,  et, 
tout  entier  a  de  nouveaux  projets  de  guerre ,  il  a 
Enfio  par  lea  recours  aux  esprits  de  malice.  !1  rassemble  done 
chrliiens'et  ^es  Pnis  farneux  de  ses  capitaines,  je  veux  dire  l'es- 
prit  de  fornication,  l'esprit  de  gourmandise  et  l'es- 
prit  d'avarice.  Vous  vuyez  ,  leur  dit-il ,  que  nous 
n'avaucons  a  rien,  voila  tout  le  moude  qui  se  met 
a  leur  suite.  Mais  je  veux  encore  une  fois  leur  faire 
sentir  la  force  de  noire  bras  a  cis  hommes  qui  se 
flattent  de   nous  avoir   ecbappe ,   et    d'avoir  de- 


les 

msuvais 
elercs. 


joue  toutes  nos  ruses.  11  dit  et  lance  pendant  la 
nuit  ses  satellites  dans  le  camp  de  l'Eglise;  comme 
il  le  trouve  tout  entier  plonge  dans  l'ivresse  et  le 
sommeil,  car  ceux  qui  dorment  et  sont  ivres ,  dor- 
ment  et  sont  ivres  pendant  la  nuit  (I  Thess.  v,  7), 
il  met  le  trouble  partout.  Aussitot  on  vit  tons  les 
gens  de  l'Eglise  s'aimer  eux-memes  et  ne  re- 
chercber  que  leurs  propres  interets ,  non  ceux 
de  Jesus-Christ,  lis  regardent  le  sanctuaire  de 
Dieu  comme  leur  heritage,  et  souillent  le  taberna- 
cle consacre  au  nom  du  Seigneur  (Psal,  Lxxm,  7). 
Ce  n'est  pas  Dieu  qu'ils  servent  dans  son  sanctuaire, 
ce  sont  leurs  propres  volontps  et  leur  plaisir ;  ils  font 
servir  a  leur  usage  toutce  qui  est  offert  ou  consacre 
a  Dieu.  En  effet,  se  faisant  de  leurs  noms  et  de 
leur  office  en  religion,  des  noms  et  des  titres  d'a- 
varice, d'orgueil  et  de  vanile,  ils  arrachent  a  l'E- 
glise, en  depit  de  ses  cris  et  de  ses  efforts  pour  les 
retenir,  la  tunique  sans  couture  et  toute  d'une 
piece  de  la  charite,  et  le  mauteau  de  pourpre  de  la 
foi  teint  du  sang  du  Sauveur,  que  l'Epoux  avait 
jete  sur  les  epaules  de  l'Epouse  pour  couvrir  sa 
nudile;  ils  lui  ravissent  de  meme  tous  les  autres 
ornements  de  la  religion.  Et,  apres  avoir  depouille, 
sans  se  velir  eux-memes,  celle  qu'ils  auraient  du 
garder,  ils  la  laissent  toute  nue,  et  l'arrachent  au 
repos  dont  elle  jouissait,  ils  la  chassent  autant  qu'il 
leur  est  possible ,  et  la  forcent  a  fuir  loin  de  ce 
niHiide. 

6.  Mais  elle,  poussant  des  cris,  versant  des  larmes, 
bonteuse  de  lanudite  qui  expose  les  endroits  secrets 
de  sou  corps  a  tous  les  regards  et  a  toutes  les  in- 
sultes,  prie  les  enfants  de  son  sein  d'avoir  pili6 
d'elle,  mais  e'est  en  vain  :  elle  les  supplie,  mais  eux 
se  moquent  de  sa  priere.  Alors,  prenaut  dans  ses 
deux  mains  et  retenant  de  toutes  ses  forces  quelques 


malo  a  filiis  suis  drflebat  discerpi  viscera  sua.  Sed  eon- 
timio  egregii  curiae  christians;  rnililcs  praevalere  \iden- 
les  astutam  inimici  malitiain,  spiritum  resumpserunt, 
arma  fidei  corripuerunl  :  et  malum  ex  semetipsia  viri- 
literauferentes,  Alexander  cum  multis  Arium  ;  ArjgusU- 
nus  manicbaeuni ,  mullosquc  alios ,  Hierouymus 
epicuraeum  Jovinianum,  c;eterique  csteras  haeresum  ct 
schimatum  pestes  pervadentes,  vel  fortiler  (rucidaverunt, 
vel  prudenter  a  cash-is  propulerunt,  pacemque  Ecclesiae 
et  gaudium  restituerunt. 

5.  Sed  heu,  hen  !  nee  mare  fluctibus,  nee  ista  vila 
carere  potest  tentationibus;  nee  potest  esse  pax  firma  et 
solida,  nisi  in  regione  sua.  Videns  enim  peceator,  et  in- 
vide  irascitur,  dentibus  fremit  et  tabescit,  et  nova  pa- 
rens bella  ad  spiritualia  malitia?  arn.a  se  convertit.  Con- 
vocansque  sui  exercilus  egregios  illos  duces,  spiritual 
scilicet  fornicationis,  spiritum  gul»%  spiritum  avaritia?  : 
Videtis,  inquit,  quia  nihil  prolicimus,  et  jam  tolus  mun- 
dus  post  ipsos  abiit.  Sed  adhuc  experiri  habent  vires 
nostras,  qui  gloriantur  se  jam  efTugisse  vel  elusisse  ar- 
tes  meas.  ^Dixit,  et  castris  eos  Ecclesias  immittens,  et 
dormientes  omnes  et  ebrios  nocte  inveniens  (qui  enim 
dormiunt,  et  qui  ebrii  sunt,  nocte  donniunt,  et  nocte 


L'abus  de* 

dignitea 

et  des  biens 

de  l'Eglise 

est 

blame. 


ebrii  sunt)  continue  omnia  turbavit.  Mox  enim  omnes 
quae  sua  sunt  quaerentes,  non  quae  Je- 
su-Christi  ;  hasreditate  sibi  vindicaverunt  sanctuarium 
Dei,  et  polluerunt  tabernaculum  nominis  ejus  :  noa 
Deo  in  eo,  sed  v  i  et  voluptatibus  suis  servien- 

tes,  quaeque  Deo  oblata  vol  sacrati,  in  suos  usus  ver- 
tcntes.  Facientes  enim  sibi  de  nomiuibus  et  officiis  reli- 
gionis  nomina  et  auctoritates  avaritiae,  elalionis  et  vani- 
tatis,  tunicam  illam  charitatis  inconsulilem  desuper 
textam  per  totum,  purpweumqtie  illud  fidei  pallium 
pretioso  sanguine  tinctum,  quibus  nuditatem  sponsae 
Sponsus  operuei'et,  caeteraque  religionis  ornamenta,  re- 
luctanti  Ecclesiae  detraxerunt  :  cam  que  denudantes,  nee 
se  veslientes,  quam  custodire  debuerant,  nudam  reli- 
querunt,  et  de  statu  quietis  earn  evturbantes,  quantum 
in  ipsis  est,  de  mundo  fugere  compulerunt. 

6.  Sed  ilia  damans,  et  nudata  turpitudine,  et  dis- 
coopertis  natibus,  omnia  occulta  et  pudenda  sua  risui 
omnium  dellens  e.xposita,  orat  Alios  uteri  sui,  nee  mise- 
rentur  :  obsecrat,  et  irridetur.  Et  utraque  manu  totis  vi- 
ribus  panniculos  quosdam  canonical  vel  monastics  re- 
ligionis, qui  vix  manus  diripientium  effugerant,  circa 
cor  et  vitales  illas  partes  adstringens ,  hos  saltern  dimilti 


116 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


lambeauxde  laviecanonique  et  monastiqueechap- 
pos  aux  mains  rapacesde  eeui  qui  I'avaienl  depouil- 
lee,  alle  les  serre  eontre  son  coeur  el  contre  son  sein, 
en  suppliant  ses  spoliateurs  <le  lui  laisser  au moins 
ces  pauvres  haillons.  On  nel'ecoute  meme  pas.  Bien 

plus,  ces] imeSjj'allais  dire  ses propres gardiens, 

mais  plutot  ces  brigands  s'efforcent  de  la  depouil- 
ler,  afmque,  honteuse  de  sanudite,  elle  Euie  Loin  de 
ce  monde  ou  meure  parmi  eux  du  froid  de  leur 
malice.  Cependanl  il>  feignent  quelquefois  d'avoir 
pitied'elle,  ettentent  delui  venilreun  vehement  tissu 
a  la  fois  des  mains  de  la  dissimulation  et  de  l'hypo- 
crisie  ;  mais  elle  le  repousse  avec  mepris  et  male- 
diction, elle  ne  le  reeonnait  point  pour  un  \  cle- 
ment digne  d'elle.  Elle  n'en  connait  qu'un,  il  a  tie 
tissu  des  mains  de  la  sagesse,  teint  et  consacre  du 
sang  du  l'Agneau  ;  elle  l'a  recu  des  mains  monies 
de  son  epoux.mais  ses  propres  en  f  ants  le  luionten- 
leve.  Tout  autre,  elle  ne  le  connait  pas,  elle  le  re- 
pousse, elle  le  rejette.  Voila  pourquoi  elle  se  voit 
elle-meme  rejetee,  dedaignee.conspuee,  etcouverte 
d'oppiobres  par  tout  le  monde. 

7.  Voila  quels  sont  les  temps  oil  nous  vivons,  la 
perilleuse  epoque  oil  vit  maintenant  l'Eglise.  Daus 
ces  jours  au  sein  meme  de  la  paix  dont  ellejouit, 
sod  amertume  est  devenue  excessivemeut  aunire 
(Isa.  xxxvni.  17).  Ces  trois  malbeurs  passes,  il  en 
Teste  un  qualrieme,  c'est  l'ange  de  satan,  qui  doit 
se  transfigurer  en  ange  de  lumiere,  s'asseoir  dans 
le  temple  de  Dieu  et  se  montrer  aux  bommescomme 
La  dernicre  un  Dieu  (TIil'ss.  ii  7).  Deja  meme  il  fait  des  mira- 
pe"deUl" "    c'es  d'iniquite  et  ces  herauts  crient  des  maintenant 

l'Eglise      partout  dans  l'Eglise :   «  II  est  ici,   il  est   la  (Matt. 
est  celle  de  ,  .       ,   ,  ,        ,    . 

l'AnWchrM.  xiv.  15).  »  Mais,  o  epouse  du  Christ,  n  eu  crois  rten, 

ne  sors  pas  pour  le  voir.  Attends    patiemment  ton 

Epoux,  il  n'a  point  dededain  pour  toi,  luidu  moins, 


sibi  precatur,  ncc  auditur.  Et  ipsos  enim  sui  illi,  non 
custodes,  sed  latrones,  diripere  conantur  :  ut  vel  nudi- 
tatem  suam  non  ferens,  de  hoc  mundo  fugiat,  vel  inter 
eos  in  IVigore  maliliae  eornm  moriatur.  Pingentes  ta- 
men  nonnunquam  se  misereri,  vestem  de  simulatione 
virtutum  et  dissimulatione  vitiorum,  manu  hypocrisis 
utrinque  contexlam  vendere  il  11  conantur.  Quam  ilia 
deteslans  et  abominans,  non  suscipil,  non  recognoscit. 
Novit  illam  sapiential  manibua  contextam,  tinctam  et 
sacratam  agni  sanguine,  a  sponso  sibi  dereliclam,  a  li- 
liis  sublatam.  Aliam  nescit,  sed  abjicit  et  respuit.  Ideo 
abjieitur,  respuitur,  conspuitur,  et  ouinibus  opprobrio 
babetnr. 

7.  Ha:c  sunt  nostra,  baec  sunt  Ecclesije  pcriculosa 
tempora  :  in  quibus  in  pace  facia  est  amaritudo  ejus 
amarissima.  Sed  tria  va?  abierunt  :  adliuc  restal  ununi 
va?  scilicet  angelus  satana;,  in  angelum  lucis  se  transli- 
guraturus,  scssurus  in  templo  Dei,  ct  ostensurus  se 
tanquam  sit  Deus.  Qui  jam  mysleria  iniqnitutis opcialur, 
praenuntiis  ejus  jam  undique  Ecclesia:  suggillantibus  : 
Ecce  hie,  ei  ecce  itlic.  Sed.  o  sponsa  Christi,  noli  cre- 
dere, noli  e.xire  :  sed  sustinesponsum  tuum,  qui  le  non 
despicit,  nee  obhviscitur  in  tribulatione  ;  sed  quarta  vi- 


et  il  ne  t'oublie  pas  dans  la  tribulation.  A  la  qua- 
trienie  veille  de  la  unit,  il  viendra  a  tot  en  mar- 
chant  sur  les  eauz  de  lamer.  Ah!  venez, Seigneur, 
venez  pour  la  delivrer,  Seigneur  Dieu  des  vertus, 
vous  qui  vivez  el  regnez  pendant  tons  les  siecles 
des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

CINQU1EME  PARABOLE. 

La  Foi,  VEsptrance  el  la  Chariti. 

1.  Notre  noble  et  puissant  roi  a  trois  lilies  qui 
sont  la  Foi,  l'Esperance  et  la  Charite.  11  leur  a  donne 
une  ville  d'une  grande  beaute,  c'est  1'amehumaine. 
Dans  cetle  ville  se  trouvent  trois  citadelles,  la 
Rationabilite,  la  Concupiscibilite  et  l'lrascibilite ; 
chacune  de  ses  lilies  a  lasienne  :  a  la  Foi  il  a  donne 
la  premiere,  la  seconde  a  l'Esperance  et  la  troisieme 
est  le  lot  de  la  Charite.  La  Foi  commando  done 
dans  la  citadelle  de  la  Rationabilite,  attendu  que 
la  Foi  qui  s'appuie  sur  l'experience  de  la  raison  n'a 
aucun  merite.  L'Esperance  gouverne  la  Concupi- 
scibilite, attendu  que  nous  ne  saurions  desirer  les 
choses  que  nous  voyons,  mais  seulement  cellos  que 
nous  esperons.  Enfin  la  Charite  gouverne  l'lrascibi- 
lite, la  cbaleur  commande  a  la  chaleur,  en  sorte 
que  l'ardeur  de  la  nature  se  trouve  dominee  par 
celle  delavertu.  A  peine  sonl-elles  entrees  chez  elles 
qu'elles  etablissentetreglent  Ieurdemeure  chacune 
suivant  son  pouvoir.  Ainsi  pour  garder  la  sienne 
la  Foi  place  en  sentinelle  la  Prudence,  qui  doit  lui 
conserver  son  droit  dans  la  citadelle  et.  maintenir 
la  raison  sous  les  lois  et  dans  les  limites  que  la  Foi 
lui  assigne  ;  mais  pour  que  son  action  soit  bien 
l'aile,  elle  lui  adjoint  l'Obeissauce;  puis,  voulaul  don- 
ner  4  eelle-ci  le  moyen   de   perseverer  dans  son 


Lea  trois 

[fillea  du  roi 

sont 

la  foi, 

lV's|ir!  ancO 

et  la 

charite, 
elles  ont  recu 

une  ville 
ap|.elee  1'uma 

tiuuiaine, 

Oil 

se  tronvent 

trois 
citadelles 

ou 

charuno 

commande. 

V.  S.  Greg. 
M.  tome 

IIVI, 

in  Evang. 


Les  gardes 
de  la  foi. 


gilia  veniet  ad  te  ambulans  super  mare.  Et  veni  Do- 
mine,  veni  ad  libcrandum  earn  Domine  Deus  virtu- 
tum, qui  vivis  ct  reguas  per  omnia  sxcula  sseculorum. 
Amen. 

PARABOLA  V. 

De  fide,   Spe,  ct  Charitate. 

I.  Rex  nobilis  et  potens  tres  liabuit  filias,  fidem  , 
spem,  ct  charitatem.  His  delegavil  civitatem  eximiam, 
humanam  Animam.  In  qua  cum  Ires  sint  arccs,  ratio- 
nabilitas,  concnpiscibilitas,  iraseibilitas  ;  unicuique  suam 
contradidit :  Fidei  primam,  Spei  Becundam,  Charitati 
tertiam.  Rationabilitati  praeficitur  Pides,  quia  Fides  non 
habet  meritum,  cui  bumana  ratio  pnebel  experimentum. 
Concupisclbilitati  Spcs,  quia  concupiscerc  nos  non  licet 
qua;  videmus,  sed  qiiffi  speramus  :  et  spcs  qua;  videtur 
nun  est  spcs.  Irascibilitali  Charitas,  fervor  scilicet  fer- 
vori  :  ut  fervor  virtutis  fervori  natura;  dominctur,  imo 
fervor  naturalis  atlollat  se  in  fervorem  viritutis.  In- 
gi'essae  illae,  unaquaeque  pro  posse  suo  domum  suam 
ordinat  et  procurat.  Custodem  ergo  domus  suae  in  ra- 
tionabilitate  Fides  ponit  Prudentiam,  ut  suuua  jus  in  ea 


PARABOLES  ATTRIBUTES  A  SAINT  BERNARD. 


117 


ceurre  et  lui  faire  supporter  la  peine  de  la  fatigue, 
elle  lui  donne  la  Patience  pour  auxiliaire.  Enlin, 
pour  quelle  put  regir  comme  il  faut  et  gouverner 
convenublement  toute  la  domestieite  des  actes  et 
des  sentiments,  elle.  lui  donne  encore  la  vertu  de 
discretion.  Voulant  que  tout  se  passe  chez  elle  se- 
lon  le  conseil  de  t'Ap6tre,  daDs  l'ordre  et  l'honne- 
tele,  elle  ajoute  l'ordre  a  ses  gardieus.  Et  pour  que 
la  malediction  n'entre  jamais  dins  cette  derneure, 
car  on  sail  que  toute  maison  sans  discipline  est  mau- 
dite,  elle  place  un  dernier  gardien  a  la  porte,  c'est 
la  Discipline. 
Ainside  2.  Quant  a  l'Esperance,  elle  place  a  la  tete  de  sa 
lesperance.  maisori)  dms  la  Concupiseibilite,  la  Sobriete,  pour 
s'assurer  la  possession  de  ses  droits  ekez  elle  et  pour 
forcer  les  principaux  habitants  de  la  citadelle  a  la 
servir.  Pour  lui  donner  le  moyen  de  gouverner  avec 
discernement  toute  la  famille  des  volontes  et  des 
voluptes  elle  lui  adjoint  la  Discretion,  puis,  pour 
combattre  la  concupiscence  de  la  chair,  elle  lui 
donne  la  Continence,  pour  domptercelle  des  yeux, 
elle  lui  donne  la  Constance,  et  pour  hitter  contre 
l'ambition  dusiecle,  elle  lui  donne  l'Humilite.  Eutin, 
pour  fermer  la  porte  a  la  pauvrete,  se  rappelant  ce 
mot  de  Salomon,  «  beaucoup  de  paroles,  beaucoup 
de  misere  {Proc.  xiv,  23),  »  elle  contie  la  garde  de 
porte  au  Silence. 
De  m#me  3.  Pour  ce  qui  est  de  la  Charite,  elle  a  place  sa 
U  charite  denieure  du  cote  ou  souffle  l'Auster,  faisant  face 
au  Midi,  elle  la  contie  a  son  ainie  la  Piete,  lui  reniet 
tons  ses  droits  ou  lui  donne  pour  premier  serviteur 
la  proprete  du  corps,  puis  des  exercices  appropries, 
les  lectures,  les  meditations,  les  oraisons,  et  les  as- 
pirations de  1'atne;  eutin,  pour  empecher  la  misere 


sibi  conservet,  et  rationem  sub  legibus  fidei  et  intra 
terminos  a  fide  positos  cohibeat.  Ut  autem  fiducialiter 
in  domo  ageret,  addidit  et  Odedientiam.  Ut  obedien- 
tia  processuni  operis,  et  toleranliam  haberet  laboris, 
subdidit  et  patientiam.  Ut  autem  etiam  inferiorem  ac- 
tuum  vet  sensuum  familiam  regere  bene  posset  et  dis- 
pensare,  ipsam  ei  dispensationem  suil'ecit.  Ut  secundum 
Apostolum  noneste  et  secundum  ordinem  omnia  fierent, 
addidit  etiam  et  ordinem.  Ne  maledictio  intraret  do- 
mum  (Maledicta  omnis  domus  indisciplinata)  custodem 
in  porta  posuit  Disciplinam. 

2.  Spes  aulem  in  Concupiscibilitate  domui  suae  So- 
brietateai  prajfecit,  ut  jus  suum  in  ea  sibi  conservaret, 
et  principales  ejus  sibi  semper  servire  competleret.  L't 
autem  inferiorem  voluntatum  et  voluplatum  familiam 
discrete  regere  sufficerel,  ipsa  ei  subdidit  discretionem. 
Cui  etiam  contra  concupiscentiam  carnis  addidit  conti- 
nentiam  ;  contra  concupiscentiam  carnis  oculorum  cons- 
tantiam  ;  contra  ambitionem  s;eculi  humilitatem.  Et  ne 
egeslus  inlraret  domum  {ubi  enim  mu/a  verba  sunt,  sicut 
dicit  Salomon,  ibi  multa  erjeslas)  Silentium  custodem 
posuit  in  limine. 

3.  At  Charilas  suam  domum  ad  Austrum  et  meridiem 
posilam,  amies  sibi  Pietati  commisit  ;  jusque  suum 
omne  ei    tradidit,  subdens  ei  ad   obsequium  priinum 


d'entrer  dans  la  maison  et  d'y  semer  le  desordre, 
elle  contie  la  garde  de  la  porte  a  la  Paix  en  per- 
sonne,  la  Beatitude  des  enfants  de  Dieu  qui,  places 
dans  la  perfection  du  bonheur  au  septieme  degre, 
se  jouent  et  goutent  le  bonheur  daus  la  maison  de 
la  Charite.  Leurs  habitations  etant  ainsi  reglees,  ou 
mit  a  la  tete  de  la  cite  tout  entiere  line  sorte  de 
prevdt  et  d'econome  appele  le  Libre  arbitre. 

k.  Cela  fait,  les  trois  lilies  du  roi  reviennent  dans    L'eooemi 
la  maison  de  leur  pere.  Mais  alors  survient  l'ennemi      ™aPviMe 
qui,  a  la  vue  de  l'ordre  et  de  lagloire  dela  cite, est         et 
saisi  d'envie,  et  machine  des  embiiches  contre  elle.         par 
Dans  ses  desirs  d'y  penetrer  il  en  corrompt  deux  des        °ja  lr 
principaux  citoyens,  la  discretion  etla  dispensation,     dea,-ura 
et,  grace  a  eux,  il  fait  entrer  toute  sa  detestable  armee        la  foi, 
par  les  deux  porte?  du  Rationalisme  et  de  la  Concu- 
piscence. 11  charge  de  chaines  et  jette  au  fondd'un 
cachot,  le  prevot  de  la  ville,  le  Libre  arbitre,  a  qui 
la  garde  et  Tadministration  en  avaient  ete  confiees, 
car  le  pere  de  famille,  en    s'en    allant  en  voyage, 
avait   donne   a    tous    ses    serviteurs  le    pouvoir 
de  faire  chacun  ce  qui  le  concerne.  Apres  avoir 
precipitt   du  haut  des  murailles  du  Rationalisme 
ceux  qui  en  etaient  les  gardiens,  l'ennemi  fait  en- 
trer le  Blaspheme,  ennemi  jure  de  la  Foi.  Avec  lui 
se   precipitent  dans  le    donjon   les   contradictions, 
les  troubles,  les  confusions  et  mille  autres  ennemis 
du  meme  genre  qui,  se  jetant  sur  tout  ce  qu'ils  ren- 
contrent,  et,  s'appropriaut  toutce  qui  leur  convient, 
ne  laisseut   presque   rien  de  la  raison  dans  le  Ra- 
tionalisme ;  puis  apres  avoir  tue  le  portier,  je  veux 
dire  la  discipline,  ils  iaissent  a  tout  venant  laliberte 
d'entrer  et  de  sortir. 

5.  Quant  a  la  demeure  de  l'Esperancee,  la  Concu- 


mundiliam  corporis,  deinde  eongruas  exercitationes,  vi- 
delicet lectiones,  meditationes,  orationes,  et  spirituales 
affectiones.  Et  ne  ingressa  domum  miseria  conturbaret, 
beatitudinem  filiorum  De;,  qui  in  septimo  gradu  *,  id  •  ^  ,,ac^g, 
est  in  perfectione  beatitudini,  posili,  in  domo  charitatis 
ludunt  et  jucundantur  :  ipsam  pacein  custodem  in  por- 
ta constituit.  Sic  ordinatis  domibus  suis,  totuis  civitatis 
quasi  praepositum  quemdam  et  cecouomum  posuerunt 
Liberum  arbitrium. 

4.  Quo  peracto,  redeunt  in  domum  patris  puellas  re- 
gis, lnimicus  homo  superveniens,  ordinem  et  gloriam 
civitatis  videos,  etinvidens,  machinaturinsidias  :  ingredi 
cupiens,  corruptis  duobus  de  prEecipuis  civibus,  Discre- 
tione  et  Dispensalione,  univ«rs33  malitias  suaj  exercitum 
introduxit  per  portas  rationabilitatis  et  concupiscibilita- 
tis.  Praepositus  civitatis  Liberum  arbitrium,  qui  totius 
civitatis  dimissus  erat  custos  et  arbiter  (paterfamilias 
quippe  pevegre  proficiscens  dedit  servis  suis  poteslalem 
cujusque  operis)  ligatur  vinculis  ferreis,  et  in  carcerem 
mittitur.  Prscipilatis  de  arce  rationabilitatis  custodibus 
suis,  mox  contra  Fidem  Blaspliemia  inducilur.  Cum  qua 
irruenles  contradicliones,  commotiones  et  confusiones, 
caHeraque  hujusmodi  turba,  cunctaque  sibi  diripien- 
tes,  sibique  quidquid  libebat  vindicantes,  in  rationabi- 
litate  nihil    rationis  reliquerunt;  et   janitore   perempto 


118 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


I'uu  la 
denienre  de 
l'wperance. 


£.1  enfin  ia 
demenre 

de 
la  ebarite. 


Les  Giles  da 
roi 

deraandent 
do  secours  a 

leur  pere. 


piscibilite,  e'est  laLuxure  qui  s'y  pr&cipite,  die 
s'approprie  tout  ce  qu'elle  y  trouve,  elle  precipite 
du  haut  enbasl'Esperance  elle-meme,jette  la  Con- 
tinence,  la  Constance  etl'Humilite,  sousles  pieds  de 
ieiirs  ennemis,  la  Concupiscence  de  la  chair,  la  Con- 
cupiscence des  veux  et  I'Ambitiou  du  siecle,  et  les 
expose  a  leurs  insultes.  l'ui>,  apres  avoir  tue  le  bi- 
qui  gardail  la  portede  la  forteresse,  elle  ouvre 
la  porte  a  deux  baltants  a  quiconque  veut  entrer 
on  sortir.  Quant  a  la  Sobriele  et  a  ses  corapag 
ou  bien  elles  sont  niises  a  mort,  ou  bien  elles 
precipiteesau  fond  d'un  cachot,  on  enQn  envoyfes 
en  esil.  l'ui*.  montant  jusqu  an  limit  dela  citadelle, 
I'ennemi  tue  la  Paix  qui  fetait  leporlierel  legardien 
de  Ja  souveraine  beatitude,  elle  livre  un  libre  . 
a  la  Misere.  Bientot  apres,  sa  Seigneurie  l'Orgueil 
monte  ilans  la  citadelle,  car  a  l'orgueil  de  ceux  qui 
vous  haissent,  Seigneur,  monte  toujonrs  [Pml. 
iism,  23),  »  et  dune  main  impie  renverse  la  Piete 
el  condamne  a  la  mort  ou  a  I'exil  toute  la  donies- 
ticite  de  la  Foi  et  de  la  Piete.  Apres  cela,  quicon- 
que leveut,  entre  dans  le  sanctuaire  de  Dieu,  ettout 
ce  qui  s'y  trouve  de  saint,  tout  ce  qui  jusqu'alors 
n'avait  ete  accessible  et  visible  qu'aux  enfants  de 
Levi,  est  profane,  devient  la  proie  des  ennemis,  est 
emporte.  a  Babj  lone,  dont  le  roi  verse  a  boire  a  ses 
concubines  dans  les  vasts  du  temple.  Voila  comment 
la  ville  entiere  tut  prise  et  saccagee  :  sa  honte  fut 
egale  a  ce  qu'avait  ete  sa  gloire. 

6.  Tout  etant  ainsi  bouleverse,  un  messager  de 
la  malheureuse  cite  vint  tristement  trouver  celles 
qui  en  etaient  les  maitresses.  Consternees,  celles-ci 
montenta  pied  vers  leur  pere  et  implorent  son  se- 


cours.Celui-cis'en  prenant  au  Libre  arbitre,  charge 
de  la  garde  de  ces  villes,    l'accuse  de  negligence. 

0  pere,  s'ecrient  les  trois  lilies,  que  pouvait-il 
faire   sans   le  secours  de  I  Eh  bien,  dit  le 

roi,  je  iui  donnerai  I  ris  commencons  ]«ar 

envoyer  laCrainte  en  avant,  elle  la  precedera  et  Iui 

rera  lavoie.  LaCrainte  s'eloigne  done  de  la 
presence  du  Seigneur,  et  s'ap  la  cite,    le 

baton  de  la  discipline  a  la  main,  mais  elle  trouve 
Ia  porte  de  la  difliculte  fermee  avec  les  gonds  de 
fer  de  la  mauvaise  habitude.  Sur  le  seuil ,  elle 
apercoit  le  garuien  de  la  porte,  l'arrogante  et 
malbonnele  Laseivete  de  la  chair,  l'cnneiniedivla- 
ree  de  la  Crainte.  Llle  accueille  cette  derniere  par 
un  torrent  d'injures  et  de  provocations.  Mais  la 
Crainte,  du  choc  de  la  Contiance,  brise  les  gonds 
de  la  mauvaise  habitude,  et,  renversant  la  porte  de 
la  difficult*?,  elle  s'empare  du  malheureux  portier 
et  le  frappe  du  baton  de  la  discipline  qu'elle 
tenait  a  la  main,  jusqu'&ceque  mort  s'en  suive; 
puis,  hissant  aussildt  au  dessus  de  la  porte,  Tensei- 
gne  de  la  Grace  qui  arrive,  elle  repand  la  terreur 
dans  toute  la  ville.  Apres  la  Crainte  se  presente  la 
Grace  qui  eutre  dans  la  ville,  menant  a  sa  suite 
toute  la  troupe  des  verbis  celestes.  En  un  clin  d'ceil 
tous  les  eunemis  ont  disparu  et  les  vertus  repren- 
nent  le  piste  qui  leur  etait  assigne.  Alors  on  vit 
paraitre  d'abord  la  Discretion  et  la  Dispensation  qui 
reconnaissent  qu'elles  se  sont  laisse  tromper,  et 
solhciteut  leur  pardon.  Le  libre  aibitre  sort  aussi 
de  ses  fers  et  court  en  toute  hate  au  devant  de  sa 
maitresse  la  Grace,  certain  sous  son  regne  de  vivre 
en  liberte.  On  prepare  un  repas  aux  lilies  du  roi, 


Le  roi  promet 

da 

secours, 

ni3i3  il  cora- 

menre 

par  envoyer 

la 

crainte 

en  avant. 


scilicet  Disciplina,  omnibus  intrdiidi  et  cxeundi  copiam 
praebuerunt. 

5.  Porto  in  domum  Spei,  conciipiscibilitatcui  scilicet, 
ingressa,  et  omnia  sibi  vinclicans  domina  Luxuria,  totam 
earn  de  superioribus  dejectam  ad  ima  devolvit,  et  con- 
cupisccntis  carnis  continentiatn,  concupiscenlis  oculo- 
rum  constantiam,  ambilioni  saeculi  [lumilitatem  concul- 
candam  tradidit  et  illudeiidam.  Et  pereoipto  Silentio 
janitore,  omnibus  et  intrantibns  et  exeuntibus  fecit 
portam  patere.  Sobrietatem  vera  et  socias  sobrictatis 
virtutes  aut  occidit,  aut  incarecravit,  aut  in  cxsilium 
destinavit.  Exinde  ad  superiorem  civitatis  arccm  cons- 
cenditur,  et  Pace  janitore  et  cuslode  suuimie  beatitudi- 
nis  perempto,  Miseria  ingredilur.  Mox  enirn  domina 
Superbia  ascendens  in  arcem  (superbia  enim  eorum  qui 
te  odorunt,  ascendit  semper,  de  ea  impie  de- 
turbavit,  totamque  illani  Pietatis  etPacis  familiam  uiorte 
vel  exsilin  damnavit.  Jam  quicunque  vult,  sanctuarium 
Dei  ingreditur  :  qua-cunque  sancta  in  eo,  qua-cunque 
haclenus  filiis  Levi  tantum  acressibitia  erant  et  visibilia, 
jam  profanata,  jam  direpta  ab  iniuiicis,  in  Dabylonem 
transferuntur ;  et  de  vasis  templi  concubinis  regis  Ba- 
bylonii  propinatur.  Sic  capta  est  ct  confusa  tola 
civitas  ;  secundum  gloriam  ejus  facta  est  ignominia 
ejus. 

6.  Confusis  omnibus,  ad  domiuas  tristisnuntius  venit 
perdiUe  civitatis.   Conturbatee  ills  pedibus  patris  pro- 


C'est   ainsi 

qu'elle 
met  les  en- 
nemis 
en  fuile. 
La  ville  est 
reprise 


volvuntur,  auxilium  deprecautes.  Causante  illo,  et  cus- 
todis  Liberi  arbitrii  arguente  negligentiam  :  Quid,  in- 
quiunt,  o  pater,  Liberum  aibitiium  potest  sine  adjutrice 
gratia  ?  Et  ego,  inqtiit,  dabo  gratiam  :  sed  praemittendus 
esl  Timor.  Ipse  enim  prxibit  ante  illam  pararc  vias 
ejus.  Egressus  Timor  a  facie  Domini,  venit  ad  civitatem 
baculum  h.ibeus  disciplina.'  in  manu  ejus  :  invenilque 
porlarn  difficultatis  obscratam,  et  obQrmatam  vectibus 
mala-  consuetudinis.  Janitor  procax  et  improbus  carnis 
lascivia  in  portis  aderat.qui  Tiinuri  satis  inTectus,  oppro- 
briis  et  conviciis  cum  fatigabat  At  ille  facto  impetu  fi- 
ducioe,  frangens  vecles  mala?  consuetudinis,  portas 
diruens  difficultatis,  miserum  ilium  corripit,  ct  baculo 
etim  disciplina;  quern  tenebat,  usque  ad  mortem  pcrur- 
get  :  statimque  signum  advenicntis  grali;e  super  portas 
elevans,  totam  civitatem  vertit  in  timorem.  Post  quern 
gratia  ingreditur  civitatem,  secum  totum  ilium  virtutum 
coelestium  exercilnm  adducens.  Mox  para  inimica  dis- 
paruil,  virtutes  vera  ad  nota  praesidia  recurrunl.  Pro- 
cedentes  illic  ,  i   accusanlea  dis- 

crelio  el  dispensatio,  veniam  precantur  :  prodit  de  vin- 
ctilis  et  ad  occursum  dominaj  gratia  festinat  Aibitrium, 
sub  regno  gratia;  nunc  tandem  se  sperans  fore  liberum. 
Fercula  pra>parantur  fdiabus  regis  domus  suai,  ct  mensa; 
ponunltir  oongruae.  In  mensa  quippe  fidei  panis  ponitur 
doloris,  ct  aqua  angustia?,  et  cattera  pcenitentiffi  fercula. 
In  mensa  spei  panis  confortans,  et  oleum  extularans  fa- 


FORMULE  DE  CONFESSION  ATTRIBUEE  A  SAINT  BERNARD.  119 

solation.  Sur  la  table  de  la  Charite  se  trouvent  le 


dans  leur  demeure,  et  on  dresse  des  tables  pour 
cbacune  d'elles ;  sur  celle  de  la  Foi  on  voit  figurer 
le  pain  de  la  douleur,  l'eau  de  la  tristesse,  et  tous 
les  autres  mets  de  la  penitence,  Sur  celle  de  l'Es- 
perance,  on  voit  le  pain  qui  fortifle,  l'buile  qui 
rejouit  le  visage,  et  tous  les  autres  mets  de  la  eon- 


ciem,  et  caetera  consolalionis  fercula.  In  mensa  charita- 
tis  panis  vitae,  vinumque  laetilicans  ;  et  omnes  delicia? 
paradisi.  Jam  ingrediuntur  et  epulantur,  et  custodiunt 


pain  de  vie,  et  le  vin  qui  rejouit  le  cceur,  et  toutes 
les  autres  delices  du  paradis.  On  entre,  on  se  met 
a  table  et  on  place  des  gardes  a  l'entree  de  la  ville, 
«  mais  si  le  Seigneur  ne  garde  une  ville,  c'est  en 
vain  que  veille  celui  qui  la  garde  (Psal.  cxxvi,  2).» 


civitatem.  Sed  nisi  Dominus  custodiers  civitatem,  frus- 
tra  vigilat  qui  custodit   earn. 


FORMULE  DE  CONFESSION  PRIVEE 

OU  PRIERE  TRES-DEVOTE  D'UNE  AME  FERVENTE  A  DIED, 

ATTRIBUEE  AVEG  QUELQUE  RAISON  A  SAINT  BERNARD. 


1.  En  union  avec  votre  tres-amere  douleur,  6 
seigneur  Jesus,  vous  qui  avez  pris  sur  vous  la 
cause  de  ma  douleur,  et  avez  entrepris  de  satisfaire 
pour  uies  pecbes,  avec  tous  ceux  qui  souffrent,  avec 
tous  les  vrais  penitents  et  tous  ceux  qui  chercbent  la 
verite  en  vous,  je  vous  confesse  tous  mes  pecbes, 
tout  le  mal  que  j'ai  commis,  tout  le  bien  que  j'ai 
omis,  ou  que  j'ai  fait  sans  purete  d'intention,  ou 
avec  negligence,  selon  le  nombre,  le  poids  et  dans 
la  mesure  que  vous  connaissez  mieux  que  moi ; 
tous  les  jours  de  ma  vie  que  j'ai  perdus  en  vous 
offensant,  en  diminuant  votre  gloire,  en  m'eloi- 
gnant  de  vous,  qui  etes  le  souverain  bien  et  en 
entrainant  mon  prochaiti  dans  ma  cbute.  Recevez 
done,  Seigneur,  les  annees  qui  me  restent  de  ma 
r.  le  sermon  miserable  vie  ;  et  pour  celles  que  j'ai  perdues  en 
ix  sur      vivant  mal  et  pendant  lesquelles  j'ai  vecu  en  me 

le  Cantique  ,  ,,  .   .  .   l  J 

des  cantitjues  perdant,  ne  dedaignez  point,  o  mon  Dieu,  un  cceur 


contrit  et  humble.  Mes  j  ours  penchent  vers  leur 
couchant,  ils  se  sont  ecoules  sans  fruit.  Impossible  k 
moi  de  les  rappeler  en  arriere ;  mais  daignez  trou- 
ver  bon  que  je  les  repasse  en  esprit  dans  l'amer- 
tume  de  mon  ame.  Seigneur,  l'abime  de  ma  pro- 
fonde  misere  appelle  l'abime  de  votre  profonde 
misericorde.  Ne  renfermez  point  dans  les  bornes  de 
votre  courroux,  vos  misericordes,  et  ne  permettez 
pas  que  pour  moi  la  source  en  soit  tarie ,  a  cause 
de  mes  pecbes,  6  vous  qui  avez  pitie  de  tous  les 
homines,  qui  n'avez  pas  de  baine  pour  aucune  des 
creatures  de  vos  mains,  et  qui  faites  comme  si 
vous  ne  voyiez  point  leurs  peches  des  qu'elles  se 
repentent.  C'est  a  vous,  Seigneur,  de  nous  remettre 
nos  pecbes ;  ayez  pitie  de  moi  pendant  que  dure 
le  temps  de  la  grace  et  de  la  misericorde.  Et, 
puisqu'il  est  temps  encore  pour  moi  de  faire 
penitence,  faites-moi  la  grace  de  meriter  la  gloire 


CONFESSIONS  PRIVATE  FORMULA. 


1.  In  unione  acerbissimi  doloris  tui,  qui  causam  do- 
loris mei  assumpsisli,  et  emerulationem  pro  peccalis 
meis  suscepisti,  Domine  Jesu-Christe,  cum  universitate 
dolentium,  vere  pcenitentium,  et  te  in  verilale  quEeren- 
tium,  confiteor  tibi  omnia  peccata  mea,  mala  commissa, 
et  bona  omissa,  vel  non  pure  aut  negligenler  facta,  sicut 
tu  ea  melius  nosti  in  numero,  pondere  et  mensura  :  et 
dies  perditos  vitae  mese,  in  quibus  te  offendi,  et  laudem 
tuam  minui,  et  a  te  summo  bono  cecidi,  et  proximum 
in  casum  traxi.  Suscipe  erj;a,  Uomine,  de  mea  misera 
vita  residuum  annorum  meorum  :  pro  his  vera  quos 
male  vivendo  perdidi,  quibus  perdite  vixi,  cor  contritum 
et  humiliatum,  Deus,  ne  despicias.  Dies  mei  declinave- 


runt,  et  perierunt  sine  fructu.  Impossible  est  ut  eos 
revneem  :  sed  placeat  tibi,  ut  recogitem  illos  in  amarl- 
tudine  animae  meee.  Domine,  abyssus  profundissima 
miserias  meas  abyssum  invocat  altissima?  misericordiaa 
tuaa.  Ne  conlineas  in  ira  miserationes  tuas,  et  fontem 
inexhaustum  misericordias  tuas  circa  me  exsiccari  ne 
permittas  propter  peccata  mea,  qui  misereris  omnium, 
et  nihil  odisti  eorum  quas  fecisti,  dissimulans  peccata 
homiuum  propter  pcenitentiam.  Tuum  est,  Domine, 
remittere  peccata  :  miserere  mei,  dum  tempus  est 
gratia;  ct  miserationis  :  el  dum  tempus  est  emendationis, 
da  mereri  gloriam  benedictionis,  ne  in  die  consumma- 
tionis  me  feriat  verbum  maledictionis. 


120 


OEUVRES  DE  SAINT  BEH.NAIU). 


de  la  b6n6diction,  et  de  ne  point  menior   d'enten-  dans  l'Eglise   pour  le  salut  de  vos  fideles  serviteur 

dre  une  parole  de  malediction  me  frapper  au  jour  el  dans  lequel  vous  6tes  vous-meme  le  sacrifice  et 

oil  toul  sera  consomme,  le  sacriflcateur,  celui  qui  offre,  et  la  victime  offerte, 

•2.  Seigneur,  faites-moi,  je  vous  en  prie,  renon-  que  tout  eela  me  serve   a  me  meriter,  dans  la  vie 

cer  a speches  d'habitude,  el  faire  ce  qui  tous  presente,  la  grace  que  jenemferite  point,  et,  dans  la 

plait.    Donnez-moi   de    deployer  desormais,  pour  vie  future,  le  repos  el  la  gloire  que    voire  mort  si 

accomplir  votre  sainte  volonte,  le  zele  quej'aimis  amere  a  m6rites  pour   moi.  Seigneur  Jesus,  votre 

jusqu'a  ce  jour  a  vous  offenser.   Que  votre  grace  mil  a  vu  mes  imperfections ;    mais   vous  qui   fetes 

surabonde  la  oil  le  pecbe  a  abonde.   le   vous  prie  bon,  misericordieux,  et  secourable  pour  le  pecheur, 

par  vous-meme  el    au  nom  tie   l'amour  de  voire  ne  me  condamnez  point  a  un  sxijiplice  eternel,  vous 


tres-pieuse  mere,  la  vierge  Marie,  el  par  ['inter- 
cession 'le  tous  les  Saints  et  de  Ions  Irs  elus,  de 
me  pardonner  mes  pecbes,  mes  negligent  es,  1 1  mes 
ignorances,  de  ue  pas   me  perdre  avec   loutes  mes 


qui  avez  preordonne  toul  pour  le  souvnraiu  bien 
el  pour  le  bien  parfait  avec  une  bonte,  une  per- 
fection et  une  sagesse  infinies,  ne  permeltez  point 
que  je  sots  raye   do   livre  de  vie,  donnez-moi 


iniquites  et  de  ne  point  garder  jusqu'a  la  fin  dans  pluidt  la  part   d'heritage  qui  me  revient,  grace  au 

voire  colere  le  mal  que  j'ai   fail.    Happelez-vous,  bienfait  de  voire   precieuse   passion,    par  laquelle 

iur,  qu'il   ne  vous   convient  pas  de  perdre  vous  avez  voulu  avoir  l'bomme  pour  coherilier  dans 

aucun  ilc  ceux  que  votre   pere  vous  a  donnes,  et  la  terre  des  vivants. 

que,  tout  au  coutraire,  c'esl  a  vous  de  vous  mon-        &.  Seigneur,  que  la  consideration  de  la  fragility 

trer  toujours  plein  de  misericorde,   de  nous  epar-  humaine  louche  votre  cceur  et  I'incline  a  la  mise- 

gner  el  de  sauver  toul  le  monde,  bien  loin  de  perdre  ricorde,  vous  counaissez  la  substance  de  I'homme, 

personne.    Car  voire   pere    vous  a  envoye   dans  le  et  vous  savez  que    ce   n'est  pas  en   vain    que  vous 

monde   nun  pour  jugcr  le  monde,  mais  pour  que  l'avez  elabli  sur  la  terre.  Je  suis  l'ceuvre  de  voire 

nons   eussions   la   vie   par  vous,  pour  que   vous  bonte,  conservez-moi.  Si  vous  ne  voulez  point  avoir 

fussiez  noire   propitiation,   et  notre   avocat  conlre  travaille  en  vain  a  me  faire,   et  que  voire  sang 

nous-memes.  Aussi,  avez-vous  acquitle  la  delle  que  immacule  n'ait   coule   en  pure  perte   pour  moi. 

nous  avious  faite,    supplee   ce    que   nous    avions  6  vous  qui  rendez  pur  un   pecheur,   apres  m'avoir 

neglige  de  faire.  purine  de  la  souillure  de  mes  pecues  et  avoir  re- 

3.  Que  voire   satisfaction  abondante    ou   phitot  pandu   voire   lumiere   sur   la   face    de   mon  ame, 

surabondante  me  serve  done,  Seigneur, dans  l'extre-  failes-moi   la    grace  de  vous  connaitre  et,   vous 

mite  oil  je  me  vois  reduit ;  que  votre   mort  amere,  connaissant,detendre  sans  cesse  vers  vous,  alio  que 

lepix   inestimable  de  votre   sang,  la  memoire  de  j'aie  le  bonheur  d'arriver  enlina  vous,  Jesus-Christ, 

votre  satisfaction,  le    venerable   mystere  de  votre  mon  Dieu  et  mon  Seigneur,  qui  vivez  avec  le  Pere 

corps  et  de  votre  sang  qui  est  olTert  tous  les  jours  et  le  Saint-Esprit,  etc. 


2.  Fac  mc,  qnaeso,  Domine,  assueta  mala  relinquere, 
et  qua?  tibi  placent  pcragere ;  et  sludium,  quod  hue 
usque  in  peccalis  exercui,  le  adjuvante,  deinccps  in  tua 
volunlate  da  ut  exerceam  :  ul  ubi  abundavit  deliclum, 
tua  gratia  reabundet.  Rogo  te  propler  temet  ipsum,  et 
per  amorem  piissimse  malris  tua;  gloriosae  Virginia 
Maria-,  et  per  interceesionem  omnium  sanctorum  tuo- 
rum,  atque  electarum  tuarum,  ignopce omnibus peccatis, 
negligcnliis  et  ignnraotiis  meis,  et  ne  perdas  me  cum 
omnibus  iniquitalibus  meis,  nequc  in  flnem  iratus  re- 
serves mala  mea.  Recordare,  Dumine  Jesu,  quia  tuum 
non  est  perdere  quidquam  corum  qua1  Pater  tuus  dedit 
tibi;  quin  tibi  proprium  esl  misereri  semper  el  parcere, 
neminem  perdere,  sed  salvare.  Nam  Pater  tuus  misit  te 
in  mundum,  nun  ul  judices  mundum,  sed  ul  vitam 
haheamus  per  te ;  ut  sis  propitialio  noslra,  et  advocatus 
nosier,  non  contra  nos.  Quod  euim  nos  debuimus,  tu 
solvisli;  quod  nos  peccavimus,  tu  luisti;  quod  nos 
negleximus,  tu  supples ti. 

3.  Proliciat  ergo  nunc,  Domine,  et  in  extremis  meis, 
pleoaria,  imo  superflua  rtatisfactio,  amarissima  mors  tua, 
el  prelium  i  le fusi  singuinistui,  commemoratio 
satisfiictionis  tua?,  venerabile  mystciium  corporis  et 
sanguinis  lui,  quod  tibi  quotidie  offertur  in  ecclesia  pro 
salute  fidelium  servorum  tuorum   ;   in  quo  es    tu  ipse 


sacerdos  et  sacrjficium  ;  Hie  qui  olTert  pariter  et  cui 
offertur,  et  lioc  ipsum  quod  offertur ;  ad  promerendam 
in  prssenti  graliam,  quam  non  mereor;  ad  otinendam 
in  Futurum  requiem  el  gloriam,  quam  tua  amarissima 
mors  impelravit.  Imperrectum  meum,  Domine  Jesu, 
oculi  lui  viderunt  :  sed  tu  pie,  misericora  et  prastabilis 
super  malitia,  ne  qnaeso  imputes  mi  hi  ad  a>ternum 
supplicium,  qui  omnia  ad  summum  et  perfeclum  bonum 
oplime,  et  perfectissime,  et  sapientissime  praeordinasti, 
et  ne  permittas  me  deleri  de  libra  vitaa;  sed  oiler  mihi 
portionem,  quae  me  contingil,  in  subsidium  tuae  videli- 
cet prctiosie  passionis,  pro  qua  voluisti  hominem  habere 
tibi  cohaeredem  in  terra  viventium. 

4.  Te  igilur,  Domine,  movcat  et  inclinct  ad  miseri- 
cordiam  humana;  fragilitatis  consideratio,  qui  nosti  quae 
sit  hominis  substantia,  el  quod  non  vane  constituent 
hominem  super  terram  :  et  conserva  me  opus  tua>  pie- 
tafls,  ne  incassum  circa  ipsum  laboraveris,  neve  infruc- 
tuosa  sit  in  me  immaculati  cruoris  tui  effusio.  Tu  qui  es 
purificationem  faciens  peccatorum,  prsesla,  utemundalis 
per  te  peccatorum  sordibus,  illustrataque  mentis  facie 
its  te,  teque  agnoscens  in  directione  jugiter  ad 
te  tendam,  ut  felici  tandem exitu  ad  te  merearpervcuire, 
Jcsu-Christe  Deus  mens  et  Dominus  meus,  qui  cum 
Patre  el  Spiritu-Sancto  vivis,  etc. 


OFFICE  DE  SAINT  VICTOR 

CONFESSEUR 

COMPOSE  PAR  SAINT  BERNARD,  A  LA  DEMANDE  DE  GUY,  ABBE  DE  MONTIER-RAMET. 


Antiennes  des  I"3    Vtpres. 


1.  Ame  victorieuse  qui,  semblable  a  l'oiseau  dans 


la  fete 

de   saint 

Victor. 


V  la  lettre 

CCCXCVIII. 

et  ks   deux  SOn  vol,  avez  eckappeaux  lilets  des  chasseurs,  failes 
sermon   pour  , 

que  par  votre  protection  nous  y  echappums  aussi. 

2.  6  ,-oldat  emerite  qui  etes  entre  apres  le  combat 
dans  le  repus  que  vous  avez  nierite,  jetez  uti  regard 
sur  nous  qui  celebrons  vos  louanges  au  milieu  des 
glaives  des  ennemis. 

3.  6  Jesus  vainqueur,  vous  qui  avez  vaincu  dans 
notre  Victor,  faites  qu'au  sein  de  la  gloire  dont  il 
jouit  en  nous,  il  ne  nous  oublie  point. 


Capitule. 

Saint  Victor  a  ete  aime  de  Dieu  et  des  hotnmes, 
sa  metnoire  est  en  benediction,  le  Seigneur  lui  a 
donne  une  gloire  egale  a  celle  des  Saints  (Eccli, 
xlv,  1). 

r.  0  vrai  Victor,  vous  qui  depuis  que  vous  vivez, 
c'est-a-dire  depuis  le  sein  ineme  de  votre  mere, 
jusqu'au  tonibeau,  n'avez  cesse  de  vaincre,  et  de 
meriter  de  nouveaux  triomphes  ,  obtenez-nous 
d'etre  armes  de  vos  armes  couime  nous  nous  sen- 
tons  animes  par  vos  victoires. 


y.  Obtenez-nous  de  pouvoir  resister  au  mauvais 
jour  de  la  tentation.  et  demeurer  ferines  et  irre- 
procbables  en  tout  (Epk.  vi,  13 ). 

Hymne  ». 

La  vie  de  saint  Victor,  reraplie  de  merveilles,  nous 
offre  sur  la  terre  un  hoinme  qui  n'a  rien  de  la 
terre,  cornme  un  nioJele  a  imiler  descendu  du 
ciel. 

C'est  le  Christ,  non  pas  lui,  qui  a  vecu  en  lui ;  cet 
homme  celeste  a  ete  un  miroir  de  vie  pour  les 
morts  de  ce  motlde,  et  demande  des  imitateurs. 

C'est  en  professant  une  vie  des  plus  saintes  que 
Victor  s'est  fait  modele  de  saintete,  il  a  conserve 
enlier  et  sins  corruption  tout  l'eclatde  l'honnetete. 

Aussi  lui  a-l-il  ete  donne  de  jouir  souvent  de  la 
vision  de  Dial,  il  a  vu  les  cieux  s'ouvrir  a  ses 
yeux  ;  la  vue  du  ciel  exige  un  regard  pur. 

Gloire  a  la  souveraine  Trinite  qui  est  Dieu,  la 
gloire  des  personnes  divines  est  une  et  triple,  elle 
est  tout  entiere  pour  chacune  et  indivise  entre  les 

a-  —  Se  rappeler  les  paroles  de  saint  Bernard  daos  sa  lettre 
cccicvhi,  n.  3,  ou  il  dit  que  dans  les  liymms  de  cet  office,  il  a 
sacrifie  la  mesure  an  sens. 


OFFICIUM  DE  S.  VJCTORE  CONFESSORE. 


Antiphonce  super  Psalmos. 

Victrix  anima,  qua?  sicut  passer  transvolans,  laqueos 
venantium  evasisti;  da  ut  tuo  ab  his  patrocinio 
eruamur. 

0  miles  emerite,  qui  debitam  post  certamen  requiem 
accepisti,  rcspice  in  nos,  qui  et  inter  hostiles  gladios 
tuis  laudibus  occupamur. 

0  Victor  Jesu,  quern  in  nostra  Victore  vicisse  co- 
gnoscimus,  da  ei  sic  sibi  in  te,gloriari,  ut  non  subeat 
oblivio  nostri. 

Capitulum. 

Dilectus  a  Deo  et  hominibus  sanctus  Victor,  cujns 
memoria  in  benedictione  est,  similem  ilium  fecit  in  glo- 
ria sanctorum. 

$.  Prolixum.  0  vere  Victor,  qui  ex  quo  vi.xisti,  vicisti 
ab  utero  usque    ad    tumulum ,    continuos   promerendo 


triumphos  :    Da   nobis  ut  sicut  tuis  animamur  Victoriis, 
muniamur  ct  arm  is. 

y.  Ut  possimus  resistere  in  die  malo  et  in  omaibus 
perfecti  stare.  Da  nobis. 

Hymnus. 

Vita  Victoris  meritis  prseclara,  hominera  terris,  qui 
non  sit  de  terra,  velut  e  ccelo  datum  reprssentat  ad 
imitandum. 

Cbristua  in  illo  vixit,  et  non  ipse,  speculum  vita? 
mortuis  de  mundo,  homo  cnelestis  prsbuit  scipsum, 
similes  quKrcns. 

Aliquid  quoque  sanctius  profcssus,  exstitit  Victor 
forma  sanctitatis,  integrum  servans  atque  incorruptum 
decns  honcsti. 

Unde  et  vidit  visiones  Dei,  vidit  et  ccelos  ape- 
riri  sibi.  Nempe  pudicos  visio  coelestis  queerit  as- 
pectus. 


122 


QEUVRES  DE  SAINT  RERNARD. 


mouvements  de  sa  chair  et  menait  dans  son  corps 
la  vie  <ic?  anges,  entendit  dans  sa  chair  niortellc  les 
douces  voix  des  anges. 

Voila  comment  il  fallait  que  celui  qui  avait  ete 
design^  pour  etre  an  vase  d'honneur,  vecut  dans 
la  s.untete  :  sa  saintete  avait  commence  des  le  ven- 
tre de  sa  mere. 

En  effet,  les  demons,  en  voyant  sa  mere  grosse 
de  lui,  ne  peuvent  supporter  sou  approche  ;  ils 
s'enfuient  epouvantes,  ils  lui  donuent  son  vrai 
uom,  et  le  proclament  saint,  des  le  sein  de  sa 
mere. 

Cependant,  bien  que  des  l'enfance  il  en  fut 
ainsi  pour  lui,  il  n'en  ruene  pas  une  vie  plus  exem- 
te  de  crainte  pour  cela,  il  aspire  a  la  gloire,  et  il 
s'en  amasse  un  tresor  que  grossissent  sans  cesse  de 
nombreux  interets. 

Gloire  a  la  souveraine  Trinite. 

Antiennes  du  premier   nocturne. 

1.  Heureux  l'homme  qui  a  aime  la  loi  et  qui  n'a 
point  aspire  aux  honneurs. 

2.  II  a  servi  le  Seigneur  dans  la  crainte,  etmain- 
tenant  e'est  sans  crainte  qu'il  triomphe  en  lui. 

3.  Seigneur,  il  a  marche  a  la  lumiere  de  votre 
face,  et  maintenant  cette  lumiere  a  imprime  son 
cachet  sur  sa  face. 

U-  Seigneur,  Victor  a  bu  vos  paroles  par  les 
oreilles  et  par  le  cceur,  et,  par  elles,  il  a  vaincu. 

5 .  La  louange  qui  s'exhalait  des  levres  de  Victor 
etait  parfaite,  parce  que  la  paix  qui  regnait  dans 
son  coeur  etait  continuelle. 

6.  11  avait  mis  sa  confiance  dans  le  Seigneur, 
C'etait  justice  que  cet  homme  qui  reprimait  les     aussi,  est-ce  en  vain  que  ceux  qui   decochent   en 


trois,  car  les  trois  personnes  ne  font  qu'une  seule 
et  meme  chose. 

Antienne  de  Magnificat. 

0  Victor,  la  force  de  votre  Seigneur  est  grande 
et  sa  bonte  ne  I'est  pas  moins.  Puisse-t-il  par  vous 
se  montrer  aussi  propice  pour  notre  salut,  qu'il 
s'est  montre  magnifiq>ie  dans  la  force  qu'il  vous  a 
donnee  !  0  Victor,  louez  le  Seigneur  qui  a  fait  de 
grandes  choses  |iour  vous,  qui  vous  a  fait  grand, 
atin  que  vous  lissiez  des  merveilles  qui  vous  ren- 
disse.nl  merveilleux.  11  vous  a  donne  l'occasion  de 
combattre  pour  vous  donner  le  moyen  de  vaincre 
et  pour  vous  couronner  apres  la  victoire. 

Collecte. 

Seigneur,  exaucez,  s'il  vous  plait,  les  prieres  que 
nous  vous  adressons  en  vous  suppliant,  et  faites 
a  ceux  qui  se  felicitent  de  posseder  au  milieu  deux 
le  corps  de  saint  Victor,  la  grace  d'etre  proteges  de 
tous  cotes  par  son  intercession,  par  Jesus  notre 
Seigneur,  etc. 

A  MATINES. 

Invitatoire . 

Confiance,  Victor  a  vaincu  le  monde  : 
Rejouisssons-nous  dans  la  victoire  pour  vaincre 
a  notre  tour. 

Hymne. 


Gloria  summje  Trinitati  Deo,  gloria  trina  una  per- 
sonarum,  tola  cujusque  non  divisa  trium,  tres  enim 
unum. 

Ad  Magnif.  Antiphona.  Magna  est  virtus  Domini  tui 
Victor,  nee  minor  pietas  :  et  utinam  per  te  nobis  lam 
sit  propitius  ad  salutem,  quam  tibi  magnificus  exstitit  ad 
virtutem  !  Magnifies  Victor  Dominum,  qui  magna  fecit 
tibi,  magnum  te  faciens,  ut  faceres  mirabilia,  in  quibus 
mirabilis  lieres  :  dedit  certare,  ut  vincere  daret,  et  Yic- 
torem  coronaret. 

Collecta.  Exaudi  Domine  quaesumus  tibi  supplican- 
tium  preccs  :  ut  quos  corporali  beati  conTessoris  tui 
Victoris  fecisti  praescntia  gloriari,  concedns  ejusbeuigna 
intercessione  undique  prasmuiiiri.  Per  Dominum 
Jesum,  etc. 

Ad  Maiutinum. 

Invitat.  Confidite,  Victor  vicit  mundum  :  Gaudeamus 
in  ejus  victoria,  ut  vincamus. 

Hymnus. 

Merito  dulces  angelorum  voces  corpore  gravi  anriic- 
bat  homo,  Carneos  luxus  pcrimens,  in  carne  angelum 
\ivens. 


Sic  oportebat  ut  jam  designatum  Vas  in  honorem 
sanctius  maneret,  Sanctitas  cujus  dedicata  fuit  Matris 
in  alvo. 

Denique  came  gravidam  cernentesMatremnon  ferunt, 
fugitant  paventes,  indicant  nomen,  confitentur  sanctum 
Utero  clausum. 

Neque  tenello  huic  tarn  mature  Vita  secura,  glo- 
riaj  invidit,  Et  quidem  magis  cumulavit  earn  Foenore 
multo. 

Gloria  summas  Trinitati. 

In  prima  Nocturno  antiphona;. 
Bealus   vir,   qui  legem  dilexit,  in  catbedram  non  af- 
fectavit. 

Servivit  Domino  in  timore,  et  jam  sine  tremore  ex- 
sultat  ci. 

Domine  in  lumine  vultus  lui  ambulavit,  et  nunc  sig- 
natum  est  super  eum. 

Verba  tua,  Domine,  Victor  auribus  et  corde  percepit 
ac  per  ea  vicit. 

In  ere  Victoris  perfecta  laus,  quia  in  corde  ejus  per- 
petua  pax. 

Cot.tidenti  in  Domino  frustra  insidiati  sunt,  qui  sagit- 
tant  in  obscuro  rectos  corde. 


OFFICE  DE  SAINT  VICTOR. 


123 


secret  leur  fleche  contre  les  hommes  aucoeur  droit, 
lui  ont  tendu  des  embuches. 

I  Lecon. 

La  vie  et  la  gloire  de  Victor,  etc.  Comrne 
plus  hunt,  parmi  les  sermons  pour  les  saints,  au  26 
fevrier. 

^.  0  hommc  d'une  saintele  remnrquable  !  il  a 
ete  saint  avant  meme  d'etre  ne,  et  Victor  de  fait, 
avant  de  l'etre  de  nom ;  il  etait  encore  dans  le 
ventre  de  sa  mere,  et  deja  il  etait  victorieux  de 
l'ennemi. 

y.  Seigneur,  vous  l'avez  prevenu  de  benedictions 
(Psal.  xx,  U),  en  sorte  que,  etc. 

II  Lecon. 

Ayons,  mes  tres-cbers  freres,  dans  la  vie  de 
saint  Victor,  etc.,  comme  ilest  dit  plus  haul,  a  I'en- 
droit  cite. 


IV.  Lecon. 


Si  done,  mes  tres-reverends  freres,  je  con- 
sidere  avec  soin,  etc.  Voir  la  suite  a  I'endroil  in- 
diqui. 

$.  0  bon  Jesus,  e'est  votre  force,  e'est  voire  vic- 
toire,  qu'im  tout  petit  agneau  ait  mis  en  fuile  uiie 
troupe  de  loups. 

y.  Avant  que  l'enfant  silt  nommer  son  pere  et 
sa  mere. 

Des  loups,  etc. 

Anliennes  du  second  nocturne, 

1.  Le  malin  a  ete  reduit  a  neanten  sa  presence, 
pour  que  son  nom  fut  une  verite. 

2.  Seigneur,  Victor  se  rejouira  dans  votre  force, 
car  il  sait  que  ce  n'est  pas  par  sa  iorce  a  lui  qu'il 
a  remporte  la  victoire. 

3.  Ce  n'est  pas  en  vain  qu'il  a  recu  son  ame,  lui 


itj.  0  merveille  aussi  douce  qu'inouie  !    Le  lion    qvu  s-est  servi  de  la  raison  pour  gouverner  sa  vie  ; 


rugissant  fuit  a  I'aspect  d'un  petit  enfant  qui  ne 
pent  pas  meme  encore  vagir. 

y.  Comme  la  cire  fond  au  feu,  que  les  pecheurs 
perissent  ainsi,  devant  la  face,  etc.  (Psal.  i.xvu,  2). 

Ill  Lecon. 

Mangeons,  mes  chers  amis,  nous  sommes  convies 
a  la  table  d'un  ricne,  etc.  Comme  plus  haul,  a  I'en- 
droit  cite. 

$j.  0  heureuse  mere  !  Son  sein  a  senti  quelque 
cbose  de  nouveau  que  n'avait  jamais  eprouve  le 
sein  d'une  mere  depnis  les  jours  de  Jean-Bapliste, 
il  n'en  a  pas  ete  trouve  de  pareil  a  lui. 

y.  Depuis  les  jours,  etc. 


et  e'est  pour  cela  qu'il  est  mont6  sur  la  moutagne 
du  Seigneur. 

h.  Seigneur,  vous  avez  arrache  l'ame  de  votre 
saint  a  la  crainte  de  l'ennemi.  11  a  remporte  la 
victoire,  et  maintenant  il  n'a  plus  de  combat  a 
livrer. 

5.  A  vous  les  hymnes  de  gloire,  a  vous  les  lou- 
anges,  car  e'est  votre  ffluvre  si  noire  Victor, 
degage  des  liens  du  corps  a  delie  un  bomme  de 
ses  liens. 

C.  11  est  bon  de  rendre  gloire  au  Seigneur ;  les 
recompenses  des  saints  sont  ses  merites,  et  saint 
Victor  confesse  que  e'est  a  lui  qu'il  doit  d'etre  saint 
et  victorieux. 


Lectio  I. 

Victoris  vita  et  gloria,  etc.  Vide  supra  inter  Serm. 
de  SS.  ad  diem  26    Febr. 

i).  0  virum  praeciptiae  sanctitatis,  qui  ante  sanctus 
quam  natus,  ante  Victor  opere,  quam  nomine  fuit, 
ita  ut  clausus  in  utero,  jam  de  liostc  triumpharet. 

y.  Domine  praeveniati  eum  in  benedictionibus  dulce- 
dinis.  Ita  ut,  etc. 

Lectio  II. 

Habeamus  dilectissimi  in  vita  Victoris,  etc.  Vide  su- 
pra loco  cit. 

^.  0  jucundum  et  inusitattim  miraculum  !  Leo  ru- 
giens  fugit  a  facia  parvuli,  necdnm  vagientis. 

y.  Sicut  fluit  cera  a  facie  ignis;  sic  pareant  peccato- 
res.  A  facie,  etc. 

Lectio  III. 

Epulemur  dilectissimi,  vocati  ad  mensam  divitis,  etc. 
Vide  supra  loco  cit. 

^.0  felix  mater,  cujus  uterus  sensit  novitatem , 
nulli  matrum  compertam  a  diebus  Joannis  Bap- 
tistas. 

y.  Non  eet  inventus  similis  illi.  A  diebus,  etc. 


Lectio  IV. 

Si  diligenter  itaque,  fratres  reverendissimi,  conside- 
ro,  etc.  Vide  supra  loco  cit. 

Bj.  0  Jesu  bone,  tua  est  virtus  tua  victoria,  quod 
agniculus  unus  luporum  multitudinem  exturbavit. 

y.  Antequam  sciret  puer  vocare  patrem  aut  matrem. 
Luporum,  etc. 

In  secundo  Nocturno  antiphonee. 

Ad  nihilum  deductus  est  in  conspectu  ejus  malignus, 
ut  sui  nominis  servaret  veri'atem. 

Domine  in  virtule  tua  hBtabilur  Victor,  sciens  non 
in  sua  virtule  fecisse  vicloriam. 

Non  accepit  in  vano  animam  suam,  qui  de  ra- 
tione  rcxit  vitam  suam,  et  ideo  ascendit  in  montem 
Domini. 

A  timore  inimici  eripuisti  Domine  animam  sancli,  cui 
peracta  victoria  non  reslat  pugna. 

To  decet  hymnus,  te  decel  laus,  cujus  opus  fuit, 
ut  carne  solutus  Victor  noster  hominem  solveret  ca- 
tenalum. 

Bonum  est  confiteri  Domino,  cujus  munera  sanctorum 
merita,  cui  sanctus  Victor,  et  quod  sanctus  est,  et  quod 
victor  est,  debere  se  confitetur. 


124 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


V  Lecon. 


Rejouissez-vous  dans  lo  Seigneur,  mes  tri-s- 
chers,  vous  qui,  etc.,  comme  il  est  indigrui  plus 
ha\it 

ii.  Un  jour  que  le  roi  des  Francois  passait  non 
loin  tie  l'endroit  oil  habitail  un  ermite,  il  fat 
6merveille  de  ce  qu'on  lui  rapports  de  cet 
homme. 

> .  Que  de  grandes  ehoses  nous  avons  connues  et 
entendues,  et  que  nos  peres  nous  out  racontees 
(Psul.  i.xxvu,  3). 

Sur  ces  ehoses,  etc. 

,VI  Lecon. 

Le  soldat  emcrite  s'arrele,  et,  apres  ses  fatigues, 
etc.,  voir  plus  liaul  a  l'endroit  cite. 

r,.  Deja  l'indiscrete  renonunee  avait  train  le 
secret  de  ee  tresor,  et  ce  qu'elle  publiait  ne  put 
echapper  au  roi  qui  passait  par  la,  et  il  se  de- 
tourna  done  de  la  route  pour  s'approcher  de  la 
hulle  du  pauvre,  sur  le  bru.t  de  sa  saintete. 

y .  Pour  coutempler  les  auvres  du  Seigneur  et 
ses  merveilles  au  desert. 

Excite,  etc. 

VII  Lecon. 

Mes  freres,  l'eteudue  du  ciel  dilate  les  cceurs 
bien  loin  de  les  resserrer,  etc.,  voir  a  l'endroit  in- 
diguc  plus  Iviut. 

R,.  Le  roi  entra  dans  la  hutte  du  pauvre;  son 
bote  inquiet  de  n'avoir  pas  de  vin  a  lui  olirir,  va 
puiser  de  l'eau  a  la  spurce  voisine,  la  benit  et  la 


change  en  vin  :  le  roi  en  but  ainsi  que  toute  sa 
suite. 

y.  Tons  furent  dans  l'adtniration  et  dans  l'extase, 
en  voyunt  ce  qui  etait  arrive. 

11  but,  etc. 

VIII  Lecon. 

Petit  pour  le  combat, grand  dejkpourlavictoire, 
etc.  Comme  il  est  Hi  plus  haul. 

ft.  Quel  nouveau  genre  de  puissance!  L'eau  des 
urnes  rougit ,  et  quand  on  la  fait  couler,  elle  a 
change  de  nature. 

V .  C'est  la  droite  du  Seigneur  qui  a  opere  cette 
merveille. 

Le  vin,  etc. 

Anlienne  du  III  nocturne. 

Combien  il  est  pieux,  doux  et  suave,  6  Victor,  de 
chanter  votre  gloire,de  vous  honorer  d'un  culte 
particulier  ,  et  de  vous  adresser  des  voeux , 
dans  ces  lieux  d'afflietions  et  dans  ce  corps  de 
rnort ! 

Sj.  Un  homme  ne  craignit  point  de  maltrai- 
ter  le  sunt,  de  lui  derober  son  ble,  qu'il  alia  cacher 
dans  la  terre  ;  mais  le  nialheureux  est  livre  au  rua- 
lin  esjuit. 

y.  Maudit  est  celui  qui  cache  son  ble  dans  le 
peuple.  II  est  livre. 

Bj.  Miracle  aussi  triste  que  juste,  que  celui  qui 
avait  cede  aux  suggestions  du  diable  fut  puui  de 
sa  faute  par  le  diable. 

y.  Vous  etes  juste,  Seigneur,  et  votre  jugement 
est  la  justice  mime. 


Lectio  V. 

Gaudete  in  Domino  dilectissimi,  qui,  etc.  Vide  supra 
loco  eit. 

r].  Dum  transiret  rex  Francorum,  ct  veniret  secus 
ubi  habilab.it  ereraila,  admiratus  est  super  bis  quee  di- 
cebnntur  de  viro  hoc. 

y.  Quanta  audivimus  et  cognovimus  ea ,  et  patres 
aostri  narraverunt  nobis.  Super  bis,  etc. 

Lectio  VI. 

Pausat  miles  emeritus,  et  post  labores,  etc.  Vide  supra 
loco  cit. 

ij.  Jam  thesaurum  absconditum  fama  delatrix  prodi- 
deral,  et  non  potuit  praeterirc  regem  prajtereunlem,  sed 
divertit  ad  tugurium  pauperis,  excitus  fama  sancti- 
tatis. 

y.  Utvideret  opera  Domini  ct  mirabilia  ejus  indeserto. 
Excitus,  etc. 

Lectio  VII. 

Fratres,  latitudo  cceli  dilatat  corda,  non  arctat,  etc. 
Vide  supra  loco  sit. 

R.  Ingresso  rege  pauperis  cellam,  sollicitus  hospes 
quod  vinum  non  haberet,    haustam    de    proximo   fonte 


aquam  benedicens  convertit    in  vinum,  et  bibit   rex,  c 
qui  cum  eo  erant. 

y.  Repleli  sunt  omnes  stupore  et  ecstasi  in  eo  quod 
contigerat  illis.  Et  bibit,  etc. 

Lectio  VIII. 

Parvus  ad  pugnam,  magnus  ad  victoriam,  etc.  Vide 
supra  loco  eit. 

Hi.  Novum  genus  potentiae  I  aquae  rubescunt  hydria;, 
vinum  jussa  fundere  mulavit  unda  originem. 

y.  Dextera  Domini  fecit  virtutem.  Vinum,  etc. 

In  tertio  noclurno  anliplionce. 

Quam  pium,  quam  dulce,  quam  suave,  o  Victor,  in 
hoc  loco  afflictionis,  et  in  hoc  corpure  mortis  te  canere, 
te  rolerc,  to  precari. 

Hj.  Homo  quidam  non  Veritas  malignari  in  sanctum, 
furatus  est  triticum  ejus,  et  abscondit  in  terrain,  et  ecce 
miser  Iradilur  maligno  spiritui. 

y.  Maledictus  homo  qui  abscondit  frumenta  in  popu- 
lis.  Traditur. 

i).  Triste  miraculum,  sed  jiistitiae  plenum.  Ut  qucm 
suggestorem,  ipsum  et  ultorem  sceleris  liomo  dsemonem 
pateretur. 


OFFICE  DE  SAINT  VICTOR. 


125 


En  sorte  que  celui  que,  etc. 

0).  I.es  mysteres  d'iniquite  se  revelent.  Le  diable 
pousse  l'homme,  et  1'homme  traliit  le  diable.  Victor 
place  entre  l'un  et  l'autre,  Ies  juge  tous  les  deux  ; 
il  met  le  diable  en  fuite  et  rendlasante  a  l'homme, 
et  recouvre  en  meme  temps  sun  ble,  dont  levoleur 
meme  lui  apprend  la  cachette. 

y.  C'est  la  sagesse  qui  lui  est  venue  en  aide  con- 
Ire  ceuxqui  voulaientle  surprendre  parleurstroni- 
peries  et  qui  l'a  fait  deveuir  riche  (Sap.  x, 
II). 

Pendant  qu'elle  cbasse  le  demon,  etc. 

^.  Victor  leve  les  yeux  ,  voit  les  cieux  ouverts, 
apercoit  une  croix  d'or  converte  de  perles  ,  et  il 
entend  une  voix  qui  lui  disait  :  les  perles,  ce 
sont  les  ames  qui  ont  acquis  la  gloire  de  la 
croix; 

Dont  elles  ont  porte  l'ignominie. 

y.  Qu"  Israel  se  rejouisse  dans  celui  qui  l'a  fait, 
et  que  les  lilies  de  Sion  se  laissent  aller  a  l'alle- 
gresse  dans  leur  roi. 

11... 

Antietuies  de  laudes. 

1.  Victor  sur  la  terre  par  son  corps,  dans  les 
cieux  par  son  auie  ,  entendait  les  anges  dans  des 
chants  pleins  de  douceur,  tantot  lui  amioncer 
quelque  chose,  tantot  faire  retentir  d'inetfables 
concerts. 

2.  Dans  les  cieux  ou  il  est  entre  maintenant, 
mais  qu'il  avait  naguere  contemples  tout  ouverts 
de  ses  propres  yeux,  il  voit  maintenant  en  realite  et 
sans  voile,  la  gloire  de  Dieu. 

3.  Heureuse  vision,  que  celle  oil   Victor  se  voit 


y.  Justus  es  Domine,  et  rectum  judicium  tuum.  Ut 
quern,  etc. 

Hj.  Revelantur  iniquitatis  mysleria  :  daemon  hominem 
cogit,  homo  daemonem  prodit.  Viclor  medius  diju- 
dicat  inter  illos  :  dum  daemonem  fugat,  et  homi- 
nem sanat,  frumentum  prodente  ipsa  malignitate  rccu- 
perat. 

y.  In  fraude  rireumvenientium  afTuit  illi,  et  honestum 
fecit  ilium.  Dum  daemonem,  etc. 

ij.  Susripiens  Victor,  vidit  eoelos  apertos,  et  crucem 
auream  gemmis  ornatam,  et  vox  ad  eum  :  Gemma?  sunt 
animae,  cruris  gluriam  asseculae,  *  Cujus  ignominiam 
portaverunt. 

y.  Lstetur  Israel  in  eo  qui  fecit  eum,  et  fdiae  Sion 
exsultcnt  in  rege  suo  :  Cujus. 

Ad  laudes,  Aafi'ph. 

Corpore  terras,  mente  eoelos  Victor  inhabifans, 
aliquando  aliquid  nuntiantes  ,  aliquando  inefTa- 
bili  cantus  suavitate.  plausibiles  voces  angelicas 
audiebat. 

Jam  eoelos  ingrcssus,  quos  et  ante  oculis  apertis 
suspiciebat,  vere  nunc  revelata  facie  speculatur  gloriam 
Dei. 


transforme  en  ce  qu'il  contemple  ,  de  clarte 
en  clarte  comme  au  souffle  de  l'esprit  du  Sei- 
gneur. 

h.  Oui,  6  Victor,  votre  ame  est  veritablement  une  de 
ces  perles  qui  vous  ont  apparu  sur  la  croix  ;  car 
elle  est  veritablement  attachee  a  la  croix,  mainte- 
nant que  enchassee  dans  la  gloire  ,  elle  est  toute 
penetree  de  1  eclat  dans  lequel  elle  se  trouve. 

5.  Pere  tout-puissant,  nous  avons  peche  'ontre 
vous,  nous  sommes  devenus  desenfantsdenatures  : 
Mais  nous  nous  sommes  rapprocb.es  de  vous  dans 
notre  cher  Victor,  qui  apres  avoir  vaincu  la  cupi- 
dite  en  lui,  vainera  votre  courroux,  et  nous  reta- 
blira  par  sa  puissance  dans  votre  grace. 

^.  Filles  de  Jerusalem,  c'est  une  axne  sainte  qui 
s'envole  :    Sortez  a  sa  rencontre. 

v.  r,ar  elle  vient  avec  des  transports  de  joie,  sor- 
tez,  etc. 

Hynme. 

Le  \in  coule  d'une  source,  non  de  la  vigne,  c'est 
du  vin  qui  ruisselle  sous  la  main  qui  le  henit,  en 
guise  de  pressoir. 

Soudain  l'eau  prend  tin  gout  nouveau  pour  elle, 
elle  se  voit  contra  into  a  un  usage  egalement  nou- 
veau ;  car  an  grand  etonnement  du  roi,  elle  se 
change  en  breuvage  de  roi,  la  oil  on  necroyait  point 
en  trouver  de  pareil. 

Tourmente  par  le  demon,  un  homme  devoile  ses 
fautes,  le  malheureux  confesse  son  larcin  ,  malgre 
qu'il  en  ait.  Le  bourreau  qui  le  torture  est  chasse  k 
son  tour,  quand  le  voleur  s'est  fait  connaitre, 
et  il  est  torture  lui-meme  a  son  tour. 

Ce  sont  autant  de  preuves  ajoutees  aux  autres  des 


Beata  visio !  qua  in  eamdem  imaginem  Victor  trans- 
formaris  de  claritate  in  clarilatem,  tanquam  a  Domini 
spiritu. 

Vere  anima  tua,  Victor,  una  ex  gemmis  quae  tibi  in 
cruce  apparucrunt,  vere  inlixa  cruci,  cum  dhinae  inserta 
gloria?.,  eamdem  sibi  induit  claritatis  imaginem,  quam 
invemt. 

Omnipotens  Pater,  peccavimus  tibi,  facli  filii  alieni  : 
sed  appropiavimus  in  Victore  nostra,  qui  cum  vicerit 
cupiditatem  suam,  vincat  et  iram  tuam,  nos  quoque  in 
gratia  potenler  reslituat. 

^.  Filiae  Jerusalem,  sancla  anima  migrat  :  Exite 
obvlam  ei. 

y.  Veniens  venit  cum  exsultatione.  Exite,  etc. 

Hymnus. 

Vina  de  fonte  non  de  vite  manant ,  musta  pro 
rivis  colorata  fluunt,  benedicenlis  manu  bene  usa  pro 
torculaii. 

Subito  sapor  subviens  novellus,  in  novos  usus  latices 
coegit  ,  rege  mirante  ,  ubi  non  putabat  regium 
potum. 

Daemone  tortus  publicat  se  homo,  furta  fatetur   miser 


126 


OEUVRES  DE  S.VINT  RERNARD. 


prerogatives   de   Victor,   elles  ne  sotit   point  pe- 
tites,  oar  il  a  etc  prevenu  ilu  Saint-Esprit. 

Gloire  a  la  souveraiae  Trinite,  qui  est  Dieu, 
etc. 

Anticnne  de  Benedictus. 

Heureuse  la  race  qui  a  vu  la  lumiere  se  lever  Jans 
les  tenebres.  Victor,  eclairez  de  vos  rayons  ceui 
qui  etaieut  places  dans  les  tenebres  et  assis  al'oin- 
bre  de  la  ruort. 

Autre  antienne  de  Benedictus. 


rayon  de  miel,  aux  lcvres  des  captifs.  Allons,  eou- 
ragcux  athlete,  douz  patron,  avocat  fidele,  levez- 
vous  pour  venir  a  notre  secours,  et  vous  vous  glo- 
ritierez  d'une  victoire  complete. 

A  Scxte. 

Celui  qui  avait  anime  Victor  de  son  esprit  dans 
la  lutte,  lui  ouvrit  son  sein  apres  la  victoire.  Et 
vous,  6  mon  Dieu,  vous  qui  £tes  partout,  inspirez- 
lui,  dans  ce  sejour,  de  penser  aux  nialbeureux 
mortels  :  recevez  sa  priere  ,  Seigneur  Dieu , 
exaucez  ses  vceux  pour  des  malkeureux. 


Beni  soit  le  Seigneur  Dieu  de  Victor  qui  1'a  place 
au  milieu  de  nous  et  l'a  elevfi  parmi  nous,  comme 
une  corne  de  salut.  puis  nous  l'a  enleve  pour  le 
placer  avec  les  princes,  aim  d'avoir  parmi  les 
homines  un  motif  de  pardonner  les  peches  des  hom- 
ines. 

^.  Voiei  le  jour  de  sa  fete,  c'est  un  jour  de  joie    la  defende  a  votre  redoutable  jugement. 
pour  ceux  de  sa  race. 

^  Livrons-nous  a  la  joie  et  a  l'allegresse  en  ce 
jour. 

Antienne  de  Prime. 


A  None. 

Victor  est  absorbe  dans  la  gloire  du  Fils  de 
Dieu.  Inspirez-lui  sans  cesse  de  se  souvenir  de 
nous,  qu'il  prenne   notre  cause  en   main   et  qu'il 


Aux  secondes  Vepres. 


Aujourd'hui,  Victor  a  quitte  son  corps,  le  seul 
obstacle  qui  semblait  l'empecber  d'entrer  dans  le 
ciel.  11  etait  riche  en  merites,  fameux  par  ses  mi- 
racles, une  fois  libre,  son  ame  est  entree  dans  le 
Saint  des  saints,  et  il  est  devenu  semblable  aux 
saints  dans  la  gloire. 

A  Tierce. 

Votre  nom  et  votre  memoire,  6  Victor,  sont  un 


1.  Saint  Victor,  qui  pourra  dignement  celebrer 
vos  louanges,  dire  votre  eclatante  purete ,  la  force 
de  votre  ame ,  la  saintete  de  votre  cons- 
cience ? 

2.  Saint  Victor,  qui  nous  fera  la  grace  que  la 
droiture  de  votre  vie  s'imprime  dans  nos  ames  avec 
le  souvenir  de  l'abondance  de  votre  douceur? 

3.  Saint  Viclor,  envoyez-nous  du  secours  du 
Saint  des  saints,  et,  de  Sion,  protegez-nous,  nous 
qui  sur  la  terre  celebrons  vos  louanges. 

h.  Saint  Victor,    plus    votre    victoire   et  votre 


vel  invitus.  Pellitur  tortor  fure   deprehenso,   tortus  et 
ipse. 

Haec  satis  probant  aliaque  multa  prierogativam  gloria? 
Vicloris;  nee  minoratam,  quo  prsventus  fuit  Spiritu 
bono. 

Gloria  summae  trinitati  Deo,  etc. 

Ad  liened.  Antiph.  Felix  generatio,  cui  exortum  est 
lumen  in  tenebris.  Victor,  illuminare  bis  qui  in  tenebris, 
et  in  umbra  mortis  sedebant. 

Alia.  Benediclus  Dominus  Deus  Victoris  ,  qui 
ipsum  in  medio  statuens ,  coi-nu  salulis  erexil  nobis, 
et  rursum  de  medio  tullens  cum  priucipibus  colloca- 
vit,  ut  habeat  ex  horuinibus,  cui  bominum  peceata 
donet. 

y.  H<ec  dies  tantae  solemnjtatis  ejus,  haec  dies  Uetitiae 
gentis  ejus.  ^.  Exsultemus  et  laetemur  in  ea. 

Ad  Primam,  antiph. 

Hodie  posito  corpore  Victor,  quo  solo  praepediri  ab 
intruitu  glorias  videbatur,  dives  mentis,  signis  clarus, 
expeditus  penelravit  in  sancta,  similis  factus  in  gloria 
sanctorum. 

Ad  Tertiam. 

Nomen  tcum  et  memoriale  tuum,  Victor,  favus  dis- 
Lillans  in  labiis  captivorum.  Eia  ergo,  fortis  atbleta,  dul- 


cis  patrone,    advocate    (idelis,    exsurge    In   adjutorium 
nobis,  ut  de  plena  Victoria  glorieris. 

Ad  Sextam. 

Vincenti  expandit  gremium  suum,  qui  pngnanti  dede- 
rat  spiritum  suum.  Jbi,  ibi,  tu  qui  ubique  es,  cogitare 
de  miscris  inspira  ei  Deus,  supplicantem  pro  miseris 
suscipe  eum  Deus,  exorantem  pro  miseris  exaudi  cum 
Deus. 

Ad  Nonam. 

Absorptusest  Victor  in  gloria  Filii  Dei  :  immitte  ei 
nostri  semper  memorem  fieri ;  nostram  in  tuo  tremendo 
judicio  suscipere  et  agere  causam. 

Ad  II.  Vesperas. 

Sancte  Victor,  quis  digne  explicet  laudes  tuas,  casti- 
moniae  decus,  animi  virtulem,  conscientia!   puritatem? 

Sancte  Viclor,  quis  del  nobis,  ut  cum  memoria  abun- 
dantly suavilatis  tuae  insideat  nobis  forma  rcctitudinis 
vitae  tua;? 

Sancte  Victor,  mille  nobis  auxilium  de  sancto,  et  de 
Sion  tuere  nos,  qui  de  terra  te  laudamus. 

Sancte  Victor  sanctitas  tua,  victoria  tua,  quo  nobis 
salubrior,  co  tibi  gloriosior  invenitur. 


OFFICE  DE   SAINT  VICTOR.  127 

saintete  nous  sont  salutaires,  plus  aussi  elles  vous    elevee  au  dessus  des  cieux,  que  votre  munificence 
sont  glorieuses.  n'oublie  pas  pour  cela  les  pauvres  qu'elle  a  laisses 

.y  Voici  Victor  qui  s'approche  plein  de  gloire,    sur  la  terre. 
apportez-lui  bien  vite  une  couronne. 

b).  Deja  il  entre  dans  la  gloire  de  son  Seigneur. 

Antienne  de  Magnificat. 
Grand  saint   Victor,  si    votre  magnificence  est 


FIN  DU  TOME  IU  DE  MAB1LLON. 


t.  Ecce  appropinquat  Victor  gloriosus,   cito   proferte        Ad  Magnif.  Antiph.  O  magnifice  Victor,  etsi  elevata 
coronam.  est  magnificentia  tua  super  ccelos,  sed  non  terra?  inopes 

^.  Jam  intrat  in  gaudium  Domini  sui.  tua  jugis  munilicentia  dereliaquat. 


PREFACE  DE  MABILLON 

POUR  LE  TOME  IV  DE  SON  EDITION 

DES  (EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

Excellence 
des 

sermoni  de       J.  Si  toutes  les  ceuvres  de  saint  Bernard  sont  remplies  du  sue  d'une  piete  solide  et  d'une  occasion  d« 

Saint  .  l  .  i.i  .       ,.,  1«  composer. 

Bernard  sur  science  protonde,  il  v  en  a  deux,  dans  le  nonibre,  qui  se  recommandent  plus  partieuliere- 

le  cantique  %    *  .     '        J  .         i-  i     1     H        -j<        ■ 

des       ment  a  1  attention  de  tousles  lecteurs,  ce  sont  ses  cinq  livres  de  la  Consideration  etses ser- 
mons sur  le  Cantique  des  cantiques.  Les  premiers  off  rent,  en  effet,  sous  une  forme  aussi  ele- 
gante que  concise,  tout  ce  qui  se  lit  de  plus  saint  dans  les  livres  sacres  et  dans  les  actes  des 
conciles,  lout  ce  qu'il  y  a  de  plus  salutaire  dans  les  ecrits  des  anciens  peres  et  dans  les 
decrels  des  pontifes  sur  le  gouvernement  de  1'Eglise.  Quant  aux  sermons,  ils  renferment 
tout  ce  que  notre  saint  Docteur  a  mis  dans  le  reste  de  ses  ouvrages  de  plus  propre  a  former 
les  moeurs  et  a  exciter  la  piete,  ainsi  que  tout  ce  qu'il  a  ecrit  sur  les  vices,  sur  les  vertus  et 
sur  la  vie  spirituelle.  Tout  cela  se  trouve  de  nouveau  dans  ces  sermons;  mais  avec  encore 
plus  de  solidite  et  d'elevation,  il  y  degage  les  sens  mystiques  et  allegoriques  des  textes  sacres 
de  leurs  voiles  et  de  leurs  ombres,  il  y  expose  au  grand  jour  tous  les  secrets  de  la  perfection 
d'une  maniere  non  moins  agreable  et  utile  que  sublime.  Aussi  peut-on  dire  que  ces  ser- 
mons sont  une  source  de  cbastes  delices  pour  les  aines  pieuses.  Nous  n'besitons  point  a 
dire  qu'ils  sont  ecrits  d'une  maniere  aussi  agreable  qu'utile.  Car  telle  est,  dit  saint  Bernard 
lui-meme  dans  le  sixieme  de  ses  sermons   divers,  n.  1),  «  la  condition  aussi  miserable 
qu'admirable  di>s  ames  bumaines  que,  bien  que  par  la  vivacile  de  leur  genie,  elles  soient 
capables  de  percevoir  tant  de  cboses  au  dehors,  elles  ont  pourtant  besoin  de  figures  cor- 
porelles  et  d'enigmes  pour  parvenir,  de  la  connaissance  des  cboses  visibles  etexterieures,  a 
conjecluier  un  peu  ce  que  sont  les  cboses  invisibles.  »  Or  e'est  a  quoi  saint  Bernard  reussit 
Temps  oh  iis  admirablement  dans  ses  sermons. 

ont  ele 

pron™ces,ce      H.  Saint  Bernard  a  commence  cette  ceuvre  importante  apres  son  retour  d'Aquitaine  en 
d0°°*n^int  1135,  comme  onle  voit  par  le  second  livre  de  sa  vie,  chapitre  vi,  ou  Ernald  s'exprime 


sermons. 


128  PREFACE  DE  MABILLON. 

occasion  de  ainsi  :  «  L'homme  de  Dieu,  apres  quelques  jours  de  repos,  s'occupa  d'autres  affaires,  et, 
ie»  composer,  pgjj^  ()ans  une  petite  cabane  faite  des  rinceaux  de  pois,  il  vaquaseul  a  la  meditation  et  a  la 
peQseede  Dieu.  Mais  voila  que,  lout  a  coup,  sou  humble  relraite,  comme  une  autre  etable  du 
Seigneur,  retentit  de  chants  d'ainour,  et  se  reuiplit  defestinsde  noces...  Pendant  long- 
temps  il  repandit  son  ame  dans  ces  meditations.  11  fitde  nombreux  commentaires  sur  ce 
sujet,  et  chacun  peut  voir  bien  clairement  en  les  lisant,  car  il  a  reropli  des  corbeilles  d'e- 
critures,  des  restes  de  ces  repas  delicieux,  quels  progres  il  faisait  a  celte  table  oil  il  s'as- 
seyait  tousles  jours  et  quels  profits  nous  en  lirions  nous-memes.  »(Jeoffroys'exprime  en 
ces  termes  eu  livre  in,  chapitre  vu  de  sa  Vie  de  saint  Bernard  :  «  dans  les  sermons  sur  le 
Cantique  des  cantiques,  il  se  tnontre  aussi  magnifique  iuvestigateur  du  sens  mystique  que 
reinarquable  edificateurdu  sens  moral.  » 

On  voit  a  l'exorde  du  deuxieme  de  ses  sermons  que  cette  ceuvre  importante  a  ele  enm- 
mencee  pendant  I'Avent  du  cette  meme  an  nee  1135.  II  s'exprime,  en  effet,  ainsi  :  « 11  y  en 
a  plusieurs  a  la  verite  qui  se  rejouirontau  jour  de  cette  naissauce  que  nous  allons  bienldt 
celebrer.  » 
a  ia  pritn  111.  Ce  fut  sur  les  instances  du  ehartreux  Bernard  Desportes  que  saint  Bernard  entreprit 
«»iodteBcr"ard  «a  serie  de  ses  sermons,  comme  on  le  voit  par  la  rent  cinquante-troisieme  lettre  de  notre 
*  'cei1086  Saint;  en  effet,  apres  avoir  dit  a  son  ami  que  s'il  s'elait  refuse  si  long  temps  a  repondre  a 
ses  ardents  desirs,  en  lui  envoyant  quelque  ecrit  spirituel  de  sa  main,  c'est  parceqn'il  se 
sen  (ait  au  dessous  de  rette.  lacbe,  il  tinit  par  lui  annoncer  qn'il  cede  a  ses  instances. 
Faut-il  entendre  seulement  par-la  qu'il  se  met  a  1' ceuvre,  ou  bien  veut-il  parler  de  la 
publication  et  de  l'envoide  son  ceuvre  deja  comruencee  ?  Les  termes  de  la  lettre  font  pen- 
cher  vers  cette  derniere  opinion.  En  effet,  voici  comment  il  s'exprime  :  «  Je  cede  a  vos 
instances,  alin  de  meltre  fin  a  tous  vos  doutes  ;  je  mets  de  cote  tout  amour  propre  et  ue 
veux  pas  meme  penser  que  je  fais  une  veritable  folie.  Je  donne  done  a  recopier  quelques 
sermons  que  je  viens  de  composer  sur  le  commencement  du  Canti([ue  des  cantiques,  et  je 
vous  les  envoie  avant  meme  iju'ils  aient  paru.  J'ai  l'intention  de  continuer  ce  travail,  si 
j'en  ai  le  loisir  et  si  Dieu  me  donne  quelque  relache  [Lettre  cliii,  n.  2).  »  De  tout  cela,  il 
results  seulement  que  Bernard  Desportes  avait  prie  notre  Saint  de  lui  composer  quelque 
ecrit  spirituel,  el  que  saint  Bernard  lui  envoya  ses  premiers  sermons  sur  le  Cantique  des 
cantiques.  Je  tie  sais  si  c'est  acet  abbe  Bernard  quese  rapportece  passage  du  premier  ser- 
mon, n.  3  :  «  Or,  je  ne  pense  pas  que  l'ami  qui  nous  viendra  de  dehors  ait  sujet  de  mur- 
murer  contre  nous  qnand  il  aura  mange  ce  pain  si  excellent :  »  C'est  ce  que  je  laisse  a  d'au- 
tres le  soin  de  decider.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  a  Bernard  Desportes  que  les  premiers  ser- 
mons sur  le  Cantique  des  cantiques  out  ele  adresses,  en  meme  temps  que  la  lettre  cent 
cinquante-quatre,  ou  Ton  lit  ces  mots  :  «  Je.  vous  envoie,  ainsi  que.  je  vous  I'avais  proiuis, 
mes  sermons  sur  les  premiers  chapitres  du  Cantique  des  cantiques;  lisez-les,  et  veuillez  me 
dire,  aussitotque  vous  le  pourrez,  si  je  dois  les  continuer  ou  non  [Lettre  cnv).  »  Or,  on  ne 
pent  entendre  ces  liunes  (pie  de  1'annonce  et  de  l' envoi  de  cet  ouvrage. 

IV.  Quoique  saint  Bernard  eut  l'babitude  de  precher  presque  tous  les  jours  a  ses  reli- 
gieux  de  Clairvaux,  ilne  putcependanl  point  pendantlesdouze  annees qu'il  vecut  encore, 
terminer  l'ceuvre  qu'il  avait  enlreprise;  il  se  trouvait  sou  vent  distrait  par  les  affaires  de 
l'E^lise  et  par  celle  de  l'Etat,  de  meme  que  par  le  concours  importun  des  visiteurs  dont  il 
se  plaint  en  plusieurs  endroits,  et  particulierement a  la  fin  de  son  troisieme  sermon,  ou  il 
s'expiime  ainsi  :  a  Mes  freies,  il  fait  bon  ici  pour  nuiis;  mais  voici  que  la  malice  du  jour 
nous  en  retire.  Car  ceux  dont  on  vient  de  m'annoncer  l'arrivee,  m'obligent  d'interrompre 
plutot  que  de  finir  un  discours  si  agreable.  »  Dans  le  cinquante-deuxieme,  il  dit  encore  : 
a  C'est  a  peine  si  les  visiteurs  qui  nous  arrivent  me  laissent  le  temps  de  respirer.  »  Quoi 


PREFACE  DE  MABILLON.  129 

qu'il  en  soit,  on  ne  saurait  trop  s'etonner  que  notre  saint  abbe,  distrait  cornme  il  l'etait  par 
l'administration  d'une  nombreuse  communaute  et  par  le  soin  d'une  multitude  d'affaires 
vqui  reposaientsurlui,  aiteu  le  loisir  de  mediter  des  sermons  d'une  si  profonde  sagesse  et  de 
les  prononcer  chaque  jour.  Car,  il  nous  apprend  lui-meme  qu'il  en  agissait  ainsi,  dans 
son  vingt-deuxieme  sermon  n.  2,  ou  il  s'exprime  en  ces  termes  :  «  Ce  n'est  pas  sans  peine 
que  je  vais  tous  les  jours  puiser  dans  les  ruisseaux,  rnerue  publics  de  l'Ecriture  pour  don- 
ner  a  cbncun  selon  ses  besoins.  » 

II  precbait,  en  effet,  ces  sermons  les  jours  de  fele,  meme  quand  il  s'en  trouvait  plusieurs 
de  suite,  comme  il  nous  l'apprend  dans  son  sermon  quatre-vingt-troisieme,  ou  il  dit  qu'il 
a  depense  toutes  ses  forces  pendant  trois  jours  de  suite,  a  expliquer  un  seul  passage  du 
Cantique  des  canliques.  Or,  c'etaitde  vive  voix  qu'il  faisait  ces  explications, nonpointparecrit 
seulement.  Aussi,  vers  la  fin  de  son  quarante-deuxieme  sermon  dit-il:  «  Ma  faiblesse,  que 
vous  connaissez  tous,  ne  me  permet  pas  d'aller  plus  loin.  »  A  la  fin  de  son  quarante-qua- 
trieme,  il  dit  encore  :  «  En  voila  assez  comme  cela,  car  ma  faiblesse  me  force  a  ni'arreter, 
comme  cela  n'arrive  que  trop  souvent.  »  Notre  Saint  unissait  toujours  la  priere  a  la  medi- 
tation pour  preparer  le  sujet  de  ses  sermons  ;  neanmoins  il  en  prononca  plusieurs  d'abon- 
dance  avant  de  les  avoir  ecrits,  comme  on  le  voit  par  plusieurs  endroits.  En  effet,  on  trouve 
dans  certains  endroits  de  ses  sermons,  des  passages  qui  sont  evidemment  improvises  ;  tel 
est,  par  exemple,  l'endroit  ou,  dans  son  sermon  trente-sixieme,  ils'adresse  en  ces  termes  a 
ceux  qui  dormaient  a  ses  sermons  :  «  Je  pensais  pouvoir  vous  dire  dans  un  seul  sermon  ce 
que  je  vous  avais  annonce  des  deux  ignorances ;  je  l'aurais  fait  si  ce  discours  ne  semblait 
deja  trop  long  a  ceux  qu'il  fatigue.  Car  j'en  vois  plusieurs  qui  baillent  et  quelques  uns  qui 
dorment ;  je  ne  m'en  etonne  pas  d'ailleurs,  et  la  veille  de  la  nuit  derniere,  qui  a  ete  tres- 
longue,  fait  leur  excuse.  » 

Mais  s'il  est  un  passage  qui  prouve,  jusqu'a  l'evidence,  qu'il  se  laissait  aller  quelquefois 
dans  ses  sermons  a  l'improvisation,  c'est  bien  celui-ci  du  sermon  neuvieme,  n.  6.  «  II  me 
vient  encore  dans  l'esprit  un  autre  sens  auquel  je  n'avais  pas  pense,  mais  que  je  ne  veux 
pas  passer  sous  silence.  »  Ajoutez  a  celaquenotre  Saint  nous  apprendlui-rnerne  que  plusieurs 
de  ses  sermons  ont  ete  recueillis  par  ses  disciples,  pendant  qu'il  les  prononcait.  En  effet,  il 
dit  dans  son  sermon  cinquante-quatrieme  n.  1  :  «  On  l'a  recueilli  par  ecrit  comme  les  au- 
tres  sermons,  afin  de  retrouver  facilement  ce  qui  aurait  peut-etre  pu  se  perdre.  »  Enfin  on 
en  trouve  encore  une  preuve  dans  ces  mots  du  soixante-dix-septieme  sermon  n.  2.  «  Si 
par  basard  on  coucbe  par  ecrit  nos  paroles,  ils  dedaigneront  peut-etre  bien  de  les  lire.  » 
E«t  aqu9tiVneu  ^'  Saint  Bernard  precbait  ses  sermons  sur  le  Cantique  des  cantiques  dans  l'auditoire 
heure      des  freres,  et  en  presence  des  novices,  comme  on  le  voit  par  le  sermon  soixante-troisieme, 

pnkhait  ...  .  ' 

■abt  Ber-   n .  6 ;  mais  les  religieux  convers  n'assistaient  point  a  ces  reunions.  II  donne  souvent  a  en- 

nard.  _  u ,  r  .      .  . 

tendre  que  ses  auditeurs  sont  instruits  dans  l'Ecriture  sainte,  et  meme  dans  ses  sermons 
quinzieme,  n.  2  ;  seizieme,  n.  1,  et  trente-neuvieme,  n.  2,  il  dit  que  ses  auditeurs  devan- 
cent,  par  la  pensee,  ce  qu'il  se  propose  de  leur  dire.  Quant  a  l'beure  ouil  precbait,  c'etait 
tantot  le  matin  avant  la  messe,  comme  nous  l'avons  deja  dit  plus  haut  en  parlant  des  autres 
sermons,  tantot  le  soir.  On  voit  qu'il  precbait  quelque  fois  le  matin  par  deux  passages  de 
ses  sermons  ou  il  dit,  qu'il  met  fin  a  son  discours,  parce  que  le  travail  des  mains  etla  cele- 
bration de  l'office  divin  le  pressent  de  terminer.  Aussi,  vers  la  fin  de  son  premier  sermon, 
il  s'exprime  ainsi  :  «  Mais  l'beure  a  laquelle  la  pauvrete  de  notre  institut  nous  recom- 
mande  de  nous  livrer  au  travail  des  mains  se  passe.  »  II  est  plus  explicite  encore  dans  son 
quarante-septieme  sermon,  qu'il  se  bate  de  terminer  parce  que  l'heure  de  l'office  divin  le 
presse.  Quant  a  ses  predications  de  l'apres-midi,  on  voit  qu'il  en  faisait  le  soir  par  ce  passage 
du  soixante  et  onzieme  sermon  n.  15  :  «  Mais  pendant  que  je  prolonge  cette  dispute,  le  jour 
T.  iv.'  9 


130  PREFACE  DE  MABII.LON. 

baisse.  »  Mais  c'est  assez  de  details  minutieux  comme  cela,  bien  qu'ils  ne  soienl  pas  tout  a 
fait  hors  de  propos. 

iotiwi'rti  ^^-  Saint  Bernard  avait  termine  son  vingt-quatrieme  sermon  en  1 136,  lorsqu'il  partit 
no  M37.  pour  l'ltalie,  afin  de  travailler  a  l'extinction  du  schisme  qui  desolaif  alms  I'Eglise.  II  n'en 
revint  que  l'annee  suivante,  et  reprit  son  oeuvre,  un  moment  interrompue,  en  repetant  son 
vingt-quatrieme  sermon,  dont  il  changea  l'exordeetla  peroraison.  ("est  la  ce  qui  explique 
la  diversite  de  lecons  que  nous  signalons  en  cet  endroit.  Quant  aux  soixante-cinquieme  et 
soixante-sixienie  sermons,  qui  commencent  a  l'explication  de  ces  mots  «  prenez-nous  des 
petits  renards,  »  le  Saint  le  composa  coutre  les  heretiques  de  Cologne,  a  l'occasion  d'une 
lettre  que  lui  avait  ecrite  Evervin,  provost  de  Stein,  et  qu'il  nous  a  parubien  de  placer  en 
tete  de  ces  deux  sermons.  Enfin  le  quatre-vingtieme  sermon  fut  prononce  au  concile  qui 
se  tint  a  Reims  en  1148,  sous  la  presidence  du  pape  Eugene,  et  dans  lequel  fut  condamne 
Gilbert  de  la  Porree,  eveque  de  Poitiers,  ainsi  que  saint  Bernard  le  rappelle  dans  son  ser- 
mon. 

lb  wnt  au  VIII.  Dans  la  plupart  des  manuscrits  on  ne  trouve  que  quatre-vingt-six  sermons,  quel- 
quat°rc"iDgt- ques-uns  en  ont  quatre-vingt-sept ;  mais  cela  vient  de  ce  que  ces  derniers  ont  repete  le 
vingt-quatrieme  sermon,  comme  l'a  fait  celui  de  la  Colbertine,  ou  bien  ont  fait  deux 
sermons  d'un  seul,  comme  il  est  arrive  au  manuscritde  saint  Germain.  Des  cinq  manuscrits 
du  Vatican  que  notre  Jean  Durand  a  consultes  a  ma  priere,  un  a  quatre-vingt-six  ser- 
mons, un  autre,  portant  le  n.  665,  a  une  preface  qu'on  ne  voit  dans  aucun  autre  manus- 
crit  ni  dans  aucune  edition.  Elle  commence  ainsi  :  «  Preface  du  bienheureux  Bernard  de 
Clairvaux  au  Gantique  des  cantiques.  Le  plus  grand  encouragement  que  Dieu  ait  propose 
a  la  vertu,  ce  sont  les  delices  de  la  vie  future,  de  nieme  que  le  plus  puissant  aiguillon  de 
l'erreur  qu'ait  invente  le  diable,  c'est  la  delectation.  Le  chef  du  genre  bumain,  Adam, 
nous  fournit  une  preuve  de  ce  que  j'avance,  puisqu'il  a  ete  place  par  le  Seigneur  dans  un 
paradis  de  volupte  pour  y  jouir  d'une  eternelle  felicite,  afin  de  provoquer  la  vertu  dans  les 
siecles  futurs.  »  L'auteur  de  cette  preface  continue  en  disant  que  la  perte  de  l'innocence  par 
le  peche  a  ete  la  perte  de  la  delectation  que  nous  rendent  la  douceur  et  l'liarmonie  des 
Psaumes  et  du  Cantique  des  cantiques.  II  n'y  a  pas  un  mot  dans  cette  preface  qui  sente  le 
style  et  le  genie  de  saint  Bernard.  Cette  preface  est  suivie  de  quatre-vingt-trois  sermons 
seulement,  sous  ce  litre  :  «  Exposition  par  le  bienbeureux  Bernard,  abbe  de  Clairvaux,  du 
Cantique  des  cantiques  ».  Un  autre  manuscrit  porte  :  «  Bernard,  sur le  Cantique  des  can- 
tiques »  ;  d'autres  :  «  traite  du  bienbeureux  Bernard,  abbe  de  Clairvaux,  sur  le  Cantique 
des  cantiques  ».  Un  manuscrit  de  la  Colbertine  porte  pour  titre,  «  traite  »  au  lieu  de  ser- 
«  nions  »,  selon  l'ancien  usage.  Mais  toutes  ces  differences  sont  de  peu  d'importance. 
L'exposition  de  saint  Bernard  se  termina  au  cbapitre  troisieme  du  Cantique  des  cantiques, 
a  ce  verset  :  «  J'ai  cherche  dans  mon  petit  lit  pendant  la  nuit»,  ou  Gilbert  de  l'ile  d'Hoy 
de  l'ordre  de  Citeaux  d'Irlande,  commence  la  continuation  qu'il  a  conduite  jusqu'a  ce 
verset  du  cinquieme  cbapitre  ;  «mon  bien-aime  est  blanc  et  rose  » ,  dans  quarante-huit 
sermons.  C'etait  un  bomme  qui  le  cedait  peu  a  saint  Bernard  par  la  gravite  et  la  piete  de 
son  style.  La  mort  le  surprit  avant  qu'il  eut  conduit  plus  loin  son  entreprise,  comme  si  elle 
n'eut  pu  souffrir,  si  nous  en  croyons  Sixte  de  Sienne,  qu'il  se  remit  une  seconde  fois  a 
l'ceuvre  pour  continuer  le  travail  de  saint  Bernard,  qu'il  avait  deja  interrompu  une  pre- 
miere fois,  et  qu'il  osat  meme  vouloir  le  conduire  a  bonne  fin.  Sixte  est  dans  l'erreur 
quand  il  dit  que  saint  Bernard  commenca  cette  ceuvre  sur  la  tin  de  sa  vie.  Les  sermons  de 
Gilbert  sont  places  au  commencement  du  tome  v  de  cette  edition. 

IX.  Outre  cette  exposition,  saint  Bernard  en  dicta  une  autre  plus  courte  a  Guillaume, 
abbe  de  Saint-Thierry,  ainsi  que  celui-ci  l'atteste  lui-meme  daus  le  livre  I,  de  la  Vie  de 


PREFACE   DE  MABILLON.  131 

notre  Saint,  chapitre  xu.  Mais  il  vaut  mieux  n'en  parler  que  dans  le  tome  cinquieme  ou 
nous  nous  proposons  de  rapporter  nn  commentaire  abrege  du  Cantique  des  cantiques  de 
saint  Bernard. 

X.  Dans  son  premier  sermon  de  la  grande  exposition,  saint  Bernard  semble  faire  en- 
tendre qu'il  a  fait  d'autres  commentaires  sur  les  Paraboles  de  Salomon  et  sur  l'Ecclesiaste. 
Voici,  en  effet,  enquels  termes  il  s'exprimeau  n°  2  :  «  Car,  pour  l'Ecclesiaste,  je  crois  que, 
par  la  grace  de  Dieu,  vous  etes  assez  instruils  dans  la  connaissance  et  dans  le  mepris  de  la 
vanite  du  monde  qui  est  le  sujet  dont  traite  l'Ecclesiaste.  Quant  aux  Proverbes,  votre  vie 
et  votre  conduite  n'est-elle  pas  reglee  et  formee  sur  les  enseignements  qu'ils  contiennent? 
C'est  pourquoi,  apres  avoir  commence  par  gouter  de  ces  deux  pains  qui  ne  laissent  pas 
d'etre  tires  du  coffre  de  l'Ami,  approcbez-vous  pour  gouter  du  troisieme,  pour  voir  s'il 
n'est  pas  meilleur  encore.  »  Mais  ces  paroles  semblent  vouloir  dire  seulement  que  les  re- 
ligieux  de  Clairvaux  s'etaient  adonnes  a  la  lecture  des  Paraboles  et  de  l'Ecclesiaste  et 
avaient  regie  leursmoeurs  surdes  regies  tracees  dans  ces  livres.  En  effet,  Geoffroy,  qui  nous 
a  laisse  un  index  assez  soigne  des  (Euvresde  saint  Bernard,  ni  aucun  ancien,  que  je  sache, 
n'a  jamais  attribue  de  commentaires  sur  ces  livres  a  saint  Bernard.  Peut-etre  par  ce  mot, 
«  d'un  ami,  »  saint  Bernard  veut-il  parler  de  quelque  anteur  de  son  temps,  tel  que  Hu- 
gues  de  Saint-Victor  qui  a  ecrit  dix-neuf  homelies  sur  l'Ecclesiaste. 

XI.  Pour  en  revenir  aux  sermons  sur  le  Cantique  des  cantiques,  on  peut  voir  ce  qu'en 
pensait  Guerri,  abbe  d'Igny,  tres-pieux  disciple  de  notreSaint,  dans  son  troisieme  sermon 
pour  le  jour  de  la  fete  des  saints  apotres  Pierre  et  Paul,  qu'on  trouve  avec  d'autres  dansle 
tome  vi.  Voici  en  quels  termes  il  s'exprime  :  «  Notre  maitre,cet  interpreleduSaint  Esprit, 
a  entrepris  de  nous  expliquer  ce  chant  nuptial  tout  entier,  et  il  nous  donne  lieu  d'esperer, 
parcequ'ilen  a  deja  explique,  que  s'il  parvient  a  cet  endroit  sur  lequel  vous  me  question- 
nez,  «  Avant  que  lejour  commence  a  paraitre  etque  les  ombres  se  dissipent  peu  a  peu,'il 
changera  les  tenebres  memes  en  lumieres  pour  l'iutelligence.  II  nous  dira  a  la  lumiere  du 
jour  ce  qui  a  ete  ou  sera  dit  dans  les  tenebres.  »  Voila  en  quels  termes  s'expliquait  Guerri. 


SERMONS  DE  SAINT  BERNARD, 

ABBE  DE  CLAIRVAUX, 

SUR  LE  GANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


SERMON  I  qu'aux  gens  du  monde,  ou  an  moins  il  faut  vous 

les  dire  d'une  autre  maniere.  Pour  eux,  si  on  veut 
1.  II  faut  vous  dire,  mes  freres,  d'autres  choses    suivre  la   forme  d'enseignement  que    l'Apotre  a 

SERMO  PRIMUS.  aliter   diccnda  sunt.  Illis  siquidem   lac    potura   dnt,  et 

Don  escam,  qui  apostoli  formam  tenet  in  decendo.  Nam 
I .  Vobts,  fratres,  alia  quam  aliis  de  sa;culo,  aut  certe     spiritualibus  solidiora   apponenda   esse,  itidem  ipse  suo 


132 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


eombien  uli 
les  sont  les 

livres 

de  l'EoclS- 

siaslique  et 

des  prover- 

bes. 


II  y  a  detn 

choses  mau- 

Taises  :  L'a- 

nviur  du 

monde  et 

1'igoume. 


prescrite  (H  Cor.  in,  2),  on  ne  doit  leur  douncr 
que  du  lait,  non  Jo  la  viande.  II  nous  apprend  lui- 
meme,  par  son  propre  exemple,  a  presenter  nne 

nourriture  plus  solide  aux  personnes  spirituelles 
lorsqu'il  dit :  «  Nous  ne  parlous  pas  un  langage 
plein  de  la  science  et  de  la  sagesse  humaine  ;  mais 
confonne  a  la  doctrine  de  I'Esprit-Saint,  reservant 
les  choses  spirituelles  [ioiir  eeux  qui  soni  spirituels 
(I  Cur.  ii,  13).  Et  ailleurs  :  Nous  ne  tenons  des  dis- 
cours  sublimes eteleves  qu'avec  lesparfaits  (lbid.),» 
tels  que  vous  etes,  mes  freres,  du  moins  j'aimc  a  le 
croire,  si  ce  n'est  pas  en  vain  que  depuis  si  long- 
temps  vous  vous  occupez  a  nne  etude  toute  celeste, 
vous  vous  exerceza  connaitro  la  verite,  et  meditez 
jour  et  nuit,  sur  la  loi  de  Dieu.  Preparez-vous 
done  i  etre  nourris,  non  de  lait,  inais  de  pain. 
II  y  a  dans  Salomon  un  pain,  mais  un  pain  trcs 
blanc  et  delicious,  je  veux  parler  du  livre  qui  a 
pour  titre  :  le  Cantique  des  cantiques.  Qu'on  le 
serve  si  vous  le  voulez  bien,  et  qu'on  le  rompe. 

2.  Car  pour  l'Ecclesiaste,  je  crois  que,  par  la 
grace  de  Dieu,  vous  etes  assez  instruits  dans  la 
connaissance  et  dans  le  mepris  de  la  vanite  du 
monde,  qui  est  le  sujet  dout  trade  l'Ecclesiaste. 
Quant  aux  proverbes,  votre  vie  et  votre  conduite 
n'est-elle  pas  reglee  et  formee  sur  les  enseigne- 
ments  qu'ils  contiennent  ?  C'est  pourquoi,  apres 
avoir  commence  par  goiiter  de  cos  deux  pains,  qui 
ne  laissent  pas  d'etre  tires  du  coffre  de  l'Ami  a, 
approchez-vous  pour  manger  de  ce  troisieme,  atin 
de  voir  s'il  n'est  point  meilleur  encore.  Car  s'il 
y  a  deux  vices  qui  foDt  seuls,  ou  du  moins  qui 
font  plus  que  les  autres  la  guerre  a  lame,  je  veux 
parler  du  vain  amour  du  monde,  et  de  l'amour  ex- 

a  Saint  Bernard  fait  allusion  ici  a  ce  passage  dc  saint  Luc  XI,  5, 
«  mon  ami  prele  moi  trois  pains  .  »  Veut-il  nous  faire  entendre 
par  sa  maniere  de  l'exprinicr  qu'il  a  fait  des  commentaires  sur  ces 


cessif  de  soi-uu'mc  ;  ces  deux  premiers  livres  don- 
nent  des  remedes  contre  cette  double  ]>.ste  ;  l'un, 
en  retranchant,  avee  le  sarclpir  de  la  discipline,  tout 
ee  qu'il  ya  de  corrompu  dans  les  moeurs,  et  de  su- 
perflu  dans  Irs  desirs  de  la  chair  ;  et  1'autre,  en 
penetrant  par  unevive  lumiere  de  la  raison,  1'ectat 
trompeur  dc*  choses  du  monde,  et  le  distinguant 
fort  bien  d'avec  ce  qui  est  reel  et  solidc.  Entin  Salo- 
mon prefere  la  crainte  de  Dieu,  et  l'observation  de 
ses  commandements,  a  tons  les  autres biens  que  les 
hommes  peuvent  desirer.  Et  certes  avec  raison.  Car 
la  premiere  de  ces  deux  choses,  est  le  commence- 
ment do  la  vraie  sagesse ;  et  la  seconde  en  est  la 
perfection,  si  toutefois,  pour  vous,  la  veritable  sa- 
gesse consiste  ii  s'eloigner  du  mal  el  a  faire  le  bien ; 
et  s'il  est  vraj  que  personne  ne  peut  s'eloigner  par- 
faitement  du  mal  sans  la  crainte  de  Dieu,  comme 
on  ne  saurait  faire  une  bonne  oeuvre,  si  on  ne 
garde  ses  commandements. 

3.  Ainsi,  apres  avoir  detruit  ces  deux  vices,  par 
la  lecture  de  ces  deux  livres,  on  peut  s'approcher 
pour    entendre    ce  discours  sacre  et  sublime,  qui, 


le    livre  des 

cantiques  ne 

doit  etre 

confii  qua 

des 


etant  comme  le  fruit  de  tous  les  deux,  ne  doit  etre  a  des  orcilies 


entendu  que  par  des  esprils  etdes  oreilles  tres-sa- 
ges.  Mais  si  on  n'a  point  domple  sa  chair,  par  les 
austerites,  si  on  ne  l'a  point  assujetlie  a  l'esprit ;  si 
on  ne  meprise  point  les  vanites  du  monde,  si  enlin 
on  ne  s'est  point  decharge  de  lout  1'at  tirail  du  sie- 
cle,  comme  d'un  fardeau  insupportable,  on  est  im- 
pur  et  indigne  d'une  lecture  si  sainte.  Car,  comme 
c'est  en  vain  que  la  lumiere  frappe  des  yeux  aveu- 
gles  ou  fermes,  «  de  meme  l'homme  animal  ne 
comprend  point  ce  qui  est  de  l'esprit  de  Dieu  (1  Cor. 
n,  111),  parce  que  le  Saint-Esprit,  qui  est  l'auteur 

deuj  livres,  c'est  ce  que  nous  avons  eiamin6  dans  la  preface  qui 
precede. 


sages. 


docct  exemplo  :  Loquimur,  inquiens,  non  in  doctis  hu- 
manie  sapiential  verbis,  sed  in  doetrina  spiritus,  spiritu- 
alibus  spiritualia  compar antes.  Item,  Sapientiam  loqui- 
mur inter  perfectos,  quales  vos  nimirum  esse  confido  : 
nisi  frustra  forte  jam  ex  longo  studiis  estis  ccelestibtis 
occupati,  exercitati  sensibus,  et  in  lege  Dei  mcililati 
die  ac  nocte.  Itaque  parale  fauces,  non  lacti,  sed  pani. 
Est  panis  apud  Salomonem,  isque  admodnm  splendidus 
sapidusque;  librum  dico,  qui  Cantica  canticorum  ins- 
cribitur  :  proferatur,  si  place!,  et  frangatur. 

2.  Nam  de  verbis  Ecclesiastes  salis  (ni  tailor)  per  Dei 
gratiam  instructi  estis  mundi  hujus  cognoseere  et  con- 
temnere  vanitatem.  Quid  et  parabolas?  An  non  vita  et 
mores  vestri  juxta  earn,  qua  in  ipsis  invenitur,  doctri- 
nam  sufficienler  cmendati  sunt  el  informali  ?  Proinde 
illis  ambobus  praelibatifl,  quos  nihilouiinus  de  amici 
area  prastitos  accepislis  ;  accedile  ct  ad  tertium  liunc 
pan  cm,  ut  probetis  forsitan  potiora.  Cum  enim  duo  sint 
mala,  qua:  vel  sola,  vel  maxime  militant  adversus  ani- 
mam,  vanus  scilicet  amor  mundi,  et  supcrlluus  sui  : 
pesli  utrique  duo  illi  libri  obviarc  noscunlur;  alter  sar- 
culo  disciplina)  prava  quajque  in  moribus,  et  carnis  su- 


perllua  resccans  :  alter  luce  ralionis  in  omni  gloria 
mundi  fucum  vanitatis  sagaciter  deprebendens,  veraci- 
terque  distinguens  a  solido  veritatis.  Deniqne  univcrsia 
bumanis  studiis,  ac  mundanis  desideriis  pnutulit  Deum 
timere,  ejusque  observare  mandata.  Merilo  quidem. 
Vera?  clenim  sapiential  primum  illud,  initium  ;  secun- 
dum, consummatio  est  :  si  tamen  constat  vobis  non 
aliud  veram  ct  consummatam  esse  sapientiam,  quam 
declinare  a  malo,  et  facere  bonum  ;  itemuue  recedcre  a 
malo  ncminem  posse  perfecle  absque  timore  Dei,  nee 
bonum  opus  omnino  esse  praiter  observantiam  mandato- 
rum. 

3.  Depulsis  ergo  duobus  malis  duorum  leclionc  libro- 
rum,  competentcr  jam  accedilur  ad  bunc  sacrum  tbeo- 
ricumque  sermonem  :  qui  cum  sit  amboium  ductus, 
non  nisi  sobriis  mentibus  et  auribus  omnino  credendua 
est.  Alioquin  ante  carnem  discipline  studiis  edomitam 
ct  mancipatam  spiritui,  ante  sprclam  et  abjectam  s*culi 
pompam  el  sarcinam,  indigne  ab  impuris  lectio  sancta 
praesumitur.  Quomodo  nempc  lux  incassum  oircnmfundit 
oculos  caxos  vel  clausos,  ita  animalis  homo  nun  perci- 
pit  ea  quos  sunt  Spiritus  Dei.    Quippc   Spiriius-sanclus 


PREMIER  SERMON  SUR  LE  CANTIQCEDESCANTIQUES. 


133 


de  lasagesse,  fuira  1'hypocrite  (Sap.  i,  15), »  c'est-a- 
dire  celui  qui  niene  une  vie  dereglee.  Jamais  il 
n'aura  plus  de  commerce  avec  la  vanite  du  monde, 
parce  qu'il  est  l'espritde  Verile  [Joan,  xiv,  17).  Car 
quelle  alliance  peut-il  y  avoir  entre  la  Sagesse  d'en 
haut  (1  Cor.  n,  19),  e1  celle  du  monde  qui  est  folie 
devant  Dieu,  et  la  sagesse  de  la  chair,  qui  estaussi 
ennemie  de  Dieu  (Rom.  vin,  7)?  Or,  je  ne  pense 
pasquel'ami  qui  nous  viendra  dedehors,  ait  sujet  de 
murmurer  contre  nous,  lorsqu'il  aura  mange  ce 
pain  si  excellent. 

Ix.  Mais  qui  le  rompra.  Voici  le  pere  de  famille, 
reconnaissez  le  Seigneur,  a  la  fraction  du  pain ; 
en  effet,  quel  autre  que  lui  est  capable  de  le  rom- 
pre?  Pour  moi,  je  ne  suis  pas  assez  temeraire  pour 
l'entreprendre,  et  si  vous  jetez  les  yeux  sur  moi, 
n'attendez  rien  de  moi ;  car  je  suis  un  de  ceux  qui 
attendent,  et  je  mendie  avec  vous  la  nourriture  de 
mon  ame,  l'aliment  de  mon  esprit.  Vraiment  pau- 
vre  et  indigent,  je  frappe  a  la  porte  de  celui  qui 
ouvre,  et  personne  ne  ferme  (Apoc.  m,  vers.  7), 
pour  obtenir  l'intelligence  des  profonds  mysteres 
qu'enferme  ce  discours.  Les  yeux  de  tout  le  monde 
sont  tournes  vers  vous,  Seigneur,  unique  objet  de 
notre  esperance.  Les  petits  enfants  out  demande 
du  pain,  et  il  n'y  a  personne  qui  le  leur  rompe. 
Nous  esperons  cette  faveur  de  votre  bonte,  0  Pere 
si  plein  de  misericorde,  rompez  votre  pain  a  ceux 
qui  ont  faim.  Ce  sera  par  mes  mains,  si  vous  dai- 
gnez  vous  servir  de  moi,  mais  ce  sera  par  le  se- 
cours  de  votre  grace. 
Ponrqioi  le       5   [)jtes-nous,  je  vous  prie,  qui  est  celui  qui  dit 

Cantiques    ces  paroles  :  «  Qu'il  me  baised'un  baiser  desabou- 
fiilwbaie  en  cue  [Cant.  1, 1) ;  »  de  qui  elles  sont  dites,  aquielles 

matiere.      s'adressent,  et  quel  est  cet  exorde  si  prompt,  dont 


le  mouvement  soudain  semble  plutot  le  milieu  que 
le  commencement  d'uu  discours.  Car,  a  l'entendre 
parler  de  la  sorte,  on  croirait  que  quelqu'un  a 
parle  avant  lui,  et  qu'il  introduit  une  personne  qui 
lui  repond,  et  lui  demande  un  baiser.  De  plus,  si 
cette  personne  demande  ou  ordonne  a  quelqu'un, 
quel  qu'il  soit,  de  le  baiser,  pourquoi  direexpres- 
sement  que  ce  soit  de  la  bouche,  et  meme  de  sa 
propre  bouche,  comme  si  #ceux  qui  se  baisent 
avaient  coutume  de  le  faire  autrement  qu'avec  la 
bouche,  ou  de  se  baiser  avec  la  bouche  d'un  autre? 
Encore,  ne  dit-il  pas  qu'il  me  baise  avec  sa  bou- 
che, mais,  par  une  facon  de  parler  moins  usitee, 
qu'il  me  baise  d'un  baiser  de  sa  bouche.  Certaine- 
ment,  un  discours  qui  commence  par  un  baiser  est 
bien  agreable.  Ainsi  en  est-il  de  l'Ecriture-sainte, 
elle  a  une  face  charmante,  qui  touche  d'abord,  et 
porte  a  la  lire  ,  en  sorte  que,  bien  qu'il  y  ait  de  la 
peine  a  decouvrir  les  sens  caches  qu'elle  enferme, 
cette  peine  se  change  en  delices  ;  et  la  douceur  du 
Lineage  et  de  l'expression  fait  qu'on  ne  sent  pas 
le  travail  qu'il  y  a  a  en  penetrer  l'intelligence.  Mais 
qui  est  celui,  que  ce  commencement  sans  commen- 
cement, et  cette  facon  de  parler  si  nouvelle  dans 
unlivre  si  ancien,  ne  rendrait  pas  attentif?  Ce  de- 
but moutre  bien  que  cet  ouvrage  n'est  pas  une 
production  de  l'esprit  humain,  et  qu'il  a  ete  com- 
pose par  le  Saint-Esprit  meme,  puisqu'il  est  fait 
avec  taut  d'art,  que,  bien  qu'il  soit  difficile  a  enten- 
dre, il  y  a  neanmoins  beaucoup  de  plaisir  a  en  re- 
chercher  l'intelligence. 

6.  Mais  quoi '?  Passerons-nous  le  titre  sous  si-   ^"^^ 
lence  ?  Non.  11  ne  faut  pas  laisser  le  moindre  iota, 
puisque  Jesus-Christ  nous  commande  de  recueillir 
les  moindres  fragments  des  paroles  sacrees,  pour 


discipline  effugiet  ficlum,  quod  est  vita  incontinen3  : 
sed  nee  erit  ei  unquam  pars  cum  mundi  vanitate,  cum 
veritatis  sit  Spiritus.  Quae  enim  societas  ei  quae  desur- 
sum  est  sapiential,  et  sapieutia?  mundi,  qua?  stultitia  est 
apud  Deum  ;  aut  sapiential  carnis,  qua?  et  ipsa  inimica 
est  Deo  ?  Puto  autem  quod  jam  non  habebit  unde  ad- 
versum  nos  murmuret  is,  qui  nobis  de  via  venit  amicus, 
cum  et  tertium  istum  insumpscrit  panem. 

4.  Sed  quis  franget  ?  Adest  Paterfamilias  ;  cognos- 
cite  Domiuum  in  fractione  panis.  Quis  unim  alter  ido- 
neus  ?  Non  equidem  ego  mihi  istud  temere  arrogave- 
rim.  Sic  spectetis  ad  me,  at  ex  me  non  exspectetis.  Nam 
et  ego  unus  sum  de  exspeelantibus,  mendicans  et  ipse 
vobiscum  cibum  anim;e  me;p,  alimoniam  spiritus.  Reve- 
ra  pauper  et  inops  pulso  ad  euro,  qui  aperit  et  nemo 
claudit,  super  sermonis  hujus  profundissimo  sacremento. 
Oculi  omnium  in  te  sperant,  Domine.  Parvuli  petie- 
runt  panem  :  non  est  qui  frangat  eis ;  speratur  id  a 
benignitate  tua.  0  piisssime,  frange  esurientibus  panem 
tuum,  meis  quidem  (si  dignaris)  maaibus,  sed  tuis  vi- 
ribus. 

5.  Die  quaeso  nobis,  a  quo,  de  quo,  ad  quemve  dii-.i- 
tur  :  Osculetur  meo  osculo  oris  sui  ?  aut  quale  est  istud 
ita  eubitaneum,  et  factum  repente  de  medio  sermonis 


exordium  ?  Sic  quippe  in  verba  prorumpit,  quasi  quem- 

piam  loquentem  praemiserit,  cui   consequenter   respon- 

dentem    et  banc   introducat  personam,  qu<ecumque  est 

ipsa  qua?  oscnlum  flagitat.  Deinde  si  se  osculari  a  nescio 

quo  vel  petit,  vel  praecipit ;  cur  signanter  et  nominatim 

ore,   et  ore  suo  ;  quasi  aliud   quam  os,  aut  alienum,  et 

non   potius   suum,    exhibere   sibi    soleant    osculantes? 

Quamquam  ne  hoc  quidem  dicit,  Osculetur  me  ore  suo: 

sed  aliud  *  profecto  inusitatius,  Osculo  inquit,  om  sui.     *  aliquid 

Et  quidem  jucundum  eloquium,  quod  ab  osculo  princi- 

pium  sumit,  et  blanda    ipsa    quaedam  scriptural   facies 

facile  afficit  et  allicit  ad  legendum,  ita    ut   quod  in   ea 

latet,  delectet  etiara  cum  labore  investigare,  nee  fatiget 

inquirendi  forte  difflcultas,  ubi   eloquii  suavitas  mulcet. 

Verum  quem  non  valde  attentum  faciat  istiusmodi  prin- 

cipium    sine  principio,   et    novitas  lonutionis   in  veteri 

libro  ?  Unde  constat  hoc  opus  non  humano  ingenio,  sed 

Spiritus  arte  ita  compositum,  ut  quamvis   difficile  intel- 

lectu,  sit  tamen  inquisitu  delectabile. 

G.  Sed  quid?  titulum  prsterimus?  Non  oportet  ne 
unum  quidem  iota  :  quando  et  minutias  jubemur  colli- 
gere  fragmentorum,  ne  pereant.  Titultis  talis  est  :  In- 
cipiunt  Cantica  canticorum  Salomonis.  Observa  in  pri- 
mis  Pacifici  nomen,quod  est  Salomon,  convenire  prin- 


134 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Lc*  eantiques 

dans 

l'tcriture- 

•ainte  sont 

diir.reols 
les  uns  des 

autre*. 


empecher  qii'ils  ne  se  perdent  (Maith.  v,  18  et 
Joan,  vi,  12).  Le  litre  est  eonou  en  cos  tonnes  : 
Ici  conimonoo  lo  Cantique  des  eantiques  de  Salo- 
mon. Observe!  d'abord  queleuoni  lie  Pacijique, 
qui  est  ce  quo  signifie  Salomon,  convient  fort 
Lion  on  tote  il'un  In  re  qui  commence  i^u-  mi  signe 
de  paix,  e'est-a-dire  par  un  baisor ;  et  re- 
marquez  encore  que  ce  debut  n'invito  a  ['intelli- 
gence (des  parlies  do  I'Ecriture  ou  il  se  trouve), 
que  los  inn's  tranquules  et  pacifiques,  qui  sunt 
exemptes  du  trouble  des  passions,  el  du  (umulte 
des  soins  de  la  terro. 

7.  No  vous  imaginez  pas  non  plus,  que  ce  soit 
sans  raison,  que  1  inscription  de  ce  livro  ne  porte 
pas  simplement,  lo  Cantique,  mais  lo  Cantique  des 
eantiques.  J'ui  lu  pli  atiques  dans  I'Ecri- 

ture, ot  jo  ne  me  souviens  point,  que  ce  nom  soit 
donne  a  un  autre.  Israel  chanta  un  cantique  au 
Seigneur  en  action  do  graces,  do  ce  qu'il  avait 
echappe  a  l'epee  ot  a  la  servitude  de  Pharaon,  et 
pour  s'etre  vn  delivre  ot  venge  en  mome  temps 
par  le  double  miracle  de  lamer  Rouge.  Noanmoins 
ce  cantique  n'est  point  appele  lo  Cantique  des  can- 
tiqnos  ;  mais  si  j'ai  bonne  memoire,  I'Ecriture  dit : 
« Israel  cbanta  ce  cantique  a  la  gloire  du  Seigneur 
{Exod.  xv,  1).»  Debbora  (Judic.r,  1)  Judith  {Judith. 
xvi,  1)  etla  mere  de  Samuel  (I  Reg.n,  1)  ont  chante 
des  eantiques  ;  quelques  prophetes  en  ont  pareille- 
ment  chante,  mais  on  ne  lit  nulle  part  qu'aucun  d'eux 
ait  appele  son  cantique,  le  Cantique  des  eantiques. 
D'ailleurs  on  voit,  si  je  ne  me  trompe,  que  tou- 
tes  ces  personnes  ont  chante  a  cause  de  quelque 
avantage  recu  par  eux  ou  par  les  leurs,  par  exem- 
ple,  pour  avoir  gagne  une  bataille,  echappe  a  un 
peril,  obtenu  cequ'ils  souhaitaient,  etpour  d'autres 


cipio  libri,  qui  incipit  a  signo  pacis,  id  est  ab  osculo; 
simulque  adverte  hujuscemodi  principiis  solas  ad  banc 
intelligendani  scripturam  mentes  invitari  pacificas,  qua? 
sese  jam  a  vitiorum  vindicare  perturbationibus  et  cura- 
rum    tumultibus  praevalent. 

7.  Dehinc  ne  hoc  quoquc  otiosum  putes,  quod  non 
simpliciter  cantica,  sed  Cantica  canticorum  habet  inscrip- 
tio.  Multa  quippe  legi  cantica  in  Scripturis,  et  nullum 
illorum  meniini  taliter  appcllari.  Cecinit  Israel  carmen 
Domino,  quod  gladium  pariter  et  jugum  evaserit  Pha- 
raonis,  gemino  maris  mirabiliter  liberatus  simul  et  vin- 
dicatus  obsequio.  Non  tamen  quod  cecinit,  dictum  est 
Canticum  canticorum,  sed,  si  bene  recolo,  cecinit,  ait 
Scrlptura,  Iu-ael  carmen  hoc  Domino.  Cecinit  etiam 
Debbora,  cecinit  et  Judith,  cecinit  et  mater  Samuelis, 
Prophetae  qnoqne  aliqui  cecinerunt ;  et  nemo  eorum 
legitur  appellasse  canticum  suum  Cantica  canticorum. 
Sane  omncs  (ni  fallor)  cccinisse  repcrics  pro  quocuu- 
fjue  suo,  suorumve  percepto  commodo  :  verbi  gratia 
pro  obtentu  vicloriae,  pro  cvasionc  periculi,  ant  pro  con- 
cupitae  rei  qualiscunque  adepto  beneficio.  Ita  ergo  ple- 
rique  cecinerunt,  singuli  pro  singulis  causis,  ne  ingrati 
divinis  beneficiis  invenirentur,  juxta  illud  :  Confitebitur 
iibi,  cum  Oenefecerii  ei.  At  vero    rex  iste  Salomon,  sa- 


snjots  semblables,  et  chacun  pour  des  causes  par- 
ticulieres,  el  do  pour  de  parailre  ingrats  pour  les 
bienfaits  de  Dieu,  suivantcelte  parole  du  Prophete  : 
a  Le  juste  vous  donnera  des  louanges,  lorsquevous 
lui  aurez  fait  quelque  grace  (Psal.  xt.  vm,  19).  » 
Mais  Salomon,  ce  roi,  doue  d'une  sagesse  admira- 
ble, olevo  an  comble  de  la  gloire,  comble'  do  biens, 
i-t  jouissaut  dune  paix  parfaite,  n'avait  besoin 
d'aucune  des  favours  dont  nous  avons  parle,  qui 
put  lui  donnor  le  sujetde  chanter  son  divin  Cauti- 
que.  On  ne  trouve  memo  on  mil  endroit  de  l'Ecri- 
ture,  rii'ii  qui  soluble  marquer  cela. 

8.  Cost  done  par  uno  inspiration  divine,  qu'il  a 
chante  les  louanges  de  Jesus-Christ  et  de  l'Eglise, 
la  grace  d'un  amour  sacro,  ot  les  mysteres  d'un 
mariage  eternel,  qu'il  a  exprime  les  desirs  d'une 
ftme  sainte,  et  que,  dans  los  transports  d'une  alle- 
gresse  loute  spirituollo,  il  a  compose  un  Epithala- 
ino  dans  un  style  agreable  ot  figure.  Car,  al'exem- 
ple  de  Moise,  il  voilait  sa  face,  qui  sans  doute  n'e- 
tait  pas  moius  rosplendissante  que  la  sionne 
a  cot  egard,  parce  que,  en  ce  temps-la,  il  n'y  avait 
personne,  ou  du  moins,  il  y  en  avait  tres-peu  qui 
fussent  capables  de  soutenir  cette  gloire  dans  lout 
son  eclat.  Je  crois  done  que  ce  chant  nuptial  est 
nomme  le  Cantique  des  eantiques,  a  cause  de  son 
excellence,  comme  celui  en  l'honneur  de  qui  il  a 
ete  fait  est  appele,  par  excellence,  le  Roi  des  rois, 
et  le  Dominatour  des  domiuateurs  (I  Km.  vi,  15). 

9.  Si  vous  consultez  votre  propre  experience  a, 
apres  la  victoire  que  votre  foi  a  rempoi  toe  sur  le 
monde,  et  quand  vous  vous  etes  vus  hors  de  l'a- 
bime  de  misere,  et   du  fond   du  bourbier,  n'avez- 

a  Le  mannscrit  dc  Citeaux  ajoute  ces  mola  :  «  Les  eantiques 
qne  nous  devoos  chanter  il  chaque  progres,  »  mais  e'est  une  faute 


Analjso  de 
ce  lirr«. 


Les  retigtecx 

ont  auasi 

d  s 

eantiques  qui 

leur 
cODviennent. 


pienlia  singularis,  sublimis  gloria,  rebus  affluens,  pace 
securus,  nullius  talium  eguisse  cognoscitur,  pro  quo 
accepto  ista  decantare  libuerit.  Sed  nee  Scriptura  ipsa 
sui  uspiam  tale  aliquid  significare  videtur. 

8.  Itaque  divinitus  inspiratus,  Christi  ct  ccclesiae  lau- 
des,  et  sacri  amoris  gratiam,  et  aetemi  connubii  cecinit 
sacramenta;  simulque  e.xpressit  sancla;  desiderinm  ani- 
ma?  ;  et  cpilhulamii  carmen,  exsultans  in  spiritu,  jucundo 
composuit  eulogio,  figurato  tamen.  Nimirum  vejabat  et 
ipse  instar  Moysi  faciem  suam,  non  minus  forsitan  in 
hac  parte  fulgentem,  eo  quod  illo  adhuc  in  tempore  ne- 
mo, aut  ranis  erat,  qui  revelata  facie  gloriam  istam  spe- 
culaii  sufficeret.  Igitur  pro  sui  excellcntia  rcor  nuptiale 
hoc  carmen  hujusmodi  titulo  praesignitum,  "  ut  merito 
Cantica  canticorum  singulariter  appelletur,  sicut  is  quo- 
que  cui  canitur,  singulariter  est  dictus  Rex  regum,  et 
Uominus  dominantimn. 

9.  Caeterum  vos,  si  vestram  experienliam  advertatis, 
nonne  in  victoria,  qua  vicit  mundum  fides  vestra,  et  in 
exitu  vestro  de  lacu  miserias  ct  de  Into  fecis,  cantaslis 
et  ipsi  Domino  canticum  novum,  quia  mirabilia  fecit? 
Rnrsus  cum  adjecit  primum  supra  pctram  statucre  pe- 
des vestros,  ct  dirigeie  gressus  vestros ;  puto  quod  et 
tunc  nihilominus    pro   indulta  novitatc   vitae  immissom 


ol.  ['r.-r.ig 
natum, 


PREMIER  SERMON  SUR  LE 

tous  pas  aussi  chante  au  Seigneur  un  cantique 
nouveau  en  reconnaissance  des  merveilles  qu'il  a 
operees  ?  et  lorsqa'il  a  commence  a  affermir  vos 
pieds  sur  la  pierre,  et  a  conduire  vos  pas,  je  ne 
doute  point  que,  pour  le  remercier  de  ce  renouvel- 
lement  de  vie,  vous  n'ayez  encore  chante  un  autre 
cantique  a  la  gloire  de  notre  Dieu.  Mais  lorsque, 
apresvotre  repentir,  non-seulementil  vous  remit  vos 
peches,  mais  vous  promit  meme  des  recompenses, 
la  joie  dont  vous  a  combles  l'esperance  des  biens 
futurs  ne  vous  a-t-elle  pas  animes  encore  davan- 
tage  a  chanter  dans  les  voies  du  Seigneur,  combien 
sa  gloire  est  grande?  Et  quand  l'un  de  vous,  trou- 
Tant  quelque  obscurite  dans  l'Eeriture,  vient  a  en 
avoir  l'eclaircissement,  il  n'y  a  point  de  doute  qu'en 
actions  de  grace  de  ce  qu'il  a  recu  la  nourrilure  de 
ce  pain  celeste,  il  ne  fasse  retentir  un  chant  d'alle- 
gresse  et  de  louanges,  comme  ceux  qu'on  eiitend 
dans  un  festin  delicieux.  Enfin,  dans  vos  exercices 
et  vos  combats  de  chaque  jour,  car  il  n'y  a  pas  de 
treve  pour  ceux  qui  vivent  avec  piete  en  Jesus- 
Christ,  de  la  part,  soit  de  la  chair,  soit  du  monde 
et  du  diable  (Job  vu,  1).  La  vie  de  l'homnie  sur  la 
terre  est  une  guerre  continuelle  comme  vous  l'e- 
prouvez  sans  cesse  en  vous-meines,en  sorte  que  cha- 
que jour  vous  devez  chanter  de  nouveaux  cantiques 
pour  les  victoires  que  vous  remportez.  Toutes  les 
fois  qu'on  surmonte  une  tentation,  qu'on  dompte 
un  vice,  qu'on  evite  un  peril  imminent,  ou  qu'on 
decouvre  le  Diet  de  celui  qui  tendait  des  pieges, 
qu'on  est  parfaitement  gueri  d'une  passion  ancienne 
et  inveteree  de  lame,  que  par  une  faveur  parti- 
culiere  de  Dieu  on  acquiert  quelque  vertu 
longtemps  desiree  et  souvent  demandee,  n'entend- 
on  pas,  selon  le  Prophete,  retentir  des  actions  de 
grace  et  des  paroles   de  louanges   (/sa.  li.  3),   a 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  135 

chacun  de  ses  bienfaits,  Dien  n'est-il  pas  beni  dans 
ses  dons  ?  S'il  en  etait  autrement,  celui-la  serait 
estime  ingrat  au  jour  du  jugement  qui  ne  pourrait 
dire  a  Dieu :  «  Vos  bienfaits  etaient  le  sujet  de  rnes 
cantiques  dansle  lieu  de  monexil,  (Psal.  cxvni.  5/i).» 

10.  Jecrois  que  vous  reconnaissez  deja  dans  vous 
memes,  ce  que,  dans  le  psautier,  on  appelle  non 
pas  Cantiques  des  cantiques,  mais  cantiques  gra- 
duels  ;  parce  que  a  mesure  que  vous  faites  quel- 
ques  progres,  selon  les  degres  que  chacun  a  disposes 
dans  son  coeur,  vous  devez  chanter  un  cantique  a 
la  louange  et  a  la  gloire  de  celui  qui  est  la  cause 
de  cet  avancement.  Sans  cela,  je  ne  vois  pas  com- 
ment ce  vcrset  du  psaume  peut  etre  accompli ;  «  on 
entend  dans  la  tente  des  justes  une  action  de  grace 
d'un  succes  si  favorable,  (Psal.  cxvu.  15),  »  ou  du 
moins  cette  belle  et  salutaire  exhortation  de  l'Apotre : 
«  Chantez  dans  votre  coeur  des  psaumes,  des  hymnes 
et  des  cantiques  spirituels  a  la  gloire  de  Dieu, 
(Coloss.  in.  Ep/ies.  v.).  » 

11.  Mais  il  y  ami  cantique  qui, par  sou  excellence 
et  sa  douceur  incomparable,  surpasse  tous  ceux 
dont  nous  avons  parle;  et  quelque  autre  que  ce 
puisse  etre.  Onl'appelle,  avecraison,  leCantiquedes 
cantiques,  attendu  que  e'est  le  fruit  de  tous  les  au- 
tres.  11  n'y  a  que  la  seule  onction  de  la  grice  qui 
l'enseigne,  et  la  seule  experience  qui  l'apprenne, 
que  ceux  qui  l'ont  eprouve  le  reconnaissent ;  que 
ceux  qui  n'ont  pas  encore  cette  experience  brulent 
du  desir,  non  de  le  connaitre,  mais  de  l'eprouver. 
Car  ce  n'est  pas  un  bruit  de  la  bouche,  mais  une 
allegresse  du  coeur  ;  ce  n'est  pas  un  son  des  levres 
mais  un  mouvement  de  joie;  e'est  un  concert  non 
de  voix,  mais  de  volontes.  On  ne  1'entend  point  au 
dehors,  et  il  ne  retentit  pas  en  public.  II  n'y  a  que 
celle  qui  le  chante  et  celui  en  l'honneur  de  qui  elle 


Cantiques 

graduela : 

d'oii  vient  ct 

nom. 


sit  in  os  vestrnm  oanticum  novum,  carmen  Deo  nostro. 
Quid  cum  prenitentibus  vobis  non  solum  peccata  dimi- 
sit,  sed  insuper  promisil  et  pramia ;  non  multo  magis 
spe  gaudentes  futuroram  bonorum,  canlastis  in  viis  Do- 
mini, quoniam  magna  est  gloria  Domini  ?  At  si  cui  forte 
vestrum  clausum  vel  obscurum  aliquid  de  Scripluris  in- 
terdum  cluxerit ;  tunc  prorsus  necesse  est  pro  percepta 
caslestis  panis  alimonia  divinas  mulceat  aures  in  voce 
exsultationis  et  confessionis  sonus  epulantis.  Sed  et  in 
quotidianis  exercitiis  et  bellis,  quae  nulla  hora  pie  in 
Christo  viventibus  desunt  a  came,  a  mundo,  a  diabolo, 
sicut  mililiam  esse  vitam  hominis  super  terram  inces- 
santer  experimini  in  vobismet  ipsis;  quotidiana  necesse 
est  cantica  pro  assecutis  victoriis  innovari.  Quoties  ten- 
tatio  superatur,  aut  vitium  subjugatur,  aut  imminens 
periculum  dcclinatur,  aut  laqueus  insidiantis  deprehen- 
ditur,  aut  annosa  et  inveterata  quaecunquc  animac  passio 
semel  perfeeleque  sanatur,  aut  multum  diuque  cupita  et 
saspius  petita  virtus  tandem  aliquando  Dei  munere  obli- 
netur  :  quid  nisi  toties,  juxta  Prophetaui,  personat  gra- 
tiarum  actio  et  vox  laudis,  et  ad  singula  quaeque  bene- 
flcia  benedicitur  Deus  in  donis  suis?  Alioqtnn  ingratus 
puretabitur,  cum  discussio  venerit,  qui  non  poterit  dice- 


riigniti  et 

douceur 

d8 

ce  cantique. 


re  Deo  :  Canlabiles  mihi  erant  juslificationes  tuce  in  loco, 
■peregrinationis   meoe. 

10.  Arbitror  vos  in  vobis  ipsis  ilia  jam  recognoscere, 
qua;  in  psalterio,  non  Cantica  canlicorum,  sed  Cantica 
graduum  appellantur ,  eo  quod  ad  singulos  profectus 
vestros,  juxta  ascensiones  quas  quisque  in  fcorde  suo 
disposuit,  singula  sint  cantica  depromenda  ad  laudem  et 
gloriam  promoventis.  Quonam  modo  impleatur  aliter 
llle  versiculus  non  video  :  Vox  exsultationis  et  salutis 
in  fabernaculis  justorum,  aut  certe  Apostoli  ilia  pulcher- 
rima  saluberrima  que  exhortatio  :  In  psalmis,hymnis,  et 
canticis  spiritualibus  cantantes,  et  psallentes  in  cordibus 
vestris  domino. 

il.  Sed  est  cantictim,  quod  sul  singulari  dignitate  et 
suavitate  cunctis  merito  quae  memoravimus,  et  si  qua 
sunt  alia,  antecellit  :  et  jure  hoc  appellaverim  Canticum 
canlicorum,  quia  casterorum  omnium  ipsum  est  fructua. 
Istiusmodi  canticum  sola  unctio  docet,  sola  addiscit  ex- 
perientia.  Experti  recognoscant,  inexperti  inardescant 
desiderio,  non  tarn  cognoscendi,  quam  experiendi.  Non 
est  enim  strepitus  oris,  setl  jubilus  cordis ;  non  sonus 
labiorum,  sed  motus  gaudiorum  ;  voluntatnm,  non  vo- 
cum  consonanlia.  Non  auditur  foris,  nee  enim  In  publi- 


136 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Les  notices 
font  moini 

propres 
a  colendre 
co  c  antique. 


]e  chante,  c'est-a-direl'Epoux  ct  l'Epouse  qui  I'm-  temps  on  nous  vivons.  Car,  qui  d'entre  nous  ressent 

tendent.  Car  c'est  on  chant  nuptial  qui  exprime  do  autant  de  joie,  d'avoir  recu  cotto  grace,  que  les 

chastes  et  douz  embrassements  dVsprit,  une  union  saints  de  1'ancienne  loiavaient  dedesirde  voir  s'ac- 

pai&ite  de  Tolontesj   et   une  liaison  d'affection  et  complir  lapromesse  qui  Ieur  en  avait  etefaite? 

d'inclinations  reciproques.  Plusieurs,  a  Laverite,  se  rejouiront  an  jour  de  cette 

12.  Au  reste,  il  n'appartient  pas  de  le  chanter  naissance   que  nous  ullons  bientdt  celfebrer,  mais 

ou  de  l'entendre  a  une  ame  qui  esl  encore  dans  Dieu  veuille  que  ces  rejouissances  aient  vraiment 


1'enfance  de  la  vertu  et  nouvellement  sortie  du  sie- 
cle  ;  mais  a  une  ame  avancee  el  inslruite  qui,  par 
les  progres  que  la  grace  de  Dieu  lui  a  fait  faire,  a 
tellenu-nt  grandi, sinon  en  age,  du  moinsen  merite. 


pour  obje!  la  nativite  de  Jesus,  nun  la  vanite.  Ces 
paroles  done  :  a  Qu'il  me  baise  dubaiserde  sa  bou- 
che  (Cant.  i.  1),»  respirent  l'ardeur  des  desirs  et  la 
pieuse  impatience  de  ces  grands  homines.  Le  petit 


quelle  est  arrivee  a  I'age  parfait  et  nubile,   si  je  nombre  de  ceux  qui,  pour  lors,  etaient  amines  de 

puis  parler  ainsi,  et  qu'elle  est  deveuue  capable  de  de   I'Esprit-Saint,  sentaieiit   par  avance   combien 

contracter  mariage  avec  I'fipoui  celeste,    telle  en-  grande  devait  etre  la  grace  qui  serait  repandue  sur 

fin  que  nous  la  depeindrons  plus  amplement  en  son  ses  levres  divines.  C'est  ce  qui  lour  faisait  dire,  dans 

lieu.   Mais  l'heure    a  laquelle  la  pauvrete  de  noire  l'ardeur  du   desir  dont  leur  ame  etait  enQammee  : 

institut  nous  commande  de  nous  occuper  au  travail  «  Qu'il  me  baise  du  baiser  de  sa  bum-he,  »  souhai- 

des  mains  se  passe.  Deniain  nous  continuerons  au  tant  passionnement  de  n'etre  pas  prives  d'une  si 

nom  de  Dieu,  ce  que  nous  avons  commence  sur  le  grande  douceur. 


baiser  ;  puisque    aujourd'hui  nous   avons   acheve 
l'esplication  du  titre. 

SERMON  II. 

Avec  quelle  impatience  les  patriarches  et  les  prophctes 


L'ardeur 

aTcc  laquellc 

les  p  eres  de 

1'AoeieD 

Testament 

dAsirtient 

TiDcarnztioQ 

da  Cbrist 

coodamoe 

cotre 
tiedour. 


2.  Ainsi,  chacun  d'eux  disait :  De  quoi  me  servent 
taut  de  discours  sortis  de  la  boucbe  des  propbetes? 
Que  celui-la  plutot  qui  est  le  plus  beau  des  enfants 
des  homines,  que  celui-la,  dis-je,  me  baise  du  bai- 
ser de  sa  bouche.  Je  ne  veux  plus  entendre  parler 
Moise,  il  ne  fait  que  begayer  pour  moi,  (E.rod.  iv.). 
attendaient  I' incarnation  duFilsde  Dieu,  qu  Us  ont    Les  levres   d'Isa'ie  soot  impures  (ha.  vi.)   Jeremie 

ne  sait  pas  parler,  car  ce  n'est  qu'un  enfant.  (Hier.  I.). 
Enlin  tous  les  prophetes  sont  muets,  mais  que  ee- 
lui  dont  ils  parlent  tant,  oui,  que  celui-la  me  parle 
lui-meme  ;  que  lui-meme  me  baise  du  baiser  de  sa 
boucbe.  Qu'il  ne  me  parle  plus  en  eux,  ou  par  eux ; 


1.  Je  pense  souvent  aux  briilants  desirs  avec  les- 
qnels  les  anciens  patriarches  soupiraient  apres  l'in- 
carnation  de  Jesus-Christ,  et  je  suis  touche  d'un 

vif  sentiment  de  douleur,  j'en  ressens  une  grande  car  leur  langage  est  comme  un  nuage  tenehreux 
confusion  en  moi-meme,  et  maintenant  encore  a  dans  l'air  ;  mais  qu'il  me  baise  lui-meme  du  baiser 
peine  puis-je  retenir  mes  larmes,  tant  je  suis  confus  de  sa  bouche,  que  son  agreable  presence,  les 
de  la  tiedeur  et  de  l'insensibilite  des  malheureux    torrents    de     son     admirable    doctrime    devien- 


co  personat  :  sola  quae  cantat  audit,  et  cui  cantalur,  id 
est  Sponsa  el  Sponsus.  Est  quippenuptiale  carmen,  ex- 
primens  caslos  jucundosquc  complexus  animorum,  mo- 
rum  concordiam,  alfectuumciue  consentaneam  ad  alteru- 
trum  charitatem. 

12.  CiBterum  non  est  illud  cantare  sen  audire  animae 
puerilis  et  neophytaj  adhuc,  et  recens  converse  de  sae- 
culo,  sed  provcctae  jam  et  eruditae  mentis;  quae  suis 
nimirum  profectibus,  Deo  promovcnle,  in  tantum  jam 
creverit,  quatcnus  ad  perfeclam  ■ctatem,  et  ad  nubiles 
quodam  modo  pcrvenerit  annos,  annos  dico  mcritorum, 
non  temporum  ;  facta  nuptiis  coelestis  sponsi  idonea, 
qualis  denique  suo  loco  plenius  describetur.  Sed  prae- 
terit  hora,  qua  nos  exire  urget  ad  opera  manuum  et 
paupertas,  et  inslitutio  regularis.  Gras  in  nomine  Domi- 
ni quod  corpcramus  prosequemur  de  osculo,  quia  de 
titulo  hodiernus  sermo    nos  cxpedivit. 

SERMO  II. 

De  Incarnation?   Christi   prr  patriarchal  et  prophetas 
nuntiata,  et  ardentissime  «b  ein  exspectata. 

1.  Ardorem  desiderii  patruin  suspiraiilium  Christi  in 
carne  prasentiam  frcquentissimc  cogiluns,  compungor 
et  confundor  in  memetipso-  i  et  nunc  vix  oontineo  lacry 


mas,  ita  pndet  teporis  torpoiisque  miserabilium  tempo- 
rum  liorum.  Cui  namquc  nostrum  tantum  iugerat  gau- 
dium  gratiae  hujus  exliibilio,  quantum  Sanctis  veteribus 
accenderat  desiderium  promissio  ?  Ecee  cnim  quam 
multi  in  hac  ejus,  qui-  proximo  celebranda  est,  Nativi- 
lale  gaudebunt!  sed  utinam  de  nativitate,  non  de  vani- 
tate !  Riorum  ergo  desiderium  Oagrans  et  pire  exspcc- 
tationis  affectum  spiral  mild  vox  ista  :  Osculetur  me  os- 
cuh  oris  rat.  Senseraf  nimirum  in  spiritu,  quisqins  tunc 
spiritualis  esso  polerat,  quanta  foret  gratia  diffusa  in 
labiis  illis.  Propterea  loquens  in  desidcrio  anitiiau  aie- 
bat,  Osculetur  me  osculo  oris  sui;  nimirum  omnimodis 
cupiens  tantaa  suavitatis  participio  non  fraudari. 

2.  Dicobal  enim  perfeclus  quisque  :  Quo  mihi  ora 
haec  seminiverbia  prophetarum'.'  Ipse  potius  speciosus 
forma  pra  filiis  bominum,  ipse  me  osculetur  osculo  oris 
sui.  Non  audio  jam  Moysen  :  impeditioris  siquidem 
linguae  factus  est  mihi.  [saioa  labia  immunda  sunt  :  Je- 
remias  nescit  loqui,  quia  puer  est  :  et  prophet®  omnes 
elingues  sunt.  Ipse,  ipse  quem  loquuntur,  ipseloquatur: 
ipse  me  osculetur  osculo  oris  sui.  Non  in  eis  jam,  aut 
per  eos  loquatur  mihi,  quoniam  lenebrosa  aqua  in  nu- 
bibus  aeris  :  sed  ipse  me  osculetur  osculo  oris  sui,  cu- 
jus  graliosa   prassentia,   ct   admiranda?  fluenla  doctrinae 


DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


137 


nent  en  moi  une  fontaine  d'eau  vive  qui  jaillisse 
pour  la  vie  eternelle.  Celui  que  le  perea  saere  avec 
line  huile  de  joie  d'unemaniere  plus  excellente  que 
tons  ceux  qui  participent  a  sa  gloire.  ne  versera-t-il 
pas  en  moi  une  grace  plus  abondante,  si  toutefois  il 
daigne  me  baiser  du  baiser  de  sa  bouche,  lui  dont 
le  discours  vif  et  efficace  est  un  baiser  pour  moi  et 
un  baiser  qui  ne  consiste  pas  dans  l'union  des  levres, 
marque  trop  souvent  trompeuse  de  celle  des  esprits, 
mais  dans  une  infusion  de  joie,  une  revelation  de 
mvsteres,  et  un  rapprochement  parfait  et  admira- 
ble de  la  lumiere  celeste  qui  eclaire  lime,  et  de 
l'ume  qui  en  est  eclairee?  Car  celui  qui  adhere  a 
Dieu  ne  fait  qu'un  esprit  avec  lui.  (1.  Cur.  vi,  17). 
Aussi  est-ce  avec  raison  que  je  ne  recois  ni  visions, 
ni  songes,  que  je  ne  veux  point  de  figures  ni  d'e- 
nigmes,  et  que  je  meprise  meme  les  beautes  ange- 
liques.  Car  mon  Jesus  les  surpasse  muniment  par 
les  charmes  de  ses  graces  infinies.  Ce  n'est  done 
point  a  un  autre  que  lui,  quel  qu'il  soit,  a  un  ange 
ou  a  un  homme ;  mais  e'est  a  lui-meme  que  je  de- 
mande  qu'il  me  baise  d'un  baiser  de  sa  bouche. 
Je  n'ai  pas  assez  de  presomption,  pour  qu'il  me 
baise  de  sa  bouche.  Ce  bonheur  unique,  ce  privilege 
singuliei  n'appartient  qu'a  l'homme  que  le  Verbe 
a  pris  dans  l'lncarnation.  Mais  je  me  contente  de 
lui  demander  tres-humblenient  qu'il  me  baise  seu- 
lement  d'unbaiser  de  sa  bouche,  ce  qui  est  commun 
a  tous  ceux  qui  peuvent  dire  :  «  Nous  avons  tous 
recu  quelque  chose  de  sa  plenitude  et  de  son  abon- 
dance  [Joan.  1,  16  .  » 
3.  Maisecoutez,  le  Verbe  qui  s'incarneestla  bouche 
qui  baise.  La  chair  qu'il  prend  est  la  bouche  qui  re- 
le'  baiser,  de  cuit  ce  baiser.  Le  baiser  qui  se  forme  sur  les  levres 


Explication 
de    celui 
qui   donne 


de  celui  qui  le  donne  et  de  celui  quile  recoit,  est  la     Klai  qni 
personne  composee  de  l'un et  del'autre,  Jesus-Christ,   le  recoit.  et 

f  .  „,        da  baiser  en 

1  homme  mediateur  entre  Dieu  et  les  hommes.  C  est  k  lui-meme, 
done  pour  cette  raison  que  nul  saint  n'osait  dire 
qu'il  me  baise  de  sa  bouche ;  mais  seulement,  d'un 
baiser  de  sa  bouche,  laissant  cette  prerogative  a 
celle  sur  qui  la  bouche  adorable  du  Verbe  s'est  une 
fois  imprimee  d'une  maniere  unique,  lorsque  la 
plenitude  de  la  Diviuite  s'est  jointe  corporellement 
a  elle.  Heureux  baiser,  honneur  etonnant  et  mer- 
veilleux  ,  dans  lequel  la  bouche  ne  s'est  pas  appli- 
quee  sur  la  bouche,  mais  oil  l'union  des  deux  natu- 
res assemble  les  choses  divines  avec  les  humaines, 
lie  par  un  lien  de  paix  la  terre  avec  le  ciel.  «  Car  il 
est  notre  paix,  lui  qui  de  deux  n'a  fait  qu'un  (Eph. 
il.  14).  »  C'etait  done  apres  cc  baiser,  que  les  saints 
de  l'Ancien  Testament  soupiraient;  parce  qu'ils  pres- 
sentaient  qu'il  renfermerait  une  joie  immortelle,  et 
tous  les  tresors  de  la  sagesse  et  de  la  science,  et 
qu'ils  desiraient  avoir  part  a  l'abondance  des  biens 
qu'il  devait  apporter. 

k.  Je  vois  bien  que  ce  que  je  vous  dis  vous  plait.  Autre  sens. 
Mais  voici  encore  un  autre  sens.  Las  saints  n'igno- 
raient  pas  que  meme  avant  l'avenement  du  Sauveur, 
Dieu  format  des  desseins  de  pais  sur  les  hommes, 
{liter,  xxix,  11).  Car  il  ne  pouvait  rien  au  sujet  du 
monde,  qu'il  ne  le  revelat  aux  prophetes  ses  servi- 
teurs,  [Amos.  in.  7),  Et  neanmoins  peu  de  person- 
nes  en  avaient  la connaissance  {Luc.  xvm. Ik);  car,  en 
ce  temps-la,  la  foi  etait  rare  sur  la  terre,  et  l'espe- 
rance,  petite  chez  la  plupart  de  ceux-memes  qui 
attendaient  la  redemption  d'Israel.  Mais  ceux  qui 
lesavaient  d'avance,  predisaientque  Jesus-Christ  de- 
vait venir  dans  la  chair  et  apporter  la  paix  avec  lui. 


lpaas. 


fiant  in  me  fons  aquae  salientis  in  vitam  aeternam.  Quem 
unxit  Pater  oleo  laetitiae  prs  consortibus  suis,  numquid 
non  ex  ipso  mihi  uberior  infunditur  gratia  ?  Si  tamen 
dignelur  me  osculari  osculo  oris  sui.  Cujus  utique  ser- 
mo  vivus  et  efficax  osculum  mihi  est,  non  quidera  con- 
junctio  labiorum,  quae  interdum  pacem  mentitur  ani- 
morum;  sed  plane  infusio  gaudiorum,  revelatio  secre- 
loruna,  mira  quajdam  et  quodam  modo  indiscreta 
commixtio  superni  luminis  et  illuminatae  mentis.  Adhye- 
rens  quippe  Deo,  unus  spiritus  est.  Merito  proinde 
visiones  et  somnia  non  recipio,  figuras  et  eenigmata 
nolo  ;  ipsas  quoque  angelicas  fastidio  species.  Quippe  et 
ipsos  *  longe  superat  Jesus  meus  specie  sua  et  pulchri- 
tueine  sua.  Non  ergo  alium  sive  angelum,  sive  bominem, 
sed  ipsum  peto  osculari  me  osculo  oris  sui.  Nee  sane 
praesumo  me  osculatum  iri  ab  ore  ipsius,  (est  enim  boc 
assumpti  hominis  unca?  felicitatis  et  praerogativae  singu- 
laris)  :  sed  humilius  ab  osculo  oris  sui  peto  me  osculari. 
quod  commune  utique  est  multorum,  qui  dicere  possuat: 
Et  nos  omnes  de  plenitudine  ejus  accepimus. 

3.  Intendite.  Sit  os  osculans,  verbum  assumensj  oscu- 
latum, caro  quae  assumitur  :  osculum  vero,  quod  pariter 
ab  osculante  et  osculato  conQcitur,  persona  ipsa  scilicet 
ex  utroque  compacta,  mediator  Dei  et  buminum  homo 
Christus    Jesus.    Hac   ergo   ratione    sanctorum    nemo 


dicere  prssumebat,  osculetur  me  ore  suo ;  sed  tantum 
osculo  oris  sui  :  ipsi  sane  servantes  praerogativam  istam, 
cui  singulariter  semelque  os  verbi  impiessum  tunc  est, 
cum  ci  se  corporaliter  plenitudo  omnis  divinitatis 
indulsit.  Felix  osculum,  ac  stupenda  dignatione  mirabile, 
in  quo  non  os  ori  imprimitur,  sed  Deus  homini  unitur. 
Et  ibi  quidem  contactus  labiorum  complexum  significat 
animorum  :  hie  autem  confeederatio  naturarum  divinis 
humana  componit,  quae  in  terra  sunt,  et  quae  in  coelis 
pacificans.  Ipse  est  enim  pax  nostra,  qui  fecit  utraque 
unum.  Ad  hoc  igitur  osculum  sanctus  quisque  antiqui 
temporis  suspirabat;  eo  quod  jucundilatem  et  exul- 
tationem  thesaurizari  super  eum,  et  lhesauro3  omnes 
sapientiae  et  sciential  in  ipso  absconditos  praesentirent, 
cuperentque  et  ipsi  de  plenitudine  ejusaccipere. 

4.  Sentio,  placet  vobis  quod  dicitur  :  sed  accipite  et 
alium  sensum.  Non  latuit  sanctos  et  aute  adventum 
Salvatoris,  Deum  super  mortalium  genus  cogitare  cogi- 
tationes  pacis.  Nee  enim  faceret  verbum  super  terram, 
quod  non  revelaret  servis  suis  prophetis.  Erat  tamen 
verbum  hoc  absconditum  a  multis.  Fuit  namque  in 
tempore  illo  rara  fides  in  terris,  et  tenuis  admodnm 
spes  in  pluribus  quoque  illorum ,  qui  exspectabant 
redemptionem  Israel.  Qui  vero  praesciebant,  ipsi  et 
praedicebant  Christum  in  carne  venturum,   et  cum  ipso 


138 


(TEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Ce  qui  a  fait  dire  al'und'eux.  aLapaixsera  sax  la  sormais  me  contenter  de  paroles?  II  vaut  bien 

terre  lorsqu'il  viendra,  (Mich,  v,  v). »  Uspubliaient  mieux  confirmerles  paroles  paries  efTets.  Que  Dieu 

mexae  avcc  toute  Borta  de  confiance,  comme  lis  I'a-  montre  que  ces  messagers  sont  veridiques,  si  tou- 

vaient  appris  d'en  haul,  que  les  homines,  par  son  tefois  ce  sont   ses   envoyes,    et  que  lui-meme  les 

moyen,  recouvreraientla grace deDieu.Cequele pre-  suive,  ainsi  qu'ilsl'ont  promis  si  souvent;  car  sans 

curseur  de  Jesus-Christ,  Jean-Baptiste,  vit  s'accom-  lui,  ils  ne  peuvent  rien  faire  (Joan.  1,  3).  11  aenvoye 

plir  de  son  temps,  etannonca  en  disant:  «  la  grace  un  serviteur,  il  lui  a  donne  son  baton,    et  ni  la 

et  la  verity  out  et6  apportees  an  monde  par  Jesus-  voix  ni  la  vie  ne  revienncnt.  Je  ne  me  leverai,  je 


Christ,   (Juan.  i,   7) :  »  et  tout  le  peuple  Chretien 
eprouve  maintenant  que  cela  est  ainsi. 

5.  Au  reste,  comme  ils  annoncaient  la  pais,  et  que 
l'Auteur  de  la  pais  tardait  avenir,  la  foi  du  peuple 
retard  que  le  t>t t*it  chancelante,  parce  qu'il  n'y  avait  personne 
pour  les  racheter  et  les  sauver.  Cela  portait  les 
bommes  a  se  plaindre  de  ce  que  le  prince  de  la 
pais,  tan*,  de  l'ois  annonce,  ne  venait  point  encore, 
selon  qu'il  l'avait  promis  depuis  tantde  siecles,  par 
la  bouche  de  ses  saints  prophetes;  et,  tenant  ces 
promesses   pour   suspectes,  ils   demandaient  avec 


Plaintea  des 

auciens 
a  cause  du 


meltait  a 
Teoir. 


ne  ressusciterai,  je  ne  sortirai  de  la  poussiere,  je 
ne  respirerai  l'air  favorable  d'une  sainteesperance, 
que  si  le  Prophete  descend  lui-meme  et  me  baise 
du  baiser  de  sa  bouche. 

6.  D'ailleurs,  celui  qui  se  declare  notre  mediateur 
aupres  de  Dieu,  est  le  Fils  de  Dieu,  et  Dieu  lui- 
ini'ine  (I  Tim.  it,  5).  Et  qu'est-ce  que  l'homme, 
pour  qu'il  se  manifeste  a  lui?  Qu'est-ce  que  le 
lils  de  l'homme,  pour  en  l'aire  etat?  D'ou  me  vien- 
drait  la  confiance  d'oser  me  mettre  entre  les  mains 
dune   si  haute  majeste?   Comment,   n'etant  que 


instance  un  signe  de  reconciliation,  c'est-a-dire  un  terre  et  que  cendre,  serais-je  assez  presomptueux 
baiser,  comme  si  le  reste  du  peuple  avait  repondu 
a  ces  divins  messages  de  paix  :  Jusques  a  quand  tien- 
drez-vous  nos  Ames  en  suspens?  11  y  a  deja  long- 
temps  que  vous  annoncez  la  paix,  et  la  paix  ne 
vient  point,  que    vous   promettez   toute    sorte  de 


pour  croire  que  Dieu  preud  soin  de  moi  ?  11  est 
vrai  qu'il  aime  son  pere ;  mais  il  n'a  besoin 
ni  de  moi,  ni  de  mes  biens.  Qui  m'assurera 
done  qu'il  est  un  mediateur  impartial?  Mais  s'il 
est  vrai,  comme  vous  le  dites,    que  Dieu   ait  resolu 


II  fallait  qua 
le  mfcdi»tcir 

dcs 
hommes  fi*it 
Dieu  et 
biens,  et  il  n'y  a  que  contusion  et  que   misere.  Les     de  me  lam;  misencorde,  et  qu'il  pense  a  se  rendre      homma. 


anges  ont  souvent,  et  en  diverses  manieres,  an- 
nonce ces  memes  nouvelles  a  nos  peres,  et  nos 
peres  nous  les  out  aussi  annoncees  en  disant,  «Paix, 
paix,  et  il  n'y  a  point  de  paix  (Flier,  vi,  16).  »  Si 
Dieu  veut  que  je  demeure  persuade  de  ce  qu'il  a 
promis  par  des  messages  si  frequents,  mais  qu'il 
ne  tient  point,  au  sujet   de  la  bonne   volonle   qu'il 


encore  plus  favorable  ;  qu'il  etablisse  une  alliance 
de  paix,  et  qu'il  fasse  avec  moi  un  pacte  eternel 
par  un  baiser  de  sa  bouche.  Pour  que  les  paroles 
qui  parlent  de  ses  levres  ne  soient  pas  vaines,  il 
faut  qu'il  s'aneantisse,  qu'il  s'hiunilie,  qu'il  s'a- 
baisse,  et  qu'il  me  baise  d'un  baiser  de  sa  bouche. 
S'il  veut  etre  un  mediateur   acceptable  aux  deux 


tenioigne  pour  nous,  qu'il  me  baise  du  baiser  de  parties,  et  suspect  ni  &  l'une  ni  a  l'autre,  que  le 
sa  bouche,  et  ce  signe  de  paix  sera  pour  moi  un  Fils  de  Dieu,  qui  est  Dieu  aussi,  se  fasse  homme  et 
gage  assure  de  la  paix.  Car,  comment   puis-je  de-    fils  de  l'homme,  et  me  rassure  par  un  baiser  de  sa 


pacem.  Unde  qiiidam  eorum  :  Et  pax  crit,  inquit,  in 
terra  nostra,  cum  venerit.  Imo  per  ipsum  Dei  gratiam 
homines  recuperaturos  cum  omni  flducia, sicut  divinilus 
acccperant,  praidicalianl.  Quod  et  precursor  Domini 
Joannes  suo  tempore  impletum  agnovit,  et  perhibuit  : 
Gratia,  ioqlliens,  et  Veritas  per  Jesum-Chrvitum  facta 
est  :  et  ita  verum  esse  omnis  nunc  christianus  populus 
expeiilur. 

5.  Ca^terum  illis  praenuntiantibua  parem,  moram  antem 
facienle  auclore  pacis,  nulabal  pnpuli  fides,  dum  non 
erat  qui  rediineret,  neque  qui  Balvum  faceret.  Itaque 
causabanlur  homines  moras,  quod  ille  toties  nuntiatus 
necdum  veniret  prineeps  pacis,  sicut  locutus  fuerat  per 
os  sanctorum,  qui  a  sxculo  sunt,  prophetarum  ejus  :  et 
suspectas  habenles  promissiones ,  signum  promissa? 
reconciliationis  fquod  est  osculum)  fiagilaliant ;  acsi 
nunliis  pacis  onus  quilibct  de  populo  responderet  : 
Quousque  tollitis  animas  nostras?  Jam  olim  prsedicitis 
pacem,  et  non  vcnit  :  promiUitisbona,  etadhuc  turbalio. 
Ecce  hoc  ipsum  multifarie,  mullisque  modis  et  angeli 
palribus,  et  patres  noslri  annuntiarunt  nobis,  dicentes, 
Pax,pax;et  non  est  pax.  Si  mihi  vult  esse  persuasum 
Deus,  quod  de  suae  bcneplacito  voluntatis    tarn    crebra 


jam  legatione  respondel,  nee  exhibet ;  oscnletur  me 
osculo  oris  sui,  sicque  in  signo  pacis  faciat  de  pace  secn- 
rum.  Nam  verbis  jam  quomodo  credam?  Opus  magis 
est  opere  verba  (irmari.  Probet  veridicos  nunlios  suos 
Deus  (si  tamen  nunlii  ejus  sunt)  et  sequatur  eos  ipse, 
ut  sappius  pronii^erunt,  quia  sine  ipso  possunt  facere 
nihil.  Misit  puerum,  tulit  baculum,  et  necdum  est  vox 
neque  vita.  Non  surgo,  non  suscitor,  non  excutior  de 
pulvere,  non  respiro  in  spem,  si  non  propheta  ipse  des- 
cendat,  et  oscnletur  me  osculo  oris  sui. 

6.  Hue  accedit,  quod  is  qui  nostrum  profitetur  se 
mediatorem  ad  Deum,  Dei  Filius  est,  et  Deus  est.  Et 
quid  est  homo  nt  innotescat  ei,  aut  filius  hominis,  ut 
reputet  cum?  Quae  mihi  fiducia,  ut  tanta;  me  audeam 
credere  majeslati?  Unde,  inqnam,  terra  et  cinis  prsesumo 
Deum  curam  habere  mei?  Ad  haecdiligit  Patremsuum, 
me  vero  opus  non  habet,  bonorum  meorum  non  eget. 
Unde  ergo  conslabit  mihi,  quod  mediator  mens  in  parte 
oequaquam  sit?  Tamen  si  vere,  ut  dicitis,  decrevit 
misereri  Deus,  cogitatque  ut  complacitior  sit  adhuc; 
slaluat  lestamentum  pacis,  et  foedus  perpctuum  feriat 
mihi  in  osculo  oris  sui.  Ut  qua?  procedunt  de  labiissuis, 
non  faciat  irrila;  exinaniat  se,  humiliet  se,  inclinet  se, 


DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQL'ES. 


139 


bouche.  Apres  cela,  je  recevrai  avec  toute  sorte  de 
confiance  le  Fils  de  Dieu  pour  mediateur,  parce 
qii'il  sera  vraiment  tel.  Je  ne  le  tiendrai  plus  pour 
suspect,  attendu  qu'il  sera  mon  frire  et  ma  chair; 
etj'espere  bien  qu'il  ne  pourra  me  mepriser  quand 
il  sera  devenu  l'os  de  mes  os,  et  la  chair  de  ma 
chair. 

7.  C'est  done  par  ces  plaintes  qu'ils  demandaient 
avec  instance  ce  saint  baiser,  e'est-a-dire  le  mystere 
de  l'lncarr.ation  du  Verbs,  alors  que  la  foi  etait 
languissante  et  abattue  par  un  retard  si  long  et  si 
facheux ;  et  que  le  peuple  infidele,  se  laissant  aller 
a  l'ennui  et  au  decouragement,  murmurait  contre 
les  promesses  de  Dieu.  Je  n'invente  point  ce  que  je 
vous  dis  ;  vous  le  trouverez  vous-memes  dans  l'Ecri- 
ture.  De  la  naissaient  ces  paroles  melees  de  plain- 
tes et  de  murmure  ;  «  Dites  et  redite  stoujours  la 
meme  chose  ;  Attendez,  attendez  encore  ;  un  peu 
ici :  un  peu  la  (Isa.  xxvm,  10).  »  De  la  aussi,  ces 
prieres  d'un  cceur  inquiet  et  zele  :  «  Recompensez, 
Seigneur,  ceux  qui  vous  attendent  avec  patience, 
afin  que  vos  prophetes  soient  trouves  fideles  et  ve- 
ritables  {Ezcch.  xxxvi,  18).  »  Et  ces  autres  :  «  Accom- 
plissez  a,  Seigneur,  les  predictions  des  anciens 
prophetes  (Ibidem).  »  De  la  encore  ces  promesses  si 
douces  et  si  pleines  de  consolation  :  «  Le  Seigneur 
va  paraitre,  et  il  ne  mentira  point.  S'il  differe  un 
peu,  attendez-le,  car  il  va  venir  tout-a-1'heure,  et 
il  ne  tardera  point  (Abac.  n.  3).  Son  temps  est  tout 
pret  d'arriver,  et  son  jour  ne  sera  point  recule 
(Isai.  xiv.  1).  »  Et  en  la  personne  de  celui  qui  etait 
promis  :  «  Voici,  dit-il,  que  je  vais  venir  vers  vous 
comme  un  fleuve  de  paix,  et  comme  un  torrent  qui 

»  Telle  etait  autrefois   la  version    des    bibles  anterieures  a  la 
correction  dn  pape  Sixte. 


inondera  la  gloire  des  nations  (hai.  lxvt,  12). » 
Paroles  qui  font  assez  connaitre  et  l'impatience  des 
prophetes  et  la  defiance  des  peuples.  C*est  ainsi 
que  le  peuple  murmurait,  que  la  foi  etait  chan- 
celante,  et  que,  selon  le  prophete  Isale,  «  les  anges 
de  paix  eux-memes  pleuraient  amerement  ( Isai. 
xxxir,  7). i)  Aussi,  de  peurque  Jesus-Christ,  differant 
si  longtemps  a  venir,  le  genre  humain  tout  entier 
ne  se  perdit  par  le  desespoir,  en  se  croyant  me- 
prise,  a  cause  de  sa  condition  fragile  et  mortelle,  et 
en  se  defiant  de  la  grace  de  sa  reconciliation  avec 
Dieu  tant  de  fois  promise,  les  saints  dont  la  foi 
etait  rendue  certaine  par  l'esprit  qui  les  animait, 
souhaitaient  que  leur  certitude  fiit  entierement 
confirmee  par  la  presence  du  Verbe  incarne,  et 
demandaient  avec  instance,  a  cause  des  personnes 
faibles  et  incredules,  le  signe  de  la  paix  quelle 
devait  retablir. 

8.  Oracine  de  Jesse,  qui  etes  exposee  pour  servir 
de  signe  aux  peuples  (Isai.  Il,  10),  que  de  rois  et 
de  prophetes  ont  desire  de  vous  voir,  et  ne  vous  ont 
point  vue  ?  Simeon  fut  le  plus  heureux  de  tous,  lui 
qui  dut  sa  longue  vieillesse  a  une  misericorde  abon- 
dante  (Luc.  h,  25).  II  avail,  en  effet,  souhaitepassion- 
nement  de  voir  ce  signe  si  desire  ;  il  le  vit  et  fut 
comble  de  joie  ;  et,  apres  avoir  recu  le  baiser  de 
paix,  il  mourut  en  paix,  non  point  toutefois  sans 
annoncer  clairement  avant  de  mourir,  que  Jesus 
etait  ne  pour  etre  en  butte  a  la  contradiction.  II  en 
fut,  en  effet,  ainsi.  Oq  s'opposaa  ce  signe  de  paix, 
des  qu'il  parut,  mais  cette  opposition  ne  vint  que 
des  ennemis  de  la  paix.  Car  c'est  une  paix  pour 
les  hommes  de  bonne  volonte  (Luc.  u,  14 ) ;  mais 
c'est  une  pierre  de  scandale  pour  les  mechants 
(Matth.  n,  3).   Herode  fut  trouble,  et  toute  la  ville 


et  osculetur  me  osculo  oris  sui.  Ut  ex  aequo  partibus 
congruens  mediator  neutri  suspectus  sit,  Deus  filius  Dei 
fiat  homo,  fiat  filius  bominis,  et  cerium  me  reddat  in 
hoc  osculo  oris  sui.  Securus  suspicio  mediatorem  Dei 
filium,  quem  agnosco  et  meum.  Minime  plane  jam  mihi 
suspectus  erit  :  frater  enim  et  caro  mea  est.  Puto  enim 
speraere  me  jam  non  poterit,  os  de  ossibus  meis,  et 
caro  de  carne  mea. 

7.  Ita  ergo  vetus  querela  sacrosanctum  osculum,  id 
est  incarnandi  Verbi  mysterium,  exigebat,  dum  longa  et 
molesta  exspectatione  fatigata  fides  deficeret,  et  infidelis 
populus  adversus  promissa  Dei  victus  taedio  murmuraret. 
Adinventio  mea  est,  si  non  hoc  idem  et  vos  recognoscitis 
de  Scripturis.  Inde  profecto  erant  querulae  ill*  et  plena 
murmure  voces:  Morula,  remanda  :  Exspecta,  reexpecta: 
Modicum  Hi,  modicum  ibi.  Inde  anxiae  illae  et  plena? 
pietate  preces ;  Da  mercedem,  Domine,  susiinentibtis  te, 
ut  prophets  lui  fideles  inveniantur.  Item,  Suscita,  Do- 
mine, precationes,  quas  locuii  sunt  in  nomine  tuo  pro- 
phets priores.  Inde  bland;e  illae  et  plena?  consolatione 
promissiones  :  Ecce  apparebit  Dominus,  et  non  mentie- 
tur :  si  moram  fecerit,  exspecta  eum ;  quia  veniens 
veniet,  et  non  tardabit.  Item,  Prope  est  ut  venial  tempus 
tjus,  et  dies  ejus  non  elongabuntur.  Et  ex  persona  pro- 


missi  :  Ecce  ego,  inquit,  declino  in  tos  ut  flumen  pacis 
et  ut  ton-ens  inundans  gloria:  gentium.  In  quibus  verbis 
satis  apparet  et  prajdicatorum  instantia,  et  diffidentia 
populorum.  Sic  ilaque  et  plebs  murmurabat,  et  fides 
nutabat :  et,  juxta  IsaieE  vaticinium,  angeli  pacis  amare 
flebant.  Ne  ergo  universum  genus  hutnanum,  moram 
facientc  Cbristo,  desperalione  periret,  dum  se  centemni 
suspicaretur  inlirma  mortalitas,  suaeque  reconciliationis 
cum  Deo  de  gratia  toties  repromissa  diffideret :  Sancti 
qui  de  spiritu  certi  erant,  certitudinem  de  carnis  pra=- 
sentia  exoptabant ,  ac  signum  reformandaj  pacis  propter 
pusillanimes  et  incredulos  omni  instantia  requirebant. 

8.  0  radix  Jesse,  qui  stas  insignum  populorum  1  quam 
multi  reges  et  prophetae  voluerunt  te  videre,  et  non  vi- 
derunt !  FelLx  tamen  ex  omnibus  Simeon,  cujus  senectus 
in  misericordia  uberi  !  Is  nempe  exsultavit  ut  videret 
desiderii  signum  :  et  vidit,  et  gavisus  est;  acceptoque 
osculo  pacis  in  pace  dimittitur,  ante  tamen  aperte  pronun- 
tians,  Jesum  esse  natum  in  signum,  cui  contradicendum 
crat.  Omnino  ita  fuit.  Contradictum  est  exorto  signo 
pacis,  sed  ab  his  qui  oderunt  pacem,  nam  pax  hominibus 
bona?  voluntatis,  malevolis  autem  petra  seandali,  et  lapis 
ofTensionis.  Herodes  denique  turbatus  est,  et  omnis  Je- 
rosolyma  cum  illo  :    siquidem  in  propria  venit,  et  sni 


140 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


de  Jerusalem  le  fut  avec  lui,  lorsqu'il  vint  Jans  sand  ins  l'enfer    (ha.  vn,  11).    Mais   ce  rdi   impie   le 


propre  heritage,  el  que  les  siens  ne  l'onl  point  voulu 
recevoir  [Joan,  i,  11).   Heureux  ces  bergers  qui, 

dans  lour  veille,  out  fetfe  digues  de  voir  ce  signo. 
Deja  il  se  cachail  aux  sages  el  aui  prudents,  el  De 
se  faisait  connaitre  qti'aux  petits.  11  est  vrai  que 
Herode  voulut  le  voir  aussi ;  mais  parce  qri'il  n'avait 
pas  de  bonnes  intentions,  il  ne  merita  pas  cette 
faveur.  Car  il  etait  le  signe  de  la  paix,  qui  n'est 
donne  qu'aux  homines  de  bonne  volonte.  Mais  a 
Herode  et  a  ses  semblables,  il  ne  sera  point  donne 
d'autre  signe  que  celui  de  Jonas  (Luc.  ir,  12).  Aussi, 
l'Angedit-il  aux  Bergers:  a  Ce  signe  esl  pour  vous;» 
pour  vous,  qui  etes  bumbles  et  obfeissants;  pour 
vous,  qui  ne  vous  portez  point  aux  cboses  felevees 
et  qui  veillez  et  meditez  jour  et  nuit  sur  la  Loi  de 
Dieu.  «  C'est  pour  vous,  ce  signe,  »  dit-il.  Quel  signe? 
Ce  signe  que  les  anges  promettaient ,  que  les 
peuplesdemandaient,  que  les  prophfetesavaient  pre- 
dit ;  le  Seigneur  l'a  fait  et  vous  l'a  montre,  mais  c'est 
atin  que  les  incredules  recoivent  la  foi,  les  faibles 
l'esperance,  et  les  parfaits  uue  entiere  securite.  Ce 
signe  est  done  pour  vous.  De  quoi  est-il  le  signe  ? 
Du  pardon,  de  la  grace,  de  la  paix,  mais  d'une 
paix  qui  n'aura  point  de  tin.  Void  done  quel  est  le 
signe  ;  «  Vous  trouverez  un  enfant,  enveloppe  de 
langes  et  couche  dans  une  creche  [Luc.  n,  12). 
Mais  il  y  a  un  Dieu  en  lui  qui  recoucilie  le  monde 
avec  lui  (II  Cor.  v,  19). »  Ilmourra  pour  vos  peches, 
et  ressuscitera  pour  votre  justification,  afin  qu'etant 
justifies  par  la  foi,  vous  ayez  la  paix  avec  Dieu 
(Rom.  v,  1).  C'est  ce  signe  de  paix  qu'un  Prophete 
engageait  autrefois  le  roi  Achaz  a  demander  au 
Seigneur  son  Dieu,  en  haut  dans  le   ciel,   en  has 


eum  non  receperunt.  Felices  illi  in  sua  pernoctatione 
pastores,  qui  signi  bujus  visione  dig-ni  habiti  sunt.  Jam 
tunc  se  abscondebat  a  sapientibus  et  prudentibus,  el  re- 
velabat  parvulis.  Et  Ilerodes  videre  voluit :  sed  quia  non 
bona  voluntate,  non  meruit.  Pacis  siquidem  signum  erat. 
datum  lantum  hominibus  bonae  voluntatis  :  Herodi  vero 
et  similibusejus  non  dabitur  nisi  signum  Jon*  propbetae, 
Porro  ad  pastores,  Et  hoc,  ait  angelus.  vobis  signum, 
vobis  humilibus,  vobis  obedicntibus,  vobis  non  alia  sa- 
pientibus, vobis  wgilantibus,  et  in  lege  Dei  meditaDtibus 
die  ac  nocte,  Hoc,  inquit,  vobis  signum.  Quod?  quod 
angeli  promittebant  quod  populi  requirebant,  quod 
prophets  pra>dixerant ,  hoc  ferit  Dominus  nunc,  et 
ostendit  vobis :  in  quo  recipiant  increduli  (idem,  pusilla- 
nimes  spem,perfectisecuritatem.  Hoc  ergo  vobis  signum, 
Cujus  rei  signum?  Indulgentia?,  gralias,  pacis,  et  pacis, 
cujusnon  erit  finis.  Hoc  est  ergo  signum  :  Jnvenietis  in- 
fanlem  pannis  quidem  involution,  et  position  in  prcesepio. 
Deus  est  tamen  in  ipso  mundum  reconci/ian<;  sibi.  Mo- 
rietur  propter  peccata  vestra,  et  resnrget  propter  justih'- 
cationem  vestram,  ut  justificali  per fldem, pacem  habeatis 
ad  Deum.  Hoc  signum  pacis  Propheta  quondam  regi 
Achaz  proponebat  petendum  a  Domino  Deo  suo,  sive 
n  excclso  supra,  sive  in  inferno  deorsum.  Sed  impius 
ex  recusavit,  non  credens   miser,  quod  in  signo   hoc 


refusa,  ne  croyant  pas,  le  miserable  qu'il  etait,  que 

ie  il  devait  y  avoir  une  alliance  etroite 
entre  la  terre  et  le  ciel,  que  les  enters  memes 
raient  ee  signe  de  paix,  lorsque  le  Seigneur, 
en  y  descendant,  les  saluerait  par  un  saint  baiser; 
et  i[ue  les  rsprits  celestes  ne  laisseraient  pas  d'y 
participer  aussi  avec  un  plaisir  eternel,  lorsqu'il 
retournerait  aux  cieux. 

9.  II  favit  finir  ce  discours.  Mais  pour  resumer 
en  peu  de  mots  ce  que  nous  avons  dit  :  11  est  visi- 
ble que  ce  saint  baiser  a  fete  accorde  au  monde  pour 
deux  raisons;  pour  affermir  la  foi  des  faibles,  et 
pour  satisfaire  au  desir  des  parfaits ;  et  que  ce 
baiser  n'est  autre  chose  que  le  mfediateur  entre 
Dieu  et  les  hommes,  Jesus-Christ,  1'homme  qui 
fetant  Dieu,  vit  etregneavec  le  Pere  et  le  Saint- 
Esprit  dans  tous  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  III. 

Le  baiser  des  pieds,  de  la  main,  et  de  la   bouche 
du  Sauveur,  etc. 

1.  Nous  lisons  aujourd'hui  au  livre  de  l'expe- 
rience  :  Faites  un  retour  sur  vous-memes,  et  que 
chacun  examine  sa  propre  conscience  sur  ce  que 
nous  avons  a  dire.  Je  voudrais  bien  savoir  si  jamais 
quelqu'un  de  vous  a  recu  la  grace  de  dire  ces 
paroles  du  fond  du  cceur  :  «  Qu'il  me  baise  d'un 
bniser  de  sa  bouche.  »  Car  il  n'appartient  pas  a  tout 
le  monde  de  le  dire  ainsi,  mais  celui-la  seul  pent 
le  faire,  qui  a  recu  une  fois  un  baiser  spirituel  de 


Signo  de  It 
clemenca 

dome. 


Resume  da 
ce  qui 
precede. 


II  n'y  a  que 

ceux  qui 

l'oot  deja 

recu 

qui  counaia- 

aeut  le 


ima  summis  in  pace  socianda  essent :  quatenus  et  inferi 
Domino  deseendente  salutati,  in  osculo  sancto  signum 
pacis  et  ipsi  recipiant ,  et  superni  spiritns  idipsum 
nihilominus,  cum  ad  ccelos  redierit,  aeterna  suavitatc 
parlicipent. 

9.  Scrmo  finiendus  est :  sed  ut  quod  in  co  disputatum 
est  brevi  recolligam  summa,  patet  hoc  sanctum  osculum 
duabus  ex  causis  necessarie  indultum  mundo  :  ut  et  in- 
firmisfaceret  Bdem, et  desiderio  satisfaceret  perfectorum  : 
porro  ipsum  osculum  esse  non  aliud  quam  mediatorcm 
Dei  et  hominum,  hominem  Jesum-Christum,  qui  cum 
Patre  et  Spiritu-Sancto  vivit  et  regnat  Deus  per  omnia 
saecula  saeculorum.  Amen. 

SERMO  III. 
De  osculo  pedis,   manus,  et  oris  Domini,  etc. 

i.  Hodie  legimus  in  libra  experientiae.  Converlimini 
ad  vos  ipsos,  et  attendat  unusquisque  conscicnliam  suam 
super  liis  quae  dicenda  sunt.  Explorare  velim,  si  cui 
unquam  vest  rum  ex  scntentia  dicere  datum  sit,  Oscuktur 
me  osculo  oris  sui.  Non  est  cnim  cujusvis  hominum  ex 
afTcctu  hoc  dieere  :  sed  si  qui  ex  ore  Christi  spirituale 
osculum  vel  semel  accepit,  hunc  proprium  experimentum 
profecto  sollicitat,  ct  repctit  libens.  Ego  arbitror  nemi- 


TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


141 


la  bouche  de  Jesus-Christ,  sa  propre  experience 
"""bonche  1  exc'*e  sans  cesse,  et  le  porte  avec  plus  de  passion 
encore  a  recommencer  ce  qu'il  a  deja  trouve  si 
doux.  Pour  moi,  je  crois  qu'on  ne  peut  savoir  ce 
que  c'est,  quand  on  ne  l'a  pas  eprouve  :  car  c'est 
une  nianne  cachee,  et  il  n'y  a  que  celui  qui  en 
mange  qui  aura  encore  faim  :  c'est  une  fontaine 
scellee,  a  laquelle  nul  etranger  ne  parlic.ipe,  mais 
dont  celui-la  seul  qui  en  boit  aura  encore  soif. 
Ecoutez  celui  qui  l'avait  eprouve  conime  il  l'a 
redeinande  :  «  Rendez-moi,  dit-il,  la  joie  de  votre 
Sauveur  (Psal.  l,  14).  »  Qu'une  irae  done  qui  me 
ressemble,  une  ame  chargee  de  peches,  sujette  aux 
passions  de  la  chair,  qui  n'a  point  encore  goiite  les 
douceurs  de  l'Esprit-Saint,  et  n'a  jamais  eprouve 
ce  que  c'est  que  des  joies  interieures,  n'aspire  point 
a  une  grace  pareille. 
Les  penitents  -■  Neanmoins,  a  celui-la  je  veuxmontrer  dans  le 
ne  baisent    Sauveur  un  lieu  qui  lui  convienne.  Qu'il   n'ait  pas 

que  les  pteus  x  >*  x 

da  la  temerite  de  s'elever  jusqu'a  la  bouche  de  ce 
divin  Epoux  :  mais  que,  saisi  d'une  sainte  frayeur, 
il  se  tienne  prosterue  avec  moi  aux  pieds  de  ce 
Seigneur  si  severe,  et  qu'il  regarde  la  terre  en 
tremblant  avec  le  Publicain  {Luc.  xvin,  13),  sans 
oser  non  plus  que  lui  regarder  le  Ciel,  de  peur 
que  ses  yeux  accoutumes  aux  tenebres,  ne  soient 
eblouis  par  une  si  vive  lumiere,  qu'il  ne  soit 
accable  sous  le  poids  de  la  gloire,  et  que,  frappe  des 
splendeurs  extraordinaires  de  cette  Majeste  souve- 
raine,  il  ne  soit  enveloppe  de  nouveau  de  tenebres 
encore  plus  epaisses.  Qui  que  vous  soyez,  si  vous 
etes  pecheur  que  cette  partie  du  corps  ou  la  sainte 
pecheresse  se  depouilla  de  ses  peches,  et  se  revetit 
de  la  saintete,  ne  vous  semble  ui  vil  ni  meprisable. 
C'est  la  que  cette  Ethiopienne  changera  de  peau,  et 
que,  retablie  dans   une   nouvelle   blancheur,   elle 


Seigneur. 


repondait  avec  autant  de  confiance  que  de  verity  a 
ceux  qui  lui  faisaient  des  reproches  :  «  Filles  de 
Jerusalem,  je  suis  noire,  mais  je  suis  belle  (Cant. 
l,  4).  »  Si  vous  vous  etonnezquecelaait  pu  se  faire, 
et  si  vous  me  demandez  comment  elle  a  merite,  une 
si  grande  favour;  apprenez-le  en  un  mot.  Elle 
pleura  amerement,  et,  tirant  de  longs  soupirs  du 
plus  profond  de  son  ame,  elle  poussa  des  sanglots 
salutaires,  et  vomit  le  fiel  qui  infestait  son  cceur. 
Le  celeste  Medecin  la  secourut  promptement,  parce 
que  sa  parole  court  avec  vitesse  (Psal.  cxlvii,  15). 
La  parole  de  Dieu  n'est-elle  point  un  breuvage  : 
Elle  en  est  un,  en  effet  mais  un  breuvage  fort,  actif, 
et  qui  penetre  les  cceurs  et  les  reins  (Psal.  vn,  10). 
«  Enfin,  elle  est,  vive  et  efQcace ;  elle  est  plus  percante 
qu'une  epee  a  deux  tranchants;  elle  va  jusqu'a  la 
division  de  l'ame  et  de  l'esprit,  jusqu'a  la  moelle 
des  os,  et  elle  sonde  les  plus  secretes  pensees  (Heb. 
iv,  12).  »  A  l'exemple  done  de  cette  bienheureuse 
penitente,  prosternez-vous  aussi,  vous  qui  etes  mise- 
rable, alin  de  ne  plus  l'etre  ;  prosternez-vous  en 
terre,  embrassez  ses  pieds,  apaisez-le  en  les  baisant, 
arrosez-les  de  vos  larmes,  non  pour  les  laver,  mais 
pour  vous  laver  vous-meme,  et  pour  devenir  l'une 
de  ces  brebis  tondues  qui  sortent  du  lavoir ;  et 
n'ayez  pas  l'assurance  de  lever  vos  yeux  abattus  de 
houte  et  de  douleur,  avant  que  vous  entendiez 
aussi  ces  paroles  :  «  Vos  peches  vous  sont  remis 
(Luc.  vu,  48) ;  Levez-vous,  levez-vous  fllle  de  Sion 
qui  etes  captive,  levez-vous,  et  sortez  de  la  pous- 
siere  (ha.  lii,  2).  » 

3.  Ayant  ainsi  commence  par  baiser  les  pieds,        Les 
ne  presumez  pas  aussitot  de  vous  elever  au  baiser  de    Pe"onne« 
la  bouche  ;  mais   que  le  baiser  de  la  main,  vous  P  "bai'ent^*3 
serve  comme  d'un  degre  pour  y  arriver.   En  voici    "es  main'- 
la  raison.  Quand  Jesus  lui-meme    me  dirait ;  vos 


/ 


nem  vel  scire  posse  quid  sit,  nisi  qui  accipit :  est  quippe 
manna  absconditum ;  et  solus  qui  edit,  adhuc  esurict. 
Est  tons  signatus,  cui  non  communicat  alienus?  sed  so- 
lus qui  bibit,  adhuc  siliet.  Audi  expertum,  quomodo 
requirit.  Iiei/de  mihi,  inquit,  buliliam  salutaris  tui.  Mi- 
nime  ergo  id  sibi  arroget  mei  similis  anima,  onerata 
peccatis,  su:  que  adhuc  carnis  obnoxia  passionibus,  qua; 
suavilatcm  spiritus  necdura  senserit,  internorum  ignara 
atque  inexperta  penitus  gaudiorum. 

2.  Ostendo  tamen  ei  qua)  hujusmodi  est,  locum  in 
salulari  sibi  congruentem.  Non  temere  assurgat  ad  os 
sercnissimi  Sponsi,  sed  ad  pedes  severissimi  Domini 
mecum  pavida  jaceat,  et  cum  Publicano  terrain  tremens 
non  cffilum  aspiciat :  ne  confusa  in  luminaribus  ccsli 
facies  assueta  lenebris,  opprimatura  gloria;  atque  inso- 
litis  reverberata  splcnduribus  majeslatis,  densioris  rur- 
Bum  caecitaie  calignis  obvolvatur.  Non  tibi,  o  qujecum- 
que  es  talis  anima,  non  tibi  ille  locus  vilis  aut  despica- 
bilis  videalur  ,  ubi  sancta  peccatrix  peccata  deposuit, 
induit  sanctitatem.  Ibi  /Ethiopissa '  mutavit  pellem,  et 
*  Mulior  'n  novum  restituta  candorem,  jam  tunc  tiducialiter  vera- 
peccatrix.  citerque  rcspondebatcxprobrantibussibi  verbum  :  Niyra 
sum,  sed  fonnosa,  filiis  Jerusalem,  Miraris  quanam  id 


arte  potuerit,  vel  quibus  obtinuerit  meritis?  Paucis  ac- 
cipe.  Flevitamare,  et  de  intimis  visceribus  longasuspiria 
trahens,  salutaribus  intra  se  suffussa  singultibus,  felleos 
humores  evomuit.  Ccelestis  medicus  celerrime  subvenit : 
quia  velociter  currit  sermo  ejus.  Numquid  non  potio 
est  sermo  Dei  ?  Est  utique,  ct  fortis  et  vehemens,  et 
scrutans  corda  et  renes.  Denique  sermo  Dei  vivus  et 
efficax,  et  penelrabilior  omni  gladio  ancipiti,  pertingens 
usque  ad  diuisionem  animal  ac  spiritus,  compagum  quo- 
que  ac  medullarum,  et  discretor  cogitaiionum.  IIujus 
ergo  beatce  pcenitentis  exemplo  prosternere  et  tu,  o 
misera,  ut  desinas  esse  misera  :  prosternere  et  tu  in 
terram  ;  amplcctere  pedes,  placa  osculis,  riga  lacrymis, 
quibus  tamen  non  ilium  laves,  sed  te,  et  fias  una  de 
grege  tonsarum,  quae  ascendunt  de  Iavacro  :  ita  sane  ut 
sulTusum  pudore  ac  mcerore  vultum  non  ante  sustollere 
audeas,  quam  audias,  et  ipsa,  Dimittuntur  tibi  peccata 
tua ,  quam  audias,  Consurge,  consurge  captiva  filia  Sion, 
consurge,  excutere  de  pulvere. 

3.  Sumpto  itaque  ad  pedes  primo  osculo,  nee  sic 
quidem  presumes  statim  ad  osculum  oris  assurgere,  sed 
erit  tibi  gradus  ad  ipsum  medium  quodddam  aliud  oscu- 
lum, quod  secundo  loco  ad  manum  accipies,  de  quo  et 


142 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Que  faut-il 

entendre  par 

le  baiser 

des  mains. 


lfaut  que  le 

pectacur 

qui 

s'approche 

de  foieu.  ait 

honte  de 

ion  etat. 


peches  vous  sont  remiSj  a  qnoi  cela  me  servirait-il , 
si  je  ne  cessais  point  de  pecher  ?  Que  me  servirait-il 
d'avoir  Live  mes  pieds,  si  je  les  souille  encore  '.'  le 
suis  detneure  longtemps  couehe  dans  le  bourbier 
des  vices  ;  in. lis  si  je  Mens  ,i  relnuibcr,  je  serai  5  IDS 
doute  en  un  etat  beaucoup  plus  deplorable  qu'au- 
paravaiit.  Car  je  me  souviens  que  celui  qui  in  a 
gueri,  ma  dit  :  «  Yoila  que  vous  avez  recu  la  sante, 
allez  et  ne  pechez  plus,  de  peur  qu'il  ne  vims 
arrive  encore  pire  (Juan,  v,  lft).  »  II  t'aul  que  celui 
qui  m'a  donne  la  volonte  de  faire  penitence,  me 
doiine  encore  la  force  de  m'abstenir  de  pecher,  de 
peur  que  je  ne  vicnne  a  retombei  dans  le  crime, 
et  que  mon  dernier  etat  ne  soit  pire  que  le  premier. 
Malheur  a  moi,  lors  memo  que  je  ferais  penitence, 
s'il  vieut  aussitot  a  retirer  la  main  dont  il  me 
soutenait,  lui  sans  qui  je  ne  puis  rien  faire  :  non, 
dis-je,  absolument  rien,  puisque  sans  lui  je  ne 
saurais  ni  me  repeutir  ni  m'abstenir  du  pucb.6. 
J'entends  le  conseil  que  me  donne  le  Sage,  «  de  ne 
point  demander  deux  fois  la  meme  grace  (Eccle. 
vn,  15).  »  L'Arret  que  le  Jugy  prononce  contre 
l'arbre  qui  ne  porte  point  de  bon  fruit,  m'epouvante 
(Matt,  ill,  8).  J'avoue  done  que  je  ne  saurais  etre 
entitlement  satisfait  de  la  premiere  grace,  par 
laquelle  je  me  repents  de  mes  fautes,  si  je  n'en 
recois  une  seconde,  qui  me  fasse  faire  de  dignes 
fruits  de  penitence,  et  m'empeche  de  retouruer  a 
mon  premier  vomissement. 

ti.  C'est  done  ce  qui  me  reste  a  demander  et  a 
obtenir,  avant  d'entreprendre  de  m'elever  plus 
haut  et  de  baiser  un  endroit  plus  sacre.  Je  ce  veux 
pas  m'elever  si  haut  en  si  peu  de  temps,  je  veux  ne 
m'avancer  que  peu  a  peu.  Car  autant  l'impudence 
d'un  pecheur  deplait  a  Dieu,  autant  la  modestie 


dun  penitent   lui  est   agreable.    II   y  a  loin,  et  il 

n'esl  meme  pas  facile  d'aller  du  pied  a  la  bouche, 

et  il  y  aurait   meme  de  l'iiTeverence   a  passer  sitot 

de  I'un  a  I'autre.  Quel  execs  de  nardiesse,  en  elfet ! 

Em  ore   tout    souille   des  ordures  du  peche,  oser 

toucher  a  sa  bouche  sacree?  Ce  n'est  que  d'bier 

que    vous  etes  tires  de   la  bone,  et  vous   aspireriez 

des     aujourd'hui  a  la    majeste   de  son     visage? 

11    faut   auparavant    que    vous    baisiez  sa   main, 

quelle  essuie  vos  impuretes,  et  qu'elle  vous  releve. 

Mais  comment  vous  relevera-t-elle  ?  C'est  en  vous 

donnant   sujet   d'as[iirer    plus    haut   :   qu'est-ce  a 

dire  ?  e'est-a-dire  en  vous  accordant  la  beaute  de  la 

continence,  et  les   dignes   fruits  d'une   penitence 

sincere,  qui  sont  les  oeuvres  de  piete.  Ces  graces 

vous  releveront  du  fumier  oil  vous  etes  couehe,  et 

\<uis  feront  esperer  de  monter  un  peu  plus  haut  : 

et  aprcs  que  vous  aurez  recu   ces  dons,   baisez-lui 

la  main,  e'est-a-dire,  ne  vous  en  attribuez  point  la 

gloire  ;  mais  donnez-la  lui  tout  entiere.   Offrez-lui 

un  double  sacrifice  de  louanges,  et  parce  qu'il  vous 

a  pardonne  vos  crimes,  et  parce  qu'il  vous  a  donne 

des  vertus.  Autrement  voyez  comment  vous  pourrez 

vous  defendre  de  ces  paroles  del'Apotre  :  «Qu'avez- 

vous  que  vous  n'ayez  recu  ?  Et  si  vous  l'avez  recu 

pourquoi  vous  en  glorifiez-vous  comme  si  vous  ne 

l'aviez  point  recu  (I  Cor.  iv,  7).  » 

5.  A  ores  que  ces  deux  baisers  vous  auront  donne    ,Le,  b«'»*' 
i      ,,  ...  .  de  labciachs 

une  double  preuve  do  la  bonte   divine,  peut-etre  est  celui  des 

serez-vous  plus  hardi  a  entreprendre  quelque  chose     P*""1'- 

de  plus  saint.  Car,  a  mesure  que  vous  croitrez  en 

grace,  votre  conQance  augmentera,    vous  aimerez 

d'un  amour   plus   fervent,   et  vous  frapperez  a  la 

porte  avec  plus  d'assurance,  pour  obtenir  ce  dont 

vous  sentirez  le  besoin ;  or  on  ouvre  a  celui  qui 


talem  accipe  ralionem.  Si  dixerit  mihi  Jesus,  Dimiltun- 
tur  tibi  peccata  tua;  nisi  ego  peccare  desiero,  quid  pro- 
derit?  Exui  tunicam  meam  :  si  reindueroeam,  quantum 
profeci?  Si  rursus  pedes  meos,  quos  laveram,  inquina- 
vero;  numquid  aliquid  lavisse  valebit?  Soi'dens  omni 
genere  vitiorum  jacui  diu  in  luto  faecis :  sed  erit  sine 
dubio  rccidenti,  quam  jacenti  detenus.  Denique  qui  me 
sanum  fecit,  ipsum  mihi  dixisse  recordor.  Ecce  tonus 
factus  es,  vade,  jam  amplius  noli  peccare,  ne  deterius 
aliquid  tibi  conlinyat.  Qui  autem  dedit  voluntatcm  poe- 
nitendi,  opus  est  ut  addat  et  continendi  virlutem  :  ne 
iterem  peenitenda :  faciamque  novissima  mea  pejora 
prioribus.  VaE  enim  mihi  etiam  poenitenti,  si  statim 
subtraxerit  manum,  sine  quo  nihil  possum  facere.  Nihil 
inquam  :  quia  nee  poenitere.neccontinere.  Audio  proinde, 
quod  consulit  Sapiens  :  Verbum,  inquit,  in  oratione  ne 
teres.  Paveo  et  quod  Judex  inlcntat  arbori  non  facienti 
ifructum  bonum.  Falcorpro  hujusmodi  non  sum  omnino 
contentus  priori  gratia,  qua  jam  malorum  sum  pienitens, 
nisi  et  secundam  accepero,  ut  videlicet  dignos  faciam 
pcenltentiae  ftuctus ;  et  deinceps  non  reverlar  ad  vomi- 
tum. 

4.  Hoc  ergo  restat  mihi  prius  petendum   et  accipien- 
pum,  quam  praesumam  altiora  et  sacratiora  contingere. 


Nolo  repente  fieri  summus  :  paulatim  proficere  volo. 
Quantum  displicct  Deo  impudentia  peccatoris,  tantutn 
poenitentis  verecundia  placet.  Citius  placaseum,  si 
mensuram  tuam  servaveris,  et  altiora  te  non  quEesieris. 
Longus  saltus  et  ardutis  est  de  pede  ad  os,  sed  nee  ac- 
cessus  conveniens.  Quid  enim  ?  Recenti  adhuc  respersus 
pulvere,  ora  sacra  eonlinges?  Heri  de  luto  tractus,  hodie 
vullui  gloria;  praesentaris  ?  Per  manum  tibi  transitus  sit. 
Ilia  prius  tc  tergal,  ilia  te  erigat.  Quomodo  erigat? 
Dando  unde  praesumas.  Quid  istud?  Decor  continentis, 
et  digni  pcenitentiae  fructus,  qua3  sunt  opera  pietatis. 
IIa?c  le  de  stercore  erigent  in  spem  audendi  potiora. 
Sane  accipiendo  donum,  osculare  manum  :  hoc  est,  non 
tibi,  sed  nomini  ejus  da  gloriam.  Da  seme],  et  da  ite- 
rum,  turn  pro  donatis  criminibus,  turn  pro  collatis  vir- 
tutibus.  Aut  certe  videto  undo  munias  frontem  contra 
ictus  istos  :  Quid  habes  quod  non  accepisti?  Si  autem 
accepisli,  quid  y/uriaris,  quasi  non  acceperis  ? 

5.  Jam  tandem  in  osculis  duobus  geminum  habens 
divina:  dignationis  experimentum,  forsan  non  confunde- 
ris  piaesumere  sanctiora.  Quantum  quippe  crescis  in 
gratiam,  tantum  ct  in  fiduciam  dilataris.  lnde  fit,  ut  et 
ames  ardentius,  et  pulses  fidentius  pro  eo  quod  tibi 
deesse  sentis.  Poito  pulsanti  aperielur.   Jam  summum 


QUATRIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


frappe.  Et  dans  cette  disposition,  je  crois  qn'on  ne 
vous  refusera  pas  ce  baiser,  le  plus  excellent  et  le 
plus  saint  de  tous,  et  qui  enferme  en  soi  des  con- 
solations et  des  douceurs  ineffables.  Voici  done  la 
voie  et  l'ordre  qu'on  doit  suivre.  D'abord  nous  nous 
jetons  aux  pieds  du  Seigneur,  et  nous  pleurons  de- 
vantcelui  qui  nous  afaits,  lesfautes  que  nousavons 
comraises.  Ensuite  nous  cherchons  cette  main 
favorable  qui  nous  releve  et  fortilie  nos  genoux 
defaillaDts.  Enfin,  apres  avoir  obtenu  ces  deux  pre- 
mieres graces  avec  beaucoup  de  prieres  et  de 
larmes,  nous  nous  hasardons  a  nous  elever  jusqu'a 
cette  boucbe  pleine  de  gloire  et  de  majeste,  je  ne  le 
dis  qu'avec  frayeur  et  trernblement,  non-seulement 
pour  la  regarder,  mais  meme  pour  la  baiser,  parce 
que  le  Christ  notre  Seigneur  est  l'esprit  qui  precede 
notre  face.  Et  par  ce  saint  baiser  nous  nous  unis- 
sons  etroitement  a  lui,  et  nous  devenons,  par  un 
effet  de  sa  bonte  infinie,  un  nieme  esprit  avec  lui. 
Aspiration  6.  C'est  avec  raison,  Seigneur  Jesus,  oui  e'est 
avec  raison  que  tous  les  mouvements  de  mon  cceur 
tendent  vers  vous.  Ma  face  vous  a  ckerche ;  je 
cbercherai,  Seigneur,  votre  visage  adorable.  Car 
vous  m'avez  fait  sentir  votre  misericorde  des  le 
matin,  lorsqu'etant  couche  dans  la  poussiere,  et 
baisant  les  traces  sacrees  de  vos  pas,  vous  m'avez 
pardonne  les  desordres  de  ma  vie  passee.  Puis, 
quand  le  jour  a  grandi,  vous  avez  rejoui  Time  de 
votre  serviteur,  lorsque,  par  le  baiser  de  votre  main, 
vous  lui  avez  aussi  accorde  la  grace  de  bien  vivre. 
Et  niaiutenant,  que  reste-t-il,  Seigneur,  sinon  que, 
daignant  m'admettre  aussi  au  baiser  de  votre  bou- 
cbe divine,  dans  la  plenitude  de  la  lumiere,  et  dans 
la  ferveur  de  l'esprit,  vous  me  combliez  de  joie  par 
la  jouissance  de  votre  visage  ?  Apprenez-moi,  6  Sei- 


143 

gneur  tres-doux  et  tres-aimable,  appreuez-moi  oil 
vous  paissez,  oil  vous  vous  reposez  en  plein  midi. 
Mes  freres,  il  fait  bon  ici  pour  nous,  mais  voici  que 
la  malice  du  jour  nous  en  retire.  Car  ceux  dont  on 
vient  de  m'annoncer  l'arrivee  m'obligent  d'in- 
terrompre  plut&t  que  de  finir  un  discours  si  agrea- 
ble.  Je  vais  done  aller  moi-meme  au-devant  de  nos 
hotes,  afin  de  ne  manquer  a  aucuu  devoir  de  la 
cliarite  dont  nous  parlous,  de  peur  qu'il  ne  nous 
arrive  d'entendre  de  nous  ces  paroles  ;  «  Us  disent, 
et  nefont  point  [Matth.  xxiii,  3).  »  Cependant,  mes 
freres,  priez  Dieu  qu'il  ait  agreable  le  sacrifice 
volontaire  que  ma  bouche  lui  offre,  afin  qu'il  serve 
pour  votre  edification,  et  que  son  saint  nom  en 
soit  loue  et  glorifie. 

SERMON    IV. 

Des  trois  progres  de  I'dme,  signip.e's  par  les  frois 
baisers  des  pieds,  de  la  main  et  de  la  bouche  du 
Seigneur. 

1.  Nous  avons  parte  hier  des  trois  progres  de 
l'ame,  figures  par  les  trois  baisers.  Je  crois  que 
vous  ne  l'avez  pas  oublie.  J'ai  dessein  aujourd'bui 
de  continuer  ce  sujet,  selon  que  Dieu  daignera  par 
sa  bonte,  inspirer  mon  neant.  Nous  avons  dit,  si     Les  trois 

1  -  1     .  baisers 

vous  vous  en  souvenez   bien,    que   ces  baisers    se     sont  trois 

donnent  aux  pieds,  a  la  main  et  a  la   bouche   de      .  6!?.ts 

„,     .  de  lame. 

Jesus-Christ ;   en  rapportant  chaque  baiser  a  cha- 

cune  de  ces  parties.   Le  premier  est  pour  ceux  qui 

commencent  a  se  convertir.    Le  second  pour  ceux 

qui  sont  plus  avances.  Et  le  troisieme  n'est  accorde 

qu'a  ceux  qui  sont  parfaits  et  qui  sont  rares.  C'est 

par  ce  dernier,  que  commence  cette  partie  de  l'E- 


illud,  quodcunque  est  summae  dignationis  et  mirae  sua- 
vitatis  osculum,  credo  non  negabifur  sic  atTecto.  Haec 
via,  hie  ordo.  Primo  ad  pedes  procidimus,  et  ploramus 
coram  Domino  qui  fecit  nos,  ea  quae  fecimus  nos.  Se- 
cundo  manum  quaerimussublevantis,  et  roborantis  genua 
dissoluta.  Postremo  cum  ista  multis  precibus  et  lacry- 
mis  obtinemus,  turn  demum  audemus  forsitan  ad  ipsum 
os  gloriae  caput  attollere,  pavens  et  tremens  dico,  non 
solum  speculandum,  sed  etiam  osculandum  :  quia  spiri- 
tus  ante  faciem  nostram  Cbristus  Dominus  :  cui  adlia;- 
rentes  in  osculo  sancto,  unus  spiritus  ipsius  dignalione 
efficimur. 

6.  Tibi,  Domine  Jesu,  tibi  merito  dixit  cor  meum, 
exquisivit  te  facies  mea,  faciem  tuam,  Domine,  requi- 
ram.  Nempe  auditam  fecisti  mihi  mane  misericordiam 
tuam,  cum  jacenti  primum  in  pulvere,  tuaque  deoscu- 
lanti  reverenda  vestigia,  quod  male  vixeram  remisisti. 
Porro  in  prc.gressu  diei  laeliflcasti  animam  servi  tui, 
cum  deinde  in  osculo  manus  etiam  bene  vivendi  gra- 
tiam  indulsisti.  Et  nunc  quid  restat,  o  bone  Domine, 
nisi  ut  jam  in  plenitudise  lucis,  in  fervore  spiritus  ad 
oris  quoque  osculum  dignanter  admittens,  adimpleas  me 
lstitia  cum  vultu  tuo?  Indica  mihi,  o  suavissime,  o  se- 
renissime,  indica  mihi,  ubi  pascis,  ubi  cubas  in  meridie 


Fratres,  bonum  est  nos  hie  esse  :  sed  ecce  avocat  nos 
diei  malilia.  Hi  siquidem,  qui  modo  supervenisse  nun- 
tiantur,  gratum  cogunt  rumpere  magis  quam  linire 
sermonem.  Ego  exibo  ad  hospites,  ne  quid  desit  ofliciU 
ejus,  de  qua  loquimur,  charitatis,  ne  forte  et  de  nobis 
audire  contingat  :  Dicunt  enirn,  et  non  faciunt.  Vos 
orate  interim,  ut  voluntaria  oris  mei  beneplacita  faciat 
Deus  ad  vestram  ipsorum  aediflcationem,  et  laudem  et 
gloriam  nominis  sui. 

SERMO  IV. 

De  triplici  profectu  animre,  qui  fit  per  osculum  pedis, 
manus,  et  oris  Domini. 

1.  Triplicem  quemdam  animae  profectum  sub  nomine 
trium  osculorum  sermo  hesternus  complexus  est.  Num- 
quid  excidit  vobis  ?  Is  mihi  hodierna  disputatione 
prosequendus  erit,  prout  parare  dignabitur  in  dulcedine 
sua  pauperi  Deus.  Diximus,  si  recolitis,  ilia  oscula  sumi 
ad  pedes,  ad  manum,  ad  os,  singula  singulis  referentes. 
In  primo  sane  primordia  dedicantur  nostra?  conversio- 
nis  :  secundum  autem  proficientibus  indulgetur  :  porro 
tertium  sola  experitur,  et  rara  perfectio.  Ab  hoc  solo, 


144 


OEIYUES  DE  SAINT  RERNARD. 


criture,  que  nous  nvons  entrepris  de  traiter  ;  voila  tement  pourquoi  j'appelle  baisers  le  premier  et  le 

pourquoi  nousavons  ajoute  les' deux  autres,  Je  vous  second  de  cea  avancements  spirituals.  Nous  savons 

laisse  a  juger  s'il  y  avait  necessite  de  le  faire.   La  tousque  le  baisei  est  un   signe  »le  paix.  Or  si, 

force  meme  des  choses  semble  le  demander,  et  y  corame  dil   l'Ecriture,   nos  peches  nous  separent 

porte naturellement.  Et  je  ne  doute  point  que  vous  d'avec  Dieu (Sa/>.  i,A),  quand  ondtece  qui  est  entre 

ne  reeonnaissiez  aussi  qu'il  taut   qu'il  y  ait  eu,  eu  lui  et  nous,  on  a  la  paix.  Lors  done  que,  satisfai- 

effet,  d'autres  baisers  dont  l'Epouse  a  voulu  distin-  sant  a  sa  justice,  nous  nous  reconcilions  avec  lui 

guer  celui  de  la  bouche,  quand  elle  dit :  « Qu'il  par  la  destruction  de  cepeche qui  nous  en  separait, 

me  baise  d'un  Laiser  de  sa  bouche   (Cant,  i,   1).  »  le  pardon  que  uous   recevons  se   peut-il   appeler 

Pourqnoi,  en  effet,  lorsqu'elle  pouvait  se  contenter  autrement  que  baiser  de  paix  ?  Or,  ce  baiser    ne 

de  dire  qu'il  me  baise,  a-t-elle  ajoute  expressement  doit  point  etre  pris  autre  part  qu'aux  pieds.   Car, 

et  precisement  d'un  baiser  de  sa  boucbe,  eoutre  la  la  satisfaction  <pii  estle  remede  d'une  orgueUleuse 

coutume  etl'usage  ordinaire  de  parler,  sinon   pour  transgression  de  la  loi  de  Dieu,  doit  etre  humble  et 

montrer  que  le  baiser  quelle  demandait,  est   le  pleine  de  confusion. 

plus  excellent,  mais  n'est  pas  le  seul?  De  fait,  dans        3.  Mais,  lorsque  la  grace  se  communique  a  nous 

le  langage  ordinaire,  nous  disons  simplement,  bai-  d'une  facon,  pour  ainsi  dire,  plus  familiere  el  plus 

scz-moi,  ou  donnez-moi  un  baiser,  sans  que  jamais  abondante,  pour  nous  faire  mener  une  vie  mieux 

on  ajoute  de  votre  bouche.   En  effet,   quand  deux  reglee  et  une  conduite  plus  digne  de  Dieu,    nous 

personnes  se  disposent  a  se  baiser,  est-ce  qu'elles  commencons  a  lever  la  tete  avec  plus  de  conflance, 

n'approchent  pas  runedel'autre  leurs  levres  sans  se  a  sortir  de  la  poussiere  et  a  baiser  la  main  de  notre 

demander  expressement  de    le    faire.    Ainsi,    par  bienfaiteur;  si  toutefois,  loin  de  nous  glorifier  d'un 

exemple,  lorsque   l'Evangeliste  raconte    comment  si  grand  bien,   nous  en  donnons  toute  la  gloire  a 

Judas  trahit  notre  Seigneur  par   un  baiser,    il    dit,  celui  qui  en  est  l'auteur;  et  si,  au  lieu  de  nousat- 

«  et  Judas  le  baisa(xU<»r.  xiv,  45),  n  sans  ajouter  que  tribuer  ses  dons,  nous   ne  les  rapportons  qu'a   lui 

ce  fut  avec  sa  bouche,  ou  d'un  baiser  de  sa  bouche.  seul.  Autrement,  si  nous  nous  gloriflons  en  nous- 

C'est  ainsi  que  s'exprime  quiconque  parle  ou  ecrit.  memes  plutot  que  dans  le  Seigneur,  nous   baisons 

11  y  a  done  trois  etats  ou  trois   progres  de  lame,  notre    main,    non  pas  la  sienne  ;  ce  qui,  au  juge- 

qui  ne  sont  bien  connus  que  de  ceux   qui  les  ont  ment  du  saint  homme  Job  (Job  xxxi,  28),  est    le 

eprouves,    lorsque,  autant   qu'il    se    pent    dans  ce  plus  grand  de  tous  les  crimes  et  une  espece  d'ido- 

corps  fragile  et  mortel,  ils  considerent,  soit  le  par-  latrie.  Si  done,  suivant  le  temoignage  de  l'Ecriture, 

don  qu'ils  ont  recu  de  leurs  mauvaises actions,  soit  chercher  sa  propre  gloire,  e'est   baiser  sa  main,  il 

la  mace  qui  leura  ete  donnee  d'en  faire  de  bonnes,  s'en  suit  qu'on  peut  dire  avec   assez  de  raison   que 

ou  enlin,  la  preference  de  celui  qui  leur  a  commu-  celui  qui  rend  gloire  a  Dieu,  baise  la  main  de  Dieu. 

nique  taut  de  biens  et  de  faveurs.  Nous  voyons  que  cela  se  pratique  de   meme  parmi 

2.  Mais,  je  veux  encore  vous  expliquer  plus  net-  les  hommes,   et  que  les  esclaves  ont  coutume  de 


I-e  baiser 

des  pieds 

est  un  sipne 

de  paii. 


Le  baiser 
de  la   main 

consiste  a 

renilro 

gloirea  Difiu. 


quod  ullimum  positum  est,  sumpsit  exordium  Scriptura 
ista  quam  tractare  suscepirnus,  et  ipsius  causa  reliqua 
duo  a  nobis  adjuncts  sunt.  An  vero  necossarie,  vosju- 
dicabitis.  Puto  enim  fades  ipsa  eloquii  facile  admonet 
et  ista  requirere.  Mirum  vero  si  non  et  vos  advertitis, 
oportcre  revera  esse  aliud,sive  aliaoscula,  a  quibusillud 
oris  dislinguere  voluit  qui  dixit  :  Osculetur  me  i 
oris  sui.  Cur  enim,  cum  sufficere  poterat  dixisse  simpli- 
citcr,  osculetur  me;  pra>ter  morem  tamen  usumque  lo- 
quendi,  dislincte  et  signanter  adjecit,  osculo  oris  sui, 
nisi  ut  ostenderet  ipsum  ,  quod  pctebat  osculum  , 
summnm  esse,  non  solum  ?  Nonnc  denique  ita  invicem 
loquimnr,  osculare  me,  vcl,  da  mini  osculum  :  et  ne- 
mo scquilur  ut  dicat,  ore  tuo,  sive,  osculo  oris  tui  ? 
Quid?  allerutrum  oscuhiri  paranles,  num  versus  invicem 
ora  tendimus,  qua?  tamen  ab  invicem  non  requirimus 
nominalim  ?  Denique  qui  narral,  verbi  gratia,  a  Domino 
Busceptum  in  osculo  proditorem,  Et  osculaius  est,  ait, 
earn;  nee  addidit,  ore  suo,  vel,  osculo  oris  sui.  Sic  ni- 
mirum  omnis  et  qui  scribit,  et  qui  loquitur,  consucvit. 
Sunt  ergo  hi  tres  animarum  affeclus  sive  profectus,  ex- 
perts duntaxat  satis  noti  et  manifesti,  cum  aut  de  actis 
malis  indulgenliam,  aut  de  bonis  agendis  gratiam,  aut 
Ipsius  eliam  indultoris  et  benefactoris  sui  preesentiam,  eo 


quidem  modo  quo  in  corpore   fragili  possibile  est,  obti- 
nent  intueri. 

2.  Caetcrum  primum  et  secundum  qua  ratione  oscula 
nominavcrim,  manifestius  accipite.  Osculum,  pacis  in- 
dicium esse  omnes  novimus.  Porro  autcm  si,  ut  Scrip- 
tura loquitur,  peccata  nostra  separant  inter  un;  et 
Deum  ;  tollatur  de  medio  quod  interest,  et  pax  est.  Cum 
ergo  satisfacimus,  ut  ablato  quod  separat peccato  rccon- 
ciliemur  ,  indulgenliam  quam  recipimus,  quid  nisi  quod- 
dam  osculum  dixerim  pacis?  [dque  interim  non  alibi, 
quam  ad  pedes  sumendum.  Ilumilis  quippe  et  veic- 
cunda  debet  esse  satisfactio,  qua  emendatur  superba  trans- 
gicssio. 

3.  At  cum  cliam  ad  vivendum  emendatius,  Deoquo 
dignius  convcrsandum,  placita  quadam  amplioris  gratia? 
familiaritate  donamur  ;  ampliori  liducia  caput  jam  leva- 
mus  de  pulvere,  largitoris,  ut  assolet,  manum  oscula- 
turi ;  si  tamen  dc  accepto  munere  non  noslram,  sed 
auctoris  gloriam  quccrimus,  eique  sua  dona,  ct  non  no- 
bis adsciibimus.  Alioquin  si  in  le,  ct  non  magis  in 
Domino  gloriaris,  propriam  profecto,  et  non  Domini 
manum  osculari  convinceris  :  quod  juxta  beati  Job  sen- 
tentiam,  est  iniquitas  maxima,  et  negatio  in  Deum.  Si 
ergo,  ad  Scriptura1  testimonium,  propriam  gloriam  qua?- 


a  Dieu. 


QUATRIEME  SERMON  SUR  LE 

baiser  le  pied  de  leurs  maitres,  lorsque,  apres  les 
avoir  offenses,  ils  leur  demandent  pardon,    et   les 
pauvres,  les  mains  des  riches  lorsqu'ils  en  recoivent 
qnelque  assistance. 
En  quel  sens      4.  Mais  Dieu  elant  uu  esprit,  une  substance  sim- 

on  attribue       .  r      * 

des  niembres  pie,  depourvue  de  membres,  il  se  trouvera,  peut- 
elre,  quelqti  un  qui  ne  voudra  point  admettre  ce 
que  nous  avons  dit,  et  me  demandera  que  je  lui 
montre  les  mains  et  les  pieds  de  Dieu,  afin  de  jus- 
tifier  ce  que  j'ai  avance  du  baiser  du  pied  et  de  la 
main.  Mais  que  me  repondra-t-il  a  mon  tour,  je  de- 
m mile  a  celui  qui  me  fait  celte  question  qu'il  me 
montre  aussi  la  bouche  de  Dieu  pour  justifier  ce  que 
l'Ecriture  dit  du  baiser  de  la  Louche?  car,  s'il  a  l'une 
de  ces  parties,  il  a  necessairement  les  autres,  et,  si 
les  autres  lui  manquent,  celle-la  lui  manque  aussi. 
Disons  done  que  Dieu  a  une  bouche  de  laquelle  il 
instruit  les  hommes;  qu'il  a  une  main  avec  laquelle 
il  donne  la  nourriture  a  tout  ce  qui  a  vie ;  et 
qu'il  a  des  pieds  dont  la  terre  est  l'escabeau,  et 
vers  lesquels  les  pecheurs  de  la  terre  se  tournent 
et  s'abaissent  pour  satisfaire  a  sa  justice.  Dieu  done 
a  toutes  ces  choses,  mais  il  les  a  par  les  effets,  non 
par  sa  nature.  L'ne  confession  pleine  de  regret  et 
de  honte,  trouve  en  Dieu  ou  s'humilier  et  s'abais- 
ser  profondement ;  une  ardente  devotion,  ou  se 
renouveler  et  se  fortifier  ;  et  une  douce  contempla- 
tion, oil  sereposer  dans  ses  extases.  Celui  qui  gou- 
verne  toutes  choses  est  tout  a  tous,  mais  a  propre- 
ment  parler,  il  n'est  rien  de  toutes  ces  choses.  Car, 
si  on  le  considere  en  lui-meme,  il  habite  une 
lumiere  inaccessible  (1  Tim.  vi,  16).  Sa  pais  sur- 
passe  tout  ce  qu'on  sen  pent  imaginer  (Phillip,  iv, 
1);  sa  sagesse  n'a  point  de  homes,  ni  sa  grandeur 
de  linxites ;  et  nul  homme  ne  le  saurait  voir  en  cette 


rere,  propriam  est  osculari  manum  :  profecto  qui  dat 
gloriam  Deo,  Dei  dicitur  non  incongrue  manum  oscu- 
lari. El  in  hominibus  quidem  ila  esse  videmus,  servos 
videlicet  offensorum  dominorurn  osculari  solere  pedes, 
cum  ab  ipsis  veniam  petunt;  cl  pauperes  divitum  ma- 
nus,  cum  ab  eis  munus  accipiunt. 

4.  Verura  quia  spiritus  est  Deus,  et  nullis  simplex  ilia 
substantia  membris  distincta  corporeis  :  erit  fursan  qui 
nullatenus  de  illo  recipiat  tale  aliquid,  scd  a  me  sibi 
Dei  manus  vel  pedes  flagilet  demonstrari,sicq;ie  probari 
quod  de  osculo  pedum  manusve  diffinio.  Sed  quid  si  et 
ego  vicissim  ab  ipso  meo  sciscitatore  de  ore  quoque 
Dei  requisiero,  quatenus  quod  de  oris  osculo  Scriptura 
loquitur,  ad  Deum  peptinere  demonstret?  Nempe  ant 
cum  isto  simul  et  ilia  habet,  aut  cum  illis  pariter  et  isto 
caret.  Scd  enim  et  os  habet  Deus,  quo  docet  hominem 
scienliam  ;  et  manum  habet,  qua  dat  escamomni  carni; 
et  pedes  habet,  quorum  terra  scabellum  est,  ad  quos 
nimirum  peccatores  teme  conversi  atque  humiliati  sa- 
tisfaciunt.  Haee,inquam,  habet  Deus  omnia  per  affectum, 
non  per  naturam.  Invenit  profecto  apud  Deum  et  vere- 
cunda  confessio,  quo  se  humiliando  dejiciat ;  et  prompta 
devotio,  ubi  se  innovando  reliciat;  et  jucunda  contem- 
T.    IV. 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  145 

vie  [Exod.  sxxm,  29).  Ce  n'est  pas  qu'il  soit  bien 
loin  de  chacun  de  nous,  il  est  l'Etre  de  toutes  cho- 
ses, et  sans  lui  tout  retomberait  dans  le  neant. 
Mais  ce  qui  est  encore  plus  admirable,  rien  n'est 
plus  present  que  lui,  et  rien  neanmoins  n'est  plus 
incomprehensible.  Car,  qu'y  a-t-il  de  plus  present 
a  chaque  chose  que  son  etre  propre ;  et  neanmoins, 
qu'y  a-t-il  de  plus  incomprehensible  pour  chacun 
que  l'Etre  de  toutes  choses  ?  Mais,  si  je  dis  que  En  quel  sem 
Dieu  est  l'Etre  de  toutes  choses,  ce  n'est  pas  cm'elles  ,?ieu  ef ' 
aient  le  meme  etre  que  lui ;  mais  e'est  que  toutes  toutes  chose, 
choses  procedent  de  lui,  subsistent  par  lui,  et  sont 
en  lui  (Rom.  si,  36'.  Celui  qui  a  cree  toutes  choses 
est  done  l'Etre  de  toutes  les  choses  creees;  mais  e'est 
comme  cause  et  comme  principe,  non  comme 
matiere.  C'est  de  cette  sorte  que  cette  haute  Majesie 
daigne  etre  a  l'egard  de  ses  creatures.  11  est  en 
general  l'etre  de  tout,  la  vie  des  animaux,  la 
lumiere  de  ceux  qui  se  servent  de  la  raison,  la 
vertu  de  ceux  qui  s'en  servent  bien,  et  la  gloire  de 
ceux  qui  triomphent. 

5.  Or,  pour  creer  toutes  ces  choses,  pour  les 
gouverner,  les  regler,  les  mouvoir,  les  faire  croitre, 
les  renouveler,  et  les  affermir,  il  n'a  pas  besoin 
dinstruments  corporeis,  c'est  par  sa  seule  parole 
qu'il  a  cree  toutes  choses,  les  corps  et  les  esprits. 
Les  times  ont  besoiu  de  corps  et  de  sens  corporeis, 
pour  se  faire  connaitre  les  unes  aux  autres,  et  pour 
agir  les  unes  sur  les  autres.  Mais,  il  n'en  est  pas' 
ainsi  du  Dieu  tout-puissant,  parce  que  1'effet  suit 
sa  volonte  avec  une  vitesse  admirable,  soit  pour 
creer  les  choses,  soit  pour  les  ordonner  selon  qu'il 
lui  plait.  11  exerce  sa  puissance  sur  qui  il  veut, 
et  autant  qu'il  veut,  sans  avoir  besoin  du  secours 
de  membres  corporeis.  Mais  quoi,  pensez-vous  que 


platio,  ubi  excedendo  quiescat.  Omnia  omnibus  est  qui 
omnia  administrat,  nee  quidquam  est  omnium  proprie. 
.  quod  in  se  est,  lucem  habitat  inaccessibilem,  et 
Pax  ejus  exsuperat  omnem  sensum ;  et  Sapiential  ejus 
non  est  numerus,  ct  magnUudinis  ejus  non  est  finis  ; 
nee  potest  eum  videre  homo  ut  vivat.  Non  quod  longe 
ab  unoquoque  sit  qui  esse  omnium  est,  sine  quo  omnia 
nihil  :  sed  (ut  tu  pins  mireris)  et  nil  eo  prassenlius,  et 
nil  incomprehensibilius.  Quid  nempe  cuique  rei  praesen- 
;uam  esse  suum?  Quid  cuique  tamen  incompre- 
hensibilius, quam  esse  omnium '?  Sane  esse  omnium 
diverim  Deum,  non  quia  ilia  sunt  quod  est  ille  ;  sed 
quia  ex  ipso,  et  per  ipsum,  et  in  ipso  sunt  omnia.  Esse 
est  ergo  omnium  quae  facta  sunt  ipse  factor  eorum,  sed 
causale,  non  materiale.  Tali  proinde  modo  dignatur  ilia 
majestas  suis  esse  creaturis,  omnibus  quidem  quod  sunt 
animantibus  autem  quod  et  vivunt :  porro  ratione  uten- 
tibus  lux,  recte  vero  utentibus  virtus ,  vincentibus 
gloria. 

5.  Et  in  his  omnibus  creandis,  gubernandis,  adminis- 
trandis,  movendis,  promovendis,  innovandis,  firmandis, 
nullis  corporeis  indiget  instrumentis ,  qui  omnia  solo 
verho  et  corpora  creavit,  et  spiritus.  Aniniae  corporibus 

10 


146 

pour  recorder  les  ehoses  que  lui-meme  a  creees,  il 
ait  besoin  du  secours  des  sens  corpurcls  ?  Rieu  ne 
se  cache  et  ne  so  derobe  a  sa  lumiere  qui  est  par- 
tout  presente,  et,  pour  connaltre  quelque  chose,  il 
n'aque  faire  du  ministere  des  sens.  Non-seulement, 
il  connait  toutes  ehoses  sans  qu'il  ait  un  corps ; 
mais,  il  se  fait  connailre  lui-meme  a  ceux  qui  ont 
le  cceur  pur,  sans  l'entremise  d'aucun  corps.  Je  dis 
souvent  la  merue  chose  en  difierentes  manures, 
alin  qu'on  l'entende  mieux.  Mais  commece  qui  me 
reste  de  temps  est  court  pour  ache vercette  matiere, 
je  suis  d'avis  que  nous  la  remettions  a  deuiain. 

SERMON  V. 


ne  on  a  besoin 
aussi. 


II  y  a  quatre 

eortes 

d'esprits. 


La  bfte  a 

Lesoindu 

corps. 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

corps  qu'il  anime,  aussitot  que  la  bete  meurt.  Pour  L'amehumai 
ce  qui  est  de  nuns,  il  est  vrai  que  nous  vivons  apres 
que  noire  corps  esl  mort :  mais  nous  ne  possedons 
que  par  le  corps  ce  qui  fait  la  vie  bienheureuse. 
C'est  ce  qu'avail  eprouve  celui  qui  disait  :  «  Les 
grandeurs  invisibles  de  Dieuse  connaissent  et  se 
voient  par  les  ehoses  creees  Rom,  i,  20).  »  Car,  les 
creees,  e'est-a-dire,  les  ehoses  corporeUes  et 
visihles,  ne  viennent  anotre  connaissance  que  par 
l'entremise  des  sens.  Lescreatures  spirituelles,  telles 
que  nous  ,  ont  done  besoin  de  corps  ,  puis- 
quesanslui,  elles  ne  peuvent  acquerir  la  science 
des  ehoses  qui  lout  la  felicite.  Si  on  me  dit  que  les 
enfants  regeneres  par  le  bapteme  ne  laissent  pas  de 
passer  a  la  vie  bienheureuse,  ainsi  que  la  foi  nous 
11  y  a  quatre  sorles  d'esprits;  celui  de  Dieu,  celui  de  l'enseigne,  quoiqu'ils  sortent  du  corps  sans  celte 
range,  celui  de  Vkomme  et  celui  de  la  bite.  science  des  ehoses  corporelles  ;  je  reponds,  en  un 

mot,  que  ce   privilege  est,    en   eux,  un  eflet  de  la 
1.  11  v  a  quatre  sortes  d'esprits  que  vous  con-     grace,  non  de  la  nature,  or,  je  ne  parle  pas  ici  des 
naissez,  celui  de  la  bete,  celui  de  1'homme,   celui    miracles  de  Dieu,  mais  des  ehoses  naturelles. 
de  l'ange  et  l'esprit  de  celui   qui  les  a  crees  tous.         2.  l'our  ce  qui  est  des  espnts  celestes,  ils  ont  aussi    Les  angea 
De  tous  ces  esprits,   il  n'y  en  a  pas  un  qui  n'ait    besoin  de  corps,  on  n'en  pent  douter  en  entendant  en  ™',niBa8" 
besoin   d'un   corps,   ou  de  la  ressemblance  d'un    ces  paroles  vraies  et  vraiment  divines :   «  Tous  les 

esprits  bien  heureux,  dit  l'Apotre,  ne  sont-ils  par 
les  miuistres  des  ordres  de  Dieu,  et  envoyes  pour 
ceux  qui  sont  destines  a  fheritage  du  salut,  [Ihb. 
1.14)?  «  Or,  comment  peuvent-ils  aceomplir  leur 
ministere,  sans  seservir  de  corps,  surtout  aupres  de 
ceux  qui  vivent  dans  un  corps?  Enlin,  il  n'appar- 
tient  qu'aux  corps  de  courir  ca  et  la  et  de  passer 
d'un  lieu  a  un  autre.  Or,  unc  autorite  anssi  connue 
qu 'indubitable  temoigne  que  les  anges  le  font  sou- 
vent.  De  la  vient  qu'ils  ont  apparu   aux  auciens; 


besoin. 


corps,  soit  pour  son  usage  particulier,  ou  pour 
celui  des  autres,  soit  encore  pour  tous  les  deux  a 
la  fois ;  si  ce  n'est  seulement  celui  a  qui  toute 
creature,  tant  spirituelle  que  corporelle,  dit  avec 
justice  :  «  Vous  etes  mon  Dieu,  parce  que  vous 
n'avez  nul  besoin  de  mes  biens  (Psal.  xv,  2).  » 
Quant  au  premier  de  ces  quatre  esprits,  il  est  cer- 
tain que  le  corps  lui  est  si  necessaire,  qu'il  ne 
peut  en  aucune  facou  subsister  sans  lui.  Car  il 
cesse  de  vivre,   aussi  bien  que  de  donner  la  vie  au 


et  corporeis  egent  sensibus,  quihus  sibi  inviccm  inno- 
tescant,  et  valeant.  At  non  ita  omnipotens  Deus,  cui  de 
aola  voluntate  cseteris  suppetit  efficientia  tarn  ereandis 
rebus,  quam  ordinandis  prout  volueril.  Valet  cui  vult, 
quantum  vult,  et  absque  corporalium  officio,  obsequiove 
membrorum.  Quid  ?  ad  inluenda  qua?  condidit  ipse,  pu- 
tas  sibi  requirat  corporei  sensus  adjutorium  ?  Nihil  om- 
nium omnino  latet,  aul  effugit  lucem  ubique  prsesenlem: 
nee  tamen  ut  agnoscat  aliquid,  necessarium  habet  re- 
nuntiantis  sensus  ministerium.  Xec  solum  universa  nos- 
cit  sine  corpore,  sed  et  innotescit  mundis  corde  sine 
corpore.  Dico  autem  idem  lalius,  ut  planius  fiat.  Sed 
forte  quia  Qniendi  jam  sermonis  angustia  non  admittit, 
consilii  rnagis  est  ut  in  crastinuni  differamus. 

SERMO  V. 

De  quatuor  generihus  spiriluum,    videlicet   Dei,  angeli, 

hominis,  et  pecoris. 

1.  Quatuor  spiriluum  genera  nola  sunt  vobis,  pecoris, 
noster,  angelieus,  et  qui  condidit  istos.  Non  est  ex  om- 
nibus, cui  sive  propter  se,sive  propter  alium,  sive  prop- 
ter utrumque,  necessarium  corpus  non  sit,  corporisve 
similitudo,  excepto  duutaxat  illo,  cui  omnis  tarn  corpo- 
ralis,  quam  spiritualis  creatura  merilo  confitetur,  ct 
dicit,  Deus  mews  es  tu,  quoniam  bonorum  meorum  non 
eges.  Et   primum  quidem  Ita  corpore  egere  constat,  ut 


nee  subsistere  absque  illo  ulcumque  possit.  Simul  quip- 
pe  et  vivificare  desinit  et,  vivere  ille  spiritus,  quando 
moritur  pecus.  Verum  nos  vivimus  quidem  post  corpus: 
sed  ad  ca  quibus  beate  vivitur,  nullus  nobis  accessus 
patel,  nisi  per  corpus.  Senserat  hoc  qui  dicebat  :  Invisi- 
bilia  Dei  per  ea  qua  facta  sunt,  inteltecta  conspiciuntur. 
Ipsa  siquidem  qua;  facia  sunt,  id  est  corporalia  et  visi- 
biliaisfa,  nonnisi per  corporis  instrumentum  sensa,  in  nos- 
tram  notitiam  veuiunt.  Habel  ergo  necessarium  corpus 
spiritualis  creatura  qua;  nos  sumus,  sine  quo  nimirum 
nequaquam  illam  scientiam  assequitur,  quam  solam  ac- 
ccpit  gradum  ad  ca,  de  quorum  Dtcognitione  beata.  I  lie 
si  mihi  objicitur  de  parvulis  regenerates,  quod  absque 
scicnlia  rcruni  corporalium  exeuntes  de  corpore,  ad 
bealam  vitam  nihilominus  transire  credantur;  breviter 
respondeo  hoc  illis  conferre  gratiam,  non  naturam.  Et 
quid  ad  me  de  miraculo  Dei,  qui  de  naturabilibus  dis- 
sero? 

2.  Jam  quod  et  superccelestcs  spiritus  opus  corporibus 
habeanl,  ilia  maxima  certos  nos  faciat  vera,  et  vcrc  di- 
vina  Bententia  :  Nonne  <<»tws,  ail,  administrated  spiri- 
tus sunt,  missi  in  ministerium  propter  cox,  qui  haredi- 
tatem  capiunt  salutis  1  Qnonam  ergo  modo  implent 
ministerium  suum  absque  corpore,  prajserlim  apud  vi- 
ventes  in  corpore  ?  Deniquc  non  est  discurrerc,  ncc  de 
loco  ad  locum  transire,  nisi  corporum  :  quod  frequenter 


CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


qu'ils  se  sont  lave  les  pieds.  Ainsi  les  esprits  du 
dernier  ordre ,  et  ceux  du  premier  ont  besoin 
d'un  corps  qui  leur  soit  propre,  non  pas  nean- 
moins  pour  s'en  aider,  mais  pour  aider  les  autres. 
3.  Les  services  que  rendent  les  betes  pour  acquit- 
ter  la  dette  de  leur  creation  ne  se  rapportent  qu'au 
temps  et  au  corps.  C'est  pourquoi  elles  passent  avec 
le  temps,  etmeurent  avec  leur  corps';  car  un  servi- 
teur  ne  demeure  pas  toujours  dans  nne  maison ; 
mais  ceux  qui  en  font  bon  usage,  rapportent  tout 
le  service  qu'ils  en  tirent  a  un  gain  spirituel  qui 
dure  toujours.  Quant  a  ran-:;,  ilexerce  des  devoirs 
de  piete  Jans  une  liberte  lout  cntiere,  et  sert  les 
bommes  avec  promptitude  et  allegresse,  pour  leur 
procurer  les  biens  futurs,  parce  qu'ils  doiventetrea 
jamais  ses  concitoyens,  et  les  coheritiers  de  son  eter- 
nelle  felicite.  La  bete  done  a  besoin  d'un  corps  pour 
nous  servir  conformement  a  la  condition  de  sa  na- 
ture ,  et  l'ange  pour  nous  rendre  de  pieux  et  cha- 
ritables  devoirs.  Quant  a  eux,  je  ne  vois  pas  quel 
avantage  ils  en  retirent,  au  moins  pour  l'eternite.  Si 
l'esprit  irraisonnable  parlicipe  en  quelque  sorte  a 
la  connaissance  des  choses  corporelles  par  le  moyen 
du  corps;  son  corps  ne  lui  sert  pas  au  point  de 
l'elever   pen  a  peu  par  l'entremise  des  cboses  sen- 


;  Perfection 

da  l'inlclli- 

eence  de 


147 

sens,  par  la  seule  vivacite  de  sa  nature,  et  la  pro- 
xiniite  de  Dieu,  il  est  suffisant  pour  comprendre 
les  cboses  les  plus  elevees,  etpour  penetrer  les  plus 
secretes.  C'est  ce  que  l'Aputre  avait  compris,  lorsque 
apres  avoir  dit :  «  Les  grandeurs  invisibles  de  Dieu 
se  voient  par  le  moyen  des  cboses  creeees,  il  ajoute 
aussitot,  par  les  creatures  qui  sont  sur  la  terre, 
{Rom.  i.  2),  »  attendu  qu'il  n'en  est  pas  ainsi  des 
creatures  du  ciel.  Cet  habitant  du  ciel  par  sa  subti- 
lite  et  sa  sublimite  naturelles,  arrive  avec  une  promp- 
titude et  une  facilite  merveiUeuses  sans  s'aider  du 
secours  d'aucun  sens,  d'aucun  membre,  nid'aucun  ■Vaae<:  com- 
objet  corporel,  la  ou  cetesprit  enveloppe  de  chair,  et  ffftiS? 
etranger  ici  bas,  s'efforce  d'arriver  peu  a  peu,  et 
comme  par  degres,  en  se  servant  de  la  considera- 
tion des  choses  sensibles.  En  effet,  pourquoi  cher- 
cherait-il  des  sens  spirituels  dans  la  contemplation 
des  creatures  corporelles,  puisqu'il  les  lit  sans  con- 
tradiction, et  les  entend  sans  difficulty  dans  le  livre 
de  vie  ?  Pourquoi  tirerait-il  a  la  sueur  de  son  front, 
le.grain  de  l'epi,  le  vin  du  raisin,  l'huile  de  l'olive.' 
puisqu'il  a  en  main  toutes  choses  enabondance?  Qui 
voudrait  aller  mendier  son  pain  chez  les  autres 
quand  il  a  chez  soi  du  pain  en  abondance  ?  Qui  se 
mettrait  en  peine  de  creuser  unpuitset  dechercher 


Lesbfetes 

meine   ser- 

Tenta  l'hora 


ciKloc    i  .r,t  iicu  •         . """"'  cu  i'cluc  ue  eieuser  unpuits  et  de  chercher 

sibles,  dont  1   ,„  fait  part,  jusqu'aux  choses  spiri-    de  1'eau  avec  beaucoup  de  travail  dans  les  entrailles 
tuelles  et  mte  hc-ih W?  Ft  fm,t«fn;,  „™  i„„  „ :_...     j ..  i_  ».__.  ,  ..  leb  ™lraiues 


tuelles  et  intelligibles?  Et  toutefois  par  les  sei 
.._   passagers  et  corporels  qu'il  rend,  il   aide  ceux  qui 
mXaers'eS  f°nt  servir  les  choses  temporeUes  an  fruit  des  eter- 
nelles,  parce  qu'ils  usent  de  ce  monde,  comme  n'en 
usant  pas. 

4.  Et  pour  l'esprit  angelique,  sans  le  secours  du 
corps,  et  sans  voir  les  choses  qui  tombent  sous  les 


ilerQelles. 


de  la  terre,  quand  il  a  une  source  vive  qui  lui  en 
fournit  ahondamment  de  tres-belle  et  de  tres-claire  ? 
Ainsi  done,  ni  l'esprit  des  animaux  irraisonnables, 
ni  celuides  anges,  ne  recoivent  aucune  aide  de  leurs 
corps,  pour  posseder  les  choses  qui  rendent  heu- 
reuse  la  creature  spiriluelle;  Tun  ne  les  comprend 
point   a  cause  de  sa  stupidite  natureUe,  et  l'autre 


•  at.  tameD, 


*  at.  concm 
bus. 


angelos  facere  tam  indubilafa,  quam  nota  probat  auc- 
toritas.  Hinc  est  quod  est  visi  sunt  Patribns,  ct  ad  eos 
lnlrayerunt,  et  manducaverunt,  et  pedes  laverunt.  lta 
inferior  superiorque  spirilus  propriis  corporibus  egent, 
sed  tantum  •  quibus  juvent,  non  eliam  juventur. 

3.  At  pecus  quidem  ex  debilo  servitutis,  et  ad  usus 
tantum  temporalium  corporal iuaique  necessitatum  ju- 
vando  servit  :  ideoque  ille  spiritus  et  cum  tempore 
transd,  et  cum  corpore  deficit.  Serves  quippe  non  ma- 
net  in  domo  in  aeternum  ;  licet  qui  bene  eo  utuntur 
oninem  usum  hujus  temporalis  servitulis  ad  quantum 
referent  a;ternorum.  Angelus  vera  curat  satagitque  in 
libertale  spirilus  administrare  officium  pietatis,  futuro- 
rum  bonorum  promptum  mortalibus  alacremque  minis- 
trum  sese  exhibens,  ulpole  suis  in  ajlernum  futuris 
civibus  *,  et  cohsredibus  superme  jucunditatis.  Ille  ergo 
ut  jure  serviat,  iste  ut  pie  subveniat,  ambo  proculdubio 
suis  corporibus  egent  ut  juvent.  Nam  in  quo  ipsi  eis 
juventur,  non  video,  ad  profectum  dunlaxat  KtemitatK 
Irrationahs  nempe  spirilus,  etsi  corporalia  per  corpus  et 
ipse  baunat;  nnmquid  lamen  eousque  juvatur  corpore 
suo,  ut  per  corporalia  et  sensibilia  qua;  per  illud  sentit 
etiam  ad  spiritualia  et  inlelligibilia  proficendo  perlin- 
gat  ?  Ad  qua;  tamen  capessenda  pro  suo  corporali  tem- 
porahque  obsequio  nosdtur  juvare  illos,  qui  omnem 
usum  rerum  temporalium  ad  fructum  transferunt  ajter- 


narum,  utentes  hoc  mundo,  tanquam  non  utentes. 
4.  Porro  autem  superccelestis  spirilus  absque  adjutorio 
corporis,  et  absque  intuitu  horum  qua;  per  corpus  sen- 
tiunlur,  sola  profecto  sua;  vicinitate  ac  vivacitafe  natura; 
suificit  apprebendere  summa,  et  intima  penetrare.  An 
non  hoc  Apostolus  intellexit,  qui  cum  diceret,  Invisibi- 
lia  Dei  per  ea  qum  facta  sunt  inteUecta  conspieiuntur  ■ 
adjecit  protinns,  a  creatura  mundi?  Ximirum  quoniam 
a  creatura  cceli  non  ila.  Quo  enim  is  involutus  came  et 
terras  incola  spiritus,  ex  consideratione  sensibilium  pro- 
ficiens,  gradatim  quodam  modo  paulatimque  nititur  per- 
venire  :  eo  ille  ccelestium  habitator  ingenila  subtilitate 
ac  sublimitate  sua,  in  omni  velocitate  facilitateque  per- 
tingit,  nullo  uUque  sensus  corporei  adminiculo  fultus, 
nullo  corporei  membri  adjutus  officio,  nullo  corporeal 
cujuscunque  rei  informatus  intuitu.  Cur  enim  inter  cor- 
pora spirituales  scrutetur  sensus,  quos  in  libro  vitas  et 
absque  contradictione  legit,  et  absque  difficultate  intelli- 
git?  Cur  in  sudore  vultus  sui  laboret  excutere  grana  de 
paleis,  de  uvis  vina,  et  de  amurca  oleum,  qui  ex  omni- 
bus satis  abundeque  ad  manum  habet?  Quis  mendicet 
victum  suum  per  domos  alienas,  in  sua  abundans  pani- 
bus?  Quis  puteum  fodere  curet,  et  in  terra;  visceribus 
venas  aquarum  cum  labore  rimari,  cui  ultro  affatim 
aquas  limpidas  fons  vivus  emanal?  Nee  brutus  ergo, 
nee  angelicus  spiritus  ad  ea  capescenda,  qua?  beatam 


US 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


L'esprit  dc 
l'botnme  a 

besomdi- 1  ai- 
de du  corps 


II  j  a  des 

[animaux  qu 

semblent 

nuisibles  et 

qui  sent  uti 

lesal'lioni- 

me. 


cori'S  des 
Bogea. 


n'en  a  pas  besoin  a  cause  dela'gloire  cruinentedont  des  choses  cnVvs  et  visibles.  Car  le  (liable  et  ses    Le  diabio 

il  jouit.  satellites   dont   I'intention  est  tou jours   mauvaise,  ""'"^"j!" 

5;  Pour  ce  qui  est  de  l'espritde  I'homme qui  tient  desirent   sans  cesse  nuire,  mais  a  Dieu  ae  plaise      venule 

comme  le  milieu  entre  le  plus  eleve  et  le  plus  Las,  que  i  e  soit  a  ceux  qui  sunt  remplis  de  zele  et  dont  ' "'.[][[:  *uJJn 

il   est  evident   qu'il  a  tellement  besoin  d'un  corps,  il  estdit:    «  Qui  vous  pourra  nuire,   si   vous  etes  pourrhom- 

que,  sans  cela,  il  ue  peut  oi  profiter  lui-meme,  ni  pleins  d'un  bon  zele,  (i.   Pet.  m.  v.  13)?».  Au  con- 

servirles  autres.  ("ar,  sans  parler  des  autres  parties  train',  Lis  servent  aux  bons,  quoique  ce  soit  contre 

du  corps  et  deleurs  usages,  com ut.je  vous  prie,  leur  dessein,  el  Us  contribuenl  a  leur  bien  et  a  leui 

pourriez-vous,sanslalaDgue,instruire  celuiquivous  avantage. 

ecoute,  ouir  sans  oreilles  celui  qui  vous  instruit?        7.  Aureste,les  corps  des  anges  leur  sont-ils  natu-    Dontman 

6.  Puis  done  que  sans  le  secours  du  corps,  l'esprit  rels,  comme  crux  des  hommes  sont  naturels  aux 

animal  ne  pent  rendre  les  devoirs  de  sa  condition  homines,  sont-ce  des  animaux  commeles  hommes, 

servile,  ni  celui  de  l'ange  accomplir  son  ministere  mais    immortels,  ce  que  les  hommes  ne   sont  pas 

de  charite, ni  l'ame raisonnable  servir son prochain  encore;  changent-ils  de  corps  et  leur  donnent-ils 

par  soi-meme,  en  ce  qui  regarde  le  salut,  il  paxait,  telle  forme  et  telle  Qgure  qu'il  leur  plait,  lorsqu'ils 

que  tout  esprit  cr66  a  absolument  besoin  de  l'assis-  veulent  apparaitre,  les  rendant  epais  et  solides, 

tance  du  corps,  ou  pour  l'utilite  des  autres,  ou  pour  autant   qu'ils   le   veulent,  quoique  en  reality   ils 

la  sienne  et  pour  celle  des  autres  et  lasienneen  soient  impalpables  et  invisibles,   a  cause  de  leur 

meme  temps.  II  y  a  des  animaux,  direz-vous,  qui  nature  subtile  et  deliee  ?  Ou  bien,  d'une  substance 

sont  incommodes,  et  dont  on  nesaurait  tirer  aucun  simple  et  spirituelle  r'  meme,  prennent-ils  ce  corps, 

avantage,  llsserventau  moinspourlavue,s'ilsn'ont  lorsqu'il  en  est  besoin,  et  apres  avoir  fait  ce  qu'ils 

point  d'autre  usage,  et  ils  sont  plus  utiles  a  l'ame  souhaitaient,   le  quittent-ils  et  le  font-ils  resoudre 

de  ceux  qui  les  regardent,  qu'ils  ne  le  pourraient  en  la  meme    matiere   dont  ils  l'ont  tire?  Ce  sont 

etre  au  corps  de  ceux  qui  sen  serviraient.  Et,  quand  autant   de  questions  que  je  vous  prie   de  ne  point 

meme  ils  seraient  nuisibles   et  pernicieux  a  la  vie  faire.  I.es  peres  semblent  partages  la  dessus,   et 

temporelle  des  bommes,  il  y  a  toujours  en  eux  des  pour  moi,  je  no  vols  pas  bien    quelle  est  l'opinion 

choses  qui  contribuent  au  bien  de   ceux  qui  selon  vraie,   j'avoue  meme  que   je  ne   le   sais  pas.  De 

le  decret  eternel  de    Dieu,  sont    appeles  a  letat  de  plus,   je    crois  que    la  connaissance  de  ces  choses 

saintete,  sinon  en  servant  d' aliment,  ou  en  rendant  serait  assez  inutile  pour  votre  avancement  spirituel. 
quelque  autre  service,  du  moins  en  exercant  l'es-  8.  Sachez  seulement,  que  nul  esprit  cree  ne 
prit  par  une  voie  facile,  ouveite  a  tout  homme  rai-  . 

r        r  ,  a-  Saint  Bernard  propose  le  meme  doute,    dans  le  livre  v  de  la 

sonnable,  et  en  le  conduisant  a  la  connaissance  des  Consid^ration)  chaPitre  iv.  On  peut  voir  sur  ce  point  les  notes  d6 

grandeurs  invisibles  de  Dieu,  par  la  consideration  Horstius. 


spiritualem  faciunt  creaturam,  suis  ullo  modo  corpori- 
bus adjuvantur;  ille  quidem  pro  innata  stoliditate  non 
capiens,  iste  vero  pro  excellentioris  gloriae  prasrogativa 
non  indigens. 

5.  Porro  hominis  spiritum,  qui  medium  quemdam  in- 
ter supremum  el  intimum  tenet  locum,  usque  adeo  ad 
utrumque  necessarium  habere  corpus  manifestum  est, 
ut  absque  eo  nee  ipse  prolicere,  nee  alteri  prodesse  pos- 
sit.  Nam,  ut  taeeam  membra  cstera  corporis,  officiave 
membrorum;  quoniam  modo,  quajso,  aut  sine  lingua 
iustruis  audientem,  aut  sine  auribus  percipis  instruen- 
tem? 

G.  Ilaque  cum  absque  corporis  adminiculo  nee  bestia- 
lis  spirilus  servilis  conditionis  solvere  debitum,  neo  spi- 
ritualis  ccelestisque  creatura  iuiplere  ministerium  pieta- 
tis,  nee  rationalis  aniuia  tarn  proximo,  quara  etiam  sibi 
sufliciat  consulnre  ad  salutem  ;  liquet  omnem  creatum 
spiritum,  sive  utjuvet,  sive  ut  juvetur  simul  et  juvet, 
corporeo  prorsus  indigere  solatio.  Quid  enirn  si  qua 
animantia,  quantum  ad  usum  sui,  reperiantur  incommo- 
da,  nullisque  apta  usibus  huinanarum  necessitatum  ? 
Prosunt  prol'ecto  visu,  et  si  non  usu ;  utiliora  cordibus 
intuentium,  quam  nleiiliiiin  esse  corporibus  posaent. 
Etsi  nociva,  etsi  etiam  pernioiosa  temporali  hominmn 
constet  esse  saluti ;  non  tamen  deest  eorum  corporibus 
unde  cooperentur  in   bonum  his,  qui  secundum  propo- 


situm  vocati  sunt  sancti ;  etsi  non  cedendo  in  cibum, 
aut  exhibendo  ministerium,  certe  ingenium  exercendo, 
juxta  eum,  qui  utique  omni  utenli  ratione  prasto  est, 
communis  disciplinas  profectum,  quo  invisibilia  Dei  per 
ea  qua;  facta  sunt  intellecta  conspiciuntur.  Nam  et  dia- 
bolus  ej usque  satellites,  cum  sit  semper  eorum  maligna 
inlenlio,  nocere  quidem  semper  cupiunt,  sod  bonis 
aemulatoribus,  quibus  dicitur,  Quis  vobii  nocere  poterit, 
si  bom  annulatores  fueritis  ?  absit  ut  possint  :  magis 
autem  pi  osuni  et  *  nolentes,  cooperanturque  in  bonu  mbi  inis 
7.  Ca-lenim  angelica  corpora,  utrumnam  ipsi>  spiriti- 
bus  naturalia  sint,  sicut  omnibus  sua;  et  sint  animalia 
sicut  homines,  immortalia  tamen,  quod  nondum  sunt 
homines  ;  porro  ipsa  corpora  mulcnt  et  versent  in  for- 
ma et  specie  qua  volunt  quando  apparere  volunt,  den- 
sanles  el  sulidantes  ea  quantum  volunt,  cum  tamen  in 
sui  verilale  pra?  subtililate  nature  atque  substantia  suce 
impalpabilia  sint,  et  nostrisomnino  inatlingibilia  visibus: 
an  vero  simpliei  spiritual!  substantia  subsislonles,  cor- 
pora cum  opus  est  sumanf,  rursumque  expleto  opere 
ponant  in  eamdem,  de  qua  sumpla  sunt,  materiam  dis- 
BOlvenda;  nolo  ut  a  me  requiralis.  Videntur  Patres  de 
hujusmodi  diversa  sensisse ;  nee  mihi  pcrspicuum  est, 
unite  allei'uliuin  doceam ;  et  nescire  me  fateor.  Sed  et 
vestri.s  profe  abus  non  multum  couferre  arbitror  harum 
reruin  notitiatn. 


Etiam 


CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES    CANTIQUES. 


s'unit  de  lui-rnerne  au  notre,  en  sorte  que,  sans 
le  secours  d'aucun  corps,  il  se  confuiule  lelleuient 
ayec  nous,  que  par  cette  communication  ou  cette 
infusion,  il  nous  rende  savants  ou  plus  savants, 
bons  ou  meilleurs.  Nul  ange,  a  nulle  ame  n'est 
capable  de  se  joindre  ii  moi  de  cette  facon,  ni  moi 
de  la  recevoir.  Les  Anges  meme  ne  sauraient  non 
plus  se  joindre  les  uns  a\ix  autres.  Cette  prerogative 
n'est  reservee  qu'a  l'esprit  souveraiu,  a  cet  esprit 
sans  bornes  et  sans  limites,  qui  seul,  lorsqu'il  ins- 
truit  les  anges  ou  lesbommes,  n'a  que  faire  de  nos 
oreilles  pour  se  faire  entendre,  non  plus  que  de 
boucbe  pour  parler.  11  se  repand  dans  nos  ames 
par  lui-meme,  il  se  fait  connaitre  par  lui-meme. 
Etre  pur,  il  est  compris  par  ceus  qui  sont  purs. 
Seul  il  n'a  besoin  de  personne,  seul  il  suffit  a 
lui-meme  et  a  tous  par  sa  seule  toute-puissante 
volonte. 

Pourqnoi  9.  Ce  n'est  pas  qu'il  n'opere  aussi  un  nombre 
d<a  creatures  muiu  de  choses  merveilleuses  par  les  creatures  cor- 

pour  ses     porelles  ou  spirituelles  qui  lui  sont  soumises ;  mais 

actions.       r,     ,  i  *  , 

c  est  en  commandant,  non  pas  en  empruntant  leur 
concours.  Par  exemple,  de  ce  qu'il  se  sert  main- 
tenant  de  ma  langue  pour  faire  son  ceuvre,  e'est- 
a-direpourvous  instruire  ;  e'est  uneffetdesa  bonte, 
non  de  son  indigence,  puisque  sans  doute  il  le 
pourrait  faire  par  lui-meme,  et  avec  beaucoup 
plus  de  grace  el  de  facilite.  Ce  n'est  pas  non  plus 
pour  se  soulager  qu'il  le  fait ;  mais  pour  que  j'ac- 
quiere  des  merites  a  votre  [progres  dans  la 
vertu.   11   faut  que  tout  bomme  qui  fait  du  bien 


149 

soit  bien  convaincu  de  cela,  depeur  qu'il  ne  se  glo- 
rifie  des  biensdeDieu  en  lui-meme,  et  non  pas  dans 
le  Seigneur.  II  y  en  a  pourtant  qui  font  le  bien 
sans  le  vouloir,  comme  uu  bomme  mediant,  ou  un 
in  mvais  ange.  Et,  en  ce  cas,  il  est  certain  que  le 
bien  qui  est  fait  par  lui,  n'est  pas  fait  pour  lui, 
puisque  nul  bien  ne  peut  servir  a  celui  qui  le  fait 
malgre  soi.  11  n'en  est  done  que  le  dispensateur,  et 
je  ne  sais  comment  un  bien  qui  est  fait  par  un 
mauvais  dispensateur  nous  en  semble  plus  doux  et 
plus  agreable.  Et  e'est  pour  cela  que  Dieu  fait  aussi 
du  bien  aux  bons  par  les  mecbants,  car  il  n'a  pas 
besoin  de  leur  ministere  pour  atteindre  ce  but. 

10.  Quant  aux  etres  qui  n'ont  ni  raison  ni  senti- 
ment, il  est  constant  que  Dieu  sen  sert  beaucoup 
moins  pour  agir.  Mais  quand  ils  contribuent  aussi 
a  quelque  bonne  ceuvre,  on  voit  bien  que  toutes 
choses  obeissent  a  celui  qui  a  droit  de  dire  :  «  Toute 
la  terre  est  a  moi.  (Psal.  xlix,  12).  »  Ou  plut6t, 
parce  qu'il  sait  parfaitement  quels  sont  les  moyens 
les  plus  convenables  pour  faire  quelque  chose,  il 
ne  cberche  pas  tant  la  vertu  des  creatures  corpo- 
relles  dont  il  se  sert,  que  la  convenance  et  le  rap- 
port qu'elles  ont  avec  les  eilets  pour  lesquels  il 
s'en  sert.  Supposant  done  comme  certain,  qu'il  se 
sert  ordinairement  fort  a  propos  des  corps  pour 
accomplir  ses  ouvrages,  comme,  par  exemple,  des 
pluies  pour  faire  germer  les  semences  ,  pour  mulT 
tiplier  les  bles,  et  pour  murir  les  fruits  :  dites-moi, 
je  vous  prie,  s'il  avait  un  corps,  ce  qu'il  en  ferait, 
lui  a  qui  il  est  certain  qu'au  moindre  signe,  tons 


a  Saint  Bernard  tr aite  admirablement  bien  ce  sujet  dans  le 
livre  v  de  la  Consideration,  n.  12.  on  il  s'exprime  ainsi  :  «  Les 
anges  soot  en  nous  par  les  bouoes  pensees  qu'ils  nous  suggerent 
non  par  le  bien  qu  ils  y  operent,  ils  nous  exbortent  au  bien 
mais  ne  le  creent  pas  en  nous.  Au  contraire,  Dieu  est  en  nous 
de  telle  sorte  qu'il    affecte  directemeut    notre    ame,    qu'il  y  fait 


8.  Illud  aulem  scitote,  nullum  creatorum  spirituum 
per  se  nostris  mentibus applicari,  ul  videlicet,  nullo  me- 
diante  noslri  suive  corporis  instrumento,  ita  nobis  im- 
miscealur  vel  infundatur,  quo  ejus  participationc  docti 
sive  doctiores,  vel  boni  sivc  meliores  efticiamur.  Nullus 
angelorum,  nulla  aniniarum  hoc  modo  mihi  capabilis 
esl,  uullius  ego  capax.  Nee  ipsi  angeli  ita  se  altcrutrum 
capiunt.  Sequestretur  proinde  praerogativa  haec  summo 
ac  incircuuiscripto  Spiritui,  qui  solus,  cum  docet  ange- 
lum  sive  hominem  scientiam,  instrumentum  non  qmerit 
nostra  corporeae  auris,  sicut  nee  sibi  oris.  Per  se  in- 
fundilur,  per  se  innolescit,  purus  capitur  a  puris.  Solus 
nullius  indiget ;  solus  et  sibi,  et  omnibus  de  sola  omni- 
poleuti  voluntate  sufficiens. 

9.  Operatur  tamen  iaimensa  et  innumera  per  subjec- 
tam  creaturam  corporalem,  sive  spirilualem  :  sed  quasi 
imperans,  non  quasi  mendicans.  Kn,  verbi  gratia,  quod 
linguam  meam  corporalem  assumpsit  nunc  in  opus  suum, 
docerc  videlicet  vos,  cum  per  se  absque  dubio  facilius 
BDaviusque  id  posset;  profecto  indulgenlia  est,  non  indi- 
gentia.  In  profectu  siquidem  vestro  meritum  qua>rit 
niibi,  non  sibi  solatium.  Idipsurn  sapere  opus  est  omiii 


couler  ses  dons,  ou  plutot,  qu'il  s'y  repand  lui-mfime  et  nons  fait 
participer  a  la  divini'e,  a  ce  point  qu'un  auteur  n'a  pas  craint  de 
dire  qu'il  ne  fait  plus  qu'un  avec  nous...  Les  anges  done  sont 
avec  notre  ame,  Dieu  est  au  dedans  d'elle.  »  Voir  les  notes  de 
Ilorstius  sur  ce  sermon  et  sur  le  sermon  xsii,  n.  6. 


homini  operanfi  bonum,  ne  forte  in  se  de  bonis  Dominj 
et  non  in  Domino  glorietur.  Est  tamen  qui  bonum  ope- 
ratur non  volens,  sive  homo  malus,  sive  angelus  ma- 
lus  :  et  constat  non  fieri  propter  eum,  quod  fit  per 
eum,  cum  prodesse  nullum  bonum  possit  invito.  Igi- 
tur  ei  quidem  dispensatio  tantum  credita  est  :  sed 
nescio  quomodo  gratius  jucundiusque  sentimus  bo- 
num, quod  per  malum  dispensatorem  ministratur. 
Ipsa  est  ergo  causa,  cur  et  per  malos  Deus  faciat  bona 
bonis ;  non  auteni,  quod  opera  eorum  indigeat  in  bene- 
faciendo. 

10.  Porro  his  qua  ratione  vel  sensu  carentia  sunt, 
multo  minus  Deum  egere  quis  dubitet  ?  Sed  quando 
in  opus  bonum  et  ipsa  concurrunt,  apparet  quoniam 
omnia  serviunt  ei,  cui  merito  estdicere  :  Mens  est  orbis 
terroe.  Aut  certe  quia  novit  quae  per  qua?  convenientius 
fiant;  de  servitute  corporeae  creaturae  nonefficaciamquae- 
rit  sed  congruentiam.  Esto  deinde  quod  corporum  mi- 
nisteriaopportune  plerumque  divinis  operibua  applicentur, 
ut  verbi  gratia,  pluvia?  vivificandis  seminibus,  vel  mul- 
tiplicandis  segetibus,  vel  fructibus  maturandis  ;  quid 
proprio,  quaeso  de  corpore  facere   habet,  cui  ad  nutum 


150 


OEITRES  DE  SAINT  BERNARD. 


les   corps  obeissent  inditlereinment,  tant  celestes    creelui  obeit,  el  eela  sans  l'entrernise  et  l'assistance 

d'aucune  rporelle  ui  spiriluelle.  II  en- 

seigneou  avertil  sans  le  secours  d'une  langu  ■ ; 
il  donne  ou  lient  sans  avoir  de  mains;  sans   picds 
U  i  ou  i.   ■'         :  :  i  inii  qui  perissent. 
2.  II  en  agissait  souvent  ainsi  avec    nos  peres    D'oii  viem 
peut-etre  les  forces  de  plusieurs.  C'est  pourquoi  .  Les  hommes  ressentaiest  qtn^yi" 

reineltous  a  une  autre  fois  ce  qui  nous  reste  a    des  bienfaits  continuels ;  mais  ils  ne  savaient  pas  sentaient  pa». 


que  terrestres?  II  lui  serail  sans  doute  superflu 
d'en  avoir  un,  puisqu'il  n'en  trouve  point  qui  ae 
lui  obeisse.  Mais  si  nous  voulions  ren termer 
dins  ce  discours  tout  ce  qui  se  presente  a  dire 
sur  ce  sujet,   •,  il  serait  Irop  long  el  depasserait 


II  n'y  a  qn 
Dies  qui 

n'ait   [>; 35 

besoin  de 
corps. 


dire 


SERMON  VI. 


L'esprit  supreme  cl  incit consent  est  Dieu   :  en  quel 
sens  on  dit  que  lespieds  de  Dieu,$oni  la  misericorde 

el  lejugenanl. 

1.  Afin  de  relier  ce  discours  an  precedent,  sou- 
yenez-vous  que  nous  disions  que  seul.l'Esprit  sou- 
verain  et  sans  bornes,  n'a  besoin  du  secours  d'au- 
cun  corps,  pour  tout  ce  qu'il  vent  faire.  Ne  faisons 
done  point  de  difflculte  de  dire  que  Dieu  seul  est 
vraiment  incorporel,  comme  nous  reconnaissons 
que  lui  seul  est  vraiment  immortel;  parce  qu'il 
n'y  a  que  lui  eutre  les  esprits,  qui  soit  tellement 
eleve  au  dessus  de  tous  les  corps,  qu'il  n'a  nul  be- 
soin de  leur  ministere  dans  aucun  de  ses  ouvr ages, 
et,  lorsqu'illui  plait,  secontente,  pour  agir,  du  seul 
mouvemeut  de  sa  volonte.  11  n'y  a  que  cette  supreme 
majeste  qui  n'ait  pas  besoin  d'un  corps,  ni  pour 
soi,  ni  pour  d'autres;  parce  qu 'a  son  seul  comman- 
demeiit,  toutes  choses  se  font  sans  delai ;  tout  ce 
qu'il  y  a  de  grand  Qecb.it  sous  elle  ,  tout  ce  qui 
lui  est  oppose  lui  cede  sans  resistance  ;  tout   etre 

a  Yoir  sur  ce  sujet  ce  que  Saint-Bernard  a  deja  dit  dans  son  u 
opuscule  de  la  irUce  et  du  Libre  Arbilre,  chapitrc  nil,  n.  ,; 
et  45.  Tome  II. 


qui  etait  leur  bienfaiteut.  Sa  puissance  s'etendait 
force  depuis  le  haut  des  cieux  jusqu'au  fond 
des  ablmes  Sap.  vni,  v,  17  ;  mais  comme  il  dis- 
avec  douceur,  les  hommes  ne 
le  connaissaient  point.  Ils  se  rejouissaienl  des  biens 
qu'ils  recevaient  du  Seigneur,  mais  le  Seigneur 
des  armees  leur  etait  inconnu,  parce  que  tous  ses 
jugements  etaient  doux  et  tranquilles.  lis  venaient 
de  lui,  in  lis  Us  u'etaient  pas  avec  lui.  Ilsvivaient 
par  lui,  et  ne  vivaient  pas  pour  lui.  C'etait  de  lui 
qu'ils  tenaient  leur  sagesse,  mais  ils  ne  1'em- 
ployaienl  pas  a  l'aimer,  tant  ils  etaient  eloignes  de 
lui,  ingrats  et  insenses.  Cela  les  porta  enlin,  a  ne 
plus  attribuer  leur  etre,  leur  vie,  et  leur  sagesse  a 
celui  qui  en  elail  l'auteui  ,  mais  a  la  nature, 
ou,  ce  qui  est  de  plus  extravagant  encore,  a  la  for- 
tune. Plusieurs  attribuaient  ainsi  une  quautite  de 
choses  a  leurs  propres  forces  et  a  leur  industrie. 
Que  d'hommages  les  esprits  de  seduction  usur- 
paient-ils  ainsi?  Combien  le  soleil  et  la  lune  en 
recevaient-ils  ?  Combien  en  rendait-ona  la  terre 
et  a  l'eau  '?  Combien  mt'-me  a  des  ouvrages  l'aits  de 
la  main  des  hommes,  a  des  herbes,  a  des  ai 
a  de  viles  sentences,  comme  si  e'eut  ete  autant  de 
diviuites  ? 

3.  Helas  !  c'est  ainsi  que  les  hommes  out  perverti 
et  change  les  sujets  de  leurs  adorations  eu  la  flgure 


indillerenfer  universa  corpora  coelestia  atque  terrestria 
obsequi  constat  ?  Plane  superfluo  habere  suuin,  qui  nul- 
lum sibi  reperit  alienum.  Ycrum  si  cuncta,  qua;  hoc 
locuo  dicenda  occurrunt,  pravsenti  volumus  seriuone 
concludere,  sermo  moduui  excedet,  et  vires  forsitan 
aliquorum  :  propterea  qua;  restant,  sub  alio  servemus 
absolvenda  principio. 

SERMO  VI. 
De  summo  et  incireumscrtpto  Spiritu,  qui  est  Deus  :  el 
quo  modo   misericordia   et   judicium  dicantur  pedes 
Domini. 

1.  Ut  praecedenti  sequens  sermo  cohaereat,  lenetisne 
datum  superius,  solum  summurrj  et  incircumscriptum 
Spiritum  ad  omne  quod  racere  vel  fieri  vull,  corporis 
instrumento  sive  obsequio  non  cgere  ?  Demus  ergo  se- 
curi  veram  soli  Deo,  sicut  immortalitalem,  ita  et  incor- 
poreitatcm  :  quod  solus  spirituum  universam  corpoream 
naturam  eo  usque  transcendat,  ut  quocumque  corpore 
in  quoeunque  opere  non  in  i  spiritual!   nulu 

cum  vult,  ad  quaecunque  vult  agenda   contcnlus.   Sola 
igitur  est  qua;  nee  propter  se,  nee   propter  alium, 
lio  corporei  instrumenti  opus  babet  ilia  majestas,  enjus 
omnipotenti  arbitrio  incunclanler  prassto  est  omne  opus, 


omne  altum  inclinaf,  omue  adversum  cedit,  omne  crea- 
tum  favet,  ctiam  nullo  interveniente  vel  subveniente 
solatio  corporali,  sive  spirituali.  Docet  vel  monet  sine 
lingua;  praebet  vel  tenet  sine  manibus;  sine  pedibus 
curril  it  pereuntibus. 

2.  Actitabal  isla  el  cum  patribus  prioribus  sseculis  : 
cxperiebantur  homines  sedula  benehcia,  sed  latebat  eos 
benelicus.  Hie  quidem  allingebat  a  fine  usque  ad  liiiem 
fortiter  :  sed  disponens  omnia  suaviter,  non  seutiebatur 
ab  bominibus.  Et  gaudebant  de  bonis  Domini;  et  Domi- 
num  Sabaotb  ,  eo  quod  cum  tranquillitate  judicaiet 
omnia,  omnino  nesciebant,  Ab  ipso  erant,  sed  non  cum 
ipso  :  per  ipsum  vivebant,  sed  non  ipsi  :  ex  ipso  sapie- 
bant,  sed  non  ipsum,  alienati,  ingrati,  inseosati.  llinc 
demum  factum  est,  ut  quod  erant,  quod  vivebant,  quod 
sapiebant,  non  auctori  Iribuerent,  sed  naturae  adscribc- 
rent,  aut  eerie  (quod  insipienlius  erat)  fortune  :  propria? 

ie  Lndustriaa  atque  virluti  multi  multaarrogabant  '. 

a  sibi  usurparunt  sedutlorii  spirilus,  quanta  soli 
et  lunae  dala  sunt;  quanta  lerris  et  aquia  attribula, 
quanta  ctiam  manufaclis  fabrilibusque  morlaliuui  depu- 
tata  operibus !  Herbis,  arbuslis,  minutissimis  \ilissi- 
misque  seminibus  pro  numinibus  deferebatur. 

3.  lieu!  sic  homines  pcrdiderunt  et  commutaverunt 


at.  arroga- 
rent. 


SIXIEME  SERMON  SUR   LE   CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


151 


quoi  Dieu  a 
you'.u   se 

rendre 
visible    et 

s'est  incarne 


de  betes  brutes  qui  mangent  du  foin  et  de  l'herbe 
[Psal.  cv,  20).  Mais  Dieu  ayant  compassion  de  leur 
egarement,  a  daigne  sortir  de  la  montagne  obscure 
et  tenebreuse,  et  placer  sa  tente  sous  le  soleil  [Psal. 
xvw,  6).  II  a  offert  sa  cbair  aux  homines  qui  ne 
connaissaient  que  la  chair,  afin  que,  par  sa  chair, 
Voila  pour-  ils  apprissent  a  gouter  aussi  l'esprit.  Car  pendant 
que  dans  la  chair  et  par  la  chair,  il  faisait  les  ceu- 
Tres  non  de  la  cbair,  mais  d'un  Dieu,  en  comman- 
dant a  la  nature,  en  surmontant  la  fortune,  en 
rendant  folle  la  sagesse  des  hommes,  et  en  dornp- 
tant  la  tyrannie  des  demons,  il  fit  connaitre  claire- 
ment  qu'il  etait  celui-Ia  meme  par  qui  toutes  ces 
merveilles  s'operaient  autrefois  quand  elles  s'ope- 
raient. 11  flt  done  avee  force  dans  la  chair  et  par 
la  chair  des  actions  miraculeuses,  il  donna  des 
enseignements  salutaires ,  soutl'rit  des  tourments 
indignes,  et  montra  evidemment  qu'il  etait  celui 
qui  a  cree  le  monde  par  un  pouvoir  aussi  souverain 
qu'invisible ;  qui  le  gouverne  avec  sagesse,  et  le 
maintient  avec  bonte.  Enfln,  en  precbant  la  vie 
eternelle  a  des  ingrats,  en  faisant  des  miracles 
sous  les  yeux  des  intideles,  en  priant  pour  ceux  qui 
le  crucitiaient,  ne  declarait-il  pas  manifestement 
qu'il  etait  celui  qui,  avec  son  pere,  fait  tous  les 
jours  lever  son  soleil  sur  les  bons  el  sur  les  mediants, 
et  tombersa  pluie  sur  les  justes  et  sur  les  injustes 
[Matth.  v,  Zi5)'?  Comuie  il  le  disait  lui-meme  :  «  Si 
je  ne  fais  pas  les  ceuvres  de  mon  Pere,  ne  me 
croyez  point  [Joan,  x,  37.)  » 

U.  Voyez-le,  il  ouvre  sa  bouche  pour  instruire 
ses  disciples  sur  la  montagne,  etilinstruitles  anges 
dans  le  ciel,,  dans  un  silence  adorable  :  au  seul 
attouchement  de  ses  mains,  la  lepre  se  guerit,  la 
cecite  cesse,  l'ouie  revient,  la  langue  se  delie,  le 


disciple  pres  d'etre  submerge^  est  sauvS,  et'  il  se  fait 
clairement  reconnaitre  pour  celui  a  qui  David  avait 
dit  longtemps  auparavant  :  «  Vous  ouvrez  votre 
main,  et  vous  comblez  tous  les  animaux  de  bene- 
diction (Psal.  cxLiv,  40).  »  Et  encore  :  «  Lorsque 
vous  ouvrirez  votre  main,  toutes  choses  seront 
remplies  des  effets  de  votre  bonte  (Psal.  cm,  28).  » 
Voyez  comme  la  pecheresse  prosternee  a  ses  pieds, 
dans  un  vif  repentir,  s'entend  dire  :  «  Vos  peches 
vous  sont  remis  (Matth.  ix,  2),  »  et  comme  elle 
reconnait  celui  dont  elle  avait  lu  ce  qui  avait  et6 
ecrit  tant  de  siecles  auparavant  :  «  Le  diable  sortira 
devant  ses  pieds  (Eabac.  in,  5).  »  Car  lorsque  les 
pecbes  sont  pardonnes,  le  diable  est  chasse  de  l'arne 
du  pecheur.  C'est  ce  qui  lui  fait  dire  en  general  de 
tous  les  vrais  penitents  :  «  C'est  maintenant  le 
jugement  du  monde ,  maintenant  le  prince  du 
monde  va  etre jete  dehors  (Joan,  xu,  31);  »  parce 
que  Dieu  remet  les  fautes  a  celui  qui  les  confesse 
bumblement,  et  ravit  au  diable  l'empire  qu'il  avait 
usurpe  dans  son  cceur. 

5.  Enfln,  il  marche  avec  ses  pieds  sur  les  eaux, 
lui  dont  le  Prophete  avait  dit  avant  qu'il  se  fut 
incarne  :  «  Votre  chemin  est  dans  la  mer,  et  vos 
sentiers  dans  les  eaux  profondes  (Psal.  i.xxvi,  20). » 
C'est-a-dire  ,  vous  foulez  aux  pieds,  les  cceurs 
altiers  des  superbes,  et  vous  repriuiez  les  desirs 
deregles  des  homines  charnels,  rendant  justes  les 
impies,  et  humiliant  les  orgueilleux.  Mais  comme 
cela  se  fait  invisiblement,  1'homme  charnel  ne  sent 
point  qui  le  fait.  C'est  pourquoi  le  Propbete  ajoute: 
«  Et  Ton  ne  reconnaltra  point  la  trace  de  vos  pas.  » 
C'est  encore  pour  cette  raison,  que  le  Pere  dit  a 
son  tils  :  «  Asseyez-vous  a  ma  droite,  jusqu'a  ce 
que  j'aie  reduit  vos  ennemis  a  etre  foules  sous  vos 


gloriam  suam  in  similitudinem  vituli  comedentis  fcenum! 
Quorum  Deus  miscratus  errores,  de  monte  umbroso  et 
condenso  dignanter  egrediens,  in  sole  posuit  Laberna- 
culum  suum.  Obtulit  carnem  sapientibus  carnem,  per 
quani  discerent  sapere  et  spiritum.  Nam  dum  in  carae 
et  per  carnem  faoil  opera,  non  carnis,  sed  Dei,  naturae 
ntique  imperans,  superansque  fuitunam,  stultam  faciens 
sapientiara  hominum,  daemonumque  debcllans  tyrranni- 
dem  ,  manifeste  ipsum  se  indicat  esse,  per  quern  cadem 
et  ante  flebant  quando  ficbant.  Incarne,  inquam,  et  per 
carucm  potenter  ac  patenter  operatus  mira,  locutus  sa- 
lubria,  passus  indigna,  evidenter  ostendit,  quia  ipse  sit 
qui  potenter,  sed  invisibiliter  saecula  condidisset,  sa- 
pienter  regeret,  benigne  protegeret.  Deniquedum  evan- 
gelizat  ingratis,  signa  prabet  infidelibus,  pro  suis  cruci- 
fixoribus  orat ;  nonne  liquido  ipsum  se  esse  declarat, 
qui  cum  Patre  suo  quotidie  oriri  facit  solem  suum  super 
boni's  et  malos,  phut  superjustos  et  injustos?  Hoc  enim 
est  quod  ipse  aiebat  :  Si  non  facio  opera  Patris  mei, 
Willie  credere. 

i.  En  aperit  os  carnis  suae  docens  in  monte  discipulos, 
qui  in  sik-ntio  angelos  in  csleslibus  docet.  En  ad  tac- 
tum  corporeae  manus  curatur  lepra,  fugatur  cascitas,  au- 
ditus  reparatur,  lingua  muta  resolvitur,  discipulus  prope 


mersus  erigitur;  et  is  indubitanter  agnoscitur,  cui 
dixerat  longe  ante  David  :  Aperis  tu  manum  tuam,  et 
impies  omne  animal  benedictione  :  et  item,  Aperiente  le 
manum  tuam,  omnia  implebuntur  bonitate.  En  secus 
corporales  pedes  jacens  ac  pcenitens  audit  peccatrix, 
Remittuntur  tibi  peceata  tua  :  et  recognoscit  eum,  de 
quo  ex  multis  retro  temporibus  scriptum  legerat:  Egre- 
dietur  diabolus  ante  pedes  ejus.  Ubi  nempe  peccatum 
remittitur,  ibi  procul  dubio  diabolus  de  corde  peccatoris 
expellitur.  Hinc  universatiter  de  cunclis  pcenitenlibus 
dicit  :  Nunc  judicium  est  mundi,  nunc  princeps  hujus 
mundi  ejicietur  foras  :  quod  scilicet  humiliter  confitenti 
remittat  Deus  peccatum;  et  diabolus  eum,  quem  in  ho- 
minis  corde  invaserat,  amittat  principatum. 

5.  Denique  ambulat  super  undas  carnalibus  pedibus, 
cui  necdum  carne  vestito  jam  Psalmista  praecinuerat  : 
In  marivia  tua,et  semitwtiue  in  aquis  multis,  quod  est, 
conculcas  corda  tumentia  superborum,  et  fluxa  desideria 
carnalium  comprimis ,  justiflcans  iropios,  et  superbos 
humilians.  Quod  tamen  quia  invisibiliter  fit,  carnalis 
non  sentit  a  quo  fit.  Unde  et  subdit  :  Et  vestigia  tua 
non  cognoscentur.  Ilinc  rursus  Paler  ad  Filium  :  Sede, 
inquit,  a  dexlris  meis,  donee  ponarn  inimicos  tuos  sea- 
bellum  pedum  tuorum,  hoc  est,  donee  omnes  qui  te 


15:2 


OKUVHES  DE  SAINT  HEltNAUD. 


L-<  pieds 
de  Dion  sont 
la  misi'ricor- 

de  »?t 
le  jugenient. 


pieds  Psal,  cix,  1) ;  »  c'est-i-dire,  jusqu'4  ce  que 
j'aie  assujetti  a.  votre  volonte,  tousceus  qui  vous 
meprisent,  suit  malgre  eux  el  pour  leur  malheur, 
suit  de  bon  coeur  el  pour  leur  felicite.  Or,  la  chair, 
n'etanl  pas  capable  de  concevoir  eel  ouvrage  qui 
est  tout  spiriluel,  parce  que  I'homme  animal  no 
comprend  point  ce  qui  esl  del'espritde  Dieu  iCor. 
n,  lit),  il  fallait  que  )u  pecheresse  se  prostemat 
corporellemenl  a  ses  pied   c<        els,  les  baisat  de 

si's  levres  de  chair,  et       ;ut  ainsi  le  pardon 

de  si's  t'autcs ,  pi  mi'  1 1  ur  ce  i  hangementde  la  droile 
(hi  Tres-Haut,  qui  justifie  l'impie  d'une  maniere 
admirable,  mais  invisible,  iHt  coimu  des  bommes 
charnels  [Psal.  li \\ i,  1 1). 

6.  Alais  il  faut  que  je  m'arrete  on  peu  sur  ces 
pieds  spirituels  de  Dieu,  quele  penitent  doit  baiser, 
d'abord  d'un  h user  spiriluel.  Je  ronnais  voire  cu- 
riosite  qui  ne  vent  rien  laisser  passer  sans  l'avoir 
bien  approfondi,  aussi  ne  faut-il  point  negliger 
comme  une  chose  peu  import  ante,  de  savoir  quels 
sont  ces  pieds  que  l'Ecriture  attribue  si  souvent  a 
Dieu,  et  avec  lesquels  elle  le  represente,  tantdt 
debout,  comme  lorsqu'elle  dit  :  «  Nous  l'adorerons 
dans  le  ciel  on  il  a  etc  debout  sur  ses  pieds  (Psal. 
crsxt,  7) ;  »  tantot  marcbant,  comme  en  cet  en- 
droit  :  «  J'habiterai  en  eux,  et  je  marcherai  en  eux 
(Levi/,  xxvi,) ;  »  tantot  memu  couranf,  suivant  ces 
paroles  :  «  II  a  couru  comme  ua  geant  qui  se  hate 
de  fournir  sa  carriere  (Psal.  xvm,  6).  »  Si  l'Apolre 
a  cru  qu'il  pouvait  rapporter  la  tete  en  Jesus-Christ 
a  sa  Divinite  (i  Cor.  xi,  3),  je  crois  que  nous  pou- 
vons  bien  aussi  rapporter  les  pieds  a  son  humanite, 
et  en  nommer  l'un  la  misericorde,  et  l'autre  le 
jugement.  Ces  deux  mots  vous  sont  assez  connus, 
et  pour  peu  que  vous  y  fassiez  attention,  plusieurs 
passages  de  l'Ecriture  se  presenteront  a  vous,  oii 


ils  sont  employes.  Que  Dieu  ait  pris  le  pied  de  la 
misericorde,  en  prenant  la  chair  a  laquelle  il  s'est 
uni,  I'Epitre  de  saint  Paul  aux  Hebreux  nousl'ap- 
prend  en  nous  montrant  Jesus-Christ  eprouve  par 
toules  les  inlirinites  de  la  nature  huinaiue,  sauf  le 
peche,  a  cause  de  la  [igure  du  peche  qu'il  avait 
prise,  alio  d'exercer  sa  misericorde (fle6.iv,  15).  lit 
quanl  a  l'autre  pied,  que  nous  avonsappelele  juge- 
ment, le  Dieu-homme  ne  fait-il  pas  connaitre  clai- 
ii' n u'ii I  qu'il  appartient  aussi  a  I'homme  donl  il 
s'est  revetudans  L'Incarnation,  lorsqu'il dit,  «  que 

son    Peri!  lui    a    limine    la      puissance     de   juger  , 

parce  qu'il  est  Fils  de   I'Homme  (Joan.  v,27))?» 

7.  C'esl  done  sur  ces  deux  pieds  qui  soulenaient 
avec  tant  de  proportion  la  tete  de  la  Divinite,  que 
l'invisible  Emmanuel,  ne  dune  femme,  ne  sous  la 
I.oi,  a  paru  en  terre,  et  a  converse  avec  les  hom- 
ines (florae,  m,  3b).  »  C'est  encore  avec  cos  pieds 
qu'il  passe  p.u'ini  eux,  mais  spirituellement  et  iu- 
visiblement,  en  leurfaisant  du  bien,etenguerissant 
tous  ceux  que  le  diable  tient  dans  l'oppression. 
C'est,  ilis-je,  avec  eux  qu'il  marche  au  milieu  des 
ames  devotes,  eclairant  et  penetrant  sins  cesse  les 
coeurs  et  les  reins  des  Qdeles.  Pcut-etre  bien  sont- 
ce  la  les  jambes  de  l'Epoux,  dont  l'Epouse  parle  en 
termes  si  magniflques  dans  la  suite,  en  les  com- 
parand si  je  ne  me  trompe,  a  des  eolonnes  de  niar- 
bre  posees  sur  des  bases  d'or  (Cunt,  v,  15)  :  Et 
certeselle  avait  bien  raison,  car  c'est  dans  la  sa- 
gesse  de  Dieu,  incarnee  et  representee  par  l'or, 
que  «  la  misericorde  et.  la  verite  se  sont  ren- 
contrees  (Psal.  i.xxxiv,  11),  el  d'ailleurs  loutes 
les  voies  du  Seigneur  sont  misericorde  et  verite 
(I'sal.  xxiv,  10).  » 

8.  Heureuse  1'anie  en  qui  le   Seigneur   Jesus    a  L*  r'"int6  el 

10  1 esperance 

iniprime  ses  deux  pieds.  Vous  reconnaitrez  a  deux      sont  les 


i  mtemnunt,  tua;  voluntali  subjiciam,  siveinvitos  ct  mi- 
s,  sive  voluntaries  ct  beatos.  Itaquchoc  opus  Spiri- 
lus  quia  caro  non  percipiebat,  (Animalis  qtiippe  homo 
pit  en  qua  sunt  Spiritus  Dei;)  opus  fuit  ut 
corporalibus  pedibus  corporalitcr  incubaas,  et  corpora- 
libus labiis  pedes  eosdem  dcosculans,  veniam  peccatorum 
pcecalri\  perciperel  :  sicque  ilia  mulatto  dexteraa  excelsi, 
qua  mirabiliter,  sed  invisibiliterjustilicatimpium,  etiam 
carnalibus  innote  ceret. 

G.  Verum  illos  spirituales  pedes  Dei,  quosprimo  loco 
spiritiKditiT  osculai'i  pu'iiitenlein  oportet,  praeterire  me 
nun  oportct.  Novi  ego  curiositalem  vestram,  qua?  nil 
sua  voluntate  insorutatum  omnino  praatereat.  Nee  vero 
ducendum  contemptui,  aosse,  qaibus  Scriptura  pedibus 
inn  frequenter  Deuni  commemorat,  auncquidem  stare, 
ul  ibi,  AdorabimiK  in  /•"'<>  ubi  steteruut  pedes  ejus; 
i  nc  vero  ambulare,  ul  ibi,  Et  habitabo  in  illis,  et  deam- 
io  ineis;  nunc  etiam  currere.juxta  illud:  Exsultavitut 
urrei  la  n  am.  Si  n  ale  A]  istolo  \  isum  esl  caput 
i  risti  peferre  ad  deilatem;  puto  et  nobis  non  incon- 
giue  videri  pedes  ad  bominem  pcrtinere  :  quorum  al- 
iiiuui    misericordiam ,    altcrum  judicium   iiumincmus 


Nota  sunt  vobis  duo  ista  vocabula ;  et  de  pleiisque 
Scripturaj  Iocis  ambo  paciter,  si  cocjilalis ,  oocurunt. 
Quia  vero  miserieordise  pedem  Deus  in  carne,  cui  se 
univit,  assumpserit,  docet  epistola  ad  Hebraeos,  ten  tain  m 
perhibens  per  omnia  Christum  pro  similitudine  absque 
peccato,  ut  misei'icoi's  fieret.  Quid  ilium  alterum,  qui 
Judicium  ouncupatiis  est,  nonnc  ad  bominem  seque  as- 
sumplum  et  ipsum  pertinere  ipse  Dous  bomo  aperte 
signiflcat,  ubi  datam  sibi  perhibet  a  Patre  poteslatera 
judicium  facere,  quia  Filius  bominis  el? 

7.  His  duobus  ergo  pedibus  apte  sub  uno  divinilatis 
capite  concurrentibus,  natus  ex  muliere,  factus  sub  lege 
invisibilis  Emmanuel,  in  terris  visas  est,  et  cam  bomi- 
nilnis  conversatus  est,  His  eerie  perlransit  el  nunc,  be- 
nefaciendo  et  sanando  omncs  oppressos  a  diabolo,  sed 
spirltualiter,  sed  invisibiliter.  His,  inquam,  pedibus  de- 
volas  perambulal  mentes,  incessanter  lustrans,  scrutans- 
quc  cordaei  renes  lidcliuni.  Vide  aulein  ne  forte  luec  i  I  Its 
sintsponsi  crura,  quas  sponsa  tam  magnilice  commendat 
in  conscqueatibus,  comparans  ea  (ni  rallor)  columnis 
marmoreis,  fundatis  super  bases  aureas.  Pulchre  omnino  i 
quoniam  quidem  in  incarnata  Dei   Sapientia,  qua  auro 


SEPTIEME   SERMON  SUR   LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


153 


marqnes  de 

ces  pieds 

dans  i'ame. 


marques  celle  qui  a  recu  cette  faveur,    et   il   est    et  environne  de  tenebres,  je  ne  faisais  que  pousser 


aecessaire  qu'elle  porle  en  soi  les  effets  de  cette 
divine  empreinte.  C'est  la  crainte  et  l'esperauce. 
L'une  represente  l'image  du  jugement,  et  l'autre 
celle  de  la  misericorde.  Aussi  est-ce  avec  beaucoup 
de  raison,  «  que  Dieu  bouore   de  sa  bieuveillance 


ce  cri  du  fond  de  mon  cceur  en  tremblant  : 
«  Qui  connait  la  puissance  redoutable  de  votre 
colere,  et  qui  en  peut  mesurer  la  grandeur,  sans 
etre  saisi  de  trouble  et  d'etonnement  [Psal.  i.xxxix, 
1).  »  Mais  d'un  autre  cole  lorsque,  laissant  cepied, 


ceux  qui  le  craignent,  et  ceux  qui  esperent  en  sa    je  tenais  euibrasse  plus  qu'il  ne  fallait  celui  de  la 
misericorde  Psal.  cxi.vi,  11]  ;  »  car  la   crainte  est    misericorde ;  je  tombais  dans  une  si  grande  ne- 


le  commencement  de  la  sagesse  (Prov.i,  7),  et  1'es- 
peranee  en  est  le  progres;  la  cbarite  en  fait  la  per- 
fection. Cela  etant  ainsi,  il  n'y  a  pas  peu  de  fruit  a 
recueillir  du  premier  baiser  qui  se  prend  sur  les 
pieds.  Ayez  soin  seulement  de  n'etre  prive  de  l'un 
ni  de  l'autre  pied.  Si  vous  etes  vivement  touche  de 


gligence  et  une  telle  incurie,  que  aussitot  j'en 
devenais  plus  tiede  dans  l'oraison,  plus  paresseux, 
plus  prompt  a  me  laisser  aller  au  rire,  plus  in- 
considere  dans  mes  paroles;  enfin l'assiette  de  mon 
homme  interieur  et  exterieur  en  etait  rendue  plus 
incoustante.  Ainsi,  instruit  par  ma  propre    expe- 


tos  peebes,  et  de  la  crainte  du  jugement  de    Dieu,     rienee,  je  ne  louerai   plus   en  vous,   Seigneur,    le 
vous  avez  imprime  vos  levres  sur   les  pas   de    la    jugement  ou  la  misericorde  seulement,  mais  je  les 

louerai    tous    les  deux     ensemble.   Je   n'oublierai 


„,     ,  .      vente   et   du  jugement.   Si   vous  temperez   cette 

II  faut  baiser  .,       j      ,  ,  , l    ,       ,.    . 

lesdem     crainte  et  cette  douleur,  par  la  \ue   de  la   divine 

pieds.  bonte,  et  par  l'esperance  d'en  obtenir  le  pardon, 
sacbez  que  vous  embrassez  alors  le  pied  de  la  mi- 
sericorde. Mais  il  n'est  pas  bon  de  baiser  l'un  sans 
l'autre  :  parce  que  le  souvenir  du  seul  jugement 
precipite  dans  l'abime  du  desespoir  et  la  pensee  de 
la  misericorde  dont  on  se  flatte  faussement,  engen- 
dre  une  confiance  tres-pernieieuse. 

9.  J'ai  recu,  moi  aussi,    quebiuefois  cette  grace, 

Eiperience   ,  ■  .  .  .    .      ,  ,  , 

de  saint  Ber-  men  que  je  ne  sois  qu  un  miserable  pecheur,  de 
n"d-  m'asseoir  aux  pieds  du  Seigneur  Jesus.  Dans  cet 
etat,  j'embrassais  tantut  l'un  et  tantot  l'autre,  de 
tout  mon  cceur,selon  quesabontemele  permettait. 
Mais  s'il  arrivait  que,  presse  des  remords  de  ma 
conscience,  et  oubliant  la   misericorde,  je  m'atta- 


j  un  ds  ces  deux  sources  de  toute  justice  pour  les 
liommes.  Elles  me  serviront  toutes  deux  egalement 
de  cautiques  dans  le  lieu  de  mon  evil,  jusqu'a  ce 
que  la  misericorde  etant  elevee  au  dessus  du  juge- 
ment, ma  misere  se  taise,  et  la  gloire  que  je  pos- 
sederai  me  fasse  chanter  des  bynines  de  louanges, 
s  ins  ressentir  jamais  plus  la  moiudre  douleur  qui 
puisse  traverser  une  si  grande  joie. 

SERMON  VII. 

De  iardent  amour  de  I'dme  pour  Dieu  et  de   l  atten- 
tion qu'il  faut  apporler  dans  l'oraison  el  dans  la 

1.  Je  m'engage  de  mon  propre  mouvemeut  dans 


cliasse  un  peu  trop  longtemps  au  jugement ;  aussi-     un  nouveau  travail,  en  provoquant  moi-meme  vos 
tot  saisi  d'une  frayeur  ineroyable,  abator  de  boute     recberches.  Car,ayanleu  soiual'occasiondupremier 


designatur,  misericordia  et  Veritas  obviaverunt  sibi  :  de- 
niqne  universe  viae  Domini  misericordia  et  Veritas. 

8.  Felix  mens,  tui  semel  Domiuus  Jesus  utrumque 
infixerit  pedem !  A  duobus  signis  cognoscite  earn  quae 
hujusmodi  est,  qua?  secum  necesse  est  ret'erat  divinis 
impressa  vesti-iis.  Ipso  sunt  timor  et  spes  :  die  judicii, 
ista  misericordiae  repraesentans  imaginem.  Merito  bene- 
placilum  est  Deo  super  tiraentes  eum,  et  in  eis  qui  spe- 
rant  super  misericordia  ejus  :  cum  timor  milium  sit  sa- 
piential, spes,  profectus,  nam  consummationem  sibi  cha- 
rilas  vindicat.  Quae  cum  ila  shit,  non  parvus  fructus 
est  in  primo  hoc  osculo,  quod  ad  pedes  aciipitur  :  tan- 
turn  curato,  ut  neulro  frauderis  illorum.  Porro  enim  si 
jam  dotore  peccati,  et  judicii  timore  compungeris,  \eri- 
tatis  judiciique  vestigio  labia  impressisti.  Quod  si  timo- 
rem  doloremque  divina?  intuitu  bonilatis,  et  spe  conse- 
quendas  indulgentiae  temperas,  etiam  misericordije  pedem 
amplecti  te  noveris.  Alioquin  alteram  sine  altera  osculari 
noa  expedit  :  quia  et  recordatio  solius  judicii  in  bara- 
thrum desperationis  praecipitat,  et  misericordiae  fallax 
assentatio  pessiniam  general  securilatem 

9.  Datum  est  et  mihi  misero  nonnunquam  sedere 
secus  pedes  Domini  Jesu  j  et  modo  hunc,  modo  ilium 
tola  devotione  complecti,  in  quantum  me  sua  benignitas 
diguabatur  admittere.  At  si  quando  miseratiouis  oblitus, 


slimulanle  conscienlia,  judicio  paulo  diutius  inhaererem, 
mox  metu  incredibili  ac  miserabili  confusione  dejectus , 
et  tenebroso  circumfusus  horrore,  hoc  solum   palpilans 
de  profundis  clamabam  :  Quis  wait  potestatem  ine  tucs, 
et  pro?  timore  I uo  iram  tuam   dinumerare?   Quod  si  eo 
relicto  pedem    misericordiae    plus   tenere    contingeret, 
tanta  et  coutrario  incuria  et  negligentiadissolvebar,   ut 
confestim  et  oratio    epidior,   et   actio  pigrior,  et    risus 
promptior,  et  sermo  incautior,  et  omnis  deaique  utrius- 
que   hominis    status   inconstantior   appareret.    Proinde 
magistra  instructus  experientia,  non  judicium  jam  so- 
lum, aut  solam  misericordiam  :  sed   misericordiam  pa- 
riter  et  judicium  cantabo  tibi  Domine.  In  selenium  non 
obliviscar  jusliflcationes  istas  :    cantabiles   mihi    erunt 
ambse  pariter  in  loco    peregrinationis   meae,   quousque 
misericordia  super  exaltata  judicio,  miseria  conticescat, 
ac  sola  cantet  tibi  de  caetero  gloria  mea,  et  non  com- 
pungar. 

SERMO  VII. 
De  amove  ardenti  quo  anima   diligit  Deum.  Item  de  at- 
tentione    tempore    orationis   vel    psalmodies    procu— 
randa. 

I .  Ipse  mihi    laborem  suscito,  qui  vos  sponte  provoco 
ad  qucerendum.  Qaia  enim  eg)  priori   osjuli   occasione 


I'l 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


de  vous  montrer,  quoique  je  nefusse  point  oblige  ritage,  une  meme  maison,  one  memo  table,  un 

alejaire,  quelles  sont  les  fonctions  et  les  denomi-  meme  lit,  une  meme  chair.  EnGn,  a  cause  de  sa 

n. ili. .us  propres  aux  pieds spirituels  de  Dieu,  tous  femme,  1'homme  doit  quitter  sun  pereet  sa  mere, 

me  questionnez  maintenant  sur  la  main  qu'il  faut,  et  s'attacher  a.  elle  pourne  plus  faire  tous  deux 

avons-nous  dit,  baiser  ensuite.  J'yconsens,J6veux  qu'une  meme  chair;  la  femme  de  son  cute  doit 

satisfaire  sur  ee  point ;  et  meme  je  this  plus  oublier  son  peuple  et  la  maison  de  son  pere,  alia 


que  \ous  me  demandez,  puisque  je  or  urns  montre 

pas  seulement  une  main  mais  deux,  et  Ins  distingue 

Lesdeui     par  leur  noni  propre.  J'appelle  l'une,  largeui  et 

inaiinduSei-  1'autre,  force :  parce  que  Dieu  donne  avec  abon- 

sont  ia  force  dance,  et  conserve  puissamment  ce  qu  n  a  donne. 

et  laiargeur.  Quicjnque  ,,Ysi  point  ingrat,  les  baisera  toutes  les 

deux  en  reconnaissant  et  en  confessant  que  Dieu 

n'est  pas  moins  le  distributeur  que  le  conservateur 

supreme  de  tous  biens.  Je   crois    que  nous  avons 

assez    parte  des  deux  baisers ;   passons  an   troi- 

sieme. 

2.  «  Qu'il  me  baise,  dit-elle,  du  baiser  de  sa  bou- 
cbe  {Cant.  1).  »  Qui  dit  ces  paroles? C'est  l'Epouse. 


Cost  Time 
alteree  de 
Dieu  qui  lni 


deman.ie  un  QHi  L.st  cctie  epouse  ?  L'ame  alteree  de  Dieu.   Con- 
babouche. "  siderons  les  differentes  dispositions  des  hommes, 
afin  que  celle  qui  appartient   proprement  a  une 


que  son  epoux  concoive  de  l'amour  pour  sabeaute 
Si  done  l'amour  convient  particulierement  et  prin- 
cipalement  aux  epoux,  c'esl  a  bon  droit  qu'on 
donne  le  noni  d'epouse  a  l'ame  qui  aime.  Or,  celle- 
la  aime,  en  effet,  qui  demande  un  baiser.  Elle  ne 
demande  ni  la  liberie,  ni  des  recompenses, ni  une 
succession,  ni  meme  la  science,  niais  un  baiser. 
Et  elle  le  demande  comme  une  epouse  trcs-cbaste, 
qui  brule  d'un  amour  sacre,  tt  qui  ne  veut  plus 
dissimuler  le  feu  qui  la  consume.  Voyez,  en  effet, 
comment  elle  commence  son  discours.  Voulant 
demander  une  grande  faveur  u  un  roi,  elle  n'a  re- 
cours  ni  aux  caresses,  m  aux  flatteries  ;  elle  ne 
preinl  aucun  detour  pour  arriver  au  but  de  ses 
desirs ;  elle  n'use  point  de  preambule ;  elle  ne 
tache   point   de    gagner    sa    bienveillance  ;    mais 


L'Ame  qui 
aime  comnio 

il  Taut  est 
appelee  epou- 
se. 


epouse  paraisse  plus  clairement .   L'esclave  craint    parlant  tout  d'un  coup  de   l'abondance  du  cceur, 


le  visage  de  son  Seigneur.  L'n  merceuaire  ne  voit 
dans  son  esperance  que  la  recompense  du  maitre. 
Un  disciple  prete  l'oreille  a  sou  precepteur.  Un 
tils  bonore  son  pere.  Mais  celle  qui  demande  qu'on 
la  baise  est  eprise  d'amour.  De  tous  les  sentiments 
de  la  nature,  celui-ci  est  le  plus  excellent,  surtout 
lorsqu'il  retourne  a  son  principe  qui  est  Dieu.  I 


elle  dit  tout  uniment  et  meme  avec  une  sorle 
d'impudence  :  «  Qu'il  me  baise  du  baiser  de  sa 
bouche.  » 

3.  Ne  vous  semble-t-il  pas  qu'elle  veuille  dire  : 
Qu'y  a-t-il  dans  le  ciel  ou  surlaterre,  bormis  vous, 
qui  puisse  etre  l'objet  de  mes  desirs  (Psal.  i.xvn, 
25)  ?  Celle-la  sans  doute   aime  chastement  qui  ne 


Son  amour  est 

chaste,  saint, 

et  ardent. 


il  n'\  a  point  d'expressions  plus  douces  pour   ren-    cherche  que  celui  qu'elle   aime,    sans  se   soucter 

dre  l'amitie  reciproque  du  Verbe  et  de  l'ame,  que    d'aucune  autre  cbose  qui  soit  a  lui.  Elle  aime  sain- 

bien°°c5ho1sis!  celles  il'epoux  et  d'epouse;   attendu   que  tout  est    tement,  parce  qu'elle   n'aime  pas  dans    la  concu- 


Lesnoms 

d'epoui  et 

d'epouse  sont 


conimun  entre  eux,  et  qu'ils  ne  possedent  rien  en 
proprc  et  en  particulier.  lis  u'out  qu'uu  meme  he- 


piscence  de  la  chair,  mais  dans  la  purete  de  l'esprit. 
Elle   aime   ardemmeut,  puisqu'elle    est  tellemeut 


spiritualcs  Dei  pedes  propriis  diffinitionibus  ac  nomi- 
nibus,  et  quidem  ex  abundanli,  demonslrare  curavi  : 
vos  pergitis  inquirere  et  de  manu,  qua?  secundo  loco 
osculanda  proponitur.  Annuo,  gero  vobis  moiem  ;  insu- 
per  non  manum,  sed  manus  ostcado,  ppopriisque  <lis- 
tinguo  vocabulis.  Latitado  ,una,  altera  fortitudo  dicatur  : 
quod  et  tribuat  affluenter,  et  del'endat  potenter  quod 
dederit.  Utrumque  profecto  osculabitur  qui  ingrat  us  nun 
fuerit,  Deum  utique  bonorum  omnium  sicut  largitorem, 
ita  et  conservalorera  recognoscens  el  confitens.  Satis 
de  duobus  osculis  dictum  esse  reor  :  videamus  et  ile 
tertio. 

2.  Oscuietur,  inquit,  me  osculo  oris  sui.  Quis  dicil? 
Sponsa.  Quaenam  ipsa?  Anima  sitiens  Deum.  Sed  pono 
diversas  afl'ecliones,  nt  ea  qua'  proprie  sponsa?  congruit, 
distinctius  elucescat.  Si  serves  est,  timet  a  facie  Domi- 
ni; si  mercenarius,  speral  de  manu  Domini ;  si  discipu- 
lus,  aurem  paral  magistro  ;  si  lilins,  bonorat  pal  rein  : 
quae  vero  osculum  postulat,  amat.  Excellit  in  naturae 
donis  alTeclio  ha'C  amoris  :  pra'serlim  cum  ad  suum 
rccurrit  principium,  quod  est  Deus.  Nee  sunt  inventa 
aeque  dulcia  noniina,  quibus  Verbi,  animaeque  dulces  ad 
inviccm  exprimerentur  afTectus,  quemadmodum  sponsus 
ct  sponsa  :  quippe  quibus  omnia   communia  sunt,   nil 


proprinm,  nil  a  se  divisum  habentibns.  Una  ulriusque 
hteredilas,  una  domus,  una  niensa,  unus  thorus,  una 
etiam  caro.  Denique  propter  banc  relinquet  ille  palrem 
et  matrem,  el  adlnerebit  uxori  sua'  :  et  erunt  duo  in 
c.irne  una.  IUbc  quoque  jubelur  nihilomiinis  oblivisci 
mi  suum,  et  domum  palris  sui;  ut  concupiscat 
ille  decorem  ejus.  Si  ergo  amara  specialiter  sponsia  ac 
principaliter  convenil,  non  immerito   sponaee  nomine 

CeDsetur  anima  qua'  amat.  Amat  autein  quae  OSCulum 
petit.  Non  petit  libertatem,  non  mercedem,  non  lnere- 
ditalem,  non  denique  vel  doclrinam,  sed  osculum  ;  mere 
plane  castissimae  sponsae  ac  sacrum  spirantis  amorem, 
nee  omiiino  valenlis  llammam  dissimiilare  quam  palitur. 
Vide  eniin  quale  praeripiat  sermonis exordium.  Magnum 
quid  a  ma-no  pctitura,  nullo  taincn.  nt  assolet,  ulilur 
blanditiarum  fucoj  nuUis  oircumvolutionibus  ad  id  quod 
desiderat  ambit.  Non  tacit  proffimium,  nun  capiat  bene- 
volenliam  :  sed  ex  abiindanlia  cordis  repenle  proruin- 
pens,  nude  frontoseque  satis,  Oscuietur  me,  ait  :  osculo 
'//•/.'  sui'. 

:..  An  non  tibi  quasi  diccre  manifeslc  videlur,  Quid 
7ii'lii>'st  in  ccelo,  et  a  te  quid  m/ui  super  terrain  ?  Amat 
profecto  caste,  qua?  ipsnm  quern  amat,  queerit ;  non 
aliud  quidquam  ipsius.  Amat  sancte,  quia  non  in  con- 


SEPTIEME  SERMON'    SLR   LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


155 


enivree  de  son  amour,  qu'elle  ne  pense  point  a  la 
rnajeste  de  celui  a  qui  elle  parle.  Car  a  qui  de- 
mande-t-elle  un  baiser?  A  celui  qui  fait  trembler 
la  terre  du  moindre  de  ses  regards.  Est-elle  ivre  ? 
Oui,  sans  doute  elle  Test .  Et  peut-etre  lorsqu'elle 
s'oubliait  ainsi,  sortait-elle  du  cellier  ou,  dans  la 
suite,  elle  se  glorifie  d'avoir  ete  menee  (Cant.  I,  in 
et  u,  Zi).  Car  David  disait  aussi  a  Dieu,  en  parlant 
de  quelques  personnes  :  «  lis  seront  enivres  de 
l'abondance  des  biens  qui  se  trouvent  dans  votre 
maison,  et  vous  les  ferez  nager  dans  un  torrent  de 
plaisirs  et  de  delices  (Psal.  xxxv,  9).  »  Combien 
grande  est  la  force  de  l'amour  !  Combien  de  con- 
fiance  il  y  a  dans  l'esprit  de  liberte  !  N'est-il  pas 
manifeste,  que  l'amour  parfait  bannit  toule  crainte 
(l  Joan.  IV,  18)  '? 

U.  C'est  neanmoins  par  un  sentiment  de  pudeur, 
qu'elle  ne  s'adresse  pas  a  l'Epoux,  mais  qu'elle  dit 
a  d'autres,  comme  s'il  etait  absent,  «  qu'il  me  baise 
du  baiser  desaboucbe.  »  Car,  comme  elle  demande 
une  grande  cbose,  il  faut  qu'elle  donne  bonne  opi- 
nion de  soi,  en  accompagnant  sa  priere  de  quelque 
Les  anges  retenue.  C'est  pourquoi  elle  emploie  ses  amis  et 
ahommes  qa1S  ses  familiers  pour  trouver  un  acces  particuliei  au- 
pres  de  son  bien-aime.  Mais  qui  sont  ces  amis'? 
Nous  CTOyons  que  ce  sont  les  saints  anges  qui  assis- 
tent  ceux  qui  prient  et  qui  offrent  a  Dieu  les  prieres 
et  les  vceux  des  hommes,  quand  ils  les  voient  lever 
des  mains  pures  au  ciel  sans  eolere  et  sans  animo- 
site.  C'est  ce  que  temoigne  l'ange  de  Tobie,  quand 
il  disait  a  son  pere  :  «  Lorsque  vous  priiez  avec 
larmes,  ensevelissiez  les  morts,  et  quittiez  votre 
repas  pour  les  cacher  le  jour  dans  votre  maison  et 
les  enterrer  la  nuit,  j'offrais  vos  prieres  au  Seigneur 
(Tub.  xn,  V2  .  »  Je  cruis  que  lesautres  temoignages 
que  Ton  trouve  dans  rEcriture,  vous  persuadeut 
assez  cette  verite.  Car  que  les  anges  daignent  aussi 


sont  en 
priere. 


se  meler  souvent  a  ceux  qui  cbantent  des  psaumes, 
c'est  ce  que  le  Psalmiste  exprime  tres-clairement 
quand  il  dit :  «  Les  princes  marcbaient  devant,  se 
joignant  au  chceur  des  musieiens,  au  milieu  des 
jeunes  filles  qui  jouaient  du  tambour  (Psal.  lvii, 
26).  »  D'oii  vient  qu'il  dit  encore  ailleurs :  «  Je 
chanterai  des  psaumes  a  votre  gloire  en  la  presence 
des  an<?es  (Psal.  cxxxvn,  1).   »  Aussi  je  ressens  de    Saint  Ber- 

CT       v  ;  ,  •  nard  reprend 

la  douleur  lorsque  j  en  vois  quelques  uns  parnu  ce0iquisom- 
vous  qui  cedent  au  sommeil  durant  les  veilles  sa-  °ed'^tntla 
crees,  et  qui,  au  lieu  de  reverer  les  citoyens  du  psalmodie. 
ciel,  sont  semblables  a  des  morts  en  presence  de 
ces  princes  de  la  milice  celeste,  qui,  touches  de  votre 
vigilance  seraient  heureux  de  se  meler  a  vos  solen- 
nites.  Certes,  j'ai  bien  peur  qu'ayant  enfin  horreur 
de  votre  lachete,  ils  ne  se  retirent  avec  indigna- 
tion a ;  et  qu'alors  chacun  de  vous  ne  commence , 
mais  bien  tard,  a  dire  a  Dieu  avec  gemissement : 
«  Vous  avez  eloigne  de  moi  mes  amis,  ils  m'ont 
regarde  comme  l'objet  de  leur  execration  (Psal. 
Lxxxvti,  9;;  »  ou  bien  :  «  Vous  avez  eloigne  de  moi 
mes  amis,  mes  proches  et  ceux  de  ma  connaissance, 
a  cause  de  mon  extreme  misere  (Ibid.  19);  »  Et 
encore  :  «  Ceux  qui  etaient  pres  de  moi  se  sont 
retires  bien  loin;  et  ceux  qui  cherchaient  ma  mort 
me  faisaient  violence  (Psal.  xxxvn,  12).  »  En  effet, 
si  les  bons  esprits  s'eloignent  de  nous,  comment 
pourruns-nous  soutenir  les  efforts  des  mediants? 
Je  dis  done  a  ceux  qui  sont  ainsi  endormis : 
«  Maudit  celui  qui  fait  l'ceuvrede  Dieu  avec  negli- 
gence (liter,  xlviii,  10) ;  »  et  le  Seigneur  leur  dit  : 
«  Plut  a  Dieu  que  je  vous  eusse  trouve  cbaud  ou 
froid ;  mais  parce  que  je  vous  ai  trouve  tiede,  je 
commencerai  a  vous  vomir  de  ma  bouche.  (Apoc. 
in,  15).  »  Lors  done  que  vous  priez  ou  psalmodiez, 

a.  Non   pas  a  la  lettre   et  materiellement    parlant,  mais    pap 
leurs  dispositions,  selon  ce  que  dit  Siite  de  Sienne  dans  ses  notes. 


cupiscentia  carnis ,  sed  in  puritate  spiritus.  Amat 
ardenter,  qua?  ita  proprio  debriatur  amore,  ut  majesta- 
tein  non  cogitet.  Quid  enim?  Respicii  terrain,  et  facit 
earn  tremere  :  et  i=la  se  ab  eo  postulat  osculari.  Ebriane 
est?  Ebria  prorsus.  Et  forte  tunc,  cum  ad  ista  prorupit, 
exierat  de  cella  vinaria,  quo  se  nimirum  introductam 
postmodum  gloriatur.  Nam  et  David  de  quibusdara  di- 
cebat  Deo  :  Inebriabuntur  ab  ubertate  domus  tua?,  et 
torrente  volupialis  hue  potabis  cos.  0  quanta  amoris 
vis  !  quanta  in  spiritu  libertatis  fiducia  !  Quid  manifes- 
tius,  quaru  quod  perfecta  charitas  foras  mittit  timorem  ? 
4.  Verecunde  tamen  non  ad  ipsuai  Sponsum  sermo- 
Dem  dirigit,  sed  ad  alios,  tanquam  de  absente  :  Os 
me,  inquiens,  osculo  orii  sui.  Grandis  quippc  res  peti- 
tur,  et  opus  est  verecundia  comitari  precem,  commen- 
duri  petentem.  Itaque  per  domesticos  et  intimos', 
acnes=us  ad  intima  quieritur,  ambitur  ad  desideratum. 
Quinam  illi  ?  Credimus  angelos  sanctos  adstare  oran- 
tibus,  offerre  Deo  preces  et  vota  hominnm  :  ubi  tamen 
sine  ira  et  disceptatione  lavari  puras  manus  perspexe- 
rint.  Probat  hoc  angelus  ita  loquens  ad  Tobiain  :  Quan- 


do  orabas  cum  taerymis,  et  sepeliebas  mortuos,  et  dere- 
linquebas  prandium,  et  mortuos  abscondebas  per  diem 
in  domo  lua,  et  node  sepeliebas;  ego  o'tuli  mationem 
tuam  Domino.  Puto  id  vobis  satis  et  ex  aliis  Scriptura 
testimoniis  persuasum.  Nam  quod  psallentibus  quoque 
dignanter  admisceri  sancti  angeli  soleant,  quid  eo  ma- 
nil'estius  quod  Psalmista  ait  :  Prievenerunt  principes 
conjuncti  psalleniibus  in  medio  juvencularum  tympanis- 
triarum  ?  Unde  et  dicebat  :  In  conspectu  angelorum 
psaliam  tibi.  Doleo  proinde  aliquos  vestrum  gravi  in  sa- 
cris  vigiliis  deprimi  somno,  nee  cceH  cives  revereri,  sed 
in  pra^sentia  principum  tanquam  mortuos  apparere,  cum 
vestra  ipsi  alacritate  permoti,  veslris  interesse  solem- 
niis  delectentur.  Vereor,  ne  vestram  desidiam  quandoque 
abominantes,  cum  indignatione  recedant,  et  incipiat 
unusquisque  vestrum  sero  cum  gemitu  dicere  Deo  : 
Longe  fecisti  notos  meos  a  me,  posuerunt  me  abomiua- 
tionem  sibi.  Et  illud  :  Elongasli  a  me  amicum  et  proxi- 
mum,  et  notos  meos  a  miseria.  Item,  Qui  juxta  me 
erant,  de  longe  steterunt,  et  vim  faciebant  qui  qucere- 
bant  animam  meam.  Pro  certo  enim  si  se  a  nobis  spiri- 


136 


(EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Comment 
trouYer  du 

foot  et  de  la 
oucpur  dans 
les  Psanoies. 


baiser,faites  attention kvos princes,  tenez-vousdans 
le  respect  el  dans  la  regie,  etsoyez  fiers,  carles  an- 
gesvoient  tousles  jours  la  facede  votrePere  [Matth. 
mil,  10).  Us  sont,  en  effet,  envoyes  pour  nous 
qui  sommes  destines  a  l'heritage  du  saint  [Hebr. 
1,  lit);  ils  portent  au  ciel  notre  devotion, et  en  rap- 
portenl  des  graces.  Prenons  part  aux  fonctions  de 
ceux  donl  nous  devons  partager  la  gloire,  afln  que 
la  louange  de  Dieu  soil  parfaite  dans  la  bouche  des 
eniants  [Psal.  vin,  3  ,  et  de  ceux  qui  soul  encore  a 
la  mam.  lie.  Disons-leui :  a  Chantez  des  hymnesen 
l'honneur  de  notre  Dieu,  chantez  des  hymnesen 
son  honneur  [Psal.  xi.vi,  7),  »  afin  qu'ils  nous  re- 
pondent  aussi  a  leurtour;  «  Chantez  des  cantiques 
en  l'honneur  de  notre  Roi,  chantez  des  cantiques 
en  son  honneur.  » 

5.  Joignez-vous  done  aux  chantres  du  ciel,  pour 


lui,  la  vertu  de  ce  qu'a  dit  Jesus-Christ  :  «  Les  pa- 
roles que  je  \oiis  ai  dites,  soul  esprit  et  vie  [Joan. 
vi,  64) ;  »  et  Je  ce  que  la  Sagesse  ditd'elle-meme : 
«  Mon  esprit  est  plus  doux  que  le  miel  [Eccle. 
xxiv,  27).  )) 

G.  C'est  ainsi  que  votre  ame  sera  dans  l'abon- 
dance  el  les  delices,  et  que  votre  holocauste  sera 
gras  et  parfait.  C'est  ainsi  que  vous  apaiserez  le 
souverain  roi  ;  que  vous  serez  agreable  a  ses  prin- 
ces, et  que  miiis  gagnerez  le  cceurde  toute  la  cour; 
a  l'odeur  agreable  de  vossacrifices,  qui  montera  au 
ciel,  ils  diront  :  «  Qui  est  celle-ci  qui  monte  du 
desert,  comme  la  fumee  de  la  myrrhe,  de  l'encens 
et  d'une  infinite  d'autres  parfums  [Cant,  in,  6)?  » 
«  Les  princes  de  Juda,  dit  le  Prophete,  de  Zahulon 
et  deNephtali,  sont  leurs  chefs  (Psal.  i.xvn),  »  e'est- 
a-dire,  les  chefs  de  ceux  qui  louent  Dieu,  qui  sont 


La  devotion 

do  ceux  qui 

psalmndicnt 

rejouit  les 

anges. 


chanter  en  cominun  les  louanges  de  Dieu,  car  vous     continents,    et   qui  aiment   la   contemplation.   Car 


etes  vous-memes  les  concitoyens  des  saints  et  les 
dontestiques  de  ce  grand  maitre,  et  psalmodiez  avec 
gout.  De  meine  que  c'est  la  bouche  qui  savoure 
les  viandes,  ainsi  c'est  le  cop.ur  qui  savoure  les 
Psaumes.  Mais  il  faut  que  I'ame  fidele  et  prudente 
ait  soin  de  les  broyer  sous  la  dent  de  l'intelligence, 
si  je  puis  parler  ainsi  ;  de  peur  que  si  elle  les 
mange  par  morceaux  entiers,  elle  ne  se  prive  du 
plaisirqu'il  yaa  les  gouter,  plaisir  si  agreable, qu'il 
surpasse  en  douceur,  le  miel  et  le  rayon  de  miel  le 
plus  doux.  Ofl'rons  mi  rayon  de  miel  avec  les  apd- 
tres,  au  banquet  celeste  et  a  la  table  du  Seigneur 
[Luc.  xxiv,  41).  Le  miel  dans  les  ruches,  est  line 
devotion  qui  s'attache  a  la  lettre.  La  lettre  tue  (11 
Cor.  xiv,  14),  si  on  la  prend  sans  l'assaisonnement 


nos  priuces  savent  bien  que  la  louange  de  ceux 
qui  cbantcnt  la  generosite  des  continents,  et  la 
purete  des  con  templat  it's  sont.  agreables  a  leur 
roi ;  et  ils  ont  a  coeur  d'exiger  de.  nous  ces  prenti- 
ces de  l'esprit,  qui  ne  sont  autre  chose,  que  les 
premiers  et  les  plus  excellents  fruits  de  la  sagesse. 
Car  vous  le  savez,  en  hebreu,  Juda  signilie,  louant 
et  confessant,  Zabulon,  demeure  assuree,  Nephtali, 
cerf  lache,  parce  que  la  legereto  avec  laquelle  il 
court  et  il  saute,  exprime  fort  bien,  les  transports 
et  les  extases  des  speculates ;  et  de  meme  que  le 
cerf  perce  les  endroits  les  plus  epais  des  forets  ; 
ainsi  penetrent-ils  les  sens  les  plus  caches  et  les 
plus  difficiles.  Nous  savons  pareillement  qui  est  ce- 
lui  qui  a  dit  :  a  Le  sacrifice  de  louanges   ni'hono- 


Ce  qu'il  faut 
entendre  par 
les  confes- 
sants,  les 
continents 
et  les  con- 
templants. 


de  l'esprit.  Mais  si,  avec  l'Apotre,  vous    psalmodiez     rera  (Psal.  xlix,  23).  » 

en  esprit  et  avec  intelligence,  vous  eprouverez  avec        7.  Mais,  a  si  les  louanges  ne  sont   pas  malsean- 


tus  elongaverint,  impetus  malignorum  quis  sustinebil  ? 
Dico  ergo  his  qui  ejusmodi  sunt  :  Malediclus  qui  opus 
Dei  facit  negligenter.  Dicit  quoquc,  nun  ego,  sed  Do- 
minus  :  Vtinam  te  calidum  aut  frigidum  invenissem!  serf 
quia  te  tepidum  inueni,  incipiam  te  evomere  ex  or  ■  meo. 
Ea  propter  attendite  principes  vestros,  cum  statis  ad 
oraudum  vet  psallendum,  et  stale  cum  reverentia  el  dU- 
ciplina;  et  gloriamini,  quia  angelivestri  quotidie  videal 
faciein  Patris.  Nimirum  missi in minislerium  propter  nos, 

qui  haeriditatem  capimus  salulis,  devol im  nostram  in 

supcrna  ferunt,  referunt  gratiam.  tTsurpemus  officium 
quorum  sortimur  consorlium,  ut  in  ore  infantium  et 
lactentium  perficiatur  laus.  Dicamus  eis,  Psallite  Deo 
nostra,  psallite  :  atque  aadiamus  eoa  vicissim  respon- 
dentes  :  Psallite  lt'f/t  wntru,  pial/ite. 

5.  Laudem  ergo  cum  cadi  cantoribus  in  commune 
ducentes,  utpote  cives  sanctorum  et  domestic.]  Dei, 
psallite  sapienter.  Cibus  in  ore,  psalmus  in  corde  sapit 
Tantum  ilium  terere  non  negligat  (1  delis  el  prudens 
anima  quibusdam  dentibus  intelligentiae  e  ne  i  forte 
integrum  glutiat  et  non  aianaum,  frustetur  palatum  sa- 
pore  desiderabili,  et  dulciori  super  mil  el  ravum. 
ramus  cum  apostolis  in  codesli  convivio  et  in  dominica 
mensa  favum  mellis.  Mel  in  cera,  devotio  in  littera  est. 


Alioquin  littera  occidit,  si  absque  spiritus  condimeulo 
glutieris.  Si  sutem  cum  Aposlolo  psallas  spiritu,  psallas 
et  mente  ;  cognosces  et  tu  de  illius  verilates  sermonis, 
quern  dixit  Jesus  :  Verba,  quce  locutus  sum  vobis,  spi- 
ritus et  vita  sunt.  Et  item  quern  legimus  Sapientia  : 
Spiritus  meus  super  met  dulcis. 

ti.  Sic  delectabitur  in  crassitudine  anima  tua,  sic  lio- 
locaustus  tuum  pingue  Bet.  Sic  plaoabis  regem,  sic 
placebis  princibus,  sic  denique  totam  tibi  curiam  bene- 
volam  reddes  ;  el  odorati  odorem  suavitalis  in  ccelesti- 
bus,  de  te  quoque  dicent  :  Quce  est  ista  quce  aseendit  per 
desertum,  sicui  virgula  fumi,  ex  aromatibus  myrrhai  et 
thuris,  el  universi  puhieris  pigmentariil  principes,  in- 
quit,  Juda,  duces  corum,  principes  Zabulon,  Principes 
Nephtalim,  hoc  est  confitentium,  oontinentium,  uontem- 
plantium.  Norunt  siquidem  principes  nostri  Regi  suo 
acceptam  esse  psallentium  confessionem,  continentium 
fortiludinem,  contemplantium  puritatem  :  et  solliciU 
mum  exigcre  a  nobis  istiusmodi  primitias  spiritus,    quae 

profecto  non  aliud  sunt,  quain  primi  el  purissimi  I'ruclus 
sapientise.  Quod  enim  non  ignoratis,  Judas  landaus  vol 
coulilens,  el  Zahulon  habilaculuiu  Ibrtitudinis,  Nephtalim 
ccrvus  emissua  interpretatur  ;  qui  nimirum  agUitatis  suae 
salhbus  expriwit   speculautis   exceasus,    sed     et    opaca 


SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQDE  DES  CANTIQUES. 


La  contience 

et  la   purete 

d  intention 

uece?saires  a 

celui  qui 

prie. 


N'03  prieres 
sent  connues 

de  Dieu 
par  le  minis- 

tere  des 

anges. 


tes  dans  la  bouche  du  pecbeur  (Eccles.  xv,  9),  » 
n'avez-vous  pas  extrernement  besoin  de  la  vertu 
de  continence,  pour  que  le  peche  ne  regne  point 
dans  votre  corps  mortel ?  Mais  la  continence  nest 
point  agreablt  a  Dieu,  quand  elle  recherche  la 
gloire  bumaiue,  aussi,  avez-vous  encore  besoin 
de  la  purete  d'iutention,  qui  vous  fasse  desirer  de 
ne  plaire  qu'a  Dieu,  et  vous  dunne  la  l'orcj  de  vous 
attacher  imiquement  a  lui.  Car  il  n'y  a  point  de 
difference  entre,  etre  a  Dieu,  et  voir  Dieu,  ce  qui 
nest  accorde,  par  un  rare  bonbeur,  qua  ceux  qui 
out  le  cceur  pur.  David  avait  cette  nettete  de  cceur, 
lorsqu'il  disait  a  Dieu  :  «  Moil  ante  s'attacbe  forte- 
ment  a  vous,  par  uu  violent  amour  (Psal.  lxh, 
9)  »  et  ailleurs  :  «  Pour  moi,  mon  plus  grand  bien 
est  de  m'attacber  inviolable uient  a  Dieu.  (Psal. 
lxxii,  23).  »  En  le  Yoyaut,  il  etait  attache  a  lui,  et 
en  s'attacbant  a  lui,  il  le  voyait.  Lorsdonc  qu'une 
ante  est  dans  l'exercice  continue!  de  ces  vertus  su- 
blimes, ces  ambassadeurs  celestes  conversent  fami- 
lierement  et  souvent  avec  elle,  surtout  s'ils  la  voient 
souveut  en  oraison.  Qui  m'accordera,  6  princes 
cbaritables,  de  pouvoir  faire  connaitre  aupres  de 
Dieu,  par  votre  entremise,  ce  que  je  lui  demande? 
Je  ne  dis  pas  a  Dieu,  paree  que  toutes  les  pensees 
de  l'botnme  lui  sont  connues,  mais  aupres  de 
Dieu,  c'es!-i-dire  aux  Vertus,  aux  autres  ordres 
des  anges,  el  aux  tunes  bienheureuses  depouillees 
de  leur  corjis.  Qui  relevera  de  la  poussiere,  et  re- 
tirera  du  fumier  un  kornme  aussi  vil,  et  aussi  mise- 
rable que  moi,  et  le  fera  asseoir  avec  les  princes 
sur  un  trune  de  gloire?  Je  ne  doute  point  qu'ils  ne 
recoivent  dans  le  palais  celeste,  avec  des  teinoigna- 
ges  extraordinaires  de  joie  et  d'affection,  celui 
qu'ils  daignent  visiter  sur  son  fumier.  Apres  tout, 
comment  apres  s'etre  rejouis  de  la  conversion  d'un 


157 

pas  quand   il 


pecheur,  ne  le  reconnaitraient-il 
s'elewradans  les  cieux  ! 

8.  C'est  pourquoi  je  pense  que  c'e>t  a  eux,  les 
famiUers  et  les  compagnons  de  l'Epoux,  que  parle 
l'Epouse  dans  sa  priere,  et  decouvre  le  secret  de 
son  cceur,  lorsqu'elledit  :  «  qu'ilme  baise  d'un  baiser 
de  sa  boucbe.  »  Et  voyez  avec  quelle  familiarite  et 
quelle  tendresse,  Time  qui  soupire  dans  cette  mise- 
rable chair,  s'entretient  avec  les puissancescelestes. 
Elle  desire  avec  passion  les  baisers  de  son  Epoux, 
elle  demande  ce  qu'elle  desire,  et  neanmoins  elle 
ne  nomme  point  celui  qu'elle  aime,  parce  qu'elle 
ne  doute  point  qu'ils  ne  le  connaissent,  parce 
qu'elle  a  coutume  de  s'entretenir  souvent  avec 
eux.  C'est  pour  cela  qu'elle  ne  dit  point  :  «  Qu'irn 
tel  ou  un  tel  me  baise;  mais  seulement  qu'il  me 
baise,  comme  Marie  Madeleine  ne  reconnait  point 
celui  qu'elle  cberchait,  mais  disait  seulement  a  ce- 
lui qu'elle  peusait  etre  un  jardinier  :  «  Seigneur, 
si  vous  l'avez  emporle  (Joan,  xx,  51).  »  De  qui 
parle-t-elle '?  Elle  ne  le  nomme  point ;  parce 
qu'elle  croit  que  tout  le  monde  counait  quel  est 
celui  qui  ne  peut  sortir  un  seul  instant  de  son 
cceur.  Parlant  done  aux  compagnons  de  son 
Epoux ,  comme  a  ses  confidents ,  et  a  ceux 
qu'elle  sait  connaitre  les  sentiments  de  son  ame, 
elle  tait  le  nom  de  son  Bien  aime,  et  commence 
tout  d'un  coup  ainsi  :  «  Qu'il  me  baise  d'un  baiser 
de  sa  boucbe.  »  Je  ne  veux  pas  vous  entretenir 
plus  longtemps  de  ce  baiser.  Detnain  je  vous  dirai 
ce  que,  par  vos  prieres,  1'onction  divine,  qui  doune 
des  enseignements  sur  toutes  choses,  daignera  me 
suggerer  ;  car  la  cbair  et  le  sang  ne  revelent  point 
ce  secret,  mais  celui  qui  penetre  les  mysteres  de 
Dieu  les  plus  profonds,  e'est-a-dire  le  SaLut-Ksprit 
qui,    procedant    du  Pere  et  du  Fils,    vit  et    regne 


penetrare  nemorum,  ut  ille  sensuum,  consuevit.  Scimus 
autem  qui  diver-it  :  Sacrificium  /audi*  honorificabit  me. 
7.  Yerum  si  non  est  speciosa  laus  in  ore  peccatoris; 
nonne  peraecessariana  habetis  contincntia?  virtutern,  per 
quarn  (iat,  ut  noo  regnet  peccatum  in  vestro  mortali 
corpore?  Porro  continentia  non  habet  merilum  apud 
Deum,  qua?  gloriatu  requirit  humanam.  Ideoquc  maxime 
opus  est  etkiin  purifcite  intentionis,  qua  soli  mens  vestra 
Deo  et  placere  appetat,  et  valeat  inha?rere.  Neque  enim 
aliud  est  inhirere  Deo,  quam  videre  Deum ;  quod  solis 
mundicordibus  singulari  felicitate  donatnr.  Cor  mundum 
habebat  David,  qui  dicebat  Deo  :  Adhcesii  anima  mea 
post  le.  Item,  Mihi  autem  adhcerere  Deo  bonum  est. 
Videndo  adffirebat,  et  adhserendo  videbat.  Aniin*  ergo 
in  bis  exercitats  ccelestes  sese  nuntiifamiliaresexhibent 
et  frequentes,  pra>sertim  si  frequenter  orantem  persen- 
serint  *.  Q'lis  dabit  mihi  per  vos,  o  benigni  ptincipes, 
*  at.  prospi-  pelilioius  meas  innolescere  apud  Deum  ?  Non  enim  Deo, 
Clant'  cui  etiam  cogitatio  hominis  confiletur,  sed  apud  Deum, 
hoc  est  ipsis  qui  cum  Deo  sunt,  tarn  beatis  virlitubus, 
quam  carne  solutisspiritibus.  Quissuscitabit  me  de  terra 
inopem,  et  de  stercore  eriget  pauperem,  ut  sedeam  cum 
principibus,  et  solium  glorias  teneam?  Non  ambigo  qui 


gralanter  in  palatio  colligant,  quem  dignanter  in  ster- 
quilino  visitant.  Denique  lastati  sunt  de  conversione ;  et 
in  i^umptione  non  agnoscent  ? 

8.  Hos  itaque  puto  inter  orandum  alloqui  Sponsam.  et 
ipsis,  tanquam  Sponsi  domesticis  ac  sodalibus,  deside- 
rium  cordis  sui  aperire,  cum  ait  :  Osculetur  me  osculo 
oris  sui.  Et  vide  famibare  amicumque  colloquium  anima? 
in  carne  suspirantis  cum  ccelestibus  potestatibus.  Gestit 
in  oscula,  petit  quod  cupit ;  non  tamen  nominat  quem 
amat  :  quia  illos  nosse  non  dubitat,  ulpote  de  quo  sibi 
frequens  cum  illis  soleat  esse  confabulatio.  Propterea 
non  dicit,  Osculetur  me  ille  vel  ille  ;  sed  Osculetur  me 
tantum  :  sicut  et  Maria  Magdalena  non  exprimebat  ex 
nomine  quem  quajreret,  sed  tantum  aiebat  ei  quem  pu- 
tabat  hortulanum  :  Domine,  si  tu  sustuiisli  mm.  Quem 
eum "?  Non  aperit ;  quia  palam  omnibus  esse  credit, 
quod  a  suo  corde  nee  ad  momentum  recedere  potest. 
Ita  ergo  et  ista  loquens  sodalibus  sponsi  sui,  tanquam 
consciis  et  qtiibus  se  noverat  manifestam,  tacilo  nomine 
repenle  in  hsec  de  dilecto  verba  prorumpit  :  Osculetur 
me  osculo  oris  sui.  De  quo  jam  osculo  nolo  vos  diutius 
protrahere,  sed  sermone  crastmo  audielis  quidquid 
orantibus  vobia  suggerere  mihi  inde  dignabitur  unctio  do- 


158 

£galement  avec  eux, 
cles.  Aiosi  soit-il. 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


dans  tous  les  siecles   ilc  sie- 


SERMON  VIII. 

Le  Saint-Esprit  est  le  baiser  de  Dieu  :  c'cst  cc  baiser 
que  r£pouse  demande,  afin   qu'il  lui  donne  la  con- 
naissance  dc  la  Sainte  TriniU. 

1.  Pour  m'acquilter  aujourd'bni  de  la  pron 
que  je  vous  ai  faite,  j'ai  dessein  de  vous  parler 
du  principal  baiser  ,  qui  est  celui  de  la  bou- 
che.  Donnez  lino  attention  plus  grande  a  quel- 
que  cbose  de  bien  doux,  qu'on  goute  bien  rarement, 
et  qu'on  comprendbien  difficilement.  II  me  semble, 
pour  reprendre  d'un  pen  plus  haul  que  celui  qui 
dit  :  «  Persoune  ne  connait  le  Fils  que  le  P< a ■■-.  el 
personne  ne  connait  le  Pere  que  le  Fils,  ou  ce- 
lui a  qui  le  Fils  le  voudra  reveler,  (MaUh.  si,  27)  » 
parlait  d'un  baiser  ineffable  que  nulle  creature 
n'avait  encore  recu.  Car  le  Pere  aime  le  Fils, 
et  l'embrasse  avec  un  amour  singulier  ;  le  Tres- 
Haut  embrasse  son  egal,  l'eternel  son  coelernel 
et  le  Dieu  unique,  son  unique.  JIais  1'amour  qui 
unit  le  Fils  au  Pere,  n'est  pas  1'amour  de  lui,  ainsi 
que  lui-meme  l'atteste  lorsqu'il  dit  :  «  Afin  que 
tout  le  monde  sacbe  que  j'aime  mon  Pere,  levez- 
vous  et  aliens.  (Matth.  xxvi,  2).  «  Sans  doute  vers  la 
^Jf^e,.  Passion.  Or  la  connaissance  de  1'amour  mutuel  de 

its  personne  Cejlu  nUi  engendre,  et  de  celui   qui  est  engendre, 
divines.  ,  ,         ,  ,    •       i 

qu  est-ce  autre  cbose  qu  uu  baiser  tres-doux,  ruais 
tres-secret  ? 

2.  Jetiens  pour  certain  que[meme  la  creature  an- 
gelique  n'est  point   admise  a  un  secret  si  grand  et 


si  saint  du  divin  amour ;  e'est  d'ailleurs  le  senti- 
ninit  de  sain!  Paul  qui  nous   assure  que  cette  pais 
surpasse  toute  la  connaissance  meme  des  anges, 
{Phil,  iv,  7).  Aussi  I'Epouse,  bien  qu'elle  s'avance 
beaucoup,  u'ose-t-elle  pas  dire  :  qu'il  me  baise  de 
s,i  bonche  :  cela  a'estrfaerve'  qu'au  Pere;  elle  de- 
mande  quelque   chose   de  moindre  :  «  Qu'il  me 
baise,   dit-elle  ,  d'un   baiser  de  sa  boucbe.  »   Voici 
une  autre  epouse  qui  recut  un  autre  baiser,  mais 
ce  n'est  pas  de  la  boucbe,  e'est  un  baiser  du  baiser 
de  la  boucbe  :  «  II  souf'lla  sur  eux  [Joan,  xx,  22),  » 
.ill  saint  Jean.  (II  parle  de  Jesus  qui  souffla  sur  les 
apAtres,  e'est-a-dire  sur  la  primitive  Eglise'  etleur 
dit  :  a  Recevez  le  Saint-Esprit.  »  Ce  fut  sans  doute 
un  baiser  i jn 'i  1  leur  donna.  En  effet,  etait-ce  un 
souftli'  materiel?  Point  du  tout;  e'etait  1'esprit  in- 
visible  qui  etail  donn6dans  ce  souffle  du  Seigneur, 
afin  qu'on  reconnut  par-la  qu'il  procede  egalement 
de  lui  el  du  Pere  comme  un  veritable  baiser,  qui 
est  commun  a  celui  qui  le  donne,  et  a  celui  qui  le 
recoit.  II   soffit  done  a  I'Epouse   d'etre  baisee   du 
baiser  de    l'Epoux,  bien  qu'elle   ne  le  soit  pas  de 
sa  boucbe.  <  !ar  elle  estime  que  ce  n'est  pas  une  fa- 
veur  mediocre  et  qu'on  pnisse   dedaigner,  d'etre 
baisee  du  baiser,  puisque  ce  n'est  autre  cbose  que 
recevoir  l'infusion  du  Saint-Esprit.  Car,  si  on  entend 
bien  le  baiser  du  Pere  et  celui  du  Fils,  on  jugera 
que  ce  n'est  pas  sans  raison   qu'on  entend  par  la 
le  Saint-Esprit,  puisqu'il  est  la  paix  inalterable,  le 
nceud  indissoluble,  1'amour  et  l'unite  indivisible  du 
Pere  et  du  Fils. 

3.  L'Epouse  done,  animee  par  le  Saint-Esprit,  a  la 
bardiesse  de  demander  avec  conliance  sous  le  nom 


Le  baiser 
,,.'.  point 
accorao  aoi 

Anges. 


Les  'Inns  du 
Saint- Fsprit 
sunt  l  ■  baisee 

de  1! ■'■■■ 


cens  de  omnibus.  Neque  enim  hoc  secretum  revelat 
caro  et  sanguis  t  sed  is  qui  scrutalur  profunda  Dei 
Spiritus-Sanctus  qui  a  Palre  Filioque  procedens,  cum 
ipsis  paiiter  vivit  et  rcgnat  in  saecula  saeculorum 
Amen. 

SERMO  VIII. 
Quomodo   per  osculum    oris    Dei  significatur  Spiriius- 

Sanctus    quern    Ecclesia    sibi   petit  dari  ad   nolitiam 

Sanctis  Trinitatis. 

1.  Ifodie  vobis,  sicut  hesterna  promissione  tenetis, 
de  summo,  id  est  de  oris  osculo,  dispulare  propositus 
est.  Audite  attentins  quod  sapit  suavius,  et  gustatur  ra- 
rius,  et  inlelligitur  difticilius.  Mihi  videtur  (ut  paulo 
allius  inchoem)  incflabilc  quoddam  atque  inexpertum 
omni  creaturae  osculum  designasse,  qui  ait  :  Nemo  novii 
FiltuM  rati  Pater;  et  nemo  novii  Patrem  mn  Film*,  aut 
cui  voluerit  Filius  revelare.  Pater  enimdiligit  Filium,  et 
Bingulari  dilectione  amplectitur,  summussequalem,  aeter- 
nus  coseternum,  unus  unicum.  Sed  cnim  non  minori 
ipse  Filio  affectionc  adstringilur  :  quippe  pro  cujus 
amore  et  moritur,  ipso  atteslante  cum  ait  :  VI  sciantom- 
ties  qwadiligoPatn  m,  rurgite,  eat  dubium  quin 

ad  passionem.  Ilia  itaquc  mulua  gigncntis  geniique  co- 
gnitio  pariler  et  dilcclio,  quid  nisi  osculum  est  suavissi- 
tnum,  sed  secretissimum  t 


2.  Ego  pro  cerfo  ad  tanfum  et  tam  sanctum  divini 
amoris  arcanum  ne  ipsam  quidem  angel icam  admitti  ar- 
bitror  creaturam.  Elenim,  Paulo  hoc  ipsam  sapienle, 
pax  ilia  exsuperat  omnem,  eliam  angelicum,  sensum. 
Unde  nee  ista  (quanquam  mulluin  pra?sumens)  audet 
tamen  dicere,  Osculetur  me  ore  suo;  soli  illud  scilicet 

ins  Patri  :  sed  aliquid  minus  postulans,  Oscti 
me,  ir.quit,  osculo  oris  sui.  Yidetc  novam  sponsam  no- 
vum osculum  accipientem,  non  tamen  ab  ore,  sed  ab 
oscnlo  oris.  Insufflavit,  inquil,  eis,  hand  dubium  quin 
Jesus  apostolis,  id  e>t  primitivae  Ecclesiaj ;  et  dixit, 
turn.  Osculum  profecto  fuit. Quid? 
coi'porcus  ille  flatus?  Non,  sed  invisibilis Spiritus  :  quia 

rea  In  illo  dominico  flatu  datus  est,  ut  per  hoc 
intefligeretur  et  ab  ipso  pariter  tanquam  a  Patre  proce- 
dere,  tanquam  vere  osculum,  quod  osculanti  osculato- 
que  commune  est.  Itaque  suflicit  Sponss,  si  osculetur 
ab  osculo  Sponsi,  etiamsi  non  osculetur  ab  ore.  Nee 
enim  cxiguum  quid  aut  vile  pulat  osculari  ab  obsculo  : 
quoc  non  est  aliud  nisi  infundi  Spiritu-Sancto.  Ncmpe 
si  1 1 de  Pater  osculans,  Filius  osculatus  accipilur  :  non 
erit  ab  re  osculum  Spiiitum-Sanctum  intclligi,  ulpote 
qui  Patris  Filiique  imperluibabilis  pax  sit,  gluten  fir- 
mum,  indivisibilis  unitas. 

3.  De  ipso  igitur  audet  Sponsa,  ipsumque  infundi  sibi 
fidenter  sub  osculi  nomine  petit.  Tenet  quippe  aliquid, 


HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTIQUES. 


159 


de  baiser,  d'en  recevoir  l'infusion.  Mais  aussi  c'est 
qu'elle  a  comme  un  gage  qui  lui  donne  lieu  de 
l'oser.  C'est  celte  parole  du  Fils  qui,  apres  avoir 
dit  :  «  Nul  ne  connalt  le  Fils  que  le  Pere,  et  mil  ne 
connait  le  Pere  que  le  Fils  {Matth.  u,  27),  »  ajoute 
aussitot,  «  ou  celui  a.  qui  il  plaira  au  Fils  de  le  re- 
veler. »  L'Epouse  croit  fermement  que  s'il  le  veut 
reveler  a  quelqu'un,  ce  sera  certainement  a.  elle. 
C'est  ce  qui  lui  fait  demander  hardiraent  un  baiser, 
e'est-a-dire,  cet  esprit  en  qui  le  Fils  et  le  Pere  lui 
soient  reveles.  Car  l'un  n'est  point  connu  sans  l'au- 
tre, suivant  cette  parole  de  Jesus-Christ  :  «  Celui 
qui  me  voit,  voit  aussi  moil  Pere  (Joan,  xiv,  9)  ;  » 
et  cette  autre  de  l'aputre  saint  Jean  ;  «  Quiconque 
nie  le  Fils,  n'a  point  le  Pere,  mais  celui  qui  con- 
fesse  le  Fils  a  aussi  le  Pere.  (Joan,  n,  24).  »  Ce  qui 
montre  clairement  que  le  Pere  n'est  point  connu 
sans  le  Fils,  ni  le  Fils  sans  le  Pere.  C'est  done  a 
bon  droit  que  celui  qui  dit  :  «  La  vie  eternelle  eon- 
siste  a  vous  connaitre  pour  le  Dieu  veritable,  et  a 
connaitre  celui  que  vous  avez  envoye,  qui  est  Je- 
sus-Christ (Joan,  xvn,  3),  »  n'etablit  pas  la 
souveraine  felicite  dans  la  connaissance  de  l'un  des 
deux,  mais  dans  celle  de  tous  les  deux.  Aussi  li- 
sons-nous  dans  l'Apocalypse,  «  que  oeux  quisuivent 
l'Agneau  ont  le  nom  de  l'un  et  del'autre  ecrit  sur 
le  front  (Apoc.  xiv,  1),  »  e'est-a-dire  qu'ils  se  glori- 
fient  de  ce  qu'ils  les  connaissent  tous  les  deux. 

It.  Quelqu'un  dira  peut-elre  :  La  connaissance  du 
Saint-Esprit  n'est  done  pas  necessai'-e,  puisque 
saint  Jean,  en  disant  que  la  vie  eternelle  consiste  a 
connaitre  le  Pere  et  le  Fils,  ne  parle  point  du  Saint- 
Esprit.  Cela  est  vrai ;  mais  aussi  n'en  etait-il  pasbe- 
soin,  puisque  lorsqu'on  connait  parfaitement  le  Pere 
et  le  Fils,  on  De  saurait  ignorer  la  bonte  de  l'un  et 


de  l'autre  qui  est  le  Saint-Esprit  ?  Car  un  homme 
ne  connait  pas  pleinement  un  autre  homme,  tant 
qu'il  ignore  si  sa  volonte  est  bonne  ou  mauvaise. 
Sans  compter  que  lorsque  saint  Jean  dit  :  Telle  est 
la  vie  eternelle,  c'est  de  vous  connaitre,  vous  qui 
etes  le  vrai  Dieu  et  Jesus-Christ  que  vous  avez  en- 
voye ;  cette  mission  temoignant  la  bonte  du  Pere 
qui  a  daigne  l'envoyer,  et  celle  du  Fils  qui  a  obei 
volontairement,'  iln'a  pas  oublie  tout-a-faitle  Saint- 
Esprit,  puisqu'il  a  fait  mention  d'une  si  grande 
faveur  de  l'un  et  de  l'autre.  Car  l'amour  et  la  bonte 
de  l'un  et  de  l'autre  est  le  Saint-Esprit  meme. 

5.  Lors  done  qua  l'Epouse  demande  un  baiser 
elle   demande  de  recevoir  la   grace  de  cetle  triple 
connaissance,  au  moins  autant  qu'on  en  peut  etre 
capable  dans  ce  corps  mortel.   Or  elle  le  demande 
au  Fils,  parce  qu'il  appartient  au  Fils  de  le  reveler 
a  qui  il  lui    plait.  Le  Fils  se  revele  done  a  qui  il 
veut,  et  il  revele  aussi  le  Pere ;  ce  qu'il  le  fait  par 
un  baiser,    e'est-a-dire  par  le  Saint-Esprit,  selon  le 
temoignage  de  l'Ap6tre,  qui  dit  :  «   Dieu  nous  a 
revele  ces  chosespar  l'Esprit-Saint.  (I.  Cor.  u,  10).  »  C'est!  =  M- 
Mais  en  donnant  l'Esprit  par  lequel  il  communique    jiiumine'eJ 
ces  connaissances,  il  fait   connaitre  aussi   l'Esprit  lui  eml)ri3C'- 
qu'il  donne.  11  revele  en  le  donnant,  etle  donne  en 
lerevelant.  Et  cetterevelationquise  fait  parle  Saint- 
Esprit,  n'eclaire  pas  seulement  l'entendement  pour 
connaitre,  mais  echauffe  aussi  la  volonte  pour  aimer, 
suivant  ce  que  dit  saint  Paul  :   «  L'amour  de  Dieu 
est  repandu  dans  nos  coeurs  par  l'Esprit-Saint,  qui 
nous  a  etc  donne  (Rom.  v,  5).  »  Aussi  est-ce  peut- 
etre  a  cause  de  cela  que,  en   parlant  de  ceux  qui 
connaissant  Dieu  ne  lui  ont  pas  rendu  les  hommages  sei,t  point  ce 
qui  lui  etaient  dus,  il  ne  leur  dit  point  que  leur         00, 
connaissance  fut  un  effet  de  la  revelation  du  Saint- 


unde  non  desit  occasio  praesumendi.  Dicens  enim  Fi- 
lius,  Nemn  novit  Filium  nisi  Pater,  et  nemo  novit  Pa- 
irem  nisi  Filius;  adjeoit,  aut  cui  voluerit  Films  revelare. 
Non  autem  dil'lidit  Spunsaquin  sibi  velit,  si  cui  voluerit. 
Petit  ergo  audenler  dari  sibi  osculum,  hoc  est  Spiritum 
ilium,  in  quo  sibi  et  Filius  reveletur  et  Pater.  Aller 
enim  sine  altera  neqbaquam  innotescit.  Undo  est  illud  : 
Qui  videt  me,  videt  et  Patrem  meum.  Et  illud  Joannis  : 
Omnis  qui  negat  Filium,  nee  Patrem  habet.  Qui  autem 
confiletur  Filium,  et  Patrem  habet.  Ex  quibus  liquido 
constat,  quia  nee  Pater  sine  Filio,  nee  Filius  sine  Pa- 
tre  agnoscitur.  Merilo  proinde  non  in  alterius  tantum, 
sed  in  utriusque  cognitione  constituit  summam  beatitu- 
dinem  qui  dicit  :  Hiec  est  vita  interna,  ut  cognoscant  te 
i  ,',11111  Deum,  et  quern  misisti  Jesum-Christum.  Denique 
et  qui  sequuntur  Agnum,  referuntur  habere  nomen 
ejus,  et  nomen  Palris  ejus  scriptum  in  frontibus  suis  : 
quod  est  do  utrisque  notitia  gloriari. 

4.  Sed  dicit  aliquis  :  Ergo  et  Spiritus-Sancti  agnitio 
non  est  necessaria,  ut  cum  dixerit  esse  vitam  aeternam 
nosse  et  Patrem  et  Filium,  de  Spiritu-Sancto  tacuerit  ? 
Est  utique  :  sed  ubi  Pater  et  Filius  perfecte  agnoscilur, 
utriusque  bonitas,  quae  Spiritus-Sanctus  est,  quomodo 
ignoratur'?  Naque  enim  integre  homo  homini innotescit, 


Les  9ages  du 
du  monde 


qnandiu  latet,  utrumnam  bonae,  an  mala?  sit  voluntatis, 
Quanquam  et  cum  dictum  est,  H<jee  est  vita  celerna,  ut 
cognoscant  te  verum  Deum,  et  quern  misisti  Jesum- 
Christum  ;  profecto  si  missio  ilia  beneplacitum  tarn  Pa- 
lris benigne  mittenlis,  quam  Filii  volunlarie  obedientis 
demoustrat,  non  omnino  taciturn  est  de  Spiritu-Sancto, 
ubi  tanlae  utriusque  gratiae  mentio  Kicta  est.  Utriusque 
siquidem  amor  et  benignitas  Spiritus-Sanctus  est. 

S.  Trinaj  ergo  hujus  agnitionis  infundi  sibi  gratiam, 
quantum  quidein  capi  in  carne  mortali  potest,  Sponsa 
petit,  cum  osculum  petit.  Petit  autem  a  Filio  :  quia  Fi- 
lii est  cui  voluerit  revelare.  Revelat  ergo  Filius  seipsum 
cui  vult,  revelat  et  patrem.  Revelat  autem  sine  dubio 
per  osculum,  hoc  est  per  Spiritum-Sanctum,  Apostolo 
teste  qui  ait  :  Nobis  autem  revelavit  Deus  per  Spiritum 
suum.  At  vero  dando  Spiritum  per  quern  revelat,  etiam 
ipsum  revelat  :  dando  revelat,  et  revelando  dat.  Porro 
revelatio,  qu;e  per  Spiritum-Sanctum  lit,  non  solum  il- 
lustrat  ad  agnitionem,  sed  etiam  accendit  ad  amorem, 
dicente  Paulo  :  Charitas  Dei  diffusa  est  in  cordibus  nos- 
tril per  Spiritum-Sanctum.  qui  datus  est  nobis.  Et  ideo 
forsan  de  his,  qui  cognoscentes  Deum,  non  tanquara 
Deum  glorilicaverunt,  non  legitur  quod  Spiritu-Sancto 
revelante    cognoscerent  :  quia  cum    cognoscerent,  non 


160 


OEI'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Esprit,  parce  que,  bicn  rpi'ils  le  connussent,  ils  nc  est    au-dela   de  voire  portee    (Erch's.   xxxi,  22).  » 

l'aimaient  point.  On  litbien:   « Car  Dien  le  1  or  Marchez    dans  ces  connaissances    sublime-   selon 

await  revele,  »  mais  il  n'est  point  dit  que  ce fut par  I'Esprit,    non   pas  scion   voire    propre  sens.   La 

le  Saint-Ksprit,  depeur  que  des  esprits  impies  qui  doctrine  de  1'Esprit-Saint  n'allume  pas  la  curiosite 

se con tentaient  de  la  science  qui  enfle  etne  con-  mais  enflamme  la  charite.  Aussi  est-ce  avec  raison 

naiss  liei  t  point  celle  qui  edifie,  ne  s'attribuassent  que l'Epouse,  cherchant  celui qu'elle  aime,  ne  se  Be 

le  baisei  de  l'Epouse.  L'Ap6tre  nous  marque  par  pas  auz  sens  de  la  chair,  ft  nc  suit  pas  les  faibles 


Saint  Ber- 
nard 
n-|inino   la 
Lurinsite 
et  pousao  a  la 

I'lldlltc. 


quel  moyen  il?  out  eu  ces  lumieres:  «  Les  beautes 
invisibles  de  Dieu  se  comprennent  cl  lirement  paries 

beautes  visible?   ilcs  choses  cr s  [Rom.    i,  20  .  » 

D'oii  il  est  evident  qu'ils  n'ont  point  connu  parfai- 
temenl  celui  qu'ils  n'ont  point  aime.  Car  s'ils  I'eus- 
sent  connu  pleinement,  ils  n'auraienl  pas  ij 
cette  bonte  ineffable  qui  l'a  oblige  a  s'incarner,  a 
naiire,  et  a  niourir  pour  leur  redemption.  Enfin, 
ecoutez  ce  qui  leur  a  etc  revele  de  Dieu  :  a  Sa  puis- 
sance souveraine,  est-il  dit,  et  sa  Divinity  (Ibid.).  » 
Vous  voyez  que,  s'elevant  par  la  presomption  de 
leur  propre  esprit,  non  Je  I'Esprit  de  Dieu,  ils  out 
voulu  penetrer  ce  qu'il  y  avail  de  grand  et  de  su- 


raisonnemenls  de  la  curiosite  humaine,  mais  de- 
mande  unbaiser;  e'est-a-dire  invoque  le  Saint-Es- 
prit,  alin  que,  par  son  moyen,  elle  receive  en 
incine  ti  mps  et  le  gout  de  la  science,  et  I'assaison- 
nement  de  la  grace.  Or  e'est  avec  raison  que  la 
science  quise  domie  dans  ce  luiscr  es!  accoinpagnee 

d'amour,  car  le  baiser  est  lesyinbole   de  1'amour. 

Ainsi  la  science  qui  enfle,  etant  sans  1'ainour,  ne 
procede  point  du  baiser,  non  plus  que  le  zele  pour 
Dieu  qui  n'est  pas  selon  la  science,  parce  que  le 
li  tiser  donne  L'une  et  I'autre  de  ses  graces,  et  la 
lumiere  de  la  connaissance  et  l'onction  de  la  piete. 
Car  il  est  un  esprit  ile  sagesse  el  d'intelligence,  et, 


La  science 
qui  enfle  et 

le  7.le 

aTeugle  ne 

viemiL'iit    pas 

do  lui. 


Mime  en  luij  mais  ils  n'ont  point  compris  qu'il  Cut    comiue  1'abeille  qui  forme  la  cire  etle  miel,  il  a  en 


doux  et  humble  de  coeur.  Et  il  ne  taut  pas  sen 
etonner,  puisque  Behemoth  qui  est  leur  chef,  «  re- 
garde  tout  ce  qui  est  haut  et  eleve  (Job.  XL,  25  ,  » 
ainsi  qu'il  est  ecrit  de  lui,  sans  jamais  jeter  la  vue 
sur  les  cboses  bumbles  et  basses.  David  etail  bien 
dans  un  autre  sentiment  (Psal.  exxx,  IS),  lui  qui 
ne  se  porlait  jamais  de  lui-meme  aux  choses  gran- 
des  et  aJmirahles  qui  le  depassaient,  de  peur  que 
voulant  sonder  la  majeste  de  Dieu,  il  ne  demeurat 
ace  able  sous  le  poids  de  sa  gloire  (Prov.  xxv,  27). 

6.  Et   vous  pareillement,  mes  freres,  pour  vous 
conduire   avec  prudence   dans   la  rech  irche    des 


lui-meme  de  quoi  allumer  le  flambleau  de  la 
science  et  de  quoi  repandre  le  gout  et  les  douceurs 
de  la  grace.  Hue  celui  done  qui  entend  la  verite 
mais  ne  l'aime  point,  non  plus  que  celui  qui  l'aime 
et  ne  l'entend  point,  ne  s'imaginent  ni  l'un  ni 
I'autre  avoir  recu  ce  baiser.  Car  il  u'y  a  place  ni 
pour  l'erreur  ni  pour  la  tiedeur  dans  ce  baiser. 
C'est  pourquoi,  pour  recevoir  la  double  grace  qu'il 
communique,  l'Epouse  presente  ses  deux  levres,  je. 
veux  dire  la  lumiere  de I'intelligence  el  1'amour  de 
la  sagesse,  alin  que  dans  la  joie  qu'elle  ressentira 
d'avoir  recu  un  baiser  si  entier  et  si  parfait,  elle 
merite  d'entendre  ces   paroles    :    « La    grace   est 


Mais  la 
science  avec 
la    devotisn. 


divins   mysteres,   souvenez-vous  de  l'avis  du  Sage 

qui  vous  dit  :  «  Ne   cbercbez  point  des  cboses  qui    repandue  sur  vos  levres  ;  c'est  pourquoi  Dieu  vous 

I    vous  passent,  et  ne  tacbez  point  de  penetrer  ce  qui     a  beuie    pour  toute   l'eternite    (Psal.    xliv,    3).  » 


amaverunt.  Sic  quippe  habes  :  Deus  enim  illis  revelavit. 
Nee  adjunctum  est,  per  Spirilum  suum  :  ne  sibi  Sponsce 
osculum  raenles  impia?  usurparcnt,  qua?  contentae  ea 
qua>  inllat,  cam  quae  aediflcat  nescierunt.  Denique  ipse 
Apostolus  dicat  per  quid  COgnoverunt.  Per  ea,  inquit, 
qua?  facta  sunt,  intellecta  conspexerunt.  Unde  et  cons- 
tat, quia  nee  perfecte  COgnoverunt,  qucm  mininie  di- 
lexcrunt.  Si  enim  inlegre  cognovissent,  bonitatem  qua 
pro  eorum  redemplione  in  came  nasci  et  mori  voluit, 
non  ignorassent.  Audi  denique  quid  cis  de  Deo  revela- 
tum  fuerit  :  Sempiternu,  ait,  virtus  ejus  el  divmitas. 
Vides  quia  quod  sublimilatis,  quod  majeslalis  est  in 
pr.-e-umptione  spiritus,  non  Dei,  sed  sui  rimnti  sint  : 
quod  aiilcm  inilis  sit  et  humilis  corde,  non  inlellexcint. 
Nee  minim,  quia  et  caput  eorum  Behemoth  nihil  hu- 
mile,  sed  (>icut  de  eo  legitur)  omne  sublime  videt.  Quo 
contra  David  non  ambulabal  in  magnis,  neque  in  mira- 
bilibus  super  se,  ne  scrutator  majeslalis  opprimeretur 
a  gloria. 

6.  Vos  cjuoque,  ut  caute  in  arcanis  sensibus  pedem 
figalis,  mementote  semper  ,  quod  Sapiens  admonet  : 
Aitiora,  inquit,  le  ne  qutesieris,  et  fortiora  te  ne  scruta- 


tus  fueris.  In  spiritu  ambulate  in  illis,  el  non  in  sensu 
proprio.  Doctrina  Spiritus  nun  curiositatem  acuit,  sed 
charilalem  accendit.  Mcrilo  proinde  Sponsa,  quern  di- 
ligit  anima  sua  inquirens,  non  se  suae  carnis  sensibus 
credit,  non  curiositatis  humana>  inanibus  ratiociniis  ac- 
il  :  sed  petit  osculum,  id  est  Spirilum-Sanctum 
invocat,  per  quem  accipiaf  simul  el  scientise  gustum,  el 
imentum.  Et  bene  scientia,  quas  in  osculo 
datur,  cum  amore  recipitur  :  quia  amoris  indicium  os- 
culum est.  Scientia  ergo  quae  inllat,  cum  sine  charitate 
sit,  non  procedit  ex  osculo.  Sed  nee  qui  zclum  Dei  ha- 
benl,  et  non  secundum  scicntiam,  sibi  ullalenus  arro- 
genl  illud.  Ulrumque  enim  munus  simul  fert  osculi 
gratia,  et  agnilionis  lucem,  et  devotionis  pinguedinem. 
Est  ipiippe  Spiritus  sapiential  et  intellectus,  qui  instar 
apis  ceram  porlanlis  et  mcl,  habct  omnino  et  unde  ae- 
cendal  lumen  scientiae,  et  unde  infundat saporem  gratiaa. 
Neuter  ergo  se  osculum  percepisse  putet,  sive  qui 
veritalem  intelligit,  ncc  diligit ;  sive  qui  diligil,  nee  in- 
telligil.  Sane  in  osculo  islo  nee  error  locum  habet,  nee 
tepor.  Quamobrem  gemmae  gratia;  sacrosancti  osculi  sus- 
cipienda?  paret  e  regione  duo  labia  sua  quae  Sponsa  est 


HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


161 


Ainsi  le  Pere  en  baisant  le  Fils  lui  communique 
pleinement  et  abondamment  les  secrets  Je  sa 
divinite,  et  lui  inspire  les  douceurs  de  l'amour, 
L'Eeriture  sainte  nous  le  marque,  lorsqu'elle  dit  : 
«Lejour  decouvre  ses  secrets  aujour(Psa/.  xvm,3). » 
Or,  comme  nousl'avons  deja  dit,  il  n'est  accorde  a 
aucune  creature,  quelle  qu'elle  soit ,  d'assister  1 
ces  embrassements  eternels  et  bienheureux.  11  n'y  a 
que  le  saint  Esprit  qui  procede  de  Tun  et  de  l'autre, 
qui  soit  temoin  de  cette  connaissance  et  de  cet 
amour  mutuelset  qui  yparticipe.  «  Car,  qui  a  connu 
les  desseins  de  Dieu,  ou  qui  a  ete  son  conseil 
{Rom.  n,  34)?  » 

7.  Mais  quelqu'un  me  dira  peut-etre  :  comment 
done  avez-vous  pu  counaitre  ce  que  vous  avouez 
vous-nn'me  n'avoir  ete  confie  a  aucune  creature? 
C'est  sans  doute,  «  le  Fils  unique  qui  est  dans  le 
sein  du  Pere,  qui  vous  l'a  appris  (Joan,  l,  18).  » 
Oui,  c'est  lui  qui  l'a  appris,  non  pas  a  moi  qui  suis 
un  bomme  miserable,  absolument  indigne  d'une  si 
grande  faTenr,  mais  a  Jean,  l'ami  de  L'Epoux,  de  qui 
sont  les  paroles  que  vous  avez  alleguees,  et  non- 
seulement  a  lui,  mais  encore  a  Jean  l'Evangeliste, 
comme  au  disciple  bien-aime  de  Jesus.  Car  son 
ame  aussi  fut  agreable  a  Dieu,  bien  digne  certai- 
nement  du  nom  et  de  la  dot  d'Epouse,  digne  des 
embrassements  de  l'Epoux,  digne  enfin  de  reposer 
sur  la  poitrine  du  Seigneur.  Jean  puisa  dans  le 
sein  du  Fils  unique  de  Dieu  ce  que  lui-meme  avait 
puise  dans  le  sein  de  son  Pere.  Mais  il  n'est  pas  le 
seul  qui  ait  recu  cette  grace  singuliere;  tous  ceux 
a  qui  l'Ange  du  grand  conseil  disait :  «  Je  vous  ai 
appeles  mes  amis,  parce  que  je  vous  ai  decouvert 
tout  ce  que  j'ai  appris  de  mon  Pere  (Joan,  xv,  15),  » 
l'ont  egalement  recue.  Paul   puisa   aussi   dans  ce 


Baptists, 


sein  adorable,  lui  dont  l'Evangile  ne  vient  ni  des 
hommes  ni  par  les  homines,  mais  par  une  reve- 
lation de  Jesus-Christ  lui-meme  (Galat.  i,  12).  » 
Assurement,  tous  ces  grands  saints  peuvent  dire 
avec  autant  de  bonheur  que  de  verite  :  «  C'est  le 
Fils  unique  qui  etait  dans  le  sein  du  Pere  qui  nous 
l'a  appris  (Joan,  i,  18).  »  Mais,  en  leurfaisant  cette 
revelation,  qu'a-t-il  fait  autre  chose  que  de  leur 
donner  un  baiser?  Mais  e'etait  unbaiser  du  baiser, 
non  un  baiser  de  la  bouche.  Ecoutez  un  baiser  ce 
la  bouche  :  «  Mon  pere  et  moi  ne  sommes  qu'une 
meme  chose  (Joan,  x,  30) ;  et  encore  :  Je  suis  en 
mon  Pere,  et  mon  Pere  est  en  moi.  »  C'est  li  un 
baiser  de  la  bouche  sur  la  bouche ;  mais  personne 
n'y  a  part.  C'est  certainement  un  baiser  d'amour 
et  de  paix,  mais  cet  amour  surpasse  infiniment 
toute  science,  et  cette  paix  est  au  dessus  de  tout  ce 
qu'on  pent  imaginer.  Cependant  Dieu  a  bien 
revele  a  saint  Paul  ce  que  l'ceil  n'a  point  vu,  ce 
que  1'oreille  n'a  point  oui,  et  ce  qui  n'est  tombe 
dans  la  pensee  d'aucun  homme  ;  mais  il  le  lui  a 
revele  par  son  esprit,  e'est-a-dire  par  un  baiser  de 
sa  bouche.  Ainsi  le  Fils  est  dans  le  Pere,  et  le 
Pere  dans  le  Fils,  voila  qui  est  un  baiser  de  la  bou- 
che. Pour  ce  qui  est  de  ces  paroles  :  «  Nous 
D'avons  pas  recu  l'esprit  du  moude,  mais  l'Esprit 
qui  vient  de  Dieu,  afin  que  nous  sachions  les 
grands  dons  qu'ils  nous  a  faits  par  sa  bonte 
( 1  Cor.  u,  12),  »  c'est  un  baiser  de  sa  bouche. 

8.  Et  pour  distiuguer  encore  plus  clairement  ces 
deux  baisers :  celui  qui  recoit  la  plenitude  recoit  un 
baiser  de  la  bouche,  mais  celui  qui  ne  recoit  que  de 
la  plenitude  ne  recoit  qu'un  baiser  du  baiser.  Le 
grand  Paul  quelque  haut  qu'il  porte  sa  bouche,  et 
bien   qu'il  aille  jusqu'au  troisieme  ciel,  demeure 


intelligentiae  rationem,  sapientiaj  voluntatem,  ut  de 
pleno  osculo  glorians  mereatur  audire  :  Diffusa  est  gra- 
tia in  labiis  litis,  propterea  bencdixit  la  Deus  in  a?ter- 
num.  Itaque  Pater  Pilium  osculans ,  plenissime  illi 
arcana  suae  divinitalis  eructat ,  et  spirat  suavitatem 
amoris,  Scriptura  hoc  significante,  cum  ait  :  Dies  diei 
eructat  verbum.  Cui  sane  sempilerno  singulariterque 
beato  complexui  ,  nulli  omnino  ,  ut  jam  dictum 
est,  creaturae  interesse  donatur,  solo  utriusque  Spiritu 
teste  ac  conscio  mutuae  agnitionis  et  dilectionis.  Quis 
enim  cognovit  sensum  Domini,  ant  quis  conciliarius  ejus 
fuit  ? 

7.  Sed  dicat  mihi  fortasse  aliquis  :  Tibi  ergo  unde 
innotuit,  quod  nulli  fateris  creditum  creaturae?  Profecto 
Unigcnitus  qui  est  in  sinu  Patris,  ipse  enarravit,  dixe- 
rim,  non  mihi  misero  et  indigno,  sed  plane  Joanni  * 
amico  Sponsi,  cujus  haac  verba  sunt;  non  solum  autem, 
sed  et  Joanni  Evangelists,  utique  discipulo  quern  dili- 
gebat  Jesus.  Placita  enim  fuit  Deo  et  anima  illius,  digna 
prorsus  nomine  et  dote  sponsae,  digna  sponsi  amplexi- 
bus,  digna  denique  quae  recumberet  super  pectus  Domini. 
Hausit  Joannes  de  sinu  Unigeaiti,  quod  de  paterno 
hauserat  ille.  Nee  solus  ipse  tamen,  sed  et  omnes,  qui- 
bus  idem  aiebat  magni  consilii  Angelus  :  Vos  dixi  ami- 

T.    IV. 


Lc  baiser 

d'un  baiser 

et  le  baiser 

de  la  bouche. 


Difference  de 

ces 
deui  baisers. 


cos,  quia  omnia  qucecumque  audivi  a  Patre  meo,  nota 
feci  vobis.  Hausit  et  Paulus,  cujus  Evangelium  non  est 
ab  homine,  neque  per  hominem  illud  accepH,  sed  per 
revelalionem  Jesu-Christi.  Profecto  hi  omnes  tam  feli- 
citer,  quam  veraciter  dicere  possunt  :  Unigenitus  qui 
est  in  sinu  Patris,  ipse  enarravit  nobis.  Et  ilia  enarralio 
quid  eis  nisi  osculum  fuit?  Sed  osculum  de  osculo,  et 
non  de  ore.  Ego  et  Pater  unum  sumus  :  item,  Ego  in 
Patre,  et  Pater  in  me  est.  Osculum  est  ore  ad  os 
sumptum,  :  sed  nemo  appropiat.  Osculum  plane  dilec- 
tionis et  pacis  :  sed  dilectio  ilia  supereminet  omni 
scientiK ;  et  pax  ilia  omnem  sensum  exsuperat.  Verum- 
tamen  quod  oculus  non  vidit,  nee  auris  audivit,  nee  in 
cor  hominis  ascendit,  Paulo  revelavit  Deus  per  Spiritum 
suum,  hoc  est  per  osculum  oris  sui.  Igitur  Filium  in 
Patre,  et  Patrem  esse  in  Filio,  osculum  de  ore  est. 
Quod  autem  legitur,  Non  enim  accepimus  spiritum  hujus 
mundi,  sed  spiritum  qui  ex  Deo  est,  ut  sciamus  quce  a 
Deo  donata  sunt  nobis  ;  osculum  sane  de  osculo  est. 

8.  Et  ut  aperlius  alterutrum  distinguamus ;  qui  ple- 
nitudinem  capit,  osculum  de  ore  sumit :  qui  vero  de 
plenitudine,  osculum  de  osculo  recipit.  Magnus  quidein 
Paulus  :  sed  quantumlibet  sursum  porrigat  os,  etiamsi 
se  usque  ad  tertium  coelum  extendat,  citra  os  Altissimi 

11 


162 


Le  P£re 

n'est  connu 

parfaitement 

que 

lorsqu'il 

est 

parfaitement 

alme. 


neauraoins  au  dessous  de  la  bouche  du  Tros-Haut, 
et  doit  se  renfermer  dans  les  bornes  desa  condition. 
Comme  il  ne  pout,  atteindre  jusqu'au  visage  adora- 
ble de  la  gloire,  il  est  oblige  de  demander  humble- 
ment  que  Dieu  se  proportionne  .i  sa  faiblesse,  et 
lui  envoie  un  baiser  d'en  haut.  Mais  celui  qui  ne 
croit  point  faire  uu  larcin  en  se  rendant  egal  a  Dieu 
[Philip,  u,  6),  en  sorte  qu'il  ose  bien  dire  :  «  Mon 
Pere  et  moi  ne  sommes  qu'une  meme  cbose  [Joann. 
t,  30\,»  parce  qu'il  est  uni  a  lui  comme  a  son  egal, 
et,  l'embrasse  d'egal  a  egal,  celui-la  ne  mendie 
point  an  baiser  d'en-bas;  mais  etant  a  la  meme 
hauteur,  il  applique  saboucbe  sacree  sur  lasienne, 
et,  par  une  singuliere  prerogative,  il  prend  un  bai- 
ser sur  sa  bouche  meme.  Ce  baiser  est  done  pour 
Jesus-Christ  la  plenitude,  et  pour  Paul  la  partici- 
pation, attendu  que  Jesus-Christ  est  baise  de  la 
bouche,  et  Paul  seulement  du  baiser  de  la  bouche. 
9.  Heureux  neanmoins  ce  baiser  par  lequel,  non- 
seuleinent  on  connait,  mais  on  aime  Dieu  le  Pere, 
qui  ne  peut  etre  pleinement  connu  que  lorsqu'on 
l'aime  parfaitement.  Qui  de  vous  a  entendu  quel- 
quefois  l'Espritdu  Fils,  criant  dans  le  secret  de  sa 
conscience,  «  Pere,  Pere?  »  L'ame  qui  se  sent  ani- 
mee  du  meme  esprit  que  le  Fils,  cette  Aine,  dis-je, 
peut  se  croire  l'objet  d'une  tendresse  singuliere  du 
Pere.  Qui  que  voussoyez,  6  ame  bienheureuse,  qui 
etes  dans  cet  etat,  ayez  une  parfaite  confiance  ;  je 
le  repete  encore,  ayez  une  contiance  entiere  et  n'he- 
sitez  point.  Reconnaissez-vous,  iille  du  Pere,  dans 
l'esprit  du  Fils,  en  meme  temps  que  l'eponse  ou 
la  sceur  de  ce  meme  Fils.  On  trouve,  en  effet,  que 
celle  qui  est  telle  est  appelee  de  l'un  et  de  l'autre 
nom.  La  preuve  n'en  est  pas  difficile,  et  je  u'aurai 
pas  beaucoup  de  peine  a  vous  le  montrer.   C'est 


CEDVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

l'Epoux  qui  s'adresse  a  elle  :  «  Venez  dans  mon 
jardin,  dit-il,  ma  sceur,  mon  epouse  (Cant,  v,  1).  » 
Elle  est  sa  sceur  parce  qu'elle  a  le  meme  Pere  que 
lui.  Elle  est  son  epouse,  parce  quelle  n'a  qu'uo 
meme  esprit.  Car  si  le  manage  enamel  etablit  deux 
personnes  en  une  meme  chair,  pourquoi  le  manage 
spiritual  n'en  unira-t-il  pas  plutdt  deux  en  un 
meme  esprit  ?  Aprestout,  l'Apdlre  ne  dit-il  pas  que 
celui  qui  s'attache  a  Dieu  est  un  meme  esprit  avec 
lui.  Mais  voyez  aussi  avec  quelle  affection  et  quelle 
boute  le  Pere  la  nomme  sa  iille,  en  meme  temps 
que  la  traitant  comme  sa  bru,  il  l'invite  aux  doux 
embrassements  de  son  Fils  :  «  Ecoutez,  ma  Iille, 
ouvrez  les  yeux,  et  pretez  l'oreille,  oubhez  votre 
nation  et  la  maisoii  de  votre  pere,  et  le  Roi  conce- 
vra  de  l'amour  pour  votre  beaute  (Psal.  xuv,  11).  » 
Yoila  celui  a  qui  elle  demuide  uu  baiser.  0  ame 
sainte,  soyez  dans  un  profoud  respect,  car  il  est  le 
Seigneur  votre  Dieu,  et  peut-etre  est-il  plus  a  propos 
de  l'adorer  avec  le  Pere  et  le  Saint-Esprit,  dans  les 
siecles  des  siecles,  que  dele  baiser.  Aiusi  suit-il. 


SERMON  IX. 

Des  deux  mamellesde  I'Epoux,  e'est-a-dire,  de  Jems- 
Christ,  dunt  I  une  est  la  patience  a  allendre  la  con- 
version des  pecheurs,  lorstju'ils  se  convertissent,  el 
l'autre  la  bienveillance  ou  la  facilite  avec  lauuelle 
il  les  accucille. 

1.  Venons-en  maintenant  a  l'explication  dulivre, 
rendons  raison  des  paroles  -le  I  Epoux  et  montrons- 
en  la  suite.  Car,  n'ayant  point  de  commencement, 
elles  sont  comme  en  suspens  et  setublent  coupees 
ex  abruplo.  Aussi  est-il  bon,  avant  tout,  Ue  faire  voir 
a  quoi  elles  se  rapportent.    Supposons   done    que 


•  a/,  osore 
coDtingit. 


tamen  necesse  est  ut  remaneat,  et  modo  suo  contentus, 
in  se  subsistat :  et  cum  pertingere  ad  vultuui  gloriae  non 
valebit,  condescendi  sibi,  et  ex  alto  transmitti  osculum 
huniihter  petal.  Qui  vero  non  rapinam  arbitratur  esse 
se  aequaleni  Deo,  ita  ut  audeat  dicere,  Ego  et  Pater 
unum  sumus ;  quia  ex  aequo  conjungitur,  ex  aequo 
complectilur,  non  osculum  de  loco  inferiori  mendicat, 
sed  pari  celsitudine  os  *  ori  conjungit,  et  singular!  prae- 
rogaiiva  osculum  de  ore  sumit.  Christo  igitur  osculum 
est  pleuitudo,  Paulo  participatio  :  ut  cum  ille  de  ore, 
iste  tantum  de  osculo  osculatum  se  glorietur. 

9.  Felix  tamen  osculum,  per  quod  non  solum  agno- 
scitur  Deus,  sed  et  diligitur  Pater  :  qui  nequaquam 
plene  cognoscitur,  nisi  cum  perfecte  diligitur.  Quae  in 
vobis  anima  sensit  aliquaudo  in  secreto  conscientiae  suae 
Spiritum  Filii  clamautem,  Abba,  pater  ?  Ipsa,  ipsa, 
paterno  se  diligipraesumataffectu,  qua;  eodem  se  spirita, 
quo  et  Filius,  atlectara  sentiL  Confide,  quan-uuique  es 
ilia,  confide  nihil  haesitans.  In  spiritu  Filii  filiani  co- 
gnosce te  Patris,  sponsam  Filii  vel  sororem.  Utroque 
vocabulo  earn,  quae  hujusmodi  est,  invenies  appellari. 
Ad  manum  est  unde  id  probem  :  non  multum  laborabo. 
Vox  Sponsi  est  ad  ipsam :  Veni  in  horhtrn  tneum,  soror 


mea  sponsa.  Soror  siquidem  est,  quia  ex  uno  Patre  : 
sponsa,  quia  in  uno  Spiritu.  Nam  si  carnale  matrimo- 
nium  constiluit  duos  incarne  una,  cur  non  magis  spiri- 
tualis  copula  duos  conjunget  in  uno  spiritu  ?  Denique 
qui  adhceret  Domiue,  unus  spiritus  est.  Sed  audi  etiam 
de  Patre,  quam  amanter  quamque  dignanter  et  filiam 
earn  nominal,  et  niuilominus  tamquam  nurum  propiiam 
ad  Filii  blaiidos  invitat  amplexus.  Audi,  iuquit,  (ilia,  et 
vide,  et  inclina  aurem  tuam  ;  el  obliviscere  populum 
tuum  et  domum  patris  tui,  et  concupiscet  Rex  decorem 
tuum.  Ecce  a  quo  ista  llagitat  osculum.  0  sancta  anima, 
reverentiam  babe,  quoniam  ipse  est  Dominus  Deus  tuus, 
et  fortasse  non  osculandus,  sed  adorandus  cum  Patre  et 
Spiritu-sancto  in  saecula  saeculorum.  Amen. 

SERMO    IX. 
De  uberibus  sponsi,  id    est  Christi,  quorum    unum    est 
longanimitas  exspectandi  peccalores  :   allerum  beni- 
gnitus  seu  facilitus  eos  recipiendi. 

t.  Accedamusjam  ad  librum,  verbisque  Sponsae  ratio- 
nem  demus  et  consequentiam.  Pendent  enim,  et  prae- 
rupta  nutant  absque  principio.  Ideoque  praemittendum 
cui    competenter  cohaereant.   Ponamus   proinde    istos, 


Suite  du 
teite. 


NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


163 


ceux  que  nous  avons  appeles  les  compagnons  de 
l'Epoux,  se  sont  approches  de  l'Epouse  ;  comme  la 
veille  et  l'avant-veille,  pour  la  voir  et  la  saluerjilsla 
trouvent  plongee  dans  la  trislesse  et  lui  entendent 
pousser  des  soupirs;  surpris  de  cela,  ils  lui  tiennenta 
peu  pres  ce  langage  :  Qu'est-il  arrive  de  nouveau? 
Pourquoi  etes-vous  plus  triste  qu'a  l'ordinaire  ? 
Quelle  est  la  cause  de  ees  plaintes  si  peu  attendues? 
Eorsque,  apres  vous  etre  detournee  du  bun  chemin 
pour  suivre  vos  amans,  vous  vous  etes  vue,  entin, 
obligee  par  leurs  mauvais  traitements  de  retourner 
a  votre  mari,  ne  l'avez-vous  pas  presse  avec  beau- 
coup  de  prieres  et  de  lannes  de  vous  permettre  seu- 
lement  de  toucber  ses  pieds  ?  Je  m'en  souviens 
bien,  dit-elle.  Eh  quoi,  apres  avoir  obtenu  cette 
grace,  continuent-ils,  et  recu  le  pardon  de  vos 
offenses,  quand  vous  lui  avez  baise  les  pieds,  ne 
vous  etes-vous  pas  impatientee  de  nouveau  ;  peu 
satisfaite  d'une  faveur  si  insigne  ,  n'en  avez-vous 
point  desire  une  plus  grande,  n'avez-vous  pas 
demande  avec  la  meme  instance  qu'auparavant, 
et  obtenu  une  seconde  grace,  et  dans  le  baiser  de 
la  main  qui  vous  a  ete  accord^,  n'avez-vous  point 
acquis  des  vertus  aussi  considerables  que  nom- 
breuses?  J'en  conviens,  dit-elle;  mais  eux  poursui- 
vant :  Ne  faisiez-vous  meme  pas  le  sermeut,  disent- 
ils,  et  ne  protestiez-vous point  que  si  jamais  il  vous 
accordait  de  baiser  sa  main,  cela  vous  suftirait,  et 
que  vous  ne  demanderiez  jamais  autre  cbose  ?  11 
estvrai.  Quoi  done  ?  Vous  a-t-on  rien  ote  de  ce 
que  vous  avez  recu  ?  Non,  rien.  Est-ce  que  vous 
craignez  que  Ton  revienne  sur  le  pardon  des  dere- 

glements  de  votre  premiere  vie  ?  Nullement. 
Ariieur  et  ~    1VI  .  , 

impatiencede      -•  Uiles-nous  done   par  quel  moyen  nous  vous 

raiuour.     pourrons  satisfaire.  Je  ne  serai  eontente,    dit-elle, 


que  s'il  me  baise  d'un  baiser  de  sa  bouche.  Je  le 
remercie  du  baiser  des  pieds,  je  lui  rends  graces  de 
celui  de  sa  main ;  mais  s'il  m'aime  ;  «  qu'il  me 
baise  du  baiser  de  sa  bouche.  »  Je  lis  suis  pas  in- 
grate,  j'aime.  J'ai  recu,  je  l'avoue,  des  faveurs  qui 
sont  beaucoup  au  dessus  de  mes  merites,  mais  ils 
sont  au  dessous  de  mes  souhaits.  Je  suis  emportee 
par  mes  desirs,  ce  n'est  pas  la  raison  qui  me  guide. 
N'accusez  pas,  je  vous  prie,  de  temerite,  ce  qui  n'est 
que  l'effet  d'un  ardent  amour.  La  pudeur,  a  la  verite, 
se  recrie,  mais  l'amour  fait  taire  toute  pudeur. 
Je  n'ignore  pas  que  l'honneur  qu'on  rend  au  roi  doit 
etre  accompagne  de  jugement,  selon  la  parole  du 
Prophete  (Psal.  xcviu,  U) ;  mais  un  violent  amour 
ne  sait  point  ce  que  e'est  que  le  jugement,  il  n'e- 
coute  point  les  conseils,  il  n'est  point  retenu  par  la 
honte  et  n'obeit  point  a  la  raison.  Je  Ten  prie,  je 
Ten  supplie,  je  Ten  conjure,  «  qu'il  me  baise  du 
baiser  de  sa  bouche.  »  Voila  deja  plusieurs  annees 
que,  par  sa  grace,  j'ai  soin  de  vivre  dans  la  charity 
et  la  sobriete.  Je  m'applique  a  la  lecture,  je  r6siste 
aux  vices,  je  m'adonne  souvent  al'oraison,  je  veille 
contre  les  tentations,  et  je  repasse  dans  l'amertume 
de  mon  ame  les  annees  de  ma  vie  qui  se  sont  ecou- 
lees.  Je  pense  que  ma  conduite  est  sans  reproche 
parmi  mes  freres,  au  moins  autant  qu'il  est  en  moi. 
Je  suis  sou  mis  a  mes  superieurs,  sortant  de  la  mai- 
son  et  y  retournant  par  l'ordre  du  plus  aneien.  Je 
ne  desire  point  le  bien  d'autrui,  au  contraire,  j'ai' 
donne  le  mien,  et  me  suis  aussi  donne  moi-meme . 
Je  mange  mon  pain  a  la  sueur  de  mon  visage . 
Mais  je  fais  tous  ces  exerciees  par  habitude,  sans  y 
sentir  aucune  douceur.  Que  suis-je  autre  chose, 
pour  emprunter  le  langage  du  Prophete,  que  «  la 
Genisse  d'Ephraim,  qui  est  instruite  et  dressee  a 


quos  Sponsi  solades  diximus,  visilandi  salutandique  gra- 
tia, sicut  heri  et  nudiustertius,  accessisse  nunc  quoque 
ad  Sponsam ;  ipsamque  submurmurantem  et  tiedentem 
reperisse  :  mirari  causam,  et  casi  alloqui  in  hunc  mo- 
dum.  Quid  novi  accidit  ?  quid  (e  cernimus  solito  tris- 
tiorem  ?  quae  inopinati  murmuris  causa  ?  Certe  cum 
aversa  et  alicnata  ires  post  amatores  tuos,  cum  quibus 
male  erat  tibi,  compulsa  tandem  reverti  ad  virum  tuura 
priorem,  nonne  ut  saltern  merereris  langere  pedes, 
mullis  precibus  et  (letibus  institisti  ?  Recolo,  inquit. 
Quid  ?  Obtento  eo,  simulque  accepta  in  osculo  pedum 
indulgenlia  de  offensis,  numquid  non  rursus  facta  impa- 
tiens,  et  tanta  nequaquam  dignatione  contenta,  sed 
majoris  familiaritalis  cupida,  secundam  quoque  graliam 
eadem  qua  prius  instantia  postulasti,  et  impetrasti,  ;ta 
ut  in  osculo  manus  adepta  sis  virtutes  non  paucas,  et 
non  parvas?  Non  difliteor,  ait.  Et  illi  :  Enimvero  num 
tu  es  qua?  jurare  et  obtestari  solebas,  si  unquam  ad  os- 
culum  manus  pervenire  daretur,  suflicere  jam  tibi ;  nil 
te  de  caelero  petituram?  Ego.  Quid  igitur?  Forte  rio- 
rum quae  acceperas  quippiam  ablatum  causaberis?  Nihil. 
An  vero  times  repetitum  iri ,  quod  tibi  de  mala 
tua  pristina  conversatione  indultum  prcTsumpseras?  Non. 
2.  Age  tamen,  die  unde  queamus  satisfacere  tibi.  Non 


Exercice 

d'une  ame 

pieuse. 


Pieux  gemi». 

sementa 

d'une  ame 

aride. 


quiesco,  ait,  nisi  osculetur  me  osculo  oris  sui.  Gratias 
de  osculo  pedum,  gratias  et  de  manus  :  sed  si  cura  est 
illi  ulla  de  me,  Osculetur  me  osculo  oris  sui.  Non  sum 
ingrala,  sed  ajgQ.  Accepi,  fateor,  meritis  potiora,  sed 
prorsus  inferiora  votis.  Desiderio  feror,  non  ratione. 
Ne  quieso  causemini  prassumptionem,  ubi  affectio  ur- 
get.  Pudor  sane  reclamat  :  sed  superat  amor.  Nee 
ignore,  quod  honor  regis  judicium  diligit  :  sed  praeceps 
amor  n.ic  judicium  prrestolatur,  nee  concilio  tempera- 
tur,  nee  pudore  frenatur,  nee  rationi  subjicitur.  Rogo 
supplico,  tlagito,  Osculetur  me  osculo  oris  sui.  En  gratia 
ipsius  multis  jam  annis  caste  sobrieque  vivere  euro,  lec- 
tioni  insisto,  resisto  vitiis,  orationi  incumbo  frequenter  , 
vigilo  contra  tentationes,  recogito  annos  meos  in  aman- 
tudine  animae  meae.  Sine  querela  me  arbitror,  quantum 
in  me  est,  conversari  inter  fratres  ;  superiorihus  potesta- 
tibus  subdita  sum,  egrediens  et  regrediens  ad  imperium 
senioris.  Aliena  non  cupio  :  mea  potius  et  me  pariter 
dedi.  In  sudore  vultus  mei  comedo  panem  meum  :  cae- 
terum  quod  in  his  omnibus  est,  totum  constat  de  con- 
suetudine,  de  dulcedine  nihil.  Quid  nisi,  juxta  Prophe- 
tam,  viiu/a  Ephraim  sum,  docta  diliyere  trituram  ? 
Denique  in  Evangelio  qui  hoc  solum  quod  facere  debet, 
facit,  servus  inutilis  reputatur.  Mandata  forsan  utunc- 


vJU 


164 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


aimer  le  travail  de  la  moulure  (Osce.  x,  11)  ?  »  D'ail-    votre  grandeur  durant  tout  le  jour  (Pml.  lxx,  8 

tears,  l'Evangile  ne  dit-il  pas  que  celui  qui  no  fait    et  enfin,  lorsqu'il  eut  goule  cette  douceur  gftlaste 

que  cequ'il  doit  faire, « est  un  serviteui  inutile  (Luc. 

xvu,  10)  ?  »  Peut-etre  accomplis-je  les  oommande- 

ments  le  inoins  mal  que  je  puis,   niais   mon   ante 

dans  tous  cos  exercices,  ne  laisse  pas  d'etre  comrac 

une  terra  sans  eau.  Pour  que  mou  holocauste  soit 


il  la  repandit  au  dehors  par  ces  paroles  :  «  Sei- 
gneur, que  vos  douceurs  sont  grandes  et  incll'a- 
bles,  et  aveo  quelle  bonte  les  gardez-vous  pour  ccux 
qui  vous  eraignentfjPsai.  xxx,  20).  »  Nous  nous 
sommes  assez  arretes  sur  ce  baiser,  mais  pour  dire 


Lcs  disciples 

de   saint 
Bernard   fai- 
saient 
Jos  memes 
plainte?. 


nh  ipiri* 

talis. 


parfaitj  «  qu'il  me  baise  d'un  baiser  de  sa  bouche.»  la  verite,  il  me  semble  que  je  n'eii  at  pas  encore 

3.  Je  me  souviens   que  la   plupart  de  vous  out  parte  assez  digDement.  Mais  passons  au  reste.   Car 

coutunie  aussi  dans  leurs  confessions  privees   ",  de  ces  cboses  se  connaisscnt .  miettx  par   l'impression 

se  plaindre  a  moi  de  ces  langueurs  et  de  ces  seche-  qu'elles  font,  que  par  l'expression  qui  lcs  rend, 
resses  de  I'ame,  et  d'une  sortede  stupidite  et  d'ap-        4.  11  y  a  ensuite  :  «  Parce  que  vos  mamelles  sont 

pesantissement,  qui  les  rend  incapables  de  penetrer  plus  excellentes  que  le  vin,  et  repandent  l'odeur 

lcs  cboses  subiiles  et  elevees,  et  qui  fait   qu'ils   ne  des  plus  doux parfums  [Cant.i,  1).  »  l/auteur   ne 

goutent  point  ou  qu'ils  goiitent  peu  la  douceur   de  dit  point  de  qui  sont  ces  paroles,  nous  laissant   a 

l'Esprit-Saint.  Apresquoi  soupirent  ces  ames,  sinon  penser  a  qui  dies  convieniient  le  mieux.  Pourmoi, 

apres  un  baiser  ?  Oui,  elles  soupirent  apres  l'esprit  j'ai  des  raisons  pour  les  attribuer,  si  on  veut,  a  1 


de  sagesse  et  d'intelligence,  d'intelligence  pour 
compreudre  ce  qu'elles  n'entendcnt  pas,  et  de  sa- 
gesse pour  gouter  ce  qu'elles  out  compris.  C'est  je 
crois,  dans  celte  disposition  qu'etait  le  Prophete, 
quand  il  adressait  cette  priere  a  Dieu  :  «  Que  mon 
Sine  soit  comblee  de  plaisir,  comme  si  elle  eta  it 
rassasiee  des  viandes  les  plus  delicieuses,  et  ma 
boucbe  temoignera  sa  joie  par  des  hymnes  de 
louanges  (Psal.  lxii,  6).  »  11  demandait  certaine- 
ment  un  baiser,  et  un  baiser  qui,  apres  avoir  re- 
pandu  sur  ses  levres  l'onction  d'une  grace  singu- 
liere,  fut  suivi  de  l'ellet  qu'il  demandait  dans  une 
autre  priere,  en  disant  :  «  Que  rnabouche  soit  rem- 
pbe  de  louanges,  atin  que  je  cbante  votre  gloire  et 

aLes  religieux  de  saint  Bernard,  avaient,  eneffet,  coutume  de 
lui  rc\eler  leurs  negligences,  comme  notre  Saint  les  appelle,  dans 
son  premier  sermon  pour  le  jour  de  la  Circoncion  n.  5.  Us  le 
faisaient  dans  leurs  confessions  privees.  Guy,  cinquieme  prieur 
des  Cnaitreui,  donne  ce  nom  aux  confessions  qui  se  faisaient 
dans  des  cellules  particulieres  ;  il  appelait  confessions  communes 
celtes  qui  se  faisaient  le  samedi,  mais  en  particulier.  Voir  le  li- 
Tre  I,  de  la  Vie  de    saint   Bernard  n.    28. 


E- 

pouse,  ou  it  l'Epoux,  ou  mime  aux  compagnons  de 
l'Epoux.  Je  vais  d'abord  vous  montrer  comment  el- 
les pcuvent  convenir  a  l'Epouse.  Lorsqu'elles'entee- 

tenait  avec  les  amis  de  l'Epoux,  celui  dont  ils  par- 
laient  arrive,  car  il  s'approche  volontiets  de  ccux 
qui  parlent  de  lui,  c'est  son  habitude.  C'est  ainsi 
qu'il  se  joignit  a  ces  deux  disciples  qui  allaient  a 
Emmaiis  (Luc.  xxiv,  15),  et  qui  discouraientde  lui, 
le  long  du  chemin,  et  il  fut  pour  eux  un  compa- 
gnon  aussi  agreable  qu'utile.  Ce  qui  se  rapporte  a 
la  promesse  qu'il  fait  dans  l'Evangile,  lorsqu'il  dit : 
«  Quand  deux  ou  trots  personnes  sont  assemblies 
en  mon  nom,  je  suis  au  milieu  d'elles  (Matth.  xvu, 
20) ;  »  et  par  le  Prophete,  «  avant  qu'ils  orient  vers 
moi,  je  les  examinerai,  ils  parleront  encore,  que  je 
dirai  me  void  (Isa.  lxv,  24).  »  De  meme,  en  cette  cir- 
constance.bien  qu'il  ne  soit  pointappele  il  se  presente, 
et,  cbarme  de  ce  qu'il  entend,  il  previent  les  prie- 
res  qui  lui  sont  adressees.  Je  pense  meme  que 
quelquefois,  sans  attendre  les  paroles,  il  vient  aux 
seules  pensees.  C'est  ce  que  disait  celui  qui  a  ete 


Dieu  previent 

les 

prieres  des 

ames 

pieuses. 


que  adimpleo  :  sed  anima  mea  siout  lerra  sine  aqua  in 
illis.  Ut  igitur  holocaustum  mount  pingue  liat,  Oscuktur 
me,  quaeso,  osculo  oris  sui. 

3.  Plerique  vestrunt  mibi  quoque  (ut  memiui)  in  pri- 
valis  confessionibus  suis  conqueri  solent  super  hujus- 
ceinodi  animi  arentia  languoro  ulque  hebetudine  stolidse 
iuenlis,  quod  Dei  scilicet  alta  atque  sublilia  penetrare 
nequeu.nl,  quod  de  suavitale  spiritus  aut  nil,  aut  parum 
aentiant.  (Juid  isti,  nisi  ad  oscultnn  suspirant  ?  Suspi- 
rant  plane,  ct  inhiant  spiritui  sapiential  et  inlellectus  : 
intellectus  utique  quo  perlingant ;  sapientiae,  qua  gustent 
quod  intellect!!  apprebenderint.  Ego  in  hoc  ipso  affectu 
sanctum  puto  orassc  Propbetam,  cum,  diceret  :  Sicut 
adipe  el  pinguedine  repleatur  anima  mea,  et  labiis  exsul- 
talionis  laudabit  os  meum.  Osculum  oinnino  pelebat,  et 
illud  osculum,  in  cujus  lactu  pcrl'usis  labiia  pinguedine 
gratia;  specialis  ",  sequerelur  quod  alibi  idem  ipse  prc- 
catur  :  Repleatur  os  meum  laude,  ut  cantem  gloriam 
tuam,  lota  die  magnitudinem  tuam.  Dcnique  et  cructa- 
vit  ubi  gustavit ;  Quam  magna  muttUuUo  dukedinis  tuar, 


Domine,  quam  abscond  hit  timentibus  le!  Salis  hoc  os- 
culum dclinuit  nos,  et  nccdum  mo  illud  (ut  verum  fa- 
toar)  digno  salis  expressisse  confido.  Sod  transeamus  ad 
roliqua  :  quia  id  melius  impressum,  quam  oxpreasum  in- 
nolescit. 

4.  Sequitur  :  Quia  meliora  sunt  libera  iua  vino,  fra- 
grantia  unguentis  optimis.  Et  luec  verba  cujus  Bint, 
auctor  non  loquitur,  rclinqucns  nobis  libcrc  commenlari, 
cui  potissimum  personaj  convcuiunl.  Mibi  voro  non 
deest,  undo  ilia  congruontur  assignem  she  Sponsos,  sive 
Sponso  sive  etiam  Sponsi  sodalibus.  primuin  sponsaaEt 
qualitcr  congruant ,  iudicabo.  Interim  conlabul  inlibus 
ilia  pariter  atque  illis,  acoessit  ipse,  do  quo  sermo  erat. 
Utique  libens  appropiat  de  se  loquonlibus.  Sio  solot. 
Sic  eunlibus  in  Emmaus,  et  conl'erontibtts  inter  se,  ju- 
cundum  so  facundumquc  exhibuit  comitem.  Nempe  boc 
est  quod  in  Evangolio  pollicelur  :  Ubi  duo  vel  tres  con- 
gregati  fuerint  in  nomine  meo,  ego  sum  in  medio 
corum.  et  per  Propbetam  :  Antequam,  ait,  clament,  ego 
exaudiam  ;  et  adhue  loquentibus   i/lis  dicam,   Ecce  ad- 


NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


165 


trouve  selon  le  coeur  de  Dieu  :  «  Le  Seigneur  a 
exauce  le  desir  des  pauvres  ;  vos  oreilles,  6  mon 
Dieu,  ont  entendu  la  preparation  de  leur  cceur 
(Psal.  is,  17).  »  Vous  done,  ines  freres,  faites  aussi 
attention  a  vous,  en  quel  que  lieu  que  ce  soit, 
sachant  que  Dieu  connait  tout  ce  qui  vous  con- 
cerne,  lui  qui  sonde  les  ceeurs  et  les  reins,  et  qui, 
vous  ayant  formes  chacun  en  particulier,  connait 
toutes  vos  actions.  L'Epouse  done,  seutant  que  l'E- 
poux est  present,  s'arrete.  Elle  a  lionte  de  la  pre- 
sumption en  laquelle  elle  se  voit  surprise.  Car  elle 
avait  cru  temoigner  plus  de  retenue,  en  le  lui  fai- 
sant  savoir  par  d'autres.  Ainsi,  se  tournaut  vers  lui 
sur  le  champ,  elle  tache  d'excuser  la  temerite,  au- 
tant  qu'elle  peut  :  «  Parce  que,  dit-elle,  vos  mamel- 
les  sont  meilleures  que  le  vin,  et  exhalent  l'odeur 
des  plus  excellents  parfums.  »  Comme  si  elle  disait  : 
Si  je  parais  m'elever  trop  haut,  e'est  vous  meme  mon 
cpoux  qui  en  etes  la  cause,  car  pom-  la  bonte  que 
vous  avez  eue  de  me  nourrir  du  lait  si  doux  de  vos 
mamelles,  vous  me  faites  oublier  toute  crainte,  non 
pas  que  je  sois  temeraire,  mais  parce  que  je  vous 
aime  a  l'exces  :  voila  pourquoi  je  fais  peut-etre, 
plus  qu'il  ne  me  serait  avantageux  ;  et  cette  con- 
fiance  vient  de  ce  que  je  me  souviens  de  votre 
bonte,  sans  me  souvenir  en  meme  tem;is  de  votre 
majeste.  Ce  que  je  dis  la,  e'est  pour  faire  voir  la 
suite  des  paroles  du  Cantiqne. 
Les  mamelles  5.  Voyons  maintenant  pourquoi  elle  loue  les  ma- 
sont  laloTa-  me^es  de  l'Epoux.  Les  deux  mamelles  de  l'Epoux, 
Dimite  sont  les  deux  marques  de  la  bonte  naturelle,  qui 
lui  fait  souffrir  avec  patience  les  pecheurs,  et  rece- 
voir  avec  clemence  les  penitents.  Une  double  dou- 
ceur, dis-je,  s'eleve  comme  deux  mamelles  sur  la 


et  la  bonte. 


poitrine  du  Seigneur  Jesus.  La  «  patience  k  atten- 
dre,  et  la  facilite  a  pardonner.  »  Ce  n'est  pas  moi 
qui  le  dis  ;  on  lit,  en  effet,  ces  paroles  dans  l'Ecri- 
ture  :  «  Est-ce  que  vous  meprisez  les  richesses  de 
sa  bonte,  de  sa  patience,  et  de  sa  longanimity 
(Rom.  n,  4)?  »  et  encore  :  «  Ne  savez-vous  pas  que 
la  bonte  de  Dieu  vous  invite  a  faire  penitence  ?  » 
En  effet,  il  ne  suspend  si  longtemps  les  effets  de  sa 
vengeance  contre  ceux  qui  le  meprisent,  qu'afin  de 
leur  accorder  la  grace  du  pardon,  lorsqu'ils  se 
convertiront  a  lui.  Car  il  ne  veut  pas  la  mort  du 
pecheur,  mais  qu'il  se  convertisse  et  qu'il  vive. 
Donnons  aussi  des  exemples  de  l'autre  mamelle, 
qui  est  la  «  facilite  a  pardonner.  »  C'est  d'elle  que 
nous  lisons  :  «  Du  moment  que  le  pecheur  gemira, 
son  peche lui  sera  remis  (P$al.i.v,  7).  »  Et  ailleurs: 
«  Quel'impie  quitte  la  voie  oil  il  marche,  et  l'homme 
injuste,  ses  pensees  criminelles,  qu'il  retourne  au 
Seigneur,  et  il  aura  pitie  de  lui,  qu'il  revienne  a 
notre  Dieu,  car  son  indulgence  est  extreme.  »  Da- 
vid comprend  fort  bien  ces  deux  choses  quand  il 
dit  :  « II  est  tres-patient  et  tres-misericordieux(P,sa/. 
cu,  8).  »  C'est  done,  parce  que  I'Epouse  avait  eprouve 
cette  double  bonte,  qu'elle  confesse  qu'elle  s'est  en- 
bardie  jusques  a  oser  demander  un  baiser.  Quel 
sujet  dit-elle,  y  a-t-il  de  s'etonner,  mon  cher 
Epoux,  si  je  presume  tant  de  votre  bonte,  apres 
que  j'ai  goute  tant  de  douceurs  dans  vos  mamelles  ?. 
C'est  done  la  douceur  de  vos  mamelles,  non  la  con- 
fiance  que  j'ai  en  mes  propres  merit es,  qui  me 
donne  de  la  hardiesse. 

6.  Et  quant  a  ce  qu'elle  dit  :  «  Vos  mamelles  sont li  8r Jce  <»» 
meilleures  que  le  vin  »  ;  e'est-a-dire  l'onction  de  la      que  les 
grace  qui  coule  de  vos  mamelles  est  plus  efficace    rePr0che3- 


sum.  Ita  ergo  nunc  non  vocatus  affuit,  et  delectatus 
verbis  praevenit  preces.  Arbitror  quod  interdum  nee 
verba  exspetat,  sed  solis  cogitationibus  advocetur.  De- 
nique  ait  homo  qui  inventus  est  secundum  cor  Dei  : 
Desiderium  pauperum  exaudivit  Dominus,  pr&paratio- 
nem  cordis  eorum  audivit  auris  tua.  Attendite  et  vos 
vobis  in  onini  loco,  scientes  quoniam  omnia  vestra 
norit,  scrutans  corda  et  renes  Deus,  qui  finxit  singilla- 
tim  corda  vestra,  et  intelligit  omnia  opera  vestra.  Sponsa 
ergoSponsum  adesse  persentiens,  substitit.  (Pudet  eniin 
praefumptionis  in  qua  se  deprebensam  intelligit.  Nam 
verecundius  id  moliri  per  inlernuntios  existimarat) 
moxque  conversa  ad  ipsum,  temeritatem,  prout  valet 
excusare  conatur  :  Quia  meliora  sunt,  inquiens,  ubera 
tua  i:ina,  fragantia  unguentis  opiimis.  Acsi  dicat  :  Si 
altum  sapere  videor,  tu  fecisli,  o  Sponse,  qui  in  dulce- 
dine  uberum  tuorum  tanta  me  dignalione  lactasti,  qua- 
tenus  omni  metu,  tui  charitate,  non  mea  temeritate 
depulso,  audeam  plus  forte  quam  expediat.  Audeo  sane 
pietatis  memor,  immemor  majestatis.  Ilaec  pro  verbo- 
rum  consequentia  dicta  sint. 

5.  Nunc  qualis  sit  ista  uberum  Sponsi  commendatio, 
videamus.  Duo  Sponsi  ubera,  duo  in  ipso  sunt  ingenitee 
mansuetudinis  argumenta,  quod  et  patienter  exspectat 
delinquentem,  et  clementer  recipitpoenitcntem.  Geminai 


inquam,  dulcedo  suavitatis  exuberat  in  pectore  Domini 
Domini  Jesu,  longanimitas  videlicet  in  exspectando,  et 
in  donando  facilitas.  Et  audi  quia  non  sit  hoc  inventum 
meum,  Legis  profecto  de  longanimitate  :  Andivitias  bo- 
nitatis  ejus,  et  patienti&,  et  tonganimitatis  contenmis  ? 
item,  An  ignoras  quia  benigniias  Dei  ad  p&niteniiam 
te  adducit  ?  Ad  hoc  siquidem  diu  suspendit  sententiam 
ultionis  a  contemnente,  ut  quandoque  exhibeat  gratiam 
remissionis  in  pcenitente.  Non  enim  vult  mortem  pecca- 
toris,  sed  ut  conservalur,  et  vivat.  Ponamus  exempla  et 
de  altero  ubere,  quod  dictum  est  remittendi  facilitas. 
Legis  et  de  ipsa  :  Quacumque hora  ingemuerit  peccator 
peccatum  suurn  remittetur  ei.  Legis,  Derelinquat  impius 
mow!  suaru,  et  vir  iniquus  cogitaliones  suas,  et  revertatur 
ai  Dominion,  et  miserebitur  ejus  ;  et  ad  Deum  nostrum, 
quoniam  multus  est  ad  ignoscendum.  Pulchre  David 
paucis  comprehendit  utrumque,  dicens  :  Longanimis,  et, 
mullum  misericors.  Hujus  ergo  geruinEe  bonitatis  expe- 
rimento  in  earn  se  fiduciam  excrevisse  fateturSponsa,  ut 
auderet  petere  osculum.  Quid  mirum,  dicens,  si  sic 
praesumo  de  te,  Sponse,  qua?  de  tuis  uberibus  tantam 
sum  experla  abundantiam  suavitatis  '?  Ergo  ad  auden- 
dum  me  provocat  dulcedo  uberum  tuorum,  non  nieo- 
rum  confidentia  meritorum. 
6,  Quod  autem  elicit,  Meliora  sunt  ubera  tua  vino,  hoc 


166 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


sur  moi  pom-  mon    avancement  spirituel,  que  les 

plus   severes   reprimandes  de  mes  superieurs.  Et 

non-seulemenl   eDes  sont  meiileures  que  le  vin , 

mais  «  dies  out  l'odeur  ties  plus   excellents  par- 

funis  ;  »  parce   que,  non    content  de   nourrir  ceux 

qui  sont  presents,  du  lait  d'une  douceur  interieure, 

TOUS  repandei   encore  sur   ceux  qui  sont  absents( 

l'odeur  agreable   d'une  bonne   reputation,  et  vous 

recevez  ainsi  un  bon  temoignage  taut  de  ceux  qui 

sont  au  dedans,    que  de   ceux  qui  sont  au  dehors. 

Vous  avez,  dis-je,  du  lait  an  dedans,  et  desparfums 

au  dehors,  car   il   n'y    aurait  personne  que   vims 

pussiez  nourrir  de  lait  si  vous  ne  l'attiriez  d'abord 

par  l'odeur  que  vous  repandez.  Nous  examinerons 

dans  la  suite  si  ces  parfums  ont  quelque  chose  qui 

soit  digne  d'etre  considere,    lorsque  nous  serons 

arrive  au  lieu  oil  l'Epouse  dit  :  «  Nous  courons  dans 

l'odeur  de  vos  parfums  [Cant.  l,  3).  »    Maintenant 

voyons,  ainsi  que  je  vous  l'ai  promis,  si  ces  paroles 

que  nous  avons  attributes  a  l'Epouse,   convieunent 

aussi  a  l'Epoux. 

7.  L'Epouse  parlait  de   l'Epoux;   il  se  presente 

tout-a-coup,  conime  j'ai  dit,  ilexauce  ses  vceux,  lui 

donne  un  baiser,  et   accomplit  en  elle  ces  paroles 

du  Prophete  :  «  Vous  lui  avez  accorde  les  desirs  de 

son  coeur,  et  ne  l'avez  pas  prive  de  ce  que  ses  levres 

Les  mamelles  demandaient  (Psal.  x,  3).  »  Ce  qu'ilfait  voir  par  ses 

de  I'ipoate.  mamelles  qui  sont   remplies  de  lait.    Car    ce  saint 

baiser    a  une   si   grande    vertu,    qu'aussitot    que 

l'Epouse  l'a  recti  elle  concoit,  et  ses  mamelles  s'en- 

flent  et   grossissent,   comme   en  temoignage  de 

Souvent  les   l'effet  qu'il  a  produit.    Ceux  qui  ont  le  gout  de  la 

*comiacncentS  VTi^Te  frequente  ont  eprouve  ce  que  je  dis.  Souvent 

parse       nous  approchons  de  l'autel.  et  commencons  a  faire 
seotir  tiedes         .      IL  . 

oraison  avec  un  cceur   tiede  et  ande.    Mais  lorsque 


nous  persistans,  la  grace  sc  repand  soudainement 
en  nous,  notre  ame  s'engraisse,  pour  ainsi  dire,  il 
se  fail  dans  notre  cceur  comme  une  inondatiou  tie 
p'ete,  et  si  on  vient  a  le  presser,  il  ne  manque  pas 
de  verser  avec  abondance  le  lait  tie  la  douceur 
ineffable  qu'il  a  concue  spirituellement.  L'Epoux 
parle  done  ainsi  :  Vous  avez,  mon  Epouse,  ce  que 
vous  dumandiez,  etuue  marque  que  vous  l'avez,  e'est 
que  vos  mamelles  sont  devenues  plus  excellentes 
que  le  vin.  Une  preuve  certaine  que  vous  avez 
recu  un  baiser,  e'est  que  vous  sentez  que  vous  avez 
concu.  C'est  ce  qui  fait  que  vos  mamelles  se  gon- 
llent  tl'un  lait  abundant,  et  meilleur  que  le  vin  de 
la  science  seculiere,  qui  eniyre  veritablement,  mais 
de  curiosite  non  pas  de  charite,  qui  eniplit  et  ne 
nourrit  point,  qui  enlle  et  n'ediOe  point,  qui  grise 
et  ne  fortifie  point. 

8.  Mais  attribuons  encore,  si  vous  voulez,  ces 
paroles  a  ses  compagnons.  C'est  injustement,  di- 
sent-ils,  que  vous  murmurez  centre  l'Epoux,  puis- 
que  ce  qu'il  vous  a  deja  donne,  vaut  niieux 
que  ce  que  vous  demandez.  Car  ce  que  vous 
demandez  c'est  pour  vous  que  vous  le  demandez  ; 
mais  les  mamelles  dont  vous  nourrissez  les  petits 
enfants  que  vous  engendrez  sont  meiileures,  e'est-a- 
dire,  plus  necessaires  que  le  vin  de  la  contem- 
plation. Autre  chose  est  ce  quirejonit  le  cceur  d'un 
seul  bomme,  autre  chose  cequien  t'difie  plusieurs. 
Et,  bien  que  Rachel  soit  plus  belle  que  l.ia,  Lia  est 
plus  feconde.  Ne  vous  arretez  done  point  trop  aux 
baisers  de  la  contemplation,  car  les  mamelles  de  la 
predication  sont  meiileures. 

9.  11  me  vient  encore  dans  l'esprit  un  autre  sens, 
auquel  je  n'avais  pas  pense,  mais  que  je  ne  veux 
point  passer  sous  silence.  Pourquoi  ne  dirons-nous 


dans  la 
priere,  et 

deviennent 
fervcotes 

en  la  conti- 
nuant. 


La  science  du 

sieclc  rend 

curieax. 


La  vie  active 
est  plus 
necessaire 
que  la  vie 
contempla- 
tive. 


Antre  sens. 


est :  Pinguedo  gratis,  quae  de  tuis  uberibus  tluit,  effi- 
cacior  mihi  est  ad  spiritualem  profectum,  qnam  mordax 
increpatio  praelatorum.  Nee  solum  meliora  vino,  sed  et 
fragruntia  unguentis  opiimis  :  quia  non  modo  interna? 
dulcedinis  lacte  praesenlcs  alis,  sed  bons  quoque  opi- 
nionis  grato  odore  respergis  absenlcs,  bonum  babens 
testimonium  et  ab  his  qui  intus,  et  ab  his  qui  foris  sunt. 
Habes,  inquam,  lac  intus,  et  foris  unguenta  :  quoniam 
quidem  non  cssent  quos  lacte  reficeres,  si  non  prius 
odore  attraheres.  Sane  de  his  unguentis,  si  quid  dignum 
consideratione  contineant,  videbitur  post  ha°c,  cum  eo 
ventum  fuerit,  ubi  dicit  in  consequentibua  :  In  odore 
unguentorum  tuorum  curronus-.  Nunc  juxta  promissum 
nostrum  heec  ipsa  verba,  qu;e  Sponsse  data  sunt,  an  et 
Sponso  congruant  videamus. 

7.  Sponsa  Ioquente  de  Sponso,  repente  (ut  dixeram) 
adest  ille,  annuit  voto,  dat  osculum,  impletque  in  ea 
sermonem  qui  scriptus  est :  Vesiderium  cordis  ejus  Iri- 
buisti  ei,  et  voluntate  labiorum  ejus  non  fraudasti  eum, 
Quod  et  probat  ex  ejus  iiberum  repletions.  Tant.i-  nempe 
efficaciae  osculum  sanctum  est,  ut  ex  ipso  mux,  cum 
acceperit  illud,  Sponsa  concipiat,  tumesceiitibus  nimirura 
uberibus,  et  lacte  quasi  pinguescentibus  in  testimonium. 
Quibua  studiutu  est  orare  frequenter,  experti  sunt  quod 


dico.  Saepe  corde  tepido  et  arido  accedimus  ad  allare' 
orationi  incumbimus.  Persistcnlibus  aulem  repente  in- 
funditur  gratia,  pinguescit  pectus,  replet  viscera  inun- 
datio  pietatis  :  et  si  sit  qui  prcmat,  lac  concepta?  dulce- 
dinis ubcrtim  fundere  nontardabunt.  Dicat  ergo:llabes 
Sponsa  quod  pctiisti,  et  hoc  lib]  signum,  quia  meliora 
facta  sunt  libera  tua  vino.  Bine  te  scilicet  noveris  oscu- 
lum accepisse,  quod  te  conccpisse  sends.  Unde  ct  ubcra 
tibi  intumuerunt,  facia  in  ubertate  lactis  meliora  vino 
scientiae  sascularis,  quae*  quidem  incbriat,  sed  curiosi- 
tate,  non  charitale,  implcns,  non  nutriens;  inflans,  non 
aedilicans;  ingurgilans,  non  conforlans, 

8.  Sed  demus  et  sodalibus  ista  depromcre.  Injuste, 
inquiunt,  murmuras  adversus  Sponsuui  :  quia  id  plus 
valel  quod  ille  jam  dedit,  quam  quod  tu  petis.  Quod 
enim  postulas,  te  quidem  dulectat :  sed  ubera,  quibus 
parvulos  alis,  quos  et  paris,  meliora,  hoc  est  necessa- 
riora,  sunt  vino  contemplationis.  Aliud  siquidem  est 
quod  unius  lajtificat  cor  hominis,  ct  aliud  quod  aedificat 
multos.  Nam  etsi  Rachel  formosior,  sed  Lia  feecuudior 
est.  Noli  ergo  nimis  insistere  osculis  contemplationis  : 
quia  meliora  sunt  ubera  pra'calionis. 

9.  Oscurrit  ct  alius  sensus,  quern  quidem  non  propo- 
sueram,  sed  uiinime  prajteribo.  Utquid  enim  verba  base 


*  al.  quod. 


NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


167 


pas  plutot  que  ces  paroles  conviennent  a  ceux  qui 
sont  comme  de  petits  enfanfs,  sous  la  conduite  de 
leur  mere  et  de  leur  nourrice  ?  Car  les  ames  encore 
tendres  et  faibles  supportent  impatieniment  de 
voir  se  livrer  tout  entiere  au  repos  de  la  contem- 
plation ceux  qui  doivent  les  instruire  a  fond  par 
leurs  lecons  ou  les  faconner  par  leurs  exemples.  Et 
c'est  de  ces  personnes  que  l'inquietude  est  reprise 
ensuite,  lorsqu'on  leur  defend   avec  toute  sorte  de 

Les  prelats   conjurations,  de  ne  point  reveiller  l'Epouse  {Cunt. 

"point'fifir  ii,  7),  jusqu'a  ce  qu'elle  le  veuille  bien.  Voyant 
le  win  de  donc  qUe  l'Epouse  soupire  apres  les  baisers,  qu'elle 
'  cberche  la  retraite,  qu'elle  fuit  le  monde,  qu'elle 
evite  les  assemblers,  et  prefere  son  propre  repos  au 
soin  qu'elle  pourrait  avoir  d'elles ,  lui  crient  : 
N'agissez  pas  ainsi,  n'agissez  pas  ainsi  :  car  il  y  a 
plus  de  fruit  dans  les  mamelles  que  dans  les  em- 
brassements,  puisque  c'est  par  elles  que  vous  nous 
delivrez  des  desirs  de  la  chair,  qui  combattent  con- 
tre  l'esprit,  nous  arrachez  au  monde,  et  nous 
acquerez  a  Dieu.  Voda  ce  qu'elles  disent  par  ces 
paroles  :  «  Vos  mamelles  sont  meilleures  que  le 
Tin.  »  Les  delices  spirituelles  qu'elles  repandent  en 
nous,  surpassent  toutes  cellos  de  la  chair  dont  nous 
6tions  enivres  auparavant  comme  d'un  vin  deli- 
cieux. 

10.  Et  c'est  avec  raison  qu'elles  comparent  au 
vin  les  desirs  charnels.  Car,  de  meme  que,  une  fois, 
qu'on  a  pressure  la  grappe  de  raisin  on  n'en  peut 
plus  rien  faire  sortir,  elle  est  condamnee  a  une 
perpetuelle  secheresse ;  de  meme  quand  la  chair 
vient  a  etre  comme  pressuree  aussi  par  la  mort, 
tous  ses  plaisirs  se  sechent,  et  elle  ne  refleurit  plus 
pour  les  jouissances  des  passions.  C'est  ce  qui  fait 
dire  au  Prophete  :  «  Toute  chair  est  de  I'herbe,  et 
toute  sa  gloire   ressemble   a  la  ileur  de  I'herbe ; 


Les  senti- 
ments 
charnels  sont 
pareitsauvin. 


de  l'Epouse 

sont 
meilleures. 


I'herbe  se  seche,  et  la  fleur  tombe  par  terre  [Isa. 
xl,  6)  :  »  Et  a  l'Ap6tre  :  «  Celui  qui  seme  dans  la 
chair,  n'en  recueillera  que  de  la  corruption  (  Cal. 
vi,  8).  »  Etailleurs  :« La nourriture  est  pourle  ven- 
tre, et  le  ventre  est  pour  la  nourriture,  mais  Dieu 
detruira  l'un  et  l'autre  ( I  Cor.  vi,  13)».  Mais 
peut-etre  cette  comparaison  convient-elle  aussi  au 
monde.  En  effet,  il  passe,  et  ses  convoitises  passent 
avec  lui.  Et  toutes  les  choses  qui  sont  au  monde 
ayant  une  fin,  elles  ne  finiront  jamais  de  finir.  Mais 
il  n'en  est  pas  ainsi  des  mamelles.  Car  lorsqu'elles  Les  mamelles 
sont  epuisees,  elles  retrouventdans  lesein  maternel 
de  quoi  nourrir  ceux  qui  les  sucent.  C'est  done  avec 
justice  que  Ton  dit  que  les  mamelles  de  l'Epouse 
sont  meilleures  que  l'amour  de  la  chair  ou  du 
siecle,  puisqu'elles  ne  tarissent  jamais  par  le  nom- 
bre  de  ceux  qui  les  sucent,  mais  tirent  toujours 
abondamment,  des  entrailles  de  la  charite,  dequoi 
couler  sans  cesse.  Car  des  fleuves  sortent  de  ses 
entrailles,  et  il  se  fait  en  elle  une  fontaine  d'eau 
vive  qui  rejaillit  a  la  vie  eternelle.  L'excellence  des 
mamelles  est  encore  relevee  par  l'odeur  des  par- 
fums ;  en  effet,  elles  ne  nourrissent  pas  seulement 
par  le  gout  et  la  saveur  des  paroles,  mais  elles 
repandent  encore  une  odeur  agreable  par  Topinion 
avantageuse  des  actions.  Quant  a  ce  qui  nous  reste 
a  dire  touchant  ces  mamelles ,  ce  qu'elles  sont, 
quel  lait  les  gonfle,  quelles  sont  les  senteurs  qui 
les  parfument,  nous  le  ferons  dans  un  autre  dis- 
cours,  avec  l'assistauce  de  Jesus-Christ,  qui  etant 
Dieu,  vit  et  regne  avec  le  Pere  et  le  saint  Esprit, 
dans  tous  les  siecles.  Ainsi  soit-il. 


non  magis  convenire  dicamus  eis  ipsis,  quibus  praeest 
in  sollicitudinc,  tanquam  parvulis  mater  aut  nutrix? 
Nee  enini  aequanimiler  fuerunt  juvenculae  et  tenerae 
adhuc  animse,  illam  vacare  quieti,  cujus  plenius  erudiri 
doctrina,  et  exemplis  inforrnari  desiderant.  An  non  de- 
nique  talium  in  subsequenti  compescitur  inquieludo, 
ubi  s^b  gravi  contestutione  prohibentur  suscitare  dilec- 
tam,  quousque  ipsa  velit?  Hae  itaque  sentientcs  osculis 
Inhiare  Sponsam,  secrelum  quaerere  sibi,  fugitare  publi- 
cum, declinare  turbas,  et  curae  ipsarum  propriam  prae- 
ferre  quietem  :  Noli  inquiiint,  noli;  quia  major  in  ube- 
ribus ,  quam  in  amplexibus  fructus  exsistit.  Per  ea 
siquidem  non  vindicas  a  carnalibus  desideriis,  quae 
militant  adversus  animam ;  eripis  mundo,  et  acquiris 
Deo.  Hoc  ergo  est  quod  aiunt :  Quia  meliora  sunt  ubera 
tun  vino.  Carnis,  inquiunt,  voluptalem,  qua  paulo  ante, 
tat.iquam  vino,  ebriae  tenebamur,  vincunt  hae,  quas  tua 
nobis  ubera  slillant,  deliciae  spirituales. 

10.  Et  pulchre  vino  comparant  carnalem  affectum. 
Et  enini  uva  scmel  expressa  non  habet  jam  -quod  denuo 
fundat,  sed  perpetua  ariditate  dumnatur  :  sic  caro  in 
pressura  mortis  ab  omni  prorsus  sua  delectatione  sic- 
catur,  ncc  ultra  revirescit  ab  libidines.  Unde  Propheta ; 


Omnis  caro  famum,  et  omnis  gloria  ejus  tanquam  ftos 
fomi.  Exsiccatum  est  fmnum,  et  cecidil  ftos,  et  Apos- 
tolus :  Qui  seminat  in  carne,  de  came  el  metet  corrup- 
tionem,  et  rursum  :  Esca  ventri,  et  venter  escis;  Deus 
autem  et  hunc,  et  has  destruet.  Vide  autem  ne  non 
carni  tantum,  sed  et  mundo  forte  competat  ista  pro- 
portio.  Siquidem  et  ipse  transit,  et  concupiscentia 
ejus  :  et  cum  omnia  quae  in  mundo  sunt,  finem  habeant, 
finis  eorum  non  erit  finis.  Verum  ubera  non  sic.  Heec 
enim  cum  exhausta  fuerint,  rursum  de  fonte  materni 
pectoris  sumunt  quod  propinent  sugentibus.  Merito 
proinde  meliora  carnis,  saeculive  amore  asseruntur  ubera 
Sponsas,  quae  nullo  uinquam  lactentium  numero  are- 
fiunt,  sed  semper  abundant  de  visceribus  charitatis.  ut 
iterum  Quant.  Flumina  siquidem  fiuunt  de  ventre  ejus, 
fitque  in  ea  tons  aqus  vivae  salientis  in  vitam  aeternam. 
Cumulatur  deinde  laus  uberum  fragrantiaunguentorum, 
quod  non  solum  verborum  sapore  pascant,  sed  et  fac- 
torum  opinione  redoleant.  Jam  quae  sint  ubera,  quo 
tumida  lacte,  quadbits  dclibuta  unguentis,  sub  alio  ser- 
monis  principio  Christo  adjuvante  monstrabimus  :  qui 
cum  Patre  et  Spiritu-Sancto  vivit  et  regnat  Deus  per 
omnia  stecula  saeculorum.  Amen. 


168 


L'£ 


pouse  a 

deui 

mamelles. 

la  compassion 

ct  la 

congratula- 

bon. 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

SERMON  X.  mere   spirituelle  sent  que  son  sein  charitable  est 

aboiiilaiiiniciit  arrose  d'en  haut  par  l'une  et,  par 
['autre,  Urates  les  fois  qu'elle  recoit  un  baiser. 
Aussitot  vous  la  voyez  les  mamelles  toutes  pleines, 
s'asseoir  pour  allaiter  ses  petits  enfants,  et,  selon 
les  besoins  de  chacun  d'eux,  a  Tun  faire  racer  la 
consolation  et  a  l'autre  ['exhortation.  Par  exempli', 
si  elle  voit  que  quelqtl'uu  de  ceux  quelle  a  eiiLTen- 


Les  rois  parfwtis  spirituels  des  mamelles  de  l'£pouse, 
la  contrition,  la  devotion  et  la  pieti. 

1.  Je  u'ai  pas  assez  d'intelligence,  de  penetration, 
ni  de  vivacite  d'esprit,  pour  trouver  de  moi-meme 
quelque  chose  de  uouveau.  Mais  la  bouche  de  Paul 
est  uue  grande  et  inepuiseble  foutaiue  qui  nous  est 
ouverte  a  tous.  C'est  la  que  je  vais  puiser,  selon  ina 
coutunie,  ce  que  j'ai  a  dire  surle  sujei  des  mamel- 
les de  l'Epouse.  «  Rejouissez-vous,  dit-il,  avec  ceux 
qui  se  rejouissent,  pleurez  avec  ceux  qui  pleurent 
[Rom.  xu,  15).  »  11  exprime  en  peu  de  mots  les 
mouvemeuts  de  1'auiour  niaternel,  car  les  petits 
enfants  ne  peuvent  etre  malades,  nisebien  porter, 
que  leur  mere  ne  sen  ressente ;  elle  ne  peut  eviter 
de  se  conformer  au  fruit  de  ses  entrailles.  Aussi, 
suivant  la  parole  de  saint  Paul,  j'assignerai  ces 
deux  sentiments,  la  compassion  et  la  congratulation 
ft  chacune  des  mamelles  de  l'Epouse.  11  faudrait, 
en  effet,  quelle  fut  bien  petite  et  loin  d'etre  nubile , 
si  elle  n'avait  point  encore  de  mamelles,  e'est-a- 
dire,  si  elle  ne  se  sentait  point  prompte  a  se  rejouir 
du  bien  d'autrui,  ni  portee  a  s'affliger  de  ses  maux. 

Choses  Si  ou  en  prend  une  de  cette  sorte  pour  conduire 
reauiscs  inn  jes  ^mes  ou  pour  precher,  elle  ne  sert  de  rien  aux 
predicateur.  .     ,  ,,         .  u   ■ 

autres,   et  se  nuit  beaucoup  a  elle-meme.  Mais  si 

c'est  elle-meme,  qui  s'ingere  dans  ces  ministeres, 
n'est-ce  pas  le  conible  de  l'impudence  ? 

2.  Mais  revenons  aux  mamelles  de  l'Epouse,  et, 
selon  leur  difference,  proposons  differentes  especes 
de  lait.  La  congratulation  verse  le  lait  de  l'exhor- 
tation, etla  compassion  celui  de  la  consolation.  Une 


Les 

sentiments 
d'i 


dies  dans  1'Evangile    soit  ebranle   par  de  violentes   bon  prelat 

tentations  qui  le  jettent  dans  le  trouble,    et  le  ren-    CenfanU. ' 

dent  triste  et  timide,  en  sorte  qu'il  est  tout  pret  de 

succomber,  comme  elle  s'afflige  avec  lui  ?  Comme 

elle  le  llatte  ?  Comme  elle  pleure  ?   Comme   elle  le 

console  1  et  comme  elle  trouve  des  raisons  pieuses 

pour  le  relever  de  son    abattement  ?  Au  contraire, 

si  elle  voit  qu'il    est  prompt,    gai,   et  qu'il  protite 

dans  la  vertu,   elle  est  ravie  de  joie,   elle  l'aborde 

avec  des  avis  salutaires,  elle  l'anime  encore  davm- 

tage,  elle  l'instruit  de  ce  qu'il  faut  qu'il  fasse  pour 

perseverer;  et  elle  l'exhorte  a  s'avancer  toujours  de 

plus  en  plus.  Elle   se  conforme   a  tous,  elle  traDS- 

porte  en   soi  les  sentiments   et  les  dispositions  de 

tous,  enfin  elle  montre  qu'clle   n'est  pas  moins  la 

mere  de   ceux  qui   se  relachent   que  de  ceux  qui 

protitent. 

3.  Combien  y  en  a-t-il  aujourd'hui  qui  sont  eloi-   sainl  ner_ 
snes  de  ces  sentiments  ?  Je  parle  de  ceux  qui  out  Dard   bllme 

.  ,    .  r  ...         severement 

entrepris  de  conduire  les  ames.  On  ne  doit  le  dire  l'avarice  des 
qu'avec  gemissement  et  avec  larmes;  ils  fabriquent,  P""13- 
pour  me  servir  de  cette  expression,  dans  la  four- 
naise  de  l'avarice,  les  opprobres,  les  crachats,  les 
fouets,  les  clous,  la  lance,  la  croix  et  la  mort  de 
Jesus-Christ,  lis  prostituent  toutes  ces  choses  a  l'ac- 
quisition  de  gains  honteux,  et  se  montrent  avides 


SERMO  X. 

De    tribus  unguentis  spiritualibus,  scilicet   contiitionis, 
devotionii,  et  pietatis. 

1.  Non  sum  ego  profundi  sensus,  neque  adeo  pers- 
picacis  ingenii,  ut  novi  quippiam  ex  me  adiuvenire  pos- 
sim  :  sed  et  fons  magnus  et  iudeficiens  os  Pauli,  quod 
palet  ad  nos.  De  ipso  haurio  mihi  etiam  nunc  in  os- 
teosione  ubcrum  Sponsaj,  sicut  et  frequenter  soleo. 
Gaudcre,  inquit,  cum  gaudenlibus,  flere  cum  flentibus. 
Materni  breviter  exprimuntur  affectus,  quia  nee  dolere 
parvuli,  nee  valere  queunt  absque  ilia  quae  genuit  : 
utrobique  necesse  est  stiis  earn  conformari  visceribus. 
Igitur j uxta  Pauli  scnleml iam ,  duas illas affectiones  duobus 
Sponsa?  uberibus  assignabo,  compassionem  uni,  et  con- 
gratulationem  alteri.  Alioquin  parvula  est,  et  nondum 
Dubilis,  si  nondum  ubera  misit,  si  sc  videlicet  neque 
ad  congaudendum  sentiat  promptam,  neque  pronam  ad 
condolendum.  Talis  si  forte  ad  regimen  animarum,  seu 
ad  officium  praedicationis  assumitur,  aliis,  quidem  non 
prodest,  sibi  vero  obest  plurimum.  Porro  sese  ingerere, 
quants  inipudentiae  est? 

2.  Sed  redeamus  ad  ubera  Sponsae,  ac  pro  diversitate 
uberum,  diversas  ct  lactis  species  proponamus.  Nam 
congratulatio  quidem   cxhortationis ,    compassio  vcro 


consolationis  lac  fundit.  Porro  utramque  speciem  uber- 
lim  coslitus  irrorari  pio  pectori  suo  spiritualis  mater  to- 
ties  seatit,  quoties  osculum  sumit.  Yideas  earn  mox 
plenis  uberibus  parvulis  iucubare  lactandis  ;  et  ex  uno 
quidem  consolatoria,  ex  altero  veto  exhorlatoria  ubc- 
rius  minislrarc,  prout  singulis  convenire  videbit.  Yerbi 
causa,  si  quern  forte  ex  his  quos  genuit  in  Evangclio, 
deprehenderit  forli  aliqua  tentatione  concussum,  et 
inde  turbatum  ac  trislem,  pusillanimemque  factum,  non 
posse  jam  ferrc  vim  tentationis;  quoiuodo  condolet, 
quomodo  mulcet?  quomodo  plangit,  quomodo  conso- 
latur?  quot  argumeata  pietatis  mox  reperit,  qtiibus 
erigat  desolatum?  E  contra  si  promplum,  si  alacrem, 
si  bene  prolicienlem  cognoverit ;  exsultat,  aggredilur 
salutaribus  monitis,  accendit  amplius,  inslruit  de  qui- 
bus  potest  ut  perseveret  utque  in  melius  semper  pro- 
ficiat  exhortatur.  Omnibus  se  confirmat  omnium  in  se 
transfer!  affectus,  matrem  se  denique  probat  non  minus 
deficienlium,  quam  proficientiuni. 

3.  Quanti  hodie  secus  affectos  se  ostendunt?  de  his 
dico,  qui  animas  regerc  susceperunt.  Quod  enim  sine 
miserabili  gemilu  dicendum  non  est,  Christi  opprobria, 
sputa,  llagella,  clavos,  lanceam,  crucem,  et  mortem, hsc 
omnia  in  fornace  avaritiae  conflant,  ct  proQigant  in 
acquisitioncm  turpis  quajstus,   et  pretium   universitatis 


DIXIEME  SERMON  SUR  LE 

de  mettre  dans  leurs  bourses  le  prix  de  la  redemp- 
tion du  monde  ;  la  seule  difference  qui  les  distin- 
gue de  Judas,  c'est  que  celui-ci  se  contenta  de 
quelques  deniers  pour  le  prix  de  ces  cboses,  et  que 
ceux-la,  par  une  convoitise  beaucoup  plus  insatiable, 
exigent  des  sommes  infinies  d'argent.  lis  ont  pour 
les  richesses  une  soif  qui  ne  peut  s'eleindre.  lis 
craignent  de  les  perdre,  et  ils  s'affligent  lorsqu'ils 
les  ont  perdues.  lis  se  reposent  sur  l'amour  de  ces 
biens,  si  toutefois,  le  soin  qu'ils  ont  pour  les  con- 
server  ou  pour  les  augmenter,  leurpermetde  pren- 
dre un  moment  de  repos.  Quant  a  la  perte  ou  au 
salut  des  ames,  ils  s'en  mettent  peu  en  peine.  Cer- 
tes,  ce  ne  sont  pas  des  meres,  puisque  une  ibis 
gros,  gras  et  bien  nourris  du  patrimoine  de  Jesus- 
Cbrist,  ils  ne  compatissent  point  aux  douleurs  de 
Josepb  (Amos.vi,  vers  6).  Une  vraie  mere  ne  se 
dissiruule  point ;  elle  a  des  mamelles  et  ces  ma- 
melles  ne  sont  pas  vides.  Elle  sait  se  rejouir 
avec  ceux  qui  se  rejouissent,  pleurer  avec  ceux 
qui  pleurent,  et  elle  ne  cesse  de  faire  sortir  de 
l'une  le  lait  de  l'exhortation,  et  de  1'autre  celui 
de  la  consolation.  Mais  c'est  assez  comme  cela 
pour  ce  qui  est  des  mamelles  de  l'Epouse  et  du  lait 
qu'elles  renferment. 

A-  II  faut  que  je  vous  decouvre  maintenant  quels 
sont  les  parfums  qu'elles  exbalent,  pourvu,  niian- 
moins,  que  vous  m'aidiez  de  vos  prieres,  afin  que 
je  puisse  exprimer  dignement,  et  au  prolit  de  ceux 
qui  m'ecoutent,  les  sentiments  que  Dieu  m'a  domies 
sur  ce  sujet.  Les  parfums  de  l'Epoux  et  ceux  du 
l'Epouse  different  de  meme  que  leurs  mamelles. 
Pour  ceux  de  l'Epoux,  nous  avons  deja.  dit  en  quel 
lieu  nous  devons  en  parler.  Considerons  seulement 
eu  ce  moment  les  parfums  de  l'Epouse,  etfaisons-le 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  16» 

avec  d'autant  plus  de  soin  que  l'Ecriture  les  a  par- 
ticulierenient  recommandes  a  notre  attention,  car, 
elle  ne  les  a  pas  seulement  appeles  bons,  mais  tres- 
bons.  Or,  je  proposerai  plusieurs  especes  de  par- 
fums, atin  de  cboisir  ceux  qui  conviennent  le  miens 
aux  mamelles  de  l'Epoux.  11  y  a  le  parfum  de  la 
contrition ;  le  parfum  de  la  devotion ;  et  le  parfum 
de  la  piete.  Le  premier  pique  et  cause  une  douleur. 
Le  second  la  tempere  et  l'adoucit.  Et  le  troisieme 
guerit  et  cbasse  la  maladie.  Examinons-les  chacun 
en  particulier,  avec  quelque  detail. 

5.  11  y  a  done  un  parfum  que  l'ame,  enveloppee 
de  plusieurs  crimes,  se  compose,  lorsque,  commen- 
cant  a  faire  reflexion  sur  sa  conduite,  elle  recueille, 
rassemble  et  broie  dans  le  mortierde  sa  conscience, 
une  infinite  de  peches  de  differentes  sortes,  et,  les 
mettant  dauslacbaudiere  d'uncceurtoutenilaninie, 
elle  les  fait  cuire  en  quelque  sorte,  sur  le  feu  du 
repeutir  et  de  la  douleur,  et  peut  dire  avec  le  Pro- 
pluMe  :  «  Mon  cceur  s'est  echauffe  en  moi-meme,  et 
le  feu  qui  me  devore  s'allume  encore  davantage 
lorsque  je  pense  a  mes  crimes  passes  (Psal.  xxxvnt, 
Zi).  »  Voila  le  parfum  dont  l'ame  pecheresse  se  doit 
servir  dans  les  commencements  de  sa  conversion, 
et  qu'il  lui  faut  appliquer  sur  ses  plaies  encore 
recentes.  Car,  le  premier  sacrifice  qu'elle  doit  faire 
a  Dieu,  est  celui  d'un  esprit  penetre  de  la  douleur 
et  du  regret  de  ses  fautes  {Psal.  l,  17).  Aussi,  taut 
qu'elle  n'a  point  de  quui  composer  un  parfum 
meilleur  ni  plus  precieux,  parce  qu'elle  est  pauvre 
et  miserable,  elle  ne  doit  pas  negliger,  en  atten- 
dant, d'appreter  toujours  celui-la,  quoiqu'elle  le 
compose  de  matieres  bien  viles,  parce  que  Dieu  ne 
meprisera  jamais  un  cceur  contrit  etbumihe.  Etelle 
paraitra  d'autant  moins  vil   aux  yeux   de   Dieu, 


suis  marsupiis  includere  festinant;  hoc  solo  sane  a  Juda 
Iscariotis  differentes,  quod  ille  horum  omne  emolumen- 
tuni  paucorum  denariorum  numero  compeasavit ;  isli 
voraciori  ingluvie  lucrorum  infinilas  exigunt  pecanias. 
His  insatiabili  desiderio  inhiant,  pro  his  ne  amittant, 
timentjet  cum  amittunt,  dolent  :  harum  in  amore 
quiescunt,  quantum  dumtaxat  liberum  eis  est  aservandi, 
vel  augmentandi  cura.  Animarum  nee  casus  reputatur, 
nee  salus.  Non  sunt  profeeto  matres,  qui  cum  sint  de 
crucifixi  patrimonio  nimium  incrassali ,  impinguati , 
dilatati  ,  non  compatiuntur  super  contriiione  Joseph. 
Quie  mater  est,  non  dissimulat  :  habet  uhera,  et  non 
vacua.  Gaudere  cum  gaudentibus,  flere  cum  flentibus 
novit,  nee  cessat  exprimere  de  ubere  quidem  congratu- 
lations lac  exhortationis ;  de  ubere  vera  compassionis 
lac  consolationis.  Et  de  Sponsse  uberibus  vel  uberum 
lacte  ista  sufticiant. 

4.  Jam  qualibus  etiam  unguentis  eadem  ubera  redo- 
dolcant,  indicabo,  si  tamen  vestris  orationibus  juver,  ut 
quod  hide  niihi  sentire  datum  est,  delur  et  eloqui  digne 
ad  audienlium  utilitatem.  Alia  sponsi,  atque  aliaSponsae 
unguenta  sunt,  quemadmodum  et  sua  cuique  ubera. 
Sed  de  Sponsi  quo  in  loco  tractandum  sit,  supeiius 
paetixum    est    :    nunc    sponsse   unguentis   intendamus, 


II  y  a  trois 

sortes 
de  parfums 

celui 
de  la  contri- 
tion, 
celui  de  la 

devotion 

et  celui  de  la 

piete. 

De  quoi  se 

compose  le 

parfum  de 

la  contrition* 


idque  attentius,  tanquam  his  qua?  scriptura  non  medio- 
criter  commendavit,  ita  ut  ea  pronuntiaverit  non  sim- 
pliciter  bona,  sed  optima.  Et  pono  diversas  species 
unguentorum,  quo  ex  pluribus  ea,  qua?  potissimum 
Sponsce  uberibus  congruant,  eligamus.  Est  unguentum 
eontritionis,  et  est  unguentum  devotionis,  est  etpietatis. 
Primum  pungitivum  ,  dolorem  faciens ;  secundum 
temperativum,  dolorem  leniens ;  terlium  sanativum , 
etiam  morbum  expellens.  Nunc  de  singulis  latius  diffe- 
ramus. 

S.  Est  ergo  unguentum,  quod  sibi  conficit  anima  mul- 
tis  irretita  criimnibus,  si,  cum  incipit  cogitareviassuas, 
colligat,  congerat,  contcratque  in  morlariolo  oonscientiae 
multas  ae  varias  species  peccatorum  suorum,  et  hitra 
aistuantis  pectoris  ollam  simul  omnia  coquat  igne  quo- 
dam  prenitentias  et  doloris  ,  ut  possit  dicere  cum 
Propheta  :  Concaluit  cor  meum  intra  me,  et  in  medita- 
tio/ie  mea  exardescet  ignis.  Ecce  hoc  est  unum  unguen- 
tum, quo  anima  peccatrix  suae  conversionis  primordia 
condire  debet ,  plagisque  suis  recentibus  adhibere. 
Primum  namque  sacriGcium  Deo,  spirituscontribulatus. 
Quandiu  ergo  non  habet,  tanquam  pauper  et  inops, 
unde  sibi  melius  ac  pretiosius  componat  unguentum ; 
non  negligat  parare  interim  istud,  licet  de  vilibus  spe- 


170 


OEUVRESDE  SAINT  BERNARD. 


qu'elle  le  sera  elle-meme  davantage  a  ses  propres 
yeux,  dans  le  souvenir  de  ses  pech.es. 

Force  et        C,  Ncanmoiiis,  si  ce  parfum  invisible  et  spiriluel 

bSSncepM-r  a  6t*  ^mi  I,ar  cet  autre  l,;,rl'u,u  llo"t  I'firangila 
fum.  rapporte  que  la  pecheresse  oignit  les  pieds  de  Jesus- 
Christ,  nous  ne  saurious  le  regarder  comuie  tout-a- 
fait  vil.  Car,  que  lit-on  du  premier '?«  Toute  la 
maison,  dit  l'Kvangeliste,  fut  enibaumee  de  ce  par- 
fum [Matt,  xxvi,  et  Joan.  xu).  »  11  etait  repandu 
par  les  mains  dune  pecheresse*,  et  verse  sur  les 
extremites  du  corps,  c'est-a-dire,  sur  les  pieds,  el 
Deanmoins,  il  ne  fut  point  si  vil  et  si  meprisable, 
que  la  force  et  ladouceurde  son  ardeui  ueremplit 
toute  la  maison.  Que  si  nous  considerons  dequelles 
senteurs  l'Eglise  est  parfumee  dans  la  conversion 
d'un  seul  pecheur,  et  quelle  odeur  de  vie  pour  la 
vie  devient  chaque  penitent  qui  se  repent  publi- 
quement  et  parfaitement  de  ses  peches,  nous 
pourrions  bien  dire  aussi  de  ce  parfum ,  sans 
hesiter,  que  toute  la  maisou  en  est  embaumee. 
Car  l'odeur  de  la  penitence  penetre  jusqu'aus 
demeures  celestes  des  bienheureux,  si  bien  que, 
selon  le  temoignage  de  la  verite  rnenie,  «  il  y  a  une 
grande  joie  parmi  les  anges  de  Dieu,  au  sujet 
d'un  pecbeur  qui  fait  penitence  {Lac.  xxxv.  10).  » 
Rejouissez-vous,  6  penitents,  prenez  courage,  vous 
qui  etes  faibles  et  tinudes,  vous,  dis-je,  qui,  a  peine 
sortis  du  siecle,  et  de  vos  voies  corrompues,  vous 
etes  sentis  aussitdt  remplis  de  l'amertume  et  de  la 
confusion  d'un  esprit  touche  de  repentir,  tourmen- 


tes  troubles  par  la  douleur  excessive  de  vos  plaies 
encore  recenles.  Que  vos  mains  melent  avec  con- 
liance  l'amertunie  de  la  m\  rrhe  pour  cette  onction 
salutaire :  car  Dieu  ne  rejettera  point  un  cceur  con- 
trit  et  humilie.  II  ne  faut  point  mepriser  ni  esti- 
nier  vile  cette  sorte  d'onction,  dont  l'odeur  n'attire 
pas  settlement  les  hommes  a  se  convertir,  mais  in- 
vite ineme  les  anges  a  se  rejouir. 
7.  Mais  il   y  a  un  autre   parfum,  d'autant  plus    Cc  dont  '• 

■/  1  r  compose  le 

precieux  celui-la ,  que  la  matiere  qui  le  com-  parfum  de  u 
pose  est  beaucoup  plus  excellente.  Pour  ce  qui  est  °'°  10n' 
de  la  matiere  du  premier,  il  ne  faut  pas  aller  la 
chercher  bien  loin,  nous  la  trouvons  sans  peine 
chez  nous,  et  la  cueillons  en  aboudance  dans  notre 
jarilin,  toutes  les  fois  que  nous  en  avons  besoin. 
Car  qui  est  celui  qui  n'a  pas,  quand  il  veut,  assez 
d'injustices  et  de  peches  de  son  propre  fonds,  sous 
la  main,  dumoins  s'llne  veut  point  se  Eaire  illusion? 
Tela  sont,  coinme  vous  vous  le  rappelez,  les  ingre- 
dients du  premier  parfum  dont  je  vousaiparbi  plus 
baut.  Mais  pour  les  aromates  qui  entrent  dans  le  se- 
cond,cen'estpointnotreterrequilesproduit;  nousles 
allons  chercher  bien  loin  dans  les  pays  les  plus  re- 
cules.  Car  tout  don  excellent  et  parfait  vient  d'en 
baut,  et  nous  est  communique  par  le  pere  des  lu- 
mieres.  Or  ce  parfum  est  compose  des  bienfaits  que 
la  bonle  divine  a  departis  au  genre  humain.  Heu- 
reux  celui  qui  a  soin  de  les  recueillir,  et  de  se  les 
remettre  devant  les  yeux.  del'esprit,  avec  des  actions 
de  graces  proportionnees  a  leurs  grandeur.  Certaine- 


a  Dans  cet  er,droit  comme  en  plusienrs  autres  et  particuliere- 
ment  dans  son  troisieme  sermon  pour  le  jour  de  l'Assomption, 
saint  Bernard  confond  la  pecheresse  dont  saint  Luc  parle  au  clia- 
pitre  vil,  avec  Marie  soeur  de  Lazare  et  de  Marthe,  qui  repan- 
dit  sur  les  pieds  de  J£sus,  dans  la  bourgade  de  Belhanie  (Joan. 
in)  «  un  pafum  dont  la  bonne  odeur  remplit  toute  la  maison;  » 
mais    la  plnpart  des  ecrivains  anterienrs    a    saint    Gregoire    et 


meme  beaucoup  de  nouveaux,  lesdistingucnt  l'une  del'autre,  et 
mt-me  de  Marie  Madeleine,  dont  Jesus  avait  chasse  sept  demons 
(Marc.  \vi)  et  qui,  selon  paint  Luc,  suivit  Jesus  avec  les  autres 
saintes  females,  quelque  temps  tncme  avant  la  conversion  de 
la  femme  pecheresse,  a  ce  qa'ils  croient,  et  comme  ils  le  prou- 
vent  par  de  s6rieui  arguments,  il  faut  en  convenir.  On  peut  voir 
plus  loin  le  sermon  xu,  n.  6. 


ciebus  :  quia  cor  contritum  et  humiliatum  Deus  non 
despiciet.  Tanto  autem  minus  vile  divinis  apparebit 
conspectibus,  quanto  plus  sibi  ilia  viluerit  in  reeorda- 
tione  peccatorum  suoruni. 

fi.  Tamen  si  illo  visibili,  quo  visibiliter  uncti  a  pec- 
catriee  corporei  pedes  Dei  referuntur  in  evangelio,  invi- 
sibile  hoc  et  spiritualc  fuisse  dicimus  liguratum,  non 
omnino  vile  reputare  poterimus.  Quid  enim  de  illo 
legitur'?  El  domus,  inquit,  impleta  estex  odore  ungiu  nti 
Peccatricis  raanibus  distillabatur,  et  extremis  membris 
corporis,  id  est  pedibus,  fundebattir  :  et  tamen  non 
usque  adeo  contemptibile  ant  vile  fuit, quin  totarndomum 
vis  aromatum  et  suavitas  repleret  odoris.  Quod  si  atten- 
dants, quanta  in  unius  peccatoris  conversione  fragrantia 
respergatur  ccclcsia,  et  quantis  (iat  odor  vita?  ad  vitam 
quivis  pomitens,  si  publice  perfecteque  prcniteat;  pro- 
fecto  et  de  hoc  aeque  indubilanler  pronunliabimus,  quia 
domus  impleta  est  ex  odore  unguenti,  Denique  et  supcr- 
nas  beatortim  mansiones  attingit  pcenitcntia?  odor,  ila 
i.t,  teste  ipsaVeritate,  magnum  gaudium  sit  inter  angelos 
Dei  super  uno  peccatore  pcemlcntiam  agente.  Gaudete 
poenilcntes,  pusillanimes  eonforlamini.  Vobis  diro,  quos 
nuper  conversos  de  saeculo,  et  a  viis  vestris  pravis  rece- 


dentes,  excepit  mox  amaritudo  e  confusio  animi  pceni- 
tentis,  ac  velut  recentiunj  adhuc  vulnerum  dolor  nimius 
excruoiat  et  perturbat.  Secura?  manus  vestrae  dislillent 
myrrhs  amai-itudinem  in  salubrem  hanc  unctionem  : 
quia  cor  contritum  et  humiliatum  Deus  non  despiciet. 
Non  est  omnino  spemenda.  nee  vilis  a^stimanda  hujus- 
cemodi  unctio,  cujus  odor  non  solum  homines  provocat 
ad  correctionem,  sed  et  angelos  ad  exsullationem  invitat. 
7.  Sed  est  unguentum  tanto  isto  profecto  pretiosius, 
quanto  de  melioribus  compositum  specicbus.  Hujua 
siquidem  species  ne  longe  quatrantur,  penes  nos  et 
absque  diflieultate  reperimus,  ac  de  nostris  hortulis 
talium  perfacile  copiam  tollimus,  quotiescunque  neces- 
sitas  poscit.  Quis  enim  non  satis  de  proprio,  cum  vult, 
ad  manuin  habet  iniquilates  et  peccata,  si  non  dissimu- 
lat?  H;e  autem  sunt  (sicut  recognoscitis)  species  unguenti 
primi,  quod  jam  descripsimus.  At  vero  secundi  hujus 
aromata  terra  nostra  ncquaquam  profert,  sed  procul  et 
de  ultimis  finibus  ea  nobis  conquirimus.  Nempe  orane 
datum  optimum,  et  omne  donum  perfectum  desursum 
est,  descendens  a  patre  luminum.  Fit  enim  unguentum 
istud  de  divinis  collatis  humano  generi  beneficiis.  Felix, 
qui    ipsa    sibi    studiose   colligere,   et  ante  mentis  suae 


DIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


171 


merit  si,  apresles  avoir  mis  en  morceau  etbroyesdans 
le  mortier  du  cceur  aveo  le  pilon  de  la  frequente  me- 
ditation, on  les  fait  bouillir  ensemble  sur  le  feu  d'un 
saint  desir,  et  qu*on  y  verre    ensuite   de  l'buile  de 
joie,  ce  parfum  sera   infkiiinent  plus  precieux  et 
plus  excellent  que  le  premier.  11  sufflt  pour  le  prou- 
ver,  d'alleguer  le  teruoignage  de   celui   qui  adit: 
«  Le  sacrifice  delouanges  m'bonorera,  (Psal.  xux, 
23) :  »  En  effet,  il  ne  faut  point  douter  que  le  sou- 
venir des  bie.nfaits  n'excite  a  louer  le  bienfaiteur. 
Il  est  meil-       8.  Puisque  l'Ecriture,  enparlant  du  premier,  te- 
'premier le  m0'Sne  seulement  que  Dieu  ne  le  meprise  pas  (Psal, 
l.  19),  il  est  clair  qu'elle  releve  beaucoup  plus  celui 
qui  l'honore.  De  plus,  le  premier  se  verse  sur  les 
pieds,  et  le   second   sur  la  tele.  Car  si  dans  Jesus- 
Christ   la  tete  se  doit  rapporter  a  la  divinile,  sui- 
vant  cette  parole  de  saint  Paul,  «  Dieu  est  la  tete 
de  Jesus-Christ  (Cor.  xi.  3),»  e'est  evidemment  par- 
fumerlatete,que  deluirendre  des  actions  de  grace, 
parce  que  e'est  toucher  Dieu,  non  pas  l'homme.  Ce 
n'est  pas  que  celui    qui   est   Dieu  ne    soit  homme 
aussi,   puisque    Dieu   et   1'homme  ne   font  qu'un 
meme  Christ,  mais  parce  que  tout  bien  vient  de 
Dieu  non   de  l'homme,   meme   celui   qui  s'exerce 
par   l'homme.    En   effet,    e'est    incontestablement 
l'esprit   qui  donne  la  vie,  la    chair   ne  sert   de 
rien.  C'est    pourquoi   l'Ecriture  maudit  celui    qui 
met  son  esperance  en  l'liomiiie  (Jere.  xvn.  5)  ;  parce 
que  si  toute  notre  esperance  depend,  avecraison,de 
l'homme  Dieu,  neanmoins  ce  n'est  pas  seulement 
parce  qu'il  est  homme,    mais  parce   qu'il  est  Dieu. 
Voila,  pourquoi  le  premier  parfum  se   repand  sur 
les  pieds,  et  le  second  sur  la  tete,  c'est  que  l'humi- 
liation  d'un  cceur  contrit  convient  a  notre  humble 
chair,  et  que  la  gloire  sied  bien  a  la  majeste  et  a  la 


grandeur.   Vous  voyez   quel  est  ce  parfum   que  je 

vous  propose,   puisque   cette  tete   redoutable   aux 

I'rincipautes  memes,  non-seulement   ne  dedaigne 

pas  d'en  etre  parfumee,  mais  le  tient  meme  a  grand 

honneur,  en  disant;    «   le  sacrifice  de  louanges 

m'honnorera  (Psal.  xux.  23).  » 

9.    C'est  pourquoi  il  n'appartient  pas  a  celui  qui    II  ne  con- 

est  pauvre  et  indigent,  qui  a  le  coeur  pusillanime,     Jui  ames 

de  composer  ce  parfum,   parce  que   c'est   la    seule  pusillammes. 

confiance  qui  en  possede  la  matiere,  mais  line  con- 

iiance  qui  nait  de  la  liberte  de  l'esprit  et  de  la  purete 

du  coeur.  Car  l'ame  qui   est  pusillanime  et  de  peu 

de  foi,  en  est  empechee  par  le    peu  de  bien  qu'elle 

a ;   et  sa  pauvrete  ne  lui  permet  pas  de  s'occuper 

aux  louanges  de  Dieu,  ou   a  la  contemplation  des 

bienfaits  qui  produisent  ces  louanges.    Et  si  quel- 

que  fois  elle    veut  s'elever  jusque  la,  elle   est  aus- 

sitot  rappelee  par  le    soin  et  l'inquietude  que  lui  Deai  cans(ilI 

dounent  ses affaires  domestiques,  etse  trouveserree  de  posiiiani- 

ii  i       .        ■ . .       ■  ,  „•  mH6. 

en  elle  meme,  par  la  necessite  qui  lapresse.  Si  vous 

me  demandez  la  cause  de  cette  misere,  vous  recon- 
naitrez,  si  je  ne  me  trompe,  que  vous  eprouvez 
maintenant,  ou  que  vous  avez  eprouve,  en  vous, 
celle  que  je  vous  dirai.  11  me  senible  que  cette 
langueur,  cette  defiance  de  l'ame  vient  ordinai- 
rement  de  deux  causes,  ou  de  la  nouveaute  de  la 
conversion,  oude  latiedeur  des  pratiques,  bien  que 
la  conversion  date  deja  de  longtemps.  L'une  et  l'uu- 
tre  de  ces  deux  choses  humilie  sans  doute,  abat 
la  conscience,  et  la  jette  dans  le  trouble  et  1'inquie- 
tude, lorsqu'elle  considere  que  ses  ancieunes  pas- 
sions ne  sont  point  encore  mortes  en  elle,  soit  parce 
qu'elle  est  nouvellement  convertie,  soit  a  cause  de 
la  tiedeur  ou  elle  est;  et  ainsise  trouvant obligee  de 
s'employer  entierement  a  arracher  de  son  cceur  les 


oculos  digna  cum  gratiarum  actione  reducere  curat. 
Prorecto  cum  fuerint  in  vasculo  pectoris  pislillo  crebrse 
meditalionis  contusa  atque  contrita,  deinde  igne  sancti 
desidcrii  simul  decocta  omnia,  et  demum  impinguata 
oleo  lietitice ;  erit  unctio  longe  pretiosior,  excellentiorqne 
priore.  Snflicit  ad  probandum  ejus  testimonium  qui  ait  : 
Sacrificium  laudis  honorificabit  me.  Nee  dubium  quin 
excitet  ad  laudandum  beneflciorum  recordatio. 

8.  Porro  cum  scriptura  hoc  solum  tesletur  de  illoalio, 
quia  ncquaquam  despicitur ;  liquet  amplius  esse  com- 
mendatum,  quod  et  bonorificat.  Denique  illud  pedibus 
apponitur,  hoc  capiti.  Si  enim  in  Christo  caput  ad  divi- 
nitatem  referendum  est,  dicente  Paulo,  caput  Christi 
Deus;  proculdubio  caput  ungit,quigratias  agit,  quoniam 
Deum  tangit,  non  hominern.  Non  quia  nun  sit  homo 
qui  Beus  est,  siquidem  Deus  et  homo  unus  est  Christus  : 
sed  quia  omne  bonum  a  Deo,  non  ab  homine  est,  etiam 
ipsum  quod  per  hominern  minislratur.  Profecto  enim 
spiritus  est  qui  vivificat,  caro  non  prodest  quidquam. 
Propterea  et  malcdictus  quispem  suam  ponit  in  homine  : 
quoniam  etsi  spes  nostra  tota  merito  pendet  ex  homine 
Deo ;  non  tamen  quia  homo ,  sed  quia  Deus  est. 
Ilaque  illud  pedibus,  hoc  capiti  exhibetur  :  quoniam  et 
humiliatio  contriti  cordis  humUitati  congruit  carnis,  et 


majesta'em  decet  glorificatio.  En  quale  unguentum  pro- 
posui  vobis,  quo  se  nimirum  tangi  c.iput  illud  tremen- 
dum  principalibus  non  ducit  indignum,  imo  et  honoris 
insigne  judical,  dicens  :  Sacrificium  laudis  honori- 
ficabit me. 

9.  Quamobrem  non  est  pauperis  et  inopis,  seu  pusilli 
cordis  aninise,  conliccre  istiusmodi  unctionem,  nempe 
cujus  aromata  et  species  sola  conlidentia  possidet,  quae 
tamen  de  libertale  spiritus  et  cordis  puritate  descendat. 
Qu;n  enim  pusillanimis  est  et  modicae  fidci  mens,  rei 
suse  familiaris  tenuitatc  constringitur,  nee  valet  prns 
inopia  otiari  ad  vacandum  divinis  laudibus,  seu  his,  quae 
laudes  pariunl,  inluendis  beneficiis.  Et  si  quando  certe 
conatur  assurgere,  confestim  domesticarum  necessilatum 
curis  urgentibus  revocatur  ad  sua,  et  in  se  comprimi 
propria  egestate  compellitur.  Quod  si  hujus  miseria? 
quaaritur  a  me  causa,  dicam  quod  ipsi  in  vobis  (nisi 
fallor)  aut  esse,  aut  fuisse  recognoscetis.  Duabiis  de 
causis  vidctur  mihi  hujuscemodi  aninn  aegriludo  et  dif- 
fidentia  solere  contingere,  aut  de  novilate  videlicet  con- 
versionis,  aut  certe  de  conversationis  tepore,  etiamsi  in 
conversione  longum  tempus  habuerit.  Utrumqne  pro- 
fecto humiliat  et  dejicit  conscicntiam,  et  inquietamfacit, 
dum  sive  pro  tempore,  sive  pro  tepore   antiquas   anima 


173 


OF.UVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


opines  Jcs  iniquites  el  les  ronces  des  convoitises,  elle  apotres  sortaient  avec  joie  de  la  presence  des  juges,  r^jouisent  i 
ne  pent  pas  prendre  I'essor  bien  loin.  Ed  effet,  com-  parce  qu'ils  avaient  elo  trouves  dignes  de  soufirir  docoparfum. 
ment  celui  qui  se  fatigue  a  gemir  et  a  soupirer,  des  affronts  pour  le  nom  de  Jesus  (Act.  v,  45).  » 
pourra-t-il  en  meme  temps  se  rejouir  dans  les  Certes,  ces  hommesdont  la  douceur  etait&repreuve, 
louanges  deDieu?  Comment  « les  actions  de  graces  oon-seulemenl  des  paroles,  mais  des  conns  de 
et  les  paroles  de  louange  (ha.  li.  3), »  pour  me  fouets,  etaienl  bien  remplis  de  cette  onction  de 
servir  de  l'expression  du  prophete  Isale,  poorront-  I'esprit.  Car  ils  etaienl  riches  en  charite,  cette  vertu 
elles  resonner  dans  la  bouche  de  celui  qui  pleure  qui  ne  s'epuise  jamais,  quelque  depense  qu'on  en 
ets'aftlige  sans  cesse?  Car,  comiue  nousapprciid  le  fasse,  et  elle  leur  fournissait  aisement  de  quoi 
Sage,  «  La  musique  avec  les  larmes  esl  une  chose  offrir  de  grasses  et  belles  vie  times,  Leurs  cceurs 
bien  importune  txn.  6). »  Dailleurs  Taction  repandaient  partout  une  sainte  liqueur,  dentils 
de  grace  ne  precede  pus  le  bienfait,  elle  le  suit.  Or,  etaienl  pleinement  imbus,  lorsqu'ils  publiaieat  les 
lame  qui  est  encore  dans  la  tristesse,  ne  se  rejouit  grandeurs  de  Dieu  en  diverses  langues,  scion  que 
pas  d'avoir  rem  un  bienfait,  mais  a  besoin  de  le  le  Saint-Esprit  les  inspirait  (Act.  H,  2).  On  ne  sau- 
recevoir.  Elle  a  done  sujet  de  faire  des  prieres,  rait  douter  que  ceux  dont  l'Ap6tre  parlait  en  ces 
mais  elle  n'en  a  point  de  rendre  des  actions  de  gra-  termes  :  « Je  remercie  sans  cesse  mon  Dieu,  pour 
ces.  Car  comment  pourra-t-ellereconnaitre  une  fa-  vous,  de  la  grace  qui  vous  a  ete  donnee  en  Jesus- 
veur  qu'on  ne  lui  a  pas  faite?  Ce  a' est  done  pas  sans  Christ,  parce  que  vous  avez  acquis  toutes  sortes  de 
raison  que  jai  dit,  qu'il  n'appartient  pas  a  une  ame  richesses  en  lui,  les  richesses  de  la  parole  et  les  ri- 
pauvre  de  faire  ce  parfum,  qui  se  compose  du  sou-  chesses  de  la  science,  en  sorte  qu'aucune  grace  ne 
vemr  ilcs  bienfaits  de  Dieu,  attendu  qu'elle  ne  peut  vous  manquant,  le  temoignage  de  Jesus-Christ  soit 
pas  voir  la  lumiere,  taut  qu'elle  regard e  les  tenebres.  accompli  et  continue  en  vous  (i  Cor.  I,  li).  »  ne 
Elle  est  dans  1'amertume  ;  et  le  triste  souvenir  de  fussent  abondamment  fournisde  cette  sorte  de  par- 
ses peches  occupe  si  fort  si  nienioire,  qu'elle  n'y  fum.  Dieu  veuille  que  je  puisse  aussi  rendre  ces 
pent  admettre  aucun  sujet  de  joie.  C'est  a  ces  per-  niemes  actions  de  graces  pour  vous,  et  vous  voir 
sonnnes  que  s'adressel'Espritprophetiquede  David,  riches  en  vertus,  gais  dans  les  louanges  de  Dieu, 
lorsqu'ildit :  « C'est  en  vain  que  vousvouslevezavant  et  remplis  jusqu'a  deborder,  de  cette  onction  spi- 
le jour  (Psal.  gxxvi.  2).  »  En  d'autres  termes,  c'est  rituelle  en  Jesus-Christ  notre  Seigneur, 
en  vain  que  vous  vous  levez  pour  regarder  les  bien- 


faits qui  rejouissent  l'ame,  si  vous  ne  recevez  d'a- 

bord  la  lumiere   qui  la  console  des   peches   qui  la 

troublent .  Ce  parfum  u'est  doncpas  celui  des  pauvres. 

__.      .  10.  Mais  voyez  qui  sont  ceux    qui  ont  raison 

Qui  soot  ceui  J       i 

qui  se      de  se  glorilier   d'eu  avoir  en   abondance  :  «  Les 


SERMON  XI. 

//  faut  rcmarquer  deux  choses  principales  dans   la 
redemption  des  liommes,  le  fruit  que  nous  en  tirons, 
et  la  manic)  e  dont  elle  s'est  accomplie. 
1.  J'ai  dit  a  la  iin  du  discours  precedent,  et  je  le 


passiones  necdura    in    se    emortuas    eenlit  :  et  necesse 
proinde  habens  resecandis  intendcre  de  cordis    hortulo 
spinis  iniquilalum  et  urticis  cupiditatum,  longius    a  se- 
metipsa  evagari  non  sinitur.  Quid  enim?  qui   laborat  in 
gemitu  suo,  poteritne  siinnl  el  in  Dei  landibus  exsullare? 
Quonain  modo  in  ore  gementis    el    plangentie    sonabit 
pariter   illud    Isaia;,    graiiarum    scilicet  actio,   ct    vox 
laudisl  Nam  sicut  a  sapiente accipimus,  Musica  in  luctu, 
importune  narraiio  est.  Denique  graiiarum    actio  bene- 
ficium  sequitur,  non    prat-edit.    Qua;   autcm   adbuc  in 
tristitia  est  anima,  beneflcio   non    gaudet,    sed  indiget. 
Habet  ergo  unde  preces  olTcrat;  non  autem  unde  referat 
grates.  Quomodo  enim   recolet    benclicium,   quod   non 
accepit?  Mcrito  proinde  dixi,  non  esse  anima'  pauperis 
conficere  boc  unguentum,    quod    de    recolendis  diviuis 
beneuciis  componi  debet  :  quoniam    non    potest  videre 
luccm,  donee  tenebras  intuelur.  Nempe   in  amaritudine 
est,  occupatque  memoriam  liislis  recordatio peccatorum, 
ncc  libet  hetum  miippiam  simul  admittere.  Idcirco  tali- 
bus  denuntiat  spirilus  propbeticus,  dicens  :    Vanum  est 
vobis  ante  lucem  surgere.  Quod  est,   frustra  surgitis  ad 
intuenda   bcneOcia    qua;  delcctant,    nisi  prius    recepto 
lumine  consolalionis  de  realibus  qui cunturbant.  Non  est 
ergo  paupcrum  hoc  unguentum. 
tO.  Sed  videte  quinam  de  ejus   copia   non   immerito 


gloricntur.  Ibant  gaudentes  Apostoli  a  conspectu  con- 
ci/ii,  quoniam  digni  habiti  sunt  pro  nomine  Jesu  contu- 
me'liam  pati.  Multum  sibi  profecto  instillaverant  de 
pinguedine  spiritus,  quorum  lenitas  non  dico  verbis,  sed 
aec  Mibcribus  cessit.  Erant  enim  divites  in  charilate, 
qiue  nullis  exhauritur  expensis,  et  de  ipsa  facile  liolo- 
causta  medullata  offerre  sufBciebant.  Fundebant  passim 
sudanlia  pectora  liquorem  sanctum,  quo  imbula  plenus 
erant,  quando  loquebantur  variis  Unguis  magnalia  Dei, 
prout  Spiiilus-Sanctus  dabat  eloqui  illis.  Nee  dubium 
quin  el  illi  abundareiit  iisdem  unguenlis,  quibus  Apos- 
tolus testimonium  perhibebat,  dicens  :  Gratias  ago  Deo 
rneo  semper  pro  vobis  in  gratia  Dei,  qua;  data  est  vobis 
in  (  lu-istn  Jesu  :  quia  in  omnibus  divites  facti  estis  in 
illo,  in  innni  verba  et  in  onini  scientia,  sicut  testimonium 
Christi  confirmatum  est  in  vobis,  ila  ut  nihil  vobis  desit 
in  ulla  jraitb. Utinam  et  pro  vobis  ego  has  ipsas  gratias 
rcferre  possim,  ut  videam  vos  divites  in  virtutibus, 
alacres  in  laudibus  Dei,  spirituali  hac  pinguedine 
abundantiuredundanles  in  Christu  Jesu  Domiuo  nostra. 

SERMO  XI. 
De  duobus,  hoc  est  fructu  et  modo,  pertinentibus  ad  opus 
humanat  redemptionis. 
1.  Dixit  in  fine  sermonis,  ncc  me  iterare  piget,   quod 


ONZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


173 


s^bon^nonr  repete  encore  bien  volontiers,  que  je  desire  vous 


deux 
causes. 


voir  participer  tous  a  cette  onction  sacree  par  la- 
quelle  la  piete  se  souvient  des  bienfaits  de  Dieu 
avec  joie  et  action  de  graces,  Car  cela  est  exfre- 
mement  avantageux,  parce  qu'il  sert  a  alleger  les 
travuux  de  la  vie  presente,  qui  deviennent  plus 
supportables  lorsque  nous  nous  rejouissons  dans  les 
louanges  de  Dieu,  et  parce  que  rien  ne  represente 
aussi  parfaitement  sur  la  terre  l'etat  des  bienheu- 
reux  dans  le  ciel,  que  l'allegresse  de  ceux  qui 
louent  Dieu.  C'est  pour  cela  que  l'Ecriture  dit  : 
«  Heureux  ceux  qui  derneurent  dans  votre  maison, 
Seigneur,  ils  vous  loueront  dans  les  siecles  des 
siecles  (Psal.  uxxin,  5).  »  Je  pense  que  c'est  par- 
tieulierenient  ce  parfum  que  le  Prophete  avait  en 
vue  quand  il  s'ecriait  :  «  Comme  il  est  bon  et 
agreable,  pour  des  freres  d'babiter  ensemble  !  C'est 
comme  un  parfum  precieux  repandu  sur  la  tete 
(Psal.  cxxxn,  5).  »  Car  il  semble  que  cela  ne  peut 
convenir  au  premier  ;  en  ell'et,  s'il  est  bon,  il  n'est 
pourtant  point  agreable,  attendu  que  le  souvenir 
des  pecbes  ne  cause  pas  du  plaisir,  mais  de  l'amer- 
tume.  D'ailleurs,  ceux  qui  le  composent  ne  de- 
rneurent pas  ensemble,  car  cbacun  pleure  a  part 
ses  propes  pecbes.  Quant  a  ceux  qui  se  repandent 
en  actions  de  graces,  ils  ne  regardent  que  Dieu, 
et  ne  pene  :it  qua  lui;  c'est pourquoi ilsdemeurent 
vraiment  ensemble.  Or,  ce  qu'ils  font  non-seule- 
ment  est  bon,  car  ils  reservent  la  gloire  a  celui  a 
qui  elle  appartient  legitimement,  mais  agreable, 
puisqu'il  leur  procure  beaucoup  de  satisfaction. 

2.  Voda  pourquoi  je  vous  conseille  a  vous,  qui 
etes  mes  amis,  de  vous  arracher  quelquefois  au 
souvenir  facheux  et  penible  de  vos  pecbes,  et  de 
marcher  d  ,;is  un  chemm  plus  mri,  en  vous  entre- 
tenant  de  pensees  agreables,  et  en  repassant,  dans 


votre  memoire,  les  bienfaits  de  Dieu,  afin  que  les 
regards  que  vous  jetterez  sur  lui  vous  fassent  un 
peu  respirer  de  l'abattement  et  de  la  confusion  que 
vous  cause  la  consideration  de  votre  faiblesse.  Je 
veux  que  vous  suiviez  le  conseil  que  donne  le  Pro- 
pbete, lorsqu'il  dit  :  c  Rejouissez-vous  dans  le  Sei- 
gneur, et  il  vous  accordera  ce  que  votre   cceur  lui 

demande  {Psal.  xxxvi,  U) .    »   II  est  necessaire    de  I!  fant  ld™- 

•      iiii  i  .  i  •  ■      •,  Clr  le  s"are- 

concevoir  de  la  douleur  de  ses  pecbes,  mais  il  ne  nir  du  pechS 

faut  pas  qu'elle  soit  continuelle,  et  on  doit  la  me-  J*rd^  £f°n"_ 
langer  du  souvenir  agreable  de  la  clemence  de  faitsde  Dieu. 
Dieu,  de  peur  que  la  trop  grande  tristesse  n'endur- 
cisse  le  cceur  et  que  le  desespoir  n'acbeve  sa  perte. 
M  felons  le  miel  avec  1'absinthe,  afin  que  ce  breuvage, 
d'une  salutaire  amertume,  tempere  par  quelque 
douceur,  puisse  se  boire  et  donner  la  vie.  Ecoutez 
comme  Dieu  meme  tempere  l'amertume  d'un  cceur 
contrit,  comme  il  retire  de  l'abime  du  desespoir, 
celui  qui  est  dans  la  langueur  et  le  decouragement, 
comme  par  le  miel  d'une  douce  et  fidele  promesse, 
il  console  celui  qui  est  dans  la  tristesse  et  releve 
celui  qui  est  dans  la  defiance.  II  dit  par  son  Pro- 
pbete :  «  Je  mettrai  mes  louanges  dans  votre  bou- 
clie  pour  vousen  servir  comme  d'un  frein,  de  peur 
que  vous  ne  vous  perdiez  {ha.  xlviii,  9)  ;  »  c'est- 
a-dire,  de  peur  que  la  vue  de  vos  pecbes  ne  vous 
jette  dans  une  tristesse  excessive,  et,  qu'emporte 
par  le  desespoir,  comme  un  cheval  qui  n'a  plus  de 
frein,  vous  ne  tombiez  dans  le  precipice  etne  peris? 
siez.  Je  vous  retiendrai,  dit-il,  comme  par  le  frein 
de  ma  misericorde,  je  vous  releverai  par  mes 
louanges,  et  vous  respirerez  a  la  vue  de  mes  bien- 
faits, au  lieu  de  vous  abaltre  par  celle  de  vos 
maux,  quand  vous  me  trouverez  plus  indulgent 
que  vous  ne  vous  jugerez  coupable.  Si  Cain  avait 
ete  ai'rete  par  ce  frein,  il  n'aurait  pas  dit  en  se 


cupiam  vos  onines  fieri  sacra  unctionis  participes,  illius 
videlicet,  in  qua  Dei  beneficia  cum  laetitia  et  gratiarum 
actione  recolit  sancta  devotio.  Hoc  enim  bouum  est,  turn 
propter  rclevandos  vita?  pra>sentis  labores,  qui  utique 
tolerabiliores  nobis  liunt  exsultantibus  in  luude  Dei  : 
turn  quia  nihil  ita  proprie  quemdam  terris  rcpr;esentat 
ccelestis  habitationis  statum,  sicut  alacritas  laudantium 
Deum,  Scriptura  dicente  :  Beati  qui  habitant  in  domo 
tua  Domine!  in  so?cula  sieculorum  laudabunt  te.  De  hoc 
praecipue  unguento  putodixissc  Prophetam  :  Ecce  quam 
bonum  et  quam  jucundum  habitare  fratres  in  unum ; 
sicut  unguentum  in  capite.  Neque  enim  priori  videtur 
posse  congruere.  Mud  enim  etsi  bonum  sit,  non  est 
tamen  jucundum  :  quia  recordatio  peccatorum  amari- 
tudinem  facit,  non  jucundilatem.  Sed  nee  qui  illud  fa- 
ciunt,  in  unum  habitant,  cum  quisque  peccata  propria 
lugebat  atqne  deploret.  Qui  vero  in  gratiarum  actione 
versantur,  Deum  solum  intuentur  et  cogitant;  ac 
per  hoc  ipsi  vere  habitant  in  unum.  Bonum  est  au- 
tem  quod  faciunt,  quia  servant  ci  justissime  gloriam 
cujus  est  :  et  nihilo  minus  jucundum,  quia  delectat. 

2.  Quamobrem   suadeo    vobis  amicis  meis   retlectere 
interdum  pedem  a  molesta  et  anxia  recordatione  viarum 


vestrarum,  et  evadere  in  itinera  planiora  serenioris  me- 
mori;e  bencficiorum  Dei  ;  ut  qui  in  vobis  coufundimini, 
ipsius  intuitu  respiretis.  Volo  vos  experiri  illud  quod 
sanctus  Propheta  consulit,  dicens  :  Defeature  in  Domino, 
et  dabit  tibi  petitiones  cordis  tui.  Et  quidem  necessarius 
dolor  pro  peccatis,  sed  si  non  sit  continuus.  Sane  inter- 
poletur  lajtiori  recordatione  divinae  benignitatis,  ne  forte 
pra;  tristitia  induretur  cor,  et  desperatione  plus  pereat. 
Misccamus  absinthio  mel,  ut  salubris  amaritudo  salutem 
dare  tunc  possit,  cum  immixto  temperata  dulcore  bibi 
poterit.  Audi  denique  Deum,  quomodo  ipse  contriti  cor- 
dis temperat  amaritudinem,  quomodo  pusillanimem  a 
desperationis  barathro  revocat,  quomodo  bland33  et  fide- 
lis  promissionis  melle  ma;ientem  consolatur,  erigit  dif- 
fidentem.  Ait  per  Prophetam  :  Ego  infrenabo  os  tuum 
laude  men,  ne  inlereas.  Hoc  est,  Ne  intuitu  facinorum 
tuorum  nimiam  incurras  trislitiam,  atque  instar  effrenis 
equi  desperatus  in  praeceps  ruas,  et  pereas ;  freno  te, 
inquit,  inhibebo  indulgentiae  mea>,  et  meis  laudibus  eri- 
gam,  respirabisque  in  bonis  meis,  qui  de  tuis  confunde- 
ris  malis,  dum  me  sane  benigniorem,  quam  te  culpabi- 
liorem  invenies.  Hoc  freno  si  infrenatus  fuisset  Cain, 
nequaquam  desperando   dixisset  :    Major   est   iniquitas 


174 


OEEVRES  DE  SAINT  RERXARD. 


desesperant :  «  Mon  crime  est  trop  errand  pour  me- 
riter  qu'on  me  le  pardonne  (Gen.  iv,  13).  »  Dieu 
nous  garde  de  ce  sentiment,  oui,   qu'il  nous  en 
garde.  Cai  sa  bonte  est  plus  grande  que  quelque 
crime  que  ce  soit.  C'estpourquoi  leSagene  dil  pas, 
quo  le  juste   s'accuse  toujours,  il  dit   seulement 
qu'il  s'accuse  au  commencement  de  son  discours 
[Prov.  svm,  17  .  qu'U  a  coutume  de   finir  par  les 
louanges  de  Dieu.  Voyez  tin  juste  qui  observe  cet 
ordre.  a  J'ai  examine,    dit-il,    mes  actions   et  ma 
conduite,  et  j'ai  dress6  mes  pas  dans  la  voie  <le  vos 
louanges  Psal.  ...win.  59),  a  afin  que,  apres  avoir 
souffert  beaucoup  de  fatigues  et  de  peines  dans  ses 
proprt-s   voies,    il    se  rejouisse    dans   la    voie    des 
louanges  de  Dieu,  comme  dans  la  possession  de 
toutes  les  ricbesses  du  monde.  Et   vous    aussi,    a 
l'exemple  de  ce  juste,  si  vous  avez  des  sentiments 
d'humilite  de  vous-memes,  ayez  du  Seigneur  des 
sentiments  de  confiance   en  sa   bonte  souveraine. 
Car  vous  lisez  dans  le  Sage  :  «  Croyez   que  le  Sei- 
gneur est  plein  de  bonte,  et  cherchez-le  en  simpli- 
city de  coeur  [Sap.  i.  1  .  »  Or,  e'est  ce  que  le  sou- 
vl nit  frequent,  que  dis-je?  continuel  de  la  libe- 
rality de  Dieu  persuade   aisement  a   l'esprit.  Au- 
trement,  comment  s'accompliraient  ces  paroles  de 
l'Apotre  :  «  Rendant  des  actions  de  graces  en  toutes 
choses  (i  Thess.  v,  17),  »  si  on  banit  du  cceur   les 
sujetsde  gratitude  et  de  reconnaissance?  Jene  veux 
pas  qu'on  vous  fasse  le  reproche  honteux  que  l'E- 
criture  adresse  aux  Juifs,  en  disant  :  «  lis  ne  se 
sont  pas  souvenus  de  ses  bienfaits,  ni  des  merveil- 
les  doutils  onteteles  temoins  oculaires(fta/.  i.xxvn, 
11).  » 
II  faot  medi-      3.  Mais  comme  il  est  impossible  a  qui  que  ce  soit 
tout  s™ia   de  repasser  en  son  esprit,  et  de  se  rappeler  tous  les 


biens  que  le  Seigneur,  si  plein  de  misericorde  et  redemption. 

de  bonte,  ue  cesse  de  repandre  sur  les  homraes, 

car,  comme  dit  le  Prophete,  qui  sera  capable   de 

ra  uui'i'  les  miracles  da  la  puissance  du  Seigneur, 

et  de  le  loner  a  proportion   de   ce   qu'il    merite 

(Psal.  cv,  2  '.'  One  du  moins  le  principal  et  la    plus 

grande  de  ses  ceuvres,  je  veui  dire  l'ceuvre   de 

notre  redemption,  ne.  s'eloigne  jamais  de  la  me- 

moire  de  ceux  qui  ont  ete  racheles.  Or,  dans  celte 

u'uvre,  il  y  a  deux  choses  qui   me  viennent  a  la 

pensee,  que  je  tacherai  de  vous  faire  remarquer, 

et  tela  le  plus  brievement   qu'il  me  sera   possible, 

afin  d'abreger,  car  je  n'ai  pas  oublie  cette  parole  : 

«  Donnez  occasion  au  sage,  et  il  sera  encore  plus 

sage  (Prov.  ix,  9).  »  Ces  deux  choses  sont,  la  ma-  ^  *  a  ^™* 

niere  dont  elle  s'est  faite,  et  le  fruit  qu'elle  produit.  tout  a  consi- 

I.a  maniere  consiste  dans  l'aneautissementde  Dieu,  ^djmpiion, 

et  le  fruit,  en  ce  que  nous  sommes  remplis  de  lui.   ?on  fru!l :  et 
*  l  la  manure 

Me. liter  sur  le  fruit,  e'est  semer  en  nous  une  sainte     dont  elle 

nice  ;  et  mediter  sur  la  maniere,  e'est  allumer 
en  nous  un  amour  tres-ardeut.  L'un  et  l'autre  sont 
necessaires  a  notre  avancement,  pour  empecher  ou 
que  notre  esperance  ne  soit  mercenaire,  si  elle 
n'est  accompagnee  d'amour,  ou  que  notre  amour 
ne  se  refroidisse,  si  nous  le  croyons  iufructueux. 

!i.  Or  le  fruit  que  nous  attendons  de  notre  amour  ^  frnit  e'est 
est  celui  que  l'objet  de  notre  amour  nous  a  promis  'a  p'en'iude 
par  ces  paroles  :  «  lis  vous  douneront,  dit-il,  une 
mesure  pleine,  pressee,  entassee,  et  qui  debordera 
(Luc.  xvi,  38).  »  Cette  mesure,  a  ce  que  je  vois,  sera 
sans  mesure.  Mais  je  voudrais  bien  savoir  de  quoi 
sera  remplie  cette  mesure,  ou  plutot  cette  immen- 
site  qui  nous  est  promise.  «  Xul  ceil,  hormis  le  votre, 
6  mon  Dieu,  n'a  vu  les  biens  que  vous  avez  prepa- 
res a  ceux  qui  vous  aiment  (ha.  lxiv,  U)  .  »  Dites- 


al.  magni- 
figeulia:. 


a  est  accom- 

[■lie. 


mea,  quam  ut  veniam  merear.  Absit,  absit.  Major  enim 
est  eju<  piel  is,  quam  quaevis  iniquilas.  Ideo  Justus  non 
continue,  sed  lantum  in  principio  sermonis  accusator  est 
sui  :  porro  autem  in  Dei  laudes  extrema  sermonis  clau- 
dcre  consuevit.  Videte  denique  justum  hoc  ordine  pro- 
cedentem.  Cogitavi,  ait,  vias  meas,  et  converti  pedes 
meos  in  testimonin  tun,  ut  qui  videlicet  contritionem  et 
infelicitatem  in  viis  propriis  perpessus  fueral,  in  via  tes- 
timoniorum  Dei  delcctaretur,  sicut  in  omnibus  divitiis. 
Et  vos  igitur  exemplo  jusli,  si  de  vobis  in  Immilitate 
sentitis,  sentite  et  de  Domino  in  bonitale.  Sic  enim  le- 
gitis  apud  Sapientem  :  Sentite  de  Domino  in  bonila 
in  timpticitaie  cordis  qucerite  ilium.  Hoc  autem  facile 
menli  peneuadet  divinae  munificcntiae  "  frequens,  imo 
continua  recordalio.  Alioquin  quomodo  implebitur  apos- 
tolicum  illud,  In  omnibus gratias  agentes,  si  ea  pro  qui- 
bus  gratiae  debentur,  a  corde  recesserint?  Nolo  vos  Ju- 
daico  notari  opprobrio,  de  quibus  Scriptura  testatur, 
quod  non  fuerint  memores  benefactorum  ejus,  et  mira- 
bilium  ejus  quae  oslendil  eis. 

3.  Verum  quoniam  bona,  quae  largiri  mortalibus  non 
cessat  misericors  et  oiiserator  Dominus,  recolerc  et  re- 
colligere  omnia,  omni  homini  impossible  est ;  (Quis 
enim  loquetur  potentias  Domini,  auditas  faciei  omnes 


laudes  ejus?)  id  saltern,  quod  proecipuum  est  et  maxi- 
mum, opus  videlicet  nostras  redemptionis,  a  memoria 
rcdemptorum  aliquatenus  non  rcccdat.  In  quo  opere  duo 
simum,  qliae  nunc  occurrunt,  vestris  studiis  iuti- 
mare  curabo.  Et  hoc  quam  paucis  ad  compendium  po- 
tero,  memor  illius  sententiae  :  Da  occasionem  sapienti, 
ieniior  erit.  Duo  ergo  ilia  sunt,  Modus  ct  fructus. 
Et  modus  quidem  Dei  exinanitio  est ;  fructus  vero  nos- 
tri  de  illo  repletio.  Hoc  medilari,  sancla-  spei  semina- 
rium  est ;  illud  summi  amoris  incentivum.  Utrumque 
profectibus  nostris  necessarium,  ne  aut  spes  mercenaria 
sit,  si  amore  non  comitetur ;  aut  amor  tepescat,  si  in- 
fructuosus  putetur. 

4.  Porro  fructum  talem  exspectamus  nostri  amoris, 
qualem  ipse  quem  amamus,  promisit  :  Mensuram  in- 
quiens,  plenam,  et  confertam,  et  coagitntam,  et  super 
ef/luentem  dabunt  in  sinum  oestrum.  Mensura  ista,  ut 
audio,  erit  sine  mensura.  Sed  velim  scire,  cujus  rei 
futura  sit  ilia  mensura,  vel  potius  ilia  immensitas  qua; 
repromittitur.  Osculus  non  vidit,  Deus,  absque  te,  quce 
praparasli  diligenlibus  te.  Die  nobis  tu  qui  pr;eparas. 
quid  pra?paras?  Crcdimus,  contidimus,  revera  sicut  pro- 
mitlis  Replebimur  in  bonis  domus  turn.  Sed  quibus, 
quaeso,  bonis,  vel  qualibus  ?  Forte  frumento,  vino,  et 


ONZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


175 


nous,  s'il  vous  plait,  quels  sont  les  biens  que  vous 
preparez,  vous  qui  les  preparez.  Nous  croyons  et 
nous  esperons  avec  confianee,  puisque  vous  nous  le 
proraettez,  que  «  nous  serons  combles  des  biens  de 
votre  maison  (Psal.  lxiv,  5).  »  Mais  de  quels  biens  ? 
Est-ce  du  froment,  du  vin,  de  l'huile,  de  l'or,  de 
l'argent  ou  de  pierres  precieuses  ?  Mais  nous  avons 
connu  et  vu  ces  choses,  nous  les  voyons  encore  et 
les  meprisons.  Nous  eherchons  ce  que  l'oeil  n'a 
point  vu,  ce  que  l'oreille  n'a  point  entendu,  ce  qui 
n'est  tombe  dans  la  pensee  d'aucun  bomrae.  Voila 
ce  qui  nous  plait,  et  ce  que  nous  soubaitons,  voila, 
quoi  que  ce  soit,  ce  que  nous  somnies  bien  aises  de 
chercher,  «  Dieu  les  eclairera  tous  interieurement, 
dit-il,  et  il  sera  toutes  choses  en  tous  (Joan,  vi, 
45).  »  A  ce  que  j'entends,  la  plenitude  que  nous 
attendons  de  Dieu,  ne  sera  que  de  Dieu  meme, 
Lea  biens  de  5.  Qui  pent  comprendre  la  douceur  ineffable 
quant  i'vl-  renfermee  dans  ce  peu  de  paroles,  «  Dieu  sera 
me-  toutes  choses  en  tous  ?»  Pour  ne  rien  dire  du  corps, 
•  il  y  a  trois  facultes  dans  l'aine  :  La  raison,  la  vo- 
■  lonte  et  la  metnoire  :  et  ces  trois  facultes  sont  l'ame 
I  meme.  Toute  personne  spirituelle  reconnait  assez 
combien  il  lui  manque  en  ce  monde,  pour  etre  en- 
tiere  et  parfaite.  Pourquoi  cela,  sinon  parce  que 
Dieu  n'est  pas  encore  toutes  choses  en  tous?  C'est 
ce  qui  fait  que  la  raison  se  trompe  souvent  dans 
ses  jugements,  que  la  volonte  est  agitee  de  troubles 
et  de  passions,  et  que  la  memoire  est  confuse  par 
l'oubli  de  quantite  de  choses  qu'elle  perd.  Une 
creature  si  noble  est  soumise  malgre  elle  a  cette 
triple  vanite,  bien  qu'elle  espere  un  jour  en  etre 
delivree.  Car  celui  qui  comble  les  desirs  de  l'ame 
par  une  allluenee  de  biens,  sera  lui-meme  a  la 
raison  une  plenitude  de  lumiere,  a  la  volonte  une 
abondance  de  paix,  et  a  la  memoire  un  objet  tou- 
jours  present  et  eternel.   0  verite,   6  charite,  6 


oleo,  auro,  atque  argento,  lapidibusve  pretiosis  ?  Sed 
haec  novimus  et  vidimus  ;  et  videraus,  et  fastidimus.  Id 
quajrimus,  quod  oculus  non  vidit,  nee  auris  audivit, 
nee  in  cor  hominis  ascendit.  Hoe  placet,  hoe  sapit,  hoc 
delectat  inquirere,  quodcumque  est  illud.  Erunt,  inquit, 
omnes  docibiles  Dei,  et  ipse  erit  omnia  in  omnibus.  Ut 
audio,  plenitudo  quam  exspeotamus  a  Deo,  non  erit  nisi 
de  Deo. 

5.  Quis  vero  comprehendat,  quam  magna  multitudo 
dulcedinis  in  brevi  isto  sermone  sit  comprehensa,  Erit 
Deus  omnia  in  omnibus  ?  Ut  de  corpore  taceam,  in 
anima  tria  intueor  :  rationem,  voluntatem,  memoriam  : 
et  baec  tria  ipsam  animam  esse.  Quantum  cuique  borum 
in  praisenti  saeculo  desit  de  integritate  sua  et  perfec- 
a?.ncmt.  tione,  scnt^  "  omnis  qui  ambulat  in  spiritu.  Quare  hoe, 
nisi  quia  Deus  nondum  est  omnia  in  omnibus  ?  llinc  est 
quod  et  ratio  saepissime  in  judiciis  fallilur,  et  voluntas 
quadrupliei  peturbatione  jactatur,  et  memoria  multipliei 
oblivione  eonfundilur.  Triplici  huic  vanitati  nobilis  crea- 
tura  subjecta  est  non  volens,  in  spe  tamen.  Nam  qui  re- 
plet  in  bonis  desiderium  anima,  ipse  rationi  futurus  est 


plenitudo  lueis,  ipse  voluntati  multitudo  pacis,  ipse  me- 
moriae eontinuatio  aetemitatis.  0  Veritas,  charitas,  aeter- 
nitas !  0  beata  et  beatifioans  Trinitas  !  ad  te  meamisera 
trinitas  miserabiliter  suspirat,  quoniam  a  te  infeliciter 
exsulat.  Discedens  a  te  quantis  se  iutricavit  crroribus, 
doloribus,  timoribus  !  Heu  me  !  qualem  pro  te  com- 
mutavimus  trinitate  !  Cor  meutn  co?iturbatum  est,  et 
hide  dolor  :  dereliquit  me  virtus  mea,  et  inde  pavor  ;  et 
lumen  oculorum  meorum  non  est  meeum,  et  inde  error. 
En  quam  dissimilem  trinitatem,  o  animas  me;e  trinitas, 
exsulans  ostendisti. 

C.  Verumtamen  quare  tristis  es  anima  mea,  et  quare 
conturbas  me?  Spera  in  Deo  quoniam  adhuc  eoniitcbor 
illi  ;  cum  error  videlicet  a  rationc,  a  voluntate  dolor,  at- 
que a  memoria  timor  omnis  recesserit ;  et  successerit 
ilia  quam  speramus  mira  serenilas,  plena  suavitas,  aHer- 
na  saecuritas.  Primum  illud  faeiet  Veritas  Deus,  secun- 
dum charitas  Deus,  tertium  summa  potestas  Deus  :  ut 
sit  Deus  omnia  in  omnibus,  ratione  recipiente  Iueem 
inexstinguibilem,  voluntate  paeem  imperrturbabilem 
consequente,  memoria  fonti  indeficienti  asternaliter  in- 


eternite!  0  Trinite  bien  heureuse,  et  source  de 
bonheur !  Ma  miserable  trinite  a  moi  soupire  Iris-  I 
tement  vers  vous,  parce  qu'elle  a  le  malheur  d'etre  ' 
eloignee  de  vous.  En  combien  d'erreurs,  de  peines 
et  de  craintes,  cet  eloignement  ne  l'a-t-il  point  plon- 
gee?  Helas  malheureux  que  je  suis,  quelle  trinite 
ai-je  echangee  contre  la  votre  ?  «  Mon  coeur  a  ete 
trouble,  »  c'est  le  sujet  de  ma  douleur  :  «  Mes 
forces  m'ont  quitte,  »  c'est  la  raison  de  macrainte  : 
«  La  lumiere  de  mes  yeux  m'a  abandonnee  [Psal. 
xsxvn,  11),  »  c'est  la  cause  de  mon  egarement.  0 
trinite  de  mon  ame,  que  vous  avez  trouve  dans  ce 
lieu  d'exil  une  trinite  diiferente  de  celle  de  mon 
Dieu! 

6.  Neanmoins,  «  6  mon  ame,  pourquoi  etes-vous 
triste,  et  pourquoi  me  troublez-vous?  Mettez  votre 
esperance  en  Dieu.  Car  j'espere  que  je  lui  rendrai 
encore  mes  actions  de  graces  (Psal.  xli,  6);  »  lorsque 
l'erreur  sera  bannie  de  ma  raison,  la  douleur  de 
ma  volonte,  et  la  crainte  de  ma  memoire,  et  que 
cette  inerveilleuse  serenite,  cette  parfaite  douceur, 
et  cette  securite  eternelle  que  nous  esperons,  auront 
succeile  a  tons  ces  maux.  La  verite  qui  est  Dieu, 
fera  la  premiere  de  ces  choses,  la  charite,  qui  est 
Dieu,  fera  la  seconde,  et  la  souveraiue  puissance, 
qui  est  Dieu,  fera  la  troisieme,  et  Dieu  sera  tout  en 
tous  ;  la  raison  recevra  une  lumiere  qui  ne  s'etein- 
dra  jamais,  la  volonle  jouira  d'une  paix  qui  ne  sera 
traversee  par  aucun  trouble,  et  la  memoire  s'atta- . 
chera  eternellement  a  une  source  inepuisable  de 
bonheur.  Voyez  si  on  ne  pourrait  point  attribuer  la 
premiere  au  Fils,  la  seconde  au  Saint-Esprit,  et  la 
troisieme  au  Pere,  en  sorte  pourtant  qu'on  n'en 
soustraie  aucune  ni  au  Pere,  ni  au  Fils,  ni  a  l'Es- 
prit,  de  peur  que  quelqu'un  ne  croie  que  la  dis- 
tinction des  personnes,  en  diminue  la  perfection, 
ou  que  leur  perfection  ote  ce  que  chacune  d'elles  a 


176 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


de  propre  el  de  particulier.  Considered  encore  si  Createur  n'a  eu  ni  peine  ni  mal  i  me  former.  11 

I  uats  (In  siecle  eprouvenl  rien  de  semblable  m'a  cr64  .(.mine  tons  les  autres  stres,  d'un  seal 

dans  les  plaisirs  de  la  chair,  dans  les  spectacles  du  mot.  La  grande  affaire  de  donner  meme  les  pins 

monde,  et  dans  les  pompes  de  Satan ;  et  n6anmoins  grandes  choses,  quand  il  n'en  coute  qn'nne  parole ! 

c'est  par  ces  choses  que  la  we  presents  s6dui<  ses  Voila  comment  I'impiete'  des  homines  diminnait  le 

miserables  amateurs,  suivant  cette  parole  de  saint  bienfail  de  la  creation,  et  tirait  ira  sujet  d'ingrati- 

Jean :  o  Tont  ce  qui  esl  di  as  le  monde  est  concu-  tude  de  ce  qui  devait  etre  la  cause  deleur  amour, 


II  y  a  trois 

chose- 

;'i  considerer 
a-ins  la  oia- 
nu  re  de  la 
redemption. 


Ponrquoi 
Dieu  a-l-il 
taut  soullerl 
poor  nous 

racheter. 


piscence  de  la  chair,  concupiscence  des  yeux,  et 
ambition  du  siecle  (/  Joan,  n,  17).  »  Voila.  pour  ce 
qui  est  du  fruit  .le  la  redemption. 
7.  Quant  a  la  maniere  de  la  redemption,  que 
avons  dit,  si  vons  vous  en  souvenez,  fitre 
l'aneantissement  de  Dieu,  je  rous  prie  d'j  conside- 
rer  aussi  principalement  trois  choses.  Car  ce  n'a 
pas  'He  un  simple,    un   mediocre  aneantissemenl; 


el  cela  pour  avoir  une  excuse  dans  leurs  peches. 
Mais  la  bouche  de  ecus  qui  tenaient  de  mediants 
discours  a  ete  ferrnee.  On  voit  plus  clair  que  le 
jour,  6  homme  miserable,  tout  ce  qu'il  en  a  coute 
a  Dieu  pour  te  sauver,  car  il  n'a  pas  dedaigne  de 
se  faire  esclavede  Seigneur  ,  pauvrede  riehe,  chair 
de  Verbe,  tils  de  l'homme  de  Ills  de  Dieu  qu'il  etait. 
Souvenez-vous  que  si  vous  ayez  ete  crees  de  rien, 
in.iis  un  aneantissement  qui  est  alle  jusqu'a  la  vous  n'avez  pas  ete  rachetes pour  rien.  C'est  en  six 
chair,  jusqu'a  la  mort,  jusqu'a  la  croix.  Qui  pent  jours  qu'il  a  cree  toutes  choses,  et  vous  avec  elles. 
se  faire  une  juste  idee  de  ce1  exces  d'humilite,  de  Mais  il  a  mis  trente  ans  a  operer  votre  salut  sur  la 
douceur,  de  bonte  ineffable,  quia  porte  une  Majeste  terre.  0  que  de  travaux  il  a  soutferts!  N'a-t-il  pas  T|°u(l|(^tq"0 
si  haute  et  si  souveraine  a  se  couyrir  d'une  chair,  accru  par  l'ignominie  de  la  croix,  les  infirmites  de  sooffert  dans 
asouffrir  lamort.a  etre  deshonoree  sur  une  croix?  la  chair,  et  les  tentations  de  l'ennenii,  et  ne  les  sa  Passlon- 
Mais  ondira  peut-etre  :  Le  Createur  ne  pouvait-il  a-t-ilpas  comblees  par  l'horreur  de  sa  mort?  Aussi 
reparer  son  ouvrage  sans  tant  de  peiues?  11  le  etait-il  necessaire,  Seigneur,  que  voulant  ainsi 
pouvait,  mais  il  a  mieux  aime  le  faire  par  les  souf-  sauver  les  hommes  et  les  betes,  pour  user  de  l'ex- 
frances,  afin  que  desormais  les  hommes  n'eussent  pression  de  votre  Prophete,  vous  augmentassiez 
plus  aucun  sujet  de  tomber  dans  le  vice  si  detesta-  le  nombre  et  la  grandeur  de  vos  misericordes  (Psal. 
ble  et  si  odieux  de  l'ingratitude.  Sans  doute  il  a    xxxv,  8). 

endure  beaucoupde  travaux,  mais  ce  fut  atin  de  se  8.  Meditez  sur  ces  choses,  et  occupez-vous  y  sans 
rendre  les  hommes redevables  de  beaucoup  d' amour,  cesse.  Versez  dans  votre  cceur  ces  sortes  de  par- 
et  pour  que  la  difticulte  de  la  redemption  portal  a  fums,  pour  dissiper  l'odeur  infecte  de  vos  peches 
la  reconnaissance  ceux  a  qui  la  facilite  de  leur  qui  l'a  tourmente  si  longtemps  et  pour  avoir  en 
creation  en  avait  si  peu  inspire.  Car,  que  disait  abondance  ces  parfums  qui  ne  sont  pas  moins  doux 
l'homme  ingrat,  lorsqu'il  n'etait  encore  que  cree  ?  que  salutaires.  Et  toutefois  ne  pensez  pas  encore 
J 'ai  ete  cree  gratuitement,  je  le  confesse,  mais  mon    avoir  de  ces  parfums  excellents,   qui  sont  sur  les 


al.  com- 
mute 


haercnte.  Videritis  vos,  rcctene  primura  illud  Pilio, 
Spiritui-Sancto  sequens,  Patri,  ultimum  assignetis  ;  sic 
tamen  ut  nihil  boruin  vcl  Patri,  vel  lilio,  vel  Spiritui- 
sancto  subtrahalis  ;  ne  cui  forte  personarum  ant  plenitu- 
dincm  minuat  distinctio,  aul  proprietatem  tollat  perfectio. 
Simul  et  Loc  advertite,  quid  simile  Filii  luijus  saeeuli 
experiantur  de  carnis  illecebris,  de  mundi  speclaculis, 
et  de  pompis  Satanai  :  cum  tamen  hoc  tottim  sit,  undo 
vila  praesens  eludit  miseros  amatores  suos,  dicente 
Joanne:  Qaidquid  m   mtmdo  est,  cow:<<  carnis 

est,  et  concupiscentia  oculorum,  et  ambitio  sceculi.  Haec 
dc  redemplionis  fructu. 

7.  In  niodo  quoque,  quern,  si  rocolitis,  Dei  esse  exi- 
oanitionem  difTmivimus,  tiia  item  proecipuc  vobis  in- 
tuenda  commendu  '.  Non  enim  simplex  aut  modica  ilia 
exinanitio  fait  :  sed  semetipsum  exinavivit  usque  ad 
cainem,  ad  mortem,  ad  crucem.  Quis  digne  penset, 
quanta?,  fuerit  humilitatis  mansuetudinis,  dignationis, 
Dominum  oiajestatis  came  indui,  malctari  morte,  tur- 
pai'i  cruce  ?  Sed  dicit  aliquis  :  Non  valuit  opus  suum 
repararc  Creator  absque  ista  diflicullalc  1  Valuit,  sed 
maluit  cum  injuria sui,  ne  pessimum  atque  odiosissimum 
vitium  ingralitudinis  occasionem  ultra  reperiret  in  no- 
mine. Sane  multum  fatigalionis  assumpsit,  quo  multas 
dilectionis  hominem  debitorem  teneret ;  commoneret- 


troe  gratiarum  actionis  difficultas  redemptionis,  quem 
minus  esse  devotum  fecerat  conditionis  facllitas.  Quid 
enim  dicebat  homo  creatus  et  ingralus?  Gratis  quidem 
conditus  sum,  sed  nullo  auctoris  gravamine  vcl  labore ; 
siquidem  dixit,  el  factus  sum,  quemadmodum  et  univer- 
sa.  Quid  magnum  est,  quaadibet  magna  in  verbi  facili- 
tate donaveris?  Sic  heneficium  creationis  attennans 
humana  impietas,  ingratitudinis  materiam  inde  sumebat, 
unde  amor-is  causam  habere  debuerat  ",  idque  ad  excu- 
sandas  excasationes  in  peccatis.  Sed  obslructum  est  os 
loquenlium  iniqua.  Luce  clarius  patct,  quantum  modo 
pro  le,  o  homo,  dispendium  fecit  :  de  Domino  servos, 
de  divite  pauper,  caro  de  Verbo,  et  de  Dei  Filio  homi- 
nis  filius  fieri  non  despexit.  Memento  jam  te,  etsi  de 
nihilo  factum,  non  tamen  de  nihilo  rcdemptum.  Sex 
diebus  condidit  omnia,  et  te  inter  omnia.  At  vero  per 
totos  triginta  annos  operatus  est  salutem  tuam  in  medio 
terra1.  0  quantum  laboravit  suslincns  !  Carnis  necessi- 
tates, hostis  tentationes,  nonne  sibi  crucis  aggavavit 
ignominia,  mortis  cumulavit  horrore"?  Neccssarie  qui- 
dem. Sic ,  sic  homines  et  jumenta  salvasti ,  Domi- 
ne,  quemadmodum  multiplicasti  misericordiam  tuam 
Deus. 

8.  Ilaec  meditamini,  in  his  versamini.  Talibns  odora- 
mentis  refovete  viscera  vestra,  quae  diu  torsit  odor  mo- 


al  debeba 


DOUZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


177 


mamelles  de  l'Epouse,  dont  je  ne  veux  pas  eom- 
mencer  a  parler  maintenant,  attendu  que  le  temps 
me  presse  de  finir  ce  discours.  Retenez  settlement 
ce  que  nous  avons  dit  des  autres,  temoignez  par 
votre  conduite  que  vous  les  possedez  deja,  et  qu'ils 
vous  servent  a  m'aider  de  vos  prieres,  alin  que  je 
puisse  parler  dignetnent  de  si  gra  rides  delices  de 
l'Epouse,  et  exciter  vos  cceurs  a  l'aniour  de  l'E- 
poux  qui  est  Jesus-Christ  Notre-Seigneur.  Ainsi 
soit-il. 


SERMON  XI!. 

Le  parfum  de  la  piete  esl  le  plus  excellent  de  tous. 
Respect  que  les  infirieurs  doivent  avoir  pour  leurs 
superieurs. 

1 .  II  me  souvient  que  je  vous  ai  parle  de  deux 
parfums  ;  de  celui  de  la  contrition,  qui  comprend 
plnsieurs  peches,  et  de  celui  de  la  devotion  qui  con- 
tient  plusieurs  bienfaits  :  tous  deux  salutaires, 
mais  non  pas  tous  deux:  agreables.  Car  le  premier 
a  une  vertu  piquante  qui  se  fait  sentir,  parce  que 
le  souvenir  amer  des  peches,  porte  a  la  componc- 
tion,  et  cause  de  la  douleur;  an  lieu  que  le  second 
a  uue  vertu  lenitive,  qui  donne  de  la  consolation 
et  apaise  la  douleur  par  la  consideration  de  la 
Le  parfum  bonte  de  Dieu.  Mais  il  y  a  un  parfum  qui  est  bien 
totplasnAU  Plus  excellent  que  les  deux  premiers,  je  l'appelle 
am  deux  le  parfum  de  la  piete,  parce  qu'il  est  compose  des 
necessites  des  pauvres,  de  l'abattement  des  oppri- 
mes,  du  trouble  de  ceux  qui  sont  tristes,  des  fautes 
de  ceux  qui  pechent,  et  enfin  de  tous  les  malheurs 


premiers. 


des  miserables,  fussent-ils  nos  ennemis.  Ces  ingre- 
dients semblent  meprisables,  mais  le  parfum  qui 
en  est  forme,  surpasse  intiniment  tous  les  autres. 
II  a  une  vertu  qui  guerit.  «  Car  bienheureux  sont 
ceux  qui  font  misericorde,  parce  qu'ils  recevront 
misericorde  [liatth.  v,  7j.  »  Done,  plusieurs  mi- 
seres  ramassees  ensemble,  et  regardees  par  1'ceil  de 
la  piete,  sont  la  matiere  qui  compose  ces  parfums 
precieux,    dignes    des   mamelles   de    l'Epouse,    et  n  se  compose 

agreables  aux  sens  de  l'Epoux.  Heureuse  est  l'ame   dff,  m}shT.es 
.  .  l  [a  autrui. 

qui  a  som  de  s  ennchir  et  de  s'inonder  de  ces  par- 
fums, de  les  etendre  de  l'huile  de  la  misericorde, 
et  de  les  faire  cuire  an  feu  de  la  charite.  Qui 
croyez-vous  que  soil  cet  homme  bienheureux,  dont 
parle  le  Prophete,  qui  a  pitie  et  qui  prete  [Psal. 
cxi,  5)  ;  sinon  celui  qui  compatit  volontiers  aux 
maux  des  autres,  qui  est  prompt  a  les  secourir, 
qui  met  plutot  son  bonheur  a  donner  qu'a  recevoir, 
qui  est  facile  a  pardonner  et  difficile  a  se  meltre  en 
colere,  qui  ne  se  venge  jamais,  et  qui  en  toutes 
choses  regarde  les  necessites  de  son  prochain,  com- 
me  les  siennes  propres  ?  0  ime  bienheureuse, 
qui  que  vous  soyez,  qui  etes  dans  une  si  sainte 
disposition,  qui  etes  pleine  de  la  rosee  de  la  mise- 
ricorde, qui  avez  des  entrailles  de  charite,  qui  vous 
rendez  toute  a  tous,  qui  vous  considerez  comme  un 
vase  perdu,  aQn  d'assister  et  de  secourir  les  autres 
en  tout  temps  et  en  tout  lieu,  et  enfiu  qui  etes 
morte  a  vous-meme,  pour  vivre  a  tout  le  monde,  ■ 
vous  possedez  certainement  ce  troisieme  et  precieux 
parfum,  et  il  coule  de  vos  mains  une  liqueur  in- 
finiment  douce  et  agreable.  Elle  ne  se  sechera  point 
dans  les  temps  mauvais,  et  l'ardeur  de  la  per- 
secution ne  la  fera  point  tarir  ;  Dieu  ne  meltra  en 


lestior  peccatorum,  ut  abundetis  et  his  unguentis,  non 
niin us  suavibus,  quam  salutaribus.  Nee  laineii  adhuc 
vos  pulelis  habere  ilia  optima,  qua?  in  Sponss  uberibus 
commendantur.  De  quibus  incipere  modo,  finiendi  jam 
sermonis  angustia  prohibet.  Quae  dicla  sunt  de  aliis, 
tenete  memoria,  prubale  vita;  et  de  hisjuvate  me  pre- 
cibus  veslris,  ut  dignc  loqui  passim  quod  et  dignum 
sit  tantis  Sponsce  deliciis  ;  et  veslras  animas  ad 
amorem  aedificet  Sponsi  Domini  nostri  Jesu  Christi. 
Amen. 

SERMO  XII. 

De  pretioso  imguenlo  pietatis ;  et  de  veneratione  a  sub- 
diiis  erga  prcelatos  suos  exhibenda. 

i.  Duo  me  ungnenta  vobis  tradidisse  recordor  :  unum 
contritionis,  delicta  multa  compleclens  :  alteram  de- 
votionis,  multa  continens  beneficia ;  ambo  salubria,  sed 
non  ambo  suavia.  Primum  siquidem  pungitivum  senti- 
tur,  quia  movet  ad  compunctiouem  amara  recordatio 
peccatorum,  et  dolorem  facit  :  cum  sequens  mitigato- 
rium  sit,  divinae  bonitalis  intuitu  consolationem  dante, 
et  sedante  dolorem.  Sed  est  unguentum,  quod  ambobus 
longe  antecellit  :  et  hoc  appellaverim  pietatis,  eo  quod 
fiat  de  necessdatibus  pauperum,  de  anxietatibus  oppres- 
T.  IV. 


sorum,  de  perturhationibus  trislium,  de  culpis  delin- 
quentium,  et  postremo  de  omnibus  quorumlibet 
miserorum  aerumnis,  eliamsi  fuerint  inimici.  Despicabi- 
les  videntup  species  istas  :  sed  est  super  omnia  aromata 
unguentum,  quod  ex  eis  conScitur.  Sanativum  est; 
Beati  >',m>i  misericorde*,  quoniam  ipsi  misericordiam 
consequentur.  Igilur  mult;e  miseriae  collectae,  atque 
oculis  pietatis  inspectaa,  ipsae  sunt  species,  ex  quibus 
unguenta optima  componuntnr,  Sponsae  digna  uberibus, 
Sponsi  sersibus  grata.  Felix  mens,  quae  talium  collec- 
ti  ne  aromatum  sese  ditare  et  impinguare  curavit, 
infundens  ea  oleo  misericordise,  et  ardore  decoquens 
charit.itis.  Quis,  putas,  est  jucundus  homo  qui  miseretur 
et  commodat,  pronuscompati,  subvenire  promptus,  dare 
quam  accipere  beatius  judicans ;  ignoscere  facilis,  irasci 
difficilis,  ulcisci  penitus  non  acquiescens,  et  per  omnia 
proximorum  aeque  ut  proprias  respiciens  necessitates  ? 
0  quaecumque  es  anima  sic  alTecta,  sic  imbula  rore  mi- 
sericordiae,  sic  affiuens  pietatis  visceribus,  sic  te  omnibus 
omnia  faciens,  sic  facta  ipsa  tibi  tanquam  vas  perditum, 
ut  ca;teris  praesto  ubique  semper  occurras  atque  sticcur- 
ras ;  sic  denique  inortua  tibi,  ut  vivas  omnibus  :  tu 
plane  tertium  oplimumque  unguentum  felix  possides,  et 
manus  tuae  distillaverunt  tofius  suavitatis  liquorem.  Non 
exsiccabitur  in  tempore  malo,  nee  fervor  persecutionis 

12 


178 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


oubli  aucun  de  tos  sacrifices,  et  il  rendra  parfait  treles  dents.  Qu'on  disc  si  j'ai  refuse  aux  pauvres  ce 

votre  holocaust?.  qil-iIs  dfairaient,  et  si  j'ai  fait  languir  les  yeux  de 

*taitntrichen<ie      ~'  '*  5  B  des  hotnme*  ™hes  dans  la  cite  du  Sei-  la  veuve,  apres  ce  queje  lui  voulais  donnerj  si  j'ai 

cette  sorte    gneur  des  vertus.  II  faul  voir  si  quelques-uns  den-  mange  seul  nion  pain,  et,  si  le  pupille   ne  la  pas 

deparfums.  tre  eux,  ont  ces  parfums.  I.e  |.tvmicr  qui  se  presenle  mange  avec  moi;  si 


Job. 


a  moi,  et  qu'on  rencontre  ordinairement  partout, 
c'est  Paul,  ce  vase  d'election,  ce  vase  vraiment 
aromatique  et  oduriferant,  ce  vase  rempli  de  toutes 
sortes  de  poudres  de  scnteurs.  Car  il  etait  la  bonne 
odeur  du  Christ  en  tout  lieu.  Certes,  ce  cceur  gene- 
reux  qui  prenait  tant  de  soin  de  toutes  les  Eglises 
de  la  terre,  lvpandait  bien  loin  des  parfums  d'une 
douceur  incomparable.  Voyez  un  peu  de  quelle 
nature  etaient  ceux  dont  il  s'etait  fourni.  «  Tous 
les  jours,  dit-il,  je  meurs  pour  votre  gloire  (i  Cor. 
xv,  31).  »  El  encore  :  «  Qui  s'aflaiblit  sans  que  je 
m'affaiblisse  aussi  avec  lui,  qui  est  scandalise  sans 
que  je  bride  (i  Cor.  xi,  29)  ?»  Et  beaucoup  d'autres 


j  ai   mepnse    un    passant,   » 
parce  qu'il  etait  mal  vetu.  et  un  pauvre  qui  n'avait 

point  d'babit ;  s'ilne  m'a  pasbcnideceque  je  lecou- 
vrais,  et  s'il  n'a  pas  ete  rechauffe  de  lalainede  mes 
brebis  (Job.  xxix,  15).  »  De  quelle  odeur  pensons- 
nous  que  ce  juste  avail  embaume  la  terre  par  ses 
ceuvres  de  charite  ?  Cbacune  de  ses  actions  etait 
autant  de  parfums.  11  en  avait  rempli  sa  propre 
conscience,  atin  de  moderer  l'infection  de  sa  chair 
corruptible,  par  l'odeur  agreable  qui  s'exhalait  du 
fond  de  son  ame. 

II.  Joseph,  apres  avoir  fait  courir  apres  soi  toute  Joseph  aussi. 
l'Egypte  a  l'odeur  de  ses  parfums,  voulut  bien  en- 
core les  departira  ceuxmeme  qui  L'avaient  vendu. 


choses  semblables  que  vous  connaissez,  et  que  cet     H  est  vrai  qu'il  leur  faisail  des  reproches   avec  un 


homme  si  riche  avait  en  abondance,  et  dont  il  se 
servait  pour  composer  les  plus  excellents  parfums. 
11  etait  bien  juste  d'ailleurs,  que  les  mamelles  qui 
allaitaient  les  membres  de  Jesus-Christ,  dont  Paul 
etait  comme  la  mere,  car  il  les  engendra  plusieurs 
fois,  jusqu'a  ce  que  le  Sauveur  fut  forme  en  eux, 
et  qu'ils  eussent  quelque  rapport  et  quelque  pro 


visage  irrite,  mais  les  larmes  s'echappaientdel'onc- 
tion  de  son  cceur,  et  ces  larmes  n'etaient  pas  des 
marques  de  sa  colere,  mais  des  tenioignages  du  la 
vivacite  de  son  amour.  Samuel  pleurait  Saiil  qui  le 
cherchait  pour  le  tuer  (Rey.  xv,  35),  et  l'onction  de 
piete  veuant  comme  a  se  fondre  au  dedans  de  lui, 
parce  que  sou  cceur  s'embrasait  par  le  feu  de  la 


Samuel. 


portion  avec  leur  chef,  fussent  embaumees  par  les     charite,  coulait  au  dehors  par  les  yeux.  Enlin,  c'est 


parfums  les  plus  rares  et  les  plus  precieux. 

3.  Ecoutez  encore  comment  un  autre  juste  avait 
en  main  des  matieres  choisies,  dont  il  composait 
d'excellents  parfums.  «  Nul  pelerin,  dit-il,  n'a 
jamais  couche  dehors.  Ma  porte  a  toujours  ete  ou- 
verte  a  ceux  qui  voyageaient  [Job.  xxxi,  32).  »  Et 
ailleurs  :  «  J'ai  servi  d'ceil  a  l'aveugle,  et  de  pied  au 
boiteux.  J'etais  le  pere  des  pauvres;  je  brisais  les 
michoires  du  mechant,  et  lui  arrachais  la  proie  d'en- 


la  bonne  odeur  que  sa  reputation  avait  repandue 
de  tous  coles,  qui  fait  dire  de  lui  a  l'Ecriture  sainte: 
« Tout  le  monde  depuis  Dan  jusqu'a  Bersabee, 
connut  que  Samuel  etait  le  lidele  Prophote  du 
Seigneur  (i  Reg.  in,  20).  »  Que  dirai-je  de  Moise?  Et  Moise. 
De  quel  gras  parfum   n'avait-il    point  rempli  son 

a  Saint  Bernard  cite  d'apres  l'ancienne  version;  la  vulgate 
porte  maintenant  «  le  mourant  »  d'apres  le  telle  hebreu  et  les 
Sep tan te. 


ebibet  ilium  :  sed  semper  Deus  memor  erit  omnis  sa- 
crificii  tui,  et  holocaustum  tuum  pingue  fiet. 

2.  Sunt  viri  divitiarum  in  civitate  Domini  virtutum  : 
qusro  an  apudaliquos  ha;c  unguenta  inveniantur.  Et  pri- 
mus occurrit,  sicut  ubique  solet,  mini  Paulus  vas  elec- 
tionis,  revera  vas  aroaiaticum,  vas  odoriferum,  ct  refer- 
tuni  omni  pulvere  pigmentario.  Christi  enim  erat 
bonus  odor  Deo  in  omni  loco.  Multae  prol'ecto  suavitalis 
fragranUam  longe  lateque  spargebat  pectus  illud,  quod 
sic  aflcccrat  sollicitudo  omnium  ecclesiarum.  Vide  enim 
quales  species  et  qualiaaromatacoacervaverat  sibi.  Quo- 
tidie,  inquit,  morior  per  vesiram  yloriam.  Et  rursnm  : 
Quit  infirmatur,  et  ego  non  in/irmor?  Quis  seanda/iza- 
iur,  et  ego  non  uror  ?  Et  multis  talibus,  qua;  vobis  bene 
nota  sunt,  abundabat  dives  iste  in  componendis  unguen- 
tis  optimis.  Decebat  namque  primis  et  purissimis  aro- 
matibus  redolere  ubera,  qua?  Christi  membra  lactarent, 
quorum  Paulus  mater  erat  pro  certo,  parturiens  semel 
et  ilerum,  donee  Cbristus  formarelur  in  eis,  ac  membra 
capiti  suo   rel'ormarentur. 

3.  Audi  et  de  alio  divite,  quomodo  ad  manum  habe- 
bat  electas  species,  de  quibus  optima  unguenta  conlice- 
ret ;  Foris,  inquit,  non  mansit  peregrinus.  Ostium  meum 


viatori  patuit.  Item,  Oculus  fui  caeco  et  pes  claudo.  Pa- 
ter eram  puuperum,  eonterebum  molas  iniqui,  et  deden- 
iibus  itlius  auferebam  prcedam.  Si  negabam  quod  vole- 
bant  pauperibus,  et  oculos  viduie  exspectare  feci.  Si 
comedi  buccellam  mearn  solus,  et  non  eomedit  pupillus 
ex  ea.  Si  despexi  pnztereuntem,  eo  quod  nun  /taberet 
indumentum,  et  absque  operimeulo  pauperem.  Si  non 
benedixerunt  mihi  latem  ejus,  et  de  velleribus  avium 
mearum  calefactus  est.  Quanto  putamus  vir  isle  odore 
ten-am  resperserat  in  his  operibus?  Singula  opera  singula 
erant  aromata.  His  propriam  repleverat  conscientiam,  ut 
fcetorem  putida;  carnis  interuae  suavilalis  exhalatione 
sibi  temperaret. 

4.  Josepb  postquam  universam  /Egyptum  post  se  fe- 
cit currere  in  odore  unguentorum  suorum,  etiam  suis 
venditoribus  eamdem  deinum  fragranUam  propinavit. 
Et  quideni  incrcpaloria  verba  vullu  proferebat  irato  ;  sed 
erumpebant  lacrymffi  de  pinguedine  cordis,  non  irse  in- 
dices, proditrices.  Samuel  lugebal  Saul,  qui  se  qtuere- 
bat  occidcre,  et  ad  ignem  charitatis  incalescente  pectore 
liquefactus  intus,  pietatis  adeps  foras  emanabat  per  ocu- 
los. Ob  bonum  denique  quein  circumquaque  ditruderat 
suse  opinionis  odoreui,  refert  de  eo  Seriptura  ;  Quia  co- 


DOUZIEME  SERMON  SUR  LE 

cceur  ?  Ce  peuple  rebelle,  au  milieu  duquel  il  etait 
pour  un  temps,  ne  put  jamais  avec  tous  ses  mur- 
mures,  et  toute  sa  fureur,  luifaireperdrecette  onc- 
tion  de  l'esprit,  quand  il  l'eut  une  fois  recue,  ni 
l'empecher  de  conserver  sa  douceur  ordinaire,  au 
milieu  des  differends  et  des  querelles  qui  nais- 
saient  tous  Ies  jours.  Aussi  est-ce  avec  justice  que 
lc  Saint-Esprit  a  rendu  ce  temoignage  de  lui,  qu'il 
etait  le  plus  doux  de  tous  les  homines  de  son  temps 
[Num.  xii,  3).  Car  il  etait  pacifique  avec  ceux  qui 
haissaient  la  paix,  {Psal.  cxix,  7),  si  bien  que 
non-seulement  il  ne  se  mettait  point  en  colere 
contre  un  peuple  ingrat  et  rebelle,  mais  intercedait 
meme  pour  lui,  lorsque  Dieu  etait  irrite  contre  luL 
C'est  ce  que  nous  lisons  dans  l'Ecriture  :  «  Dieu 
protesta  de  les  perdre  entierement,  si  Moise  qui 
etait  son  favori,  n'eut  arrete  les  effets  de  sa  ven- 
geance, en  le  conjurant  de  detourner  sa  colere,  et 
de  ne  les  pas  detruire  tout  a  fait  {Psal.  cv,  23). 
Enfin,  dit-il,  Seigneur,  ou  pardonnez-leur,  ou  effa- 
cez-moi  du  Livre  de  Vie  {Exod.  xxxn,  32).  »  0 
homme  vraimeut  plein  de  l'onction  de  la  iniseri- 
corde  !  Certes  il  parle  bien  avec  la  tendresse  d'un 
Pere,  puisqu'll  ne  peut  goiiter  aucun  plaisir, 
qu'avec  ceux  qu'il  a  engendres.  C'est  comme  si  un 
hornme  riche  ilisait  a  quelque  pauvre  femme  : 
Entrez,  pour  diner  avec  moi,  mais  laissez  dehors  ce 
petit  enfant  que  vous  portez  entre  vos  bras,  paree 
qu'il  ne  fait  que  pleurer,  et  nous  incommoderait. 
Cette  mere  le  ferait-elle,  a  votre  avis  ?  .Yahnerait- 
elle  pas  mieux  jeiiner,  que  de  manger  seule  avec 
ce  riche,  en  abandonnant  ce  cher  gage  de  son 
amour?  Ainsi  Muise  ne  veut  point  entrer  dans  la 
joie  de  son  Seigneur,  si  on  laisse  dehors  ce  peuple, 
qui  bien  que  iuquiet  et  ingrat  ne  laisse  pas   d'etre 


gnoverunt  omnes  a  Dan  usque  Bersabee,  quod  fide/is 
Samuel  propheta  esset  Domini.  Quid  de  Moyse  dicam  ? 
quanto  adipe  et  pinguedine  et  ipse  repleverat  viscera 
sua?  Nee  domus  ilia  exasperans,  in  qua  pro  tempore 
versabatur,  potuit  unquam  in  omni  murmure  et  furore 
suo  unetionem  spiritus,  qua  semel  irnbutus  fuerat,  ex- 
terminate, quominus  inter  assiduas  lites  et  quotidiana 
jurgia  ipse  in  sua  mansuetudine  perduraret.  Merito  tes- 
tatus  est  Spiritus-Sanctus  de  eo,  quod  esset  mitissimus 
omnium  hominum,  qui  morabaniur  super  terram.  Si- 
quidem  cum  his  qui  oderant  pacem,  erat  pacificus,  in 
tantum  ut  populo  ingrato  et  rebelli  non  modo  non  iras- 
ceretur,  sed  et  irascentem  Deum  suo  interventu  leniret, 
sicut  scriptum  est :  Dixit  ut  disperderet  eos,  si  non  ilo- 
yses  electus  ejus  stelisset  in  confraciione  in  conspectu 
ejus,  ut  averteret  iram  ejus  tie  disperderet  eos  Denique, 
Si  dimittas,  ait,  (Untitle:  sin  autem,  dele  me  de  libro 
tuo  quern  senpsisti.  0  vere  hominem  unclum  unctione 
misericordiae  !  Loquitur  plane  parentis  afTectu,  quam 
nulla  possit  delectare  felicitas,  exsortibusquosparturivit. 
Verbi  gralia,  si  dives  quispiam  mulieri  pauperculae  dicat : 
Iugredere  tu  ad  prandium  meum,  sed  quern  gestas  in- 
fantulum  relinque  foris,  quoniam  plorat,  et  molestus  est 
nobis  :  numquid   faciet?  Nonne   magis  eliget  jejunare, 


CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  179 

cheri  de  lui  aussi  tendrement  que  s'il  etait  verita- 
blement  sa  mere.  Ses  entrailles  le  font  beaucoup 
souffrir,  il  est  vrai,  mais  il  aime  mieux  souffrir  le 
mal  qu'elles  lui  font,  que  d'endurer  qu'on  les  lui 
arrache. 

5.  Qu'y  a-t-il  de  plus  doux  que  David  qui  pleu- 
rait  la  mort  de  celui  qui  avait  toujours  desire  la 
sienne,  (u  Reg.  i.  11,,  et  souffrait  si  impatiemment 
la  perte  de  celui  a  qui  il  succedait  sur  le  trone  ? 
Combien  eut-il  de  peine  a  se  consoler  de  la  mort 
de  son  Cls  parricide  (u  Reg.  xix.  4)  ?  Certainement 
cette  affection  si  grande  etait  une  marque  infalli- 
ble d'une  grande  et  excellente  onction.  Aussi  disait- 
il  a  Dieu  avec  confiance  :  «  Souvenez-vous,  Seigneur, 
de  David  et  de  toute  sa  douceur  {Psal.  cxxxi.  1).  » 
Tous  ces  saints  personnages  ont  done  end'excellents 
parfums,  qui,  encore  aujourd'hui,  repandent  une 
odeur  Ires-douce  dans  toutes  les  Eglises.  Mais  cela 
ne  leur  est  point  particulier.  Car  tous  ceux  qui,  du- 
rant  cette  vie,  ont  ete  bienfaisants  et  charitables,  se 
sont  etudies  a  vivre  avec  tant  de  douceur  parmi  les 
heureux,  ne  se  sont  pas  approprie,  mais  ont  comme 
mis  en  commun  toutes  les  graces  qu'ils  ont  eues, 
estimant  qu'ils  etaient  egalement  redevables  aux 
amisetaux  ennemis,  aux  sages  et  aux  insenses; 
ont  ete  utiles  a  tous,  humbles  par  dessus  tous,  et  ai- 
mes  de  Dieu  et  des  hommes  plus  que  tous,  tous  ceux- 
la,  dis-je,  ont  repaudu  une  odeur  de  vertus  qui  est 
encore  maintenant  en  benediction,  etles  parfums  pre- 
eieux  qui  se  sont  exhales  de  leur  temps,  nous  em- 
baument  encore  de  nos  jours.  Ainsi, mon  frere,  qui 
que  vous  soyez,  si  vous  nous  faites  part  volou- 
tiers  a  nous  qui  sommes  vos  compagnons,  des 
dons  que  vous  avez  recus  d'en  haut ;  si  vous 
vous  montrez  officieux,  affectionne,  agreable,  facile, 


qnam  exposito  pignore  caro,  sola  prandere  cum  divite? 
fta  nee  Moysi  sedet  solum  se  introduci  in  gaudium  Do- 
mini sui,  foris  scilicet  remanente  populo ;  cui,  licet  in- 
quieto  el  ingrato,  vice  pariter  et  affectione  matris  inha?- 
ret.  Dolent  viscera,  sed  tolerubiliorem  sibi  judicat  tor- 
tioneni,  quam  evulsionem. 

5.  Quid  David  mansuetius,  qui  illius  mortem  lugebat, 
qui  suam  semper  sitierat  ?  Quid  benignius,  ut  ejus  mo- 
tele  ferret  decessum,  cui  succedebat  in  regnum  ?  Sed 
ct  de  morte  parriciJce  lilii,  quam  difficile  consolationem 
adiui>it  ?  Magnam  profecto  oplimae  unctionis  copiam 
praeferebat  talis  afTectio.  Ideo  et  securus  orabat,  dicens  : 
Memento,  Domi/te,  David,  et  omnis  mamuetudmis  ejus. 
Ergo  hi  omnes  habuerunt  unguenta  optima,  quibus  ho- 
dieque  per  universas  ecclesias  suavissime  redolent.  Nee 
solum  ipsi,  sed  etquicumque  se  in  hac  vita  ita  benevolos 
et  beneficos  praebuerunt,  ita  inter  homines  humane  vi- 
vere  studuerunt,  quatenus  omnem,  quam  visi  sunt  ha- 
buisse  gratiam,  non  sibi  tenerent,  sed  in  commune 
deducerent,  aastimantes  se  amicis  pariter  et  inimicis,  sa- 
pientibus  et  insipientibus  debitores.  Cumque  fuissent 
utiles  omnibus,  humiles  in  omnibus,  et  prae  omnibus 
exstiterunt  dilecti  Deo  et  hominibus  ;  quorum  fragrantia 
n  benedictione  est.  Quotquot,    inquam,  tales  praecesse- 


180 


OEUVRES  DE  SAINT  PERNARP. 


reintnrcd'un 

boo  rili- 

gieui. 


'  nliq :  ad- 
dunt  et 
relevat. 


humble,  nous  vous  rendrons  tous  ce  temoignage, 
que  vous  exhalez  aussi  d'excellents  parfums.  Qui- 
conque  d'entre  vous  ne  supporte  pas  seulement 
lesinlirmiirs  de  ses  freres,  tani  celles  du  corps,  que 
de  I'espritj  mais  s'il  luiest  permis  et  s'i]  le  peut  (aire, 
les  aide  par  sea  servii  es,  les  Cortifle  pax  ses  exhorta- 


vase  de  parfum,  et  qui  les  epanehe  sur  sa  tete, 
[Marc.  xiv.  3)  ;  au  lieu  qu'ici  clles  achetent  des 
aromales,  afin  d'embaumer  Jesus.  Elles  achetent, 
non  de  l'huile  de  parfum,  mais  des  aromathes, 
1'huile  de  parfum  n'etait  pasfaite,  dies  la  font  tout 
expres  pour  embaumer,  non  une  seule   partie  du 


tious,  les  forme  par  ses  conseils,  ou  s'il  ne  le  pent  corps,  comme  les   pieds,  ou  la  tde,  mais  Jesus, 

a  cause  de  la  regie,  au  moins  ne  cesse  point  de  les  comme  dit  l'Evangile   c'est-a-dire   son  corps  tout 

assister  dans  leur  faihlesse  par   la  ferveur  de  ses  entier. 

oraisons,  quiconque,  dis-je,  d'entre  vous,  exeree  ces  7.  Vous  pareillement,  qui  que  vous  soyez,  si  vous 

ces  oeuvres   de   charile,  repand  certainement  une  prenez   des   entrailles    de   misericorde,   ne   soyez 

bonne  odour  parmi  ses  freres,  et  une  odeur  d'ex-  pas  seulement  liberal  et  obligeant  envers   vos  pa- 

cellents  parfums.  Un  frere  comme  colui-la  dans  une  rents,  ou  envers  ceux  dont  vous  avez  recu  dubien, 

communaute,  c'est  du  baume  dans  la  bouche  :  on  ou  dont  esperez  en  recevoir,   car  les   paiens  font 

le  montre   comme   une  merveille,  et   tous  disent  cela  aussi  bien  que  vous ;  mais  si,   selon  le  conseil 

de  lui :  «  Voila  celui  qui  ainie  ses  freres  et  le  pen-  de  saint  Paul,  vous  tachez  de  rendre  ces  devoirs  de 

pie  d'lsrael ;  voila    celui   qui  prie  beaucoup   pour  charite  a  tout  le  monde,   en  sorte  que    vous  ne  les 


le  peuple,  et  pourtoute  la  villa  saiute  (u  Macha.  xv. 
14). » 

6.  Mais  voyons  si  nous  ne  trouverons  rien  dans 
l'Evangile  qui  concerne  aussi  ces  parfums.  «  Marie- 
Madeleine  et  Marie  mere  de  Jacques  et  Salome, 
acheterent  des  senteurs,  afin  d'embaumer  le  corps 
de  Jesus,  {Marc.  xv).  »  Quellessont  ces  senteurs 
si  pieuses  qu'elles  rueritent  d'etre  achetees  et  ap- 
pretees  pour  le  corps  de  Jesus-Christ,  et  si  abon- 
dantes  qu'elles  sufflsent  pour  le  parfumer  tout  en- 
tier?  Car  les  deux  premiers  parfums  n'out  de  ni 
faits  ni  acbetes   particulierement  pour  servir  au 


deniiez  pas  meme  a  vos  ennemis,  il  est  hors  de 
doute  que  vous  des  aussi  ricbe  en  excellents  par- 
fums, et  que  vous  n'oignez  pas  seulement  la  tete  et 
les  pieds  du  Seigneur,  mais  que  vous  avez  entrepris 
encore,  aulant  qu'il  est  en  vous,  de  parfumer  tout 
son  corps,  qui  est  l'Eglise.  Et  peut-dre  le  Seigneur 
Jesus  ne  voulut-il  pas  qu'on  repandit  sur  son  corps 
mort  les  parfums  qu'on  avait  prepares,  afin  de  les 
conserver  pour  son  corps  vivant.  Car  l'Eglise  esl 
vivante,  die  qui  mange  le  pain  vivant  descendu  du 
ciel.  C'est  le  corps  de  Jesus-Christ  qui  lui  est  le 
plus  cher,  puisque  nul  Chretien  n'ignore  qu'il  a  li- 


runt,  fragrarunt  suis  temporibus,  fragrant  et  hodie  un- 
guentis  opliniis.  Tu  quoqtie  si  donum  desuper  accepisti 
nobis  conlubernalibus  tuis  libenter  impertiaiis,  si  le  ex- 
hibeas  ubique  inter  nos  ol'liciosum,  si  atfectuosum,  si 
gratum,  si  tractabilem,  si  humilem  :  testimonium  liabe- 
bis  ab  omnibus,  quod  fragres  et  ipse  unguentis  optimis. 
Omnis  in  vubis,  qui  fraternas,  infirmitates  lam  corpo- 
rum,  quam  animorum  non  solum  patienter  suportat, 
sed  insuper,  si  licet,  et  si  valet,  juvas  obsequiis,  confor- 
tat  alloquiis,  consiliis  informat  *  :  si  hoc.  non  potest 
propter  disoiplinam,  sollicilis  saltern  orationibus  solatia- 
ri  non  cessat  inlirmo  :  omnis,  inquam,  qui  talia  operate 
in  vobis,  bonum  omnino  spargit  odorem  inter  fratres, 
et  odorem  de  unguentis  optimis.  Balsamum  in  ore,  hu- 
juscemodi  frater  in  congregatione  :  monstratur  digito,  et 
dicunt  de  eo  omnes  :  Ilk  est  fratrum  amator  et  populi 
[rael,  hie  est  qui  multum  orat  pro  poputo ,  et  universa 
sanctu  civitate. 

6.  Sed  recurramusad  Evangelium,  atque  aliquid,  quod 
forte  spectet  et  ad  h*c  unguenta,  requiramus.  Maria 
Magdalpne,  et  Maria  Jaeobi  et  Salome,  emerunt  aromata, 
ut  venientes  ungerunt  Jesum.  Quasnam  ista  unguenta, 
am  pretiosa  ut  Cbristi  corpori  parentur,  et  comparentur, 
tamcopiosaut  toti  sufficiiint  !  Neulrum  quippe  duorum 
prascedentiumaut  emptum,aut  factum  spericilitera ad  opus 


Powrqnoi 
J^siis-Chriet 
ne  voulut 
pas  ftro 
embaume 
dans  son 
tombean. 


Seigneur,  outre  que  nous  ne  lisons  point,  qu'on  les  vre  sou  autre  corps  a  la  moit,  afin  que   celui-ei  fiit 

versa  sur  tout  son  corps  ;  mais  la  premiere  fois,  on  immortel.    II  desire    qu'elle  soit   embaumee  et  que 

voit  venir  tout  d'un  coup  une  femme  qui  baise  ses  ses  membres  infirmes  soient  I'objet  d'onctions  salu- 

pieds,  et  qui  les  parfume  (Alatlh.  xxvi),  et  laseconde  taires.  11   a   done    reserve  pour   elle  ces   pai funis, 

on  voit  cette  meme  femme  ou  une  autre,  quia  un  lorsque,  prevenantl'heure,  et  hatant  sa  gloire,  il  n'a 


Domini,  aut  toto  in  corpora  legitur  fuisse  diffusum.  Sed 
de  subito  introducitur  mulier,  unoquidem  in  loco  oscu- 
lans  pedes,  et  unguento  ungens  :  in  altera  vera  vel  ipsa, 
vel  altera,  habens  alabustrum  ungucnti,  et  illud  mittens 
in  caput.  Cseterum  nunc,  emerunt  ait,  aromata  ut  ve- 
nientes ungerent  Jesum.  Emunt  non  unguenta,  sed 
aromata  ;  et  unctio  in  obsequium  Domini  non  facta  as- 
sumitur,  sed  nova  conlicitur  :  nee  ad  unguendani  tantum 
aliquam  corporis  partem,  verbi  gratia  pedes  aut  caput; 
sed  sicut  scriplum  est,  Ut  venientes  um/erent  Jesum.  Quod 
est  totius  complexio,  non  partis  distinctio. 

7.  Tu  quoque  si  le  induas  viscera  misericordiae,  libe- 
ralem  benignumque  exhibeas,  non  lanliim  parentibus 
sive  cognalis  tuis,  aut  quos  tibi  vel  benefactorea  tenes, 
vel  benefacturos  speras,  nam  el  ctbnici  boc  faciunl;  sed, 
juxta  Pauli  concilium,  studeas  operari  bonum  ad 
mones,  ita  ut  propter  Deum  nee  inimicooflieium  bumani- 
tatis  coiporale  seu  spiiituale  negandum,  sublrahen- 
dumve  exis times  :  constat  te  quoque  abundare  unguen- 
tis optimi9,  nee  caput  aut  pedes  Domini  tantum,  sed 
passim,  quantum  in  te  est,  ungeie  suscepisse  totuiu 
coi'pus,  quod  est  Ecclesia.  Et  forte  proinde  ob  hoc 
Dominus  Jesus  paratam  sibi  confectionem  expendi  no- 
luit  in  suo  corpora  mortuo,  ut  servaret  vivo.  Vivit  enim 
Ecclesia,    qua?    manducat  panem    vivum,  qui  de  ccelo 


DOUZIEME  SERMON  SLTR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


181 


pas  trompe  mais  iDstruit  la  devotion  des  saintes 
femmes  qiii  veuaient  pour  l'embaumer.  II  a  refuse 
d'etre  parfume,  mais  pour  epargner  le  parfum, 
non  point  parce  qu'il  le  meprisait,  il  ne  dedaignait 
pas  ce  pieux  devoir,  mais  il  en  remettait  l'ulilite  a 
un  autre  temps.  Je  dis  l'utiliie  non  de  ce  parfum 
materiel  et  corporel,  mais  d'uu  spirituel  dont  celui- 
la  etait  la  figure.  En  ce  parfum  done  ce  maitre  si 
plein  de  bonte  epargnait  ces  autres  parfums  spiri- 
tuels  si  excellents,  qu'il  desirait  voir  employes  aux 
besoins  spirituels  et  corporels  de  ses  membres.  D'ail- 
leurs  un  peu  auparavant  lorsqu'on  en  repandait 
d'assez  precieux  sur  sa  tete  ou  sur  ses  pieds,  em- 
pecha-t-il  de  le  faire  ?  Au  contraire  il  reprit  merue 
ceux  qui  l'empechaient.  Car  comuie  Simon  s'indi- 
gnait  de  ce  qu'il  permettait  i  une  pecheresse  de  le 
toucher,  il  fit  une  parabole  pour  I'en  reprendre  ;  et 
repondit  a  d'autres  qui  se  plaignaient  de  la  perte 
qu'on  faisait  de  ce  parfum  ;  «  Pourquoi  tourmen- 
tez-vous  celte  femme  [Malt.  xivu.  10)  ?  » 
D^Toiion  de  8.  Pour  faire  ici  une  petite  digression,  il  m'est 
,iln»  f"  aussi  arrive  quelquefois,  qu'etant  assis  pour  mon 
utilite  particuliere,  aux  pieds  de  Jesus,  pour  pleurer 
dans  le  souvenir  de  mes  peches,  ou  qu'etant  debout 
aupres  de  sa  tete,  ce  qui  m'arrivait  plus  rarement, 
je  me  rejouissais  dans  le  souvenir  de  ses  bienfaits, 
j'ai  entendu  ces  paroles  :  «  Pourquoi  cette  perte '?» 
on  m'accusait  de  ne  vivre  que  pour  moi  seul,  parce 
qu'on  pensait  que  je  pouvais  etre  utile  a  plusieurs. 
Et  on  ajoutait ;  «  car  on  pourrait  le  vendre  bien 
cher,  et  en  donner  le  prix  aux  pauvres  ».  Mais 
quel  avantage  me  reviendrait-il  de  gagner  tout  le 
monde,  si  je  me   perdais  moi-meme?  C'est  pour- 


quoi, regardant  ces  paroles  comme  les  mouches 
dont  l'Ecriture  parle  (Eccl.  x,  1),  qui  corrompent 
toute  la  douceur  du  parfum  oil  elles  vont  perir,  je 
me  suis  souvenu  de  ce  mot  divin  :  «  Mon  peu- 
ple,  ceux  qui  vous  disent  heureux  vous  trom- 
pent  [[sa.  in,  12).  »  Mais  que  ceux  qui  me  repro- 
chent  mon  repos  ecouteut  le  Seigneur  m'excuser 
et  repondre  pour  moi  :  «  Pourquoi,  dit-il,  tour- 
mentez-vous  cette  femme  (Ma«A.  xxvi,  10)?  »  C'est- 
a-dire,  vous  ne  voyez  que  le  dehors,  et  vous  jugez 
sur  ce  que  vous  voyez.  Ce  n'est  pas  un  homme, 
comme  vous  croyez,  qui  puisse  mettre  la  main  a 
des  choses  fortes,  mais  c'est  une  femme.  Pourquoi 
tentez-vous  de  lui  imposer  un  jong  que  je  sais 
bien  qu'il  n'est  pas  capable  de  porter  ?  11  exerce  de 
bonnes  oeuvres  envers  moi.  Qu'il  demeure  dans  le 
bien,  tant  qu'il  ne  peut  pas  faire  mieux."  Lorsque 
par  un  progres  spirituel,  de  femme  il  sera  devenu 
homme,  et  homme  parfait,  il  pourra  s'employer  a 
faire  une  ceuvre  parfaite. 

9.  Mes  freres,  respectons  les  eveques,  mais  redou-    n  ne  flnt 
tons  les  travaux  oil  le  devoir   de  leur  charge  les  PM  "itiqner 

.  -j-  v       i  -  son  Eteque. 

engage.  Si  nous  en  considerons  bien  la  peine,  nous 
n'en  desirerons  point  l'honneur.  Reconnaissous 
que  cette  dignite  est  au  dessus  de  nos  forces  ;  et 
que  des  epaules  delicates  et  effeminees  ne  se  hasar- 
dent  pas  a  porter  les  fardeaux  des  hommes.  Ne  les 
censurons  pas,  mais  honorons-les.  Car  il  y  a  de  _ 
l'inhumanite  a  reprendre  les  actions  de  ceux  dont 
on  fait  les  travaux.  Quelle  temerite  n'est-ce  point  a 
une  femme  qui  file  dans  sa  maison,  de  faire  des 
reproches  a  un  homme  qui  retourne  du  combat? 
Si  done  celui  qui  vit  dans   un  cloitre  remarque 


descendit.  Ipsa  est  carnis  corpus  Chrisli,  quod  ne  mor- 
tem gustaret,  morti  illud  alterum  tradituai  fuisse  nullus 
Christianus  ignorat.  Ipsam  ungi,  ipsam  foveri  desiderat, 
ipsius  infirma  membra  cupit  fomentis  accuratioribus 
relevari.  Ipsi  ergo  pretiosa  unguenta  retinuit,  cum  anti- 
cipans  horam,  et  accelerans  gloriam,  mulierum  devo- 
tionem  non  elusit,  sed  instruxit.  Renuit  ungi,  sed  parcens, 
non  spernens  ;  non  rccusans  obsequium,  sed  reservans 
proficuum.  Proficuum  dico,  non  bujus  materialis  atque 
corporalis  unguenti,  sed  plane  spiritualis,  quod  in  isto 
designatum  est.  In  isto  ergo  pepercit,  magister  pictatis 
unguentis  oplimis  pietalis,  quaB  membris  suis  indigenti- 
bus  tam  corporaliter,  quam  spiritualiter  ODinino  cuperet 
exhiberi.  Denique  paulo  ante,  cum  in  caput  ejus,  aut 
etiam  in  pedes  funderelur  unguentum,  ipsumque  satis 
pretiosum,  numquid  prohibuit  ?  Imo  et  obstitit  piohi- 
bentibus.  Nam  et  Simoni  indignanti,  quod  se  tangi  a 
peccatrice  permitteret,  longam  texuit  repjebensionis  pa- 
rabolam ;  et  aids  perdilionem  unguenti  causantibus 
respondit,  dicens  :  Quid  molesti  esta  link  mulieri  ? 

8.  Nonnunquam  ego,  ut  modicum  faciam  excessum, 
cum  sederem  mihi  ad  pedes  Jesu  marens,  et  olTerens 
sacrificinm  spiritus  contiibulati  in  recordatione  peccato- 
rum  meorum;  aut  certe  ad  caput,  siquando  vel  raro 
starem,  et  exultarem  in  recordatione  benificiorum  ejus, 
audivi  dicentes  :  Vt  quid  perditio  hvc  ?  Causantes  vide- 
licet quod  soli  viverem    mini,  qui,   ut  putabant,   multis 


prodesse  possem.  Et  dicebant  :  potuit  enim  venundari 
multo,  et  dari  pauperibus.  Sed  non  bonum  mercatum 
mihi  est,  etiamsi  universum  mundum  lucrer,  meipsum 
perdere,  et  detrimentum  mei  facere.  Unde  intelligens 
verba  haec  illas  esse,  quas  Scriptura  loquitur,  muscas 
morituras,  qua?  perdunt  suaritatem  unguenti  ;  recorda- 
tus  sum  divinae  illius  sententia?  :  Popule  mews,  qui  te 
beatificant,inerrorem  inducunt.  Verum  audiant  excusan- 
tem  Dominum,  et  respondentem  pro  me,  qui  me  quasi 
de  otioincusaut  :  Quid,  inquit,  molestiestis  huic  mulieri? 
quod  est,  vos  videtis  in  facie,  et  ideo  secundum  faciem 
judicatis.  Non  est  vir,  ut  putatis,  qui  possit  mitterre 
manum  ad  fortia,  sed  mulier.  Quid  tentatis  ei  imponere 
jugum,  ad  quod  ego  cum  minus  sufficientem  intueor? 
Bonum  opus  operatur  in  me.  Stet  in  bono,  quandiu  non 
convalescitad  melius.  Si  quando  de  muliere  in  virum,  et 
virum  perfectum  profecerit,  poterit  et  in  opus  perfectio- 
nis  assumi. 

9.  Fratres,  revereamur  episcopos,  sed  vereamur  labo- 
res  eorum.  Si  laborespensamus,  non  aflectamushonores. 
Agnoscamus  impares  vires  nostras,  nee  delectet  molles 
et  femincos  humeros  virorum  supponere  sarcinis ;  nee 
observemus  eos,  sed  honoremus.  Inhumane  nempe 
eorum  redarguis  opera,  quorum  onera  refugis.  Temera- 
rie  objurgat  virum  de  pralio  revertentem  mulier  manens 
in  domo.  Dico  enim,  si  is  qui  de  claustro  est,  eum  que 
versat  urin   populo,    intcrdum  minus  districte   minusve 


182 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Cel«  siedmal  qu'un  prelat,  engage  dans  le  nionde,  se  conduit    qui  so  fait  de  la  compassion  des   miserablcs,  et  se 


parliculit're' 
meDl  aux 
religieuz. 


avec  moins  de  regularity  et  de  discretion  qu'il  ne 

dovrait,  dans  ses  discours,  dans  sa  maniere  de 
vivre,  d.ms  sou  sommeil,  sesris,  ses  coleres,  ou  ses 
jugemenls  ;  qu'il  ne  se  hate  pas  de  le  condamner 
aussitot  ;  qu'il  se   souvienne  au  contraire  qu'il  est 

ecrit  :  «  Un  homme  qui  fait  mal  raut  mieux 
qu'une  femme  qui  fait  bien  [Eeele.  xm,  li) ».  Car 
si  vous  faites  bien  en  veillant  sur  vous-meme,  celui 
qui  en  assiste  plusieurs  fait  encore  mieux,  et  inene 
une  vie  plus  virile.  S'll  ne  pent  exercer  les  functions 
de  son  niinistere,  sans  commettre  quelques  fautes, 
c'est-a-dire  sans  etre  illegal  dans  sa   rouduito,  SOU- 

venez-vous  que  a  la  charite   couvre  beaucoup  de 

peches  [Jacob,  v,  8).  »  Je  dis  cela  contre  deux  ten- 
tations  auxquelles  les  religieux  sont  sujets  :  la  pre- 
miere, de  rechercher  par  ambition  la  dignite  de 
l'episcopat ;  et  la  secoude,  d'etre  pousses,  par  une 
inspiration  diabolique,  a  juger  temerairement  des 
actions  des  eveques. 

10.  Mais  retournons  aux  parfums  de  l'Epouse. 
Vovez-vous  combieu  on  doit  preferer  aux  autres  le 
parfum  de  la  piete,  le  seul  dont  la  perte  n'est  point 
permise  ?  Et  on  le  perd  si  peu,  qu'un  verre  d'eau 
froide  ne  demeure  point  sans  recompense  (Maltli. 
x,  bM).  ISeanmoius  celui  de  la  contrition  qui  se 
compose  du  souvenir  des  peches,  et  qui  se  verse 
sur  les  pieds  du  Seigneur,  est  bon  aussi,  puisque 
«  Dieu  ne  meprisera  point  un  coeur  contrit  et  humi- 
lie  [Psal.  l,  19).  »  Je  pense  que  celui  de  la  de- 
Totion  qui  se  fait  du  souvenir  des  bienfaits  de 
Dieu  est  encore  meilleur,  parce  qu'il  est  estime 
digue  de  parfurner  la  tete,  en  sorte  que  Dieu  dit  de 
ce  parfum-la ;  «  Le  sacrifice  de  louanges  m'hono- 
rera  [Psal.  xux,  23) .  »    Mais   l'onction  de   la  piete 


repand  partout  le  corps  de  Jesus-Christ  les  sur- 
passe  infinimenl  tons  deux;  et  quand  je  dis  le 
corps  de  Jesus,  ce  n'est  pas  de  celui  qui  a  ehi 
i t:i< -die,  mais  de  celui  qui  a  ete  acquis  par  les 
soull'rances  du  premier  que  je  parle.  Certes,  il  faut 
que  ce  parfum  soit  bien  excellent  puisque,  en  com- 
paraison  de  ce  parfum.  Dieu  temoigne  qu'il  ne 
regarde  pas  tneme  les  autres,  lorsqu'il'  dit  :  «  Je 
demaude  la  niisericorde,  nou  des  sacrifices  [Matth. 
ix,  13).  »  Je  pense  done  qu'entre  toutes  les  vertus, 
les  mamelles  de  l'Epouse  ezhalent  principalement 
l'odeur  de  celle-la,  puisqu'elle  a  tant  de  soiu  de  se 
conformer  en  tout  a  la  voloute  de  1'Epoux.  N'etait- 
ce  pas  cette  odeur  de  niisericorde  que  Thabite  re- 
pandait  meme  apres  sa  niort?  et  si  elle  ressuscita 
bientot,  ce  fut  parce  que  cette  odeur  de  la  vie  pre- 
valut  en   elle  sur  celle  de  la  mort. 

11.  Mais  ecoutez  une  parole  abregee  sur  ce 
sujet  :  Quiconque  enivre,  par  ses  paroles,  et  re- 
pand une  bonne  senteur  par  ses  bienfaits,  peut- 
etre  convaincu  que  e'est  de  lui  qu'il  est  dit  :  «  Vos 
mamelles  sont  meilleures  que  le  vin ,  et  elles 
exhalent  un  parfum  tres-delicieux  [Cant,  l,  1).  » 
Mais  qui  est  celui  qui  en  est  arrive  la '?  Qui  est  celui 
d'entre  nous  qui  possede  pleinement  et  parfaite- 
ment,  au  moins  une  de  ces  deux  qualites,  en  sorte 
qu'il  ne  lui  arrive  point  quelquefois  d'etre  sterile 
dans  ses  diseours  et  liede  dans  ses  action  ?  Mais  il  y 
en  a  une  qui  peut  sans  aucun  doute  et  a  bon  droit 
etre  louee  de  les  posseder  toutes  les  deux.  C'estl'E- 
glisequi,  dans  le  grand  nombre  de  ses  eufants,  ne 
manque  jamais  d'en  avoir  qui  lui  procure  de  quoi 
enivrer,  etde  quoiembaumer.  Car  ce  qui  lui  manque 
enl'un,  elleletrouve  en  l'autre,  selonlamesure  que 


Ces  paroles 
conviennent 
admirable- 
ment  bien 
a  l'Eglise. 


eircumspecte  sese  agere  deprehenderit,  verbi  gratia  in 
verbo,  in  cibo,  in  somno,  in  risu,  in  ira,  in  judicio  ; 
non  ad  judicandum  confeslim  prosiliat,  sed  meminerit 
scriptum  :  Melior  est  iniquitas  <iri,  guam  beaefaciens 
niulier.  Nam  tu  quidem  in  lui  custodias  vigilans  bene 
facis  :  sed  qui  juvat  multos,  ct  melius  tacit,  et  viritius. 
Quod  si  implere  non  sullied  absque  aliqua  iniquitate, 
id  est  absque  quadam  inasqualitate  vilie  et  conversatio- 
nis  suae,  memenlo  quia  charitas  operii  mxMitudinem  \icc- 
catorum.  Haec  dicta  sint  contra  gemimm  tentationem, 
qua  saepe  viri  religiosi  episcopurum  vet  ambire  gloriaui, 
vel  excessus  temere  judicare  diubolicis  instigationibus 
incitantur. 

10.  Sed  redeamus  ad  unguenta  Sponsas.  Videsne 
quam  sit  praEferendam  caeteris  istud  pictatis  unguentum, 
de  quo  solo  pcrmissum  non  est  perdilionem  fieri  ?  In 
tanlum  perdilio  ile  ipso  non  fit.  ut  nee  aquae  frigidae 
munus  iriemuoeratum  Anadir.  Bonum  tamen  contritio- 
nis  unguentum,  quod  [de  recordatione  peccatorum 
conficitur,  millilurque  in  pedes  Domini  :  quia  cor  eon- 
tritnm  rt  humUiatum  Veus  non  despiciet.  Caeterum  longe 
melius  esse  arbiter  id  quod  dicilur  devotionis,  factum 
de  recordatione  beneliciorum  Dei,  quippe  quod  et  ca- 
piti    idoneum  reputalur,  ita  ut  perbibeat  de  ipso  Deus  : 


Sacrificium  /autlis  honorificabit  me.  Porro  utrumque 
vincil  tinctio  pietatis,  qua;  de  respectu  miserorum  fit, 
et  per  universum  Christi  corpus  dill'undilur.  Corpus 
dico,  non  illud  cruciti.vum,  sed  quod  illius  acquisitum 
est  passione.  Optimum  revera  unguentum,  in  cujus 
comparationem  caetera  nee  respicerc  se  ostendil,  qui 
ait  :  Misericordiam  uoto,  et  non  sacrificium.  Haas  ergo 
potissimum  inter  caeteras  virtutes  relodere  puto  unera 
Sponsse,  quae  Sponsi  per  omnia  gestit  congruere  volun- 
tati.  Annon  odore  misericordiae  Tbabita  etiam  in  mortc 
fragrabat?  Etidco  cito  de  morte  convaluil  quia  pra;valuit 
odor  vita?. 

.11  Sed  audite  verbum  abbreviatum  super  prsescnti 
capitulo.  Quisquis  ct  inebriat  verbis,  el  fragrat  beneficiis, 
sibi  dictum  pulet,  Quia  meliora  sunt  libera  tua  vino, 
fragrantia  unjfUentis  optimis.  El  ad  haec  quis  idoneus? 
Quis  nostrum  iiiiuni  saltern  horum  integre  perfecteque 
possideat,  ut  non  videlicet  interdum  el  in  dicendo  ste- 
rilior,  et  in  operando  tepidior  sil  ?  Sod  est  quae  merito 
el  non  dubie  lioc  pra?coiuo  glorietur,  Ecclesia  ulique, 
cui  nunquam  de  universitate  sua  decst  et  unde  inebriet 
el  unde  fragret.  Quod  enim  sibi  decst  in  uno,  habet  in 
allcro,  secundum  mensuram  donationis  Christi,  ac  rno- 
derationeni  Spiiitus,  dividentis  prout   vult.  Fragrat  Ec- 


TREIZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


183 


Dienlui  a  departie,  etlebonplaisirdel'Esprit-Saint 
qui  distribue  ses  dons  a  chacun,  ainsi  que  boil  lui 
semble.  L'Egliserepand  uneodeur  agreable  dans  la 
personne  de  ceux  qui  se  font  des  amis  des  richesses 
d'iniquites,  et  elle  enivre  par  les  ministres  de  la 
parole,  qui  epanchent  sur  la  terre  le  vin  d'une 
joie  spirituelle,  l'enivrent ,  pour  ainsi  dire ,  et 
recueillent  du  fruit  dans  leur  patience.  Elle  se 
nomme  elle-nieme  Epouse  avec  hardiesse  et  con- 
fiance,  parce  qu'elle  a  vraiment  les  mamelles 
meilleures  que  le  vin  et  exhalant  l'odeur  des 
parfums  les  plus  precieux.  Or  bieu  que  nul  de 
vous  n'ait  assez  de  presomption  pour  appeler  son 
ame  l'Epouse  du  Seigneur,  neanmoins  comme  nous 
sommes  du  corps  de  l'Eglise,  qui  se  gloritie,  a  bon 
droit  de  ce  uom,  et  de  la  chose  qu'il  signifie,  ce 
n'est  pas  sans  quelque  raison  que  nous  participons 
a  cette  gloire.  Car  on  ne  saurait  nier  que  dans  ce 
que  nous  posstdons  pleinement  et  entitlement  tous 
ensemble,  chacun  de  nous  en  particulier  ait  sa 
part.  Graces  vous  soient  rendues,  Seigneur  Jesus, 
de  ce  que  vous  avez  daigne  nous  associer  a  votre 
Eglise  qui  vous  est  si  chere,  non-seulement  pour 
etre  Chretiens,  mais  encore  pour  etre  unis  a  vous 
en  qualite  d'Epouse  par  de  chastes  et  eternels  em- 
brasseraents,  lorsque,  a  face  decouverte,  nous  con- 
ternplerons  aussi  votre  gloire,  cette  gloire  que  vous 
possedez  egalement  avec  le  Pere  et  le  saint  Esprit 
dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XIII. 

Nous   devons   faire   remonter  a  Dieu   comme   a   la 

source  de  tout  Men,  toutes  les  grdces  que  zious 

receeons  de    lui. 

1.  La  source  des  fonlaines  et  des  fleuves,   c'est  la 


mer;  et  la  source  des  vertus  et  des  sciences,  est 
notre  Seigneur  Jesus-Christ.  Car,  qui  est  le  Sei- 
gneur des  vertus,  sinon  le  roi  de  gloire?  II  est 
encore  le  Seigneur  des  sciences,  selon  le  can- 
tique  d'Anne  la  prophetesse  [Reg.  u,  3).  La  con- 
tinence de  la  chair,  la  purete  de  cceur,  la  rectitude 
de  la  volonte,  precedent  de  cette  source  divine. 
C'est  peu,  mais  la  vivacite  de  l'esprit,  la  grace  de 
la  parole,  la  saintete  des  mceurs  ont  la  meme 
source.  C'est  de  la  que  les  discours  de  la  science  et 
de  la  sagesse  tirent  leur  origine.  Car  tous  les  tresors 
de  la  sagesse  et  dela  science  y  sont  renfermes  (Col. 
it,  3).  Que  dirai-je  des  conseils  purs,  des  jugements 
equitables,  et  des  saints  desirs,  ne  sont-ce  pas 
encore  des  ruisseaux  de  cette  source  ?  Si  toutes  les 
eaux  retournent  sans  cesse  a  la  mer  par  des  con- 
duits caches  et  souterrains,  afin  d'en  sortir  ensuite 
par  un  cours  perpetuel  et  infatigable  pour  servir  a 
l'usnge  des  hommes,  pourquoi  ces  ruisseaux  spiri- 
tuels  ne  retourneront-ils  pas  aussi  a  leur  propre 
source,  sans  intermittence  etsans  diminution,  pour 
ne  cesser  point  d'arroser  le  champ  de  nos  anies? 
Que  les  fleuves  des  graces  retournent  au  lieu  d'oii 
ils  partent,  pour  couler  de  nouveau.  Que  cet  ecou- 
lement  celeste  remonte  a  son  principe,  pour  se 
repandre  ensuite  sur  la  terre  avec  plus  d'abon- 
dance.  Comment  l'entendez-vous,  me  dira-t-on  ? 
Je  l'entends  selon  ces  paroles  de  l'Apdtre  :  «  Ren- 
dant  des  actions  de  graces  a  Dieu  en  toutes  choses 
I.  Thess.  v,  18).  »  Tout  ce  que  vous  croyez  avoir 
de  sagesse  et  de  vertu,   attribuez-le  a  la  vertu  et  h 

la  sagesse  de  Dieu,  qui  est  Jesus-Christ. 

°  '  ^  i   9 mom 

2.  Et  qui  serait  assez   fou,  dites-vous,   pQUi\pre- 

sumer  les  tenir  d'ailleurs?    Persqnue    assureimuit, 

et  le  Pharisien   meme   rend  graces    a  Dieu    (Luc. 


Dieu  est 
l'aoteur  da 
toot  bien. 


II  faut  pro- 

6ter  de  la 

grace  pour 

rendre 

grace  a 

Dieu. 


clesia  in  his,  qui  sibi  faciunt  amicos  de  mammona  ini- 
quitatis ;  inebriat  in  ministris  verhi,  qui  vino  laetitiae 
spiritualis  infundunt  terram,  et  inebriant  earn,  et  fruc- 
tum  referunt  in  patientia.  Ipsa  audacter  secureque  sese 
nominat  Sponsam,  tanquam  qua?  vere  abet  ubera  me- 
iliora  vino,  et  fragranlia  unguentis  optimis.  Quod  ets 
nemo  nostrum  sibi  arrogare  praesumat,  utanimam  suam 
quis  audeat  Sponsam  Domini  appellare  :  quoniam  tamen 
de  Ecclesia  sumus,  quae  merito  hoc  nomine,  el  re  no-, 
minis  glorialur  ;  non  immerito  glorias  hujus  paitieipium 
usurpamus.  Quod  enim  simul  omnes  plene  mtegreqiiej 
possidemus,  hoc  singuli  sine  confradk'tione  pnrticiba-' 
mus.  Gratias  tibi,  Domine  Jesu,  qui  nos  chaMsslrijre 
Ecclesia?  tuae  aggregate  dfghatns'es,  non  sohlm  ut  flde- 
les  essemus,  sed  utetiam  libi  vice  Sponsae  in  amplfesns' 
jucundos,  castos,  aslepnosque  xopularemur,  revelata  et 
ipsi  facie  spe6ulant.es  gloriam  ttiam,  quag  tibi  communis 
pariler  est  cum  Patre  et  Spiritu-Sancto  in  sascula  saxu- 
lorum.  Amen. 

SERMO  XIII. 
De  gloria  ct  laude  Deo  .semper  altribuenda  pro  omqibus 
bonis    eju.i   H'ibii    imperii)!. 
t.  Gripo   fontium  et  Onmimim   omnium    mare  est  : 


virtutum  et  scientiarvim,  Domimis  .Jesiis-.CuflsiAis^  Q,%\f 
enim  Dorainus  virtutum,  nisi  ipse  est  rex  gba-ia;  ?,ged 
et  juxta  Anna?,  canticum,  idem  ipse , Dew  , scjpti,it w>7<pj 
Dominus  est.  Continentia  carnis^.  cordis,  indpstrja,  Hplm^ 
talis '  rec.titudci,  ex  illo  fonte  iflanant., ;  iNon  soluiq  a.iitpm 
sed  et  si  quis  callet  inj,ronio,  si  quis  nitet  eloquip(1^j 
quis  moribus  placet,  iudo  est.  Lnde  scientjse,  iuaYsag 
pientia?  sermp;  Thesauri  siquidsm  sapientjiap.  pt|  scjenjiag 
ibi  nmnes  abscondjtj  sunt.  Quid^'Casta,.  c-piyji^a,  juste 
juiheia',  sancKf  desideria,  norujerri.vuli  fonfis  jliius  sup^fi 
Quod  s(  qopiaa  aquarum.$ecf'etis)  ^ubterfl^ije^que^ecuiiT, 
sIEqs  incessaflfer  ceqiiora  rapetnnt,,uf  ind-e  r^ursus  atl 
visus  ususquq  n'psiros  jiigi.  et  infatigaBJli.erumpiint.  ubsen 
d\na  ;|ciirnpn  etiam  spirituftles^ivL  ut^rya,  riH'^li'im. 
rlgare  nbn"desiriant,  prdprio  foAti  sitie  fraudei  et^jn^, 
interrtiissionp  'retldantur?  Ad  locum  ufl.de,  exeunt,  re^ 
vri'tantur  lluihina  gratia'riim,  ut  itenim  tlu;mt.  lieiuillutur 
atl  suum  principium  cceleste  proljuvium,  quo  ubeuus 
terris  rcfilndatur.  Qualiler,  inquis?Qual)ter  dicit  Aposto- 
lus :  In  oinuifjui  gratias  ageidri.  Quidquu'd  sapiential 
qnidqnifl  te  virtulis  habere  confidis,  Dei  virtuti,  et  l.'ei 
sapientiae  deputa  Christo. 

2.  Et   quis   tarn    insanus,  als,    ut  aliunde    pra^un^,^ 
Nemo    plane^  adeo  ut  et    Pbarisajus  gratias  agat,  ctijU3' 


n/i 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Toute  espece 

d'actions 

de  graces 

n\'st  pas 

agreable  a 

Dieu. 


Telle  fut 
1'actiOD  de 

f  races  da 
barisien. 


xvin,  li).   Neanmoins   Dieu  ne  le  loue  pas  de  sa  de  dire  la  verito.  En  eflet,  vous  ne  jugeriez  pas  le 

e;  et  cette  action  de  graces,  si  vous  vous  sou-  Publicain   meprisable   au   prix  de   vous,    si   vous 

venez  bien  de  l'fivangile,  ne  le  lui  rend   pas  agrea-  n'estimiez  pas  que  vous  etes  plus  que  lui.  Mais  cpie 

ble.    Pourqnoil   Cesl    que   quelque  devotion  qui  repondez-vous  a  I'Apfitre  qui  nous  prescrit  cette 

paraisse  au  dehors  cela  ne  sufflt  pas  pourexcuser  regie,  et  vous  dit :  a  A  Dieu  seul   soit  houneuret 


l'enflure  du  coeur  devanl  celui  qui  voit  de  loin 
ceux  qui  s'61event  par  l'orgueil  (Psal.  cxxxvii,  6). 
Ou  ne  se  moque  pas  de  Dieu,  6  Pharisien.  Croyez- 
vous  avoir  quelque  chose  que  vous  n'avez  point 
recu?  Itien.  dites-vous,  fit  c'est  pour  cela  que  je 
rends  graces  a  celui  qui  ni'a  donue  ce  que  j'ai.  Si 
vous  n'avez  riendutout,  vous  n'avez  eu  aucun  me- 
rite  precedent,  pour  recevoir  les  choses  dont  vous 
vous  glorifiez.  Si  vous  eu  demeurez  aussi  d'accord, 
c'est  done  en  vain  d'abord,  que  vous  vous  elevez 
avec  presomption  au  dessus  du  Publicain;  car  s'il 
n'a  pas  ce  que  vous  avez,  c'est  parce  qu'il  ne  l'a 
pas  recu  comme  vous.  De  plus,  prenez  garde  que 
vous  ne  rapportiez  pas  pleinement  a  Dieu  tous  ses 
dons,  et  que,  di  lournanl  pour  vous,  quelque  chose 
de  sa  gloire  et.  de  son  honneur,  vous  ne  soyez 
justement  accuse  de  fraude,  et  de  rraude  envers 
Dieu.  Car  si  vous  vous  attribuiez  quelque  chose  des 
vert  us  dont  vous  vous  vantez,  comme  venant  de 
vous,  je  croirais  que  c'est  parce  que  vous  vous 
trompez  vous-meme,  non  pas  que  vous  vouliez 
tromper ;  et  je  corrigerais  cette  erreur.  Mais  comme 
en  rendant  des  actions  de  graces,  vous  montrez 
que  vous  ne  vous  attribuez  rien  a  vous-meme,  et 
que  vous  reconnaissez  prudemment  que  vos  me- 
rites  sont  des  dons  de  Dieu  ;  et  de  plus,  comme  en 
meprisant  les  autres,  vous  vous  trahissez  vous- 
meme,  et  faites  voir  que  vous  parlez.  avec  un  coeur 
double;  d'un  c6le  vous  faites  servir  votre  langue 
au  mensonge,  et  de  l'autre  vous   usurpez  la  gloire 


tamen  justitiae  non  est  lans  a  Deo.  Nee  enim  ilia  gra- 
tiarum actio  (si  bene  recolis  Evangelium)  gratiorem 
eum  facit.  Quare  ?  Quia  quidquid  in  ore  devotum  sonue- 
rit,  cordis  non  suflicit  excusarc  tumorem  apud  eum, 
qui  alta  a  longe  cognoscit.  Deus,  o  Pharisaee,  non  irri- 
detur.  Putas,  tti  habes  aliquid  quod  non  accepisti  1  Nil, 
inquit ;  etideo  gratias  rcfero  largitori.  Si  omnino  nihil; 
ergo  nee  meritum  praccssit  in  te  ulluin,  ut  ilia,  do 
quibus  gloriaris,  acciperes.  Quid  si  et  fatearis,  primo 
quidemfrustra  inflaria  adversus  ^ub'xanum,  quiideonon 
habct  quod  tu,  quia  non  accepit  ut  tu.  Deinde  vide 
etiam  ne  non  intcgre  sua  dona  resignes  Deo,  et  tibi  in- 
flectens  aliquid  de  gloria  et  bonore  ipsius,  fraudis  merito 
arguaris,  et  fraudis  in  Deum.  Si  enim  de  his  quae  jac- 
tas,  ex  te  tihi  quippiam  furte  arrogares,  falli  te  magis 
quam  velle  fraudare  credcrem,  et  ercorem  corrigerem. 
Nunc  vcro  quia  gratias  agendo,  probas  le  libi  nihil  Iri- 
buere,  sed  Dei  esse  dona  tua  merita,  prudenter  agnos- 
cere  ;  certe  casteros  asperaando  prodis  te,  quod  in  corde, 
et  corde  locutus  sis,  altero  commodans  linguam  menda- 
cio,  altero  veritatis  usurpans  gloriam.  Non  enim 
judicares  Publicanum  contemnendum  prae  le,  si  non 
pri-  illo  te  bonoraudnm  censeres.  Sed  quid  respondes 
Apostolo,    prascribenti  et    diccnli.    Soli  Deo    honor  et 


gloire  (I.  Tim.  i,  9)?»  Que  repondez-vous  de 
meme  a  1'ange  qui  distingue  et  apprend  ce  qu'il 
plait  a  Dieu  de  se  reserver,  el  ce  qu'il  daignedeparlir 
aux  homines  quand  ils'ecrie  :  «  Gloire  a  Dieu  dans 
le  ciel  et  p.iix  sur  la  terre  aux  hommes  de  bonne 
volonte  (Luc.  n,  l.'ij?»  Voyez-vous  maintenant  ipie 
le  Pharisien,  en  rendant  graces,  honore  Dieu  des 
levres,  et  que  dans  son  cceur  ce  n'est  que  lui-meme 
qu'il  honore.  Ainsi  nous  en  voyons  plusieurs,  dans 
la  bouche  desquels  retentissent  des  actions  de 
graces;  mais  plutdt  par  habitude  que  par  un  senti- 
ment veritable  ;  c'est  au  point  meme  que  des 
scelerats  a  chacun  de  leurs  crimes  rendent  souvent 
graces  a  Dieu  de  ce  qu'ils  ont  reussi,  du  moins  ils 
le  pensent  ainsi,  dans  raccomplissement  de  leurs 
de-sirs  deregles.  Vous  entendrez  par  exemple  un 
voleur,  apriis  avoir  execute  sun  mauvais  dessein,  et 
devalise  quelqu'un,  se  rejouir  secretement  en  lui- 
meme,  et  dire  :  Dieu  soil  loue,  je  n'ai  pas  veille  en 
vain,  et.  je  n'ai  pas  perdu  ma  peii:e.  De  meme  celui 
qui  a  tue  un  homme,  ne  s'eu  glorilie-t-il  pas,  et 
lie  rend-il  pas  graees  a  Dieu  de  cc  qu'il  a  etc 
plus  fort  que  son  adversaire,  ou  s'est  venge  de  son 
ennemi  ?  Un  adultere  de  meme  saute  de  joie,  et 
loue  Dieu  de  ce  qu'il  a  joui  eufin  d'un  plaisir  qu'd 
avait  longtemps  desire. 

3,  Toute  sorte  d'actions  de  graces  n'est  done  pas 
agreable  a  Dieu,  il  n'y  a  que  cede  qui  part  d'un 
cceur  pur  et  simple.  Je  dis  pur,  a  cause  de  ceux  qui 
se  gloriflent  meme  de  leurs   mauvaises  actions  et 


Terverses 
actions  des 
mediants. 


Quelle  action 

de  g-aces  est 

agreable  a 

Dieu. 


gloria  ?  Quid  angelo  dislinguenti  et  docenti,  quid  sibi 
relinere  placeat  Deo,  et  quid  partiri  dignetur  hominibus? 
Nam,  Gloria,  inquit,  in  excebis  beo,  et  in  terra  pax 
hominibus  bonce  voluntatis.  Cernitisne  Pharisteum  agen- 
tem  gratias,  labiis  quidem  honorare  Deum,  cordis  autcm 
sententia  se  ?  Sic  usu  quodam  magis,  quam  sensu  vel 
atTectu  personare  in  ore  mult.jrum  gratiarum  aotii 
advertere  est,  et  tantum  ut  homines  quoque  sceleratis- 
simi  ad  quseque  Qagitia  el  facinora  siki  soleant  gratias 
Deo  agere,  quod  bene  prospereque,  ut  quidem  ipsi  sa- 
piunl,  cesserit  sibi  in  adimpletione  perversarum  volun- 
tatum  suartim.  Audias,  vcrbi  gratia,  furem,  cum  impiae 
machinationis  male  cupituin  manipulum  reportarit,  ex- 
sullantem  clam,  et  dicentem  :  Deo  gratias,  nun  inanes 
vigilias  feci,  noclurnuin  laborem  meuin  non  perdidi. 
Similiter  qui  hominem  interfecit,  nonne  gloriatur,  et 
refert  gratias,  quod  praevaluit  adversus  semulum,  ant  de 
hosle  se  vindicavil  '.'  Et  nihilo  minus  adulter  tripudians 
geslit  in  Dei  laudes,  quod  diu  oplato  concubitu  tandem 
potitus  sit. 

3.  Non  ergo  omnis  gratiarum  actio  accepta  est  Deo, 
nisi  quBB  de  cordis  pudica,  et  mera  simplicitate  proce- 
dit.  Pudica  sane  dixerim,  propter  cos  qui  et  de  malis 
actibus  suis  gloriantes,   Deo  gratias  agere  solent  :  quasi 


TREIZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


185 


C'esl 

cerlainenient 
une  \ertu 

aussi    grande 

que  rare 

d'etre  petit 

a  ses  pro- 

pres  yeux 

quand  on  est 

grand  aux 

yeux  des 

autres. 


rendcnt  souvent  graces  a  Dieu,  comme  si  Dieu  se 
rejouissait  ainsi  qu'ils  le  font  lorsqu'ils  out  nial 
fait,  et  prenait  plaisir  a  des  crimes  detestables.Qni- 
conqueest  ainsi  fait,  entendre  ces  paroles terribles  : 
«  Yous  vous  etes  persuade  faussement  et  injuste- 
menl  que  je  serais  sernblable  k  vous  ;  mais  je  vous 
cbatierai,  et  vous  ferai paraltre  devunt  vous-mime, 
avec  toute  la  laideur  et  la  difformite  de  vos  crimes 
(Psal.  xui,  21).  »  J'ai  ajoute,  et  simple,  a  cause  des 
hypocrites  qui  glorifient  bien  Dieu  de  leurs  bonnes 
ceuvres,  mais  ne  le  glorifient  que  du  bout  des 
levres  et  retiennentpoureux,  de  cceur,  ce  qu'ils  lui 
donnent  de.boucbe.  Aussi  comme  ils  agissent  en  sa 
presence  avec  fourberie,  il  hait  leur  iniquite.  Les 
premiers  dans  leur  impiete,  attribuent  a  Dieu  leurs 
mauvaises  actions  ;  etceux-ci,  dans  leur  luxe,  s'ap- 
proprient  les  biens  qu'ils  out  recus  de  Dieu.  Or, 
quant  au  premier  de  ces  deux  vices,  il  est  si  plein 
de  folie,  d'irreligion,  et  je  puis  dire  meme  de 
brutalite,  que  je  crois  qu'il  n'est  pas  necessaire 
que  je  vous  avertisse  de  l'eviter.  Mais  le  second  a 
coutume  de  dresser  des  embuehes  principalement 
aux  personnes  religieuses  et  spirituelles.  C'est  sans 
doute  une  grande  et  rare  vertu  de  ne  savoir  pas 
qu'on  est  grand  quand  on  fait  de  grandes  cboses, 
et  d'etre  le  seul  a  qui  sa  propre  saintete  soit  in- 
connue,  tandis  qu'elle  est  manifeste  a  tout  le 
monde.  Paraitre  admirable  aux  autres,  et  s'estimer 
soi-meme  meprisable,  c'est  ee  que  je  tiens  pour 
plus  merveilleux  que  les  vertus  memes  qui  causent 
cette  admiration.  Vous  etes  vraiment  un  serviteur 
fldele,  s'il  ne  vous  demeure  rien  de  toute  la  gloire 
de  votre  maitre,  lorsque  cette  gloire,  si  elle  ne 
vient  pas  de  vous,  ne  laisse  pas  neanmoins  de 
passer  par  vous.  C'est  alors  que,  selon  la  parole  du 


Dieu. 


Dens  more  ipsorum  Istetur  cum  male  fecerint,  et  exul- 
tct  in  rebus  pessimis.  Audiet  qui  hujusmodi  est  :  Exis- 
masti  inique  quod  ero  lui  similis  ;  argitam  te,  et  statunm 
contra  faciem  (nam.  Mera  vero  adjunxi  propter  bypo- 
critas,  qui  Denm  quidem  de  bonis  suis,  sed  vcrbo  tonus 
glorilicantes,  corde  retinent  quod  ore  praebuerant :  et 
quoniam  dolose  agunt  in  conspcctu  ejus,  invenitur  ini- 
quitas  eorum  ad  odium.  Illi  impie  mala  sua  Deo,  isti 
Dei  bona  fi-.iudulenter  intorquent  sibi.  Et  quidem  pri- 
mum  illud  tarn  stullum,  tamque  saeculare,  ac  quodam 
modo  etiam  bestiale  est,  ut  necesse  non  habeam  de  ipso 
monere  vos  :  caeterum  sequens  religiosis  maxime  et 
spiritualibus  viris  insidiari  solet.  Magna  et  rara  virtus 
profccto  est,  ut  magna  licet  operantem,  magnum  te  nes- 
cias,  et  manifestam  omnibus,  tuam  te  solum  latere 
sanctitatem.  Mirabilem  te  apparere,  et  contemptibilem 
reputare;  hoc  ego  ipsis  virtutibus  mirabilius  judico.  Fi- 
delis  revere  famulus  es,  si  de  multa  gloria  Domini  tui, 
etsinon  exeunte  ex  te,  tamen  transcunte  per  te,  nil  tuis 
manibus  adhaerere  contingat.  Tunc  juxta  Prophetam 
projicis  avaritiam  ex  calumnia,  ct  excutis  maims  tuas 
ab  muni  munere.  Tunc  juxta  manda turn  Domini,  lux 
tua  lucet  coram  bominibus,  ad  gloriticandum  non  te,  sed 
Patrem  qui  in  coelis  est.  Sed  et  imitator  Pauli  fidelium- 


Exemple  de 
Joseph. 


Prophete  [ha.  xxxui,  15) ;  vous  rejetez  les  richesses  Cehli.i4  e8t 

aeauises  par  la  faussete,  et  vous  avez  les  mains  net-     tin  Bdele 

1  x  '  serviteur  de 

tes  de  tous  presents.  C'est  alors  que  selon  le   com- 

mandement  du  Seigneur,  votre.  lumiere  luit  devant 
les  bommes,non  pas  afin  qu'ils  vous  glorifient,  mais 
afin  qu'ils  glorifient  le  Pere  qui  est  dans  les  cieus 
[Matth.  v,  16).  Et  entin,  imitant  saint  Paul  et  les 
lideles  predicateurs  qui  ue  precheut  pas  leurs 
vertus,  vous  ne  ehercbez  pas  non  plus  vos  propres 
interets,  mais  les  inlerets  de  Jesus-Cbrist  (Philip. 
n,  2t).  C'est  pourquoi  on  vous  dira  aussi  bien  qu'a 
eux  :  «  Or  ca,  bon  et  fidele  serviteur,  puisqne  vous 
avez  ete  iidele  dans  le  pen  que  je  vous  avais  eonfie, 
je  vous  etablirai  maitre  de  grands  biens  (Matth. 
xxv,  21).  ii 

Zi.  Si  Joseph,  en  Egypte,  savait  bien  que  la 
rnaison  et  tous  les  biens  de  son  Maitre  lui 
avaient  ete  confies ,  il  n'ignorait  pas  en  meme 
temps,  que  sa  maitresse  faisait  exception,  aussi  ne 
voulut-il  point  la  toucher,  bien  qu'elle  le  pressat 
de  le  faire  :  «  De  tous  les  biens  de  mon  Maitre, 
dit-il,  il  n'y  en  a  point  qui  ne  soit  en  ma  puis- 
sance, et  qu'il  ne  m'ait  donne,  horruis  vous  qui  etes 
sa  femme  (Gen.  xxxix,  9).  »  II  savait  que  la  fen.me 
est  la  gloire  de  son  mari,  et  il  regardait  comme  une 
grande  injustice,  et  une  ingratitude,  honteuse,  de 
desbonorer  celui  qui  l'avait  comble  de  tant  d'bon- 
neurs.  Cet  homnie  de  Dieu  si  plein  de  sagesse 
savait  qu'un  mari  est  aussi  jaloux  de  sa  femme  que 
de  sa  gloire,  et  que  son  maitre  s'etait  reserve  la 
garde  de  la  sienne,  et  ne  l'avait  point  conflee  a 
d'autres;  aussi  ue  se  permit-il  point  de  la  toucber. 
Quoi  done  ?  L'homme  sera  jaloux.  de  sa  gloire,  et  il 
osera  ravir  a  Dieu  la  sienne,  comme  s'il  n'en  etait 
pas  aussi  jaloux  ?  Ecoutez  ce  qu'il  dit  :  «  Je  ne  don- 


quc  praidicatorum,  non  pradicantiurn  semetipsos,  a?que 
nee  tu  quae  tua  sunt  queeris,  sed  quaj  Jesu-Christi. 
Quamobrem  audies  et  tu  :  Euge,  serve  bone  et  fidelis, 
quia  super  pauca  fuisti  fidelis,  supra  multa  et  consti- 
tuam. 

4.  Joseph  cum  domum  et  omnia  bona  .Egyptii  domini 
sui  sibi  credila  sciret,  dominam  non  ignoravit  exceptam; 
et  ob  boc  non  acquievit  conlingere.  Non  est,  inquit,  ex 
omnibus  bonis  domini  met,  quod  non  in  mea  potentate 
sit,  vel non  tradiderit  mihi,  printer  te,  que  uxor  ejus  es. 
Mulierem  noverat  gloriam  esse  viri,  et  iuiquum  sibi  ju- 
dioavit  vice  contraria  inglorium  facere  eum,  qui  se  fe- 
cerat  gloriosum.  Advertit  bomo  Dei  sapientia  prudens, 
virum  uxorem  fortiter,  tanquam  propriam  zelare  glo- 
riam, sibique  ipsi  retinuisse  servandam,  non  alii  credi- 
disse  ;  et  manum  ad  non  concessum  extendere  non  praj- 
sumpsit.  Quid  ergo?  Homo  zelat  gloriam suam,  et  Deum 
amlet  velle  fraudare  de  sua  quasi  non  zelantem?  Sed 
audi  quid  dicat :  Gloriam,  inquit,  meam  aiteri  non  dabo. 
Quid  ergo  dabis  Domine,  quid  dabis  nobis  ?  Pacem, 
inquit,  do  vobis,  pacem  retinquo  vobis.  Suflicit  mihi  : 
gratanter  suscipio  quod  relinquis,  et  relinquo  quod  reti- 
nes.  Sic  placet,  sic  mea  interesse  non  dubilo.  Abjuro 
gloriam  prorsus,  ne  forte  si  usurpavero  non  concessum, 


186 


CEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


nerai  point  ma  gloire  a  un  autre  (/so.  xlviii,  11).  » 
Que  dounerez-vous  done.  Seigneur ;  repondez,  que 
donnerez-vous  ?  «  Je  vous  donne  la  paix,  dit-il,  je 
vous  laisse  la  paix  [Joan,  xiv,  Q7). »  Cela  me 
sufiit.  Je  vous  remercie  de  ce  que  vous  me  laissez, 
et  vous  laisse  oe  que  vous  vous  reservez.  Ce  partage 
me  plait,  et  je  ne  doute  point  qu'il  ne  me  soit 
avail tageux.  Je  renonce  entierement  a  la  gloire,  de 
peur  que  si  j'usurpe  ce  qui  ne  m'est  pas  acconle  je 
perde  justemenl  meme  ce  que  l'ou  m'accorde.  Je 
vein  la  paix,  je  desire  la  j>aix  et  rien  davantage. 
Celui  a  qui  la  pais  ne  sufiit  pas,  vous  ne  lui 
suffisez  pas  vous-meme.  Car  vous  etes  uotre  paix, 
vous  qui  nous  avez  reconciles  avec  vous  (Ephes. 
n.  lit).  II  faut,  mais  il  me  sufiit  que  je  sois 
reconcilie  avec  moi.  Car  du  moment  que  je 
suis  devenu  votre  ennemi,  je  me  suis  devenu 
i  charge  a  moi-meme  (Job.  vu,  20).  Je  me  liens 
sur  mes  gardes,  et  ne  veus  pas  me  moulrer 
ingrat  pour  le  bienfait  de  la  paix  que  vous 
m'avez  donne,  ni  usurper  voire  gloire.  Que  votre 
gloire,  Seigneur^  que  votre  gloire  vous  demeure 
tout  entiere  :  Je  serai  encore  trop  heureux  si  je 
puis  avoir  la  paix. 
Fiempie  de  5.  Lorsque  Goliath  fut  terrasse,  le  peuple  se 
Daautres.deS  rejouit  d'avoir  recouvre  la  paix,  mais  David  recut 
une  gloire  infinie.  Josue,  Jephte,  Gedeon,  Samson 
et  Judith  meme,  quoique  femme,  triompherent 
gloiieusement  de  leurs  ennemis,  mais  si  le  peuple 
jouissait  avec  bonheur  de  la  paix,  nul  ne  partagea 
avec  eux  la  gloire  qu'ils  avaient  acquise.  Judas 
Machabee,  celebre  aussi  par  taut  de  victoires,  car  il 
avait  souvent  donne  la  paix  a  son  peuple  en  com- 
battant  vaillamment,  partagea-t-il  jamais  avec  qui 
que  ce  fut  la  gloire  de  ses  illustres  actions ?  Aussi 
l'Ecriture  dit-elle  :  a  II  y  eut  parmi  le  peuple,  non 
une  grande  gloire,  mais  une  grande  joie  (I.  Mac. 


iv.  58).  »  Les  merveilles  que  le  Createur  de  toutes 
choses  a  operees  sont-elles  moindres  que  celles  de 
ces  grands  homines  pour  avoir  moins  de  sujet  de  se 
glorilier?  Lui  si-ul  a  eree  tout  ce  qui  est,  lui  seul  a 
triompbe  de  son  ennemi,  lui  seul  a  delivre  les 
Captifs  et  quelqu'un  partagerait  sa  gloire?  «  Hon 
bras,  dit-il,  a  ete  mon  secours  (ha.  lxiii,  5).  ><  Et 
ailleurs  :  a  J'ai  presse  seul  le  raisin,  et  personne 
ne  m'a  able.  »  Quelle  part  puis-je  done  pretendre 
a  la  victoire  n'en  ayant  point  eu  au  combat  ?  Ne 
serait-ce  pas  le  comble  de  l'impudence,  que  de 
m'attribuer  ou  la  gloire  sans  victoire,  ou  lavictoiie 
sins  combat  ?  Mais  pour  parler  comme  l'Ecriture, 
montagnes,  recevez  la  paix  pour  le  peuple,  recevez 
la  paix  pour  nous,  mais  reservez  la  gloire  a  celui-la 
seul,  qui  seul  a  combattu,  qui  seul  a  remporte  la 
vicloire.  Qu'il  en  soit  ainsi,  je  vous  en  prie,  qu'il 
en  soit  ainsi.  o  Gloire  a  Dieu  dans  le  ciel,  et  paix 
sur  la  terre  aux  homines  de  bonne  volonte.  » 
Celui-la  n'est  pas  homme  de  bonne  volonte,  au 
contraire,  il  est  un  nomine  de  tres-mauvaise  volonte, 
qui,  non  content  de  la  paix,  aspire  encore  a  la 
gloire  de  Dieu  avec  un  ceil  superbe  et  un  cceur 
insatiable,  et  de  cette  sorte  il  ne  conserve  point  la 
paix  et  n'acquiert  point  la  gloire.  Qui  croirait  une 
rnuraille  si  elle  disait  qu'elle  produit  le  rayon  qui 
lui  arrive  par  la  fenetre?  Ou  qui  ne  se  moquerait 
des  nuees,  si  elles  se  glorifiaient  d'engendrer  la 
pluie  ?  Pour  moi  je  suis  assure,  que  ni  les  ruisseaux 
ne  viennent  du  canal  par  oil  ils  coulent,  ni  les 
paroles  prudentes  des  levres  ou  de  la  langue  qui 
les  profere,  encore  que  mes  sens  corporels  sembleut 
me  dire  le  contraire. 

6.  Si  je  vois  quelque  chose  dans  les  saints  qui 
soit  digne  de  louange  ou  d'admiration,  lorsque  je 
viens  a  l'examiner  a  la  lumiere  eclatante  de  la 
verite,  je  trouve  qu'ils   paraissent  grands  et  admi- 


Gloire  a 
Dieu  seul. 


Paix  aux 
hotcmes. 


La  louange 
et  la  gloire 
des  saints  ett 
due  a    Dieu. 


perdam  merito  et  oblatum.  Pacem  volo,  pacem  desidero, 
et  nihil  amplius.  Cui  non  suflicit  pax,  non  suftieis  lu. 
Tu  es  enioi  pax  nostra,  qui  fecisti  utraque  iinimi.  Hoc 
mihi  necessarium,  hoc  satis  est,  reconciliari  mihi.  Nam 
ex  quo  posuisti  me  contrarium  tibi,  factus  sum  eliam 
mihimet  ipsi  gravis.  Cautus  sum,  nee  ingratus  fore  be- 
netiicio  data?  pacis,  nee  sacrilegus  invasor  gloriie  tuae. 
Tibi  Domine,  tibi  gloria  tua  maneat  illibata  :  mecum 
bene  agitnr,  si  pacem  liabuero. 

5.  Goliat  prostrato  latatus  est  populus  pace  recepta, 
sed  David  singulariter  exstitit  gloriosus.  Josue,  Jephte, 
Gedeon,  Samson,  Judith  quoque,  quamquam  femina, 
gloriose  in  diebus  suis  triumpharunt  de  hostibus;  sed 
pace  cum  gaudio  fruentibus  cateris,  nemo  eis  commu- 
niiavit  in  gloria.  Judas  Macchab*us,  multis  et  ipse  in- 
clylus  victoriis,  cum  frequenter  exsullanti  populo  pacem 
fortiter  pugnando  tribuisset,  aamquid  gluriam  qiiando- 
que  est  partilus  alicui?  Denique  et  facta  e*l,  inquit, 
Don  gloria,  sed  la>titia  magna  in  populo.  Quid  minus  ab 
his  omnibus  Conditor  omnium  fecit,  quominus  et  ipse 
debeat  gloriari  singulariter  ?  Solus  cuncta  creavit,  solus 


de  hoste  trinmphavit,  solus  captivos  liberavit :  et  socium 
habebit  in  gloria?  Et  brachium,  inquit,  meum  auxilia- 
tum  est  mihi,  item,  Torcular  calcavi  solus,  et  de  genti- 
bus  non  est  vir  mecum.  Quid  mihi  ergo  cum  victoria, 
si  nee  in  pnelio  fui  ?  Impudentissime  mihi  arrogo  vel 
gloriam  absque  victoria,  vel  victoriam  sine  pugna.  Sed 
suscipite  monies  pacem  populo,  pacem  suscipite  vobis, 
non  gloriam,  ipsi  soli  earn  servantes,  qui  solus  et  pug- 
navit,  et  vieit.  Ila  quaeso,  ita  sit :  Gloria  in  excelsis  Deo, 
et  in  terra  pax  hominibus  bon<e  volontatis.  At  vero  non 
bona?,  sed  plane  iniqus  voluntatis  est,  qui  nequaquam 
paceconlentus,superbooculo  et  insatiabili  corde  inquie- 
tus  anhelat  et  ad  gloriam  Dei,  nee  pacem  proinde  reti- 
nens,  nee  gloriam  apprehendens.  Quis  credat  parieti,  si 
se  dicat  parturirc  radium,  quem  suscipit  per  fencstram  ? 
aut  si  glorientur  nubes  quod  imbres  genuerint,  quis  non 
irrideat '?  Mihi  liquido  constat,  nee  de  canalibus  oriri 
rivos  aquarum,  nee  de  labiis  vel  dentibus  verba  pruden- 
tiae,  etsi  sensus  ultra  corporeus  non  *  attingat. 

6.  Si  qua  sane  in  Sanctis  digna  laude  vel  admiratione 
intueor,  clara  luce    veritalis  discutiens,  profecto  reperio 


al.  deest 
non. 


TREIZIEME  SERMON  SDR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 

En  effet,  c'est  a  Dieu  seul,   qu'on 


187 


rabies,  mais  qu'il  y  en  a  un  autre  qu'cux  qui  l'est 
en  effet,  et  je  loue  Dieu  dans  ses  saints.    Prenez  si 
vous  voulez,  Elisee   ou  l'illustre   Elie  ;    ces  grands 
personnages  qui  ont  ressuscite  tant  de  morts?Ce 
n'est  pas  par  leur  propre  puissance  qu'ils  ontopere 
ces  prodiges  nouveaux  et  extraordinaires,  niais  par 
la  puissance  de  Dieu  dontilsn'etaient  que  les  rainis- 
tres,  et  qui,  derneurant  en    eux,   faisait  toutes  cos 
merveilles  par  eux.  11  est  invisible   et  inaccessible 
par  sa  nature,  mais   il  se  rend  dans   les  siens  visi- 
ble et  admirable,  et  seul  admirable,  parce  que  seul, 
il  fait   des   choses   qui  meritent  d'etre   admirees 
(Psa/.  lxxi,  13).  La  peinture  et  l'ecriture   sont  des 
arts  dignes  de  louange,  et  cependant  on  ne  loue  ni 
la  plume  ni  le  pinceau  ;  pourquoi  done  attribuer  la 
gloire  d'un  discours  utile  a  la  langue  ou  aux  levres 
qui  le  prononcent  ?    II  est   temps  que   le  Prophete 
parle.  «  La  cognee,  dit-il,  se  glontiera-t-elle  con- 
tre  celui   qui  s'en   sert,    ou  la  scie    s'elevera-t-elle 
contre  celui  qui  la    met  en  ceuvre  ?  C'est  la  meme 
chose  qu'un  baton,  qui  n'est  que  du  bois,  s'eleve 
contre  celui  qui  en  veut  tirer   quelque  usage,   ou 
qu'un  homme  se  gloriiie  s'il  ne  se  gloriue  dans  le 
Seigneur  (ha.  x,  15).  »  S'il  faut  se  glorifler,    saint 
Paul  m'apprend  de  quoi  et  en  qui  je  le  dois  faire. 
«  Notre  gloire,   dit-il,  est  le  te.moignage  que  nous 
rend    notre    conscience    ( I.  Cor.   i,   10).  »    Je  me 
glorifie    sans  crainte,    si   ma  conscience  me  rend 
temoignage   que  je  n'nsurpe   rien  de  la  gloire  de 
mon  Createur,  parce  que   alors  je   ne   me  glorifie 
pas  contre  le  Seigneur,  mais  dans  le  Seigneur.  Or, 
non-seulement  on   ne   nous   defend  pas  de   nous 
glorilier  de  la  sorte,  mais  encore  on  nous  exhortea 
le  faire.  «  Vous  cherchez,  dit  saint  Jean,  a  recevoir 
de  la  gloire  les  uns  des  autres,  et  vous  ne  d6sirez 
point  celle  qui  vient  de  Dieu  seul  (i.  Juan,  v,  Zi4).  » 


doit  de  ne  se 
glorilier  qu'en  lui.  Et  celte  gloire-la  n'est  pas  petite 
puisqu'elle  est  aussi  vraie  que  son  objet,  et  qu'plle 
est  si  rare  que  du  petit  nombre  des  i>arfaits,  il  j  en 
a  tres  peu  qui  la  possedent  parfaitement.  Laissons 
done  les  enfants  des  bommes  qui  ne  sont  que 
vanite,  laissons  les  enfants  des  homines  qui  ne  sont 
que  mensonge,  laissons-les  se  seduire  les  uns  les 
autres  (Psal.  Lxr,  10).  Car  celui  qui  se  gloriue  avec 
sagesse  eprouvera  son  ouvrage ,  et  l'examinera 
soigneusement  a  la  lumierede  laverite,  et  trouvera 
ainsi  ses  louanges  en  lui-meme,  sans  les  attendre 
de  la  bouche  d'autrui.  Ne  serait-ce  pas  une  grande 
folie  a  moi  de  confier  ma  gloire  a  vos 


II  ne  faut 
pas  cheicher 
evres,  et     e    notre  gloire 


Taller  mendier  aupres  de  vous,  quaud  i'en  voudrai  ,    Qans  le' 
1  >  i  j  louanges  des 

avoir'?  Comme  s'il  n'etait  pas  en  votre  pouvoir  hommes. 
d'approuver  ou  d'improuver  mes  actions  a  votre 
fantaisie.  II  vaut  bien  mieux  que  je  la  retienne  par 
devers  moi ;  je  la  garderai  pour  moi  bien  plus 
ndelement  que  vous  ;  ou  pour  mieux  dire,  je  ne  la 
garderai  pas,  mais  je  la  donnerai  en  garde  a 
celui  qui  peut  me  conserver  ce  depot  jusqu'au 
dernier  jour ;  me  le  garder  avec  soin,  et  me 
le  remlre  avec  iidelite.  Alors  chacun  recevra 
de  Dieu  en  toute  securite  les  louanges  qu'il  a 
meritees,  mais  il  n'y  aura  que  ceux  qui  auront 
meprise  celles  des  hommes .  Car  pour  ceux  qui  ne 
goiitent  que  les  choses  de  la  terre,  leur  gloire  leur 
deviendra  un  sujet  de  confusion,  seloii  ces  paroles ' 
de  David  :  «  Ceux  qui  plaisent  aux  homines  seront 
couverts  de  confusion,  parce  que  Dieu  les  rejettera 
de  devant  sa  face  (Psal.  lii,  6).  » 

7.  Mes  freres,  puisque  cela  est   ainsi,  que  mil  de  line  faut  pas 
vous  ne  desire  etre  loue  en  cettevie,  car  tout  Thon-  f™bj^°°n^ 
neur   que  vous  tachez  d'acquerir  en  ce  monde,  si    ce  monde. 
vous  ne  le  rapportez  a  Dieu,  c'est  un  larcinque 


laudabilem  sivc  mirabilem  ahum  apparere,  atque  alium 
esse  :  et  laudo  Deum  in  Sanctis  siiis,  sive  sit  Elisa;us, 
sive  ille  magnus  Elias,  raortuorum  utique  suscitatores. 
Ipsi  quidem  suo  non  imperio,  sed  ministerio  foris  exhi- 
beat  nobis  nova  et  insueta  :  Deus  vero  in  ipsis  manens 
ipse  facit  opera.  Invisibilis  et  inaccessibilis  in  se,  in  suis 
speclabilis  alque  mirabilis  est,  et  solas  mirabilis,  qui 
facit  mirabilia  solus.  Nee  laus  calami,  laudabilis  est  pie- 
tura  sive  scriptura  ;  nee  gloria  lingua?  aut  labiomm, 
sermo  bonus. Tempus  est  ut  et  Prophela  loquatur :  Nam- 
quid  ghriabitur,  inquit,  securis  contra  earn  qui  secat  in 
ea,  aut  exaltabitur  serra  contra  eum  a  quo  trahitur  ? 
Quomodo  si  elevetur  virga  contra  elevantem  se,  et  exal- 
letur  bacillus  qui  utique  lignum  est :  sic  contra  Domi- 
num  omnis  qui  rjlorialur,  si  non  in  Domino  glorietur. 
Si  gloriandum  est,  Paulus  me  docuit  undo,  el  in  quo. 
Gloria,  inquit,  nostra  hate  est,  testimonium  conscientia? 
nostra.  Securus  glorior,  si  teste  conscientia  do  gloria 
Conditoris  nihil  mini  usurpo  ;  securus  plane,  quia  jam 
non  contra  Dominum,  sed  in  Domino.  Ikec  nobis  glo- 
rialio  non  solum  non  prohibetur,  sed  et  suadetur,  cum 
dicitur  :  Gloriam  ab  invicem  qucerilis,  et  gloriam  qua  a 
solo  Deo  est  non  vultis.  Revera  gloriari  in  solo  Deo,  non 


nisi  a  solo  Deo  est.  Nee  mediocris  ista  gloria,  quippe 
turn  vera,  quam  de  veritale,  et  in  veritate  tarn  rara,  ut 
vix  vel  paucitas  perfectorum  perfecte  glorietur  in  ea. 
Eant  ergo  vani  fi lii  bominum,  mendaces  filii  hominum; 
cant,  et  decipiant  ipsi  de  vanitate  in  idipsum.  Nam  sa- 
piens gloriator  probabit  opus  suum,  atque  ad  lumen 
veritatis  diligenter  exarainabit  :  et  sic  habebit  in  seme- 
tipso  gloriam,  et  non  in  ore  alterius.  Stultus  sum,  si 
ciolellae  labio;um  tuorum  gloriam  meam  credidero,  et 
co5pero  mendicare  earn  abs  te  cum  habere  voluero.  Non- 
ne  nempe  in  tuo  arbitrio  est  probare  me,  vel  improbare, 
prout  vulueris?  Sed  relineo  penes  me,  ipso  Bdelius  servo 
uiihi.  Imo  nee  mini  earn  credo  :  ipsi  potius  repono 
servandum,  qui  potens  est  depositum  meum  servare  in 
ilium  diem,  cautus  in  custodiendo,  lidelis  in  restituendo. 
Secura  tunc  erit  unicuique  laus  a  Deo,  his  duntaxat  qui 
humanas  laudes  contempserint.  Nam  gloria  in  confu- 
sione  eorum  qui  terrena  sapiunt,  dicenle  etiam  David  : 
Qui  hominibus placent,  confusi  sunt ,  quoniam  Deus  spre- 
vit  eos. 

1.  Fratres,  si  h;pc  scitis,  nemo  vestrum  velit  laudari 
in  vila  ista  :  quia  quidquid  hie  favoris  capias  quod  ad 
Deum  non  retuleris,  ipsi  furaris.  Tibi  enim  unda  glorii, 


188 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


vous  lui  faites.  En  ellet,  quel  sujet  avez-vous  de 
vous  gloriuer;  quel  sujet,  je  le  repete,  en  avez- 
vous,  vous  qui  n'etes  qu'une  infecte  poussiere  ? 
Est-ce  de  la  saintete  'It-  voire  vie?  Mais  n'est-ce  pas 
l'Esprit  qui  sanctiGe?  Et  quand  je  dis  l'Esprit,  ce 
n'est  pas  le  voire,  niais  celui  de  Dieu.  Quelques 
prodiges  el  quelques  miracles  que  vous   fassiez,   si 


soin  possible,  dejoindre  le  sentiment  &  ['habitude, 
la  ferveur  au  sentiment,  la  joie  a  la  fervour,  la 
modestie  a  la  joie,  l'humilite  a  la  modestie,  la  li- 
berie a  l'humilite,  alia  de  marcher  en  attendant 
avec  le  degagement  d'un  esprit  epure  de  tons 
vices,  de  sortir  en  quelque  sorle  hors  de  nous- 
mimes    par    I'ardeur    de   nos   desirs    et  de  nos 


c'est  par  vous  qu'ils  s'operent,  c'est  la  puissance  de     affections,   de  ressentir  une  joie  et  une   allegresse 


Dieu  qui  se  sert  de  vous  pour  les  operer.  Le  peu- 
ple  vous  doune-t-il  des  louanges  de  ce  que  vous 
avez  dit  quelque  chose  de  lion,  et  I'avez-vousbiendit 
peut-etre?  Considirez  que  c'est  de  Jesus-Christ  que 

vous  tenez  votre  science  et  votre  sagesse.  Car 
qu'est-ce  que  votre  langue,  n'est-ce  pas  la  plume 
entre  les  mains  de  l'ecrivain  ?  Et  iiieme  on  ne 
fait  que  vous  la  prefer  ;  c'est  mi  talent  qu'on  vous 
a  confie,  et  on  vous  le  redemandera  avec  usure.  Si 
vous  etes  vigilant  et  laborieux,  si  vous  etes  lidele 
•  i  Miirespoudre  aux  graces  da  Dieu,  vous  recevrez 
la  recompense  de  votre  travail.  Si  non,  on  vous 
6tera  le  talent  qu'on  vous  a  contie,  sans  laisser 
pourtant  d'en  exiger  l'interet,  et  vous  serez   trade 


loute  spirituelle  dans  la  lumiere  de  Dieu,  et  dans 
les  douceurs  de  I'Esprit-Saint,  et  de  montrer  que 
nous  sommes  du  nombre  de  ceux  que  le  Prophete 
avait  en  vue,  lorsqu'il  disait  :  «  Seigneur,  ils  mar- 
cheront  &  la  lumiere  de  votre  visage,  ils  se  rejoui- 
ront  toujours  en  votre  nom,  et  votre  justice  sera  le 
sujet  de  leur  exaltation  et  de  lew  gloire  (Paal. 
lxxxviii,  1G).  » 

8.  Mais  on  me  dira  peut-etre  :  Ce  que  vous  di- 
tes  est  bon,  mais  il  serait  mieux  encore  que  vous 
demeurassiez  dans  votre  sujet.  Attendez  un  peu.  Je 
ne  l'ai  pas  oublie.  N'avons-nous  pas  &  expliquer  ces 
p.iroles  :  «  Votre  nom  est  une  huilerepandue  {Cant. 
l,  2)  ?  »  C'est  la  ce  dont  il  s'agit.  C'est   ce  que  nous 


comme  un   serviteur  mauvais  et  paresseux.    C'est    avons  entrepris  de  trailer.  Je  vous  laisse  k  juger, 


pourquoi,  que  toute  la  gloire  des  biens,  que  les 
ditlerentcs  graces  de  Dieu  font  paraitre  en  vous,  lui 
soit  rapportee  comme  a  l'auteur  et  au  distributeur 
souverain  de  tout  ce  qu'il  y  a  de  bon  et  de  louable 
doirodu     au  nionde.  Et   quelle  le    soit,  non    en  apparence 


si  ee  que  nous  avons  dit  jusqu'ici  est  inutile.  Je 
vais  vous  montrer  en  peu  de  mots  que  ce  que  j'ai 
dit  n'est  pas  hors  de  propos.  Ne  vous  souvenez- 
vous  point  que  la  derniere  chose  que  je  vous  faisais 
remarquer  dans  les  mamelles  de  l'Epouse,  c'est  la 
bien  qu'on   seulemeiit,  comme  font  les  hypocrites,  ni  par  cou-     la   douce  odeur   des   parfums  qu'elles   exhalent? 

fail  doit  .       ..  .  ,  ■  r  ^ 


«tre  rappor-  lume,  comme  font  les  gensdu  siecle,  ni  par  une  espece 
tie  a  Dieu.  denecessite,  comme  on  oblige  les  betes  de  souiine  a 
porter  des  charges  et  des  fardeaux,  mais  comme  il 
est  a  propos  que  des  saints  le  fassent,  c'est-a-dire 
avec  une  iidelite  sincere,  une  piete  ardente  et  une 
gaiete  douce  et  eloiguee  de  toute  licence.  Ainsi,  en 
offrant  un  sacrilice  de  louanges,  et  en  rendant  nos 
voeux  de  jour  en  jour,  eflbrcons-nous  avec  tout  le 


Qu'y  a-t-il  done  de  plus  convenable  pour  l'Epouse 
de  reconnaitre  quelle  les  tient  de  son  Epoux,  si 
ellene  vent  pas  qu'on  croie  qu'elle  se  les  attribue? 
Or  vous  voyez  bien  que  tout  ce  que  nous  avons  dit 
tend  a  ce  but.  Si  mes  mamelles  sentent  si  bon,  dit 
l'Epouse,  et  sont  si  agreables,  je  ne  l'attribue  ni  a 
mes  soins,  ni  a  mes  merites  ;  mais  je  reconnais  le 
tenir  de    vos   largesses,  6  mon  epoux,  de  ce  nom 


pulide  pulvis,  tibi  unde?  De  vilae  sanctitate  ?  Sed  spiri- 
tus  est  qui  sanctificat,  spiritus  dico,  non  tuus,  sed  Dei. 
Etsi  prodigiis  ac  signis  effulgeas,  in  manti  tua  fiunt,  sed 
virtule  Dei.  An  blanditur  popularis  favor,  quod  verbum 
bonum,  et  forte  bene  deprompseris?  Sed  Christus  donavit 
os  et  sapientiam.  Nam  lingua  tua  quid,  nisi  calamus 
scriba:?  Et  hoc  ipsum  muluo  accepisti.  Talentum  credi- 
tum  est,  repetendum  cum  usara.  Si  inventus  fueris  ad 
opus  impiger, ad  fructam  referendum  fidelis,  pro  labore 
tuo  merccdem  accipies.  Si  quo  minus,  toilet ur  a  te  ta- 
lentum,  et  nihilominua  exigetcr  lucrum,  et  vocaberis 
servus  nequam  et  piger.  Omnia  igitur  de  bonis  multi- 
formis gratia?  apparentis  in  vobis  referatur  ad  ipsum 
laus,  laudabilium  siquidem  univei'sorum  auitorem  et 
largitorem;  idque  non  licte,  quemadmodum  ab  hypocri- 
tis  ;  nec  sola  consueludine,  sicut  a  sa?cularibiis  ;  sed  nee 
necessilale  quidem,  utjumenta  ferendis  oneribus  appli- 
canliir  :  scl  sicut  deed  sanolos,  sinceritate  fida,  devo- 
tione  sullieila,  bilarilale  grata,  sed  nun  diss  ilula.  Imtno- 
lanles  itaquc  bostiam  laudis,  et  reddentea  vola  nostra 
de  die  in  diem,  curemus  onini  vigilanlia  jungere  sen- 
sum  usui,  affectum  sensui,  exsultationem  aflectui,  gravi- 


tatem  exsullationi,  humilitatem  gravitati,  libertatem  hu- 
mililati  :  quo  inlerdum  liberis  purgateB  mentis  passibus 
procedamus,  et  excedamus  per  inusitalas  quasdam  affee- 
tiones  spiritales  lastitias  in  jubilaeis  amcenilatibus,  in  lu- 
miue  Uei,  in  suavilate,  in  Spiritu-Sancto  ;  probantes 
nos  comprehensoa  in  his,  quos  Propbeta  intuebatur, 
cum  diceret  :  Domine,  in  /limine  vullus  tui  ambulabunt, 
el  in  nomine  tuo  exsullabunt  tola  die,  el  in  juslitia  tua 
exaltabuntur. 

8.  At  fortasse  aliquis  mihi  dicat  :  Bene  admones,  sed 
si  ea  diccres  qua;  tuo  proposito  convenirent.  Exspectate 
paulisper;  non  sum  immemor.  Nonne  in  manibus  est  id 
tractare  quod  dicitur,  Oleum  ejfusum  nomen  tuum?  l\oa 
opus,  hie  labor  est.  Et  qua?  pnemisimus,  an  fuerint  ne- 
cessaria,  vos  videritis.  Nunc  quod  ad  me  attinet,  quia 
hinc  aliena  non  siut,  paucis  adverlile.  Non  recordamini 
in  Spousa'  ulieribus  cxtrcmam  commendatam  esse  sua- 
veoleiit i.ini  unguentorum  7  Quid  ergo  consequciilius, 
qnam  ut  eamdem  fragrantiaui  Sponsa,  ne  sibi  arrogare 
pulclur,  dc  Sponsi  benelicio  recognoscatJ  Cni  plane  sen- 
sui ilia  omnia,  qu:e  prsetaxavimus,  subservire  cognos- 
citis.  Quod  ubera,  inquit,  mea  sic  redolent,  et  sic   pla- 


QUATORZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 
est  comme   de    l'huile    repandue.    grand   dans    Israel    {Psal. 


189 


adorable   qui 

Demeurons-en   la  pour  ce  qui  est  de  la  suite   du 

texte. 

9.  Quant  a  l'explication  du  verset  qui  nous  a 
donue  l'oecasion  de  vous  parler  si  longuement  sur 
le  vice  detestable  de  l'ingratitude,  nous  le  remet- 
trons  a  uu  autre  temps,  et  le  reserverons  pour  un 
autre  discours.  II  suffit  a  cette  beure  de  vous  sug- 
gerer  cette  reflexion.  Si  l'Epouse  u'ose  se  rienattri- 
buer  de  toutes  ses  vertus  et  de  toutes  ses  graces, 
combien  moins  le  devons-nous  faire,  nous  qui  ne 
sommes  peut-etre  que  de  jeunes  lilies  1  Disons  done 
aussi  en  marcbant  sur  les  pas  de  l'Epouse  :  «  Ne 
nous  donnez  point  de  gloire,  Seigneur,  ne  nous  en 
donnez  point,  donnez-la  toute  a  votre  nom.  (Psal. 
cxiu,  i).  »  Disons,  non  des  levres  et  de  la  langue, 
mais  en  effet  et  en  verite,  de  peur,  ce  qu'a  Dieu  ne 
plaise,  qu'on  ne  dise  de  nous  :  «  lis  ne  l'ont  aime 
que  des  levres  et  de  la  langue,  mais  leur  cceur  n'e- 
tait  point  droit  devant  lui,  et  ils  n'ont  point  ete 
fideles  ii  garder  son  alliance  (Psal.  lxxvii).  »  Oui 
disons,  mais  avec  des  cris  qui  parteul  plutiiit  du 
fond  du  cceur  que  du  bout  des  levres  :  «  Seigneur 
Dieu,  sauvez-nous,  et  rassemblez-n ous du  milieu  des 
nations,  afin  que  nous  celebrions  votre  nom,  non 
pas  le  uotre,  et  que  nous  nous  glorifiions,  nou  dans 
nos  louanges,  mais  dans  les  votres  pendant  tous  les 
siecles  des  siecles.  (Psal.  cv,  47).  »  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XIV. 


lxxv  2).  Le  peuple 
des  Gentils  qui  marcbait  dans  les  tenebres,  a  vu 
une  grande  lumiere  dans  Juda  et  dans  Israel 
(Isa.  ix,  2).  »  II  a  voulu  s'en  approche'r  et  en  etre 
eclaire,  afln  que  lui,  qui  autrefois  n'avait  point  ete 
le  peuple  de  Dieu,  le  devint  alors,  que  la  pierre 
angulaire  unit  ensemble  les  deux  murailles  qui 
venaient  de  divers  cutes,  et  que  dans  la  suite,  le 
lieu  de  sa  demeure  flit  un  lieu  de  repos.  Or  ce  qui 
lui  inspirait  de  la  confiance  c'etait  la  voix  qu'il 
av;iit  entendue,  et  qui  l'iiivituil  en  disant  :  «  Nations 
rejmiissez-vous  avec  son  peuple  (Rom.  xv,  10;.  »  11 
voulail  done  s'approcher,  mais  la  Synagogue  s'y 
opposait  et  disait  que  l'Eglise  des  Gentils  etait 
impure,  etindigne  d'une  si  grande  faveur.  Puis,  lui 
reprochant  sa  honteuse  idolitrie,  et  son  aveugle 
ignorance,  elle  lui  disait  :  Qu'avez-vous  fait  pour 
meriter  une  grace  si  extraordinaire  ?  Ne  me  tou- 
cbez  point.  A  quoi,  l'autre  repondait  :  «  Pourquoi 
ne  vous  toucherais-je  point?  Dieu  est-il  seulement 
le  Dieu  des  Juifs?  Ne  l'est-il  pas  aussi  des  Gentils 
{Rom.  in,  29)  '?  »  Je  sais  bien  que  je  n'ai  aucun 
merite,  mais  je  sais  bien  aussi  qu'il  a  beaucoup  de 
misericordes.  N'est-il  que  juste  ?  N'est-il  pas  egale- 
nient  misericordieux  ?  «  Seigneur,  repandez  sur  moi 
vos  misericordes,  et  je  vivrai  (Psal.  cxvm,  77).  »  Et 
ailleurs :  «  Vos  misericordes,  Seigneur,  sout  intinies. 
Rendez-moi  la  vie  selon  votre  Justice  (Psal.  cxvui, 
156)  »  qui,  etant  moderee,  est  toute  misericordieuse. 


Que  fera  done  le  Seigneur  si  juste    et  si  misericor- 

De  I'figlise   des  Chretiens  fideles,  et  de  la  Synagogue     dieux;  sj  pUne  se  glorifie  dans  la  Loi,  s'applaudit  de 

des  Juifs  per/ides.  sri  propre  justice,  n'a  point  besoin  de   misericorde, 

1.  «  Dieu  est  connu  dans  la  Judee,    son  nom  est     et  meprise  celle  qui  en  a  besoin ;  et  l'autre   an  con- 


cent; ncc  f'ldiis,  nee  meritis  adscribo  meis,  sed  tuae,  o 
Sponse,  tribuo  largitati ;  de  oleo  utique  elTuso,  nomine 
tuo.  Hoc  pro  littera?  consequentia. 

9.  Caeterum  explanatio  ipsius  capituli,  cujus  occasione 
super  nequissimo  vitio  ingratitudinis  praesentem  sermo- 
nem  tain  in  longum  protraxiraus,  tempus  aliud,  et  aliud 
exordium  sermonis  desiderat.  Nunc  hoc  solum  admoni- 
tos  vos  esse  sufficiat,  si  sponsa  utique  de  omni  virtute 
sua  vel  gratia  minime  audet  sibi  quippiam  arrogare, 
quanto  minus  adolescentulae,  forte  qu<e  nos  sumus? 
Dicamus  proinde  et  nos  Sponsa?  vestigia  insectemtes,  di- 
camus  :  Xu/i  nobis  Domine,  non  nobis,  sed  nomini  tuo 
da  gloriam.  Dicamus  non  verbo  et  lingua  tantum,  sed 
opere  et  veritate,  ne  forte  (quod  nimis  vereor)  dicatur 
et  de  nobis  :  Quonium  dilexerunt  eum  in  ore  suo,  et 
lingua  sua  mentiti  sunt  ei;  cor  aulem  eorum  non  erat 
rectum  cum  eo,  nee  fideles  habtti  sunt  in  testamento  ejui. 
Dicamus  ergo,  dicamus,  elainantes  plus  medullis  cordis, 
quam  labiis  oris  :  salvos  fac  nos  Domine  Deus  muter, 
et  eongregu  nos  de  nutionibus,  tit  eonfitatmur  nomini 
sancto  tuo,  non  nostra ;  et  gloriemur  in  laude,  non  nos- 
tra, sed  tu  i,  in  saecula  sajculorum.  Amen. 

SERMO    XIV. 
De  ecclesia  fidelium  Ctiristianorum  ;  et  de  Synagoga 

Judaorum  perfidorum. 
i.  Nolus  in  Judaa  Deus,  in    Israel   magnum   notnen 


ejus.  Populus  gentium  qui  ambulabat  in  tenebris  vidil 
magnam,  qua?  erat 'in  Judaea,  et  in  Israel,  voluit- 
que  accedere  et  illuminari,  ut  qui  aliquando  non  popu- 
lus, nunc  populus  esset  ;  lapisque  unus  angularis  ambos 
in  se  parietes  venientes  e  diveiso  reciperet,  et  esset  de 
caetero  in  pace  locus  ejus.  Porro  fiduciam  dabatinvitanlis 
vox  qua?  jam  sonueratt  Lwtamini  guides  cum  plebe  ejus. 
Ergo  accedere  voluit ;  sed  vetuit  Synagoga,  immundam 
asserens  Ecclesiam  de  gentibus  et  indignam,  idolatria? 
fa?cem  et  ignoranlia?  caecitatem  improperans,  et  dicebat: 
Tu  enim  quo  merito  ?  Noli  me  tangere.  Cur  inquit  ? 
An  Judceorum  Deus  tantum  ?  nonne  et  Gentium  ?  Et  si 
mihi  certe  meritum  deest,  sed  non  illi  miseratio.  Num- 
quid  solummodo  Justus  est  ?  Est  et  misericors.  Domine, 
Veniant  mihi  miserationes  tuce  el  vivam.  et  ruraum  : 
MisericorditE  turn  multoe  Domine,  secundum  judicium 
tituiit  vivifiea  me  :  quod  nimiruui  temperatum,  miseri- 
cordia  est.  Quid  faciet  Justus  et  misericors  Dominus, 
altera  gloriante  in  lege,  et  applaudenle  jusfitiam  sibi, 
nee  indigente  miserbordia,  sed  despiciento  ipsam  qua? 
iudiget ;  altera  e  regione  propria  cognoscente  delicta, 
conlitente  indignitatem,  renuente  judicium,  tlagitante 
misericordiam?  quid,  inquiam,  faciet  Judex,  et  ille  Ju- 
dex, cui  et  judicare,  et  misereri  sic  utrumque  fauiiliare 
est,  ut  neutrum  altera  familiarius  ?  Quid  sane  possit 
convenientius,  quam  ut  pro  suo  qua?que  accipiat  voto, 
judicium   ilia,    ista   misericordiam?   Judaeus  judicium 


190 


(KLIVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


traire,  reconnait  ses  crimes,  confesse  son  indignity, 

prie  Dieu   de  ne  la  point  juger  dans  la  justice,  et 

implore  sa  misericorde.  Que  IV  ra  ce  juge,  ce  juge, 

dis-je,   qui  sail  egalement   faire  justice  et  iniseri- 

COrde  '■'  Que  peut-il  faire  de  plus  convenable,  que 

d'ezaucer  leurs    vceux,  de   faire  justice  a  l'une,  et 

Les  Juifs  ont  d'user    de    misericorde     envers    lautre  ?    Le     iiiif 
obteou  ■ 

jmtice  ri  les  demande  d'etre  juge,  on  lejugera.  Mais  les  dentils 
miiSorde.  uonoreront  Dieu  a  cause  de  sa  misericorde.  Or  le 
jugement  est,  que  ecus  qui  iueprisent  la  justice 
misericordieuse  de  Dieu,  et  veulent  elablir  la  leur 
qui  accuse  et  condamne  plutot  qu'elle  ne  jusliiie, 
sunt  lais.-es  a  leur  propre  justice  pour  en  elre 
plutot  opprimes  que  justifies. 

2.  Car  la  loi,  qui  n'a  jamais  rendu  personne 
parfail,  a  un  jong  que  ni  cux,  ni  leurs  peres, 
n'ont  jamais  pu  porter.  Mais  la  Synagogue  est 
forte,  elle  ne  vent  point  de  fardeau  leger,  ni  d'uu 
jong  agreable.  Elle  se  porte  Lien,  elle  n'a  besoiu 
ni  du  niedecin,  ni  de  l'onclion  du  Saint-Esprit. 
Elle  se  confie  en  la  loi,  que  la  loi  la  delivre  si  elle 
le  [lent,  l.a  loi  n'a  pas  ete  donnee  pour  rendre  la 
Tie,  loin  de  la,  elle  donne  meme  la  mort.  Car  la 
lettre  tue  (11.  Cor.  m,  6),  selon  l'Apotro.  «  C'est 
pourquoi,  dit  Jesus-Christ,  je  vous  en  avertis,  vous 
mourrez  dans  vos  peches  [Juan,  vin,  24).  »  C'est 
done  la,  6  Synagogue,  le  jugement  que  vous  de- 
mandez  !  Aveugle  et  opiniatre,  vous  voila,  aban- 
donee a  voire  erreur,  jusqu'a  ce  que  la  plenitude 
des  nations  que  vous  meprisez  par  orgueil,  et 
rejelez  par  envie,  entre  et  connaisse  aussi  le  Dieu 
qui  est  dans  la  Jndee,  et  sou  nom  qui  est  grand  et 
illustre  dans  Israel.  Tel  est  le  jugement,  que  Jesus- 
Christ  est  Venn  rendre  dans  le  monde,  afin  que 
ceus  qui  ne  voient  pas,  voient,  et  que  ceux  qui 
voient,  deviennelit    aveugles  (Joan,   ix,  39).  Nean- 


moins  ce  jugement  n'a  lieu  qu'en  partie.  Car  le 
Seigneur  ne  rejettera  pas  entierement  son  peuple 
[Psal.  x.  ni,  14),  il  se  reserve  les  Apotres,  comme 
line  sentence  et  eettp  multitude  de  fideles  qui 
n'etaient  qu'un  cueur  et  qu'une  ame.  11  ne  le 
rejettera  pas  meme  jusqu'a  la  fin,  mais  il  en 
sauvera  les  restes.  Car  il  recueillera  de  nouveau 
Israel  sou  serviteur,  et  se  souviendra  de  sa  mise- 
ricorde ;  en  sorte  que  sa  misericorde  n'abandonnera 
point  le  jugement,  en  ceux  meme  en  qui  elle  ne 
trouvemaiutenant  aiicun  lieu.  Autrementsi  Dieu  les 
traitail  selon  leurs  merites,  il  jugerait  sans  mise- 
ricorde ceux  qui  ne  font  point  misericorde.  Car  la 
Judee  a  en  adundance  l'buile  de  la  connaissance  de 
Dieu,  mais,  comme  une  avare,  elle  la  retient  en  elle, 
comme  dans  un  vase.  Je  lui  en  demande,  et  elle  n'a 
point  petie  de  moi,  elle  ne  veut  point  m'en  pivler. 
Elle  veut  posseder  toute  seule  le  culte  de  Dieu,  sa 
connaissance  et  son  nom  illustre;  et  cela,  non 
parce  qu'elle  est  jalouse  de  son  bonheur,  mais 
parce  qu'elle  est  envieuse  du  mien. 

3.  Rendez-moi  done  justice,  Seigneur,  que  votre 
nom  deja  si  glorieux,  soit  encore  glorifie  davantage 
et  que  voire  huile  divine  se  multiplie  de  plus  en 
plus.  Qu'elle  croisse,  qu'elle  deborde,  qu'elle  se 
repande  et  coule  parmi  les  nations,  et  que  toute 
chair  ait  part  au  salut  qui  vient  de  Dieu.  Pourquoi 
done,  ainsi  que  le  juif  ingrat  le  pretend,  toute 
I'onction  salutaire  demeurerait-elle  sur  la  barbe 
d'Aaron?  elle  n'est  pas  pour  la  barbe,  mais  pour  la 
tele.  Or  la  tete  n'appartient  pas  seulement  a  la 
barbe,  elle  appartient  a  tout  le  corps.  Que  ce 
soit  la  premiere  qui  la  recoive,  a  la  bonne  heure, 
mais  que  ce  ne  soit  pas  la  seule.  Qu'elle  laisse  cooler 
ensuite  sur  les  membres  inferieurs  ce  qu'elle  a  recu 
d'en  haut.    Que  cette   liqueur   celeste  descende  et 


Le  vceu  de 
l'Egliae 

est  la 

diffusion  de 

la    grace 

de  l'fivan- 

gile. 


quaerit,  et  habeat  :  Gentes  autem  super  misericordia 
honorent  Deum.  Et  est  judicium,  ut  qui  coutemnnnt 
Dei  misericordem  justitiam,  ct  suam  volunt  constituere, 
(qua?  profecto  non  justi(icit,  sed  accusat)  eidem  sine 
justitiae  relinquantur,  opprimendi  magis,  quam  justifi- 
cimdi. 

2.  Est  quippc  ex  lege,  qua:  neminem  unquam  duxit 
ad  perfectuni  :  est  juglim,  quod  neque  ipsi,  neque  pa- 
tres  eorum  unquam  portare  potuerunt.  Sed  Synagoga 
furlis  est,  non  curat  onus  leve  nee  jugum  suave.  Sana 
est,  non  est  ei  opus  medicus,  ncc  unctio  Spirilus.  Con- 
fidit  in  lege,  liberel  earn  si  potest.  Non  autem  data  est 
lex  qua;  possit  vivificare,  insuper  et  occidit  :  Littera 
enim  occidit  Propterea,  inquit,  dim  vobis  :  Moriemini 
in  peccalii  vestris.  Hoc  ergo  judicium,  o  Synagoga, 
quod  llagilas  errori  luo.  Caeca  et  contentiosa  desereris, 
donee  pleuitudo  Gentium  (quas  superba  sperms,  et  in- 
vida  repcllis  introeat,  el  agnoscat  etiam  ipsa  ipsum  qui 
notus  est  in  Judava  Ueus,  quodque  est  in  Israel  mag- 
num nomen  ejus.  Hoc  quippe  in  judicium  venit  Jesus 
in  hunc  mundum  ;  ut  qui  nun  vident,  videunl ;  ct  qui 
indent,  cceci  fiunt.  Ex  parte  tamen  :  quia  non  repi  lift 
Dominus  plebem   suam  ex  toto,  servans  sibi  ad  semen 


aposlolos  et  multitudinem  credentium,  quorum  erat 
cor  unum,  et  anima  una.  Sed  nee  repellet  in  finem, 
reliquiaa  salvaturus.  Iterum  enim  suscipiet  Israel  pue- 
rum  suum  ;  et  recordabilur  misericordia;  BUS,  ut  ne  ibi 
quidem  judicium  deserat  comes  misericordia,  ubi  nul- 
lum ipsa  repent  locum.  Alioquin  si  pro  meritis  recepis- 
sel  :  judicium  profeclo  sine  misericordia  ei  qui  non  facit 
misericordiam.  Ilabet  quippe  Judiea  oleum  multum 
divinte  noliliae,  idque  in  se  tanquam  in  vase  clausum 
avara  retinet.  Peto,  et  non  miseretur,  nee  eommodat. 
Sola  Dei  cullum,  sola  vull  possidere  magnum  nomen 
ejus  :  nee  zelat  sibi,  sed  invidet  mihi. 

3.  Ergo  lu,  Domine,  judica  judicium  ineum,  et  no- 
men tuum  magnum  magnilicetur  adhuc,  ct  oleum  quod 
multum  est,  mulliplicetur  nuigis.  Crescat,  ebulliat,  effun- 
datur,  deiivetur  et  in  Gentes,  et  scntiat  omnis  caro  sa- 
lutare  Dei.  Quo  pacto,  ut  vult  Judteus  ingralus,  tola  in 
barba  Aaron  remaneat  unctio  salularis?  ISon  barbae,  sed 
capitis  est.  Caput  autem  nop  barba;  solius,  sed  et  tolius 
est  corporis.  Capiat  sane  prima,  non  sola.  Refundat  et 
inferiuiibus  membrisquod  accepitipsa  desuper.  Descen- 
dat,  descendal  et  in  ubcra  Ecclesiae  supernus  liquor, 
(avida  quippe  nimis  hunc  sibi  exprimere  de  barba  non 


Ce  fardeau 

da  Seigoear 

eat  leger. 


QUATORZIEME  SERMON  SUR 

coule  sur  les  mamelles  sacrees  de  l'Eglise.  Elle  en 
est  trop  alteree  pour  dedaigner  de  recevoir  ce  qui 
tombe  de  cette  barbe  mystique.  Et,  toute  trempee 
de  la  rosee  de  la  grace,  loin  de  se  montrer  ingrate, 
qu'elle  dise  ;  «  Yotre  nom  est  une  buile  repandue 
[Cant. i,  2).  »  Que  cette  buile  deborde  encore,  je 
vous  prie,  et  qu'elle  descende  jusqu'au  bas  du 
vetement,  c'est-a-dire,  qu'elle  vienne  jusqu'a  moi, 
qui  suis  le  dernier  et  le  plus  indigne  de  tous, 
quoique  je  ne  laisse  pas  d'appartenir  a  ce  vetement. 
Je  demande  avec  instance  qu'elle  s'epanche  sur  moi, 
des  mamelles  de  ma  sainte  mere,  parce  que  j'ai 
droit  de  le  faire,  car  je  suis  un  de  ses  petits  enfants 
en  Jesus-Christ.  Si  quelqu'an  concoit  de  la  jalousie 
de  cette  liberality  et  en  murmure,  Seigneur,  repon- 
dez  pour  moi,  s'il  vous  plait.  Rendez  un  arret,  en 
ma  faveur,  qui  parte  de  votre  boucbe  adorable, 
non  du  soured  d'Israel.  Ou  plutot  repondez  pour 
vous-meme,  et  dites  a  ce  calomniateur,  car  e'est  de 
vous  qu'il  medit  quand  il  vous  reprocbe  de  faire 
vos  largesses  gratuitement,  dites-lui  done,  s'il  vous 
plait  :  «Je  veuxque  celui-ci,  quoique  le  dernier,  ait 
autant  que  vous  (Matth.  xx,  14). »  Cela  deplait  au 
Pbarisien.  Pourquoi  niurmurez-vous,  6  Pbarisien  ? 
Mun  droit  e'est  la  volonte  dujuge.  N'est-il  pas  aussi 
juste  pour  discernei  les  merites  qu'il  est  ricbe  pour 
les  reco:npenser  ?  Ne  lui  est-il  pas  permis  de 
faire  ce  qu'il  veut?  11  me  fait  misericorde,  j'en  con- 
viens,  mais  il  ne  vous  fait  point  d'injustice.  Prenez 
ce  qui  vous  appartient  et  allez-vous-en.  S'il  a 
resolu  de  me  sauver  aussi ,  qu'y  perdez  -  vous 
(Psal.  lxii,  i) '? 

k-  Exagerez  vos  merites  taut  qu'il  vous  plaira, 
relevez  vos  travaux,  la  misericorde  du  Seigneur 
vaut  mieux  que  toute  vie.  Je  l'avoue,  je  n'ai  pas 
porte  le  poids  du  jour  et  de  la  cbaleur,  mais  je 
porte  un  joug  aise,  et  un  fardeau  leger,  selon  le  bon 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  191 

plaisir  du  pere  de  famille.  A  peine  ai-je  travaille 
une  heure,  mais  quand  j'aurais  travaille  davantage 
l'amour  m'aurait  empeche  de  m'en  apercevoir. 
Que  le  juif  se  eonfieen  ses  propres  forces  tant  qu'il 
lui  plaira,  pour  moi  tout  mon  soin  est  de  savoir 
qu'elle  est  la  volonte  du  Seigneur,  sa  volonte,  dis- 
je,  pure,  aimable,  et  juste.  C'est  par  elle  que  je 
repare  les  pertes  d'eeuvres  et  de  temps  que  j'ai  fai- 
les.  Le  juif  croit,  parce  qu'il  a  fait  une  convention 
avec  Dieu  ;  et  moi  je  crois,  parce  que  je  me  remets 
entierement  a  sonbonplaisir  ;  oui,  je  crois,  et  je  ne 
suis  pas  trompe  dans  ma  foi.  Car  la  vie  se  trouve 
dans  sa  volonte,  comme  dit  le  prophete.  C'est  elle 
qui  me  reconcilie  avec  le  pere,  qui  me  rend  la  suc- 
cession que  j'avaisdissipee,  et  pourcomble  de  grace, 
qui  joint  a  celte  extreme  faveur  le  plaisir  de  la  me- 
lodic agreable  de  concerts  delieiaux,  et  d'uu  festin 
magnilique  avec  la  joie  et  l'allegresse  de  toute  sa 
fauulle.  Si  mon  frere  aine  en  concoit  de  l'indi- 
gnation,  et  s'il  aime  mieux  manger  dehors  un  che- 
vreau  avec  ses  amis,  qu'un  veau  gras  avec  moi 
dans  la  maison  de  notre  pere,  on  lui  repondra  :  «  II 
faut  faire  bonne  chere,  et  nous  rejouir,  parce  que 
mon  fils  que  vous  voyez  etait  mort,  et  il  est  ressus- 
cite ;  il  etait  perdu,  et  il  est  retrouve  [Luc.  xv,  32). » 
La  Synagogue  mange  encore  dehors  avec  ses  amis 
les  demons,  qui  sont  heureux  de  voir  qu'elle  est 
assez  aveugle  pour  devorer  le  chevreau  du  peche, 
pour  l'avaler,  le  faire  passer  et  le  cacher  comme 
dans  l'estouiac  spirituel  de  sa  paresse  et  de  sa  folie 
tandis  que,  dans  son  meprispour  la  jus'ice  deDieu, 
et  dans  la  pensee  d'etablir  la  sienne,  elle  dit  qu'elle 
n'a  point  de  peche,  et  qu'elle  n'a  pas  besoin  de  la 
mort  du  veau  gras  altendu  qu'elle  se  croit  nette  et 
juste  par  les  oeuvres  de  la  loi.  Mais  l'Eglise,  apres 
avoir  dechire  le  voile  de  la  lettre  qui  tue,  par  la 
mort  du  Verbe  crucitie,  penetre  bardiment  par  l'es- 


Presomption 

de 
la  Synago- 
gue. 


La  Synago- 
gue est 
repudi^e: 
manage  da 
1  figlise. 


despicit  : )  perfusaque  rore  gratias,  ut  se  non  ingratam 
probet,  dicat  :  Oleum  effusum  nomen  tuum.  Sed  exu- 
beret  qua=so  adhuc  et  perveniat  usque  in  oram  vesti- 
menli,  in  me  utique  omnium  novissimo  atque  indignis- 
simo,  de  vestimento  tamen.  Nam  et  ego  illud  mibi  de 
maternis  uberibus,  tanquam  parvulus  in  Christo,  jure 
profeclo  pietatis  efflagito.  Quod  si  murmuret  homo,  cui 
de  bonitate  oculus  nequam  est ;  Domine  responde  pro 
mo,  de  vullu  tuo  judicium  meum  prodeat,  et  nun  de 
supercilio  Israel.  Imo  responde  pro  te,  et  die  calum- 
niator! (tibi  quippe  calumniatur,  quod  tribuas  gratis.) 
die  proinde  ill!  :  Volo  et  hide  novusimo  dare  similiter. 
Displicet  Pharisaeo.  Quid  mussitas?  Jus  meum,  voluntas 
est  Judicis.  Quid  justius  ad  meritum,  quid  ad  praaiium 
ditius?  Annon  licet  ei  quod  vult  facere?  Mihi  quidem 
misericorda,  sed  tibi  minime  injuria  fit.  Tolle  quod 
tuum  est,  et  vade.  Si  decreverit  salvare  et  me,  quid  tu 
perdis  ? 

4.  Exaggera  quantumvis  merita  ,  et  stolle  exudores  : 
melior  est  misericordia  Domini  super  vitas.  Fateor,  non 
sustinui  pondus  diei  et  aestus  :  sed  jugum  suave  et  onus 


leve  pro  beneplacito  Patrisfamilias  porto.  Opus  meum 
vix  unius  est  hors  :  et  si  plus  *,  pra?  amore  non  sentio.  *  al.  pluris. 
Judasus  proprias  exercitet  vires  :  mihi  probare  licet 
quaa  sit  voluntas  Domini  bona,  et  beneplacens,  et  per- 
fecta.  Ex  ea  sane  operis  ac  tempo ris  damna  mihi  resar- 
cio.  Ille  pacto  conventionis,  ego  placito  voluntatis  inni- 
tor  j  credo,  et  non  ad  insipientiam  mihi.  Nam  vita  in 
voluntate  ejus.  Ilia  mihi  reconciliat  Patrem,  ilia  haeredi- 
fatem  restituit,  etiam  cumulation  gratia  :  syinphonae  et 
cantus,  et  epularum,  ac  totius  exsultantis  familis  cele- 
berrima  gaudia  suscitat  mihi.  Si  indignatur  frater  meus 
senior  ille,  qui  hcedum  comedere  mavult  cum  amicis 
suis  foris,  quam  mecum  in  paterna  domo  vitulum  sagi- 
natum,  respondebitur  11 1  i  :  Epulari  el  gaudere  oportet 
quia  hie  films  meus  mortuus  fuerat,  et  reoixit ;  perierat 
et  inventus  cut.  Adhuc  Synagoga  foris  epulatur  cum  ami- 
cis suis  dasmonibus,  quibus  satis  placet,  quod  hcedum 
peccati  insipiens  devorat  tiansglutiens,  atque  quodam 
modo  occultans,  et  reponens  sibi  illud  in  ventre  secor- 
dise  et  insipientias  suas,  dum  contemnens  Dei  justitiam, 
et  suam  volens  constituere,    dicit  se  non  habere   pecca- 


192 


OTtlVRES  DE  SAINT  RERNARD. 


prit  de  liberty  qui  hii  fait  jour,  jusque  dans  sea  en- 
trailles,  s'j  fail  recounaltre,  y  gagne  son  affection  ; 
prend  la  place  de  sa  rivale  ;  devient  1'Epouse  ;  elle 
jouit  des  embrassements  qu'elle  lui  ravit ;  l'huile  de 
sa  joie  se  Fond  etdegoutte  de  toute  part,  et,  s'atta- 
chant  a  Jesus-Christ  Notre-eigneur,  a  la  chaleur 
de  l'Esprit-Saint,  elle  recoit,  plus  que  toutes  eel 
qui  participant  ;\  sun  bonheur,  I'effet  decette  parole  : 
■  Votre  doid  est  une  buile  repandue. »  Faut-il  s'e- 
tonner  quo  celle  qui  embrasse  celui  qui  est  plein 
d'om  lion  s'en  trouve  rempiie  elle-meme? 
Union  des  5.  L'Eglise,  mais  I'Eglise  des  parfaits,  se  repose 
aTtci^poux.  done  au  dedans.  Neanmoins  nous  avons  aussi  qttel- 
qiu'  esperance.  Couchons  dehors  aous  qui  sommes 
moins  parfaits.  el  soyons  heuivux  de  1'espoir  qui 
nousreste.  Que  I'Epouxel  I'Epousecependantsoient 
seuls  au  dedans  ;  qu'ils  jouissent  de  leurs  embras- 
sements secrets  et  reciproques,  sans  feixe  troubles 
par  aucun  bruit  des  desirs  chamois,  ni  par  aucun 
tuniulle  des  idees  du  corps.  Mais  que  la  troupe  des 
jeunes  tilles  <jni  ne  peuvent  pas  encore  Mre  exem- 
ptees  de  ees  inquietudes,  attende  dehors.  Qu'elles 
attendent  avee  conliance,  sachant  que  e'est  pour 
elles  qu'il  est  dit :  «  Ees  vierges  qui  sont  k  sa  suite 
seronl  amenees  an  roi,  cellos  qui  sont  pres  d'elle  et 
sescompagnesvousseront  amenees  (Pia/.  xliv,  15).» 
Et  pour  que  chacune  d'elles  sache  du  nombre  des- 
quelles  elle  est,  j'appelle  vierges  celles  qui,  solan  I 
consacrees  a  Jesus-Christ,  avanl  que  d'etre  souillees 
par  les  engagements  du  monde,  perseverent  coiisla- 
riieiit  dans  l'amour  de  celui  a  qui  ellts  se  sont 
devouees  d'aulant  plus  heureuses,  qu'elles l'ont  fait 
de  meilleure  heure.  Et  j'appelle  proches  celles  qui, 
apres  s'etre  honteusement  prostitutes  aux  princes 
du  monde,  e'est-a-dire  aux  esprits  impurs,  par  tou- 


tiim,  ncc  niorte  egere  vituli  saginati,  mundam  siquidem 
justamque  ex  legis  opcribus  se  reputans.  At,  vero  Eccle- 
sia,  suisso  velo  occidenlis  lilter;e  in  morte  Verbi  cruci- 
(ici,  audacler  ad  ejus  penetralia  pra'cunlespiritu  liberlalis 
irrumpit,  agaoscitur,  placet,  sorlitur  semulae  locum,  lit 
Sponsa,  fruitur  pra;reptisamplexibus  :  et  in  calore  spiri- 
tus  Christo  Domino,  cui  confricatur,  iahasrens,  stillante 
ac  fundente  nndiqiic  sua;  oleum  exsultat  onis,  hoc  ilia 
pra;  parlicipibus  suis  incipiens,  ail  ;  Oleum  effusum 
nomen  tuum.  Quid  mirum  si  ungitur,  quae  unctum  am- 
plcititur  ? 

.,.  Ecclesia  ergo  recumbit  inlus,  sed  Ecclesia  inlerim 
perl'cctorum.  Spes  tamen  est  et  nobis.  Excubemus  pro 
foribusqui  minus  perfect!  suinus,  spc  gaudentes.  Spon- 
6us  et  Sponsa  soli  interim  inlus  sint,  muluis  secrelisque 
fruaritur  amplexibus,  nullo  strepitu  carnalium  desiderio- 
rutn,  nullo  corporeorum  pbantasmalum  perlurbante 
i  ltu.  Turba  vero  adolescentularum,  quae  absque  hu- 
jusmodi  inquictudLnibus  nondum  esse  possunt,  Ions  exs- 
peclent :  exspectenlque  secure,  scientes  ad  se  illud 
spectare  quod  legunt  :  Adducentur  regi  virgines  post 
earn  proximw  ejus  afferenlur  tibi.  El  ut  quaeque  sciat 
cujus  spiritus  sit,  virgines  dico  illas,  qua;  ante  Christo 
fcederatte,  quatn  foedatae  mundi  complexibus,  ipsi  firmi- 


tes  sortes  de  voluple's  crimincllos,  rougissent  enfin 
de  ees  desordres,  se  hatenl  d'effacer  la  laideuret  ia 
difformite  qui  leur  venaient  de  leur  conformite  et 
deleur  ressemblanceavec  le  monde,  pour  se revetir 
delabeaute  du  nouvel  homme;  e'est  ce  qu'elles 
foni  d'autanl  plus  sincerement  qu'elles  commen- 
cenl  plus  tanl  a  le  faire.  Que  les  unes  et  lesautres 
s'avancent  toujours  el  nese'decouragentni  ne  s'abat- 
tent  point  quand  mime  elles  ne  se  sentiraient  ]ias 
encore  lout  a  fail  en  etat  de  pouvoir  dire:  «  Voire 
nom  est  une  buile  repandue.  Car  les  jeunes  filles 
n'osent  pas  patter  elles-moincs  a  l'Epoux,  cepen- 
dant  si  elles  suivent  de  pres  leur  mailresse,  et  inar- 
ehenl  soigneusement  sur  ses  traces,  elles  auront  le 
plaisir  do  sentir  l'odeur  de  cette  buile  parfumee  et 
cela  les  aniniera  encore  davanlage  a  desirer,  et  a 
chercher  quelque  chose  de  plus  excellent. 
6.  11  m'est  arrive  souventa  moi-meme.  iel'avoue  Bonheur  de 

7  J  paint 

sans  peine,  surtout  au  commencement  de  ma  con-  Bernard  it 
version,  quand  j'avais  le  cceur  dur  et  glace,  de  cher- 
cher quelqu'un  que  nion  ume  aimAt,  parce  qu'elle 
ne  pouvait  pas  aimer  celui  qu'elle  n'avail  pas  encore 
trouve,  ou  au  moins  elle  l'aimait  moins  qu'elle  ne 
desirait,  e'est  pour  cela  meme  qu'elle  le  cherchait, 
pour  aimer  davantage  celui  qu'elle  n'aurait  pour- 
tant  amais  cherche,  si  elle  ne  l'eut  d'abord  aime 
quelque  pen  auparavant.  Je  cherchais  done  quel- 
qu'un en  qui  mon  esprit  engourdi  et  languissant 
se  put  rechauffer  et  reposer,  rnais  comme  il  ne  se 
presentait  personne  de  quelque  part  que  ce  fiit 
pour  me  secourir,  et  pour  fondre  la  glace  qui  aire- 
tait  et  paralysait  toutes  les  puissances  de  mon  aim', 
et  y  faire  revenir  la  douceur  et  la  beauted'un  priii- 
temps  spirituel,  elle  etait  encore  plus  languissante, 
plus  ennuyee   et  plus  endormie   que  jamais  ;  elle 


penscr  aux 
parfaits. 


ter  perseverant,  cui  se  tanto  felicius,  quanto  malurius 
devoverunt  :  proximas  vero,  qua;  prislinam  suam  de- 
formilalem,  in  qua  mundo  huic  quandoque  roufurmes, 
mundi  principibus,  id  est  spirilibus  spurcis,  in  omni 
caniali  concupiscentia  sese  turpiter  prostilueranl,  tan- 
dem aliquando  erubescentes  et  exeuntes,  in  novi  homi- 
nis  t'orniam,  quanto  serins,  tanto  sincerius  reforniare 
festinant.  Et  h;e  et  illae  sane  proficiant,  non  dcticiant 
ncque  fatigentur  :  etsi  necdnm  plenc  in  se  sentiunt, 
unde  (licant  et  ipsa  :  Oleum  effusum  nomen  tuum.  Nee 
enim  audeut  adolescentulae  per  se  facere  verba  Spunso. 
Tamen  si  magistral  vestigiis  pressius  inhrcrere  student 
elhisi  olei  saltern  odore  delcctabuntur,  et  incitabun- 
tur  etiam  de  odoris  perceptione  ctipcre  et  qiuercre  po- 
tiora. 

6.  Frequenter  ego  ipso  (quod  fateri  non  verecundor) 
maximeque  in  initio  conversionis  nicae,  cordc  durus  et 
frigidus,  et  quasrens  quern  vellet  diligere  anima  mca  ; 
(nee  enim  adhuc  diligere  poterat  quern  nondum  invene- 
rat,  aut  certe  minus  quam  vellet  diligebat,  et  ob  hoe 
quaerebatul  magis  diligerel  ;  quern  nequaquam  quasre- 
ret,  nisi  jam  aliquatenus  dilexisset.)  Cum  ergo  eu m 
quau'ercm,  in  quo  recalesceret  spiritus  meus,  uti([iic 
lorpens  et  languens ;  nee  ulla  de  parte  oocurreret  qui  sue- 


QUATORZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


193 


tombait  dans  un  chagrin,  ct  dans  une  tristesse  pro- 
fonde,  qui  la  jetait  presque  dans  le  desespoir,  elle 
disait  en  gemissant  :  «  Qui  pourra  subsister  devant 
la  rigueiir  d'un  froid  si  rude  et  si  penetrant  [Psal. 
cxlvii,  17)?  »  lorsque  tout  d'un  coup,  peut-etreala 
voix,  oil  meme  a    la  vue    d'un   koninie  parfait  et 


vaincre  notre  orgueil,  ou  pour  conserver  notre  hu- 
milite,  ou  pour  entreteuir  la  charite  fraternelle,  ou 
pour  allumer  davantage  nos  desirs  ?  Une  meme  et  Quelle  en  est 
unique  nourriture  sert  de  medecine  a  ceux  quisont        cau3e- 
malades,  et  de  regime  a  ceux  qui  sont  languissants. 
Elle  fortifie  les  faibles  et  rejouit  les  forts.  Une  meme 
spirituel,  quelquefois  an  seul  souvenir  d'un  mort     et  unique  viande  guerit  les  langueurs  et  conserve 
ou  d'un  absent,  l'Esprit   soufflait,  tous  ines  glaeons     la  sante ,   nourrit  le  corps  et  est  agreable  au  gout. 
sefondaient,  etmes  larmes  etaient manourriture  le        7.  Mais  revenons  aux  paroles  de   l'Epouse,   pre-  TrogrJs  pro- 
jour  et  la  nuit.  Qu'etait-ce,  sinon  l'odeur  qui  s'exha-    tons  une  oreille  attentive  a  ce  qu'elle  dit,  et  goutons  lesreproches. 
but  de  l'onction   Jont  ce  saint  etait   tout  couvert?     ce  qu'elle  goute.  L'Epouse,  comme  je  l'ai  dit,  c'est 


Car  ce  n'etait  pas  l'onction  meme,  puisqu'elle  n'ar- 
rivait  jusqu'a  niui  que  par  le  ministere  d'un  bomme. 
Aussi,  quoique  ce  don  me  causit  de  la  joie,  je  ne 
laissais  pas  d'etre  confus  et  humilie  de  voir  que  je 
ne  jouissais  que  d'une  senteur  fort  legere,  et  que 
j'etais  prive  de  l'huile  et  de  l'onction  qui  laprodui- 
sait.  En  ayant  seulemeut  le  plaisir  de  la  sentir, 
niais  ]iuint  celui  de  la  toucher,  je  connaissais  par- 
la  que  j'etais  indigne  que  Dieu  me  communiquat 
ses  douceurs   immediatement    par  lui-meme.    Et 


l'Eglise.  C'est  a  elle  qu'il  a  ete  plus  pardonne  et 
qui  aime  davantage.  Ce  que  sa  rivale  lui  dit  a  titre 
de  reproche,  elle  le  tourne  a  son  profit.  C'est  ce 
qui  la  rend  plus  douce  pour  les  reprimands,  plus 
patiente  au  travail,  plus  ardente  a  aimer,  plus 
prudente  a  veiller  sur  soi,  plus  humble  par  la  con- 
naissance  de  sa  bassesse,  plus  aimable  a  cause  de  sa 
modestie,  plus  prompteaobeir,  plus  devote  et  plus 
soigueuse  a  rendre  graces.  EuQn,  comme  nous 
l'avons  deja  dit,  tandis  que  la  Synagogue  murmure 


maintenant  encore  lorsque   cela  m'arrive,  je  recois  et  rappelle  ses  merites,  ses  travaux   et  le  poids  du 

ttYCC  ardeur  ce  present  qui  m'est  fait,   et  je    ticke  jour  et  de  la  chaltur  qu'elle   a  endure ,    l'Eglise  au 

den  temoigner  ma  reconnaissance,  mais  jeme  sens  au  contraire  raconte  les  bienfaits  qu'elle  a  recus  et 

touche  d'un  vif  deplaisir   de  ne  l'avoir  pas  merite  s'ecrie  :  «  Votre  nom  est  une  huile  repandue.  » 
par  inoi-meme,  ni  recu  comme   on  dit  de   la  main         8.  C'est  la  le  temoignage    que  rend  Israel  pour 

a  la  main,  ainsi  que  je  l'avais  instamment  demande.  celebrer  le  nom  du  Seigneur,   non  pas   cet   Israel 

J'ai  honte    d'etre   plus    touche   a   la    pensee  d'un  qui  est   selon  la   chair,    mais   celui  qui   est  selon 

homme  qua  celle  de  Dieu,  et  alors  je  crie  en  gemis-  l'Esprit.  Car,  comment  le  premier  pourrait-il  tenir 

sant :  «  Quand  viendrai-je  me   presenter  devant  la  ce  langage.  Ce  n'est  pas  qu'il  n'ait  point  d'huile, 

face  de  Dieu  (Psal.  xli,  3)  ?  »  Je  crois  quequelques-  mais  c'est  qu'il  n'a  point  de  l'huile  qui  soit  repan- 

uns  d'entre  vous  ont  eprouve  la  meme  chose  et  l'e-  due.  II  en  a,  mais  elle  est  cachee  ;   il  en  a  dans  les 

prouvent  encore  quelquefois.  Que  faut-il  penser  de  livres,    mais  non  dans   le   coeur.    II  s'attache  a  la 

cela,  sinon  que  Dieu  le  permet  ainsi,  ou  pour  con-  lettre.  II  touche  de  ses  mains  un  vase  plein,  mais 


at.  prnina  curreret,  per  quem  videlicet  bruma  *  rigens,  qiiJE  sen- 
sus  stringebat  internos,  dissolveretur,  et  vernalis  ilia 
suavitas  ac  spiritualis  amcenitas  reverterelur  :  tunc 
magis  languebat,  ct  Uedebat,  et  dormilabat  anima  mea  ; 
pra;  tsedio,  tristis  et  plene  desperans  et  mussitans  secum 
illud  :  A  facie  frigoris  hujus  quis  sustinebit  ?  cum  su- 
bito  forte  ad  aflatum,  vel  etiam  aspectura  cujuspiam 
spirilualis  perfeclique  viri,  interdum  et  ad  solam  de- 
functi  seu  absentis  memoriam,  flabat  spiritus,  et  flue- 
bant  aqua? ;  et  erant  mihi  lacrymEe  illie  panes  die  ac 
nocte.  Quidnam  istud,  nisi  odor  exhalantis  unctionis 
qua  erat  ille  perfusus?  Non  enim  unctio,  quae  ad  me 
nimirum  nisi  homine  medianle  non  pertingebat.  Ea 
propter  elsi  gaudebam  de  munere,  confundebar  tamen 
et  humiliabar,  quod  sola  ad  me  tenuis  exhalatio,  et  non 
pinguis  aspersio  pervenisset.  Odoratu  quippe  deleclatus 
tactu,  indignum  me  proinde  cognoscebam,  cui  per 
s  ipsum  dulcerctret  Deus.  Et  nunc  idipsum  si  accidat, 
avidus  quidem  suscipio  munus  indultum,  gratumque  ha- 
beo  :  sed  doleus  doleo  per  me  ipsum  non  meruisse, 
atque  (ut  dicitur)  de  manu  in  manum  minime  accepisse, 
cum  obnixe  id  peterem.  Pudet  nimirum  magis  ad  ho- 
minis,  quam  ad  Dei  moveri  memoriam.  Et  tunc  cum 
gemitu  clamo  :  Quando  veniam,  et  apparebo  ante  faciem 
Dei  ?  Existimo  et  aliquos  vestrum  idem  esse  expertos, 
T.  IV 


et  experiri  interdum  adhuc.  Qua  in  re  quid  sentiendum 
nisi  quod  nostra  aut  superbia  convincitur,  aut  bumilitas 
custoditur,  aut  fraterna  charitas  nutritur,  aut  desiderium 
excitatur  ?  Unus  idemque  cibus  et  aegrotis  est  medicina 
el  EBgrotativia  diela  :  porro  et  debiles  confortat,  et  de- 
lectat  valentes.  Unus  idemque  cibus  et  languorem 
sanat,  et  servat  sanitatem  :  et  corpus  nutrit,  et  palato 
sapit. 

7,  Sed  redeamus  ad  verba  Sponsae,  et  sic  curemus 
audire  quas  ait,  ut  studeamus  et  sapere  quod  sapit. 
Sj  isa  (ut  dLxi)  Ecclesia  est.  Ipsa  est  cui  plus  dimis- 
sum  est,  et  quae  plus  diligit.  Quod  asmula  improperat 
ei  ad  convicium,  hoc  sibi  ipsa  inflectit  ad  commodum. 
Inde  mansuetior  ad  correptionem,  inde  patientior  ad  la- 
borem  ;  inde  ardentior  ad  amorem,  inde  sagacior  ad 
cautelam  ;  inde  humilior  pro  conscientia,  inde  acceptior 
pro  verecundia  ;  inde  ad  obediendum  paratior,  inde  ad 
gratiarum  actionem  devotior  ac  sollicitior.  Denique  ilia 
(ut  dictum  est)  murmurante  et  memorante  merita  sua, 
et  labores,  et  pondus  diei  et  aestus,  Ecclesia  beneflcium 
recolit  dicens  :  Oleum  effusion  nomen  tuum. 

8.  Hoc  plane  testimonium  Israel  ad  confitendum  no- 
mini  Domini  :  non  tamen  Israel  secundum  carnem,  sed 
ejus  qui  secundum  spiritum  est.  Nam  hoc  ille  quo  pac- 
to  dicat  ?  Non  quod  non   habeat  oleum,  sed  non  habet 

13 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


SERMON  XV. 


Vertu  merveiUeuse  du  nom  de  Jisus-Christ  pour 

chrcliem  fideles  dans  toules  les  adversMs. 


Ce  n'est    pas 

daDs  des 

liires,  mais 

dans   les 

uviur-  quit 

faut  etre 

piem. 


194 

ferine,  il  ne  l'ouvre  jamais  pour  se  parfumer  de  la 

liqueur  qu'il  contient.    Cost    au  dedans,  oui  c'est 

au  dedans    qu'e.-t  1 'miction  do  l'Esprit   :  ouvrez-le 

parfumez-vous-en,  et   alors   vous  no  serez   plus 

rebelle  et  opiniatre.  A  quoi  bon  l'huile  qui  est  dans 

des  vases,  si  on  n'en  use  pour  se  frotter  les  mem-  i.  i/espril  de  sagesse  est  plein  do  bonte  {Sap. 

bres.    .  est,,,  1  hmle.I  epandez-la,  et  vous  sen.irez  ,,  6),   et   n'a  pis    coutume  de   se  rendre    difficile  a 

satopte  vertu.  Mais  si  leJuifdedaigne  ceschoses,  ceiix  qui  l'invoquent,  puisque  souvent,  avant  meme 

6coutez-les  vous  autres.Jeveux  vous  dire  pourquoi  qu'on  1'appeUe.  il  dil  :  Me   voici.    Ecoutez   mainte- 

le  non,  de  l  Epous  es  compare  a  I'huile,  ce  que  je  nant  ce  qu'a  votre  priere,  .1  daigne  vous  fake  con- 

n  ai  pas  encore  fait.  J  en  trouve  trois  raisons.  Mais  naltre  par  tnon  org  me  sur  le  sujet  que  nous  avons 

commeilaplusieurs  uoms,   puree  qu'on  n'en  sail  remis   liier  a  dessein,   et   recevez  le  fruit  de  vos 

point  qui  lui  s,„t  propre   puisqu'il  est  ineffable,  il  oraisons.  Je  vais  vous  apprendre  quel  nom  est  ius- 

nousfautdabordmvoquerle  Saint  Esprit,  afin  qu'il  tement  compare  a  l'huile,  et  pourquoi  il   lui  est 

daigne  nous  d6couvrir  par  lui-meme,  puisqu'il  ne  compare.  Vous  pouvez   remarquer  plusieurs  noms    P«nu  la 

Lm  a  pas  plu  dele  declarer  par  ecrit,  celuidetous  donnfc  a  l'Epoux  dans  I'Ecriture,   je  les  reduirai  ^X 

ceux  qu  on  ha  donne  qu  ,1  veut  qu'on  entende  ici.  tous  a  deux  seulement.  Vous  n'en  trouverez  aucun      *  «-, 

Mais  remettons  cela  a  une  autrefois.  Car  bien  que  je  le  pense,  qui  n'ezprime,  on  la  grace  de  la  bonte'  "SjSU 

uses  mnw  nr.'iti.c    ot  /m«  »#v..»    ».,.  « „  ,                                                                     '  et  ies  autre 

saboole. 


j'aie  CCS  ehoses  Unites  pretes,  et  que  vous  ne  soyez 
poiut  las  de  m'entendre,  ni  nioi  de  vous  parler, 
neanmoins  I'heure  m'oblige  a  linir.  Retenez  bien 
ce  sur  quoi  j'ai  attire  votre  attention,  atin  qu'il  ne 
soit  pas  necessaire  d'y  revenir  demain.  Voila  ce  que 
je  me  propose,  voici  ce  que  j'ai   a  vous  expliquer, 


on  la  puissance  de  la  majeste.  C'est  ce  que  le  Saint 
Esprit  declare  par  la  bouelie  de  celui  qui  est  sun 
plus  ordinaire  organe  :  «  J'ai  oui  ces  deux  cboses  : 
Dieu  a  une  souveraine  puissance,  et  une  souveraine 
misericorde  (Psal.  lxi,  12).  »  C'est  done  de  la 
majeste   que   nous    lisons  :  «  Son   nom  est  saint  et 


.  ,  ~r— i — j  — j..™  H..^   u™i    iiwus  .   «  ,-)un   nom  esi  saint  et 

asavoir  pourquoi  le  nom  de  l'Epoux  est  compare  a  terrible  [Psal.  ex,  9) ;  »  et  de   la  l.onte  :  «  II  n'y  a 

Inline,  e    quel  est    ce  nom  parmi   ceux  qu'on  lui  poiut  d'autre  nom  sous   le  Ciel    qui   ait  ete  donne 

donne.  fct  parce  que  je  ne  puis  rien  dire  de  moi-  aux  bommes  pour  les  sauver    (Act   iv   1")    „   Mais 

meme.    ni'lnns   alln   .tua     l'U„n„v    1.,: 5 i-  ,  .  .  >  '         '• 


meme,  prions  afin  que  l'Epoux  lui-meme  nous  le 
revele  par  son  esprit,  l'Epoux,  dis-je,  qui  est  Jesus- 
Christ  noire  Seigneur,  a  qui  soit  bonneur  et  gloire 
dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 


les  exemples  rendront  encore  cela  plus  chair. 
«  Voici,  dit  le  Prophete,  le  nom  qu'ils  lui  don- 
neront ;  le  Seigneur,  notre  justice  (Hier.  xxm,  6).» 
C'est  la  un  nom  de  puissance.  Et  ailleurs  :  «  Et  il 
sera  nomine  Emmanuel    (ha.  vn,  14).  »    II  insinue 


eflusum.Habet,  sed  reconditum  ;  habet  in  codicibus,  sed 
non  in  cordibus.  Foris  ha:ret  in  littera  :  contrectat  ma- 
iiibus  vus  plenum,  sed  et  olausam,  nee  aperit  ut  ungatur. 
Intus,  intus  est  unutio  spiritus  :  aperi  et  ungere,  et  jam 
non  eris  domus  exasperans.  Quid  facit  oleum  in  vasis, 
si  non  sentias  et  in  menibris  ?  Quid  tibi  prodest  pium 
Salvatoris  nomen  lectitare  in  libris,  nee  habere  pieta- 
tem  in  moribus  ?  Oleum  est  :  ell'unde,  et  senties  virtu- 
tem  ejus,  guw  triplex  est.  Sed  Judaeus  ista  fastidit,  vos 
audite.  Volo  dicere  cur  nomen  Sponsi  uleo  comparetur, 
quod  nondum  dixeram.  Et  tres  hujus  rei  occuriunt 
causa-.  At  quoniam  pluribus  vocabulis  appellatur,  eo 
quod  nullum  quo  proprie  dicatur  invenitur,  (ineffabilis 
quippe  est  :)  prius  nobis  invocandus  est  Spiritus-Sanc- 
tus,  ut  de  multis  unum,  quod  vult  hoc  loco  intelligi, 
(quoniam  scripto  designare  non  plucuit)  per  se  nobis 
aperire  dignetur.  Sed  hoc  quoque  alias.  Nam  etsi  in 
prumptu  nunc  essent  omnia,  et  neque  vos  onerati,  nee 
ego  iatigatus  essem,  hora  tamen  linem  indicit.  Tenete 
in  quo  attentos  vos  reddidi,  ut  non  sit  eras  necesse  re- 
petere.  Hoc  incumbit,  hoc  in  manibus  est,  docere  sci- 
licet, cur  nomen  Sponsi  oleo  comparetur  :  quod  de  no- 
muiihus.  Et  quoniam  nun  possum  ego  a  me  dicere 
quidquain,  indicia  oratio  eat,  ut  nobis  Sponsus  ipse 
revelet  per  Spirituum  suum  Jesus-Christus  Dominus 
noster,  cui  est  honor  et  gloria  in  sasoula  sajeulorum. 
Amen. 


SERMO  XV. 

Qualiter    nomen  Jesus    est    mediciaa   salubris  fidelibus 
Christianis  in  omnibus  adversis. 

1.  Beniguus  est  Spiritus  sapientia?,  et  non  consuevit 
esse  diificilis  se  invocautibus,  qui  sa-.pe  et  antequam  in- 
vocetur,  dicit,  Ecce  atlsum.  Audite  jam  quod  orantibus 
vubis  per  me  indicare  dignatur  de  eo,  quod  heri  ad  hoc 
ipsum  distulimus,  et  orationum  vestrarum  I'ructum  lem- 
pestivum  percipite.  En  ostendo  nomen,  quod  oleo  me- 
rito  comparator  ;  et  quo  mcrito,  dicam.  .Multa  quidem 
Sponsi  vocabula  sparsa  per  omnem  divinam  paginam 
legitis,  sed  in  duo  ea  vobis  universa  complectar.  Nul- 
lum, ut  arbitrur,  reperietis,  quod  nun  aut  pietatis  gra- 
tiam,  aut  puteiiUam  niajestatis  sonet.  Spiritus  ita  dicit 
ctiain  per  s.bi  familiarius  organum  :  Duo  luec  audivi 
Quia  polestas  Dei  est,  el  tibi  Domine  misericordia.  Ego 
secundum  majeslatem  sanctum  et  terribile  nomen  ejus; 
secundum  pietatem,  Non  est  nomen  aliud  sub  ccelu  da- 
tum hominibus,  m  quo  oporteat  nos  salvos  fieri-  Sed 
exemplis  magis  perspicuum  flet.  Hoc  est,  inquit,  namen 
ijuail  voeubunt  eum,  Dominus,  Justus  noster.  Nomen 
potential  est  Item,  el  voeabitur  nomen  ejus  Emmanuel; 
pietatem  insinuat.  Item  ipse  de  se  :  Vos  vocatis  me,  ait, 
Magister,  et  Domine.  Prirnum  gratia;  est,  secundum  ma- 
jestatis.  Non   enim   minus    pium    est    docere  auimum 


QUINZIEME  SERMON  SUR  LE  CAXTIQL'E  DES  CANTIQL'ES. 


195 


aussi  lui-meme,  en  parlaut  de  soi,  le  nomqui  mar-  etaient  esclaves  sont  appeles  amis  [Joan,  xv,  14),  et 
que  sa  bonte.  «  Vous  m'appelez,  Jit-il,  Maitre  et  la  resurrection  n'est  pas  seulement  annoncee  aux 
Seigneur  [Joan.  xi,  13).  »  Le  premier   est  un  nom     disciples,  mais  aussi  aux  freres  [Matth.  xxvm,  10). 


Effusion  des 
nouis  de 

Diet  les   uqs 
daas    les 
autres. 


de  grace,  et  le  second  de  majeste.  Car  ce  n'est  pas 
une  moindre  faveur  de  communiquer  la  science  a 
Fame,  que  de  donner  la  nourriture  au  corps.  Le 
Prophete  dit  encore  :  «  On  le  nonimera  Admirable, 
Conseiller,  Dieu,  Fort,  Pere  du  siecle  a  venir, 
Prince  de  la  pais  [ha.  ix,  6).  »  Le  premier,  le 
troisieme  et  le  quatrieme  de  ces  uoms  marquentla 


Mais  cette  effusion  de  noms  ne  s'est  faite  que  lors- 
que  la  plenitude  des  temps  est  arrivee,  alors  que 
Dieu  accomplit  ce  qu'il  avait  promis  par  le  prophete 
Joel,  et  tit  une  effusion  de  sou  esprit  sur  toute  chair 
[Joe~l.  n,  28).  Nous  lisons  que  quelque  chose  de  pa- 
reil  s'est  passe  autrefois  parmi  les  Hebreux.  Je  crois 
que  vous  me  prevenez,  et  savez  deja  ce  que  je  veux 


majeste,  el  les  .nitres  la  bonte.   Quel  est  douc  celui  dire.  Car  quelle  ful  la  premiere  reponse  qui  fut  faite 

d'entre  eux,  qui  est  comtne  de  l'huile  repandue?Il  aMoise  lorsqu'il  demanda  qui  lui  parlait"?  «  Je  suis 

■est  certain  qu'il  se  fait  une  espece  d'ecoulement  du  celui  qui  est,  et  celui  qui  est  m'a  envoye  vers  vous 

nom  de  sa  maj    le  et  de  la  puissance,  dans  celui  de  (Exod.  m,  14).  »  Je  ne  sais  si  Moise  lui-meme  l'au- 

la  bonte  et  de  la  grace,  etque  ce  dernier  se  repand  rait  enteudu  s'il  n'y  eut  point  eu  de  transfusion  de 

abondammeut  par  Jesus-Christ   notre   sauveur.  Le  ce  nom ;  mais  il  sen  est  fait  une,  et  on  l'a  entendu, 

nom  de  Dieu,  par  exemple,  ne  passe  et  ne  se  con-  il  ne  s'en    est  pas  seulement  fait   une   transfusion, 

fond-ilpas  en  cet  autre,  Dieu  avec  nous,  e'est-a-dire  mais  une  effusion.  Car  l'iufusion  en  etait  deja  faite. 

en   celui   d'Emmanuel  ?   Ainsi   en  est-il  de    celui  Les  cieux.  le  possedaient  deja.  II  etait  deja  connu  des 

d'Admirable,    qui  se  fond  en  celui  de  Conseiller ;  anges,  mais  il  s'est  repandu  au  dehors,  et  ce  nom 


Autrefois  les 
noms    da 

S'-igneur 

etaient  terri- 

blt-s.  main- 

teoant  ils 

sont  duni. 


de  ceux  de  Dieu,  et  de  Fort,  en  ceux  de  Pere  du 
siecle  a  venir  et  de  Prin  e  de  la  paix.  Celui  de, 
le  Seigneur  qui  etait  notre  justice,  en  celni  de 
Seigneur  de  miserkorde  et  de  bonte.  Je  ne  dis 
rien  de  nouveau,  puisqu'autrefois  Abram  a  aussi 
ete  change  en  Abraham,  Sarai'  en  Sara,  pour 
figurer  et  celebrer  des  lors  le  mystere  de  cette 
salutaire  effusion. 

2.  Uii  est  main  tenant  cette  voix  de  tonnerre,  qui 
se  faisait  si  souveut  entendre  aux  anciens,  etqui  les 
remplissait  d'epouvante ;  «  Je  suis  le  Seigneur,  je 
suis  le  Seigneur  [Exod.  xx,  '2;  ?  »  Au  lieu  de  cela 
on  m'appreud  une  priere  qui,  commencant  par  le 
nom  si  doux  de  pere,  me  donne  la  couliance  que  les 


qui  etait  telleinent  iuius  dans  les  anges,  qu'il  leur 
etait  meme  devenu  prop  re,  s'est  repaudu  dans  les 
homines,  en  sorte  que  des  lors  on  aurait  entendu 
nun  sans  raison  ce  cri  de  joie  monter  de  la  terre, 
«  Votre  nom  est  une  huile  repandue,  »  si  l'opiuia- 
trete  detestable  d'un  peuple  iugrat  ne  s'y  flit  oppo- 
see.  Car  il  dit :  <c  Je  suis  le  Dieu  d'Abraham,  le  Dieu 
d'lsaac,  et  le  Dieu  de  Jacob  [Exod.  in,  6,.  » 

J.  Accourez  nations,  le  salut  esteuvos  mains.  Un 
nom  est  repandu  ;  et  quicouque  l'invoquera  sera 
sauve.  Le  Dieu  des  anges  s'appelle  aussi  le  Dieu 
des  honiines.  11  a  repandu  de  l'huile  sur  Jacob,  et 
elle  est  torubee  sur  Israel.  Dites  a  vos  freres,  «  Don- 
nez-nous  de  votre  huile.  »  S'ilsue  veulent  pas,  priez   Les  vceu  de 


demandes   qui    suivent    seront  exaucees.  Ceux  qui     le  Seigneur  de  cette  huile  de  vous  en  envoyer  aussi. 


nations. 


scientiam,  quam  prsebere  escaui  corpori.  Rursum  Pro- 
pheta  ;  Vocabitur,  inquit,  nomen  ejus  Ad  ,  I      - 

ciliartus,  Deus,  Fortis,  Pater  futuri  sceculi,  Pn 
pacts.  Primum,  tertium,  quartum,  majestatem  sonant ; 
reliqua  pietatem.  Quod  horum  ergo  elFundhur?  Profecto 
majestatis  ac  potential  nomen,  ia  id  quod  est  pietatis  et 
gratia1,  quodaoi  modo  transfunditur,  ipsuiuque  ell'undi- 
turabundeper  Jesum-Cliristum  Salvatorem  nostrum. 
Nomen  (verbi  causa)  quod  Deus  est,  nonne  in  id  quod 
est.  Nobiscum  Deus,  hoc  est  in  Emmanuel,  liquescit  et 
deficit?  Sic  Admirabilis  in  id  quod  est  I  o  tciliarius;  sic 
el  Foiiis  in  ea  qua;  sunt  Pater  futuri  sarcu/i  et 
Prineeps  pacts;  et  Dominus  Justus  noster  in  misen  <n 
et  miserator  Dominus.  Nun  dico  novum  quid  :  quon- 
dam quoque  nihilominus  Abram  in  Abraham,  et  Sarai 
-  tram  elhisa  sunt ;  et  jam  tunc  salutiferee  efhisio- 
nis  celubratum  prajfiguralumque  mysteriuni  reeorda- 
mur. 

2.  Ubi  jam  illud,  quod  apud  antiquos  tam  terribiliter, 
quam  frequenter  intonare  solebat  :  Ego  Dominus,  ego 
Dominus  '.'  Mini  dictatur  oratio  cujas  principium,  no- 
mine duke  paterno,  sequentiurn  obtinendarum  petitio- 
ns tantnm.  num  pr(ebet  fiduciatn.  Servi  nominantur  amici,  et 
resurrectio     non     saltern  "     Discipulis,     sed    fratribus 


nuntiatur.  Xec  miror,  si  cum  venit  plenitudo  temporis 
iacta  est  efTusio  nominis,  Deo  quippe  quod  per  Joelem 
promiserat  adimplente,  et  effundente  de  Spiritu  suo 
super  omnem  carncm,  cum  tale  aliquid  et  apud  He- 
biicus  olim  contigisse  legam.  Credo  vos  prsvolare,  ct 
scire  jam  quid  dicere  velim.  Quale  erat,  inquam,  quod 
uati  I  i  primo  responsum  est  :  Ego  sum  qui 
sum  ?  et,  Qui  est,  misit  me  ad  vos  ?  Xecio  an  vel  ipse 
Moyses  caperet  sic,  si  non  videlicet  effunderetur.  Sed 
fusum  est,  et  enptum  est ;  nee  modo  fusum,  sed  et  effu- 
sum  :  nam  infusum  jam  erat.  Jam  cce'.i  habebant  illud, 
jam  angelis  innotuerat.  Est  auteai  foris  missum :  et 
quod  angelis  ita  erat  infusum  ut  esset  et  privatum,  effu- 
sum  et  in  homines  est,  ita  ut  jam  tunc  merito  clamare- 
tur  de  terra  :  Oleum  effusum  nomen  tuum  ;  si  non 
ingrake  plebis  exosa  in  pervicacia  obstitisset.  Ait 
enim  :  Ego  sum  Deus  Abraham ,  et  Deus  Isaac  ,  et  Deus 
Jacob. 

3.  Currite  gentes  :  ad  manum  est  salus,  effusum  est 
nomen,  quod  quicunqtie  invocaverit,  salvus  erit  ange- 
lorum  Deus,  etiam  hominum  Deuni  se  nominat.  Oleum 
misit  in  Jacob,  et  cecidit  in  Israel.  Dicite  fratribus 
vestris  :  Date  Nobis  de  oleo  vestro.  Si  nolunt,  rogate 
Dominum  olei,  ut  mittat  et  vobis.   Dicite,  Aufer  oppro- 


196 


OEEVRESDE  SAINT  BERNARD. 


Dites-lni  :  Delivrez-nous  de  l'opprobre  ou  nous 
somraes  tombos.  Ne  permettez  point,  je  vous  prie, 
qu'une  langue  mauvaise  insulte  votre  bieii-aimee, 
qu'il  vous  a  plu  d'appelerdes  extreinites  de  la  terre, 
avec  d'antant  phis  de  bonte  (ju'elle  en  fetait  inoius 
digne.  Est-il  raisonnablo  qu'un  mechant  serviteur 
chasse  ceux  qu'un  si  bon  perede  famille  a  convies  J 
a  Je  suis,  dit-il,  le  Dieu  d' Abraham,  le  Dien  d' Isaac, 
et  le  Dieu  de  Jacob  (Exod.  m,  6).  »  Quoi,  est-ce  la 
tout?  Repandez,  repandez,  ouvrez  encore  Totre 
main,  et  corublez  toutes  sortes  d'animaux  de  votre 
benediction,  cra'ils  viennent  d'Orient  el  d'Occident, 
et  s'asseyent  dans  le  royaume  des  cieux  avec  Abra- 
ham, Isaac,  et  Jacob  (Mutt,  vm,  11).  Que  les  tribus, 
oui,  que  les  tribus  du  Seigneur  vieunent,  qu'elles 
viennent  je  le  repute,  et  qu'elles  doiinent  occasion  a 
Israel  de  celebrer  le  noui  du  Seigueur  (Psal.  cxxi,  U). 
Qu'elles  viennent  et  se  reposent ;  qu'elles  fassent  des 
banquets  maguiliques,  et  soient  ravies  de  joie;  et 
qu'on  n'entende  de  toutes  parts  qu'une  voix  d'alle- 
gresse  et  de  louange,  couime  de  personnes  qui 
sont  au  milieu  dun  grand  festin,  el  qu'elles  diseut: 
«  Votre  nom  est  une  huile  repandue.  »  Je  suis  siir 
d'une  chose;  c'estquesinousavonspour celestes por- 
tiers  Philippe  et  Andre,  nous  nesoutl'rirons  pas  de  re- 
fus. Qui  que  ce  soitdevous  qui  demaude  de  l'buile; 
qui  que  ce  soit  qui  veuille  voir  Jesus,  Philippe  dira 
aussitot  a  Andre,  et  Andre  et  Philippe  ensemble  le 
diront  a  Jesus.  Mais  que  dira  Jesus  ?  Sans  doute  ce 
qu'il  a  deja  dit:  »  Si  le  grain  de  froment,  tombant 
en  terre,  ne  rueurt,  il  demeure  seul.  Mais  s'il  rueurt 
il  apporte  beaucoup  de  fruits  (Joan,  xu,  2/i).  »  Que 
ce  grain  meure  done,  et  qu'il  en  naisse  uue  mois- 
son  de  gentds.  II  faut  que  Jesus  soulire  et  qu'il 
ressuscite,  et  qu'on  preehe  en  son  nom  la  penitence 


brium  nostrum.  Ne  qusso  insultet  malevolus  dilcctae 
tuas,  quam  a  finibus  terra  evocare  placuit  tibi,  tauto 
utique  dignantius,  quanto  minus  dignam,  Decetne  obse- 
cro,  ut  benigui  patrisfamilias  invitalos  servus  nequam 
excludat?  Ego  sum,  ais,  Deus  Abraham,  et  Deus  Isaac, 
et  Dews  Jacob.  Et  non  amplius?  Ell'unde,  effunde  ; 
aperi  manum  tuara  adhuc,  et  imple  omne  animal  be- 
nedictione.  Veniant  ab  Oriente  et  Occidente,  et  recum- 
bant  cum  Abraham,  Isaac,  et  Jacob  in  regno  coelorum. 
Veniant,  veniant  tribus,  tribus  Domini  ;  testimonium 
Israel  ad  confitendum  nomini  Domini.  Veniant  et  re- 
cumbant,  epulcnlur  et  delectentur  in  laelitia,  etunus  ubi- 
que  resonet  in  voce  exullationis  et  confessionis  sonus 
epulanlis.  Oleum  e/fusum  nomen  tuum.  Unum  scio,  si 
Philippum  et  Andream  habuerimus  ostiarios,  repulsam 
omnino  non  patimur  quicumque  oleum  petimus,  qui- 
cumquc  vjlumus  Jesum  videre.  Incunctanler  Philippus 
dicet  Andrea;  :  Andreas  autem  et  Philippus  dicent 
Jesu.  Jesus  autem  quid  ?  Profecto  quod  Jesus.  Nisigra- 
num  frumenti  cailens  in  tenant  moriuum  fuerit,  ipsum 
solum  martel  :  si  autem  moriuum  fuerit,  multum  fruc- 
turn  a/fert.  Moriatur  igitur  granum,  et  surgat  gentium 
seges.  Oportet  pati  Christum,  et  resurgere  a  mortuis, 
et  prsdicari  in   nomine   ejus  pcenitentiam  et   remissio- 


et  la  remission  drs  pecb.es,  non-seulement  dans  la 

Judee,  mais  dans  toutes  les  nations,  afin  que,  a  ce 

seul  nom  qui  est  Christ,  des  millions  defideles  soient 

appeles  Chretiens,   et  disent :  «  Voire  nom  est  une 

huile  repandue.  » 

A.  Car  je  reronnais  le  nom  que  j'ai  In  dans  Isaie  :    Le  nom  <Iu 

ci  11  appellera,  dit-il,  ses  serviteurs  d'un  autre  nom,  ripanduVur 

et  celui  qui  est  beni  sur  la  terre  dans  re  nom,  sera     t0l,lr  '■' 

terre. 

beni  dans  le  Seigneur.  Ainsisoit-il  (Isa.  i.\-v,  15). » 
0  nom  beni!  6  huile  repandue  partout !  Mais  jus- 
qu'ou  se  repand-elle?  Bile  se  repand  du  ciel  dans 
la  Judee,  de  la  Judee  par  toute  la  terre,  et  de  loute 
la  terre  FEglise  crie  :  «  Votre  nom  est  une  huile 
repandue.  p  Oui,  e'estbien  repandue  qu'il  faut  dire, 
puisqu'elle  couvre  non  seulement  le  ciel  et  la  terre, 
mais  penetre  meme  jusqu'aux  enters  ;  «  En  sorte 
qu'au  nom  adorable  de  Jesus,  tout  tlechit  le  genou, 
les  puissances  du  ciel,  de  la  terre,  et  des  enters,  et 
toute  langue  le  celebre,  et  dit  (Philipp.  n,  10) :  » 
votre  nom  est  une  huile  repandue.  Voila  Christ, 
voila  Jesus.  11  s'est  fait  une  effusion  sur  les  homines 
sur  les  homines,  dis-je,  qui  commedesbetes  s'etaient 
souilles  et  corrompus  dans  leur  fumier.  C'est  ainsi 
que  Dieu  sauve  les  hommes  et  les  betes,  com  me 
dit  le  Prophete,  et  mulliplie  les  effets  de  sa  miseri- 
corde.  Que  ce  nom  est  cher  et  qu'il  estvU  en  meme 
temps  !  II est  vil,  maisil  est  salutaire. S'iln'etait  point 
Til,  on  ne  le  repandrait  pas  sur  moi.  S'il  n'etait 
point  salutaire,  il  ne  me  gagnerait  pas.  Je  participe 
a  ce  nom,  et  je  participe  a  l'heredite  eelusle.  Je  suis 
Chretien,  et  frere  de  Jesus-Christ.  Si  je  suis  ce  que  Le  Christ 
jedis  la,  je  suis  par  consequent  herilier  de  Dieu,  et  ert  Ve^mdn 
coheritier  de  Jesus-Christ.  Mais  pourquoi  s'etonner  sur  tous  les 
que  le  nom  de  1  Epoux  soit  repandu,  puisque  1  lu- 
pous meme  Test  aussi?  Car   il   s'est  aneanti  lui- 


nem  peccatorum,  non  solum  in  Judsam,  aed  etiam  in 
omnes  gentes  ;  quatenus  ab  uno  nomine,  quod  est 
Christus,  millia  millium  credenlium  Christian!  dicantur, 
et  dicant  :  Oleum  e/fusum  nom  <n  i 

4.  Agnosco  enim  nomen,  quod  in  Isaia  legi  :  servos 
suos,  inquit,  vocal, it  nomine  alio,  in  q  1 1  qui  benedictus 
est  super  terrain,  benedicet ur  in  Domino.  Amen.  0  no- 
nem  benedictum  !  0  oleum  usquequaque  etfusum ! 
Quousque?  De  codo  in  Judxam,  et  indfi  in  omnem 
terram  excurrit ;  ct  de  toto  orbe  clamat  Ecclesia  : 
Oleum  e/fusum  nomen  tuum.  Effusum  plane,  quod  non 
solum  coelos  terrasque  perfudit,  sed  aspersit  et  inferos, 
adeo  ut  in  nomine  Jesu  omne  genu  flectalur,  cuclestium 
tcrrestrium  et  infernorum,  et  omnis  lingua  eonliteatur, 
et  dicat  :  Oleum  effusum  nomen  tuum.  Ecce  Christus, 
ecce  Jesus,  utrumque  infusum  angelis,  utrumque  eflu- 
sum  in  homines,  qui computruerant  tanquam  jumenta 
in  slercore  suo,  homines  et  jumenta  sal  vans,  quemad- 
modum  multiplicavit  misericordiam  suam  Deus.  Quam 
carum,  quam  vile  !  vile,  sed  t-alubre.  Si  vile  non  esset, 
non  mihi  effunderctur  :  si  salubre  non  esset,  non  me  lu- 
craretur.  Particeps  nominis  sum,  sum  et  haereditalis. 
Christiunus  sum ;  frater  Christi  sum.  Si  sum  quod 
dicor,  heeres  sum  Dei,  cohaeres  autem  Christi.  El 


QUINZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTIQUES. 


197 


meme  en  prenant  la  figure  d'un  esclave  (Rom.  vin, 
17),  et  de  plus  il  Jit  :  «  Je  snis  repandu  comme  Je 
l'eau  (Psal.  xxi,  12).  n  La  pli'iiituJe  de  la  divinite 
s'est  repandue  en  habitant  corporellernent  sur  la 
terre,  alin  que  nous  tous  qui  portons  un  corps  Je 
mort,  nous  participassions  a  cette  plenitude,  et 
qu'etant  remplis  d'une  odeur  Je  vie,  nous  pussions 
Jire  :  Votre  nom  est  une  huile  repandue.  Je  viens 
de  dire  quel  est  ce  nom  repandu,  de  quelle  facon 
et  pourquoi  il  a  ete  repandu. 
ropriet&xie      5.  Mais  pourquoi    est-ce  une  huile?   C'est   ce 

I'huile  qui  ...  t       .     y.         -  - 

onviennent  queje  nai  pas  encore  exphque.  J  avais  commence 
lUje"usde  a  le  faire  dans  le  discours  precedent,  mais  il  s'est 
presente  tout  a  coup  une  autre  chose,  qu'il  m'a 
semble  a  propos  de  dire  auparavant,  encore  ai-je 
differe  a  en  parler  plus  longtemps  que  je  ne  pen- 
sais.  Je  n'en  vois  point  d'autre  cause  que  celle-ci  : 
c'est  que  la  Sagesse  qui  est  la  femme  forte,  a  mis  la 
main  a  la  quenouille,  et  ses  doigts  ont  tourne  le 
fuseau  (Prov.  xxxi,  19).  Car  de  peu  de  laine  ou  de 
lin  ,elle  sait  faire  beaucoup  de  lil  et  de  toile,  et 
ainsi  donner  deux  vitemeuts  a  ses  domestiques. 
II  y  a  sans  doute  de  la  ressemblance  entre  I'huile 
et  le  nom  de  l'Epoux,  et  ce  n'est  pas  sans  raison 
que  le  Saint-Esprit  a  compare  l'une  a  l'aulre.  Je  ne 
sais  si  vous  en  savez  de  meilleure  raison  que  moi, 
mais  pour  moi  je  crois  que  c'est  parce  que  I'huile 
a  trois  qualites,  elle  eclaire,  elle  nourrit,  et  file 
oint.  Elle  entretient  le  feu  ;  elle  nourrit  la  chair  ; 
elle  apaise  la  douleur.  C'est  une  lumiere,  une 
nourriture  et  un  remede.  Voyons  si  on  ne  peut 
pas  en  dire  autant  du  nom  de  l'Epoux.  11  eclaire 
lorsqu'on  le  publie  ;  il  nourrit  quand  on  le  runii- 
ne,  il  oint  et  adoucit  lesmaux,  lorsqu'on  l'invoque. 


Examinons   chacune  de  ces   qualites     en     parti- 
culier. 

6.  D'ou  pensez-vous  qu'une  si  grande  et  si  sou- 
daine  lumiere  de  la  foi  ait  eclate  dans  le  monde, 
sinon  de  la  predication  du  nom  de  Jesus?  N'est-ce 
pas  par  la  lumiere  de  ce  nom  sacre  que  Dieu  nous 
a  appeles  a  la  jouissance  de  ses  lumieres  admira- 
bles,  et  quand  nous  en  avons  ete  eclaires,  quand 
nous  avons  vu  la  lumiere  par  cette  autre  lumiere, 
saint  Paul  a  pu  nous  dire  :  «  Vous  avez  6te  tene- 
bres  autrefois,  mais  a  present  vous  etes  lumiere 
dans  le  Seigneur  (Ephes.  v,  8)  ».  Enfin  c'est  ce  nom 
que  le  meme  apotre  recut  ordre  de  porter  devant 
les  rois,  les  nations  et  les  enfants  d'Israel  (Act.  is, 
15),  et  il  le  portait  comme  un  flambeau  dont  il 
eclairait  son  pays,  en  criant  partout  :  «  La  nuit  a 
precede,  mais  le  jour  est  enfin  venu ;  depouillons- 
nous  done  des  oeuvres  de  tenebres,  et  revetons- 
nous  des  amies  de  lumiere,  et  vivons  dans  l'hon- 
netete  et  la  bienseance,  comme  marchaut  en  plein 
jour  (Rom.  xm,  12).  »  11  montrait  a  tout  le  monde 
la  lampe  dans  le  chandelier,  annoncant  Jesus  en 
tous  lieux,  et  Jesus  crucifie.  Combien  cette  lu- 
miere a-t-elle  ete  resplendissante,  et  combien  a-t-elle 
ebloui  les  yeux  de  ceux  qui  la  regardaient,  lorsque, 
sortant  comme  un  eclairde la bouchede  Pierre,  elle 
affermitlesjambeset  les  pieds  d'un  boiteux,  et  rendit 
la  vue  a  plusieurs  aveugles  spirituels  ?  Ne  fit— il  pas 
la  lumiere,  lorsqu'il  dit  :  «  Au  nom  de  Jesus-Christ 
de  Nazareth,  levez-vous  et  marchez  (Act.  in,  6)  ?  » 
Mais  le  nom  de  Jesus  n'est  pas  seulement  une  lu- 
miere, c'est  encore  une  nourriture.  Ne  vous  sentez- 
vous  pas  fortifies,  toutes  les  fois  que  'yous  vous 
le  rappelez?  Qu'y  a-t-il  qui  nourrisse  autant  l'es- 


mirum,  si  Sponsi  effusum  est  nomen,  cum  ipse  quoque 
effusus  sit?  Nam  semetipsum  exinanivit  formam  servi 
accipiens.  Denique  ait  :  Sicut  aqua  e/fusus  sum.  Effusa 
c.-l  plenitudo  divinitalis,  habitans  super  terrain  corpo- 
raliter,  ut  de  ilia  plenitudine  omnes,  qui  corpus  mortis 
gestamus,  capercmus,  ac  vitali  odore  repleti  diceremus: 
Oleum  effusum  nomen  tuum.  En  quod  nomen  effusum, 
ct  qu  liter,  et  quatenus. 

5.  Cur  vero  oleum  ?  nam  hoc  nondum  dixi.  In  ser- 
mone  superiore  dicei-e  cceperam  :  sed  intervenit  subito 
aliud  quod  pradicendum  videbatur.  Quanquam  inter- 
miserim  ultra  quam  credidi  :  quod  non  aliud  esse  reor, 
nisi  quod  forlis  mulier  Sapicnlia  misit  mamim  ad  colum, 
et  digili  ejus  apprehendcrunt  fusum.  Novit  enim  modi- 
run  lanam  vel  linum  in  longum  producere  filum,  atque 
in  telsB  extendere  laliludinem,  et  sic  omnes  domesticos 
suos  veslire  duplicibus.  Est  procul  dubiointer  Oleum  et 
X<>„,r/i  yponsi  similitudo  :  nee  otiose  Spiritus-Sanctus 
allerulnim  comparavit.  Ego  antem  dico  in  ti-iplici  qua- 
dam  qualitale  olei,  quod  lucct,  pascit,  ut  ungit  :  si  vos 
melius  non  habetis.  Fovet  ignem,  nutrit  carnem,  lenit 
dolorem  ;  lux,  cibus,  medicina.  Vide  idem  nunc  et  de 
Sponsi  nomine.  Lucct  praedicatum ,  pascit  recogita- 
tum ,  invocatum  lenit  et  ungit.  Et  percurramus  sin- 
gula 


6.  Unde  putas  in  toto  orbe  tanta,  et  tam  subifa  fidei 
lux,  nisi  de  prajdicato  Jesu?  Nonne  in  hujus  nominis 
luce  Deus  nos  vocavit  in  admirahile  lumen  suum,quibus 
illuminatis,  et  in  lumine  isto  videntibus  lumen,  dicat 
merito  Paulus  :  Fuisiis  aliquando  lenebrce,  nunc  autem 
lux  in  Dominol  Hoc  denique  nomen  coram  regibus,  et 
gentibus,  et  filiis  Israel  portare  jussus  est  idem  aposto- 
lus ;  et  portabat  nomen  tanquam  lumen,  et  illuminabat 
patriam,  et  clamabat  ubique  :  Nox  prcecessit,  diesaulem 
appropinquavit.  Abjiciamus  ergo  opera  tenebrarum,  et 
induamur  arma  lucis  :  sicut  in  die  honeste  umbulemus. 
Et  monstrabat  omnibus  luccrnam  super  candelabrum, 
ennuntians  in  omni  loco  Jesum,  et  hunc  crucifixum. 
Quomodo  lux  ista  insplenduit  ac  perstrinxit  cunctorum 
inluentium  oculos,  quando  de  ore  Petri,  tanquam  ful- 
gnr,  egrediens,  claudi  unius  corporales  planlas  solidavit 
et  bases,  multosque  spiritualiter  caBcos  illuminavit? 
Numquid  non  ignem  sparsit,  cum  ait,  In  nomine  Jcsu- 
Chrisli  Nazareni  surge  et  ambula  ?  Nee  tantum  lux  est 
nomen  Jesu,  sed  est  et  cibus.  An  non  toties  confortaris, 
quoties  recordaris  ?  Quid  a?que  mentem  cogitantis  im- 
pinguat?  quid  ita  exercitatos  reparat  sensus,  virtutes 
roborat,  vegetat  mores  bonos  atque  honestos,  castas 
fovet  affectiones?  Aridus  est  omnis  animae  cibus,  si  non 
oleo  islo  infunditur  :  insipidus  est,  si  non  hoc  sale  con- 


J98 


UTYRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le  Dom  de 
Jesus  est  une 
onction  qui 
guerit  les 
maladies  de 
l'arae. 


prit  de  celui  qui  y  pense?  Qu'est-ce  qui  davantage 
'..'■pan'  les  forces  epuisees  ;  rend  les  vertus  plus 
males;  fomente  les  bonnes  et  louables  habitudes ; 
ft  entretienl  les  inclinations  chastes  et  honnetes  I 
Toute  nourriture  de  I'ame  est  seche,  si  elle  n'est 
arrosee  de  cette  buile  ;elle  est  insipide  si  elle  n'est 
-iiiniff  de  cesel.  Un  livre  n'a  point  de  gout 
pour  moi,  si  je  n'y  trouve  »  le  noon  de  Jesus.  Une 
conference,  un  entretien  ne  me  plait  pas  si  I'on 
n'y  parle  point  de  Jesus.  Jesus  est  du  miel  a  la 
bouehe,  une  melodie  aux  oreilles,  uu  chant  d'al- 
legresse  an  coeur.  Mais  il  esl  encore  un  remede. 
Etes-vous  tristf  ?  Que  Jesus  vienne  clans  voire 
coeur, passe  de  Id  a  votre  bouehe;  cenom  admira- 
ble n'est  pas  silot  prononce,  qn'il  se  produit  une 
luniiere  rt'splcnilissante  qui  chasse  les  ennuis  et 
ramene  le  calmeel  la  serenite.  Quelqu'un  tombe- 
t-il  dans  un  crime?  •  ourt-il  a  la  mort  dans  son 
desespoir  ?  Qu'il  invoque  ce  uom  de  Vie.  il  com- 
mence aussitcjt  a  respirer  et  a  revivre.  Devant  ce 
nom  salutaire,  qui  a  jamais  persiste  dans  son  en- 
dureissement,  dan?  sa  paresse,  dans  son  animo- 
site,  ou  dans  sa  langueur  '.'(Juin'a  pas  vu  la  source 
de  ses  larines  desseehee,  colder  de  nouveau  avec 
plus  d'abondance  et  de  douceur,  des  qu'il  a  invo- 
que Jesus  ?  Saisi  de  frayeur  et  palpitant  de  crainte 
au  milieu  des  perils,  qui  n'a  point  senti  ses  ap- 
prehensions s'eranouir,  et  la  confiance  lui  reve- 
nir  des  ['instant  qu'il  a  invoque  ce  nom  plein  de 
force  et  de  gfenerosite'  ?  Quel  est  l'homme,  dont 
I'esprit  tloltant  et  irresolu  n'a  pas  ete  fixe  aussitdt 
par  1'inTOcation  de  ce  nom,  qui  porte  la  clarte  et  la 


a  Saint  Augustin  rapporte  la  meme  cbose  de  lui-meme  dans 
ses  confessions,  lhre  in.  chapitre  IV.  an  sujet  de  la  lecture 
d'un  livre  de  Hortensius.  i  II  n'y  avait  qu'une  chose  dans  tout 
ce  beau  langage  qui  me  faisait  peine  e'est  que  le  nom  de  Jl'*us- 
(llirist  ne  s'y  trouvait  point  ;  or  tuut  ecrit  oit  ce  noun  fait  de- 
faut.quelque  bien  ecrit.  soigne  et  veridique  qu'il  soit,  ne  saurait 
me    ravir    tout  entier. 


lumiere  dans  fame?  Enfin,  quel  esl  celui,  qui,  se 

si'iitaut    deeourai;f    par     nuhei'sito,  et  prdt    a  SUC- 

comber,  n'a  pas  repris  une  nouvelle  vigueur  an 
seul  son  de  ce  nom  secourable '.'  ce  sont  la  les  lan- 
gueurs  et  les  maladies  de  I'ame,  et  il  en  est  le  re- 
mede.  On  peul  justilier  cequeje  Jis  par  ces  paro- 
les :  o  Invoquez-moi,  dit-il,  au  jour  de  votre  afflic- 
tion ,  et  je  vous  d61ivrerai .  et  vous  m'honorerez 
/'■  ■■'.  mm,  15  .  o  11  n'y  a  rien  qui  soit  plus  pro- 
pre  a  arrfeter  1'impetuosite  de  la  colere,  a  abaisser 
l'enflure  de  l'orguc  I,  a  guerir  les  plaies  de  I'envie 
a  retenir  les  debordements  de  l'impurete.  aetein- 
dre  le  feu  de  la  couvoitise,  it  apaiser  la  soil'  de 
I'avaricc  et  a  bannir  tousles  desirs honteux  et  de- 
-.  car  lorsque  je  nomme  Jesus,  non-seule- 
ment  je  me  reprtsente  un  homme  doux  et  hum- 
ble de  coeur,  bon,  sobre,  chaste,  misericordieux 
orne  enlin  de  toutes  sortes  de  vertus,  et  je  me  le 
represente  encore  comme  Dieu  tout-puissant,  qui 
me  guerit  par  sun  exenqde,  et  me  fortifie  par  son 
set  ours.  Voila  ce  que  me  dit  le  nom  de  Jesus.  Ainsi, 
en  tant  qu'homme,  il  me  donne  un  exemple  a  imi- 
ter,  et,  en  tant  que  tout-puissant,  il  est  pour  moi 
un  secours  qui  m'assiste  :  je  me  sers  de  ses  exem- 
ples  comme  d'herbes  medicinales,  et  du  secours 
comme  d'un  instrument  pour  les  preparer  ;  et  je 
fais  une  sorte  de  compose,  tel  qu'aucuu  medecin 
n'en  pent  faire  de  semblable. 

7.  0  mon  ame,  vous  avez  un  antidote  excellent 
cache  dans  le  vase  du  nom  de  Jesus,  un  antidote 
salutaire,  un  rente. le  efficace  et  souverain  contre 
toutes  vos  maladies.  Ayez-le  toujours  dans  voire 
sein,  ayez-le  toujours  sous  la  main,  alin  que  toutes 
vos  affections  et  toutes  vos  actions  soient  dirigees 
vers  Jesus.  Vous  y  etes  meme  invitee  par  ces 
paroles  :  «  Mettez-moi,  dit-il,  comme  un  eachet  sur 
voire  coeur:  comme  un  cachet  sur  voire  bras 
{Caul,  vin,  6).  »  Mais  nous  expliquerons  ce  passage 


ditur.  Si  scribas,  non  sapit  mihi  nisi  legero  ibi  Jesum. 
Si  disputes  aut  conferas,  non  sapit  mihi.  nisi  sonuerit 
ibi  Jesus.  Jesus  mcl  in  ore,  in  aure  melos,  in  corde 
jubilus.  Sed  est  el  medicina.  Tristatur  aliquis  vestrum? 
Venial  in  cor  Jesus,  el  hide  saliat  inos;  et  ecce  ad 
exortum  nominis  lumen,  nubiliim  oinne  dilTugit,  redit 
serenum.  Labitur  quis  in  crimen,  etirrit  insuper  ad 
laqueum  mortis  desperando?  Nonne  siinvocet  aomen 
vita;,  confestim  respirabit  ad  vitam T  Cui aliquando  stetit 
ante  faciem  salutaris  nominis  duritia  (tit  assolel)  cordis, 
ignavia?  torpor,  rancor  animi,  languor  acedia; ?  Cui  fons 

siccalus  lacrymarum,  invocato  Jesu,  non  continuo 
erupit  uberior,  fluxil  suavior?  Cui,  in  periculis  palpi- 
lanti  et  trepidant*!,  invooatum  virtulis  nomen  non  statim 
fiduciam  prseatitit,  depulit  metum?  Cui,  qua>so,  in 
dubiis  aestuantj  et  fluctuanti,  nonsnbitoad  invocationem 

iris  nominis  emicuitcertitudo?Cui  in  adversis  diffi- 
deitti,  jam  jamque  deflcienti,  si  nomen  adjutorii  sound, 
defuit  fortitudo?  Nunirnm  morbi  el  languores  animal 
isti  sunt,  illud  medicina.  Denique  et  probare  licet  :  In- 


voca  me,  inqtiif,  in  die  Iribulaiionis  :  eruam  le,  el  hono- 
.  Nihil  ila  irai  impelum  cohibet,  superbia? 
tumorem  sedat,  sanal  livoris  vulnus,  restringit  laxuris 
fluxum,  exstinguil  libidinis  Qammam,  silim  temperat 
avaritiae,  ac  lolius  indecoris  fugal  pruriginem.  Siquidem 
cum  nomino  Jesum  hoiiiinem,  mini  propono  initem  et 
humilem  corde,  benignum,  sobrium,  caslum,  miseri- 
cordem,  el  omni  denique  honestate  ac  sanctitate  conspi- 
cuum,  eumdemque  ipsum  Ileum  umnipolentem,  qui 
suo  me  et  exemplo  sanel,  et  roboret  adjntorio. 
omnia  sinml  mihi  sonant,  cunt  insonueril  Jesus.  Sumo 
itaque  mihi  exempla  de  nomine,  et  auxilium  a  potente; 
ilia  tanquam  pigmentarius  species,  boc  tanquam  unde 
acuatn  eas  :  et  facio  Bonfeclionetn,  cui  similem  medico- 
rum  nemo  -it. 

1.  Hoc  tibi  electuarii       habi    ,  o  anima    mea,  rce     - 
ditum  in  va  ibuli  hujus,  quod  est  Jesus,  • 

ferum  eerie,  quodquc  nnlli  tanquam  pesti  tuarinveniatnr 
inefflcax.  Semper  tibi  in  skin  sit,  semper  in  manu,  quo 
tui  otunes  in  Jesum  et  sensus  dirigantur,  et   actus.  Uc- 


SEIZ1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


199 


Jesus  est 
plac6  au- 
dessus  de 


ailleurs.  Maintenant  vous  avez  un  remede  pour 
votre  bras  et  pour  voire  cceur.  Vous  avez,  dis-je, 
dans  le  noni  de  Jesus,  de  quoi  vous  corriger  de  vos 
mauvaises  actions,  ou  perfectionner  celles  qui  sont 
defectueuses ;  de  meme  que  vous  avez  de  quoi  pre- 
server vos  afTeclions  de  la  corruption,  ou  de  quoi 
les  guerir  si  elles  se  corrompent. 

8.  La  Judee  a  eu  aussi  quelques  Jesus,  mais  c'est 
en  vain  qu'elle  se  vante  de  leurs   noms,   puisqu'ils 

ous  ceux  qui  n'oni  aucune  vertu.  Car  ils  n'eclaireut  point,  ils  ne 
poitenl  ce  r 

nom.       nourrissent  point,  ils   ne   guerissent  point.  Voili 
pourquoi  jusqu'a   cette   heure ,    la   Synagogue    a 
toujours  ete  dans  les  tenebres,  languissant  de  faim 
et  tombant  de  faiblesse.  Et  elle  ne  sera  point  guerie 
ni  rassasiee  jusqu'a  ee  qu'elle  sacbe  que  mon  Jesus 
est  le  dominateur  souverain  de  Jacob  et  detoute  la 
terre,    qu'elle  se  convertisse  enfin,    qu'elle    soutTre 
une  faim   pareille  b.  celle  des  chiens  affames,  et 
qu'elle  tourne  a  I'entour  de  la  ville.  Ces  Jesus  ont 
elt''  envoyes  comme  Elisee  envoya  son  baton  devant 
lui  pour  ressusciter   un  mort   ( iv   Reg.  iv,  29).  lis 
n'ont  pu  expliquer  leurs  noms,  quietaient  vides  et 
prives  de  vertu.  Ee  baton  fut  mis  sur  le  mort,  et  le 
mort  n'avait    ni   voix    ni  sentiment,   parce  que  ce 
n'etait  qu'un  baton.   Celui   qui  l'avait    envoye,  est 
descendu  lui-memc,  et  aussitot  ll  a  sauve  son  peu- 
pie    et  l'a  purifie   de  ses  pecbes,   temoignant  qu'il 
etail  veiitablement    ce  qu'on   disait  de  lui  :  «  Qui 
est  celui-ci  qui  meme    remet  les   pecbes    [Luc.  vn, 
49).  »    C'est  sans  doute  celui   qui  dit  :  Je   suis  le 
saint  du  peuple.    Voila  la  voix,    voila  le  sentiment 
qui  est  revenu,  et  il  est  visible   qu'il  ne  porte  pas 
comme  les  autres  un  nom    vain  et  sterile.    On  sent 
la  vie  repandue  dans  lame,  et  Ton  ne  tail  point  un 
si  grand  bienfait.    Le   sentiment   est  au  dedans,  et 


la  voix  au  debors.  Je  suis  touche  de  componction, 
et  j'en  rends  des   actions   de  graces,  et  ces  actions 
de  graces  sont  une  marque   de   la  vie  que  j'ai 
recouvree.  «  Car  un  mort  ne  rend  pas  plus  graces 
que  celui  qui  n'est  point  (Eccle.  xvn,  26).  n  Voila 
la  vie,    voila   le   sentiment.    Je    suis    parfaiteuient 
ressuscite  ;  ma  resurrection  est  entiere.    Quand  le 
corps  est-il  mort,  n'est-ce  pas  lorsqu'il  est  prive  de 
sentiment  et  de  vie  1  Le  peche  qui  est  la  mort  de 
Fame  ne  m'avait  laisse  ni  le   sentiment  de  la  com- 
ponction, ni  la  voix  de  Taction  de  graces,  et  j'etais 
mort.  Celui  qui   remet  les  peches   vient,  me  rend 
l'un  et  l'autre ;    et    dit  a  mon  ame  :  «  Je  suis  votre 
salut   (Psal.   xxxiv,  3).  >>    Quelle   merveille  que  la 
mort  cede  la  place  a  la  vie  qui  descend  du  ciel  ?  La 
foi  interieure  justifie,    et   la  confession  exterieure 
sauve  {Rom.  x,  10).  L'enfant  bailie,  il  bailie   meme 
sept  fois  (iv.  Reg.  iv,  35),  et  dit  :  Sept   fois  le  jour 
j'ai  cbante   vos   louanges,    Seigneur    {Psal.  cxvm, 
164).  Considerez  ce  nombre  de  sept.  C'est  un  nom- 
bre  sacre,  il  n'est   pas    sans  mystere.   Mais  il  vaut 
mieux  que  nous  reservions  ceci  pour  un  autre  dis- 
cours,  afln  que  nous  nous  approcbions   avec  grand 
faim,  non  avec  degoiit,  de  ces  mets  si  excellents  aux- 
quelsnous  invite  l'Epoux  de  l'Eglise,  notre  Seigneur 
Jesus-Christ,  qui  etant  Dieu   est  eleve  au  dessus  de 
toutes   choses,    et   beni  dans   tous  les  siecles  des 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XVI. 

La  Contrition  du.  cceur.   II   y  a  trois  especes  de 
confessions  vcritables. 

1.  Que  veut  done  dire  ce  nombre  sept?  Car  je  ne 


nique  et  invitaris  :  Pone  me,  inquit,  signaculum  in  corde 
tuo,  signaculum  in  brachio  luo.  Sed  hoc  alias.  Nunc 
vcro  babes  uridu  el  brachio  medearis,  et  cordi.  Habes, 
inquam,  in  nomine  Jesu,  unde  actus  tuos  vol  pravos 
coi'rigiis,  vet  minus  perfectos  adimpleas;  itemque  uncle 
tnos  sensus  aut  serves,  ne  corrumpantur ;  aut,  si  cor- 
rumpantur,  sanes. 

8.  Habiiit  et  Juda"a   quosdam   Jesus,    quorum  vaouis 

gloriatur  vocabulis.  Ilia  enim    uec    lucent,  nee  pascunt, 

nee  medenlur.  Idcirco  Synagoga   in  tenebris    est  usque 

adhuc,  fame    et  infirm itate   laborans;  et    non    sanabitur 

nee  satiabitBr,  quousque   sciat   meum    Jesum  dominari 

Jacob  et  finium  lerrae,  et  convertatur    ad   vesperam,  et 

famem  paliatur  ut  canes,  et  cireumeat  civilatem.   Et  illi 

quidem  praemissi  sunt,    tanquam    baculus   ad  mortuum 

prophetam  praeveniens,  et  sua   interpretari    nomina  ne- 

quiverunt;  vacua    quippe    erant.    Superpositus    mortuo 

baculus  est,  et  non    erat    vox    neque    sensus,  quoniam 

baculus  erat.  Descendit  qui  baculum  misit  :  et  moxsal- 

vum  fecit  populum  suum  a  peccatis  eorum,  probans    se 

esse  quod  dicebatur   :  Quis   est    hie   qui   etiam  peccala 

dimiltit?  Nimirum  qui  dicit,    Salus   populi    ego    sum. 

Jam  vox,  jam  sensus  est ;  et  patct  eum  non   inane  por- 


tare  nomen  instar  priorum.    Sentitur    infusa    salus,    et 

benelicium  non  tacetur.  Intus  sensus,  foris    vox.     Com- 

pungor,  et  confiteor,    et   confessio    vilam    indicat    :    A 

mortuo  enim,  tanquam  qui  non  est,  peril  confessio.  Ecce 

vita,  ecce  sensus.  Suscitatus  pcrfecte    sum,   Integra   est 

resurrectio.  An  aliud»mors  corporis  est,  nisi  cum   sensu 

privatur  et  vita?  Peccatum,  quod  mors  anim*  est,    nee 

compunctionis  mini  sensum,  nee  confessionis  reliquerat 

vocem,  el  eram  mortuus.  Venit  is  qui  peocata   dimittit, 

et  utrumque  restituit,  et  dicit  animae  meae    :  Sulus  tua 

ego  sum.  Quid  mirum  si  cedit  mors,  ubi  Vila  descendit  1 

Jam  corde  creditur  ad  justitiam,  et  ore  confessio    fit  ad 

salutem.  Jam  oscitat  puer,  et  oscitat  septies,   et  dicit  : 

Seplies  in  die  laudem  dixi  tibi    Domine.    Videte   huno 

septenarium.    Sacer    numerus    est    :    non    vacat.   Sed 

melius  hoc  alii  servamus  sermoni,  quo    famelici  et  non 

fastidiosi    ad    tam   bonas    epulas   accedamus,   invitante 

nos   Sponso    Ecclesiae   Domino    nostra    Jesu-Christo  , 

qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  sascula.  Amen. 

SERMO  XVI. 

De  cordis  contritione;  et  de  tribus  speciebus  vera 

confessionis. 
1.  Quid  sibi  ergo  vult  scptenarius  iste?    Nescio  enim 


200 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Eiplication 

da  nombre 

sept. 


crois  pas  qu'il  y  en  ait  d'asscz  simples  parmi  nous  croyais,  je  le  <  onfesse,  qu'un  seul  sermon   sufiirait 

pour  s*imaginer  que  ces  sept  mis  que  1 'enfant  a  pour  cela,  (pie  nous  passerlons  aisement  cette  foret 

bailie  ne   signifient  rien,  et  que  ce  nombre  est  sombre  et  ombreuse  d'allegories,  et  ipi'en  un  jour 

fortuit.   Je    ne    crois  pas    nu'ine  que  ee   Put   sans  nous  pourrions   arriver  aux   plaines   agreables  des 

mystere  que  le  propbete  Elisee  se  coucha  sur  Ten-  sens  moranx.  Mais  il  en  a  ete  autreinent.  Nous 

fant  mort,  se  rapetissa  a  la  mesure  de  son  corps,  avous  deja  marche  deux  jours,  ct  il  reste  encore  du 

mit  la  bouche  sur  sa  bouche,  les  yeux  sur  ses  yeux,  chemin  a  faire.    [/mil,    de  loin,  pircourail  en  un 

etles  mains  sur  ses  mains  (vi.  /%.  iv,  34).  Le  moment  le  faite  des  rameaux,  et  les  sommets  des 

Saint  Esprit  a  voulu  que  toules  ees  clioses  arrivas-  montagnes,  mais  il  ne  voyail  pas  la  vaste  profon- 

sent  de  cette    sorte,  et  qu'on   les  ecrivit    aussi  de  deur  des  vallees,  et  l'epaisseur   des  buissons  et  des 

menie,  pour  1'instruction  sans  doute  de  ees  esprits  laillis.    Pouvais-je    prevoir,   par  exemple,  que,  en 

que   la   soeiete"  malheureuse   de    leurs  corps  tout  parlant  de  la  vocation  des  Gentils,  et  de  ("exclusion 

pleins  de  corruption  a  seduits,  etque  la  folle  sagesse  des  Juifs,  le  miracle  d'filisee  viendrait  se  presenter 

du  monde  a  rendus  insenses.  Car  le  corps  qui  se  tout-a-coup   a  ma  penste?   Mais  puisqu'i]  curst 

corrompt  appesanlit  Fame,   et  cette  demeure  de  arrive  ainsi,  arretons-nous-y  un  peu.  Nous  repren- 

terre  et  de  boue  abat  l'esprit  qui  vent  s'elever  par  drons  ensuite  le  sujct  que  nous  avons  quitte.  Aussi 

la  sublimite  de  ses  pensees   (Sap.   vi,  15).  Que  bien  celui-ci  n'est  pas  moins  que  l'autre  la  nourri- 

personne   ne  s'etonne   done  et  ne  se  facbe  si  je  ture  des   araes.   Ne  voyons-nous  pas   qu'il  arrive 

recherche  avec  curiosite  a  decouvrir  ces  cboses,  qui  souvent  aux  chiens  et  aux  cbasseurs   de  laisser  la 

sont   comme   les  tresors  du  Saint  Esprit.  C'est  en  bete  qu'ils  poursuivaient,  pour  eourir  apres  une 

cela  que  consiste  la  veritable  vie,  et  mon  esprit  n'en  autre  qui  s'otl're  inopinement. 

a  point  d'autre  que  de  semblables  mysteres.  Quant  2.  C'est  une  chose  qui  ne  me  donne  pas  peudecon- 


Tl    8*6X01186 

de  ses  lon- 
gueurs. 


a  ceux  qui  me  previennent  deja  par  kur  vivacite, 
et  qui  dans  toute  sorte  de  discours  de.mandent  la 
fin,  avant  presque  d'avoir  oui  le  commencement, 
qu'ils  saebent  que  je  me  dois  aussi  aux  plus  lents, 
et  meme  que  je  me  dois  encore  plus  a  eux  qu'aux 


fiance,  de  voir  que  ce  grand  prophete,  puissant  en 
ceuvres  et  en  paroles,  descendu  des  cicux  comme 
d'une  haute  montagne,  ait  daigne  me  visiter,  moi 
qui  ne  suis  que  cendre  et  poussiere  ;  a  eu  compas- 
sion de  moi  lorsquc  j'etais  morl,  s'est   couche    sur 


Elysee  res- 

suscitant  uu 

enfant  est  la 

figure*  de  Je- 

sus-Cbiist. 


Ce  que  saint 
Bernard  se 
propose,  c'est 
moins  d'ex- 
poser  le  sens 
de  l'ftcriture 
que  de  tou- 
cher les 
cceurs. 


autres.    D'ailleurs  j'ai  beaucoup    moins   a  cceur  moi,  s'est  rapetisse,    s'est  proportionne  a  ma  peti 

d'expliquer  les  paroles  que  je  propose   que  de  tou-  tesse,  a  eclaire  mes  yeux  par  la  lumiere   des  siens, 

cher  les  cceurs.  11  faut  que  je  puise  l'eau,  et  que  je  a   delie  ma   bouche   muette  par   un    baiser  de  Sa 

la  donne   a  boire,  ce  qui  ne  se  fait  pas  en  par-  propre  bouche,  et  fortifie,  par  son    attoucheraent, 

couraitt  les  choses  a  la  hate,    mais  en  les  trailant  mes"  mains  faibles  et  dehiles.   Je  pense    aces   ma- 

avec  exactitude  et  en  y  reveuanl  souvent.   II  est  melles,  et  je  suis  comble    d'une  douceur  ineffable, 

vrai  que  je  ne  pensais  pas  moi-meme  que  l'examen  mon  cceur  est  rempli  de  joie,  mon  ante  en  recoit 

de  ces  mysteres   nous  dut  retenir  si  longtemps.  Jb  une  nouvelle  vigueur,  et  tout  ce  qu'il  y  a  de   plus 


Ce  que  Jesus 

f.nl  dans 

le  co3ur,  dans 

la   bouulie 

ct  dans  les 

mains. 


an  Ha  simplex  quispiam  in  nobis  sit,  qui  otiosas  esse 
has  vices,  et  nbnierum  hunc  putet  fortuitum.  Ego  nee 
illud  vacare  reor,  quod  Propheta  incumbens  super  mor- 
tuum,  ad  mensurara  puerilis  corporis  sese  oontraxit,  os 
suum  ori  illius  coiijunxit,  oculisnue  oculos,  et  manibus 
manus.  Spiritus-Sanctus  sic  omnia  fieri,  et  sic  scribi 
fecit,  ad  eruditionem  proculdubio  illorum  spirituum, 
quos  corrupti  corporis  circumvenit  infida  societas,  ac 
stulta  mundi  sapienlia  desipere  docuit.  Corpus  quippe 
quod  corrumpitur,  aggravat  animam  ;  et  deprimit  ter- 
rena  inhabitatio  tension  multa  cogitantem.  Propterea 
nemo  miretur  out  molcstc  accipiat,  si  in  his  scrutandis, 
tanquam  quihusdam  Spiritus-Sancti  apothecis,  curiosus 
exsisto,  cum  sciam  quia  sic  vivitur,  et  in  talibus  vita 
spiritus  mei.  Dico  tamen  his  qui  pravolantes  ingenio, 
in  omni  sermonc  anteprene  fiat;ilanl  finem,  quam  prin- 
cipium  teneant,  debiturem  me  eliam  lardioribus  esse, 
et  maxime;  sed  nee  studium  tarn  esse  mihi  ut  cxponam 
verba,  quam  ut  imbuain  corda.  Et  haurirc,  et  propinare 
me  oportct  :-quod  non  fit  ccleriter  percurrendo  ,  sed 
tractando  diligentcr,  et  exhortando  frequenter.  Quam- 
quam  et  prater  spem  quoquc  mcain  diu  nos  discussio 
dctinuit  sacramentorum.  Putavi,  fateor,  unum  ad  hoc 
ermonem  sufficere,  silvamque  istam    umbrosam,    lale- 


brosamque  allegoriarum  perlransire  nos  cito,  et  ad  pla- 
nitiem  moralium  sensuum  itinere  diei  quasi  unius  per- 
venire  :  sed  secus  oontigit.  Biduum  quippe  jam  in  co 
expendimus,  et  adhuo  restat  via.  Ictus  oculi  eminus 
summitales  ramorum  et  montium  cacumina  pcrvolali.il  ; 
sed  vadium  suhterjacens  vastilas,  et  densilas  dunicto- 
rum  fruslrabalur  ubtutus.  Numquid,  verbi  gratia,  Elisaei 
miraculum  prajvidcre  valebam,  quia  nobis  videlicet  de 
Gentium  vocalione  ct  repulsione  Juda?orum  disserenti- 
bus,  ita  de  subilo  in  medium  prosilirct?  Et  nunc,quaa- 
doquidem  incidimus,  nos  pigeat  nonpaululum  immorari, 
consequenter  ad  id  quod  inlernuttimus  poslca  reveisu- 
ros.  Siquidem  animarum  cibus  nihilominus  est  iste. 
Canibus  quoque  ac  venatoribus  plerumquft  contingit  a 
bestia,  quam  aggressi  erant,  desistere;  ct  sequi  aliam, 
qua;  inopinantibus  forte  occurrerit. 

2.  Non  parvum  fiduciaB  robur  prsstat  nubi,  quod 
magnus  ille  vir  propheta,  potens  in  opere,  et  sermone, 
de  excclso  monte  ccclorum  descendens,  visitore  dignatus 
est  me,  cam  sim  oinis  et  pulvis;  misereri  mortuo,  incli- 
nare  se  jacenli,  contrahi  ct  coaequari  parvo,  ca?co  par- 
tiri  lumen  oculorum  suoruui,  et  os  iuutum  oris  projuii 
osculo  solvere,  debilesque  manus  suarum  roborare  con- 
tactu.  Suaviter  rumino  isla ;  ct  rcplentur  viscera  mca,  et 


SE1ZIEME  SERMON  SUR  LE 

iulerieur  en  moi,  en  rend  a  Dieu  des  actions  de 
graces  infinies.  11  a  fait  une  fois  ces  choses  par 
loull'univers,  et  chacun  sent  qu'il  les  fait  encore 
tous  les  jours  au  dedans  de  soi.  Chacun  sent  qu'il 
donne  a  son  cceur  la  lumiere  de  l'intelligence,  a  sa 
boucbe  des  paroles  d'edificatiou,  et  a  ses  mains  des 
oeuvres  de  justice.  C'est  lui  qui  nous  donne  la 
grace  d'avoir  de  bonnes  pensees,  de  les  expliquer 
utilement,  et  de  les  executer  avec  fidelite.  C'est 
Quel  est  le   la  ce   lien  a   trois    cordons     difficile  a    rompre 

lien  a  L 

trois  cordes  et  dont  n  se  sert  pour  tirer  les  ames  de  la  prison 
predicateurs.  t,u  liable  et  l)0llr  les  attirer  apres  soi  dans  le 
royaume  des  Cieux  ;  il  consiste  en  trois  choses  :  a 
avoir  des  sentiments  purs,  des  discours  utiles,  et 
des  sentiments  etune  vie  conformes  a  nos  discours. 
Il  a  touche  mes  yeux  avec  les  siens,  en  ornant  le 
front  de  l'homme  interieur  des  deux  clairs  ilam- 
beaux  de  la  foi  et  de  l'intelligence.  11  a  uui  sa 
bouche  a  la  mienne,  et  imprime  ce  signe  de  paix 
sur  un  mort.  Nous  etions,  en  effet,  pecheurs  et 
morts  a  la  justice,  et  il  nous  a  reconciles  avec 
Dieu.  II  a  applique  sa  bouche  sur  ma  bouche,  en 
soufflant  de  nouveau  sur  mon  visage,  l'esprit  de 
vie,  mais  d'une  vie  plus  sainte  qu'il  n'avait  fait 
d'abord.  Car  la  premiere  fois  il  crea  en  moi  une 
anie  vivante,  mais  la  seconde,  il  y  a  forme  un  es- 
prit vivitiant.  II  a  mis  ses  mains  sur  les  mieiines, 
en  me  donnant  l'exemple  des  bonnes  oeuvres,  et  le 
rnodele  de  I'obeissanee  ;  ou  du  moins  il  a  employe 
ses  mains  a  des  choses  fortes,  afin  de  dresser  mes 
Sens  mysti-  mains  au  combat,  et  mes  doigts  a  la  guerre. 
me  des  sept  3.  Et  l'enfant  dit-il,  bjilla  sept  fois.  II  sufiisait 
de  renfaat.  pour  1  eclat  du  miracle  qu'il  eut  bailie  une  seule 
fois.  Mais  cette  multiplicite.  et  ce  nombre  remar- 
quable  nous  avertissent  d'un  mystere.  Si  vous  con- 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  201 

siderez  ce  grand  corps  detout  le  genre  humain  qui 
etait  mort,  vous  trouverez  que  l'Eglise,  des  qu'elle 
a  recti  la  vie  du  Prophete  qui  s'est  couche  sur  elle, 
a  bailie  sept  fois  ,  car  elle  a  coutume  de  chanter 
les  louanges  de  Dieu  sept  fois  le  jour.  Et  si  vous 
vous  considerez  vous  meme,  vous  reconnaitrez  que 
vous  vivez  de  la  vie  spirituelle,  et  que  vous  accom- 
[ilissez  ce  nombre  mysterieux,  si  tous  soumettez  les 
cinq  organes  de  la  sensualite,  aux  deux  proprietes 
dela  charite,  et  si,  selon  l'Apdtre,  vous  faites  servir 
vos  membres  a  la  justice,  en  ne  les  employant 
qu'a  des  usages  saints,  tandis  que,  auparavant, 
vous  les  avez  fait  servir  a  l'iniquite  ;  ou  bien  si, 
usantdevos  cinq  sens  pour  le  salut  du  prochain, 
vous  ajoutez,  pour  achever  le  nombre  de  sept, 
ces  deux  choses,  louer  Dieu  de  sa  misericorde  et  de 

sajusti    :. 

U.  J  'ai  encore   sept  autres  baillemenls,  qui  sont   Sept  signes 

sept  experiences,  sans  lesquelles  1  on  ne  pent  pas  Traie  r^iar. 
etre  assure  qu'on  ait  recouvre  la  vie.  Quatre  re-  rection. 
gardent  le  mouvement  de  la  conponction,  et  les 
trois  autres  concernent  le  son  exterieur  de  la  con- 
fession.  Si  vous  vivez,  si  vous  avez  de  la  voix,  si 
vous  avez  du  sentiment,  vous  reconnaitrez  en  vous 
ce  que  je  viens  de  vous  dire.  Or  sachez  que  vous 
avez  recouvre  le  sentiment,  si  vous  seutez  votre 
conscience  vivement  touchee  de  quatre  sortes  de 
componctions,  je  veux  dire  d'une  double  pudeur, 
e"t  d'une  double  crainte.  Car  la  triple  confession 
dont  nous  parlerons  ensuite,  et  qui  acheve  le  nom- 
bre sept,  est  un  temoignage  assure  d'une  veritable 
resurrection.  Le  saint  prophete  Jeremie  n'observe- 
t-il  pas  aussi  ce  nombre  dans  ses  lamentations. 
Et  vous  aussi,  dans  celles  que  vous  ferez  pour  vous- 
menie,  gardez  cette    forme   qu'il  vous  a  prescrite, 


interiora  mea  saginantur,  et  omnia  ossa  raea  germinant 
laudem.  Hoc  semel  contulit  universilati  :  hoc  quotidie 
singuli  in  nobis  aclitari  sentimus,  et  cordi  scilicet  tribui 
inlelligentiae  lumen,  et  ori  aedificationis  verbum,  et 
manibus  opus  justitiae.  Dat  sentire  lideliter,  dat  proferre 
utiliter,  dat  efficaciter  adimplere.  Et  est  funiculus  triplex 
qui  difficile  rumpitur,  ad  extrahendas  animas  de  carcere 
diaboli,  et  traliendas  post  se  ad  regna  coelestia,  si  recle 
sentias,  si  digne  proloquaris,  si  vivendo  confirmes.  Ocu- 
'al.  lanquam  ];s  sujs  tetigit  meos,  interioris  hominis  frontem  *  Claris 
luminaribus  ornans,  lide  et  intellectu.  Ori  meo  junxit 
suum,  et  mortuo  signum  pacis  impressit  :  quoniam  cum 
adhuc  peccatores  essemus,  reconciliavit  nos  Deojustitia? 
mortuos.  Os  ori  applicuit,  iterato  inspirans  in  faciem 
meam  spiraculum  vitae,  sed  sanctions  quam  primo.  Nam 
primo  quidem  in  animam  viventem  creavit  me  :  secundo 
in  spritum  vivificantem  reformavit  me.  Manus  suas  meis 
superposuit,  exemplum  prEebcns  bonorum  operum,  for- 
mam  obediential.  Aut  certe  manus  suas  misit  ad  fortia, 
ut  doceret  manus  meas  ad  prceliurn,  et  digitos  meos  ad 
bellum. 

3.  Et  oscilavit,  inquit,  puer  septies.  Sufficiebat  ad 
gloriam  manifestandi  miraculi  oscitasse  semel  :  sed 
multiplieitas  et  insignis  numerus  mysterii  admonent.  Si 


illud  ingens  universi  humani  generis  primum  quidem 
exanime  corpus  aitendas,  vides  ubique  Eccle»iam,  ex 
quo  vitam  Piopheta  incumbente  recepit,  quasi  septies 
oscitare  :  quia  septies indieinlaudem dicere  consuevit.  Si 
teipsum  advertas,  in  hoc  te  noveris  vita  vivere  spirituali, 
ac  mysticum  hunc  implere  uumerum,  si  sensnalitatis  tua? 
quinarium  cliaritatis  binario  subjici?,  exbibesque  juxta 
apostolum  membra  tua  servire  justitiae  in  sanctificatio- 
nem,  quaj  prius  exbibuisti  servire  iniquitati  ad  iniqui- 
tatem  :  aut  certe  si  eumdem  quinarium  proxiinorum 
saluti  impertiens,  ad  perficiendum  septenarium  duo 
haec  adjicias,  misericordiam  sciheet  et  judicium  cantare 
Deo. 

4.  Habeo  et  alias  septem  oscitationes,  septem  videlicet 
experimenta,  sine  quibus  vera  et  certa  sales  redivivi 
spiritus  minime  constat  :  quatuor  ad  sensum  compunc- 
tionis,  tria  ad  cont'essionis  sonum  pertinentia.  Si  vivis, 
si  vox,  si  sensus  est,  tu  quoque  eadem  in  te  recognoscis. 
Porro  sensum  ex  inlegro  recuperasse  le  scias,  si  tuam 
conscientiam  quadruplici  sentis  couipunctione  morderi, 
pudore  gemino,  et  gemino  metu,  nam  vitam  ad  perfi- 
ciendum septenarium  triplex  confessii  aia  species  atles- 
talur,  de  quibus  postea  videbilur.  Nonne  et  sanctus 
Jeremias  in  suo  planctu  observat  bunc  numerum?  Et  tu 


202 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Quatre  motifs 
de  contri- 
tion. 


pensez  que  Dieu  est  votre  createur,  votre  bienfai- 
teur, votre  Pere,  votre  Seigneur.  Vous  fetes  crimi- 
nel  .'t  l'fegard  de  toutes  ces  qualites,  pleurez  done 
en  pensant  a  chacune  d'elles.  Que  votre  crainte  res- 
ponded lapi  emiere  et  a  la  derniere,  el  lapudeuraux 
deux du  milieu.  On  necraint  point  unpere,  parce  qu'il 
suflit  d'fetre  pere   pour  n'etre  point  craint ;  car  il 


1 1  chair  thil.  vi,  2),  je  ue  recueillerai  de  la  chair 
((no  la  corruption,  et  si  e'est  dans  le  momle, 
le  monde  passe  avec  ses  convoitises.  (I  Joan, 
if,  13).  Comment  cst-il  possible  que  j'aie 
eti''  si  malheureuz  et  si  insens§  que  de  n'avoir 
point  rougi  de  prfeferer  a  l'amour  et  a  l'honneur 
que  je   devais  a  re  Pere  et»rnel,  des  biens  caducs  et 


estdela  boute  d'un  pere  d'avoir  toujours  pitie  de    veins,  qui  ne  sont  rien,  et  qui  se   terminent  a  la 


C'est  un  Pere 

qui 
est  offeDse. 


ses  enfants,  et  de  leur  pardonner  ;  et  lorsqu'il 
frappe  il  se  sert  de  la  verge,  non  du  baton,  et  il 
guerit  lui-metne  les  plaies  qu'il  a  faites.  Voici  la 
v.iix  d'un  pere,  «je  Crapperatel  je  gu6rirai  apres 
avoir  frappe  [Deut.  \\\n.  39).  »  Vous  n'avez  done 
rien  a  craindre  de  ce  pere,  puisque  s'il  frappe 
quelquefois  c'est  pour  corriger,  jamais  pour  se 
venger.  Uais  lorsque  je  pense  que  j'ai  offense  ce 
Pere  celeste,  bien  quejen'aie  rien  a  craindre,  j'ai 
neanmoins  sujet  d'etre  louche  de  bonte.  11  m'a  en- 


Deli  on  sen- 

timeot  de 

bonte. 


mil  ?  Je  suis  honteux  et  confus  en  entendant  ces 
paroles  :  «  Si  je  suis  Pere,  oil  est  l'honneur  qu'on 
me  doit.  [Moloch.  i,  6).  » 

">.  Mais  qnand  il  ne  serait  point  Pere  ?  ne  m'a-t- 
il  pas  comble  de  bienfaits?  Sins  parler  d'un  nom- 
bre  ititini  d  .nitres  faveurs,  il  prodnit  tous  les  jours 
contre  moi,  pour  temoins  de  mon  ingratitude,  la 
nourriture  de  ce  miserable  corps,  1'usage  du  temps, 
et  par  dessus  tout,  le  sang  de  son  cber  fils.  dont  la 
voix  s'eleve  de  la  terre  pour   me   confondre.  J'ai 


gendre    volontaiivment   par  la  parole  de  la  verite,     honte  de  cette  extreme   ingratitude,   et  pour  com- 


non  par  le  plaisir  d'une  volupte  ,  comme  celui 
qui  m'a  engendre  selon  la  chair.  De  plus, 
il  n'a  pas  epargnfe  son  Fils  unique  pour  moi 
qui  suis  de  cette  sorte.  ('.'est  ainsi  qu'il  m'a  trade 
veritablement  avec  toute  la  tendresse  d'un  pere, 
mais  je  n'ai  pas  agi  envers  lui  avec  1' affection  et  la 
re  tonnaissance  d'un  tils.  De  quel  front  done  un  si 
mauvais  fils  peut-il  lever  les  yeux  sur  un  si  bon 
Pere  ?  J'ai  honte  d'avoir  fait  des  choses  si  peu  di- 
gnes  de  mon  origine  ;  j'ai  bonte  d'etre  degenere 
d'un  tel  Pere.  Mes  yeux,versez  des  ruisseaux  de 
larmes.  Que  mon  visage  soit  convert  de  honte  et  de 
confusion,  qu'il  soit  rempli  d'obscurite  et  de  tene- 
bres ;  que  ma  vie  s'eteigne,  et  que  je  passf  le  reste 
de  mes  jours  dans  les  gemissements  et  dans  les  lar- 
mes. 0  honte.  helas  !  quel  fruit  ai-je  tire  des  cho- 
ses dont  maintenant  je  rougis  ?  Si  j'ai  seme    dans 


ble  de  confusion,  je  suis  encore  convaincu  d'avoir 
rendu  le  mal  pour  le  bien,  et  la  haine  pour 
l'amour.  Je  n'ai  rien  a  craindre,  il  est  vrai,  d'un 
bienfaiteur,  non  plus  que  d'un  pere.  Car  il  est 
veritablement  liberal,  il  donne  avec  abondance,  et 
ne  reproehe  jamais  ce  qu'il  a  donne.  II  ne  reprocbe 
point  ses  dons,  parce  que  ce  sont  vraiment  des 
dons,  et  qu'il  ne  vend  pas  ses  faveurs,  mais  les 
donne.  Et  d'ailleurs  lis  sont  sans  repentir.  Mais 
plus  j'ai  des  sentiments  favorables  de  ses  largesses, 
plus  je  suis  oblige  d'en  avoir  de  vils  et  meprisables 
de  mon  indignite.  0  mon  Ante,  rougis  de  boute,  et 
sois  accablee  de  douleur.  Car  s'il  ne  convient  pas  a 
sa  bonte  et  a  sa  magniQcence  de  redemander,  ou 
de  reprocber  ce  qu'il  a  donne,  il  convient  encore 
moins  a  la  bienseance  et  a  l'honneur  d'etre  ingrat 
et  oublieux  de  tant  de  bienfaits.   Helas  !  que   ren- 


C'est    nn 

bienfaiteur 

qui  est 

huniilie. 


De  la  encore 
un  senti- 
ment 
de  honte. 


igitur  in  tua  pro  te  lamentatione  formam  habens  pro- 
pbelicam,  Deum  cogita  Factorern  tuum,  cogita  et  1 1 
faclorem,  cogita  Palrcm,  cogita  Dominium.  Ad  omnia 
reus  es  :  plangc  per  singula.  Ad  primum  et  ultimiim 
respondeat  timor  tuus  :  ad  duo  media  pudor,  Pater 
sane  non  mctuitur,  cum  paler  sit.  Patris  enim  est  mise- 
reri  semper  et  parcere.  Et  si  perculit,  virga  non 
baculo  percutit  ;  et  cum  percusserit,  sanat.  Paterna 
vii  v.  est  Percutiam  ,  el  ego  sanabo.  Non  est 
proinde  quod  a  patre  formides  ,  qui  elsi  quan- 
doque  feriat  ut  emendct,  nunquam  tamen  ut  vindicet. 
At  vero  cogitantem  quod  Patrem  offendcrim,  est  certe 
quod  pudcat,  ctsi  non  quod  terreat.  Voluntarie  genuit 
me  verbo  veritnlis,  non  stimulo  carnalis  cupidilatis 
excussit,  quemadmodum  genilor  earnis  mese.  Deinde 
eliam  non  pepercit  Unigenito  pro  sic  genito.  Ita  ipse 
quidem  Patrem  se  exhibuit  mihi,  sn]  non  ego  me  illi 
vicissim  (ilium.  Quanam  fronte  attollo  jam  oculos  ad 
viiltum  Patris  lam  buui,  tam  mains  lilius?  Pudetdndigna 
gessissc  gencrc  meo,  pudet  (anto  Patre  vixisse  degene- 
rem.  Exilus  aquarum  deducite  oculi  mci  :  operiat  con- 
fusio  faciem  meam,  vultum  meum  pudor  suflundat, 
occupetque  caligo.  Deficiat  in  dolore  vita   mea,  el  anni 


mei  in  gemilibus.  Proh  pudor!  qucm  fruclum  babni  i 
quibus  nunc  erubesco  ?  Si  in  carne  seminavi,  de  carne 
Don  metam  nisi  corruptjonem  ;  si  in  mundo,  et  ipse 
transit,  et  concupiscentia  ejus.  Quid?  Caduca,  vana,  et 
prope  nulla,  et  quorum  finis  mors  est,  infelix  et  insanus 
prxferre  non  erubui  sterni  Patris  amori  et  honori. 
Confundor,  confundor  audire  :  Si  ego  pater,  ubi  est 
honor  metis? 

5.  Sed  et  si  Pater  non  esset,  obrueret  me  beneficiis. 
Instaurat  adversum  me  testes  (ut  alia  innumera  taceam) 
liujus  corporis  victum,  et  usum  temporis  hujus,et  super 
omnia  sanguinem  dilecti  Filii  clamantemde  terra.  Pudet 
ingralitudinis,  quanquam  ad  confusionis  cumulum,  ar- 
guar  etiam  reddidisse  mala  pro  bonis,  et  odium  pro 
dilectione.  Minime  quidem  mihi  a  Benefactore,  sicut 
nee  a  Patre  limendum.  Verus  quippe  benefieusest.dans 
affiucnler,  et  non  improperans.  Non  improperat  dona, 
quia  dona  sunt  :  et  beneticia  sua  mihi  dedit,  non  ven- 
didit.  Denique  sine  prrnilentia  sunt  dona  ejus.  Atquanto 
de  illo  benignius,  tanto  de  me  indignius  sentire  cogor. 
Erubesce,  et  dole  nihilominus  aninia  mea  :  quoniam 
etsi  ilium  mm  repetere  el  non  improperare  decel,  nos 
tamen  omnino  dedecet  ingratos  immemoresque  exstitisse. 


SEIZIEME   SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


203 


C'est  lo  Sei 
gneur 
qui  est 
offense. 


Beta 
la   crainte. 


drai-je  an  rnoins  maintenant  du.  Seigneur  pour  tant 
de  graces  que  j'ai  recues  de  lui  ? 

6.  Mais  si  je  ne  suis  point  touche  de  honte,  que 
je  sois  an  moins  saisi  de  crainte  ;  et  qu'elle  vienne 
an  secours  de  la  honte.  Mettons  un  pen  de  cote  les 
noms  tendres-de  bienfaiteur  et  de  pere;  et  tour- 
nons-nous  vers  d'autres  plus  austeres.  Oar  si  nous 
lisons  qu'il  est  le  Pere  des  misericordes  et  le  Dieu 
de  toute  consolation  (11.  Cor.  i,  3);  nous  lisons 
aussi,  qu'il  est  le  Seigneur  et  le  Dieu  des  vengean- 
ces (Psal.  xcui,  1)  ;  qu'il  est  ud  juge  juste  et  puis- 
sant (Psal.  vn,  12) ;  terrible  dans  la  conduite  qu'il 
licul  sur  les  enfants  des  bommes  (Psal.  r.w.  5) ;  un 
Dieu  jaloux.  C'est  pour  vous  qu'il  est  pere  et  bien- 
faiteur, c'est  pour  lui  qu'il  est  Seigneur  et  Createur. 
(Exod.  xx,  5).  Car  c'est  pour  lui  qu'il  a  fait  toutes 
choses,  selon  que  l'Ecriture  sainte  nous  le  temoi- 
gne.  Croyez-vous  done  que  celui  qui  defend  et  con- 
serve avec  tant  de  soin  ce  qui  est  a  vous,  ne  sera 
point  jaloux  de  ce  qui  est  a  lui?  Croyez-vous  qu'il 
ne  recberchera  pas  1'honneur  du  comrnandement 
et  de  la  souverainete  ?  L'impie  a  irrite  Dieu  contre 
lui,  parce  qu'il  a  dit  en  son  cceur  :  «  II  ne  recher- 
chera  pas  (Psal.  ix,  1).  »  Car,  qu'est-ce  «jue  dire  en 
son  cceur,  «  il  ne  recherchera  pas,  »  sinon  ne  pas 
apprebender  qu'il  recbercbe?  Mais  il  recberchera 
jusqu'au  dernier  denier  ;  il  fera  une  recherche  tres- 
exacte ,  et  punira  rigoureuseraent  les  hommes 
vains  et  superbes.  II  demandera  le  service  a  celui 
qu'il  a  rachete  ;  l'honneur  et  la  gloire  a  celui  qu'il 
a  cree. 

7.  II  dissimulera  et  pardonnera  comme  Pere  et 
comme  bienfaiteur,  je  le  veux  bien,  mais  non  pas 
comme  createur  et  comme  seigneur.  Et  celui  qui 
epargnera  un   f lis,   n'epargnera   pas  un   mauvais 


serviteur,  l'ceuvre  de  ses  mains.  Considerez  com- 
bien  c'est  une  chose  terrible  et  pleine  d'horreur 
d'avoir  meprise  votre  createur,  et  le  createur  de 
tout  le  monde ;  d'avoir  offense  le  Seigneur  de 
majeste.  I. a  Majeste  doit  etre  redontee  ;  un  Sei- 
gneur doit  etre  craint,  mais  principalement  une 
telle  majeste,  un  tel  seigneur.  Car  si  les  lois  des 
bommes,  condamnent  au  dernier  supplice  celui  qui 
se  trouve  coupable  de  lese-majeste  envers  un 
homme  ,  quelle  sera  la  fin  de  ceux  qui  meprisent 
la  toute  puissance  d'un  Dieu?  S'il  touche  les  mon- 
tagnes,  ellessontembrasees  [Psal.  exun,  5) ;  et  une 
vile  poussiere,  qu'un  leger  soufle  peut  disperser  en 
un  moment,  sans  esperances  d'etre  jamais  re- 
cueillie,  ose  irriter  une  majeste  si  redoutable.  Celui 
qu'il  faut  craindre,  oui,  je  le  repete,  celui  qu'il 
faut  craindre,  c'est  celui  qui,  apres  avoir  tue  le 
corps,  a  le  pouvoir  de  l'envoyer  dans  les  flainmes 
eternelles  (Luc.  xn,  5).  Je  redoute  Tenter,  je  re- 
doute  le  visage  de  mon  juge  que  redoutent  les 
anges   menie.  Je    tremble   a  la  seule  pensee  de  la    Crainte  dn 

jugement 

colere  du  Tout-Puissant,  de  la  fureur  qui  eclatera  demier 
sur  son  visage,  du  bruit  epouvantable  que  fera  le  et  de  lenfer- 
monde  en  s'ecroulant,  de  1  'embrassement  de  l'univers, 
d'une  tempete  si  terrible,  de  la  voix  de  l'archange, 
et  de  sa  parole  pleine  d'horreur  et  d'effroi.  Je  trem- 
ble en  soncieant  aux  dents  du  dragon  infernal,  aux 
cachots  ali'reux  de  l'enfer,  aux  lions  rugissants  tout 
prets  a  devorer  leur  proie.  Je  redoute  ce  ver  qui 
ronge,  ce  fen  qui  bride  sans  cesse,  cette  fumee, 
cette  vapeur,  ce  soulfre,  ces  tourbillons  de  flammes, 
cis  tenebres  exterieures.  Qui  mettra  une  fontaine 
dans  ma  tete,  et  une  source  de  larmes  dans  mes 
yrnx,  atin  que,  par  mes  pleurs,  je  previenne  ces 
pleurs    eternels,    ces    grincements   de   dents,    ces 


Heu  !  quid  vol  nunc  tandem  rctribuam  Domino  pro  om- 
nibus qua:  retrihuit  mibi? 

6.  Quod  si  segnior  forte  suas  partes  minus  exscqnitur 
pudor,  timor  sane  excitetur  in  ad  ju  tori  inn.  Excitetur, 
ut  excitet.  Sepone  parum  via  vocabula  Benefactoris  et 
Patris,  atque  ad  austeriora  convertere.  Nempe  qui  legi- 
tur  Pater  mixericordwrum,  et  Deus  totius  consolationis ; 
legitur  nihilominus  Deus  ultionum  Domimts;  legilur 
Deus  judex  Justus  et  fortis;  legitur  terribilisin  conciliis 
super  filios  hominum;  legitur  Deus  zelans.  Quod  pater 
est,  quod  beneficus  est,  tibi  est  :  quod  Dominus  ac  crea- 
tor, sibi ;  etenim  propter  semetipsum  fecit  omnia,  scrip- 
tura  teste.  Qui  ergo  quod  tuum  est  tibi  defendit  ac 
serval ;  putas,  et  pro  se  aliqtiando  non  zelabit?  putas 
sui  non  requiref  principatus  honorem  ?  Propter  hoc 
irritant  impius  Deum,  quia  dixit  in  corde  suo,  Non 
requiiet.  Et  quid  est  in  corde  suo  dicere ,  non  requiret, 
nisi  non  metuere  quod  requirat?  Sed  requiret  usque 
ad  novissimum  qnadrantem  :  requiret  et  retribuet 
abundanter  facieniibus  superbiam.  Requiret  a  re- 
demplo  servitium,  honorem  et  gloriam  ab  eo  quern 
plasma  vit. 

7.  Esto  quod  dissimulet  Pater,  ignoscat  Beneficus  : 
sed  non  Dominus  et   Creator ;   et  qui  parcit    (ilio,  non 


parcet  figmento,  non  parcet  servo  nequam.  Pensa  cujus 
sit  formidiniset  horroris,  tuum  alque  omnium  cuntemps- 
tisse  Factorem,  offendisse  Doniinmn  uiajestatis.  Majes- 
tatis  est  timeri,  Domini  est  timeri,  et  maxime  hujus 
majeslatis,  bnjusque  Domini.  Nam  si  reum  regiae  ma- 
jcsi;iiis,  quamvis  humanae  ,  humanis  legibus  plecti 
capite  sancitum  sit :  quis  finis  conlemnentium  divinam 
omnipolentiam  erit?  Tangit  monies,  et  fumigant  : 
et  tarn  tremendam  majestatcm  audet  irritare  vilis 
pulvisculus ,  uno  levi  llatu  mox  dispergendus ,  et 
ininime  recolligendus  ?  Ille  ,  ille  timendus  est,  qui 
postquam  occiderit  corpus,  potestatem  habet  miltere  et 
in  gehennam.  Paveo  gehennam,  paveo  judicis  vultum, 
ipsis  quoque  tremendum  angelicis  potestatibus.  Con- 
tremisco  ab  ira  potentis,  a  facie  furoris  ejus,  a  fra- 
gore  mentis  mundi,  a  conflagratione  elementorum,  a 
tempestate  valida ,  a  voce  arcbangeli ,  et  a  verbo 
aspero.  Contremisco  a  dentibus  bestiae  infernalis,  a 
ventre  inferi  ,  a  rngientibus  pneparatis  ad  escam. 
Horreo  vermem  rodenlem,  et  ignem  torrenleui,  fu- 
mum,  et  vaporem,  et  sulphur,  etspiritum  procellarum  : 
horreo  tenebras  exteriores.  Quis  dabit  capiti  meo 
aquam,  et  oculis  mcis  fontem  lacrymarum,  ut  pra- 
veniam    fietibus    fletum  ,     et    stridorem    dentium  ,    et 


204 


QEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Trois  der- 

niers  sicnes 
de  la  resur- 
rection. 


La  confession 

a  trois  qua- 

lites. 


Blame  a  l'a- 
dresse  des 

religieux  qui 

font  jactance 
des  peehes 
qu'ils  ont 

couiwis  dans 
le  monde. 


liens,  cos  onlraves  d'airain,  ces  cbaines  pesantes, 
qui  serrentj  qui  brulent,  et  qui  ne  constituent 
poii  r.'  0  ma  mere,  pourquoi  m'avez-vous  engen- 
drfi  pour  Stre  un  Qls  de  douleur,  mi  tils  d'amer- 
tume,  d'indignation  el  de  gemissements  etemels? 
Pourquoi  m'avez-TOus  recueilli  sur  vosgenoux? 
Pourquoi  m'avez-vous  allaite  de  vos  mamelles? 
puisque  je  ne  suis  nti  que  pourbruleret  pour 
servii  d'aliment  a  un  feu  qui  ne  s'etaindra  jamais? 

8.  Cfliii  qui  est   peni-liv  de  ces   uvemeuts  a 

sans  doute  recouvre  le  sentim  tte  double 

crainte,  accompagnee  de  celte  >'  <  ■'  leur,  lui  a 

deja  cause  quatre  baillements.  II  ajoutera  les  trois 
autres  qui  restent  par  la  voix  de  la  confession;  et 
alms  on  ne  dim  plus  de  hit  qu'il  n'a  ni  voix  ni 
sentiment;  pourvu  neanmoinsque  cette  confession 
precede  d'un  coeur  humble,  simple  el  Qdele.  Con- 

humblement,  puremenl  el  Qdelement,  tout 
ce  qui  vous  donne  des  remords  de  conscience,  et 
vous  avez  accompli  ce  nombre  mysterieux.  II  y  en 
a  qui  se  gloriflent  lorsqu'ils  out  mal  fait,  et  qui 
metlent  leur  joie  en  des  choses  detestables,  c'est 
d'eux  que  le  Prophete  parle,  quand  il  dit  :  «  lis  ont 
public  leurs  crimes  comme  Sodome  [Isa.  in,  9).  » 
Mais  ne  parkins  point  de  ces  persounes  ici,  ce  sont 
des  profanes;  or  qu'avons-nous  affaire  de  ceux  du 
debors '? 

9.  II  nous  est  arrive  quelquefois  d'entendre  des 
hommes  meme  qui  out  pris  l'habit  de  la  religion, 
et  qui  professent  la  vie  monastique,  se  vanter  avec 
tine  extreme  impudence  de  leurs  fautes  passees, 
comme  de  s'etre  battus  en  duel,  on  d'avoir 
surmonte  leur  adversaire  dans  quelque  dispute 
fameuse,  et  autres  cboses  semblables  que  la  vanite 
du  monde  estime  et  prise  beaucoup,  mais  qui  sont 


ttvs-nuisibles,  tres-pernicieuscs ,  et  tres-dange- 
reuses  pour  le  salut  de  Time.  Ces  discours  temoi- 
gnent  qu'on  a  encore  I'esprit  du  moude;  et  l'lium- 
ble  habit  que  portent  ces  personnes  n'est  pas  une 
preuve  du  renouvellement  de  leur  vie,  mais  un 
manteau  dont  ils  couvrent  leurs  ancions  deregle- 
ments.  Quelques-uns  racontenl  ces  choses  comme 


II  y  en  a 


faire  pint 

tence. 


par  un  sentiment  de  douleur  et  de  regret,  mais  qui,ia"t  de"" 
comme  ils  y  recberchent  Lnterieurement  de  la 
gloire,  il  n'effacent  pas  leurs  crimes,  ils  se  trom- 
pent  seulement  eux-memes.  Car  on  ne  se  moque 
poinl  de  Dieu  [Galat.  vi,  7).  Ils  n'out  pas  depouille 
le  vicil  homme,  mais  ils  le  couvrent  de  nouveau. 
Cette  confession  ne  decouvre,  necbasse  pas  le  vieux 
levain.  mais  1'enracine  davantage,  selon  ces  paro- 
les :  «  La  corruption  s'esl  inveteree  dans  mes  os, 
pendanl  que  je  crie  tout  le  long  du  jour  [Psal.  xxxi, 
3).  »  J'ai  bonte  de  rapporter  l'elfronterie  de  quel- 
ques  mis,  qui  est  telle,  qu'ils  ne  rougissent  point 
de  se  vanter,  et  de  se  rejouir  des  choses  dont  ils 
devraienl  pleurer  :  par  exemple,  que  meme  dejmis 
qu'ils  out  recu  le  saint  habit  de  la  religion,  ils  ont 
surpris  quelqu'un  de  leurs  freres  par  adresse,  et 
l'ont  trompe  dans  une  telle  rencontre,  on  qu'ils  ont 
bien  relance  une  personne  qui  leur  disait.  des  in- 
jures, e'est-a-dire,  qu'ils  ont  rendu  tierement  le 
mal  pour  le  mal,  et  injure  pour  injure. 

10.  Mais  il  y  a  une  confession  qui  estd'autant  plus  La  confession 
dangcreuse,  quelle  cache  sa  vanite  d'une  maniere  Mre  hu'mbie. 
plus  subtile,  lorsque  nous  n'apprebendons  point  de 
decouvrir  des  fautes  bonteuses,  non  parceque  nous 
sommes  humbles,  mais  aftu  qu'on  croie  que  nous  le 
sommes.  On  cherche  la  louange  dans  l'humilite,  ce 
n'est  pas  la  vertu,  mais  le  renveisement  de  l'humi- 
lil.' .  Celui  qui  est  vraimeut  humble,  veut  etre  estime 


II  y  en  a  qui 

sefuot  gloire 

de  leurs 

mauvaises 

paroles  on 

de  leurs 

mauvaises 

actions. 


manunm  pednmque  dura  vincula,  et  pondus  catena- 
rum  prementium,  stringentium,  urentium,  nee  consu- 
menlium?  Heu  me,  mater  meal  ut  quid  Die  genuisti 
filium  doloris,  (ilium  amaritudinis  ,  indignationis  et 
ploralionis  aeternas?  Cur  exceplus  genibus  ,  cur 
lactalus  ubeiibus,  nalus  in  combustionem,  et  eibus 
ignis? 

8.  Qui  sic  afllciltir,  sensum  procul  tlubio  recuperavit, 
et  id  induplici  metu  isto,  itemque  pudore  illoaequedu- 
plici  habet  oscilationes  Tres  qua1  restant  ex 
voce  confessionia  adjiciet,  el  nequaquam  dicetur  jamde 
eo,  quod  non  sit  vox  neque  sensus  :  si  tamen  de  corde 
humili,  simplici,  (Idelique  processed!  ilia  confessio. 
Omnc  ergo  quod  remordel  conscientiam ,  confitere 
bumiliter,  pure,  fldeliter;  et  has  vices  implcsti.  Sunt 
qui  gl                \m  male  fecerint,  et   exsullant  in  rebus 

is  Propheta,  peccata  sua,  inquit, 
prcedi  -         a.  Verum  lios  ab   hac  dispu- 

tatione,  lanquaro  saeculares  amoveo;  nam  quid  ad  nos 
de  bis  qui  foris  sunt  ? 

9.  Q  et  dc  his,  qui  religiose  vestiti,  el  reli- 
gione.  <iml  ,  nonnnnqiinm  audivimus  aliquos 
reminisci  el  jactitare  impudentissime  mala  sua 
p  raeterita,  quae  (verbi  gratia)  aliquando  vel    fortiter  gla- 


diatorio,  vel  argute  litteratorio  gessere  conflictu,  seu 
alind  cpiid  secundum  mimdi  quidem  vanitatcm  favora- 
bile,  secundum  animae  vero  salulem  nocivum,  pernicio- 
sum,  damnosum.  Saecularis  adhuc  animi  indicium  est 
hoc  :  el  humilis  habitus  qui  gestatur  a  talibus,  non 
sauctaB  novitatis  est  meritum,  sed  priscas  vetustatis 
operculum.  Nonnulli  (alia,  quasi  dolendo  et  ptenilendo 
rememorant;  sed  gloriam  inlenlione  caplanlcs,  commissa 
sua  non  diluunt,  sed  seipsos  illudunt,  nam  Dens  non 
irridetur,  Velerem  bomim;m  non  exuerunt,  sed  novo 
palliant.  Non  proditur  aut  projicitur  veins  rermentum 
ilia  eonfessione;  sed  statuitur,  secundum  illud  :  Invete- 
raverunt  ossa  mea,  durn  clamarem  tota  die.  I'udet 
reminisci  quorumdam  tantam  proterviam,  ut  non  p  ideat 
eos  cum  exsultatione  lugenda  jaclitare,  quod  et  post 
susceptum  sanctum  habitum  callide  quempiam  supplan- 
taverint,  el  circumvenerint  in  negotio  fratrem  *  :  aut 
quod  talionem  pro  convicio  vel  malediclo,  id  est  malum 
pro  malo;  aut  maledictum  pro  maledictio  audacter  red- 
didcrint. 

10.  Sed  est  confessio  eo  pericuiosius  noxia,  quo  sub- 
lilius  vana,  cum  ipsa  eliam  inhonesta  el  turpia  de  nobis 
detegere  non  vercmur,  non  quia  humilcs  sumns,  sed  at 
esse  putemur.   Appetere  autem  de  humiblate  laudem, 


ah  suum. 


SEIZIEME  SERMON  SUR  LE  CANT1QUE  DES  CAJNTIQUES. 


205 


La  vmie  et 
la  faus'-e 
humilite. 


ElleJoit  etre 
simple. 


vil  et  abject,  non  pas  humble.  II  se  rejouit  de  ce 
qu'il  est  meprise  et  n'est  superbe  qu'en  ce  seal  point 
qu'il  meprise les  louanges.  Quelle  chose  plusetrange 
et  plus  indigne  que  de  faire  servir  a  l'orgueil  la 
confession  qui  est  la  gardienne  de  l'humilite,  et  de 
vouloir  paraitre  meilleur  par  cela  rueme  qui  nous 
fait  paraitre  pires?  0  prodige  d'orgueil,  de  ne  pou- 
voir  etre  estime  saint,  qu'en  paraissant  criminel ! 
Mais  eette  confession  qui  n'a  que  l'apparence  non 
la  vertu  de  l'humilite,  bien  loin  denieriterlepanluii 
de  nos  fautes,  attire  la  colere  de  Dieu  sur  nous 
(I.  Reg.  xv,  30).  Que  servit  a  Satil  de  confesser  son 
peche  quand  il  en  fut  repris  par  Samuel '?  Sans 
doute  cette  confession  etait  criminelle,  puisqu'elle 
n'eifaca  point  son  crime,  car  comment  le  Maitre  de 
l'humilite,  et  celui  qui  a  une  inclination  naturelle 
a  donner  sa  grace  aux  humbles,  pourrait-il  rejeter 
une  humble  confession?  Certainement,  il  etait  im- 
possible qu'il  ne  se  fut  laisse  ilechir,  si  ce  roi  rut 
eu  dans  le  cceur  l'humilite  qu'il  temoignait  par  ses 
paroles.  Voila  pourquoi  j'ai  dit  que  la  confession 
doit  etre  humble. 

11.  II  faut  aussi  quelle  soit  simple.  Elle  ne  doit 
point  excuser  Tintention,  si  elle  est  coupable,  sous 
pretexte  qu'elle  n'est  pas  connue  des  homnie?,  ni 
amoindrir  une  faute  qui  est  considerable,  ni  la  re- 
jeter sur  ks  conseils  d'autrui ;  puisqu'on  ne  con- 
traint  personne  malgre  soi.  La  premiere  de  ces 
confessious  n'est  pas  une  confession,  mais  une  de- 
fense, elle  n'apaise  pas  la  colere  de  Dieu,  elle  l'al- 
lume  davautage.  La  seconde'est  une  marque  d'in- 
gratitude;  car  plus  on  croit  qu'une  faute  est  legere 
plus  on  diminue  la  gloire  de  celui  qui  la  remet. 
Ajoutez  a  cela  qu'on   accorde  un  bienfait  d'autant 


humilitatis  est,  non  virtus,  sed  subversio.  Verushumilis 
vilis  vult  reputari,  non  liumilis  praedicari.  Gaudet  con- 
temptu  sui,  hoc  solo  sane  superbus,  quod  laudes  con- 
temnit.  Quid  perversius,  quidve  indignius,  quam  ut 
humilitatis  custos  confessio  superbiae  rnilitet,  ct  inde 
velis  videri  ruelior ,  unde  videris  deterior?  Mirabile 
jaetantiae  genus,  ut  non  possis  putari  sauctus,  si  non 
apparcas  sceleratus.  At  talis  confessio  speciem  habens 
humilitatis,  non  virtuteru,  non  solum  veniam  non  mere- 
tur,  sed  et  provocat  iram.  Numquid  profuit  Saul,  quod 
se  ad  increpationem  Samuelis  peccasse  confessus  est? 
Culpabilis  prucul  dubio  fuit  ilia  confessio,  quae  culpam 
non  diluit.  Quando  enim  humilem  contemneret  con- 
fessionem  humilitatis  Magister,  et  cui  humilibus  dare 
gratiam  certe  ingenitum  est?  Omnino  non  poterat 
non  paacari,  si  quae  in  ore  sonuit,  in  corde  radiasset 
bumilitas.  Ecce  cur  humilem  esse  debere  confessionem 
dixi. 

11.  Opork't  autcm  esse  et  simplicem.  Non  intentio- 
nem  (forte  quia  latet  homines)  excusare  delectet,  si  sit 
rea;  ncc  levigare  culpam,  quae  gravis  est  ;  nee  alieno 
adurnbrarc  suasu,  cum  invilum  nemo  coegerit.  Priinu.ii 
illud  non  confessio  est,  sed  defensio,  nee  placat,  std 
provocat.  Sequens  monstrat  ingratitudinem;  et  quo 
minor  reputatur  culpa,  eo  minuitur  et  gloria  indultoris. 


moins  volontiers,  qu'on  saitque  celui  qui  le  recoit 
en  sera  moins  reconnaissant,  parce  qu'il  croit  en 
avoir  moins  besoin.  Celui-la  done  se  rend  mdigne 
'In  pardon,  qui  diminue  le  prix  de  la  grace  qu'on 
lui  vent  hire;  e'est  ce  que  fout  tous  ceux  qui  ta.- 
chent  d'amoindrir  leurs  fautes  par  leurs  paroles. 
Pour  la  troisieme,  quel'exemple  du  premier  bomme 
serve  a  nous  en  detoumer.  [Gen.  m,  2).  Car  de  ce 
qu'il  n'oblint  point  le  pardon  de  son  crime,  bien 
qu'il  leeonfessat,  ce  fut  sans  douie  parcequ'ily  mela 
celui  de  sa  femme.  C'est  une  espece  d'excuse  d'en 
arcuser  un  autre,  quand  on  nous  reprend.  Or  David 
nous  apprend  qu'il  est  non-seulement  inutile,  mais 
funeste  de  s'excuser,  lorsqu'on  est  rejn-i-;  1'sol.  cxl, 
_'i  .  Car  il  appelle  ces  excuses  des  paroles  de  malice, 
et  prie  et  conjure  Dieu  de  ne  pas  permettre  qu'il  y 
ait  jamais  recours.  Et  certes  il  avait  bien  raison, 
puisque  celui  qui  s'excuse  peche  contre  son  ame, 
en  rejetant  le  remede  de  Findulgence,  et  se 
se  ferme  de  sa  propre  bouche  l'entree  a  la  vie. 
El  quelle  plus  grande  malice  quede  s'armer  contre 
son  propre  salut,  et  de  se  percer  soi-meme  comme 
parle  glaive  de  sa  langue?  Car  pour  qui  peut  etre 
bon  celui  qui  est  meehant  pour  soi-meme  [Eccli. 
xiv,  5j ? 

12.  EnQn  la  confession  doit  etre  fidele,  e'est-a- 
dire  pleine  d'esperance,  exempte  de  toute  crainte 
de  ne  pas  obtenir  le  pardon  de  nos  peches,  de  peur 
que  noire  bouche  ne  nous  condamne  piutot  qu'elle 
ne  qous  justifle.  Judas  qui  trahit  notre  Seigneur,  et 
Cam  qui  tua  son  frere,  confesserent  leur  crime, 
mais  its  se  defierent  de  la  misericorde de  Dieu;  Fun 
en  disant,  «  J'ai  peche  en  livrant  le  sang  du  juste 
[Malth.  xx\n,  k  ),  »    et  l'autre  :  «  Mon  iniquite  est 


La  confession 

doit  etre 

fidele. 


Sed  enim  minus  libenter  beneficium  datur,  quod  minus 
grate  minusve  neeessarie  provenire  sentitur.  Veniam 
proinde  sibi  abjudicat,  qui  munus  largitoris  attenuat. 
Quod  quidem  omnis  qui  reatum  suum  verbis  alleviare 
conatur,  facit.  Jam  a  postremo  piimi  hominis  dehortetur 
exemplum,  nee  culpam  siquidem  diflilentis,  Dec  lamen 
consequentis  veniam,  non  dubium  quin  ob  reatus  mu- 
lieris  admixtionem.  Genus  excusationis  est,  cum  argueris 
tu,  alium  incusare.  Porro  excusare  te  velle  quando 
oorriperis,  quam  sit  non  modo  miniuie  fructuosum,  sed 
et  perniciosum,  sanctum  David  interroga.  Verba  nempe 
maliiice,  excusationes  in  peccatis  appeltat,  ne  ineadecli- 
in  i  cor  suum  rogans  et  supplicans.  Merito  quidem.  In 
animam  etenim  suam  peccat  qui  se  excusat,  repellens 
proinde  a  se  indulgentiae  medicinam,  et  sic  vitam  sibi 
proprio  ore  intercludens.  Et  qua;nam  major  malitia, 
quam  propriam  armari  in  salutem,  et  linguaE  tua;  teme- 
tipsum  mucrone  confodere?  Denique  qui  sibi  nequam, 
cui  est  bonusl 

12.  Sit  autem  et  fidelis  confessio,  ut  confitearis  in 
spe,  de  indulgentia  penitus  nun  diflidens,  ne  tuo  te  ore 
non  lam  justiiices,  quam  condemnes,  Judas  certe prodi- 
tor  Domini,  et  Cam  fratricida  confessi  suut,  et  difflsi 
sunt  :  alter,  Peccaui,  inquit,  trad  ns  sanguinem  justum  : 
alter,  Major  est  im'quitas  mea,  quam  ut  veniam  merear  : 


206 


OEUVRES  UE  SAINT  BERNARD. 


trop grande  pour  meriterqu'on  melaremette  (Gen.    venu,dis-je,  avcc  une douceur  ctune  bonteadmira - 
iv,  I'i).  a  Cette  confession  etait  veritable,  mais  parce    bles,  avec  une  inisericorde  holme  envers  tous  ceux  qui 


qu'elle  etail   infidele,  elle  ne  leur  servil  de  rien. 
Voila  done  commenl  ces  trois  qualites  de  la  confes- 
sion  jointfts  aux  quatre  premieres  de  la  componction 
accomplissent  le  uombre  de  sept. 
13.  Ainsi  touche    du   repentir  de  vos  fautes,  les 


iinplorent  son  assistance.il  savait  bien  qu'il  descen- 
dait  du  del  vers  des  malades,  el  c'esl  pom  cela 
qu'il  a  use  envers  eux  de  toute  ['indulgence  possible. 
El  parce  qu'il  avait  beaucoup  de  maladies  a  guerir, 
ce  charitable  et  prevoyanl  medecin  a  aussi  eu  soin 


ay  uit   bumblement  &              .  et  vous  trouvant  d'apporter  plusieurs  remedes.  II  a  apporte  L'esprit 

ainsi  conune  assure  d'avoir  recouvre   La  vie,  vous  de  sagesse  et  d'intelligence,  l'esprit  de  conseil  et  de 

devez  aussi,  je  le  pense,  fitre  certain  que  ce  nom  de  force,  l'esprit  de  science  et  de  piete,  et  en  fin  l'esprit 

Jesus  n'est  pas  inutile  el  infructneux,  puisqu'il  a  pu  de  la  crainte  du  Seigneur. 

et  voulu  operer  en  vous  tint  de  merveilles,  et  que  l'l.  Voyez-vous  combien  ce  medecin  a  prepare  de 
ce  n'est  pas  en  vain  qu'il  a  suivi  le  baton  qu'il  avait  Boles  remplies  de  baumes  celestes,  pour  guerir  les 
envoye  devant  lui.  II  n'est  pas  venu  iautilement  plaies  de  ce  miserable  qui  est  tombe  entre  les  mains 
parce  qu'il  n'est  pas  venu  vide.  Et  comment  aurait-  des  voleurs  ?  II  yen  a  sept  qui  sont  propres  sans 
il  fete  vide,  lui  en  qui  babitait  la  plenitude  de  la  doute  a  exciter  les  sept  baillements  dont  nous 
divinite  (Gal.  iv,  .'i  .'  Car  le  Saint  Esprit  ne  lui  a  avons  parle.  Car  l'esprit  de  vie  etait  dans  ces  Holes. 
pas  ete  donne  avec  inesure.il  est  d  ailleurs  venu  C'est  d'elles  qu'il  a  verse  de  l'buile  sur  mes  blessu- 
dans  la  plenitude  des  temps,  afindefaire  voir  qu'il  res.  II  y  a  aussi  verse  du  vin,  mais  en  moins  grande 
estpleinen  toules  facons.  Oui,  et  bieu  plein  certes,  quantite.  Car  mon  extreme  langueur  avait  besoin 
puisque  le  pere  l'a  sacre  d'une  huile  de  joie  d'une  que  sa  misericorde  s'elevat  au  dessus  de  sa  justice, 
maniere  beaucoup  plus  excellent*  que  tous  ceux  comme  nous  voyons  l'buile  monter  au  dessus  du 
qui  participent  a  sa  gloire  (Psal.  xuv,  8).  11  l'a  sa-  vin,  quand  on  la  verse  dessus.  C'est  pourquoi  il  a 
ere  et  envoye  au  uionde  plein  de  grace  et  de  vente.  apporte  cinq  fioles  d'huile,  et  deux  seuleuient  de 
11  l'a  sacre  pour  qu'il  en  sacrat  d'autres.  Tous  ceux  vin.  Car  il  n'y  a  que  la  crainte  et  la  force  qui  re- 
qui  ont  merite  de  recevoir  de  sa  plenitude  ont  ete  pondent  au  vin,  au  lieu  que  les  cinq  autres  quali- 
sacrespar  lui.  Aussi a-t-il  dit :  «  L'Esprit  du  Seigneur  tes  designent  assez  l'buile  par  la  douceur  qui  leur 
est  sur  moi,  parce  qu'il  m'a  oint :  II  m'a  envoye  est  propre,  c'est  dans  l'esprit  de  vigueur  que,  sem- 
pour  annoncer  d'heureuses  nouvelles  a  ceux  qui  blable a un homme puissant  dont  le  vin  a  augmente 
sont  pacifiques,  pour  guerir  ceux  qui  out  le  les  forces,  il  est  descendu  aux  enters,  a  brise  les 
cceur  contrit,  pour  precber  la  liberte.  aux  captifs,  portes  d'airain,  et  ronipu  les  gonds  de  fer,  a  en- 
la  delivrance  aux  prisonuiers,  et  pour  predire  le  chaine  le  fort,  et  lui  a  ravi  ses  captifs.  11  n'en  est 
temps  oil  le  Seigneur  se  rendra  favorable  (ha.  LXl,  pas  moins  descendu  dans  l'esprit  de  crainte,  mais 
1).  II  venait,  comme  vous  voyez,verser  une  huile  sa-  pour  se  1'aire  aussi  craindre,  nou  pas  pour  craindre 
lutaire  sur  mes  plaies,  et  adoucir  nos  douleurs.  C'est  lui-meme. 
pourquoi  il  est  venu  reinplide  1'onction  divine,  il  est  15.  0  Sagesse  !  avec  quel  art  et  qu'elle   adresse 


Le  Christ 

s'est    servi 

avec  nous  de 

vin    et 

d'huile. 


et  verax  licet,  nil  eis  profuit  infidelis  confessio.  Ha? 
ilaque  tres  confessionis  observantiae,  junctse  quatuor  su- 
penoribus  couipunctionis,  septenarlum  implent. 

U.  Jam  vero  sic  compunctus,  et  sic  confessus,  ac 
propria  proinde  certus  de  vita,  cerlus  quoque  niliilo- 
minus  es  (ut  arbilror)  vacuo  nequaquam  nomine  appel- 
lari  Jcsum,  cum.  qui  in  te  talia  valuit  et  voluit  operari, 
nee  vacue  subsecutum  fuisse  baculum  quem  praemiserat. 
Non  venit  vacuo,  quia  nou  venit  vacuus.  Nam  q  lomodo 
vacuus,  in  quo  habitavit  plenitudo  1  Neque  enimeidatus 
est  ad  mensuram  spiritus.  Denique  et  venit  in  plenitu- 
dine  temf/oris,  plenum  proinde  venire  se  indicuns.  Bene 
plenum,  quem  unxit  Pater  olno  Icettiice  pros  consort  thus 
tuts;  unxit  et  misit  plenum  gratias  et  veritatis.  Unxit 
ut  ungeret.  Omnes  ab  eo  uncti  sunt,  qui  de  plenitudine 
ejus  meruerunt  accipere.  Ideo  ait  :  Spiritus  Domini 
super  //te,  ml  annuntiandum  mansuelis  misit  //<e  :  ut 
mederer  contritis  corde,  ut  preedicaverem  captivis  indul- 
gentiam,  et  claims  apertionem,  ut  prmdicarem  annum 
placabilem  Domino.  Veniebat  (nt  audis)  ungere  contri- 
tiones  nostras,  ac  lenire  dolores  :  ideoque  venit  unctus, 
venit  mansuelus  et  mitis,  et  nndue  misericordia;  omni- 


bus invocantibus  se.  Sciebat  se  ad  infirmos  descendere, 
exbibuitque  qualem  oportuit.  Et  quoniam  mults  eranl 
inlirmitates,  multa  quoque  providus  medicus  medica- 
niiiKi  curavil  afferre.  Alluli!  spiritual  sapienUse  et  intel- 
lectus,  spiritum  concilii  et  fortitudinis,  spiritum  scientue 
et  pictatis,  el  spiritum  timoris  Domini. 

It.  Vidcs  quot  phialas  plenas  odoramentis  coelestis 
medicus  prsparavit  ad  sananda  vulnera  illius  miscri, 
qui  incidit  in  latrones?  Seplem  sunt  numero,  scptem 
fortasse  prxfatis  oscitationibus  excitandis  accommodate. 
Spiritus  enim  vita;  erat  inpliialis.  Ex  hisprofecto  infudit 
oleum  mcis  vulncribus  ;  infudit  et  vinum,  soil  minus 
qiiani  olei.  Sic  nempe  congruebat  infirmitatibui  ineis, 
ut  misericordiam  superexaltaret  judicio,  qucmadmodum 
vino  oleum  superfertur  infusum.  Altulit  proinde  quin- 
que  cados  olei,  vini  nonnisi  duos.  Vinum  siquidem 
timor  tantum  et  forliludo  fuerc  :  reliqua  quinque  oleum 
propria  snavitate  designant.  In  spiritu  denique  fortitu- 
dinis,  lanquam  potens  crapulatus  a  vino,  deseendit  ad 
inferos,  contrivit  portas  areas,  et  vectes  fereos  confre- 
git;alligavit  fortem,  et  vasa  captivitatis  eripuit.  Descendit 
nibiloaiiiius  in  spiritu  timoris,  sed  timendus,  non  timidus. 


DIX-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 

SERMON  XVII. 


•207 


rendez-vous  la  sante  a  mon  ame  par  le  moyen  de 
l'huile  et  du  vin,  melant  ainsi  la  force  a  la  dou- 
ceur et  la  douceur  a  la  force  !  Vous  etes  fort  pour 
moi,  et  vous  etes  doux  envers  ruoi.  Vous  atteignez 
dune  extremite  du  monde  a  l'autre,  avecunu  force 
toute  puissanle.  et  vous  disposez  et  ordounez  tou- 
tes  choses  avec  une  douceur  merveilleuse.  Vuiis 
uhassezmonennemi,  et  vous  soutenez  ma  laugueur. 
Guerissez-moi,  Seigneur,  et  ma  guerison  sera  par- 
faite  ;  je  cbanterai  des  cantiquesde  louangeeu  vo- 
tre  honneur,  et  je  dirai  :  «  Votre  nom  est  une 
huile  repandue.  »  Je  ue  dis  pas  un  viu  repandu, 
car  je  ne  veux  pas  que  vous  entriez  en  jugeinent 
avec  votre  serviteur  ;  mais  une  huile,  parce  que 
vous  me  comblez  de  vos  inisericordes  et  de  vos 
graces.  Oui  c'est  une  liuile,  car  l'huile  nage  au- 
dessus  des  autres  liqueurs,  et  designe  clairement 
ce  nom  qui  est  au  dessus  de  tout  autre  num.  0 
nom  inliniment  doux  et  agreable!  Nom  illuslre, 
choisi  par  dessus  tous,  rehausse  par  dessus  tous, 
releve  par  dessus  tous,  dans  les  siecles  des  siecles. 
C'est  la  veritablement  cette  huile  qui  rend  le  vi- 
sage de  rhommeplusgai  et  plus  serein,  et  qui  oint 
la  tete  de  celui  qui  je\ine,  atiii  qu'il  ne  sente  point 
l'huile  du  pecheur.  C'est  la  le  nom  nouveau  que  la 
bouche  du  Seigneur  a  prononce  (Isa.  lxu,  2),  et 
qui  lui  a  c*e  donne  par  l'Ange  avant  qu'il  liit  con- 
cu  dans  les  entrailles  de  la  Vierge  (Luc.  u.  21). 
Non-seulemeut  le  Juif,  mais  quiconque  I'iuvoque, 
sera  sauve,  tant  il  est  repandu  de  toutes  parts.  Le 
Pere  l'a  donneau  Fils,  al'Epoux  del'Eglise.a  notre 
Seigneur-Jesus-Christ,  qui  elant  Dieu  est  au  des- 
sus de  toutes  choses,  et  beni  dans  tous  les  siecles 
des  siecles.  Ainsi  soit-il. 


11  faut  observer  avec  grand  soin  le  moment  oit  le 
Saint-  Esprit  vient  dans  I'dmc,  et  celui  oit  il  s'en 
eloigne.  Jalousie  que  le  diable  a  concue  contre  les 
homines. 

1.  Croyez-vous  que  nous  nous  soyons  assez 
avarices  dans  le  sanctuaire  de  Dieu,  en  essayant  de 
penetrer  un  mystere  admirable;  ou  bien  teuterons- 
nous  desuivre  l'Esprit  Saint  plus  intimement,  pour 
chercher  ce  qui  reste  a  decouvrir  encore?  Car  cet 
esprit  ne  sonde  pas  seulement  le  cceur  et  les  reins 
des  hommes,  mais  il  penetre  memo  ce  qu'il  y  a  de 
plus  cache  en  Dieu.  Je  le  suivraiavec  assurance  par- 
tout  ou  il  ira,  soit  qu'il  descende  en  nous,  ou  qu'il 
s'eleve  a  des  choses  plus  elevees.  Qu'il  garde  seu- 
lement notre  cceur  et  notre  intelligence,  de  peur 
que  nous  ne  le  croyions  present  lorsqu'il  sera  absent, 
et  qu'ainsi  nous  nous  egarions  en  suivant  notre 
propre  sens  au  lieu  de  lui.  Car  il  vient  et  s'en  va 
selon  qu'il  lui  plait,  et  il  n'est  facile  a  personne  de 
savoir  d'oii  il  vient  ni  ou  il  va  (Joan,  m,  8).  Et  pour 
ce  qui  est  de  cette  connaissance,  on  peut  ue  la  point 
avoir  sans  courir  aucun  risque  pour  son  salut ; 
mais  quand  vient-il,  ou  quand  s'en  va-t-il  ?  c'est  ce 
qu'il  est  tres-dangereux  d'iguorer.  Car  lorsqu'on  u  fautobser. 
n'observe  pas  avec  grand  soin  la  venue  ou  la  re-  ver  . 
traite  du  Saint  Esprit,  il  arrive  qu'on  ne  le  desire  quand  le 
point  lorsqu'il  est  absent,  et  qu'on  ne  le  glorifie "  8"ennlt ^gjj* 
point  lorsqu'il  est  present.  En  effet,  comme  il  ne     ''4me  et 

,    „  ,        ,         ,  ,  quand  il  s'en 

se  retire  qu  atin   qu  ou  le   cherche    avec  plus  d  ar-         va. 

deur,  comment  peut-on  le  chercher    si  on  ne  sait 

pas  qu'il  est  absent?   Et    au    contraire,    quand  il 

daigne  revenir  pour  nous   consoler,  comment    le 

recevra-t-on  d'une  maniere  qui  soit  digne  desa  ma- 


la. 0  sapienlia  !  quanta  arte  medendi  in  vino  et  oleo 
anhnoe  me;e  sanitatem  restauras,  fortiter  suavis,  ct  sua- 
viter  fortis !  fortis  pro  me,  et  suavis  milii.  Denique 
attingis  a  fine  usque  ad  finem  fortiter,  et  disponis  omnia 
suaviter,  propellens  inimicum,  et  infirmuui  t'ovens.  Sana 
me  Domine,  et  sanabor;  psallam  et  contitebor  Domini 
tuo,  et  dic;.;a  :  Oleum  effusum  nomen  tuurn.  iNonvinmn 
etrusum  (nulo  enim  ut  intres  in  judicium  cum  servo 
tuo,)  sed  oleum,  quia  coronas  me  in  misericordia  et 
miserationibus.  Oleum  plane,  quod  dum  supernatat 
cunctis  quibus  immiscetur  liquoribus,  liquido  illud 
designat  nomen,  quod  est  super  omne  nomen.  0  nomen 
prassuave  et  praedulce  !  o  nomen  prajclarum,  praselec- 
tum  et  praeexcelsum,  et  superexaltatum  in  sa^cula !  Hoc 
vere  oleum  quod  exhilarat  faciem  hominis,  quod  caput 
jejunantis  impinguat,  ut  oleum  peccatoris  non  sentiat. 
Hoc  nomen  novum,  quod  os  Domini  nominauit;  Quod 
et  vocatum  est  ab  angelo  priusquum  in  uttro  concipe- 
retur.  Hoc  non  solum  Judaeus,  sed  quicumque  invocave- 
rit  ^iitvus  erit,  in  tantum  usqutquaque  etl'usum  est.  Hoc 
Pater  donavit  Filio,  Sponso  Ecclesia;  Domino  nostra 
Jesu-Christo,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in 
saecula.  Amen. 


SERMO  XVII. 

De  accessu  et  recessu  Spiritus-Sancti  observando,  deque 
invidia  diuboli  erga  genus  kumanum. 

1.  Putamusne  satis  processum  est  in  sanctuario  Dei, 
dum  scrulamur  mirabile  sacramentum  ,  an  ad  perscru- 
tandum  adhuc,  si  quid  restat,  audemus  spiritum  ad 
iiilcriora  sequi?  Spiritus  nempe  iste  scrutatur  non  solum 
hominum  corda  et  renes,  sed  etium  profunda  Dei  :  et 
sive  ad  nostra,  sive  ad  alta  *,  securus  sequor  eum  quo- 
cumque  ierit.  Tantum  ut  custodiat  corda  nostra  et  intel- 
ligentias  nostras,  ne  forte  cum  non  aderit,  adesse  pute- 
mus,  nostrumque  pro  ipso  sequamur  sensum  deviantes. 
Venit  namque,  et  vadit  prout  vult;  et  nemo  facile  scit, 
unde  vcniat,  aut  quo  vadat.  At  istud  sine  damno  for- 
tasse  salutis  nescire  licet  :  cajterum  quando  veniat,  vel 
quando  vadat,  id  plane  periculosissime  ignoratur.  Cum 
enim  hae  Spiritus-bancti  circa  nos  dispensatorise  quidem 
vicissitudines  vigilantissime  non  observantur ,  fit  ut 
nee  absentes  desideres ,  nee  pra;sentem  gloritices. 
Nempe  qui  idcirco  recedit  ut  avidius  requiratur  ; 
quonam  modo,  si  abesse  nescitur,   requiritur?    Et   rur- 


208 


CENTRES  DE  SAINT  BERNARD. 


ieste,  si  on  ne  sent  pas  nieme  qu'il  esl   present? 
L'ame  done  qui  ignore  soneloignemenl  est  ex| 
a  la  seduction,  et  celle  qui  a'observe  pas  son  re- 
tour,  ne  temoignera  point  sa  reconnaissance  pour 
l'honneur  qu'il  lui  fait  en  la  visitant. 

2.  Autrefois,  lorsque  Elisee  connul  que  ledipart 
de  son  mail re  elait  proche,  il  lui  lit  une  priere,  et 
n'oblinl  co  qu'il  demandait,  comme   vous  savez, 
que  sous  la  condition  qu'il  le  Tit  au  moment  ou  il 
serait  enleve'  d'aupres  de  lui.   Cola  leur  arriva  en 
figure,  «'t  fnt  ecrit  pour  nous.    L'exemple   de  ce 
prophet*  nous  enseigne  el  nous  avertil  d'etre  soi- 
gneux  et  vigilants  a  l'oeuvre  de  noire  salut,  q 
Saint  Esprit  opere  sans  cesse  au   fond  de   notre 
anu'  par  l'adresse  et  la  douceur  admirables  do  son 
art  divin.  Que  celte  onction  sacree,  qui  instruil  de 
toutes  choses,  ne  so  retire  j  tmais  de  nous  sans  quo 
nous  le  saehions,si  nous  voulons noire  point  privet 
d'un  double  present.  Qu'ilnenous  surprennej 
lorsqu'il  viendra  en  nous,  mais  qu'il  nous  trouye 
toujours  les  yeux  loves  en  haut,  et  les  bras  ouverts 
pour  recevoir  une  abondaute   benediction  du    Sei- 
gneur. Cost  ainsi  qu'il  desire  que    nous  soj 
c'est-a-dire,  semblables  a  des  serriteurs  qui  atten- 
dent  que  leur  maiire  retourne  de  la  noce  [Luc.  xii, 
36) ;  lui  qui  ne  revient  jamais  les  mains  vides  des 
delices  ineffables  de  la  table  celeste.  II  faut  done 
veiller,  et  veiller  a  loute  beure,  puree  que   nous  ne 
savons  pas  quand  l'Esprit-Sainl  doit  veuir  on  s'en 
aller.  11  va  et  vient,  et  celui  qui,  le  possedant,  est 
debout,  ne   pent  manquer  de  tomber   lorsqu'il  le 
quitte,  mais  il  ne  se  fera  point  de  mal  parce  que 
le  Seigneur  le  soutient  encore  de  sa  main.    11    ne 
cesse  point  d'aller  et  de  venir  aiusi  dans  ceux  qui 


sont  spirituels,  ou  plulot,  en  les  visitant  des  le 
matin,  et  se  retirant  tout-a-coup  pour  les  eprouwr. 
Carle  juste  tombe  sept  foisel  so  releve  autant  de 
fois  (Prov.  smv,  16),  si  neanmoins  il  tombe  durant 
le  jour,  c'est-a-dire  s'il  se  voit  tomber  et  sail  qu'il 
esi  tombe,  et  s'il  desire  se  relever,  et  cherche  la 
main  de  celui  qui  le  pout  secourir,  en  s'ecriant  : 
a  Seigneur,  lorsque  vous  l'avez  voulu,  vous  m'avez 
io  une  beaule  el  une  force  extraordinaires  ; 
in  lis  vous  n'avez  pas  plus  tot  detourne  voire  visage 
de  dessu;  moi,  que  je  suis  tombe'  dans  la  confusion 
el  dans  le  trouble  (Pstil.  xxix,  8).  » 

3.  Autre  cbose  est  de  douter  de  la  verite,  ce  qui 
arrivi  lirement  lorsque  l'Esprit  ne  soui'tle 

point ;  autre  cbose  de  gouter   I'erreur,  ce  qu'ou 
evile  facilemeDt,  en  reconnaissant  son  ignorance, 
en  sorle  qu'on  puisse  dire  aussi  :  «   Si  j'ai   ignore 
quelque  cbose,  moil  ignorance  ne   m'est   pas  in- 
couuue  [Job.  xix,  U).  »  Ce  mot  est  de  Job,  vous  le 
rei  onnaissez?  L'ignorance  est  une  mauvaise  mere, 
qui  a  deux  lilies  aussi  mauvaisesqu'elle.lafaussete 
et  le  doute.   Cello-la  est  plus  miserable,  et  colle-ci 
plus  digne  de  compassion.   L'une   est  plus   perni- 
cieuse,  et  l' autre  plus  incommode.  Lorsque  l'esprit 
parle,  l'une  et  l'autre    se   dissipent,  laissent  leur 
place  a  la  verite,   mais  a  une  verite  tres-cortaine; 
car  c'ost  l'esprit  de  verite  a  qui  la  faussete  est  abso- 
lument  contraire.  C'est  aussi  l'esprit  de   sagesse, 
comme  elle  est  la  lumiere  de  la   vie  eternello,  et 
atteint  partout,  a  cause  de  sa  purele,  elle  ne  souirre 
ni  l'obscurite  ni  l'incertitude  du  doute.  Lorsque  cot 
esprit  ne  parle   point,   il   faut  bien  se  donner  de 
de,  sinon  de  ce  doute  facheux,   du   moins  de 
celte  faussete  execrable.  Car  il  y  a  bien  de  la  dilfe- 


L'ignorance 

a  deux 

filles,  l.i  faus- 

sele  et  le 

doule. 


sum  qui  digmnter  ad  hoc  redit  ut  consoletur;  qnaliler 
digne  pro  sua  majestate  suscipitur,  si  nor  adesse  sen- 
tilur'.'  Mens  ergo  qua;  ignorat  abscessum,  patel  seduc- 
tioni  :  et  qua;  rediluin  non  observat,  erit  ingrala  visi- 
tationi. 

2.  Petiit  quondam  aliquid    Elisaeus  a    magistro,  cum 
discessum  ejus  imminere  persensit;  ncc  obtiauit,    sicut 
scitis,  nisi  ca  quidem   conditione,    si   viderel   q 
tolleretur  a  se.  Ii   figura  coutlgit  hoc   illis,  scriplu 
auleni  propter  nos.  Vig        i  illiciti  circa  opus 

i       ..r  salutis   quod  mira  sublili  diviuae 

suae  artis  incessanler  aclitat  Spiritus  in  intimo  noslri) 
propbetico  doccmur  et  monemur  exemplo.  Nunquam 
sane  sine  nostra  conscii  istra  unclio,  qua)  docet 

de  omnibus,  tollatur  a  nobis,  si  duplicato  volumus  mu- 
ncre  non  fraudari.  Nunquam,  cum  venerit,  inveniat 
impara  i  s,  Bed    semper  vultus 

habentes  sinus  a  l  ii  lini  bene  iclionem.  Q  tales 

deni',  domi- 

nion suum,  quant  nupliis  ;  qui  utique  ab 

iHis  supernae  mensae  copious  deliciia  vacua  nunquam 
reverlilur  manu.  Vigilandum  proinde ,  et  vigilandum 
omni  horn,  quia  nescimus  qua  bora  Spiritus  venturus 
sit,  sou  iterum  abilurus.  It  et  redit  Spiritus,  et  qui  stat 
eo  tenente,  deserenle  cadat  aecesse  esl  :  sod  non  colli- 


ditur,  quia  Dominus  rursum  supponit  manum  suam.  Et 
has  altemare  vices  non  cessat  in  his  qui  spirituales  sunt, 
vel  quos  polius  spirituales  proinde  ipse  creare  intendit, 
visilans  diluculo,    et  subito    probans.    Deniquc    sq 

■,  et  s epties  res  urgit  :  si  tamen  cadit    in   die, 
utsecadere    videat,   et    cecidisse   sciat,    et    resui 
cupial  ,    et    requirat    manum    adjuvantis  ,    el  discal    : 
Domine,  in  voluntate  /<  \isti  decori  meo    virtu- 

fem;  averted  faciem  tuam  a  me,  ei  factus  sum  contw- 

::.  Aliud  est  dnbilare  de  veritate,  quodpaliarisnecesse 
im  Spiritus  minime  6pirat  :  el  aliud  sapere  falsi- 
talem,  quod  Facile  caves,  si  eamdem  tuam  ignorantiam 
non  ignoras,  quatenus  dieas  et  In  :  lit  si  quid  ignoravi, 
ignorantia  mea  mecum  est.  Sancti  Job  sentenlia  est, 
agnoscite.  Pessimae  matris  ignorantiae ,  pessimal  itidem 
filiae  duae  sunt,  falsilas  et  dubietas  :  ilia  miscrior,  isla 
miserabilior ;  perniciosior  ilia,  ista  molestior.  Cum 
loquitur  spiritus,  cedit  utraque  :  et  est  non  solum 
Veritas,  sod  et  certa  Veritas.  Est  quippc  vcrilalis  ille 
Spiritus,  cui  contraria  falsitas  est  :  est  et  sapientia", qua? 
cum  sit  candor  vitae  Sternae,  ct  ubiqne  attingat  propter 
munditiam  suam,  obscurum  ambigui  non  admitlit.  Ca- 
venda  sans,  cum  Spiritus  iste  non  loquitur,  elsi  non 
molesta  dubietas,  certe  falsitas    exsecranda.    Aliud   est 


Excellente 

regie  pour 

parler. 


Jn'eat-ce  que 
lementeur. 


DIX-SEPT1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES 

rence  entre  n'etre  pas  tout  a  fait  certain  de  ce 
qu'on  doit  croire,  et  assurer  temerairement  ce 
qu'on  ne  sait  pas.  Q'e  cet  esprit  parle  done  tou- 
jour?, ce  qui  neanmoins  ne  depend  nullement  de 
notre  volonte,  ou  lorsqu'il  lui  plait  de  se  taire, 
qu'il  nous  Ie  fasse  connaitre,  et  nous  averlisse  au 
moins  de  son  silence,  de  peur  que,  croyant  fausse- 
ment  qu'il  marche  devant  nous,  nous  ne  suivions, 
au  lieu  de  lui,  notre  propre  erreur  par  une  mau- 
vaise  et  daugereuse  confiance.  Et  s'il  tient  notre 
esprit  en  suspens,  qu'il  ne  le  laisse  pas  du  moins 
tomber  dans  le  mensonge.  11  y  en  a  qui   avancent 


209 

par  exemple,  si  le  jugement  que  nous  avons  dit 
dans  le  troisieme  sermon  avant  celui-ci,  que  le  Sei- 
gneur a  rendu  entre  les  homines,  c'est-i-dire  entre 
la  Synagogue  et  les  Gentils,  a  ete  aussi  auparavant 
rendu  dans  le  ciel?  (a) 

5.  Voici  quelle  est  ma   pensee.  Croyez-vous  que  ?a.  Vicht  ^e 
T       .j,  _        .        ,  ..  .  .  1       lajalousie  an 


ce  Lucifer  qui  se  levaitle  matin,  mais  qui  se  levait 
par  un  orgueil  presomptueux,  ait  aussi  envie  aux 
homines  l'effusion  de  l'huile  avant  qu'il  rut  change 
en  tenebres,  et  que,  dans  son  indignation  et  sa  ja- 
lousie, il  ait  murmure  en  quelque  sorte  en  lni-me- 
me,  en  disant  :  Pourquoi    cette  perte  ?  Je  ne   vou- 


diable. 


une  chose  fausse  en  doutant,  ceux-la  ne   mentent    drais  pas  assurer  que  cet  esprit  ait  dit  cela,  mais 


point;  mais  il  y  en  a  d'autres  qui  assurent  une 
verite  qu'ils  ne  counaissent  pas,  et  ceux-la  mentent. 
Car  les  premiers  ne  disent  pas  que  ce  qui  n'est  point, 
est,  mais  qu'ils  croient  que  c'est,  et  ils  disent  vrai, 
quand  meme  ce  qu'ils  croient  ne  serait  pas ;  mais 
les  derniers,  quand  ils  assurent  une  chose  dont  ils 
ne  sont  pas  surs,  mentent  quand  meme  ce  qu'ils 
assurent  serait  veritable. 

Il-  Cela  pose,  pour  servir  de  precaution  a  ceux 
qui  n'ont  pas  l'experience  de  ces  choses,  je  vais 
suivre  cet  esprit,  qui,  comme  jepense,  marche  de- 
vant moi.  Neanmoins,  je  tacherai  d'y  apporter  la 
circonspection  dont  j'ai  parle,  et  de  pratiquer  moi- 


je  ne  voudrais  pas  le  nier  non  plus.  Car  je  n'en 
sais  rien.  11  se  pent  faire,  et  cela  ne  parait  pas  in- 
croyable,  qu'etant  plein  de  sagesse,  et  eleve  au  plus 
haut  comble  de  la  perfection,  il  ait  su  qu'il  devait 
y  avoir  des  hommes  qui  arriveraient  au  meme 
degre  de  gloire  que  lui .  Mais  s'il  l'a  su,  il  ne  l'a 
vu  sans  doute  que  dans  le  Verbe  de  Dieu,  et 
ronge  d'envie,  il  resolut  de  s'assujettir  les  hommes 
et  dedaigna  de  les  avoir  pour  compagnons.  lis  sont, 
disait-il,  plus  faibles  que  moi,  et  mes  inferieurs 
par  nature ;  il  n'est  pas  convenable  qu'ils  soient 
mes  concitoyens  et  mes  egaux  dans  la  gloire. 
Peut-etre  cette  elevation  presomptueuse,  et   l'en- 


)ansle  doute 

il  ne  faut 

as    pronon- 

cer 

temerai- 

rement. 


meme  ce  que  j'ai  enseign^,  de  peur  qu'on  ne  me  droit  ou  il  allait  s'asseoir,  qui  signiflent  une  espece 
dise  :  «  Vous  qui  instruisez  les  autres,  vous  ne  d'empireet  de  superiority  decouvrent-ils  cette  pen- 
vous  instruisez  pas  vous-meme  [Rom.  n,  21).  »  II  see  intime  et  temeraire,  «  Je  monterai,  dit-il,  sur  la  " 
faut  bien  distinguer  entre  les  choses  claires,  et  montagne  elevee,  etjem'asseoiraiducite  del'Aqui- 
celles  qui  sont  douteuses  ;  car  c'est  un  aussi  grand  ion,  {ha.  xiv,  13),  »  atin  d'avoir  quelque  ressem- 
mal  de-  revoquer  les  unes  en  doute,  que  d'assurer  blance  avec  le  Tres  Haut,  et  que,  de  meme  qu'il  est 
temerairement  les  autres.  11  faut  esperer  ce  discer-  ass;s  sur  ies  Cherubins  d'oii  il  gouverne  toutes  les 
nement  de  la  eonduite  de  l'Esprit  Saint.  Car  nous  (a)  Dam  plusiears  MUioas>  „  y  a  w  utfl  Tarian(e  de 
sommes  trop  faibles  pour  cela.  Qui  peut  connaitre,  d'importance. 


lien 


enim  sub  incerto,  hoc  vel  illud  opinando  sentire,  aliud 
temerc  affirmare  quod  nescias.  Aut  ergo  loquatur  sem- 
per spiritus,  quod  nostri  quidem  minime  arbitrii  est  : 
aut  quando  sUere  placet,  hoc  ipsum  indicet,  et  loqualur 
saltern  suum  silenlium,  ne  ipsum  nobis  falso  praeire 
putantes,  nostrum  pro  ipso  male  sec.uri  sequamur  erro- 
rem  :  et  si  suspenderitambiguo,non  relinquat  mendacio. 
Est  qui  dubie  profert  mendacium,  nee  mcutitur  :  et  est 
qui  veritatem  quam  nescit  affirmat,  et  mentitur.  Nam 
et  ille,  non  quidem  quod  non  est,  esse  ;  sed  se  quod 
credit,  credere  dicit,  et  verum  dicit,  etiainsi  hoc  verum 
non  sit  quod  credit  :  et  is,  cum  se  certum  unde  non 
est  certus,  dicit;  verum  non  dicit,  etiainsi  verum  sit  de 
quo  asserit. 

4.  His  praemissis  ad  cautelam  talia  inexpertorum, 
sequar  jam  spiritum,  sictit  confido,  prEeeuntem,  eadem 
tamen  caulela,  si  potero,  quam  prEemisi;  et  tentabo 
facere  ipse  quod  doceo,  ne  dicatur  et  mihi  :  Tuqui alios 
doces,  ieipsum  non  doces.  Distinguendum  sane  inter 
manifesta  et  dubia,  nee  ilia  scilicet  adduci  in  dubium, 
nee  ista  temere  affirmari.  Quod  quidem  ipsum  de  ma- 
gisterio  sperandum  est  Spiritus  :  nee  enim  nostra  ad 
illud  omnino  industria  sufficit.  Quis  novit  hominum,  an 
oil.  tntersy-  id  quod  inter  homines  judicatum  a  Deo  *  sermo  supe- 

T.  IV. 


rior  (a  quo  videlicet,  si  bene  memini,  quartus  est  iste) 
palefecit,  in  supernis  quoque  judicium  jam  factum  prre- 
cesserit. 

5.  Quod  dico,  tale  est.  Putasne  Lucifer  ille,  qui  mane 
oriebatur,  sed  pra?propere  elevatur,  antequam  verterelur 
in  tenebras,  generi  humano  inviderit  et  ipse  olei  inru- 
sionem  *,  ut  per  se  ipsum  jam  tunc  indignabundus 
mussitaret,  dicens  intra  se  quodammodo  :  Ut  quid  per- 
ditio  hsec?  Hoc  ego  non  assero  dicere  spiritum,  sed  nee 
c  jntradicere  dico ;  nescio  enim.  Potuit  autem  contin- 
gere,  (si  tamen  incredihile  non  putetur)  plenum  sapien- 
tia  et  perfectum  decore,  homines  preescire  potuisse 
futuros,  etiam  et  prefectures  in  pari  gloria.  Sed  si 
praescivit,  in  Dei  Verbo  absque  dubio  vidit,  et  in  livore 
suo  invidit,  et  molitus  est  habere  subjectos,  socios 
dedignatus.  Infirmiores  sunt,  inquit,  inferioresque  na- 
tura  :  non  decet  esse  concives,  nee  aequales  in  gloria. 
An  forte  prodit  impiam  banc  ejus  machinationem  ilia 
praesumpta  ascensio,  sessioque  significans  magisterium, 
Ascendant,  inquit,  super  monlem  excelsum,  et  sedebo  in 
laterifjus  Aquilonis;  quo  altissimi  quondam  proinde 
simililudinem  obtineret,  si,  quemadmodum  ille  super 
cherubin  sedens,  gubernat  omnem  angelicam  creatu- 
am  ;  ita  et  ipse  altus  sederet,  regeretque  genus  huma- 

14 


nagogam  et 
ecclesiam. 


al  effusion- 
nem. 


-no 


OEUVRES  DE  SAINT  BEHNARD. 


creatures  angaliques,  il  le  i'ut  dans  an  lieu  eminent  le  Seigneur  jugera  les  peuples  en  tout  lieu  et  en 

d'uii  il  regnat  sur  tout  le  genre  humain.  Mais  Ilieu  tout  temps  ;  il  sauvera  les  enfants  des  pauvres,    et 

nous  en  garde.  II  a  medite  l'injuslice  dans  son  lit,  abaissera  celui  qui  les  tient  dans  1'oppression.  Par- 

que  I'iniquite  se  mente  a  elle-ineme.  Nous  ne  con-  tout  et  tou jours  il  protegera  les  siens,  exterminera 

naissons  point  d'autre   juge  quo  celui  qui   nous   a  les  coupables,  et  detruira  la   domination  et  la    ly- 

crees.   Ce  u'est   point  le    diable,    inais  le  Seigneur  r.innie,  que  les  mediants  exercent   sur  les  justes, 


qrui  jugera  l'univers.  C'est  lui  qui  sera  notre  Dieu, 

dans   tous  les  siecles  ,  et  lui  qui  regnera  sur  nous 
eternellement. 

6.  11  a  done  concu  la  doulenr  dans  le  del,  el  dans 
le  paradis  il  a  engendre  I'iniquite,  fille  de  la  ma- 
lice, mere  de  la  mort  et  de  toules  sortes  de  mise- 
res  ;  et  l'orgueil  fut  la  source  de  tous  ces  maux. 
Car  si  la  mort  est  entree  dans  le  monde  par  1'envie 


de  peUT  que  eela  ne  porte  les  gens  a  commeltre  l'i- 

niquite  (Psal.  cxxix,  &),  II  axrivera  oiemeun  temps 
ouilbrisera  absolument  sou  are,  rompra ses armes, 
brulera  ses  boucliers.  Ettoi,  miserable,  tu  t'etublis 
une  demeure  vers  l'Aquilon,  cette  contree  pleine 
de  frimas  et  de  glace,  el  void  que  les  malheureux 
sont  releves  de  la  poussiere,  el  les  pauvres  tires  de 
leur  filmier,  pour  sieger  avec  les  princes,    et   pour 


du  diable  [Sap.  u,  24),  neanmoins  I'origine  de  lout     occuper  un  trone  de  gloire,  pendant  que  tu  ressen- 


pecbe  est  l'orgueil  (Eccle.  x,  15).  Mais  de  quoi  cela 

lui  sert-il  ?   Vous   n'en    Stes   pas  moins   en  nous, 

Seigneur,  et  nous  ne  laissons  pas  d'invoquer  votre 

nom  sur  nous.  Et  le   peuple   que  vous  vous   etes 

acquis,  l'assemblee  de  ceux  que  vousavez  rachetes, 

dit  :  «  Votre  nom   est   une   buile  repandue  [Cunt. 

Le  diable  est  l>  ^)"  "  ^orsqueJe  su's  rejete  de  devant  vous,   vous 

le  prince  des  la  repandez  derriere  moi,  et   en  moi,    car  lorsque 

orgueilleux.  ..  ,  . 

vous  serez  en  colere,  vous  vous  souviundrez  de  vo- 
tre misericorde.  Neanmoins  Satan  a  recu  l'empire 
sur  tous  les  enfants  d'urgueil,  il  est  devenu  le 
prince  des  tenebres  de  ce  monde,  pour  que  l'or- 
gueil  meme  combatte  en  faveur  du  royaume  de 
l'humilite,  alors  que,  durant  sa  principaute  tempo- 
relle  et  tyrannique,  il  etablit  plusieurs  personnes 
bumbles  dans  une  royaute  souveraine  et  eternelle. 
Le  diable  C'est  un  jugeinent  heureux  et  agreable,  de  voir  ce 
prepare  des  persee.uteur  des    bumbles  leur  preparer  sans  le  sa- 

courounes  .        .  .  ,,  . 

aox  humbles  vou*,  des  couronnes  immortelles,   en   les  attaquant 


tiras  une  vive  douleur  de  voir  s'accomplirces paro- 
les :  «  Lepauvre  et  1'indigent  loueront  votre  nom 
{Psalm,  i.xxni,  21).  » 

7.  Grices  vous  soientrciidues,  Seigneur,  pere  des 
orphelins,  etjuge  des  pupilles.  Line  montagnefecon- 
de,  une  montague  grasse  et  tertile  nous  a  commu- 
nique sa  chaleur.  Les  cieux  out  distille  une  rosee  a 
la  presence  du  Dieu  de  Sina  ;  une  buile  a  ete  ver- 
see  ;  un  nom  que  le  mediant  nous  enviait,  s'est 
repandu  de  toutes  parts.  II  s'esl,  dis-je,  repaudu 
jusques  dans  le  coeur  et  dans  la  bouehe  des  petits 
enfants,  et,  comme  dit  le  Propbele,  la  louange  est 
consommeepar  la  bouehe  des  enfants,  et  de  ceux 
qui  sont  encore  a  la  mamelle.  Le  pecheur  verra 
ces  cboses,  et  il  enlrera  en  colere,  sa  fureur  sei'a 
implacable,  et  pareille  a  cette  llamme  qui  ne  peut 
s'eteindre,  et  qui  est  deja  prepareepour  lui  et  pour 
ses  anges.  Le  zeledu  Seigneur  des  armees  operera 
toutes   ces  merveilles  ;  que  vous  m'aiinez,  6  mon 


Amour  de 
Dieu 


,ous,  'et  en  succombaut  sous  les  efforts  de  tous.  Car     Dieu   et  mon  amour,  que  vous  m'aimez  !    car   en  UOm°mes  con- 


num?  Absit.  Iniquitatcm  meditatus  est    in    cubili    suo 
mentialur    iniquitas  sibi.   Nos   alium    non   agnoscimus 
judicem,  quam  auctorem.  Non   diabolus,   sed    Dominus 
judicabit  orbem  terrae ;  et  ipse  Deus  nosier  in  saeculum 
saeculi ;  ipse  reget  nos  in  seecula. 

6.  Ergo  in  ccelo  concepit  dolorem,  et  in  paradiso  pe- 
perit  iniquitatem,  prolem  malitiae,  matrem  mortis  et 
aerumnamm  ;  omniumque  prima  parens  superbia.  Nam 
etsi  iuvidia  diaboli  mors  intravit  in  orbem  terrarum,  ini- 
tium  tamen  omnis  peeeati  superbia.  Verum  quid  ill i 
profuil?  Nihilominus  tu  in  nobis  es  Domine,  et  nomen 
tuum  invocalum  esl  super  nos  ,  el  dicit  populus  acqui- 
sitions, dicit  Ecclesia  redemptorum  :  Oleum  effasum 
nomen  tuum.  Cum  ejicior  ego,  lu  illud  ellundis  post 
me,  et  in  me;  quoniam  cum  iratus  fueris,  misericordias 
recordaberis.  Accepit  tamen  Satan  regnum  super  omnes 
fdios  superbiae,  factus  princeps  tenebrarum  harum,  ut 
regno  bumilitatia  etiam  superbia  militet,  dum  in  uno 
suo  principatu  temporoli,  et  tali,  inullos  bumilcs  excel- 
sos  Ee.ecnosque  reges  constituit.  Jucundum  judicium,  ut 
superbus  ille  humilium  malleator,  eisdem  ipsis  nesciens 
fsjbricet  coronas  perpetuas,  impugnando  omnes,  et  om- 
nibus succumbendo.  Siquidem  ubique  et  semper  judi- 
cabit Dominus  populos,  et  salvos  faciet  (ilios  pauperum, 


,et  humiliabit  calumnialorem.  Ubique,  et  semper  defen- 
sabit  suos,  propulsabit  nocentes,  et  tollel  virgam  pce- 
catorura  desuper  sortem  juslorum,  ut  non  extendant 
jusli  ad  iniquitalem  manus  suas;  eritque  tandem  cum 
ex  toto  arcum  conterel,  el  confringet  anna,  et  scuta 
comburct  igni.  Tu  tibi,  miser,  sedem  collocas  in  Aqui- 
lone,  plaga  nebulosa  et  Irigida  ;  el  ecce  suscitantur  de 
pulvere  inopes,  et  de  stercore  pauperes,  ut  sedeant  cum 
principibus,  el  solium  gloria;  teneant,  doleasque  imple- 
ri  illud  :  Pauper  et  mops  luudabunt  nomen  tuum. 

1.  Gratias  tibi,  Pater  orphanorum  et  judex  pupillo- 
rum,  incaluit  super  nos  mons  coagulates,  mons pinguis ; 
cceli  distillaverunt  a  facie  Dei  Sinai,  eliusum  est  oleum, 
dilatatum  est  nomen,  quod  nobis  et  cui  nos  invidebat 
iniquus  ;  dilatatum,  inquam,  usque  ad  corda  et  ora  par- 
vulorum,  et  in  ore  inlanlium  et  laclcnlium  perlicitur 
laus.  Porro  peccator  videbit  et  irascelur  :  et  erit  sicut 
ira  implacabilis,  sic  (lamma  ioextinguibilis,  quae  jam  pa- 
rata  est  ei  el  angelis  ejus.  Zelus  Domini  cxerciluum  fa- 
ciet hoc.  Quomodo  me  amas,  Deus  mens,  amor  meus? 
quomodo  me  amas,  ubique  iccordalus  mei,  ubique  ze- 
lans  salutem  egeni  et  pauperis,  non  solum  adversum 
homines  superbos,  sed  etiam  adversus  sublimes  angelos  ? 
In  ccelo  et  in  terra  judicas,   Doinine,  nocentes  me,  ex- 


DIX-Hl'ITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTIQUES.  211 

tons  lieux  vous  vous  souvenez  de  moi,  en  tons  lieux 
vous  ides  anime  de  zele  pour  le  salut  d'un  pauvre, 
d'un  miserable,  et  me  prolegez  non-seulement  con- 
tre  les  homines  superbes,  mais  encore  contreles  an- 
ges  rebelles  et  presomptueux.  Dans  le  ciel  et  sur 
la  terre,  Seignenr,  vous  jutjez  ceux  qui  me  font  du 
mal;  vous  domptez  ceux  qui  s'arment  contre  moi 
pour  me  combattre.  Partout  vous  me  secourez, 
partout  vous  etes  a  mes  cotes  pour  empecher  que 
je  ne  sois  ebranle.  Ce  sont  ces  grandes  merveilles 
qui  me  porteroni  a  chanter  toute  ma  vie  des  can- 
tiques  au  Seigneur,  et  a  celebrer  ses  louanges  tant 
que  je  serai  decemonde.  Voila  les  miracles  qu'il 
a  operes  ;  voila  les  prodiges  qu'il  a  faits  .  Voila  le 
premier  et  le  plus  grand  de  ses  jugements  que  la 
vierge  Marie,  qui  participe  a  ses  secrets  et  a  ses 
mysteres,  m'adecouvert  quand  elle  s'est  ecriee  :  «  II 
a  fait  descendre  les  puissants  de  leurs  trones,  et  a 
eleve  les  petits  ;  il  a  rempli  de  biens  ceux  qui 
etaient  dans  la  necessite  et  dans  l'indigence,  et  a 
renvoye  vides  et  pauvres  ceux  qui  etaient  riches 
(Luc.  ix,  39).  »  Le  second  jugement  est  semblable 
a  celui-ci,  et  vous  l'avez  deja  entendu ;  que  ceux 
qui  ne  voient  point  voient,  et  que  ceux  qui  voient 
deviennent  aveugles  (Joan,  ix,  39).  Que  le  pauvre 
se  console  dans  ces  deux  jugements,  et  dise  :  «  Je 
me  suis  souvenu,  Seigneur,  des  jugements  que 
vous  avez  exerces  depuis  le  commencement  du 
monde,  et  j'y  ai  trouve  ma  consolation  (Psalm. 
cxvin,  52).  »  1.  «  Votre  nom  est  une  huile  repandue  (Cant,  l, 

8.  Mais  tournons  nos  regards  sur nous-memes,  et  2).  »  Qu'est-ee  que  le  Saint-Esprit  nous  fait  con- 
examinonsnotre  conduite.Et  afin  delepouvoir  faire  naitre  de  certain  en  nous  a  l'occasion  de  ces  pa- 
avec  verite,  invoquons  l'esprit  de  verite,  et  rappe-  roles?  C'est,  on  n'en  peutdouter,  le  fait  de  deux  de 
lons-le  du  lieu  sublime  d'ou  il  nous  avait  tires,  ses  operations.  L'une  par  laquelle  il  commence  par 
afin  qu'il  nous  guide  encore  pour  aller  a  nous-  nous  etablir  solidement  dans  la  vertu  au  dedans  de 
memes;  parce  que  nous  ne  pouvons  rien  sans  lui.     nous  pour  nous  sauver  ;  et   l'autre  par  laquelle  il 


Et  il  ne  faut  point  apprehender  qu'il  dedaigne  de 
descendre  avec  nous,  puisqu'au  contraire,  il  s'in- 
digne  contre  nous,  lorsque  nous  tachons  de  faire 
la  moindre  chose  sans  son  assistance.  Car  ce  n'est 
pas  un  esprit  qui  va  et  ne  revient  point,  il  nous 
mene  et  nous  ramene  de  lumiere  en  lumiere, 
comme  etant  l'esprit  du  Seigneur,  tantot  nous  en- 
trainant  a  soi  dans  ses  divines  clartes,  tantot  con- 
descendant  a  nos  faiblesses  et  eclairant  nos  tene- 
bres,  afin  que,  soit  que  nous  marchions  au  dessus 
de  nous,  ou  dans  nous,  nous  marchions  toujours 
dans  la  lumiere,  el  comme  des  enfants  de  lumiere. 
Nous  avons  passe  les  ombres  des  allegories,  et  nous 
sommes  arrives  au  sens  moral.  La  foi  est  elevee  et 
affermie,  instruisons  et  regions  les  moeurs.  L'en- 
tendement  est  eclaire,  tachons  de  faire  suivre  Tac- 
tion. Car  nos  connaissances  ne  nous  servent  que 
lorsque  nous  passons  a  Taction,  si  neanmoins  nos 
actions  et  nos  connaissances  se  rapportent  a  l'hon- 
neur  et  a  la  gloire  de  notre  Seigneur  Jesus-Christ, 
qui  est  le  Dieu  et  le  maitre  souverain  de  toutes 
choses,  et  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  XVIII. 

Des  deux  operation*  du  Saint-Esprit,  dont  l'une 
s'appclle  effusion  et  Pautre  infusion. 


pugnas  impugnantes  me  :  ubique  subvenis,  ubique  as- 
sises, ubique  a  dcxtris  cs  mihi,  Domine,  ne  commo- 
vear.  Haec  canlabo  Domino  in  vita  mea,  psallam  Deo 
meo  quandiu  sum.  Ha?  virtutcscjus,  haec  mirabilia  ejus 
quas  fecit.  Hoc  primum  et  maximum  judicium,  quod 
mihi  ilia  conscia  secretorum  aperuit  virgo  Maria  !  Depo- 
suit,  inquiens,  potentes  de  sede,  et  exallavit  humiles. 
Esurientes  impbtvit  bonis,  et  divites  dimisit  inanes.  Se- 
cundum autem  simile  est  huic,  quod  jam  audisti,  ut 
qui  noti  vident  videanl ;  et  qui  vident,  ceci  fiant.  In  his 
duobus  judiciis  consoletur  se  pauper,  et  dicat  :  Memor 
fui  judieiorum  lucrum  a  sxculo,  Domine,  et  consolatus 
sum. 

8.  Sed  revertamur  ad  nos  ipsos,  scrutemurque  vias 
nostras  :  et  ut  in  verilate  id  possimus,  invoccmus  Spiri- 
tum  veritatis,  et  revocemus  ab  alto  q:;o  nos  eduxerat, 
quatenus  anlecedat  nos  etiam  ad  nos,  quoniam  sine  ipso 
possumus  nihil.  Nee  verendum  quod  dedignetur  con- 
descendere  nobis,  qui  potius,  si  vet  exiguum  quid  absque 
ipso  conamur,  indignatur.  Non  est  ille  vadens  et  non 
rediens,  sed  ducit  nos  et  reducit  de  claritate  in  clarita- 
tem,  tanquam  Domini  Spiritus,   quandoque   rapiens  ad 


'ai.  add 

nobis. 

•apudipanoi. 


se  in  lumine  suo,  quandoque  *  contemperans,  et  illumi- 

nans  tenebras  nostras  :  ut  sive  supra  nos    *,  sive   apud 

nos,   semper  in  luce,  semper  ut  filii  lucis  ambulemus. 

Transivimus  allegoriarum  umbras  :  venlum  est  ad  inda- 

ganda  moralia.  .Cdificata  est  fides,  instruatur  vita  :  exer- 

citatus  est  inlellectus,   dictetur  *  actus.   Siquidem  intel-    'at  ditetnr, 

lectus  bonus    omnihus  facientibus    eum,    si   tamen    et 

actus ,     et     intelligent     dirigantur     in      laudem     et 

gloriam    Domini    noslri     Jesu-Christi ,    qui    est   super 

omnia  Deus  benedictus  in  soscula.  Amen. 


SERMO  XVIII. 

De  duabus  operationibus  Spiritus-Sancti,   quorum   una 
vocalur  E/jusio,  el  alia  lnfusio. 

i.  Oleum  effusum  nomen  tuum.  Quid  certum  demons- 
trat  Spirilus-Sanctus  nobis  in  nobis  occasione  hujus 
capituli  ?  Profecto  (quod  interim  occurrit)  gemina'  cu- 
jusdam  sua?  operationis  experimentum  :  unius  quidem, 
qua  nos  primo  intus  Tirtutibus  solidat  ad  salutem  :  alte- 


■2\  < 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


nous  orne  aussi  au  dehors  de  ses  dons  pour  gagner 
Deni  crices  ]es  autres  a  Dieu,  Nous  recevons  la  premiere  grace 
Esprit,  pour  nous,  ei  la  seconde,  pour  le  prochain.  Par 
exemple,  la  foi,  I'esperance,  et  lackarite  nous  sont 
donnees  pour  noire  utilite  partieuliere;  car  sans 
ellcs  nous  ne  saurions  etre  sauves.  Musics  paroles 
de  science  et  di  .  le  Jon  de  guerir  les  ma- 

lades,  eclui  de  prophetic,  et  autres  semblables  dont 
nous  pouvons  manqucr,  sins  que  eela  interesse  en 
rien  notre  salut,  ne  nous  sont  donnes  assuremenl 
que  pour  les  employer  au  service  de  nos  freres. 
Et  pour  que  ces  operations  du  Saint-Esprit  qui  sc 
lout  en  nous,  ou  dans  les  autres,  aient  un  nom 
conibrnie  aux  effets  qu'elles  produisent,  appelons- 
les,  si  tous  voulez,  infusion  et  effusion.  A  laquelle 
des  deux  conviennent  done  ces  paroles  :  «  Votre 
nom  est  une  huile  rep  indue  '.'  N'cst-ce  pas  a  l'effu- 
sionTCars'il  avaitvoulu  parler  de  l'infusion,  il 
aurait  Jit  infuse,  non  pas  repandue  a.  D'ailleurs, 
e'est  a  cause  de  cette  bonne  odeur  dont  les  ma- 
melles  sont  parfumees  au  dehors,  que  l'Epoux  dit  : 
«  Voire  nom  est  une  huile  repandue  ;  »  attrihuant 
l'odeur  meme  au  nom  de  l'Epouse,  comme  a  de 
l'huile  repandue  sur  ses  mamelles.  Et  quiconque 
se  sent  rempli  du  don  d'une  grace  exterieure  dont 
il  puisse  faire  une  refusion  sur  les  autres,  peut 
dire  aussi  :  «  Votre  nom  est  une  huile  repan- 
due. » 
2.  Mais  ici  il  faut  biennous  garder,  ou  de  don- 

a  Horstius,  et  d'autres  avec  loi,  iotercalcot  ici  une  phrase 
tout  enliere  que  voici:  «  D'ailleurs  e'est  de  la  bonne  odeur  que 
les  mamelles  de  I'Epouse  eihalent  au  dehors,  nou  point  de  ses 
vertus  interieures  qu'il  est  dit :  Votre  nom  est  une  huile  repan- 
due. *  le  reste  comine  nous  le  donnons.Mais  elle  se  trouve  omise 
dans  plusieuis  manuscrits,  ainsi  que  dans  la  premiere  edition.  II 
estvrai  qu'elle  se  lit  dans  le  manuscrit  de  saint-Evroul,  mais  elle 
y  remplace  la  phrase  suivame  :  •  Ainsi  e'est  de  l'odeur  douce 
etc.=  II  y  en  a  done  une  des  deui  de  superfine. 


rius  vero,  qua  foris  quoque  muneribus  ornat  ad  lucrum. 
Illas  nobis,  haec  Dostris  accipiruus.  Verbi  gratia,  fides 
spes,  charitas  nobis  propter  nos  dantur  :  absque  his 
quippe  salvi  esse  non  possumus.  Porro  scientiae  seu  sa- 
pienliae  sermo,  gratia  curationis,  prophetia,  similiaque, 
quibus  carere  cum  integritate  etiam  salutis  propriae  pos- 
sumus, proximorum  procul  dubio  in  salulem  expendenda 
donantur.  El  has  Spiritus-Sancti  operationes,  quas  vel 
in  nobis,  vel  in  aliis  experimur,  ut  ex  re  nomina  acci- 
piant,  infusionem,  si  placet,  atque  effusionem  nomine- 
djus.  Cuiuam  ergo  harum  convenit  Oleum  effusum 
nomen  tuum  ?  Nonne  effosioni  ?  Nam  de  iDfusione  in- 
fusum  potius,  quam  effusum  dixisset.  Denique 
ob  bonum  odorem  uberum  extrinsecus  perfusorum,  ait 
Sponsa,  Oleum  effusum  nomen  tuum  :  adscribens 
ipsum  odorem  nomini  Sponsi  ,  tanquam  oleo»effuso 
super  ubera.  Et  quicumque  munere  gratise  extcrio- 
.    .  ris    perfusum  "   se    scntit,    quo    et    ipse    aliis    refun- 

fundi        dere  possit,  etiam  huic  dicere  est  :  Oleum  effusum  no- 
men tuum. 

1.  Sed  sane  cavendum  in  his,  aut  dare  quod  nobis 
accepimus  j  aut  quod  erogandum  acccpimus,  retinere. 
Rem  profecto  proximi  retines  tibi,  si  (verbi  causa)  ple- 


ner  aux  autres   ce  que    nous   avons  rent   pour  Cc  donl  u 

nous,  ou  de  retenir  pour  nous  ce  que  nous  avons  faul  s«  g«- 

recu  pour  les  autres.  Vous  retenez  certainement  dans 'ces 

pour  vous  ce  qui  appartient  a  votre  prochain,  si,  don5- 

par  exemple.  el.int  non-seulemeiit  pleiu  de  vertus, 

■  orne  an  dehors  des  dons  de  la  science 
I' eloquence,  la crainte  peut-etre,  la  paresse, 
ou  une  humilite  hors  de  propos,  fait  que,  par  un 
silence  inulile.  ou  plutdt  damnable,  vous  resserrez 
une  bonne  parole  qui  pourrait  servir  a  plusieuis. 
et  tombez  ainsi  dans  la  malediction  des  peuples, 
en  cachant  votre  ble,  au  lieu  de  le  distribuer  libe- 
ralement.  Au  contraire,  vous  dissipez  et  perdez  ce 
qui  est  a  vous,  si,  avant  que  d'avoir  recu  unecom- 
plete  infusion  de  Dieu,  et  u'etant  encore  plein  qua 
.  VOUS  vous  h'dez  de  vous  repaudre,  violant 
la  loi  qui  defend  de  faire  labourer  le  premier  veau 
d'une  vache,  et  de  tondre  le  premier  agneau  dime 
brebis  [JQfut.  xv,  17;.  Vutis  vous  privez  vous-meme 
de  la  vie  et  du  salut  que  vous  doimez  aux  autres, 
lorsque,  vide  de  droiture  d 'intention,  vousetes  enlle 
du  vent  dune  vaine  gloire,  ou  infeste  du  poison 
d'une  cupiditc  terrestre,  et  qu'une  apostume  mor- 
telle  que  vous  nourrissez  an  dedans  de  vous  est 
pres  de  vous  donner  la  mort. 

3.  C'est  pourquoi  si  vous  etes  sage,   vous  serez  On  predica- 
semblable  au  bassin,  non  au  canal  d'une  fontaine.  ^"b^Vnon 
Le  canal  repand  I'eau  au  dehors  presque  en  meme     un  canal. 
temps  qu'il  la  recoit,  mais  le  bassin  ne  se  repand 
que  quand  il  est  plein,    et  communique    alors   ce 
qu'il  a  de  reste   sans  se   faire    prejudice,    sachant 
bien  qu'il  y  a  malediction  contre  celtii  qui  dcleriore 
la  part  qu'il  a  recue.  Et  atin  que  vous  ne  meprisiez 
pas  le  conseil  que  je  vous  donue,  ecoutez  une  per- 
sonne  plus  sage  que  moi  :  «  Le  fou,  dit  Salomon, 
decouvre  son  esprit  tout  a  la  fois,   mais  celui  qui 


nus  virtutibus  cum  sis ,  forisque  nihiloroinus  donis 
scientiae  et  eloquentiae  adoiuatus,  metu  forte  aut  se- 
gnitie,  aut  minus  discreta  humilitate,  verbum  bonum, 
quod  posset  prodesse   multis,  inutili,  imo   et  damnabili 

-ilentio ;  certe  maledictus,  quod  frumenta  y i> 
dis  in  populis.  Rursum  quod  tuum  est  spaigis  ct  pcrdis, 
si  priusquam  iufundaris  tu  totus,  scmiplcnus  festines 
effundere,  contra  legem  arans  in  priniogenito  bovis,  et 
ovis  primogenitum  tondens.  Nimirum  vita  atquc  salute, 
quam  alteri  das,  te  fraudas,  dum  sana  vacuus  intentione, 
glorias  inanis  vento  inllaris ,  aut  terrenae  cupidita- 
tis  veneno  inficeris ,  et  lethali  aposlemate  turgens  ia- 
teris. 

3.  Quamobrem,  si  sapis,  concham  le  exhibebis,  et 
non  canalem.  Hie  siqnidem  pene  simul  et  recipit,  et 
refundit  :  ilia  vero  donee  impleatur,  exspeclat;  el  sic 
quod  superabundal,  sine  suo  dammo  communical,  sciens 
maletliclum  qui  partem  suam  facit  deter^orem.  Et  ne 
meum  concilium  contemptibile  ducas,  audi  sapientio- 
rem  me  :  Sluitus,  ait  Salomon,  profert  totum  spiritum 
suum  simul,  sapiens  reservat  in  posterum.  Yeruni  cana- 
les  hodie  in  Ecclesia  multos  habemus,  conchas  vero 
perpaucas.  Tantae  charitatis  sunt  per  quos  nobis  fluenta 


DIX-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


213 


La  charite 
les  impar- 
fail8, 
pour  le 
rochain  est 
vicieuse. 


est  sage  se  reserve  pour  une  autre  occasion  (Prov.  /i.  Mais  vous,  mon  frere,  qui  n'etes  pas  encore 

xxix,  11).  »  Nous  en  avons  aujourd'hui  beaucoup  suffisamment  assure  de  votre  propre  salut,  qui 

dans  l'Eglise  qui  ressemblent  au  canal,  et  peu  qui  n'avez  point  de  charite,  ouqui  en  avez  une  si  faible 

ressemblent  au  bassin.  Ceux  par  qui  les  eaux  du  et  si  legere  que,  comme  un  roseau,  elle  se  laisse 

ciel  decouleut  sur  nous  out  tant  de   charite  qu'ils  aller  a  tout  vent,  croit  a  tout  esprit,  est  emportee 

veulent  repandre  la  grace  avant  d'en  etre  remplis.  par  toute  sorte  de  doctrine  ;  ou  plutot  qui  avez  tant 


Plus  disposes  a  parler  qua.  ecouter,  ils  sont  presses 
d'enseigner  ce  qu'ils  n'ont  pas  appris,  et  desirent 
avec  ardeur  de  commander  aux  autres  lorsqu'ils 
ne  savent  pas  encore  se  gouverner  eux-memes. 
Pour  moi,  je  crois  qu'il  n'y  a  pas  de  degre  de  piete, 
pour  parvenir  au  salut,  qui  doive  etre  prefere  a 
oelui  dont  le  Sage  a  dit :  «  Ayez  pitie  de  votre  ame 
en  vous  rendant  agreable  a  Dieu  [Eccle.  xxx, 
2/i).  »  Si  je  n'ai  qu'un  peu  d'huile  pour  mon  propre 


de  charite  que,  passant  au  dela  du  commandement, 
vous  aimez  votre  prochain  plus  que  vous-meme;  et 
qui  d'aulre  part  en  avez  si  peu  que,  contre  le  com- 
mandement, vous  flechissez  sous  la  faveur,  et  suc- 
combez  sous  la  crainte ,  que  la  tristesse  vous 
trouble,  l'avarice  vous  resserre,  l'ambition  vous 
excite,  les  soupcons  vous  agitent,  les  injures  vous 
mettent  hors  de  vous,  les  soucis  vous  rongent,  les 
honneurs  vous  enfleut,  l'envie  vous  desseche  ;  vous, 


Signea  aux- 

quels  on  re- 

cunnnt  des 

predicateurs 

imparfaits. 


II    laut 
preferer 
ligner  notre 
lie  avant  .1.; 
prodiguer 
ios  soins  a 
Tame  des 
autres. 


usage,  pensez-vous  que  je  doive  vous  la  donner  et  dis-je,  qui  vous  sentez  tel  dans  ce  qui  vous  regarde, 

en  demeurer  prive  ?  Je  la  garde  pour  moi,  et  suis  par  quelle  folie  desirez-vous  ou  conseutez-vous  de 

lvsolu  a  ne  la  repandre  que  sur  l'ordre  du  Pro-  prendre  soin  de  ce  qui  concerne  les  autres?  Ecoutez 

phete.  Si  quelques-uns  de  ceux  qui  ont  peut-etre  le  conseil  que  doune  une  charite  vigilante  et  cir- 

une  estime  de  moi  plus    avantageuse   que  ne    doit  conspecte  :  «  Je  n'entends   pas,   dit  1'Apotre  que, 

leur  en  donner  ce  qu'ils  voient  en  moi,  ouce  qu'ils  tout  le  bien  soit  pour  les  autres,  et  tout  le  mal  pour 

en  entendent  dire,  me  pressent  trop  de  leurs  prie-  Vous,  mais  qu'il  s'en  fasse  un  partage  egal  (u.  Cor. 

res,   ils  recevrunt  cette  reponse  :  «  De  peur  qu'il  vm,  13).  »  Ne  veuillez  point  etre  trop  juste  (Eccli. 


n'y  en  ait  pas  assez  pour  vous  et  pour  moi,  allez 
plutot  a  ceux  qui  en  vendent,  et  achetez  en.  »  Mais, 
direz-vous,  la  charite  ne  cherche  point  les  choses 
qui  sont  a  elles.  Savez-vous  pourquoi  elle  ne  les 
cherche  point?  C'estqu'elles  nelui  manquent  point. 
Qui  est-ce  qui  cherche  ce  qu'il  a?  La  charite  a  lou- 
jours  ce  qui  est  a  elle,  cest-a-dire  ce  qui  est  neces- 
saire  a  son  propre  salut.  Non-seuletnent  elle  l'a 
toujours,  mais  elle  l'a  en  abondance.  Elle  veut 
l'abondatice  pour  soi,  afin  de  pouvoir  donner  abon- 
damment  aux  autres.  Elle  garde  pour  soi  ce  qui 
lui  est  necessaire,  afin  de  ne  manquer  de  rienpour 
personne,  autrement  si  elle  n'est  pas  pleine,  elle 
n'est  pas  parfaite. 


vit,  17).  11  suflit  que  vous  aimiez  votre  prochain 
comme  vous-meme,  e'est  la  l'egalite  que  1'Apotre 
demande.  Car  David  dit  :  «  Que  mon  ame  soit 
comblee  de  plaisirs,  et  comme  rassasiee  des  viandes 
les  plus  delicieuses,  et  ma  bouche  temoignera  sa 
joie  par  des  hymnes  de  louange  (Psal.  lxi,  6) ;  »  il 
veut  etre  rempli  avant  que  de  se  repandre;  non- 
seulement  cela,  mais  encore  il  veut  etre  plein  afin 
de  donner  desa  plenitude,  nonde  son  indigence ;  et 
certes  e'est  sagesse  a  lui.  II  a  peur  en  faisant  du 
bien  aux  autres  de  se  faire  tort  a  lui-meme.  Ce  qui 
n'empecherait  pas  neanmoins  qu'il  n'imitat  par- 
faitement  celui  de  la  plenitude  de  qui  nous  avons 
tout  recu.  Apprenez  done  aussi  a  ne  repandre  que 


ccelestia  manant,  ut  ante  effundere  quam  infundi 
velint,  loqui  quam  audire  paratiores,  ct  prompti 
docere  quod  non  didicerunt,  et  aliis  prsesse  gestientes, 
qui  seipsos  regere  nesciunt.  Ego  nullum  ad  salutem  pie- 
tatis  gradum  illi  gradui  anteponendum  existimo,  quern 
Sapiens  posuit,  dicens  :  Miserere  animce  luce  placens 
Deo.  Quod  si  non  habeo  nisi  parumper  olei  quo  ungar, 
pulas  tibi  debeo  dare,  et  remanere  inanis  ?  Servo  illud 
mihi,  ct  omnino  nisi  ad  Prophetse  jussioncm  non  pro- 
fei'o.  Si  insliterint  rogitantes  aliqut  ex  his,  qui  forte 
existimant  de  me  supra  id  quod  vident  in  me,  aut  au- 
diunt  aliqiud  ex  me,  rcspondebitur  eis  :  Ne  forte  non 
sufpeiat  nobis  et  vobis,  ite  potius  ad  vendentes,  et  emite 
nobis.  Sed  charitas,  inquis,  non  quterit  qwe  sua  sunt. 
Et  tu  scis  quam  ob  rem  ?  Non  quajrit  qus  sunt  sua, 
profecto  quia  non  desunt.  Quisnam  quserat  quod 
babet  ?  Charitas  quae  sua  sunt,  id  est,  propria;  saluli 
necessaria  ,  nunquara  non  habet  ;  nee  modo  ha- 
bet,  sed  etiam  abundat.  Vult  abundare  sibi,  ut  pos- 
sit  et  omnibus  ;  servat  sibi  quantum  sufficiat,  ut 
nulli  deflciat.  Alioquinsi  plena  non  est,  perfecta  non  est. 
4.  Coeterum  tu,  frater,    cui  firma  satis  propria  salus 


nondum  est,  cui  charitas  adhue  aut  nulla  est,  aut  adeo 
tenera  atque  arundinea,  quatenus  omni  flalui  cedat,  om- 
ni  credat  spiritui,  omni  circumferatur  vento  doctrinse  ; 
imo  cui  charitas  tanta  est,  ut  ultra  mandatum  quidem 
diligas  proximum  tuum  plusquam  teipsum  :  et  rursum 
tantilla,  ut  contra  mandatum  favore  liquescat,  pavore 
deficiat,  perturbetur  tristitia,  avaritia  contrahatur,  pro- 
(rahatur  ambitione,  suspicionibus  inquietetur,  conviciis 
exagitetur,  curis  evisceretur,  honoribus  tumeat,  livore 
tabescat  :  tu,  inquam,  ita  in  propriis  teipsum  sentiens, 
quanam  dementia,  quaeso,  aliena  curare  aut  ambis,  aut 
acquiescis  ?  Sed  enim  audi  quid  oonsulat  cauta  vigilque 
charitas.  Non  quod  aliis,  inquit,  sit  remissio,  vobis  au- 
tem  tribulatio,  sed  ex  wqualitate.  Noli  nimium  esse 
jikIiis.  Sufticit  ut  diligas  proximum  tuum  tanquam  teip- 
sum, hoc  quippe  est  ex  Eequalitafe.  Dicit  David  :  Sicu- 
adipe  et  pinguedine  repleatur  anima  mea,  et  labiis  exsult 
tationii  laudabit  os  meum  :  infundi  nimirum  prius,  vo- 
lens  et  sic  effundere  :  nee  solum  infundi  prius,  sed 
ct  impleri,  quatenus  de  plenitudine  eruclarcl,  non  osci- 
tare  de  inanilate.  Caute  quidem  ne  quod  aliis  remis- 
sio, sibi   tribulatio  esset ;  et   nihilominus  caste,  imitans 


1  l.'l 


OEiARES  DE  SAINT  REHNAHI). 


de  votre  plenitude,  el  ne  soyez  pas  plus  liberal  que 
Dieu.  Que  !''  bassin  imite  sa  source,  elle  ne  s'ecoule 
en  ruisseaux,  et  ne  forme  des  lacs,  qu'apres  s'ltre 
remplie  de  ses  propres  eaux.  I.e  liassin  ne  doit 
poinl  avoir  bonte  de  ne  pas  faire  de  plus  grandes 
profusions  que  sa  source.  La  source  mline  de  la  Tie, 
pleine  en  elle-mlme,  pleine  de  soi-meme,  ae  com- 
mence-t-elle  point  par  sourdre  duns  les  endroitsles 
plussecrets  des  deux,  qu'elle  remplit  de  sa  bonte? 
et  ce  n'est  que,  apres  avoir  remplijes  lieux  les  plus 
caches  et  les  plus  bants,  qu'elle  se  repand  avec  vio- 
lence sur  laterre,  et,  Belon  l'expression  du  Pro- 
phets, sauve  les  homuies  et  les  bites  par  le  debor- 
dementde  ses  eaux,  Dieu  multipliant  aiusi  lesefl'ets 
de  sa  miser icorde?  II  remplit  d'abord  l'interieur, 
puis  sc  rlpandant  et  debordanl  ensuite,  il  a  visile 
la  terre  par  sa  bonte  inlinie ;  il  l'a  enivree,  pour 
ainsi  dire,  de  ses  graces,  et  l'a  enricbie  et  reudue 
feconde  en  toutes  sortes  de  biens.  Vous  done  faites 
aussi  de  meme.  Soj-ez  plein  avant  de  vous  repan- 
dre.  La  charite  qui  est  liberate,  mais  prudente, 
afllue  ordinairenient  au  lieu  de  s'ecouler.  Mon  fils, 
dit  Salomon,  ne  vous  ecoulez  pas.  Et  l'Apotre  : 
«  C'est  pourquoi  nous  devons  faire  attention  a  ce 
qu'on  nous  dit,  de  peur  que  nous  ne  nous  eeou- 
lions  {Heb.  n,  1).  »  Quoi?  etes-vous  plus  saint  que 
Paul  et  plus  sage  que  Salomon?  D'ailleursjeu'aime 
pas  a  ra'enrichir  en  vous  appauvrissant.  Car  si 
vous  etes  mechant  a  vous-meme,  a  qui  serez-vous 
bon?  Assistez-moi,  si  vous  pouvez,  de  votre  abon- 


tacberde  vous  1'expliquer  le  plus  succinctement 
possible.  Car l'heure  est  deja  bien  avancee,  et  me 
presse  de  Bnir.  Le  Medecin  s'approcbe  du  blesse, 
1'Esprit-Saint  s'approche  de  lame.  Car  quelle  est 
I'amequ'il  ne  se  trouve  point  blessle  par  l'epee  du 
diable,  mime  apres  que  la  plaie  de  1'ancien  peche 
a  Ite  guerie  par  le  remfede  salutaire  du  bap  time? 
Lors  done  que  I'Esprit  s'approche  de  l'ame  qui 
dit  :  «  [/inflammation  et  la  pourriture  se  sont 
formees  dans  mes  plaies  a  cause  de  mon  egarement 
et  de  ma  folie  [Psnl.  xxxvn,  6);  »  que  doit-il  d'a- 
bord faire?  Sansdoute  il  faut  avant  tout  qu'ilperce  u  ct°^onc' 
l'eiillure  et  l'ulcere  qui  s'est  engendree  dans  la 
plaie,  et  qui  peut  faire  obstacle  a  sa  guerison.  Que 
l'ulcere  d'une  coutume  inveteree  soit  done  re- 
tranche  par  le  fer  d'une  vivo  componction.  Mais  L>  devotion 
comme  ce  retranehement  ne  se  peut  faire  sans  uue 
vive  douleur,  que  l'onguent  de  la  devotion  I'adou- 
cisse.  Get  onguent  n'est  autre  chose  que  la  joie 
causee  par  l'esperance  du  pardon.  Or  celte  espe- 
rance  nait  de  l'empire  qu'on  acquiert  sur  ses 
passions,  et  de  la  vietoire  qu'on  remporte  sur  le 
peche.  Ainsi  elle  rend  deja  graces,  et  dit  :  «  Vous 
avez  rompu  mes  liens,  je  vous  sacrifierai  une  hostie 
d'actions  de  graces  (Psal.  cxv,  1).  »  Ensuite  on 
applique  le  remede  de  la  penitence,  et  l'appareil 
des  jeiines,  des  veilles,  des  oraisons,  et  des  autres 
exercices  des  penitents.  11  faut  qu'elle  se  nourrisse 
avec  travail,  de  la  nourriture  des  bonnes  ceuvres,  de 
peur  qu'elle  ne  lombe  en  defuillauce.  Jesus-Christ 
lui-meme  nous  apprend  qu'elle  doit  se  nourrir  des 


Les  aavres 
de  la  peni- 
tence. 


dance;  sinon,  epargnez-vous  vous-meme. 

Qnaiites  dnn      5.  Mais  eeoutez  que  de  choses  et  quelles  choses  bonnes  ceuvres,  quand  il  dit  :  «  Ma  nourriture,  c'est 

on  pastenr.  sQnj  necessaires  a  notre  propre  salut,  quelle  et  de  faire   la  voloute  de  mon  Pere  [Joan,  iv,  3i) .  » 

combien    grande   est    l'infusion   que  nous  devons  Ainsi,   que  les  ceuvres  de   piete  accompagnent  les 

recevoir,  avant  de  penser  a  nous  repandre.  Je  vais  travaux    de    la    penitence    qui    fortilient   l'ame 


ilium,  de  cujus  plenitudine  omnes  accepimus.  Disce  et 
tu  nonnisi  de  pleno  efTundere,  nee  Deo  largior  esse 
velis.  Concha  imitetur  fontem.  Non  manat  ille  in  rivum, 
nee  in  lacum  extenditur,  donee  suis  salietur  aquis. 
Non  pudeat  concham  non  esse  suo  fonte  profusiorern. 
Denique  ipse  fons  vita?  plenus  in  seipso,  et  plenus  seip- 
so,  nonne  priruum  qnidem  ebnlliens  et  saliens  in  proxima 
secreta  ccelorum,  omnia  implevit  bonitate  ;  et  tunc  de- 
mum  impletis  snperioribus  secretioribusque  partibus 
erupit  ad  terras,  ac  de  superfluo  homines  et  jumeivta 
salvavit,  quemadmodum  multiplicavit  misericordiam 
suam  ?  Prius  interna  replevit  :  et  sic  exundans  in  mol- 
ds miserationibus  suis  visitavit  terram,  et  inebriavit 
cam,  multiplicavit  locuplelare  earn.  Ergo  et  tu  fan  simi- 
liter. Implere  prius,  ct  sic  cnrato  efTundere.  Benigna 
pnidensque  cliarilas  al'lluere  consuevit,  non  cfllucre. 
i,  ne  pereffluas  ait  Salomon,  et  Apostolus  :  Prop- 
terea,  inquit,  debemus  intendere  his  qua  dicuntw,  m 
forte  pereffluamus.  Quid  enim  ?  Tune  Paulo  sanctior, 
sapientior  Salomone?  Alioquin  nee  mini  sedet  ditari  ex 
le  cxinanito,  si  enim  tu  tibi  nequam,  cui  bonis  eris  ? 
De  cumulo,  si  vales,  adjuva  me  :  sin  autem,  parcilo 
tibi. 
5.  Sed  jam  auditc,  qua?   et  quanta  saluti  propriae  ne- 


cessaria  sint,  quae  et  quanta  infundi  oporteat,  prius 
quam  efTundere  prEBsumamus,  qose  tamen  in  prasentia- 
rum  breviter  colligere  putero.  Hora  siquidem  jam  mul- 
tum  ascendit,  et  sermonis  urgetadflnem.  Aocedil  medi- 
cus  ad  vulneratum,  spiritus  ;id  animam.  Quam  enim 
non  reperial  gladio  diaboh  vulneralam,  etiam  post  saim- 
turn  rulnus  anliqui  delicti  medicamento  baptismatis? 
Ergo  ad  illam  animam,  qua;  dicit,  Putrverunt  ct  cor- 
ruptee sunt  cicatrices  mea!  a  facie  insipientice  mew ;  cum 
accedit  spiritus,  quid  pi-imo  opus  est  ?  Ut  tumor  vel 
ulcus,  quod  forte  supercrevit  in  vulnere,  potest  impe- 
dire  sanitatem,  ante  omnia  amputetur.  Abscindatur 
ilaque  ferro  acuta  compunctionis  ulcus  inveterata;  con- 
suetudinis.  Sed  est  acerbus  dolor  :  leniatur  proinde 
unguento  devotionis,  quod  non  est  aliud,  nisi  concepta 
de  spe  indulgentise  exsultatio.  Hanc  continendi  parit  fa- 
cullas,  et  victoria  de  peccato.  Jam  gratias  agit,  et  dicit : 
Dirupisti  vinculo  mea,  tibi  sacrificabo  hostiam  laudis. 
Deinde  apponilur  medicamentum  pmnitentias,  malugma 
jejuniuium,  vigiliarum,  Orationum,  et  ;-i  qua  sunt  alia 
pcenitcntium  exercitia.  In  labore  cibandus  est  cibo  boni 
opcris,  ne  deliciat.  Quod  opus  sit  cibus,  inde  doceris  : 
Metis  cibus  est,  inquit,  t</  faciam  roluntatem  Patris 
met.  Itaque  comitentur  pcenitentia:  labores  pietatis  opera 


DIX-HU1TIEME  SERMON  SUR  LE 

«  L'Aunidne,  dit  Tobie,  donne  line  grande  conflance 
aupres  du  Tres-Haut  (Tob.  iv,  13).  »  La  nourriture 
excite  la  soif,  il  lui  faut  donner  a  boire.  Ajoutons 
done  a  la  nourriture  des  bonnes  ceuvres,  le  hreu- 
vage  de  l'oraison,  qui  arrose  les  bonnes  actions 
dans  l'estomac  de  la  conscience,  et  les  rend  agrea^ 
bles  a  Dieu.  L'oraison  est  un  vin  qui  rejouit  le 
cceur  de  l'homme,  e'est  le  vin  du  Saint-Esprit  qui 
enivre,  et  fait  perdre  le  souvenir  des  voluptes  eter- 
nelles.  II  humecte  le  fond  de  la  conscience  qui  est 
aride,  fait  digerer  la  nourriture  des  bonnes  ceuvres, 
et  les  distribue  dans  toutes  les  parties  de  1'a.me, 
affermit  la  foi,  fortifie  l'esperance,  rend  la  charite 
agissanteetreglee,etrepand  une  onction  admirable 
sur  toutes  les  actions. 

6.  Quand  le  malade  a  bu  et  mange,  que  lui 
reste-t-il  a  faire,  sinon  a  se  reposer  et  a  se  de- 
lasser  dans  la  contemplation  apres  le  travail  de 
Taction  ?  Etant  ainsi  dans  ce  sommeil  sacre,  il  voit 
Dieu  en  songe,  dans  un  miroir  et  en  enigme,  ne 
pouvant  pas  encore  le  contempler  face  a  face.  Et 
neanmoius,  quoiqu'il  le  connaisse  plutot  par  con- 
jecture que  par  une  vue  distincte,  et  ne  le  voie 
qu'en  passant,  et  comme  une  petite  etincelle  qui 
disparait  en  un  moment,  cette  vue  passagere  et 
presque  insensible,  ne  laisse  pas  de  l'enllammer 
d'amour,  et  il  dit  :  «  Mon  ame  vous  a  desire  pas- 
sionnement  durant  la  nuit,  et  l'esprit  qui  est  au- 
dedans  de  moi  briile  aussi  du  meme  desir  (ha., 
xxvi,  9).  »  Cet  amour  est  un  amour  de  zele.  II  est 
digne  d'un  ami  de  l'Epoux.  C'est  de  cet  amour 
qu'un  serviteur  fidele  et  prudent,  que  le  Seigneur 
a  etabli  sur  sa  famille,  doit  se  sentir  touche  et 
anime.  II  remplit,  il  rechauffe,  il  bouillonne,  il  se 
repand  bardiment,  il  se  deborde  et  sort  avec  impe- 


qul    pmsS' 
remplir 

l  .'in-:. 


CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  215 

tuosite ;  et  il  dit  :  «  Qui  devient  faible,  sans  que  je 
le  devienne  aussi?  qui  est  scandalise  sans  que  j'en 
ressente  une  vive  douleur  (i  Cor.,  xi,  29)?  »  Que 
celui  qui  est  possede  de  cet  amour  preche,  porte  du 
fruit,  fasse  des  merveilles,  opere  des  miracles;  la 
vanite  ne  trouvera  point  de  place  la  ou  la  charite 
occupe  tout.  Car  la  charite  est  la  plenitude  de  la  loi 
et  du  cceur,  si  toutefois  elle  est  pleine  (Rom.  xm, 
10).  Dieu  est  charite,  et  il  n'y  a  rien  qui  puisse 
remplir  la  creature  faite  a  l'image  de  Dieu,  que 
Dieu,  qui  est  la  charite  meme,  et  qui  est  seul  plus 
grand  qu'elle.  II  est  tres-perilleux  d'elever  aux  H  n'y  a  qu» 
fonctions  ecclesiastiques  celui  qui  n'a  pas  encore  est'  charit6 
acquis  cette  pleine  charite,  quelque  vertu  au  reste 
qu'il  paraisse  avoir.  Quand  il  aurait  toute  la  science 
du  monde,  quand  il  donnerait  tout  son  bien  aux 
pauvres,  quand  il  livrerait  son  corps  aux  flammes, 
il  est  vide,  s'il  n'a  la  charite.  Vous  voyez  de  combien 
de  choses  nous  devons  etreremplis,  si  nous  voulons 
repandre  de  notre  abondance,  non  point  de  notre 
pauvrete.  Premierement,  nous  devons  avoir  la  com- 
ponction.  En  second  lieu,  la  devotion.  En  troisierne 
lieu,  le  travail  de  la  penitence.  En  quatrieme  lieu, 
les  ceuvres  de  piete.  En  cinquieme  lieu,  I'assiduite 
de  l'oraison.  En  sixieme  lieu,  le  repoi  de  la  con- 
templation. Et  enlin,  la  plenitude  de  l'amour.  C'est 
un  meme  esprit  qui  opere  toutes  ces  choses  en  nous, 
par  cette  operation  que  Ton  appelle  infusion ;  et  alors, 
celle  que  nous  avons  appelee  effusion  peut  etre 
exercee  avec  purete  d'intention  et  pleine  securite, 
a  la  louange  et  a  la  gloire  de  notre  Seigneur  Jesus- 
Christ,  qui  etant  Dieu  vit  et  regne  avec  le  Pere 
et  le  Saint- Esprit  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 


quae  confortent.  Xagnam,  ail,  fiduciam  prcestat  apud 
AUissimum  eleemosyna.  Gibus  silim  excitat  :  potandus 
est.  Accedat  cibo  boni  operis  orationis  polus,  compo- 
uens  in  stomacho  conscientias  quod  bene  gestum  est,  et 
c.ommendans  Deo.  Orando  bibitur  viuum  laelilicans  cor 
hominis,  vinum  spiritus,  quod  inebriat,  et  carnalium  vo- 
luplatum  infundit  oblivionem.  Humectat  interiora  aren- 
tis  conscientiae ,  escas  bonorum  actuum  digerit,  et 
deducit  per  quaedam  anima3  membra,  fidem  roborans, 
spem  confortans,  vegetans  ordinansque  charitatem,  et 
impinguans  mores. 

6.  Sumpto  cibo  potuque,  quid  jam  restat,  nisi  ut 
panset  aegrotus,  et  quieli  contemplationis  post  sudores 
actionis  incumbat  ?  Dormiens  in  contemplatione  Deum 
somniat  ;  per  speculum  siquidem  ct  in  aegnimate,  non 
autem facie  ad  faciem  interim  intuetur.  Tamensicnon  tarn 
spectati,  quam  conjectati,  idque  raptim,  et  quasi  sub 
quodam  coruscamine  scintillute  transeuntis,  tenuiter 
vix  atlacti  inardescit  amore,  et  ait  :  Anima  mea  deside- 
ravit  le  in  node,  sed  et  spiritus  mens  in  prcecordiis 
meis.  Talis  amor  zelat ;  hie  decet  amicum  Sponsi,  hoc 
necesse  est  ardeat  fidelis  servus  et  prudens,  quern  cons- 
tituit  Dominus  super  familiam  suam.  Hie  replet,  hie 
ervet,  hie  ebullit,  hie  jam  securus  efTundit,   exundans 


et  erumpens,  ac  dicens  :  Quis  infirmatur ,  et  ego  non 
inftrmor?  quis  scandalizatur ,  et  non  ego  non  urort 
Prasdicet,  fructificet,  innovet  signa,  et  immutet  mirabi- 
lia  :  non  est  quo  se  immisceat  vanitas  ubi  totum 
occupat  chardas.  Siquidem  plenitudo  legis  et  cordis  est 
charitas,  si  tamen  plena.  Deus  denique  charitas  est,  et 
nihil  est  in  rebus  quod  possit  replere  creaturam  factam 
ad  imaginem  Dei,  nisi  charitas  Deus,  qui  solus  major 
est  ilia.  Earn  nondum  adeptus  periculosissime  promove- 
tur,  quantislibet  aliis  videatur  pollere  virtutibus.  Si  ha- 
buerit  omnem  scientiam,  si  dederit  omnem  substantiam 
suam  pauperibus,  si  tradiderit  corpus  suum  ita  ut  ar- 
deat :  absque  charitate  vacuus  est.  En  quanta  prius 
infundenda  sunt,  ut  effundere  audeamus,  de  plenitudine 
non  de  penuria  largientes  ;  primo  quidem  compunctio, 
deinde  devotio,  tertio  pa3nitentiae  labor,  quarto  piutatis 
opus,  quinto  orationis  studium,  sexto  contemplationis 
otium,  septi  plenitudo  dilectionis.  Haec  omnia  operatur 
unus  atque  idem  Spiritus  secundum  operationem,  quae 
infusio  appellator  :  quatenus  ilia  quae  effusio  dicta  est, 
pure,  et  ob  hoc  tutc  jam  administretur  ad  laudem  et 
gloriam  Domini  nostri  Jesu-Christi,  qui  cum  Patre  et 
Spiritu-Sancto  vivit  et  regnat  Deus  in  saecula  seeculq- 
rum.  Amen. 


246 


QEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


SERMON  XIX. 

Nature,  mode  et  propriiti  de  Vamour  de  Dieu  qui 
est  dans  les  anges,  selon  let  divers  degres  de  gloire 
quits  possedent. 

1.  L'Epouse  continue  encore  ses  discours  amoureux . 
Elle  continue  de  celebrer  les  louanges  de  l'Epoux; 
et  elle  1'excite  a  lui  faire  de  oouvelles  graces,  en 
faisant  voir  que  celles  qu'elle  a  deja  reeues  ne  sont 
pas  demeurees  steriles.  Car,  6c  utez  ce  qu'elle 
ajoute  ensuite  :  «  C'est  pourquoi,  dit-elle,  les  jeunes 
filles  vous  aiment  avec  exces  (Cant,  l,  2).  »  Comme 
si  elle  disait  :  Ce  n'est  pas  en  vain  et  inutilemenl, 
6  nion  Epoux,  que  votre  nom  est  comme  aneanti 
et  repandu  sur  nies  mamelles,  car  c'est  pour  cela 
que  les  jeunes  filles  vous  aimenl  avec  exces.  Pour- 
quoi  l'aiment-elles?  A  cause  de  l'effusion  de  son 
nom,  parce  qu'il  l'a  repandu  sur  ses  mamelles. 
C'est  ce  qui  les  excite  a  l'amour  de  l'Epoux.  et 
cause  leur  affection  pour  lui.  Lorsque  l'Epouse 
recoit  le  present  de  cette  infusion,  elles  en  sentent  raison  que  ces  esprits  bienheureux,  qui  sont  appe- 
aussitot  l'odeur,  elles  qui  ne  peuvent  etre  bien  les  Vertus,  peut-etre  parce  qu'etaut  etablis  de  Dieu 
eloignees  de  leur  mere;  et,  toutes  remplies  de  la  pour  sonder  par  une  heureuse  curiosite,  et  admirer 
douceur  de  ce  parfum,  elles  disent  :  «  L'amour  de  en  meme  temps  les  causes  secretes  et  eternelles  des 
Dieu  est  repandu  dans  nos  cceurs  par  le  Saint-  miracles  et  des  prodiges,  ils  font  paraitre  sur  la 
Esprit  qui  nous  a  etc  donue  (Rom.  v,  5).  »  L'Epouse  terre  telles  merveilles  qu'il  leur  plait,  et,  lorsqu'il 
relevant  done  leur  zele  :  Voila,  dit-elle,  6  mon  leur  plait,  en  cbangeant  par  leur  puissance  la  na- 
Epoux,  le  fruit  de  l'effusion  de  votre  nom,  les  jeu-  ture  de  tous  les  elements ;  ce  n'est  pas,  dis-je,  sans 
nes  filles  vous  aiment  avec  exces.  Elles  le  sentent    raison,  qu'ils  briilent  d'amour  pour  le  Seigneur  des 


ges. 


pour  les  jeunes  filles;  ceux  qui  sont  plus  capables 
n'ont  pas  besoin  qu'il  soil  repandu,  ils  en  jouissent 
tout  entier. 

2.  La  creature  angelique  contemple  fixement  l'a-  tes  archan- 
blme  profond  des  jugemeuts  de  Dieu.  Elleprend  un 
souverain  plaisir,  et  met  tout  sou  bonheur  a  en  admi- 
rer  I'equite  supreme,  et  elle  se  glorifie  de  ce  qu'ils 
sont  executes  et  counus  par  son  ministere;  et  c'est 
pour  cel.i  qu'elle  a  grand  sujet  d'aimer  Jesus-Christ 
noire  Seigneur.  «  Tous  les  esprits  celestes,  Jit  saint 
Paul,  ne  sont-ils  pas  minislres  des  volontes  de  Dieu, 
et  envoyes  pour  servirceux  qui  travaillent  a  acque- 
rir  1'b.e.ritage  du  salut  (Eeb.  I,  l/ij?»  Je  crois  que, 
les  archanges,  qui  sans  doute  out  quelque  chose  de 
plus  que  les  anges,  sont  ravis  de  joie  de  ce  qu'ils 
sont  admis  plus  familieremeut  aux  couseils  de  la 
Sagesse  eternclle;  et  ils  exeeutent  aussi  les  meiues 
ordres  avec  beaueoup  de  prudence  et  de  sagesse 
selon  qu'ils  jugent  que  les  temps  et  les  lieux  y  sont 
propres.  Et  c'est  pour  ce  sujet  qu'ils  aiment  aussi  le 
Seigneur  Jesus-Christ.  De  meme,  ee  n'est  pas  sans  Les  vertus . 


repandu,  elles  n'etaient  pas  capables  de  le  sentir 
lorsqu'il  etait  entier,  et  c'est  pour  cela  qu'elles  vous 
aiment.  En  effet,  l'effusion  de  ce  nom  le  rend  ca- 
pable d'etre  recu,  et  on  ne  peut  le  recevoir  qu'on 


vertus  et  pour  Jesus-Christ,  qui  est  la  veitu  de 
Dieu.  Car  il  est  intiuiment  doux  et  agreable  pour 
eux  de  contempler  dans  la  sagesse  meme  les  rai- 
sons  obscures  et  incertaines  de  la  sagesse;  et  il  ne 


ne  le  trouve  ainiable;  mais  il  n'en  est  ainsi  que    leur  est  pas  moms  honorable  et  glorieux  que  Dieu 


SERMO  XIX. 

De  natura,  modo,  ac  proprietalibus  amoris  angclici 
ergo.  X)zum.,juxta  singulos  Angelorum  ordines  dis- 
serit. 

1.  Adhuc  Sponsa  amatoria  loquitur,  adhuc  pergit  am- 
plius  prosequi  laudes  Sponsi  :  et  gratiam  provocat,  dum 
monstrat  earn,  quam  jam  acceperat,  in  se  vacuam  non 
fuisse.  Audi  etenim  quid  secuta  adjungit  :  Propterea 
inquit,  adolescentuls  dilexerunt  to.  nimis.  Quasi  dicat : 
Non  frustra  nee  inaniter  nomen  tuum  exinanitum  est, 
o  Spouse,  atque  effusum  in  libera  mea  :  propterea  enim 
adolescentuls  dilexerunt  te  nimis.  Propter  quid?  Prop- 
ter nomen  effusum,  et  propter  ubera  ex  eo  perfusa. 
Inde  quippe  excitatas  sunt  in  amorem  Sponsi,  inde 
sumpserunt  ut  diligant.  Sponsa  infusum  munus  exci- 
piente,  ill;e  mox  sensere  fragranliam,  quae  longe  a  malre 
minime  esse  pole  rant;  alqne  ilia  Buavitate  replete  di- 
cunt  :  Charitat  Dei  diffusa  est  in  cordibus  nostris  per 
Spiritum-Sanctum  qui  dolus  est  nobis.  Ergo  ipsarum  de 
votionem  Sponsa  commendans,  Hie,  inquit,  fructus,  o 
Sponse,  effusi  nominis  tui,  quod  propterea  adolcsceu- 
lula1  dilexerunt  le.  Effusum  siquidem  senliunt,  quod 
integrum  capere    non   valebant  :  propterea    dilexerunt 


te.  Effusio  quippe  nonem  faeit  capabile,    captus  *  ama"  ' 
bile,  sed  adolescenlulis  dumtaxat.    Qui  capaciores    sunt 
integro  gaudent,  elfuso  non  indigent. 

2.  Angelica  crrealura  irreperoussa  mentis  acie  inluetur 
divinorum  judiciorum abyssum  inullam,  quorum  sumniae 
eequilatis  ineffabili  deleclalionebeata,  gloriatur  insuper 
effectui  ea  mancipari  per  suum  ministeiium,  ac  palam 
fieri  :  et  propterea  diligit  merito  Dominum  Chrislum. 
Nonne  omnes,  ait,  administrators  spiritus  sunt,  missi 
in  minislerium  propter  vm,  t/tii  hmreditatem  capiunt  sa- 
lulis  ?  Porro  Archangelos  (ut  eis  aliquid  differentius  ab 
his,  qui  simpliciter  angcli  sunt,  tribuamus)  mirabiliter 
credo,  delectat,  quod  ipsis  quoque  aeternas  Sapientiee 
conciliis  fauiiliarius  admittuntur,  eademque  per  ipsos 
locis  qua^que  suis  atque  (emporibus  summo  nioderamine 
dispensantur.  Et  haec  causa  quod  diligunt  Uoniiuum 
Christum  et  ipsi.  Ilia?  quoque  beatuu'dines,  quas  Viilu- 
tes  px  eo  l'oisilan  appellala;  sunt,  quod  virtutum  ac  pro- 
digiorum  occultas  perpetuasqne  causas  felici  ourioaitate 
rimari  ac  mirari  divinitus  ordinals,  signa,  qua;  et  quan- 
do  volunt,  ex  omnibus  dementis  terris  potenter  exlii- 
beant  :  ct  ipsa;  ergo  exinde  non  immcrito  inardescunt 
diligere  Dominum  virtutum,  ct  Dei  virtutem  Christum. 
Plenum  quippe  est  suavilaU  et  gratiae,  incerta  et  occul- 


al.  captum 


DIX-iNEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CAiNTIQUE  DES  CANTIQUES. 


217 


i  Domina- 
tions. 


daigne  se  servir  de  leur  ministere,  pour  faire  con- 
naitre  et  admirer  aux  hommes  les  effets  des  causes 
qui  sont  cachees  dans  son  Verbe  adorable. 

3.  Ces  autres  esprits  bienheureux  qu'on  nomme 
Puissances,  et  qui  mettent  tout  leur  bonheur  a 
contempler  et  a  glorifler  la  toute-puissance  divine 
de  Jesus-Christ  crucifie,  qui  s'etend  partout  avec 
une  force  invincible,  recoivent  le  pouvoir  de  cbas- 
ser  et  de  dompter  les  puissances  ennemies  des 
hommes  et  des  demons,  pour  le  bien  de  ceux  qui 
doivent  recueillir  l'heritage  du  salut.  N'ont-ils  done 
pas  encore  un  sujet  tres-legitime  d'aimer  le  Sei- 
gneur Jesus  ?  Au  dessus  d'eux  sont  les  Principautes, 
qui  l'envisagent  d'un  lieu  plus  eleve,  et  voient 
clairement  qu'il  est  le  principe  de  l'univers,  et 
engendre  avant  toutes  les  creatures  :  ils  recoivent 
un  empire  si  grand  et  si  souverain,  que  leur  puis- 
sance s'etend  sur  toute  la  terre,  et  que  du  lieu  su- 
blime et  eminent  oil  ils  sont,  ils  peuvent  changer  a 
leur  gre  les  royaumes  et  les  principautes,  disposer 
des  hommes  et  des  charges,  mettreau  dernier  rang 
ceux  qui  etaient  au  premier,  et  au  premier  ceux 
qui  etaient  au  dernier;  selon  les  nitrites  de  cha- 
cun,  faire  descendre  les  grands  de  leurs  trones,  et 
y  faire  nionter  les  petits.  Et  e'est  la  aussi  le  sujet 
qu'ils  ont  d'aimer  Jesus-Christ.  Mais  les  Domina- 
tions l'aiment  aussi.  Et  quel  est  le  sujet  de  leur 
amour  ?  C'est  que,  par  une  louable  presomption, 
ils  s'efTorcent  de  decouvrir  encore  quelque  chose 
de  plus  grand  et  de  plus  sublime  de  la  domination 
de  Jesus-Christ,  qui  n'est  bornee  par  aucune  li- 
mite  ,  ni  arretee  par  aucun  obstacle,  lis  conside- 
rent  qu'il  remplit  tout  le  monde,  non-seulenient 
par  sa  puissance,  mais  encore  par  sa  presence,  que 
toutes  choses,  depuis  le  haut  des  cieux  jusqu'au 


fond  des  abimes,  obeissent  a  1'equite  de  ses  com- 
mandements,  qu'il  regie  avec  un  ordre  parfait  le 
cours  des  temps,  le  mouvement  des  corps,  et  l'ac- 
tivite  des  esprits ;  et  cela  avec  un  soin  et  une  vigi- 
lance si  exacts,  qu'aucune  de  ces  choses  ne  peut 
cesser,  meine  en  un  point,  en  un  iota,  de  faire 
sa  fonction;  et  d'ailleurs  avec  tant  de  facilite, 
que  celui  qui  les  gouverne  n'en  souffre  aucun 
trouble  ni  aucune  inquietude.  Voyant  done  que  le 
Seigneur  des  armees  juge  toutes  choses  avec  tant 
de  tranquillite,  ils  sont  comme  transports  hors 
d'eux-memes  par  l'etoimement  extraordinaire  ou 
les  met  une  contemplation  si  sublime  et  si  agrea- 
ble,  ils  s'abiraent,  pour  ainsi  dire,  dans  ce  vaste 
ocean  des  splendeurs  divines,  et  se  retirent  tout  a 
fait  a  l'ecart  dans  un  calme  merveilleux,  oil  ils 
jouissent  d'une  paix  et  d'une  surete  si  parfaite, 
que,  paruneexcellente  prerogative,  tandis  qu'ils  se 
reposent,  il  semble  que  tous  les  autres  esprits  soient 
employes  a  les  servir  et  a  les  defendre,  comme 
etant  veritablement  des  rois   et  des  suuverains. 

U-  Dieu  s'assied  sur  les  Trones.  Et  je  crois  que  ces  Let  Trftnei- 
esprits  ont  une  plus  juste  cause,  et  une  plus  ample 
matiere  Je  l'aimer  que  tous  les  autres  dont  nous 
avons  deja  parle.  Car,  de  meme  que  lorsqu'onentre 
dans  le  palais  d'un  roi,  qui  n'est  qu'un  homme, 
on  voit  son  trone  place  en  un  lieu  eminent,  au 
milieu  des  bancs,  des  chaises,  et  des  sieges  de 
toutes  sortes  dont  la  maison  est  remplie  ,  sans  qu'il 
soit  besoin  de  demander  oil  il  a  coutume  de  s'as- 
seoir,  puisque  son  siege  royal  se  presente  d'abord 
a  la  vue,  parce  qu'il  est  plus  eleve  et  plus  riche 
que  les  autres  ;  ainsi  il  est  aise  de  juger  que  ces 
esprits,  que  la  divine  majeste,  par  une  faveur  sin- 
guliere  et  etomiaDte,  a  daigne  choisirpour  en  faire 


ta  sapienti*  in  ipsa  sapientia  intueri  :  plenum  nihilo- 
minus  honoris  et  glorue,  causarum  in  Dei  Verbo  abs- 
condilarum  mundo  spectandas  mirandasque  in  maDU 
ipsorum  dirigi  efficientias. 

3.  Sed  et  illi  spiritus,  qui  Potestates  nominantur, 
dum  Crucifixi  nostri  diviuam  omnipotentiam  ubique 
fortiter  attingenlem  intueri  ac  magnificare  delectantur, 
exturbare  et  debellare  dasmonum  hominumque  capiunt 
salutis,  accipiunt  potestatem.  Et  hi  nonne  justissimam 
habent  causam,  ut  diligant  Dominum  Jesnm?  Sunt  et 
super  istos  Principatus,  qui  ipsum  altius  speculantes,  et 
liquido  pervidentes  universilatis  esse  principium,  et  pri- 
mogenitum  omnis  creatura?,  tanta  proinde  principatus 
dignitate  donantur,  ut  ubique  terrarum  habeant  potes- 
tatem, quasi  de  summo  quodam  rerum  cardine,  regna, 
et  principatus,  et  quaslibet  proarbitrio  mutare  etordinare 
dignitates  :  pro  quorumque  meritis  facere  primos  novis- 
simos,  et  novissimos  primos  ;  deponere  potentes  de  sede 
et  exaltare  bundles.  Et  haec  istis  quoque  ratio  diligendi. 
Sed  diligunt  et  Dominationes.  Cur?  Nescio  quid  subli- 
lius  sublimiusque  indagare  de  Christi  interminabili  atque 
irrefragabili  dominatu,  landabili  quadam  priesumptione 
feruntur  :  quod  scilicet  ubique  universilatis  non  solum 
potens,  sed  et  praesens,  supra  infraque  obsequi  rectissi- 


m»  voluntati  sua?  cursus  temporum,  motus  corporum, 
nutus  mentium,  ordine  utique  pulcherrimo  cogat  j  idque 
curatam  vigili,  ut  ne  puncto  quidem  aut  iota,  uni  (ut 
dicitur)  horum  omnium  debitum  subtrahere  famulatum 
ullatenus  liceat  :  opera  tamen  tarn  facili,  ut  turbationem 
seu  anxietatem  ullam  omnino  gubernator  non  sentiat. 
Inluentes  ergo  Dominum  sabaolh  lanfa  cum  tranqmlli- 
tate  omnia  judicantem  ,  inlenlissiaiae  suavissimaeque 
contemplationis  stupore  nimio,  sed  sensato  rapti  in  illud 
divinas  claritatis  tarn  ingens  pelagus,  recipiunt  sese  in 
secretion  quodam  mirae  tranquillilatis  recessu ,  ubi 
tanla  pace  ac  securitate  fruuntur,  ut  quiescenlibus  ipsis, 
pro  reverenlia  prasrogalivje  ,  tanquaai  vere  domi- 
nationibus  ministrare  et  militare  videatur  cajtera  multi- 
tudo. 

4.  In  thronis  sedet  Deus.  Et  puto  quod  his  spiritibus 
supra  omnes  qui  memorati  sunt,  et  justior  causa,  et 
copiosior  sit  materia  diligendi.  Etenim  si  intres  hominis 
regis  cujuscunque  pnlatium,  nonne  cum  plenum  sic 
sellis,  scamnis,  catbedrisque,  regia  sedes  in  eminentl 
posita  cernitur'?  Et  non  est  necesse  quaerere  ubi  rex 
sedere  solitus  sit  :  nimirum  mox  occurrit  manifesta 
sedes  ejus,  caeteris  altior  ornatiorque  sedilibus.  Sic  quo- 
que omni  decoris  ornatu  cunctis  aliis  praeeminere  spiri- 


218 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


le  trine  ou  elle  s'assied,  surpassent  tous  les  autres 
en  beaute  et  on  inagnificence.  D'etre  assis  est  le 
symhole  de  1'autoriti-.  je  pense  que  celui  qui  est 
notre  unique  maitre  dans  le  ciel  et  sur  la  terre, 
Jesus-Christ,  la  sagesse  de  Dieu,  qui  atteint  partout 


Les   Ctae>D- 
b:na. 


Les  Se>a- 
phins. 


en  lui,  et  les  echauffe  de  telle  sorte  o'e  son  ardeur, 
qu'ils  serablent  ne  faire  qu'un  meme  esprit  avec 
lui ;  de  meme  que  le  feu  qui  enflamme  l'air.en  lui 
imprimant  toute  sa  chaleur  et  sa  couleur,  ne  sem- 
ble  pas  tant  lui  communiquer  ces    qualites   que  le 


a  cause  de  sa  souveraine  purete,  eclaire  particu-  transformer  en  sa  propre  nature.  Us  aiment  done 
lierement  et  principalement,  par  sa  presence,  ces  surtout  a  contempler  en  Dieu,  les  premiers,  la 
esprits  bienheureux,  comma  son  propre  trone,  et  science,  qui  est  en  lui  sans  mesure  et  sans 
que,  de  la,  comnie  dun  solennel  auditoire,  il  en-  bodies;  et  les derniers, la  charite  qui  ne  fait  jamais 
seigne  la  science  aux  anges  et  aux  homines.  C'est  def.uit.  C'est  pourquoi  ils  ont  des  noms  qui  sont 
de  ce  lieu  qu'il  donne  aux  Anges  la  connaissance  propres  pour  exprimer  les  choses  en  quoi  chacun 
de  ses  jugements,  et  aux  Arehanges  celle  de  ses  d'eux  excele  par  dessus  les  autres.  Car  ch6rubin 
conseils.  C'est  la  que  les  Vertus  apprennent  quand,  signilie  la  plenitude,  la  science,  et  seraphin,  en- 
en  quel  lieu,  et  quels  miracles  ils  doivent  operer.  Qammant  ou  enflamme. 


C'est  la  que  les  Puissances,  les  Principautes,  et  les 
Dominations,  apprennent  ce  qu'elles  doivent  faire, 
cequ'elles  peuvent  presumer  d'elles-memes,  selon 
la  dignite  de  leur  nature,  et  ce  qui  leur  est  princi- 
palement recommande  a  toutes,  comment  elles  doi- 
vent se  servir  de  leur  puissance  et  n'en  point 
abuser,  soit  en  la  faisant  dependre  de  leur  pro- 
pre volonte,  soit  en  la  rapportant  a  leur  propre 
gloire. 
5.  Toutefois,  je  pense  que  cescelestestroupes  qu'on 
appelle  Clierubins,  suivant  meme  la  signification 
de  leur  nom,  n'ont  rien  qu'ils  recoivent  desTrones 
ou  par  les  Trones,  mais  ils  peuvent  puiser  autant 
qu'il  leur  plait  dans  la  source  meme,  le  Seigneur 
Jesus  qui  daigne  lui-meme  et  par  lui-meme  les 
introduire  dans  toute  la  plenitude  de  la  verite,  et 
leur  reveler  abondammciit  les  tresors  de  sagesse  et 
de  science  caches  en  lui.  Ceux  qu'on  nomme  Se- 
raphins  jouissent  du  meme  avantage.  Car  la  cha- 
rite,  qui  est  Dieu,  les  attire  etles  absorbe  tellement 


6.  Dieu  est  done  aime  des  Anges  a  cause  de  1*6-  H6capituia- 
quite  souveraine  de  ses  jugements  ;  desArchanges,  tionde  ceqoi 
a  cause  de  la  sagesse  adoralile  de  ses  conseils  ;  des 
Vertus,  a  cause  des  miracles  qu'il  daigne  faire  pour 
attirer  a  la  foi  ceux  qui  sont  incrcdules;  des  Puis- 
sances, a  cause  de  cette  puissance  egalement  juste 
et  supreme,  par  laquelle  il  a  coutume  de  proteger 
les  gens  de  bien  eontre  les  violences  des  mechants; 
des  Principautes,  a  cause  de  cette  vertu  eternelle 
et  primordiale,  par  laquelle  il  donne  l'etre  et  le 
principe  de  l'etre  a  toute  creature  superieure  et 
inferieure,  spirituelle  et  corporelle,  depuis  le  plus 
haut  des  cieux  jusqu'aux  plus  profonds  abimes  de 
la  terre,  avec  force  et  puissance  ;  des  Dominations, 
a  cause  de  l'extreme  bonte  par  laquelle  il  tempere 
sa  puissance  souveraine,  et  qui  fait  que,  bien  qu'il 
domina  sur  toutes  choses  par  la  force  de  son  bras, 
neanmoins,  par  une  vertu  plus  puissante,  suivant 
les  mouvements  de  cette  bonte  r.aturelle,  etde  cette 
tranquillile  merveilleuse  qui  n'est  agitee  d'aucun 


tibus  istos  inlellige,  in  quibus  speciali  quodam  stupen- 
dae  dignationis  munere  divina  elegit  residere  rnajestas. 
Quod  si  sessio  significat  magisterium ;  puto  ilium,  qui 
unus  est  nobis  magister  in  ccelo  et  in  terra,  Dei  supien- 
tiam  Christum,  cum  alias  qnidem  ubique  altingat  prop- 
ter munditiam  suam,  specialius  tamen  islos,  atque  priu- 
cipalius  tanquam  prupriam  scdem  sua  illustrare 
praesentia,  et  hide  tanquam  de  solemni  auditorio  docere 
angelum,  docere  hominem  scientiam.  Inde  Anyelis 
divinorum  notitia  judiciorum,  inde  cuncilioruco  Arcban- 
gelis  :  ibi  Virtutes  audiunt,  quando,  et  ubi,  et  qualia 
proferant  signa.  Ibi  denique  universi,  sive  sint  Potes- 
tates,  sive  Principatus,  sive  Dominationes,  discunt  pro- 
fecto  quid  ex  officio  debeant,  quid  pro  dignitate  prasu- 
mant,  et  (quod  prscipue  cautum  est  omnibus)  accepta 
potestate  ad  propriam  voluntatem  seu  gloriam  non 
abuti. 

5.  Ilia  tamen  cceli  agmina,  quae  Cherubin  nuncupan- 
tur,  si  eis  sui  vocabuli  servetur  interprelatio,  arbitror 
nil  habere  quod  ab  ipsis,  aut  per  ipsos  accipiant  :  cum 
de  ipso  fonte  ad  plenum  haurire  liceal,  ipso  ea  per  se 
Domino  Jesu  dignanter  introducente  in  omnem  plenilu- 
dinem  veritatis,  thesauros  sapientiae  scientiasque,  qui  in 
eo  omnes  abscondili  sunt,  largissime  revelante.  Sed 
nee  ea  qua?  appellata  sunt  Seraphin,   quippe    quae   ipsa 


charilas  Deus  in  se  adeo  traxit  et  absorbuit,  atque  in 
euindem  rapuit  sanclae  afiectionis  ardorem,  ut  unuscum 
Deo  esse  spiritus  videantur  :  instar  profecto  ignis,  qui 
aerem,  (jul-ui  inllammat,  dum  suum  ei  totum  calorem 
imprimit,  induitque  colorem,  non  ignitum,  sed  ignem 
fecisse  ceroilur.  Amant  itaque  praecipue  contemplari 
in  Deo  illi  quidem  spiritus  scientiam  cujus  non  est 
numerus;  hi  vero  charitatem,  quae  nequaquam  excidit. 
Unde  et  noinina  ista  sortiti  sunt  ex  eo  quique,  in 
quo  praeeminere  videntur;  nam  Cherubin  quidem  ple- 
nitudo  scientiae ;  Seraphin  vero  incendentia  vel  incensa 
dicuntur. 

6.  Diligilur  ergo  ab  Angelis  Deus  ob  judiciorum 
suorum  summam  aequilatem ;  ab  Archangelis  ob  cunci- 
liorum  summam  moderationem ;  porro  a  Virtulibus  ob 
benignissimam  exhibitionem  miraculorum ,  per  quae 
incredulos  dignantissime  trahit  ad  fidem  ;  a  Potestatibus 
vero  ob  illam  justissimae  polentiae  vim,  qua  solet  a  piis 
malignantium  prupulsare  et  arcere  crudelitatem;  verum 
a  Prinuipatibus  ob  aeternam  et  originalem  illam  virtu- 
tem,  qua  dat  esse  et  essendi  principium  omni  creatura; 
auperiori  el  inferiori,  spirituali  et  corporali,  atlingens  a 
fine  usque  ad  finem  fortiter  :  a  Dominationibus  quoque 
ob  placidissimam  voluntatem,  qua  licet  ubique  domine- 
tur  in  fortitudine  brachii  sui,   virtute   tamen   potenliori 


DIX-NEUVIEME  SERMON  SUR 

trouble,  il  ordonne  toutes  cboses  avec  une  douceur 
incomparable.  II  est  aime  des  Trones,  parce  qu'il 
est  la  supreme  sagesse  qui,  comme  un  bon  maitre, 
se  communique  sans  envie  et  repand  cette  onction 
divine  qui  enseigne  gratuitement  toutes  cboses.  II 
est  aime  des  Cherubins,  paree  qu'il  est  le  Dieu  et 
le  Seigneur  des  sciences,  et  que,  connaissant  ce  qui 
est  necessaire  a  cbacun  pour  son  salut,  il  distribute 
ses  dons  avec  discernement  et  prudence  a  ceux  qui 
les  lui  demandent  comme  il  faut,  selon  qu'ils  en 
ont  besoin.  Enfin  il  est  aime  des  Seraphins,  parce 
qu'il  est  charite,  qu'il  ne  hait  aucun  de  ses  ou- 
vrages,  et  qu'il  veut  que  tous  les  hommes  soient 
sauves,  et  viennent  a  la  connaissance  de  la  ve- 
rile. 

7.  Tous  ces  esprits  aiment  done  Dieu  selon  le 
degre  de  connaissance  qu'ils  en  ont.  Mais  les  jeunes 
fines,  parce  qu'elles  le  goutent  moins,  le  connais- 
sent  moins  aussi,  et  ne  sont  pas  capables  de 
choses  si  sublimes.  Car  elles  sont  encore  petites  en 
Jesus-Christ,  et  doivent  etre  nourries  de  lait  et 
d'buile.  11  faut  done  qu'elles  recoivent  des  mamelles 
de  l'Epouse  de  quoi  l'aimer.  Elle  a  une  huile  re- 
paudue,  et  l'odeur  quelle  exhale  les  excite  a  goi- 
ter et  a  sentir  combien  le  Seigneur  est  doux. 
Aussi  quand  elle  les  voit  embrasees  d'amour,  se 
touruant  vers  l'Epoux,  elle  s'ecrie  :  «  Voire  nom, 
est  une  huile  repandue,  e'est  pourquoi  les  jeunes 
filles  vous  aiment  avec  exces.  »  Qu'est-ce  a  dire 
avec  exces?  C'est-a-dire,  beaucoup,  fortement,  ar- 
demment.  Ou  plutot  ce  discours  s'adresse  indirec- 
tement  a  vous,  qui  etes  ici  depuis  peu  de  temps,  et 
reprend cette  ferveur  indiscrete  et  ce  zele  iminodere 
que  vous  suivez  avec  tant   d'obstinatiou,    et   que 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  219 

nous  avons  tache  si  souventde  reprimer.  Vous  ne 
voulez  pas  vous  contenter  de  la  vie  commune. 
Les  jeunes  reguliers,  les  veilles  solennelles,  la  regie 
ordinaire,  et  la  mesure  fixee  pour  les  vetements  et 
pour  le  vivre  ne  vous  suffisent  pas.  Vous  preferez 
les  cboses  particulieres  a  celles  qui  sont  communes. 
Puisque  vous  nous  avez  une  fois  abandonne  le 
soin  de  votre  ame,  pourquoi  voulez-vous  en  re- 
prendre  la  conduite  ?  Car  ce  n'est  plus  moi  que 
vous  suivez,  e'est  voire  propre  volonte,  qui,  vous 
le  savez,  vous  a  fait  offenser  Dieu  si  souvent.  C'est 
elle,  dis-je,  qui  vous  enseigne  a  ne  point  epargner 
la  nature,  a  ne  vous  rendre  point  a  la  raison,  a  ne 
suivre  le  conseil  ni  l'exemple  des  plus  anciens,  et 
a  ne  nous  point  obeir.  Ne  savez-vous  pas  que 
«  l'obeissance  vaut  mieux  que  le  sacrifice  (i,  Reg. 
xv,  22)  ?  »  Et  n'avez-vous  pas  lu  dans  votre  regie, 
que  tout  ce  qui  se  fait  sans  la  volonte  ou  sans  le 
consentement  du  pere  spirituel,  sera  impute  a 
vaine  gloireetnemeritepointde  recompense  [v.  Reg. 
sanc.Bciiedicli,':.)'!  N'avez-vous  pas  lu  dans  l'Evangile 
quelle  maniere  d'obeir,  l'enfant  Jesus  a  laissee 
aux  saints  enfants?  Car,  lorsqu'etant  demeure  a  Je- 
rusalem, il  dit  a  ses  parents  qu'il  fallait  qu'il  s'em- 
ployit  aux  choses  qui  concernaient  son  Pere,  comme 
il  vit  qu'ils  n'acquiescaient  point  a  ses  paroles,  il 
ne  dedaigna  pas  de  les  suivre  a  Nazareth;  le 
maitre  suivit  ses  disciples,  un  Dieu  suivit  un  artisan 
et  une  femme.  Mais  qu'ajoute  encore  l'Histoire  sa- 
cree?  «  Et  il  leur  etait  soumis  {Luc.  xn,  51),  »  dit— 
elle.  Jusques  a  quand  serez-vous  sages  devant  vos 
propres  yeux?  Un  Dieu  s'abandonne  et  se  soumet 
a  des  hommes  mortels,  et  vous  marcherez  encore 
dans  vos  voies  et  sous  votre    conduite?    Vous   avez 


pro  sua  ingenita  lenitate  et  imperturbabili  tranquillitate 
disposuit  omnia  suaviter.  Diligitur  et  a  Thronis  ob 
benevolentiam  magistrse  sapientia?  sine  invidia  sese 
cornmunicantis,  et  unctionem,  quae  gratis  docet  de 
omnibus.  Casterum  a  Cherubin  propterea  diligitur,  quia 
Deus  scientiarum  dominusest ;  etsciens quid  cuique  opus 
sitadsalutem,  discrete provideque  dona  suadigne  poscen- 
tibus,proulnovitexpedire,  distribuit :  a  Seraphin  quoque, 
quia  charitas  est,  et  nihil  odit  eorurn  qua?  fecit,  et  vult 
omnes  homines  salvos  fieri,  et  ad  agnitionem  veritatis  ve- 
nire. 

7.  Hi  ergo  omnes,  prout  capiunt,  diligunl.  Sed  enim 
adolescenlulaj,  quoniam  minus  sapiunt,  minus  et  capiunt, 
nee  omnino  sufliciunt  ad  tam  sublimia  :  parvulae  qnippe 
in  Christo  sunt,  lacte  et  oleo  nutriendae.  Ergo  ex  ube- 
ribus  Sponsas  opus  sum  ere  habent  unde  diligant.  Uubet 
oleum  effusum  Sponsa,  ad  cujus  illte  excitantur  odorem 
gustare  et  sentire  quam  suavis  est  Dominus.  Cumque 
amore  flagrantes  persenserit,  convcrtens  seadSpC'nsum  : 
Oleum,  ait,  effusum  nomen  luum,  propterea  adolescen- 
tude  dilexerunl  le  nimis.  Quid  est  nimis?  Valde,  vehe- 
menter,  ardenter.  Vel  certe  magis  ex  obliquo  vos,  'qui 
nuper  venistis,  tangit  spiritualis  sermo  :  vestram  illam 
(quam  et  nos  frequenter  reprimere  conali  sumus)  minus 
discrctam    vehementiam,  imo  intemperantiam  prorsus 


Saint  Bernard 

bllnn'  les 
religieuz  qai 
aiment  a  se 

smgulariicr. 


V.  leimne. 

Sermon 

n.  1,  et  le 

le  sermon 

prononce  a 

la  mort  de 

Humbertn.t. 


Obeissance 
admirable  de 
Jesus-Cbriat. 


nimium  obstinatam  redarguens.  Non  vultis  esse  com- 
niuni  contenli  vita.  Non  sufficit  vol>is  regulare  jejunium, 
non  solemnes  vigiline,  non  imposita  disciplina,  non 
mensura,  quam  vobis  parlimur  in  vestimentis  et  ali- 
menlis  :  privata  prsfertis  communibus.  Qui  vestricuram 
semel  nobis  credidistis,  quid  rursum  de  vobis  vosintro- 
mitlitis?  Nam  illam,  qua  loties  Doum,  conscientiis  ves- 
tris  testibus,  offendistis  ,  propriam  scilicet  voluntatem 
vestram,  ecce  nunc  iterum  magistram  habetis,  non  me. 
Ilia  vos  natural  docet  non  parcere,  rationi  non  acquies- 
cere,  non  obtemperare  seniorum  concilio  vel  exemplo, 
non  obedire  nobis.  An  ignoratis  quia  me/tor  est  obe- 
dienlia,  quam  viclimie?  Non  legistis  in  regula  vestra, 
quod  quidquid  sine  voluntate  vel  consensu  palris  spiri- 
tualis fit,  van<e  gloria?  deputabilur,  non  mercedi  ?  Non 
legistis  in  Evangelio,  quam  formam  obediendi  puer 
Jesus  pueris  Sanctis  tradiderit?  Nam  cum  remansisset 
in  Jerusalem,  et  d>ixissel  in  his  quae  Patris  sui  erant 
oportere  se  esse ,  non  acquiescentibus  parentibus  ejus, 
sequi  illos  in  Nazareth  non  despexit,  Magister  discipu- 
los,  Deus  homines,  Verbiim  et  Sapientia  fabrum  et 
feminam.  Quid?  Etiam  addidit  sacra  historia  :  Et  erat, 
incpiit,  subdilus  illis.  Quousque  vos  sapientes  estis  in 
oculis  vestris?  Deus  se  mortalibus  credit  et  subdit;  et 
vos  in  viis  vestris  adhuc  ambulatis?  Bonum    receperatis 


250 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


recu  un  bon  esprit,  mais  vous  n'en  asez  pas  bien. 
J'appriMiondc'  qu'au  lieu  de  lui,  vous  n'en  rece- 
viez  un  autre  qui,  sous  de  speeieuses  apparences, 
vous  fasse  trebucher,  et,  qu'ayant  commence  par 
l'esprit,  vous  n'acheviez  par  la  chair.  Ne  savez-vous 
pas  que  le  mauvais  ange  se  transforme  SOUvent 
en  ange  de  lumiera)  Dieu  est  sagesse;  il  ne  veut 
pas  qu'ou  l'aiine  seuleinent  avec  bonheur,  mais 
avez  sagesse.  C'est  ce  qui  fait  dire  a  l'Apotre  :  «  Que 
votre  culle  soit  raisonnable  [Rom.  xn,  1).  »  Autre- 
ment  si  vous  negligez  la  science,  l'esprit  d'erreui 
se  jouera  bientot  de  votre  zele.  Cet  ennemi  artiti- 
cieux  n'a  point  de  plus  forte  machine  pour  6ter 
l'amour  d'un  cceur ,  que  lorsqu'il  peut  faire  en 
sorte  qu'il  manque  de  prudence  et  de  raison  dans 
11  faot  aimer  sa  conduite.  C'est  pourquoi  je  pense  a  vous  donner 
Sagesse"  quelques  regies,  qu'il  est  necessaire  d'observer 
quand  on  aime  Dieu.  Mais  conmie  il  est  temps  de 
finir,  je  ticherai  de  vous  les  expliquer  demain,  si 
Dieu  mc  donne  vie  et  me  laisse  le  loisir  que  j'ai  a 
present.  Car  lorsque  nous  aurons  repris  une  nou- 
velle  vigueur  par  le  repos  de  la  nuit,  et,  ce  qui  est 
le  principal,  par  les  prieres  que  nous  adresserons 
a  Dieu,  nous  nous  assemblerous  avec  plus  d'ardeur 
et  d'allegresse,  comme  il  est  juste,  pour  entendre 
le  discours  de  l'amour,  moyennant  la  grace  de 
Notre-Seigneur  Jesus-Christ,  a  qui  soil  honneur  et 
gloire  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XX. 

Trois  sorles  d' amours  donl  ?ious  aimons  Dieu. 
1.  Afin  de  commencer  ce  discours  par  les  paroles 


d'un  maitre  :  «  Que  celui  qui  n'airne  point  le  Sei- 
gneur   Jesus,   soit  anatheme    (l.    Cur.  xvi,   22).  » 


Quiconqne 
refuse  de  vi- 


vre   pour 

Veritablement  je  suis  bien  oblige  d'aimer  celui  qui  jesus-Cbrist 
est  l'auteur  de  mon  etre,  de  ma  vie,  et  de  ma  ebmodu'fr°r.de 
raison;  et  je  ne  puis  toe  ingrat  sans  indignite. 
Ceries,  il  faut  reconnoitre  Seigneur  Jesus,  que  celui 
qui  refuse  de  vivre  pour  vous  est  digue  de  la  mort, 
et  qu'il  est  mort ;  que  celui  dont  les  senti- 
ments ne  sont  pas  conformes  a  vos  maximes  est 
insense  ;  et  que  celui  qui  n'a  pas  soin  de  D'etre  au 
monde  que  pour  vous,  n'y  est  que  pour  un  ueant, 
et  u'esl  lui-meiuo  qu'un  neant.  Apres  tout,  en 
quoi  1'homme  est-il  quelque  chose,  sinon  en  ce  que 
vous  lui  faitesla  gracede  vous  connaitre? C'est  pour 
vous  seul,  6  mon  Dieu,  que  vous  avez  cree  toutes 
choses,  et  celui  qui  ne  veut  etre  au  monde  que 
pour  soi,  non  pour  vous,  commence  a  n'etre  plus 
rien,  parmi  tous  les  Etres.  «  Craignez  Dieu  et 
observez  ses  commandements  :  c'est  la  tout 
1'homme,  dit  le  Sage.  »  Si  done  tout  1'homme  est 
la,  hors  de  la  tout  1'homme  n'est  rien.  Faites-moi  la 
grace,  Seigneur,  que  le  peu  qu'il  vous  a  plu  que  je 
sois  par  votre  bonte,  ne  soit  pas  a  moi,  mais  tout  a 
vous.  Recevez,  je  vous  en  conjure,  les  restes  de  ma 
miserable  vie;  et  pour  toutes  les  annees  que  j'ai 
perdues,  parce  que  je  les  ai  employees  a  me 
perdre,  ne  rejetez  pas  un  coeur  contrit  et  humilie. 
Mes  soins  se  sont  evanouis  comme  l'ombre,  et  se 
sont  ecoules  sans  aueun  fruit.  II  est  impossible  que 
je  les  rappelle,  faites  done  au  moins,  s'il  vous  plait, 
que  je  les  repasse  devant  vous,  dans  l'amertume 
de  mon  ame.  Vous  voyez  quel  est  l'objet  de  tous 
mes  desirs,  vous  penetrez  tous  les  desseins  que  je 
ferme  dans  mon  cceur.  Si  j'avais  quelque  sagesse, 


Aspiration 
d'une  ame 
peniteute 
vers  Dieu. 


spiritum  :  sed  non  bene  utimini  eo.  Vereor  ne  alium 
pro  isto  recipiatis,  qui  sub  specie  boni  supplantet  vos  : 
et  qui  spiritu  coepistis,  caine  consummemini.  An  nes- 
cilis,  quia  angelus  satanae  multolies  transfigurat  se  in 
angelum  lucis?  Sapienlia  est  Dcus,  et  vult  se  amari 
non  solum  dulciter,  scd  et  sapienter.  Unde  Apostolus  : 
RatioJiahile,  inquit,  obsequium  vestrum.  Alioquin  facil- 
lime  zelo  tuo  spiritus  illudet  erroris ,  si  scieniiam 
ncgligas  :  ncc  habet  callidus  hostis  machinamentum 
efficacies  ad  tollendam  de  corde  dilcctioncm,  quam  si 
cfficeie  possil,  ut  in  ea  incaute,  et  non  cum  ralione 
anibuletur.  Quamobrem  ego  cogito  modos  quos- 
dam  tradere  vobis,  quos  opera*  preliuni  est  Deum 
diligcnlibus  observare.  Scd  quia  hie  sermo  finem 
desiderat,  eras  eos,  si  Deus  vitam  mihi  et  otium, 
quod  nunc  habemus  ad  disserendum  ,  servaverit , 
explicare  conabor.  Tunc  enim  recreatis  noclurna 
quiete  sensibus ,  et  (quod  est  praecipuum)  oralione 
prsemissa  alacriores,  ut  justum  est,  ad  sermonem  de 
dilectione  conveniemus  ,  praestante  Domino  nostra 
Jesu-Christo,  cui  honor  et  gloria  in  ssecula  sajculorum. 
Amen. 

SERMO  XX. 
De  triplici  modo  diledioni* ,  qua  Deum  diligimus. 
1.  Ut  a  Magistri  verbis  sermo  exordium  sumat  :  Qui 


nonamat  Dominum  Jesum,  anathema  sit.  Valde  omnino 
mihi  amandus  est,  per  quem  sum,  vivo,  et  sapio.  Si 
ingratus  sum  ;  et  indignns.  Dignus  plane  est  morle,  qui 
tibi,  Domine  Jesu,  recusat  vivere,  et  mortuus  est  :  et 
qui  tibi  non  sapit,  desipit  ;  et  qui  curat  esse  nisi  prop- 
ter te,  pro  nihilo  est,  et  nihil  est.  Denique  quid  est 
homo,  nisi  quia  tu  innotuisli  ei?  Propter  temctipsum 
Deus  fecisli  omnia  :  et  qui  esse  vult  sibi  et  non  tibi, 
nihil  esse  incipit  inter  omnia.  Deum  time,  et  manduta 
ejus  observa  :  hoc  est  inquit,  onatis  homo.  Ergo  si  hoc 
est  omnis  homo  absque  hoc  nihil  omnis  homo.  Inclina 
tibi,  Deus,  modicum  id  quod  me  dignatus  es  esse  ;  at- 
que  de  mea  misera  vilasuscipc,  obsecro,  residuum  anno- 
rum  meorum  :  pro  his  vera,  quos  vivendo  perdidi,  quia 
perdile  vixi,  cor  contritum  et  humilialum  Deus  non  des- 
pieias.  Dies  mei  sicut  umbra  declinaverunt,  et  praeleri- 
erunt  sine  fructu.  Impossibile  est  ut  revocem  :  placeat 
ut  recogitem  tibi  eos  in  amaritudine  animae  meae.  Jam 
de  sapienlia,  ante  te  est  onine  desiderium  mcum,  et 
propositum  cordis  mei  :  si  qua  esset  in  me,  servarem 
ad  te.  Sed,  Deus,  tu  scis  insipientiam  meam  :  nisi 
quod  hoc  ipsum  forlasse  sapere  est,  quod  et  ego  agnosco 
earn,  et  quidem  ex  munere  tuo.  Auge  illud  mihi,  minime 
quidem  ingrato  pro  munusculo;  scd  sollicito  pro  eo  quod 
deest.  Pro  his  ergo  ita  sum  amans  te,  quantum  possum 


VINGTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


221 


vous  ne  doutez  point  que  jc  ne  l'employasse  pour 
vous.  Mais,  mou  Dieu,  vous  counaissez  mes  egare- 
ments  et  ma  folie;  c'est  deja  un  commencement  de 
sagesse  de  reconnaitre  qu'on  n'en  a  point;  cela 
meme  est  un  don  devotre grace.  Augmentez-la  moi, 
je  vous  en  supplie.  Jene  serai  pas  ingrat  de  ce  peu 
que  vous  me  donnerez,  jetacherai  d'acquerir  encore 
ce  qui  me  manque.  C'est  done  pour  tous  ces  bien- 
faits  que  je  vous  aime  de  toutes  mes  forces. 
fant  aimer  2.  Mais  il  y  a  quelque  cliose  qui  m'excite  da- 
lus  encore  vantage,  qui  me  pressedavantage,  qui  m'emflamme 
TOii-r crids3.  davantage.  Le  calice  que  vous  avez  bu,  l'ceuvre  de 
noire  redemption,  fait  que  je  vous  trouve  encore 
tout  autrement  aimable,  6  bon  Jesus.  Voila  ce  qui 
acheve  de  me  gagner;  ce  qui  attire  mou  amour 
avec  plus  de  douceur,  l'exige  avec  plus  de  justice, 
le  serre  avec  des  nceuds  plus  etroits,  et  l'embrase 
avec  plus  de  force  et  de  vehemence.  Car  ce  lut 
l'objet  des  travaux  infmis  de  ce  Sauveur,  et  toute  la 
machine  dumonde  ne  lui  a  pastant  coute  de  peine. 
En  efl'et,  il  n'a  dit  qu'un  mot,  et  tout  a  ete  cree, 
et  il  a  tout  forme  par  son  seul  commandenicut 
(Psal.  xxxn,  9).  Mais  ici  il  a  eu  a  soufl'rir  des  per- 
sonnes  qui  contrariaicnt  ses  paroles ,  observaient 
ses  actions,  insultaient  a  ses  tourments  et  a  sa  mort 
meme.  Voila  quel  a  ete  son  amour.  Ajoutez  encore 
pour  comble  de  faveurs  quece  n'est  pas  pour  payer 
notre  amour,  mais  pour  nous  donner  le  sien  qu'il 
nous  a  aimes  ainsi.  Car  qui  est-cequi  lui  a  donnele 
premier  et  qui  l'aprevenu?  «  Nous  n'avons  pas 
aime  Dieu  les  premiers,  dit  l'apotre  saint  Jean,  mais 
c'est  lui  au  contraire  qui  nous  a  aimes  le  premier 
(Joan,  iv,  10).  »  11  nous  a  meme  aimes  lorsque 
nous  n'etions  pas  encore ;  il  a  fait  plus ;  il  nous  a 
aimes,  lorsque  nous  nous  opposions  a  lui,  et  lui 
resistions,    selon    cette    parole    de   saint  Paul    : 


2.  Sed  est  quod  me  plus  movet,  plus  urget,  plus  ac- 
cendit.  Super  omnia,  inquam,  reddit  amabilem  le  aiihi 
Jesu  bone,  calix  quern  bibisti,  opus  nostra;  redemptio- 
nis.  Hoc  ornnino  amorem  nostrum  facile  vindicat  tutum 
sibi.  Hoc,  inquam,  est  quod  nostram  devotionem  et 
blnndius  allicit,  et  justius  exigit,  et  arctius  stringit,  et 
allicit  vehemeatius.  Multum  quippe  laboravit  in  eo  Sal- 
vator,  nee  in  omni  mundi  fubrica  tanlura  f'atig;itionis 
auctor  assumpsit.  Ilia  denique  dixit,  et  facta  sunt ;  man- 
davit,  et  creata  sunt.  At  vero  hie  et  in  dictis  suis 
suslinuit  contradiclores,  et  in  factis  observatores,  et  in 
tormentis  illusores,  et  in  morte  exprobratores.  Ecce 
quomodo  dilexit.  Adde  quod  hanc  ipsam  dllectionem 
non  reddidit,  sed  addidit.  Nam  quis  prior  dedit  ei,  et 
retribuetur  ei?  Sed  ut  sanctus  Joannes  evaogelista  ait  : 
Non  quia  nos  dilexerimus  Deum,  sed  quia  ipse  prior  di- 
lexit nos.  Denique  dilexit  etiam  non  exsistenteji ;  sed 
adjecit  et  resistentes  diligere,  juxta  Pauli  testimonium 
dicentis  :  Quoniam  cum  adhuc  inimici  essemus,  reconci- 
liati  sumus  Deo  per  snnguinem  Filii  ejus.  Alioquin  si 
non  dilexisset  inimicos,  nondum  possedisset  amicos  : 
sicut  necdum  quos  sic  diligeret  essent,  si  non  dilexisset 
qui  nondum  essent. 


«  Lorsque  nous  etions  encore  les  ennemis  de  Dieu, 

nous  avons  ete  immoles  avec  lui  par  la  mort  de  son 

fih  (Rom.  v,  10). »  D'ailleurs,  s'il  ne  nous  avait  point 

aimes  quand  nous  etions  ses  ennemis,  il  ne  nous 

aurait  pas  maintenant  pour  amis  :   de  meme   que 

s'il  n'avait  point  aime  ceux  qui  n'etaientpas  encore, 

il  n'y   en   aurait  point  a  present  qu'il  put  aimer 

comme  le  il  fait. 

3.   Or,  son  amour  a  ete  tendre,  sage  et  fort.    Le  Chriat 

Tendre,  dis-je,  caril  s'est  revetu  de  notre  chair;  sage,  "™c  douceur! 

il  n'en  a  pas  pris  le  peche  ;  et  fort,  il  a  souffert  la  aTCC  »?««»«• 
,    „  ,.,         .   .  arec  force, 

mort.  Ceux  qu  il  a  visites  dans  la  chair,  il  ne  les  a 

pas  aimes  charnellement  ;  mais  dans  la  prudence 
de  l'Esprit.  Car  notre  Seigneur  Jesus-Christ  est  un 
Esprit  qui  s'est  rendu  present  a  nous  (Tltren. 
iv,  10),  etant  anime  envers  nous  d'une  zele  deDieu, 
non  d'un  zele  humain,  et  d'un  amour  mieux  regie 
que  celui  dont  le  premier  Adam  fut  touche  envers 
Eve  son  epouse.  Ainsi  il  nous  a  cherches  dans  la 
chair,  aimes  en  esprit,  et  rachetes  par  sa  force  et 
son  courage.  C'est  une  cliose  pleine  d'une  douceur 
ineffable,  de  voir  homme  le  Createur  des  hommes? 
Maisen  separant,  par  sa  sagesse,  la  nature  d'avec  le 
peche,  il  a  aussi,  par  sa  puissance,  banni  la  mort  de 
la  nature.  En  prenant  ma  chair,  il  a  use  de  con- 
descendance  envers  moi ;  en  evitant  le  peche,  il  a 
pris  conseil  de  sa  gloire ;  en  souffrant  la  mort,  il  a 
salisfait  a  son  Pere  ;  et  ainsi  il  a  ete  tout  ensemble 
un  bon  ami,  un  conseiller  prudent,  et  un  puissant 
protecteur.  Je  m'abaudonne  en  toute  conliance  a  ' 
lui,  il  veut  me  sauver,  il  en  sait  les  moyens,  il  en 
a  le  pouvoir.  Apres  avoir  appele  par  sa  grace  celui 
qu'il  a  cherche,  le  rejettera-t-il  quand  il  viendra  a 
lui?  Mais  je  ne  crains  point  que  ni  la  violence,  ni 
l'artifice,  puissent  jamais  m'arracher  d'entre  les 
bras  du  vainqueur  de  la  mort  qui  vaiuc  tout,  et  a 


3.  Dilexit  autem  dulciter,  sapienter,  fortiter.  Dulce 
nempe  dixerim,  quod  camera  induit;  cautum,  quod  eul- 
pam  cavit ;  forte,  quod  mortem  sustinuit.  Nam  quos 
sane  in  carne  visitavit,  carnaliter  tamen  nequaquam 
amavit,  sed  in  prudenlia  spiritus.  Spa-itus  quippe  ante 
faciem  nostram  Christus  Dominus,  Kmulans  nos  Dei 
a;mulalione,  non  hominis,  et  certe  saniori,  quam  primus 
Adam  Evam  suam.  Itaque  quos  in  carne  qua:sivit,  di- 
lexit in  spiritu,  redemit  in  virtute.  Plenum  prorsus 
omni  suavitatis  dulcedine,  videre  hominem  hominis 
Conditorem.  Al  dum  naluram  prudenter  selegit  a  cul- 
pa, etiam  potenter  mortem  propulit  a  natura.  In  carnis 
assumptione  condescendit  mihi,  in  culpae  vitatione  con- 
suluit  sibi,  in  mortis  suseeptiQne  salisfecit  Patri ;  amicus 
dulcis,  conciliarius  prudens,  adjutor  fortis.  Iluic  securus 
me  credo,  qui  salvare  me  velit,  noverit,  possit.  Quern 
quajsivit,  hunc  et  vocavit  per  gratiam  suam  :  numquid 
venientem  ejiciet  foras?  Sed  nee  vim,  nee  fraudem  me- 
tuo  profecto  ullam,  quod  me  videlicet  de  manu  ejus  pos- 
sit eruere  ;  qui  et  vincentem  omnia  vicit  mortem,  et 
seductorem  universitatis  serpentem,  arte  utique  sanc- 
tiore  delusit;  isto  prudentior,  ilia  potentior.  Carnis  qui- 
dem    assumit   veritatem,   sed    peccati    similitudinem  : 


J« 


(EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


trompe  le  serpent  par  un  plus  saint  artifice  que 
celui  dont  il  s'ct.iii  servi  lui-meme.  II  s'esl  montre 
plus  prudent  que  celui-ci,  et  plus  puissant  que 
celle-la.  II  a  pris  la  verite  de  la  chair,  mais  seule- 
ment  la  ressemblance  du  peche;  dans  I'une,  don- 
nant  une  douce  consolation  a  I'homme  malade  et 
inlirme,  et  dans  l'autre,  cacli.mt  prudemmenl  le 
piege  qu'il  voulait  tendre  au  demon.  Lt  pour  nous 
reconcilier  a  son  Pere,  il  a  souffert  genereusement 
et  dompte  la  inort,  et  repandu  son  sang  pour  le 
prix  de  notre  Redemption.  Si  done  cette  souveraine 
rnajeste  ne  m'avait  aime  tendrement,  il  ne  m'au- 
rait  plus  cherche  dans  ma  prison.  Bien  plus,  il  a 
joint  a  cet  amour  la  sagesse,  pour  decevoir  notre 
tyran,  et  la  patience  pour  apaiser  la  colere  de  Dieu 
sou  Pere.  Voila  les  regies  que  je  vous  ai  promis  de 
vous  donner;  mais  j'ai  voulu  vous  les  faire  voir 
auparavant  en  Jesus-Christ,  afin  que  vous  les  eus- 
siez  en  plus  grande  estime. 
Voila  com-  t\.  Chretiens,  apprenez  de  Jesus-Christ  comment 
aime'r'uieii'a  vous  ^e  devez  aimer.  Apprenez  a  l'aimer  tendre- 
l'eiempie  de  ment,  a  l'aimer  prudemment:  a  l'aimer  forlement. 

Jesus-Chnst.  _       ,  , 

Tendrement,  de  peur  que  vous  ne  soyez  attires  par 

les  charmes  des  plaisirs  sensuels.  Prudemment,  de 

peur   que   vous  ne  soyez  seduits.    Forternent,  de 

peur  que  vous  ne  soyez  vaincus  et  detournes  de 

l'aruour  du  Seigneur.  Pour  que  la  gloire  du  monde, 

ou  les  voluptes  de  la    chair  ne  vous  entrainent 

point,  que  la  sagesse,  qui  est  Jesus-Christ,  ait  pour 

vous   des   attraits  et  des  douceurs  in  liniment  plus 

grandes.   Si  vous  voulez    n'etre    point  seduits   par 

l'esprit  de  meusonge  et  d'erreur,  que  la  verite  qui 

est  Jesus-Christ  repande  en  vous  une  lumiere  ecla- 

tante.  Pour  n'etre  point  abattus  par  les  adversites, 

que  la  vertu    de  Dieu,   qui  est  Jesus-Christ,   vous 

fortifie.  Que  la  charite  embrase  votre  zele,  que  la 


science  le  regie,  que  la  Constance  l'afterniisse.  Qu'il    Zi,,e  d.un 
sort  exempt  de  tiedeur,   plein    de  discretion,  eloi-  »°n  prcdica 
gne  de  toute  timidite.  Ces  trois  choses  ne  vous  out-       tc"r' 
elles   point  ete  prescrites  par  la  I.oi,  quand  Dieu 
dit  :  «  Vous  aitnerez  le  Seigneur  votre  Dieu  de  tout 
votre  cceur,  de  toute  votre  ame,  et  de   toutes  vos 
forces  (Deut.  vi,  5)?  »  11  me  semble,  si  vous  n'avez 
quelque  autre  sens  meilleur  a  donner  a  celte  triple 
distinction,  que  l'amour  du   cceur   se  rapporte  au 
zele  d'afleclion,   l'amour  de  1'ame  a  l'adresse  ou 
au  jugement  de  la  raison,  et  l'amour  des  forces,  a 
la  Constance    ou  a    la   rigueur  de  l'esprit.   Aimez 
done   le   Seigneur  votre  Dieu   d'uue  affection   de 
cceur  pleine  et  entiere  ;  aimez-le  de  toute  la  sagesse 
et  detoutela  vigilance  de  la  raison  ;  aimez-le  de  tou- 
tes les  forces  de  l'esprit ,  en  sorte  que  vous  ne craigi iiez 
pas  meme  de  mourir  pour  l'amour  de  lui,  aiusi 
qu'il  est  ecrit  :  «  L'amour  est  fort  comme  la  mort, 
et  le  zele  fervent,  inflexible  comme  1'enfer   (Cunt. 
viu,  6).  »  Que  le  Seigneur  Jesus  soit  a  votre  cceur 
un  objet  de  douceur  infinie,  pour  detruire  la  dou- 
ceur criminelle  des  charmes  de  la  vie  de  la  chair; 
qu'une  douceur  en  surmonte  une  autre,  comme  un 
clou  chasse  un  autre  clou.  Qu'il  soit  a  votre  enten- 
dement  une  lumiere  qui  le  guide,  et  qu'il  serve  de 
conducteur  a  votre  raison,   non-seulement  pour 
eviter  les  embuches  que  les   heretiques  vous  dres- 
sent  malicieusement,  et  pour  garder  votre  foi  pure 
de  leurs  finesses  et  de  leurs  artifices,  mais  aussi 
afin   que  vous  ayez  soin  d'eviter  ce  qu'il   peut  y 
avoir  d'excessif  et  d'indiscret  dans  votre  conduite. 
Que  votre  amour  soit  encore  constant  etgenereux, 
qu'il  ne  cede  point  a  la  crainte,  et  ne  succombe 
point  au  travail.  Aimons  done  avec  tendresse,  avec     Qnei  doit 

circonsnection  et   avec  ardeur ;   car  il  faut  savoir  „  ' 'rl;  °olre 
i  '  amour  envera 

que  si  l'amour  atfectif  du  cceur   est  doux,  il  est  Je^us-christ. 


dulcem  prorsus  in  ilia  exhibens  consolationem  infirmo, 
et  in  hac  prudenter  abscondenslaqueum  deceptionis  dia- 
bolo.  Porro  ut  Patri  nos  reconcilict,  mortem  for  titer 
subit  et  subigit,  ftindens  pretium  nostrae  redemptionis 
sanguinem  suum.  Ergo  nisi  amasset  dulciter,  non  me  in 
carcere,  requisisset  ilia  majestas  :  sed  junxit  alfectioni 
sapientiam,  qua  tyrannum  deciperet ;  junxit  et  patien- 
tiam,  qua  placaiet  oflensum  Deum  Patrem.  Hi  sunt 
modi,  quos  vobis  promiseram  :  sed  praemisi  cos  in 
Christo,  utcommcndabiliores  haberetis. 

4.  Disce,  o  Christiane,  a  Christo,  quemadmodum  di- 
ligas  Christum.  Disce  amare  dulciter,  amare  prudenter, 
amare  fortiter.  Dulciter,  ne  illecti  ;  prudenter,  ne  de- 
cepti;  fortiter,  ne  oppressi  ab  amore  Domini  avertamur. 
Ne  mundi  gloria  sen  carnis  voluptatibus  abducans,  dul- 
cescat  tibi  pr33  his  snpienlia  Christus  :  no  seducaris  spi- 
ritu  mendacii  et  erroris,  lucescat  tibi  Veritas  Christus  : 
ne  adversitatibus  fatigeris,  conforlet  te  virtus  Dei  Chris- 
tus. Zelum  tuum  inllammet  cbaritas,  informet  scientia, 
flrmet  constantia.  Sit  fervidus,  sit  circ.umspectus,  sit 
lnvictus.  Nee  teporem  habeat,  nee  careat  discretione, 
nee  timidus  sit.  Et  vide  ne  forte  tria  ista  tibi  et  in  lege 
tradita  fuerint,   dicente  Deo  :  DUiges    Dominum    Deum 


tuum  ex  toto  corde  iuo,  et  ex  iota  nnima  tua,  et  ex  tola 
virtute  tun.  Mini  videtur   (si  alius  competentior    sensus 
in  hac  trina  distinctione  non  occurrit)  amor  quidem  cor- 
dis  ad  zelum  quemdam   pertinerc   afTectionis  ;   animaj 
vero  amor  ad  industnam  seu  judicium  rationis  ;  virtulis 
autem  dilectio  ad   animi    posse   referri  constantiam  vel 
vigorem.    Dilige    ergo  Dominum    Deum  tuum    toto  et 
pleno  cordis   affectu  :    dilige    tota  rationis   vigilantia  et 
circumspectione  :  dilige  et  tota  virtute,  ut  ncc  mori  pro 
ejus  amore  pertimeseas,  sicut  scriptum  est  in  consequen- 
tibus  :  Quoiiiam   fortis  est    ut  mors    dilectio,  durn  sicut 
in /'•■rims'  ii'inu/atio.    ^it  suavis   et  duleis  affectui  tuo  Do- 
minns  Jesus,  contra  male   utique   dulces  vit;e  carnalis 
illcccbras  ;  et  vincat    dulcedo  dulcedinem,    quemadmo- 
dum clavum  clavus  expellit.  Sed  sit  nihilominus   intel- 
lectui  pripvia  lux  et  dux  rationi,  non  solum  ob  cavendas 
haeretica3  fraudis  decipulas,  et  (idei  puritatem  ab  eorum 
versutiis  custodiendam,    verum    ut    cautus    quoque  sis 
nimiam    et  indiscretam  vehementiam  in    tua  conversa- 
tione  *  vitare.  Sit  etiam  fortis,  et  cuustans   amor   tuus,  •  al.  convor 
nee  cedens  terroribus,  nee  succumbens  laboribus.  Ergo       »ione. 
amemus  affectuose,   circumspecte,   et    valide ;    scientes 
amorem   cordis,  quern  affectuosum   dicimus,  absquo  eo 


'amour  des 
isciples  de 
fotre  Sei- 
ieur  J£sns- 
hrist  pour 
t  persoune 
tait  doux, 
ais  net  lit 

prudent 

ni  fort. 
Amour  de 
iot    Pierre. 


VINGTIEME  SERMON  SUR  LE 

trompeur,  a  moins  qu'il  ne  soit  accompagne  de 
celui  de  l'ame;  et  que  celui-ci  pareillement,  sans 
l'amnur  deforce  et  de  courage  est  sage,  mais  faible 
et  fragile . 

5.  Reconnaissez  par  des  exemples  clairs,  que  ce 
que  je  dis  est  veritable.  Les  disciples  avaient  en- 
tendu  avec  peine  leur  rnaitre,  qui  de.vait  niouter 
au  ciel,  parler  de  son  depart  ;  lis  rueriterent  qu'il 
leur  adress.it  ces  paroles  :  «  Si  vuus  m'aimiez, 
vous  seriez  bien  aises  de  ce  que  je  vais  a  mon  pere 
{Joan,  xiv,  28).  »  Quoi  douc?  ils  se  plaignaient  de 
ce  qu'ds  les  allait  quitter,  ils  ne  l'aimaient  pas  1 
Us  l'aimaient  sans  doute  dans  un  sens,  et  pourlant 
on  peut  dire  qu'ils  ne  l'aimaient  pas.  Ils  l'aimaient 
avec  lendresse  ;  mais  cet  amour  n'etait  pas  accom- 
pagne de  prudence,  lis  l'aimaient  charnellement, 
nou  raisonnablement.  Entiu  ils  l'aimaient  de  tout 
leur  cceur,  mais  non  pas  de  toute  leur  ame.  Leur 
amour  etait  contraire  a  leur  salut ;  c'est  pourquoi 
il  leur  disait :  «  11  vous  est  avautageux  que  je  m'en 
aille  (Ibid,  xvi,  7)  ;  »  en  blamant  leur  defaut  de 
sagesse,  non  pas  leur  manque  d'affection.  Dememe, 
lorsque  parlaut  de  sa  mort,  il  reprit  et  reprima 
saint  Pierre  qui  l'aimait  tendrement,  et  voulait 
l'empecber  de  mounr,  repnt-il  autre  chose  en  lui, 
que  l'imprudence  et  1'indiscretioD  ?  Car,  que  veut 
dire  cette  parole  :  «  Vous  ne  goutez  pas  les  choses 
de  Dieu  (Marc  vm,  33)  ;  »  sinon  vous  u'aimez  pas 
avec  sagesse,  parce  que  vous  suivez  une  affection 
bumaine  qui  va  elle-meme  coulre  un  dessein  de 
Dieu.  Et  il  l'appela  Satan,  parce  qu'il  s'opposait  a 
son  salut,  quoique  sans  le  savoir,  en  voulant 
enipecher  le  Sauveur  de  mounr.  C'est  pour- 
quoi, s'etant  corrige,  il  ne  s'opposa  plus  a 
sa  mort,  iorsqu'il  vint  a  parler  de  nouveau 
de  ce   triste  sujet,  mais  il  proniit    qu'il  mourrait 


CAISTIQUE  DES  CAiNTIQUES.  223 

avec  lui.  S'il  n'accomplit  pas  alors  sa  promesse, 
c'est  qu'il  n'avait  pas  encore  atteint  le  troisieme 
degre  d'amour,  qui  consiste  a  aimer  Dieu  de  toutes 
nos  forces.  11  etait  instruit  a  aimer  Dieu  de  toute  son 
ame,  mais  il  etait  encore  faible.  11  savait  bien  ce 
qu'il  devait  faire,  mais  il  manquait  de  secours  pour 
le  faire  ;  il  u'ignorait  pas  le  mystere,  mais  il  redou- 
tait  le  martyre.  Cet  amour  sans  doute  n'etait  pas 
encore  fort  comme  la  mort,  puisque  la  mort  le  fit 
succomber.  Mais  il  le  devint  ensuite  lorsque,  selon 
la  promesse  de  Jesus-Christ,  etant  revetu  de  la  force 
d'en  haul,  il  commenca  enfin  a  aimer  avec  tant  de 
courage,  que  quand  le  conseil  des  Juifs  lui  defen- 
dit  de  precher  le  noni  adorable  de  Jesus,  il  repon- 
dit  courageusement  a  ceux  qui  lui  faisaient  cette 
defense  :  «  11  vaut  mieux  obeir  a  Dieu  qu'aux 
honimes  (Act.  v,  29).  »  C'est  alors  qu'il  aima  de 
toutes  ses  forces,  puisqu'il  n'epargna  pas  meme 
sa  propre  vie  pour  l'amour.  «  Car  l'amour  ne  peut 
pas  aller  plus  loin,  que  de  donner  sa  vie  pour  ses 
amis  (Joan,  xx,  13).  »  Et  bien,  qu'il  nela  donnat 
pas  encore,  neanmoins  il  l'exposa.  Ne  se  laisser  Le  veritable 
done  point  attirer  par  les  caresses,  ni  seduire  par  Dieu. 
les  artifices,  ni  abattre  par  les  injures  et  les  outra- 
ges ,  c'est  aimer  de  tout  son  cteur,  de  toute  son 
ameet  de  toutes  ses  forces. 
6.  Remarquez  que  l'amour  du  coeur  est  en  quel-  Amonr  char- 

quefacou  charnel,  il  insuire  en  effet  plus  d'affec-  T,nel  P°ur 

,     ...  ,       .    .       ,      ..  Jesua-Urut. 

tion  au  coeur  de  1  bomme  pour  la  chair  de  Jesus- 
Christ,  et  pour  les  choses  qu'il  a  faites  durant  qu'il 
en  etait  revetu.  Celui  qui  est  plem  de  cet  amour 
est  aisement  touche  et  attendri  a  tous  les  discours 
qui  concernent  ce  sujet.  11  n'entend  rien  plus  vo- 
loutiers,  il  ne  lit  rien  avec  plus  d'ardeur,  il  ne  re- 
passe  rien  plus  souvent  dans  sa  memoire,  il  n'a 
point  de  meditation  plus    douce  et  plus  agreable. 


qui  dicitur  animte,  dulcem  quidem,  sed  seducibileai  : 
istum  vero  absque  illo  qui  viitutis  est,  rationabilam  esse, 
sed  fragilem. 

ii.  Et  vide  in  manil'estis  exemplis  hoc  ila  esse  ut  di- 
cimus.  Cum  aegre  ferrent  Discipuli  quod  de  ascensuri 
Magistra  discessu  ab  eodem  ipso  audierant,  audierunt : 
Si  diligeri!<i  me,  gauderetis  utique  quia  vado  ad  Patrem. 
Quid  ergo,'.'  non  diligebant  de  cujus  discess.one  dole- 
bant?  Sed  diligebant  quodam  modo,  et  non  diligebant. 
Diligebant  dulciter,  sed  minus  prudenter;  diligebant 
carnaliter,  sed  non  rationabiliter ;  denique  diligebant 
toto  corde,  non  autem  tola  anima.  Dileclio  eorum  con- 
tra salutem  eorum,  unde  et  aiebat  :  Expedit  vobis  ut 
ego  vadam,  culpans  concilium,  non  affectum.  Loquenti 
item  de  morte  sua  futura,  obviare  sibi  conantem  Peirum, 
qui  eum  tenere  diligebat,  cum  ila,  ut  meministis,  incre- 
pando  repressit,  quid  in  eo  aliud  quam  imprudentiam 
reprehendil  ?  Poslremo  quid  esl,  Non  sapis  qua;  Dei 
sunt,  nisi  non  sapienler  diligis,  humanum  sequens  affec- 
tum, conlra  divinum  concilium?  Et  vocavit  Sutanam, 
eo  quod  saluli,  etsi  nesciens,  adversaretur,  qui  Sulvato- 
rem  mori  probiberet.  Unde  et  correctus,  repetentem 
postmodum  triste  verbum  minime  jam  mori  vetuit,  sed 


se  commotiturum  esse  promisit.  Non  autem  implevit, 
quia  necdum  ad  tertium  pervenerat  gradum,  in  quo 
virtute  tota  diligitur.  Erat  tota  anima  doctus  diligere, 
sed  adhuc  inlirmus  ;  bene  instructus,  sed  parum  adju- 
tus  ;  non  iguarus  mysterii,  sed  martyrii  pavidus.  Non 
plane  ilia  fortis  ut  mors  dileclio  tunc  fait,  quce  morti 
succubuit  :  fuil  autem  postea,  cum  ex  promissione  Jesu- 
Cbrisli  indntus  virtute  ex  alto,  tanla  tandem  ccepit  vir- 
tute diligere,  ut  in  concilio  prohibilus  pradicare  nomen 
sanctum,  constanter  prohibentibus  responderet  :  Obedire 
oportet  Ddo  magis  quam  homiinbus.  Tunc  dernum  tota 
virtute  dilexit,  cum  nee  vitce  sua;  pepercit  pro  dilectione. 
Majorem  siquidem  chai  itatem  nemo  habet,  quam  si  ani- 
mam  suum  p'mat  quis  pro  amicis  suis,  quam  etsi  mini- 
me tunc  posuit,  jam  tamen  exposuit.  Ergo  non  abduci 
blanditiis,  nee  seduci  fallaciis,  nee  injuiiis  frangi,  toto 
corde,  tota  anima,  tola  virtute  diligere  est. 

6.  Et  nota  amorem  cordis  quodam  modo  esse  car- 
nalem,  quod  magis  erga  carnem  Christi,  et  quae  in 
carne  Christus  gessit  vel  jussit,  cor  humanum  afCciat. 
Hoc  replelus  amore,  facile  ad  omnem  de  hujusmodi 
sermone  compungitur.  Nihil  audit  libentius,  nihil  legit 
studiosius,  nihil  frequentius  recolit,  nihil  suavius  medi- 


224 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Les  sacrifices  de  ses  prieres  en  recoivent  une  nou- 
velle  perfection,  et  ressemblent  a  des  victimes  aussi 
grassesque  belles.  Toutes  lea  fois  qu'il  faitoraison,  l'i- 
mage  sacree  de  I'homme-Dieu  se  presente  a  ses 
yeux,  naissant,  suspenduaux  mamelles  de  sa  mere, 
enseignant.  mourant,  ressuscitant,  et  montant  an 
ciel  ;  or  toutes ces  images  ou  autres  semblables  qui 
se  presentent  a  l'esprit,  animent  neeessairement 
1'ame  a  l'amour  des  vertus,  chassent  les  vices  de  la 
chair,  en  bannissent  les  altraits,  el  calment  les  de- 
sirs.  Pour  moi,  je  pense  que  la  principale  cause, 
pour  laquelle  Dieu,  qui  est  invisible,  a  voulu  se  ren- 
dre  visible  par  la  chair  qu'il  a  prise,  et  converser 
fiiTdeTin-  comme  homme  parmi  les  hommes,  etait  d'attirer 
carnation,  d'abord  a  l'amour  salutaire  de  sa  chair  adorable  les 
atlections  des  hommes  charnels  qui  ne  savent  ai- 
mer que  charnellement,  et  de  les  conduire  ainsi 
par  degres  a  un  amour  epure  et  spirituel.  Ceux 
qui  disaient  :  «  Vous  voyez  que  nous  avons  quitte 
toutes  choses  pour  vous  suivre  {Matlh  xix,  27),  » 
n'en  etaient-ils  pas  encore  a  ce  premier  degre  de 
l'amour?  lis  ne  les  avaient  sans  doute  quittees  que 
par  le  seul  amour  de  la  presence  corporelle  de  Je- 
sus-Christ, quoiqu'il  leur  parlit  seulement  de  sa 
passion  salutaire  et  de  sa  mort,  et  qu'ensuite  la 
gloire  de  son  ascension  les  touchat  d'une  tristesse 
tres-vive.  C'est  aussi  ce  qu'il  leur  reprochait. 
«  Parce  que  je  vous  ai  dit  ces  choses,  la  tristesse 
s'est  saisie  de  votre  coeur  (Joan,  xvi,  6).  »  Ainsi 
d'abord  il  les  retira  de  tout  autre  amour  charnel, 
par  la  seule  grace  de  la  presence  de  son  corps. 

7.  Mais  il  leur  montra  ensuite  un  degre  d'amour 
plus  eleve,  lorsqu'il  leur  dit  :  «  C'est  l'esprit  qui 
donne  la  vie,  la  chair  ne  sert  de  rien  du  tout  (Joan. 
vi,  6).»  Jecroisquecelui  qui  disait  :  «Quoiquenous 
ayons  connu  Jesus-Christ  selon  la  chair,  nous  ne  le 


connaissons  pas  pour  cela  (II,  Cor.  v,  16),  »  etait  deja 
parvenu  &  ce  degre  d'amour.  Peut-etre  le  Prophete 
\  .  it  nl-il  aussi  inonte  lorsqu'il  disait:  «  Jesus-Christ 
notre  Seigneur  est  un  esprit  present  a  nos  yeux 
(Thren.  iv,  20).  »  Car  quant  &  ce  qu'il  ajoute  : 
«  Nous  vivrons  parmi  les  nations  sous  son  ombre 
[(Ibid.);  «  je  crois  qu'il  parle  an  nom  de  ceux  qui 
commencent,  pour  les  exhorter  a  se  reposer  au 
moins  a  l'ombre,  puisqu'ils  ne  se  sentent  pas  assez 
forts  pour  porter  l'ardeur  du  soleil  ;  et  a  se  nourrir 
de  la  douceur  de  la  chair,  puisqu'ils  ne  sont  pas 
encore  capables  de  gouter  les  choses  de  l'esprit  de 
Dieu  ;  carje  crois  que  l'ombre  de  Jesus-Christ,  c'est 
sa  chair  ;  et  c'est  de  cette  ombre  que  Marie  a  ete 
environnee,  afin  qu'elle  lui  servit  comme  d'un  voile 
pour  temperer  la  chaleur  et  l'eclat  de  l'esprit. 
Que  celui-la  done  se  console,  cependant   dans  la  L'ombre  don 

Mane  a  St& 


devotion   envers  la  chair  de  Jesus-Christ,  qui  n'a  ooaierte.  V. 

le  sermon 
ixxi,  n.  9. 


pas  encore  son  esprit  vivifiant,  qui  du  moins  ne  l'a    ' 


pas  encore  de  la  facon  que  le  possedent  ceux  qui 
discnt :  «  Le  Seigneur  Jesus-Christ  est  un  esprit 
present  devant  nous  (Thren.  ix,  20).  »  Et,  «  encore 
que  nous  ayons  connu  Jesus-Christ  selon  la  chair, 
nous  ne  l'avons  pas  connu  veritablement  (II  Cor. 
v,  16).  »  Ce  n'est  pas  qu'on  puisse  aimer  Jesus- 
Christ  dans  la  chair,  sans  le  Saint-Esprit,  mais  on 
ne  l'aime  pas  avec  plenitude.  Ettoutefois,  lamesure  Qu'est-csqne 
de  cet  amour,  c'est  que  la  douceur  qui  en  nait  oc-  a'chr;/t#do  " 
cupe  tout  le  cceur,  le  retire  tout  entier  a  soi  de  tou'  c«ttr- 
l'amour  des  creatures  sensibles,  et  l'affranchit  des 
charmes  et  des  attraits  de  la  volupte  charnelle,  car 
c'est  la  aimer  de  tout  son  cceur.  Autrement,  si  je 
prefere  a  la  chair  de  Jesus-Christ  mon  Seigneur, 
quelqu'autre  que  ce  soit,  quelque  proche  qu'elle 
me  puisse  etre,  ou  quelque  plaisir  que  j'en  puisse 
recevoir,  en  sorte  que  j'en  accomplisse  moins  les 


tatur.  Inde  holocausta  orationum,  lanquam  ex  adip 
vituli  saginati  impinguat.  Astut  oranli  hominis  Dei  sacra 
imago,  aut  nascenlis,  aut  laclcnlis,  aut.  docenlis,  ant 
morientis,  aut  resurgenlis,  aut  ascendentis  ;  et  quicquid 
tale  occurrerit,  vet  stringat  necesse  est  animum  inamo- 
rem  virtutum,  vel  carnis  extnrbet  vilia,  fuget  illecebras, 
desideria  sedet.  Ego  hanc  arbilror  prascipuam  invisibili 
Deo  fuisse  causam,  quod  voluit  In  carue  videri,  et  cum 
hominibus  homo  couversari,  ut  cainalium  videlicet,  qui 
nisi  carnaliter  amare  non  potcrant,  cunctas  primo  ad 
suae  carnis  salutarem  amorem  afl'ectinnes  relralieret, 
atque  ita  gradatim  ad  amorem  perducerct  spirilualem. 
Nonne  denique  in  hoc  gradu  adhuc  slabant  qui  aiebant: 
Ecce  nos  rehquimus  omnia,  et  secuti  sumu-s  te  ?  Solo 
protecto  corporalis  praesentia?  amore  reliquerant  omnia, 
adeo  ut  salutaris  fuluiae  passionis  et  mortis  ne  audire 
quidem  verbum  a?quanirriiter  sustinercnt,  sed  nee  glo- 
riam  ascendentis  post-modum  nisi  cum  gravi  maerore 
at.  eujci-  suspicere  ".  Hoc  enim  est  quod  eis  dicebat  :  Quia  hac 
pere.  loculus  sum  vobis,  (ristilia  impleoit  cor  vestrum.  Itaque 
In  sola  interim  gratia  praosentis  suae  carnis  eos  ab  amore 
omnis  carnis  suspenderat. 
7.  Monstrabat  autem  postea  eis  altiorem  amoris  t;ra- 


edum,  cum  diceret  :  Spiritus  est  qui  vivificat,  caro  non 
prodest  quidquam.  Putohuncascenderatjam  qui  dicebat: 
Et  si  cognovimus  Christum  secundum  carnem,  sed  nunc 
Jam  nun  novimus.  Fortassis  et  nihilominus  Propheta 
in  hoc  ipso  slabat,  cum  diceret  :  Spiritus  ante  faciem 
nostrum  Chrisius  Dominus.  Nam  quod  subjungil,  .««/> 
umbra  ejus  vivemus  inter  gentes ;  niihi  videtur  e.\  per- 
sona incipientium  addidisse,  ut  quiescaut  saltern  in 
umbra,  qui  solis  ferre  ardorem  minus  validos  se  sen- 
tiunt ,  et  carnis  dulcedine  nutriantur,  dum  necdum 
valent  ea  percipire  qu;e  sunt  Spiritus  Dei.  Umbram  si- 
qnidem  Cbrisli,  carnem  reor  esse  ipsius.de  qua  obum- 
bniliun  est  et  Mariae,  ut  ejus  objectu  fervor  splendorque 
spiritus  illi  temperaretur.  In  carnis  ergo  devotione  in- 
terim consoletur,  qui  vivificantem  spiritum  necdum 
habet,  eo  dumlaxat  modo,  quo  babent  illi  qui  aiunt  : 
Spiritus  ante  faciem  nostram  Chrisius  Dominus.  Etitem  : 
Et  si  cognovimus  Christum  secundum  carnem,  sed  nunc 
jam  non  novimus.  Nam  alias  quidem  nequaquam  sine 
Spiritu-Sancto  vel  in  carne  diligitur  Christus,  et  si  non 
in  ilia  plenitudine.  Cujus  tamen  mensuradevotionis  haec 
est,  ut  totum  cor  ilia  suavitas  occupet,  totum  sibi  ab 
amore  universes  carnis  ac  carnalis  illccebra?  vindicet. 


VINGTIEME  SERMON  SCR  LE 

choses  qu'il  m'a  enseignees  par  ses  paroles  et  son 
exemple,  quand  ildemeurait  en  ce  monde,  n'est-il 
pas  clair  que  je  ne  l'aime  pas  de  tout  mon  cceur, 
puisque  je  l'ai  divise,  et  que  j'en  donne  une  partie 
a  l'amour  de  sa  chair  saiute,  et  reserve  l'autre 
pour  la  mienne  propre?  car  il  dit  lui-nieme  :  «  ce- 
lui  qui  aime  son  pere  ou  sa  mere  plus  que  moi, 
n'est  pas  digne  de  moi,  et  celui  qui  aime  sonfils  ou 
sa  fille  plus  que  moi,  n'est  pas  non  plus  digne  de 
moi  [MaUk.  x,  37).  »  Done,  pour  le  dire  en  deux 
mots,  aimer  Jesus-Christ  de  tout  son  cceur,  e'est 
preferer  l'amour  de  sa  chair  sacree  a  tout  ce  qui 
nous  peut  flatter  dans  la  notre  propre,  ou  dans  celle 
d'autrui.  En  quoi  je  comprends  aussi  la  gloire  du 
monde,  parce  que  la  gloire  du  monde  est  la  gloire 
de  la  chair,  et  il  est  indubitable  que  eeux  qui  y 
mettent  leur  plaisir   sont  encore  charnels. 

8.  Mais  bien  que  cette  devotion  envers  la  chair 
de  Jesus-Christ  soit  un  don  et  un  grand  don  du 
Saint-Esprit,  neanmoins  on  peut  appeler  cet  amour 
charnel,  an  moins  a  1'egard  de  cet  autre  amour, 
qui  n'a  pas  tant  pour  objet  le  Verbe  chair,  que  le 
Verbe  sagesse,  le  Verbe  justice,  le  Verbe  verite,  le 
Verbe  saintete,  piete,  vertu,  et  toutes  les  autres 
perfections  quelles  qu'elles  soient.  Car  Jesus-Christ 
est  tout  cela  ;  il  nous  a  ete  donne  de  Dieu,  pour 
etre  notre  sagesse,  notre  justice,  notre  sanctitica- 
tion,  et  notre  redemption.  Vous  semble-t-il  que 
celui  qui  compatit  avec  piete  aux  souffrances  de 
Jesus-Christ,  en  ressent  une  vive  douleur,  et  s'at- 
JeWchrat.  tendrit  aisement  au  souvenir  des  choses  qu'il  a  en- 
durees,  qu'il  se  repait  de  la  douceur  de  cette  devotion, 
et  en  est  forliiie  pour  toutes  les  oeuvres  salutaires, 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  223 

saintes  et  pieuses,  est  touchedes  memes  sentiments 
d'amour  que  celui  qui  est  toujours  embrase  du  zele 
de  la  justice,  qui  brule  partout  d'amour  pour  la 
verite,  qui  a  une  passion  ardente  pour  la  sagesse, 
qui  aime  par  dessus  tout  une  vie  sainte,  des  moeurs 
reglees,  qui  a  honte  de  toute  ostentation,  abhorre 
la  medisance,  ne  sait  ce  que  e'est  que  l'envie,  de- 
teste  l'orgueil,  non-seulement  fuit  toute  gloire  hu- 
maine,  mais  n'a  meme  que  du  degout  et  du  mepris 
pour  elle,  a  en  abomination  et  s'efforce  de  detruire 
soi  toute  impurete  de  la  chair  et  du  coeur,  et  enfin 
rejette,  comme  naturellement,  tout  ce  quiestmal, 
et  embrasse  tout  ce  qui  est  bon?  N'est-il  pas  vrai 
que  si  on  compare  ensemble  l'amour  de  l'un  et  de 
l'autre,  on  reconnaitra  que  le  premier  au  prix  du 
second ,  n'aime  en  quelque  facon  que  cbarnelle- 
ment. 

9.  Neanmoins  cet  amour  charnel  ne  laisse  pas 
d'etre  bon,  puisque,  par  lui,  la  vie  de  la  chair  est 
bannie,  le  monde  est  meprise  etvaiucu.  Dans  cet 
amour,  on  avance  lorsqu'il  devient  raisonnable,  et 
on  est  parfait  lorsqu'il  devient  spirituel.  Or  il  est 
raisonnable,  lorsque  dans  tousles  sentiments  qu'on 
doit  avoir  au  sujet  de  Jesus-Christ,  on  se  tient  tene- 
ment attache  a  la  raisou  de  la  foi,  qu'on  ne  s'eloi- 
gne  de  la  pure  creance  de  l'Eulise,  par  aucune 
vraisemblance  contraire,  ni  par  aucune  seduction 
du  diable,  ou  des  heretiques.  Comme  aussi,   lors-  0»'«t-««  qne 

...  ,,  aimer  Dien 

que  dans  sa  propre  conduite,  on  se  sert   d  une  cir-  de  toute  no- 
conspection  si  grande,  qu'on  ne    passe   jamais   les  1rt* uat™e  ^sde 
bornes  de  la  discretion,  soit  par  superstition  ou  par      foreea. 
legerete,  soit  par  la  ferveur  d'un  zele  immodere  et 
excessif.  Or  e'est  la  aimer  Dieu  de  toute   son   anie, 


Hoc  quippe  toto  cordc  diligere  est.  Alioquin  si  carnis 
mes  quamlibet  consanguinitatem  vel  voluplatem 
pruefero  carni  Domini  raei,  per  quod  me  videlicet  minus 
ea  iirplere  oontingat,  qose  in  carne  manens  verbo  ct 
exemplo  me  docuit  :  nonne  liquido  constat,  quod  toto 
nequaquara  diligo  corde,  cum  id  divisum  habens,  pai'Vin 
impendere  videar  carni  ejus,  partem  intorquere  ad  pro- 
priam?  Denique  ait:  Qui  amatpatrem  aid  matremphis- 
qunm  me,  non  est  me  dignus;  et  qui  amat  filium  aut 
filiam  plusquam  me,  non  est  me  dignus.  Ergo,  ut  bre- 
viter  dicam,  toto  corde  diligere,  est  omne  quod  blan- 
ditur  de  carne  propria  vel  aliena,  sacrosanclae  carnis 
ejus  amori  poslponerc.  In  quo  et  mundi  oeque  gloriam 
comprehendo,  quia  gloria  mundi  gloria  est  carnis ;  et 
qui  ea  delectantur,  carnales  esse  non  dubium  est. 

8.  Licet  vera  donum,  et  magnum  donum  spiritus  sit 
istiusmodi  erga  carnem  Christi  devotio  :  carnalem  tamen 
dixerim  hunc  amorem,  illius  utique  amoris  respectu, 
quo  non  tam  verbum  caro  jam  sapit,  quam  verbum  sa- 
pientia,  verbum  justitia,  verbum  Veritas,  verbum  sanc- 
titas,  pietas,  virtus;  et  si  quid  aliud  quod  sit,  hujusmodi 
dici  potest.  Et  haec  nempe  omnia  Christus,  qui  foetus 
est  nobis  sapientia  a  Deo,  et  justitia,  et  sanetificatin,  el 
redemptio.  An  tibi  aque  et  uno  modo  affecti  videntur, 
is  quidem  qui  Christo  passo  pie  compatitur,  compun- 
gitur,  ct  movetur  facile  ad  memoriam   liorum  quce  per- 

T.    IV. 


II  j  a  trow 

amours. 


tulit,  atque  istius  devotionis  suavitate  pascitur,  et  con- 
fortatui'  ad  quaeque  salubria,  honesla  pia ;  itemqne  ille, 
qui  justitiae  zelo  semper  est  accensus,  qui  veritatem 
ubique  zelat,  qui  sapientia  fervet  studiis  ;  cui  arnica 
sanctii  is  il  i  ,  et  morum  disciplina;  cujus  mores  eru- 
bescunt  jactantiam,  abhorrent  detraclionem,  invidiam 
nesciunt,  superbiam  detestantur,  omnem  humanam  glo- 
riam  non  solum  fugiunt,  sed  et  fastidiunt  et  contern- 
nunt ;  omnem  in  se  carnis  et  cordis  impuritatem  vehe- 
menlissime  abominantur  etpersequuntur;  omne  denique 
tanquam  naturaliler  et  malum  respuunt,  et  quod  bonum 
est  amplectuntur?  Nonne  si  compares  utriusque  affec- 
tiones,  constat  quodam  modo  ilium  superiorem,  respectu 
quidem  hujus,  amare  quasi  carnaliter? 
.  9.  Bonus  tamen  amor  iste  carnalis,  per  quern  vita 
carnalis  excluditur,  contcmnitur  et  vincitur  mundus. 
Prolicitur  autem  in  eo,  cum  fit  et  rationalis ;  perficitur, 
cum  efficitur  etiam  spiritualis.  Porro  rationalis  tunc 
est,  cum  in  omnibus  qua?  oporlet  de  Christo  sentiri, 
tidei  ratio  ita  firma  tenetur,  ut  ab  ecclesiastici  sensus 
puritate  nulla  veri  similitudine,  nulla  haeretica  seu  dia- 
bolica  circumventione  aliqaatenus  devietur.  Itemque 
cum  in  propria  conversatione  ilia  cautela  servatur,  ut 
discretionis  meta  nulla  supevstitione  vel  levitate,  vel 
spiritus  quasi  ferventioris  vehementia  excedatur.  Et  hoc 
esse   tola  anima  Deum  diligere,  jam    supra   diximus. 

15 


226 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


comme  nous  l'avons  dit  auparavant.  Si   a   cela  s    as  de  son  propre  niouvcmcnt  Mais  tous  ceux  qui 

joint  line  si  grande  force,  el  on  secours  si  puissant    sunt  tires  ue  le  sont  pas  malgre  eux.  Car,  parexem-  QU'cst-ee  qua 

de  l'Esprit-Saint,  que  ni  les  peines,  ni  lestourmenis,    pie,  celui  qui  est  infinne  ou   boiteux,  et  qui  ne'{r2"[r~j} 


quelque  violents  qu'ils  soient,  ni  la  crainte  meme 
de  la  mort  ne  soient  pas  capables  de  nous  faire 
departir  de  la  justiee  ;  alors  on  aime  Dieu  de  tou- 
tes  ses  forces,  et  c'est  la  l'amoui  spirituel.  Et  je 
crois  que  ce  nom  convient  specialement  a  cet 
amour,  a   cause  tie  la  plenitude  de  l'Espril  qui  le 


saurait  marcher  tout  seul,  n'est  pas  fache  qu'on  le  couvicnt-ii. 
traine  au  bain  ou  a  table,  encore  qu'un  criminal 
soit  fache  d'etre  traine  en  jugementou  ausupplice. 
Enfin,  celle  qui  fait  celtedemande  veut  etre entrai- 
nee.  Etellene  ferait  pascelte  demande,  si  elle  pou- 
\.ui,  par  elle-meme,  suivre  sun  bien-aime  comme 


distingue  tout  particulierement ;  mais  en  voila   as-     elle  levoudrait.  Mais  pourquoi  ue  le  peut-elle  pas? 


sez  sur  ces  paroles  de  l'Epouse  :  «  C'est  pourquoi 
les  jeuues  lilies  vous  aiinent  avec  exces.  »  Je  prie 
Notre-Seigneur  Jesus-Cbrist  de  nous  ouvrir  les  tre- 
sors  de  sa  misericorde,  car  il  en  est  le  gardien,  alin 
que  nous  puissions  expliquer  les  paroles  suivantes, 
lui  qui  etant  Dieu  vit  et  regue  avec  le  Pere  dans 
l'unite  du  saint  Esprit  par  tous  les  siecles  des  sie- 
cles.Aiusi  soit-il. 

SERMON  XXI. 

Comment  l'Epouse,  c'est-a-dire  l'Egli*e,  demande  a 
Jesus  qui  est  son  epoux,  d'etre  atlire'e  apres  lui. 

1 .  «  Tirez-moi  apres  vous  j  nous  courrons  dans 
l'odeur  de  vos  parfums  a.  »  Mais  quoi  ?  Est-ee  que 
l'Epouse  a  besom  d'etre  tiree,  et  de  l'etre  apres  l'E- 
poux. '.'  Comme  si  elle  le  suivait   malgre  elle,  uon 


a  Telle  est  3a  version  des  premieres  Editions  au  lieu  de  a  l'o- 
deur de  vos  parfums  comme  nous  l'avons  deja  fait  observer 
ailleurs.  Ainsi  ce  n'est  pas  a  l'odeur  mais  *  au  milieu  meme  de 
l'oieur  qu  eiualeut  vos  parfams  que  nous  courons.  u  n.  4,  "exci- 
tes par  celle  odeur,  ■  n.  9  et  n.  11.  «  Nous  courrons  dans  l'o- 
deur de  vos  parfuuJs  non  pas  dans  la  confiance  de  nos  propres 
merites.  •  Et  un  peu  plus  loiu  :  °  Pour  vous,  o  mon  epoux,  vous 
courex  dans  l'onetiuu  meme,  mais  nous,  noua  ne  courrons  que 
dans  l'odeur  qu  elle  riipand.  Vous  courez  dans  la  plftiilude  et 
nous  a  l'odeur  des    parfums.  » 


Dirons-nous  que  l'Epouse  meme  est  invalide?  Sie'e- 
tait  une  des  jeunes  lilies  qui  se  dit  inQrme,  et  qui 
demandat  d'etre  entrainee,  iln'yaurait  pas  sujetde 

s'en  e'.onner.  Mais  l'Epouse,  qui  semblait  pouvoir 
meme  entrainer  les  aulres,  lant  elle  est  forte  et 
parfaite ;    qui  est-ce   qui   ne  trouverait   etrange, 

qu'elle  cut  besoin  d'etre  trainee  elle-meme,  comme 
si  elle  etait  faible  et  languissante  ?  Quelle  ame  sera 
pour  nous  forte  et  saine,  si  nous  consentons  qu'on 
tienne  pour  inlirme  celle  qui,  a  cause  de  sa  singu- 
liere  perfection,  et  de  son  eminenle  vertu,  est  nom- 
inee l'Epouse  du  Seigneur?  N'est-ce  point  l'Eglise 
qui  s'est  exprimee  ainsi  quand  elle  vit  son  bien- 
aime  monter  au  ciel,  et  qu'elle  suuhaitait  avec  pas- 
sion de  le  suivre,  et  d'etre  elevee  dans  lagloire  avec 
lui  ?Quelque  parfaite  que  soit  une  ame,  taut  qu'elle 
gemit  sous  le  poids  de  ce  corps  de  mort,  et  qu'elle 
est  reteuue  captive  dans  la  prison  de  ce  siecle 
mauvais,  liee  par  de  facheuses  necessites,  et  tour- 
mentee  par  les  crimes  qui  s'y  commettent,  elle  est 
contrainte  de  s'elever  plus  lentement,  et  avec  moins 
de  vigueur  a  la  contemplation  des  choses  sublimes, 
et  elle  n'est  pas  libre  de  suivre  l'Epoux  partout  oii 
il  va.  C'est  ce  qui  arracbait  ce  cri  lamentable  &  celui 
qui  disait  en  gemissant  j  «  Malhcureuxhomme  que 
je  suis,  quime  delivrerade  ce  corps  de  mort  [Rom. 


Quod  si  etiam  adjuvantis  spiritus  vigor  tantus  accedal, 
ut  nulla  vi  laborurn  vel  tormentorum,  sed  nee  mortis 
metu  justitia  unquain  deseratur;  in  hoc  etiam  tota  vir- 
tute  diligilur,  et  est  amor  spiritualis.  Quod  nimirum 
nomen  huic  spccialiter  amori  cungruere  pulo,  ob  prae- 
rogativam  utique  plenitudinis  spintus,  qua  praecellit. 
Et  h*c  sufliciant  pro  eo  quod  Sponsa  dicit  :  Propte- 
rea  adoieseeutube  dilexerunt  te  minis.  In  his  qua;  se- 
quuntur,  dignetur  nobis  aperire  thesauros  miseri- 
cordia;  suae  ipse  custos  eorum  Jesus-Cbristus  Dominus 
noster,  qui  vivit  et  regnat  cum  Patre  in  unilate  Spi- 
ritus-Saacti  Deus  ,  per  omnia  saecula  sajculorum. 
Amen. 

SERMO  XXI. 

Qualiter  Sponsa,  id  est  Ecclesia,  trahi  se  optat  post 
Sponsion,  id  est  Christum. 

i.  Tra/ie  me  post  te  ;  in  odore  unguentorwn  tuorum 
currenius.  Quid?  Sponsane  ergonecesse  habet  trahi,  et 
hoc  post  Sponsuin?  Quasi  vero  invita  eum,  et  non  li- 
bens  sequatur.  Sed  non  omnis  qui  trahitur,  invitus 
trahitur.  Nee  enim  inlirmumautdebilem,  eum  videlicet 
qui  per  se    ire  non  valet,  trahi    ad    balneum,    seu    ad 


prandium  piget,  et  si  reum  pigeat  trahi  ad  judicium, 
vel  ad  poenam.  Denique  trahi  vult  quae  et  hoc  rogat  : 
non  autem  rogaret,  si  sequi  per  seipsam  dilectum, 
prout  vellet,  valeret.  Un  quid  vero  non  valet?  an  infir- 
mam  fateamur  et  Sponsam  !  Si  una  qaevis  ex  adolescen- 
tulis  infinnam  se  diceret,  et  pcteret  trahi,  nequaquam 
miraremur.  At  vero  de  Sponsa,  qua?  trahere  et  alios,  ut- 
pote  fortis  et  perfccla,  posse  sufficere  videbntur  :  cut 
non  durum  sonet,  quod  et  ipsa  trahi,  tanquam  infirma 
vel  debilis  necesse  habeat  ?  Ue  quanam  animajam  con- 
iidimus,  quod  valida  sit  et  sana,  si  illam  infinnam  dici 
consenserimus,  quae  pro  sui  singulari  perfectione  et  ex- 
cellentiori  virtute  Sponsa  Domini  nominatur?  An  Ecclesia 
forte  id  dixerit,  cum  intueretur  dilectum  ascendentem, 
gestiens  eum  sequi,  atque  assumi  cum  ipso  in  gloria? 
Quamquam  et  quantaevis  perfectionis  anima,  quandiu 
quidem  gemit  sub  corpore  mortis  hujus,  et  hujus  sseuli 
nequam  retinetur  inclusa  carcere,  vincta  necessitalibus, 
torta  sceleribus,  lentius  segniusque  assurgat  necesse  est 
ad  contemplanda  sublimia,  nee  omnino  liberum  babct 
sequi  Sponsum  quocunque  ierit.  Hinc  lacrymosa  vox 
ilia  gementis  :  Infetix  ego  homo,  quis  me  liberabit  de 
corpore  mortis  hujus  ?  Hinc  supples  ilia  precatio  :  Educ 


V1NGT  ET  UNIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


227 


lire  avec  Je 
bus  Carist 


vn.  24)  ?  C'est  ce  qui  inspirait  cette  humble  priere  : 
«  Tirez  mon  ame  de  prison  (Psul.  cxli,  8).  »  Que 
l'Epouse  dise  done,  et  quelle  dise  avee  douleur  : 
«  Tirez-moi  apres  vous,  »  parce  que  ce  corps  cor- 
ruptible appesantitl'ame,  et  cette  demeure  de  terre 
et  de  boue  accable  l'esprit,  qui  voudrait  s'elever 
Asians  eon-  dans  ses  pensees  {Sap.  rx,  15).  Ou  bien,  peut-etre 
pas  a  ccai  dit-ellecela  dans  son  desirdesortirde  cette  vie,  et 
monr'i'r'pouJ  dV'tri'  avec  J-('->  surtout  en  voyantque  celles  pour 
qui  il  semblait  necessaire  qu'elle  y  demeurat, 
etant  plus  avancees,  aiment  dejal'Epoux,et  peuvent 
se  tenir  a  l'abri  des  tempetes  dans  le  port  de  la  cua- 
rite.  Car  elle  avait  dit  auparavant  :  «  C'est  pour 
cela  que  les  jeunes  lilies  vous  aiinent  avec  pas- 
sion. »  11  semble  done  qu'elle  veuille  dire  :  Voila 
les  jeunes  lilies  qui  vous  aiment,  et,  par  cet  amour 
sont  altachees  si  fermement  a  vous,  qu'elles  n'ont 
plus  besoin  de  moi,  et  qu'il  n'y  a  point  de  raison 
qui  m'arrete  davantage  en  ce  monde  :  «  Tirez-mui 
done  s'il  vous  plait  apres  vous.  » 

2.  Je  croirais  que  c'est  la  sa  pensee,  si  elle  avait 
dit  :  Tirez-moi  a  vous  ;  mais  comme  elle  dit,  apres 
vous,  il  me  semble  qu'elle  demande  plutot  la  grace 
de  pouvoir  suivre  les  traces  de  sa  vie,  de  pouvoir 
imiter  sa  vertu,  garder  les  regies  de  sa  conduite, 
embrasser  la  perfection  de  ses  mceurs.  Car  elle  a 
principalement  besoin  de  secours,  pour  renoncer 
a  soi-meme,  porter  sa  croix,  et  suivre  Jesus-Christ. 
L'Epouse  a  certainement  besoin,  pour  atteindre  la, 
d'etre  tiree,  et  elle  ne  peut  l'etre  que  par  celui  qui 
dit  :  «  Vous  ne  pouvez  rieu  faire  sans  moi  {Joan. 
xv,  5).  »  Je  sais  bien,  dit-elle,  que  je  ne  puis  arri- 
ver  jusqu'a  vous,  qu'en  marchant  apres  vous,  et 
que  je  ne  puis  meme  marcher  apres  vous,  si  vous 
ne  m'aidez  :  c'est  pourquoi  je  vous  prie  de  me  ti- 
rer  apres  vous.  Car  «  celui-la  est  heureux  que  vous 


Et  surtont  a 

:enx  qui  sui- 

vent  Jesus- 

Cbmt. 


de  carcere  animam  meam.  Dicat  proinde,  dicat  cum  ge- 
mitii  etiam  Sponsa  :  Trahe  me  post  le;  quia  corpus 
quod  corrumpilur,  aggravat  animam,  et  deprimit  terrena 
inhabitalio  senium  multa  cogitantem.  An  hoc  dicat  cu- 
piens  dissolvi  et  esse  cum  Christo,  prssertim  dum 
videat  eas,  propter  quas  manere  ipsam  in  carne  necessa- 
rium  videbatur,  bene  proficientes  amare  jam  Sponsum 
et  stare  in  tuto  charitatis?  Siquidem  hoc  prsmiserat  : 
Propterea,  inquiens,  adolescentulce  dilexerunt  le.  Nunc 
ergo  quasi  dicat.  Ecceadolescentula?  amant  te,  et  amando 
firmiter  inherent  tibi,  meque  minime  jam  opus  habent, 
nulla  mihi  causa  in  hac  vita  ulterius  commorandi  •  id- 
circo  ait,  Trahe  me  post  te. 

2.  Hoc  sentirem,  si  dixisset;  Trahe  me  ad  te.  Nunc 
vero  quia  dicit  post  te,  magis  illud  mihi  postulare  vide- 
tur,  ut  conversationis  ejus  valeat  vestigia  sequi.ut  possit 
aemulan  virtutem,  et  norman  tenere  vitsp,  et  morum 
queat  apprehendere  discipiinam.  In  his  quippe  maxime 
opus  est  adjutorio,  quo  valeat  abnegare  semetipsam  et 
tollere  crucem  suam,  et  sic  sequi  Christum.  Hie  prorsus 
trabi  necesse  habet  Sponsa,  nee  sane  trahi  ab  alio,  quam 
ab  eo  ipso  qui  ait  :  Sine  me  nihil  polestis  facere.  Scio, 
inquit,  me  nequaquam  posse  pervenire   ad  te,   nisi  gra- 


assistez;  il  dispose  en  son  cceur  des  degres  dans 
cette  vallee  de  larmes  {Psal.  lxxxiii,  6),  »  pour  ar- 
river  un  jour  a  vous  sur  les  montagnes  eternelles, 
oil  on  goute  une  joie  ineffable.    Qu'il  v    en  a  peii,    .      , 

e   ■  r-  .  J  ~      >     L&  plupart 

beigneur  Jesus,  qui  veuillent  aller  apres  vous  ;  et  des  hommes 
neanmoins  il  n'y  personne  qui  ne  desire  arriver  umg*Slre  ," 
jusqu'a  vous,  car  tout  le  monde  sait  qu'on  goute  la  c.roil  da 
aupres  de  vous  des  deliees  sans  fin.  Aussi  tous  veu-  eigDeur- 
lent  jouir  de  vous,  mais  tous  ne  venlent  pas  vous 
imiter.  lis  veulent  bien  regner  avec  vous,  mais  ils 
ne  veulent  pas  souffrir  avec  vous.  Tel  etait  celui 
qui  disait  :  «Que  je  meure  de  la  mort  des  justes, 
et  que  la  fin  de  ma  vie  soit  semblable  a  la  leur 
[Num.  xxur,  10).  »  II  souhaitait  la  fin  des  justes, 
mais  il  n'en  souhaitait  pas  les  commencements. 
Les  hommes  charnels  desirent  la  meme  mort  que 
les  hommes  spirituels,  dont  neanmoins  ils  abhor- 
rent la  vie,  c'est  qu'ils  savent  que  la  mort  des 
saints  est  precieuse  devant  Dieu;  parce  que  «  lors- 
qu'il  aura  fait  dormir  en  paix  ceux  qu'il  a  aimes, 
de  ce  sommeil  il  les  fera  passer  a  l'heritage  du 
Seigneur  [Psal.  cxxvi,  2);  »  et  parce  que  «  ceux 
qui  meurent  dans  le  Seigneur  sont  bien  heureux 
{Apoc.  xiv,  13) ;  »  au  lieu  que,  selon  la  parole  du 
prophete  Hoi,  «  La  mort  des  pecheurs  et  la  pire  des 
morts  [Psal  xxxin,  22.)  »  Us  ne  se  mettent  pas  en 
peine  de  chercher  celui  que  toutefois  ils  desirent 
trouver,  ils  souhaitent  de  l'atteindre,  mais  ne 
veulent  pas  le  suivre.  Us  n'etaient  pas  de  ce  nom- 
bre  ceux  a  qui  il  disait  :  «  Vous  autres,  vous  etes 
toujours  demeures  avec  moi  durant  mes  tentations 
[Luc.  xxn,  28).  »  Heureux  ceux  qui  se  sont  trou- 
ves  dignes,  6  bon  Jesus,  de  recevoir  de  vous  un 
temoignage  si  avantageux.  lis  allaient  sans  doute 
apres  vous,  des  pieds  du  corps,  et  de  toutes  les  af- 
fections de   leur  cceur.   Vous   leur  avez  montre  le 


diendo  post  te;  sed  neque  hoc  quidem,  nisi  adjutam 
abs  te  :  ideoque  precor  ut  trahas  me  post  te.  Beatus 
siquidem  cujus  esl  auxilium  abs  te!  ascensiones  in  corde 
suo  disposuit  in  valle  lacrymarum,  perventurus  quan- 
doque  ad  te  in  montibus  gaudiorum.  Quampauci  post  te, 
o  Domine  Jesu,  ire  volunt!  cum  tamen  ad  te  pervenire 
nemo  sit  qui  nolit,  hoc  scientibus  cunctis,  quia  delecta- 
tionis  in  dextera  tua  usque  in  finem.  Et  propterea  vo- 
lunt omnes  te  frui,  at  non  ita  et  imitari;  conregnare 
cupiunt,  sed  non  compati.  Ex  his  eratille,  qui  dicebat  : 
Moriatur  anima  mea  morte  juslorum,  et  fiant  novissima 
mea  horum  similia.  Optabat  sibi  exlrema  justorum,  sed 
non  ita  et  principia.  Mortem  spiritualium  optant  sibi 
etiam  carnales,  quorum  tamen  vitam  abhorrent,  scientes 
pretiosam  mortem  esse  sanctorum  :  quoniam  cum  dede- 
rit  dileclis  suis  somnum,  ecce  hiereditas  Domini ;  etquia 
beati  mortui  qui  in  Domino  moriuntur  :  cum  e  contra- 
rio  juxta  Prophetee  sententiam,  Mors  peccatorum  pes- 
sima  sit.  Non  curant  quaerere,  quern  tamen  desideran 
invenire ;  cupientes  consequi,  sed  non  et  sequi.  Non 
sic  illi,  quibus  aiebat  :  Vos  estis  qui  permausistis  me- 
cum  in  tentationibus  meis.  Beati  qui  digui  habiti  sunt 
teslinaonio  luo,  benigne  Jesu  !  Ipsi  revera  ihant  post  te 


228 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Necessile  de 
la  grice. 


chemin  de  la  vie  en  les  appelant  apres  tous,   qui  froidi  en  nous,  et  cette  froiJcur  nous  empeche  de 

fetes  la  voie,  la  fte  et  la  verite,  et  qui  dites :  «  Venez  courir  a  cette  heure  comme  nous  faisions  hier  et 

apres  moi,  je  vous  ferai  pfecbeurs  d'hommes  [Matth.  les  jours  passes.  Mais  nous  courrons,  lorsque  vous 

iv,  19]  ;  »  Et  encore  :    «  Que  celui  qui  me  sert  me  nous  aurez rendu  la  joie  de  posseder  voire  Sauveur, 

suive,  et  partout    oil  je  serai  je  me   servirai   de  lui  lorsque  le  soleil  de  justice  versera   de    nouveau  sa 

[Joan.  xii,  26).  »  Cest  done  en  se  felicitant   qu'ils  chaleur  sur  nous,  que  la  nufee  de  la  tentation  qui 

disaient :  «  Voila  que  nous  avons  quitte  toutes  cho-  le  couvre  maintenanl  sera  passee,  etqu'au  souffle 

ses  pour  vous  suivre  [Matth.  xix,  27).  »  agreable  d'un  doux  zepbir,  ses  parfums  recommeu- 

3.  Cest  done  ainsi  que  yotre  bien-aimfee,  laissanl  ceronta   se  fondre,  a   couler  et  a  repandre  leur 

tout  pour  vous,  desire   avec  areleur  aller  toujours  odeur  ordinaire.   Cest  alors   que  nous  courrons, 

apres  vous,  marcher  toujours  sur  les  traces  de  vos  mais  nous  courrons  dans  cette   bonne  odeur.   Nous 

pas,  et  vous  suivre  partout  ou  vous  irez ;  elle  sait  courrons,  dis-je,  lorsque  les  parfums   commence- 

que  vos  voies  sont  belles,  que  tous  vos  sentiers  mfe-  rout  a  s'exhaler  parce  que  1'engourdissement  oil 

nent  a  la  pais,  et  que  celui  qui  vous  suit  ne  mar-  nous  sommes  maintenant  se  dissipera,  et  la  devo- 

clie  point  dans  les  tenebres.  Si  elle  prie  qu'on  la  tion  reviendra  en  nous,  tellement  que  nous  n'au- 

tire,  e'est  parce  que  votre  justice  est  aussi  elevfee  ions  plus  besoin  d'etre  tires,   nous   serous  excites 

que  les  plus  hautes  montagnes,  et  qu'elle  ne  peut  par  cette  odeur,  a  courir  de  nous-mfemes.  Mais  en 

pas  y  parvenir  par  ses  propves  forces.  Elle  prie  attendant  tirez-moi  apres  vous.  Voyez-vous  comme 

qu'on  la  tire,  « parce  que  personne  ne  vient  a  vous,  quoi  celui  qui  marche  dans  i'esprit,ne  demeure  pas 

si  votre  Pere  ne  le  tire  [Joan,  ix,  kb).  »  Or,  ceux  toujours  en  un  mfeme  etat,  et  n  avance  pas  toujours 

que  votre  Pere  tire,  vous  les  tirez  aussi,  car  les  avec  la   mfeme    facilite  ;  que  la  voie    de   l'liomme 

a-uvres  que  le  Pere  fait,  le  Fils  les  fait  pareillement.  n'est  pas  en  sa   puissance,   comme  dit  l'Ecriture; 

Mais  elle  est  plus  familiere  avec  le  Fils,  et  lui  fait  mais  qu'il  oublie  les  choses  qui  sont    derriere   lui 

cette  demande  parce  qu'il  est  son  propre  epoux,  et  et  s' avance  \  ers  cedes  qui  sont  en  avant,  tant&1  a\  en 

que  le  Pere  l'a  envoye  au-devant  d'elle,  pour  lui  plus,  tantot  avec  moins  de   vigueur,   selon  que  le 

servir  de  guide  et  de  inaitre,  pour  marcher  devaut  Saint-Esprit,  qui  estl'arbitre  souverain  des  gnlccs, 

elle  dans  la  voie  des  bonnes  lnceurs,  lui  preparer  le  les  lui  dispense  avec  plus  ou   moins  d'abon lance? 

chemin  des  vertus,  lui  communiquer  ses  connais-  Je  crois  que  si  vous  voulez  vous    examiner   vous- 

sances,  lui  enseigner  les  sentiers  de  la  sagesse,  lui  memes,  vous  reconnailrez  que  votre   propre  expe- 

donner  la  loi  dune  vie  et  d'uue  conduite  reglee,  et  rience  continue  ce  que  je  vous  dis. 

la  rendre  si  parfaite,  qu'il  eiit  raison  d'etre  epris  de  5.  Lors  done  que  vous  vous  sentez  tombe   dans 

sa  beaute  el  de  ses  charmes.  1'engourdissement,  la  tiedeur  ou  l'enimi  ,  n'entrez 

U.  «  Tirez-moi  apres  vous;  nous  courrons  dans  pas  pour  cela  en  defiance,  et  ne  quittez  pas  vos 

l'odeur  de  vos  parfums.  »   J'ai  besoin  d'etre  tiree,  exerciees  spirituels  ;  mais  cherchez  la  main  de  celui 

parce  que  le  feu  de  votre  amour  est  un  peu  re-  qui  peut  vous  assister,   conjurez-le,  &  l'exemple  de 


Nons  roiiTOni 

scion  que 

nous  ,-nons 

la  grAce. 


et  pedibus,  et  affeclibus.  Notas  eis  fecisti  vias  vitas,  vo- 
cans  eos  post  te,  qui  via  et  vita  es,  et  dicis  :  Yenite  post 
me,  faeiam  vos  fieri  piscatores  hominum  :  item,  (' 
ministrat,  me  sequatur;  et  ubi  sum  ego,  Ulic  et  minister 
meus  ertt.  Dicebant  ergo  glorianles  :  Ecee  nos  reliqui- 
mus  omnia,  ct  seculi  sumus  te. 

3.  Sic  itaque  et  dileeta  tua,  relictis  omnibus  propter 
te,  concupiscit  semper  ire  post  te,  semper  luis  inbaerere 
vestigiis,  ac  scqui  te  quocunque  ieris  :  sciens  quoniam 
via'  tua;  vias  pulchrae,  et  omnes  semita'  tua'  pacifies  ;  et 
quia  qui  sequitur  te,  non  ambulat  in  tenebris.  Precatur 
autem  se  Irani,  quoniam  justitia  tua  sicut  monies  Dei, 
nee  sufticit  ad  illam  suis  viribus.  Precatur  se  trahi,  ut 
assolet ;  quia  nemo  venit  ad  te,  nisi  Pater  tuus  traxerit 
eum.  Porro  quos  Pater  trahit,  trains  et  tu.  Opera  quip- 
pe  qua;  Pater  facit,  hasc  et  Fdius  similiter  facit.  Sed 
familianbus  a  Filio  postulat  trahi,  lanquam  a  Sponso 
proprio,  quern  Pater  misit  obviam  ei  ducem  ac  prascep- 
torem,  qui  sibi  praeirct  in  via  morum,  et  pra-pararet  iter 
virtutum,  et  crudiret  earn  sicut  semetipsum,  et  viam 
prudenliaB  doceret,  ct  traderet  ei  legem  vita;  et  disci- 
plines ;  et  sic  merito  ipse  concupisceret  decorem 
eg  us. 

4.  Tralie  me   post  te,  in  odore   unguentorum    iuorum 


Differenls 

clals  de  la 

grace. 


curremus.  Propterca  opus  habeo  trahi,  quoniam  refriguit 
paulipser  in  nobis  ignis  anions  lui  -,  nee  valemus  a  facie 
frigoris  hujus  curiere  modo,  sicut  heri  et  uudiuslertius. 
Curremus  autem  postea,  cum  reddideris  lsliiiam  salu- 
laiis  lui,  cum  redierit  melior  temperies  gratia;,  cum 
Sol  justitiae  iterum  incaluerit,  et  pertransierit  tentalionis 
nubes,  quw  hunc  operire  ad  horam  cernitur,  atque  ad 
lenem  datum  aura'  blandioris  sulito  coeperint  unguenta 
liquescere,  ct  aromata  tluere,  et  dare  odoreui  suum. 
Tunc  curremus,  in  odore  illo  curremus.  Spiranlibus, 
inquam,  unguentis  curremus,  quoniam  abscedct  torpor 
qui  nunc  est,  et  revertetur  devotio,  etjam  non  erit  opus 
nobis  ut  trahamur,  quippc  odore  excitalis,  ut  gponte 
curramus.  Nunc  vero  interim  trahe  me  post  te.  Yidesne 
ilium  qui  in  spirilu  ambulat,  nequaquani  pcrmaneie  in 
uno  statu  ,  nee  eadam  semper  facilitate  proticere, 
et  quod  non  sit  in  bomine  via  ejus;  sed  quemadmodum 
ei  spiritus  moderator,  prout  vull,  dispensat,  nunc  seg- 
nius,  nunc  alacrius  quae  retro  sunt  oblivisci,  et  ad  autc- 
riora  sese  extendere?  Puto  quod  hoc  ipsum,  si  alten- 
dilis,  vestra  vobis  cxpericutia  intus  respondet  quod  ergo 
foris  loquor. 

5.  Ergo  cum  te  torpore,  acedia,  vel  taedio  affici  sentis, 
noli  propterea  diffidere  aut  desistere  a  studio  spiriluali: 


VINGT  ET  UNIEME  SERMON  SL1R   LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


229 


rite  sur  la 

grace  pre- 

seote. 


l'Epouse,  de  vous  tirer  apres  lui,  jusqu'a  ce  qu'etant 
ranime  et  reveille  par  la  grace,  vous  deveniez  plus 
prompt  et  plus  allegre,  etque  vous  couriez  et  di- 
siez  :  «  J'ai  couru  dans  la  voie  de  vos  commande- 
ments,  lorsque  vous  avez  dilate  ruon  cceur  (Psal. 
Ii  nnfautpas  r.xvm,  32).  »  Et  si  vous  vous  rejouissez  dans  la 
trTp^e'S0-  gr^e  de  Dieu,  quand  elle  est  presente,  ne  croyez 
pas  neanmoins  posseder  ce  don  comnic  un  droit 
qui  vous  est  acquis,  ni  compter  trop  sur  lui, 
comme  si  vous  ne  le  pouviez  jamais  perdre;  de 
peur  que  si  Dieu  vient  tout  a  coup  a  retirer  sa 
main,  et  a  soustraire  sa  grace,  vous  ne  tombiez 
dans  un  decouragement,  une  trislesse  excessive. 
Enfin,  ne  dites  point  dans  votre  abondance  :  «  Je 
ne  serai  jamais  ebranle  (Psal.  xxix,  7).  »  De  peur 
que  vous  ne  soyez  aussi  oblige  de  dire  avec  gemis- 
sement  les  paroles  qui  viennent  apres  celles-la  : 
«  Vous  avez  detourne  votre  visage  de  moi,  et  je 
suis  tonibe  dans  la  contusion  et  dans  le  trouble 
(Ibid.)  »  Vous  aurez  soin  plutot,  si  vous  etes  sage, 
de  suivre  le  conseil  du  sage,  et  de  ne  pas  «  oublier 
les  biens  au  temps  des  maux,  ni  lesmauxau temps 
des  biens  (Eccl.  xi,  27).  » 

6.  IVentrez  done  point  dans  une  trop  grande 
contiance  au  jour  de  votre  force  ;  mais  criez  vers 
Dieu,  avec  le  Propbete,  et  dites  :  «  Ne  m'abandon- 
nezpas.s'il  vous  plait,  lorsque  mes  forces  m'auront 
quitte  (Psal.  lxx,  9).  »Mais  consolez-vous  au  temps 
de  la  tentation,  et  dites  avec  l'Epouse  :  «Tirez-moi 
apres  vous,  nous  courrons  daus  l'odeur  de  vos  par- 
fums.  »  Ainsi  l'esperance  ne  vous  quittera  point 
dans  les  mauvais  jours,  et  la  prevoyance  ne  vous 
les  consoia-  manquera  point  dans  les  bons:  et   soit   que  vous 

tions  et  dans  x  ,  ,  .   .  ,  .... 

les  tcntaiions  sovez  dans  1  adversite  ou  daus  la  prospente;  dans 


II  faut  con- 
server  1'ega- 
lite  d'ame. 


Comment  on 
doit  se  con- 
duire  dan 


le  cbangement  et  la  revolution  des  temps,  vous 
conserverez  comme  une  image  de  l'eternite,  je 
veux  dire  une  egalite  d'esprit,  et  une  Constance 
invincible,  superieure  a  toutes  sortes  d'infortunes; 
vous  benirez  Dieu  en  tout  temps,  et  demeurerez 
ainsi  en  quelque  sorte  immuables  au  milieu  des 
evenements  cbangeants  et  des  defaillances  certaines 
de  ce  siecle  inconstant,  vous  commencerez  a  vous 
reuouveler  et  a  reprendre  cette  ancienne  ressem- 
blance  de  Dieu  qui  est  eternel,  et  qui  n'est  suscep- 
tible d'aucune  vicissitude  ni  du  moindre  change- 
ment.  Car  vous  serez  en  ce  monde  tel  qu'il  est 
lui-meme,  ni  abattu  dans  l'adversite,  ni  insolent 
dans  la  prospente.  C'est  en  cela,  dis-je  ,  que 
l'bomme,  cette  creature  si  noble,  faite  a  l'image  et 
a  la  ressemblance  de  Dieu  qui  l'a  creee,  fait  voir 
qu'il  est  pret  a  recouvrer  la  dignite  de  son  antique 
gloire,  lorsqu'il  trouve  qu'il  estindigne  de  lui,  de  se 
rendre  conforme  au  siecle  qui  passe  et  qu'il  aime 
mieux,  selon  la  doctrine  de  saint  Paul,  rentrer 
«paiierenouvellement  de  son  esprit  (Rom.  xiv,  2), » 
dans  l'etat  ou  il  a  ete  cree  d'abord.  Puis,  obligeant  "^[.J,"*!",,8 
ce  siecle  qui  a  ete  fait  pour  lui,  a  se  conformer  a  de  seconfor- 
lui  d'une  maniere  admirable,  il  fait  que  toute  cboses  cie. 
contribuent  et  conspirent  a  son  bien  et  reprennent 
en  quelque  facon  la  forme  qui  leur  est  propre  et 
naturelle,  en  rejetant  celle  qui  leur  est  etrangere 
et  en  reconnaissant  leur  Mailre  a  qui  elles  etaient 
tenues  d'obeir  dans  l'ordre  de  leur  premiere ' 
creation. 

7.  C'est  pourquoi  je  pense  que  ces  paroles  que  le 
Fils  unique  de  Dieu  a  dites  de  lui-meme,  «  que  s'il 
etait  eleve  de  la  terre,  il  tirerait  tout  a  soi  (Joan. 
xu,  32),  »  peuvent   aussi    s'appliquer  a  tous   ses 


soil  juvantis  require  manum,  trahi  te  obsecrans  Sponsae 
exemplo,  donee  denuo  suscitante  gratia  factus  promptior 
alacriorque,  curras,  et  dicas  :  Viam.  mandatorum  tuorum 
cucurri,  dilatasti  cor  meum.  Sic  au  tern,  quandiu  adest 
gratia,  dclectare  in  ea,  at  nonte  existimes  donum  Dei 
jure  ba'i'oililariu  possidere,  ita  videlicet  securus  de  eo, 
quasi  nunquam  perdere  possis  :  ne  subito,  cum  forte 
rctraxerit  manum,  et  subtraxerit  donum,  tu  animo  con- 
cidas,  et  tristior  quam  oportet  fias.  Denique  ne  dixeris 
in  abundantia  tua,  Non  mouemur  in  ozternum;  ne  etiani 
illud  quod  sequitur,  dicere  cum  gemitu  quidem  cogaris: 
Avert isti  fuciem  iuam  a  me,  et  factus  sum  conturbatus. 
Curabis  potius,  si  sapis,  pro  concilio  Sapicntis,  in  die 
malorum  non  immemor  esse  bonorum,  alque  in  die  bo- 
norum  non  immemor  esse   malorum. 

6.  Ergo  in  die  virlutis  tua?  noli  esse  securus,  sed 
clama  ad  Dcum  cum  Propheta,  et  die  :  Cum  defecerit 
virtus  men,  ue  derelinquas  me.  Porro  in  tempore  tenta- 
tionis  consolarc,  et  die  cum  Sponsa  :  Trahe  me  post  te, 
in  odore  unguentorum  tuorum  curremus.  Sic  te  non 
deseret  spes  in  tempore  malo,  nee  in  bono  providentia 
deerit,  erisque  inter  adversa  et  prospera  mutabilium 
temporum  tenensquamdam  ajternilatis  imagincm,  utique 
hanc  inviolabilem  et  inconcussam  constantis  animi 
aequalitatem,  benedicens   Dominum   in  omni   tempore, 


proindeque  vindicans  tibi  etiam  in  hujus  nutabundi 
saeculi  dubiis  eventibus,  certisque  defectibus,  perennis 
quodammodo  incommutabilitatis  statum,  dum  te  cceperis 
renovare  et  reformare  in  insigne  illud  antiquum  simili- 
tudiuis  Eeterni  Dei,  apud  quern  non  est  transmutatio, 
nee  vicissitudinis  obumbratio.  Quippe  sicut  ipse  est,  ita 
et  tu  eris  in  hoc  mundo,  nee  in  adversis  timidus,  nee  in 
prosperis  dissolutus.  In  hoc,  inquam,  nobilis  creatura 
facta  ad  imaginem  et  similitudinem  ejus  qui  se  fecit, 
antiqui  honoris  dignitatem  receptare  ,  jam  jamque  et 
recuperare  se  indicat,  cum  sibi  indignum  dueit  huio 
labenti  sa;culo  conformari,  reformari  magis  satagens, 
juxta  Pauli  doctrinam ,  in  novitate  sui  sensus,  in  earn 
similitudinem  in  qua  se  conditam  novit;  ae  per  hoc 
etiam  cogens,  ut  dignum  est,  saeculum  istud,  quod 
propter  se  factum  fuit,  versa  vice  mirum  in  modum 
conformari  sibi,  dum  omnia  ei  cooperari  in  bonum  in- 
eipiunt,  lanquam  in  propria  et  naturali  forma,  abjecta 
degeneri  specie  recognoscentia  Dominum  suum,  cui  ad 
serviendum  creata  fuere. 

7.  Unde  arbitror  ilium  sermonem,  quem  dixit  de  se 
Unigenitus,  videlicet  si  exaltarelur  a  terra,  omnia  tra- 
heret  ad  seipsum  :  cunctis  quoque  ejus  fratribus  posse 
esse  communem,  his  utique  quos  Pater  prasscivit  et 
prasdestinavit  conformes  fieri  imaginis   Filii   sui,    ut  sit 


230 


OKUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Comment 
l'homuie  pout 
altirer  tool  It 

lui. 


La  paiivreto 
tfvajBfiX'lique 
poss^de  tout. 


L'avare 

n'est 

pas 

II 

maitre 

mais 

1'esclaTe 

ie  sis 

biens. 

freres;  c'est-a-dire  a  ceux  que  le  Pere  a  commis  et 
predestines  de  loute  eternite  pour  fetre  couformes 
a  son  lils  qui  est  ?<>n  image,  afin  qu'il  soit  le  pre- 
mier no  d'un  grand  nombrede  freres.  Je  puis  done, 
moi  aussi,  dire  bardiment,  que  si  je  suis  eleve  de 
la  terra,  je  tirerai  tout  a  moi.  Car  il  n'y  a  pas  de 
temerite,  mes  freres,  a  me  servir  des  paroles  de 
celui  dont  j'ai  l'aonneur  de  porter  la  ressemlilanee. 
S'il  en  est  ainsi,  les  riches  du  siecle  ne  doivent 
point  penser  que  les  I'reres  de  Jesus-Christ  ne  pos- 
sedent  que  les  biens  celestes,  parce  qu'ils  lui  enten- 
dent  dire  :  «  Hienheureux  les  pauvres  d'esprit, 
parce  que  le  royaume  des  cieux  leur  appartient 
(.Vault,  v,  3);  »  nun,  dis-je,  ils  ne  doivent  point 
penser  qu'ils  ne  possedent  que  les  seuls  biens  du 
ciel,  parce  que  Jesus-Christ  seinble  ne  leur  avoir 
promis  que  ceux-la,  ils  possedent  aussi  les  biens  de 
la  terre;  car  s'ils  sont  comme  ne  possedant  rien, 
cependant  ils  possedent  tout,  ils  ne  mendient  pas 
comme  miserables,  mais  ils  possedent  comme.  des 
maitres  et  des  proprietaires,  et  ils  sont  d'autant 
plus  les  proprietaires  et  les  maitres,  qu'ils  en  sont 
plus  detaches,  selon  cette  parole  :  le  monde  entier 
est  un  tresor  pour  l'homme  fidcle.  Je  dis  le  monde 
entier,  parce  que  les  adversites  aussi  Men  que 
les  prosperites  lui  servent  et  contribuent  a  son 
bien. 

8.  L'avare  done  est  passionnii  pour  les  biens  de  la 
terre,  comme  un  mendiant,  et  le  lidele  les  meprise 
comme  leur  maitre.  L'avare  mendie  en  les  posse- 
dant, et  le  tidele  les  posiede  en  les  meprisant.  De- 
mandez  au  premier  venu  de  ceux  qui  soupirent 
d'un  cceur  insat  able  apres  les  biens  temporels,  ce 
qu'il  pense  de  ceux  qui,  vendant  leurs  biens,  les 
donuent  aux  pauvres,  et  achettent  ainsi  le  royaume 
des  Cieux  pour  un  bien  vil  et  meprisable,  et  s'il 


croit  leur  conduite  sage  ou  non.  II  vous  repondra 
certainement  qu'il  la  trouve  sage.  Demandez-Iui 
encore  pourquoi  il  ne  pratique  pas  lui-meme  ce 
qu'il  approuve  dans  les  autres.  Je  ne  le  puis,  dira- 
t-il.  Et  pourquoi?  C'est,  n'cn  doutez  pas, parce  que 
I'avarice  qui  est  la  maltresse  <lc  son  cceur,  ne  le  lui 
permet  pas;  il  n'est  plus  libre;  les  biens  qu'il 
semble  posseder  ne  sont  pas  a  lui,  et  lui- 
meme  ne  s'appartient  pas.  S'ils  sont  vraiment  a 
vous,  tichez  d'en  pro  liter;  eehangez  les  biens 
de  la  terre  conlre  ceux  du  Ciel.  Si  vous  ne  le 
pouvez  faire,coufessez  que  vous  n'etes  pas  le  maitre, 
mais  l'esclave  de  votre  argent ;  que  vous  n'en  etes 
que  le  gardien  non  le  possesseur.  Enlin  vous 
obeissez  a  votre  bourse,  comme  l'esclave  a  sa  mai- 
tresse;  et  de  ineme  qu'il  est  oblige  de  se  rejouir  ou 
de  s'attrister  avee  elle,  vous  aussi  a  mesure  que  vos 
richesses  grandissent,  vous  vous  elevez,  et  vous 
tonibez  a  mesure  qu'elles  diminuent.  Car  lorsque 
votre  bourse  est  epuisee,  vous  etes  abattu  de  tris- 
tesse,  et  lorsqu'elle  se  remplit,  votre  cceur  est 
comme  rempli  de  joie  ou  plutot  gonlle  d'orgueil. 
Tel  est  l'avare.  Mais,  pour  nous,  imitons  la  liberte 
et  la  Constance  de  l'Epouse,  qui  bien  instruite  de 
toutes  choses,  et  conservant  en  son  cceur  les  ensei- 
gnements  de  la  sagesse,  sait  egalement  vivre  dans 
l'abondance  et  soull'rir  la  pauvrete.  Lorsqu'elle 
prie  qu'on  la  tire,  elle  fait  voir  ce  qui  lui  manque, 
non  d'argent,  mais  de  force ;  et  d'un  autre  cote, 
lorsqu'elle  se  console  dans  l'esperance  du  retour 
de  la  grace,  elle  nionlre  que  si  elle  sent  ses  priva- 
tions, elle  ne  perd  pas  pour  cela  toute  espe- 
rance. 

9.  Elle  dit  done  :  «  Tirez-moi  apres  vous,  nous 
courrons  dans  l'odeur  de  vos  parfutns.  »  Faut-il 
s'etonner,  qu'elle  ait  besoin  d'etre  tiree,  quand  elle 


ipse  primogenitus  in  multis  fratribus.  Et  ego  igitur  si 
exallatus  fuero  a  terra,  andacler  dico,  omnia  traham  ad 
meipsum.  Nee  enim  temerarie  usurpo  mihi,  fratres 
mei,  vocem,  cujus  me  induo  similitudinem.  Quod  si  ita 
est,  non  putent  divites  hnjiis  sa^culi,  fratres  Christi  sola 
possidere  ccelestia,  quia  audiunt,  dicentem  :  Berdi  pau- 
peres  spirilu,  quoniam  ipsorum  est  regnum  caslorum. 
Non  eos,  inquam,  aestiment  sola  ccelestia  possidere,  qui 
ea  sola  audiunt  in  promissione.  Possident  et  terrena,  et 
quidem  tanquam  nihil  liabentes,  sed  omnia  possidentes  : 
non  mendicantes,  ut  miseri,  sed  ut  domini  possidentes, 
eo  pro  ccrto  magis  domini,  quo  minus  cupidi.  Denique 
fideli  homini  totus  mundus  divitiaium  est.  Totus  plane: 
quia  tarn  adversa,  quam  prospera  ipsius,  aeque  omnia 
serviunt  ei,  et  cooperantur  in  bonum. 

8.  Ergo  avarus  terrena  esurit  ut  mendieus,  fidelis 
contemnit  ut  dominus.  Ille  possidendo  mendicat,  iste 
conlemnendo  servat.  Qu;ere  a  quovis  eorum  qui  insa- 
liabili  corde  lucris  temporalibus  inliiant,  quidnam  de  his 
senliat,  qui  sua  vendentes  et  dantes  paupcribus,  regna 
ccelui'um  pro  terrena  mercantur  substantia,  supicntcr 
agant  necne?  Procul  dubio  respondebit;  sapienter. 
Quaire  item  cur  quod  approbat,  ipse    non    facit?    Non 


possum,  iiiquiet.  Quare?  Profecto  quia  domina  avaritia 
nun  permittitj  quia  liber  non  est;  quia  non  sunt  sua 
quae  possidere  videlur ■ ;  sed  nee  ipse  sui  juris.  Si  vere 
tua  sunt,  expende  ad  lucra,  et  pro  terrenis  ccelestia 
commulato.  Si  non  vales,  fatere  te  pecuniae  tuae,  non 
dominum  esse  sed  scrvum;  custodem,  non  possessorem. 
Denique  et  conformaris  crumenae  tuae,  tanquam  servus 
dominaj  sure,  dum  quomodo  ille  illi  necessario  et  con- 
gaudet  gaudenti,  et  dolcnti  condolet  :  tu  quoque  cum 
crescente  tuo  maisupio  crcscis  pariter  aninio,  et  cum 
decrescente  decrescis.  Nam  et  contraheris  tristitia,  cum 
illud  exinanitur  :  et  laelitia  solveris,  aut  certe  inflaris 
superbia,  cum  impletur.  Hoc  ille.  Nos  vero  Sponsae  cu- 
remus  acmulari  liberlalem  atque  constantiam,  quae  sicut 
bene  instructa  in  omnibus,  et  erudita  corde  in  sapientia, 
scit  abundare,  scit  et  penuriam  pati.  Cum  se  rogat 
train,  oetendit  quid  desit  sibi,  non  pecuniae,  sed  vir- 
tulis.  Rursum  cum  se  nihilominus  de  spe  rediturae 
gratiae  consolatur ;  etsi  defloere,  non  tamen  dif'lidcre  se 
probat. 

9.  Dicit  ergo  :  Trahe  me  post  le,  in  adore  unguento- 
rum  iuorum  curremus.  Et  quid  mirum  si  indiget  trabi, 
quae  post  gigantem  cunit,  quae    coiuprelicndere    nititur 


VINGT  ET  CNTEME  SERMON  SUR 

court  apres  un  geant,  et  tache  d'atteindre  celui  qui 
saute  dans  les  montagnes,  et  passe  par  dessus  les 
collines?    «  Sa   parole,   dit  le  Prophete  Roi,  court 
avec  vitesse  {Psal.  cxi.vn,  15).  »   Elle  ne  peut  pas 
egaler  dans  sa  course  celui  qui  «  marche  a  grands 
pas  comme  un  geant  qui  se  hate  d'arriver  au  bout 
de  sa  carriere  {Psal.  xvni,  6).  »  Elle  ne  le  peut  pas 
par  ses seules  forces,  et c'est  pour cela  quelle  desire 
etre  tiree.    Je  suis  lasse,  dit-elle,  je  tombe  en  de- 
faillance,   ne  m'abandonnez  point,  tirez-raoi  apres 
ees  paroles:    vous    de  peur   que  je  ne  commence  a  aller  apres 
d'autres  amants  comme  une  vagabonde,  et  que  je 
ne  coure  comme  une  personne  egaree  qui  ne  sait 
quelle  route   tenir.  Tirez-moi  apres  vous,  parce 
qu'il  vaut  mieux  pour  moi  que  vous  me  tiriez  et 
que  vous  me  fassiez  une  sorte  de  violence  en  m'ef- 
frayant  par  des  menaces,  ou  en  m'exercaut  par  des 
chatirnents ,  que  de  m'epargner  et  de  me  laisser 
dans  mon  corps  jouir  d'une  malheureuse  confiance. 
Tirez-moi   en    quelque    sorte   malgre    moi,    aDn 
qu'ensuite  je  vous   suive    volontairement.  Je   suis 
engourdie,  tirez-moi,  faites-moi  courir.  11  arrivcra 
un  temps  ou  je  n'aurai  plus  besoin  que  personne 
me  tire,  parce  que  nous  courrons  vite  et  de  nous- 
nieines.    Je  ne  coarrai  pas  seule,  quoique  je  de- 
mande  seule  a  elre  tiree.  Les  jeunes  filles  courront 
aussi    avec    moi.  Nous  courrons  egalement,   dous 
courrons  ensemble  ;  moi  excitee  par  l'odeur  de  vos 
pai'fums,  et  elles  par  mon  exemple  et  mes  exhor- 
tations; ainsi  nous  courrons  toutes  dans  l'odeur  de 
vos   parfums.    L'Epouse   a  des  imitateurs,   comme 
elle  est  elle-meme   imitatrice  de  Jesus-Christ ;    et 
c'est  pour  cela  quelle  ne  dit  pas  au  singulier,  «  je 
courrai,  mais  nous  courrons.  » 

10.  Mais    il  se   presente  une  question,   a  savoir 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  231 

pourquoi  l'fipouse,  en  demandant  d'etre  tiree,  ne     pom.qn0j 

demande   pas  aussi  cme  les  ieunes  filles  le   soient    J'epouse  ne 
1  .  .       .  demande-t- 

avec  elle  et  ne  dit  pas  :  «  tirez-nous,  mais  tirez-  eiiepointque 
moi.  »  Mais  quoi,  peui-etre    a-l-elle  besoin  d'etre   fjfi^ToIent 
tiree,  et  les  jeune  filles  n'en  ont-elles  pas  besoin  ?      firfe». 
0  vous  qui  etes  si  belle  et  si  heureuse,  si  pleine  de 
bonheur,  decouvrez-nous  la  raison  de  cette  diffe- 
rence. Tirez  moi,  dites-vous.  Pourquoi  nedites-vous 
pas  :  tirez-nous?  Est-ce  que  vous  nous  enviez  ce 
bonheur?  A  Dieu  ne  plaise  que  cela  soit  ainsi.  Car 
si  vous  eussiez  voulu  aller  seule  avec  l'Epoux,  vous 
n'auriez   pas   ajoute    tout   de   suite  apres,  que  les 
jeunes   filles  courront   avec  vous.    Pourquoi   done 
avez-vous    demande  pour   vous  seule   qu'on  vous 
tirat,  puisque  incontinent  apres  vous  deviez  dire  au 
pluriel  :  «  Nous  courrons?  »La  Charite,  dit-elle,  le 
voulait  ainsi.  Apprenez   de  moi  par  cette  parole  a 
altendre   d'en   haut  un  double  secours  dans  les 
exercices     spirituels,     la    reprimande    et   la  con- 
solation.  L'une  exerce  au  dehors,  et  l'autre  visile 
au   dedans.    L'une   arrele   l'emportement,   l'autre 
eleve  le  cceur  et  lui  donne  de  la  confiance.  L'une 
opere  1'humilite,  et  l'autre  console  dans  le  decou-  et  la  ccnsola- 
ragement.  L'une  donne  de  la  prudence,  et  l'autre, 
de  la  devotion.  La  premiere  enseigne  la  crainte  du 
Seigneur,  et  la  seconde  tempere  cette  crainte  par 
une  joie  salutaire,  ainsi  qu'il  est  ecrit  :  «  Que  mon 
coeur  se  rejouisse,  en  sorte  qu'il  craigne  votre  nom 
(Psal.    lxxxv,   11).  »  Et  encore  :  «  Servez  le  Sei- 
gneur avec  crainte,  et  rejouissez-vous  en  lui  avec 
tremblement  {Psal.  n,  11).  » 

11.  Nous  sommes  tires,   lorsque  nous  sommes   De  li  vient 
exerces  par  les  tentations  et  les  tribulations.  Nous   ment  et  i„ 
courons  lorsqu'etant  visites  par  des  consolations  et      course, 
des  inspirations  secretes  et  interieures,  nous  respi- 


14  y  a  deal 
secours  Te- 
nant de 
Dieu,  la 
reprimande 


eum  qui  salit  in  montibus,  transsilit  colles?  Velociter, 
ait,  cumt  sermo  ejus.  Non  valet  ex  aequo  currere,  non 
potest  pari  cuoi  illo  celeritate  contendere,  qui  exsultat 
ut  gigas  ad  currendam  viam;  non  potest  suis  viribus,  et 
propterca  rogat  se  trahi.  Fessa  sum,  inquit,  deficio,  noli 
me  deserere,  seel  trahe  me  post  te,  ne  incipiam  vagari 
post  amalores  alios,  nee  cur-ram  quasi  ininceilum.  Tmlie 
me  post  te  :  quia  satius  mihi  est  ut  me  trahas,  nt  scili- 
cet vim  qualemcunque  mihi,  aut  terrendo  minis,  aut 
exercendo  (lagellis  inferas,  quam  parcens  in  meo  me 
torpore  male  securam  dcrelinquas.  Trahe  quodam  modo 
invitam,  ut  facias  volunlariam  :  trahe  torpentem,  ut 
reddas  currcntem.  Erit  quando  non  indigebo  tractore, 
quoniam  voluntarie  et  ci;:n  omni  alacritate  curremus. 
Non  curram  ego  sola,  etsi  solam  me  trahi  petierim  : 
current  et  adolescentute  mecum.  Curremus  pariter, 
enrremus  simul,  ego  odore  unguentorum  tuorum,  ilia? 
meo  excitatae  exemplo  atque  hortatu,  ac  per  hoc  omnes 
in  odore  unguentorum  tuorum  curremus.  Habet  Sponsa 
imilatores  sui,  sicut  et  ipsa  est  Christi,  et  ideo  non  ait 
singulariter  :  Curram,  sed  curremus. 

10.  Sed  oritur  quaestio,  cur  similiter,  cum  se  peliit 
trahi,  eliam  adolescentulas  non  adjunxit,  ut  non  Trahe 
me,  sed  Trahe  nos  diceret.  Quid  enim  ?  Fortene  Sponsa 


indiget  trahi,  et  adolescentulas  non  indigent?  0  pulchra, 
o  felix,  o  beata,  edissere  nobis  htijus  distinctionis  ra- 
tionem.  Trahe  me,  ais.  Quare  me,  et  non  nos  ?  An  hoc 
bonum  invides  nobis?  Absit.  Neque  enim  protinus 
dixisses  adolescentulas  tecum  esse  cursuras,  si  sola  post 
Sponsum  ire  voluisses.  Cur  ergo  pluraliter  moxsubjunc- 
tura  curremus,  trahi  te  singulariter  postulasti  ?  Charitas, 
inquit,  ita  postulabat.  Disce  per  hoc  verbum  a  me  in 
spirituali  exercitio  duplex  auxilium  desuper  sperare  , 
correptionem,  et  consolationem.  Altera  foris  exercet, 
altera  visitat  intus.  Ilia  reprimit  insolentiam,  ista  in 
tiduciam  erigit  :  ilia  operatur  humilitatem,  ista  pusilla- 
nimitatem  consolatur  :  ilia  cautos,  ista  devotos  facit. 
Timorem  Domini  docet  ilia,  ista  ipsum  timorem  infuso 
temperat  gaudto  salutari,  sicut  scriptum  est  :  Lmtetur 
cor  meum  ut  timeat  nomen  tuum.  Item,  Servile  Domino 
in  timore,  et  exsultale  ei  cum  tremore. 

11.  Trahimur  ,  cum  tentationibus  et  tribulationibus 
exercemur;  currimus,  cum  internis  consolationibus  et 
inspirationibus  visitati,  tanquam  in  suaveolentibus  un- 
guentis  respiramus.  Ergo  quod  austerum  et  durum  vide- 
tur,  retineo  mihi,  tanquam  forti,  tanquam  sana?,  tanquam 
perfectae,  et  dico  singulariter,  Trahe  me.  Quod  suave  et 
dulce,  tibi  tanquam  infirmo  couimunico     et  dico,   Cur- 


23* 


CCTVRES  DE  SAINT  HERNARD. 


ions  line  odeur  aussi  douce  que  colics  Jos  plus  ex- 
celleuts  parfums.  Co  qui  parait  austere  et  Jur  je  lu 
reserve  done  pour  moi,  qui  suis  forte,  saiuo  et 
parfaitejet  je  ilis  en  ne  parlaal  que  do  moi  : 
«  Tirez-moi  »  Mais  ce  qui  est  doux  et  agreable,  je 
yous  en  fais  part,  a  vous  qui  fctes  faible,  et  je  dis  : 
«  Nous  courrons.  >  Je  <,iis  ce  que  sont  <le  jeunes 
filles,  tendres  et  delicates,  el  trop  faibles  poursou- 
tenir  les  tentations ;  voila  pourquoi  je  vens  qu'elles 
courent  avec  moi,  mais  mm  pas  qu'elles  soient 
tirees  avec  moi;  je  veux  qu'elles  parlagent  mes 
consolations,  non  pas  mes  travaux.  Pourquoi? 
Parce  qu'elles  sont  iufirmes,  et  que  j'apprehende 
que  les  forces  ne  leur  manquent,  et  qu'elles  ne 
sueconibent.  Mais  pour  moi,  &  mon  Epoux,  chatiez- 
moi,  tentez-moi,  tirez-moi  apres  vous,  parce  que  je 
suis  prete  a  soutl'rir  toutes  les  afflictions  qu'il  vous 
plaira  de  m'envoyer,  et  que  je  suis  assez  forte  pour 
les  supporter.  Pour  le  reste,  nous  courons  en- 
semble a  l'envie  des  unes  des  autres,  je  serai  seule 
tiree,  mais  nous  courrons  toutes  ensemble.  Nous 
courrons,  nous  courrons,  dis-je,  mais  ce  sera  dans 
l'odeur  de  vos  parfums,  non  pas  dans  la  confiance 
de  nos  propres  merites.  Nous  n'avons  pas  la  pre- 
somption  de  croire  que  nous  courrons  dans  la 
grandeur  de  nos  forces,  mais  dans  le  nombre  infini 
de  vos  misericordes.  Car  si  nous  avons  couru  quel- 
quefois  et  si  nous  l'avons  fait  volontairement,  la 
gloire  n'en  doit  revenir  ni  a  notre  volonte,  ni  a 
notre  course,  mais  a  Dieu.  Que  cette  misericorde  se 
retourne  vers  nous,  et  nous  courrons.  Pour  vous, 
Seigneur ,  vous  courez  par  votre  propre  force 
comme  un  geant,  et  commeun  homme  puissant  et 
vigoureux ;  mais  nous,  nous  ne  courrons  jamais,  si 
nous  ne  sentons  l'odeur  de  vos  parfums  :  «  Pour 
vous  que  le  Pere  a  sacre  d'une  buile  de  joie,  d'une 


maniere  plus  noble  que  ccux  qui  out  part  a  votre 
gloire  [Psal.  suv,  8),  »  vous  courez  dans  cette  di- 
vine onction;  mais  nous,  nous  ne  courrons  qu'ft 
l'odeur  qu'elle  repand.  Vous  courez  dans  la  pleni- 
tude i't  dans  l'odeur  du  parfum.  Ce  serait  ici  le  lieu 
do  m'acquitter  de  la  promesse  que  je  me  sou- 
vier.s  de  vous  avoir  fade,  il  y  a  longtemps,  de  vous 
parler  des  parfums  de  l'Epoux,  si  je  ne  craignais 
d'etre  trop  long.  Je  remets  done  a  une  autre  fois 
pour  le  faire;  car  l'importanee  du  sujet  ne  soull're 
pas  i]u'ou  La  resserre  dans  des  limites  si  etroites, 
1'iiez  le  Seigneur  de  la  divine  onction,  qu'il  daigne 
rendre  agreable  le  sacrifice  de  mes  levres,  et  que 
je  puisse  rappeler  a  vos  esprits  le  souvenir  de  l'a- 
bondance  de  sa  grace,  oui,  dis-je,  de  la  grace  qui 
est  dans  l'Epoux  de  l'Eglise,  Jesus-Cbrist  notre 
Seigneur.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XXII. 

Des  quatre  parfums  de  C  Epoux  et  des  quatre  vertus 
cardinales. 

1.  Si  les  parfums  de  l'Epouse  sont  aussi  precieux 
et  aussi  magnifiques  que  vous  l'avez  vu  dans  les 
discours  precedents  ,  que  pensez-vous  de  eeux  de 
l'Epoux  ?  Mais  si  je  ne  suis  pas  capable  de  les  ex- 
pliquer  d'une  facon  proporlionnce  a  leur  excellen- 
ce, il  n'y  a  point  de  doute  pourtant  que  leur  vertu 
ue  soit  plus  eminente  et  leur  grice  plus  efticacc, 
puisque  leur  seule  odeur  excite  a  courir,  non-seu- 
lement  les  jeunes  filles,  mais  l'Epouse  elle-meuie. 
En  efl'et,  si  vous  y  prenez  garde,  elle  n'ose  rien  pro- 
metlre  de  semblable  deses  parfums.  A  laverite,  elle 
se  flatle  qu'ils  sont  excellents,  mais  neanmoins  elle 
ne  dit  pas  que  e'est  dans  eux  qu'elle  ait  couru   ou 


remits.  Novi  ego  adolescentulas  delicatas  et  teneras 
esse,  et  minus  idoneas  suflerre  tentationes  :  et  propterea 
mecum  volo  ut  currant,  sed  non  ut  mecum  trahantur; 
volo  habere  socias  consolationis,  non  autem  et  laboris. 
Quare?  Quoniam  inlirma?  sunt,  et  vereor  ne  deficiant, 
ne  succumbant.  Me,  inquit,  o  Spouse,  corripe,  me 
exerce,  me  tenia,  mc  Iralie  post  te  :  quoniam  ego  in 
flagella  parata  sum,  et  potens  ad  sustinendum.  Caeterum 
simul  curremus  :  sola  trahar,  sed  simul  eurremus.  Cur- 
remus,  curremus,  sed  in  odorc  unguentorum  tuuniin, 
non  nostrorum  liducia  meritorum  :  nee  in  magnitudinc 
virium  nostrarum  currerc  nos  confidimus,  sed  in  multi- 
tudine  miseralionum  tuariiin.  Nam  cl  si  quando  cucur- 
rimus  ac  voluntaric  fuimus ,  non  fuit  volentis,  neque 
currentis,  sed  miserenlis  Dei.  Rcvertatnr  miseratio,  et 
curremus.  Tu  quidem  in  virlule  tua,  lanquam  gigas  et 
potens,  enrris  :  nos,  nisi  ungueuta  tua  spiraverint,  non 
curremus.  q'u,  quetn  Pater  uuxit  uleo  laetilia?  prae  con- 
Mrtiboa  fcttis,  ourris  in  ipeo  unctione;  nos  in  illiusodore 
curremus  :  tu  in  plemtudine,  DOS  in  odore.  Tcmpus 
esset  ni  pii'soherem  quod  de  unguentis  Sponsi  longe 
supra  promMaae  me  inemini,  si  nun  hujiis  sermonis 
ongitudo  vetaret.  Diifero  ergo  :  nam  et  niateriaj  digni- 


tas  arclari  molesta  brevitale  non  patitur.  Rogate  Domi- 
num  unctionis,  ut  voluntaria  oris  mei  bencplacita  facere 
dignelur  ad  insinuandam  veslris  desidcriis  mcmoiiam 
abundantisa  suavitatis  sua',  quae  est  in  Sponso  Ecclesiaj 
Jesu-Christo  Domino  nostra.  Amen. 

SERMO  XXI I. 

De  quntuor  unguentis  Sponsi;  cl  totidem  virtutibus 
cardinalibus. 

1.  Si  ila  prcliosa,  ila  magnilica  Spons;e  unguenta  in- 
venla  sunt,  quemadmodum  cum  tractarenlur  audistis  : 
Sponsi  qualia  sunt?  Et  si  digne  ea  nos,  prout  sunt,  non 
suflicimus  explicare ;  baud  dubium  tamen  quin  excol- 
lentior  liorum  virtus,  et  gratia  eflicacior  sit,  quorum 
solus  non  solum  adolescentulas,  sed  ipsam  quoqueSpon- 
sam  odor  cxcilat  ad  currenduiu.  Si  enim  advertis,  nil 
talc  de  propriis  unguentis  ansa  esl  polliccri.  Et  quidem 
ilia  optima  esse  glorialur  :  sed  non  dicil  lamen,  quia  in 
eis  cucurrisset,  aul  curreret;  quod  in  istorum  solo  odore 
promittit.  Quid  si  ipsani  unctionem  in  se  effusam  sen- 
tiret,  cujus  ila  tenui  exhilarata  fragrantia  permovefur  ut 
currat?  Mirum  si   non  el   volaret.   Sed   dicit  aliquis  : 


VINGT-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


255 


Dieu  est 
goutti  diffe- 
remment  de 

homnies, 
selnn   leurs 

difierents 

merites. 


Experience 
necessaire 
pour  corn- 
er' hh'i  u  cela 


quelle  coure,  elle  ne  promet  de  le  faire  que  dans 
l'odeur  des  parfums  de  l'Epoux.  Qu'aurait-elle  dit 
si  elle  se  fiit  sentie  reniplie  de  l'onction  rneme  de  ce 
parfum,  dontlaseule  odeur,  quelque  legere  qu'elle 
soit,  la  ravit  de  joie  et  la  fait  courir?  Je  serais  bien 
etonne  si  elle  ne  s'envolait  pas.  Mais  peut-etre 
quelqu'un  dit  en  lui-meme  :  cessez  de  tant  relever 
ces  parfums;  on  verra  assez  ce  qu'ils  sont,  lorsque 
vous  aurez  commence  a  les  expliquer.  Point  du 
tout;  je  ne  vous  promets  pas  cela.  Croyez-moi,  je 
vous  avoue  que  je  ne  sais  encore  si  ceux  qui  me 
viennent  dans  l'esprit  sont  les  veritables.  Car  j'es- 
1ime  que  l'Epoux  a  diverses  especes  de  parfums  et 
de  baumes,  et  qu'il  en  a  en  grande  quantite;  qu'il 
y  en  a  que  l'Epouse  estime  d'une  facon  particuliere, 
parce  qu'elle  est  plus  proche  de  son  Epoux,  et  plus 
familiere;  qu'il  en  est  quelques-uns  qui  arrivent 
jusqu'aux  jeunes  lilies;  et  en  tin  qu'il  y  en  a  d'au- 
tres  qui  parviennent  meme  a  ceux  qui  sont  plus 
eloignes  et  comme  etrangers ;  en  sorte  qu'il  n'y  a 
personne,  comme  dit  le  Prophete,  qui  ne  sente  sa 
chaleur.  Mais  bien  que  le  Seigneur  soit  doux  et 
bon  envers  tout  le  monde,  il  l'est  pourtant  davan- 
tage  envers  ceux  qui  sont  de  sa  maison;  et  plus 
on  s'approcbe  familierement  de  lui  par  ses  merites 
et  sa  purete,  plus  aussi,  je  crois,  on  sent  l'odeur  de 
parfums  plus  nouveaux,  et  d'une  onctiou  plus 
douce  et  plus  agreable. 

2.  Mais  on  ne  saurait  comprendre  ces  cboses 
comme  il  faut,  a  moins  de  les  avoir  eprouvees. 
_  C'est  pourquoi  je  ne  veux  point  usurper  temeraire- 
ment  une  prerogative  qui  n'est  accordee  qu'a  l'E- 
pouse. II  n'y  a  que  l'Epoux  qui  sache  les  delices 
que  l'Esprit-Saint  fait  gouter  a  sa  bien-aimee,  par 
quelles  inspirations  il  reveille  et  recree  les  sens  de 
son  ame,  et  de   quelles   senteurs  il  la  parfume. 


Desine  jam  commendare  :  satis,  cum  ea  cceperis  assi- 
gnare,  apparcbit  quid  sint.  Non.  Minime  ego  islud  pol- 
liccor.  Sane  an  vel  ipsa  sint  qua?  aniuio  suggeruntur 
dicenda,  crede  mihi,  adhuc  nescire  me  fateor.  Existimo 
enim  Sponsum  varias  aromaturn  atque  unguentorum 
habere  species,  et  nou  paucas  :  et  alias  quidem  esse  in 
quibus  singulariter  oblectatur  Sponsa,  tanquam  propin- 
quior  ac  familiarior;  alias  vero  qua;  usque  ad  adoles- 
centulas  perveniunt;  alias  qua;  pertingunt  etiam  ad  longe 
positos  et  extraneos,  ut  non  sit  qui  se  abscondat  a  ca- 
lore  ejus.  Sed  licet  suavis  Domiuus  universis,  maxime 
tamen  domesticis ;  et  quanto  quis  ei  familiarius  pro  vita; 
mentis  ac  mentis  puritate  approprial,  tanlo  eumarbitror 
recentiorum  aromatum  et  unctionis  suavioris  sentire 
fragrantiam. 

2.  Porro  in  hujusmodi  non  capit  inlelligentia,  nisi 
quantum  experientia  attingit.  Ego  vero  hand  temere 
mihi  arrogarim  Sponsa;  pra;rogativam.  Novit  Sponsus 
quibus  deliciis  spiritus  foveat  dilectam,  quibus  singula- 
riter refocillet  sensus  ejus  inspirationibus,  et  mulceat 
odoramentis.  Sit  tibi  tons  proprius,  in  quo  ei  non  com- 
municet  alienus,nec  indignus  bibat  ex  eo  ;  est  quippe 
kortut   conclusut,    font  ttgnatut.  Ceeterum    derivantur 


Qu'elle  lui  soit  done  une  fontaine  propre  a.  lui  seul, 
oil  l'etranger  n'ait  point  de  part,  et  l'indigne  ne 
boive  point.  Car  c'est  «  un  jardin  ferme  et  une 
fontaine  scellee  [Cunlic.  iv,  12);  »  mais  les  eaux  en 
decoulent  dans  les  places  publiques.  Je  reconnais 
que  je  les  ai  a  ma  disposition,  pourvu  neanmoins 
que  personne  ne  me  moleste  ou  ne  me  montre  de 
l'ingratitude,  si  je  puise  a  une  source  publique 
pour  donner  a  boire  aux  autres.  Car,  pour  relever 
un  peu  mon  ministere  eu  ce  point,  ce  n'est  pas 
sans  peine  et  sans  travail  que  je  vais  tous  les  jours 
puiser  dans  les  ruisseaux  meme  publics  de  1'E- 
criture,  pour  donner  de  l'eau  a  chacun  selon  ses 
besoins,  si  bien  que,  sans  prendre  aucune  peine, 
chacun  de  vous  ait  facilement  des  eaux  spirituelles 
pour  toute  sorte  d 'usages,  par  exemple  pour  laver, 
pour  boire  et  pour  cuire  les  aliments.  Car  la  pa- 
role de  Dieu  est  l'eau  salutaire  de  la  sagesse,  non- 
seulement  elle  abreuve,  mais  elle  lave,  suivaut  ce 
que  dit  le  Seigneur  :  «  Vous  etes  nets  a  cause  des 
discours  que  je  vous  ai  tenus  (Joan,  xv,  3).»  La  pa- 
role divine  cuit  encore,  pour  ainsi  dire,  par  le  feu 
du  Saint- Esprit,  les  pensees  charnelles,  qui  sont 
comme  de  la  viande  crue,  et  les  change  en  des  sens 
spirituels,  et  en  fait  une  nourriture  pour  l'ame,  si 
bien  qu'on  peut  dire  :  «  Mon  coeur  s'est  echauffe 
au  dedans  de  moi,  et  un  feu  s'allumera  en  moi  du- 
rant  ma  meditation  (Psal.  xxxvui,  U).  » 

3.  Ceux  dont  l'esprit  etant  parfaitement  pur, 
sont  capables  de  comprendre  par  eux-memes  des 
cboses  plus  sublimes  quecelles  que  nousdisons,  non- 
seulement  je  ne  les  en  empeche  point,  mais  meme 
je  les  en  felicite,  pourvu  qu'ils  souffrent  aussi  que 
nous  proposions  des  chosesplus  simples  a  ceux  qui 
ne  sont  pas  aussi  eclaires  qu'eux.  Que  je  voudrais 
voir  tout  le  monde  doue  du  don  de  la   parole,  et 


La  pre-diea- 

tion 
n'est  pai 
un  petit 
travail. 


Triplo 

usage  de  la 

parole  de 

Dieu 


aqua;  inde  in  plateas.  Eas  me  habere  ad  manum  fateor, 
dum  tamen  nemo  mihi  molestus  sit  aut  ingratus,  si  de 
publico  haurio  et  propino.  Nam  utpaulisper  ministerium 
meum  in  hac  parte  commendem ;  nonnullius  profecto 
fatigationis  est  atque  laboris,  quolidie  scilicet  exire,  et 
haurire  ctiam  de  manifeslis  rivulis  scripturarum,  et  ex 
eis  singulorum  necessitalibus  inservire,  ut  absque  suo 
labore  quisque  vestrum  praeslo  habeat  aquas  spirituales 
ad  omne  opus,  verbi  gratia  ad  lavandum,  ad  potandum, 
ad  cibos  coquendos.  Est  nimirum  aqua  sapientiaesalularis 
sermo  di\inus,  non  modo  potans,  sed  et  lavans,  dicente 
Domino  :  Et  vos  mundi  estis  propter  sermonem  quern 
toculus  sum  vobis.  Sed  et  crudos  carnis  cogilatus  igne 
Spiritus-Sancti  accedente  coquit  divinum  eloquium,  ac 
vertit  in  sensus  spirituales  et  cibos  mentis,  ita  ut  dicas  : 
Concaluit  cor  meant  intra  me,  et  in  meditahone  mea 
exardescel  ignis. 

3.  Qui  menle  sane  puriori  per  seipsos  apprehendere 
sublimiora  sufflciunt,  quam  per  nos  proferantur ;  non 
solum  non  prohibeo,  sed  et  multum  congratulor,  dum 
etipsinospatianlur  simpliciora  simplicioribus  ministrare. 
Quis  dabit  mihi  ut  omues  prophetent  ?  Utinam  mihi 
necesse  non  ewet    in  his    occupari  !  Utiuam   aut  alteri 


234 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


l>lvit  a  Dieu  que  je  ne  fusse  point  oblige  de  m'occu- 
per  a  eel  ezercioe.  Pint  a  Dieu  qu'un  autre  en  vou- 
lut  bien  prendre le  soin,  ou  plutot  ceque  j'aimerais 
encore  mieux,  qn'il  ne  se  Irouvat  personne  parmi 
vous  qui  en  out  besoin,  et  que  vous  fussiez  tous  si 


puise  a  la  source  commune.  Car  il  estlafontainede. 
vie,  la  fontaine  scellee  qui  jaillit  avec  force  au  mi- 
lieu da  jardin  ferine,  par  la  bouche  de  Paul  qui  lui 
sort  de  canal ;  il  est  vraiment  cette  sagesse  adora- 
ble, qui,  selon  l'expression  du  saint  homme  Job, 

bien  instruits  par  Dieu  nieme,  que  je  pusse  dans  sort  des  lieux  profonds  et  caches  (Job.  xxviu,  18), 

un  profond  repos,  voir  que  l'Epous  esl  Dieu.  Main-  se  divise  en  quatre  ruisseaux,  et  coule  dans  les 

tenant  done,  et  je  ne  le  saurais  dire  sans  repandre  grandee  places,  ou  ce  bienheureux  ap6lre  nous  ap- 

des  larmes,  puisqu'il  ne  m'est  pas  permis,  je  ne  dis  prend  que  Dieu  1'a  fait  pour  nous,  sagesse,  justice, 

pas  de  contempler,  mais  meme  de  chercher  !e  Roi  sanctification  et  redemption  (i  Cor.  i,  10).  Par  ces  vt$\i»o s'e«t 

assis  danssa  gloire  sur  les  Cherubins,  surun  trone  quatre.  ruisseaux,  comme  autant  de  parf'ums  pre-  "^"^eJlt8 

magnifique  et  e!e\v,  dans  la  forme  selon  laquelle  cieux,  lil  importe  peu,  en  effet,  de  les  considerer  par  la  bnnns 

il  a  ete  engendre  egal  a  son  pere,  dans  la  splendeur  comme  eau  ou  comme  onction  ;  comme  eau,  parce  J6.ua.chri>. 

de ses  saints  avant  l'etoile  du  matin,    dans  laquelle  qu'ils  neltoient,  comme  onction,  parce  qu'ils  sont 

les  anges  desirent  le  contempler  et  le  voir.  Dieu  odoriferants ;)  par   ces   quatre   ruisseaux,    dis-je, 

facile  "de"    ^ans  ^'eu-  ^e  1U'  me  res'e  ^  n10'-  <Im  ne  slus  qu'un  comme  par  autant  de  parfums  precieux  composes 

porter  de    homme,   e'est   de  le  proposer  comme    homme  a  d'ingredients  celestes  sur  des  montagnes  couvertes 

que  de  la     aes  homines,  et  dans  la  forme  qu'il  a  prise  quand  de    bois   de    senteurs  ,    il    a    tellement    embaume 

d'Tj£'ut-d<!    il  a  voulu  sefaire  connaitre,  par  un  exces  de  bonte  l'Eglise,  qu'etant  aussitot  attiree  des  quatre  parties 

Christ.      et  d'amour,  quand  il  s'est  abaisse  au  dessous  des  du  monde  par  cette  douceur  ineffable,  elle  s'est 

anges,  qu'il  a  mis  sa  lente  dans  le  soleil,  qu'il  est  hatee  d'aller  trouver  cet  Epoux  celeste,  semblable  a 

sorti  comme  un  Epoux  de  sa  cbanibre  nupliale  la  reine  de  Saba  (m  Reg.  x,  1),  qui  accourut  avec 

(Psal.xmt,  6).  Je  le  presente  p!ut6t   dans  sa  dou-  empressement  des  extremites  de  la  terre,  pour  en- 

ceur  que  dans  son  elevation,  et  dans  son  onction  tendre  la  sagesse  de  Salomon,  excitee  aussi  par  la 

plutot  que  dans  sa  grandeur;  enlin,  je  le  montre  bonne  odeur  de  sa  reputation, 
tel  que  le  Saint-Esprit  l'a  sacre,  et  envo)*e  pour  an-        5.  L'Eglise  n'a  pu  courir  apres  l'odeur  de  son 

noncer  la  bonne  nouvelle  a  ceux  qui  elaient  dans  Salomon,  que  lorsque  celui  qui,  de  toule  eternite, 

la  misere,  guerir  les  cceurs  brises,  precher  le  par-  etait  la  sagesse  engendree  du  Pere,  i'ut  fait,  pour 

don  aux  captifs,  la  delivrance  aux  prisonniers,  et  elle   par    le  Pere,    sagesse    dans     le    temps.    Car  Le  ctmst  8!t 

annoncer  l'annee  des  misericordes  du  Seigneur.  e'est  alors  qu'elle  a  commence  a  sentir  la  divine     «agesse. 

/l.l.aissantdonc  a  chacun  les  sentiments  plus  subli-  odeur  qui  sortait  de  lui.  11  a  ete  de  meme  fait  pour 
mes  et  plus  eleves  que  Dieu,  peutetre,  par  une  grace  elle  justice,  sanctification  et  redemption,  alin 
singuliere,lui  a  communiques  sur  le  sujet  des  par-  qu'elle  put  egalemeut  courir  dans  l'odeur  de  ces 
funis  de  1'Epoux,  et  dont  il  lui  a  donne  l'experience,  excellentes  qualites,  car  il  a  ete  tout  cela  en  lui- 
je  me  contenterai  de  mettre  en  commun  ce  que  j'ai    meme  avant  toutes  choses.  En  effet,  le  Verbe  etait 


cara  inenmberet  ista,  ant  certe,  quod  mallem,  nemo  in 
vobis  esset  qui  ea  indigeret,  essentque  omnes  docibiles 
Dei,  et  ego  posse m  vacare  et  videre  quoniara  etSponsus 
est  Deus  !  Nunc  vero  quem  minime  interim,  non  dico 
intueri,  sed  ne  inquirere  quidem  licet,  quod  sine  lacry- 
mis  non  loquor,  Regem  in  decore  suo  sedentem  super 
Cherubin,  sedentem  super  solium  excelsum  et,  elevatum, 
in  ea  forma,  qua  aequalis  Palri  in  splendoribus  sancto- 
rum ante  luciferum  genitus  est,  in  qua  el  semper  desi- 
derant  angeli  eum  prospicere,  Deum  apud  Ileum  : 
ipsnm  saltern  hominem  homo  hominibus  loquor  secun- 
dum earn  fonnam,  in  qua,  ut  se  manifestum  nimia  sua 
dignalione  et  dilectione  praeberet,  minoratns  ab  angelis, 
in  sole  posuit  tabernaculum  suum,  et  ipsetanquam  spon- 
sus  procedens  de  thalamo  suo.  Suavem  magis  quam 
siiblimcm,  et  unctum,  non  altum  loquor,  qualem  deni- 
que  Spiritus  Domini  unxit,  et  misit  evangelizare  pau- 
peribus  :  mederi  contritis  corde,  pra-dicare  captivis  in- 
dulgentiam.  et  clausis  apertionem,  pradicare  annum 
placabilem  Domino. 

4.  Salvo  igitur  cuiquc,  quod  forte  sublimius  subtilius- 
que  de  Sponsi  unguentis  speciali  munere  sentire  sibi  et 
experiri  donatum  est,  ego  quod  de  communi  accepi, 
profero  in  commune.  Ipse  siquidem  fons  vil<e,  ipse  fons 


signatus,  de  intra  bortum  conclusum  erumpens,  per  os 
Pauli  listulam  snam,  tanqnam  vere  iila  sapientia,  quae 
juxta  beatl  Job  sententiam  trahitur  de  occuttis,  in  qua- 
tuor  sese  rivos  difuidit,  et  derivavit  in  plateas,  ubi  vide- 
licet et  assignat  nobis  eum  factum  a  Deo  sapientiam,  et 
justitiam,  et  sanctiticationem,  et  redemptionem.  Ex  his 
utique  qualuor  rivis,  tanqnam  pretiosissimis  unguentis, 
(nil  enim  obstat  utrumque  inlelligi,  et  aquam,  et  iinc- 
tionem  :  aquam,  quia  mundant  ;  unctionem,  quia  fra- 
grant :  )  ex  his,  inquam  quatuor  praemissis,  tanqnam 
unguentis  pretiosissimis,  super  montes  aromatum  de 
ccelestibus  speciebus  confectis,  tanta  Ecclesias  nares  odo- 
ris  suavitas  replevit,  ut  mox  a  quatuor  mundi  partibns 
excitata  ilia  duleedine,  supermini  properaret  ad  Sponsum, 
tanquam  vere  ilia  regina  Austri  festinans  a  (inibus  terra; 
audire  sapientiam  Salomonis,  opinionis  siquidem  odore 
provocata. 

5.  Sane  et  Ecclesia  non  ante  currere  valuit  in  odere 
sni  Salomonis,  quousque  is  qui  ab  asterno  ex  Patre  sa- 
pientia erat,  factus  est  ei  in  tempore  a  Patre  sapientia, 
quo  ipsius  odorem  percipere  posset.  Sic  juslilia,  sic 
sanclilicatio,  sic  el.  redemptio  nihilominus  ei  factus  est, 
ut  horum  quoqne  in  odore  currere  posset,  Cum  hsec 
jeque  omnia  in  se    ante  omnia  esset.  Nam  et  in  princi- 


VINGT-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


235 


Le  Christ  est 

Dotre 
Redeuipion. 


Lc  Christ  a 

etc  h 

Redemption 

des    arises 

en  quelle 

maniere  il 

la  «e. 
V.  Sermon 
II  pour  le 
jour  de  la 
Circoncision 
n.  2. 


des  le  commencement  (Joan,  i,  1),  maisles  Pasteurs 
no  vinrent  en  hate  pour  le  voir,  que  lorsqu'on  leur 
annonca  qu'il  etait  fait.  Car  ils  se  disaient  Tun  a 
l'autre  :  «  Parsons  jusqu'en  Bethleem,  et  voyons  ce 
Verbe  qui  a  ete  tait,  que  le  Seigneur  a  fait,  et  nous 
a  montre  (Luc.  n,  15).  »  Et  l'Evangeliste  ajoute  : 
«  (Ju'ils  vinrent  en  hite.  »  lis  ne  se  remuaieat  point 
auparavant,  lorsque  le  Verbe  n'etait  encore  qu'en 
Dieu ;  ruais  lorsqu'il  fut  fait,  lorsque  le  Seigneur 
le  lit  et  le  leur  montra,  alors  ils  vinrent  en 
hite,  ils  accoururent.  De  meme  done  que  le 
Veibe  etait  au  commencement,  mais  n'etait  qu'en 
Dieu,  et  qu'il  a  ete  fait  lorsqu'il  a  commence  d'etre 
parmi  les  liommes;  ainsi  il  etait  sagesse,  justice, 
sanctiQcation  et  redemption  au  commencement ; 
mais  pour  les  anges.  Et  a  (in  qu'il  le  fut  aussi  pour 
les  hommes,  le  Pere  l'a  fait  toutes  ces  choses.  Et  il 
le  fit,  parce  qu'il  est  le  Pere,  car  l'apotre  a  dit  : 
«  Celui  qui  a  ete  fait  par  Dieu,  sagesse  pour  nous 
(1  (Cor.  i,  30).  »  11  ne  dit  pas  simplement  qui  a  ete 
fail  sagesse,  mais  qui  a  ete  fait  sagesse  pour  nous, 
parce  qu'il  l'etait  pour  les  anges,  il  Test  aussi 
devenu  pour  nous. 

6.  Mais  je  ne  vois  pas,  me  direz-vous,  comment 
il  a  ete  redemption  pour  les  anges.  Car  il  semble 
qu'on  ne  trouve  en  nul  endroit  de  l'Ecriture  qu'ils 
aient  jamais  ete  ou  captifs  du  peche,  ou  sujets  a  la 
mort,  pour  avoir  eu  besoin  de  la  redemption ; 
excepte  seulement  ceux  qui,  par  leur  orgueil  tom- 
bant  d'une  chute  sans  remede,  n'ont  point  rue- 
rite  d'etre  rachetes.  Si  done  les  anges  n'ont  jamais 
ete  rachetes,  les  uns  n'en  ayant  pas  besoin,  et  les 
autres  ne  le  mentant  pas,  ceux-la  parce  qu'ils  ne 
sont  point  tombes,  et  ceux-ci  parce  que  leur  peine 


est  sans  ressource,  comment  dites-vous  que  notre 
Seigneur  Jesus-Christ  a  ete  redemption  pour  eux  ? 
Le  voici  en  deux  mots.  Celui  qui  a  releve  i'homme 
qui  etait  tombe,  a  donne  a  l'ange  qui  etait  de- 
meure  debout  la  grace  de  ne  point  tomber ;  il  a 
delivre  l'un  de  la  captivite,  et  empeche  l'autre  d'y 
tomber.  Voila  comment  il  a  ete  esjalement  la  re- 
demption  de  tous  les  deux,  de  l'un  parce  qu'il  l'a 
tire  de  1'esclavage,  de  l'autre  parce  qu'il  l'a  pie- 
serve  d'y  tomber.  II  est  done  clair  que  le  Seigneur 
Jesus-Christ  a  ete  redemption  pour  les  saints 
anges,  comme  il  a  ete  pour  eux  justice,  sagesse 
et  sanctification  ;  et  que  neanmoins  il  n'a  pas  laisse 
d'etre  fait  ces  quatre  choses  pour  les  hommes,  qui 
ne  peuvent  connaitre  et  comprendre  les  choses 
invisibles  de  Dieu  par  les  choses  qui  ont 
ete  faites.  Ainsi  tout  ce  qu'il  etait  pour  les  anges,  Qnest-ee  que 
il  Test  devenu  pour  nous,  qu'est-ce  a  dire  ?  C'est-a-  deYenrTponr 
dire  sagesse,  justice,  sanctification  et  redemption.  nou"- 
«  sagesse  »  en  prechant,  «  justice  »  en  remettant 
les  peches,  «  sanctiQcation  »  en  conversant  avec  les 
pecheurs,  «  redemption  »  en  soutfrant  la  mort  pour 
eux.  C'est  done  lorsqu'il  a  ete  fait  toutes  ces  choses 
par  Dieu  le  Pere,  que  l'Eglise  a  seuti  une  odeur 
excellente  et  s'est  mise  a  courir. 

7.  Reconnaissez  done  maintenant  quatre  sortes 
d'onctions.  Reconnaissez  la  douceur  abondante  et 
inestimable  de  celui  que  le  Pere  a  sacre  d'une  huile 
de  joie  d'une  maniere  plus  excellente  que  tons  ceux 
qui  participent  a  sa  gloire.  0  homme,  tu  etais  assis 
dans  les  tenebres,  et  a  l'ombre  de  la  mort  par  l'i- 
gnorance  de  la  verite,  tu  languissa's  dans  les  liens 
de  tes  peches.  11  est  descendu  vers  toi  dans  ta  pri- 
son, non  pour  te  tourmenter,  mais  pour  te  delivrer 


pio  quidem  erat  Verbum  :  sed  tunc  demum  ad  viden- 
dum  ipsum  pastores  venerunt  festinantes,  cum  nuntia- 
tum  est  factum.  Denique  et  loquunturad  iuvicem  :  Tran- 
seamus  usque  Bethleem,  et  videamus  hoc  verbum  quod 
factum  est,  quod  fecit  Dominus,  et  ostendit  nobis.  Et 
sequitur,  quia  venerunt  festinantes.  Prius  non  se  move- 
bant,  dum  Verbum  erat  tantum  apud  Deuin.  At  ubi 
Verbum,  quod  eral,  factum  est,  ubi  hoc  Dominus  fecit 
et  ostendit  :  tunc  venerunt  festinantes,  tunc  cucurrernnt. 
Quomodo  ergo  in  pnncipio  erat  Verbum,  sed  Verbum 
erat  apud  Deum,  factum  est  aulem  quateaus  esse  inci- 
peret  el  apud  homines  :  sic  nihilominus  in  principio 
sapientia  erat,  eral  justitia,  erat  sanctiQca'io  et  redemp- 
tio,  sed  angelis;  ut  esset  et  hominibus,  fecit  eum  haec 
omnia  Pater,  et  fecit  quod  Pater.  Denique  qui  factus 
est,  inquit,  nobis  sapientia  a  Deo.  Non  ait  simpliciter, 
qui  factus  est  sapientia,  sed  qui  factus  est  nobis  sapientia: 
quoniam  quod  erat  angelis,  factus  est  et  nobis. 

6.  At  angelis,  inquis,  quomodo  redemptiofuerit,  non 
video.  Nee  enim  auctoritas  Scripturarum  uspiam  assen- 
tire  videtur,  eos  aliquando  aut  peccato  exstitisse  capti- 
vos ,  aut  morli  obnoxios ,  ut  necessariam  baberent 
redemplionem,  exceptis  dumfaxat  illis,  qui  superbiae 
lapsu  irremediabili  corruentes,  redimi  deinceps  non 
merentur.    Si   itaque  angeli   nunquam  redempti  sunt, 


alii  utique  non  egentes,  alii  non  promerentes ;  alii  qui- 
dem quia  nee  lapsi  sunt,  hi  autem  quia  irrevocibiles 
sunt  :  quo  pacto  tu  dicis  Dominum  Jesum-Chistum  eis 
fuisse  redemplionem  ?  Audi  breviter.  Qui  erexil  homi- 
nem  lapsum,  dedit  stanti  *  angelo  ne  laberetur,  sic  il- 
ium de  captivilate  eruens  ,  sicut  hunc  a  captivitate 
defendens.  Et  hac  ratioue  fuit  jeque  utrique  redemptio, 
solvens  ilium,  et  servans  istum.  Liquet  ergo  Sanctis 
angelis  Dominum  Christum  fuisse  redemptionem,  sicut 
justitiam,  sicut  sapientiam,  sicut  sanclilicationem  :  et 
nihilominus  tamen  haec  ipsa  quatuor  esse  factum  prop- 
ter homines ,  qui  invisibiha  Dei  nonnisi  per  ea  qua? 
facta  sunt,  intellecta  conspicere  possunt.  Sic  ergo  omne 
quod  erat  angelis,  factus  est  nobis.  Quid  ?  Sapientia 
justitia,  sanctificatio,  redemptio.  Sapientia  in  praedica- 
tione,  justitia  in  absolutione  peccatorum,  sanctificatio  in 
conversalione,  quam  habuit  cum  peccaloribus,  redemp- 
tio in  passione,  quam  sustinuit  pro  peccatoribus.  Ubi 
ergo  haec  a  Deo  factus  est ;  tunc  Ecclesia  odorem  sensit, 
tunc  cucurrit. 

7.  Vide  jam  quadrifariam  unctionem,   vide  affluentis 
simam  atque  inaestimabilem  suavitatem  ejus,  quern  unxi 
Paler  oleo  laetitiae  prae  consortibus  suis.  Sedebas,  o  homo 
in  tenebrosis  "  et   umbra  mortis  per  ignorantiam   veri- 
tatis  ;  sedebas  vinctus  catenis  delictorum.   Descendit  »d 


ah  Stitum. 


at.    lenebhi. 


136 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


de  la  puissance  des  tenebres.  Et  d'abord  ce  docteui 
de  la  verite  a  dissipe  l'ombre  de  voire  ignorance 
par  la  lumiere  de  sa  tsagesse.  •  Ensuitu  par  la 
o  juslice  »  qui  vient  de  la  foi,  il  a  brise  les  fers  du 
pecheur,  en  les  justitiant  gratnitement.  Et  par  ce 
double  bienfait,  il  a  accompli  cette  parole  du  Pro- 
phite  David  :  «  Le  Seigneur  rompt  les  liens  des 
captifs,  le  Seigneur  ouvre  les  yeux  des  aveugles 
{Psal.  csL\'r  7).  »  De  plus  il  a  vecu  «  saintemeut  » 
parmi  les  pecheurs,  et  leur  a  aiusi  prescrit  une  regie 
de  vie  couitne  un  chemin  qui  put  nous  faire  re- 
tourner  dans  notre  palrie.  Eulin,  pour  cornble  de 
bunte,  il  s'estlivreala  niort,  et  a  tire  de  sou  propre 
cote  le  prix  de  la  «  satisfaction  »  dont  il  a  apaise 
le  Pere,  en  s'appropriant  aiusi  ce  verset  de  David  : 
«  Le  Seigneur  est  plein  de  misericorde,  et  il  a  des 
graces  abondantes  pour  nous  racbeter  [Psal.  cxxix, 
7).  »  Oui,  certainement,  abondantes,  puisqu'il 
a  verse  non  une  goutte,  iuais  uu  tleuve  de  sang  par 
cinq  endroits  de  son  corps. 

8.  Qu'a-t-il  du  faire  pour  toi  qu'il  n'aie  pas  fait  ? 
II  a  rendu  la  vue  a  un  aveugle,  rompu  les  cbaines 
d'un  captif,  ratnene  dans  le  chemin  celui  qui  s'etait 
egare,  et  reconcilie  celui  qui  etait  coupable.  Qui 
ne  courra  avec  ardeur,  avec  rapidite  apres  celui 
qui  delivre  de  l'erreur,  remet  les  peches,  donne 
des  nierites  par  sa  vie,  et  acquiert  des  recompenses 
par  sa  mort?  Quelle  excuse  peut  avoir  celui  qui  ne 
court  point  dans  l'odeur  de  ces  parfums,  si  ce  n'est 
eourir  apres  peut-etre,  celui  jusqu'a  qui  elle  n'est  point  par- 
venue?  Mais  cette  odeur  de  vie  s'est  repandue  par 
toute  la  terre,  car  toute  la  terre  est  remplie  de  la 
misericorde  du  Seigneur,  et  ses  bontes  s'etendent 
sur  toutes  ses  oeuvres.  Celui  done  qui  ne  sent  point 
cette  odeur  de  vie  repandue  partout,  et  a  cause  de 


Ce  qui  doit 
nous  y 
exciter. 


Combien  il 
est  iudigne 
de  ne  pas 


te  in  carcerem,  non  ut  torqueret,  sed  ut  erueret  de  po- 
testate  tenebrarum.  Et  primo  quidem  veritaiis  doctor 
depulitumbramignorantiee  tuaelucesapientia?  sua?.  Perjus- 
titiamdeinde,  qua;  ex lide  est, solvit  funespeccatorum,  gra- 
tis justificanspeceatorem.  Quo  gemino  beneficio  implevit 
sermonem  ilium  sancti  David  :  Dominus  solvit  compedi- 
tos,  Dominus  llluminat  ccecos.  Addidit  quoque  santte 
inler  peccatores  vivere,  et  sic  tradere  formam  vita?,  tan- 
quam  vias,  qua  redires  ad  patriam.  Ad  cumulum  pos- 
tremo  pietatis  tradidit  in  mortem  animam  suam,  et  de 
proprio  latere  protulit  pretium  satisfactions,  quo  pla- 
card Patrem  ;  per  quod  ilium  plane  ad  se  versiculum 
traxit  :  Apud  Dominum  misericoidia ,  et  copiosa  apud 
eum  redemptio.  Prorsus  copiosa  :  quia  non  gutta , 
sed  unda  sanguinis  largiter  per  quinque  partes  corporis 
emanavit. 

8.  Quid  tibi  debuit  facere,  et  non  fecit  ?  Illuminavit 
ca?cum,  solvit  vinctum,  reduxit  erroneum,  reconciliavit 
reum.  Quis  non  post  ilium  libenter  atque  alacriler  cur- 
rat,  qui  et  ab  errore  liberat,  et  errala  dissimulat  ;  qui 
deinde  merita  vivendo  tradit,  praemia  moriendo  conqui- 
rlt  ?  Quam  excusionem  habet  qui  in  odore  horum  un- 
guentorum  non  currit,  nisi  ad  quern  forte  odor  minime 
pervenit  ?  Sed  enim  in  omnem  terram  exivit  odor  vitas  : 


C'est  :  1.  La 

mansuc-tude 

da 

Christ. 


cela  ne  court  point,  est  mort,  on  corrompu.  Cette 
odeur  c'est  le  bruit  de  sa  renommee  ;  l'odeur  de  sa 
reputation  marche  devant,  elle  excite  a  courir,  elle 
conduit  a  l'experience  de  l'onction,  a  la  recom- 
pense de  la  vision.  Ceux  qui  y  arrivent  chanti-nt 
tous  d'un  commtm  accord  :  «  Nous  avons  vu  dans 
la  cite  du  Seigneur  des  verbis  les  plus  grandes 
merveilles  que  nous  en  avions  oui  dire  [Psal. 
xi. vn,  9).  »  Seigneur  Jesus,  nous  courons  apres 
vous  a  cause  de  la  douceur  qu'on  nous  assure  que 
nous  trouverons  en  vous,  car  on  nous  apprend  que 
vous  ne  rejetez  point  le  pauvre,  et  n'abhorrez  point 
le  pecheur.  En  efTet,  vous  n'avez  point  eu  borreur 
du  larron  qui  confessait  ses  crimes,  de  la  peche- 
resse  qui  pleurait  ses  peches,  de  la  cananeenne  qui 
vous  priait  avec  humilite,  de  la  femme  surprise  en 
adultcre,  de  celui  qui  etait  assis  a  son  comptoir, 
do  publicain,  qui  demanJait  humblement  pardon 
de  ses  fautes,  de  votre  disciple  qui  vous  renia,  de 
celui  qui  fut  le  persecuteur  de  vos  disciples,  ni 
meme  de  ceux  qui  vous  crucifierent.  Nous  courons 
dans  l'odeur  de  toutes  ces  vertus  divines.  Quant  a 
l'odeur  de  votre  sagesse,  nous  la  sentons  lorsqne 
nous  apprenons  que  si  quelqu'un  a  besoin  de  sa- 
gesse, il  n'a  qu'a  vous  la  demander,  et  vous  la  lui 
donnerez  (Jacob,  l,  5).  Car  on  dit  que  vous  donnez 
abondaiument  a  tout  le  monde,  et  que  vous  ne  re- 
prochez  point  vos  dons.  Pour  ce  qui  est  du  parfum  3.  Sa  justice 
de  votre  justice,  il  se  repand  tellement  de  tous 
cotes,  que  non-seuleuient  on  vous  appelle  juste, 
mais  la  justice  meme,  et  la  justice  qui  rend  juste. 
Car  vous  etes  aussi  puissant  pour  rendre  juste, 
qu'indulgent  pour  faire  misericorde.  Aussi,  que 
tout  homme  qui,  toucbe  d'une  vive  componction 
de  ses  fautes,  a  faim  et  soif  de  la  justice,  croie  en 


2.  Sa  sagesso 


at.   prcete- 
nit. 


quoniam  misericordia  Domini  plena  est  terra,  et  mise- 
rationes  ejus  super  omnia  opera  ejus.  Ergo  qui  vitalem 
hanc  sparsam  ubique  fragrantiam  non  sentit,  et  ob  hoc 
non  currit;  aut  mortuus  est,  aut  putidus  '.  Fragrantia  *  <>'•  putridus 
fama  est.  Pervenil  *  opinionis  odor,  excitat  ad  curren- 
dum,  perducit  ad  unctionis  experimentum,  ad  bravium 
visionis.  Vox  una  laetantium,  omnium  pervenienlium  : 
Sieut  audivimus ,  sic  vidimus incivitate  Domini  virtutum. 
Omnino  propter  mansuetudinem,  qua;  in  te  prajdicatur, 
currimus  post  te,  Domine  Jesu,  audientes  quod  non 
spernas  pauperem,  peccatorem  non  horreas.  Non  hor- 
ruisti  confitentem  latronem,  non  lacrymante^i  pecca- 
triccm,  non  cananaeam  supplicantem,  non  deprehensam 
in  adulterio,  non  sedenlem  in  lelonio,  non  supplican- 
tem publicanum,  non  ncgantem  discipulum,  non  perse- 
cutorem  discipulorum,  non  ipsos  crucifixores  tuos.  In 
odorc  horum  currimus.  Porro  sapientiae  tua;  odorem  ex 
eo  percipimus  quod  audivimus,  quia  si  quis  indiget  sa- 
pientia,  postulet  earn  a  te,  et  dabis  ei.  Aiunt  siquirlem 
quod  des  omnibus  aflluenter,  et  non  improperes.  At 
vero  justitiie  tuaj  tanla  ubique  fragrantia  spargitur,  ut 
non  solum  Justus,-  sed  etiam  ipsa  dicaris  justilia,  et  jus- 
titia  justificans.  Tarn  validus  denique  es  ad  justificandum 
quam  multus   ad    ignoscendum.    Quamobrem    quisquis 


VINGT-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


237 


5.  Le  bienfait 
de  sa 

r.'  liriiijiliDIi. 


vous  qui  justifiez  l'impie,  et,  justifie  par  la  seule 
4.Sasaintet6.  foi,  il  sera  reconcilie  avec  Dieu.  Non-seule- 
ment  voire  vie,  mais  encore  votre  conception 
repand  abondarnment  une  odeur  tres-douce  de 
saintete.  Car  vous  n'avez  commis  ni  contracts  le 
peche.  Que  ceux  done  qui,  etant  justifies  de  leurs 
crimes,  desirent  etre  saints  et  se  proposent  d'attein- 
dre  a  la  saintete,  sans  laquelle  nul  ne  verra  Dieu, 
vous  ecoutent  lorsque  vous  criez  :  «  Soyez  saints, 
parce  que  je  suis  saint  (Levit.  xix,  2).  »  Qu'ils  con- 
sidered vos  voies  et  apprennent  de  vous  que  vous 
etes  juste  dans' toutes  vos  voies,  et  saint  dans  toutes 
vos  ceuvres  (Psal.  cxliv,  17).  »  Et  l'odeur  de  votre 
redemption,  combien  n'en  fait-elle  pas  courir? 
Lorsque  vous  etes  eleve  de  terre,  vous  tirez  tout  a 
vous.  Votre  passion  est  le  dernier  refuge  et  un  re- 
mede  unique.  Lorque  la  sagesse  defaille,  que  la 
justice  ne  suffit  pas,  que  les  merites  de  la  saintete 
succombent,  elle  vient  au  secours.  Car,  qui  pre- 
sume de  sa  sagesse,  de  sa  justice  ou  de  sa  saintete, 
au  point  de  croire  que  cela  lui  suffit  pour  son  sa- 
lut?  «  Nous  ne  sommes  pas  capables  de  nous-memes, 
dit  l'apotre,  d'avoir  la  moindre  bonne  pensee,  mais 
e'est  de  Dieu  que  noustirons  cette  capacite  (i  Cor.  m, 
5).  »  Aussi,  lorsque  mes  forces  me  manqueront,  je 
ne  me  troublerai  point,  je  ne  tomberai  point  dans 
le  desespoir;  je  sais  ce  que  je  dois  faire  :  «  Je 
prendrai  le  calice  du  salut,  et  j'invoquerai  le  nom 
du  Seigneur  (Psal.  cxv,  13).  »  Seigneur,  eclairez 
mes  yeux,  s'il  vous  plait,  atin  que  je  connaisse  en 
tout  temps  ce  qui  est  agreable  a  votre  majeste,  et 
alors  je  serai  sage.  «  Ne  vous  souvenez  ]joint  des 
fautes  et  des  ignorances  de  ma  jeunesse  [Psal.  xxiv, 
7),  »  et  je  serai  juste  :  «  Conduisez-moi  dans  votre 
voie  (Psal.  lcxxv,  11),  »  et  je  serai  saint.  Mais  si 


pro  peecatis  compunctus  esurit  et  sitit  justitiam,  credat 
in  te  qui  justilicas  impium,  et  solam  justificatus  per  fi- 
dera,  pacem  habebit  ad  Dcum.  Sanctitatera  quoque  sua- 
vissime  et  copiosissime  tua  redolet  non  solum  conversa- 
tio,  sed  et  conceptio.  Peccatum  siquidera  non  commi- 
sisti,  nee  contraxisti.  Qui  ergo  justificati  a  peccatis 
sectari  desiderant  delibcrantque  sanctimoniam,  sine  qua 
nemo  videbit  Deum ;  audiant  te  clamantem  :  Saneti 
estate,  quonium  ego  sanctus  sum.  Considerent  vias  tuas, 
et  discant  a  te,  quia  Justus  sis  in  omnibus  viis  tuts,  et 
sanctus  in  omnibus  operibus  tuts.  Jam  redemptionis 
odor  quantos  currere  facit.  1  Cum  exaltaris  a  terra,  tunc 
prorsus  omnia  trabis  ad  leipsum.  Passio  tua  ultimum 
refugium ,  singulare  remedium.  Deficiente  sapientia , 
justitia  non  sufficienle,  sanctitatis  succumbentibus  men- 
tis, ilia  succurrit.  Quis  enim  de  sua  vel  sapientia,  vel 
justitia,  vel  sanctitate  prawumat  sufticientiam  sibi  ad  sa- 
lutem  ?  Non  quod  sufft:ientes,  inquit,  sumus  cogitare 
aliqmd  a  nobui  tanquam  ex  nobis,  sed  sufficientia  nostra 
ex  Deo  est.  Itaque  cum  defecerit  virtus  mea,  non  con- 
turbor,  non  diflido.  Scio  quid  faciam  :  Calicem  salutaris 
accipiam,  et  nomen  Domini  invocabo.  Illumina  oculo3 
meos,  Domine,  ut  sciam  quid  acceptum  sit  coram  te 
omni  tempore,  et  sapiens  sum.  Delicta  juventutis  mea;, 


votre  sang  n'interpelle  pour  moi  votre  misericorde, 
je  ne  serai  point  sauve.  C'est  pour  obtenir  toutes 
ces  graces  que  nous  courons  apres  vous;  accordez- 
nous  ce  que  nous  vous  demandons,  puisque  nous 
crions  vers  vous. 

9.  Mais  nous  ne  courons  pas  tous  egalement  dans 
l'odeur  de  tous  ces  parfums.  Les  uns  sont  plus  em- 
brases  de  l'amour  de  la  sagesse ;  les  autres  sont 
plus  portes  a  la  penitence,  par  l'espoir  qu'ils  ont 
du  pardon ;  ceux-ci  sont  plus  animes  a  la  pratique 
des  vertus,  par  l'exemple  de  sa  vie  et  de  sa  con- 
duite  ;  ceux-la  sont  plus  enflammes  d'ardeur  pour 
la  piete,  par  le  souvenir  continuel  de  sa  passion  : 
je  crois  que  nous  pourrons  trouver  des  exemples 
de  cbacune  de  ces  personnes.  Ceux  qui  avaient  ete 
envoyes  vers  Jesus-Christ  par  les  Pharisiens,  cou- 
raient  apres  l'odeur  «  de  la  sagesse,  »  lorsqu'etant 
de  retour  ils  disaient  :  o  Jamais  homme  n'a  parle 
de  la  sorte  (Joan,  vm,  66)  ;  »  car  ils  admiraient  sa 
doctrine  et  confessaient  sa  sagesse.  Le  saint  homme 
Nicodeme  courait  dans  cette  meme  odeur,  lorsque 
eclaire  d'une  grande  lumiere  de  sagesse,  il  vint  la 
nuit  vers  Jesus  (Joan,  in,  2).  Car  il  se  retira  d'au- 
pres  de  lui  tout  rempli  d'instruction  et  de  doc- 
trine. Mais  Marie  Madeleine  courut  dans  l'odeur 
«  de  la  justice  ;  »  elle  «  a  qui  beaucoup  de  peches 
furent  remis  parce  quelle  aimait  beaucoup  (Luc. 
vn,  47).  »  Sans  doute  elle  etait  des  lors  juste  et 
sainte,  non  plus  pecheresse,  ainsi  que  le  lui  repro- 
cbait  le  pharisien,  qui  ne  savait  pas  que  la  justice 
et  la  saintete  sont  un  don  de  Dieu,  non  point  l'ou- 
vrage  de  rhomme,  et  que  celui  a  qui  le  Seigneur 
n'imputera  point  ses  offenses  non-seulement  est 
juste  mais  encore  bienheureux.  Avait-il  oubli6 
comme  quoi,  en  touchant  sa  lepre  corporelle,   ou 


Difference 

entre 

ceux  qui 

courent  apres 

Jesua-Cbriat. 


Les  uns  cou- 
rent dans 
l'odenr 
de  sa  sagesse 


Les  autres 
dans   l'odeur 

de 
sa  justice. 


et  ignorantias  meas  ne  memineris,  et  Justus  sum.  Deduc 
me  Domine  in  via  tua,  et  sanctus  sum.  Verumtamen 
nisi  interpellet  sanguis  luus  pro  me,  salvus  non  sum. 
Pro  bis  omnibus  currimus  post  te  :  dimitte  nos,  qui 
clamemus  post  te. 

9.  Nee  currimus  squaliter  omnes  in  odore  omnium 
unguentorum  :  sed  videas  alios  vehementius  studiis 
flagrare  sapientia?,  alios  magis  ad  poenitentiam  spe  in- 
dulgenlia?  animari,  alios  amplius  advirtulum  exercitium 
vitas  et  conversationis  ejus  provocari  exemplo,  alios  ad 
pietatem  passionis  memoria  plus  accendi.  Putamus  nos 
de  singulis  posse  reperire  exempla  ?  Currebant  in  odore 
sapientia?,  qui  missi  fuerant  a  Pharisaeis,  cum  reversi 
dicerent  :  Nunquam  homo  sic  locutus  est  ;  utique  admi- 
rantes  doelrinam,  et  confitentes  sapientiam.  Currebat  in 
hoc  ipso  odore  sanctus  Nicodemus,  qui  venit  ad  Jesum 
node,  in  splendore  multo  sapienti*  :  de  multis  quippe 
instructus  edoctusque  recessit.  Verum  in  odore  justitia 
cucurrit  Maria  Magdalena,  cui  dimissa  sunt  peccata  mul- 
ta,  quoniam  dilexit  multum.  Justa  profecto  et  sancta, 
et  non  jam  peccatrix,  quemadmodum  Pharisasus  expro- 
brabat,  nesciens  justitiam  seu  sanctitatem  Dei  esse  mu- 
nus,  non  opus  hominis  ;  et  quia  non  modo  Justus,  sed 
9t  beatus,    cni  non  imputabit    Dominua  peeeatirm.    Ah 


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OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


celle  d'un  autre,  il  l'avait   guerie  sans  l'avoir  con-  Nous  ne  le  pouvons  pas  connaitre  aussi  aisement 

tractee?  Ainsi  b>  juste,  touche  par  cette  peeheresse,  pour  les  parfums  de  I'fipoux,    que  pour   ma  de 

lui  oommoniqua  la  justice,   sans  perdre  celle  qu'il  l'fipouse.  Jesus-Christ  possede  toutes  choses  avec 

avait.  et  no  ful  point  souille    des  ordures  du  peche  une  plenitude  qui  est  sans  bornes  et  sans   mesure. 

dont  il  la  pnrifia.  Le  publicain  courut  aussi ;   car,  Sa  sagesse,  en  effet,  est  infinie  (Psal  c.xlvi,  5)  ■  sa 

apres  avoir  demande    humblement  pardon  de  ses  justice  est  comme  les  montagnes  de  Dieu  'com'me 

xvin,  1U),  »  se-  les  montagnes  eternelles  {Psal.  xxxm   7)  •  sa  sain- 


Ceui-ci  dans 

l'odeur  de  la 

ianeti£oa~ 

tion. 


Ion  le  temoignage  de  la  justice  meme.  Saint  Pierre 
courut  eu  pleurant  amerement  sa  chute  (Luc.  xxn 
62  ,  afin  d'effacer  son  crime,  et  de  recouvrer  la  jus- 
tice. David  courut  aussi,  quand  il  reconnut  et  con- 
fessa  son  offense,  et  il  merita  d'entendre  ces  paro- 
les :  «  Le  Seigneur  a  transports  votre  peche  loin 
de  vous[Rig.  xu,  13).  »  Enlin,  c'est  dans  l'odeur 
«  de  la  sanctitication,  »  que  saint  Paul  atteste 
qu'il  court  lui-meme,  lorsqu'il  se  glorifie  d'etre 
imitateur  de  Jesus-Christ  et  dit  a  ses  disciples  : 
o  Soyez  mes  imitateurs,  comme  je  le  suis  de  Jesus- 
Christ  (  Philip,  m,  1).  »  lis  couraient,  aussi  tous 
ceux  qui  disaient  :  «  Voila  que  nous  avons  tout 
quitte,  et  vous  avons  suivi  (Matlh.  six,  27).  »  Car 
ils  avaient  tout  quitte  dans  le  desir  de  suivreJesus- 


•  i  ■  i  j  —  — — — »* 

tele  est  unique,  et  sa  redemption  est  inexplicable. 
10.  Disons  encore  que  c'est  en  vain  que  les  sages 
du  siecle  ont  ecrit  tant  de  choses  sur  les  quatre 
vertus  cardinales,  puisqu'il  etait  impossible  qu'ils 
les  comprissent,  car  ils  ne  connaissaient  pas  celui 
que  Dieu  a  fait  pour  nous  sagesse,  pour  enseigner 
«  la  prudence  ;  »  justice,  «  pour  remettre  les  pe- 
ches,  »  sanctitication,  pour  nous  donncr  l'exemple 
de  la  « temperance,  »  par  la  purete  de  sa  vie,  et 
redemption  pour  nous  proposer  un  modele  parfait 
«  de  patience  »  dans  sa  mort  si  genereusement 
soufferte.  Peut-etre  me  dira-t-ou,  lesautres  qualites 
conviennent  assez  bien  a  ces  vertus;  mais  il  semble 
que  la  sanctitication  n'a  pas  grand  rapport  a  la 
temperance.  Je  reponds  d'abord.que  la  temperance 


II  n'y  avait 

pas  devraies 

vertus  chez 

les  paiens. 


Ceui-la  dam 

l'odeur  de  la 

Peasioo. 


Tels  soot  les 
parfums  de 
l'£poux. 


.-                                                ■■ — i'^»"v*..  »=  'c)juuubu  auuru,  que  ta  temperance 

Christ.  C  est  que  cette  parole  engage  tout  le  monde  est  la  meme  chose  que  la  continence,  puisqu'il  est 

en  general  a  counr  dans  cette  meme  odeur  :  «  Ce-  assez  ordinaire  a  1'Ecriture  de  prendre  la  sanctifi- 

lui  qui  dit  qu'il  demeure   en   Jesus-Christ  doit  vi-  cation  pour  la  continence  ou   la  purete    En   effet 

vre  comme  il  a  vecu  (  I.  Joan  u,  6).  »  Si  vous  von-  en  quoi  consistaient  ces  sanctificationssi  frequentes 

lez  savoir  qui  sont  ceux  qui  ont  couru  dans  l'odeur  dans  les  livres  de  Moise,  sinon  dans  certaines  puri- 

«  de  la  Passion,  ,»   je  vous   dirai  :  ce  sont  tous    les  iications  de  personnes  qui  s'abstenaient  du   buire 

martyrs.  Vous  avez  done  quatre  sortes  de  parfums  ;  du  manger,  des  fern  mes  et  d'autres  choses  sembla- 

le  premier    est  «  la  sagesse;  »  le  second,    «  la  jus-  MesfMais  c'est  surtout  l'Apotre  qui  se  sert  ordi- 

tice  ;  »  le  troisieme,    «  la  sanctitication;  »    le  qua-  nairement  du  mot  sanctitication  en  ce  sens  ■  «  Dieu 

trieuie,    «  la   redemption.  »    Retenez-en  les  noms,  desire,  dit-il,  votre  sanctitication,  et  que   chacun  de 

recueil!ez-en  le  fruit ;  et  ne  veuillez  point  vous  en-  vous  conserve  son  corps  chaste  et  pur  des  desirs  de- 

querirde  quelle   maniere  ils   sont  composes,    ni  regies dela concupiscence (iThess.vr, 3)  »  EtaUleurs- 

combien  de  choses  entrent  dans  leur   composition.  «  Car  Dieu  ne  nous  a  pas  appeles  pour  vivre  dans 


oblitus  erat,  quomodo  vel  suam  ipsiug,  vel  allerius  cor- 
poralem  tangendo  leprara  fugarat,  non  contraxerat  ?  Sic 
tactus  a  pecjalrice  Justus  justiliam  imperlit,  nou  perdit 
nee  sorde  peccati,  qua  illam  mundat,  se  inquinat.  Cu- 
currit  et  pubheanus,  qui  cum  propitiationem  peccati, 
suis  liumiliter  imploraret,  descendit  justificatus,  teste 
ipsa  Justitia.  Cucurrit  Petrus,  qui  lapsus  flevit  amares, 
quatenus  culpaui  dilueret,  recuperaret  juslitiam.  Cucur- 
rit David,  qui  realum  agnoscens  et  confitens,  audire 
meruit  :  Et  Dominus  iranstulit  a  te  peccalum  boon. 
Porro  in  sanctificationis  odore  Paulus  currcie  se  tesla- 
tur,  cum  CUrisli  se  imitatoreai  esse  gloriatur,  dicens  ad 
discipulos  :  Estate  imitatores  met,  sicut  et  ego  C/iristi. 
Cucurreruut  et  omnes  qui  aiebent  :  Ecce  nos  reliqui- 
mus  omnia,  et  secuti  sumus  te.  Desiderio  quippe  se- 
quendi  Christum  reliqueranl  omnia.  Horlatur  genera- 
liter  unhersos  ad  euni  odorem  ista  sententia  Qui  se  (licit 
in  Christo  manere,  debet  sicut  ille  ambulavit,  et  ipse  am- 
bulure.  Jam  qui  in  odore  cucurrerint  passiunis,  si  audire 
vis,  unhersos  marlyres  accipe.  En  quatuor  unguenta 
assignata  habclis  :  primum  sapientia?,  secundum  justi- 
tia;, tertium  sanclificationis ,  quartum  redemplionis. 
Tenete  nomina,  percipite  fructum  :  et  compositionis 
modum,  vel  numerum  epecierum,  quibus  confecta  sunt, 


nolite  requirere.  Non  cnim  facile  in  Sponsi  unguentis 
hsc  presto  esse  possunt  nobis,  quemadmodum  in  supe- 
rioribus  illis  Sponsae  fuerunl.  In  Christo  nempe  rerun 
plenitudo  est  sine  numero,  et  modo.  Nam  et  sapiential 
ejus  non  est  Humerus ;  et  justitia  ipsius  sicut  monies 
Dei,  sicut  monies  aeterni  ;  sanctilas  singularis,  et  re- 
demptio  inexplicabilis. 

10.  Dicendum  et  hoc  :  quia  frustra  bujua  saiculi  sa- 
pientcs  de  quatuor  virtutibus  tam  multa  dispulaverunt, 
quas  tamen  apprehendere  omnino  nequiverunt,  cum  il- 
ium nescicrint,  qui  factus  est  nobis  a  Deo  sapientia 
doeens  prudentiam,  et  justitia  delicta  donans;  el  sancli- 
ficalio,  in  exemplum  temperantia?  contincnter  vivens; 
et  redemptio  in  exemplum  palientis  fortiter  moriens. 
Forsiiandicit  aliquis  :  Camera  bene  conveniunt,sed  sanc- 
tificalio  ad  tempcrantiam  minus  proprie  referri  videlur. 
Ad  quod  respondetur  primum,  id  esse  conlinentiam, 
quod  temperantiam,  usitatum  in  Scripturis,  sanctifica- 
tionem  pro  continenlia  seu  munditia  poni.  Deuique  quid 
ill*  apud  Moysen  tam  crebra  sanctilicationes  aliud  erant, 
quam  quaedam  purificationes  hominum  temperantium  se 
a  cibo,  a  potu,  concubitu,  hisque  similibus  ?  Sed  audi 
ipsum  pracipue  Apostolum,  quam  familiare  habeat  vel 
uti,  vel  usurpare  eanctiGcalionem  in  hoo  sensu.  llcec  est, 


VINGT-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CAINTIQUES. 


239 


la  corruption  de  la  chair,  mais  dans  la  sanctifica- 
tioi).  11  est  vrai  qu'en  ces  passages  il  prend  la  sanc- 
tification  pour  la  temperance. 

11.  Apres  avoir  eclairci  ce  qui  paraissait  un  peu 
obscur,  je  reviens  a  mon  sujet.  Que  pouvez-vous 
avoir  de  coinmun  avec  les  vertus,  vous  qui  ignorez 
la  vertu  de  Dieu  qui  est  Jesus-Christ?  Oil  est  la 
vraie  «  prudence  »  sinon  dans  la  doctrine  de  Jesus- 
Christ  ?  D'oii  vient  la  vraie  «  justice,  »  sinon  de  la 
misericorde  de  Jesus-Christ?  Oil  est  la  vraie  «  tem- 
perance, »  sinon  dans  la  vie  de  Jesus-Christ?  Oil 
est  la  vraie  «  force,  »  n'est-ce  pas  dans  la  passion 
de  Jesus-Cnrist?  Ceux-Li  done  seuleinent  doivent 
etre  appeles  sages  qui  sont  imbus  de  sa  doctrine, 
justes  qui  out  ohtenu  de  sa  misericorde  le  pardon 
de  leurs  peches,  temperants  qui  s'occupent  a  imiter 
sa  vie,  forts  qui  pratiquent  constamment,  dans  les 
adversites,  les  exemplesde  sa  patience.  Aussi  est-c.e 
en  vain  qu'on  travaille  a  acquerir  les  vertus,  si  on 
croit  qu'on  doit  les  attendre  d'ailleurs  que  du  Sei- 
gneur des  vertus  dont  la  doctrine  est  une  source  de 
prudence  ;  la  misericorde,  un  ouvrage  de  justice  ; 
la  vie,  un  mirotr  de  temperance  ;  la  mort,  mi  mo- 
dele  de  force.  A  lui  soit  honneur  et  gloire  dans  les 
siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 


SERMON    XXII [. 

Trots  manieres  de  conlempler  Dieu 
par  les  trois  celliers. 


representees 


1.  «   Le  roi  m'a  fait   entrer   dans   ses  celliers 
,Cant.  \,  3).  »  C'est  de  la  que  s'exnale  l'odeur,  e'est 


la  qu'on  court.  L'Epouse  a  bien  dit  qu'il  faut  cou- 
rir,  mais  elle  n'a  pas  encore  dit  oil  il  faut  courir. 
C'est  done  aux  celliers  qu'on  court,  et  on  court 
dans  l'odeur  qui  s'en  exhale.  L'Epouse  la  pressent 
par  sa  vivacite  accoulumee ;  et  desire  entrer  en 
plein  dans  le  lieu  d'oii  elle  s'echappe,  mais  que 
faut-il  penser,  selon  nous  de  ces  celliers?  Imagi- 
nons-nous  cependant  qu'il  y  a  chez  l'Epoux  des 
endroits  parfumes,  pleins  de  senleurs,  et  remplis 
de  toute  sorte  de  delices.  C'est  la,  comme  dans 
une  officine,  qu'on  met  en  reserve  tout  ce  qui 
se  recueille  de  plus  rare  dans  son  jardin,  ou  dans 
son  champ.  C'est  la.  que  tous  ceux  qui  courent  di- 
rigent  egalement  leurs  pas ;  mais  qui  sont  ceux 
qui  courent?  Ce  sont  les  ames  qui  briilent  d'amour.     £cs  a™e8 

^    .  *■  ferventeB 

L'Epouse  court,  les  jeunes  lilies  courent  aussi,  mais  courent  plus 
celle  qui  aime  plus  ardemment,  court  plus  vite  et  vl  jUt"e8. 
arrive  plus  tot.  Et  lorsqu'elle  arrive,  non-seulement 
elle  ne  soufire  point  de  refus,  elle  ne  soulfre  pas 
meme  le  moindre  retard.  On  lui  ouvre  sans  delai 
comme  a  une  habituee  de  la  maison,  une  personne 
tres-chere,  intiniment  aimee  et  infiniment  aimable, 
mais  les  jeunes  tilles  que  font-elles?  Elles  suivent 
deloiu.  Car  etant  encore  faibles,  elles  ne  peuvent 
pas  courir  avec  la  meme  ardeur  que  l'Epouse,  ni 
suivre  entierement  l'activite  de  ses  desirs  et  de  son 
zele.  Aussi  arrivent-elles  plus  tard,  demeureut-elles 
dehors.  Mais  l'amour  que  l'Epouse  leur  porte  ne 
la  laisse  point  en  repos.  Elle  ne  s'enorgueilht  point 
de  ses  heurex  succes,  comme  cela  est  assez  ordi- 
naire, et  elle  ne  les  oublie  point.  Au  conlraire,  elle 
les  console  encore  davantage,  et  les  exhorte  a  souf- 
frir  patiemment,   le  refus  qu'elles  essuient  et  son 


Sentiments 
des  hommes 
parfaits  en- 
vers  les  im- 
parfaita. 


inquit,  voluntas  Dei,  sanetifieatio  vestra,  ut  sciat  umis- 
quisque  vestrum  suum  vas  possidere  in  sanetificatione, 
einon  in  passione  desiderii:  item,  Non  enim  voeavit  nos 
Deus  in  immundiiiam,  sed  in  sanetifieationem.  Liquet 
quod  sanetifieationem  pro  temperantia  ponit. 

il.  Educto  itaque  in  lucem  quod  subobscururn  vide- 
batur,  redeo  ad  id  unde  digressus  eram.  Quid  vobis 
cum  virtubilus,  qui  Dei  virtulem  Chrislum  ignoratis? 
Ubinam,  quaeso,  veraprudentia,  nisi  in  Christi  doctrina? 
UnJe  vera  justitia,  nisi  de  Chrisli  misericordia?  Ubi 
vera  temperuutia,  nisi  in  Cbristi  vita?  Ubi  vera  forlitudo, 
nisi  in  Christi  passione?  Soli  ergo  qui  ejus  doctrina 
imbuti  sunt,  prudentes  dicendi  sunt;  soli  justi,  qui  de 
ejus  misericordia  veniam  peccatorum  consecuti  sunt ; 
soli  temperantes,  qui  ejus  vitam  imilari  student ;  soli 
fortes,  quia  ejus  patientiae  documenta  fortiler  in  adversis 
tenent.  lncassum  proinde  quia  laborut  in  acquisitione 
virtulum,  si  aliunde  eassperandasputat,  quam  a  Uomino 
virtulum  :  cujus  doctrina,  seminarium  prudentia;  ;  cujus 
misericordia,  opus  justilite  ;  cujus  vila,  speculum  tem- 
peranlia;; cujus  mors,  insigne  est  fortitudinis.  Ipsi  ho- 
nor et  gloria  in  saecula  saeculorum.  Amen. 

SERMO   XXIII. 
De  tribus  modis  contemplation^  circa  Deum,  sub  figura 
trium  cellarum. 
I.  Introduxit  me  Rex  in  cellaria  sua.  Ecce  untie  odor, 


ecce  quo  curritur.  Dixerat  quia  currendum,  et  in  quo 
currendum  :  sed  quo  currendum  esset,  non  dixerat. 
Ergo  ad  cellaria  curritur,  et  curritur  in  odore  qui  ex 
ipsis  procedit,  Sponsa  ilium  solita  sua  sagacilace  praesen- 
tiente,  et  cupiente  in  ipsius  plenitudinem  introduci. 
Yerum  de  cellariis  his  quid  sentiendum  pulamus?  Co- 
gitemus  ea  interim  loca  quEedam  redolentia  penes Spon- 
sum,  plena  oduramentis,  referla  deliciis.  In  istiusmodi 
nempe  oflicina  potiora  quieque  ex  horto,  sive  ex  agr 
servanda  reponuntur.  Illuc  ergo  pariler  currunt.  Qui  ? 
Spiritu  ferventes  animae.  Currit  Sponsa,  currunt  adoles- 
cenluhe  :  sed  qu*  amat  ardentius,  currit  vclocius,  et 
cilius  pervenil.  Perveniens,  non  dico  repulsionem,  sed 
nee  cunctationam  patitur.  Sine  mora  apenlur  ei,  tan- 
quam  domesticie,  tanquam  charissimae,  tanquam  speciali- 
ter  dileclae,  et  singulariter  grata?.  Adolescentute  autem 
quid  ?  Sequuntur  a  longe  :  neque  enim,  cum  adbuc  in- 
lirmae  sint,  pari  possunl  devolione  cum  Sponsa  currere, 
nee  ipsius  omnino  imitari  desiderium  et  fervorem ; 
ideoquc  tardius  pervenientes,  foris  remanent.  At  cbari- 
las  Sponsae  non  quiescit,.  neque  insolescit,  ut  assolet, 
successibus  suis,  ut  eas  obliviscatur,  consolans  magis  et 
hortans  ad  patientiam,  quatenus  aequanimiter  et  sui  fe- 
rant  repulsam,  et  illius  absentiam.  Denique  et  nuntiat 
eis  gaudium  quod  percepit,  non  ob  aliud  sane,  nisi  ut 
sibi  congaudeant,  dum  confidant  minime  alienum  fore  a 


240 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


absence.  Enfin  elle  leur  porte  la  joie  qu'elle  Route, 
atin  qu'elles  se  rejouissent  avec  elle,  dans  l'espoir 
tTavoir  part  un  jour  aux  graces  et  aux  wantages 
de  leur  mere.  Car  le  soin  qu'elle  a  de  s'avancer  ne 
les  lui  fait  point  negliger,  et  elle  ne  veut  pas  que 
son  utilite  particuliere  leur  soit  nuisible  et  preju- 


dant'nous  nous  souvenons  de  vos  mamelles.  Quant  a 
ce  qu'elles  ajoutent  «plus  que  du  vin;>>  ellesveulent 
marquer  que  l'etat  imparfait  oil  elles  sont  est 
cause  qu'elles  sont  encore  touehees  du  souvenir  des 
dfeirs  de  la  chair,  qui  sont  designes  par  le  vin  :  et 
que,  neanraoins,  ces  desirs  sont  surniontes  par  le 


dichble.  Aussi,  quels  que  soient  les  merites  qui  la  souvenir  de  la  douceur  qu'elles  savent  deja  par  ex- 
tiennent  a  distance  d'elles,  sa  charity  et  son  amour  perience  couler  de  ses  mamelles.  Je  parlerais  ici 
font  qu'elle  demeure  toujours  avec  elles.  D'ailleurs    de  ses  mamelles,  si  je  ne  me  souvenais  d'en  avoir 


il  faut  qu'elle  imite  son  Epoux,quien  meme  temps 
qu'il  monte  au  ciel,  ne  laisse  pas  de  promettre 
qu'il  sera  sur  la  terre  avec  lessiensjusqu'a  la  con- 
sommation  du  siecle.  Ainsi  en  est-il  de  l'Epouse, 
quelque  progres  qu'elle  fasse,  ses  soucis,  sa  pre- 


assez  parle  phis  haut.  Et  niaintenant  vous  voytz 
combien  elles  presument  de  leur  mere,  comment 
elles  regardent  tous  ses  avantages  et  tontes  ses  joies 
comme  leur  etant  propres  a  elles-memes,  et  com- 
ment elles  se  consolent  du  refus  qu'elles  ont  essuye, 


voyanee,  et  son    affection  l'empechent   de   quitter    par  le  contentement  qu'elles   ressentent  de  la  voir 


jamais  celles  qu'elle  a  engendrees  dans  l'Evangile, 
et  d'oublier  jamais  ses  eDtrailles. 

2.  Qu'elle  leur  dise  done  :  Rejouissez-vous,  pre- 
nez  courage!  «  Le  Roi  m'a  fait  entrer  dans  ses  cel- 
liers ;  »  regardez-vous  comme  y  etant  entrees  aussi 


entree  elle-meme.  Elles  ne  seraient  pas  dins  une 
si  grande  contiance,  si  elles  ne  la  reconnaissaient 
pour  mere.  Que  les  prelats  qui  aiment  mieux  se 
faire  craindre  que  d'etre  utiles  a  ceux  qui  leur  sont 
confies  ecoutent  cela.  Instruisez-vous  vous  qui  etes 


vous-memes.  11  semble  qu'il  n'y  ait  que  moi  qui  les  juges  de  la  terre.  Apprenez  que  vous  devez  etre 

sois  entree,  mais  je  n'en  profiterai  pas  seule.  Mon  les  meres,  nou  les  maitres  de  ceux  qui  sont  soumis 

avancement  est  le  votre.  C'est  pour  vous  que  je  pro-  i  votre  conduite.  Tachez  de  vous  faire  aimer  plutot 

fife ;  je  partagerai  avec  vous  les  graces  que  je  me-  que  de  vous  faire  craindre.  Et  si  vous  etes  obliges 

riterai  de  recevoir  plus  que  vous.  Pour  vous  mon-  quelquefois  d'userde  severite,  que  ce  soit  une  seve- 

trer  que  c'est  evidemment  la  le  sens  et  la  portee  de  rite  de  pere,  non  de  tyran.   Soyez   des  meres  par 


Les  supe- 

rieurs  aoi- 

Tent  tire 

les  m&res  et 

non  les  mai- 
tres de  leur* 
iuferieurs. 


ses  paroles,  ecoutez  ce  qu'elles  lui  repondent  : 
«  Nous  nous  rejouirons  et  nous  serons  remplies 
d'allegresse  en  vous.  »  C'est  en  vous,  disent-elles, 
que  nous  nous  rejouirons  et  que  nous  serons  rem- 
plies d'allegresse;  car  nous  ne  meritons  pas  encore 
de  le  faire  en  nous  ;  et  elles  ajoutent :  «  En  nous 
souvenant  de  vos  mamelles ;  »  e'est-a-dire,  nous 
attendons  avec  impatience  que  vous  veniez,  parce 
que  nous  savons  que  vous  ne  reviendrez  a  nous 
queles  mamelles  routes pleines.  Nous  esperons  alors 
nous  rejouir  et  tressaillir  de  bonheur ;  et  en  atten- 


votre  amour,  et  des  peres  dans  vos  corrections. 
Soyez  doux ;  point  de  durete.  Menagez  les  chati- 
ments,  et  montrez  vos  mamelles.  Que  votre  sein 
soit  remplide  lait,  non  point  gonfle  d'orgueil.  Pour- 
quoi  appesantir  votre  joug  sur  ceux  dont  vous  de- 
vriez  plutot  porter  les  fardeaux?  Pourquoi  un  petit 
enfant  que  le  serpent  a  mordu  apprehende-t-il  de 
decouvrir  sa  plaie  au  pretre,  au  lieu  de  courir  a 
lui  comme  pour  se  jeter  dans  les  bras  d'une  mere  ? 
Si  vous  etes  spirituels  reprenez  avec  un  esprit  de 
douceur,  en  faisant  reflexion  que   vous  pourriez 


•  at.  cull. 

culum. 


se,  quidquid  gratia  matri  accesserit.  Nam  nee  ilia  ila 
proficere  curat,  quo  ipsarum  negligat  curam  ;  necjuvan- 
dos  suos  profectus  putat  illarum  damno.  Quocumque 
proinde  meritorum  praerogativa  tollatur  ab  illis,  chari- 
tate  absque  dubio  et  pia  sollicitudine  necesse  est  earn 
semper  esse  cum  illis.  Oportet  denique  earn  Sponsum 
suum  imitari,  et  petcntem  nimirum  coelos,  et  nihilomi- 
nus  in  terris  cum  suis  se  fore  usque  ad  consummatio- 
ncm  sa?culi  pollicentem.  Sic  et  ista,  quantumvis  profi- 
ciat,  quantumlibet  promovoatur ;  cura  providentia  atque 
affertu  ab  bis,  quas  in  Evangelio  genuit,nunquam  amo- 
vetur,  nunquam  sua  viscera  obliviscitur. 

2.  Dicat  itaque  eis  :  Gaudete,  confidite.  lniroduxit  me 
rex  in  eetlaria  sua  '  putate  et  vos  pariter  introductas. 
Sola  introducla  vidcor :  sed  soli  non  proderit.  Vestrum 
omnium  est  men*  omnis  profectus  :  vobis  proticio,  vo- 
biscum  partibor  quidquid  plus  forte  vobis  meruero.  Vis 
indubitanter  scire,  quia  in  hoc  sensu  et  affeclu  locuta 
sit  ?  Audi  quid  illae  respondeant.  Exultabimus  et  Iceta- 
bimur  in  te.  In  te,  inquiunt,  exultabimus  et  luetabimur : 
nam  in  nobis  necdum  meremur.  Et  addunt :  Memores 
uberum  tuorum,  hoc  est,  sequanimiter  sustinemus  dum 


venias,  scientes  te  plenis  ad  nos  reversuram  uberibus. 
Tunc  nos  confidimus  exsullare  et  laetari,  memores  inte- 
rim uberum  tuorum.  Quod  adjungunt,  super  vinum, 
significant  se  adhuc  quidem  pro  sui  imperfectione  car- 
nalium  desideriorum,  quaj  vinodesignantur,  recordatione 
pulsari,  vinci  tamen  eadam  desideria  memoria  abundan- 
tiae  suavitatis,  quam  jam  ex  uberibus  flucntem  cxperta; 
sunt.  Dicerem  de  uberibus,  si  non  me  satis  dixisse  su- 
perius  meminissem.  Nunc  vero  vides  quomodo  ejus 
lucra  et  gaudia  sua  reputant,  propria?  repulsa1  injuriam 
introductione  consolantes.  Minime  ila  confiderent,  nisi 
malrem  agnoscerent.  Audiant  hoc  pra>lali,  qui  sibi  com- 
missis  semper  volunt  esse  forn.idini,  utilitati  raro.  Eru- 
dimini  qui  judicatis  terram.  Discite  subditorum  matres 
vos  esse  debere,  non  dominos  ;  studete  magis  amari, 
quam  metui  :  et  si  interdum  severitale  opus  est,  paterna 
sit  non  lyrannica.  Matres  fovendo,  patres  vos  corripien- 
do  exhibeatis.  Mansuescite,  ponite  feritatem ;  suspen- 
dite  verbera,  producite  ubera  :  pectora  lacte  pingues- 
cant,  non  typho  turgeant.  Quid  jugum  vestrum  super 
eos  aggravatis,  quorum  potius  onera  portare  debetis  T 
Cur  morsus  a  serpente  parvulus   fugit  conscienliaui  sa- 


VINGT-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


241 


bien  etre  aussi  tente  vous-meme.  Autrementcelui 

que  vous  traitez  avec  tant  de  rigueur  mourra  dans 

son  peche  [Galal.  vi,   1),   et  je    vous  rendrai  res- 

ponsable  do  sa  perte,  dit  le  Seigneur  [Ezech.  in,  20). 

Mais  nous  parlerons  de  eeci  line  autre  fois. 

Sens  irnpolo-      3.  Maintenant  puisque  le  contexte  est  clair  par  ce 

E'qUmr.t", CeS  1"e  nous  avons  dit  ci  dessus,  voyons  quel   sens 

le  jiirdm,  le  mystique  nous  donnerons   aux  celliers.  Plus  loin  il 

r.elher, 
la  chanibre.    est  au>si  pane  de  jardin  et  de  ehambre.  Je  joins  cos 

deux  choses  aux  celliers,  et  je  m'en   sers  pour  la 

matiere  que  je  traite  presentement.  Car  expliques 

ensemble  ils  s'eclairciront  l'un  l'autre.  Cherchons 

done,  si  vous  le  voulez  bien,  dans  l'Ecriture  sainte 

ces   trois   choses    :    «  Le  jardin,  le   collier  et   la 

ehambre;   »  canine  time  qui  a  soif  de  Dieu   s'ar- 

role  volontiers  en  ces  lieux,  sachant  qu'olle  y  trou- 

vera  certainement  celui  apresqui  elle  soupire.  Que 

le  «  jardin  »  done  soit  la  simple  et  pure  histoire  de 

l'Ecriture ;   lo    «    celher  »    le    sens   moral ;    et    la 

«chambre»  les  secrets  d'une  sublime  contemplation. 

Le  jardin         d.  lit  premierement  pour  l'histoire,  il  ma  somble 
represeute  ,  ..       .  ,    , .   .  ... 

le  seas       qu  elle  n  est  pas   mat  designee  par  le  jardin,  parce 

histonque.    qU'on   y  trouve  des  homines   vertueux   qui  sont 

comme  des  arbres  fruitiers  dans  le  Jardin  de  l'E- 

poux  et  dans  le  paradis  do  Dion  :  les  exemples  tires 

dolour   conduite  et  de   lours  actions  sunt  comme 

autant  de  fruits  que  nous  cueillerons  d'un  arbre. 

Qui  done  hesiterait  a  croire  que  l'lioiiiiiio  de  bien 

soit  mi  plant  de  Dieu?  Ecoutez  ce  que  David  a  dit 

ile  l'liomine    de  bien  :  «  11   sera,  dit-il,   comme  un 

arbre  plante  surle  bord  des  eaux  courantcs,  qui 

porte  du  fruit  en  sa  saison,  et  dont  les  feuilles  ne 

tomberont jamais  [P  al.  1,  3).  »  Ecoutez  i eremie  qui 


dit  dans  le  meme  esprit,  et  presque  dans  les  me- 
meslermes  :  «  11  sera  comme  un  arbre  plante  surle 
bord  des  oaux  couraiites,  qui  jette  de  profondes 
racinos,  et  ne  craint  point  les  violentes  clialeurs  de 
l'ete  (fJier.  xvin,  8j.  »  Ecoutez  de  nouveau  le  Hoi 
prophete  dire  encore  ailleurs  :  «  Le  juste  ileurira 
comme  le  palmier,  il  multipliera  comme  le  cedre 
du  Lilian  [Psal.  xci,  13),  »  et  qui  ajoute,  en  parlant 
do  lui-meme  :  «  Mais  moi,  je  suis  comme  un  Oli- 
vier fertile  dans   la    maison    du   Seigneur   (Psal. 

li,  10).  »  ci  L'li  stoire  »  est  done  un  jardin,  et  elle  ,,        ,    . 
.    .  ''  II  y  a  trois 

est  ill,  I  i  ;   IrOTS.  Car    elle  COlltient  la  «  creation,    choses  dans 

la  reconciliation  et   la  reparation  »  du  ciel  et  de  la  ia  creation 'la 
terre.  La  «  creati       »  es1   comme  la  semence  et  le  reconciliation 

et  la 
plant   du  jardin.  La    «  reconciliation  »    est  comme     r6paration. 

la  production  de  ce  plant  et  de  cette  semence.  Car 

a  un  moment  propiee,  les  cicux  out  verse  d'en  baut 

la  rosee,  les  uuees  ont  fait  sortir  le  juste  de  lour 

sein,  comme  une  pluie  feconde,  la  terre  s'est  ou- 

verte,  et  a  produit  le  Sauveur  (/so.  xt,v,  8),   quia 

reconcilie  le   ciel  avec  la  terre.  Car  e'est  lui  qui  est 

notre  paix,  lui  qui  de  deux  n'a  fait  qu'un  (E/tlics.  u, 

14),  et  pacifie  dans  son  sang  loscbososterrestres  avec 

les   celestes.    Quant  a    la   «  reparation  »   elle  doit 

arriver  a   la  fin  des  siecles.  Car  il  3'  aura  un  ciel 

nouveau  et  une  terre  nouvollo;  et  les  bons  soront 

recueillis  du  milieu   des  mediants,  pour  etre  mis 

dans  les  greniers   de  Dieu,  comme  les  fruits  qu'on 

cueille  dans  un  jardin.   «  En  ce  jour-la,  dit  le  Pro-- 

phete,  le  germe  du  Seigneur  sera   magnifique  et 

glorieux,  et  les  fruits  de  la  terre  seront  admirables 

(ha.  iv,    2).  1)   Voila  done  trois  temps  qu'on  pent 

remarquer  dans  le  jardin  du  sens  lnstorique. 


itis,   ad  queai   cum  magis  oportueral  lanquam  ad 

sinuiu  '  is?  Si    spirituales    estis,         Irujte 

hujusmodi  in  spiri  u  1  consi  lerans  unusquisque 

i,    ne  el  ipse    1  intetur.  Alioquin    ille    in  pe  •  ato 

•  ./.  Sed  '. .  >    . 

.,.  Nunc  nuoniam  littene  consequcntia  ex  his  qua! 
prataxavimus  manifests  est,  videamiis  jam  de  cellariis 
quid  spiritualiter  sentire  debeamus.  In  consequentibus 
mentio  fil  etiani  de  horto  et  de  cubiculo,  qua?  ambq 
nunc  adjnngo  islis  cellariis,  et  in  puescnlem  disputalio- 
nem  assumo  ;  nam  simul  traclata  melius  ex  invicem 
innotescent.  Et  quaeramus,  si  placet,  tria  isia  in  Scrip- 
tni'is  sanclis,  hortum,  cellarium,  cubiculum.  In  i  ;is 
nempe  libenter  Deum  sitiens  anima  vesatur  et  moratnr, 
sciens  se  ibi  absque  dubio  inventuram  quem  sitif.  Sit 
itaqtic  Hortus  simplex  ac  plana  historia;  sit  Cellarium 
moralis  senses  ;  sit  Cubiculum  arcarum  theories  con- 
templationis. 

4.  El  primum  quidem  bistoriam  ad  hortum  puto  non 
immmerilo  depulari,  quod  in  ea  inveninntur  vi ii  virlii- 
tum,  tanquam  ligna  fructifera  in  borto  Sponsi  et  in  pa- 
radiso  Dei,  de  quorum  bonis  actibus  ac  moribus  quot 
sumis  exempla,  tol  carpis  poma.  An  forte  quis  ambigat 
Dei  esse  plautationem  bonum  hominem  ?  Audi  sanctum 
David  de   viro  bono  quid  canat.  Erit,  ait,  tanquum  lig- 

T.     IV. 


num,  quod  plantatum  est  secus  dectirsus  aquavum,  quod 
1  m  >  >/*e  jho,  et  folium  ejus  non 
■!.  Audi  Jer  piritu  c    icinentem,  et 

ii  pene  verbis.  Erit  tanquam  lignum,  inquit,  quod 
.  .   a  1    1  urn,  quod  ad  humo- 

1  rad  •  cum  venerit  ces- 

tus.  Item  Pr  ;  Just  1  ui  ce- 

d  us  I  ■     \bitur.  El  de   seipso  :    Ego  autem 

sieut  oliva  fructifera  in  domo  Dei.  Est  ergo  historia 
hortus,  el  ipsa  tripertita.  Continetur  namque  in  ea  cceli 
el  teme  creatio,  reconciliatio,  el  reparatio.  Creatio 
quidem,  lanquam  horti  salio  sive  plantatio.  Reconcilia- 
tio autem,  quasi  germinatio  satorum  vol  plantatorum. 
Tempore  nc  ripe  suo  roranlibus  cce  is  desuper,  ct  nub't- 
bus  pluentibui  justum,  aperta  est  terra  et  germinavit 
Salvatorem,  per  quem  facia  est  co'li,  terraeque  reconci- 
liatio. Ipse  est  enim  pax  nostra,  qui  fecit  utraque  unum, 
pacifieans  in  sanguine  suo  qua?  in  terris  sunt,  et  qua?  in 
coelis.  Poi'i'o  reparatio  futura  est  in  fine  ssculi.  Erit 
enim  ccelnm  novum,  el  terra  nova:  el  colligentur  bonj 
de  medio  malorum,  tanquam  fructus  de  horto,  in  Dei 
promptuaria  reponendi.  //(  die  ilia,  ut  scriptum  est,  erit 
germen  Domini  in  magnificentia  et  gloria,  et  fructus 
terra:  sublimis.  Ilabes  igilur  tria  tempera  in  horto  bis- 
torici  sensus. 

16 


242 


An  sens 
moral  il  y  a 

aussi 
trois  cclliers. 


5  On  peut  aussi  remarqncr  dans  le  sens  moral 
trois  .hoses  qui  sunt  coum.e  trois  celln-rs  dans  un. 
Etpeut-Atreest-cepourcelaquel'Epouseaditdes 

re  au  pluriel,  eUe  avail  sans  doule  cenombre      01 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARP. 

autre.  Vous  apprenez  done  premierement  a   etre 

...  puis   compagnon,    et  enfin  maltre.  La 

nature  sans  doute  a  fait  les  bo.nu.es  egaux.    Mais  »*««»«*£ 


»ueil   ayant  corrompu  cet  orure  natnrei,  les 


,IU,,.  Aussi,  dans  la  suite,  elle  se  glonfie  de  ce 
ou'onl'a  fait  entrer  dans  le  cellier  au  Tin.  {Cant.u, 
4)  Or,comme  nous lisons dans l'Ecriture  :  •  Donnez 
occasion  au  sage,  et  .1  sera  encore  plus  sage  (lJrov. 
u,  9):  ,,  nous  prendrons occasion  de  ce nom,  que 
le  Saint-Esprit  a  em  devoir  donner  a  ce  cellier 
pour  en  donner un    aussi   aux   deux  autres,    nous 


hommes'ontdetruil  cette  egalite,  se  sout  efibrces  Vob6i»»ce. 
de  s'elever  au  d  "'is  des  autres,ont  desire 

,:  ..,•  n.utuelle. .lent,  et  avides  d'une  vaine 
gloire,  out  ete  animes  d'envie  et  de  jalousie  reci- 
proques.  Ainsi  dans  I.  celli  >r,  la  premiere 

chose  qu'il  faul  faire,  e'est  de  dompter  I'insolence 

;ueii  par  tejoug  de  la  discipline,  jusqu  i 


Deux  noma 
de  relliers. 


pour  en  donner  un  auss,  aux     ;;;-■'':;•,:;    ,ue  notre  volonte  r'ebelle,  brisee  par  les  ordres  se- 
appaierons  1  ....  le  ecllu,  des   "*».«'  Les  et  reuetes  des  anciens,  soit  humUiee  et   gue- 


Trois  autres 

nom?  pour 

designer 

les  m&mes 

cellier*. 


celui  des  parfums.  Nous  expliquerons  dans  la  suite 
les  raisons  de  ces  noms.  Mais  en  attendant,  retnar- 
quez  que  tout  ce  qui  est  dans  l'fipouxest  saluteire, 
que  tout  y  est   doux,   le   vin,    au  dire  de  lBtti- 
ture,  reiouitle  cmurde  l'honrme  [Psal.  cm,  16).  • 
On  y  lit  aussi  que   l'huile  remplit  le  visage  dal- 
oi  e'est  dans  l'huile  qu'on  met  de  la  pou- 
die  odoriferante,  pour  en  composer  des   partums. 
Les   aromates  ne    sont   pas   seulement  agreables 
par  leur  odeur,  dies  sont  encore  utiles  par  leur 
vertu  medicinale.  C'est  done  avec  raison  que  1  h- 
pouse  est  ravie  qu'on  l'ait  fait  entrer  en  un  lieu  ou 
il  y  a  une  si  grande  abondance  de  graces. 

6  Mais  i'ai  d'autres  noms,  qui  out  encore,  je 
crois,  une  ra.su,,  plus  evidente.  Et  pour  les  ranger 
par  ordre,j'appelleraile  premier  cellier,  celui  de 
la  discipline;  le  second,  celui  de  la  nature; 
et  le  troisieme,  celui  de  la  grace.  Dans  le  pre- 
mier, vous  apprenez  suivant  la  regie  de  la  morale 
chret.enue,  a  etre  le  dernier  de  tons ;  dans  le  sui- 
vant a  etre  egal  aux  aulres  ;  dans  le  troi-ieme,  a 
are  au  dessus  des  autres  :  ou  encore,  a  etre  sous 
un  autre,  de  pair  avec  un  autre  ou  au  dessus  d  un 


,  des  anciens,  suit  humiliee  et  gue- 
ri6j  ,.|  recouvre  par  son  obeissance  le  bien  de  la 
quelle  avait  perdu  par  sa  vanite.  Lorsque 
par  le  seul  mouvement  de  la  nature,  non   par  la 
crainte  de  la  peine,  elle  aura  appris  a  vivre  dou- 
cement  en  pais,  aulant   que   possible,    avec   tous 
ceux  qui  partipent  a  la  meme  nature  qu'elle,  e'est- 
a-dire  avec  tous  les   hommes,  elle  passera  enfin 
dans  le  cellier  de  la   nature,    et  eprouvera   ce   qui 
est  eciit  :  «  Que  c'est  un  grand  bien  i  1  une  grande 
consolation  pour  des  Ereres  de  demeurer  ensemble.! 
c'est  comme  le  parfuin  sur  la  tete     Psal.  cxxxii, 
1).  >.  Car  des  mceurs  ainsi  reglees   sont  comme  des 
ingredients   broyes  ensemble,  et   produisent   une 
buile  de  joic,  qui  est  le  bien  de  la   «  nature  ;  » 
il  s'en  fait  un  doux  et  excellent  parfum.  L  bom  ne 
qu.s'en  parfume,  devieut   doux,  aiu.able  et  paci- 
lique,  ne  tro.npe   personne,    n'outrage   personne, 
n'offense  personne  ,  ne  seleve  au   dessus  de   qui 
que  ce  soit,  et  ne  se  prefere  point    aux  autres;    il 
entretient  au  contraire  volontiers  avec  toutle  mon- 
de  un  commerce  de  graces  et  de  bieufaits. 

7.  Je  crois  que  si  vous  avez  bien  comprisles  pro- 


5.  In  morali    quoque  discipUna  tria   aque    adverlete 

,  .,    cellas  quasi  trea  in  cellario  uno.  Et  idcrco  forsitan 

pturaliter   cellar*  dixit,  et   aon  ceHarium,  cellarum _vi- 

Et  nunc  numerum  cogitans.  Infra  den.que  introduc- 

.  gloriatur  in  ceUa  '<«  ergo  quiale- 

,.    Da    occasionem    sapimli,    el    sapienhor -en t. 

^occ^onemexvocabuloquodSpu-U^Sanctus 

huic  censuit  imponendum,  rehquis  quoque  duabus 
,,  imponamus,  aromalicam  uni  ,  et  u,  guenfemm 
alteri.  Causas  horum  vocabulorum  ndebimus  postea. 
Nunc  autcm  adverte  euncta  apud  Sponsum  salubrui, 
runclasiiaviareperiri.viiium.unguenta.aromata.l 
S  Exhiarannihilo- 

u  i    s  facieir.  iu  ■  ^>  »«1ue  Pu  V1S  ^mKl  " 

"  iira  infunditur,  ul  unguenta  Hant  Aro.nata  non  modo 
Lla  Buavilate  odoris,  sed  vi  quoque  medendi  ut.ba 
.'ni!  Merita  so  Uitroductam  illuc  exsultat  Spoosa,  ub. 
tanta  redundat  ubcrtas  gratia-. 

6  Sed  habeo  et  aba  nomina ;  puto  et  ev,dent,orem 
a„i 'gerentia  rationem.  El  ut  suo  ordine  nommentur, 
,  mam  nuncupaverhn  discipUna,  secundain  nature, 
ScXmam  grato.  In  priori  diacis  jnxta  ethica,  parta 
S£Z  inferior    esse,  in    sequent  par,  m  postenore 

perior  :  hoc  est  sub   alio,  cum  alio,  super  ahum  ;  vel 


sic,   subesse,   coesse,  praesse.  Primo  ergo  discis  _ esse 
discipulus,secundosooius,  terUoe*  magister.  Et  quidem 
omnes  homines  natnra  squales  genuit.  At  quomani  b 
natura  in  moribus  superbia  depravato,  facli  sunt  h 

[ualitatis  impatienles,  i  .«?•■ 

,  constitui,  atque  alterutrum  supergredi  cupie. 
ct  inanis  glorias  cupidi,  invicem  invidentes.  un.eem 
provocantes  :  primo  omnium  in  cella  prion,  jngo  ii.sci- 
plina  insolentia  morum  domanda  est,  quousque  duns 
ac  diutinis  seniorum  attrila  legibus  humihetur  et  sane- 
tur  cerricosa  voluntas,  bonumque  in  se  naturae,  quoo 
supcibicndo  amiserat,  obediendu  recip.at  :  dum  solo 
jam  natural!  affeetu,  nun  metu  discipline,  cum  umver- 
sis  nature  suce  sociis,  id  est  cum  omnibus  bommibus 
sociaUter,  quantum  in  se  est,  quieteque  sese  habere  oi- 
dicerit,  in  ceUatn  tandem  natura)  transieas,  expe 
one  quod  scriptum  est  :  Ecce  quam  bonum  el  quam  ju- 

m.habitaretY aires  in  a •/  sicut  ?af""»*" 

Accedil  nimirum  disciplinatis  moribus,  tanquam 
tri'is  speciebus,  oleum  lalitis,  bonuai  natura;  •»« 
unguentum  bonum  atque  jucundum.  Quo  quasi  u 
redditur  homo  suavis  et  mitis,  homo  sine  querela,  nc- 
minem  circumveniens,  neminem  concutiens,  nemweni 
tedens,  nemini  se    superextollens   aut  pra3ferens,  insu- 


VINGT-TROISlEME  SERMON  SUR 

prietes  de  ces  deux  celliers,  vous  reconnaitrez  que 
ce  n'est  pas  sans  raison,  que  j'en  ai  appele  1111,  le 
cellier  des  aromates,  et  l'autre  le  collier  des  par- 
fuius.  Car,  de  meme  que  le  mouveraent  violent  du 
pilon  fait  sortirla  vertu  et  l'odeur  des  poudres  odo- 
riferantes,  ainsi,  dans  ee  premier  cellier,  la  severite 
du  commandement  et  la  rigueur  de  la  discipline, 
tire  avec  force  la  vertu  naturelle  des  bonnes  mceursj 
et  dans  l'autre,  la  douceur  agreable  d'une  affection 
volontaire  etcomme  innee,  court  d'elle-nieme  pour 
rendre  des  devoirs  de  charite  pareille  au  parfum 
qui  est  sur  la  tele,  et  qui  au  moindre  rayon  de 
chaleur  descend  et  decoule  par  tout  le  corps.  Ainsi, 
le  cellier  de  dans  le  cellier   de  la  discipline,    sont  enfermees 

la  discipline.  .  .   ,         , 

comme  des  poudrps  seches  de  senteurs;  et  cest  de 
la  que  je  lui  ai  donne  son   nora.    Mais  dans   celui 
te  cellier  de  cr"t;  J'3' ''it    i'tre   de    la   nature,   je  l'ai  appele   le 
la  nature,    cellier  des  parfums,  parce  qu'apres  qu'ils  sont  faits, 
on  les  y  met  comme   en  garde  et  en  reserve.   El 
pour  le  cellier  du    vin,   je  crois  qu'il  n'y  a  point 
d'autre  raison  de  ce  nom,  sinon   qu'on  y  serve   le 
Le  zeie      vin  d'un  zele  brulant  de  charite.  Celuiqui  n'a  point 
am  preiats.  ™core  merite  d'entrer  dans  ce  cellier,   ne  saurait 
etre  place  au  dessus  desautres.  Caril  fautque  celui 
qui  a  la  direction  du  ses   freres  soit  tout  bouillant 
de  ce  vin,  comme  l'etait  le    Docteur  des   nations, 
quaud  il  disait  :  «  Qui  devient  faible  sans  que  je  le 
devienne  aussi?   qui  est  scandalise  sans   que  j'en 
ressente  une  vive  douleur  (1  Cor.  xi,  29)?  »   D'ail- 
leurs,  c'est  un  grand  desordre  d'aspirer  a  comman- 
der a  ceux  a  qui  on  ne  se  soucie  pas  d'etre   utile ; 
et  c'est  une  ambition  excessive  d'exiger  la  soumis- 
sion  de  ceux  dont  on  ne  se  met  pas  en  peine   de 


per  ct  libenter  communicans  in  ratione  dati  et  ac- 
ccpli. 

7.  Puto,  si  bene  intellexisti  ulritisqne  collie  proprio- 
tates,  non  incongrue  me  ham:  unguentariam,  ill.im  aro- 
•  Tuquoque.  matieam  appellasse  *  teslaber  .  In  ilia  de  niqne  sicut 
pigmentorum  vires  atque  fragrantiam  pistilli  extorquel 
et  cxigit  violenta  contusio,  sic  rectorunn  morum  elicit 
quodammodo  et  exprimit  naturalem  vim  vis  magisterii, 
et  distiictio  discipline.  In  hac  autem  voluntaries  ct  Inn- 
qnam  innatae  affectionis  grata  mnnsuetudo  sponte  ofti- 
ciosa  cnrrit,  inst.ir  plane  unguenli  quod  est  in  capito, 
ad  levem  caloris  taclura  descendentis  ac  diffluentis  per 
totum.  Itaquc  in  cella  disciplinae,  tanquam  siccae  ac  sim- 
plices  aromatum  species  continentur,  et  indc  aromati- 
cam  earn  denominandam  putavi.  In  ea  veroqute  naturae 
dicta  est,  quoniam  jam    quasi    confecla    reponuntur  et 

Iservantur  unguenta,  nihilomlnus  ex  re  nomen  et  ipsa 
accepit.  ut  ungentaria  nuncupetur.  Nam  vinariam  quo- 
quo  cellam,  non  aliam  sane  sui  nominis  arbitror  ferre 
ralionem,  nisi  quod  in  ea  vinum  zeli  in  charitate  fer- 
ventis  reconditur.  Nee  debet  omnino  praeesse  aliis,  qui 
in  earn  necdum  meruit  introduci.  Oportet  prorsus  hoc 
vino  aestuet,  qui  aliis  praesidct,  quemadmodum  Doctor 
gentium  aesluabat,  quando  dicebat  :  Quis  infirmulur, 
et  ego  non  infirmor?  Quis  scandalizatur,  et  ego  non 
uror?   AHoquin  improbe  satis  praeesse  afTectas,   quibus 


LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  243 

procurer  le  salut.  J'ai  appele  aussi  cellier  le  cellier 
de  la  grace,  non  pas  qu'on  puisse  obtenir  meme 
les  deux  autres  sans  la  grace,  mais  a  cause  de  la 
plenitude  qu'on  en  recoit  en  celui-ci;  «  car  la  cha- 
rite est  la  plenitude  de  la  loi,  et  celui  qui  aime 
son  frere  a  accompli  la  loi  (Rom.  xm,  10).  » 

8.  Vous   avez    vu    la  raison  des  noms;   voyons     Difference 
maintenant  la  difference  des  celliers.  Car  il  est  bien  des  celIieti- 
plus  facile  de  reprimer  par  la  crainte  d'un  maitre, 
et  de  retenir  sous  la  censure  d'une  discipline  se- 
vere, les  sens  volages  et  lieencieux,  et  les  desirs  de- 
regles  de  la  chair,  que  de  conserver  la  bonne  intel- 
ligence avec  ses  freres,  par  une  allection  mutuelle;     n  y  en  a 
de  vivre  dans  une  etroite  observance  sous  la  con-  beauc10l;P  iui 

,    .,      .,  sont  bona 

muted  autrui,  que  de  se  rendre  complaisant  envers    dans>  vie 
ses  egaux,  en  suivant  la  seule  conduite  de  sa  propre   nnFser^ent 
volonte.  De  meme  personne  ne  dira  qu'il  y  ait  au-   supSurs8 
tant  de  merite  et  de  vertu  a  vivre  en  paix  avec  son 
prochain  qu'a  le  conduire  dans  le  bien;  car,  com- 
bien  y  en  a-t-il  qui  vivent  tranquillement  sous  la 
direction  d'un  maitre,  et  qui  perdeat  ce  calme  aus- 
silot  qu'ils  sortent  de  ce  joug,  et  ne  peuvent  ensuite 
vivre  sans  scandale  avec  leurs  paieils?  Et  combien 
encore  en   voyons-nous  qui   vivent  simplement  et 
sans  offense  parmi  leurs  freres,  et  qui  ne  sauraient 
etre  etablis  sur  eux,  sans  leur  devenir  non-seule- 
ment  inutiles,  mais  encore  funestes  et  nuisibles. 
Ceux-la  doivent  se  contenir  dans  les  bornes  d'une 
mediocrite  qui  leur  est  avantageuse,  suivant  lame-- 
sure  de  la  grace  que  Dieu  leur  a  departie,  n'ayant 
point  besom  de  maitres,  mais  etant  incapables  d'etre 
maitres  eux-memes.  Ceux-ci  sont  done  plus  parfaits 
que  les  premiers;  mais  ceux  qui  savent  gouverner 


prodesse  non  curas  :  et  quorum  non  zelas  salutem,  sub- 
jeclioncm  nimis  ambitiose  vindicas  tibi.  Hanc  ego  cel- 
lam quoque  gratiae  nominavi  :  non  quod  absque  gratia 
vet  reliquas  duas  obtinere  omnino  quis  possit,  sed  ob 
plenitudinem  quae  singulariter  in  ista  percipitur.  Denique 
-  '  I '■-  legis  est  charitas ;  el,  qui  diligit  fratrem,  legem 
implevit. 

8.  Vidisti  ralionem  vocabulorum  :  vide  et  ditTerentiam 
cellarum.  Nee  enim  paris  facilitatis  seu  lacultatis  ejus- 
dem  est,  pelulantes  vagosque  sensus  atque  intemperan- 
tem  carnis  appetitum  magistri  comprimere  metu,  ac 
rigida  disciplinie  cohibere  censura  ;  et  spontaneo  alTectu 
bene  cum  sociis  convenire ;  castigatis  sub  ferula  vivere 
moribus,  et  sola  magistra  voluntate  gratum  paribus  ge- 
rere  morem.  Nam  neque  unius  rursum  quis  dicat  esse 
meriti,  unjusve  viitutis,  socialiter  vivere,  et  utililer 
praeesse.  Quam  multi  denique  sub  praceplore  quieti 
vivunl,  quos  si  jugo  absolvas,  videas  non  posse  quies- 
cere,  nee  se  ullo  modo  aequalibus  servare  innoxios? 
Itemque  innumeros  cernes  simpliciter  ac  sine  querela 
inter  fratres  conversari,  super  fratres  non  solum  inuti- 
liter,  sed  et  insipienter,  et  nequitcr.  Quadam  siquidein 
bona  mediocrilate  contenti  sunt  qui  hujusmodi  sunt, 
sicut  eis  mensuram  gratiae  partitus  est  Deus ;  minimo 
quidem  egentes  magistro,  nee  tamen  idonei  magisterio. 
Prioribus  ergo  sequentes  quidem  in    moribus   antecel- 


244 


OEUVRES  DE  SAINT  KERNAHD. 


II  7  a  pcu 
d'bommes 
humbles. 


II  est 
neeess  lire 
qu- 

prelate 
reuni-- 

discretion 
a  la  ferveur. 


Qualites  d"un 
bonsupeneur 


sunt  plus  pnrfaits  qne  les  mis  cm  les  autres.  Car  un  tie  ses  colliers;  mais  dans  ses  colliers,  an   plu- 

ceux  qui  conduisent  sagement  leurs  freres,  recoi-  del. 

vent  les  effets  de  la  promesse  du  Seigneur,  el  se        9.   Venons   maintenanl  a   la  Chambre.    Quelle 

voient  etablis  et  proposes  sur  tous  ses  biens.  Mais  il  est  cette  chambre?  Je  n'ai  pas  assez  de   presomp- 

y  en  a  sans  doute  fori  peu  qui  commaudent  utile-  Lion  pour  penser  le  savoir,  je  irde  de  ra'at- 

nient,  et s  qui  co  liun     e-  tribuer  ['experience  d'u  ;i       e,  ni  ile 

ment.  Neanmoins,  on  accomplit  aisement  I'un  et  me  glorilier  d'une  prerogative  qui  est  reserv6e  &  la 

1'autre,  quand  on  possede  une  discretion  parfaite,  seule  Epouse   bicnb  ureuse.  Je  me    borne,       on 

la  mere  de  toutes  les  vertus,  el  qu'on  s'enivre  du  l'adage  grec,  a    neco    laitre  moi-mSme,  el  ji     lis 

via  de  la  charite  jusqi  i     er  sa  propre  gloire,  a    sc  le  Prophete  ace  qui  me  manque  (Psal.  xxxvm, 

s'oublier  soi-meme,  el  ae  se  rechercher  en  quoi  que  15).  »  Nean i  n'en  savais  rien  du  tout,  je 

cesoit;mai-  |   e  dansle  culiier  du  d    fous  en  dirais  rien.  Pour  ce  que  je  sais,   je  ne 

vin,  par  la  seule  et  merveilleuse  conduite  du  Saint-  refuse  point  parenviede  vous  le  dire,  je  n<    vous 

Esprit.  Car  la  vei  morte,  sans  la  le  derobe  point,  et,  pour  ce  que  je  ne  sais  pas,  que 

ferveur  de  la  charite;  et  la  ferveur  de  la       i  i  e,  celui  qui  enseigne  la  science    a  1'homme   (Psal. 

dans  to  ent  de  la  scut,  10),  vous  l'apprenne.  J'ai  dejit  dit,  etje  crois 

ion,  nous  conduit  au  precipice.  G'est  pour-  que  vous  vous  en  souvenez,  qu'il  faut  chercher  la 

quoi  celui-la  mi  u  ;es,  qui  possede  ces  chambre  du  roi  dans  les  cret  de  la  contemplation 

deux  vertus;  en  sorte  que  la  ferveur  amine  sa  dis-  theorique.  Mais,  comme  en  parlant  des  parfums, 

cretion,  et  que  la  discretion  regie  sa  ferveur.  Tel  j'ai  dtt  que  l'Epoux  ne  avait  plusieurs  de  dillerentes 

doit  iiouc  etre  celui  qui  a  aulorite  sur  les  autres.  espec  is,  et  que  lous  n'et  uent  p;is  donnes  a  luul  le 

Or,  on  ne  pent  dire  que  celui-la.  est  parfait,  et  pra-  monde,  mais  que  chacun  y  avait  pari  selon 

tique  parfaitemeut  Le  it      ces  regies,  qui  a  recu  la  versite  de  ses   merites;  je  pense  de  meme  que  le 

grace  Je  pouvoir  courir  au  dedans  et  autour  de  ces  Roi  n'a  point  qu'une  chambre,  mais  qu'il  en  a  plu- 

celliers  tout  entiers,  sans  rien  trouver  qui  le  fasse  sieurs.  Car,  bien  certainement,  il  n'a  pas  non  plus 

trebucher;  qui  ne  resiste  jamais,  en  quoi  que  ce  qu'une  seule  reiue,  il  en  a  plusieurs,  il  a  aussi 

suit,  a  ses  superieurs,  ne  porle  point  d'envie  a  ses  plusieurs  concubines,  et  un  nooibre  de  jeuues  lilies 

.  a  sum  de  eeux  qui  lui  souL  souinis,  et  ne  infini.   Chacune  d'elles  a  son  secret  avec  l'Epoux, 

leur   ummaiide  point  avec  orgueil;  obeit  a  eeux  qui  et  dit :  i<  M on  secret  est  pour  moi,  mon  secret  est 

sont  au  dessus  de  lui,  se  rend  amiable  asesegaux,  pour  moi   (/so.  xxiv,  iGj.  »  11  n'est  pas  accorde  a 

et  condescend  pour  leur  Lien  a  eeux  qui  sunt  sous  toutes  de  jouir  dans  un  meme  lieu  de  la  pn   ence 

sa  direction.  Je  ne  doute  point  que  1'Epuuse  ne  soit  agreable  el  secrete  de  l'Epoux  ;  m  lis  chacune 

arrivee  a  ce  haut  degre  de  perfection.  Et  le  discours  cette  grace,  selon  qu'il  plait  an  pere  de  l'Epoux  de 

qu'elle  tieut  en  est  une  preuve  :  «  Le  Hui  m'a  fait  Ten   grander,   liar  ce  n'est   pas   nous   qui   l'avons 

entrer  dans  ses  celliers;  »  car  elle  ne  dit  pas  dans  choisi,  mais  au  contraire  c'esl  lui  qui  nous  a  choi- 


Que  faut-il 
entendre  par 
la  clianibre. 


Hint :  sect  utrisque  superiores  exsistunt,   qui  superiores 

•ciunt.  Denique    et  accipiunt    in    promissione    qui 

bene  prasunt,  constitui  super  omnia   buna  Domini  sui. 

At  pauci  profecto  qui  utiliter  preesint.  Facillime   tamen 

aque  adimplet,  qui  matrem  virtutum    cliscreLi  nem 

le  adeptus,  vino  nihilominus   charilatis  usque  ad 

i     i  c. upturn  propriae  gloria;,  usque   ad  sui  ipsius  ubli- 

<,  el  non  .ei   q  tsen     .a  quae  sua  sunt  debriatur; 

qaud  soto  ac  miro  bpii  i   niagislerio  intra  ccl- 

laui  vinaiiuui    obtinelur.  \;  elionis 

le   cbaritatis    fervoi  c    j  i  el ,    el    fei  /o      veben 

le  discretiunis    i.  mperamenlo  pra*  ipitat.   ldeoque 

cui      utrui  i  ilei    i  :  quad  ius  et    fervor   dis- 

:n    regat.   Ergo 

prajest.  Optimum 

aulem  in  mu  bujus 

I'       ■  i'    np|  ■',  cui    lotas  lias  cellas  absque  of- 

UU  est  :  qui  in 
nullo prorsus  aut  icsi^lat  pin;  ....  ,  aul  invideal  paribus, 
aut  subjeclis  vel  desit  in  cura,  vel  in  superbia  praisit ; 
i  i^  obediens,  sociis  congruens,  subditis  utdiler 
eondescendens.  Quod  quidem  perl'ectionis  insigne  baud 
dubius  Sponsa:  aiinuerim.  Innuit  boo  etiam  seiiuu  quem 
dii.it,  quia  Introduxil  me  rex  in  cellaria  sua  :  dum  uon 


n  i   pluralitcr  se 


in  imam  aliquam  cellaiu,  sed 
introductam  ostendit. 

9.  Jam  ad  cubiculum veniamus.  Quid  et  istud?  E(  id 
me  praesumo  scire  quid  sit  .'  Minime  milii  tantaa  rei 
.'  iperientiam,  nee  glorior  in  praerogaliva,  quee 
soli  servatur  bcai.e  Sponsae,  cautus  juxta  illud  Graico- 
ruin,  scire  aieipsum,  ut  sciam  etiam  cum  Propbeta, 
quid  desit  mihi.  Tamen    si  nihil    umuiuo  scirem,    nihil 

i in.  Quod  scio,  non  invideo    vobi  .  blraho 

quod  i     ...      eat  vos  qui   ducat  hominem 

L)i.\i,  et  memiuistis,  in  theoi  plati  ..ivano 

esse   quajrendum   i a.    Sed   quoinodo  de 

ui  uentis  dixisse  me  sciu,  muim  videlicet  el  diversa 
penes  Sponsum  ea  ei  a,  nee  uuuiiu  pntsl  i  omnibus,  sed 
sua  quibusque  pro  diversilate    i  lei  toruin   :  sic 

quoque  non  unum  pmo  cubiculum  Keyi  e.-.se ,  sed 
plura.  Nam  ncc  una  est  iegina  profei  to,  sed  panes  :  et 
concubiiuo  mulls  sunt,  et  ad  ilcscenlularum  non  est 
n ii in.  rus.  Et  unaquajque  invenit  sccretum  sibi  cum 
Sponso,  et  dicit  :  Secrelum  nieuin  mihi,  secretum  meum 
mihi.  Non  omnibus  uno  in  lucu  fiui  datur  yrata  et  se- 
crela  Sponsi  prssentia,  sed  ut  cuique  paratum  est  a patre 
ipsius.  Non  enim  nos  cum  elegimus,  sed  ipoe  elegit  nos, 
ut  pusuit  nos;  et  ubi  ab  eo  quisque  posilus  est,  ibi  est. 


L'lilpoui  a 

plusieurs 
cliauibrea. 


VINGT-TROISIEME  SERMON  SLR 

sis,  et  etablis  a  notre  place;  et  chacun  demeure  a 
l'<ndroit  oil  il  I'a  mis.  La  penitente  a  trouve  sa 
place  aux  pieds  du  Seigneur  Jesus  (Luc.  vn,  38  : 
uue  au  re  femme,  si  toutefois  e'en  est  une  autre  % 
a  recueiili  le  fruit  de  son  amour  a  la  tete  du  meme 
Jesus  lomas  a  recu  la  grace 

de  ce  -'is,  saint  Jean  sur  sa 

porcine,  sainl  P;erre  dans  le  sein  du  Pere,  et  saint 
Pa  erne  i  iel. 

hiien  etals       l0-  Qui  d.  distinguer  comme  il  faut 

contempiatifs  celt-  «l«"ersile  de  merites,  ou  plut6t  de  recompen- 
ses? Neanmoios,  de  peur  de  paraitre  passer  sous 
silence  ce  que  nous  en  savons :  la  premiere  femme 
s'est  etablie  une  demeure  sous  l'abri  Je  l'humilitej 
la  seconde,  dans  le  siege  de  l'esperance;  saint  Tho- 
mas, dans  la  fermcte  de  la  foi;  saint  Jean. 
l'etendue  de  la  charile;  saint  Paul,  dans  les  profon- 
deurs  de  lasagesse;  et  saint  Pierre,  dans  lalumiere 
de  la  verite.  Ainsi  done,  il  y  a  plusieurs  demeures 
chcz  l'Epoux;  et,  soit  la  reine,  soit  une  concu- 
bine ou  quelqu'une  desjeunes  filles,  chacune  y  re- 
coit  une  place  proportioning  a  ses  merites,  et  y 
demeure  jusqu'a  ce  qu'il  iui  so;t  permis  de  passer 
outre  par  la  contemplation,  d'entrer  dans  la  joiede 
son  Seigneur,  et  .le  sonder  les  secrets  ineffables  Je 
l'Epoux.  Je  tacherai  de  vous  faire  con.-iaih. 
plus  clairement  en  son  lieu,  selon  que  lui-meme 
-nera  m'en  donner  laconna  ,  untenant, 

il  suflit  que  rous  sachiez,  que  aucune  des  jeunes 
filles,  des  concubines  et  mSine  des  reiues,  n'est 
admise  a  ce  secret  de  la  chambre  de  l'Epoux,  et 
qu'il  reserve  uniquement  cette  faveur  a  cette  uni- 

>  Saint  Anrmsiin  s'eipriroe  de  meme,  dans  son  n  traite  sur 
saint  Jean,  n.  3.  Siint  Bernard  a  erais  le  mime  doute  plus  haut 
dans  son  sermon  in,  n.  6.  Voir  aui  notes  finales. 


LE  CANTIQUE  RES  CANTIQUES.  245 

que  colombe,  qui  seule  est  belle  et  parfaite.  C'est 
pourquoi  je  ne  me  facbe  point  de  ce  qu'on  ne  men 
permet  pas  l'entree,  puisque  je  suis  assure  que 
I'Epouse  meme  n'est  pas  encore  admise  a  tons  les 
-  mi  elle  souliailerait  bien  entrer.  Car  elle 
ide  avec  instance  .  u  quel  lieu  so.i  Epoux  fait 
paitre  sun  troupeau,  l'endruit  ou  il  se  repose  a 
midi. 

11.  Mais  ecoufez  jusqu'oii  je  suis  arrive,  on  pin-      Dan,  le 
tut  jusqu'oii  je  me  crois  arrive.  Car  vous  n'impu-  Premier  itat 
terez  point  a  vauite  ce  que  je  dis  afin  de  vous  servir.    Province 
Ii  y  a  un  endroit  chez  l'Epoux,  ou  ce  souverain   JteUpi'ee. 
Maitre  de  l'univers  foroie  ses  secrets  el  regie  ses 
conseils,  et  d'ou  ildonne  des  lois  a  toutes  les  choses 
creees,  avecpoids,  Bombreet  mesure.  Cet  endroit-la 
est  haut  et  secret,  mais  il   n'est  point  tranquille. 
Car,  bien  qu'il  dispose  toutes  choses  avec  douceur, 
autant  qu'il  est  en  lui,  il  les  dispose  pourtant,  et  ne 
permet  pas  que  celui  qui  est  arrive  jusque-la  par 
itemplation  demeure  en  repos;  mais,  par  une 
conduite  merveilleuse  et  ne  umioins  tres-douce,  il  le 
lasse  et  l'inquiete,  dans  son  admiration  et  dans  ses 
reclierches.  I.'Epouse   exprime   parfaitement  bien     n  y  a  du 
l'un  et  l'autre  dans  la  sui    .  -ir  et  l'inquie-  Plaisir.?1  "Je 

.  '  *  I  inquielode 

tude  de  cette  contemplation,  lorsqu'elle  confesse  dans  cet  tot. 
qu'elle  dort,  et  que  son  coeur  veille  {Cantic.  v,  2). 
Car,  par  le  sommeil,  elle  marque  qu'elle  goute  le 
d'un  doux  assoupissement  et  d'uue  admira- 
tion tranquille;  et,  par  la  veille,  elle  fait  connaitre 
qu'elle  ne  laisse  p  is  de  uffrir  le  travail  d'une  cu- 
nosite  inquiete  et  d'un  exercice  laborieux.  C'est  ce 
qui  fait  dire  au  saint  homme  Job  :  «  Lorsque  je 
dors,  je  dis  :quand  me  leverai-je?  et  lorsque  je  suis 
lev.'-,  j 'attends  le  soir  aver,  impatience.  »  .Ne  com- 
prenez-vous   point    par   ces   paroles    qu'une    am« 


Penique  mulier  una  compuneta  secus  pedes  Domini 
Jesu  s  plita  est  locum,  cum  altera  suae  devotiom's  fruc- 
tum  ad  c.apul  invenerit,  si  lamen  altera.  Porro  Thomas 
in  latere,  Joannes  in  pectore,  Petrus  in  sinu  Palris, 
P.ii.lus  in  tertio  ccelo ,  secreli  hujus  gratiam  sunt 
asseculi. 

10.  Qnis  nostrum  digne  distingnere  sufficiat  lias  varie- 
latcs  meritorum,    vel    polius   prsemiorum?    Ne  omnino 
•aimovimn^   tameri  Pr;i  :<->,lisse  T'od  "I»si  novimus  •   videamur;   prior 
•■  mulier  stravit  sibi  in  tut0  humilitalis,  posterior  in  solio 
spei,  Thomas  in  solido  fidei,  Joannes  in   lalo  charitatis, 
Paulus  in  intimo  sapientiaj,  Petrus  in  luce  verilatis.  Sic 
.     ergo  apud  Sponsum  mansiones  multae  sunt,  et    sive   re- 
gina,  sive  conciibina,  sive  etiam  de   numero  sit  adoles- 
cenlularum,  m  qua?que  pro   mcritis   accipit  ibi 

locum  terminumque,  quousque  lieeat  sibi  conlemplando 
procedere,  et  introirc  in  .'.indium  Domini  sni,  et  rimari 
d"''  '  '  lislinctius,  quan- 

tum dignabitur  ipse  suggerere,   demonstrare   conabor. 
:  i  iat,  nulli    adolescentularum, 

nulli  concubinarum,  nulli  vel  reginarum  patere  omnino 
accessum  ad  secretum  illud  cubiculi,  quod  sua?  illi 
colimbae  formosae,  perfects?  uni,  unicum  Sponsus  ser- 
vat.  Unde  nee  ego  sane  indignor,  si  non  ad  illud  admit- 


tor,  praeserlim  cum  constet  mihi  ne  ipsam  quidem 
sponsam  interim  adhuc  ad  omne  quod  vult  pervenire 
secretum.  Denique  et  flagitat  indicari  sibi,  ubi  pascat, 
ubi  cubet  in  meridie. 

II.  Sed  andite  quousque  pervenerim,  ant  me  per- 
venisse  putaverim.  Nee  enim  jactantia?  deputandnm  est, 
quod  in  vestros  pando  profectus.  Est  locus  apud  Spon- 
sum, de  quo  sua  jura  decernit,  et  disponit  concilia  ipse 
universalis  gubernator,  leges  constiluens  omui  crea- 
tura,  pondus,  et  mensuram,  et  numerum.  Et  locus 
iste  alius  et  secretus,  sed  minime  quietus.  Nam  et  si 
ipse  (quantum  in  se  est)  disponit  omnia  suaviter,  dis- 
ponit tamen  ;  et  contemplanlem,  qui  forte  eo  loci  per- 
venerit,  quiescere  non  permiltit  j  sed  mirubiliter,  quam- 
vis  delectabiliter,  rimantem  et  admirantem  fatigat, 
reddilque  inquietum.  Pulchre  utrumque  in  conseqnen- 
tihus  Sponsa  exprimit,  et  delectalionem  videlicet  istius- 
modi  contemplalionis,  el  inquietudinem,  ubi  et  se  dor- 
et  cor  siium  rigilare  fatetur.  Nam  in  somno  qui- 
dem suavissimi  stuporis,  plaeidaeque  admiralionis  sen- 
tire  quieten):  in  vigliis  vero  inquietae  niliilominus 
curiositatis  ac  laboriosa?  exercilationis  pati  se  fatigatio- 
nem  signilicat.  Hinc  beatus  Job  :  St  i/ormiero,  ait,  rlico: 
Quando    consurgam  ?   et  rursus  exspectabo    vesperam. 


246 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


La  reproba- 
tion se 
trouve  dan? 
le  second. 


Saint  Ber- 
nard blame 
les  superflui- 
tes  des  clercs 


sainte  veut  quitter  quelquefois  un  repos  qui  Tin-  quits  possedent;  et  lorsque,  non  contents  do  ce  qui 

conintode,  si  on  peul  parler  ainsi,  etrechercher  est  suffisant  pour  leur  subsistance,  par  une  impiete 

one  pais  qui  lui  est  agitable?  Car  Job  n'aurait  pas  et  un  sacrilege  horrible,  ils  gardent  pour  eux  le  su- 

dit  :  u  Quand  me  leverai-je?  »  si  ce  repos  «!e  sa  perdu  dont  ils  devraient  nourrir  les  pauvreB,  et 

contemplation    lui   eut   plu   tout  afaitj   et,   d'un  n'apprehendent  point  d'                  i  nourritu 

autre  c.Me..  s'il  lui  avail  absolument  deplu,  i!  n'au-  malheureus  a  eutretenir  !  itir  vanite  et 

rait  pas  attendu  avec  impatience  l'heure  du  repos,  dres,              ndent  coupa!    :s  d'un  double  i 

e'est-a-dire  le  soir.   Ce    lieu-la   n'est  doncpaseu-  car  ils  dissipentun  bien  qui  n'est  pas  a  enx,  et  ils 

core  la  chambre  de  l'Epoux,  puisqu'on  n'y  est  pas  abusent  des  choses  saci           ur  satisfaire  leur  am- 

entierement  en  repos.  bitiun  et  leurs  debauches. 

12.  11  y  a  encore  un  autre  lieu,  d'ou  la  vengeance  13.  Qui  done,  en  voyant  que  celui  dont  les  juge- 

Ires-secrete,  niais  Ires-severe  de  Dieu,  ce  juge  equi-  ments  sont  des  abtmes  profonds,  epargne  ces  per- 

table  et  terrible  dans  la  conduite  qu'il  tieut  sur  les  sonnes  en  ce  monde  pour  ne  les  pas  epargner  dans 

enfants  des  homines,  veille  immuablement  sur  la  l'eternite,  pourrait  chercker  du  repos  en  ce  lieu? 

creature  raisonnable,  mais  repr  uvee.  Le  content-  Cette  contemplation  est  remplie  «le  la  frayeur  du 

platif  y  regarde  avec  tremblemcnt  Dieu,  qui  par  jugement,  non  de  la  securite  de  la  chambre.  Ce 

un  juste,  mais  secret  jugement,  ne  detruit  point  le  lieu  est  terrible  et  prive  de  tout  calnie.  Je  suis  saisi 

mal  des  reprouves,  et  ne  recoit  point  leurs  bonnes  de  craiute,  lorsque  quelquefois,  m'ytrouvantporte, 

actions,  qui  nieme  endurcit  leurs  cceurs,  de  peur  je  repasse  en  moi-meme  avec  tremblement  ces  pa- 

qu'ils  ne  se  repentent  et  ne  se  convertissent,  et  roles:  a  Qui  sait  s'il  est  digne  d' amour  ou  de  haine 

qu'il  ne  se  trouve  ensuite  oblige  de  les  guerir.  Ce  (Eccle.  is.  91)  ?»  Ct  il  ne  faut  pas  s'etonner  si  inoi, 

qui  ne  se  fait  pas  sans  une  raison  certaiue  et  eler-  qui  ne  suis  qu'une  t'euille  et  une  paille   seche  [Job 

nelle;  cette  conduite  est  d'autant  plus  epouvantable,  mi,  25)  que  le  vent  emporte,  je  chancele   en  un 

qu'elle  est  plus  fixe  et  eternelle.  Ce  que  nous  lisons  lieu  oil  David,  ce  grand  contemplatif,  confesse  avoir 

dans  un  propheto  sur  le  sujet  de  ces  personnes  est  quasi  trebuche,  et  s'ecrie  :  «  J'ai  envie  la  condition 

effrayant.  Car  nous  voyons  que  Dieu,  parlant  a  ses  des  ntechants  en  voyant  la  pais  dont  ils  jouissent 

aDges,  dit  :   «  Ne  citations  pas  l'impie  [Isa.  xxvi,  (Psal.  lxxu,  3).  »  Pourquot?  «  lis  ne  participent 

10).  »  Comme  ils  en  etaient  surpris  et  repondaient;  point,  dit-il,  aux  maux  des  autres  hommes,  et  ils  ne 

l'impie  n'apprendra  done  jamais  a  faire  le  bien  :  sont  point  aftliges  avec  eux.  C'est  pourquoi  l'or- 

Kon,  leur  repondit-il ;  et  la  raison,  c'est  «  qu'il  a  gueil  s'est  em  pare  de  leur  cceur,  »  afin  qu'ils  ne 

commis  de  mechantes  actions  dans  la  terre  des  s'humilient  point  pour  faire  penitence,  mats  qu'ils 

saints,   il   ne  vena   point    la  gloire   du  Seigneur  soient  condamnes  pour  leur  vanite  avec  le  diable 

[Ibid.).  »  Que  les  ecclesiasticpics,  que  les  ministres  orgueilleux  et  avec  ses  anges.  Car  ceux  qui  u'ont 

de  l'Eglise  soient  saisis  de  craiute  quand  ils  com-  point  de  part  aux  maux  des  hommes,  auront  cer- 

mettent  taut  d'tnjustices  dans  les  terres  des  saints  tainement  part  a  ceux  des  demons,  et  entendront 


Sentisne  in  bis  verbis  sanctant  animam  velle  interdum 
molestam  quodam  ntodo  declinare  suarilatein,  eam- 
demque  rursum  suavem  molestiam  affectare  ?  Non 
enim  dixisset,  Quando  consurgam,  si  ex  toto  ei  quies 
ilia  suae  contemplationis  placuisset  :  sed  et  si  ex  toto 
disphcuisset.  non  denuo  exspectasset  boram  quietis,  id 
est  vesperam.  Non  igitur  locus  est  iste  cubiculi,  ubi 
nequaquam  per  omnem  modum  quiescitur. 

12.  Est  item  locus,  de  quo  super  rationalem  repro- 
bam  quidem  creaturam  immobilis  vigilat  secretissima  et 
severissima  animadversio  justi  judicis  Dei,  terribilis  in 
conciliis  super  filios  hominum.  Cernitur,  inquam,  a  ti- 
morato  contemplalore  hoc  loco  Deus,  justo,  sed  oceullo 
judicio  suo,  reproborutn  nee  diluensmala,  nee  acceptans 
bona;  insuper  et  corda  indurans,  ne  forte  doleant,  ct 
resipiscant,  et  convertantur,  et  sanel  eos.  Et  hoc  non 
absque  curia  et  aeterna  ratione, quod  tanto  formidolosius 
e,  quanto  immobilius  fixum  exstal  in  a.'lerni- 
tale.  Pavcndum  valde  quod  in  Propheta  de  hujusmodi 
legittlUS,  ubi  loqiicns    I  ait  : 

eamur  onpto.  Qoibuspavenubus  utqucqueerentibus: 

Non,  inquit,  subdens- 

que  causain.  In  terra,  ait,  sanctorum  tiiiquii  gessit;  el 

'  idel/U  gloriam  Domini.  Timeant  clcrici,    timeant 


ministri  Ecclesiae,  qui  in  terris  sanctorum  quas  possi- 
dent,  tam  iniqua  gerunt,  ut  stipendiis,  qua?  suflicere 
debeant,  minime  contend,  supcrtlua  quibus  egeni  sus- 
tentandi  forent,  impie  sacrilegpque  sibi  letineanl;  et  in 
usus  sua;  superbios  alque  luxuris  viclum  pauperuni  con- 
sumere  non  vereajttur,  duplici  profecto  iniquitate  pec- 
cantes,  quod  et  aliena  diripiunt,  et  sacris  in  sui3  vani- 
tatibus  et  turpitudinibus  abutuntur. 

13.  Talibus  ergo  cum  in  prsaenuarum  parcere  ac 
misereri,  ne  in  sternum  parcat,  cujus  judicia  abyssus 
multa,  advertitur  :  quis  hoc  loco  requiem  quaerat?  Ha- 
bet  b;ec  visio  tremorem  "  judicii,  non  securitatem  cubi-  •n(.terroren 
culi.  Terribilis  est  locus  iste,  et  tulius  expers  quieds. 
Totus  inborrui,  si  quando  in  euui  raptus  sum,  ilium 
apud  me  replicans  Bum  trcmore  senlenliam  :  Quis  scit, 
si  est  dignus  amore,  an  odio?  Nee  mirum  si  titubo  ego 
ibi,  (folium  ulique  quod  a  vento  rapitur,  ct  stipult  sicca) 
ubi  et  inaximus  ille  conlemplator  suos  quoque  fatetur 
i  tuisse  pedes,  pene   effusos  gressus;  et  di- 

cebat  ;  Zelavi  atoi  urn   i 

Quare  ?  In  labore,  inquit,   hominu.  \nt,  I 

que  tenuit  eos  super- 
bia,  ne  humilientur  ad  pcenitenliam,  sed  damnentur 
propter  superbiam  cum  superbo  diabolo  et  angelis  ejus. 


(Rom.  j,  81).  Et  c'est  avec  raison  qu'il  est  ecrit  que 
la  crainte  du  Seigneur  est  le  commencement 
de  la  sagesse.  Car  Dieu  commence  seulement 
a  etre  agreable  a  1'ame,  lorsqu'il  la  frappe 
de  crainle,  non  lorsqu'il  lui  communique  la 
science.  Si  vous  craignez  la  justice  de  Dieu,  si  vous 


VINGT-TROIS1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  247 

cette  sentence  terrible  de  la  boucbe  de  leurs  juges  : 
«  Allez,  maudils,  dans  le  feu  eternel  qui  est  pre- 
pare pour  le  diable  et  pour  ses  anges  (Malik,  xxv, 
hi).  »  Neanmoins,  ce  lieu  est  aussi  celui  deDieu,  et 
n'est  autre  que  la  maison  do  Dieu  et  la  porte  du 
ciel.  C'est  la  que  Dieu  est  craint;  c'est  la  que  son 
nom  est  saint  et  redoutable.  C'est  comme  l'enlree  craignez  sa  puissance,  Dieu,  entant  que  juste  et 
de  la  gloire.  «  Car  la  crainte  du  Seigneur  est  le  puissant,  semble  doux  an  gout  de  voire  ame.  Car 
commencement  de  la  sagesse  (Pud.  rx,  9).  »  la  crainte  est  une  espece  de  faveur  et  d'assaisonne- 

Ccmment         ifl-  El  ne  vuus  etannez  pas  que  j'attribue  a  ce     mcnt.  Elle  rend  sage,  comme  la  science  rend  savant, 
la  cramtc  du  iieu_c;    n0n  au  premier,  le  commencement  de  la    et  comme  les  richesses  rendent  riches.  A  auoi  done 

Seigneur  '  t  .  ^ 

est  le      sagesse.  Car,  dans  le  premier,  nous  entendons  la  est  bon  le  premier  endroit?  II  nous  prepare  seule- 

COntnentCe"    sagesse   qui   enseigne   toutes   choses,  comme  un  menl  a  recevoir  la  sagesse.  C'est  la  que  vous  etes 

ilelasagesse.  ruaitre    excellent    dans    sou    auditoire;    et,    dans  prepare  pour  etre  initie  ici.  La  preparation,  c'est  la 

celui-ci,  nous  recevons  en  nous  ces  enseignements.  connaissance    des   choses.  Mais  elle   est   aisement 

La  nous  sommes  instruits,  mais  ici  nous  sommes  suivie  de  l'enflure  de  la  vanite,  si  la  crainte  ne  la 

touches.  L'instruction  rend  les  homines  doctes,  et  retient?si  bien  qu'il  est  vrai  de  dire  que  le  com- 

le  sentiment  quelle  produil  les  rend  sages.  Le  so-  mencement  de  la  sagesse,  c'est  la  crainte  du  Sei- 

leil  n'echauffe  pas  tons  ceux  qu'il  eclaire.  Ainsi,  la  gneur,  attendu  que  c'est  la  premiere  qui  s'oppose  a 

sagesse  enseigne  a  plusieurs  ce  qu'ils  doivent  faire,  la  pestedel'ame  que  l'Apotre  appelle  une  folie.  Le 
mais  elle  ne  leur  donne  pas  toujours  l'ardeur  ne- 
cessaire  pour  l'exeeuter.  Autre  chose   est  de  con- 
n  litre  de  grandes  richesses,  autre  chose  de  les  pos- 
seder;  or,  ce  n'est  pas  la  connaissance,  mais  la  pos- 


L'enfluve  de 
la  vanite  suit 
la  science, 
si  la  crainte 
nela  reprime 
point. 


premier  lieu  donne  seulement  acces  a  la  sagesse, 
mais  celui-ci  y  donne  entree.  Neanmoins,  le  con- 
templatif  ne  trouve  un  parfait  repos  dans  l'un  ni 
dans  l'autre,  parce  que,  dans  le  premier,  Dieu  pa- 


session  qui  rend  l'homme  riche.  De  meme,  il  y  a  rait  comme  en  peine,  et  dans  celui-ci  comme  trou- 

de  la  difference  entre  connaitre  Dieu  et  le  craindre;  ble.  Ne  chercbez  done  point  la  chambre  de  l'Epoux, 

ce  n'est  pas  la  connaissance  qui  rend  sage,  c'est  la  en  des  lieux,  dont  l'un  ressemble  a  l'auditoire  d'un 

crainte,  mais  une  crainte  qui  fait  impression  sur  maitre,  et  l'autre,  au  tribunal  d'un  juge. 
lame.  Appelez-vous  sage,  celui  qui  est  entle  par  sa        15.  Mais  il  y  a  un  lieu  oil  Ton  voit  Dieu  vraiment 

sci'ence?  II  faut  etre    archifou  pour  appeler  sages  en  repos,  et  tranquille,  c'est  le  lieu,  non  d'un  juge 

ceux  qui,  ayaut  connu  Dieu,  ne  l'ont  pas  glorilie  ou  d'un  maitre,  mais  d'un  Epoux.  Je  ne  sais  ce 

comme  Dieu,  et  ne  lui  ont  pas  rendu  des  actions  de  qu'il  est  a.  l'egard  des  autres  ;  pour  moi,  ce  m'est 

graces.  Pour  moi,  je  suis  piutot  du  sentiment  de  une  chambre  quand  parfois  il  m'arrive  d'y  entrer ; 

saint  Paul  qui  dit  que   leur   cceur  etait  insense  mais,  helas,  que  cela  m'arrive  raremeut,  et  que  j'y 


Dans  le  troi- 
sieme  etat 

c'est  la 
misericorde 

de  Dieu 
qui  est  cc-n- 

sideree. 


Nam  qui  in  labore  hominura  non  sunt,  in  labors  daemo- 
num  profecto  er.int  dicente  Judice  :  Ite  maledicli  in 
ignem  ceternum,  qui  paratus  est  diabolo  et  angelis  ejus. 
Est  tamen  Dei  lucus  et  iste,  plane  non  aliud  quam  do- 
mus  Dei,  et  poi'la  cceli.  I  lie  nempe  timcri  dicitur 
Deus  ;  hie  sanctum  et  terribile  nomen  ejus,  et  tan- 
quam  ingressus  gloria;  :  Initium  plane  sapiential  timor 
Domini. 

14.  Nee  te  moveat,  quod  initium  sapientiae  huic  de- 
rnnm  loco  dederim,  et  non  priori.  Ibiquippe  in  quodam 
quasi  auditorio  suo  docentem  de  omnibus  magistram 
audimas  Sapientiam,  hie  et  suscipimus;  ibi  instruimur 
quidem,  sod  hie  afficimur.  Inslructio  doctos  reddit, 
alTeclio  sapientes.  Sol  non  omnes,  quibus  lucet,  etiam 
calefacit  :  sic  Sapienlia  mullos,  quos  docet  quid  sit 
faciendum,  non  continuo  etiam  accendit  ad  faciendum. 
Aliud  est  uiullas  divitias  scire,  aliud  et  possidere  :  nee 
notitia  divitem  tacit,  sed  possessio.  Sic  prorsus,  sic  aliud 
est  nossc  Deum,  el  aliud  titnere  :  nee  cognilio  sapien- 
tem,  sed  timor  fac.it,  qui  el  afficit.  Tunc  sapientem 
di.eris,  quem  sua  scientia  inllat?  Quis  illos  sapientes 
nisi  insipientissimus  dicat,  qui  cum  cognovissent  Deum, 
non  tanquam  Deum  glorilicaverunl,  aut  gratias  egerunt? 
Ego  magis  cum  Apostolo  sentio,  qui  insipiens  cormeum 
manifeste  pronuntiat.  Et   bene    initium  sapientice  timor 


Domini  :  quia  tunc  primum  Deus  animas  sapit,  cum 
earn  afficit  ad  timendnm,  nun  cum  instruit  ad  sciendum. 
Times  Dei  justitiam,  times  potentiam  :  et  sapit  libi 
Justus  et  potens  Deus,  quia  limor  sapor  est.  Porro  sapor 
sapientem  facit,  sicut  scientia  scientem,  sicut  divitia? 
divitem.  Quid  ergo  prior  locus'?  Tantum  pneparat  ad 
sapientiam.  Illic  prajpararis,  ut  hie  inilieris.  Pra'paratio, 
rerum  cognitio  est.  Verum  hanc  facillime  sequitur  ela- 
tionis  tumor,  si  non  reprimat  timor,  ut  merito  dicatur 
initium  sapientice  timor  Domini,  qui  se  pesti  insipientias 
primus  opponit.  Ibi  itaque  quidam  accessus  est  ad 
sapientiam,  hie  et  ingressus.  Porro  nee  hie,  nee  ibi 
speculanti  perfecta  est  quies  :  quia  illic  Deus  apparet 
tanquam  sollicilus,  hie  tanquam  turbatus.  Non  ergo 
cuhiculum  quaesieris  in  his  loois,  quorum  alter  audito- 
rium quasi  docentis,  alter  prsetorium  judieis  magis 
apparet. 

15.  Scd  est  locus,  ubi  vere  quiescens  et  quietus  cer- 
nilur  Deus;  locus  omnino,  non  judieis,  non  magistri, 
sed  Sponsi  :  et  qui  mihi  quidem  (nam  de  aliis  nescio) 
plane  cubiculum  sit,  si  quando  in  ilium  contigerit  intro- 
duci.  Sed,  heu  !  rara  hora,  et  parva  mora!  Clare  ibi 
agnoacitur  misericordia  Domini  ab  asterno,  et  usque  in 
setemum  super  timentes  eum.  Et  felix  qui  dicere  potest 
Parliceps  ego  sum  omnium   timentium  te,  et  custodien- 


248 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


demeure  peu  de  temps!  Cesl  la  qu'on  reconnail  charite  » infinie  deleurpere couvre la  multitude  de 

in,  ni  la  misericorde  que  le  Seigneur  a  exerc6e  leurs  j'appelle  done  heureux  ceux  dont  les 

rcera  eternellemenl  envers  ceux  qui  le  crai-  pfeches  onl  etd  pardonnfe  et  couverts  [Psal.  wxi, 

gnent.  Aus  ui  qui  peul  dirp  :  « Je  snis  1).  Mors  j'ai  re  >u  i  coup  en  moi  line  si 


Ilciiroui 
6»a!  d 

de.--!.: 


avec  tous 
;nen1  el  qui 
i  '      i  I 

prononce  un  jngement  •  i 

point, 

-  font,  ''I  recompense  leurs 

et,  par  un  effet  men  orde,  non- 

mi  ;  i  le  bi  pire  -'i 

lour  1. ien  [PmIpxxxi,2  .  0  vrainn  a   lieureux, 

a  qui  le  Seigneur  n'impu  lies    Rom. 


ipli  d'une 
oie,  qu'elle  1 

■ 

■rte  qu'il 

u  - 
reux.  0  si  eel  i  avait  dure  uti  pen 

r.  visit  ■;-!..  .  je  TOUS  i 

je  vous  i  :i  conjure,  visiti  z-moi  encore  par  voire 

,  alin  que  je  la  glo  re  devos 

et  que  je  prenne  part  a  la  joie  de  cetl  ■  troupe 


23) !  exempt  de  pe-    bienheureu  i  -,  U).  » 


in 

.mil  ne  saurail  le  pretendre.To  he,  et 

tous  onl  besoin  de  la  grace  de  n.  vui,  33). 

Et  quiaccusera  seselus?II  mesuffit,pour£tre  juste, 
d'avoir  pour  fa  ui     ml  que  j'ai  offense. 

Tout  ce  qu'il  a  rdsolu  de  ne  me  point,  imputer, 
c'esl    comme  si  je  ne  I'avais  jamais  commis.  Ne 
point  peclier,  i        n      partient  qu'a  la  justice  de 
Dieu;  mais  la  justice  de  I'homme,  e'est  L'indul 
de  Dieu.  J'ai  vu  ces  choses,  el  j'ai  compris  la  verite 
Comment  il   de  cette  pit.'lc  :  o  Quiconque  est   ne  de  Dieu  ne 
"e'peciient8  P^cne  point;  parce  que   la    generation  celeste  le 
point.       conserve  pur    1  Joan,  ill,  9  .  »  La  generation  ce- 
leste, e'est  la  predestination  §teroelle,  par  laquelle 
Dieu  a  gratilie  de  ses  gr3  las  en  son  Fils 

bien-aime  avant  la  creation  du  monde,  les  regar- 
dant en  1  ii i  d'un  ceil  favorable,  pour  les  rendre  di- 

.  de  sa  puis 
el  les  faire  participants '.de  I'heritage  de  celui  a 
l'image  duquel   il  devait  les  rendre  conformes.  Je 
les  regarde  done  comme  n'aj  ant  jamais  peche.  Car, 
bien  qu'ils  aient  effectivement  peche  dans  le  temps, 


10.  O  lieu  d'un   repos  veritable,  et  que  je  puis 
i       m    appeler    du  nom    de  chambre,   lieu 
un  on  ne  vnit  pa  Dime  emu  de  colere,  ou 

occupe  de  soins,  m  lis  oil  on  eprouve  les  effets  d  i 
bonte  et  de  sa  bienveillance  parfaites !  Cette  con- 
templation, loin  d'exciter  l'effroi,  est  plein  ■  de 
charraes.  Kile  n'allume  p:is  une  curiosity  inquiete, 
elle  l'apaise;  elle  ne  fatigue  pas  I'esprit,  elle  le 
rend  calme  et  tranquille.  C'est  la  qu'on  se  repose 
veritablement.  Dieu  y  est  dans  une  paix  qu'il  coni- 
munique  a  tunics  choses,  L'amc  si  repose  eu  la 
vi  y. nit  jouir  d'une  quietude  ineffable.  On  y  voit  ce 
grand  roi  semblable  a  un  juge  qui,  apres  avoir  ter- 
iuiue  de  longs  proces,  congedie  la  foule  cpu  l'-is- 
sifege,  prend  quelque  relai  he  d'un  travail  si  penible, 
retourne  la  unit  a  son  palais,  entre  dans  sa  chambre 
avi '  un  petit  nombrede  personnes  qu'il  daigneho- 
norer  de  son  interieur  et  de  sa  familiarite,  se  re- 

a  C'est  dans  le  memo  sens  que  dins  son  traite  de  la  grace  et 
do  libre  arbitre,  n.  29,  sniot  Bernard  'lit  que  «  les  piiclies  dea 
justcs  son!  caches  dins  la  charile  ■  de  llieu.  On  peut  se  reporter 
au  qu-ii-K'uie   dc      i-rniiiiis  divers,   n.  ;>,  et  on  premier  sermon 


il    n'y  parait    point    dans    l'eteniite,    parce   que    la     pour  le  jour  de  la  Septuagesime,  avec  ses  notes. 


(turn  mandafa  tua.  Stal  propositus  Dei,    slat    sentcntia 
pacis  ites  eum,  ipsorum  et  dissimulans  mala, 

ma  :  ut  mii-o  modo  eis  non  modo  bona, 
sed  el  i.i -1 1  cooperetur  in  bonum.  0  solus   vere  bealus, 
on  imputahil    /'  vatuml    Nom    qui  non 

habuerit  peccatum,  nc  enim  peccaveru 

omnc-  tainen  ad) 

ilii  ad  iiniiioiii  justitiam  solum 
habere  propitium,  cui  soli  peccavi.  Omce  quod  mihi ipse 
non  imputari  "en   fuerit.   Non 

i-  juslilia,  indulgenlia 
Dei.  Villi  i  1 1  ox i   illius  veritatem  : 

,  G       ratio  c  aetei  aa   praedes- 

dilcx.it  el    gratificavit 

le  niunili    -  ~ic    in 

i  appan  ibi,  u t  viden 

i     nam,   quo  i  ditatis, 

aaginis.    I los  ergo  ad- 

verti  quasi  nunquam  pi  quooiam  etsi  qua  deli- 

e  viileiitur  in  tempore,  non  apparent  ia  anternilate: 


Calme  de 
cette  con- 
templation. 


quia  charitas  Patris  ipsorum  cooperit  multitudinem  pec- 
catorum.  F.I  dixit  beati 

tales,  et  gu  ala;  eum   subito  tanta 

mihi  quoque  dc  me  suborta  Qducia  et  infusa  Isetitia  est, 
quantus  certe  in  loco  horroris,  id  esl  in  loco  Becundsa 
visionis,  mm  prascesserat  timor,  ita  ut  mihi  visas  sim 
tanqua  illis  beatU  esse.  1 1  -i  durassel  :  Iterum, 

iteiiiini|iii-  visita  me  Domine  in  salutari  luo,  ad  viden- 
dum  in  bonitate  elcctorum  tuorum,  ad  Ixtandum  in  ke- 
tilia  gentis  tuae. 

16.  0  verae  quielis  locus,  et  qucm  non  immcrito  cu- 
biculi  appellations  censueriml  in  quo  Dcus,  non  quasi 
turbatus  ira,  ncc  velul  disleiilus  cura  i-i'i is-picilur  ;  sed 
probatur  voluntas  ejus  in  co  bona,    el    beneplacens,  et 

;i.  \     io  isui  non   tei  rei .    -  tile        i  tq 

curiosilatem  non  excitat,  sed  icdat;nec    raligal   se 
sod  tranquillat.  Hie  vi  I  tr.   Tranquillus   Deus 

tranquillat  omnia ;  el  quielum  aspicere,  quies  en  est. 
Cernere  esl  Regem  posl   diu  sium   quasi  lites 

causarum,  dimissis  a  se  turbis,  curarum  molestias  de- 
clinantem,  petentem  de  node  diversorium,  cubiculum 


Qui  snnt 
ceui  qui  sont 

iotrodtuta 

d.ins  In 

ohambru  de 

l'Epoux. 


VINGT-QUATRIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  249 

pose  avec  d'autant  plus  de  confiance,  que  le  lieu  de  jardin,  considerez  les  temps;  les  merites,  dans  le 

son  repos  est  plus  retire,  et  fait  paraitre  un  visage  cellier;  et  les  recompenses,  dans  cette  triple  con- 

d'autant  plus  gai  et  plus  serein,  qu'il  n'a  sous  les  templation  de  Tame  qui  cherche  la  chambre.  Quant 

yeux  que  des  personnes  qu'il  aune.  S'il  arrive  par-  au  cellier,  nous  en  avons  parle  suffisamment.  Pour 

fois  a  quelqu'un  de  vous  d'etre  ravi  el   ca  :he  pour  ce  qui  est  du  jardin  et  de  la  chambre,  s'il  se  pre- 

qmelques  beures  dans  ce  sancluaire  secret  et   mys-  senle  encore  quelque  chose  a  dire,  nous  le  fevons 

terieux  de  Dieu,  et  s'il  n'en  est  rappele  ni  par  les  dans  I'occasion.   Sinon  coutentez-vous  de  ce  que 

besoins  du  corps,  ni  par  aucun  souci,  ni  par  les  re-  nous  en  avons  dit,  et  ne  le  repetons  plus,  de  peur, 

mords  d'aucuu  peche,  ni  par  les  fantomes  des  ima-  ce  qu'a  Dieu  ne  plaise,  que  vous  ne  vous  fatiguiez 

ges  corporelles,  qui   fondent   dans   l'ame,   et  qu'il  de  choses  qui  sont  dites  a  la  louange  et  a  la  gloire 

est  plus  difficile  de  repousser,  il  pourra  se  glorilier  de  l'Epoux  de  l'Eglise,  noire  Seigneur  Jesus -Christ, 


et  dire  a  son  tour  parmi  nous  :  «  Le  roi  m'a  fait 
entrer  dans  sa  chambre.  »  Et  neanmoins  je  ne  vou- 
drais  pas  assurer  que  ce  soit  celle  oil  l'Epouse  se 
gloritie  d'avoir  ete  conduile.  Toutefois,  c'est  une 
chambre,  et  la  chambre  du  roi;  parce  que  des  trois 
lieux  que  nous  avons  assignes  a  la  triple  contem- 
plation, il  n'y  a  que  celui-la  de  paisible  et  de  tran- 
quille.  Car,  comme  nous  l'avons  montre  clairement 
dans  le  premier,  on  ne  jouit  que  d'un  repos  fort 
leger,  et  dans  le  second,  il  n'y  en  a  point  du  tout ; 
parce  que,  dans  l'un  Dieu  paraissant  admirable, 
excite  la  curiosite  a  le  rechercher  avec  ardeur ;  et, 
dans  l'autre,  se  montrant  terrible,  il  ebranle  noire 


qui  etant  Dieu,  est  eleve  au  dessus  de  tout  et  beni 
dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 


Contre  le  vice  d/Heslable  de  la  distraction ;  en  quoi 
consiste  sar  tout  la  rectitude  de  I'homme. 


SERMON  XXIV.  En  il38. 

Saint  Bernard 

l'a  prononcfi 

.1   son    retour 

d'llalie, 

a[t  res  avoir 

mis  tin 

a      n    c  r   •  .      .  ,  •..  „   .        nu  schisrae 

1.  Iintin,  mes  treres,  c  est  pour  la  troisieme  fois  qui  dechirait 
que  l'oeil  de  la  Providence   regarde  favorablement     vislae- 
du  haut   du  ciel   mon  retour  avec  vous,   et    me 
regarde  d'un  visage  riant  et  serein.  La  rage  du 
lion  s'est  appaisee ;  la  malice  du  Pecheur  a  pris  fin; 


faiblesse.  Mais,  dans  ce  troisieme  lieu,  il  n'est  point  l'Eglise  a  recouvre  la  paix.  Le  mechant  qu'il  l'avait 
terrible,  et  il  daigne  paraitre  moins  admirable  troublee  durant  pres  de  huit  ans  par  un  schisme 
qu'aimable,    serein,    paisible,    doux,    favorable   et     terrible,  a  ete  aneanti  en  sa  presence.  Mais  sera-ce 


plein   de   misericorde    a  tous  ceux  qui  le   regar- 
dent. 

17.  Mais  afin  de  vous  remetlre  en  abrege  ce  que 
que  nous  avons  dit  du  cellier,  du  jardin  et  de  la 
chambre  de  l'Epoux,  souvenez-vous  de  trois  temps, 
de  trois  meriles,  et  de  trois  recompenses.  Dans  le 


en  vain  que  je  vous  aurai  ete  rendu  apres  tant 
de  perils  ?  Puisque  j'ai  ete  accorde  a  vos  vceux 
et  a  vos  desirs,  il  faut  que  ce  soit  pour  votre 
avancement.  La  vie  que  j'ai  recue  par  vos  merites, 
je  veux  l'employer  toute  entiere  a  votre  utilile  et  a 
votre  salut.  Et  puisque  vous  soubaitez  que  je  con- 


introeuntem  cum  paucis,  quos  hoc  secreto  ct  hac  fami- 
liaritate  dignatur,  eo  ccrte  securius,  quo  secretins quies- 
centem ;  eo  serenius  se  habentem,  quo  placidius  sulos 
inlucnlem  quos  diligit.  In  hoc  arcanum  el  in  hoc  sanc- 
tuarium  Dei  si  quem  forte  vestrum  aliqua  liora  sic  rapi 
ct  sic  abscondi  conligerit,  nt  minime  avo<-et  aut  pertur- 
bel  vel  sensus  egens,  vel cura pungens,  vel  culpa mordens 
vel  ca  eerie,  qua?  difficihus  amoventur,  irruentia  iningi- 
num  corpore:irum  phantasmata ;  poterit  quideai  hie,  cum 
ad  nos  redierit,  gloriari  et  dicere  :  Introduxit  me  Hex 
in  eubiculum  suum.  Quod  tamen  an  ipsum  sit  de  quo 
exsullot  Sponsa,  nen  temerc  affirmaverim.  Est  laincn 
eubiculum,  et  eubiculum  Regis  :  quia  nimirum  de 
Iribus,  quos  triplici  assignavimus  visioni,  sulus  factus 
est  in  pace  locus  iste.  Ut  enim  aperle  monslialum  est, 
et  in  priori  exigua,  et  in  secundo  nulla  pcrcipitur  quies  : 
cum  et  illic  apparens  admirabilis,  ad  indagandi  studium 
exerceat  curiositatem ;  et  hie  innotescens  terribilis , 
intirmilatem  concutiat.  At  vero  tertio  istu  in  loco, 
non  plane  terribilis,  nee  lam  admirabilis  quam  ama- 
bilis  apparere  dignatur,  serenus  et  placidus,  suavis 
et  milis ,  et  multae  misericordia?  omnibus  inluen- 
tibus  "  se. 

17.  Jam  ut  horum  qua?  de  cellario,  bnrln,  ciihiculo, 
longiori  sunt  disputata  sermone,  memoria  vestra  com- 
pendium teneat ;    mementote   trium   temporum,  trium 


meritorum,  trium  quasi  praemiorum.  In  horto  advertite 
tempora,  merita  in  cellario,  praemia  in  Iriplici  ilia  con- 
templatione  eubiculum  inquirentis.  Et  de  cellario  qui- 
dem  isla  sufflciant.  Porro  de  horto  vel  cuhiculo  si  qua 
addenda,  aut  alia  forte  quam  dicta  sunt,  modo  adver- 
tenda  oecurrerint,  loco  suo  non  praetereamus.  Sinautem, 
sufficiant  quae  dicta  sunt,  el  minime  itercntur,  ne  unquam 
in  fastidium  (quod  absit)  veniant  ea,  quae  proferuntur  ad 
laudem  et  gloriam  Sponsi  Ecclesiae  Domini  nostri  Jesu- 
Christi,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  sajcula. 
Amen. 

SERMO  XXIV. 

Agit  prcecipue  contra    detestabile    vitium    detractionis : 
ct  qua  in  re  rectitudo  haminis  potissimum  consistat. 

1.  Hoc  demum  tertio,  fratres,  reditum  ab  urbe  nos- 
trum clemenlior  oculus  e  ccelo  respexit,  et  vultus 
tandem  serenior  desuper  arrisit  nobis.  Quievit  Leonina 
rabies,  finem  accepit  malilia,  Ecclesia  paeem  recepit. 
Ad  nihilum  deductus  est  in  conspectu  ejus  malignus, 
qui  earn  hoc  ferme  octennium  diro  sehismate  cunturba- 
ral.  Num  vero  ego  gratis  de  tanlis  periculis  ero  redditus 
vobis  ?  Vestris  desideriis  donatus  sum,  vestris  me  pro- 
fectibus  paro  :  quorum  vivo  mentis,   volo  vivere  studiis 


250 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


tinue  ce  que  j'ai  commence  il  y  a  longtemps  sur  le  lait  est  plus  excellent  que  lc  vin ;  elles  ajoutent 

Cantique  des  cantiques,  je  le  ferai  volontiers.  Je  tout  de  suite:  «  Ceux  qui  sont  droits  vous  aiment;  v 

pense  d'ailleurs  qu'il  est  preferable  que  je  repreane  orilestclair  qu'elles  s'adressent  k  leur  mere.  Je 

la  suite  ile    mon   discours,   que   de  commencer  crois  qu'elles  ajoutent  eel  a,  a  cause  de  quelques- 

quelque  chose  de  nouveau.  Cependantj'apprehende  unes  d'elles,  qui  n'etant  pas  lans  les  raemes  senti- 

qu'ayanl   presque   perdu   l'habitude   de   ce   saiat  meuts,   bien  qu'elles  paraissent  courir  de  meme, 

exercice,  p  ir  un  si  long  espace  de  temps,  ou  mon  et  cherchant   lours  propres  avantages,  bieu  loin  de 

esprit,  indigne  meme  d'une  occupation  si  noble,  a  marcher  avec  simplicity  et  sincerile,  portent  envie 

ete  distrait  par  des  choses  bieu  dili'erentes,  mes  pen-  a  la  gloire  de  leur  Mere,  tachent   de  trouver  occa- 

sees  ne  soient  trop  faibles  et  trop  basses,  pour  un  sion  de  murmurer  contre  elle,  de  ce  qu'elle  est 

sujet  si  sublime.  Quoi  qu'il  en  soit,  je  vous  donne  entree  toute  seule  dans  les  Celliers  de  l'Epoux.  En 

ce  que  j'ai.   Pent-etre    Dieu  ayant   egard  a  I'ar-  quoi  elles  justitient  ce  que  dit  I'Apotre  :  «  Que  les 

deur  de  mon  zele,  me  ferah  grace  de  vous  donner  faux  (Veres  sont  fort  dangereux  (II.  Cor.  xi,  26).  » 

meme  ce  que  je  u'ai  pas.  S'il  n'en  est  pas  ain-i  ne  Enfln    e'est   a   leurs    reprocbes   que    l'Epouse    est 

vous  en  prenez  qu'a  mon  peu  de  genie  plutot  qu'a,  obligee  de  repondre  dans  la  suite,  lorsqu'elle  leur 

ma  volonte.  di!  :  «  Filles  de  Jerusalem,  je  suis  uoire,  maisje 

2.  Or,  je  crois  qu'il  faut  commeneer  ce  discours  suis  belle  [Cant,  t,  4).  »  C'est  done  pour  la  consoler 

par  ces  mots  du  Cantique  :  «  Ceux  qui  sont  droits  de  celles  qui  murmurent  et  qui  proferent  des  blas- 

vous  aiment  {Cant.  i,   3).  »  Mais  avant  d'expliquer  phemes,  que  les   aulres,  qui  sont  bonnes,  simples, 

comment  cela  s'entend,  voyons  qui  est  celui  qui  dit  humbles  et  douces,  disent  a  l'Epouse  :  «  Ceux  qui 

ces  paroles.  Car  nous  devons  supplier  a  ce  que  sont  droits  vous  aiment.  »  Ne  vous  meltez  poinl  en 


l'auteur  ne  dit  pas.  Peul-etre  peut-on  les  attri- 
buer  aux  jeunes  filles  ce  qu'elles  ont  dit  aupara- 
vant  de  ces  mots  :  «  Ceux  qui  sont  droits  vous 
aiment a.  »  Car,  apres  lui  avoir  dit  :  «  Nous 
nous  rejouirous  et  tressaillerons  d'allegcesse  a 
voire  sujet.   au  souvenir  de  vos  mamelles,  doitt  le 


peine,  lui  disent-elles,  des  reprocbes  injusles  de 
ces  tides  impies,  puisque  vousetes  assuree  que  celles 
qui  out  le  cceur  droit  vous  aiment.  C'est,  en  ell'et, 
une  consolation  pour  nous,  quand  nous  i'uisons 
bien,  que  les  bons  nous  aiment,  si  les  mechants 
nous  chargent  d'imprecations.  L'estime  des  gens 


La  Iouange 

des  ames 

bonnes  et 

droites  doit 

nous  suftire. 


a  Depuis  le  commencement  de  ce  sermon  jusqu'a  cet  endroit,  il 
y  a  une  grande  diversite  de  lecons  dans  les  mauuscrits.  Plusieurs 
omettcnl  l'eiorde  et  commencent  par  ces  mots  :  «  Ceux  qui  sont 
droits  tous  aiment.  »  Or  a  qui  cruyons-nous  que  s'adressent  cea 
paroles?  Si  nous  les  attribuons  aux  jeunes  filles,  il  devient  tri- 
dent qu'elles  les  adressent  a  leur  mere,  car  apres  lui  avoir  dit, 
nous  nous  rejouirons  et  ticssaillerons  d'all^gresse  a  votre  sujet, 
au  souveuir  de  vos  mamelles  dont  le  lait  est  plus  excellent  que  le 
Tin,  elles  ajoulent  tout  de  suite.  «  Ceux  qui  sont  droits  vous  ai- 
ment. »  D'autres  manuscrits  ont  notre  version.  Cette  variete  a  ete 
cause   d'une  graude   confusion   dans  la  plupart  des   Editions  qui 


reproduisent  les  deux  exordes,  mais  a  tort.  Cette  variete  vient 
de  ce  que  saint  llernard  a  precis  deux  fois  ce  sermon;  une  pre- 
miere fois,  avee  un  exordecourl,  en  1137,  avant  son  troisieme 
voyage  a  Rome,  etuneseconde  fois,  a  sonretour,  de  ce  voyage,  en 
113s.  II  y  mil  alors  un  autre  exorde  pour  rattucber  ce  sermon 
aux  preu6denta.  Un  manuscrit  de  la  bibliolheque  royalc  portaut 
le  n.  4j11  reproduit  ce  sermon  avec  ses  deux  exordes  :  uoe 
autre  ed.tion  de  la  Colbertine  le  donne  en  cet  enJroit  avec  uq 
eiorde,  et  plus  loin  au  soixantieme  sermon,  avec  uq  autre 
exorde. 


el  saluti.  Quodque  dudum  ecepta  in  Canticis  me  exsequi 
vultis,  libenter  qnideui  accipio,  et  dignum  arbilmr  in- 
terruptuni  potius  resarcire  sennonem,  quam  novi  ordiri 
quippiam.  Vereor  aulem  ne  dissuetum  per  id  temporia 
aniinum  et  distentum  diu  habiluui,  non  solum  ad  tarn 
divetsa,  sed  etiam  ad  lam  indigna,  dignitas  materia, 
prout  opurlet,  non  admittat.  Sed  si  quod  habeo,  hoc 
vobis  do  :  poterit  et  (ideli  obsequio  mco  Deus,  etiam 
quod  non  habeo,  dare  ut  dem.  Si  non;  culpetur  sane 
Ingenium,  non  voluntas. 

2.  Locus  autem  undo  incipere  debemus  (ni  fallor) 
iste  est  :  Recti  diligunl  te.  Quod  antequam  explanare 
incipiamus,  quid  sit  videamus,  cujus  sit,  quisnam  lioc 
videlicet  dicat.  A  nobis  nimque  exigilur  quod  auctor 
non  loquitur.  Et  fortasae  melius  adolescentulis  id  da- 
mus,  ut  suis  verbis  et  hoc  addant.  Siquidetn  cum  dixis- 
Bcnt.  ExsuHabimus  et  lalabimur  hi  te,  memores  uberum 
tuorum  super  vinum,  (ncc  dubium  quin  tnatri  loqueren- 
tur)  continuato  sermonc  hoc  quoque  intermit  :  Recti  di- 
ligunt  te.  Puto  propter  aliquas  de  numero  ipsarum,  quae 
non  idem    saperent,  licet    pariter   currere    vidcrentur ; 


quae  sua  sunt  quferentes,  et  non  ambulantes  simpliciter 
neque  sincere,  sed  speciali  gloriae  matris  invideules,  et 
cuplanlcs  occasionem  murmurandi  adversus  earn,  ex  eo 
uimiium  quod  sola  in  cellana  introisset.  Quod  aon  est 
aliud  nisi  quod  Apostolus  ail,  Periculum  in  foists  fra- 
tribus.  Ipsa?  sunt,  denique  quibus  exprobranlibus  su- 
binde  pro  se  salisfacere  cogitur,  ubi  eis  ita  respondel 
Nigra  sum,  sed  formosa,  filim  Jerusalem.  Itaque  prop- 
ter murmurantes  et  blasphemantes  dicitur  ab  his  qua? 
booae,  quae  simplices,  qua  humiles  et  mansuetaB  sunt; 
ab  his,  inquam,  dicitur  Sponsae  consolandi  gratia  :  Recti 
diligunt  te.  Non  sit  tibi,  iuqtuunt,  cura  de  iniqua  repre- 
hensione  blasphemarum  harum,  cum  constat,  quia  Recti 
diligunt  te.  Bona  profecto  consolalio,  cum  blasphema- 
mur  ii  malis  bene  (acientes,  si  rccli  diligant  nos.  Utn- 
nino  sufficit  adversus  os  loquentium  iniqua,  opinio 
bonorum  cum  testimonio  conscientiae.  In  Domino  lau- 
dabitur  iinnnn  mea  :  amliant  mansueti,  et  Icetentur. 
Jiansueti,  inquit,  Icetentur.  Mansuetis  placeam,  et  aequa- 
nimiter  audio  quidquid  in  me  jactare  voluerit  livor  per- 
ditarum. 


VINGT-QUATRIEME  SERMON  SUR 

de  bien,  avec  le  temoignage  de  notre  conscience, 
nous  sufflt  contre  ces  langues  malignes  et  medi- 
santes.  «  Mon  ame  recevra  des  louanges  dans  le 
Seigneur,  que  les  hommes  doux  ecoutent  et  soient 
remplis  de  joie  (Psal.  xxxiu,  2).  »  Qne  les  hommes 
doux,  dit-ilj  se  rejouissent,  que  je  leur  plaise,  et 
j'ecouterai  sans  m'eruouvoir  tout  ce  que  la  jalousie 
des  mediants  vomira  contre  moi. 

3.  C'est  done  en  ce  sens  qne  je  crois  qu'il  est 
dit  :  «  Ceux  qui  sont  droits  vous  aiment.  »  Et  j'es- 
time  que  c'est  avec  beaucoup  de  raison.  Car  pres- 
que  partout  cbez  les  jeunes  lilies,  il  s'en  trouve 
comnie  cela  crui  observent  de  pres  toutes  les  actions 

Saint  Ber-  l  .        f    .. 

nard  signale  de  1  Lpouse,  non  pour  les  uniter,  niais  pour  y 
IeS  |hbUi"dLS  louver  a  redire.EUes  sont  tournientees  de  ce  qu'il 
]e  seme  y  a  de  bon  dans  leurs  ainees,  et  se  repaissent  de 
deTracteurs.  leurs  imperfections.  On  les  voit  marcher  a  part, 
s'attrouper  et  faire  de  petits  conciliabules,  oil  elles 
se  laissent  aller  a  des  paroles  inso'entes  et  a  des 
murmures  ddestables.  Elles  s'associeut  pour  parler 
mal  de  leur  prochain,  et  s'unissent  pour  causer  la 
desunion,  Elles  contractent  ensemble  des  amities 
pleines  d'inimities,  conspirent  toutes  dans  les  sen- 
timents d'une  meme  malignite,  et  font  des  cabales 
oi lieuses.  C'est  ainsi  qu'agirent  autrefois  Herode  et 
Pilate,  dont  l'Evaugile  dit  :  «  (Ju'en  ce  jour-la, 
e'est-a-dire  au  jour  de  la  Passion,  ils  devinrent 
amis  {Luc.  xxm,  12).  »  S'assembler  ainsi,  ce  n'est 
pas  faire  la  Cene  du  Seigneur,  mais  plutot  donner 
a  boire  et  boire  soi-meme  le  calice  des  demons, 
tandis  que  les  uns  portent  sur  leurs  langues  le 
poison  qui  tue  les  autres,  et  que  les  autres  recoi- 
vent  avec  joie  la  mort  qui  entre  dans  leur  cceur  par 
leurs  oreilles.  Voila  comment  selon  le  Prophete 
{Jerem.  ix,  21),  la  mort  entre  par  nos  fenetres, 
lorsque  nous  nous  preseutons  les  uns  aux  autres  le 
breuvage  mortel  de  la  medisance,  en  medisant  ou 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  251 

en  ecoutant  ceux  qui  medisent.  A  Dieu  ne  plaise  te5  ^ltK. 
que  je  me  trouve  jamais  dans  l'assemblee  de  ces    tenrs  sont 

r>-      i      i    •         ■  »  i      odieul  aa 

personnes  :  car  D:eu  les  halt,  suivant  celte  parole     Seigneur. 

de  l'Apotre  :  u  Les  medisants  sont  en  abomination 
au  SeigDeur  {Rom.  i,  30).  »  Ce  que  Dieu  meme  par 
le  Psalmiste  confirms  en  ces  termes  :  «  Je  pour- 
suivais  celui  qui  medisait  en  secret  de  son  pro- 
chain.  )> 

h.  Et  il  ne  faut  pas  s'en  etouner  puisque  l'on  sait  La  detraction 
que  ce  vice  combat  et  poursuit  plus  vivement  que  aiaa2hartt6™* 
les  autres,  la  cbaiile  qui  est  Dieu,  ainsi  que  vous- 
memes  pouvez  le  remarquer.  Quiconque  medit  fait 
voir  premierement  qu'il  n'a  point  de  charite.   En 
second  lieu,  quel  autre  dessein  a-t-il,  sinon  de  faire 
que  les  autres  ha'issont  ou  meprisent  celui  dont  il 
medit.  Ainsi  done,  une  langue  medisante  blesse  la 
charite  en  tous  ceux  qui  l'ecoutent,  et  autant  qu'il 
est  en  die,  elle  l'eteint  et  la  detruit  entierement. 
Et  non-seulement  en  ceux  qui  l'ecoutent,  mais  en- 
core en  ceux  qui  sont  absents,  a  qui  peut-etre  ceux 
qui  Font   entendue  rapporteut   ce   qu'elle    a   dit. 
Yoyez-vous  comment  un  discours  de  cetle  sorte  qui  grjnae0I.  &a 
passe  de  boucbe  en  boucbe  peut  aisement  et  en  furt    mal  causS 
peu  de  temps  corrompre  de  son  vemn  une  intimte      langne 
d'ames.  Voila  pourquoi  l'esprit  prophetique  dit  de    m   18ao  e' 
ces  personnes  :  «  Que  leur  boucbe  est  remplie  du 
fiel  de  la  medisance,  et  elles  sont  promptesa  verser 
le  sang   {Psal.  xni,  3).  »  Elles  sont  aussi  promptes. 
a  le  verser  que  leur  discours  est  prom]  it  a  le  r&- 
pandre.  11  n'y  en  a  qu'un  qui  parle,  et  il  ne  dit 
qu'une  seule  parole,  et  cependant  cette  parole  en 
un  moment  tue  les  araes  de  tous  ceux   qui  l'ecou- 
tent des  l'instant  qu'elle  infecte  leurs  oreilles.  Car 
un  cceur  pleiu  du  iiel  de  l'envie  ne  peut  repandre 
que  de  l'amertume  dans  ses  discours,  selon  ce  mot 
de  Jesus-Christ  :  «  La  boucbe  parle  de  l'abondance 
du  coeur  {Luc.  vi,  /|5).  »  Or,  cette  peste  se  produit 


3.  Ergo  in  hoc  sensu  puto  appositum,  Recti  diligunt 
le.  Nee  absurde,  ut  Eestimo  :  cum  ubiijue  pene  in  cboro 
adolescentularum  tales  invenianlur,  qua?  actaSponsae  cu- 
riose  observent,  derogandi,  non  imitundi  causa.  Tor- 
qticntur  in  bonis  seniorum  suorum,  malis  pascuntui'. 
Videas  anibnlare  seorsum,  convenire  sibi  et  sedcre  pa- 
riter,  moxque  laxare  procaces  linguas  in  detestandum 
susurrium.  Una  uni  conjungitur,  nee  spiraculum  ince- 
dit  in  eis  ;  tanta  est  libido  detrahendi,  audiendive  de- 
Irahentem.  Ineunt  familiaritatem  ad  maledicendum, 
Concordes  ad  discordiam.  Conciliant  inter  se  inimicissi- 
mas  amicitias,  et  pari  consentaneae  malignilatis  affeotn 
celebratur  odiosa  collatio.  Haud  secus  egere  quondam 
Herodes  et  Pilatus,  de  quibus  narrat  Evangelium,  quia 
facti  sunt  amici  in  ilia  die,  hoc  est  in  die  dominical 
passionis.  Convcnientibus  sic  in  unum,  non  est  domini- 
cam  coeuam  manducare,  sed  magis  propinare  et  bibere 
calicem  daimoniurum  ;  dum  importantibus  Unguis  alio- 
rum  perdilionis  virus,  aliorum  aures  intrantem  mortem 
libenter  excipiunt.  Sic  quippe  juxta  Prophetam  intrat 
mors  per  fenestras  nostras   cum  prurientes  auiibua    et 


oribus,  lelhale  poculum  detracfionisinvicem  nobis minis- 
trare  contendimus.  Non  veniat  anima  mea  in  concilio 
detrahenlium,  quoniam  Ueus  odit  eos,  dicente  Aposlolo  : 
Delractores  Deo  odtbiles.  Quam  senlentiam  Ueus  ipse 
loquens  in  psalmo,  audi  quomodo  conlirm  it  :  Detra- 
heniem,  inquit,  proximo  suo,  hune.  persequebar. 

4.  Nee  minim,  cum  id  pracipue  vitium  charitatem, 
quic  Deus  est,  et  quidem  caeteris  acrius,  impugnare  et 
persequi  cognoscatur,  quemadmodum  vos  quoque  poles- 
lis  advertere.  Omnis  qui  detrahit,  primum  quidem  seip- 
surn  prodit  vacuum  charitate.  Deiiule  quid  aliud 
detrahendo  intendil,  nisi  ut  is,  cui  deirahit,  veniat  in 
odium  vel  contemptum  ipsis,  apud  quos  detrahit  ?  Ferit 
ergo  charilatem  in  omnibus  qui  se  auditint  lingua  ma- 
ledica,  et  quantum  in  se  est,  necat  fumlilus  et  exstin- 
guit  :  non  solum  autem,  sed  et  in  absentibus  universia, 
ad  quos  volans  verbum  forte  per  eos,  qui  pravsentes 
sunt,  pervenire  contigerit.  Vides  quam  facile  et  in  brevi 
ingentem  mullitudinem  animarum  velociler  currens 
sermo  tabe  malitiae  hujus  inficere  possit.  Propterea  dicit 
de  talibus  propheticus  spiritus  :   Quorum   os    matedk 


252  CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

Differente«    ^e  different es  manieres;  les  uns  vomissent  le  poison    et  qui  communique  les  choscs  spirituelles  a  ceux 
"t1^"  de    de  la  medisauce  sans  aucune  circonspection,    et    qui  sont  spirituels.  C'esl  done   selon  I'esprit,    non 


selon  qu'il  leur  vienl  a  la  bouche.  I  ..■>  autres,  au 
eontraire,  lachent  de  couvrir  du  voile  d'une  feinte 
retenue,  la  malice  qu'ils  ont  coi  leurcceur, 

el  qu'ils  ne  peuvenl  retenir.  Avanl  de  medire, 
lesvo  onds  soupirs,  prendre  une 

mine  grave,  ne  parler  qu'avec  peine,  faire  parailre 
une  fatisse  trislesse  sur  leur  visage,  baisser  les 
yeux,  etd'une  voix  plaintive  proferer  des  medi- 
sances,  qui  font  d'autant  plus  d'effet,  que  ceux  qui 
les  ecoulent  croienl  qu'ils  ne  les  disent  qu'a  regret, 
et  plutot  a  contre  cceur  4  t'avec  malice.  Jen  suis 
bien  fache,  dit  l'liu,  car  je  l'aiine  assez,  mais 
jamais  je  ne  I'ai  pu  corriger  de  ce  defaut.  Je  savais 
bien,  dit  un  autre,  qu'il  etait  sujet  a  ce  vice,  et  je 
ne  I'aurais  jamais  decouvert,  mais  puisqu'un  autre 
l'a  public,  je  ne  puis  pas  nier  la  verite.  Je  le  dis 
avec  douleur,  mais  cela  est  vrai  pourtant.  Et  il 
ajoute  :  C'est  grand  dommage  ;  car  d'ailleurs  il  a 
de  fort  bonnes  qualites,  mais  sur  ce  point,  il  faut 
avouer  qu'il  est  inexcusable. 
5.  Cela  ditd'un  vice  si  malin,  revenons  a  uutre 


selon  cette  matiere  de  terre  el  de  boue,  que  Dieu  a 
fait  I'homme  droit.  Car  il  l'a  cree  a  sou  image  et  a 
sa  rrsscmblauce    {Gen.  1,  27).  Or,  comme  vous   le 

■  ou  -m£mes,  «  Le  Seigneur  1 ■ 

droit,  et  il  n'y  a  point  d'iniquite  en  lui    Psal.  xcxi, 
10  .  »  Dieu  ''one  qui  est  droit, 
el  sem         1  a  lui,      es  -a-dire    sa  is  e,  de 

memo  qu'il  n'y  a  poinl  d'ini  piit6  en  lui.  Or,  l'ini- 
quite  e  un  vice  du  cceur,  non  de  la  chair,  ce  qui 
vous  fail  connaltre  que  la  ressemblance  que  vous 
avez  avec  Dieu  doit  etre  conserves  ou  reparee  dans 
la  partie  spirituelle  de  vous-menie,  non  dans  votre 
ince  grossiere  et  terrestre.  Car  Dieu  est  es- 
prit, et  il  faut  que  ceux  qui  veulent  lui  devenir 
semblables,  ou  conserver  la  ressemblance  qu'ils  ont 
lui,  reutrent  en  eux-memes,  et  le  fassent 
souveni  en  esprit,  afinque,  contemplantlagloire  de 
Dieu  a  face  decouverte,  ils  suient  transformed 
dan-  une  meme  image  avec  lui,  et  que  I'esprit 
du  Seigneur  les  fasse  passer  de  clarte  en  clarte. 
6.   IVut-etrc   peut-on   dire   encore   que    Dieu   a 


En  qnoi 

rec'i'ude'de  exl,nca,u)"  et  faisons  voir  qui  sont  ceux  qui   sout  doime  a  I'homme  une  stature  de  corps  droite;  alio 

rbomme.     ici  appeles  «  droits.  »  Je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  au-  que  cette  rectitude  corporelle  de  I'homme  ext6- 

cune  persoune  iutelligente  qui  s'imagine  que  c'est  rieur,  qui  a  fete  cree  d'une  matiere  si  vile,  avertlt 

selon  le  corps  qu'on  appelle   «  droits  »    ceux  qui  cet  homme  interieur,  qui  a  ete  forme  a  I'image  de 

aiment  l'Epouse.  C'est  pourquoi  il   faut  que   nous  Di  onserver  sa  rectitude  spirituelle ;   el  que 

l'expliquions  d'une   rectitude   spirituelle,  e'est-a-  la  beaute  de  la  boue,  condamnat   la  difformite    de 

dire  de  I'esprit  ou  du  cceur.  C'est  I'esprit  qui  parle  I'esprit.  Car  qu'y  a-t-il  qui  siee  moins  qu'un  esprit 


tione  et  amaritudine  plenum  est,  veloces  pedes  eorum  ad 
effundendum  sanguinem.  Uli  [ue  lam  veloces,  quam 
velociter  curril  scrmo.  Onus  esl  qui  loquitur,  el  unum 
tantura  verbum  profert  :  ct  tamne  illud  unum  verbum, 
uno  in  momenlo,  multitiidinis  audientium,  dutn  aures 
iniiiii.  animas  interficit.  Cor  siquidem  felle  livoris  ama- 
runi  per  linguae  instrumenlum  spagere  nisi  amara  non 
potest,  dicente  Domino  :  Ex  abundant ia  cor 
quitur.  Et  sunt  species  pestis  liujus,  dum  alii  quidem 
nude  atque  irreverenter,  uti  in  buccam  venerit,  rims 
evomant  detractionis  :  alii  aulem  quodam  simulate  ve- 
recundiae  fueo  conceptam  maliliam,  quam  relinere  non 
possunt.  adumbrare  conenlur.  Videas  alia  praemilti  sus- 
piria,  sicque  quadam  cum  gravitate  et  tardilale,  vullu 
ma?sto,  dimissis  superciliis,  et  voce  plangent!  . 
maledictionem,  el  quidem  tantopersuasibiliorem,  quanto 
creditur  ab  his  qui  audiunt,  corde  invito,  et  magis  con- 
dolcnlis  afTectu,  quam  maliliosc  proferri.  Doleo,  inquit, 
vehementcr,  pro  eo  quod  diligo  cum  satis,  et  nunquam 
potui  de  bac  ere  cum.  El   alius  :  Mibi  quidem, 

ait  bene  comperlum  fueral  Je  illo  istud  :  scd  per  me 
nunquam  innotuisset,  At  quoniam  per  allerum  palel  icta 
est  res,  verilatem  ne  are  non  possum  :  dolensdico,  re- 
vera  ita  est.  Et  addil  :  Grande  damnum;  nam  alias 
quidem  in  pluribus  vs  im  in  hac  parle  (ut  ve- 

nim  fateamur)  excusari  minirae  p 

5,  lb-  pa  ms  malignissimum  vitium  comme- 

moratis ,  revcrtanmr  ad  explanandi  ordinem  ,  demons- 
t  rem  us,  qui  sint  hoc  loco   intelligcndi  Recti.    Non   enim 


Ponrqooi 

Dien  a  fai  t 

I'bo  nine 

druit. 


arbitror  ser.fire  quempiam  recta intelligentiae,  secundum 

qui    Sponsam    diligunt,  I'mpte- 

■rea    demonstranda   nobis    est  spiritualis.    id  esl    animi 

m'.  rectitudo.  Spiritus  esl    qui  loquitur,  spii 
libus  spiritualia   comparans.   Ergo    secundum   animum, 
non  secundum  terren  im  el  faeculentam  1  .  Deus 

lem  rectum  fecit,  Ad  imoginem  qi  i:  pe  et  similiH- 
iudinem  suam  creavit  ilium.  Ipse  vero.  quemadn 
psallis.  R  Dominus  Deus  noster,  et  non  est  iniquitas 

in  eo.  Rectus  itaque  Deus  rectum  fecit  nomine 
sibi ;  id  est  sine  iniquitate,  sictit  non  est  iniquitas  in  eo. 
Porro  iniquitas,  cordis  est,  non  carnis  vitium  :  ut  per 
hoc  novcris  in  spiritual!  portione  tui,  et  non  in  crassa 
lutcaque  substantia  Dei  similitudinem  conservandam 
fore,  indam,  Spiritus  enim  est   Deus,  et   eos 

qui  volunt  similes  ei  vel  perseverare,  vel  fieri,  oportet 
intrare  ad  cor,  atque  in  spiritu  id  negotii  actitare  -. 
ubi  revelal  1  racle  speculantes  gloriam  Dei  in  eam- 
dem  imaginem  transformentur  de  claritate  in  clarita- 
tem,  tanquam  a  Domini  spiritu. 

r>  Quanquam  ct  corporis  staturam  deditbomini  Deus 
rectam  :  foi  itari  ul  isia  corporca  extcrioris  vilii  1 
rectitudo  figmenti  hominem  interiorem  ilium,  qui  ad 
imaginem  Dei  Partus  est,  spiritualis  sua  servanda)  rec- 
liludinis  admonerct,  et  decor  limi  deformitatem  argue- 
ret  animi.  Quid  enim  indecenlius,  quam  curvum  recto 
'  animum?  Perversa  res  est  et  fa'da,  lu- 
tcum  vas,  quod  est  corpus  de  terra,  oculos  habere  sur- 
sum,  ecelos  libere  suspicere,    ccelorunique    luminaribus 


VINGT-QUATRIEME  SERMON  SUR 

courb6  dans  un  corps  droit?  N'est-ce  pas  un  desor- 
dre  et  une  horde,  qu'un  vase  de  bone,  qui  est  le 
corps  tire  de  la  terre,  les  yeux  leves  en  haut,  re- 
garde  hbrement  le  ciel,  et  premie  plaisir  a  con- 
lempler  les  grands  Qambeaux  qui  1'oment  et  qui 
l'eclaireut;  el  qu'une  creature  spirituelle el  cedes  e, 
aittoujours  ses  yeux,  e'rst-a-i!ire  sessensinterieurs 
etses  affections  attaches  et  baisses  a  terre,  et  que 
[ui  devrait  elre  elevee  dans  l'or  et  dans  la 
soie,  se  vautre  dans  la  fange  et  se  roule  dans 
l'ordure,  coinine  une  bete  immonde.  Rougissez  de 
honte,  o  mon  ame,  d'avoir  change  la  ressemblance 
divine  en  la  ressemblance  d'un  animal  innnoinle. 
Rougissez,  vous  qui  tirant  voire  origine  du  ciel, 
vous  roulez  dans  la  fange.  Rougissez,  6  niun  ame, 
dit  le  corps,  en  vous  comparanta  moi.  Creee  droite 
et  serablable  a  votre  createur,  vous  m'avez  recu 
comnie  un  aide  qui  vous  fiit  semblable,  au  moiiis 
selon  les  traits  de  la  rectitude  corporelle.  De  quel- 
que  cote  que  vous  voustourniez,  en  haut  vers  Dieu, 
on  en  bas  vers  inoi,  car  personnen'a  jamais  lia'i  sa 
propre  chair,  partout  se  presentent  a  vous  des 
images  de  votre  beaute,  partout  la  sagesse,  comme 
un  mailre  charitable,  vous  donne  des  avertissements 
salutaires  pour  conserver  la  noblesse  et  la  dignite 
de  votre  etat.  Comment  done  n'etes-votts  point 
remplie  do  confusion,  de  perdre  votre  prerogative 
si  glorieuse  quand  je  retienset  conservela  niienne, 
quoique  je  nel'aie  recue  qu'en  votre  consideration? 
Comment  pouvez-vous  soutfrir  que  le  createur  voie 
sa  ressemblance  effacee  en  vous,  quand  il  vous  con- 

a  Cet  endroit,  pour  les  monies  raisons  que  nous  avons  don- 
nees  plus  haut,  differe  dans  les  anciennes  editions  de  la  version 
qu  en  donnent  les  manascrtts.  En  eflet,  la  on  le  long  pream- 
bule  que  nous  tvons  conserve  manque,  on  lit  :  «  Pour  que  celle 
rectitude  so:t  parfuite  en  toutes  chosea,  il  faal  qu'eile  ait  de  bons 
sentiments  elqu'elle  les  smve,  car  j'appeile  droit  de  cieur  celui 
qui  a  des  sentiments  droits  sur  toutes  choses  et  ne-  sen  ecarte 
jamais  daus  la  pratique.  C'estde  ces    persouaes    quit  est  da  a 


LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  253 

serve  la  votre  en  moi,  et  vous  la  repr£sente  sans 
cesse?  Toute  l'assistance  que  vous  deviez  tirer  de 
moi,  vous  vous  en  faites  un  sujet  de  boute  et  de 
confusion.  Vous  abusez  de  mes  services,  et.elant 
devenue  un  esprit  de  brute,  vous  etes  indigne  de 
demeurer  dans  un  corps  aussi  noble  qu'est  celui  de 
l'liomme. 

7.  Les  Ames  done  qui  sont  ainsi  courbees  ne  peu- 
veut  pas  aimer  1'Epouse,  parce  qu'etant  amies  du 
monde,  elles  ne  le  sont  pas  de  1'Epoux.  «  Celui, 
est-il  dit,  qui  veut  etre  ami  du  monde,  se  rend  en- 
nenii  de  Dieu  [Jac.  iv,  5).  »  Ainsi  cherclier  et  gou- 
ter  les  choses  de  la  terre,  e'est  courber  l'auie  ;  au 
contraire,  mediter  et  desirer  les  choses  du  ciel,  L»  rectitude 
c'estla  maintenir   droite.  »  Et  pour  que  cctte  rec-  de1'*' 


L'homme 
droit. 


chercher 
titude  soil  parfaite  en  toutes  choses,  il  faut  quelle  lea  cho»es  d" 
soit  dans  les  sentiments  et  passe  dans  les  actes.  Car 
j'appeile  droit  celui  qui  a  des  sentiments  droits  sur 
toutes  choses,  et  ne  s'en  ecarte  jamais  dans  la  pra- 
tique. Que  la  foi  el  les  oeuvres  soieut  des  temoigna- 
ges  vistbles  de  l'etat  de  Tame  qui  est  invisible.  Es- 
timez  droit  celui  que  vous  reconnaitrez  catholique 
en  sa  foi,  et  juste  en  ces  ceuvres.  Si  l'une  de  ces 
choses  lut  manque,  ne  doutez  ])oint  qu'il  ne  soit 
coui'be.  Car  l'Ecriture  dit :  «  Si  vousoffrez  bien,  et 
que  vous  ne  divisiez  pas  bien  votre  otfrande,  vous 
pethez.  «  Quoi  que  ce  soit  qui'  vous  olfriez  a  Dieu 
de  ces  deux  choses,  la  foi  oti  les  ceuvres,  vo.is  fai- 
tes bien  ;  mais  vous  tie  faites  pas  bien  de  les  dtvi- 
ser.  Puisque  votre  otfrande  est  bonne,  ne  la  reudez 
pas  mauvaise  en  la  divisant.  1'ourquoi  separez-vous 

l'Lpouse  :  «  ce  ix  qui  ontle  ccenr  droit  vons  ainieot ;  e'est-a-dire 
ceoi  qui  couiui-sent  et  lint  toujoars  ee  qui  est  boa.  ■  Enfin  ce 
sermon  se  termine  dans  certaines  edition*  par  ces  nuts  :  «  Plaisa 
a  L)ieu  qur-  nous  soyons  de  ce  nombre  et  eutopics  p.trmi  les  ai- 
le  1  Epoux,  par  la  grace  de  noire  Seigneur  Jesus-Christ  qui 
ctant  llieu,  vit  el  regne  avec  le  Pere  et  le  Saint-Esprit  dans 
luos  les  sieclee  des  siecles.  Ains:  soit-il.  JUais  plusieurs  inanus- 
crits  preferent  la  lecon  que  nous  donnons. 


oblectare  aspectus  :  spiritualem  vero  ccelestemqtie  crea- 
luram  suos  e  contraaio  oculos,  id  est  internos  scnstis 
alque  aU'cctus,  trahera  iu  terram  deorsum;  et  qua 
debuit  nutriri  in  croceis,  haerere  Into,  tanquum  unain  de 
suibus,  acoplexaiique  stcrcora.  Erubesce,  aniraa  una, 
divinam  pecorina  conimutasse  simihtudinem  :  erubei  e 
voltituri  in  eeeno,  quae  de  ccelo  es.  Erubesce  omnia,  ail 
corpus,  in  mei  consideratione.  Creata  creanti  s.milis 
reclu,  me  411041a'  accepisti  adjutorium  si.ni.e  libi,  u  14110 
secundum  uneamenta  corpureae  reettludinis.  Quoeum- 
que  veit.is,  sive  ad  Ltcum  sursum,  sive  ad  me  deor- 
sum,(nemo  siquidem  carnem  suam  111141111111  odio  ha- 
buit;  ubi  pie  ocean  it  tibispec.es  decoris  tui,  ubiqtie 
pro  statu  tuae  dignalatis  babes  de  magisterio  sapieniiae 
familiareni  admonitionem.  iMe  ergo  uieam,  quam  tui 
gratia  accepi,  retinente,  et  servante  piierogalivuui  ;  tu 
quouiodo  non  confunderis  amisisse  tiiam?  Cur  suain  in 
te  Condilor  intuetur  abolitam  sitnilitudiuem,  cum  tuam 
in  me  tibi  conservet,  assidueque  repru;seiitet  ?  Jam 
omue  adjutorium,  quod  tibi    ex  me  debebatur,    vertisti 


tibi  in  confusionem  :  abuleris  obsequio  meo,  indigne 
bumanum  corpus  inhabitas,  brums  et  bestialis  spi- 
ritus. 

7.  Istiusmodi  ergo  curv;e  animae  non  possunt  diligere 
Sponsam,  quoniam  non  sunt  arnica?  sponsi,  cum  sint 
mundi.  Qui  vutl,  inquit,  amicus  esse  hujas  mundi,  ini- 
micus  Dei  constiluttur.  Ergo  quairere  et  sapere  qua:  sunt 
super  terra..),  curvilas  iiniuiae  est  :  et  e  regione  medi- 
tare  ae  desidei-are  quae  sursum  sunt,  rectimdo,  et  ipsa 
ut  perfecta  sit,  in  sensu  dil'lini.dui  et  consensu,  rec- 
tum revera  te  dixerim,  si  reele  in  omnibus  senlias,  et 
faclis  nun  dissentias.  Invisibilis  animi  statu m  nuntiet  fi- 
des, el  actio.  Reclum  judic.i,  si  tide  catholicum,  et 
jusliiin  opere  probaveris,  Si  quo  minus,  curvum  censere 
non  dubiies.  Sic  nempe  liabes  :  S(  recte  offers,  et  recte 
non  dividis,  peccasti.  Rude  quidem  quod  4iiocuinque 
burum  offers,  recte  autem  ab  allerulro  ea  non  dividis. 
Noli  esse  rectus  oblator,  et  pravns  divisor,  Quid  divi- 
dis actum  a  fide  ?  Ini4ue  dividis  (idem  petimens  tuam 
nam  /ides    sine    operibus   moriua  est.    Munus  mortuum 


254 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Foorqooi  le 

sacrifice  de 

CaiD  fut  il 

rejeuS. 


II  fact  ap- 
poyer  la  foi 
par  les  ceu- 
vres. 


les  ceuvres  de  la  foi?  Cette  division  est  criminelle, 

puisqu'elle  tue  votre  foi.  Car  la  foi  est  morte  sans 

ivi-fs.  Vous  offrez  a  Dieu  une  offrande  morte. 

Car  si  ['amour  est  coiniue  l'ame  de  la  fui,  L'ame  de 

la  foi  c'est  la  devotion  el  l'aelion.  Qu'esUce  que  La 
foi  qui  n'opere  point  par  1'amour,  siuon  uu  vrai 
cadaviv  ?  Crovez-vous  beaucoup  honorer  Dieu  en 
lui  faisant  uu  present  infect?  Croyez-vous  bien  l'a- 
paiser,  en  etantle  meurtrier  de  voire  foi? Comment 
l'bostie  que  vous  lui  immolez  peut-elle  etre  pacifi- 
que,  awe  une  si  cruelle  division?  11  n'est  pas  eton- 
nant  que  Cain  ait  assassins  son  frere,  puisqu'i] 
avait  auparavant  fait  perir  sa  propre  foi.  Pourquoi 
vous  etonner  Cain,  si  celui  qui  vous  nieprise  ne 
regarde  point  vos  presents ?  Comment  pourrait-il 
vousregarder  puisque  vous  elesdivise  contrevous- 
meme,  et  si  en  mime  temps  que  voire  main  fait 
une  action  religieuse,  votre  coeur  sacritie  a  la  ja- 
lousie ?  Vous  nesauriez  vous  con.ilier  la  bienveil- 
lance  de  Dieu,  quund  vo  is  n'etes  pas  d'accord  avec 
vous  meme.  Vous  ne  l'apaisez  pas,  mais  vous  l'of- 
fensez,  non  pas  encore,  alaverite.en  frappant  avec 
cruaute  votre  frere,  mais  en  ne  divisant  pas  bien 
voire  offrande.  Vous  n'etes  pas  encore  coupable  de 
la  mort  de  voire  frere,  mais  vous  l'etes  de  voire 
foi.  Pense-t-il  etre  droit,  celui  qui  leve  la  main 
vers  Dieu,  pendant  que  l'envie  et  la  baine  qu'il  a 
contre  son  frere,  abaisse  son  cceur  vers  la  terre  ? 
Comment  pourrait-il  etre  droit,  celui  dont  la  foi 
est  morte  et  les  ceuvres  la  mort  meme?  qui  n'a  au- 
cun  amour,  et  beaucoup  d'anierlume  ?  11  y  avail  a 
la  verite  de  la  foi  dans  son  sacrifice,  mais  il  n'y 
avait  point  d'amourdans  cette  foi.  I. 'obligation  etait 
bonne,  mais  la  division  etait  cruelle. 

8.  La  mort  de  la  foi  est  la  separation  de  la  cha- 
rite.  Croyez-vous  en  Jesus-Christ?  faites  d.-s  ceuvres 
de  Jesus-Christ,  et  votre   foi   sera   vivante.  Que 


offers  Deo?  Si  enim  quaedam  anima  fidei  ipsa  devotio 
est,  quid  fides  quae  non  operalur  ex  dilectione,  nisi  ca- 
daver exanirne  1  Bene  honoras  Deum  munere  Icelido  ? 
bene  placas  tuae  fidei  interfector?  Quomodo  hostia  paci- 
fica,  ubi  lam  s;eva  discordia  est?  Non  mirum  si  Cain 
insurrexit  in  fratrem,  qui  suam  pi-ius  occiderat  (idem. 
Quid  miraris,  o  Cain,  si  ad  tua  non  respicit  muncra  qui 
te  dcspicit  ?  Nee  hoc  mirum  si  non  reapioit  ad  le,  qui 
ita  divisus  es  in  le.  Si  manum  devotion),  quid  animnm 
das  livori  ?  Non  concilias  Deum  libi,  discors  tecum; 
non  placas,  sed  peccas  :  et  nondum  quidem  impie  fe- 
riendo,  sed  tamen  dividendo-  non  recte.  K t s i  necdum 
fratricida,  jam  tamen  ftdeicida  teneris.  Numquid  rectus, 
vel  quando  manum  porrigis  Deo,  enjus  cor  in  terram 
trab.il  livor  et  fralernuiii  odium  ?  Quomodo  rectus,  cu- 
jus  (ides  naortiin,  cujus  opus  mors,  cujus  nulla  devotio, 
amaritudo  multa  ?  Erat  quidem  in  offerente  fides,  sed 
non  in  fide  dilectio  :  reola  oblatio  ,  sed  crudelis  di- 
visio. 

8.  Mors  fidei  est  separatio  cbaritatis.  Credis  in  Chris- 
tum ?  l'ac  Christi  opera,  ut  vivat   fides  tua.  Fidem  tuam 


1'amour  anime  votre  foi  et  que  les  ceuvres  lui  ser- 
vent  de  temoignnge.  Que  des  actions  basses  et  ter- 
restres  ue  courbeut  point  celui  que  redresse  la  foi 
des  choses  celestes.  Vous  qui  dites  que  vous  demeu- 
rez  en  Jesus-Christ,  vous  devez  marcher  conime  il  a 
fait.  Que  si  vous  cherchez  votre  propre  glo.re,  si 
vous  porlez  euvie  a  celui  qui  est  da  s  la  prospe- 
rity si  vous  medisez  de  celui  qui  est  absent,  si  vous 
rendez  le  mal  qu'on  vous  a  fait;  Jesus-Christ  n'a 
pas  agi  de  la  sorte.  Vous  confessez  que  vous  con- 
naissez  Dii'ii,  et  vos  actions  deuieiitent  voire  con- 
fession. C'est  tout  a  fait  mal,  e'est  une  impiete,  de 
donnur  la  langue  a  Jesus-Christ  et  l'ame  au  demon? 
Ecoutez  ce  que  dit  le  Sauveur  :  «  Cet  homme-la 
m'honore  des  levres,  mais  son  cceur  est  bien  loin 
do  inoi  (/-•(.  xxn,  13).  »  Certes  vous  n'etes  pas 
droit,  puisque  votre  division  l'est  si  peu!  Vous  ne 
pouvez  tenir  la  tete  droite  sous  le  joug  tin  diable. 
On  ne  peut  pas  se  redresser  quand  on  est  domine 
par  l'injustice.  Vos  iniquites  se  sont  elevees  par- 
dessus  votre  tete,  et  elles  se  sont  appesanties  sur 
vous  comme  un  fardeau  d'un  poids  epouvantable 
(Psal.  xxxvn,  5).  Car,  comme  dit  un  Prophete,  l'ini- 
quite  s'assied  sur  un  talent  de  plomb  (Zacli.  v,  7). 
Vous  voyez  done  que  la  foi,  meme  droite,  ne  rend 
pas  l'homme  droit,  si  elle  n'opere  pas  par  1'amour? 
Or,  celui  qui  est  sans  amour  ne  peut  pas  aimer 
1'Epouse.  Mais  les  ceuvres,  quelque  droiles  qu'elles  Le, 
soient,  ne  suflisent  pas  non  plus  sans  la  foi  pour  la  sa"s  >'  foi 

...  .  font  point 

rectitude  du  cceur.  Car  on  ne  peut  dire  qu  unhomme  t'hnmmo 
qui  ne  plait  pas  a  Dieu  soit  droit?  Or,  sans  la  foi, 
il  est  impossible  de  plaire  a  Dieu  (Hub.  xi,  6).  Dieu 
ne  saurait  plaire  a  celui  qui  ne  plait  point  a  Dieu, 
car  celui  a  qui  Dieu  plait  ne  peut  deplaire  a  Dieu. 
De  meme,  1'Epouse  ne  plait  pas  a  celui  a  qui  Dieu 
n'a  point  rcussi  a  plaire.  Comment  done  celui- la, 
est-il  droit,  qui  n'aime  ni  Dieu  ni  l'Eglise  de  Dieu,  a 


Les  cenvres 


droit. 


dilectio  animet,  probet  actio.  Non  inenrvet  terrenuni 
opus,  quern  fides  ccelestium  erigit.  Qui  te  dicis  in  Cbris- 
to  oianere,  debes  sicut  ipse  ambulavit,  et  tu  ambulare. 
Quod  si  propriam  gloriam  quoeris,  ilorenti  invides,  ab- 
senti  delrahis,  reponis  hedenti  te  :  hoc  Christus  non  fe- 
cit. Confiteris  te  nosse  Deum,  factis  autem  negas.  Non 
recte  plane,  sed  impie  linguam  Christo,  animam  dediti 
diabolo.  Audi  ergo  quid  dicat  :  Homo  isle  labiis  me  ho- 
norat,  cor  autem  ejus  lonye  est  a  me.  Non  es  profecto 
rectus,  qui  tam  non  recte  dividis.  Non  poles  altollcre 
caput  pressum  diaboli  jugo.  Non  te  surrigcre  prapvales 
cui  dominatur  iniquilas.  Iniquitates  tuas  supergrcssa: 
sunt  caput  tuum,  et  sicut  onus  grave  gravat*  sunt  su- 
per te.  Iniquilas  deuique  sedet  super  talentum  plumbi. 
Videa  quod  non  taciat  hominem  rectum  fides  etiam  rec- 
ta, qua'  non  operator  ex  dilectione.  At  qui  sine  dilec- 
tione est,  non  habet  unde  diligat  Sponsam.  Sed  nee 
opera,  quamvis  recta,  rectum  cor  efficere  sufficiunt  sine 
fide.  Quis  enim  rectum  dicat  hominem  non  placentetn 
Deo  1  Sine  fide  autem  impossibile  est  p/acere  Deo.  Qui 
non  placet  Deo,  non  potest  illi  placere  Deus.  Nam  cui 


VINGT-CINQUlfiME  SERMONT  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


255 


,  lacriiellc  il  est  dit  :  «  Ceux  qui  sont  droits  vous  ai- 

jn  plufi  que       *  L 

ans  amonr  meiit?  Si  done,  ni  la  foi  sans  les  oeuvres,  ni  les 
tonnrVon  ceuvres  sans  la  foi,  ne  sufiisent  pas  poi.r  la  recti- 
tgUse.  ju(je  je  i'aQlej  nous,  mes  freres,  qui  croyons  en 
Jesus-Christ,  tactions  de  rendre  droiles  nos  voies  et 
notre  conduite.  Levons  nos  cceurs  a  Dieu  avec  nos 
mains,  aim  qu'il  nous  trouve  eniierement  droits  ; 
continuant  la  rectitude  de  notre  foi  par  nos  actions, 
ainiant  l'Epouse,  et  aimes  de  l'Epoux,  Jesus-Christ 
noire  Seigneur,  qui  etant  Dieu  est  beni  dans  tous 
les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XXV. 

L'Epouse,  je  vcux  dire   I'Egliie    est  noire, 
mais  elle  est  belle. 

1.  Je  vous  ai  done  dit  dans  le  disco  urs  precedent, 
que  l'Epouse  est  obligee  de  repondre  aux  attaques 
et  aux  reproches  de  celles  qui  sont  envieuses  de  sa 
gloire,  et  qui,  selon  le  corps,  senihlent  etre  du 
nombre  des  jeunes  filles,  niais  en  sont  bien  eloi- 
gnees  selon  l'esprit.  Car  elle  leur  dit  :  «  Je  suis 
noire,  mais  je  suis  belle,  filles  de  Jerusalem  (Cant. 
\,li).  »  11  est  visible  qu'elles  disaient  du  mal  d'elle,  et 
lui  reprochaient  d'etre  noire.  Mais  considerez  la  sa- 
inefautpas  gesse  et  la  douceur  de  l'Epouse.  Non-seulement  elle 
inondreaui  ]R>  ronj  jJom^  injure  pour  injure,  mais  elle  leur 
donne  menie  des  benedictions  en  les  appelant  lilies 
de  Jerusalem,  quand  par  leur  mechaucele  ellesau- 
raient  bien  plutot  merite  d'etre  appelees  lilies  de 
Babylone,    hlles    de  Baal,  ou  de  quelqu'autre  nuni 


piquant  et  outrageux.  Sans  doute  elle  avait  appris 

du  Prophete,  ou  plutot  de  l'onction  meme  qui  en- 

seigne  la  douceur  (Isa.  xm,  8),  qu'il  ne  faut  point 

briser  un  frele  roseau,  ni  achever  d'eteindre  une 

lainpe     qui     fume    encore.     Ainsi,     elle    croyait 

quelle  ne  devait  pas  irnter  davantage  celles  qui 

l'elaient  deja  assez  d'elles-memes,  ni  rien  ajouter 

aux  aiguillons  de  l'envie  dont  elles  etaient  tour- 

mentees.  Au  contraire,  elle  tichait  de  eonserver  la 

paix  avec   celles  qui  etaient  ennemies  de  la  paix, 

sachant  qu'elle  etait  redevable  meme  aux  insenses. 

Elle  aimait  done  mieux  les  adoucir  par  des  paroles 

civiles  et  obligeantes,  parce  qu'elle  avait  plus   de 

soin  de  travailler  au  salut  de  ces  personnes  faibles 

que  de  satisfaire  ses  propres  vengeances. 

2.  Nous  devons  souhaiter  a  tous  cetle  perfection,  „    . 

■  l  '  Un  bon  pas- 

mais  elle  convient  principalement  aux  bons  prelats.  teurdoitcoo- 

/>  .  .   ,.  . . ,  ...     stiller    nlutot 

Car  ceux  qui  sont  vertueux  et  hdeles,  savent  qu  lis    n„teret  de 
sont  eleves  au  dessus  des  autres  pour  avoir  soin  des    ses,  breb'a. 

que  le  senti- 


personnes  faibles  et  languissantes,  non  pour  vivre  "ment  de  s« 
dans  l'eclat  et  le  luxe.  Et,  lorsque  par  la  plainte  prgeanc'e!' 
que  font  quelques-unes  des  awes  qui  leur  sont 
cotnmises,  ils  connaissent  le  murmure  de  leur  cceur 
et  voient  qu'elles  s'emportent  meme  jusqu'a  dire 
contre  eux  des  paroles  ofTensantes,  ils  ne  se  ven- 
gent  pas  de  ces  frenetiques,  mais  lachent  d'opposer 
au  lieu  dela  vengeance,  les  remedes  necessaires  a 
leur  mal,  parce  qu'ils  savent  bien  qu'ils  ne  sont 
pas  des  maitres,  mais  des  medecins.  Si  done 
l'Epouse  appelle  lilies  de  Jerusalem  celles  dont  la 
jalousie  et  la  medisance  la  font  souffrir,  e'est  afin 
d'arreter  leur  murmure  par  des  paroles  pleines  de 


placet  Deus,  Deo  displicere  non  potest.  Porro  cui  non 
placet  Deus,  nee  Sponsa  ejus.  Quomodo  ergo  rectus, 
qui  nee  Deum  diligit,  nee  Ecclcsiam  Dei,  cui  dicitur  : 
Recti  dUigunt  le  ?  Si  ergo  nee  fides  sine  operibus,  nee 
opera  sine  fide  suffioiunt  ad  animi  rectiludinciu  :  nos 
qui  in  Christum  credimus,  fratres,  rectas  studeamus  la- 
cere  vias  nostras  et  studia  nostra.  Levemus  corda  nostra 
cum  manibus  ad  Deum,  ut  toti  recti  inveniamur,  tidei 
nostrie  reclitudinem  rectis  actibus  comprobanles,  dilec- 
tores  Sponsa;  ,  dilecti  a  Sponso  Jesu-Christo  Do- 
mino nostra  ,  qui  est  Deus  benedictus  in  stecula. 
Amen. 

SERMO  XXV. 

De  nig  recline  et  formosiiate  Sponsa,  id  est  Ecclesice. 

1.  Eccc  quod  dixeram  insermone,  quia  Bemulis  laces- 
sentibus  sponsa  respondere  eogatur,  quae  corpore  qui- 
dem  de  numero  adolescentularum  esse  videntur,  animo 
autem  longe  ■-unt.  Ait  nempe,  Nigra  sum,  sed  formosa, 
filial  Jerusalem.  Patet  quod  detraherent  ei,  nigredinem 
improperantes.  Sed  adverte  Spoils*  patientiam  ac  beni- 
gnitalem.  Non  modo  enim  non  reddidit  malediclum  pro 
maledicto,  sed  insuper  benedixit,  filias  Jerusalem  vo- 
cans,  quas  magis  pro    sua  nequitia  fdise    Babylonia,   vel 


filiaa  Baal,  aut  si  quod  aliud  nomen  improperii  occurris- 
sct,  appellari  merueranl.  Sane  didieerat  a  Piopheta, 
imo  ab  ipsa  unctione  quae  docet  suavitalem,  calamum 
quassatum  non  conterendum,  et  linum  fumigana  non 
exstinguendum.  Propterea  non  putavit  amplius  irritan- 
das  satis  commotas  per  se,  nee  quidquam  addendum 
slimulis  iuvidiae,  qua  torquebanlur.  Magis  autem  cum 
his  qui  oderunl  pacem,  studuit  esse  paeifica,  seiens  se 
etiam  insipientibus  debitricem.  Maluit  ergo  ipsas  favo- 
rabili  demulcere  vocabulo,  quia  curae  fuit  ei  infirma- 
rum  potius  operam  dare  saluti ,  quam  propria?  ul- 
tioni. 

2.  Omnibus  quidem  optanda  est  ista  perfectio  :  pro- 
prie  autem  optimorum  forma  est  praelatorum.  Seiunt 
quippe  boni  (idelesque  propositi,  languentium  sibi  cre- 
dilam  animarum  curam,  nun  pompam.  Cumque  inter- 
num muriuur  cujuspiam  illarum  querulas  vocis  indicio 
deprehendunt,  etsi  in  ipsos  usque  ad  coneivia  et  contu- 
melias  prorumpentis ;  medicos  se,  et  non  dominos 
agnoscentes,  parant  confestim  adversus  phrenesim  ani- 
rose,  non  vindietam,  sed  medieiiuin.  Hsao  igitur  ratio, 
cur  Sponsa  filias  Jerusalem  dieat  eas  ipsas,  quas  male- 
volas  suslinet  atque  maledieas  :  videlicet  ut  in  blando 
sermone  deliniat  murmurantes,  commolionem  sedet, 
sanet  livorem.  Scriptum  est  cnim  :  Lingua  paeifica 
compescit  lites.  Alias  vero   filiaj  revera  Jerusalem  quo- 


256 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD 


douceur,  d'apaiser  leur  Amotion  et  de   guerir  leur  n'est  que  pour  le  lieu  de  son  pelerinage.  Car  lors- 

envie.  II  estecrit,  en  effet,  «  qu'une  langue  pacifl-  que  l'Epoux  immortal  lacouronnera  degloire  dans 

queeteintles  dissensions {Prov.  xv,  17). »  D'ailleurs,  la  celeste  patrie,    elle  n'aura  ni  tache,    niriile,  ni 

elk's  ne  laisseut    pas    d'etre  en    quelque     facon  ancune  imperfection  pareille.  Mais  a  present,  si  elle 

Biles  de  Jerusalem,  et  l'Epouse  n'a  pas  tort  do  les  disnit  qu'elle  n'esl  point  noire,  elle  se  IVrait  illusion 

nommer  ainsi.  Car,  suit  qu'on  considere  les  sacre-  a  elle-meme  et  ne  dirait  pas  vrai.   Cost  pourquoi 

ments  de  I'Eglise  qu'elles  recoivent  indifleremment  nevous  etonnez  pas   de  ce  que,  .lis  mi  qu'elle   i  si 

avec  les  bons,  ou  la  foi  qu'elles  professent  comme  noire,  elle  ne  laisse  pas  de  se  glorifier  d'etre  belle, 

[es  ailtres,  OU  la  Sonete  qu'elles  ont,  an   moins   se-  Car    coinnient    cello  a  qui  Ton    dit  :    «  Venez    ma 

Ion  le  corps,  avec  tons  les  Bdeles,  ou  meme  I'espe-  belle,  »  ne  serait-elle  pas  belle?  Or  cello   a  qui  on 

ranee  du  saint  a  venir  dont  ces  personnes  mdmes  dit  de  venir  n'etait  pas  encore  arrivee.   line    taut 

ne  doiveut   point   desespdrer,  quelque    dereglees  done  point  s'imaginer  que  ces  paroles  s'adressent  a 

qu'elles  soient;  Unites  ces  choses  font  qu'elles  peu-  l'Epouse,  deja  bienheureuse,  et  qui  regnedanssa 

vent  etre  raisonnablement  appelees  titles  do  Jem-  patrie,  apres  avoir  lais.se  le  hale  deson  teint,  etnon 

salem.  a  celle   qui,  le  visage  hale  par  le  soleil,  travaille 

3.  Examinons  maintenant  ce  que  veut  dire  ceci :  encore  pour  y  arriver  et  marche  avec  peine  dans  le 

« Je  suis  noire  mais  je  suis  belle.  »   N'y  a-t-il  pas  chemin  de  cette  vie  mor telle. 


de  contradiction  dans  ces  paroles  ?  A  Dieu  ne 
plaii-e.  Je  ilis  eela  pour  les  simples  qui  ne  savent 
pas  discerner  entre  la  couleuret  la  forme;  la  forme 


h.  Mais  voyons  d'oii  vient  que  toute  noire  qu'elle  soil, 
elle  so <lit  belle.  N'est-elle  pointnoireacausedelavie 
qu'elle  a  meneedans  les  tenebres,  sous  l'empire  du 


La  conlenr 

noire  n'est 

pas    tonjours 

une  laideur 


concerne  la  composition  Je  la   chose  qui  la  recent,  prince  du  monde,  oti  elle  porte  encore   l'image  de 

et  la  couleur  n'eu  est  qu'une  qualite.  Car   tout  ce  l'homme  terrestre?  Et  n'est-elle  point  belle  au  con- 

qui  est  noir  n'est  pas  laid   pour  cela.  Le   noirpar  traire,  a  cause  de  la  ressemblance  de    l'homme  ce- 

ezemple,  n'est  pas  laid  dans    la  prunelle    de  l'oeil.  leste  dont  elle  s'est  ensuite   revetue,    en    marchant 

On  se  pare  aussi  avec  des   pierres  precieuses  qui  dans  une  nouvelle  vie  ?  Mais  si  cela  est  ainsi,  pour- 

sont  noires.  I.es  cheveux  noil's  joints  a   une   peau  quoi  ne  dit-elle  point  au  passe  j'ai  ete  noire,  plu- 

blanche,  augmentent  l'eclat  et  la  beaute  du  visage,  tdt  que  je  suis  noire  ?  Neanmoins  si  ce  sens  sourit 

Entin  on  pent  faire  la   meme  remarque  en  mille  a  quelqu'un,    ce  qu'elle  ajoute  :  «  Comme  les  ten- 

autres  sujets  semblables,  et  vous  trouverez  une  in-  tes  de  Cedar,  comme  les  tentes   de  Salomon  [Cant. 

finite  de  choses,  qui  ne  laisseut  pas  d'etre  fort  bel-  l,  h)  :  »  doit  s'enleiiili'e  ainsi  :  les  tentes  de  Cedar, 

les  dans  leur  forme,  bien   que  la  couleur  n'eu  suit  serait  sa  premiere  vie ;   et  cellos  de  Salomon  s'a  vie 

pas  agreable.   Cost    peut-etre  de   cette  facon  que,  nouvelle.  Cost  do  ces  tentes  que   le  Prophete  parle 

bien  que   l'Epouse  suit  fort  belle    pour  les  trails  et  quand  il  dit  :  «  Mes  tentes  et  mes  pavilions  ont  et6 

la  proportion  de  son  visage,  elle  a   pourtant  ce  de-  renverses  lout  d'un  coup  (Jerem,  iv  29).  »    Aupara- 

faut  d'avoir  le  teint    noir.    Mais  cette  imperfection  vant  done,  elle   etait  noire  comme  les    viles   tentes 


fnmment     ' 
l'l^iiouaft  est 

en  meme 
temps  noire 

et  belle. 


dam  moilo  sunt  quo:  hujusmodi  sunt,  nee  falso  ila  eas 
nominal  Sponsa.  Sive  eniui  propter  sacraments  Eccle- 
shE,  qua;  iiidiU'erenlcr  quidem  cum  bunis  suseipiunt  ; 
save  propter  lidei  Eeque  cuminunem  confessionem ;  sive 
ob  Gdelium  corporalem  saltern  societatem,  sen  etiam 
propter  speai  futurae  salulis,  a  qua  ouinino  non  sunt, 
quaudiu  hie  vivunl;  vel  tales  desperandae,  quan- 
tumlibet  vivant  desperate,  non  incongrue  FiJite  Jerusa- 
lem nomioantur. 

3.  Vidcamus  jam  quid  illudfuerit  dicerc  :  Nigra  sum, 
sed  formosa.  Nullane  in  bis  verbis  repugnanlia  est?  Ab- 
sit.  Propter  simplices  dico,  qui  inter  colorem  et  formam 
discernere  non  novcrunt,  cum  Forma  ad  compositionem 
pertineat  :  nigredo  color  sit.  Non  omne  denique  quod 
Digram  est,  continuo  dcl'orme  est.  Nigredo  (verbi  causa 
in  pup. Ila  nun  dedeect ;  et  nigri  quidam  capilli  in  orna- 
meatis  placenl  j  et  oigri  capilli  candidis  vnllibus 
etiaui  docorem  augent  etgratiam.  Sie  tibi  quoque  facile 
ad\ertere  est  in  rebus  uinunieris.  Quanquum  sine  nu- 
tnero  sunt,  quae  in  superlicie  quidem  reperies  decoloria, 
in  compositione  vero  decora.  Tali  I'ortassis  modo  potest 
Sponsa,  cum  pulchritudinc  utique  compositionis,  nievo 
non  carere  nigredinis  ,  sed  sane  in  loco  peregrinationis 
sua?.    Alioquin    erit  cum    earn  sibi  in  patria    exhbbebit 


i1    i  a    gloria?  gloriosam,  non  habentem  maculam,  aut 
n,  aut  aliquid  hujusmodi.  At   vero  nunc  si  diceret, 
quia  nigredinem  non  haberet,  seipsam  seduceret,  el  Ve- 
ritas in  ea  nun  esset.  Quamobrem  ne  mireris  quiadixit, 
Nigra  sum;  et  rursum   nihilominus,  quia  formosa  sit, 

gloriatur.  Qu ido  enim  nori  formosa,  cui  dicitur,  Veni 

formosa  meat  Cui  autem  dicitur,  Veni,  nondum  perve- 

neial,  in'  I'urle  quis  putet  hoc  dictum,  nun   quidem  huic 

nigra',  qua?  adbuc  laborat  venieodo  in  via  ;  sed  bea- 
ts illi,  qua1  jam  prorsus  absque  nigredine  regnat  in 
pallia. 

I.  Sed  audi  uiide  nigram,  et  unde  formosam  se  dixe- 
rit.  An  nigram  quidem  ob  terram  conversationcm,  quam 
prius  lialjint  suli  principe  hujus  mundi,  imaginem  tcr- 
restris  bominis  adhuc  portans  :  formosam  vero  de  coe- 
lesti  similitudine,  quam  postea  ci  mmutavit,  ambidans 
jam  in  novitate  vitw  ?  Sed  si  hoc  est,  cur  non  magis  de 
pra'terilu.  Nigra  Fui  et  nun  Nigra  sum,  dicit  ?  Si  cui 
tamen  place!  liic  senses,  id  quod  sequitur,  sicul  taber- 
nacula  Cedar,  sicut  pelles  Salomonis,  sic  oportet  intel- 
ligi,  ut  de  veteri  quidem  conversatione  Cedar,  de  nova 
vero  Salomonis  se  dixerit  tabernaculum.  Hoc.  enim  esse 
pelles,  quod  tabernaculum.  Propheta  ostendit  dicens  : 
Repente  vaslata  suul  tabernncula  mea,  subiio  pelles  mece. 


VIXGT-CINQUIEME  SERMON  SUR 

de  Cedar,  et  depuis   elle  est  devenue  belle    comme 
les  pavilions  d'un  roi  triomphant. 
II  y  a  place      5.  Mais  voyons  si  l'un  et  l'autre  ne  conviendront 

pour  ic   noir 

mfme  daos   Pls  mieux  an  plus  parfait  etat  de  sa  vie.    Si  nous 
les  saints,   considerous  l'exterieur  des   saints,   combien  il  est 
humble,  bas  et  abject,  combien  vilet  neglige,  quoi- 
que  au  dedans  ils  contemplent  la   gloire  de  Dieu  a. 
face  decouverte,  etsoieut  transforms  en  son  image, 
l'Esprit  du  Seigneur  les  faisant  passer  de  clarte  en 
clarte ;   ne  nous  semble-t-il    pas  que    chacune   de 
ces  Ames  pent  raisonnablement   repondre    a   ceux 
qui  lui  reprochent  d'etre  noire  :   «  Je   suis  noire, 
mais  je  suis  belle  ?  »  Voulez-vous  que  je  vous  mon- 
tre  une  ame  qui  est  noire  et  belle  en  meme  temps? 
«  Ees  lettres  qu'il  vous  ecrit,  disent-ils,  sont  graves 
et  severes,  mais  l'exterieur   de   sa  personne    n'est 
pas  grand,  et  ses  discours  sont  fort   communs.    (I 
Cor,  x,  10).  »  C'est  saint  Paul  qui  etait  de  la  sorte. 
Jugerez-vous  saint  Paul,  lilies  de  Jerusalem,  sur  la 
figure  exterieure  de  son  corps  ;   et  le  mepriserez- 
vous  comme  noir  et  difforme,  parce  que  vous  voyez 
un  homme  faible,  afflige  par  la  faim  et  la  soif,  le 
froidet  lanudile,  accable  de  travaux  etdeblessures, 
jusqu'a  etre  souventsur  le  point  de  mourir  (II  Cor. 
xi,   23)  ?  Ce  sont  la  les  choses  qui  noircissent  saint 
Paul ;    c'est   ce   qui  fait    que    le  Docteur    des  na- 
tions est  estime  vil  et  abject,  noir  et  difforme,  l'op- 
probre  enfin   et    le  rebut    du    nionde.    Cependant 
n'est-ce  pas  lui  qui  aete  ravi    dans  le    Paradis,  et 
qui,  par  son  admirable  purete,  a  depasse  le  premier 
et  le  second  ciel,  et  penetre  jusqu'au   troisieme?  0 
ame  vraiment  belle  !  logee  dans  un  corps  bien  fai- 
ble,  elle  n'en  a  pas  moins  ete  recue  par  les  beautes 
celestes,  les  anges,  tout  grands  qu'ils  sont,  ne  l'ont 


257 


LE  CANT1QUE  DES  CANTIQUES. 
point  rejetee  ;  la  cbarite  divine  ne  l'a  point  me- 
prisee.Aprescela,  direz-vous  encore  qu'elle  est  noi- 
re ?  Elleesl  noire,  je  I'avoue,  mais  elle  est  belle,  Bi- 
les de  Jerusalem.  Elle  est  noire  a  voire  jugement, 
mais  elle  est  belle  au  jugement  de  Dieu  et  des  an- 
ges. Si  elle  est  noire  ce  n'est  qu'au  dehors.  Or  elle 
se  soucie  fort  peu  de  votre  jugement,  et  du  juge- 
ment de  ceux  qui  ne  jugent  des  choses  que  paries 
apparences  exterieures.  Car  l'homme  ne  voit  que 
ce  qui  parait  au  dehors,  mais  Dieu  voit  et  contem- 
pleleceeur(liJ<tf.  xvi,  7).  Si  elle  est  noire  au  de- 
hors, elle  est  helle  au  dedans,  et  plait  a  celui  a  qui 
elle  souhaite  de  plaire.  Elle  ne  se  met  pas  en  peine 
de  vous  plaire  ;  car  elle  sait  que  si  elle  vous  etait 
agreable,  elle  ne  serait  pas  la  servante  de  Jesus- 
Christ.  Heureux  le  noir  qui  produit  la  blancheur 
de  lame,  la  lumiere  de  la  science,  la  purete  de  la 
conscience ! 

6.  Ecoutez  enfin  ce  que  Dieu  promet  par  le  Pro- 
phete  a  ceux  qui  sont  noirs  de  cette  sorte,  a  ceux 
que  l'humilite  de  la  penitence  ou  le  zele  de  la  cba- 
rite semble  avoir  decolores  «  Quand  vos  peches,  dit- 
il,  seraient  aussi  rouges  que  lecarlate,  ils  devien- 
dront  Wanes  comme  la  neige,  et  comme  la  laine  la 
plus  blanche  {ha.  I,  18).  »  II  ne  faut  pas  mepriser 
si  fort  le  noir  qui  parait  dans  les  saints,  puisqu'il 
produit  une  blancheur  cacb.ee,  et  prepare  au  de- 
dans de  l'ame  un  trone  pour  la  sagesse  ;  car  la 
sagesse,  selon  la  definition  du  Sage,  est  la  blancheur 
de  la  vie  eternelle  [Sap.  vn,  26),  et  il  faut  qu'une 
ame  en  qui  la  sagesse  etablit  sa  demeure  soit  bien 
blanche.  Si  l'ame  du  juste  est  le  siege  de  la  sagesse, 
je  ne  fais  aucune  difuculte  de  dire  que  l'ame  du 
juste  est  blanche,  peut-etre  meme   la  justice    est- 


Prius  igifur  nigra,  sicut   vilissima   tabernacula  Cedar  : 
postea  formosa,  sicut  pelles  gloriosi  Regis. 

5.  Sed  videamiis  quomodo  ad  slalum  potius  vita?  po- 
tions utrumque  respiciat.  Si  consideremus  habitum  ex- 
terioiem  sanctorum,  eum  qui  in  facie  est,  quam  sit 
humiUsutiqueet  abjectus,  et  quadam  neglectus  incuria- 
cum  tamen  identidem  intus  revelata  facie  gloiiam  Dei 
speculates,  in  eamdam  imaginem  transformentur  de 
clantatein  claritatem,  tanquam  a  Domini  spiritu  :  nonne 
una  quadibet  talis  anima  merito  nobis  videbitur  posse 
respondere  exprobrmlibus  sibi  nigredinem  :  Nigra  sum 
sed  formora?  Vis  tibi  denique  demonstrem  animam  et 
mgram  pariter,  et  formosan  ?  Epistolce,  inquiunt,  on 
sunt  :  sed  prtesentia  corporis  infirma,  etsermo  contemn- 
tibUu.  Paulus  hie  erat.  Dane  Paulum,  o  (iliae  Jerusalem 
de  prasentia  corporis  aestimatis,  et  tanquam  decolorem 
deformemque  contemnitis,  quia  cernitis  homnnculum 
afflictan  in  fame  et  siti,  in  frigore  et  nuditate,  in  lubo- 
nbus  plunmii,  in  plagis  supra  modum,  in  mortibus 
frequenter?  Use  sunt  quae  denigrant  Paulum.  Pro  hu- 
jusmodi  Doctor  gentium  reputatur  inglorius,  ignobilis 
niger,  obscurus ;  tanquam  denique  peripsema  hujus 
mundt.  Emmvero  nonne  ipse  est  qui  rapitur  in  para- 
disum,  qui  unum  alterumque  perambulans,  usque  ad 
tertium  sui  puntate  penetrat  ccelum  ?  0  vere  pulcherri- 
T.    IV. 


ma  anima  !  quam,  etsi  infirmum  inhabitanfem  corpus- 
culum,  pulchritttdo  ccelestis  admifterenondespev.it  ange- 
lica subhmitas  uon  rejecit,  claritas  divina  non  rep  u  lit 
Dane  vos  d.citis  nigram  ?  Nigra  est,  sed  formosa,  liliai 
Jerusalem  Nigra  vestro,  formosa  divino  angelieoque 
judicio.  Etsi  nigra  est,  forinsecus  est.  Sibi  autem  pro 
ni.mmo  est,  ut  a  vobis  judicetur,  aut  ab  bis  qui  secun- 
dum faciem  judicant.  Homo  siquidem  videt  in  fade 
Deus  autem  intuetur  cor.  Propterea  etsi  nigra  foris  sed 
in  us  formosa,  ut  ei  placeat  cui  se  probavit.  Nor,  enim 
vobis  :  quibus  si  adhuc  placeret,  Chrisli  servus  non  esset. 
Felix  mgredo,qua5  mentis  csndorem  parit,  lumen  scien- 
tiae,  conscientia-  puritatem. 

6.  Audi  denique  quid  per  Prophetam  Deus  promittat 
ishusmodi  nigris,  quos  aut  humilitas  pcrnitentia?  aut 
charUatis  zelus,  tanquam  soiis  sstus,  decolorasse  videtur 

A  ihT)  a"'  !>eCCfa  l:es,ra  ut  co«™„w,  quasi  nix 
dealbabunlur;  ets,  fuerint  rubra  quasi  vernuculus,  velut 
tana  alba  erunt.  *on  plane  contemnenda  in  Sanctis  ista 
mgredo  e.xtera,  qua?  candorem  operalur  internum  et 
sedem  proiide  prieparat  sapientiae.  Candor  est  enim  vita 
externa;  sapientia,  ut  Sapiens  diffinit  :  et  candidam  opor- 
tet  esse  animam,  in  qua  ipsa  sedem  elegerit.  Quod  si 
anima  jush  sedes  est  sapientia:,  haud  dubie  dkerim 
animam  justi  esse  candidam.    Et  foriassia  justitia  ipsa 

17 


258 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Beauts  et 
blancheur  de 
Saint  Paul. 


II  y  a  nn  noir 
qui  est  beau. 


L'objet  prin- 
cipal des 
soins  des 
Saints  est 
leur  ame. 


elle  une  blancheur  de  l'lme.  Or  saint  Paul  etait 
juste,  puisque  la  couronne  de  justice  lui  etait  reser- 
?ee  II  Tun.  iv,  8).  L'ame  done  de  saint  Paul  etait 
blanche;  et  la  sagesse  avait  mis  son  troue  en  lui, 
en  sorte  que  ses  dtscours  surpassaient  ceux  des 
plus  parfaits  et  coutenaient  cette  sagesse  sublime 
et  mystique  que  nul  des  princes  du  monde  n'a  con- 
nue.  Cepeudaut  e'etait  cette  teinte  noire,  causee 
par  la  faible  complexion  de  son  corps,  par  ses 
grands  travaux,  par  ses  jeiines  et  ses  veilles  iulinies 
qui  produisait  ou  meritait  en  lui  cette  blancheur 
de  sagesse  et  de  justice.  En  sorte  que  ce  qui  etait 
noir  en  saint  Paul  etait  tout  autremeut  beau  que 
les  plus  riches  ornaments  exterieurs,  que  les  plus 
maguitiques  equipages  des  rois.  On  ne  peut  lui 
comparer  ui  la  beaute  du  corps,  queque  grande 
que'lle  soil,  ni  la  blancheur  d'uue  peau  delicate  qui 
doit  etre  uu  jour  cousumee,  ni  les  roses  dun 
visage  qui  doit  bientot  se  corrompre,  ni  le  prix 
d'uue  robe  qui  s'use  avec  le  temps,  ni  la  beaute  de 
l'or  ou  1  eclat  des  pierrenes,  ai  eulin  rien  de  ce  qui 
est  sojet  a  la  corruption. 

7.  C'est  done  avec  ruison  que  les  saints,  rnepri- 
saut  les  ornements,  et  1'entrelien  supertlu  de  leur 
exleneur,  qui  est  corruptible,  mettent  tout  leur 
sum  et  s'occupent  euUereuieut  a  cultiver  et  orner 
l'inierieur,  qui  est  fait  a  1'image  de  Dieu,  et  qui  se 
renouvelle  de  jour  en  jour.  Car  Us  sont  assures 
que  rien  ne  peut  etre  plus  agreable  a  Dieu  que  son 
image,  lorsqu'on  la  retablit  dans  sa  premiere  beau- 
te. C'est  pour  cela  que  toute  leur  beaute  est  au 
dedans  deux,  sans  paraitre  au  dehors,  e'est-a-dire 
qu'elle  ne  consiste  point  dans  la  lleur  de  l'herbe, 
cownie  parle  l'Ecnture,  ni  dans  les  louanges  du 
peuple,  mais  dans  le   Seigneur.   C'est   ce   qui  leur 


f.iit  dire  :  a  Toute  notre  gloire  consiste  dans  le  te- 

moignage  de  notre  conscience  (n  Cor.   u,  12) ;» 

le  seul  juge  de  leur  conscience  est,  en  effet,  Dieu,  a 

qui  seul  ils  desirenl  de  plaire,  car    c'est  la  seule- 

mcnl  que  se  trouve  la  vraie  et  souveraine  gloire  a. 

leursyeux.  Ceries,  cette  gloire  qui  reside  au  dedans 

n'est  pas  petite,  puisque  le  Seigneur  de  gloire  dai- 

gne  sen  gloriher,  suivant  ccs    paroles   de   David  : 

«  Toute  la  gloire  de  la  lille  du    rui  est    au  dedans     Ln  gloire 

d'elle  (I'sal.  xliv,  1/j).  »  Car  la   gloire   que  chacun  inlfri,"re  el 
.  .  ...  ,  .  ,.        eitcneur* 

trouve  en  soi-meme  est  bien   plus   sure  que   celle    des  Saints. 

qu'ou  trouve  dans  les  aulres.    Mais  peut-etre   ne 

faut-il  pas  se  gloriher  seulement  de  la  blancheur 

du  dedans  ;  mais  aussi  de  la  noirceur  du  dehors, 

alio   qu'il  n'y  ait  rien   d'inutile   dans    les    saints, 

mais  que  toutes  cboses  contnbuent  &   leur   bien. 

Ne  nous  glorihons  done  pas  seulement  dans  notre 

esperance,  mais  encore  dans  nos  alll  ctions.   «  Je 

me  glorilierai  volontiers,   dit  l'Apotre,   dans   mes 

inlimiiles,  alin  que  la  force  de  Jesus-Christ  hubite 

en  moi  (u  Cor.  xu,   9).    »    Combien    desirable   est 

1'inQruiite   qui   est  recompensee    par  la   force  de 

lesus-Christ.   Qui  m'accordera  cette    grace,   non- 

seulemeut  de  devenir  faible  et  inlirme,  mais  meme 

de  tomber  dans  une  langueur  extreme,  et  [iresque 

en  complete  defaillance,  pour  que  je  sois  allerini 

par  la  force  du  Seigneur  des  vei'lus?  «  Car  la  vertll 

se  perfeetioune  dans  la  faiblesse  du   corps.  »  C'est 

d'ailleurs,    «  quand  je  suis  inlirme,  dit   l'Apotre, 

que  je  suis  fort  et  puissant.  » 

8.  Puisqu'il  en  est  ainsi,  l'Epouse  a  bonne  grace 

a  se  faire  un  sujet  de    gloire  de  ce  qui  lui  est  re- 

proche  commeune  laideurpar  SL-senvieuses,  quand 

elle  ne  se  glontie  pas  seulement  d'etre  belle,   mais 

d'etre  noire.  Car  elle  ne  rougit  point  d'etre  noire 


candor  est.  Justus  autem  eral  Panlus,  cui  reposita  fue- 
rat  corona  justitne.  Candida  proinde  Pauli  uiiiuia  erat, 
et  sapientia  sedebat  in  ea,  ita  ut  sapientiam  loqueretur 
inter  perfectos,  sapientiam  in  niystcrio  absconditam, 
quam  nemo principum  mundi  liujus  agnovit.  Porro  hmic 
in  eo  sapientia',  justitia'que  candorem  nigredo  ilia  ex- 
terior de  piffisentia  corporis  inlirma,  de  labonbus  plu- 
rimis,  de  jujuuiis  ac  vigiliis  mullis,  aut  operabatur,  aut 
prouierebatur.  Ideoque  et  quod  nigrum  est  Pauli  spe- 
ciosius  est  omni  ornalu  extrinseco,  orani  etiam  regio 
cultu.  Non  comparabitur  ei  quantalibet  pulcbritudo  car- 
nis,  non  cutis  utique  nitida  et  arsura,  non  facies  colorata 
vicina  putredini,  non  vestis  pretiosa  obnoxia  vetustati, 
non  auri  species,  splendorve  gemmarum,  seu  qua;que 
talia,  qua1,  omnia  sunt  ad  corruplionem. 

7.  Merilo  proinde  omuis  cura  sanctorum,  spreto  or- 
natu  cultuque  supurlluo  exlerioris  sui  homiuis,  qui 
certe  corrumpitur,  omni  se  diligenlia  praebet  et  occupat 
excolendo  ac  decorando  interior!  illi,  qui  ad  imaginem 
Dei  est,  et  renovatur  de  die  in  diein.  Certi  sunt  enim 
Deo  non  posse  esse  quidquam  acccplius  imagine  sua,  si 
proprio  fuerit  restituta  decori.  Proptcrea  et  omnis  gloria 
eorum  intus,  non  foris  est,  hoc  est    non  in  flore   fceni, 


aut  in  aure  vulgi,  sed  in  Domino.  Unde  et  dicunt,  Glo- 
ria nostra  heec  est,  testimonium  couscientiee  nostra? : 
quod  conscientiae  solus  sit  arbiter  Deus,  cui  soli  pla.  ere 
desiderant;  et  cui  placere,  sola  vera  et  simima  gloria  est. 
Non  mediocris  plane  gloria  ilia  qu;e  intus  est,  in  qua 
gloriari  dignatur  et  Dominus  gloria',  dicente  David  : 
Omnis  gloria  ejus  ftlia  regis  ab  intus.  Et  tutior  sua 
cuique  gloria,  dum  babet  earn  in  semctipso,  et  non  in 
altera.  At  non  in  solo  fortassis  candore  interno,  sed  in 
exteriori  quoque  nigredine  et  exterioie  gloriandum,  ne 
quid  omnino  Sanctis  depereat,  sed  omnia  cooperer.tur 
in  bonum.  Non  solum  igitur  in  spc,  sed  et  gloriari  in 
tribulationibus.  Libenter,  ait,  gtoriabor  in  in/irmitatibus 
meis,  ut  inhabiiei  in  me  virtus  Christi.  Optanda  infir- 
mitas,  qua;  Cbristi  virtute  cumpensatur.  Quis  dabit  mi- 
hi  non  solum  intirmari,  sed  ut  dcslitui  ac  deticere  peni- 
tus  a  memetipso,  ut  Domini  virtutum  virtute  stabiliar? 
Jfam  urtits  in  infirmilute  fier/iettw:  Ueniquc  ait  : 
Quawlo  infirmor,  tunc  fortis  sum  ei  potent, 

8.  Quod  cum  ita  sit,  pulcbre  Sponsa  convertit  sibi  ad 
gloriam,  qm.d  ei  pro  opprobrio  ab  smiths  intorquelur  j 
non  modo  formosam,  sed  et  nigram  esse  se  glorians. 
Non  enim  erubescit  nigredinem,  quam  novit  praecessisae 


VINGT-C1NQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


259 


quand  son  Epoux  Fa  ete  avant  elle,  puisqu'elle  met 

toute  sa  gloire  ii  lui  etre  seuiblable.    Elle   n'estime 
La  eloire  des    ,  .,.,.  -,  r?  •     *>  \. 

Chretiens     done  rien  de  si  gloneux  que  de  sounrir  1  opproore 

consiste  a  se  (je  j0Sus-Christ.  Et  e'est    ee  qui  lui  fait  dire  avec 

conformer  au  L 

crucifie.  allegresse  et  bonlieur  :  «  A  Dieu  ne  plaise  que  je 
me  glorilie  en  autre  chose  qu'en  la  croix  de  mon 
Seigneur  Jesus-Christ  (Gal.  vi,  l!i).  »  L'ignominie 
de  la  croix  est  agreable  a  celui  qui  n"est  plus  in- 
grat  envers  Jesus-Christ  crucilie.  C'est  une  n.-ir- 
ceur,  mais  c'est  la  forme  et  la  ressemblance  du 
Seigneur  Jesus.  Consultez  le  prophete  Isaie,  et  il 
vous  dira  de  quelle  maniere  il  l'a  vu  en  esprit.  Car 
n'est-ce  pas  de  lui  qu'il  a  dit  :  «  C'est  un  liomme 
de  douleur,  accable  de  faiblesse;  iln'a  plus  ni  grace, 
ni  beaute  (ha.  mi,  3)?  »  Et  il  ajoute  :  «  Nous 
l'avons  pris  pour  un  lepreux,  et  pour  un  homme 
que  Dieu  avait  frappe  et  humilie.  Mais  il  n'a  recu 
toules  ces  plaies  en  son  corps,  que  pour  l'expiation 
de  nos  peches.  11  a  ete  comme  brise  a  cause  de  nos 
crimes,  et  nous  avons  ete  gueris  par  le  sang  de  ses 
blessures  (Psal.  xnv,  3).  >>  Voila  ce  qui  le  rendait 
noir.  Ajoutez  a  cela  ce  que  dit  David  :  «  11  surpasse 
en  beaute  tous  les  enfants  des  hommes  ;  »  et  vous 
trouverez  dans  l'Epoux  tout  ce  que  l'Epouse  pre- 
tend avoir  en  elle. 

9.  Ne  vous  semble-t-il  pas  que,  selon  ce  que  nous 

avons  dit,  il  puisse  fort  bien  repondre   aux    Juifs 

envieux  de  sa  vertu;  jesuis  noir,  maisje  suisbeau, 

enfants  de  Jerusalem.  II  etait  noir,  eneffet,   car  il 

En  quel  sens  n'avait  ni  grace,  ni  beaute.  11  etait  noir,  parce  que 

Jesus  est  noir     ....  ,  ,.  ,         , 

et  beau,  c  etait  un  ver,  non  un  homme,  1  opprobre  du  mon- 
de  et  le  rebut  du  peuple.  Apres  tout,  puisque  lui- 
rneme  s'est  faitpeche  (n  Cor.  v,  21),  pourquoi  crain- 
drais-je  de  dire  qu'il  est  noir  ?  Regardez-le  couvert 


de  haillons,  meurtri  de  coups,  souille  de  crachats, 
pale  des  paleurs  de  la  mort;  pouvez-vousnier  qu'il 
soit  noir  ?  Mais  demandez  aux  apotres  comment  ils 
l'ont  vu  sur  la  montagne,  et  aux  anges  quel  est 
celui  qu'ils  desirent  tant  contempler,  et  vous  e 
laisserez  pas  d' admirer  sa  beaute.  II  est  done  beau 
en  lui-meme,  et  il  est  devenu  noir  pour  l'amour 
de  vous.  0  Seigneur  Jesus,  que  je  vous  trouve  beau, 
meme  revetti  de  ma  forme,  non-sculement  a  cause 
des  merveilles  adorables  dont  vousbrillez  de  toutes 
parts,  mais  encore  a  cause  de  votre  verite,  de  votre 
douceur,  et  de  votre  justice.  Heureux  celui  qui  ,vous 
considerant  attentivement,  quand  vous  conversez 
comme  homme  parmi  les  hommes,  s'efforce  autant 
qu'il  peut  de  vous  imiter.  Votre  toute  belle  a  deja 
recu  le  don  de  cette  felicite,  comme  les  premices 
de  sa  dot,  parce  qu'elle  n'a  point  ete  paresseuse  a 
imiter  ce  qu'il  y  a  de  beau  en  vous,  ni  honteuse  de 
souffrir  ce  qu'il  y  a  de  noir.  C'est  aussi  ce  qui  lui 
fait  dire  :  «  Je  suis  noire,  mais  je  suis  belle,  filles 
de  Jerusalem.  »  Et  elle  ajoute  une  comparaison  : 
«  Comme  les  tentes  de  Cedar,  comme  les  tentes  de 
Salomon.  »  Mais  ces  paroles  sont  obscures  et  diffi- 
ciles  a  pour  des  audileurs  fatigues.  Vous  avez  du 
temps  pour  frapper  a  cette  porte.  Si  vous  y  frappez 
comme  il  faut,  celui  qui  revele  les  mysteres  se 
presentera,  il  ne  tardera  point  a  vous  ouvrir,  puis- 
que lui-meme  vous  invite  a  y  frapper.  Car  c'est  lui 
qui  ouvre  et  personne  ne  ferine,  lui,  l'Epoux  de  . 
de  l'Eglise,  notre  Seigneur  Jesus-Christ,  qui  est 
beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 


et  in  Sponso  :  cui  similari  quanta;  etiam  gloria;  est?  Nil 
sibi  gloriosius  proinde  pntnt,  quam  Christi  portare  op- 
probrium. Unde  vox  ilia  prorsus  exsullationis  et  salntis  : 
Aisii  milii  ijtormri,  nisi  in  cmce  Domini  mei  Jesu-Christi. 
Grata  ignominia  crucis  ei,  qui  Crucifixo  ingratus  non 
est.  Nigredo  est,  sed  forma  et  similitudo  Domini.  Vade 
ad  sanctum  Isaiam,  et  describei  tibi,  qu.'dem  in  spiritu 
ilium  viderit.  Quern  namque  alium  dicit  drum  dolorii, 
et  scieniem  infu-mitatem ,  et  quia  non  erat  ei  species 
neque  decor?  Et  addidit  :  Not  puttwimus  cum  tanquam 
teprosum,  et  percuisum  a  Deo,  et  humiliatum.  Ipse  au- 
tem  vulneratui  est  propter  iniquilates  nostras,  attritus 
est  propter  see/era  nostra  ;  et  lirore  ejus  sanati  sutnus. 
Ecce  unde  niger.  Junge  et  illud  sancti  David,  Speciosus 
forma  prm  filiis  hominum;  et  habes  totum  in  Sponso, 
quod  Sponsa  de  se  hoc  in  loco  testata  est. 

9.  Num  tibi  recte  et  ipse  videtur  secundum  ea  quae 
dicta  sunt,  aemulis  posse  respondere  Judieis  :  Niger  sum, 
sed  formosus,  filii  Jerusalem  1  Niger  plane,  cui  non 
erat  species,  neque  decor;  niger,  quia  vermis  et  non 
homo,  opprobrium  hominum.  et  abjectio  plebis.  Denique 
seipsum  fecit  peccatum  :  et  nigrum  dicere  verear  ?  In- 
tuere  sane  pannis  sordidum,  plagis  lividum,  illitum 
iputis,  pallidum  morte ;  et  nigrum  vel   tunc  profecto  fa- 


tebere.  Percunctare  etiam  apostolos,  eumdem  ipsum 
qualem  in  monte  perspexerint ;  aut  certe  angelos,  in 
qualem  prospicere  concupiscant ;  et  nihilominus  formo- 
sum  mirabere.  Ergo  formosus  in  se,  niger  propter  te. 
Quam  formosum  et  in  mca  forma  te  agnosco,  Domine 
Jesu  !  non  ob  divina  tantum  quibus  effulges  miracula, 
sed  et  propter  veritatem,  et  mausuetudinem,  et  justitiam. 
Beatus  qui  te  in  his  hominem  inter  homines  conversan- 
tem  diligenter  cbservans,  seipsum  pra'bet  pro  viribus 
imitatorem  tui.  Hoc  jam  bealitudinis  munus  formosa 
tna  primitias  suaa  dolis  accepit;  nee  quod  formosum 
est  tui,  imitari  pigra ;  nee  quod  nigrum  sustinere  con- 
fusa.  Unde  et  dicebat  :  Nigra  sum,  sed  formosa,  filiiB 
Jerusalem.  Et  addidit  similitudinem,  sicut  tabernacula 
Cedar,  sicut  pelles  Sa/omonis.  At  istnd  obscurum  est, 
nee  altingendum  omnino  fatigatis.  Habetis  tempus  ad 
pulsandum.  Si  non  dissimulatis,  aderit  qui  revelat  mys- 
teria  :  nee  cunctabitur  aperire,  qui  ad  pulsandum  invi- 
tat.  Ipse  est  enim  qui  aperit,  et  nemo  claudit,  Sponsus 
Ecclesiae  Jesus-Christus  Dominus  noster,  qui  est  bene- 
dictus  in  saeeula  sasculorum.   Amen. 


260 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Prononce    en 
1133. 


SERMON  XXVI. 

Saint  Bernard  pleure  la   mort  de  son   frere 
Girard  ». 


exil?Car  nous  n'avons  pas  ici  une  cite  permanente, 
mais  nous  aspirons  apres  la  cite  future  [Jub.  xui, 
14).  D'ailleurs,  nous  conibattons  dans  ce  corps 
model,  comme  lorsqu'on  est  sous  la  tente,  en  fai- 
sant  une  saiute  violence  pour  conquerir  le  del.  En 
efi'et,  la  vie  de  l'bomme  sur  la  terre  est  tin  combat 
1.  «  Comme  les  tentes  de  Cedar,  comme  celles  de  perpetuel,  et,  tant  que  nous  combattons  ici-bas 
Salomon  (Cant.  I,  li).  »  (-'est  par  la  qu'il  nous  faut  nous  sommes  exiles  de  la  presence  du  Seigneur, 
commencer,  puisque  cost  la  que  nous  avons  lini  la  e'est-a-dire  nous  sommes  prives  de  la  lumiere.  Car  Notre  corns 
derniere  fois.  Je  vois  bien  que  vous  desirez  savoir  le  Seigneur  est  la  veritable  lumiere,  et,  tant  que  cst  une  ,cnte 
ce  que  ces  paroles  signilient,  et  quelle  liaison  elles  nous  ne  sommes  point  avec  lui,  nous  sommes  dans 
ont  avec  celles  qui  les  precedent,  car  e'est  une  les  tenebres,  e'est-a-dire  dans  Cedar.  Aussi  cette 
coinparaison.  On  peut  dire  que  les  deux  parties  de  voix  gemissante  et  plaintive  nous  convient-elle  : 
cette  comparaison  repondent  seulement  a  ces  paro-  ccllelas !  que  mon  exil  est  long!  je  vis  ici  comme  un 
les  qui  hi  precedent  :  «je  suis  noire.  »  On  pent  dire  Stranger  parmi  les  habitants  de  Cedar;  mon  ame 
aussi  que  les  deux  membres  de  la  comparaison  se  est  ennuyee  de  demeurer  si  longtemps  bors  de  ma 
rapportent  aux  deux  cboses  ipie  l'Epouse  a  diles  :  patrie  [Psal.  cxix,  5).  »  Cette  demeure  de  notre 
je  suis  noire,  miis  je  suis  belle.  Le  premier  sens  corps  n'est  done  pas  la  demeure  d'un  citoyen  ou  la 
est  plus  simple,  celui-ci  est  plus  obscur.  Mais  U-  maison  d'un  indigene;  mais  e'est  la  tente  d'un 
ebons  d'expliquer  l'un  et  l'autre,  et  commencons  combattant  on  l'hutellerie  d'un  voyageur.  Ce  corps, 
par  celui  qui  parait  le  plus  difticile.  Or,  ladifticulte  je  le  repete,  est  une  tente,  et  une  tente  de  Cedar, 
ne  consiste  pas  dans  les  deux  premieres  paroles  de  parce  qu'il  environne  lime,  et  la  prive  de  la  jouis- 
chaque  partie,  mais  dans  les  dernieres.  Car  «  Ce-  sance  de  la  lumiere  infinie,  et  ne  lui  permet  point 
dar,  »  qui  signifie  tenebres,  semble  avoir  un  rap-  de  la  voir,  si  ce  nest  comme  dans  un  miroir  et  en 
port  assez  clair  avec  ce  qui  est  noir;  mais  le  mftme     enignie,  mais  non  pas  face  a  face. 

rapport  ne  se  trouve  pas  eutre  «  les  tentes  de  Salo-         2.  Voyez-vous  d'oii  vieut  que  l'Eglise  est  noire,  et    iyou  Tjent 
mon »  et  la  beaute.  Qu'est-ce,  en  elfet,  que  les  tentes,     que   les  plus  belles  ames  ne  sont  pas  exemptes  de  que,  1'E.Sli" 
sinon  le  corps  dont  nous  sommes  revetus  dans  cet    quelque  rouille?  Cela  vient  des  tentes  de  Cedar,  de 

l'exercice  d'une  guerre  laborieuse,  de  la  longueur 
de  ce  miserable  sejour,  entin  de  ce  corps  fragile  et 
pesant.  «  Car  le  corps  corruptible  appesantit  1'aine, 
et  cette  demeure  de  terre  et  de  boue  abat  l'esprit 
qui  veut  s'elever  par  la  sublimits  de  ses  pensees  (Sap, 
ix,  15).  »  C'est  pourquoi  aussi  ces  ames  soukaitent 


a  Voir  l'bistoire  de  fa  conversion  dans  la  vie  de  saint  Bernard, 
par  Guillaume,  livre  I,  n.  II  et  12.  II  etait  celerier  a  Clair- 
vaui,  meme  livre,  n.  27.  Sa  mort  arriva  en  1138,  apres  soa  re- 
tour  d'ltalie  avec  saint  Bernard,  nierne  livre,  n.  14.  On  a  vu 
plus  haut,  lorne  III  de  cette  edition,  une  oraison  funebre  du 
meme  genre  en  lhonneur  de  Humbert. 


SERMO  XXVI. 

In  quo    beatus    Bemardus  obitum    fratris   sui  Girardi 
luget. 

i.  Sicut  tabernacula  Cedar,  sicut  pelles  Salomonis. 
Hinc  incipiendum,  quia  hie  desiit  sermo  superior.  Hoc 
exspectatis  audite  quid  sit,  et  qualiter  ei  quod  proximo 
tractatum  est  capitulo  coaptetur,  quia  simililudo  est. 
Potest  enim  hoc  ita  subjunctum  luisse,  ut  utraque  pars 
sirnilitudinisad  id  solum  respondeat,  quod  ibi  pra^cesse- 
rat,  Nigra  sum.  Potest  et  ita,  ut  duobus  illis  duo  isla, 
id  cst  singula  singulis  referantur.  Ille  sensus  simplicior, 
iste  obscurior  cst.  Sed  tentemus  utruuique  :  et  prius 
quidem  huiic,  qui  diflicilior  apparet.  Non  autetn  in  duo- 
bus  primis,  sed  in  duobus  duulaxat  extremis  difflcultas 
est.  Nam  Cedar  quidem  (quod  interpretatur  tenebi-ie) 
aperte  satis  cum  nigredinc  convenire  videtur:  sed  pelles 
Salomonis  cum  formositate  non  ila.  Porro  tabernacula 
in  eamdem  nihilominus  concurrerc  convenientiam  quis 
non  videat?  yuid  enim  tabernacula,  nisi  nostra  sunt 
corpora,  in  quibus  peregrinamur?  Nee  enim  habemus 
hie  manentem   civitatem,  sed  futuram  inquirimus.  Sed 


et  militamus  in  eis,  tanquam  in  tabernaculis ;  prorsus 
violenti  ad  regnum.  Denique  militia  est  vita  hominis 
super  terram  :  et  quandiu  militamus  in  hoc  corpore, 
peregrinamur  a  Domino,  id  est  a  luce.  Nam  Dominus 
lux  est  :  et  in  quantum  quisque  cum  eo  non  est,  in  tan- 
tum  in  tenebris  est,  hoc  est  in  Cedar.  Flebilem  proinde 
vocem  illam  agnoscat  suam  :  Heu  nuhi  quia  incolutus 
metis  prolongatus  est!  habitavi  cum  habitantibus  Cedar, 
mullum  incoia  fuil  annua  ami.  Est  ergo  hoc  habitacu- 
lum  nostri  corporis,  nun  civis  mansio,  aut  domus  indigent; 
sed  aut  tabernaculum,  mililanlis,  aut  siabulum  viatoris. 
Est,  inquam,  hoc  corpus  tabernaculum,  ct  tabernaculum 
Cedar,  quod  nimirum  animam,  quasi  objectu  sui,  incir- 
cumscripti  luminis  interim  nunc  fraudat  aspectu ;  nee 
sinit  omnino  videre  illud,  nisi  per  speculum  quidem 
et  in  amiymate,  non  autem  facie  ad  faciem, 

2.  Videsne  unde  EeclesiEe  nigrcdo,  unde  pulcherri- 
mis  quoque  animubus  nunnulla  rubigo  inhatiserit'?  De 
tabernaculo  profecto  Cedar,  de  exeicitio  iaboriosa:  mi- 
litia.-, de  diuturnitate  miseri  incolatus,  de  angustiis 
aerumnosi  exsilii,  de  corpore  denique  fragili  et  gravi  : 
quia  Corpus  quod  corruaipitur,  aggravat  animam,  et 
deprimit  terrena  inhabitalio  sensum  mulla  cogilantem. 
Propterea  et  cupiunt  dissolvi  :  ut  corpore  levata?,  Cliristi 
avolent   in  amplexus.  Unde  et  gemens  una    de  misetis 


VINGT-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


261 


d'en  sortir,  afin  qu'etant  delivrees  de  ce  corps,  elles 
volent  pour  jouir  des  chastes  embrassements  de 
Jesus-Christ.  C'est  ce  qui  fait  dire  a  l'une  d'elles 
avec  gemissement  :  «  Malheurenx  homme  que  je 
suis.  qui  me  delivrera  de  ce  corps  de  mort  (Runt. 
vi,  24)?)  «  Car  elle  sait  que  tandis  qu'elledemeure 
dans  les  tentes  de  Cedar,  elle  ne  peut  pas  etre  en- 
titlement exempte  de    taches,    de    rides,    ou  de 


feu  que  je  cache  en  moi  devore  mon  ftme  par  des 
regrets  cuisants  et  penetre  jusqu'a  la  moelle  de  mes 
os.  Etant  enferrae,  il  se  repand  davanlage,  il  prend 
de  nouvelles  forces.  Quel  rapport  y  a-t-il  eulre  ce 
cantique  de  joie  et  l'amertume  oil  je  suis?  La  vio- 
lence de  la  douleur  me  rend  incapable  d'applica- 
tion,  et  l'indignation  de  Dieu  a  desseche  mon  es- 
prit. Car  celui  qui  etait  cause  que  je  faisais  mes 


quelque  noirceur,  et  c'est  ce  qui  lui  fait  desirer  d'en     exercices  dans  le  Seigneur  avec  quelque  liberte, 


etre  dehors,  alin  de  pouvoir  acquerir  une  parfaite 
purete.  Voila  ponrquoi  l'Eglise  dit  qu'elle  est  noire 
«  comme  les  tentes  de  Cedar.  »  Mais  comment  est- 
elle  comme  les  tentes  de  Salomon  ?  Je  ne  sais  ce 
que  je  sens  de  sublime  et  de  sacre,  enveloppe  dans 
ces  tentes,  et  je  n'oserais  y  toucher  sans  le  bon 
plaisir  de  celui  qui  y  a  cache  et  seelle  ces  mysteres. 
J'ai  In,  en  effet,  que  «  celui  qui  veut  sonder  la  ma- 


m'ayant  ete  ravi,  mon  coeur  m'a  abandonue  en 
meme  temps.  Mais  je  me  suis  fait  violence,  et  j'ai 
dissimule  jusqu'a  present  la  grandeur  de  mon  mal, 
de  peur  qu'il  ne  semblat  que  la  foi  flit  vaincue  par 
1'affection  naturelle.  Car,  comme  vous  l'avez  pu  re- 
marquer,  tandis  que  les  autres  pleuraient,  j'ai  suivi 
ces  trisles  funerailles  les  yeux  sees  b.  Je  suis  de- 
meure  debout,  sur  la  fosse,  sans  repandre  une  seule 


jeste  de  Dieu,  sera  accable  sous  le  poids  de  sa  larme,  jusqu'a  ce  que  toutes  les  ceremonies  fussent 
gloire  (Prov.  xxv,  27).  »  Je  m'abstiens  done  de  le 
faire  et  le  remetsaun  autre  temps.  Vous  aurez  soiu 
cependant  de  m'obtenir  cette  faveur  par  vos  prieres, 
ainsi  que  vous  avez  coutume  de  le  faire,  afin  que 
nous  revenions  avec  une  allegresse  d'autant  plus 
grande,  que  notre  confiance  le  sera  davantage  elle- 
meme,  a  un  sujet  qui  a  besoin  de  la  plus  grande 
attention.  Peut-etre  une  personne  qui  frappera  avec 
piete  a  la  porle  trouvera  ce  que  ne  pourrait  pas 
trouver  un  investigateur  temeraire.  Et  d'ailleurs,  la 
tristesse  qui  me  saisit  et  la  douleur  qui  me  presse, 
ne  me  permellent  pas  d'aller  plus  loin. 
3.  Car,  pourquoi  dissimuler  davantage  a?  t, 

a  Ici  commence  l'oraison  funebre  que  saint  Bernard  fit  de  son 
frere  Girard.  Berenger,  l'impudent  disciple  d'Abelard,  la  reproche 
sans  raison  a  notre  saint,  en  disant  «  qu'il  metait  ainsi  la  tris- 
tesse a  la  joie.  »  11  lui  reproche  encore,  au  sujet  de  cette  orai- 
son,  d'avoir  emprunte  mot  pour  mot  quelques  ligoes  de  l'oraison 
funebre  de  Satyre  par  saint  Ambroise.  Or,  ces  lignes  ne  se  trou- 
vent  point  daDs  ce  scrmoo,  et,  s'y  trouvasseot-elles,  il  ne  s'en 
snivrait  rien  contre  saiDt  Bernard.  Mais  citons  ces  deux  passages. 
Voici  le  premier  :    «  Mon  frere  a  quitte  la  vie,  ou  plutot,  pour 


entierement  achevees.  Revetu  des  habits  sacer- 
dotaux,  j'ai  dit  pour  lui,  de  ma  propre  bouche,  les 
prieres  accoutumees,  et  de  mes  propres  mains,  j'ai 
jete  de  la  terre  sur  le  corps  de  mon  bien-aime  qui 
devait  bientot  lui-meme  etre  reduit  en  terre.  Ceux 
qui  me  regardaient  pleuraient  et  s'etonnaient  de  ce 

parler  plus  juste,  il  a  quitt6  la  mort  pour  la  vie.  Oui,  dis-je, 
mon  frere  est  mort,  lui  qui  est  la  tencur  de  la  conscience,  le 
miroir  des  masurs,  le  lien  de  la  religion.  Qui  montr  ra  plus  d'ar- 
deur  au  travail?  Qui  saura  mieux  adoucir  la  douleur  de  ceux' 
qui  sont  dans  l'affliction?  «  Le  second  passage  est  celui-ci :  «  La 
bceuf  chercbe  le  bceuf,  quand  il  se  sent  seul,  il  temoigne  par  des 
mugissements  repeti^s  son  tendre  att'ehement.  Oui,  dis-je,  le 
bceuf  recberche  le  bceuf  avec  lequel  il  a  coutume  de  porter  le 
joug.  t  Ce  dernier  passage  se  lit,  en  effet,  au  debut  de  l'oraison 
funebre  de  saint  Ambroise,  mais  ni  l'un  ni  l'autre  ne  se  trouvent 
dans  saint  Bernard.  II  est  vrai  que,  pour  echapper  au  reproche 
d'imposture,  Berenger  a  fait  preceder  son  assertion  de  ces  mots  : 
«  Si  je  ne  me  trompe.  » 

b  Selon  Geoffroi,  il  «  ne  rendit  presque  jamais  ce  dernier  de- 
voir a  aucun  religieux  sans  pleurer.  »  Voir  la  Vie  de  saint  Ber- 
nard, par  Geoffroi,  Uvre  III,  chapitre  in. 


aiebat  :  Infelix  ego  homo  !  qui?  me  liberabit  de  corpore 
mortis  hujus?  Suit  nimirum  quae  hujusmodi  est,  quod 
rjon  possit  in  tabernaculo  Cedar  carere  ad  purum  ma- 
cula aut  ruga,  non  quantulacunque  nigredine  :  et  cupit 
exire,  ut  se  possit  exuere.  Et  hsc  ratio,  cur  sponsa 
nigram  se  dixerit  sicut  tabernacula  Cedar.  Sed  enim 
quomodu  formosa,  sicul  petles  Salomonis  ?  At  nescio 
quid  sublime  ac  sacrum  sentio  in  his  pellibus  involutuni, 
quod  miniuie  ausim  omnino  contingere,  nisi  ad  niitum 
sane  ipsius,  qui  reposuit  et  signavit.  Legi  nimirum  : 
Qui  scrutator  est  majestatis,  opprimetur  a  gloria.  Super- 
sedeo  igitur  et  diflero.  Vobis  interim  curse  erit  soldo 
impetrare  favorcm  vestris  precibus  :  ut  eo  alacriores, 
quo  fidentiores  redeamus  ad  id,  quod  attentioribus  eget 
animis.  Et  fortassis  inveniet  pius  pulsalor,  quod  teme- 
rarius  scrutalor  non  posset.  Quanquam  et  mceror  finem 
imperat,  et  calamitas  quam  patior. 
3.  Quousque  enim  dissimulo  et  ignis  quern  intra  meip- 


sum  abscondo,  triste  pectus  adnrit,  interiora  depascitur? 
Clausus  latius  serpit,  sasvit  acrius.  Quid  mihi  et  cantico 
huic.  qui  in  amaritudine  sum  ?  Vis  doloris  abducit  in- 
tentioaem,  et  indignatio  Domini  ebibit  spirilum  meum. 
Subtracto  siquidem  illo,  per  quem  mea  in  Domino  stu- 
dia  utcunque  libera  esse  solebant;  simul  et  cor  meum 
doreliquit  me.  Sed  feci  vim  animo,  ac  dissimulavi  us- 
que hue ;  ne  affectus  (idem  vincere  videretur.  Denique 
plorantibus  aliis,  ego  (ut  advertere  potuistis)  siccis  ocu- 
lis  secutus  sum  invisum  funus,  siccis  oculis  steti  ad 
tumulum,  quousque  cuncta  peracta  sunt  exsequiarum 
solemnia.  Indutus  sacerdotalibus,  solitas  in  eum  oratio- 
nes  proprio  ore  complevi,  terram  meis  manibus  ex  mo- 
re jeci  super  dilecli  corpus,  terram  mox  futurum.  Qui 
me  intuebantur  flebant,  et  mirabantur,  quod  non  flcrem 
ipse  :  cum  non  ilium  quidem,  sed  me  potius,  qui  ilium 
amisissem,  omnes  miserarentur.  Cujus  enim  vel  ferreum 
pectus    super   me    ibi   non    moveretur,   quem  videret 


262 


oeuvres  de  saint  beunard. 


Motif's  do 
eousolation. 


Combien  la 
douleur    que 
saint  Ber- 
nard ressen- 

tait  de  la 

raort  de  son 

frere  etait 

juste. 


([iii'  je  ne  pleurals  pas  aussi;  et  ils  n'avaient  pas  trouverai-je  un  aussibon  ami,  qui  m'aime  autant 

t.mt  pitie    i-       que  de  moi  qui  l'avais  perdu.  Car,  qu'il  m'aimait?  11  etait  mon  frere  par  da  nature, 

nil  c-st  le  coeur  de  fer  qui  nVut  point  eu  alors  com-  mais  il  I'etait  bien  plus  par  la  religion.  Plaigncz,  je 

passion  de  moi,  en  voyant  que  je  survivals  a  mon  vous  prie,  mon  malheur,  vous   qui  le  conuaissez. 

Erere  Girard?  C'etail   une  perte  commune  a  tons,  J'etais  inlinur  de  corps,  et i]    mo  portait :  j'etais 

mais  ce  n'etait  rien  an  pri\  de  la  mienne.  Pour  faible  dans  1'aine  et  il  me  lbrliliait.  J'etais  negli- 

moi,  je  resistais  m\  sentiments  de  mon  coaur,  au-  genl  et  paresseux  et  il  m'excitait.  J'etais  sans  pro- 

tant  que  la  foi  me  donnail  de  force,  m'efforoant  voyance  et  sans  soiu,  et  il   m'avertissait  de  mon 

meme,  maigre  moi,  de  D'etre  point  emu  de  eet  devoir.  Pourquoi  faut-il  que  tu  m'aies  etcarrache? 

evenement   si  (uneste,  en  me  representant  que  Pourquoi  faut-il  que  tu  ui'aLes  ete  ravid'antre  les 

c'etail  comme  ub  tribut  a  la  nature  auquel  tout  mains,  6  mon  oner  ami,  nomine  admirable,  toi  qui 

honime   est   soumis,    une    necessity    inevitable    de  otais  si  fort  selon  mon  camr  ?  Nous  nous  aimions  si 

notre  condition,  mi  efiel  du  commandement  de  ce-  tendrement  pendant  notre  vie,  comment  se  peut+iJ 

lui  qui  est  tout-puissanl,  du  jugement  de  celui  qui  faire  que  nous  soyons  separes  par  la  mort  ?  Sepa- 

est  souverainement  juste,  un  ileau  d'un  Dieu  terri-  ration  pleine   d'amertume,   et  que  la  seule  mort 

ble,  et  eulin   le  bon   plaisir  du  Seigneur.  Des-lors  pouvait   causer  !  Car    quand    est-ce   qu'elant  tous 

et  dans  la  suite,  j'ai  gagne  toujours  sur  moi  de  no  deuxvivantstu  m'eusses  abandonne?  Cetle  borrible 

pas  m'abandonner  aux   pleurs,   quoique  je  fusse  division  est  un  uuvrage.    de  la   mort.  Qra   n'auiait 

bien  trouble  et  agile  au  dedans  de  moi.  J'ai  pu  epargne  le  lien  qui  nous  ucissait  ensemble,  d'un 

commander  a  mes  larmes,  mais  non  pas  a  ma  tris-  amour  si  doux  et  si  tendre,  sinon  la  mort  celte  en- 

tesse  ;  et,  comme  il  est  ecrit  :    «  J'ai  ete  dans  le  nemie  de  toute  douceur  ?  Oui,  c'est  bien  use  mort, 

trouble,  et  n'ai  point  parle  (Psal.  lxxii,  5).  »  Mais  celle  qui,  ravissant  une   seule    personne,  en  a  tue 

ma  douleur  ainsi  retenue  a  jete  en  moi  de  plus  pro-  deux  d'un  meme   coup  !  En  diet,    sa    mort  n'est- 

fondes  racines,  et  est  devenue  d'autant  plus  vio-  elle  pas  aussi  une  mort  pour  moi?  Assuremeut  elle 

lente  que  je  lui  ai  moins  permis  de  se  repandre,  je  est  une   mort  plutot  pour   moi  que  pour  lui,  puis- 

suis  vaincu,  je  1'avoue.  11  faut  que  ce  que  je  souffre  que  ce  qui  me   reste  do  vie    m'est  intiniment  plus 

au  dedans  de  moi  eclate  au  debors.  Qu'il  sorte,  je  penible  que   toutes  les  morls  du  monde.  Je  ne  vis, 

le  veux  bien,  et  paraisse  aux  yeux  de  mes  en-  qu'alin  de  mourir  tout  vif,  et  j'appellerais  cela  une 

fants;   connaissant  la  grandeur  de  mon  mal,  ils  vie  !  0  mort  impitoyable,  que  tu    m'aurais    trade 

pardonneront  a  l'exces  de  mon  deuil  et  seront  plus  bien  plus  favorablement,  si  tu  m'avais  plutot  prive 

portes  a  me  consoler.  de    l'usage    que    du    fruit    de    la   vie  !    La   vie 

ll.  Vous  savez,  mes  en  rants,  combien  ma  douleur  sans  ses  avantages  est  plus  dure   que  la  mort.  Un 

est   juste,  combien  ma  plaie  est  grande  et  cruelle.  arbre  qui  ne  porte  point  de  fruit  est   menace  deux 

Car  vous  voyez  quel  lidele   compagnon  m'a  aban-  fois  de  la  cognee  et  du  feu  (Malik,  in,  10).  Envieuse 

donne  dans  le  cbemin  ou  je  marc.bais,   comme  il  de  mes  travaux,  tu  as  eloigne  de  moi  mon    ami   et 

etait  vigilant,   laborieux,    doux   et    agreable !    Oil  mon   parent,  qui,  par  ses  soins,  etait  la  principale 


Amour  natu- 
rel  dei  frerei 


La  separation 
est  uius  dura 
que  la  mort. 


Girarrlo  superstitcm?  Commune  damnum  :  sed  pra? 
meo  non  reputabatur  inforltinio.  At  ego  quibtis  poteram 
viribus  fidei,  reluctabar  affectui,  nilens  vel  invitus  non 
meveri  frustra  addictione  natura?,  nniversilalis  debito, 
contlitionis  usu,  polenlis  jussu,  jadicio  justi,  Qagello 
terribilis,  Domini  voluntale.  Pro  hujusmodi  semper  ex- 
tunc  cl  deinceps  cxcgi  a  memclipso  non  indulgere 
multo  fletui,  multum  lamen  Itirbalus  et  moestus.  Nee 
potui  imperare  tristiliic,  qui  potui  lacryma?  ;  sed,  ut 
scriplum  est,  Turbalui  sum,  et  non  sum  locutus.  At 
suppressus  dolor  allius  introrstim  radicavit,  eo  (ut  sentio) 
acerbior  faclus,  quo  non  est  exire  permissus.  Fateor, 
viclus  sum.  Exeat  nercsse  est  foras  quod  inlus  palior. 
Exeat  sane  ad  oculos  filiorum,  qui  scicnles  incommo- 
dum,  planctum  bumanius  aestiment,  dulcius  consolen- 
tur. 

4.  Scilis,  0  filii,  qiiatu  Justus  sit  dolor  metis,  quam 
dolcnda  plaga  men.  Cernitis  nenipe,  quam  (idus  comes 
deseruit  me  in  via  hau  quam  anibulaham,  quam  vigil  ad 
curam,  quam  non  scgnis  ad  opus,  quam  suavis  ad  mo- 
res. Quis  ita  mibi  pernecessarius  ?  cui  83que  dilectus 
ego  ?  Frater  erat  genere,  sed  religione  germanior.  De- 


lete, quaeso,  vicem  meam  vos,  quibus  ha?c  nota  sunt. 
Inlirmus  corpore  eram,  et  ille  pnrtabat  me  ;  pusilhis 
corde  eram,  et  confortabat  me;  piger  et  negligcns,  et 
excilabat  me  ,  improvidus  et  obliviosus,  et  commoncbat 
me.  Quo  milii  avulsus  es  ?  quo  mihi  raptus  c  manibus, 
homo  unanimis,  homo  secundum  cormeum?  Amavimus 
nos  in  vita  :  qnomodo  in  morte  sumus  separati  ?  Ama- 
risslma  separatio  !  et  quam  non  posset  omnino  eflicere 
nisi  mors.  Quando  enim  me  vivus  vivum  desereres  ? 
Omnino  opus  mortis,  horrendum  divortium.  Quis  enim 
tarn  suavi  vinculo  mutui  noslri  non  pepercisset  amoris, 
nisi  totius  suavitatis  inimica  mors?  Bene  mors,  qua; 
unum  rapiendo,  duos  furiosa  peremit.  Annon  mors 
eliam  mibi?  Imo  plus  mihi,  cui  utique  omni  morte 
infelicior  vita  scrvata  est.  Vivo  lit  vivens  moriar  :  et 
hoc  dixerim  vitam?  Quam  mitius  me  privares,  oauslera 
mors,  vita?  usu,  quam  fnictu  !  nam  vita  sine  fniclu  gra- 
vior  mors.  Denique  duplex  maluui  ligno  paratur  infruc- 
tuoso,  securis  et  ignis.  Ergo  meis  laboribua  invidens, 
elongasti  a  me  amicum  et  proximum,  per  cujus  maxime 
studium  erant  (si  quando  eratit)  fructuosi.  Satius  proin- 
de  mihi  fuisset  periclitari  vita,   quam  tua,   o    Girarde, 


VINGT-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQTJE  DES  CANTIQUES. 


2C3 


cause  de  ce  peu  de  fruit  que  Ton  recueillait  de  mes    ce  qu'on  t'a  comma  ravi  a  moi,  puisque  le   Sei- 


peines.  Aussi,  mon  cher  Girard,  il  m'eiit  ete  bien 
plus  avantageux  de  perdre  la  vie,  que  d'etre  prive 
de  ta  presence,  toi  qui  par  ton  zele  m'animais  dans 
mes  exercices  spirituels,  m'assistais  par  ta  fidelite, 
me  redressais  par  ta  vigilance.  Pourquoi  nous  som- 
mes-nous  aimes,  ou  pourquoi  nous  sommes-nous 
perdus?  Cruelle  condition,  condition  deplorable 
pour  moi,  non  pour  lui.  Car  pour  toi,   mon  cher 


gneur  de  majeste  te  fait  part  abondamment  de  sa 
presence  et  de  celle  de  ses  bienheureux.  Mais  moi, 
qu'ai-je  recti  qui  me.  tienne  lieu  de  toi?  Combien 
je  voudrais  savoir  quel  sentiment  tu  as  maintenant 
de  moi,  qui  etais  l'objet  de  tes  plus  tendres  affec- 
tions, et  qui  suis  accable  de  soins  et  de  peines, 
prive  que  je  me  trouve  de  l'appui  qui  me  soutenait 
dans  ma   faiblesse ;    si    ne3nmoins   il   t'est  encore 


frere,  si  tu  as  perdu  des   personnes  qui    t'etaient     permis  de  songer  aux  miserables,  maintenant  que 


cheres,  tu  en  as  trouve  qui  te  le  sont  encore  da- 
vantage.  Mais  pour  moi,  quelle  consolation  me 
me  peut-il  rester  a  pros  toi  qui  etais  mon  unique 
support !  L'union  des  corps  qui  etait  entre  nous,  a 
ete  egalement  agieable  a  l'un  et  a  l'autre 
de  nous,  a  cause  de  celle  de  nos  volontes,  et  moi 
seul  suis  blesse  de  notre  separation.  Ce  qu'il  y 
avait  de  contentement  et  de  douceur  dans  notre 
amitie  nous  a  ete  commun  a  tons  les  deux,  mais 
ce  qu'il  y  a  de  triste  et  de  lugubre  en  notre  sepa- 
ration est  pour  moi  seul.  C'est  surmoi  que  lacolere 
de  Dieu  est  tonibee,  c'est  sur  moi  que  sa  fureur  s'est 
appesantie.  Notre  presence  nous  etait  egalement 
agreable,  notre  commerce  doux,  notre  entretien 
charmant  egalement  a  tous  deux.  J'ai  perdu  seul  ces 
delices,  car  pour  toi  lu  u'as  fait  que  les  cbanger  en 
dot.  Et  certes  tu  asbeaucoup  gagne  au  change. 

5.  Puisque  pour  la  perte  que  tu  as  faite  de  nous, 
tu  as  recu  en  recompense  des  joies  et  des  benedic- 


tu  es  entre  dans  l'abime  de  la  lumiere,  et  comme 
englouti  dans  l'ocean  dune  felicite  eternelle.  Car 
peut-etre  si  tu  nous  as  connu  selon  la  chair,  tu  ne 
nous  connais  plus  a  cette  heure ;  peut-etre,  entre 
dans  le  lieu  de  la  majeste  et  de  la  puissance  du 
Seigneur,  tu  ne  te  souviens  que  de  sa  justice,  et 
nous  as  entierement  oublie.  Mais  celui  qui  est  atta- 
che a  Dieu,  n'est  qu'un  me  me  esprit  avec  lui,  et  est 
tout  transforme  dans  son  amour.  II  ne  pent  avoir 
de  pensee  ni  de  gout  que  pour  Dieu,  et  tout  ce 
qu'il  goute  et  pense  est  Dieu  meme,  parce  qu'il  est 
tout  plein  de  lui.  Or  Dieu  est  amour,  et  plus  une 
personne  est  unie  a  Dieu,  plus  elle  est  remplie  d'a- 
mour.  Kt  quoique  Dieu  soit  impassible,  il  n'est  pas 
incapable  de  compassion,  puisque  c'est  une  qualite 
qui  lui  est  propre  de  faire  toujours  grace  et  de 
pardonner.  II  faut  done  aussi,  mon  cher  frere,  que 
tu  sois  misericordieux,  puisque  tu  es  uni  a  celui 
qui  Test  si  fort.  II  est  vrai  que  tu  ne  peux  plus  etre 


Les  bienheu- 
reux dans  la 
ciel  sont  in- 
quiets  pour 
nous. 


tions  infinies,  a  et  qu'au  lieu  de  la  satisfaction  que     malheureux,  maisbienque  tu  sois  incapable  de  souf- 

frir,  tu  ne  laisses  pas  de  compatir  aux  souffrances 
des  autres.  Ton  affection  n'est  pas  diminuee,  mais 
changee,  et,  en  te  revetant  de  Dieu,  tu  ne  t'es  pas 
depouille  du  soin  que  tu  avais  de  nous,  b  puisque 
Dieu  meme  daigne  bien  en  prendre  soin.  Tu  as 


Pour  les 
saints  la  mort  ^u  ava;5  ,)e  ma  presence,  qui  est  si  peu  considerable, 

est  un    gain,  r  •  i  r  » 

non  une  tu  jouis  de  la  presence  immortelle  de  Jesus-Christ, 
tu  ne  souffres  aucun  dommage  de  ton  absence 
d'aupres  de  moi,  car  tu  es  mele  aux  chceurs  des 
anges.  Tu  n'as  done  point  sujet  de  te   plaindre   de 

■  Les  editions  et  les  manuscrits  des  ceuYres  de  saint  Bernard, 
presentent  ici  quelques  varianles  sans  importance  :  il  en  est  meme 
une  qui  est  manifeslement  fautive. 


b  On  Toit  la  preuve  de  ce  que  saint  Bernard  avanee  la  dans 
deni  apparitions  de  Girard  a  notre  saint.  11  en  est  parle  dans 
la  Vie  du  saint  Docteur,  li?re  tv,  n.  10,  et  livre  v,  n.  8. 


el.  fortis. 


prapsentia,  qui  meorurn  in  Domino  studiorum  eras  sol- 
lieitus  incitator,  (idelis  *  adjutor,  cautus  examiuator. 
Cur,  quaeso,  aut  amavimus,  aut  amisimus  nos?  Dura 
conditio,  sed  mea  miseranda  fortuna,  et  non  illius  !  Nam 
tu,  care  frater,  si  caros  amisisti,  cariores  utique  rece- 
pisti.  Me  vero  quaenam  jam  miserum  onsolatio  manet 
post  te  unicum  solatium  meum  ?  Placita  fuit  pariter 
utrique  societas  corporum  pro  morum  concordia  :  sed 
solum  me  divisio  vulneravit.  Commune  quod  libuit ; 
quod  triste  et  lugubre,  meum  :  in  me  transierunt  irae, 
in  me  confirmatus  est  furor.  Erat  ambobus  alterulrum 
gra'a  praesentia,  dulce  consortium,  suave  colloquium  : 
sed  Innlas  utriusque  delicias  ego  perdidi,  tu  mutasti.  Et 
qnidenj  immutatis  illis  retributio  multa. 

5.  Quanto  foenore  gaudiorum  ac  benedictionnm  cu- 
mulo  cares  bodie  nobis,  frater  charissime!  Habcs  certe 
pro  me  tanttllo  repositam  tibi  Cbristi  praesentiam  :  nee 
dispendium  sentis  absentia^  a  nobis  tuaj,  angelorum 
admixtus  choris.  Non  est  igitur  quod  causeris  tu  de 
nostra  quasi  subtraeta  tibi  praesentia,    cui    affatim   sui, 


suorumque  copiam  Dominus  majestatis  indulsit.  At  ego 
pro  te  quid?  Quam  vellem  scire  quidnam  sentias  nunc 
de  me  illo  unico  tuo,  mediis  nutante  curis  et  pcenis, 
destituto  te  baculo  imbecillitatis  meaa  !  si  tamen  licet 
adhuc  cogitare  de  miseris,  ingresso  abyssum  luminis, 
atque  illo  pelago  aeternaa  felicitatis  absorplo.  Forte  enim, 
etsi  nosti  nos  secundum  carnem,  sed  nunc  jam  non 
nosti  :  et  quoniam  introisti  in  potenlias  Domini,  memo- 
raris  justitiae  ejus  solius,  immemor  nostri.  Caeterum  qui 
adharet  Deo,  unus  spirttusest,  et  in  divinum  quemdam 
totus  immutatur  affectum  :  nee  potest  jam  sentire  aut 
sapere  nisi  Deum,  et  quod  sentit  et  sapit  Deus,  plenus 
Deo.  Deus  autem  chatitas  est,  et  quanto  quis  conjunc- 
tior  Deo,  tanto  plenior  charitate.  Porro  impassibilis  est 
Deus,  sed  non  incompassibilis,  cui  proprium  est  mise- 
reri  semper  et  parcere.  Ergo  et  te  necesse  est  miseri- 
cordem  esse,  qui  inheres  misericordi,  quamvis  jam 
minime  miser  sis  ;  et  qui  non  pateris,  compateris  lamen. 
Affectus  proinde  tuus  non  estimminutus,  sed  immutatus; 
nee  quoniam  Deum  induisti,  nostri  cura  te  eiuisti  :  et 


264 


I  I  I'YRES  DE  SAINT  BERNARD. 


quitte  ce  qu'il  y   avait  d'inGrme   en   toi,  mais  tu  avait  quelques-UOS  qu'il  ne  pill  pas  satisfaire  par 

n'as  pas  perdu  ce  qu'il  y  avait  de  charitable;  car  la  lui-meme,  il  me  les  amenait,  el  il  reavoyait  lea  au- 

charile  ne  se  perd  point  (1  Cor.  xm,  8):  tu  ne  tres.  0  homme   d'une  merveilleuse   Industrie!  0 

m'oublieras  jamais.  amj  fldele!  11  cherchait  a  plaixe  a  son  ami,  et  il  ne 

6.  11  me  semble  que  j'entends  mon  frere  qui  me  manquait  pas  neanmoins  aux  devoirs  de  la  charite. 

dit :  une  mere  peut-elle  oublier  le  fruit  de  ses  en-  Qui  s'est  jamais  retire  de  lui  les  mains  vides?  Les 

trailles  [ha.  xi.ix,  15  '.'  .Mais  quand  ellel'oublierait,  riches  recevaient  de  hades  conseils,  et  les  pauvres 

moije  ne  t'oublierai  pas.  Certes,  mon  cher  frere,  de  I'assistance.  Certes,  celui  quinefaisait  point  dif- 


j'ai  bien  besoin  qu'il  en  soit  ainsi.  Tu  vois  le  lieu 
et  l'etat  ou  je  suis,  ou  tu  m'as  laisse.  le  n'aiper- 
sonne  qui  me  tende  la  main.  A  tout  ce  qui  mar- 
rive,  je  regarde,  commej'avais  coutunie,  vers  mon 
cher  Girard,  mais  i]  n'est  plus  la.  Alois,  dans  moil 


liculte  de  prendre  tant  de  soinspour  medecharger, 

ne  cherchait  guercses  propres  iuterets.  Son  extreme 
humilite  lui  faisait  croire,  que  mon  repos  etait 
plus  utile  a  la  maison  que  le  sieu.  Quelquefois 
pourtant,  il  demandait  a  etre  decharge  de  cet  em- 


malheur,  je  pousse   des  soupirs  et  des  gemisse-  ploi,  et  priait  qu'ou  le  donnat  a  un  autre,  qui  s'en 

ments,  comme  un  homme  privS  de   tout  secours.  acquitterait   mieuz   que  lui.   Mais  ou   l'aurait-on 

Qui  consul  terai-je  dans  mes  doutes?  A  qui  aurai-je  irouve?   Ce   n'etait  point   par  un    desir  deregle, 

recours  dans  mes  ad ver sites?  Qui  portera  mon  far-  comme  il  est  assez  ordinaire,  mais  par  la  seule  vue 

deau  ?  Qui  ecartera  les  perils   qui  me  menacent  ?  de  la  charite  qu'il  s'appliquait  a  ces  exercices.  Car 

N'etaient-ce  paslesyeux  de  monGirard  quicondui-  il  travaillait  plus  que  tons   les   autres,  et   recevuit 

saient  tons  mes  pas?  N'etait-ce  pas  loi,   mon  cher  moins  de  fruit  de  sou  travail  que  pas  un  ;  en  eifet, 

frere,  qui  connaissais  uiieux  que  rnoi  toutes  mes  il  donuait  aux  autres  les  chosesnecessaires,  comme 

peines,  a  qui  les  portais  plus  que  moi,  qui  les  res-  la  nourriture  et  les  vetements,  et  il  en  manquait 


sentais  plus  vivement  que  moi?  Yetaient-ce  pas 
tes  discours  si  charmants  et  si  efflcaces  qui  me  re- 
tiraient  si  souvent  des  entretiens  seculiers,  et  me 
rendaient  anion  bienheureux  silence?  Car  le  Sei- 


souvent  lui-meme.  Aussi,  lorsqu'il  se  sentit  sur  le 
point  de  quitter  ce  nionde  :  «  Mon  Dieu,  dit-il, 
vous  savez,  que  quant  a  moi,  j'ai  toujours  soupire 
apres  le  repos,  et  desire  n'avoir  soiu  que  de  mon 


Prudence    et 
babilete  de 
Girard    dans 
la  conduite 
des  affaires. 


gneur  lui  avait  donne  UDe    langue   savante,  pour  ame,  et  n'etre  plus  occupe  que  de  vous.  Maisj'aiete 

connaitre  quand  il  etait  a  propos  de  parler.    11  sa-  relenu  par  la  crainte  de  vous  deplaire,  par  la  vo- 

tisfaisait  tellement  ceux  de  la  maison  et  ceux  du  lontc  de  mes  (teres,  par  le  desir  d'obeir,  et  surlout 

dehors,  par  la  sagesse  de  ses   reponses,  et   par  les  par  l'amour  sincere   que  je   portais  a  celui  qui  est 

graces  que  Dieu  avait    mises    sur  ses   levres,  que  lout  a  la  fois  mon  frere   et  mon  abbe.  »   Cela  est 

lorsque  quelqu'un  lui  avait  park1,   il  n'avait  plus  vrai.  Je  te  rends  done  graces,  o  mon  frere,  de  tout 

besoin  de  venir  a  moi.  11  allait  de  lui-meme  au  de-  le  fruit  des  travaux   qui  j'ai  entrepris  en  vue   du 

vant  de  tous  ceux  qui   venaient  pour   me  voir,  de  Seigneur,  s'ils   en  ont   produit   quelqu'un.  Si  j'ai 

peur   qu'ils  ne   troublassent  mon  repos.  S'il  yen  rendu  quelque  service  a  mes  enfants;   si  j'ai  con- 

_,  ,  „  tribue  en  quelque   sorte  a  leurs    prugies  dans   la 

a  L  est  ce  que  prouvent  les  avis  que  Girard  donDait  a  son  frere  ,  .,  .         ,  m 

pour  l'empecher  de  se  laisser  enorguedlir  par  les  miracles  qu'il  vertu»  c  esta  toi  que  J  en  SUIS  redevable.  Tllte  char- 

faisaii,  commeon  peut  le  voir  dans  sa  Vie,  livre  i,  n.  43.  geais  du  soin  des  affaires  de  la  maison;  grace  &  toi, 


at.  anima< 
bant. 


ipsi  enim  cura  est  rle  nobis.  Quod  infirmum  est  abje- 
cisti,  sed  non  quod  pium.  Cbaritas  denique  nunquam 
excidit  :  non  oblivisceris  me  in  linem. 

6.  Yidcor  mild  quasi  audire  fralrem  mcum  dicentem : 
JJvmguid  mater  oblivisci  poterit  filii  uteri  suit  Etsi  ilia 
oblita  fuerit,  ego  tamen  non  obliviscar  tui.  Non  expedit 
prorsus.  ^cis  uhi  verser,  ubijaceam,  nbi  reliqueris  me; 
non  est  qui  porrigat  manum.  Ad  omne  quod  erncrserit, 
respicio  ad  Girardum  ut  consueveram,  et  non  est.  Heu! 
tunc  ingemisco  miser,  sicut  homo  sine  adjutorio.  Qnem 
consnlam  in  ambiguin?  cui  in  adversis  (idam?  quis  por- 
tabit  onera?  qui  pericuta  propulsabit?  Nonne  unique 
gressus  mcos  Girardi  oculi  anleibant  *'?  Nonne  ttiiim, 
Girarde,  pectus  curaj  mcie  notius,  quam  meum  ipsius 
li.ibebanl  ,  familiaiius  incursabant ,  a'Tius  urgebant? 
Nonne  in  lingua  tua  ilia  placabili  et  potenti,  meam  a 
sermonibus  saeculi  frcqucnlissiine  vindicabas,  et  amico 
reddebas  silcntio?  Dominus  dederal  illi  linguam  erudi- 
tam,  nt  sciret  quando  deberel  proferre  scrmonem.  [ta 
denique  in  prudentia  responsorum  suorum,  et  in    gratia 


data  sibi  desuper,  et  domeslicis  satisfaciebat  et  exteris, 
ut  pene  me  nemo  requireret,  cui  prior  forte  Girardus 
occurrisset.  Occurrebat  aulem  adventanlibus  ,  opponens 
se,  ne  subito  meum  otium  incursarent.  Si  quibus  sane 
per  se  satisfacere  non  quibat,  hos  perducebat  ad  me, 
cajteros  emittebat.  0  virum  industrium !  o  amicum 
fidelem  !  el  amico  gerebat  morcni,  et  otticiis  charilatis 
non  deerat.  Quis  vacua  ab  eo  recessit  manu?  Si  dives, 
concilium  j  si  pauper,  subsidium  reporlabat.  Nee  qua?- 
rebat  quae  sua  sunt,  qui  se  mediis  ingerebat  curis,  ut 
ego  vacarem.  Sperabat  enim,  sicut  erat  humiUimus, 
majorem  de  nostra  quiete  fructum,  quam  si  vacarct ipse. 
Interdum  tamen  poslulabat  absnlvi,  et  alteri  credere, 
quasi  qui  melius  providerct.  Sed  ubi  ille  invenirctur? 
Nee  petulanti  aliquo  (ut  assolet)  in  eo  officii  dclineba- 
tur  affectu,  sed  solo  intuitu  cbaritatis.  Siquidcm  plus 
omnibus  laburabat,  et  minus  omnibus  accipiebat,  ita  ut 
sa'pe,  cum  aliis  necessaria  ministraret,  egeret  ipse  in 
pluribus,  verbi  causa,  cibo  aut  veste.  Denique  cum  se 
senliret  deccssui  propinquare  :  «    Deus,    inquit,    tu  scia 


irard  etait 
erse  egale- 
en'  dans  le3 


wses    inte-  terieur  et  du  dedans 

'ieures     et 


piriluelles. 


Girard  ne 
:onaaissait 
oint  les  bel 
les  lettres. 


VINGT-SIX1EME  SERMON  SUR  LE 

je  pouvais  vivre  en  repos  pour  mon  bien,  m'occu- 
per  plus  saintement  des  devoirs  oil  Dieu  m'enga- 
geait,  ou  servir  plus  utile ment  mes  enfants,  en  leur 
donnant  des  instructions.  Car  comment  n'aurais-je 
pas  ete  en  repos  au  dedans,  quand  je  savais  que 
tu  agissais  au  dehors,  toi  qui  elaisma  main  droite, 
la  lumiere  de  mes  yeux,  mon  coeur  et  ma  langue. 
Et  c'etait  une  main  infatigable,  un  ceil  simple,  un 
cceur  rempli  de  conseils,  et  une  langue  parlant  tou- 
jours  avec  jugement,  ainsi  qu'il  est  ecrit  :  «  La 
bouche  du  juste  meditera  la  sagesse,  et  sa  langue 
parlera  avec  jugement  [Psal.  xxxix,  30).  » 

7.  Mais  qu'ai-je  dit,  qu'il  agissait  au  dehors, 
comme  s'il  n'eut  pas  su  aussi  ce  qui  etait  de  l'in- 
et  qu'il  eut  ete  etranger  aux 
dons  spirituels  ?  Les  personnes  spirituelles  qui  l'ont 
connu  savent  combien  ses  paroles  etaient  pleines 
du  Saint-Esprit.  Ceux  qui  vivaient  avec  lui  savent 
que  ses  mceurs  et  ses  affections  ne  tenaient  rien  de 
la  chair,  mais  etaient  embrasees  du  feu  de  l'Esprit. 
Qui  etait  plus  rigide  que  lui  dans  l'observance  de 
la  discipline?  Plus  rigoureux  a  mater  son  corps, 
plus  eleve  et  plus  sublime  dans  la  contemplation, 
plus  subtil  dans  les  entretiens  et  les  conferences  ? 
Combien  de  fois  ai-je  appris  dans  sa  conversation 
des  choses  que  j'ignorais  ?  Venu  pour  instruire,  je 
m'en  retournais  instruit  moi-meme?  Et  il  ne  faut 
pas  s'etonner  si  cela  etait  ainsi  a  mon  egard,  puis- 
que  des  homines  eminents  en  science  et  en  sagesse 
temoignent  que  la  meme  chose  leur  est  arrivee.  Fl 
ne  savait  pas  les  lettres  humaines,  mais  il  avait  un 
sens  excellent  qui  trouvait  ce  qu'il  n'avait  point 
appris  ;  il  avait  un  esprit  merveilleux  qui  repan- 
dait  la  lumiere  partout.  11  n'etait  pas  seulcment 
grand  dans  les  grandes  choses,  mais  aussi  dans  les 


quod  quantum  in  me  fuit,  semper  optavi  quictem;  mihi 
intendere,  tibi  vacare.  Sed  implicitum  tenuittimor  tuus, 
voluntas  fralrum,  et  studium  obediendi,  super  omnia 
Abbatis  pariter  et  fratris  germana  dilectio. »  Itaest.  Gra- 
tias  tibi,  frater,  de  omni  fructu  meorum,  si  quis  est,  in 
Domino  studiorum.  Tibi  debeo  si  profeci,  si  prufui.  Tu 
intricabaris,  et  ego  tuo  beneticio  feriatus  sedebam  mihi, 
aut  certe  diviuis  obsequiis  sanctius  occupabar,  aut  doc- 
trines filiorum  utilius  intendebam.  Cur  enim  securus 
intus  non  essem,  cum  te  scirem  agentem  foris  manum 
dexteram  meam ,  lumen  oculorum  meorum,  pectus 
meum,  et  linguam  meam?  Et  quidem  indefessa  manus, 
oculus  simplex,  pectus  concilii,  lingua  loquens  judicium, 
sicut  scriptum  est  :  Os  justi  meditabitur  sapientiam,  et 
lingua  ejus  loquctur  judicium. 

7.  Sed  quid  dixi  foris  agentem  ilium  ?  quasi  interna 
Girardus  nesciret,  ac  spiritualium  expers  essetdonorum. 
Norunt  qui  ilium  norunt  spirituales,  quam  verba  ejus 
spiritum  rcdolerent.  Norunt  contubernales,  quam  mores 
ejus  et  studia  non  carnem  saperent,  sed  ferverent  spi- 
ritu.  Quis  illo  rigidior  in  custodia  disciplinas?  quis  in 
castigando  corpus  suum  districtior,  suspensior  vel  su- 
blimior  in  contemplando,  subtilior  in  disserendo?  Quo- 
ties  cum  eo  disserens  ea  didici  qua?  nesciebam  ,   et  qui 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  265 

plus  petites.  Mais  qu'est-ce  qui  lui  echappait,  par 
exemple,  dans  tout  ce  qui  concerne  les  batiments, 
la  culture  des  terres  ou  des  jardins,  les  eaux  et  tous 
les  autres  arts  ou  travaux  de  la  lampngne  ?  Oui, 
je  vous  le  demaude,  y  avait-il  en  ce  genre  quelque 
chose  qui  fut  etranger  a  son  savoir?  II  aurait  pu 
en  remontrer  aux  macons,  aux  artisans  de  toute 
sorte,  aux  agriculteurs,  aux  horticulteurs,  aux  cor- 
donniers  et  meme  aux  tisserands.  11  fut  le  plus  en- 
tendu  de  tous  au  jugement  de  tout  le  monde,  il  n'y 
avait  que  lui  seul  qui  ne  croyait  pas  I'etre.  Plut  a 
Dieu  que  cette  malediction  de  l'Ecnture  «  Malheur 
a  vous  qui  etes  sages,  a  vos  yeux  [Isa.  v,  '21),  »  ne 
regarded  pas  plus  que  lui  certains  autres  qui  sont 
bien  moins  sages  que  lui.  Ceux  a  qui  je  parle  sa- 
vent que  ce  que  je  dis  est  vrai,  et  savent  qu'il  y  en 
a  encore  bien  plus  que  je  n'en  dis.  Mais  je  passe 
beaucoup  de  choses,  parce  qu'il  est  mon  frere  et 
de  mon  sang.  Neanmoins  je  dirai  hardiment  qu'il 
m'a  ete  utile  en  tout,  et  plus  que  tous  mes  autres 
enfants.  II  me  le  fut  dans  les  grandes  et  les  petites 
choses,  dans  les  affaires  publiques  et  dans  les  af- 
faires  privies,  dans  le  monaslere  et  horsdu  mona- 
stere.  C'est  done  avec  raison  que  j'etais  si  fort  atta- 
che a  lui,  puisqu'il  etait  mon  tout.  11  ne  me  laissait 
guere  que  l'honneur  et  le  nom  de  superieur  ;  il  en 
faisait  toutes  les  fonctions.  On  m'appelait  abbe,  Girard  rem- 
mais  c'etait  lui  qui  l'etait  en  effet,  parce  qu'il  pre-  ^hod's  leJe 
nait  sur  lui  tous  les  soins  de  cette  charge.  C'est  avec  «°n  ttkie, 
raison  que  je  me  reposais  en  lui,  puisqu'il  etait 
cause  que  je  pouvais  me  rejouir  dans  le  Seigneur, 
precher  plus  librement,  prier  avec  plus  de  calme 
et  de  tranquillite.  C'est  par  ton  moyen,  6  mon 
frere,  que  mon  esprit  etait  plus  libre,  mon  repos 
plus  agreable,    mes  diseours  plus  efficaces,    mes 


docturus  adveneram,  doctus  magis  abscessi?Nec  mirum 
de  me,  cum  magni  ac  sapientes  viri  idipsumnihilominus 
ex  illo  sibi  accidisse  testentur.  Non  cognovit  litlera- 
turam  :  sed  habuit  litterarum  inventorcm  sensum,  habuit 
et  illuminantem  spiritum.  Nee  in  maximis  tantum,  sed 
in  minimis  maximus  erat.  Quid  (verbi causa)  in  sdiliciis, 
in  agris,  hortis,  aquis,  ennctis  denique  artibus  seu  ope- 
ribus  rusticorum  ?  quid,  inquam,  vel  in  hoc  rerum  genere 
Girardi  subterfugit  peritiam  ?  Caementariis,  fabris,  agri- 
colis,  hortulanis  ,  sutoribus,  atque  textoribus  facile 
magister  erat.  Cumque  omnium  judicio  omnibus  esset 
sapientior,  solis  in  suis  oculis  non  erat  sapiens.  Utinam 
multos,  etsi  minus  sapientes,  non  plus  tangeret  ilia 
malcdictio  :  Vae  qui  sapientes  estis  in  oculis  vestris! 
Scientibus  ista  loquor,  et  adhuc  plura  his  de  illo,  et 
majora  compertis/Parco  tamen,  quia  caro  mea,  et  frater 
est.  Hoc  tamen  securus  addo,  mibi  utilis  in  omnibus,  et 
prae  omnibus  :  fuit  utilis  in  parvis  et  magnis,  in  privatis 
et  pnblicis,  foris  et  intus.  Merito  ex  eo  pendebam  totus, 
qui  mihi  totum  erat.  Solum  pene  reliquerat  mihi  pro- 
visoris  honorem  et  nomen;  nam  opus  ipse  faciebat.  Ego 
vocitabar  abbas,  sed  ille  prserat  insollicitudine.  Merito 
requievit  in  illo  spiritus  meus,  per  quern  licebat  delec- 
tari  in  Domino,  prsdicare  Uberius,  orare  securius.   Per 


900 


CCUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Saint  Per. 
sard  deplore 
la  pcrte  qn'il 

a  faite  en 

perdant    eon 

hire. 


esperances  plus  pleines  des  onctions  de  la  grace,  de  Dieu.  Lorsque  le  Seigneur  sera  satisfait  de  sa 
mes  lectures  plus  frequentes,  mou  cceur  plus  fcr-  vengeance,  peut-etre  meriterai-je  aussi  d'etre  con- 
Ten'-  sott,  pourvu  ncanmoins  que  je  m'afflige  et  me 
8.  Helas!  tu  m'as  ete  ravi,  et  toutes  ces  choses  tourmente  co.mme  il  faut.  «  Car  ceux  qui  pleurent 
m'ont  ete  revies  avee  toil  Avec  loi  sen  sont  allocs  seront  consoles  [Matth.  v,  5).  »  C'est  pourquoi  que 
toutes  mes  joins.  I.es  soucis  oommenceitf  deja  a  toutes  les  pereonnes  vertueuses  condescendent  a  ma 
ni'accabler,  deja  les  ennuis  me  pressent  de  toutes  douleur,  et  que  les  spirituels  supportent  mes  re- 
parts,  les  chagrins  et  les  difliculles  sunt  pros  de  grets  avec  nil  esprit  de  douceur.  (Ju'ils  aient  com- 
m'abattre,  para  ipi'ili  me  treureat  seiil;  c'esi  tout  passion  de  ma  douleur,  et  qu'ils  n'en  jugent  point 
ce  que  tu  m'as  laisse  en  t'en  allant.  Je  genua  tout  par  ce  qui  se  passe  d'ordinaire.  Car  nous  voyons 
scul  sous  le   poiils  de  mon  fardeau.    II  faut  neces-  tous  les  morts   pleurer   leurs  morts,  verser  beau- 


sairement  ou  que  je  men  decharge,  ou  que  j'en 
sois  accable,  puiaque  tu  as  retire  tes  epaules  de 
dessous  ce  faix.  Qui  m'accorderade  pouvoir  mourir 
bientot  apres  toi?  Gar  pom  mourir  au  lieu  de  toi, 
je  ne  l'am'ais  pas  voulu,  ni  te  Driver  <le  la   gloire 


coup  de  larmes  et  ne  porter  aucun  fruit.  Nous  ne 
bl.irnons  pas  l'atfeclion,  si  ce  n'est  quand  elle  est 
excessive,  mais  nous  blimons  la  cause  de  ces 
pleurs.  I.'atfection  vient  de  la  nature,  et  le  trouble 
qu'elle  produit  en  nous  est  line  peine  du  pecbe; 
donttujouis  maintenant.  Mais  aussi  quelle  peine  mais  la  cause  de  ces  geniissements  c'est  la  vanite  et 
et  quel  supplice  de  te  survivre?  Je  passerai  tout  le  le  pecbe.  Car  pour  l'ordinaire  on  ne  pleure  que  le 
reste  de  ma  vie  dans  l'amertume  et  les  regrets,  et  turt  que  la  mort  d'un  proche  fait  a  une  gloire 
toule  ma  consolation  sera  de  vivre  dans  la  tristesse  mortelle,  et  aux  avantages  de  la  vie  presente. 
et  les  larmes.  Je  ne  m'epargnerai  point,  et  j'ajou-  Ceux  qui  pleurent  de  la  sorte  meritent  d'etre  pleu-  ctm  qni 
terai  encore  a  la  plaie   que  la  main   du  Seigneur     res  eux-memes.  Ne   suis-ie  pas   comme  cela?   jia  pl'nrmt  mal 

Ic^  morts 

ma  fade.  Car  sa  main  m'a  frappe.  C'est  moi  qu'elle  douleur  est  pareille,  mais  le  sujeten  est  ditferent,  et  meritent  dei 

a  frappe,  non    celui    qu'elle   a  appele    a  un  repos  mon  intention  est  tout  autre.   Je  ne  me  plains  point   U™tmn.*' 

eternel.   Elle   m'a   doime  la  mort  du  meme   coup  de    la  parte  des   biens  de   ce   monde,  quels  qu'ils 

qu'elle  a  tranche  ses  jours;  car  je  ne  saurais  dire  soient.  Je   me   plains  seulpment  de  ce  que  dans  les 

qu'elle  l'a  tue,  puisqu'elle  l'a  faitentrer  dausla  vie?  choses  qui  concernent  le  service  de  Dieu,  j'ai  perdu 

Mais  ce  qui  a  ete  pour  lui  la  porte  de  la  vie,  est  un  secours  fidele,  et  un  conseil  salutaire.  Je  pleure 

pour  moi  la  mort;  sa   mort  m'a  fait  mourir,  non  mon  cher  Girard,   c'est  lui  qui  est  la  cause  de  mes 

pas  lui,  puisqu'il  repose  dans  le  Seigneur.  Coulez,  larmes,  lui  qui  etait  mon  frere  selon  la  chair,  mon 

coulez,  mes  larmes,  il  y  a  longtemps,  que  je  vous  tres-prache  parent  selon  l'esprit,   et  mon   compa- 

retiens ;  sortez,  puisque   celui  qui  vous  empecbait  gn0n  dans  la  poursuite  du  meme  but. 

de  sortir  est  sorti  lui-meme   de  cette  vie.    Qu'une         9.  Mon  ame  etait  etroitement  attachee  alasienne,     Foree  de 

source  de  pleurs  coule   de  mes  malbeureux  yeux,  mais  c'etait  plutot  l'amitie  que  la  parente,  qui  de   ''""o™  W 

et  qu'ils  versent  des  torrents  d'eau,  pour  laver  la  deux  n'en  faisaient  qu'une.  La  liaison  du  sang  y  "Bernarf'S 

souillure  des  pecbes  qui  ont  attire  sur  moi  la  colere  contribuait  sans  doute  pour  quelque  chose,  mais  Gir)"uti'e?* 


te,  inquam,  mihi,  frater  mi,  mens  sobria,  et  grata quies, 
eermo  efficacior,  pinguior  oratio,  frequentior  lectio,  et 
ferventior  affectus. 

8.  Heu  !  sublatus  es,  et  haec  omnia  simul.  Tecum 
omnes  paiiter  abiere  deliciae,  et  brtilias  meae.  Jam  curse 
irruunl,  jam  molestiae  hinc  inde  pulsant,  et  anguslia; 
undiquc  solum  me  repererunt,  solas  mihi  te  abeunte 
remanserunt,  solus  sub  sarcina  gemo.  Aut  poncre,  aut 
opprimi  necesse  est,  quia  tu  tuos  humeros  subduxisti. 
Quis  mild  tribuat  cilo  mod  post  te?  Nam  pro  te  nolim, 
nee  te  tua  fraudare  gloria.  Porro  supervivere  tibi,  labor, 
et  dolor.  Vivam,  quoad  vivam,  in  amaritiuline,  vivam  in 
maerore  :  ct  haec  sit  mihi  consolatio,ut  mcerendo  affiigar. 
Non  pa  ream,  el  juvabo  manum  Domini  :  etenim  manus 
Domini  letigit  me.  Me,  inquam,  Tetigit  et  peroussit, 
non  ilium,  quern  voeav't  ad  requiem  :  me  occidit,  cum 
succidit  ilium.  Numquid  enim  occisum  quis  dixerit, 
quern  plantavit  in  vita?  At  quod  illi  vitae  janua  fuit, 
mihi  plane  est  mors  :  rneque  ilia  mortc  mortuum  dixe- 
rim,  non  hunc  qui  obdormivit  in  Domino.  Exile,  exite 
lacrymos  jampridem  cupientcs  :  exite,  quia  is  qui  vobis 
meatum  obstruxerat,  commeavit.  Aperiantur  cataractse 
miseri  capitis,  et   erumpant   fontes   aquarum,    si   forte 


sufficiant  sordes  dilucrc  culparum,  quibus  iram  merui. 
Cum  consolatus  fuerit  super  me  Dominus,  tunc  fortassis 
et  ego  merear  consolari,  si  tarnen  nrn  pepercero  a  mce- 
rore  :  nam  qui  lugent  ,  ipsi  consolabuntur.  Propterea 
condescendat  mihi  omnis  sanctus,  et  in  spiritu  lenitatis 
qui  spiritualis  est,  sustineat  lamentantem.  Lucius  meus 
humano,  quacso,  pensctur  affectu,  non  usu.  Videmus 
nempe  moiluos  quolidie  plangtre  mortuos  suos  :  fletum 
multiim,  el  fruclum  nullum.  Non  culpamus  affectum, 
nisi  cum  excedit  modum ;  sed  causam.  Ille  nimirum 
naturie  est,  et  ejus  turbatio  poena  peccati  :  haec  vanitas 
et  peccatum.  Etenim  ibi  sola  (nisi  fallor)  plorantur 
damna  gloriif  carnis,  vita;  pra?sentia  incommoda.  Et 
plorandi  qui  ila  plorant.  Numquid  ego  sic?  Similis  mihi 
affectus,  sed  altera  causa,  dissimilisque  intentio.  Nulla 
mihi  sane  querela  de  omnibus  qua;  sunt  Dei,adeniptum 
doleo  fidele  auxilium,  salutare  concilium.  Girardum 
lngeo  :  Girardus  est  in  causa,  fralcr  carne, sedproximus 
spiritu,  socius  proposito. 

9.  Adha?sit  anima  mea  animce  illius  ;  et  unam  fecit 
de  duabus,  non  consanguinitas,  sed  unanimitas.  Carnis 
quidem  necessitudo  non  defuit  :  sed  plus  junxit  societas 
spiritus,  consensus  animorum,  morum  conformitas.  Cum 


VINGT-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  567 

l'union  des  esprits  et  des  volontes  et  la  conformity       10.  Pardonnez-moi,  mes  enfants ;  ou plutot,  si  vous 

des  humeurs  et  des  inclinations  etaient  des  noends  etes  mes  enfants.  plaignez  le  malheur  de  votre  pere. 

bien  plus  forts  et  bien  plus  etroits.  Nous  n'etions  Ayez  pitie  de  moi,  oui,  ayez  pitie  de  moi,  vous  au 

qu'un  cceur  et  qu'une  ame,    aussi    le  glaive  de  la  moins    qui   etes    mes    amis,    qui  voyez    combien 

mort  a  perce  egalement  son  anie  et  la  mienne  ;  mais  grande   est   la  plaie    que  j'ai  recne  de  la  main  de 

en  la  separant  en  deux,  elle  en  a  place  une  partie  Dieu,  en  punition  de  mes  peches,  il  m'a  frappe   de 

dans  le  ciel,    et  a  laisse  l'autre  dans  la  boue.  C'est  la  verge  de  sa  colere,  il  m'a  frappe  jnstement ;  si 


moi,  c'est  moi,  dis-je,  qui  suis  cette  miserable  por- 
tion couchee  dans  la  bovie,  et  privee  d'une  partie 
la  meilleure  de  soi-meme,  et  on  me  dit :  ne  pleu- 
rez  point.    On  in'arrache    les   entrailles,  et  on    me 


si  on  considere  ce  que  jerr.erite,  mats  avecngueur, 
on  re^arde    mes  forces.  Qui  pent  dire  qu'il   m'est 
leger  de   vivre  sans  mon   cber  Girard,   si  ce  n'est 
celui  qui  ne  sait  pas  les  liens  qui  nous  unissaient  ? 
crie':  Soyez  insensible.  Je  le  sens,  je  le  sens  malgre     Neanmoins  je  ne  veux  point  m'opposer  aux  volon-    Sainl  B„. 
moi;    car   je    n'ai  point    la  durete   de  la    pierre,     tes  de    Dieu.  Je  ne    veux  pas  blamer  un  jugement  "g^B"** 
et  ma   chair  n'est  ni   de  bronze  ni  d'airain.  Je  le     qui  a  fait  reeevoir  a  chamn  selon  ses  merites,  a  Gi-    son  Mrs 
sens  certes,  et   j'en  ai  une  douleur  extreme,  et  ma     rardlacouronnedont  us  estrendudigne,  eta  moiles  peine  qn<u.  t 
douleur   est  sans  cesse  presente  a  mes  yeux.  Celui    peines  qui  me  sont  dues.  Est-il  juste  de  pretendre     mentis. 
qui  m'a  frappe  ne  pourra  pas  m'accuser  de   durete     que  je  rrouve  a  redire   a  ma   sentence,  parce    que 
et  d'insensibilite  comme  ceux  dont  il  dit  :  «   je  les    je  ressens  ma  peine?  mais  la  sentir  c'est  naturel  ; 
ai   frappes,    et   ils   n'en  ont   eu  aucnn   sentiment     en     murmurer,    c'est    une  impiele.    Oui,    dis-je, 
Saint  Ber-    (Jer.  v,  3).  »  Je  confesse    mon   affliction,  je    ne  la     il  est  naturel  a   l'homme,  et  meme  il   ne  pent   en 
natrrdeseb,enn"  desavouepas.  On  dira  quelle  est charnelle  ;   je   ne     etre    autrement,   de  n'etre  pas   indifferent   envers 
«ran?er    an  me  p0int  quelle  n'ait    quelque  chose  de    l'homme,     ses  amis,  d'etre  heureux  de  leur  presence,  et  peine 
comme  je  ne   nie  point    que  je  ne  sois  homme.  Si     de  leur  absence.  La  conversation   entre   amis   sur- 


Stolciens. 


cela  ne   suffit  pas,  j'aceorderai    meme  qu'elle  est  tout   n'est  pas  languissante  ;  aussi  l'horreur   de   la 

charnelle,  car  je  suis  aussi  charnel,  esclave  du  pe-  separation,    et  la  douleur  qu'on  en  ressent   quand 

che,  destine  a  la  mort  et  voue  a  beaucoup  de  peines  elle  est  arrivee,  sontun  temoignage  de   ce  que  l'a- 

et  de    miseres.   Loin  d'etre    insensible  a u  mal,  j'ai  mour   reciproque    a  opere  dans  ceux  qui   vivaient 

horreur  de  lamort  pour  moi  comme  pour  les  miens,  nsemble .    Je  souffre   done    a  ton  sujet,  mon  cher 

Or,  mon  cher  Girard  etait  bien  a  moi,  oui,  il  m'ap-  frere,  non  pas   que  tu  sois  a  plaindre,   mais  parce 

partenait.  Ne  m'appartenait-il  pas,  en  effet,  lui  qui  que  tu  m'as  ele  enleve.  Et  peut-etre  meme  devrais 

etait  mon  frere  par  la  nature,  mon  fils  par  la  pro-  je  plutot  m'affliger  sur  moi.  puisque  je  suis  oblige 

fession,  mon  pere    par  le    soin  qu'il  avait  de  moi,  de  boire  seul  un    calice  si  plein  d'amertume.  11  n'y 

mon    compagnon  par  l'uniformite  de  nos  Bears,  et  a  que  moi  qui  sois  a  plaindre,  parce  qn'il  n'y  a  que 

mon    ami    intime  par  les  sentiments  du  coeur  ?  11  ™°i  qui  le  boive.  Car  pour  toi.  tu  ne  le  bois  point; 

m'a  quitte,  je  ressens  sa  mort,  ce  coup  m'a    atteint  je  souffre  seul,  ce  qu'ont  coutume  de  souffnr  ceux 

jusqu'au  fond  de  l'ame  ?  I"1  s'entr'aiment,  lorsqu'ils  viennent  a  se  perdre. 


ers:o  essemus  cor  unum  et  anima  una,  hanc  meam 
pariter  alque  ipsius  animam  pertransivit  gladius,  et  scin- 
dens,  meciiam  partem  locavit  in  ccelo,  partem  in  creno 
deseruit.  Ego,  ego  ilia  portio  misera  in  luto  jaoens, 
truncata  parte  sui,  et  parle  potior!;  ei  dicitur  mini,  ne 
(leveris?  Avdlsa  sunt  viscera  mea  a  me  ;  et  dicitur  mini, 
ne  senseris?  Sentio,  sentio  vel  invitus,  quia  nee  forti- 
ludo  lapidum  fortitudo  mea,  nee  caro  mea  asnea  est  : 
sentio  prorsus  et  doleo,  et  dolor  meus  in  conspectu 
meo  semper.  Non  sane  nos  poterit  duriliai  et  insensibi- 
litatis  arguere  ille  qui  verberat,  quomodo  illos,  de  qui- 
bus  ait  :  Percussi eos,  et  non  doluerunt.  Affectum  meum 
confessus  sum,  et  non  negavi.  Carnalem  quis  dixerit  : 
ego  hnmanum  non  nego,  sicut  nee  me  hominem.  Si 
nee  hoc  sufticit,  nee  carnalem  ncgaverim.  Nam  et  ego 
carnalis  sum,  venumdatus  sub  peccato ,  addictus  morti, 
pcenis  et  aernmnis  obnoxius.  Non  sum,  fateor,  insensi- 
bilis  ad  poenas,  mortem  horreo  meam  et  meorum. 
Meus  Girardus  erat,  meus  plane.  An  non  meus,  qui 
frater  sanguine  fuit ,  professione  fdius,  sollicitudine 
•«(.  concon  Paler>  consors  *  spiritu,  intimus  affectu?  Is  recessit  a 
me  :  sentio,  laesus  sum,  et  graviter. 


10.  Ignoscite,  filii  :  imo  si  filii,  vicem  dolete  pater- 
nam.  Miseremini  mei,  miseremini  mei,  saltern  vosamici 
mei,  qui  certe  consideratis,  quam  gravia  pru  peccatis 
recepi  de  manu  Domini.  In  virga  indignationis  sua?  per- 
enssit  me,  digne  pro  mentis,  dure  pro  viribus.  An  leve 
quis  dixerit  vivere  me  absque  Girardo,  nisi  qui  ignorat 
quid  mihi  cum  Girardo  !  Nee  tamen  contradico  sermo- 
nibussancti  :  nee  reprehendo  judicium,  quo  recepit  quis- 
que  quo  dignus  est,  ille  coronam  quam  meruit,  ego 
quam  debui  poenam.  Numquid  quia  sentio  pcenam,  re- 
prehendo  sententiam?  Humanum  est  illud,  hocimpium. 
Hnmanum,  inquam,  et  necesse  affici  erga  charos,  sive 
delectabiliter  cumpra;sto  sunt,  sive  cum  absunt,  moleste. 
Non  erit  otiosa  socialis  oonversatio,  pra^scrtim  inter 
amicos  :  et  quid  effecerit  mutuus  amor  in  sibi  pr;esen- 
tibus,  horror  indicat  separationis  ;  et  dolor  de  invicem 
separatis.  Doleo  super  te,  Girarde  charissime,  non  quia 
dolendus,  sed  quia  ablatus.  Et  ideo  fjrtassis  dolendum 
mihi  potius  super  me,  qui  bibo  calicem  amaritudinis. 
Et  solus  dolendus,  quia  solus  bibo  :  non  enim  et  tu. 
Solus  ego  patior  quod  solent  pariter  pat)  qui  «e  diligant, 
cum  se  amittunt. 


268  OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD 

11.  Dieu  veuille  que  je  ne  t'aie  pas  perdu,  raais 
que  tu  m'aies  settlement  precede.  Dieu  veuille  que 
je  te  suive  un  jour,  quoique  dun  pas  lent,  partout 
oil  tu  ira*.  Car  je  lie  do\ite  point  que  tu  ne  sois 
alle  aceiu  que  tu  invitais  a  louer  Dieuau  milieu  de 
ta  derniere  nuit,  lorsque,  avec  un  visage  serein  et 
une  voix  jubilante,  til  lis  tout  a  coup  entendre,  au 
grand  etonnement  de  tout  le  monde,  ce  verset  de    tant  souvent  ces  paroles  :  «  Mon  pere,  mon  pere,  » 

en^cliMian'  ^^  ''  "  V°"S  ^  ***  danS  leS  C'eUX'  ]°Ul>Z  le  ''  Se  1o"r'"'  vors  moi  avec  un  visage  gai  et  me  di't : 
dw  p.aume"!  Seigneur,  louez-le  au  plus  haut  du  firmament  «  Combien  est  grande  la  bonte  de  Dieu  de  vouloir 
(Pml.  cxlviu,  1).  »  Deja,  au  milieu  de 


et  chimere.  Girard  va  a  la  celeste  patrie  en  passant 
par  tes  dents,  non-seulement  avec  conliance,  mais 
ayec  joie,  et  en  louant  Dieu.  Lorsque  je  fus  arrive, 
et  qu'il  eutacheve  en  ma  presence,  a  haute  voix,  les 
deraieres  paroles  du  psaume  qu'il  avait  commence, 
il  leva  les  yeux  au  ciel  et  d  t  :  Mon  Pere,  je  remets 
mon  ame  entre  vos  mains  [Luc.  xxni,  66) ;  et  repe- 


la  nuit,  mon 

cher  frere,  i)  faisait  jour  pour  toi,  et  la  nuit  etait  a 
tes  yens  aussi  claire  que  le  jour.  Oui,  la  nuit  etait 
lumineuse  pour  toi  au  sein  des  delices  dont  tu 
jouissais.  On  m'appela  &  ce  miracle,  pour  voir  un 
homme  qui  se  rejouissait  aux  approches  de  la  mort, 
et  qui  semblait  insulter  a  ses  coups.  0  mort.ou  est 
ta  victoire,  6  mort,  oii  est  ton  aiguillon  ?  Tu  n'as 
plus  d'aiguillon,  tu  n'as  que  des  charmes.  Un 
homme  meurt  en  chantant,  et  chante  en  mourant. 
On  te  regarde  comme  un  sujet  de  joie,  toi  qui  es 
la  mere  de  la  tristesse ;  comme  un  sujet  de  gloire, 
toi  qui  es  l'ennemie  de  la  gloire;  comme  la  porte 
du  royaume  de  Dieu  et  le  port  du  salut,  toi  qui  es 
la  porte  de  Tenter  et  un  goufirc  de  perdition  !  Et 
celui  qui  te  regarde  d.:  la  sorte  est  un  pecheur. 
Mais  c'est  justice  qu'on  te  traite  ainsi,  puisque  tu 
as  ose  usurper  une  puissance  injuste  sur  l'homme 
juste  et  innocent.  0  mort,  tu  es  morte  et  percee  de 
l'hamecon  que  tu  as  avale  sans  y  penser;  et  cet  ha- 
mecon,  est  celui  dont  parle  le  Prophete  lorsqu'il  dit  : 
«  0  mort,  je  serai  ta  mort ;  enter,  je  serai  ta  morsure 
(Osee  xm,  lZi).  »  Percee  de  cethamecon,  tu  ouvres 
un  large  et  beau  chemin  a  la  vie.  aux  iideles  qui 
passent  par  toi.  Girard  ne  te  craint  point,  fautome 


Deraieres 
ere  des  homines,  et  combien  est  grande  la  clrard^mou 


etre  1 

gloire  des  homines  d'etre  les  enfants  et  les  heritiers 
de  Dieu!  Car  s'ils  sont  ses  enfants,  ils  seront  ses 
heritiers.  »  C'est  ainsi  que  chantait  celui  que  nous 
pleurons,  et  j'avoue  qu'il  a  presque  change  mes 
pleurs  en  un  chant  de  joie,  car,  en  contemplant  la 
gloire  dont  il  jouit,  j'ai  presque  oublie  ma  propre 
misere. 

12.  Miis  ma  poignante  douleur  me  rappelle  a 
moi-meme,  et  une  tristesse  a  mere  m  'arrache  4  ce  doux 
spectacle  comme  a  un  sommeil  leger.  Je  pleurcrai 
done,  mais  ce  sera  sur  moi;  car  sur  lui,  la  raison 
me  le  defend.  Je  crois,  en  effet,  que  si  l'occasion 
s'en  otfrait,  il  nous  dirait  a  cette  heure  :  Ne  pleurez 
point  sur  moi,  mais  sur  vous.  C'est  avec  raison  que 
David  pleura  sur  son  fils  parricide  (II  Reg.  xix,  1), 
parce  qu'il  savait  qu'a,  cause  de  l'enormite  de  son 
crime,  il  ne  sortirait  jamais  du  sein  de  la  mort. 
C'est  aussi  avec  raison  qu'il  pleura  sur  Saul  et  sur 
Jonathas  (II  Reg.  l,  17)  »;  parce  qu'il  n'esperait  pas 
nou  plus,  qu'etant  une  fois  engloutis  par  la  mort, 

a  II  j  a  iri  une  legere  variante  entre  les  anciens  roanusrrits  et 
les  dilTereotes  editions  des  OEuvres  de  saint  Bernard.  Quant  au 
salut  de  Jonathas,  saint  Bernard  n'en  doutait  pas  autant  que  de 
celui  de  Saul.  On  peut  voir  sur  ce  sujet  les  notes  de  Horstius. 


11.  Utinam  non  te  amiserim,  set!  praemiseriiu  !  utinam 
vel  tarde  aliquando  sequar  te  quocumque  ieris !  Non 
enim  dtibium,  quin  ad  illos  ieris,  quos  circa  medium 
extremae  noctis  tuas  invitabas  ad  laudeoi,  cum  in  vultu 
et  voce  cxullalionis  subilo  erupisti  in  illud  Davidicum, 
stupentibus  qui  assistcbant  :  Laudate  Dominion  de  colli'!, 
laudnte  eum  in  excehis.  Jam  tibi,  fraler  mi,  nocte 
adhuc  media  diescebat,  et  nox  sicut  dies  illuminabalur. 
Pr  rsus  ilia  nox  illuminalio  tua  in  deliciis  tuis.  Accitus 
sum  ego  ad  id  miraculi,  vidcre  exsultantem  in  morte 
hominem,  et  insultanlcm  morti.  Ubi  est  mors  victoria 
tua?  Ubi  est  mors  stimulus  tuus?  Jam  non  stimulus 
3ed  jubilus.  Jam  cantando  moritur  homo,  et  moriendo 
cantat.  Usurparis  ad  lietitiam  mater  moeroris,  usurparis 
ad  gloriam  glorias  inimica,  usurparis  ad  introiturn  regni 
porta  inferi,  et  fovea  perditionis  adinvenlionem  salutis  : 
idque  ab  homine  peccatore.  Juste  nimirum,  quia  tu 
inique  in  hominem  innoccntem  et  justum  polestalem 
temeraria  usorpastL  Mortua  es,  o  mors,  et  perforata 
hamo  quern  incaula  glutiisti,  cujtis  ilia  vox  est  in  Pro- 
pheta  :  0  mors,  ero  mors  tua,  mtirsus  tuus  era,  inferne. 
Illo,  inquam,  hamo  perforata,  transeunlibus  per  medium 
tui  fidelibu8  latum  Isetumque  exitum    pandis  ad  vitam. 


Girardus  te  non  formidat,  larvalis  effigies.  Girardus  per 
medias  fauces  tuas  transit  ad  patriam,  non  modo  secu- 
rus,  sed  et  ladabundus  et  laudans.  Cum  ergo  superve- 
nissem,  et  extrema  jam  psalmi  me  audiente  clara  voce 
complesset,  suspiciens  in  ccelum,  ait  :  Pater,  in  manus 
tuai  commendo  xpiritum  meum.  Et  repetens  eumdem 
sermonem,  ac  fre  |u enter  ingeminans  Pater,  Pater,  con- 
verses ad  me,  extiilarata  quidem  facie,  «  Quanta,  inquit, 
dignatio  Dei,  patrem  hominum  esse  !  quanla  hominum 
gloria,  Dei  filios  Dei  esse  et  haeredes !  Nam  si  filii,  et 
hceredes.  «  Sic  cantabat  quern  nos  lugemus  :  in  quo 
et  meum,  fateor,  luctum  pene  in  canlum  converlit, 
dum  intentus  gloriae  ejus,  proprias  fere  miserias  obli- 
viscor. 

12.  Sed  revocat  me  ad  me  pnngens  dolor,  facileque  a 
sereno  illo  intuitu,  tanquam  a  levi  excitat  somno  pcrs- 
tringens  anxietas.  Plangam  igilur,  sed  super  me,  quia 
super  ilium  jam  vetat  ratio.  Puto  enim  si  opporlunitas 
daretur,  modo  diceret  nobis  :  Nolile  Here  super  me,  sed 
super  vos  ipsos  llele.  Planxit  merito  David  super  parri- 
cida  lilio,  cui  perpetuo  sciret  obstructum  exitum  de 
ventre  morlis  mole  criminis.  Merito  super  Saul  et  super 
Jonatham  ;  quibus  a^que  absorptis  semel,    emersio  jam 


VINGT-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


269 


ils  trouvassent  aucune  issue  pour  sortir  de  ce  gouf- 
fre.  Car  ils  ressusciteront,  mais  ce  ne  sera  pas  pour 
la  vie;  ou  plutot  ils  ressusciteront  pour  la  vie,  mais 
aQn  de  mourir  d'une  mort  plus  fuueste,  en  mou- 
rant  lout  vivants  :  11  est  vrai  que  pour  Jonathas,  il 
y  a  quelque  raison  de  douter.  Mais  moi,  si  je  n'ai 
pas  le  meme  sujet  de  pleurer,  j'en  ai  pourtant  un. 
Je  pleure  d'abord  sur  mon  propre  rualkeur  et  sur  la 
perte  qu'a  faite  ce  monastere.  Je  pleure  ensuite  sur 
les  necessites  des  pauvres  dont  Girard  etait  lepere. 
Je  pleure  sur  notre  ordre  tout  entier,  et  sur  notre 
institut,  qui  ne  retirait  pas  un  petit  avautage,  6 
mon  cher  frere,  de  ton  zele,  de  tes  conseils  et  de  tes 
exemples.  Entin,  je  pleure  sinon  sur  toi,  du  moins 
a  cause  de  toi.  Voila,  oui  voila  ce  qui  me  touche 
vivetneut,  parce  que  j'aime  tendreuient.  (Jue  per- 
sonne  ne  vienne  m'iniportuner  et  me  dire  que  je  ne 
dois  point  m'affliger  aiusi.  Samuel,  qui  etait  si  bun, 
a  laisse  un  libre  cours  a  sa  douleur  pour  un  rui  re- 
prouve  (1  Reg.  xvi,  1);  et  David,  qui  etait  si  ver- 
tueux,  a  fait  la  meme  chose  pour  un  tils  parricide; 
et  cela  sans  faire  tort  a  leur  toi,  sans  accuser  d'in- 
justice  les  jugements  de  Dieu.  «  Absalon,  mon  tils, 
disait  le  saint  roi  David,  mon  fils  Absalon  11  Reg. 
xvm,  33)  !  »  Et  mon  frere,  n'est-il  pas  plus  qu'Ab- 
salon?  Le  Sauveur  de  meme,  en  apercevant  la  ville 
de  Jerusalem  dont  il  prevoyait  la  rume,  pleura  sur 
elle  (Luc.  six,  hi-).  Et  moi,  je  ne  ressentirais  pas  mon 
propre  malheur,  et  un  malbeur  qui  est  encore  tout 
.  .  „  recent;  je  ne  me  plaiiidrais  pas  d'une  plaie  si  nou- 
ard  justifie  velle  et  si  profonde?  Jesus  a  pleure  par  compassion 

Dn  deuil  par  .  ~  ,,  .    .         , 

eaeiemples.  pour  les  soullrances  d  autrui,  et  moi  je  n  oserais 

pleurer  sur  mes  propres  souffrances  ?  Lorsqu'il  etait 

debout  devant  le  sepulcre  de  Lazare,  il   ne   reprit 

point  ceux  qui  pleuraient,  il  ne  les  empecba  pas  de 

pleurer,  bien  plus,  il  rnela  lui-meme  ses  larmes 


aux  leurs;  «  Et  Jesus  pleura,  dit  l'Ecriture  [Joan. 
xi,  35).  »  Ces  larmes  furent  certainement  les  te- 
moignages  de  sa  nature  humaine,  non  les  marques 
de  sa  deliance.  Car,  a  sa  voix,  le  mortsorlitaussitot 
du  tombeau,  pour  que  vous  ne  croyiez  pas  qu'on  ne 
saurait  s'affliger  sans  prejudice  pour  sa  foi. 

13.  II  en  est  ainsi  de  nos  larmes.  Elles  ne  sont 
point  un  sigue  de  notre  peu  de  foi,  mais  un  temoi- 
gnage  de  la  condition  de  notre  nature.  Et  si,  lors- 
que  je  suis  frappe,  je  pleure,  ce  n'est  pas  a  dire  que 
je  blame  celui  qui  m'a  frappe,  mais  je  tacbe  au 
contraire  d'attirer  sa  misericorde  et  de  flechir  sa 
severite.  Voila  pourquoi  mes  paroles,  pour  etre 
pleines  de  douleur,  n'en  sont  pas  moins  exemptes 
de  murmure.  N'en  ai-je  pas  meme  profere  qui  sont 
pleines d'humilite  et  de  soumission,  en  disaut  que, 
par  une  meme  sentence  tres-equitable,  Tun  a  et6 
puni  et  l'autre  couronne,  chaenn  selon  ses  merites? 
Oui,  je  le  repete,  le  Seigneur  egalement  bon  et 
juste,  a  agi  avec  une  souveraine  equite.  Je  louerai, 
Seigneur,  voire  misericorde  et  vos  jugements.  Que 
la  misericorde  que  vous  avez  exercee  envers  votre 
serviteur  Girard  vous  benisse.  Que  le  jugement  que 
vous  avtz  rendu  contre  moi  vous  benisse  aussi.  Dans 
I'un,  vous  serez  loue  parce  que  vous  etes  bon,  et 
dans  l'autre,  parce  que  vous  etes  juste.  Faut-il  ne 
vous  louer  que  de  votre  bonte?  On  doit  vous  louer 
aussi  de  votre  justice.  «  Vous  etes  juste,  Seigneur, 
et  vos  jugements  sont  equitables  (Psal.  cxvui, 
137,.  »  C'est  vous  qui  nous  aviez  donne  mon  frere 
Girard.  C'est  vous  qui  nous  l'avez  ole.  Et,  quoique 
nous  nous  plaignions  de  ce  que  vous  nous  l'avez 
ute,  nous  n'avons  pas  oublie  pourtant  que  vous 
nous  l'avez  donne;  et  nous  vous  remercious  de  ce 
que  vous  nous  avez  juge  digues  de  posseder  celui 
dont  nous   ne  sommes  facnes  d'etre   pnves,   que 


non  speratur.  Et  quidem  resurgent,  sed  non  ad  vitam  : 
imo  ad  vitam,  ut  vivi  in  morte  infelicius  moriantur. 
Quamquam  de  Jonatha  possit  non  hnmerito  haerere 
sententia.  At  mihi  etsi  non  ista  suppetit  plangendi  ratio, 
non  tamen  nulla.  Plango  primuin  super  mea  ipsius 
plaga,  atque  hujus  jactura  domus  :  plango  deiiide  super 
pauperum  nccessitatibus,  quorum  Girardus  paler  erat; 
plango  certe  et  super  universo  statu  nostri  Otdinis  nos- 
traique  professionis,  qui  de  luo,  Girarde,  zelo,  coucdio 
et  exemplo  robur  noti  mediocre  capiebat  :  plango  pos- 
tremo,  etsi  non  super  te,  propter  te  tamen.  Hinc  pror- 
sus,  hinc  aflicior  graviter,  quia  vehementer  amo.  Et 
nemo  mihi  molestus  sit,  dicens  non  debere  sic  affici; 
cum  benignus  Samuel  super  reprobo  rege,et  piusUavid 
super  parricida  tilio  satisfecerint  afTeclioni,  et  non  ad 
injuriatn  lidei,  non  in  superni  suggillationem  judicii. 
Absalon  fiti  mi,  ait  sanctus  David,  fiH  mi  Absalon  :  et 
ecce  plus  quam  Absalon  hie.  Salvalor  quoque  videns 
civiutem  Jerusalem,  et  pr«videns  ruituraiu,  flevit super 
earn.  Et  ego  propriam,  et  quae  in  prasenti  e=t  desola- 
tionem  non  seutiam?  Plagam  meam  recentem,  et  gra- 
\eni    non   doleam?    Hie   flevit    compatiendo  ,    et    ego 


patiendo  non  audeam  !  Et  certe  ad  tumulum  Lazari  nee 
lluntes  arguit,  nee  a  fletu  prohibuit,  insuper  et  flevit 
cum  flentibus  :  Et  lacrymatus  est,  inqait,  Jesus.  Fuerunt 
lacrymae  ilia?  testes  prot'ecto  natura?,  non  indices  diffi- 
dentue.  Deniquc  et  prodiit  max  ad  vocem  ejus  qui  erat 
mortuus,  ne  cuntinuo  putes  lidei  pra?judicium  dolentis 
aireclum. 

13.  Sic  nee  (letus  utiquenoster  inlidelilatis  est  signum, 
sed  condilionis  indicium  ;  nee  quia  percussus  ploro, 
arguo  ferientem,  sed  provoco  pielatem ,  severitatem 
flectere  satago.  Unde  et  verba  mea  dolore  sunt  plena, 
non  tamen  et  murmure.  Numquid  non  plenum  justitiae 
protuli,  quod  unius  sentential  complemento  et  punitus 
est  qui  debuit,  et  coronatus  qui  met  uit  ?  Et  adhuc  dico  : 
Bene  utrumque  fecit  dulcis  et  rectus  Duminus.  Miseri- 
cordiam  et  judicium  cantabo  tibi,  Domine.  Cantet  tibi 
misericordia,  quam  fecisti  cum  servo  tuo  Girardo  : 
cantet  et  judicium,  quod  nos  porlamus.  In  altero  bonus, 
in  altera  Justus  laudaberis.  An  solius  laus  bonitatis? 
Est  et  justitia?.  Justuses,  Domini:,  et  rectum  judicium 
tuum.  Girardum  tu  dedisti,  Girardum  tu  abstulisti  :  et 
si  dolemus  ablatnm,  non  tamen  obliviscimur  quod  da- 


270 


(EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Saint  Ber- 
nard    obtint 
on  moment 
de  treTe  pour 
ton  frere    an 
milieu  de  sea 

lauffrances. 


parce  qii'il  nous  eut  ete  bien  avantageux  de  De 
letre  pas. 

14.  Je  me  souviens,  Seigneur,  du  pacte  que  j'ai 
fait  avec  vous,  et  de  vo*re  extreme  bonte  ;  et  cela 
me  fait  connaitre  davantage  combien  vous  files 
veritable  d;ms  vos  paroles,  et  que  vous  sorlez  tou- 
jours  victorieux  des  jugements  des  liumuws.  I.ors- 
que,  lannee  passee,  nous  etions  a  Viterbe  *  dans 
l'interet   de  l'Eglise,  mon  frere  Girard  tomba  ma- 


SERMON  XXVII. 


De  la  parure  de  I'fipouse  :  en  quel  sens  Fdme 
sainte  est  appelee  ciel. 


1.  Apres  avoir  rendu  les  devoirs  de  l'humanite  .1 
notre  ami,  qui  est  relourne  dans  sa  patrie  ;  je  re- 
viens,  mes  freres,  aux  discours  d'edilication  que 
lade.  Comme  le  mal  s'augnu'iitait  au  point  qu'il  j'avais  interrompus  ;  car  il  n'est  pas  a  propos  de 
sembl.iit  que  Pieu  l'allat  bientut  tirer  a  lui,  je  ne  pleurer  plus  longtemps  celui  qui  est  dans  la  joie, 
pouvais  me  resoudre  alaisser  dans  une  terre  etran-  et  il  n'est  pas  juste  de  troubler  par  les  larmes 
gere  le  compagnon.  de  mon  voyage,  un  compagnon  l'allegresse  de  celui  qui  est  assis  a  la  table  d'un 
comme  celui-la,  et  i  ne  point  le  remettre  entre  les  banquet.  Et,  bienqu'en  lepleurant,  nous  deplorions  rjndnit  mode- 
mains  de  ceux  qui  me  l'avaient  confie  ;  car  il  etait  notre  propre  malheur,  encore  y  faut-il  apporler  r"  »"" 
aime  de  tout  le  monde,  tant  il  etait  aimable.  Dans  quelque  moderation,  de  peur  qu'il  ne  semble  que 
cette  detresse,  je  me  mis  i  prier  avec  larmes  et  ce  n'est  pas  taut  sa  perte  que  les  avantages  dont  sa 
gemissements.  Seigneur,  m'ecnai-je,  attendez  jus-  perte  nous  a  pnves  que  nous  pleurons.  Que  la 
qu'a  notre  retour.  Lorsque  vous  l'aurez  rendu  a  joie  qui  comble  notre  bien-aime  doit  temperer 
ses  amis,  otez-le  du  monde  si  vous  voulez,  et  je  ne  l'exces  de  notre  tristesse,  et  la  pensee  qu'il  est  avec 
m'en  plaindrai  point.  Vous  m'avez  exauce,  Seigneur,  Dieu  servira  1  nous  faire  supporter  plus  patiem- 
vous  lui  avez  rendu  la  saute;  nous  avons  acheve  nieut  de  ne  l'avoir  plus  avec  nous.  Aussi,  plein  de 
l'ouvrage  que  vous  nous  aviez  enjoint  de  faire,  et  confiance  en  vos  prieres,  je  veux  vous  decouvrir, 
nous  sommes  revenus  avc  joie,  rapportant  avec  si  je  puis,  tout  ce  que  je  sens  cacbe  sous  les  tentes 
nous  les  beaux  fruits  de  la  pais.  J'avais  presque  auxquelles  est  comparee  la  beaute  de  l'Epouse. 
oublie  la  convention  que  j'avais  faite  avec  vous,  Nous  en  avons  toucbe  quelque  cbose,  si  vous  vous 
mais  vous  vous  en  etes  souvenu.  Je  rougis  de  ces  en  souvenez,  mais  nous  ne  l'avons  pas  examine  a 
regrets  qui  semblent  m'accuser  de  prevarication,  fond.  Nous  avons  dit  et  fait  voir  seulement  quelle 
Bref,  vous  avez  redemande  votre  depot,  vous  avez  est  noire  ainsi  que  les  tentes  de  Cedar.  Comment 
repris  ce  qui  etait  a  vous.  Mes  larmes  rnellent  fin  done  est-elle  «  belle  comme  les  tentes  de  Salomon?  » 
a.  mes  discours;  mettez  lin,  sil  vous  plait,  Seigneur,  Comme  si  Salomon  dans  toule  sa  gloire,  avait  rien 
a.  mes  larmes.  eu  qui  fut  digne  de  la  beaute  de  l'Epouse,  et  de  la 

„     .  .,     » .  magnificence  de  sa  parure.  Si   nous   disions  que 

a    Saint  Bernard  6t  deux  seiours  a  Viterbe;    la  premiere  fois  .  .,.,.,       .    .       ,  .  , 

.n  1133,  comme  on  pent   le  Toir  par  sa   lcttre  CU;  la  secoude  ces  tentes  sigmlient  plutot  le    teint  basane,  que    la 

fob  en  1137.  C'est  de  ce  dernier  qu'il  parle.  beaute  de  l'Epouse,  de  meme  que  celles  de   Cedar, 


tus  fuit,  et  gratins  agimus  quod  habere  ilium  meruimus, 
quo  carere  in  tantum  non  volumus,  in  quantum  non 
expedit. 

14.  Recordor,  Domine,  pacti  mei  et  miserationis  tua;, 
ut  magis  justificeris  in  sermonibus  tuis,  et  tineas  cum 
judicaris.  Cum  pro  causa  Ecclesiie  anno  prajterilo  Vi- 
terbii  essemus,  asgrotavit  ille,  et  invalescente  languore, 
cum  jam  proxima  vidcrctur  vocalio,  ego  aegerrime  fe- 
rens  comitem  pei'egrinationis,  ct  ilium  comitem  in  terra 
reiinquere  aliena,  nee  resignare  his  qui  mihi  cum  com- 
miserant,  quoni.im  amabalur  ab  omnibus,  sicut  erat 
imabilis  valde  ;  conversus  ad  orationem  cum  flctu  ct 
gciuitu  :  Exspecla,  inquam,  Domine  usque  ad  redilum. 
Restilutum  amicis  tolle  jam  eum,  si  vis,  et  non  causa- 
bor.  Exaudisli  me,  Dens  :  convaluit,  opus  perfecimus 
quod  injunxcras,  redivimus  cum  exullationc  reportan- 
tes  manipulus  pa  is.  Porro  ego  oblitus  pene  sum  mete 
conventionis,  sed  non  lu.  Pudet  singultuum  horum, 
qui  prsevaricationis  me  arguunt.  Quid  plura?  Repetiisti 
commendatum,  recepisti  tuum.  Finem  verborum  inci- 
dunt  lacrymsej  tu  illis,  Domine,  finem  modumque  indi- 
xaris. 


SERMO  XXVII. 

De  ornalu  Sponxw,  et  qualiter   anima   sancta  caelum 
diculur. 

1.  Quia  debitis  humanitatis  officiis  amicum  reverten- 
tem  in  palriam  prosecuti  sumus,  redeo,  fratres,  ad  pro- 
positum  sdiliiandi  quod  intermiseram.  Incongruum 
namque  est  diu  flere  la;tantem ,  et  sedenti  ad  epulas  la- 
crymas  mullas  ingerere,  importunum.  Sed  el  si  nostras 
defleamus  a;riimnas,  ne  id  quidem  oportet  nimis,  ne 
non  tarn  amasse  ilium,  quam  nostra  qiiEesisse  de  illo 
commoda  videamnr.  Tempcret  sane  dilecti  gaudium 
mcEstitiam  desolatorum ;  et  tulerabilius  tiat  nobis  quod 
nobiscum  non  est,  quia  cum  Deo  est.  Fretus  ergo  ora- 
tionibus  vestris,  volo  in  lucem,  si  possum,  prodere 
quidquid  illnd  est,  quod  operlum  illis  pellihus  senlio, 
qu;e  in  excmplum  decoris  Sponsae  productas  sunt.  Hoc 
(si  *  recolitis)  factum  fuit,  sed  indiscussum  remansit  : 
porro  discussum  et  declaratum,  quomodo  nigra  sit  sicut 
tabernacula  Cedar.  Quomodo  ergo  sicut  pelles  Salomo- 
nis  formosa  ?  quasi  vero  Salomon  in  omni  gloria  sua 
quidquam  habuerit  coodignum  decora  Sponsae,  «t  gloria 


al.  sicut. 


VINGT-SEPT1EME  SERMON  SUR 

peut-etre  cela  serait-ce  plus  juste  et  ne  manquerions- 
nous  pas  de  raisons  pour  en  faire  voir  les  rapports 
comme  nous  le  ferons  dans  la  suite.  Mais  pour  pre- 
tendre  comparer  d.-s  tentes,  quelque  belles  et  su- 
perbes  qu'elles  puissent  etre,  a  l'etat  brillant  de 
l'Epouse,  nous  avons  besoin  du  secours  de  celui  a 
la  porte  de  qui  vous  avez  frappe,  a  fin  de  pouvoir 
dignement  decouvrir  un  si  grand  mvstere.  Car  des 
beautes  les  plus  grandes  qui  frappentles  sens,  qu'y 
a-t-il  qui  ne  paraisse  vil  et  ditiorme  a  un  jnge 
equitable,  si  on  le  compare  a  la  beaute  interieure 
d'une  ame  sainte  ?  Qu'y  a-t-il,  dis-je,  de  si  excel- 
lent dans  la  figure  passagere  de  ce  monde,  comme 
parte  l'Apotre,  qui  puisse  egaler  l'excellence  d'une 
ame,  depouillee  de  la  vieillesse  de  l'homrae  terres- 
tre,  revetue  de  la  beaute  de  1'bomme  celeste,  ornee 
de  vertus  comme  de  riches  perles,  plus  pure  et 
plus  elevee  que  1'air,  et  plus  brillante  que  le  so- 
leil?  Ne  regardez  done  point  Salomon,  lorsque 
vous  voulez  savoir  a  quelles  tentes  l'Epouse  se 
glorilie  d'etre  semblable  en  beaute. 

2.  Que  veut-elle  done  dire  par  ces  mots  :  «  Je 
suis  belle  comme  les  tentes  de  Salomon  (Cant,  i, 
U)  ?  Ces  paroles  renfernient  un  grand  et  merveilleux 
mvstere,  si  toutefois  nous  ne  les  enteudons  pas  de 
Salomon,  mais  de  celui  dont  il  est  dit  :  «  Celui-ci 
est  plus  que  Salomon  (Matth.  xn,  62).  »  11  est  si 
bien  le  veritable  Salomon,  qu'il  estappele  non-seu- 
lenient  pacilique,  ce  que  signilie  Salomon  en  lle- 
breu,  mais  la  paix  meme,  suivant  ce  mot  de  Saint 
Paul,  «  il  est  notre  paix  (Ephes.  m,  14).  »  Je  ne 
doute  point  qu'on  ne  puisse  trouver  dans  ce  Salo- 
mon quelque' chose,  que  je  ne  ferais  point  de  dilfi- 
culte  de  comparer  a  la  beaute  de  l'Epouse.  Et  avaut 


LE  CANT1QUE  DES  CANTIQUES.  271 

tout,  reraarquez  ce  qui  est  dit  dans  le  psaume  au 
sujet  de  ses  tentes  :  «  11  etend,  dit-il,  le  ciel  comme 
une  teute  (Psal.  cm,  3).  »  Ce  n'est  pas  sans  doute  Quelles  sent 
Salomon,  si  sage  et  si  puissant  qu'il  soit,  qui  etend  ""  tente»- 
le  ciel  comme  une  tente,  mais  plutot  Celui  qui  non- 
seulement  est  sage,  mais  la  sagesse  meme ;  oui, 
e'est  lui  qui  l'a  etendu  et  qui  l'a  cree.  Car  e'est 
celui  ci,  noiile  premier  Salomon,  quiadit :  ccQuand 
il,  e'est-a-dire  Dieu  le  Pere,  pieparait  les  eieux, 
j'etais  present  (Piov.  vin,  27).  »  11  n'y  a  point  de 
doute  que  sa  vertu  et  sa  sagesse  ne  fut  presente, 
lorsqu'il  preparait  lescieux.  Etne  croyezpasqu'elle 
fut  oisive,  qu'elle  se  contentat  de  regarder  ce  qui 
se  passait,  parce  qu'elle  a  dit  qu'elle  etait  presente, 
non  point  qu'elle  les  preparait  aussi.  Regardez  la 
suite,  et  vous  verrez  qu'elle  dit  clairement  «  qu'elle 
reglait  et  disposait  toutes  chosesavec  lui  {Ibid.  30). » 
Et  n'est-ce  pas  elle-meme  qui  dit  encore  ailleurs  : 
«  Tout  ce  que  fait  le  Pere,  le  Eds  le  fait  aussi  (Joan. 
v,  19).  »  C'est  done  lui  aussi  qui  a  etendu  le  ciel 
comme  une  tente.  Belle  tente,  que  ce  grand  pa- 
vilion qui  couvre  la  face  de  la  terre,  et  rejouit  les 
yeux  des  hommes  par  l'eclat  et  la  diversite  de  ses 
lumieres,  du  soleil,  de  la  lune  et  des  etoiles!  Qu'y 
a-t-il  de  plus  beau  que  cette  tente?  Qu'y  a-t-il  de 
plus  pare  que  le  ciel  ?  Neanmoins  il  ne  mente  pas 
encore  d'etre  compare  sous  aucun  rapport  a  la 
gloire  et  a  la  beaute  de  l'Epouse,  quaud  il  n'y  au- 
rait  que  parce  que  sa  figure  passe,  ainsi  que  celle 
de  tout  le  monde,  comme  etaut  corporelle  et  acces- 
sible aux  sens  du  corps.  Car  les  chosesquisevoient 
ne  sont  que  pour  un  temps,  mais  celles  qui  ne  se 
voient  point  dureront  toujours. 

3.  La  beaute  de  l'Epouse  est  intellectuelle,  elle 


ornatus  ejus.  Et  quidem  si  non  ad  decorem  Sponsan, 
sed  ad  nigredinem  potius  nescio  quas  pelles  istas,  et  ta- 
lernaculti  Cedar  respicere  diceremus,  fortassis  coinpete- 
ret,  nee  deesset  unde  id  congruere  monstraremus 
sicut  et  monstrabimus.  At  vero  si  Sponsae  claritati 
quarumcunque  decorem  pellium  comparandum  puta- 
mus,  hie  prorsus  opus  nobis  est  ejus  ad  quern  pul- 
sastis  auxilio  ,  qualenus  mysterium  hoc  digne  ape- 
rire  possimus.  Quid  namque  eorum  quae  in  facie 
lucent,  si  i:  terns  cujuspiam  sancta?  aniuias  pulchritu- 
dini  comparetur,  non  vile  ac  fcedum  reclo  appareal  eesti- 
matori  I  Quid,  inquaro,  tale  in  se  ostendit  ea  qua3  prte- 
terit  figura  hujus  mundi,  quod  aequare  speciem  uniniae 
possit  illius,  qute  exuta  terreni  hominis  vetustatem,  ejus 
qui  de  ccelo  est,  decorem  induit,  ornala  optimis  raori- 
bus  pro  monilibus,  ipsopurior  sicut  et  excelsior  aethere, 
sole  splendidior?  Noli  ergo  respicere  ad  istum  Salomo- 
nemcum  indagare  cupis,  cujusiuodi  se  pellibus  similem 
in  decore  Sponsa  lorietur. 

2.  Quid  est  ergo  quod  dicit  :  Formosa  sum  sicut  pel- 
les Satomonis  ?  Magnum  et  mirabile  quiddam,  ut  ego 
aestimo  ;  si  tamen  non  hunc,  sed  ilium  hie  attendamus, 
de  quo  dicitur  :  Ecce  plusquam  Salomon  hie.  Nam  us- 
que adeo  is  meus  Salomon  Salomon  est,  ut  non  modo 
Pacilicus  (quod    quidem  Salomon    interpretatur)  sed  et 


pax  ipsa  vocetur,  Paulo  perhibente,  quia  ipse  est  pax 
nostra.  Apud  istum  Salomonem  non  duhito  posse  inve- 
niri  quod  decori  Sponsae  oinnino  comparare  non  dubi- 
tem.  Et  prasertini  de  pellibus  ejus  adverte  in  psalmo  : 
Extendens,  ait,  caelum  sicut  pellem.  Non  ille  profecto 
Salomon  (etsi  mullum  sapiens,  multumque  potens)  ex- 
tendit  ccelum  sicut  pellem  :  sed  is  potius,  qui  non  tarn 
sapiens,  quam  ipsa  Sapientia  est,  ipse  prorsus  extendit 
et  condidit.  Istius  siquidem,  et  non  illius  ilia  vox  est  : 
Qunndo  pra'parabat  ccelos,  baud  dubium  quin  Deus  Pa- 
ter, ego  aderam.  Aderat  sine  dubio  praeparanti  ccelos 
sua  virtus,  suaque  sapientia.  Nee  putcs  adstitisse  otio- 
sam,  et  quasi  ad  spect;indum  solummodo,  quia  dixit, 
aderam,  non  etiam,  prEeparabam.  Respice  paulisper  in- 
ferius,  et  invenies  aperte  subjungentem,  quia  eram  cum 
eo  componens  omnia.  Denique  ait  :  Quircumque  enim 
Pater  facit,  hcec  et  Fdius  similiter  fucit.  Et  ipse  itaque 
extendit  ccelum  sicut  pellem.  Pulcherrim  pellis,  qua 
in  modum  magni  cujusdam  tentorii  universam  operiena 
faciem  terra?,  solis,  lunas,  atque  stellarum  varietate  tam 
speclabili  humanos  oblectat  aspectus.  Quid  hao  pelle 
formosius  ?  quid  ornalius  ccelo  ?  Miniuie  tamen  vel 
ipsum  ullatenus  conferendum  gloriae  et  decori  Sponsas, 
eo  ipso  succumbens,  quod  prjeterit  et  haec  figura  ipsius, 
utpote  corporea,  et   corporeis  subjacens  sensibus.    Qua 


272 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Ls  be»at«  de  est  spirituelle  et  eternelle,  parce  que  c'est  l'image 
l'Epoose  re-  je  ]V'ternit6.  Sa  beaute,  par  exemple,  c'est  la  cba- 

aide  tout  en-     ...  '  ,        ,       . 

tiere  dans  sa  rite  (I  Cor.  xtu,  8; ;  or,  nous  savons  que  la  cnarite 
pVe°tu». e  De  se  Per(^  jamais.  C'est  aussi  la  justice,  «  or,  la 
justice,  dit  le.  Propbete,  denieurera  cternellement 
(P>al.  cxi,  3).  »  C'est  encore  la  patience;  or,  ne  li- 
sez-vous  pas  que  «  la  patience  des  pauvres  ne  p6- 
rira  jamais  [Psal.  ix,  19;  ?  »  Que  ilirais-je  de  la 
pauvrete  volontaire  et  de  l'luimilitc?  I. 'une  n'a-t- 
elle  pas  pour  recompense  un  royaunie  eterael,  et 
l'autre  une  gloire  qui  n'aura  pas  de  On?  11  en  est 
de  meme  de  la  crainte  du  Seigneur,  elle  est  sainte, 
et  subsiste  dans  tons  les  siecles  {Psal.  xvm,  10.)  11 
en  faut  dire  autant  de  la  prudence,  de  la  tempe- 
rance, de  la  generosity  et  de  toutes  les  autres  ver- 
tus;  ne  sont-ce  pas,  en  effet,  comme  autant  de 
perles  qui  ornent  l'Epouse,  et  qui  brillent  dun 
6clat  perpetuel?  Je  dis  perpetuel,  parce  qu'elles  sunt 
la  base  et  le  fondement  de  l'immortalite.  Car  il  n'y 
a  pas  de  place  dans  l'ame  pour  la  vie  immortelle  et 
bienbeureuse,  sinon  par  le  moyen  et  I'interposition 
des  vertus.  C'est  ce  qui  fait  que  le  Propbete  dtt  a 
Dieu,  qui,  nul  n'en  doute,  est  la  vie  bienbeureuse  : 
«  La  justice  et  1'equite  sont  les  bases  de  votre  trone 
(Psal.  Lxxxvin,  15).  »  L'Apotre  dit  aussi  «  que  Je- 
sus-Cbrist  babite  dans  nos  coeurs,  non  pas  de  toutes 
sortes  de  manieres,  mais,  il  dit  expresseinent,  par 
la  foi  (Ej/hes.  v,  17).  »  De  meme,  lorsque  le  Sei- 
gneur voulut  s'asseoir  sur  l'ane,  les  disciples  mirent 
leurs  babits  sous  lui,  pour  montrer  que  le  Sauveur 
ou  le  salut  ne  peut  reposer  sur  une  ame  nue,  e'est- 
a-dire  non  revetue  de  la  doctrine  et  des  vertus  des 
apotres .  C'est  pourquoi  l'Eglise,  qui  a  les  promesses 


de  la  felicite  a  venir,  a  soin  cependant  de  se  parer 
et  de  s'orner  d'une  robe  de  broderie  d'or  semee  de 
graces  et  de  vertus  (Psal.  xi.iv,  10),  comme  de  di- 
verses  Qeurs,  atin  d'etre  trouvee  digne  et  capable 
de  recevoir  la  plenitude  la  grace. 

k-  Comment  pourrait-on  comparer  en  beaute  ce 
ciel  visible  et  corporel,  quoique  tres-beau  en  son 
genre,  et  orne  d'une  agreable  diversite  d'etoiles,  a 
cette  autre  diversite  spirituelle  et  si  excellente,  qui 
brille  dans  la  robe  de  saintete  que  l'Epouse  a  recue 
ici-bas?  Mais  il  y  a  un  ciel  du  ciel  dont  parlr  le 
Propbete,  lorsqu'il  dit  :  «  Cbantez  des  cantiques  a 
la  gloire  du  Seigneur  qui  monte  sur  le  ciel  du  ciel 
vers  I'Orieut  [Psal.  lxvii,  33).  r>  Ce  ciel  est  intellec- 
tuel  et  spirituel,  et  celui  qui  a  fait  les  cieux  par  son 
entendement,  a  aussi  cree  celui-la,  et  l'a  etabli 
pour  demeurer  eternellement;  et  c'est  ce  ciel  qui 
est  le  lieu  oil  il  babite.  Ne  croyez  pas  que  le  zele  de 
l'Epouse  demeure  au  dessous  de  ce  ciel,  oil  elle  sait 
qu'habite  son  bien-aime.  Car  son  coeur  est  oil  est 
son  tresor.  (Matth.  vi,  21).  Elle  est  saintemeut  ja- 
louse  de  ceux  qui  sont  devant  cette  face  adorable, 
apres  laquelle  elle  soupire,  et  a  qui  elle  ne  peut 
pas  encore  etre  associee  dans  cette  vue  bienbeu- 
reuse :  elle  s'efforce  de  rendre  sa  vie  conl'onne  a  la 
leur  en  criant  plutot  par  ses  vertus  que  par  ses  pa- 
roles :  b  Seigneur,  j'aime  passionnement  la  beaute 
de  votre  maison  et  le  lieu  oil  reside  votre  gloire 
(Psal.  xxv,  8).  » 

5.  Elle  ne  croit  point  indigne  d'elle  d'etre  com- 
paree  a  ce  ciel,  a  celui  qui  est  etendu  comme  des 
tenles,  sinon  quant  aux  lieux  qu'il  occupe  dans 
l'espace,  du  moins  quant  a  l'ardeur  et  au  zele  des 


enim  videntur,  temporalia  sunt;  quae  aulem  non   viden- 
tur,  ceterna. 

3.  Sed  est  rationalis  qucedam  Sponsse  species,  et  spi- 
ritualis  effigies ;  ipsaque  asterna,  quia  imago  aeternitatis. 
Decor  ejus,  verbi  gratia,  charilas  est,  et  charitas,  sicut 
legitis,  nunquam  txcidil.  Est  certe  et  justitia  ;  et  j'usti- 
tia  ejus,  inquit,  manet  insceculum  sceculi.  Est  etiam  pa- 
tientia ;  el  legiiis  nihilominus,  quia  patientia  pauperum 
non  peribit  in  finem.  Quid  voluntaria  pauperlas  ?  quid 
humilitas  ?  Nonne  altera  rcgnuin  aeternum,  altera  aeque 
exaltaliouem  promeretur  aetemam  ?  Eo  quoque  spectat, 
et  timor  Dommi  sanctus  permanens  in  sceculum  sceculi. 
Sic  prudentia,  sic  tempcr;intia,  sic  forlitudo,  et  si  qua? 
sunt  virtutes  alia1,  quid  nisi  margaritae  sunt  qnaedam  in 
Sponsie  ornatu,  splendoreperpetuo  coruscantes '?  Perpe- 
tuo,  iuqaam,  quia  sedes  ct  fundamentum  perpetuitalis 
Nee  enim  perp'-tua?  beal.Tque  vitas  omnino  lucus  in  ani- 
ma  est,  nisi  mediis  quidem  inlerjectisque  virtutibus. 
Unde  Propheta  Deo,  qui  ntique  vita  beata  est,  Justitia, 
inquit,  et  judicium  prceparatio  sedis  lute.  Et  Apostolus 
dicit  Christum  hnbilare,  non  omni  modo  quidem,  sed 
signanter  per  fidem  in  cordibus  nostris.  Domino  quoque 
sessuro  super  ascllum,  vesles  suas  discipuli  substrave- 
runt  :  signilicantes  Salvatorem  seu  saluteai  nequaquam 
Insidere  nudae  anima?,  quam  non  videlicet  vestitam  in- 
venerit  doctrina  et   moribus  apostolorum.   Et  ideo  Ec- 


clesia  promissionem  habens  futurae  felicitatis,  curat  in- 
terim prceparare  et  praeornare  se  in  veslitu  deauralo 
circumdata  vaiietale  gratiarum  atque  virtutum,  qua  di- 
gna  et  capax  plenitudinis  gratiae  inveniatur. 

4.  Caaterum  spirituali  huic  tam  pulchne  varietati, 
quam  de  prima  interim  stola  in  quadam  veste  suae  sanc- 
tificationis  accepit,  nullo  pacto  ego  comparaverim  in 
decore  ecelum  hoc  visibile  atque  corporeum,  quamvis  in 
suo  genere  quidem  siderea  varietate  pulcherrimum.  Sed 
est  ecelum  c.tli  de  quo  Propheta  :  Psallite,  inquit,  Do- 
mino,  qui  ascendit  super  caelum  cceli  ad  Orientem.  Et 
hoc  caelum  intellectuale  ac  spirituale  :  et  qui  fecit 
crelos  in  intellectu,  creavit  illud  et  statuit  in  sempi- 
tcrnum,  ipsumque  iuhabitat.  Ne  vera  ptites  Sponsoe  de- 
votionem  citra  illud  remanere  ecelum,  in  quo  scit 
habitare  dilectum  :  ubi  enim  thesaurus  ejus,  ibi  et  cor 
ejus.  /Emulatur  sane  assistentes  vultui  ad  quem  suspi- 
rat  :  et  quibus  se  interim  non  valet  videndo  associare, 
studet  conformare  vivendo,  moribus  magis,  quam  voci- 
bus  damans  :  Domine,  dilexi  decorem  domus  luce,  et  lo- 
cum habitationis  gloriae  iuw. 

5.  Prorsus  de  hoc  ccelo  minime  sibi  indignum  ducit 
duccre  similitudinem.  Hoc  extentum  sicut  pellis,  non 
spatiis  tamen  locorum,  sed  afiectibus  animorum  ;  hoc 
miris  variisque  arlilicis  distinctum  operibus.  Divisione3 
autem  sunt,  non  colorum,  sed  beatitudinum.  Nam  alios 


VINGT-SEPTlEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


273 


Ordre  des 


Ames.  Ce  eiel-la  est  seme  d'ouvrages  admirables  et 
divers,  faits  de  la  main  d'un  excellent  ouvrier.  Et 
ce  qui  les  distingue  les  uns  des  autres,  ce  ne  sont 
pas  les  couleurs,  mais  les  differents  degres  de  beati- 
tude dont  ils  sont  remplis  a.  Car  les  uns  out  ete 
aints  anges.  par  [uj  crg£s  Anges,  les  autres  Archanges,  les  autres 
Vertus,  Dominations,  Principautes ,  Puissances, 
Trdnes,  Cherubins  Bt  Seraphins.  Voila  les  etoiles 
qui  orneut  ce  ciel.  Voila  les  peintures  qui  embellis- 
sent  cette  tente.  C'est  la  une  des  tentes  de  mon  Sa- 
lomon, et  la  principale  de  toutes  eelles  que  parent 
taut  de  differents  etats  de  gloire.  Or,  cette  grand e 
tente  en  eontient  beaucoup  d'aulres  du  meme  Salo- 
mon, parce  que  chaque  bienheureux  et  chaque 
saint  qui  s'y  trouve  est  une  tente  de  ce  roi.  Car  la 
Charite  des  douceur  et  la  charite  les  etend,  pour  ainsi  dire,  en 
^otreegwd  sorta  'lu'ils  alleignent  jusqu'a  nous,  et,  loin  de 
nous  envier  la  gloire  dont  ils  jouissent,  ils  nous  la 
souhaitenl  au  contraire.  Et  quelques-uns  meme 
d'entre  eux  ne  dedaignent  pas,  pourcesujet,  dede- 
meurer  avec  nous,  d'etre  assidus  aupres  de  nous, 
et  de  prendre  le  soin  de  noire  conduite;  et  ceux-la 
sont  envoyes  de  Uieu  pour  nous  garder  et  pour 
contribuer,  par  leur  assistance,  au  salut  de  ceux 
qui  doivent  participer  a  l'heritage  eternel  (Heb.  i, 
14).  C'est  pouruuoi,  comme  toute  cette  multitude 
de  bienheureux  prise  ensemble,  est  appelee  «  le 
ciel  du  ciel,  »  cbacun  de  ceux  qui  la  composent 
sont  aussi  appeles  «  cieux  des  eieux,  »  parce  qu'en 
effet,  ils  sont  tons  des  cieux,  et  c'est  de  chacun  d'eux 
qu'il  est  dit  :  «  11  etend  le  ciel  comme  une  tente 
[Psal.  cm,  24).  »  Je  crois  que  vous  entendez  bien, 
maintenant,   quelles   sont   ces    tentes    auxquelles 

a  Tous  nos  manuBcrits  offrent  ici  des  variantes  qui  font  dire 
a  saint  Bernard  «  ce  qui  les  distingue  les  uns  des  autres,  ce  ue 
sont  point  les  couleurs;  •  celui  de  Jumieges  porte  :  ■  Ce  ne 
soot  pas  les  lieux.  ■  Les  editions  donnent  notre  version. 


l'Epouse  se  glorifle  de  ressembler,  et  a  quel  Salo- 
mon elles  appartiennent. 

6.  Contemplez  maintenant  la  gloire  de  celle  qui 
se  compare  au  ciel,  et  a  un  ciel  d'autant  plus  glo- 
rieux  qu'il  est  plus  divin.  C'est  avec  beaucoup  de 
justice  qu'elle  prend  un  point  de  comparaison  pour 
elle,  la  d'oii  elle  tire  son  origine  a.  Car,  si  a  cause 
du  corps  qu'elle  tient  de  la  terre,  elle  se  compare 
aux  tentes  de  Cedar,  pourquoi  ne  se  glorifierait- 
elle  pas  aussi  d'etre  semblable  au  ciel,  puisque  son 
ame  est  originaire  du  ciel;  surtout  quand  sa  vie 
rend  temoignage  de  son  origine,  de  la  noblesse  de 
sa  nature  et  de  sa  palrie?  Elle  adore  un  seul  Dieu 
et  lui  rend  ses  bommages  comme  les  anges;  elle 
aime  comme  eux  Jesus-Cbrist  par  dessus  tout ;  elle 
est  cbaste  comme  eux,  et,  a  la  difference  des  anges, 
elle  Test  dans  une  chair  de  peche  et  dans  un  corps 
fragile;  enfin  elle  cherche  et  goiite  les  choses  qui 
sont  chez  eux,  non  eelles  qui  sont  snr  la  terre. 
Quelle  marque  plus  evidente  d'une  origine  celeste, 
que  de  conserver  une  ressemblance  si  parfaite  avec 
ces  eprits  angeliques,  dans  une  region  si  differente 
de  la  leur,  que  de  voir  une  personne  bannie  du 
ciel  acquerir  ici-bas  la  gloire  d'une  vie  aussi  pure 
que  celle  que  Ton  mene  la-haut,  et  vivre  comme 
un  ange  dans  un  corps  presque  de  bete?  Oes  mer- 
veilles  ont  quelque  chose  de  celeste,  non  de  terres- 
tre,  et  montrent  bien  clairement  que  l'ame  qui 
peut  de  si  grandes  choses,  tire  veritablement  sa 
naissance  du  ciel.  Ecoutez  neanmoins  quelque  chose 
de  plus  formel  :  «  J'ai  vu,  dit  saint  Jean,  la  ville- 
sainte,  la  nouvelle   Jerusalem,  qui  descendait  du 

a  Ici  encore  nous  retrouvons  le  fougueui  Berenger  pour  re- 
procher  a  saint  Bernard  de  pretendre  que  les  anies  tirent  leur 
Drigioe  des  cieux,  en  ce  sens  qu'elles  ont  ete  crepes  de  Dieu  et 
envoyees  dans  leur  corps,  au  lieu  d'avoir  ete  tirees  de  la  terre. 
Nous  reviendrons  dans  d'autres  notes  sur  ce  sujet. 


L'ame  tire 

son  origine 

du  ciel. 


cruidem  postiit  Angelos,  Alios  autem  Arehangelos,  alios 
vero  Virtutes,  alios  Dominationes,  alios  Principalis, alios 
Potestates,  alios  Thronos,  alios  Cherubim,  atque  alios 
Seraphim.  Sic  stellatum  coelum  hoc ;  sic  depicta  haeo 
pellis.  1  l.i-c  una  depellibus  mei  Salominis,  et  ha?c  prse- 
cipuain  omni  ornatu  multiformis  gloria?  ejus  Mabel  au- 
tem grandis  ista  pellis  quam  plurimas  in  se  a?que 
lonis  pelles,  quoniam  unusquisque  beatus  et  s  ac- 
tus, qui  ibi  est,  pellis  est  utique  Salomonis.  Benigni 
siquidem  sunt  atque  extenti  in  charitatc,  pertingentes 
usque  ad  nos,  quibus  gloriam,  quam  habent,  non  invi- 
dent,  sed  optant,  ila  ut  ex  ipsis  hujus  rei  demorari  apnd 
nos  non  graventur,  seduli  circa  nos,  et  curam  gerentes 
noslri,  omnes  administratorii spiritus,  minxi  in  minisle- 
rium  propter  eosqui  hmrediiatemcapitint  salutis.Quam- 
obrem  sieut  eastern  colli  singulariler  dicitcr  universi 
ilia  multiludo  collecta  beatorum  ;  sic  et  colli  ccelorum 
propter  singulos,  qui  utique  cceli  sunt,  nominantnr  ;  et 
ad  singulos  speclat  quod  dicitur  :  Extendetm  coelum  si- 
cut  pellem.  Videtis  ,  credo  ,  quasnam    ilia?  pelles,  et  cu- 

T.    IV. 


jus  sint  Salomonis,  de  quarum  Sponsa  similitudine  glo- 
riatur. 

(i.  Nunc  jam  intueamini  ejus  gloriam,  qua;  et  coelo  se 
comparat,  et  illi  ccelo,  quod  tanto  est  gloriosius,  quanto 
divinins.  Nee  immerito  usurpat  inde  similitudinem, 
undo  originem  ducit.  Nam  si  propter  corpus,  quod  de 
terra  hahet,  tabernaculis  Cedar  se  assimilat  ;  cur  non 
el  propter animam,  qua?  de  ccelo  est,  ccelo  a?que  similem 
se  esse  glorietur,  prsesertim  cum  vita  testetur  originem, 
testetur  natura?  dignitatem  et  palria?  ?  Unum  Deum  ado- 
rat  et  colit,  quomodo  angeli ;  Christum  super  omnia 
amat,  quomodo  angeli  ;  casta  est,  quomodo  angeli;  id- 
que  in  carne  peccati  et  fragili  corporc,  quod  non  ange- 
li ;  quaerit  poslremo,  et  sapit  qu;e  apud  illos  sunt,  non 
qua)  super  terram.  Quod  evidenlius  ccelestis  insigne  ori- 
ginis,  quam  ingenitam,  et  in  regione  dissimilitudinis, 
id  into  similitudinem;  gloriam  vita?  ca?libis  in  terra,  et 
ab  exsule,  usurpari ;  in  corpore  denique  pene  bestiali 
vivere  angelum  ?  Ccelestis  sunt  ista  potentia?,  non  terre- 
na? ;  et  quod  vere  de    ccelo  sit  anima  qua?   ha?c   potest. 

18 


274 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


ciel,  et  que  Dieu  avait  paree  aussi  magniflquement    lorsqu'elle  esl  descendue  du  ciel?  Croyez-vous  que 


qu'une  Spouse  l'est  pour  son  Epoux  (Apoc.  xxi, 
et  3);  »  puis  il  ajoute  :  «  Et  j'ai  oui  one  voix  ecla- 
tante  qui  sortait  du  trone  et  qui  disait :  yoici  le  ta- 
bernacle de  Dieu  parmi  les  hommes.  et  il  habitera 
avec  eux.  Pourquoi?  sinon  pour  se  choisir  une 
Epouse  d'entre  les  hommes.  Chose  Strange.  11  ve- 
nait  vers  une  Epouse,  et  ne  venait  pas  sans  Epouse. 
II  cherchait  une  Epouse,  et  il  avait  une  Epouse 
avec  lui.  Est-ce  qu'il  avait  deux  Epouses?  Gardons- 


ee  suit  au  milieu  des  angcs  que  l'aputre  saint  Jean, 
voyail  descendre  et  monter  sur  le  Ills  de  l'homme. 
[Joan,  i,  31).  Ilvaul  mieux  dire  qu'il  avu  l'Epouse, 
lorsqu'i]  a  vu  le  Verbe  revMu  de  chair  et  reconnu 
ainsi  deux  natures  en  une  mfime  chair.  Car  lorsqua 
ce  bienheureux  Emmanuel  a  apporte  en  terre  les 
regies  d'unc.  discipline  toute celeste,  lorsque  l'image 
visible  et  l'eclat  de  la  beaute  de  Jerusalem  immor- 
telle, notre  mere,  impiimre  en  lui,  nous  a  ete  de- 
couverte  par  lui ;    qu'avons-nous   vu  autre  chose 


nous  bien  de  le  croire.  Car,  comme  il  dit  :  «  Ma 

colombe  est  unique  (Cant,  vi,  8).  »  Mais,  comme  de  que  l'Epouse  dans  I'Epoux,  el  admire  en  un  seul  et 

differents  troupeaux  de  brebis,  il  a  voulu  n'enfaire  mfime  Seigneur  de  gloire,  1'Epoux  orne  de  sa  cou- 

qu'un,  afin  qu'il  n'y  eul  qu'un  troupeau  et  qu'un  ronne,  l'Epouse  paree  de  ses  pedes  et  de  ses  col- 

pasteur  [Joan,  x,  16  ;  ainsi,  ayant  des  le  commen-  liers?  C'estdonc  celui  qui  est  descendu  qui  est  aussi 

cement  du  monde  une  Epouse  qui  lui  etail  etroite-  monte;  car  personne  ne  monte  au  ciel  que  celui 

ment  unie,  je  veux  parler  de  la  multitude  de  ses  qui  en  est  descendu;  c'est-a-dire  le  seul  et  meme 

anges;  il  lui  a  plu  d'assembler  une  Eglise  tiree  des  Seigneur,  Epoux  dans  le  chef,  Epouse  dans  le  corps. 

Ll«  holmef  hommes,  et  de  la  joindre   a  celle  qui  est  celeste,  Et  ce  n'est  pas    en  vain   que   cet  homme  celeste  a 


Le  Christ  est 

"e        i    alin  au'il  n'v  cut  cru'une  Epouse  et  qu'un  Epoux.  paru  dans  la  terre,  puisqu'il  a  fait  celestes  comme  descendu  du 

iju  une  seulo  .1  •   .,    •  riel  sur  la 

et         [/une    a  ete   perfectionnee,   non   multiphee,  par  lui  plusieurs  qui  etaient  terrestres  auparavant ;  en    terre  pour 

mdrJe?us'-'SC  l'adjonction  de  ['autre,  et  elle  reconnait  que  c'est  sorte  que  cetle  parole  de  l'Apotre  se  justilial  :  «  Tel  D™  lers*ensdr<! 

Cbrist.      d'elle  qu'd  est  dit  :«  Ma  parfaite  est  unique  (Cani.  l'homme   celeste,    tels   aussi   ceux    qu'il  a  rendus 

vi,  8).  »  Or,   c'est  leur  conformite   qui  n'en   fail  semblables  a  lui   (I  Cor.  xv,  48).  »   On   commence 

qu'une  des  deux.  Et  si  pour  le  moment  il  n'y  a  done  deja  a  mener  sur  terre  la  vie   qu'on   mene 

conformite  que  dans  la  ferveur  d'un  meme  zelfi,  dans  le  ciel,  lorsqua  l'exemple  de  la  creature  spi- 

un  jour  il  y   aura  conformite  de  jouissance   de  rituelle  et  bienheureuse,  celle  qui  vienl  des  extre- 

gloire.  mites  de  la  terre  pour  entendre  la  sagesse  de  Salo- 

7.  Ainsi,  1'Epoux,  qui  est  Jesus-Christ,  et  l'Epouse,  mon.  esl  aussi  attacb.ee  par  un  chaste  amour  a  sun 

qui  est  Jerusalem,  tirent  egalement  leur  origine  du  Epoux  celeste,  et  quoiqu'elle  ne  lui  soil  pas  encore 

ciel.  Quant  a  1'Epoux,  alin  de  serendre  visible,  il  unie  comme  celle-la,  par  une  conformite  parfaite, 

s'est  aueanli  lui-meme,  en  prenant  la  forme  d'un  elle  est  pourtant  son  epouse  par  la  foi,  suivant 

esclave,  en  se  rendant  semblable  aux  hommes,  et  cetle  promesse  de  Dieu  qui  dit  par  le   Prophele  : 

en  se  revelant  de  leur  nature  (Phil,  n,  7).  Mais  en  «  Je  vous  ferai  mon  epouse  par  ma  misericorde  et 

quelle  forme  penscz-vous  qu'ail  ete   vue  l'Epouse,  par  ma  bonte,  je  vous  epouserai  par  la  foi  (Osce  n, 


aperte  indicant.  Audi  tamen  apertius.  Yidi,  inquil,  civi- 
tatem  sanctam  Jerusalem  novam,  descendenicm  de  ccelo, 
a  Deo  paratam,  tanguam  sponsam  ornatam  viro  suo. 
Et  addidit  :  Et  andivt  uocem  magnam  de  ihrono  dicen- 
tem  ■.  Ecce  tabernaeulum  Dei  cum  hominibus,  ei  habita- 
bit  cum  eis.  Ad  quid?  Credo  ut  situ  acquirat  sponsam 
de  hominibus.  Mira  res?  Ad  sponsam  veniebat,  et  abs- 
que sponsa  non  veniebat.  Quaerebat  sponsam,  el  sponsa 
cum  ipso  erat.  An  duae  crant  ?  Absit.  Una  est  enim, 
ait,  columba  mea.  Sed  sicut  de  diversis  ovium  gregibus 
unum  facere  voluit,  ut  sii  unum  ovile,  et  unus  pastor  : 
ila  cum  haberct  sponsam  inhsrentem  sibi  a  principio 
multitudinem  angelorum,  placuit  ei  de  hominibus  coa- 
vocare  Ecclcsiam,  atque  uuire  illi  quae  de  ccelo  est,  ut 
sit  una  sponsa,  el  Bponsus  mms.  Ergo  ex  adjecla  isla, 
perfecta  est  ilia,  non  duplicata  ;  etagnoscil  de  se  dictum  : 
Una  est  perfecta  mea.  Porro  unam  conformitas  facit, 
nunc  quidem  in  simili  devolione,  postea  vero  et  in  pari 
gloria. 

7.  Habes  itaque  utrumque  de  ccelo,  et  Sponsum  scili- 
cet Jesum,  et  Sponsam  Jerusalem.  Et  ille  quidem  ut 
videretur,  semetipsum  exinanivit  formam  servi  accipiens, 
in  similitudtnem  hominum  [actus,  et    tuibitu  inventus  ut 


homo.  At  illam  in  quanam  putamus  forma  seu  specie, 
aut  in  quo  babilu  videlicet  descendentem  vidit  ille  qui 
vidit  ?  An  forle  in  frequentia  angelorum,  quos  vidit 
descendentes  et  ascendentes  super  Filium  hominis  ?  Sed 
melius  dicimus,  quod  Sponsam  tunc  videril,  cum  Ver- 
bum  in  earnc  vidit,  agnoscens  duos  in  came  una.  Dum 
enim  sanclus  ille  Emmanuel  terris  intulit  magisterium 
disciplines  cceleslis:  dum  supernas  illius  Jerusalem,  quae 
est  mater  nostra,  visibilis  quaedam  imago  et  species  de- 
coris  ejus  per  ipsum  nobis  el  in  ipso  exprcssa  innotuit  ; 
quid  nisi  inSponso  Sponsam  perspeximus,  unum  eumdem- 
que  Dominum  glorias  admirantes,  et  Sponsum  decoratum 
corona,  et  Sponsam  ornatam  monilibus  suis?  Ipse  igitur 
qui  descendil,  ipse  est  et  qui  ascendit  :  ut  nemo  ascen- 
dat  in  ccelum,  nisi  qui  de  eoelo  descendit,  unusidemque 
Dominus,  et  Sponsus  in  capite,  et  Sponsa  corpore.  Nee 
frustra  in  terris  visus  est  homo  ccelestis ,  cum  de 
terrenis  ccelestes  quam  plurimos  fecerit  sibi  similes, 
ut  sit  quod  legitur  :  Qua/is  ccelestis,  tales  et  ccelestes. 
Ex  tunc  igitur  in  terra  vivitur  more  cceleslium,  dum 
instar  supernae  illius  beatipque  creaturje,  haec  quo- 
que,  qua:  a  linibus  terrae  venit  audire  sapientiam  Salo- 
monis,  ceelesti  viro    nihil  ominus  casto    inhaeretamore 


VINGT-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


275 


L-Egiise     19)-  "  Ces<  ce  1m  t;,it  I11'1'11''  t*che  ;i  so  confonner 
desire  etre  ie  ulus  qu'elle  peut  a  cette  beaut e  qui  est  venue  du 

aasimilee  aux     .  *  .,.,,...  i     ,  1 

anges.  ciel,  en  apprenant  d  elle  a  etre  modeste  et  sobre, 
a  etre  chaste  et  sainte,  patiente  et  compatissante, 
douce  et  humble  de  cceur.  Et  e'est  par  ces  vertus 
qu'elle  s'efforce,  tout  eloignee  qu'elle  est,  de  plaire 
a  celuique  les  anges  desirent  contemplersans  cesse, 
atln  qu'etant  brulee  du  meme  desir  qui  euflamme 
ces  esprits  bienheureux,  elle  fasse  eonnaitre  qu'elle 
est  concitoyenne  des  saints  et  domestique  de  Dieu, 
quelle  est  sa  bien-aimee  et  son  Epouse. 

8.  Selon  moi  toute  ame  qui  est  telle,  peut  etre  a 
bon  droit  appelee,  non-seulement  celeste,  a  cause 
de  son  origine,  mais  le  ciel  meme,  a  cause  de  sa 
ressemblance.  Et  e'est  alors  qu'elle  fait  voir  mani- 
festement  qu'elle  tire  sou  origine  des  cieux  ;  quand 
sa  vie  est  toute  dans  les  cieux.  Une  ame  sainte  est 
done  un  ciel,  et  le  «  soleil  »  de  ce  ciel,  e'est  l'en- 
tendement ;  sa  «  lune  »  est  la  foi ;  et  ses  «  astres, » 
les  vertus.  Ou  bien  le  «  soleil,  »  e'est  le  zele  de  la 
justice,  ou  une  ardente  charite  ;  et  la  «  lune,  » 
e'est  la  continence.  Car  de  me  me  que  la  lune  dit- 
on,  n'a  de  lumiere  que  du  soleil,  ainsi  la  conti- 
nence n'a  de  merite  que  de  la  charite  et  de  la  jus- 
tice. Et  e'est  ce  qui  fait  dire  au  Sage  :  «  Qu'une 
race  qui  joint  la  continence  a  la  charite  est  belle  et 
lllustre  !  »  Et  pour  les  «  etoiles  »  de  ce  ciel,  je  ne 
me  repens  point  d'avoir  dit  que  ce  sent  les  vertus, 
quand  je  considere   la  convenance    et  le  rapport 


qu'elles  out  entr'elles.  Car  de  meme  que  les  etoiles  Compai.a;son 
hrillent  la  nuit,  et  sont  cacbees  le  jour,  ainsi  la  des  vertm 
vraie  vertu  qui  souvent  ne  parait  point  dans  la  aux  el01  "' 
prosperity,  eclate  dans  l'adversite.  C'est  une  pru- 
dence de  la  cacher  dans  l'une,  c'est  une  necessite 
qu'elle  paraisse  dans  l'autre.  La  vertu  est  done  un 
astre,  et  l'bomme  vertueux  est  un  ciel ;  si  ce  n'est 
peut-etre  que  quelqu'un  croie,  que  lorsque  Dieu  a 
dit  par  le  Prophete  :  «  Le  ciel  est  mon  trone  (Isa. 
lxvi,  1),  »  il  faille  entendre  ce  ciel  visible  qui  roule 
sur  nous,  non  point  celui  dont  l'Ecriture  parle  ail- 
leurs  en  termes  plus  elairs,  quand  elle  dit  que  1'ame 
du  juste  est  le  trone  de  la  Sagesse  a.  Mais  celui  qui 
a  appris  du  Sauveur,  que  Dieu  est  esprit,  et  qu'il 
doit  etre  adore  en  esprit  {Joan,  iv,  2i),  »  n'besite 
point  de  lui  assigner  l'esprit  pour  trone.  Pour  moi, 
je  le  dirai  hardiment,  et  je  ne  le  dirai  pas  moins  de 
l'esprit  de  l'homme  juste,  que  de  l'ange ;  et  ce  qui 
me  conflrme  par  dessustout  dans  cette  opinion,  c'est 
cette  promesse  fidele  du  Fils  de  Dieu  :  «  Mon  Pere 
et  moi,  nous  viendronsa  lui,  e'est-a-dire,  a  l'homme 
de  bien,  et  nous  ferons  notre  demeure  en  lui  (Joan. 
xiv,  73).  »  Je  peuse  aussi  que  le  Prophete  n'a  point 
entendu  parler  d'un  autre  ciel,  lorsqu'il  a  dit  : 
«  Mais  vous  qui  etes  le  sujet  des  louanges  d'lsrael, 
vous  habitez  dans  les  Saints  [Psal.  xxi.  It).  »  L'A- 
potre  dit  encore  clairement  :  «  Jesus-Christ  habite 
par  la  foi  dans  nos  cceurs  (Ephes.  in,  kl).  » 
9.  Et  ce  n'est  pas  etonnant  que  le  Seigneur  Jesus  * 


a  Ce  meme  passage  est  deja  cite  dans  le  premier  sermon  ponr 
la  PnrilicatiOD,  n.  t,  dans  le  cinquieme  sermon  sur  les  paroles 
d'Isaie,  a.  "i,  et  enlin  dans  le  viLu-t-einquieme  des  petits  ser- 
mons, n.  fi.  D'autres  Peres,  sans  compter  saint  Eernard,  tels  que 
saint  Augustin  et  saint  Gregoire  le  Grand  le  citent  aussi  comma 
tire  des  Ecritares.  Plusieurs  auteurs  rapportent  a  ce  lette  ce 
passage  des  Proverbes  :  ■  La  vie  se  trouve  dans  le  chemin  de  la 


etsi  necdnm    qnomoilo  ilia   junctaper  speciem,    tamen 
sponsata  per  (idem,  juxla  promissum  Dei    dicentis    per 

Prophetam  :  Sp  i  ricordia  et 

rationibus,  et  sponsabo  te  mihi  in  fide.  Unde  D 
magisque  conformari  satagif  forms,  quse  de  ccelo  ve- 
nit,  discens  ab  ea  verecunda  esse  et  sobria,  discens 
pudica  et  sancta,  discens  patiens  atque  compatiens, 
postremo  discens  mitis  et  humilis  corde.  Et  ideo  mo- 
ribus  hujuscemodi  contendit  et  absens  placerc  ei, 
in  quern  angeli  ppospicere  concupiscunt  :  ut  dum  desi- 
derio  fervet  angelico,  probet  se  proinde  civem  sanc- 
torum, et  domesticam  Dei  ;  probet  dilectam,  probet 
Sponsam. 

8.  Ego  puto  omnem  animam  talem  non  modo  cceles- 
tem  esse  propter  originem,  sed  et  coelum  ipsnm  posse 
non  immerito  appellari  propter  imitationem.  Et  tunc 
liquido  ostendit,  quia  vere  origo  ipsius  de  ccelis  est, 
cum  conversatio  ejus  in  coelis  est.  Est  ergo  ccelum  sancta 
aliqua  anima,  babens  solem  intellectum,  lunam  (idem, 
astra  virtutes.  Vel  certe  sol,  justitiee  zelus  aut  fervens 
charitas ;  et  luna  conlinentia.  Quomodo  enim  claritas, 
ut  aiunt,  luna?  non  nisi  a  sole  est  :  sic  absque  charitate 
seu  justitia  continentia>  meritnm  nullum   est.  Hinc  de- 


juslice  (Prov.  in,  28),  »  d'autres  pensent  que  le  texte  de  saint 
Bernard  n'est  autre  que  ce  passage  de  la  Sagesse  :  «  J'ai  iovo- 
qud  le  Seigneur,  et  l'esprit  de  Sagesse  est  venu  en  moi  (Sap. 
vit,  1).  i  C'est  l'opinion  de  Horstius  comma  on  peut  le  voir  dane 
les  notes.  Saint  Gregoire  le  Grand,  dans  son  Homelie  XIXVili 
sur  les  Evaugiles,  attribue  ce  passage  a  Salomon. 


nique  Sapiens  :  0  quam  pulchraes,  inqtiit,  casta  genera- 
faritite.  Porro  Stellas  dixisse  virtutes  non  me 
pcenitet,  considerantem  congruentiam  similitudinis.  Quo- 
•  nempe  stelhe  in  nocte  lucent,  in  die  latent  :  sic 
vera  virtus,  qua?  saBpe  in  prosperis  non  apparet,  eminet 
in  adversis.  Illud  sane  cauteke  est,  boc  necessitatis. 
Ergo  virtus  est  sidus,  et  bomo  virtutum,  ccelum.  Nisi 
quis  forte  cum  Deum  per  Prophetam  dixisse  legit,  Cce- 
lum mihi  sedes  est;  ccelum  boc  volubile  visibileque  in- 
telligendum  existimet,  et  non  potius  illud,  de  quo  alibi 
aperlius  Scriptura  commemorat :  Anima,  inquiens,/i«ti 
sedes  est  sapiential.  Qui  auteru  ex  doctrina  Salvatoris 
sapit  spiritum  esse  Deum,  atque  in  spiritu  adorandum : 
etiam  sedem  ei  non  ambigit  assignare  spiritualem.  Ego 
vero  (identer  id  fecerim,  non  mines  in  hominis  justi, 
quam  in  angelico  spiritu.  Confirmat  me  in  hoc  sensu 
maxime  ilia  fidelis  promissio  :  Ego  et  Paler,  ait  Filius, 
ad  eum,  id  est  ad  sanctum  hominem,  veniemus,  et  man- 
sionem  apud  eum  faciemus.  Prophetam  quoque  non  de 
alio  dixisse  ccelo  arbitror  :  Tu  autem  in  sancto  habitas, 
laus  Israel.  Manifeste  autem  Apostolus  dicit,  habitare 
Christum  per  fidem  in  cordibus  nostris. 
9.  Nee  mirum  si  Hbenler  inhabits!   coelam  hoc  Domi- 


•276 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Dieu     habile 

dans  una 

ame  pieuse 

•omoie    dans 

le  ciel. 


Comment  line 
ame  arrive 
a   cet  6tal. 


liabite  volontiers  Jans  ce  ciel,  puisqu'il  ne  I'a  pas 
I'otume  les  autres  d'une  seule  parole,  mais 
qu'il  a  combattu  pour  I'acquerir,  et  qu'il  est  inort 
pour  le  racheter.  Aussi  apres  ['avoir  conquis  selon 
si's  desirs  apres  beaucoup  de  travaux,  il  dit :  «  Cost 
la  que  j'6tablirai  pour  jamais  le  lieu  de  mon  repos; 
c'est  la  que  je  fer;ii  ma  demeure,  parce  que  je  1'ai 
ainsi  souhaite.  »  Dienheureuse  aussi  est  cello  a  qui 
on  dit  :  «  VeneZj  vous  que  je  me  suis  choisie,  je 
mettrai  mon  trone  en  vous.  Pourquoi,  0  men  ame, 
dtes-yous  triste  maintenant,  et  pourquoi  me  trou- 
blez-vous?  Pensez-vous  aussi  trouver  en  vous  un 
lieu  pour  le  Seigneur?  Et  quel  lieu  peut-il  y  avoir 
in  moi  de  capable  d'une  si  grande  gloire,  et  qui 
suflise  pour  recevoir  une  si  haute  Majeste?  Plut  a 
Dieu  que  je  fusse  digne  seulement  de  1'adorer  dans 
le  lieu  qu'il  a  consacr6  par  la  trace  de  ses  pas.  Qui 
m'accordera  la  grace  de  pouvoir  au  moins  suivre 
les  vestiges  de  quelque  ame  sainte,  qu'il  a  choisie 
pour  en  faire  sa  demeure  ?  Toutefois  s'il  daignait 
aussi  repandre  dans  mon  ame  l'onclion  de  sa  uii- 
sericorde,  et  l'etendre  ainsi,  comme  une  tente  qui 
s'etend  davantage  lorsqu'on  la  frotte  de  quelque 
liqueur,  en  sorte  que  je  puisse  dire  :  «  J'ai  couru 
dans  la  voie  de  vos  commandemenls,  lorsque  vous 
avez  etendu  mon  cceur  {Psal.  cxvui,  32) '.'  »  Peut- 
etre  pourrais-je  aussi  montrer  en  moi  un  Ceuaele 
assez  grand  sinonpour  qu'il  s'asseoie  luiet  tous  ses 
disciples,  au  moins  pour  qu'il  puisse  reposer  sa 
tete.  Certes,  je  regarde  de  loin,  et  avec  admiration 
ces  ames  bienheureuses,  dont  il  est  dit  :  «  J'habi- 
lerai  en  elles,  et  je  m'v  promenerai  (11  Cor.  vi,  16). » 
10. 0  combien  l'etendue  d'une  ame  quiesttrouvee 
digne  de  recevoir  en  soi  la  presence  divine,  et  ca- 
pable de  la  comprendre,   est  grande,  combien  les 


prerogatives  de  ses  merites  sout  elevees  !  Mais  que 
dirai-je  de  celle,  qui  a  meme  des  promenoirs  spa- 

eieux,  si  je  puis  parler  ainsi,  ou  la  grace  de  Dieu 
pent  agir  sans  gone.  Certes,  elle  u'est  point  embar- 
rasseo  dans  les  affaires  du  monde  et  dans  les  soins 
du  siecle,  elle  u'est  point  eselave  des  voluptes  et 
des  plaisirs  sensuels;  exempte  de  toute  curiosite, 
elle  ne  desire  point  commander  aux  autres,  et  oe 
s'eleve  point  avec  orgueil  lorsqu'elle  est  en  position 
de  commander.  Car  il  faut  avant  tout  qu'une  line 
soit  exemplr.  de  tous  ces  vices,  pour  deveuir  un 
ciel  et  la  demeure  de  Dieu.  Autrement,  commi  ni 
pourra-t-ellele  coutempler  a  loisir  dans  sa  diviniW  '.' 
11  faut  encore  qu'elle  soil  pure  de  toute  bainr.  de 
toute  jalousie  el  de  toute  aigreur.  Car  la  Sa; 
n'entrera  poinl  dans  une  ame  pleine  de  malignile 
(Sap.  i,  li).  De  plus  il  t'aul  qu'elle  croisse  et  qu'elle 
s'etende,  afin  que'lle  devienne  capable  de  recevoir 
Dieu.  Or,  son  etendue,  c'est  sa  charite,  selon  ce 
mot  de  l'Apotre  :  «  Que  la  charite  dilate  et  Hondo 
vos  ames  (1  Cor.  vi,  13).  »  Car,  quoique  l'aine  ne 
soit  point  susceptible  d'une  quantite  corporelle, 
parce  qu'elle  est.  esprit,  ne.mmoins  la  grace  lui  ac- 
corde  et  lui  communique  ee  qui  lui  est  denie  par 
la  nature.  Elle  croit  et  s'etend,  mais  d'une  manio.re 
spirituelle  ;  elle  croit  aussi  en  gloire;  elle  croit 
pour  servir  de  temple  saint  au  Seigneur  ;  elle  croit 
enlin  et  s'avanee  jusqu'a  la  perfection  de  l'homme 
fait,  et  jusqu'a  un  age  capable  de  recevoir  la  pleni- 
tude de  la  vertu  de  Jesus-Christ  [Ephes.  iv,  13). 
Ainsi,  c'est  a  la  mesure  de  la  charite  qu'on  doit 
apprecier  la  quantite  d'une  ame  ;  on  doit  estimer 
grande  celle  qui  en  a  beaucoup,  petite  cede  qui  en 
a  peu,  et  croire  que  celle  la  n'est  rien,  qui  n'en  a 
point  du  tout,  puisque  l'Apotre  dit  :  Si  je  n'ai  point 


Commeot 

fame  graiulit 
et  se    dilate. 


La  charite  est 
la  mesure  de 

1  'une. 


mis  Jesus,  quod  utique,  non  quomodo  cajteros,  dixit 
lantum  ut  fieret,  sed  pugnavit  ut  acquireret,  occubuit 
ut  redimeret.  Ideo  ct  post  laborem  voto  potitus,  ait  : 
//./:■  reguies  mea  in  iceculum  sceculi,  hie  habilabo,  quo- 
luuiu  eiegi  enm  Et  beata  cui  dicitur  :  Vent  electa  mea, 
it  ponam  in  te  thronum  meum.  Quid  tu  tristis  es  nunc, 
o  anima  mea,  et  quare  conturbas  me  ?  Putasne  et  tu  pi- 
nes te  invenias  locum  Domino?  Et  quis  nobis  locus  in 
nobis  buic  idoneus  gloriae,  sufliciens  majestati?  Utioam 
vel  merear  adorare  in  loco,  ubi  steterunt  pedes  ejus. 
Quis  dabit  mild  saltern  vestigiis  adhaerere  sanctas  oujus- 
|jiam  aniime,  quam  elegit  in  liabitalionem  sibi'.'  Tannn 
si  dignetur  infundere  et  meam  animani  unctione  mise- 
l'icordue  suje,  atque  ita  extendcre  sieut  pellem,  quae 
alique  cum  ungitur,  dilatatur,  quatenus  et  ego  dicere 
valeam,  Viam  mandatorum  tuorum  cucurri,  cum  dila- 
tasli  cor  meum;  potero  etiam  ipse  fortassis  oslendere  in 
meipso,  etsi  non  ccenaculum  grande  stratum,  ubi  possit 
recumbere  cum  discipulis  suis;  altamen  ubi  saltern 
rcclinet  caput.  A  longe  suspicio  illos  certe  beatos,  de 
quibus  dicitur  :  El  inhabitabo  in  eis,  et  deambulabo  in 
Mis. 

10.  0  quanta  illi  animae  latitudo,  quanta  et  meritorum 
praerogativa,  quae   divinam  in   se    pra?sentiam,  et  digna 


invenitur  suseipere,  et  sufliciens  capere  !  Quid  ilia,  cui 
ct  spatiosa  *  suppetunt  deambulatiora,  ad  opus  quidem 
majestatis?  Non  est  profecto  intricate  forensibus  causis 
curisve  saecularibus,  uec  certe  ventri  et  luxuriae  dedita  : 
sed  nee  curiosa  spectandi,  seu  cupida  omnino  dominan- 
di,  vel  etiam  tumida  dominatu.  Oportet  namque  primo 
quidem  his  omnibus  vacuam  esse  animam,  ut  caelum 
liat,  atque  habitalio  Dei.  Alioquin  quomodo  poterit  va- 
care  el  videre,  quoniam  ipse  esl  Deus5  Sed  et  odio 
sive  invidiae  aul  raucoi-i  minime  prorsus  indulgendum, 
quoniam  ,u  malevolam  animam  non  introibit  sapientia. 
Deinde  necesse  est  earn  crescere  ac  dilatari,  ul  sit  capax 
Dei.  Porro  latitudo  ejus,  dilectio  ejus,  sicul  dicit  Apos- 
tolus :  Dilatamini  in  charitate.  Nam  etsi  anima  miuime. 
cum  sit  spirituB,  quantitateni  coiiiorcam  recipit  :  tamen 
confer!  illi  gratia,  quod  negatum  est  a  natura.  Crcscit 
quidem  et  exlenditur,  sed  spiritualiter  ;  crescit  non  in 
substantia,  sed  in  virtu te  ;  crescit  et  in  gloria;  cres- 
cit etiam  in  templum  sanctum  in  Domino  ;  crescit 
dchique  et  profioit  in  virum  perfectum,  in  mensurnm 
cetatis  plenitudinis  Christi.  Ergo  quantitas  cujusque 
annua'  aestimetur  de  mensura  cliarilatis  quam  habel,  ut 
verbi  gratia,  qua1  inultum  liabet  eharitatis,  magna  sit; 
qua;  parum,  parva;  qua;  vero  nihil,  nihil,  dicente  Paulo  : 


'al.  spatia. 


VINGT-SEPTIEME  SERMON  Sl'R  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


277 


de  charite,  je  ne  suis  rien  (I  Cor.  xm,  2).  »  Si  elle 
commence  a  en  avoir  quelque  pen,  en  sorte  qu'au 
moins  elle  ait  soin  d'aimer  ceux  qui  l'aiment,  et  de 
saluer  ses  freres,  ou  ceux  qui  la  saluent,  il  faut 
dire  qpel  est  quelque  chose  si  pen  que  ce  soit, 
puisqu'elle  a  au  moins  la  charite  de  la  societe  ci- 
vile, qui  cousiste  dans  des  devoirs  mutuels  de  res- 
pect  et  de  deference.  Mais  pour  me  servir  des 
paroles  du  Sauveur  :  «  Que  fait-elle  de  plus  que  ce 
a  quoi  elle  est  absolumant  obligee  (Matth.  v,  47)  ?» 
On  ne  doit  done  pas  appeler  grande  ni  mediocre, 
me  etroite.  mais  tres-petite  et  tres-etroite,  une  ame  qui  a  si 

peu  de  charite. 
me  longue  H.  Mais  si  elle  grandit  et  croit  de  sorte  que  pas- 
et  large.  san^  jes  j,orne5  je  cex  amour  si  petit  et  si  etroit, 
elle  s'etende  en  toute  liberie  d'esprit  dans  le  large 
chemin  d'une  bonte  gratuite,  et  que  par  une  ricbe 
effusion  de  cette  bonte,  elle  donne  ses  soins  a  tous  les 
hommes,  et  les  airne  comme  elle  s'aime  elle-meine, 
pourra-t-on  encore  luidire:  « Que  faites-vous  de  plus 
que  ce  que  vous  etes  absolument  obligee  de  faire? 
La  charite  qui  embrasse  tout  le  monde,  meme  ceux 
avec  qui  elle  n'a  aucnne  liaison  de  parente,  dont  elle 
n'esp&re  tirer  aucun  avantage,  et  a  qui  elle  nedoit 
rien  que  ce  que  dit  1'ApGtre  :  «  Ne  devez  rien  a 
personne,  si  ce  n'est  l'amour  et  la  charite  [Rom. 
xiu,  8),  »  est  bien  grande.  Mais  si  de  plus  vous 
faites  sans  cesse  violence  auroyaume  dela  charite, 
et  si,  comme  un  pieuxusurpateur,  vous  conquerez 

Ame   (rts-    jUSqu'&  ses   derniers  confins,   en   ne  fermant  pas 
trge,    a  une  J      n 

largeur  pa-    meme  a  vos  ennernis  les  entrailles  de  votrecompas- 

e>du  cieCl?110  sion>  si  vous  fflites  du  Dien'  meme  a  ceux  qui  vous 
haissent,  si  vous  priez  pour  ceux  qui  vous  perse- 


cutent  et  vous  calomnient,  et  tachez  de  garder  la 
paix  avec  ceux  qui  sont  ennernis  de  la  paix ;  e'est 
alors,  n'en  doutez  pas,  qu'il  y  aura  quelque  pro- 
portion entre  la  hauteur,  la  beaute,  la  largeur  du 
ciel,  et  la  hauteur,  la  beaute  et  la  largeur  de  votre 
ame.  C'est  alors  que  s'accomplira  la  verite  de  cette 
parole  :  «  11  etend  le  ciel  comme  une  tente  [Psal. 
cm,  2).  »  Et  que  celui  dont  la  grandeur,  l'immen- 
site  et  la  gloire  sont  egalement  innnies,  non-seule- 
meut  daignera  demeurer,  mais  se  promenera  a 
son  aise  dans  ce  ciel  qui  est  si  large,  si  haut  et  si 
beau. 

12.  Voyez -vous  quels  sont  les  cieux  que  l'figlise  en- 
ferme  en  soi,  sans  laisser  d'etre  elle-meme  dans  son 
universality  comme  un  grand  ciel  qui  s'etend  d'une 
mer  a  l'autre,  et  d'un  fleuve  jusqu'aux  extremites 
de  la  terre  ?  Considerez  aussi  par  consequent  a  qui 
vous  la  comparez  en  ce  point ;  si  neanmoins  vous 
n'avez  point  oublie  ce  que  nous  avons  dit  un  peu 
auparavant  touchant :  «  Le  ciel  du  ciel,  et  les  cieux 
des  cieux.  »  Notre  mere  bien  qu'elle  soit  encore  en 
un  lieu  d'exil,  a,  comme  celle  qui  est  en  haut,  ses 
cieux,  qui  sont  les  hommes  spirituels,  recomman- 
dables  par  leur  vie  et  leur  reputation,  purs  dans  la 
foi,  fermes  dans  l'esperance,  etendus  par  la  charite 
et  eleves  par  la  contemplation.  Et  ces  cieux  versent 
une  pluie  de  discours  salutaires,  tonnent  par  leurs 
reprimanded  et  eclairent  par  leurs  miracles.  Ce  sont 
eux  qui  publient  la  gloire  de  Dieu,  et  qui,  etant 
etendus  comme  une  tente  sur  toute  la  terre,  mon- 
trent  en  eux  des  modeles  vivants  de  la  voie  de  vie, 
ecrite  du  doigt  de  Dieu,  communiquent  la  science 
du  salut  a  son  peuple,  et  enseiguent  un  Evangile 


(Jul  sont  ceux 

qui  sont    les 

cieux   de 

1'EglUe. 


S/  charitatem  non  habuero,  nihil  sum.  Quod  si  quantu- 
lamcunque  habere  cosperil,  at  saltern  diligentes  se  dili- 
gere  caret,  ac  salutare  vel  fratres  suos,  et  eos  qui  se 
salutant  :  jam  nonnihil  quidem  illam  animani  dixerim, 
qua?  in  ratione  dati  et  accepti  socialem  sallcm  retinet 
charitatem.  Verumtamen  juxta  sermonem  Domini,  quid 
amplius  facit?  Xec  amplaoi  proinde,  nee  magnam,  sed 
plane  angustam  modicamque  censuerim  animani,  quam 
adco  modica;  charitatis  esse  cognoverim. 

II.  At  si  grandescat  et  proliciat,  ita  ut  transiens  limi- 
lem  angusti  ohnoxiique  amoris  hujus,  latos  fines  honi- 
tatis  gratuitas  tota  liberlate  spiritus  apprchendat,  quate- 
nus  largo  qnodam  gremio  bona?  voluntatis  ad  omncm 
seipsam  caret  extendere  proxiinuin,  diligendo  ununi- 
quemque  lanquam  seipsam  :  numquid  jam  illi  recte 
dicelur  :  Quid  amplius  facts?  quippe  qua?  seipsam  lam 
amplam  facit.  Amplum,  inquam,  gerit  charitatis  sinum, 
quaB  complectilur  universos,  etiam  quibus  nulla  se  novit 
carnis     necessitudine   junctam,    nulla    spe    percipiendi 

comi li  cujusquam   illectam,   nulla  percepti    redhibi- 

tione  obnoxiam,  nullo  denique  omnino  adstrictam  debi- 
to,  nisi  illo  sane,  de  quo  dicitur  :  Nemini  quidquam 
debeatis ,  nisi  ut  invicem  diligatis.  Verum  si  adjioias 
etiam  usquequ  ique  vim  facere  regno  charitatis,  ut  us- 
que ad  ultimos  ejus  terminos-  occupare  illud  pins  inva- 
sor  prsvaleas,  duui    ne  inimicis  quidem  claudenda  vis- 


cera pietatis  existimes ;  benefacias  his  quoque  qu 
te  oderunt,  ores  et  pro  persequentibus  ac  calum- 
niantibus  te,  necnon  et  cum  his  qui  oderunt  pacem, 
esse  pacificus  studeas  :  tunc  prorsus  latitudo  coeli  lati- 
tudo  tuaa  animae ;  et  altitudo  non  dispar,  sed  nee  dis- 
similis  pulchritudo  ;  impleturque tunc  demum  in  ea  quod 
dicitur :  Extendens  ccelum  sicut  pellern;  in  quo  jam  mirae 
latitudinis,  altitudinis,  ac  pulchritudinis  caslo  summus 
et  immensus  atque  gloriosus,  non  modo  dignanter 
habitat,  sed  et  apatiose  deambulal. 

12.  Videsnc  quales  in  se  habeat  Ecclesia  coelos,  cum 
sit  nihilominus  ipsa,  in  sua  quidem  universitate,  ingens 
quoddam  ccelum,  extentum  a  mari  usque  ad  mare,  et  a 
tlumine  usque  ad  terminos  orbis  terrarum?  Vide  etiam 
consequenter,  cui  et  in  hoc  ipso  assimiles  earn,  si  ta- 
men  non  tibi  excidit  illud,  quod  paulo  ante  memora- 
tum  est  hujus  rei  exemplar,  de  cazlo  videlicet  cceli,  et 
c(Eli  calorum.  Ergo  exemplo  illius  quae  sursum  est 
mater  nostra,  hasc  quoque  qua  adhuc  peregrinatur,  ha- 
bel  coelos  suos,  homines  spirituales,  vita  et  opione  cons- 
picuos,  fide  puros,  spe  firmos,  latos  charitate,  rontem- 
platioue  suspensos.  Et  hi  pluenles  pluviam  verbi 
salutarem,  tonant  increpationibus,  coruscant  miraculis. 
Hi  enarrant  gloriam  Dei,  hi  exlenti,  sicut  pedes,  super 
omnem  terram,  legem  vitae  et  discipline  digito  quidem 
Dei    scriptam    in    semetipsis     ostendunt,    ad    dandam 


278 


OKIVRRS  DE  SAINT  REKNAHD. 


de  paix,  pane  qae  ce  sont  Lea    tentes  de  Salo- 
mon. 

13.  Reconnaissex  maintenant  dans  ces  tentes  Pi- 
mage  de  ces  tentes  que  nous  decrivions 

tout  a  1' heu re  dans  les  ornements  d>'  L'Epoux.  Re- 
connaissez  aussi  la  Heine  assise  a  sa  droite 
xliv,  10;,   el  revetue  d'oruements  pared?   sinon 
egaux  auxsiens.  Car  bien  qu'elle  n'ait  pas  pen  d'e- 
clat  et  de  beaute,  meme  dans  le  lien  de  son  peleri- 
nage,  dans  le  jour  de  sa  vertu,  par  I'eclal  epic  ses 
saints  repandent  de  toutes  parts,  neanmoins,  il  j  a 
quelque  difference  entre  La  couronne  de  ses  vertus 
et  la  consomniation  de  la  gloire  des  bienheureui. 
On  pent  bien  dire  epie  e'est  une  Epouse  parfaite  et 
bienheureuse,  toutefois  'lie  ne  Pest  qu'en  partie. 
Car  e'est  aussi  en  partie  la  tente  de  Cedar.  Bile  esl 
belle  pourtaid,  soit  dans  la  portion  d'elle-meme  qui 
est  deja  bienheureuse  et  qui  regne  dans  le  ciel, 
soit  dans  les  houinies  illustres  qui  1'ornent  de 
sagesse  et  de  leur  vertu,  meme  durant  cette  nuit, 
comme  les   etoiles    oruent  le  ciel.  C'est  ce  qui  fait 
dire  au  Prophete  :  «  Ceux  qui  seront  savants  bril- 
leront  comme  les  feux  du  lirmament;  et  ceux  qui 
enseigneut  aux  autres  a  bien  vivre,  luiront  comme 
les  etoiles  dans  tous  les  temps  [Dan.  xu,  3).  » 
L'Epoaae  est      14-  0  humilite  !  0  suhlimite !  I'. 'est  tout  ensemble 
noirePei'en    e*  ^a  tente   c'e  Cedar  et  le  sanctuaire  de  Dieu  ;  une 
panie  belie,  demeure  celeste;  uue   maison    de   boue   et  une 
meme  temps  maison  royale ;  un  corps  de  inort  et   un  temple  de 
h«u>Wime '     unniere ;  le  rebut  des  superbes  et  1'Epouse  de  Jesus- 
Chris  l.  Elle  est  noire,  mais  elle  est  belle;  lilies  de 
Jerusalem.  Et  si  le   travail  et  la  douleur  d'un  long 
exil  decolorent  son  visage,  neanmoins  elle  est  ornee 


de  la  beaute  celeste,  et  des  tentes  de  Salomon.  Si 
sa   noirceur  vous  deplait,  considerez-la   dans 

.  Si  vous  1 1  meprisez  dans  - ,  1,,,.^..,^  adini- 
rez-la  dans  s.m  elevation.  Et  meme,  combien  n'y 
a-t-il  pas  de  sagesse, de  discretion  et  debienseance, 
a  dire  que  cet  abaissement  et  cette  elevation  sont 
tellement  temperes  dans  1'Epouse,  que  parmi  les  tem[)""JJ,eil, 
igements  de  ce  nionde,  sa  sublimits  la 
i,  de  peur  quelle  ue  se  Laisse  abattre  par 
1'adversite;  el  sa  bassi —  reprime  son  elevation,  de 
crainte  qu'elle  d  rgueillisse  par  la  prospe- 
rity? Deux  choses  pariaitemenl  belles, puisque  tout 
en  etant  coutraires,  elks  contribuent  neanmoins 
toutes  deux  au  bien  de  1'Epouse  et  servent  a  son 
salut. 

15.  Mais  j'en  ai  dit  assez  sur  la  comparaison  que 
1'Epouse  semble  faire  de  soi  avec  les  tentes  de 
Salomon.  Neanmoins  il  rest.1  en  pliqueriUl 

autre  sens  donl  j'ai  parle  au  commencement,  et 
que  ,je  vousai  promis,  a savoir, comment  toute  i 
comparaison  ne  se  rapporte  qu'au  teint  noir  de 
1'Epouse.  Je  ne  veux  pas  manquer  a  tenir  ma  pro- 
messe.  Mais  il  fant  remettre  ce  sujet  a  une  autre 
fois,  attendu  que  ce  discours  esl  deja  issez  Long,  et 
pour  que,  selon  votre  coulunu,  vous  preveniez  par 
vos  oiaisons  les  choses  que  je  dois  dire,  et  qu'il 
faut  rapporter  a  la  louange  et  a  la  gloire  de  I'E- 
poux  de  l'Eglise,  Jesus-Christ  notre  Seigneur,  qui 
est  Dieu  et  beni  dans  tons  les  siecles.  Ainsi  soit-il. 


scientiam  salutis  plebi  ejus  :  ostendunt  et  Evangclium 
pacis,  quoniam  Salomonis  sunt  pelles. 

13.  Agnosce  jam  in  his  pellibus  supernarum  illarum 
imaginem,  qua?  in  Sponsi  ornatu  non  longe  superius 
describebantur.  Agnosce  similiter  et  reginam  adstan- 
tem  a  dextris  ejus,  circuniauiiclam  similibus  ornamentis, 
non  tamen  paribus.  Nam  etsi  hnic  etiand  in  loco 
peregrinalionis  sua;,  et  in  die  virtutis  suae,  in  splendo- 
ribus  sanctorum,  non  minima  claritatis  atque  decoris 
est  portio  :  differenler  lamen  ilium  *  coronal  integritas 
ct  consummatio  gloria?  beatorum.  Quanquam  et  Spon- 
sam    dixeiim    perfectam  atque    bcatam,  sed   ex    parte. 

•  •f'°°,"m  Nam  ex  parte  tabernaculum  Cedar:  formosa  tamen, 
sive  in  ilia  portione  sui,  qua?  jam  beata  regnat;  sivc 
etiam  in  illustribus  viris,  quorum,  ctiam  in  liac  noi  le, 
sua  sapientia  atque  virlutibus,  lanquam  cesium  suis  si- 
deribus,  adornatur.  Undc  Propheta  :  Qui  iloeli,  inquit, 
fuerint,  fulgebunt  quasi  splendor  firmamenli;  el  qui  ad 
juslitiam  emdiunt  multos,  quasi  stella:  in  perpetuus 
(eternUates. 

14.  0  humilitas !  o  sublimitas !  Et  tabernaculum 
Cedar,  et  sanctuarium  Dei  ;  ct  terrenum  habitaculum, 
et  coeleste  palatium  ;  et  domus  lutea,  et  aula  regia ;  et 
corpus  mortis,  et  tcmplum  Incis  ;  et  despectio  denique 
superbis,  elSponsa  Christi.  Nigra  est,  sedfbrtnosa,  film* 
Jerusalem  :  quam  etsi  /abor  et  dolor  longi  exsilii  deco- 


lorat  species  tamen  ecelestis  cxornal,  exornant  pellet 
Salomonis  Si  horretis  nigram,  miremini  el  t'ormosam  ; 
si  despicitis  humilem,  sublimem  suspicite.  Hoc  ipsum 
quam  cautum,  quam  plenum  cuncilii,  plenum  discretio- 
nis  et  congruentia?  est,  quod  in  Sponsa  dejectio  i 
ista  celsitudo,  secundum  tempus  quidem,  eo  modera- 
mine  sibi  pariter  contemperantur,  ut  inter  mundi  liujns 
varietates  et  sublimitas  erigal  humilem,  ne  dellcial  in 
sis;  el  sublimem  humilitas  rcprimat,  ne  evanesoat 
in  prosperis?  Pulchre  omnino  amba?  res,  com  ad  invi- 
triae  sint,  Sponsa?  tamen  pariter  cooperantur  in 
bonum,  subserviunt  in  salulem. 

I  j.  Et  ha?c  pro  eo  quod  Sponsa  videtur  de  pellibus 
Salomonis  inducerc  similitudinem.  Restat  tamen  apc- 
riendus  ill-  un  capitulo  sensus,  quern  in  prin- 

cipio  commemoravi  et  promisi,  qualiter  videlicet  tola 
ad  solam  nigredinem  similitude  referatur  :  qua  quidem 
non  estis  promissione  fraudandi.  Ca?terum  id  dilleren- 
dum  in  aliud  sermonis  principium  :  turn  quia  hoc  jam 
hujus  tlagitat  longitudo  ;  turn  etiam  ut  pnrveniat  ex 
more  oratio  ca,  qua'  in  laudem  et  gloriam  sunt  referen- 
da Sponsi  Ecclesia?  Jesu-Christi  Domini  nostri,  qui  est 
Deus  benedictus  in  siecula  saculorum.  Amen. 


VINGT-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


279 


SERMON  XXVI 11. 

De  la  noirceur   ct  de  la  beaute  de  I'Epoux.  Pre- 
rogative de  iouie  sur  la  vue  en  ce  qui  coneerne  la 
foi. 

1.  Je  pense  que  vous  vous  souvenezbien  a  quelles 
tentes  de  Salomon  j'ai  dit  que,  selou  moi,  la  beaute 
de  l'Epouse  a  ete  comparee,  et  quel  est  ce  Salomon, 
si  toutefuis  on  rapporte  a  sa  beaute  la  comparaison 
qui  en  est  tiree;  mais  si  on  estime  qu'elle  se  rap- 
porte plutot  a  sa  noirceur,  comme  celle  des  tentes 
de  Cedar,  a  il  ne  me  vient  rien  autre  cbose  a  vous 
dire  sur  ces  tentes  de  Salomon,  sinon  que  ce  sont 
peut-etre  celles  dont  ce  roi  avait  coutume  de  se 
servir,  lorsqu'il  voulait  loger  dans  des  pavilions,  et 
qui,  sans  doute,  si  toutefois  il  en  a  jamais  eu,  etaient 
necessairement  laides  et  noires,  parce  qu'elles 
etaient  exposees  tous  les  jours  au  soleil,  et  aux 
injures  de  l'air.  Et  cela  ne  se  faisait  pas  en  vain, 
mais  afin  que  les  omements  qui  etaient  dedans 
fussent  conserves  plus  propres  et  plus  beaux.  Par 
cet  exemple,  l'Epouse  ne  nie  pas  qu'elle  soit  noire, 
mais  elle  excuse  sa  noirceur,  et  elle  ne  rougit  point 
d'un  etat  que  la  charite  releve  et  que  la  verite  ne 
blame  point.  Car,  comme  dit  l'Apotre,  qui  est  iu- 
firme  sans  qu'elle  ne  le  soit  aussi  (n  Cor.  n,  29)  ; 
qui  se  scandalise  sans  que  ce  scandale  ne  la  touche 
vivement  ?  Elle  prend  sur  soi   la   faiblesse    de  la 


a  II  y  a  trois  manuscrits  qui  presentent  ici  de  legeres  va- 
riantes,  et  qui  font  dire  a  saint  Bernard  :  ><  II  faut  vous  rap- 
pcler  les  tentes  dont  Salomon  recouvrait  autrefois  son  pavilion. 
Elles  etaient  certainenient  noires,  car  elles  etaient  exposees 
tous  les  jours  aui  ardeurs  du  soleil,  et  aui  intempenes  de  l'air, 
Or,  cela  ne  se  faisait  pas  en  vain,  etc. » 


compassion,  afm  de    soulager  ou  de  guerir   dans  Etretg  dn  rtlo 

un  autre   la  maladie  de   la  passion.  Elle    devient     et  de  la 
..  ,     ,  .        ,  .    .      compassion. 

noire  par  zele  pour  la  blancneur,  et  pouracquerir, 
par-la,  la  beaute. 

2.  La  noirceur  d'un  seul  eu  rend  plusieurs  blancs,   Jesus-Christ 
non  par  la  part  qu'il  prend  a  leurs  fautes,  mais  par   6pOU3r'tt)°°18r 
la  douleur  dont  il  est  touche.  «  II   est   a    propos,     blanchir. 
dit-il,  qu'un  seul  homme  meure  pour  le   peuple, 
et  que  toute  une  nation  ne  perisse  pas.   »  11  est  a 
propos  qu'un  seul    pour  tous,   soit  noirci   par  la 
ressemblance  de  la  chair  du  peche,   et  que   toute 
une  nation  ne  soit  pas  condamnee,  &  cause  de  la 
noirceur  du  peche.   II  faut  que   la  splendeur   el 
1'image  de  la  substance  de  Dieu  soit  obscurcie  par 
la  forme  d'esclave  pour  sauver  la  vie  a  l'esclave, 
que  la  clarte  eternelle  s'olt'usque  dans  la  chair  pour 
purifier  la  chair;  que  le  plus  beau  des  enfants  des 
hommes  perde  tout  son  eclat  dans  la  Passion  pour 
eclairer  les  enfants  des  hommes ;  qu'il  soit  defigure 
sur  lacroix  etcouvert  des  paleurs  de  la  mort,  qu'ils 
n'ait  plus  ni  grace  ni  beaute,  pour  qu'il  s'acquiere 
l'Eglise  comme  une   belle  et  charmante   epouse 
exempte  de  tache  et  de  rides .  Je  reconnais  la  tente 
de  Salomon,  ou  plutot  j'embrasse   Salomon  lui- 
meme  sous  sa  peau  noire.  II  est  noir,  mais  quant  a 
la  peau  seulement.  11  n'est  noir  qu'exterieurement, 
non  point  au  dedans;  car  toute  la  gloire  de  la  fille 
du  roi  est  interieure  (Psal.  xliv,  3).  Au  dedans  c'est 
l'eclat  de  sa  divinite,  la  beaute   de  ses   vertus,    la* 
splendeur  de  sa  gloire,  et  la  purete  de  son  inno- 
cence. Mais  la  couleur  qui  parait  le  rend  meprisa- 
ble  et  couvre  comme  d'un  voile  tant  de  rares  qua- 
lites,  car  il  est  expose  a  toute  sorte  de  tentations, 
a  cause  de  la  ressemblance  du  peche  qu'il  porte  ; 
quoiqu'en  effet,  il  soit  exempt   de  tout  peche,    Je 
reconnais  la  forme  de  cette  nature  qui  est  comme 


SERMO  XXVIII. 

De  nigredine  et  formositate  Sponsi,  et  quomodo   auditus 

potius  quam  visits  valeat  in  rebus  fidei,  et  ad 

nolitiam    veritatis. 

1.  Tenetis  credo,  cujus  et  quibus  Salomonis  peUibus 
decorem  Sponsa?  sentiam  comparatum,  si  taraen  ad  os- 
lensionem  commendationemque  referatur  deeoris  data 
ex  his  simililudo.  At  si  ad  nigredinem  magis  referenda 
putetur,  sicut  et  ilia  de  tabernaculis  Cedar  :  non  equi- 
dem  aliunde  occurril  mihi  quidquam  de  hujuscuodi  pel- 
libus  Salomonis,  nisi  quas  forte  rex  in  usum  tabernaculi 
Boleret  assumere,  si  quando  in  tcntoriis  habitare  liberct; 
quas  ulique  (si  quae  tamen  fuerunt)  obscuras  sine  dubio 
et  tetras  esse  necesse  luit,  tanquara  qu:E  quotidiano 
forent  expositas  soli,  et  frequentium  injuriis  pluviarum. 
Neqne  id  I'rustra,  sed  tit  is  qui  intus  repositus,  erat  or- 
nalus,  nitidior  servaretur.  Hoc  exemplo  Sponsa  non  ne- 
gat  nigredinem,  sed  excusat  ;  nee  probro  ducit  qualem- 
cunque  babitum,  quem  charitas  lormet,  judicium 
veritatis  non  improbet.    Denique    quis  inlirmatur,  cum 


quo  non  infirmetur  ?  quis  scandalizatur,  et  non  uritur  ? 
Induit  se  compassionis  nasvum,  ut  morbum  in  altero 
passionis  Ievet,  vel  sanet  :  nigrescit  candoris  zelo,  lucro 
pulchritudinis. 

2.  Multos  candidos  facit  unius  denigratio,  non  cum 
tingitur  culpa,  sed  cum  cura  afficitur.  Expedil,  inquit, 
ut  units  mo/'itttur  homo  pro  populo,  et  non  tola  gens 
pereat :  expedit  ut  unus  pro  omnibus  denigretur  simili- 
tudine  carnis  peccati,  et  non  tota  gens  nigredine  con- 
demnetur  peccati.  Splendor  el.  ligura  substantia?  Dei 
obnubilelur  in  forma  servi  pro  vita  servi.  Candor  vita? 
BBternas  nigreseat  in  carne,  pro  came  purganda.  Specio- 
sus  forma  pras  filiis  hominum,  pro  filiis  bominum  illu- 
minandis  obscurelur  in  passione,  turpetur  in  cruce, 
palleat  in  morte  :  ex  toto  non  sit  ei  species  neque  decor, 
ut  sibi  speciosam  atque  decoram  acquirat  Sponsam 
Ecclesiam  sine  macula  et  sine  ruga.  Agnosco  pellem 
Salomonis,  imo  ipsum  in  pelle  nigra  Salomonem  am- 
plector.  Habet  et  Salomon  nigredinem,  sed  in  pelle  : 
foris  niger,  in  cute  niger,  non  inlus  :  alioquin  omnis 
gloria  ejus  filice  regis  ab  intus.  Intus  divinitatis  candor, 
decor  virtutum,  splendor  gloria?,  *  innocentia?  puritas  :  ♦  „(.  gr«tir 


280 


0E1  VRES  DE  SAINT  I1KHNAKI). 


noircie  et  comme  defiguree.  Je  reconnais  ees  tuni- 
qaes  de  peaux  de  betes  qui  furent  le  vehement  de 
nos  premiers  parents  [Gen.  in,  21),  apres  qu'ils 
eurent  peche  contre  Dieu.  Car  il  s'est  noirci  lui- 
meme,  en  prenanl  la  forme  d'un  esclave,  el  se  ren- 
dant  semblable  aux  hommes,  et  en  prenant  leur 


vous  donnerai,  dit-il,   «  votre*  heritage   et  votre 

possession,   »  Com nt   le    lui  donner,  s'il  esl   a 

lui  ?  Et  comment  lui  dites-vous  de  demandei 
qui  lui  appartient  ?  On  comment  lui  apparlient-il, 
s'il  esl  necessaire  qu'il  le  demanded  C'esl  done  pour 
in"!  qu'il  Le  demande,  et  c'esl   pour  defendre  ma 


chair  et  leur  nature  [Phiiipp.  a,  7).  Je  reconuais  cause  qu'il  s'est  revelu  de  ma  nature.  Car  il  poite 

sur  la  peau  du  chevrcau  qui  esl  le  symbole  du  pe-  sur  lui  les  gages  de  noire  reconciliation,  selon  i  ette 

rh.\  la  main  qui  n'a  point  commis  de  peche,  el  la  parole  du  Prophete  :  «  Le  Seigneur  a  mis   en  lui 

lete  qui  n'a  jamais  eu  aucune  pensee  de  mad  faire.  Irs  peches  de  nous  lous  [Isa.  lui,  5).  »  ("est.  pour- 

Et  e'est  pour  cola  qu'on  n'a  point  trouve  de  malice  quoi  «  il  a  du  se  rendre  en  tout   semblabli 

en  lui  [Isa.  mi,  9).  Je  sais,  6  Jesus,  que  vous  fetes  freres  [Hebr.  n,  17),  »  comme  dil  I'Apdlre,   o  alin 

d'une  humcur  facile,  doux  et  humble  de   cosur,  de  devenir  misericordieux.  »  Aussi  sa  voix  est  veri- 

d'uu  regard   agri-able  et    d'un  esprit   charmant,  tablement  la  voix  de  Jacob,  mais  ses  mains  sont  les 

sacre  enlin   d'une  huile  de  joie,   d'une  maniere  mains  d'Esau  [Gen.  xxvn,   22).  Ce  qu'on  entend 

beaucoup  plus  excellente  que  tons  ceux  qui  parti-  sortir  de  lui  est  a  lui,  mais  ce  que  Ton  voit  en  lui 

cipent  a  votre  gloire   [Psal.    xliv,   8).   D'oii  vient  est  a  nous.  Ce  qu'il  dit,  est  esprit  et   vie,  mais  ce 

done  maluteiiant  qu'a  l'exemple  d'Esau,  vous  etes  qu'il  parait  est  sujet  a  la  mort,  e'est  la  morl  nn'-mr. 

tout  velu  et  plein  de  poil  ?  De  qui  est  cette  image  Autre  chose  est  ce  que  Inn  voit,   autre   chose  ce 

difforme  et  hideuse,  d'ou  viennent  ces    poils?  lis  que  Ton  croit.  Les  sens  rapportent  qu'il  est   noir, 

sont  a  moi;  car  les  mains  couvertes  de  poils  sunt  la  mais  la  foi  temoigne  qu'il  est   blanc   et    qu'il    est 

marque  de  la  ressemblaneedu  peche  qui  est  en  moi.  beau.  11  est  noir,  mais  c'esl  aux  yeuxdes  insenses. 

Je  reconnais  que  ces  poils  m'appartiennent,  et  e'est  Car  il  parait  tres-aimable  aux  yeux  des  fideles.   II 

Dieu  mon  Sauveur  que  je  vois  dans  la  chair  qui  est  est  noir,  mais  il  esl  beau.  11  est  noir  dans l'opinion 

a  moi.  d'Herode,  mais  il  est  beau  selon  la  confession  du 

3.  Xeanmouis  ce  n'est  pas  Rebecca,  mais  Marie  larron  et  la  foi  du  centenier. 

qui  lui  adonne  ce  vehement.  Et  il  est  d'autant  plus  k-  Quelle  beaute  lui  trouvait  celui  qui  s'i 

digne  de  recevoir  la  benediction  de  son  pere,  que  Cet  homme  etait  vraiment  Fils  de  Dieu   [Marc,   xv, 

celle  qui  l'a  engeudre  est  plus  sainte.  11  a  bien  fait  39) !  Mais  examinons  en  quoi  il  la  trouva.   Car  s'il 

de  prendre  cet  habit  qui  est  a  moi,  car  e'est  a  moi  n'avait  considere  que  ce  qui  paraissait   an  dehors, 

que  la  benediction   est  reservee;    e'est   pour   moi  comment  aurait-il  pu  dire  qu'il  etait  beau,  et  quo 

que  1 'heritage  est  reclame.  II    avail  enlendu,    en  e'etait  le  Fils  de  Dieu?  Ce  qu'il  yavait  en  lui  etait- 

effet,  ces  paroles  :  «  Demandez-moi,  et  jevous  don-  il  autrement  que  ditforme  et  noir  aux  yeux  de  ecus 

nerai  les  nations  qui  sont  votre  heritage,  et  toule  qui  le  regardaient,  lorsqu'ayant  les  bras  etendus 

la  terre  qui  est  votre  possession  (Psal.  u,  8).  »   Je  sur  la  croix  au  milieu  de  deux  scelerats,  il  etait un 


Ll'  Christ  est 

diflorme  au 

dehors  el 

beau  au 

dedans. 


La  foi  du 

centirioi)  lui 

vint  par 

1'ouie. 


sed  tegit  haec  despicabilior  infirmilatis  color  ;  et  quasi 
abscondilus  vultus  ejus  et  despectus,  dum  tcntatu i-  per 
omnia  pro  similitudine  absque  peccato.  Agnosco  deni- 
gratas  formam  naturae ;  agnosco  tunicas  illas  peliiceas, 
protoplastorum  peccantium  babitum.  Denique  semetip- 
sum  denigravil  form  ceipiens,    i/>    similiiudi- 

nem  hum,, mm  foetus,  et  habitu  inventus  ut  homo.  Agnos- 
co sub  pelle  bcedi,  qui  peccatum  BigniQcat,  et  manum 
quae  peccatum  non  fecit,  el  collum  i>er  quod  mail  cogi- 
tatio  non  transivit;  ideoquc  non  est  inventus  dolus  in 
ore  ejus.  Novi  quod  sis  lenis  Datura,  mitis  et  humilis 
corde,  blandus  aspectu,  suavis  Bpiritu  :  et  quidem  unc- 
tus  oleo  ketilia-  prae  consorlibus  luis.  [hade  ergo  nunc 
ad  iustar  Esau  pilosus  et  hispidus'.'  Cujusnam  rugosa  et 
terra  imago  haec,  et  unde  hi  pili  ?  Mei  sunt  ;  nam  pilo- 
ses manus  similitudinem  exprimuut  peccatoris.  Meos 
agnosco  hos  pilos  :  cl  in  pelle  inea  video  Deum  Salva- 
torem  meum. 

3.  Non  tamen  Rebecca  tic  ilium  induit,  sed  Maria, 
tanto  digniorem  qui  benediclionern  aceiperet,  quanto 
sanctior  qua'  peperit.  Et  bene  in  men  habitu  :  quia 
mihi  benedictio  vindjeatur,  mild  postulatur  baereditas. 
Siquidem   audierat  :  Postulo   a  me-,  et   dabo  Ub>  gentes 


lnrny/il'ilrm  lunm,  ft  /,t,.-\-Pwm  v/i  tuam  terminos  terra. 
Timm.  inqnit,  hwredtiatem  tuamq  i  ssionem  dabo 

tibi.   Quomodo  dabis  ei,  si  sua  est?  El  quomodo  snam 
mones  ut   postulet  '.'  aul  quomodo  sua,  si   nee 
ut  postulet?  Mihi  proinde    poslulat,  qui    mea 
induil    formam,  ul  suscipial  causam.    Quipp  i 
pacts  nostra  mp<  dicente  leta  :  et  Dom 

in  eo  posuit  iniquitaiem  omnium  nostrum,   am 
fratritms    per   omnia  simUari,  sicul  ait    Apostolus,    ut 
misericors  fieret.  Propterea  vox  q  iest; 

manus  autem,  ma  I       .  Suum  esl  quod  audi- 

tor ex  eo  :  quod  in  eo  videtur,  nostrum.  Quod  loquitur, 
spiritus  et  vita  est  :  quod  apparel,  mortale  el  mors. 
Aliud  cernitur,  et  aliud  c reditu r.  Nigrum  sensus  remm- 
tiat,  tides  candidum  el  formosum  probat.  Niger  esl, 
sed  oculis  insipientium  ;  nam  [tdelium  mentibua  formo- 
sus  valde;  niger  est;  sed  formosus  ;  niger  reputatione 
Hcrodis,  formosus  coufessione  latronis ,  centnriorris 
tide. 

i.  Quam  formosum  adverlerat  qui  exclamavit  i  Vert 
homo  hie  Fiiim  Dei  erat.  Sed  in  quo  advertit,  adver- 
tendum.  Si  enim  attenderel  quod  apparebat,  quomudo 
formosus,  quomodo  Filius  Dei?   Quid    nisi   deforme  et 


VINGT-HU1TIEME  SERMON  SUR 

sujet  de  risee  aux  impies,  et  de  larmes  aux  fideles? 
II  etait  seul  lm  objet  de  moquerie,  hli  qui  seul 
pouvait  etre  un  objet  de  terreur,  et  qui  dcvait  seul 
etre  ttonore  et  respecte.  Comment  done  peut-il  re- 
connaitre  la  beaute  de  Jesus  crucilie,  et  que  c'etail 
!e  Fils  de  Dieu  qu'on  mettait  au  nombre  des  crimi- 
nels?  Ce  n'est  point  a  nous  de  repondre  a  cette 
question  ;  et  d'ailleurs  nous  n'avons  pas  besoin  de 
le  (aire,  puisque  l'Evangeliste  a  soin  d'y  satisfaire. 
Car  voici  ses  paroles  :  «  Mais  le  eentenier  qui 

out  vis-a-vis  de  la  croix,  voyant  qu'il  expirait 
ainsi  en  criant  d'une  grande  force,  dit,  «eethomme 
etait  vraiment  Fils  de  Dieu  (Marc  xv,39).  »  11  erut 
done  a  la  voix,  il  reconnut  le  Fils  de  Dieu  a  sa  voix, 
non  a  son  visage.  Apres  tout  il  etait  peut-etre  de 
ses  brebis,  dont  il  dit  :  «  Mes  brebis  entendent  ma 
voix  ;  je  les  connais  et  elles  me  connaissent  pareil- 
lement a  (Joan,  x,  14).  » 

5.  L'ouie  a  trouve  ce  que  la  vuen'a  pudecouvrir. 
L'apparence  a  trompe  l'ceil,  et  la  verite  est  entree 
par  l'oreille.  L'ceil  disait  qu'il  etait  iniirme,  diffor- 
me,  miserable,  condamne  a  une  mort  ignomi- 
nieuse ;  et  l'oreille  apprit  que  e'etait  le  Fils  de  Dieu 
et  qu'il  etait  tres-beau.  Mais  ce  n'etait  pas  l'oreille 
des  Juifs,  parce  qu'elle  etait  incirconcise.  C'es 
raison  que  saint  Pierre  coupa  l'oreille  au  serviteur, 
alin  de  donner  entree  a  la  verite,  et  que  la  verite 
le  delivrat,  e'est-a-dire  le  rendit  libre.  Le  eentenier 
etait  incirconcis,  mais  non  pas  des  oreilles,  puisqu'a 
la  seule  voix  d'un  mourant,  il  reconnut  le  Seigneur 
de  majeste  en  depitde  tant  demarquesde  i'aiblesse. 
11  ne  meprisa  point  ce  qu'il  vit,  parce  qu'il  crut  ce 

a  Telle  est   la  lecon    donne  par    deux    manuserits  :  Une 
editions  des  ceuvres  de  saint  Bernard  ajoule  :  <  Et  je  connais  tnea 
lirel.b  et  mes  brebis  rue  connaissent,  n  Le  manuscrit  de   la  C  li- 
bertine porte  seulement  :  «  Et  mes  brebis  me  connaissent.  • 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  281 

qu'il  ne  vit  point,  et  il  ne  le  crut  point  sur  ce  qu'il 

voyait,  mais,  on  ne  pent  en  douter,   sur   ce   qu'il 

entendit,  «  car  la  foi  vieut  de  l'ouie  (Rom.  x,  17).  » 

II  serait  sans  doute  plus  digne  de  la  verite  qu'elle 

entrat  dans  Fame  par  les  yeux,  qui  sont  le  sens  le 

plus  noble,  mais  cela  nous  est  reserve,  6  mon  ame, 

pour  le  temps  oil  nous  le  contemplerous  face  a  face. 

Maintenant  il  faut  que  le  rernede  entre  par  oil  le 

nial  est  entre,  que  la  vie  suive  la  mort,   et  marche 

s'tr  ses  pas  ;  la  luniiere,  les  tenebres  et   l'antidote 

de  la  verite,  le  venin  du   serpent;    que   l'ceil    qui 

etait  malade  soit  gueri,  afin  qu'etant  gueri  il  voie 

celui  qu'il  ne  pouvait  voir  lorsqu'il  etait  malade. 

L'oreillea  ete  la  premiere  porte  de  la  mort,  qu'elle 

s'ouvre  la  premiere  pour  la  vie.  Uue  l'ouie  qui  a 

ote  la  vue  la  retablisse.  Car  si  nous  ne  croyons  les  Louie  a  rap- 

mysl  ores,  nous  ne  les  comprendrons  point.  L'ouie  niente,  et  la 

a  done  rapport  au  merite    et  la   vue  a  la  recom-     7"e  4  ,a 
1  l  '  recompense. 

pense  ;  d'oii  vient  ce  mot  du  Prophete  :  «  Vous 
donnerez  a  mon  ou'ie  la  joie  et  l'allegresse  (Psal.  l, 
10),  »  attendu  que  la  recompense  d'une  ou'ie  fidele, 
e'est  la  bienheureuse  vision ;  et  que  le  merite  de 
i  ■  tte  bienheureuse  vision  consiste  dans  la  foi  de 
l'ouie.  «  Bienheureux,  dit  Jesus,  sont  ceux  qui  ont 
le  coeur  net,  car  ils  verront  Dieu  (Matth.  v,  8).  » 
II  faut  que  l'ceil  qui  doit  voir  Dieu  soit  purifie  par 
la  foi,  suivant  cette  parole  :  «  Puriliant  leur  coeur 
par  la  foi  (Act.  xv,  9).  » 

6.  Pendant  que  la  vue  n'est  pas  encore  preparee,    . 
que  l'ouie  s'excite  done,   qu'elle    s'exerce  b  et  re- 
coive  la  verite.  Heureux  celui  a  qui  la  verite   rend 
ce  temoiguage  :  «  11  m'a   obei  en    pratiquant   ce 

b  Dans  plusieurs  editions  ces  mots  «  que  l'ouie  s'eierce,  ■ 
Font  defuut ,  peut-etre  est-ce  one  faute  du  copiste,  qui  dans  le 
doute,  si  le  texte  latin  portait  excitetur  ou  exerr.itetur,  a  pris  le 
parti  de  meltre  1'uu  et  l'autre. 


nigrum  oculis  spectantium  occurrebat,  cum  expansis  in 
enice  manibus,  medius  duorum  nequam,  risum  mali- 
gnantilnis  daret,  llelum  fidelibus?  Et  solus  epat  risui, 
qui  solus  poteral  esse  terrori,  solus  honori  debuerat. 
Unde  igitur  advertil  pulchritudinem  crucifixi,  et  quod 
is  sit  Filius  Dei,  qui  cum  iniquis  repulaius  est'1.  Res- 
pondere  aliquid  ad  id  nostrum  nee  las,  nee  opus  ec-t  : 
nee  enim  evangelists  hoc  diligentia  prsleriit.  Sic  enini 
habes  :  Videns  autem  centurio  qui  ex  adverso  stabat, 
quia  sic  damans  exspirasset,  ait  :  Vers  lm:  homo  Filius 
Dei  eral.  Ergo  ad  vocem  credidit,  ex  voce  agnovit 
Filium  Dei,  et  non  ex  facie.  Erat  enim  fortasse 
ex  ovibus  ejus,  de  quibus  ait  :  Oves  mete  vocem  rneam 
audiunt. 
">.  Audilus  invenit  quod  non  visus  :  oculum  species 
it,  ami  Veritas  sc  infudit.  Oculus  pronutitiabat 
infirmum,  oculus  fcedum,  oculus  miserum,  oculus  mortc 
ima  condemnatum  :  auri  Dei  Filius,  auri  formo- 
sus  tnnotuit;  sed  non  Judaeorum,  quia  erant  incircum- 
cisi  au  imi  •  Merito  Pelrus  abscidit  auriculam  servi,  ul 
\i-i  ii  facerel  verilati,  el  Veritas  liberaret  eum,  id  est 
liberum  faceret.  Erat  ille  centurio  incircumcisus,  scd 
nun  aure,  qui  ad  unam  exspirantis  vocem  sub  tot  infir- 


milatis  indiciis  Dominum  majestalis  agnovit.  Ideoq 
non  despexit  quod  vidit,  quia  credidit  quod  non  vidit. 
Non  autem  credidit  ex  eo  quod  vidit  :  sed  ex  eo  pro- 
cul  dubio  quod  audivit,  quia  fides  ex  audita.  Dignum 
quideui  faerat  per  superiores  oculorura  fenestras  veri- 
tatem  intrare  ad  animam  :  sed  hoc  nobis,  o  anima, 
servatur  in  posterum,  cum  videbimus  facie  ad  faciem. 
Nunc  autem  undeirrepsit  morbus,  inde  remediumintret, 
et  per  eadem  sequatur  vestigia  vita  mortem,  tenebras 
lux,  venenum  serpentis  antidotum  veritatis  :  et  sanet 
oculum  qui  lurbatus  est,  ut  serenus  videal  quern  turba- 
tus  non  potest.  Auris  prima  mortis  janua,  prima  aperia- 
tur  et  vita?;  audilus,  qui  tulit,  reparet  visum  :  quoniam 
nisi  crediderimus,  non  intelligemus.  Ergo  auditus  ad 
meritum,  visus  ad  premium.  Unde  Propheta  :  Auditui 
/«■",  tnquit,  dabis  gaudium  et  lastitiam  :  quod  (idelis 
retributio  auditionis  beata  visio  sit,  et  beata?  meritum 
visionis  lidelis  audilio.  Beaii  auleai  mundo  corde,  quo- 
niam  ipsi  Drum  videbunt.  Porro  fide  oportet  mundari 
oculum  qui  videat  Deum,  quemadmodum  habes  :  Fide 
mundans  corda  corum. 

6.  Interim  ergo  dum  necdum  paratus  est  visus,   audi- 
tus excitetur,  auditus'exercitetur,  auditu»  excipial  veri- 


tSS 


QEUVRES  DE  SANIT  BERNARD. 


qu'il  a  entendu.  »  Je  serai  dignc  de  voir,  si  avant 
de  voir  j'obeis.   Je  verrai  avec   confiaDce     celui 
qui  aura  reru  auparavant  le  sacrificede  mon  obeis- 
sance.  Qa'heureui  est  celui  qui  dit  : «  Le  Seigneur 
Dieu   ma  ouvert  l'oreille,  et  je  ue  m'y  suis  point 
oppose,  je  n'ai  point  recule  en  arriere  (Isai.  l,  5).  » 
Vous  avez  la  un  modele  d'obeissance  volonlaire,  et 
un  exemple  de  perseverance.  Car  celui  qui  ne  con- 
tredit  point,  agit  volontairemenl ;  et  celui  qui  ne 
retourne  point  en  arriere,  persevere  dans  le  bien. 
L'un  et  I'autre  est  necessaire,  parce  que  Dieu  airue 
celui  qui  donne  avec  gaite    (u    Cor.    ix,    7).  «    Et 
celui-la  seul  sera  sauve  qui  perseverera  jusqu'a  la 
I'm    Matt,  x,  22*.  »   Dieu  veuille  que    le    Seigneur 
daigne  aussi  m'ouvrir  l'oreille,  que  les  paroles  de 
la  verite  enlrcnt  dans  nion  cceur,  qu'elles  purifient 
mes  yeux  et  les  preparent  a  la  vision  bienheureuse, 
aliu  que  je  puisse  dire  aussi  a  Dieu  :  «  Votre  oreille 
a  entendu  la  preparation  de  mon  cceur  (Psal.  ix, 
17) ;»  et  que  je  puisse  aussi,  avec  ceux  qui  obeissent 
a  Dieu,  entendre  ces  paroles  de  sa  bouche  :  «  Vous 
etes  purs  a  cause  des  discours  que  je  vous   ai  fails 
{Joan,  xv,  3).  »  Mais  tous  ceux  quiecoutent  ne  sont 
pas  purities,  il  n'y  a  que  ceux  qui   lui   obeissent. 
«  Bienheureux  sont  ceux  qui  ecoutent  ma  parole, 
et  qui  la  gardent  (Luc.  xi,  28).  »  Voila  quelle  ouie 
demande  celui  qui  dit  :  «  Ecoutez  Israel  (Deut.  vi, 
3) ;  »   et   voila   celle   qu'offre  celui  qui  repond  : 
«  Parlez  Seigneur,  car  votre  serviteur  ecoute  (l  Reg. 
ID,  9)  :  »  Celui  qui  dit  :   «  J'ecouterai   ce  que   le 
Seigneur  me   dira  interieuremeut   (Psal.   lxxxiv, 
9),  »  en  promet  une  pareille. 

7.  Mais  afin  que  vous  sacbiez  que  le  Saint-Esprit 
meme  observe  cet  ordre  dans  l'avancement  spirituel 
de  l'ame,  et  qu'il  forme  l'ouie  avant  de  rejouir  la 
vue,  «  Ecoutez,    dit-il,  ma  fllle,   et  voyez    (Psal. 


suv,  11).  »  Pourquoi  ouvrez-vous  les  yeux?  ouvrez 
les  oreilles.  Dcsirez-vous   de  voir  Jesus-Christ?  il 
f.uil  que  vous  ecoutiez  premieremcnt  ce  qu'il  dit, 
que  vous  ecoutiez  ce  qu'on  dit   de   lui,    afin   que 
lorsque  vous  le  verrez,  vous  disiez  :  «  Ce  que  nous 
voyons  est  couforme  a  ce  que  nous  en  avions  oui, 
[Psal.  xi.vn,  y).  »  Son  eclat  est  extreniement  bril- 
lant,  votre  vue  est  faible,   et  vous  ne  pouvez  la 
supporter.  Vous  pouvez  bien  en  entendre  parler, 
mais  Don  pas  le  voir.  Apres  que  j'eus  peche,  j'en- 
teadais  bien  Dieu  qui  eriait  :  «  Adam  ou  etes-vous 
(Gen.  in,  10)?  »  maisje  ne  le  voyais  pas.   L'ouie 
vous  rendra  la  vue,  si  elle  est  soumise,  si  elle  est 
vigilante,  si  elle  est  fidele.  Lafoi  purifiera  l'ceil  que  Quelle  doit 
I'impiete  a  trouble.  Et  I'obeissance  ouvrira  ce  que    i'ouierpoar 
la  desobeissance  a  ferine.  Apres  tout,  ce  sont  «  vos    le  mente. 
commandements,  dit  le  Prophete,  quim'ont  donne 
l'intelligence  (Psal.  cxvm,  104),  »  parce  que  l'ob- 
servation  des  commandements  de  Dieu  rend  l'in- 
telligence que  Ton  avait  perdue  en  les  trangressant. 
Considerez  dans  le  saint  homme  Isaac,  coinme  le 
sens  de  l'ouie  etait  plus  subtil  en  lui  que  tous  les 
autrcs,  quoi  qu'il  flit  deja  bien  vieux.  Les  yeux  de 
ce  patriarche  sont  obscurcis,  son  gout  est  surpris, 
sa  main  est  trompee,  mais  son  oreille  ne  Test  pas. 
Quelle  merveille   que   l'oreille  entende  la   verite 
puisque  la  foi  vient  par  l'ouie  (Rom.  x,   17),  que 
l'ouie  se  forme  par  la  parole  de   Dieu,  et  que   la 
parole  de  Dieu  est  la  verite?  «Lavoix,  dit-il,  est  la 
voix  de  Jacob  (Genes,  xxvn,  22).  »  11  n'y  a  rien  de 
plus  vrai.  «  Mais  les  mains  sont  les  mains  d'Esau.  » 
11  n'y  a  rien  de  plus  faux.  Vous  vous  trompez,  la 
ressemblance  de  la  main  vous  a  seduit.  La  verite 
n'est  pas  non  plus  dans  le  gout,  quoiquela  douceur 
y  soit,  Car  est-ce  connaitre  la  verite,  que  de  croire 
manger  de  la  venaison,  lorsqu'on  mange  de  la  chair 


tatem.  Felix,  cui  Veritas  attestatur,  dicens  :  In  aurfitu 
auris  obedivit  mihi.  Dignus  qui  videam,  si  priusqnam 
videam,  obedisse  inveniar  :  securus  videbo,  ad  quern 
mes  obediential  raunus  praecesserit.  Quam  beatus  qui 
ait  :  Dominus  Deus  aperuit  mihi  aurcm,  ei  ego  non 
contradico,  retrorsum  nun  aba.  Ubi  et  voluntaria;  tiabes 
obediential  formam,  et  longanimilatis  exemplum.  Qui 
enim  non  contradicit,  spontaneus  est  :  et  qui  retro  non 
abiit,  perseverat.  Utnimquc  necessarium,  quoniam  hila- 
rem  datorem  diligit  Deus  :  et  qui  perseveraverit  usque 
in  finem,  hie  salens  erit.  Utinam  et  mibi  aperiat  aurem 
Dominus,  intret  ad  cor  mcum  sermo  veritatis,  raundet 
oculum,  et  Ifftce  prceparet  visioni,  ut  dicam  Deo  etiam 
ipse  :  Prceparationem  cordis  meiaudivit  auris  tua.  Ut 
audiam  a  Deo,  etiam  ipse  cum  caeteris  obedientibus  : 
Et  vos  mundi  estis  propter  sermonem,  quern  ioeulus  sum 
vobis.  Nee  omnes  mundantur  qui  audiunl,  sed  qui  obe- 
diunt.  Beati  qui  uuihunt,  el  custodian!  Mud.  Talem  re- 
quirit  auditum  qui  mandat  dicens  :  Audi  Israel.  Talem 
ofTert  qui  ait  :  Loquere.  Domine,  quia  audit  serous  tuus. 
Talem  respondet  qui  dicit  :  Audiam  quid  loqualur  in 
me  Dominus  Deus. 
7.  Et  ut  acias  eliam  Spiritum-Sanctumbuncinanima 


spiritual!  profectu  ordincm  observare,  ut  videlicet  prius 
formet  auditum,  quam  hetilicet  visum  :  Audi,  inquit, 
filia,  et  fide.  Quid  intendis  oculum  ?  Aurem  para.  Vi- 
dere  desideras  Christum?  Oportct  te  prius  audire  cum, 
audire  de  eo,  ut  dicas  cum  videris  :  Sicut  andirimus, 
sic  vidimus.  Immensa  claritas,  visus  angustus,  et  non 
poles  ad  earn.  Poles  audilu,  sed  non  aspectu.  Claman- 
tem  denique  Deum  :  Adam  ubi  es"!  Non  videbam  jam 
peccator,  audiebam  tamen.  Sed  auditus  aspectum  resti- 
tuet,  si  pius,  si  vigil,  si  fldelis  praecesserit.  Fides  pur- 
gabit,  quern  turbavit  impietas  :  et  quern  inobedienlia 
clausit,  apcrict  obedientia.  Denique  a  mandatis  tuis, 
inquit,  intellexi  :  quod  intellectual  reddat  observatio 
mandatorum,  quern  lulit  transgressio.  Adverte  adhuc  in 
sancto  Isaac,  quomodo  pree  caeteris  sensibus  auditus  in 
jam  scne  viguerit.  Caligant  oculi  Patriarchae,  palatum 
seducitur,  fallitur  manus,  non  fallitur  auris.  Quid  minim 
si  auris  percipit  veritatem,  cum  fides  ex  audita;  auditus 
per  verbum  Dei,  verbum  Dei  Veritas  sit,  Vox,  inquit, 
vox  Jacob  est.  Nihil  verbis.  Manus  autem  manus  sunt 
Esau.  Nihil  falsius.  Falleris  :  manus  similitudo  decepit 
te.  Nee  in  gustu  Veritas,  etsi  suavitas  est.  Nam  quo- 
modo babel  veritalem,  qui  se  putat  edere  venationem, 


VIXGT-HITTIEME  SERMON  SIR  LE  CAXTIQUE  DES  CANTIQUES. 


283 


d'un  chevreau  domestique?  Bien  nioins  encore  dans 
l'ceil  qui  ne  voit  rien.  La  verite  n'est  point  dans 
L'oeil,  la  sagesse  n'y  est  point,  a  Malheur  a  vous, 
dit-il,  qui  etes  sages  a  tos  yeux  [Isa.  v.  21j.  »  La 
sagesse  qu'on  charge  de  maledictions  cst-elle 
bonne  ?  Or,  cette  sagesse,  c'est  la  sagesse  du  monde 
et  par  consequent  uue  folie  devant  Dieu. 
La  sagewe  8.  La  vraie  sagesse  est  tout  interieure  et  toule 
ig  coe„nrs.  cachee  [Job.  xxvui,  18),  selon  le  sentiment  du  saint 
homme  Job.  Pourquoi  la  cherchez-vous  au  dehors 
dans  les  sens  corporels  ?  Le  gout  a  son  siege  dans 
le  palais,  mais  la  sagesse  la  dans  le  cceur.  Ne  cher- 
chez  point  la  sagesse  dans  des  yeux  charnels.  Car 
ce  nest  pas  le  sang  ni  la  chair,  mais  l'esprit  qui  la 
revele..  Elle  n'est  point  dans  le  gout;  car  elle  ne  se 
trouve  [joint  dans  la  terre  de  ceux  qui  vivent  daus 
la  sensualite;  ni  dans  le  toucher,  puisque  Job  dit 
encore  :  «  Si  j'ai  baise  ma  main  avec  ma  bouche, 
ce  qui  est  un  grand  crime  et  une  espeee  d'idolatrie 
[Job.  xxxi,  27;.  »  Ce  qui  arrive  a  ce  que  je  crois, 
lorsqu'on  n'altribue  pas  a  Dieu,  mais  au  merite  de 
ses  propres  actions,  le  don  de  Dieu  qui  est  la  sa- 
gesse. Isaac  etait  sage,  neanmoins  ses  sens  l'ont 
uiduit  en  erreur.  Le  seul  sens  de  l'ouie  est  capable 
de  la  verite,  parce  que  lui  seul  entend  la  parole. 
C'est  avec  raison  qu'il  est  defendu  a  la  femme  de 
l'Evangile,  qui  n'avait  qu'une  sagesse  charuelle,  de 
toucher  la  chair  ressuscitee  du  Verbe,  puisqu'elle 
croyait  plus  a  ses  yeux  qu'aux  oracles  divins,  e'est- 
a-dire  aux  sens  corporels,   plus    qua  la   parole  de 

Mane       Dieu.  Car  elle  ne  croyait  pas  que  celuiqu'elle  avait 
Magdeleine  ,       ...  ..  •       .-,,.., 

napas      vu  mort,    dut  ressusciter,   quoiqu  ll  1  eul  promis. 

'^eP"o acher"1  ^Uun  SeS  5  CUX  ne  UlreIlt  r0Ult    en    rePosi    jusqu'a 

Jesus-Christ,  ce  qu'ils  fussent  rassasies  par  la  vue  de  l'objet  de 
son  amour,  parce  qu'elle  ne  trouvait  point  sa  con- 
solation en  la  foi,  et  qu'elle  ne  croyait  point  a  la 


cum  domestieis  vescatur  hoedorum  carnibus  ?  Multo 
minus  oculus  qui  nihil  videl.  Non  est  Veritas-  in  oculo, 
non  sapientia.  Vae  qui  sapientes  estis,  ait,  in  oeuli*  ves- 
trit.  Non  bona  sapientia,  cui  maledicitur.  Mundi  est,  ac 
per  hoc  stultitia  apart  Deum. 

8.  Bona  et  vera  sapientia  Irahitur  de  occultis,  ut  sapit 
beatus  Job.  Quid  foris  earn  quaeris  in  corporis  sensu  ? 
Sapor  in  palato,  in  corde  sapientia  est.  Non  quasras  sa- 
pientiam  in  oculo  carnis,  quia  caro  et  sanguis  non 
cevelat  earn,  sed  spiritus.  Non  in  gustu  oris  :  nee  enim 
invenHur  in  terra  suaviter  viventiwn.  Non  in  tactu  maims, 
cum  sanctus  dicat  :  Si  osculatus  sum  manum  meam  ore 
meo,  quod  est  iniquitas  maxima,  et  negatio  in  Deum. 
Quod  tunc  fieri  arbitror,  cum  donum  Dei,  quod  est 
sapientia,  non  Deo,  sed  meritis  adscribitur  aclionum. 
Sapiens  fuit  Isaac,  sed  tamen  erravit  in  sensibus.  Solus 
habet  auditus  verum,  qui  percipit  verbuui.  Merito  ear- 
nem  redivivam  Verbi  tangere  prohibetur  mulier  carna- 
liter  sapiens,  plus  quippe  tribuens  oculo,  quam  oraculo, 
id  est  carnis  sensui,  quam  verbo  Dei.  Quem  enim  mor- 
'  at  resor-  tuum  \idit,  resuscitatum  *  non  credidit,  cum  tamen  hoc 
rectoram.     promiseiit  ipse.  Denique  non  quievit  oculus,  usque  dum 


promesse  de  Dieu.  Le  ciel  et  la  terre,  et  genera- 
lenient  tout  ce  qui  peut  tomber  sous  les  yeux  du 
-corps,  ne  doivent-ils  point  passer  et  perir,  avant 
qu'il  se  perde  un  seul  iota  ou  une  seule  syllabe  de 
tout  ce  qua  dit  le  Sauveur?  Et  neanmoins  celle 
qui  ne  voulait  pas  se  consoler  sur  la  parole  du  Sei- 
gneur, cessa  de  pleurcr  aussitot  que  ses  yeux  le 
virent  parce  qu'elle  s'en  rapportait  plus  a  cette  ex- 
perience sensible,  qu'a  la  certitude  de  la  foi.  Mais 
cette  experience  est  trompeuse. 

9.  C'est  pour  cela  qu'on  la  renvoie  a  la  connais- 
sance  de  la  foi  qui  est  certaine,  et  qui  comprend 
ce  que  les  sens  ne  sauraient  connaitre,  et  ce  que 
l'experience  ne  peut  trouver.  «  Gardez-vous  de  me 
toucher,  »  dit  le  Sauveur ;  e'est-a-dire  desabusez- 
vous  des  sens  qui  peuvent  se  tromper ;  appuyez- 
vous  sur  mes  paroles,  accoutumez-vous  a  la  foi- 
La  foi  ne  saurait  etre  seduite,  la  foi  comprend  les     Les  ,en', 

r  trompent,  la 

choses  invisibles  et  ne  se  ressent  point  de  la  fai-  foi  ne 
blesse  des  sens.  Elle  passe  meme  les  bornes  de  la  tromPe  *"*• 
raison  humaine,  l'usage  de  la  nature  et  les  limites 
de  l'experience.  Pourquoi  voulez-vous  apprendre 
de  vos  yeux  ce  qu'ils  ne  peuvent  savoir  ?  Et  pour- 
quoi votre  main  s'efforce-t-elle  desonder  ce  qui  est 
au  dessus  de  sa  portee?  Tout  ce  que  l'un  ou  l'autre 
de  ces  deux  sens  vous  rapportent  est  au  dessous  de 
la  verite.  Ecoutez  le  rapport  que  la  foi  vous  fera  de 
moi;  elle  nediminue  riende  ma  majeste.  Apprenez 
a  croire  avec  plus  de  certitude  et  a  suivre  avec 
plus  de  eonfiance  ce  quelle  vous  dit.  «  Gardez 
vous  bien  de  me  toucher,  car  je  ne  suis  pas  encore 
monte  a  mou  Pere  {Ibidem).  »  Comme  s'il  ne  de- 
vait  vouloir  et  pouvoir  etre  touche  par  elle  que 
lorsqu'il  y  sera  monte.  Oui,  sans  doule,  il  pourra 
etre  touche,  mais  seulement  par  le  cceur,  non  par 
les  mains ;  par  les  desirs,  non  par  les  yeux  ;  par  la 


saliatus  est  visus  :  quoniam  non  erat  consolatio  fidei, 
nee  Dei  rata  promissio.  Nonne  coelum  et  terra,  et  quid- 
quid  omnino  carnis  oculus  attingere  potest,  ante  habent 
transire  et  perire,  quam  iota  unum  aut  unus  apex  ex 
omnibus  qua?  locutus  est  Deus?  El  tamen  cessavit  a  Qetu 
in  visu  oculi,  quae  noluit  consolari  in  verbo  Domini; 
pluris  habens  experimentum,  quam  fidem.  At  experi- 
mentum  fallax. 

!5.  Mittitur  ergo  ad  certiorem  fidei  cognitionem;  quaj 
utique  apprehendit  quod  sensus  nescit,  experimentum 
non  invenit.  Noli  me  tangere,  inquit,  hoc  est ,  dissuesce 
huic  seducibili  sensui  :  innitere  verbo,  fidei  assuesce. 
Fides  nescia  falli,  fides  invisibilia  comprehendens,  sen- 
sus penuiiam  non  sentit  :  denique  transgreditur  fines 
eliam  rationis  humanje,  natura?  usum,  experientise  ter- 
minos.  Quid  interrogas  oculum  ad  quod  non  sufficit?  Et 
manus  quid  explorare  conatur  quod  supra  ipsam  est? 
Minus  est  quidquid  ille,  vel  ilia  renuntiet.  Sane  fides 
pronuntiet  de  me,  quae  majestati  nihil  minuat.  Disce  id 
habere  certius,  id  tutius  sequi,  quod  ilia  suaserit.  Noli 
we  tangere,  nondum  enim  ascendi  ad  Patrem  meum. 
Quasi  vero  cum  jam  ascendent,  tunc    tangi  ab  ea  velit 


284 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


La  foi  est 
digne  de  ton 

cher  le 

Christ  L.-1.J- 

riCe. 


foi,  non  par  les  sens.  Pourquoi,  dit-il,  voulez-vous 
me  toucher  a  cette  heure,  vous  qui  ne  me  jugez 
que  par  les  sens  de  la  gloire  de  la  resurrection  ?  Ne 
vous  souvenez-vous  point  que  lorsque  j'etais  en 
mortel,  les  yeux  de  mes  disciples  ne  p  rent  soule- 
nir  mi  moment  fecial  et  la  gloire  de  mon  corps 
transfigure,  quoiqu'U  dut  mourir  [Mail,  xvn,  7)  1 
J'ai  encore  quelque  condescendance  pour  nos 
en  prenant  la  forme  d'esclave,  nfin  que  vous  puis- 
siez  vous  reconnaltre  par  l'babitude  de  m'en  voir 
revetu.  Mais  ma  gloire  est  tout  a  fait  merveilleuse, 
elle  est  infinimerti  elevee  au  dessus  de  vous.  et  vous 
n'y  pouvez  atteindre  en  aucune  sorte.  Differez  done 
votre  jugement,  suspendez  votre  creance,  et  ne 
conOez  point  a  vos  sens  la  solution  d'une  chose  si 
grande,  reservez  la  a  la  foi.  Elle  la  resoudra  plus 
dignement  et  plus  surement,  parce  qu'elle  la  com- 
prendra  plus  parfaitement.  Car  elle  comprend  dans 
sa  profonde  et  mysterieuse  intelligence,  quelle  est 
la  longueur,  la  largeur,  la  hauteur  et  la  profon- 
deur  de  ce  mystere.  Elle  porte  ferme,  et  garde 
scelle  en  soi  ce  que  l'ceil  n'a  jamais  vu,  ce  que 
l'oreille  n'a  jamais  entendu,  et  ce  qui  n'esl  jamais 
tombe  dans  la  pensee  de  l'homme. 

10.  Celle-la  done  est  digne  de  me  toucher,  qui 
me  contemplera  assis  a  la  droite  de  monPere,  non 
plus  dans  ime  chair  vile  et  meprisable,  mais  dans 
une  chair  toute  celeste,  qui  sera  toujours  la 
meme,  mais  qui  ne  sera  plus  de  meme  qu'elle. 
etait.  Pourquoi  voulez-vous  toucher  une  chair 
diflbrme  ?  Attendez  qu'elle  soit  belle,  et  vous  la 
toucherez.  Car  celui  qui  est  ditTorme  a  cette  heure 
sera  beau  alors.  II  est  difforme  a  toucher,  il  est 
difforme  a  voir,  enfin  il  est  difforme  a  vous  qui 
l'etes  aussi,  parce  que  vous  vous  attachez  plus  aux 
sens  qua  la  foi.  Soyez  belle  et  touchez-moi  quand 


aut  possit.  Et  iitique  potent,  sed  affectu,  non  manu ; 
voto,  non  oculo ;  fide,  non  sensibus.  Quid  tu  me,  ait, 
modo  tangere  quaeris,  qua;  sensu  corporis  gloriam  a?sti- 
mas  resnrrectionis?  Nescis  quod  tempore  adhuc  me.e 
mortalitalis  liansligurali  ad  lioram  morilnri  corporis 
gloriam  oculi  discipulornm  sustinerc  ncquiverint  ?  Adhuc 
quidem  tuis  sensibus  gero  moreni,  formam  ingerendo 
servilem,  qiinm  de  coosuetudine  recognoscas,  Caeterum 
mirabilis  facia  esl  gloria  mea  ex  te,  conforlata  est,  cl 
non  potcris  ad  earn.  Differ  ergo  judicium,  suspende 
sententiam,  et  lantae  rei  diffinilionem  ne  crcdas  sensui, 
fidei  reservuto.  Ilia  dignius,  ilia  diffiniet  certius,  qua; 
plenius  comprchendel.  Denique  comprebendit  suo  illo 
myslico  ac  profundo  sinu,  qua;  sit  longiludo,  latitude), 
sublimilas,  et  profundum.  Quod  oculus  non  vidil,  nee 
auris  audivit,  nee  in  cor  homiuis  ascendit;  ilia  in  se 
quasi  quodam  involucro  dausum  portat ,  servatque 
signatum. 

10.  Ilia  igitur  digne  me  langet,  qua;  Palri  conseden- 
tcm  suscipiel,  non  jam  in  humili  habitu,  scd  ill  coelcsti , 
carne  ipsa,  sed  altera  specie.  Quid  deformem  vis  tan- 
gere ?  Exspecta  ut  formosum,  tangas.  Nam  qui  deformis 


il  vous  plaira.  Soyez  tidelc  et  vous  serez  belle.  Et 
quand  vous  serez  belle,  vous  serez  plus  digne  et 
plus  heureuse  de  toucher  une  personne  qui  sera 
belle  aussi.  Vous  la  toucherez  de  la  main  de  votre 
i  doigl  devos  desirs,  el  des  bras  de  votre  zele. 
Vous  la  toucherez  de  l'oeil  de  voire  ame.  Mais  sera- 
t-il  encore  noir,  celui  que  vous  toucherez  ainsi  ? 
A  Dieu  ne  plaise.  Votre  Epoux  est  blanc  et  rose 
i  it.  v,  10),  sabeaute  est  incomparable,  et  il  esl 
environne  des  roses  et  des  lis  des  vallees,  c'esl-a- 
dire,  des  chreui*s  des  martyrs  et  des  vierges.  Assis 
an  milieu,  j'ai  quelque  rapport  avec  ces  chceurs, 
ear  je  suis  en  meme  temps  vierge  et  martyr.  Com- 
ment ne  me  melerais-je  pas  a,  la  troupe  blanche  des 
vierges,  moi  qui  suis  vierge,  tils  d'une  vierge, 
Epoux  d'une  vierge?  ou  avec  les  chceurs  empour- 
presdes  martyrs,  moi  qui  suis  la  cause,  la  vertu, 
le  fruit  et  le  modele  du  martyre.  Soyez  telle,  et 
touchez  ainsi  celui  qui  esl  tel,  et  puis  ecriez-vous  : 
(i  Mon  bien-aime  est  blanc  et  rose,  il  est  choisi 
entre  niille  (Ibidem).  »  11  y  en  a  un  million  avec 
mon  bien-aime,  un  million  d'autres.sont  a  I'entour 
de  lui,  et  mil  d'eux  ne  lui  est  comparable.  Ne  crai- 
gnez-vous  point  que,  par  erreur,  vous  ne  vous 
adressiez  a  un  autre,  en  cherchant  celui  que  vous 
aimez  au  milieu  d'une  multitude  si  prodigieuse? 
Non,  certainement,  vous  n'hesiterez  point  sur  votre 
choix  :  vous  distinguerez  facilement  celui  qui  est 
choisi  entre  mille,  car  il  est  plus  grand  et  plus 
majestueux  que  les  autres,  et  vous  direz  :  «  Que 
celui-la  est  beau  avec  sa  robe  magnifique,  et  com- 
me  on  remarque  dans  son  port  un  air  de  grandeur 
et  demajeste  (Isd.  i.xm,  1)1  »  11  ne  viendra  done 
point  au  devant  de  vous  avec  une  peau  noire,  sous 
laquelle  il  avait  ete  oblige  de  semontrerjusqu'alors 
aux  yeux  de  ses  persecuteurs,    parce   que,  devant 


modo,  tunc  formosus:  deformis  tactui,  deformis  aspec- 
tui  ?  deformis  denique  deformi  tibi,  qua;  sensibus  pins 
inhaeres,  fidei  minus.  Esto  formosa,  et  lange  me  :  esto 
fulelis,  el  formosa  cs.  Formosa  formosum  el  dignius 
tanges,  et  felicius.  Tanges  manu  fidei,  desiderii  digito, 
devotionis  aniplcxu  :  tanges  oculo  mentis.  At  numquid 
adhuc  nigrum1?  Absit.  Dilectus  tuns  candidus  et  rubi- 
cundus.  Formosus  plane,  quem  circumdanf  Bores  rosa- 
rum,  et  lilia  convallium,  hoc  est  Martyrum,  Yirgmurn- 
quc  chori  :  et  qui  medius  resideo,  utrique  non  dissideo 
choro,  virgo  et  martyr.  Quomodo  denique  candidis  non 
congruo  virginum  clioris,  virgo,  Virginis  filius,  virgi- 
nisque  Sponsus?  Quomodo  non  roseis  martyrum,  causa, 
virtus,  fruclus  et  forma  martyrii  ?  Talem  talis  talilcrque 
ange,  et  die  :  Dilectus  meut  Candidas  et  rubicundus, 
electus  ex  mi/libus.  Millie  millium  cum  dilecto,  et  decip9 
centena  millia  circa  dilectum,  et  nemo  ad  dilectum. 
Num  tibi  verendum  erit,  ne  forte  in  quempiam  de 
multitiidiiie  errore  incidas,  qaaerendo  quem  diligis? Non 
prorsus  ambiges  quemnam  eligas.  Facile  occurret  elec- 
tus e  millibus,  cunctis  insignior,  et  dices  :  Isle  formo- 
sus in  stola  sua,   gradiens    in    mullitudine  fot'titudinu 


VINGT-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


285 


L'£pouse 

reconnalt 

']Spoui  dans 

I'inlirmitc 
de  la  chair. 


mourir,  il  fallait  qu'ils  le  meprisassent;  ou  aux  yeux 
de  pes  amis,  afin  qu'ils  le  reconnussent  apres  la 
resurrection.  11  ne  se  presentera  point,  dis-je,  a  vous 
sous  cette  figure,  mais  avec  une  robe  blanche,  et 
dans  une  beaute  qui  surpassera  non-seulement 
celle  des  enfants  des  honimes,  mais  aussi  celle  des 
anges.  Pourquci  voulez-vous  me  toucher  dans  un 
etat  si  vil,  sous  la  forme  d'un  esclave  et  dans  un 
exterieur  si  meprisable?  Touchez-moi  lorsqueje 
serai  orne  d'uue  beaute  celeste,  lorsque  je  serai 
couroune  de  gloire  etd'honneur,  et  redoutable  par 
l'eclat  de  ma  majeste,  mais  doux  et  affable  par  la 
bonte  qui  m'est  naturelle. 

11.  Cependantconsiderez  la  prudence  de  l'Epouse 
et  la  profondeur  des  discours  de  celle  qui,  sous  la 
figure  des  tentes  de  Salomon,  a  cherche  Dieu  dans 
la  chair,  la  vie  dans  la  mort,  le  comble  de  la  gloire 
et  de  l'honneur,  an  milieu  des  opprobres,  et  sous 
un  exterieur  vil  et  abject  de  Jesus  crucifie,  la 
blancheur  de  l'innocence  et  la  splendour  des  ver- 
tus,  de  meme  que  sous  ces  tentes  noires  et  mepri- 
sables,  se  trouvaient  caches  et  conserves  les  orne- 
ments  blancs  et  precieux  d'un  roi  tres  grand  et 
tres-riche.  C'est  avec  raison  qu'elle  ne  meprise  pas 
la  noirceur  de  ces  tentes,  elle  decouvre  les  beautes 
qu'elles  voilent.  Et  ce  qui  fait  que  quelques-uns 
l'ont  mepr:?ee,  c'est  qu'Os  n'ont  point  connu  la 
beaute  qu'elles  cachaient.  Car  s'ils  l'eussent  connue, 
ils  n'auraient  jamais  crucifie  le  Seigneur  de  gloire 
(1  Cor.  ii,  8).  Herode  ne  la  conuut  point,  c'est  pour- 
quoi  il  la  meprisa.  La  Synagogue  ne  la  connut 
point  non  plus,  puisqu'elle  lui  reprocha  la  noir- 
ceur de  sa  passion  et  de  son  infirmite,  en  lui  di- 
sant  :  «  11  a  sauve  les  autres,  et  il  ne  se  peut  sau- 
ver  lui-meme  ;  que  le  Christ,  roi  d'lsrael  descende 


de  la  croix,  et  nous  croirons  en  lui  [Malth,  xxvn, 
42).  »  Mais  le  larron  la  connut  du  haut  de  sa  croLx, 
quoiqu'il  la  vit  aussi  sur  la  croix,  car  il  confesta 
sa  virtu  et  son  innocence  en  disant  :  u  Mais  celui- 
ci  quel  mal  a-t-il  fait  [Luc.  xxn,  22)  ?  »  Et  il  rendit 
aussi  temoignage  a  la  gloire  de  la  royale  majeste, 
lorsqu'il  dit  :  « Souvenez-vous  de  uioi,  quand  vous 
serezentre  dansvotreroyaume,  [Ibid,  xxiu,  42).  »  Le 
centenier  la  connut,  lorsqu'il  cria  que  e'etait  le  Fils 
de  Dieu  (Malth.  xxvn,  54).  Enfiu  l'Eglise  la  connait 
puisqu'elle  imite  sa  noirceur  atin  de  participer  a 
sa  beaute.  Elle  ne  rougit  point  de  paraitre  noire  et 
d'etre  appelee  noire,  pourvu  qu'elle  puisse  dire  a 
son  Epoux  :  «  La  honte  des  opprobres  dont  vos 
ennemis  vous  oat  couvert  est  tombee  sur  moi  [Psal. 
i.xxu,  10) ;  »  mais  elle  est  noire  comme  les  tentes 
de  Salomon,  c'est-a-Jire  au  dehors,  non  au  dedans 
car  mon  Salomon  n'est  point  noir  au  dedans.  Aussi  Jgsns-Christ 
ne  dit-elle  pas  :  je  suis  noire  comme  Salomon,  mais  H  p^c^8. 
«  comme  les  tentes  de  Salomon,  »  parce  que  la  noir- 
ceur ilu  vrai  Paciiique,  n'est  qu'a  la  surface  et  au 
dehors.  La  noirceur  du  peche  est  au  dedans,  et  le 
crime  infeste  1'ame  avant  de  paraitre  aux  yeux  des 
hommes.  Car  les  mauvaises  pensees,  les  larcins,  les 
homicides,  les  adulteres,  les  blasphemes  sortent  du 
coeur,  et  ce  sont  la,  les  vices  qui  souillent  l'hi.mme 
[Malth.  xv,  19)  ;  mais  a  Dieu  ne  plaise  qu'ils  souil- 
lent notre  Salomon.  Vous  ne  trouverez  point,  n'en 
doutez  pas,  de  ces  sortes  de  corruptions  dans  le  ve-  • 
ritable  Pacifique.  Car  il  faut  que  celui  qui  efface 
les  peches  du  monde,  soit  exempt  de  tout  peche, 
afin  qu'etant  propre  a  reconcilier  les  pecheurs,  il 
ait  droit  de  s'attribuer  le  nom  de  Salomon. 

12.  Mais  il  y  a  une  noirceur  de  la  « repentance  »   NoirceDr  de 
qui   afllige  lorsqu'on    pleure  ses  peches.  Peut-etre  '»  penitence. 


san;.  Non  ergo  in  pelle  nigra,  quae  hactenus  sane  inge- 
renda  fuit  oculis  persequentium,  ut  contemnerent  occi- 
dendum ;  aut  etiam  amicorum  ,  ut  recognoscerent 
redivivum.  Non,  inquam,  jam  in  pelle  oc-urret  nigra. 
sed  in  veste  alba,  speciosus  forma,  non  modo  prs  (iliis 
liouiiuuin,  sed  etiam  pra?  vullibus  angelorum.  Quid  me 
vis  tangere  in  bumili  habilu,  servili  forma,  specie  con- 
templibili ?  Tange  coelesti  decorum  specie,  gloria  et 
bouore  coru..  ilum;  divina  quidem  majesiate  tremendum, 
sed  ingenita  serenitate  gratum  ac  placidum. 

II.  Inter  hffic  adverlenda  prudentia  Sponsa;,  et  pro- 
funditas  sermonum  ejus,  quae  sub  figura  pellium  Salo- 
mouis,  scilicet  in  carne,  rimata  est  Deum,  in  morte 
vitam  ;  summam  gloria;  et  honoris  inter  opprobria,  el 
sub  nigro  denique  habitu  crucilixi  candorem  innocenliaB, 
splendoremqne  virtutum  :  sicut  illae  utique  pedes,  cum 
essent  nigrae  atque  despeclae,  pretiosa  et  prscandida 
prsedivilis  regis  in  se  ornamenta  servabanl.  Merito 
nigredincm  ;on  contemnit  in  pellibus,  decorem  qui  sub 
pellibus  est  advertens.  Et  ideo  quidam  illamcontempse- 
runt,  quia  hunc  minime  cognoverunt.  Si  enim  cogno- 
Vissent,  nunquam  Dominum  gloria?  crucifixissent.  Nun 
cognovit  Herodes,  et  idcirco  despexit ;  non  cognovit 
Synagoga,  qua;  nigredinem  illi  passionis    et  inflrmitatis 


improperans,  Alios,  ait,  salvos  fecit,  scipsum  non  potest 
salvum  facere.  Chrislus  rex  Israel  descendat  nunc  de 
cruce,  et  credimus  ei.  Sed  cognovit  latro  de  cruce, 
licet  in  cruce,  qui  et  innocentue  puritatem  confessus  est. 
Hie  autern,  inquiens,  quid  mali  fecitl  Et  gloriam  regia? 
majestatis  simul  est  protestatus  :  Memento  tnei,  dicens, 
dum  veneris  in  regnum  tuum.  Cognovit  cenlurio  ,  qui 
filium  Dei  ctamat;  cognoscit  Ecclesia,  qu<e  et  aemulatur 
nigredinem,  ut  decorem  participet.  Non  confunditur 
nigra  dici,  ut  dilecto  dical  :  opprobria  exprobrantitun 
tibi  ceciderunl  super  me.  At  sane  nigra  instar  pellium 
Salomonis,  foris  scilicet,  et  non  intus  :  nequeenimintus 
dinem  meus  Salomon  habet.  Denique  non  ait  : 
Nigra  sum  sicut  Salomon,  sed  sicut  pelles  Salomonis  : 
quod  in  superlicie  tantum  sit  veri  nigredo  Pacifici.  Pec- 
cali  nigredo  intus  est  :  et  prius  interiora  culpa  comma- 
culat,  quam  ad  oculos  prodeat.  Denique  decorde  exeunt 
cogitutiones  mala?,  furta,  homicidia,  adulteria,  blas- 
phemiie;  et  hac  sunt  qua?  coinquinant  hominem  :  sed 
absit  ut  Salomonem.  Minime  prorsus  apud  verum  Paci 
ficum  istiusmodi  inquinamenta  reperies.  Oportet  namque 
esse  sine  peccato  eum  qui  tollit  peccata  mundi,  quo  ad 
reconciliandos  peccatores  inventus  idoneus,  jure  »ibi 
nomen  vindicet  Salomonis. 


•286 


De  le. 

•ompattioD. 


mon  Salomon  ne  la  haira-t-il  pas  en  moi,  si  loute- 
fois  je  m'en  revftts  de  bon  coeur  pour  rues  piches. 
Car  Dieu  ne  saurait  rejeter  on  coeur  contrit  et  hu- 
milie.  11  y  a  aussi  celle  de  la  «  compassion  »  qui 
touche  le  coeur,  lorsqu'on  oompatit  aux  maux  dea 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNAHU. 

«  soleil,  »  le  zele  de  la  justice  dont  ellc  est  armee 
■■i-unuV  contre les  m6chants,  quand  die  dit 
a  Diou  :  «  Le  zele  de  votre  maison  me  consume 
[Psal.  xviu,  10) »  «  Mon  zele  m'a  fait  secher,  parce 
que  mes  eonemis  ont  oubli6  vos  paroles   [Ps  il 


afBiges,   et  qu'on  prend  part  aux  soufirances  du    ctxui.  139). »  «Jesuistoute saisie d'horreur, quand 


De  1> 
persecution, 


prochain.  Notre  Pacdfique  croit  sans  doute  quo 
celle-la  n'est  pas  non  plus  a  rejeter,  pnisqu'il  a 
daigne  lui-meme  la  prendre  pour  nous,  car  il  a 
porle  en  lut  sur  la  croix  tous  nos  peches  1  Pi  u. 
24).  II  y  a  encore  la  noirceur  de  la  «  persecution  » 
qui  est  mdne  estimee  comine  un  riche  orncnnnt. 
lorsqu'ou  la  soulTre    pour  la   justice    et  la    verite 


je  considere  l'etat  des  mediants  qui  abandonment 
votre  loi  [Ibid,  cxviu,  53).  »  Ou  bien  encore  :  <  N'c- 
tes-vous  pas  temoin,  Seigneur,  que  je  hais  ceux  qui 
tous  haissent,  el  que  je  suis  animee  de  zele  contre 
i  i  qui  s'elevent  contre  tous  [Psal.  cxxxthi,  '2l)?» 
i  II  Dbsei  re  >■  c  grand  soin  celte  parole  du  Sage  : 
«  Si  vous  avez  des  filles   ne   vous  familiarisez   pas 


D'oii  vient  que  «  les  apohv-  sen  allaient pleins  de    trop  avec  dies    EccUs.  vii.   2C),  »   en  sorte  que 


Differentei 

manieres 

d'entendre 

ces 

mots  :  le  so 

leil  oj'a 

decoloree. 


joies  du  tribunal,   parce  qu'ils  avaient  ete  trouves 

dignes  de  souffrir  des  affronts  et  des  outrages  pour 
le  nom  de  Jesus  (Art.  v,  il).  »  Car  k  bienheureux 
sont  ceux  qui  souffrent  persecution  pour  la  justice 
[Matth.  v,  10).  »  C'est,  je  crois,  principalement  de 
cette  noirceur  que  l'Eglise  se  glorifie,  et  de  toutes 
les  tentes  de  l'Epoux,  c'est  celle  qu'elle  imite  le 
plus  volontiers.  Aussi  est-ce  celle-li  que  le  Sauveur 
lui  a  promise,  lorsqu'il  lui  a  dit  :  «  S'ils  m'ont  per- 
secute, vous  devez  vous  atteudre  qu'ils  vous  perse- 
cuteront  aussi  [Joan,  v,  20).  » 

13.  C'est  pourquoi  l'Epouse  ajoute  :  «  Ne  vous 
etonnez  pas  de  ce  que  je  suis  noire ;  car  c'est  le 
soleil  qui  m'a  decoloree  (Cant,  l,  5).  »  C'est-a-dire 
ne  relevez  pas  ma  laideur,  car  c'est  la  violence  de 
la  persecution    qui   me    rend    moins   eclataule  et 


lorsqu'elles  sont  laches  et  tiedes,  et  qu'elles  fuient 
le  travail,  elle  ne  leur  fasse  pas  paraitre  la  serdiite 
il'un  \isage  gai,  luais  la  tristesse  noire  et  sombre 
d'uiie  mine  severe.  Ou  bien,  «  etre  decoloree  par 
le  soleil,»  c'est,  pour  elle,  etreenllammee  d'une  cha- 
rite  ardente  envers  le  prochain,  pleurer  avec  ceux 
qui  pleurent,  etre  inlirme  avec  les  inQrmes,  et  tou- 
che du  scandale  de  quiconque  se  scandalise.  Ou 
bien,  c'est  Jesus-Christ,  le  Soleil  de  justice,  pour 
qui  je  languis  d'amour,  qui  m'a  decoloree.  Cette 
langueur  fait  perdre  la  couleur  du  visage  ;  et  celte 
defaillance  vient  de  la  violence  des  desirs  de  lame. 
C'est  pourquoi  le  Prophate  dit  :  «  Je  me  suis  sou- 
venu  de  Dieu,  et  ce  souvenir  m'a  comble  de  joie  ; 
Je  me  suis  applique  fortement  a  cette  pensee.  et 
mon  esprit  est    tombe    dans   la    defaillance    [Psal. 


Dioius  belle  de  la  gloire    du    siecle.   Pourquoi   me  lxxvi,  3).  »  Aussi  l'ardeur  de  ses  desirs,  comme  nil 

reprochez-vous  une  noirceur  dont  est  cause   la  fu-  soleil  brulant,  efface  les  couleurs  de  son  teint,  taut 

reur  de  la  persecution,  uou  pas  le  dereglement  de  qu'elle  est  etrangereici  bas,et  qu'elle  soupireapres 

ma     condnite  ?    Peut  -  etre   entend-elle    par  le  le  visage  glorieux  et  immortel   de  son  Dieu  :  le  re- 


12.  Sed  est  nigredo  affligentis  pcenitentiae,  cum  assu- 
mitur  lamentatio  pro  delictis.  Hanc  fortassis  non 
abhorreat  in  me  Salomon,  si  sponte  tamen  induammihi 
pro  peccatis  meis  :  quia  cor  contritum  ct  humiliatum 
Deus  non  despiciet.  Est  et  aflicicniis  compassionis,  si 
afllicto  condoleas :  et  Iraternum  te  decoloret  incommo- 
dum.  Nee  hanc  profecio  rejiciendam  putat  noster  Paci- 
Dcus,  quippe  quam  et  sibi  ipse  pro  nobis  dignanter  in- 
duit,  qui  peccata  nostra  tulit  in  corpore  suo 
lignum.  Est  ct  perseculionis  :  qua;  etiam  pro  summo 
ornamento  babelur,  siquidem  suscipiatur  pro  jnstitia  ct 
reritate.  Unde  est  illud  :  lbant  gaudentes  disdpuU  a 
eonspectu  ooncilii,  quoniam  digm  habiti  sunt  pT0  nomine 
Jesu  contumeliam  pati.  Denique  beaii  qui  persecutionem 
patiuntur  pro  justitia.  Hac  potissimum  gloriari  Eccle- 
siam  arbitror,  banc  libentius  imitari  de  pellibus  Sponsi. 
Denique  et  habet  in  proniissione  :  Si  me  persecute  sunt, 
et  vos  persequenlur. 

13.  Unde  et  addit  Sponsa  :  Nolite  meconsiderare  quod 
fusca  sim,  quia  decoloravit  me  so/.  Hoc  est,  nolite  me 
notare  quasi  deformem,  quia  cernitis  pro  ingruenle  per- 
secutione  minus  florentem,  minus  secundum  gloriam 
saeculi  coloralam.  Quid  exprobratis  nigredinem,  quam 
fervor  persecutions,  non  conversationis  pudor  invcxit? 
Vel  3olum  dicit  zelum  justitiae,  quo  accenditur  et  accin- 


gitur  adversus  malignantes,  dicens  Deo  :  Zelus  domus 
medit  me,  et  illud  :  Tabescere  me  fecit  zelus 
_  quia  obliti  sunt  verba  lua  inimici  mei.  Illud  quo- 
que,  defectio  lenuii  me  pro  peccatoribus derelinguentibus 
tuam.  Item  :  Sonne  qui  oderunt  te,  Domine,  ode- 
ram,  ut  super  i  umicos  tuos  d  .'  Etiam  illud  ^a- 
pientis  caute  observat  :  FuHce,  ail,  tibi  sunt'.'  Noli  osten- 
dere  latum  vultum  ad  ipsas  :  ut  scilicet  remissia  et 
mollibus  et  fugitantibus  disciplinam.noncandorem 
nitiitis,  sed  obscurum  severitatisexhibeat.  Vel  decolorari 
a  sole,  est  ignescere  charitate  fraterna,  Here  cum  : 
bus,  cum  iiilirmantibus  infirmari,  uri  ad  scan 
lorum.  Vel  sic  :  Sol  juslitis  'il  me  Christus, 
cujus  amurc  langueo.  Languor  isle,  colons  quaedam 
exterminatio  est,  ct  defectns  in  desiderio  anima;  :  unde 
ct  dicit  :  Memor  fui  Dei,  et  delectatus  sum,  el  exerci- 
talus  sum,  et  defeat  spiritus  mt  us.  Ergo,  instar  urentie 
solis,  desiderii  ardor  peregiinaniem  in  corpore  decolorat, 
dum  vultui  gloris  inhiantc-m,  impatientem  faritrepulsa, 
ct  excruciat  amantem  dilatio.  Quis  nostrum  ita  sancto 
amore  ardet ,  ut  desideiio  videndi  Christum,  omnem 
colorem  prxsentis  gloriac,  l*titia>que  fastidiatet  deponat, 
ilia  ei  piophetica  voce  contestans  :  Et  diem  hominis 
non  desideravt,  tu  sets?  Item  cum  sancto  David  :  Renuit 
consotari  anima  mea,  id  est  prsesentium  bonorum   inani 


VINGT-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


287 


fus  qu'elle  recoit  ]a  jette  dans  1'impatience,  et  ce 
delai  lui  fait  soufTrir  des  tourments  proportionnes 
a  la  grandeur  de  son  amour.  Qui  de  vous  se  sent  si 
embrase  de  l'amourde  Dieu,  que.  le  desir  qu'il  a  de 
voir  Jesus-Christ,  lui  donne  des  degouts  et  du  me- 
pris  pour  toute  la  gloire  et  toutes  les  joies  de  la  vie 
presente  et  lui  fait  dire  avee  le  Prophete  :  Je  n'ai 
point  desire  les  grandeurs  du  siccle,  vous  le  savez, 
Seigneur  (Jer.  xvn,  16);  »  et,  avec  David  :  «Mon  ame 
refuse  toute  consolation  (Psal.  lxxvi,  3),  »  c'est-a- 
dire  meprise  la  vaine  joie  des  biens  presents.  Ou 
au  moins,  «  le  soleil  m'a  decoloree,  »  c'est-a-dire 
en  comparaison  de  sa  splendeur ;  parce  que,  en 
m'approcbant  de  lui,  je  me  trouve  basanee,  je  me 
trouve  noire,  je  me  trouve  laide.  D'ailleurs  je  suis 
belle.  Pourquoi  m'appelez-vous  noire  quandje  ne 
le  cede  en  beaute  qu'au  soleil  ?  Mais  ce  qui  suit 
semble  mieux  convenir  au  premier  sens.  Car  elle 
ajoute  :  «  Les  enfants  de  ma  mere  ont  combattu 
contre  moi  ;  »  ce  qui  fait  voir  clairement  qu'elle  a 
souffert  persecution ;  mais  ce  sera  le  sujet  d'un  au- 
tre discours,  car  ce  que  nous  avons  recu  de  la  gloire 
de  l'Epoux  de  l'Eglise  notre  Seigneur  Jesus-Christ, 
par  lc  don  de  la  grace,  peut  suffire  pour  cette 
heure.  Qu'il  soit  beni  dans  tous  les  siecles  des  sie- 
cles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XXIX. 

Plaintes  de  I'figlise  contre  ses  persScuieurs,  c'est- 
a-dire  contre  ceux  qui  sement  la  division  enlre  les  Ire- 
res.  » 

1.  «  Les  enfants  de  ma  mere  ont  combattu  con- 
tre moi.  »  /.nne,  Ca'iphe  et  Judas  Iscariote  etaient 
enfants  de  la  Synagogue  ;  et  ils  ont  fait  une  cruelle 


Pourqnoi 

l'figlise  ap- 

pelle  ses 


guerre  a  l'Eglise  dans  son  commencement,  quoi- 
qu'elle  fut  aussi  fille  dela  Synagogue,  en  attachant 
sur  un  bois  infime  Jesus  qui  la  rassemblait  de  tou- 
tes parts.  Car  des  lors  Dieu  accomplit,  par  eux,  ce 
qu'il  avait  predit  lougtemps  auparavant  par  le  pro- 
phete en  disant :  »  Je  frapperai  le  pasteur,  et  les 
brebis  seront  dispersees  (Zach.  xin,  7).  »  Et  peut- 
etre  cette  parole  qui  est  dans  le  canlique  d'Ezecbias 
est-elle  aussi  d'elle :  «  Ma  vie  est  comme  une  trame 
de  111,  que  le  tisserand  a  coupee  lorsqu'il  ne  faisait 
que  commencer  a  l'ourdir  (Isa.  xxxvni,  12).  »  C'est 
done  de  ceux-la  et  de  ceux  qui  leur  ressemblent  et 
qui  se  sont  opposes  a  la  religion  ckretienne,  que  fers^fant3"e 
l'Epouse  dit ;  «  Les  enfants  de  ma  mere  ont  com-  sa  mere, 
battu  contre  moi.  »  Et  c'est  avec  beaucoup  de  rai-  no°on  pere. 
son  qu'elle  les  appelle  les  enfants  de  sa  mere,  non 
point  de  son  pere,  puisqu'ils  n'avaient  point  Dieu 
pour  pere,  mais  le  Diable.  Car  ils  etaient  homicides 
comme  il  en  a  ete  un  depuis  le  commencement  du 
monde.  C'est  pour  cela  qu'elle  ne  dit  pas,  mes  fre- 
res  ou  les  enfants  de  mon  Pere,  mais ,  «  les . 
enfants  de  ma  mere  ont  combattu  contre  moi.  » 
Autreinent,  si  elle  ne  faisait  cette  distinction,  il 
semblerait  que  l'apotre  saint  Paul  meme  serait 
compris  au  nombre  de  ceux  dont  elle  se  plaint,  car 
il  a  aussi  persecute  l'Eglise  de  Dieu  pendant  un 
temps.  Mais  il  en  a  obtenu  misericorde ,  parce  qu'il 
l'avaitfait  par  ignorance,  lorsqu'il  n  'avait  pas  encore 
la  foi  (I  Tim.  i,  9)  ;  et  il  a  montre  qu'il  avait  Dieu 
pour  Pere,  et  qu'il  etait  frere  de  l'Eglise,  tant  du 
cote  de  son  Pere  que  de  celui  de  sa  Mere . 

2.Maisremarquezqu'ellen'accuse  nommement  que 
les  enfants  de  sa  mere;  comme  s'il  n'y  avait  qu'eux 
de  coupables.  Cepeudant  combien  a-t-elle  souf- 
fert des  etraugers,  suivant  cette  parole  du  Prophete; 
«  lis  m'ont  souvent  persecuted  des  ma  jeunesse,  et 


Pourqnoi 

l'figlise  n'ae- 

cuse  que 

ceux  de  §a 

famille. 


«etitia  despicit  colorari.  Vel  certe  decoloravit  me  sol, 
sui  nimirum  comparatione  splendoris,  dum  appropians 
illi,  ex  eo  me  obscuram  deprehendo,  nigram  invenio, 
foedam  despicio.  Caeterum  alias  quidem  formosa  sum. 
Quid  fuscam  dicitis,  solius  solis  pulcliriludini  succum- 
bentem?  At  sensui  priori  videntur  magis  assenlire  ea 
quae  sequin  '  ir.  Adjiciens  siquidem  :  Fitii  matris  mece 
puguaverunt  contra  me;  perseculioiiem  passam  se  esse 
aperte  signilicat.  Sed  liinc  aliud  sermonis  principium 
ordiemur,  quoniam  sufficere  hac  vice  possunt,  quaj  acce- 
pimiis  de  gloria  Sponsi  Ecclesice  Domini  noslri  Jesu- 
Christi,  dono  ipsius,  qui  est  Deus  benedictus  in  saecula. 
Amen. 

SERMO  XXIX. 

De  querimonia  Ecctesia;  contra  suos  impugnatores , 
vel  contra  illos ,  qui  impugnant  unitatem  frater- 
nam. 

1.  Fi/ii  matris  mea?  pugnaverunt  contra  me.  Annas  e' 
Caiphas,  et  Judas  Iscarioth,  filii  Synagogae  fuerunt  :  e1 
hi   contra  Eccle9iam,    aeque  Synagogae    fdiam,  in  ipso 


exortu  ipsius  acerbissime  pugnaverunt,  suspendentes  in 
ligno  collectorem  ipsius  Jesum.  Jam  tunc  siquidem  Deus 
implevit  per  eos,  quod  olim  prassignaverat  per  Prophe- 
tam,  dicens  :  Percutiam  pastorem,  et  dispergentur  oves. 
Et  fortassis  illi  us  vox  ilia  est  in  canlico  Ezechiaj  :  Pra;- 
cisa  est  ve/ul  a  texente  vita  men  ;  iliini  ud/iuc  ordirer,  sue- 
cidit  me.  De  his  ergo  atque  aliis,  qui  de  ilia  gente 
christiano  nomini  contradixisse  sciuntur,  puta  dictum  a 
Sponsa  :  Filii  matris  mew  pugnaverunt  contra  me.  Et 
pulchre  Alios  matris  suw,  non  autem  et  patris  sui  illos 
vocal,  qui  non  habebant  patrem  Deum,  sed  ex  patre 
diabolo  erant  ;  homicidae  utique,  sicut  et  ille  homicida 
erat  ab  initio.  Propterea  non  elicit,  *Fratres  mei,  aut 
filii  patris  mei,  sed,  Filii,  inquit,  matris  mew  pugnave- 
runt contra  me.  Alioquin  si  non  ita  distingueret,  vide- 
retur  eliam  apostolus  Paulus  comprehensus  in  his,  de 
quibus  conqneritur,  quod  et  ipse  aliquando  persecutus 
sit  Ecclesiam  Dei,  sed  misericordiam  consecutus , 
est,  quia  ignorans  hoc  fecit  manens  in  increduli- 
tate  ;  et  probavit  Deum  se  habere  patrem,  fratrem  Ec- 
clesias  tarn  ex  patre,  quam  ex  matre  esse. 
2.  Sed  attende  quomodo  nominatim   Olios  matris  sus. 


288 


QEUYRES  DE  SAINT  BERNAKll. 


Les  persecu- 
tions que 

l*£i:lise  .  n- 
dure  des 

SieDS    lui  SODt 

pluspenibles. 


Irs  peckeurs  ont  mis  sur  nioi  des  fardeaux  insup- 
portables  (Psal.  rxxviu,  11  ?  »  Pourquoi  done  accu- 
Bez-vouspartjculieremeut  les  enfanlsdevotre  mere, 
puisque.vous  n'ignorez  pas,  que  vousavez  fite  sou- 
vent  persecutes  par  beaucoup  d'autres  encore? 
«  Lorsquevous  fifes  appele  a  la  table  d'un  homrae 
riehe,  dit  le  Sage,  considered  attentivement  les 
viandes  que  Ton  serf  devant  vous  (Prov.  win,  1  .  o 
lies  Hi  res  nous  sommes  assisa  la  table de  Salomon. 
Qui  est  plus  riehe  que  lui?  Je  ne  parle  pas  des  ri- 
ehesses  de  la  tei  re,  quoiqu'il  les  possede  en  aboi.- 
dance.  Mais  regardez  eette  table  qui  est  devant 
nous,  de  combien  de  uiets  deli,  ieux  n'est-elle  pas 
couverte  ?  Les  metsqui  nous]  sont  servis  sontspi- 
rituels  el  di\ins.  «  Considerez  done,  dit-il,  attenti- 
vement les  viandes  qu'on  vous  sert,  et  sachez  qu'il 
faut  que  vous  en  serviez  aussi  de  pareilles.  »  C'est 
pourquoi  je  considere  aussi  attentivement  que  je 
puis  ee  qui  m'est  servi  dans  les  paroles  de  l'Epoilse; 
car  c'est  sans  doute  pour  mon  instruction  qu'elle 
ne  parle  quede  la  persecution  qu'elle  recoit  de  ceux 
de  sa  maison,  et  qu'elle  passe  sous  silence  taut  de 
niaux  qu'on  sait  qu'elle  a  soufferts  par  toute  la 
terreet  de  tout es  les  nations  qui  sont  sous  le  ciel, 
taut  desheretiques  quedes  scbismatiques.  Je  connais 
trop  la  prudence  de  l'Epouse  pour  croire  que  c'est 


paixavecmoi,e1  qui  mangeaitmonpain,aus6  d'une 
insigne  perlldie  contre  moi.  lit  encore:  si  c'etail 
mon ennemi qui  m'eut  outrage,  j'aurais  tachede 
le  soufirir  en  patience;  et  ^i  celui  qui  me  hai      il 

out  tenu  de  moi  des  discours  haulainset  insolents, 
peut-fitre  me  serais-je  cachfi,  pour  laisser  passer 
sa  colere;  mais  c'est  vous  a  qui  je  t6moignais 
tanl  d'affection  et  de  bonne  vedonte,  sans  le  eonseil 
de  qui  je  ne  faisais  rien,  a  qui  j'avais  dficouvi 
fond  de  mon  cceur,  et  qui  mangiez  a  ma  table  des 
mets  escellents  et  delicieux  [Psal.  i.iv,  13).»  C'est-4- 
dire,  ce  que  vous  me  fades  soufirir,  vous  qui  man- 
giez a  nia  table,  et  qui  viviez  ckez  nioi,  je  le  res- 
coup  plus    vivement  et  j'ai  bien  plus  de 

peine  a  le  su] r.  Vous   savez  de  qui    est  cette 

li  el  a  qui  I'll.-  s'adresse. 
3.  Keconnaissez  done  que  1'lipouse  se  plaint  des 
enfants  de  sa  mere  dans  les  mfimes  sentiments  de 
douleur,  parce  qu'elle  sen  plainl  dans  un  mfime 
esprit,  quand  elle  dit  :  «  Les  enfants  de  ma  mere 
ont  combattu  contre  moi.  »  C'est  pourquoi  le  Pro- 
phete  dit  encore  ailleurs  :  «  Mes  amis  et  mes  pa- 
rents se  sont  approebes  pour  me  perdre  [Psal 
xxxvn,  12).  »  Eloignez  toujours  de  vous,  je  vous 
prie,  un  mal  si  abominable  et  si  detestable,  vous 
qui  avez  eprouve,  et  qui  eprouvez  encore   tons   les 


Quel  mal  font 
les  schismea 

et  les 
discordes. 


par  hasard  ou  par  oubli  qu'elle  n'en  a  fait  aucune  jours,  combien  c'est  une  cbose  bonne  et  agreable 

mention.  Mais  sans  doute  elle   pleure  plus  partieu-  que  des  freres  demeurent  ensemble  (Psal.  c.xxxu, 

lierement,  ee  qu'elle   sent  plus   vivement,   et  croit  i)}  »  pourvu  toutefois  que  ce  ne  soit  pas  pour  se 

nous   devoir  avertir   d'eviter   avec   plus  de    soin.  diviser  et  se  scandaliser  :  car  alors,  au  lieu  d'etre 

Qu'est-ce  done?  Ce  sont  des  maux  interieurs  et  do-  une  chose  agreable  et  bonne,  e'en  serait  plutot  une 

mestiques.  C'est  ee  qui  vous  est  marque  clairement  tres-laeheuse  et   tres-funeste.  Malheur  a  celui  qui 

dans  l'Evangile  par  la-bouche    du   Sauveur  meme  est  cause  que  le  lien  si  doux  de  l'unite  se   rompt. 

lorsqu'il  dii  :   «  Les  ennemis  de  l'homme  sont  ses  Quel  qu'il  suit,  il  en  portera  la  peine.  Hue  je  meure 

domestiques  [Matlh.  x,  36).  »  On  voit  la  meme  chose  plutot  que  d'eutendre  jamais   un  de  vous  s'eerier 

dansle  Prophete  :  L'n  homme,  dit-il,  qui  vhait  en  a\ec  raisou  :  «  Les  enfants  de  ma  mere  ont  corn- 


el solos  incusat,   quasi  soli  in  culpa  sint.    Quanta  et  ab 
extoi is  passa  est?  Juxta  illiud   apud   Prophetam  :    : 
expugnaverunt  me  <>  juventute  mi 

res.   Quid  ergo   singula 
(ilios  matris  Lux  causaria,    quae  le  mini!  el  ex 

aliis  atque  aids  nationibus  ssepissime   impugnatam  '  Ad 

.//i  divitis  vocatus,  diligent er,  inqu  I 
hii  apponunlur.  Pralrcs,   ad  mensam   Salomonis 
mus.  Quis  ditior  !  Non  terrenis  dii  ■ 

quanquam  ei  ipsis   Salomon  abundarel  :  sed   iiiti 

nlem  meosam,  quomodo  supcrnis  est  referta  deli- 
ciis.  Spirilualia  sunl  et  divina,  quae  nobis  in  ea  appo- 
nuntur.  Dii  .  inquit,  i  '  ap- 

ponuntur,  sciens  quia  (alia  le  oportet  pr<eparare.  Ego 
utique,  quod  in  me  est,  diligenter  attendo  id  mini  ap- 
poni  in  his  veil-is  Sponsae,  et  ad  meam  prorsus  doclri- 
nam  cautelamque  respicere,  quod  ita  ex  nomine  ac  sola 
cxprimitur    persecutio  a   don  el  tacentur    tot  et 

tarn  gravia  qua;  ubiquc  terrarum  nibilominus  ex  omni 
natione  qua?  sub  Cffilo  est,  ab  inlidehbes,  ah  lueielicis 
et  Bcbismalicis  pertulisse  cognoscitur.  Novi  Sponsae  pru- 
dentiam  ;  nee  putaverim  casu  ha;c  illam,  aut  quasi  iiu- 
memorem  praeteriisse.  Sed  profectoid  expressius  plan- 


git,  quod  et  sentit  dilTerentius,  quodque  vigilantius  nobis 
cavendum  existimat.  Quidnam  hoc?  Malum  utique  intes- 
tinuni  atque 

lio  ore  ip  is  exprimitur,  cum  dicit  :  Et  ini- 

■  I'hela  : 
Homo,  inquit,  pacts  meos,    qui  edebat  / 

avii  super  me  supplantationem.  Item  :  Quoniam  si 

inimicus  meus  maledixisset  mihi,  n    utique  ; 

oderat  me,  super    me  magna  loculus  fuUset 

tit/OS. 

e  patior  conviva  el  contubeinali  mco, 
id  molestius  scntio,  i'ero  asgrius.  Seilis  hasc  querimonia 
cujus,  et  de  quo  sit. 

3.  Agnoscite  ergo  el  Sponsam  eodem  de  liliis  malria 
suae  conquerentem  aflectu,  quoniam  in  eodem  spiritu, 
cum  ail  :  Filii  matris  mem  pugnaverunt  contra  me. 
Undo  et  alibi  loquitur  :  Amict  met  et  proximi  mei  ad- 
versum  me  appropinquaverunt,  et  steterunt.  Longe, 
quaeso,  a  vobis  facite  semper  hoe  tarn  abominabile  et 
detestabile  malum,  vos  qui  experti  estis,  et  quotidie  ex- 
perimini,  quaui  bonum  sit,  et  quaui  jucundum  liahilare 
fratres  in  unum,    si  tamen  in  unum,  et  non  in    -canda- 


VHMGT-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTTQUES. 


289 


battu  contre  moi.  »  IV'etes-vous  pas  tons  les  en- 
fants  de  cette  congregation  et  comme  les  enfants 
d'ttne  meme  mere?  N'etes-vous  pas  tous  les  freres 
les  tins  des  autres?  Que  peut-il  done  venir  du  de- 
hors qui  soit  capable  de  VOUS  (roubler  et  de  vous 
altrisler,  si  vous  etes  bieu  unis  au  dedans,  si  vous 
jouissez  de  la  pais  fraternelle?  «  Qui  pourra  vous 
nuire,  dit  I'Apdtre,  si  vous  fetes  amines  d'une  emu- 
lation louable  (I  Pet.  m,  13)?  »  C'est  pourquoi, 
n'ambitioanez  pas  les  dons  de  la  grace  les  plus 
eminents  (I  Cor.  xn,  31),  pour  que  voire  emulation 
soit  louable.  Or,  le  plus  excellent  de  tous  les  duns, 
c'est  la  thariie.  II  faut  qu'il  soit  incomparable 
pour  que  l'Epoux  celeste  de  la  nouvelle  Epouse  ait 
pris  tant  de  soin  pour  le  lui  incuiquer  en  disaut  : 
«  Tout  le  nionde  reconnattra  cjue  vous  etes  nies 
disciples,  si  vous  vous  aimez  l'un  I'antre  (Joan,  xni, 
35). »  Ou  bien  encore  :  «  Je  vous  donne  uu  Douveau 
cummandement,  de  vous  enlr'aimer  {Joan,  xv,  lis) ; » 
etenfin  :  «Voici  uion  preceple,  de  vous  aimer  les  uns 
les  autres  (Joan,  xvn,  11),  »  et  en  demandant  a  Dieu 
qu'ils  ne  l'ussent  tous  qu'un,  comme  son  l'ere  etlui 
ne  sont  qu'un.  Et  voyez  si  saint  Paul  lui-meme,  qui 
vous  invi'e  aux  dons  les  plus  excellents  (1  Cor.  xm, 
32),  ne  met  pas  la  charite  au  dessus  de  tous  les  au- 
tres, soit  lorsqu'il  dit  qu'elle  est  plus  grande  que 
la  foi  et  que  l'esperance,  et  qu'elle  surpasse  infiui- 
ment  toute  science;  soit  lorsqu'ayant  fait  une  enu- 
meration de  plusieurs  merveilleux  dons  de  la 
grace,  il  nous  fait  entrer  enlin  dans  une  voie  beau- 
coup  plus  noble,  qui  n'est  autre  que  la  charite.  En 
effet,  que  croyons-nous  qu'un  puisse  comparer  a 
une  vertu  qui  est  preferee  au  martyre,  a  la  foi 
rneme  qui  transporte  les  montagnes?  Voila  done  ce 
que  je  vous  dis.  Que  votre  paix  vienne  de  vous,  et 


tous  les  dangers  qui  semblent  menacer  du  dehors 
ne  vous  epouvanteront  point,  parce  qu'ils  ne  vous 
peuvent  nuire  :  au  contraire,  lout  ce  qui  semble 
Hatter  au  dehors  ne  vous  donnera  aueune  satisfac- 
tion, si,  ce  que  a  Dieu  ne  plaise,  les  semences  de 
la  division  et  de  la  discorde  croissent  au  milieu  de 
de  vous. 

4.  C'est  pourquoi,  mes  tres-chers  freres,  con- 
servez  la  paix  parzni  vous,  et  ne  vous  offensez  point 
les  uns  les  autres,  ni  par  actions,  ni  par  paroles,  ni 
mem»  par  quelque  signe  que  ce  soit;  de  peur  que 
quel'iu'un  d'entre  vous,  se  sentant  aigri  et  abattu 
par  sa  propre  faiblesse,  et  par  la  persecution  qu'il 
endure,  ne  soit  oblige  d'appeler  Dieu  a  son  secours 
contre  ceux  qui  le  blessent  ou  l'attrislent,  et  n'en 
vienne  a  dire  cette  parole  flcheuse  :  «  Les  enl'ants 
de  ma  mere  ont  combattu  contre  moi.  »  Car,  en 
pecliant  contre  votre  frere,  vous  pechez  contre  Je- 
sus-Christ, qui  a  dit :  «  Ce  que  vous  faites  au  moin- 
dre  (ies  miens,  c'est  a  moi-meme  que  vous  le  faites 
[Malik,  xxv,  45).  )>  Et  il  ne  faut  pas  seulement  se 
donner  de  garde  des  offenses  considerables,  telles 
que  les  injures  et  les  outrages  publics,  mais  encore 
des  medis3nces  secretes  et  empoisonnees.  Non, 
dis-je,  il  ne  suftit  pas  de  se  garder  de  ces  choses  et 
autres  semblables,  il  faut  encore  eviter  les  fautes  les 
plus  legeres,  si  toutefuis  on  peut  appeler  leger  ce 
qu'un  fait  contre  son  frere  pour  lui  nuire,  puisque, 
selon  la  parole  du  Sauveur,  on  est  criminel  au  ju- 
gement  de  Dieu  pour  se  mettre  seulement  en  co- 
lere  contre  lui  [Matth.  xv,  22).  Et  cerles  c'est  jus- 
tice, car  ce  que  vous  croyez  leger  et  que,  a  cause  de 
cela,  vous  dites  avec  moins  de  retenue,  souvent  un 
autre  le  prend  tout  aulrement  que  vous,  parce  qu'il 
ne  juge  que  ce  qu'il  voil  et  croit  volontiers  qu'un  fetu 


Eloge  de  la 

paix  et  de  la 

cbarite. 


Atee  quel 
acin  il  faut 
eviter  le* 
marmnree. 


him.  Alioquin  nee  jucundum  plane,  nee  bonnm 
pessimum  ac  molestissimum.  Va?  autem  homini  illi,  per 
quern  unitatis  vinculum  jucundum  turbatur  '.  Judicium 
profecto  porta  vit  quieunque  est  illc.  And'  mihi  •:■  .nl iti- 
gat  mori,  quam  audire  in  vobis  quempiam  juste  clami- 
tantem  :  Filii  matris  mete  pugnaverunl  contra  me.  Nonne 
praesentis  congregationis  lanquam  unins  matris  lilii  om- 
nes  vos  estis,  singuli  alterulrum  fratres?  Quid  ergo  a 
forisvoa  conturbare,  aut  contristare  possit,  si  intus  be- 
ne estis,  et  fraterna  pace  gaudetis  ?  Deniqne  qui*  vobis 
nocere  potent,  inquit,  si  boni  temulatores  fueritis  ?  Qua- 
mobrem  cemulamini  charismata  meliora,  tit  bonos  vos 
probetis  aemulatores.  Charisma  peroptimum  chari- 
tas  est  ;  plane  incomparable,  quod  novje  sponste  eoeles- 
tisSponsus  tolies  inculcare  curabat,  nunc  qnidem  dicens, 
In  hoc  cognoscent  omn.es,  quia  mei  estis  discipuli,  si  di- 
lectionem  habueritis  ad  invicem  :  nunc  vero,  Mandatum 
novum  do  vobis,  ul  diligatis  invicem  ;  ct  Hoc  est  prcecep- 
tum  me  urn  itt  diligatis  invicem ;  itemque  orans  uniim 
eos  fore,  sicut  ipse  et  Paler  unum  sunt.  Et  vide  si  non 
ipse  Paulus,  qui  te  ad  charismata  meliora  invitat,  inter 
cetera  charitatem  in  summo  ponit,  sive  cum  fide  et 
spe  dicit  earn  esse  majorem,  et  superemioentem   scien- 

T.   IV 


tiae  ,  sive  cam  enumeratis  pluribus  ac  mirabilibus  super- 
n.'1  gratise  donis,  tandem  ad  superexcellentiorem  viam 
nos  millit ;  haud  aliam  profecto  illara,  quam  charitatem 
diffiniens.  Deniqne  quidnam  huic  comparandum  pute- 
mus,  qiue  ipsi  prafertur  martyrio  ac  fidei  transferenti 
monies?  Hoc  igitur  est  quod  dico  :  Pax  vobis  a  vobis 
sit  ;  et  oinne  quod  extrinsecus  minari  videtnr,  non  ter- 
ret,  quia  non  nocet.  Nam  e  contrario  qnidquid  fo- 
ris  hlundire  appareat,  nulla  est  profecto  consolalio, 
si  intus  (quod  absit)  seminarium  discordiae  germi- 
naverit. 

•i.  Proinde,  dilectissimi,  pacem  habete  ad  vos,  et  no 
lite  kedere  invicem,  non  facto,  non  verbo,  non  signo 
qualieunque  :  et  ne  quis  forte  exacerbatus  et  prasoccu- 
patus  a  pusillanimitate  spirilus  et  tempeslale,  Deum  in- 
tcrpcllare  cogatur  adversus  eos,  qui  se  Icfserint  aut  con- 
ttislaverint,  et  prorumpere  in  verbum  grave  contingat  : 
Filii  matris  mew  pugnaverunl  contra  me.  Sic  enim  pec- 
cantes  in  fratrem,  in  Christum  peccatis,  qui  ail  :  Quod 
uni  ex  minimis  meis  fecistis,  mihi  fecistis.  Nee  caven- 
dum  a  gravioribus  tantum  offensis,  verbi  gratia,  ab  aper- 
to  cunvicio  seu  maledicto,  sed  a  clandestiuo  quoqtic  et 
venenato  susurrio.  Non,    inquam,  sufilcit  eos   custodire 

19 


290  r*:rvRFSDE  saint  Bernard 

est  une  poutre,  et  qu'une  otinoelle  est  unc  four- 

Ce  qui  blesse  n  u,0_  Qgj  (uu(  )t.  monde  ll'a  pas   Cette    eharile   qui 


Ic  prochain 

o'esi  jamiis  croit  tout.  L'esprit  de  l'houime  est  naturellemeat 
's"'      plus  porte  a  soupcouner  lc  nial  qu'4  erode  le  bien, 
surtout  lorsque  la  regie  du  silence  ne  vous  permet 
pas,  a  vous  qui  eti  in  desordre,  de  vous 

excuser,  ni  a  Ini  ilc  decouvrir  la  plaie  qu'un  soup- 
con  temeraire  a  faite  dans  sou  ame,  afin  qu'on 
puisse  la  guerir.  Ainsi  il  est  brule  au  dedans  et  il 
meuri,  parce  que  sa  blessure  n'ayant  point  d'air 
devient  mortelle,  il  soupire  el  gemil  en  Uu-meme, 

parce  que  son  ame  aigrie  et  blcssee  ne  songe  a  au- 
tre chose  dans  son  silence  qua  l'injure  qu'il  a 
recue.  II  ne  saurait  ni  prier,  ni  lire,  ni  rienmediter 
de  saint  et  de  spirit uel.  Voila  comment  d  arrive  que 
l'esprit  qui  donne  la  vie,  se  trouvant  comme  inter- 
cepte,  cett(  i  mi  qui  Jesus-Christ  est  rnort, 

meurt  miserablement,  parce  qu'elle  est  privee  de 
nourriture.  Quels  sont  cependant  les  mouvemeuts 
de  votre  cceur?  Et  comment  pouvez-vous  prendre 
aucun  plaisir  a  l'oraison  ou  ii  quoi  que  ce  suit, 
tandis  (jue  Jesus-Christ  crie  centre  vous  avec  dou- 
leur  dans  le  cceur  de  votre  t'rere  que  vous  avez  at- 
trisle  ?  Le  tils  de  ma  mere  combat  contre  moi,  et 
celui  qui  mangeait  a  ma  table  des  mets  delicicux, 
m'a  rempli  d'amertume. 

5.  Si  vous  ddes  qu'il  ne  devait  pas  se  troubler  si 
fort  pour  un  sujet  si  leger,  je  reponds  que  plus  la 
cbose  est  legeie,  plus  il  vous  eiait  facile  de  VOUS 
abstenir  de  la  commettre,  quoique,  apres  tout,  je 
ne  sais  comment  vous  pouvez  appeler  leger,  comme 
j'ai  dit,  ce  qui  est  plus  que  de  se  mettre  en  colere, 


puisque  vous  avez  appris  de  la  boucbe  meme  de 
ue,e,  cpie  la  seuli  i  ulere  Joil  s'attendre  a  su- 
lur  la  rigueur  de  son  jugemeul  [Malth.  v,  22).  Et, 
iai  ellet,  ippellerez-vous  leger  ce  qui  offense  .lesus- 
Christ  et  doit  vous  trainer  devant  le  tribunal  de  Dieuj 
puisqu'il  est  horrible  de  tomber  entre  les  mains  du 
Dieu  vivant  [Heb.  x,  50  '.'  Lors  done  que  vous  avez  Conduite  I 
souffert  une  injure,  et  il  est  difficile  que  tela  n'ar-  injure  qui 
rive  pas  quelquefoisparmitanl  de  persounesqiusont  on  """m  ' 
d  ins  un  monastere,  ne  vous  hatez  pas  aussitot, 
comme  les  gens  du  monde,  de  la  repousser  par  une 
repoiise  oulrageuse  a  votre  Irere.  N'ayez  pas  meme 
la  hardiesse,  sous  pretexte  de  le  repreudre,  de  per- 
cer, par  une  parole  piquante  et  amere,  une  ame  pour 
laquelle  Jesus-Christ  a  daigne  clre  attache  a  la 
croix,  ni  de  gronder  sourdement  comme  pour  la 
blamer,  ni  de  murmurer  entre  vos  dents,  ni  de 
prendre  un  air  narquois,  in  de  i  leaner  en  vous  mo- 
quaut  de  lui,  ni  de  lroncer  les  sounds  d'un  air 
agressif  et  menacant.  Que  votre  emotion  meure  la 
ou  elle  naitj  ne  lui  permetlez  pas  de  se  niontivr; 
ear  die  porte  la  mort  avec  elle,  et  pourrait  tuer 
quelque  ame;  et  vous  pourrez  dire  avec  le  I'ro- 
phete  :  «  Emu  de  colere,  je  n'ai  pas  Jit  un  seul 
mot  (Psal,  lxxxvi,  Zi).  » 

6.  II  y  en  a  qui  interpreted  ces  paroles  de  l'E-  Par  a 
pouse  d Hie    maniere  plus  elevee,  etlesenteudentdu  je  ma 

Uiable  et  deses  anges,  quisont  aussi  les  ciilants  de  la  'e»  ;'ii  '/"- 
°  '  *  tendenl  lei 
Jerusalem  cell  ste,  noire  mere,  el  qui  eux  aussi  de-  d  » el  li- 
pids qu'ds  sonttombes,  ne  cessent  de  fa  ire  la  guerre  jmes^piiy 
a  l'Eglise  qui  est  leursceur.  Je  ne m'eloignerais  pas  tueiles.  i 
non  plus  de  ['opinion  de  ceux  qui  eulendent  ces 


ab  his  et  his  similibus  :  cavenda  sunt  et  levia.  Si  tamen 
leve  debeal  dici,  qnodcunque  in  fratrem  prajsuinpseris 
voluntale  Uedendi ;  cum  hue  solo,  si  irasceris  illi,  di- 
vini  reusjudicii  tenearis.  Merito  quidem,  nam  quod  tu 
leve  puta.s,  et  hoc  levins  praei  pitas,  plerumque  alius 
aUter  accipit,  lanquam  homo  videos  in  facie,  et  secun- 
dum faoiem  judicans,  i  I  cam  tialiem  suspicari 
intillam  putare  fornacem.  Non  enim  est  omnium 
charitas  ilia,  quae  omnia  credit.  Proni  sunt  autem  sen- 
sus  hominis  et  co(  ad  malum  potius  suspican- 
dum,  quam  ad  bonum  credendum  :  prseseitini  ubi  dis- 
ciplina  silentii  nee  te,  ijui  ii:  exensare  permit- 
tit;  nee  ilium  vulnus  suspicionis  aperire  quod  palitur, 
ut  curetur.  lla  uritur  Hie,  et  moritur  i 
vulnei  as,  dum  lotus  in  ira  et 
disceptaticmc  positus,  nil  ahud    -ileus   versare  in    a 

,  nisi  injuriam  quam  accepit.  Non  pol 
nun  potest  legere,  non  sanctum  ant  spintuale  aliquid 
mcdiiari  :  el  ila  intercepto  vitali  spiritu,  dum  suis 
tiluta  alimentis  vauit  ad  mortem  anima  pro  qua  Christus 
moiluus  est,  quid  tu  interim  quseso  aid  mi  habes? 
Quid  oralio  lua,  aut  opus,  quodcumque  interim  fe- 
ceris,  sapit  libi  contra  quern  nimirum  Christus  anxie 
clamat  de  pectore  fralria  lui  quem  contristati  Films, 
inquens ,  matris  meae  pugnat  contra  me  ;  et  qui 
siniul  mecum  dulces  capiebat  cibos,  rcplevit  me  amari- 
tudine. 


5.  Quod  si  di.xeris  ilium  non  tain  graviter  pro  tam 
levi  causa  debuisse  tui-b.u'i :  respondeo  :  quanto  levior 
est,  tanto  a  te   levius  potuil    non  Quanquam 

nescio  quomodo  leve    -  im  dixi)    quidquid  am 

plius  est  quam  irasci,  cum  vel  hoc  i.  sum  obncxiiu, 
judicio  ex  ore  ipsius  acceperis    Judicis.  Quid    enim  ? 
Tune  leve  i  us,   unde  ad 

Dei  judicium  pertrahi  babes,   cum  borrendum  sit  inci- 
dere  in  aaanus  Dei    yiventis?  Tu  ergo  -  irle  ins 

quidem  inlerdum  non  accidere  in  his  con- 
veulibus  diflicile  est;  non  continuo  more  saeoularis,  obli- 
qua  referire  Iratrem   responsione  sed  oeque, 

i  enti  ii-aus- 

lutenus  aniuaam,  pio  qua   i  lln  isius  afligi 

:  nun  (jrunnire  quasi   inciepan  o,  nun 

labiis    musailare  quasi  murmurandu,    n       uare      coa- 

traliere,     act    cachinnare     quasi     subsannaudo  ,     r.on 

,    quasi    invehendo   am     coiiuninaiido. 

Sane  commo  io    lua  ibi   niuiialur  ubi    oritur,  nee   per- 

miltatur  exire  quie  moilem  portal  ,  ne  penmal  ,  ut  di- 

cere  possis  et  tu  cum  Proplnia  :    Turbattts  sum,  et  non 

sum  locutus. 

ii.  Quosdam  altins  intellexi  scnlire  islud,  quasi  de 
diabolo  et  angelis  ejus  dictum,  qui  cum  fuerinl  et  ipsi 
lilii  Jerusalem  illius,  qnaE  sursum  est  mater  nostra,  ex 
quo  iapsi  sunt,  non  cessant  sororem  suam  tcolesiam 
impugnare.  Sed    neque   conteudo,  si  quis  usurpet   bo- 


VINGT-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   RES  CANTIQUES. 


291 


Celui  qui 


paroles  dans  un  bon  sens,  et  disent,  qu'elles  indi- 
queDt  les  personnes  spirituelles  qui  sont  dans  l'E- 
glise  et  qui  combattent  contre  leurs  freres  charnels 
avec  le  glaive  de  l'Esprit  (Ephes.  vi,  17),  c'est-a- 
dire  avec  la  parole  de  Rieu,  qui  les  blessent  ponr 
leur  salut,  et  les  portent  a  gouter  les  choses  spiri- 
tuelles par  cette  sorte  de  combat.  Dieu  veuille  que 


:sl  un  bon 
idTersaire. 


mr  le  bien  le  Juste  me  repreime  dans  sa  misfericorde,  me  cor- 
rige  de  mes  peches,  me  frappe  pour  me  guerir,  et 
me  lue  pour  me  donner  la  vie,  afin  que  j'ose  dire 
moi  aussi  :  <i  Ce  n'est  plus  moi  qui  vis  maintenant, 
mais  c'est  Jesus-Christ  qui  vit  en  moi  [Gal at. 
u,  20).  »  «  Remeurez  en  pais,  dit  Jesus-Christ,  avec 
votre  advefsaire,  tandis  que  vous  etes  dans  le  che- 
min,  de  peur  qu'il  ne  vous  livre  au  juge,  et  que  le 
Inge  ne  vous  livre  au  bourreau  [Matth.  v,  25).  » 
C'est  un  bon  adversaire  celui  avec  qui  je  n'ai  qu'a 
vivre  en  pais,  pour  ne  pas  tomber  entre  les  mains, 
du  juge  ou  ilu bourreau.  Certainement,  si  quelque- 
fois  il  m'i'st  arrivfi  d'attrister  quelques-uns  de  vous 
pour  de  tels  sujets,  je  ne  m'en  repens  point.  Car 
ceiix-laont  ftte  attrist6s  pour  leur  salut.  R'ailleurs.je 

uand  il  re-  ne  crois  point  1'avoir  jamais  fait,  sans  en  ressentir 

primandait  4    r  J 

quclqu'un.  moi-meme  beaucoup  de  peine,  suivant  ces  paroles  : 
«  Lorsqu'une  fetnme  accouche,  elle  sent  une  vive 
douleur  (loan,  xvi,  21).  »  Mais  a  Rieu  neplaise  que 
je  me  souvienne  encore  de  ma  douleur  lorsquej'en 
recueille  le  fruit,  et  vois  Jesus-Christ  forme  dans 
mesentraillcs.  Je  ne  sais  mi'me  comment  il  se  fait 
quej'aime  plus  tendrement  ceuxqui,  parle  moyen 
de  ces  corrections  charitables,  se  sont  releves  de 
leurs  faiblesses,  que  ceux  qui  ont  toujours  et6 
forts,  et  n'ont  point  eu  besoin  de  ces  remedes. 
7.  C'est  done  en  ce  sens  que  l'Eglise,  ou  Fame 


Sentiments 
de  saint 
Bernard 


qui  aime  Rieu,  pourra  dire,  que  «  le  Soleil  l'a  deco- 

loree,  »  en  envoyant  et  en  armant  quelques-uns 

des  enfants  de  sa  mere  pour  lui  faire  une  guerre 

salutaire,  l'entrainer  et  la  captiver  ii  sa  foi  et  a  son 

amour,  apres  1'avoir  percee  des  Heches  dont  il  est 

dit  :  «  Les  fleches  du  Tout-Puissant  sont  aigues  et 

acerees.  »  Et  ailleurs  :  «  Vos  fleches  m'ont  perce  de 

toutes  parts  (Psal.  cxrx,  k) . »  Voila  pourquoi  le  meme 

Prophete  ajoute  :  «  Et  je  n'ai  pas  une  seule  partie 

saine  dans  tout  mon  corps  {Psal.  xxvvn,  3);  »  mais 

quant  a  l'ame,  elle  est  rendueparces  epreuves  plus 

saine  et  plus  vigoureuse,  en  sorte  qu'ellepeutdire  : 

«  L'esprit  est  prompt  mais  la  chair  est  faible  (Mat. 

xxvi,  62).  Etquandje  suis  plus  inflrme,  c'est  alors   La  aiblesse 

que  je  suis  robuste  et  fort  (II  Cor.  xlii,  11).  »  Voyez 

vous  comme  la  faiblesse  de  la  chair  augmente  la 

vigueurde  l'esprit  et  lui  donne  de  nouvelles  forces? 

au    contraire  la  force  du  corps  diminue  celle  de 

l'esprit.   Pourquoi    s'etonner  apres  tout   que  vous 

soyez  plus  fort  a  mesure  que  votre  ennemi  Test 

moins?  a  moins  peut-etre  que  vous  soyez  assez  in- 

sense  pour  croire  que  celle  qui  ne  cesse  de  se  re- 

volter  contre  l'esprit  est  votre  amie.  Rites-moi  done 

si  le  saint  homme  qui  demaude  a  Rieude  le  percer 

de  ses  fleches,   et  de  le  eombattre  pour  son  bien, 

lorsqu'il  dit  dans  sa  priere  :  «  Frappez  et   penetrez 

mon  corps  de  votre  crainte,»  n'avait  pas  raisons  de 

parler  ainsi  (Psal.  cxvm,  170)?  La  crainte  qui  perce 

et  tue  les  desirs  de  la  chair  pour  sauver  l'esprit  est 

une  chose   precieuse.  Mais  ne  vous  semble-t-il  pas 

aussi  que  celui  qui  ehatie  son  corps  et  le  reduit  en 

servitude,  aide  et  conduitlui-memelamain  de  celui 

qui  le  combat? 

8.  11  y  a  encore  une  autre  fleche,  c'est  la  parole 


et  la  mortifi- 
cation de  la 
cbair  aug- 
mentent  les 
forces 
l'esprit. 


etiam  in  bonam  significationem,  secundum  quod  spiri- 
tuales,  qui  sunl  in  Ecelesia,  adversua  carnales  fralres 
suos  dimicant  in  gkidio  spiritus,  quod  esl  verbum  D ■■'., 
vulnerantes  eos  ad  salutem,  atque  ad  spiritualia  istius- 
modi  impugnationibus  proheventes.  Utinam  corripiat  me 
Justus  in  misericordia,  et  increpet  me,  percutiens  et 
sanans,  occidens  et  vivificans,  qrre  audeam  et  ego  di- 
cere  :  Vivo  aulem  jam  turn  ego,  vivit  vera  in  me  Chris- 
lus.  Esto,  inquit,  consentiens  adversario  tuo,  dum  es 
cum  eo  in  via,  ne  tradat  te  judici,  et  judex  lovtori.  Bo- 
nus adversarius,  cui  si  consentiens  ero,  non  erit  nnde 
aut  judex  me  calum nietur,  aut  tortor.  Ego  prufecto  si 
quos  vestrum  ali  [uando  pro  hujusmodi  contristavi,  non 
me  pcrnilet;  contristati  enim  sunt  ad  salutem.  Et  qui- 
dem  nescio  id  me  fecisse  umquam  absque  mea  quoque 
magna  trist ilia,  secundum  illud  :  Mulier  cum  punt,  tris- 
titiam  habet.  Sed  absit  tit  jam  meminerim  praessurae, 
tenens  fructum  doloris  mei,  dum  perinde  videam  Chris- 
tum formatum  in  sobole.  Nescio  autem  quomodo  etiam 
tenerius  mihi  adstricti  sunt,  qui  post  increpatoria,  et  per 
increpatoria  tandem  convaluerunt  de  infirmitate,  quam 
qui  fortes  ab  initio  permanserunt,  non  indigentes  istius- 
modi  medicamento. 
7.  Ergo  in  hunc    sensum  poterit  Ecclesia,  seu   anima 


diligens  Deum  clicere,  quod  deeoloravit  earn  sol,  mit- 
tendo  scilicet  et  armando  de  liliis  matris  ejus  qui  cam 
salubriler  expugnarent,  et  captivam  ducerent  ad  fidem 
amoremque  ipsius,  njullis  utique  confixam  -minis  lllius, 
de  qtribus  scriptum  est  :  Sagittte  poteniis  acuta.  Et 
item,  Sagiltm  turn  infixes  sunt  mihi.  [deoque  seqnitur  et 
ait,  quoniam  non  est  sanitas  in  earne  mea  ;  ut  secun- 
dum animam  sanior  proindc  fortiorque  (actus  dieat  : 
Spiritus  quidem  promptus  est,  caro  autem  infirma,  Et 
cum  Apostolo  :  Quando  enim  infirmor,  tunc  potens  sum 
et  fortis.  Vides  quia  rarnis  infirmitas  robur  spiritui  au- 
geal,  et  subministret  vires  ?  [ta  e  contiario  noveris  car- 
nis  fortiludinem  debilitatem  spiritus  operari.  El  quid 
minim,  si  hoate  debilitato,  tu  fortior  etliceris?  Nisi  forte 
illam  tilji  insanissime  ducas  amicain,  qua;  non  cessat 
concupiscere  adversus  spiritum.  Vide  ergo  si  non  pra- 
deuter  sagiltari  ct  impugnarisalubriter  postulat  sanctus, 
cum  dicit  in  oratione  :  Confige  timore  tuo  carnes  meas. 
Optima  timor  tile  sagitta,  qui  configit  et  intci  licit 
carnis  desideria,  ut  spiritus  salvus  sit.  Sed  et  qui 
casligat  corpus  suum,  et  in  servitutem  redigit,  nonne 
is  tibi  videtur  etiam  manum  contra  se  pugnantis  ipse 
juvare  ? 

8.  Est  et  sagitta  sermo    Dei  vivus  et  efflcai,  et   pene- 


292 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Jtau-Christ 
a  pet 

c  I'ur  .ie 
■trie. 


de  Dieu  vive,  efficace  et  phis  percante  qu'un  glaive 

a  deux  tram-hauls,  c'esl  d'elle  queleSauveur  a  Jit  .- 

Je  no  suis  pas  Mim  apporterla  paix,  mais  le  glaive 

La  Heche  de    y,,^/,   x  i/,i.  iion  est  uno  autre  encore,  unefleche 

1  amour  de     »  .  , .     . 

choisie  :  cest  1  amour  do  Jesus-Cnnst  qui,  non- 
seuletnent  a  fait  une  plaie  a  lame  de  Marie,  mais 
l'.i  percee  de  part  en  pari,  alin  qu'il  n'yeut  ilaus  ce 
cceur  virginal  aucun  endroit  qui  fut  vide  d'amour, 
juais  qu'elle  aimat  de  tout  son  cceur,  de  loute  son 
ame  et  de  toutes  >es  forces,  et  qu'elle  fut  pleine  de 
grace.  Oud  t  Ira  sperca,  pour  qu 

vint  jusqu'a  nous,  que  nous  recessions  tons  quelque 

■  de  la  plenitude  de  grS  e  qui  etait  en  elle, 
qu'elle  devint  la  mere  de  l'amour  dual  Dieu  qui  est 
amour  est  Ie  pere,  qu'elli  >'i  mil   sou  la- 

icle  dans  I  I   que  telle  parole  de  l'E- 

criturefuta  :nJe  vous ai donne am  nations 

pour  leur  servirdelumiere,afinque  zmon 

salut  jusqu'auxexlremitesdela  terre(7sa.  xux,  6).» 
Or  cela  s'est  fait  par  Marie,  qui  a  ruis  au  monde  ct 
rendu  visible,  dansla  chair,  eelui  qui  etait  invisible, 
et  qu'elle  n'a  concu  ni  de  la  chair  lit  par  la  chair. 
Quant  a  elle,  elle  a  recu  dans  tout  son  etro  une 


ne  vous  semble-t-il  pas  qu'elle  pourra  fort  Men  leur 
repondre  :  «  Ne  faites point  attention  si  je  suis  noire: 
car  c'esl  le  soleil  qui  m'a  decoloree.D  Et  si  elle  se  sou- 
vient  qu'elle  est  arrivee  a  eel  el  it  paries  exhortations 
ou  paries  corrections  de  quelques  serviteursde  Dieu, 
quil'aimaientveritablementetselonDieu,  ne  pourrar 
t-ellepas  direensuiteavecbeaucoup  devexite  :  hCm 
lt>  enfants  de  mamereontcombaltucontre  moi.»  I.e 
sens  done  de  ces  paroles,  conarue  nous  1'avons  dit, 
est  que  I'Eglise  on  loute  ame  vertueuse  I'-  dit,  nop 
en  gemissant  ou  en  se  plaignant,  mais  dans  un 
sentiment  de  joie,  d 'actions  de  graces,  <-\  memede 
sain!  orgueil,  de  ce  qu'elle  a  merite  la  grace  d 
noire  et  decoloree  pour  le  nom  et  l'amour  deJusus- 
f,  et  qu'on  lui  en  fasse  le  reprocbe.  Elle  n'at- 
tribue  te   faveur  a  son  merite,    mais  a  la 

el  a  la  misericorde  qui  l'ont  preVeiiue  et  qui 
out  envoye  quelqu'uu  vers  elle  pour  cet  effet.  Car 
comment  croirait-ell  >nne  ne  lui  avail  pr£- 

che  la  vcrite?  Et  comment  la  lui  aurait-on  pri 
si  personne  n'avait  recu  mission  'le  le  faire  (Rom. 

X,   l&j?  Si  done  elle  rappoi'le   que   les  enlanls  de  sa 
mere  out  eomhatlu  contre  elle,  ce  n'est  pas  dans  un 


profonde  et' douce  plaie  d'amour.  Combien  je  m'es-    esprit  de  colere,  mais  dans  un  mouvement  de  re- 


timerais  heureux  si  seu'ement  je  me  sentais  pique 
de  la  pointe  de  ee  glaive,  et  si  mou  ame,  atieinte 
de  cette  legere  blessure  d'amour,  pouvait  s'ecrier 
aussi  :  Je  suis  blessee  des  trails  de  l'amour.  Qui  me 
donuer a  non-seulement  d'etre  Lies-  sorle, 

mais  d'etre  frappe  jusqu'a  1'entie.re  destruction  de 
la  couleur  et  de  la  ehaleur  qui  font  la  guere  a  mon 
ame. 

9.  Si  lesfilles  du  siecle  font  des  reproches  a  une  pa- 
reille  ame,  et  disent  qu'elle  est  pale  et  sans  couleur; 


connaissance.  Aussi  lisons-nous  ensuile  :  «  Us  iu'ont 
mise  dans  les  rignes  pour  les  garder.  »  Car  a  mon 
avis,  celte  parole,  si  on  la  prend  dans  un  sens  spi- 
rituel  ne  parait  renfermer  ni  plainte,  ni  aigreur, 
mais  plulot  marquer  quelque  chose  tie  favorable. 
Mais  avant  d'eutreprendre  d'expliquer  ce  pas-age 
qui  est  saint,  il  faut  nous  concilier  par  nos  priori  s 
accoutumees  et  consulter  cet  Esprit  qui  penetre  les 
secrets  de  Dieu,  ou  au  ruoius  le  Fils  unique  qui  est 
dans  le  seiudu  Pere,  L'Epoux  de  I'Eglise  Jesus-Christ 


trabilior  omni  gladio  ancipiti,   de   quo   Salvator  :  Non 
,     I,  pa      ■      i     ■  ■       ed  glad  um.  Est  etiam  sa- 
gitta  electa  amor  Christi,  qua?  Marias  anirnam  non  modo 
it,   Bed  etiam    pertransivit,  ul    nullam    in  p 
,li  particulam  vacuaui  amore  relinqueret,  sed  lolo 
,  luia  annua,  tola  viitule   diligeret,  et   essel 
plena.  Aut  certe  pertransivit  earn,   ut  venire!   usqui 
nos,  el  de  plenitudine  ilia   □  ius,  el  fieret 

mater  charitatis,  cujus  pater  esl  charitas  Deus,  parti 
et  in  sole  ponens  Labernaculnm  ejus,  ul    criptura  imple- 
retur,  qux'  dicit  ; 

Iremum   tei  enim    implclum  esl 

per  Mariana,  quie  in  came  visibilem  edidit,  quern  invi- 
sibilem  nee  de  car.ie,  nee  cu  a  carne  suscepit.  Et  ilia 
quidem  in  tola  se  grandc  et  suave  ame  acce- 

pit  :  ego  vero  me  t'elicem  putaverim,  si  summa  saltern 
quasi  cuspide  bujus  gladii  puogi  interdum  me  sensero 
ut  vtl  inodico  accepto  amoris  vulnere,  dical  etiam  ani- 
ma  mea  :  VvUnerala  charitaie  ego  sum.  Quia  mihi 
tribuat  in  nunc  modum  non  modo  vulnerari,  sed  el  «- 
pugnariomrj  aem  coloris  el  ca- 

Ions  illius,  qui  mililal  advei  im  I 

9.  Si  exprobraverint  Qliae  bujus  Baeculi  illi  animae  quae 
tiujusaioUi  est,  diceule*  pallidum  et  sine  colore   esse  ; 


nonne  tibi  congrue  posse   respondere  videbitur  :   Nolit* 

wsiderare  quod  fut       ■■■  -i,  quia  de  ■  >lor 
r  ad  boo      ii     ineril 

seu  increpationibus  aliquo 1 1  ae  lulnn- 

liimi  earn  I  lei  EBQiulal  fo 

terque  inferre  poteriLquia  /  pugnaverunt 

contra  me?  Erit  ergmensus,  juxta  quod  diutum  ei 
Ecclesia   seu  sludiosa   quaevis    anima  id  loqualur,   non 
quasi  gemens  aul  conquerens,  sed  quasi  gaudeiis  el  gpa- 
tias   agens,    insu  er    e  quod  pro    nomi  e 

e  L.hrisli  digna   sil  fusi  tseu   di  color  esse  i 

hoc  ipsum  adscribal    ion  sua 

:r  el  mi  i  r  cordite  pra  venienl  i  ■  •  e,  el  mitlentis  ad  se. 

Nam  quom  id  »  crederel  sine  pra  dicante  '.'  Quomodo  au- 

tem  praedicarent  .-dsi    mitlerentur  '.'  Filios    matris   sua? 

contra  Be  pugnasse  memorat,   non  ut    irala,  sed  ul   non 

ita.  L'nde  et   sequitur  i  Posuerunt   me  • 

Q <  verbum  utique  si  spirilualiter  examinetnr: 

puio  nil  se    querimoniee  aut    rancoris    habere  videbitut, 
Bed  magis  favorabile  aliquid  redolere.  Verum  ad  id  con- 

adiim  prius  sane  quam  i  lanum  apponere  audeamus, 

(locus  enim   sanctns  est)   c iliandus    esl  nobis   solitia 

prccibus,  et  sic    eonsullandns    ille  Spiritus,    qui    scru- 
tatur  alta    Uei  j  aut   certe  unigenitus    qui  esl    in     ini 


TRENTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


293 


ttilite  des 
rtprimandes 


notre  Seigneur,  qui  etant  Dieu  est  inurnment  elev£ 
au  dessus  de  toutes  choses  et  merite  d'etre  b6ni 
dans  tous  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON    XXX 

Le  peu  tie  nes  des  clus  iont  les  vignes 

dont  t' Eg  Use  est  Habile  la  gardienne.  La  prudence 
dr.  la  chair  est  une  mart. 

1.  «  lis  m'ont  mise  dans  les  vignes  pour  les  gar- 
der.  n  Qui  a  fail  cela?  Sont-ce  vos  adversaires  dont 
vous  parlicz  tout  a  l'heure?  Ecoutez  si  elle  lie  dil 
pas  que  eeux  qui  lui  out  donne  cet  emploi  sont 
ceux-la  memes  dont  elle  a  souffert  auparavant. 
Apres  tout,  il  n'v  a  pas  lieu  de  s'en  etonner,  puis- 
que.  en  la  persecutant,  :1s  ne  se  proposaient  que 
de  la  corriger.  Car  qui  ne  sait  que  souvent  on  per- 
secute eeux  qu'on  aime  et  a  qui  on  veut  du  bien. 
Combien  en  voyons-nous  tous  les  jours  qui  embras- 
sent  une  vertu  plus  etroite  et  s'elevent  a  une  plus 
haute  perfection,  par  suite  des  henreuses  persecu- 
tions de  leurs  superieurs?  Montrons  done  plutdt 
tol'leUseia  malntenant)  si  nous  pouvons,  comment  les  enfants 
ierT.,,1  mal-  de  1'Eglise  "lit  combattu  contre  leur  mere  dans  un 
esprit  d'hostilite.  et  que  le  tort  qu'ils  eroyaient  lui 
faire  a  servi  a  son  bien.  Car  il  n'y  a  rien  de  plus 
agreable  que  lorsque  ceux  qui  out  dessein  de  nuire 
font  du  bien  contre  leur  intention.  La  premiere 
explication  que  nous  avons  donnee  a  ces  paroles 
ren ferine  l'un  et  l'autre  sens,  parce  que  1'Eglise  n'a 
point  manque  de  personnes  qui  ont  ete  bien  dispo- 
sees  pour  elle,  m  d'autres  qui  l'ont  ete  mal  et  qui 
1'ont  attaquee  avec  des  intentions  differentes ;  mais 
les  uns  et  les  autres  lui  ont  ete  utiles.  En  effet,  elle 


peut  tellement  se  glorifier  d 'avoir  profite  des  choses 
qu'lle  a  souffertes  de  ses  ennemis,  qu'au  lieu  d'une 
vigne  qu'on  acru  qu'ils  lui  avaientotee,  elle  a  main- 
tenant  lebonheur  de  se  voir  etablie  pour  la  garde 
de  beaucoup  de  vignes.  C'est  precisement  ee  qu'ils 
ont  fait,  dit-elle,  en  combattant  contre  moi  et  contre 
ma  vigne,  quand  ils  disaient  :  «l)etruisez-la,  detrui- 
sez-lajusqu'aux  fondemeuts  (Ps.e.xxxvi,  7),»  carau 
lieu  d'une  vigne  j'en  ai  plusieurs.  C'est  ce  qu'elle 
dit,  en  effet,  en  continuant  en  ces  termes  :  Je  n'ai 
pas  garde  ma  vigne ;  comme  si  elle  avait  voulu  dire 
que  cela  ne  lui  est  arrive  que  pour  qu'elle  ne  flit 
plus  la  gardienne  d'une  seule,  mais  de  plusieurs. 
vignes. 

2.  Voila  le  sens  de  la  Iettre.  Mais,  si  nous  la  sui- 
vons  simplement,  et  que  nous  nous  contentions  de 
ce  qui  parait  de  prime-abord  dans  ses  paroles, 
nous  croirons  que  l'Ecriture  sainte  entend  parler 
des  vignes  corporelles  et  terrestres,  que  nous  voyons 
tons  les  jours  recevoir  de  la  pluie  du  ciel  et  de  la 
fecondite  de  la  terre,  la  matiere  dont  on  fait  le  vin 
qui  cause  1'impurete.  Et  ainsi  nous  ne  tirerons 
d'une  si  sainte  et  si  divine  Ecriture,  rien  qui  con- 
vienne,  je  ne  dirai  pas  a  l'Epouse  du  Seigneur,  mais 
a  toute  autre  epouse  que  ee  soit.  Car,  quel  rapport 
y  a-t-il  entre  des  epouses  et  la  garde  des  vignes? 
Mais,  quand  il  y  en  aurait  un,  comment  montre- 
rons-nous  que  1'Eglise  a  ete  autrefois  destinee  a  cet 
emploi?  Est-ce  que  Dieu  prend  un  soin  particulier 
des  vignes  de  la  terre? Mais  si  nous  entendons  dans 
un  sens  spirituel  par  ces  vignes,  les  Eglises,  e'est- 
a-dire  les  peuples  fideles,  selon  la  pensee  du  Pro- 
phete,  lorsqu'il  dit  :  «  La  vigne  du  Seigneur  des 
armeesest  la  maison  d'Israel  {ha.  v,  7);  »  peut-etre 


De  quels  si- 
gnes  il  est 
parle"  ici. 


Patris,  sponsns  EcclesiE  Jesiis-Cliristus  Dominus  nos- 
ier, qui  est  super  omnia  Dens  benedictus  in  sscula. 
Amen. 

SERMO  XXX. 

Qua/iter  populus  fidelium  sen  animus  electorum  per  Vi- 
neas  significant ur:  quorum  Ecclesia  custos  dicitur  :  et 
deprudentia  carnis,  guas  est  mors. 

1.  Posuerunt  me  custodem  in  vineis.  Quis  ?  Tuine 
illi  oppugnalores,  quos  proxime  memorasti  '?  Audite  et. 
intelligite,  si  non  scab  illis  ipsis  t'aletur  ista  promotam, 
a  qnibns  et  passani.  Nee  raii-imi  tnmen,  siquidem  fuerit 
causa  pugnamli  inientio  corrigendi.  Nam  quis  neseiat 
multos  amicabiliter  utiliterque  multoties  oppngnalos? 
Quam  multos  qiioliilie  experimur  piis  impugnationibus 
praelatorum  ad  meliora  proficere,  provehi  ad  alliora  ? 
Ergo  illud  polius  demonstremus,  si  possumns,  quemad- 
moduin  adversus  Ecclesiam  pugnatum  sit  a  filiis  matris 
slice,  e  nimo,  ct  damno  utili.  Id   enim  jucun- 

dius,  cum  qui  nocere  inlendunt,  prosunt  et  nolentes. 
Utrumque    ■  m  tenet    superior    interpretatio  : 

quoniarn  quidem  non  defuerunt,  et  qui  bene,  et  qui 
male  aemularentur  earn,   diversa  intentione  pugnantes  ; 


sed  utrique  profuerunt.  In  tantum  denique  se  profecisse 
ex  iis,  qu£e  ab  semulis  passa  est,  gloriatur,  lit  pro  una 
vinea,  quam  sibi  abstulisse  visi  sunt,  surper  multas  se 
gaudeat  constitutam.  Hoc  mini,  inquit,  praestilere  pu- 
gnando  contra  me  et  contra  vineam  meam,  qui  dicunt, 
Exinanite,  exinanile  usque  ad  fitndamentwm  in  ea, 
ul  imam  pluribus  commutarim.  Hoc  quippe  est  quod 
infert,  Vineam  meam  non  custodivi  :  tanquam  causam 
subjungens  unde  hoc  illi  contigerit,  ut  non  in  una  jam, 
sed  in  pluribus  custos  posita  sit.  Et  littera  quidem 
sic  est. 

2.  Sed  si  earn  simpliciter  sequimur,  contenti  eo  solo 
quod  sonare  in  superficie  ilia  videtur,  putabimus  nos 
legere  in  Scriptnra  sancta  de  his  vineis  corporeis  et 
terrenis,  quas  quolidie  cernimus  de  rore  cceli  et  de  pin- 
guedine  terrae  accipere,  unde  fundunt  vinum,  in  quo  est 
luxuria  :  et  sic  nihil  non  dieo  Domini  Sponsa3  dignum, 
sed  nee  cuivis  cteteranim  congruum  quid  de  tam  sancta 
et  divina  Scriptnara  attulisse  videbimur.  Qua?  enim  con- 
venientia  sponsis  et  custodies  vinearum  ?  Sed  et  si 
convenire  putetur,  unde  docebimus,  fuisse  aliquando 
Ecclesiam  istiusmodi  deputalam  officio?  Numquid  de 
vineis  oura  est  Deo  ?  Si  autem  spirituali  sensu  vineas 
Ecclesias,  id  est    fideles   interpretamur  populos,  juxta 


294 


OELVHLS  DE  SAINT  BEKNAUD. 


eommencerons-nous  ■>  apercevoir  qu'il  p'est  point 
indigDB  ilc  I'Epouse  d'eTro  commise  a  la  garde  des 
vignes. 

3.  Certainement,  il  me  semblequ'on  reconnaitra 
en  cela  meme  une  excelleute  prerogative,  si  on 
prend  la  peine  de  considerer  avec  soiu  combien  elle 
a  etendu  ses  bornes;  dansces  vignes,  partoutela 
terre,  du  jour  qu'elle  a  ete  attaquee  a  Jerusalem,  el 
chassee  par  Irs  enfants  de  avec  sa  nouvelle 

plantation,  c'est-a-dire  avec  la  multitude  de  ceux 
qui  avaient  lafoi  et  dont  on  lit  :  wQu'ils  n'etaient 
ou'un  coeur  et  qu'une  ame  [Act.  iv,  32  .  »  I'.t  c'est 
!  i  la  vigne  qu'elle  confesse  maintenanl  n'avoir  point 
L^giiwa'ac-  gardee,  iii.ii-  cela  n'a  poinl  tourne  a  sa  Lonte.  Car, 

croilau  souf-    .,,...  ,  ,  , 

de  de  la  |.cr-  ?i  elle  a  ete  arracnee  de  ce  lieu  pendant  sa  persecu- 
sccuuon.  il0n^  ejje  a  ^  planter  sa  vigne  ailleurs,  et  elle  l*a 
louee  a  d'autres  vignerons,  qui  en  rendent  les  fruits 
dans  la  saison.  -Non,  non,  elle  u'a  pas  ete  extermi- 
nee,  elle  n'a  fait  que  changer  de  lieu ;  Men  plus, 
elle  s'est  accrue  et  beauconp  etendue,  car  le  Seigneur 
l'a  benie.  En  elTet,  levez  les  yeux  et  voyez  «  si  son 
ombre  ne  couvre  pas  les  montagnes,  et  ses  bran- 
dies les  cedres  (Psal.  xix,  11) ;  si  elle  n'etend  pas 
ses  pampres  jusqu'a  la  nier,  et  ses  rejetons  jus- 
qu'aux  lleuves  les  plus  recules.  »  Que  cela  ne  vqus 
etonue  point,  «  c'est  l'edilice  du  Seigneur  et  la  plan- 
tation de  Dieu  meme  (II  Cor.  in,  9).  »  C'est  lui  qui 
la  rend  feconde,  c'est  lui  qui  la  provigue,  c'est  lui 
qui  la  taille  et  qui  It  faconne,  alin  qu'elle  rapporte 
La  \igi»:     plus  de  fruit.  Car  comment  pourrait-il  abandpnner 

meotFSciiw.  une  vigne  3"'^  a  plantee  de  ses  propres  mains? 
Certes,  ellene  saurait  etre  negligee,  la  vigne  dont 
les  apolres  sont  les  pampres,  le  Seigneur  le  ceps  et 
son  Pere  le  vigneron.  Plantee  dans  la  foi,  elle  jette 


ses  racines  dans  la  charite,  elle  est  Iabouree  comine 
avec  le  sarcloir  de  la  discipline,  fumee  aver,  les 
larmes  de  la  penitence,  arrosee  par  les  discours  des 
predicateurs ;  voila  comment  elle  donne  du  vin  en 
abondance,  mais  un  vin  qui  cause  la  joie  non  la 
debauche,  un  vin  qui  est  plein  de  douceur  el  exempt 
de  tonic  iropurete.  Ce  vin  est  celui  qui  rejouit  le 
coeur  de  I'homme  et  dont  les  anges  boivent  avec 
plaisir.  Car  ils  ressentenl  de  la  joie  a  la  conversion 
et  a  la  penitence  des  pecheurs,  pares  qu'ils  sont 
alteres  clu  saint  des  homines.  Les  larmes  des  peni- 
tents sont  leur  vin,  parce  que  dans  ces  larmes  ils  je'VATcnu. 
trouvent  L'odeur  de  la  \ie,  la  saveurde  la  grace,  le  »ynt  le  vin  : 
gout  du  pardon,  la  joie  de  la  reconciliation,  la  sante 
de  l'innocence  recouvree  el  la  douceur  d'une  cons- 
cience sereine. 

U.  Aussi  de  cette  vigne  unique  que  la  tempete 
d'une  cruelle  persecution  semblait  avoir  extermi- 
nee,  combien  d'autres  vignes  n'ont-elles  pas  re- 
fleuri  sur  toule  la  terre?  Or  elles  out  touiss  ete 
donnees  en  garde  a  I'Epouse  pour  la  consoler  de 
n'avoir  pas  conserve  la  premiere.  Consolez-vous, 
Lille  de  Sion,  si  l'aveuglemenl  a  frappe  une  parlic 
d'lsrael,  qu'y  perdez-vous?  Adurirez  ce  mystere 
et  ne  pleurez  point  la  perte  que  vous  faites.  Ouvrez 
votre  sein  et  recueillez  la  plenitude  desnatioiis. 
Dites  aux  villes  de  Judas  :  «  11  a  fallu  vous  precher 
la  parole  de  Dieu  avant  tous  les  autres,  mais  puis- 
que  vous  1'avez  rejetec,  etquc  vousvousetesjugees 
indignes  de  la  vie  eternelle,  nous allons  nous  tour- 
ner  vers  les  Nations  {Act.  xm,  4Gj.  »  Dieu  ott'rit  a 
Moise  que  s'il  voulait  quitter  un  peuple  prevarica- 
teur  et  1'abandonner  a  sa  vengeance,  il  le  ferait 
maitre  d'une  nation  puissaute,   mais  il  le  refusa. 


Prophets  sensum  dicenlis,  Vinea  Domini  sabaoth  do- 
mus  Israel  est  :  incipiet  fortassis  elucere  nobis,  quo- 
inodo  Sponsae  minime  indignum  sit  fieri  custodem  in 
vineis. 

3.  Puto  quod  et  non  parva  insupcr  et  in  hoc  ipso  ap- 
parebit  praerogativa.  si  quis  diligentius  curet  adverlere, 
quantum  ubique  per  orbem  in  hnjusmodi  vineas  dilala- 
verit  terminos  suos  a  die  ilia,  qua  Jerosolymis  a  filiis 
inatris  suae  expugnata  est  et  cxturbata,  una  cum  prima 
ilia  sua  novella  planlatiohe  ,  multitudinem  dico  creden- 
tium,  quorum  legitor  luisse  tor  unum  et  anima  una.  Et 
ipsa  est,  quam  modo  faletiir  se  minime  cuslodisse,  sed 
non  ad  insipientiam  sibi.  Nee  cnim  ita  indc  evulsa  in 
persecutione  fait,  ut  non  alibi  plantaretur,  atque  aliis 
locaretur  agricolis,  qui  reddanl  fructus  ejus  temporibus 
Miis.  Non  prorsus,  non  periil,  sed  migravil  :  etiam  crc- 
vit  et  dilatata  est  tanqu.im  cui  benedixil  Dominus.  De- 
nique  leva  pculos  tuos,  et  vide  hi  non  operuit  monies 
umbra  ejus,  et  arbusta  ejus  cedros  Dei;  si  nun  extendii 
palmites  suos  usque  ad  mare,  ei  usque  ad  flumet 
pagines  ejus.  Nee  minim,  Dei  nam  oedi  Icatio  est,  Dei 
agricultura  est.  Ipse  tecundat,  ipse  propagat,  ipse  pu- 
tat  et  purgat  earn,  ut  frustum  plus  afferal.  Quando 
nempe  sua  destitueret   cura    vel  opera,  quam    planla\il 


dexlera  ejus  ?  Non  plane  babenda  neglectui,  in  qua 
apostoli  piilmiles,  Dominus  vitis,  et  Pater  ejus  agricola 
est.  In  tide  planlata,  in  charilate  mitlit  radices,  defosaa 
sarculo  discipline,  stcrcorata  pojnilentiimi  lacrymis, 
rigata  prsedicantium  verbis  :  et  sic  sane  exuberans  vino, 
in  quo  est  I  etitia,  sed  non  luxuria  ;  vino  totius  suavita- 
lis.  milliiis  libidinis.  Hoc  eerie  viniun  lcelilicat  cor  ho- 
niiiiis  hoc  constat  et angelos  bibere  cum  lslitia. Denique 
gaudent  in  conversione  et  poenitentia  peccatorum,  salu- 
tem  liominum  sitienles.  Laciyin;e  po'iiilentium  viniun, 
eoruni ,  quod  in  ill  is  vitas  odor  ,  sapor  gratia?  sit 
indulgentia?  gustus  ,  icconcilialionis  jucunditas  ,  sa- 
nitas  redcuntis  innocentiie ,  serenatae  suavitas  cons- 
cientias. 

4.  Ergo  ex  ilia  una  vinea,  quam  sa;va;  pcrsecutionis 
visa  esl  delevisse  lempestas,  quanta?  in  universa  lerra 
propagata  reQorueruot  !  Et  in  bis  omnibus  custos  po- 
sita  Sponsa  est,  ut  non  contristetur,  quod  primam  virieam 
non  custodivit.  Consolare,  (ilia  Sion  :si  ca-citas  ex  parle 
conligit  in  Israel,  quid  luperdis  .'  MirarC  myslerium,  el 
aoliplangere  detrimentum  :  dilata  sinum,  el  collige  ple- 
nitudiiieiii  genlium>  Die  civilatibus  Judie,  Vobis  oporte- 
IjhI  primum  loqui  verbum  Dei :  sed  quoniam  repulittis 
tlluti,  et  indignes  vos   judicastis  ceternai   vitm,  ecce  con- 


TRENTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


295 


Pourquoi  ?  Parce  qu'il  eprouvait  pour  ce  peuple  un 
amour  Rxcessif  qui  le  tenait  etroitement  altactte  a 
lui;  et  parceque,au  lieu de cherchec ses propres in- 

tereis,  il  ne  voulait  que  l'honneur  de  Dieu,  sans  se 
soucierde  ce  qui  pouvaitlui  etre  avantageux,  mais 
seulement  de  ce  qui  pouvait  etre  utile  a  plusieurs. 
\  oila  dans  quelles  dispositions  il  se  trouvait. 

La  preroga-  5  "\ia;3  ,,our  moi,  je  crois  que  la  Providence  avait 
'■"  .  i        ■         ,         ,  •■  i      •  ■ 

t£giise  i  est  en  cela  de  secrets  desseins,  et  voulait  que  ce  dou  si 

Itodanak!"  grand  et  si  excellent  tut  reserve  a  l'Epouse,  et  que 
mondeenlier.  ce  fut  ellc  plutdt  (Jiie  Moise,  qui  fut  placee  ii  la  tete 
d'une  grande  nation.  Car  it  ne  fallaitpas  que  l'ami 
de  l'Epoux  otat  a  l'Epouse  cette  benediction.  C'est 
pourquoi  ce  n'est  pas  a  Moise,  mais  a,  l'Epouse  qu'il 
est  <iit.  :  ii  Allez  partout  le  monde  et  precbez  I'Evan- 
gile  a  toute  creature  [Marc,  xvi,  15).  »  C'est  done 
elle  qui  fut  placee  a  la  tete  d'une  grande  nation. 
Or  pouvait-il  en  exister  de  plus  grande  que  le 
monde  entier?  Et  certes  la  terre  entiere  n'a  pas  eu 
heauconp  de  peine  a  se  soumettre  k  celle  qui  lui 
apportait  la  paix,  et  qui  lui  offrait  la  grace.  Or 
Difference  cette  grace  ne  ressemblait  pas  a  la  loi.  Combien 
ci  Ta  differente  est  la  forme  sous  laquelle  l'une  et  l'autre 
Synano(rue.  se  presente  k  toute  anae ;  1'une  est  d'une  douceur 
admirable,  l'autre  d'une  severite  excessive.  Qui 
pourrait  voir  du  ineaie  ceil  celle  qui  condamne  et 
celle  qui  console,  celle  qui  reclame  et  celle  qui 
remet  la  dette,  celle  qui  punit  et  celle  qui  embras- 
se?  Certainement  on  ne  saurait  recevoir  avec  la 
nieme  ardeur  1'ombre  et  la  lumiere,  la  cole-re  el  la 
paix,  le  jugement  et  la  misericorde,  la  figure  et  la 
verite,  la  verge  et  l'heritage,  le  frein  et  le  baiser. 
Or  les  mains  de  Moise  sont  pesantes  [Exod.  xvn, 
IS),  Aaron  et  Hur  en  sont  temoins.  Le  joug  de  la 


loi  est  pesant,  au  temoignage  des  ap6tres  memes, 
qu'il  orient  qu'il  leur  est  insupportable  ainsi  qu'a 
leurs  Peres  [Act.  xv,  10).  C'est  un  joug  bien  rude 
dont  la  recompense  est  bien  vile,  car  ce  n'est  que 
de  la  terre.  C'est  pour  ces  raisons  que  Moise  n'a 
pas  ete  mis  a  la  tete  d'une  grande  nation.  Mais 
vous,  sainte  Eglise,  noire  mere,  vous  qui  avez 
recu  la  promesse  de  la  vie  presente  et  de  la  vie 
future,  «  vous  obtenez  de  tous  un  accueil  facile,  ii 
cause  de  la  double  grace  que  vous  possedez,  car 
votre  joug  est  leger,  et  votre  ro3*aume  est  illustre. 
Si  on  vous  cbasse  d'une  ville,  vous  etes  recueillie 
par  le  reste  de  la  terre,  parce  que  ce  que  vous  pro- 
mettez  charme,  et  que  ce  que  vous  imposez  effraie 
peu.  Pourquoi  pleurez-vous  encore  la  perte  d'une 
vigne,  puisqu'elle  est  reparee  avec  une  si  grande 
usure?  «  En  recompense  de  ce  que  vous  avez  ete 
delaissee  et  haie,  et  que  persoune  ne  voulait  passer 
chez  vous,  je  vous  rendrai  a  jamais  glorieuse  et 
triompbante,  dit  le  Seigneur,  et  vous  serez  un  sujet 
de  joie  dans  toutes  les  races  k  venir.  Vous  sucerez 
le  lait  des  nations,  et  serez  allaitee  aux  mamelles 
des  rois,  et  vous  saurez  que  je  suis  le  Seigneur 
qui  vous  ai  sauvee,  et  que  voire  liberateur  est  le 
fort  et  puissant  Jacob  [Esq.  i.x,  1).  »  C'est  done  en 
ce  sens  que  l'Epouse  dit,  qu'elle  a  ete  mise  dans 
les  vignes  pour  les  garder,  et  qu'elle  n'a  pas  garde 
sa  vigne. 

fi.  A  l'occasion  de  ces  paroles  de  l'Epouse,  et  en"  Saint  B"- 
entendant  les  ames  par  les  vignes,  je  me  reprocbe  de  la  charge 
a  moi-meme  de  m'etre  charge  du  soin  des   ames,  dequSiUfu['jUr 
moi  qui  ne  peux  suffire  a  garder   la  mienne.    Si  m  impose*, 
vous  approuvez  celte  interpretation,  voyez  si    nous 
ne  pourrions  point  dire  aussi,  que   la  foi  est   un 


mur  oil  gentes.  Moysi  sane  oblatum  est  a  Deo  ,  si 
praevaricatorem  populum  vellet  dimittere,  et  divinae  ex- 
ponere  ultioni,  ipsum  quidem  fieri  posse  in  gentera 
magnam  :  sod  ille  remiit.  Quare  ?  Ob  nimiam  pro- 
fecto  dilectionem,  qua  illi  fortiter  devioctus  po- 
pulo  tenebatur  ;  et  quoniam  non  requirebat  qua; 
sua  sunt,  sett  Dei  honorem  ;  et  non  quod  sibi  uti- 
le forcl,  sed  quod  multis.   Et  ille  quidem  sic. 

o.  Ego  autem  concilio  secretion  putu  boc.  munus  divi- 
nitnspro  sui  magniludine  servatum  Sponsae,  at  ipsa  po- 
tius,  ct  mm  Moyses,  mitteretur  in  gentem  magnam.  S,'on 
enim  opurtebat  amicum  Sponsi  praeripere  Sponsae  bene- 
ilictionem  ;  ct  propterea  non  quidem  Moyses,  sed  nova 
Sponsa,  cui  dicitur,  He  in  mundum  universum,  predi- 
cate Evangelium  om/ii  creatures;  ipsa,  inquam,  prorsus 
missa  esl  in  gentem  magnam.  Num  in  majorem  potuit, 
qiiam  in  universitatem  ?  Et  facile  universitas  cessit  por- 
tanli  pacera,  gratiam  offerenti.  Sed  non  sicut  gratia,  ila 
el  lex.  Quam  dissimili  vnltu  ad  omnem  conscientiam 
se  ofTennil  suavitas  hujus.  et  illius  ausleritas  ?  Qui  sane 
ex  fequo  respiciat  condemnantem  et  consolantem,  re- 
posceniem  el  ignoscentem,  plectentem  et  amplectentem  ? 
Non  pari  profecto  acceplabitur  voto  umbra  et  lux,  ira  et 
pax,  judicium  et  mi6ericordia,    figura  et    Veritas,    virga 


et  haereditas,  frenum  et  osculum.  Graves  denique  Moy- 
si manus,  testibus  Aaron  et  Hur  grave  legis  jugum 
testibua  ipsis  apostolis,  qui  hoc  et  sibi  et  patribus 
imporlabile  clamitant  ;  grave  jugum  ,  et  vile  pre- 
mium :  nam  terra  est  in  promissione.  Pro  hujus- 
modi  non  est  Moyses  missus  in  gentem  magnam. 
Verum  tu  ,  mater  Ecclesia  ,  promissionem  habens 
vitas  quae  nunc  est  et  future,  facile  in  duplici  gratia  ob- 
tines  ab  universis  te  recipi,  et  propter  jugum  suave,  et 
propter  regnum  sublime.  Pulsa  de  civitate,  ab  universi- 
tate  exciperis,  dum  sicprovocat  quod  promittis,  ut  quod 
imponis  non  terreat.  Quid  adhuc  unius  vineae  plangis 
damnum,  quod  tanto  tibi  ftenore  compensatum  est  ? 
Pro  eo  quod  fuisti  derelicta,  et  odio  habita,  et  non  fuit 
qui  per  te  transiret  :  Ponam  te,  inquit,  in  superbiam 
sasculorum,  gaudium  in  genera/tone  et  genernlionem  , 
et  jnges  lac  gentium,  et  mamilla  rcgum  lactaberis  :  et 
sties  quia  ego  Dominus  salvam  le,  et  redemptor  tints 
fortis  Jacob.  Tali  ilaque  modo  dicit  se  Sponsa  posi- 
lam  custodem  in  vineis,  et.  quia  vineam  suam  non  cus- 
todivit. 

6.  Ego  loci  hujus  occasione  meipsum  reprehendere 
soleo,  quod  animarum  susceperim  curam,  qui  meam 
non  sufiicerem    custodire,  vineas    animas   interpretans. 


296 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


«p,  les  vertus,  des  pampres,  les  muvres,  des  grappas,    Voila  en  quel  etat  je  me  trouvais,  el  cependant  on 


et  la  devotion  du  vin.  Les  pampres  ne  sunt  ri.-n 
-ans  le  cep,  ni  la  vertu,  sans  la  Doi.  Car  sans  Iafoi, 
il  est  impi  i    Dieu    //<  i.    \i.  6  ; 

peut-etre  meme  ne  peut-on  que  lui  deplaire,  puis- 
que  tout  ce  qui  ne  tinl    de    la  foi    est 

peche  (.Rom.  nv,  I  ax  qui  m'ont  mis  pour 

r  leur  vijjnes  auraient    done   du  considerer 


Sentiment 
que  i  t 
Bernard 

avail  de  lui- 
mime. 


n'.i  pas  laisse  de  m'etablir  pour  garder  les  vigues, 
sans  considerer  ni  ce  que  je  Faisais  ni  ce  que  j '  iv.i t> 
fait  de  la  mienne,  et  sans  ecouter  les  avertissements 
du  Ualtre,  qui  a  'lit  :  «  Comment  celui  qui  ne  sail 
pas  gouverner  sa  maison,  pourra-t-il  avoir  soin  de 
1'Eglise  de  Dieu  (i  Tun.  m,  j  ?  » 
7.  J 'admire  l'audace  de  plusieurs  que  nous 
auparavant  si  j  le  la  mienne.  Mais  que  de    voyons  ne  recueillir  de  leurs  propres  vignes  quo 

temps  inculte,  deserte  et  aban-    des  epines  et  des  ronces,  et  qui  neanmoins,  n'ap- 

donnee !  Elle  ne  produisait  presque  plus  de  vin,  preh  ndeni  point  de  s'ingerer  dans  la  vigne  du 
les  pampres  des  vertus  etaient  dessechfis  parce  que  Seigneur.  Ce  sont  des  voleurs  et  des  larxons,  non 
la  foi  etait  sterile.  II  y  avait  une  foi,  mais  e'etait  des  gardienset  des  vignerons  fideles.  Mais  sans 
une  foi  morte.  Comment  ne  I'aurait-i  ■  en    m'occuper  de  ceux-la,  malheur  a  moi  pour  le  dan- 

effet,puisqu'elle  n'etait  point  vivifiee  par  les  bonnes  per  que  ma  vigne  court  a  cette  heure,  plus  meme 
oeuvres.  Voila  en  quel  itat  j'etaisdans  le  siecle.  11  a  cette  heure  qu'auparavant,  puisqu'etant  applique 
est  vrai  que  depuis  que  je  me  suis  converti  an  k. en  cultiver  plusieurs,  il  est  impossible  que  je  ne 
Seigneur,  j'ai  commence  a  en  prendre  un  pen  plus  sois  pas  moins  soigneu\  et  nioins  vigilant  pour  la 
de  soin,  mais  non  pas  pourtaul  comuie  je  devais.  mienne.  Je  n'ai  pas  le  temps  de  l'en  tourer  dehaies, 
Et  qui  est  capable  de  s'en  acquitter  comme  il  faut?  ni  d'y  batir  un  pressoir.  Helas  !  son  mur  est  en 
Le  saint  Prophetelui-meme  ne  1'etait  pas,  puisqu'il  mine  et  tous  ceux  qui  passent  par  le  chemin  y 
Jisait  :  «  Si  le  Seigneur  ne  garde,  une  ville,  e'est  en  cueillent  des  raisins  [Psal.  lxxix,  13)  !  Elle  est  ou- 
vain  que  veille  celui  qui  la  garde  [Psal.  cxxxi,  2).  »  verte  et  exposee  de  toutes  parts  a  la  trislesse,  a  la 
Je  me  rappelle  encore  combien  j'etais  expose  aux  colere,  et  a  l'impatieuce.  Des  necessities,  pressantes  Saint  Ber- 
embuckes  de  celui  qui  se  Kent  a  L'ecart  pour  Ian-  comme  de  pelits  renards,  la  detruisent  et  la  sacca-  "Y4^^  *l 
cer  ses  Heches  contre  l'innocent.  One  de  fois,  6  ma  gent.  Les  accablements  d'esprit,  les  soupcons,  les 
vigne,  vous  a-t-on  pillee  par  mille  ruses  et  mille  inquietudes  y  entrent  en  foule  de  tous  coles.  A 
slratagemes,  lors  meme  que  je  veillais  avec  plus  de  peine  est-elle  une  heure  sans  etre  tourmentee  du 
soin  pour  vous  garder?  Combien  de  grapes  de  bon-  grand  nombre  de  ceux  qui  ont  des  differends,  et 
lies  ceuvresla  colere  a-t-elle  fait  couler  ?  Combien  sans  etre  importunee  par  le  bruit  des  affaires.  Je  ne 
l'orgueil  en  a-t-il  emporte?  Combien  la  vaine  saurais  les  ecarter  de  moi  ni  m'en  defend  re  ;  et  ils 
gloire  en  a-t-elle  gate?  Quels  ravages  n'ont  pas  ne  me  laissent  pas  meme  du  temps  pour  prier. 
•  ause  en  moi  les  charmes  de  la  gourmaudise,  la  Quels  torrents  de  larmes  ne  ;ne  faudrait-il  point 
liedeur  de  l'ame,  la  faiblesse  el  la  timidite  de  l'es-  verser,  pour  arroser  la  sterilite  de  moil  ame,  je  de- 
prit,  au  niiheu  des  orages  qui  s'elevaient  en   moi?    vrais  dire  de  ma  vigne,  mais  j'ai   suivi  les   paroles 


secherefses 
de  sou  Ame. 


Ouod  si  probas  et  tu  hanc  nostram  interpretationem, 
vide  etiam  conseqnenter,  an  reote  quoque  dicamusfi- 
dem,  vilera  ;  virtutes,  palmites  :  botrum,  opus  ;  devo- 
tionei:  -  Siquidem    nee  palmes  absque   vitc,  nee 

virtus  sine  tide  abquid  est  :  Sine  fide  enim  impo 
etiplacere  Deo,  fortasse  et  displicere  necesse  erit.  I>e- 
i.ique  omne  quod  non  est  ex  fide,  p  ccatum  est.  Hoc 
ergo  considerarc  opoituil  illos  qui  me  posueruat  custo- 
dem  in  vineis,  si  videlicet  propriam  custudissem.  At 
quanto  tempore  inculta  jac  ;il  et  aeserta,  redacta  in  so- 
litudinem  !  Prorsua  defecerat  vinum  ex  ea,  arefactis, 
|ji'ce  sterilitate  tide,  viilutuni  palmilibus.  Brat  fides,  sed 
inurtua.  Qnomodo  enim  non  mortua  sine  operibus?  Et 
idem  in  seculari  vita.  Caeterum  conversus  ad  Do- 
minum,  niclinsciilc  ccepi,  faleor,  etistodire  :  non  la- 
men  prout  oportuit.  Et  quis  nempe  ad  hoc  idonens? 
Xec  sanclus  Propheta,  qui  ail  :  v-  \dierit 

ewitatem,    j  ,,'/   earn.    Quantis 

etiam  tunc  memini  me  patere  insidiis  illius,  qui  sagittal 
in  occultis  immaoulatum  '  Q  lantum  n  ,  mea 

furtivi  i  ntia  eo  ipso   tempore, 

quo   vigilanliua    intend  imus   euraj  el  cui 

nostri  ?  Quot  et  (pjales  pioruin  botros  opcruin  aut  pra:- 


focavit  ira  aut  tulit  jactantia,  aut  fcedavit  inanis  gloria  '.' 
Qanta  ab  illecebra  guise,  quanta  ab  acedia?  spirilu,  quan- 
ta a  pusillanimitate  spiiitus  el  tempestate  sustinuiuius  ? 
Sir  cram  :  et  niliilominus  tamen  posuerunt  me 
custodem  in  vineis  ,  non  oonsiderantes  quid  de  mea 
ego  facerem  vet  fecissem ,  nee  audientes  argucn- 
tem  magistrum  ac  dicentom  :  Siquisdomui  suat  prat- 
nescit,  quomodo  Ecclesice  Dai  diUgentiam  habebit? 
7.  Miror  audaciam  plurimorum,  quus  videmus  de 
suis  vineis  non  colligere,  nisi  spinas  et  tribulos  ;  vineis 
tamen  dominicis  etiam  se  ingerere  nun  vereri.  Furcs 
sunt  et  lalrones,  non  custodes,  neque  cultures.  Hoc 
illis.  Va  autem  mibi  etiam  nunc  a  periculo  vins  meae  ! 
imo  magis  nunc  qnando  pluribes  intentus,  minus  circa 
unam  diligens,  minusque  sollicitus  fieri  cogor.  Nee  sje- 
pem  circuuid.ire,  nee  lurcular  foderc  in  ea  licet,  lieu  ! 
destructa  esl  maceria  ejus,  el  vindemiant  earn  onirics 
qui  pi-ieleryrediunlur  viani  '  Pati  !  exposita  tristilis,  ira- 
cundiae  atque  Impatientias  pervia.  Demoliuntur  cam  se- 
quaedam  vulpecute  instantium  necessitaium  ;  ir- 
ruiiipiiul  undique  anzietatea,  suspiciones,  sollitudines  ; 
turbas  discordanlium,  causarum  molestia;  rara  hoia  de- 
sunt.  Nun  est  probibendi  facullas,  non  copia  declinandi 


TRENTIEME  SERMON  SUR  LE  CANT1QUE  DES  CANTIQUES. 


297 


du  psaume  par  habitude,  mais  le  sens  eii  est  le 
mecie.  Et  je  ne  suis  point  fuehe  d'une  erreur  qui 
m'avcrtit  de  la  ressemblance  de  ces  deax  choses, 
parce  qu'il  ne  s'agit  point  ici  de  la  vigne,  mais  de 
lame.  Qu'oa  pense  done  a  lame,  lorsqu'on  parle 
de  la  vigne.  Car  sous  la  figure  et  sous  le  nom  de 
l'une,  on  deplore  la  ster'tlite  de  l'autre.  De  quelles 
larmes  done  pourrais-je  arroser  ma  vigne,  qui  est 
si  sterile  ?  Tous  ses  pampres  sont  desseches  faute 
d'eau.  Us  sont  couches  par  lerre  sans  porter  de 
fruit,  parce  qu'ils  n'ont  point  d'humidite.  Doux 
Jesus,  vous  savez  combien  de  bottes  de  sarment,  le 
feu  de  la  contrition  qui  brule  dans  mon  cceur, 
consume  tous  les  jours,  dans  le  sacrifice  que  je 
vous  oftre.  Recevez,  je  vous  en  conjure,  le  sacrifice 
d'un  esprit  perce  de  la  douleur  et  du  regret  de  ses 
fautes,  et  ne  meprisez  pas  un  cceur  contrit  et  hu- 
milie  (Psal.  I\,  19). 

8.  C'est  done  ainsi  que  j'applique  a  mes  imper- 
fectious  les  paroles  de  l'Epouse.  Mais  celui-la 
est  parfait,  qui  peut  dire  :  «  Je  n'ai  pas  garde 
ma  vigne,  »  dans  le  sens  oil  le  Sauveur  dit  dans 
l'Evangile  :  «  Celui  qui  perdra  son  ame  pour  l'a- 
Qni  est  fligne  mour  de  moi,  la  tiouvera  {Mutth.  x,  30).  »  Certes 
celui-la  merite  bien  d'etre  etabli  pour  garder  les 
vignes,  qui  n'est  ni  empeche,  ni  detourne  par  le 
le  soin  qu'il  prend  de  la  sienne,  de  veiller  a  celle 
des  aulres,  avec  diligence  et  exactitude,  et  qui  ne 
cherche  pas  ses  propres  interets  ni  ce  qui  lui  est 
avantageux,  mais  ce  qui  est  utile  aux  autres.  Sans 
doute,  si  saint  Pierre  a  recu  le  soin  de  veiller  sur 
les  nombreuses  vignes  de  la  cireoncision,  c'est 
parce  que  c'etail  un  homme  toujours  pretaalleren 


figne  dn 

Sauvenr. 


prisoD,  ou  a  la  mort  (Luc.  xxri,  33),  »  tant  l'amour 
de  sa  propre  vigne,  e'est-a-dire  de  son  Ame,  l'eni- 
pechait  peu  de  veiller  sur  celles  qui  lui  etaient 
confiees.  C'est  aussi  pour  cette  raison  que,  parmi 
les  nations,  une  si  grande  quantite  de  vignes  fu- 
rent  confiees  a  saint  Paul,  car  loin  d'etre  crop  atta- 
che a  la  sienne,  il  etait  pret  non-seulement  a  se 
laisser  charger  de  chaines,  mais  encore  a  mourir  a 
Jerusalem  pour  le  nom  de  Notre-Seigneur  Jesus- 
Christ  (Act.  xxvm,  13.  «  Je  ne  crains  aucune  de 
ces  choses,  dit-il,  et  je  n'estime  pas  que  mon  acne 
me  doive  etre  plus  precieuse  que  moi-meme  [Act. 
xxi.  III).  »  C'etait  bien  juger  les  choses,  que  de 
croire  qu'il  ne  devait  rien  preferer  a  soi-meme,  de 
tout  ce  qui  lui  appartenait. 

9.  Combien  y  en  a-t-il  qui  out  prefere  a  leur 
propre  salut,  un  peu  d'argent  qui  est  une  chose 
si  vile  ?  Mais  saint  Paul  ne  lui  prefere  pas  meme 
son  ame.  «  Je  ne  l'estime  pas,  dit-il,  plus  pre- 
cieuse que  moi.  »  Vous  faites  done  une  difference 
6  bienheureux  Apotre,  entre  vous  et  votre  ame  ? 
C'est   avec  sagesse  que  vous  vous  eslimez  plus  que 

tout  cequi  est  a  vous.  Mais  comment  etes  vous  au-  En  <)ocl  »«>• 

.       ■       t  r  •  *  n     i       ■     salnt  Paul 

ire  que   votre   ame?  Je   crois   que    saint  Paul  qui 

marchait  deja  selon  l'esprit,  et  dont  l'esprit  obeis- 

sait  a  laloi  de  Dieu,  parce  quelle  est  bonne,    esti- 

mail  qu'il  valait  mieux  douner  le  uom  de  tout  son 

etre  a  cet  esprit,  comme  etant  la  principale  et  plus 

noble    partie  de  lui-meme,   que  de  le  designer  par 

le  no:u  de    quelque   autre  partie  de  lui-meme  que 

ce  flit.  Quand  a  ce  qui  est  d'une  nature  iuferieure, 

et  par  consequent  attache  a  une    substance   moin- 

dre  et  plus    vile,    au  corps,  auquel  il    donne  non- 


disUngue 
entre  son 
ame  et  lui. 


sed  nee  orandi  spatium.  Quo  imbre  lacrymarum  per- 
fundere  sufficiam  sterilitatem  anima?  meae  ?  Vineae  mes 
volui  dicere,  sed  de  psalmo  sic  incidit  propter  usum,  et 
sensus  idem  est  ;  nee  piget  eiroris  qui  admonet  simili- 
tudinis,  quia  non  de  vinea  sermo  est,  sed  de  anima. 
Ero'0  anima  cogitelur,  cum  vinea  legitur  :  siquidem  sub 
bujus  specie  et  nomine  illius  sterilitas  deploratur.  Qui- 
bus  ei'go  lacrymis  rigabo  slerililatem  vinea?  meae  '? 
Onines  palmites  ejus  aruerunt  pra  inopii ;  jacent 
sine  fructu ,  eo  quod  non  habeant  humorem.  Jesu 
bone  !  quos  fascicules  sarmenlorum  ex  eis  in  tuo 
quotidie  sacrificio  ustio  conhiti  cordis  mei  te  teste 
absumit  "?  Sit,  obsecro  ,  saerificium  tibi  spiritus  con- 
tribulalus  :  cor  contrilum  et  humiliatum  Deus  ne  des- 
picias. 

8.  Et  ego  quidem  sic  pro  imperfecta  meo  traho  ad 
me  capitulum  praesens.  Perfeclus  aulem  omnis  erit  qui 
alias  dicere  poterit  :  Vineam  meam  non  custodivi,  illo 
videlicet  sensu,  quo  Salvator  loquitur  •  in  Evangelio  : 
Qui  perdidcrit  animam  mam  propter  me,  inveniet  earn. 
Idoneus  plane  et  dignus  qui  ponatur  custos  in  vineis, 
quern  propria  curavina  vinea;  acommissarum  diligentia 
et  sollicitudine  non  impedit  aut  retardat,  dum  non  quae- 
rit  quae  sua  sunt,  neque  quod  sibi  utile  est,  sed  quod 
muttis.    Propterea  sane    Petro  cura  ista   credita  est   in 


tarn  multis  vineis,  qua?  erant  de  ciretimcisione,  quia 
homo  paratus  erat  et  in  careerem,  et  in  mortem  ire. 
Usque  adeo  suae  vineae  ,  id  est  suae  anim*,  non 
detinebatur  amore,  quominus  curae  intenderet  credita- 
rum.  Merito  et  Paulo  inter  gentes  tam  ingens  silva  cre- 
dita est  vinearum,  quod  et  ipse  in  suae  custodia  vineae 
minime  curiosus  inventus  sit ,  ita  ut  non  solum  alli- 
gari ,  sed  et  mori  in  Jerusalem  paratus  fuerit  propter 
nomen  Domini  Jesu-Christi.  Denique  ,  Nihil  horum  ve- 
reor  ,  inquit ,  nee  facio  animam  meam  pretiosiorem  quam 
me.  Optimus  aestimator  rerum,  qui  nihil  suorum  sibi  prae- 
ferendum  existimet. 

9.  Quam  multi  saluti  propria?  modicam  vilissimamque 
pecuniam  prastulerunt  ?  Paulus  nee  animam.  Son, 
inquit,  facio  earn  pretiosiorem  quam  me.  Ergo  difleren- 
tiam  facis  inter  te,  et  animam  tuani?  Prudenter 
quidem  tu  tibi  pluris  es,  quam  quidvis  t u u in.  Sed 
quomodo  non  tua  anima  tu  ?  Arbitror  quod  quia  Paulus 
jam  tunc  in  spiritu  amlmlaret,  et  menle  consentiret 
legi  Dei  quoniani  bona  est ;  idcirco  hanc  ipsam  mentem 
suam,  tanquam  principale  ac  supremum  quiddam  sui. 
diguum  duxerit  suimet  polius,  quam  sua?  cujuspia .11  rei 
nomine  designare  :  reliquum  vero,  quod  constat  nal.rae 
esse  inferioris,  et  inferior!  proinde  viliorique  esse..;iae 
(quod  est  corpus)  inhaerere,  non  modo  officio  rivificai.  1 


m 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


settlement  la  vie  et  la  sensibilile,  mais  encore  le 
desir  de  se  conservor  et  da  se  nourrir,  ret  hommc 
spiritual,  jugeant  Lndigne  de  dormer  le  nom  du 
tout  a  cette  justice  sensuellfi  et  charnelle,  croyait 
jilus  a  propos  de  la  met t re  an  rang  deschoses  qui 
etaient  a  lui,  que  de  designer  pai  die  tout  ce  qui 
etait  en  lui.  Par  ces  mots  :  que  «  mui,  »  dit-il,  en- 
tetidez  ce  qu'il  y  a  de  plus  excellent  en  moi,  ce  en 
quoi  je  me  conserve  par  la  grace  de  Uieu,  e'est-a,- 
dire  mon  esprit  et  ma  raison,  et  par  cette  expres- 
sion, «  mon  ame,  »  entendez  la  partie  inferieure 
qui  anime  ma  chair,  et  qui  participe  a  sa  concu- 
piscence. Je  reconnais  que  cell  autrefois  etait  moi, 
mais  ce  ne  Test  plus  maintenant,  car  je  ne 
marc  he  plus  selon  la  chair,  mais  selon  l'esprit.  «Je 
vis  on  plutot  ee  nVst  plus  moi  qui  vis,  e'est  Jesus- 
Christ  qui  vit  en  moi  [Gal.  n,  28). »  C'est  moi  se- 
lon l'esprit,  et  ce  n'est  |)lus  moi  selon  la  chair,  car 
si  mon  ame  a  des  desirs  charnels,  o  ce  n'est  pas  moi 
qui  les  forme,  mais  le  peche  qui  habite  en  moi 
Worn,  vn,  17).  »  Et  ainsi,  ce  qu'il  y  a  de  charnel 
en  moi,  je  ne  dis  pas  que  c'est  moi,  mais  je  dis  que 
c'est  ii  moi,  et  cela  n'est  pas  autre  chose  que  mon 
ame.  Car  les  affections  charnelles  font  partie  de 
1'ame,  aussi  bien  que  la  vie  qu'elle  communique 
au  corps.  Voila  done  1'ame  que  saint  Paid  n'esti- 
mait  pas  plus  que  soi,  etant  pret  non -seulement 
a  se  laisser  charger  de  chaines  pour  l'amour  de 
Notre-Seigneur,  mais  encore  a  mourir  pour  lui  a 
Jerusalem,  et  ainsi  a  perdre  son  ame  selon  le  con- 
seil  du  Sauveur.  (Matth.  x,  39). 

10.  Quant  a  vous  si  vous  vous  depouillez  de  votre 

propre  votonte,  si  vous  renoncez  parfaitement   aux 

I'eiempic  do  volontes   charnelles,   si  vous  crucifiez   votre  chair 

Saint  Paul. 


Comment  on 
doit  perdre 
aon  ame  a 


avec  sea  vices  el  ses  concupiscences,  si  vous  mortt- 
Qez  vns  membres,  tandis  que  vous  eles  surlaterre, 
vous  vous  montrerez  imitateurde  saint  Paul,  puis- 

que  vous  ne  ferez  pas  pins  d'etat  de  votre  ame,  que 
de  ^ms-nieiue  ;  vous  temuignerez  encore  que   wins 

eles  disciple  de  Jesus-Christ,  puisquevous  la  perdez 
pour  voire  salut.  D'ailleurs  vous  lerez  plus  prudem- 
ment  de  la  perdre  pour  la  conserver  que  de  la 
conserve!  pour  la  perdre  ;  puisque  le  Sauveur  nous 
assure    que,  « celui    qui  veut   sauver  son   ame  la 

perdra  {Matth.  xvi,  25).  »  Que  dites-voua  Lei,  vous  Saint  Rer- 

■  i  ,•<•     j  i-       .      "a,,! 

qui  observez   les  quahtes  des  mets,  el  neglige/,  les  les  p 

mceurs  ?   Hippocrate  et   ses  sectateurs  enseignent 

a   sauver  1'ame  en  ce  monde,  Jesus-Chris!  et  raantc. 

disciples  a  la  perdre.  Lequel  des  deux   voulez-vous  Voir  le«  nolM 
1  r  ^  de  la  lellre 

plulot  suivre  pour  maitre  ?  Celui-la  repoud  assez  cccm. 
clairement,  qui  dit  a  propos  de  lout  ce  qui  se 
mange  :  cela  ri nit  aux  yeux,  ceci  a  la  tete,  et  cetle 
chose  a  lapoitrine  ou  a  l'eslomac.  Chacunparle 
sans  doute,  selon  ce  qu'il  a  appris  de  son  maitre. 
Avez-vous  lu  ces  differences  dans  l'Evaugile,  d 
les  prophetes,  on  dans  les  eerits  des  ap6tres  ?  I 
indubitablement  la  chair  et  le  sang,  non  l'esprit 
du  Pere  qui  vous  a  revele  cette  sagesse.  Car  c'est 
la  la  sagesse  de  la  chair.  Mais  ecoutez  le  jugement 
qu'en  fonl  nos  medecins  a  nous  :  «La  sagesse  de 
iachair,  disent-ils,  est  une  mort  (Horn,  vmj  5).  » 
Et  ailleurs  :  «  I. a  sagesse  de  la  chair  est  ennemie 
de  Dieu!  »  Car  faut-il  que  je  vous  propose  le  sen- 
timent d'llippocrate  et  de  Gallien  ou  ceux  de  l'e- 
cole  de  l'Epicure  ?Je  suis  disciple  de  Jesus-Christ, 
el  je  parle  a  des  disciples  de  Jesus-Christ.  Je  serais 
coupahle,  si  je  vous  enseignais  d'autres  maximes 
que  les  sienues.  Epicure  travaille  pour  la  volupte, 


ac  sensificandi,  sed  et  fovendi  nutriendique  desiderio  : 
hoc,  inqnam,  sensuale  atque  carnale  appellalione  sai 
homo  spirituahs  indignum  judicans,  inter  sua  ma^is 
censuit  deputandum,  quam  se  personaliter  exprimendum 
per  illud.  Cum  me  dico,  inquit,  e.xcellentius  quod  in  me 
est,  in  quo  et  slo  per  gratiam  Dei,  id  est  meatem 
rationemque,  intellige.  Cum  luquor  animam  mcam,  hoc 
inl'erius  accipe,  quod  carni  animandaj  vides  aecommo- 
datum,  etiam  etjunctum  in  concupiscentia.  Id  me  fuisse 
quidem,  sed  jam  non  esse  agnosco  :  quia  non  secundum 
carman  adhuc  ambulo,  sed  secundum  apiritum.  Vivo 
ego  jam  non  ego,vivil  vero  in  me  Christus.  Secundum 
mentem  ego,  secundum  carncm  non  ego.  Quid  enim 
si  carnaliter  etiam  nunc,  anima  concupiscit  ?  Jam  non 
ego  operor  illud,  sed  quod  habitat  in  me  peccatum. 
Et  ideo  non  me  quidem,  sed  (amen  meum  riixcrim 
quod  in  me  carnaliler  sapit,  idque  non  aliud  quam 
ipsam  animam.  Revera  enim  anima  portio  esl  carnalis 
aflcctio  ejus,  et  vita,  quam  administrat  corpori.  Ilauc 
ergo  animam  suam  Paulus  spernehat  pr.e  se,  pa- 
ralus  pro  Domino  non  solum  alligan,  sed  et  raori  in 
Jerusalem,  et  sic  perdere  animam  suam  juxta  concilium 
Domini. 
10.  Tu    quoque  si   propriam    de9eraa    voluntatem,  si 


corporis  voluptatibus  perfecte  renunties,  si  carneni  tuam 
cruciflgas  cum  vitiis  et  concupiscenliis,  sed  et  mortifices 
membra  tua,  qua1  sunt  super  terram  :  prohabis  te  Pauli 
imitatorem,  qui  non  facias  animam  tuam  pretiosiorem 
teipso :  prohabis  et  Chriti  discipulum,  etiam  illam  pcr- 
dendo  salubriter.  Et  quidem  prudentins  earn  perdis  ut 
custodifls,  quam  oostodis  ut  pandas.  Nam  qui  voluerit 
animam  tuam  saham  faeere,  perdel  earn.  Quid  hie  vob 
dicitis  observatores  raborum,  moram  ocglectoree  ?  Hip- 
pocrates el  sequaces  ejus  docenl  animas  salvas  lacere  in 
hoc  mundo  :  Cbrlstus  et  ejus  DiscipuJi  perdere.  Quem- 
nam  vos  c  duobus  sequi  magislium  eligilis  ?  At  inani- 
feclmn  se  tacit  qui  sic  disputat  :  Hoc  oculis  hoc  capili, 
et  illud  pectori  vel  stomacho  nocet.  Profeclo  unusquis- 
que  quod  a  suu  magistro  didicil,  hoc  in  medium  pro- 
ferl.  Num  in  Evangelio  legisti  has  dillerenlias,  aut  in 
prophelis,  aut  in  lit leris  apostolorum  ?  Caro  el  sanguis 
pro  certo  relevavil  tibi  banc  sapientiam,  non  spiriius 
Patria  esl  enim  carnis  haec  sapientia.  Sed  audi  quid 
ilc  ipsa  noslri  medici  senlianl.  Sapientia,  inquinnt,  car- 
tors  est.  llem,    Sapientia  mica    est   I):o. 

Nam  i  sen    Galeni  sententiam,  aut   certe   de 

schola  Epicuri  debui  proponere  vohis  ?  Christ!  sum  dis- 
cipulus  :  Christi    discipulis   loquor  ;  ego  si  peregrinum 


martyr. 


TRENTIEME  SERMON  SUR  LE 

Hippocrate  pour  la  sanhS,  et  Jesus-Christ,  nion 
ruaitre,  m'ordonne  de  mepriser  l'un  et  l'autre. 
Hippocrate  eniploie  tout  son  soin  pour  conserver  la 
vie  de  l'ame  dans  le  corps  ;  Epicure  recherche  et 
apprend  a  rechercher  tout  ce  qui  peut  entretenir 
les  plaisirs  et  les  delices,  et  le  Sauveur  nous  avertit 
de  la  perdre. 
La  mortiiics-      n    j£n  eQet,  avez-vous  entendu  autre  chose   a 

tion  de  la  ?  ,  .    .  .. 

chair  est  un  l'ecole  de  Jesus-Chnst,  et  quy  cnait-on,  u 
n'y  a  qu'un  moment,  sinon  :  «  Celui  qui  aime  son 
ame  la  perdra  [Matth.  xvi,  25)  ?  »  II  la  perdra.  dit-il, 
soit  en  l'abandonnant  comme  martyr,  ou  en  l'affli- 
geant  comme  penitent ;  quoique  d'ailleurs  ce  soit 
une  espece  de  martyre  de  mortifier  la  chair  par 
1 'esprit,  avec  ce  fer  spirituel,  qui  ue  fait  pas  tant 
d'horreur  que  celui  qui  coupe  les  membres  du 
corps,  mais  qui  n'est  pas  moins  penihle,  parce 
qu'il  coupe  plus  longtemps.  Voyez-vous  comme 
cette  parole  de  mon  maitre  condamne  la  sagesse  de 
la  chair  qui  fait,  ou  qu'on  se  laisse  aller  a  la  vo- 
luple,  ou  qu'on  recherche  la  sante  du  corps  plus 
qu'il  n'est  necessaire.  Pour  nous  montrer  que  la 
vraie  sagesse  ne  se  repand  point  en  voluptes,  un 
sage  [Job  xxvm,  15)  nous  apprend  qu'elle  ne  se 
trouve  pas  meme  dans  la  terre  de  ceux  qui  meneut 
une  vie  de  douceur.  Mais  celui  qui  la  trouve  s'ecrie  : 
J'ai  aime  la  sagesse  plus  que  la  sante  et  la  beaute 
[Sap.  vii,  10).  »  Mais  s'il  l'aime  plus  que  la  sante  et 
la  beaute,  combien  a  plus  forte  raison  l'aiine-t-il 
plus  que  la  volupte  et  les  plaisirs  deshoiinetes? 
Mais  que  sert-il  de  se  sevrer  des  delices  et  des  vo- 
luptes, si  on  passe  tout  son  temps  a  remarquer  la 
diversite  des  complexions,  et  examiner  la  difference 
des  mets?  Les  legumes,  dit-on,  causent  des  vents,  le 


dogma  induxero,  ipse  peccavi.  Epicurus  atque  Hyppo- 
crates  corporis  alter  voluptatem,  alter  bonam  babiiudi- 
nem  prasfert  :  meus  Magister  utrinsque  rei  conlemptum 
praedicat.  Animas  in  corpore  vitam  quam  summo  studio 
isle  unde  sustentet,  ille  unde  et  delectet,  inquirit  atque 
inquirere  docet,  Salvator  monet  et  perdere. 

11.  Quid  enim  tibi  aliud  de  Ctaristi  auditorio  sonuit, 
cum  paulo  ante  clamatum  est  :  Qui  amat  animam  suam, 
perdet  earn?  Perdet  earn  dixit,  sive  poncndo  ut  martyr, 
sive  afQigendo  ut  pcenitens.  Quamquam  genus  martyrii 
est,  spiritu  facta  carnis  mortificare;  illo  niniirum,  quo 
membra  casduntur  ferro,  horrore  quidem  mitius,  sed 
diuturnitate  molestius.  Videsne  ac  sentenlia  Magistri 
mei  carnis  sapientiam  condemnari,  per  quam  utique  aut 
in  luxum  voluptatis  diflluitur,  aut  ipsa  quoque  bona 
valetudo  corporis  ultra  quam  oporteat  appetitur?  Deni- 
que  quod  vera  sapientia  in  voluptatcs  non  eflluat,audisti 
profecto  a  sapiente,  ne  inveniri  quidem  banc  in  terra 
suaoiler  vivenlium.  Qui  autem  invenit,  dicit  :  Super 
salutem  et  omnetn  pukhritudinem  dilexi  sapientiam.  Si 
super  salutem  et  pulchritudinem,  quanto  magis  super 
voluptatem  et  turpitudinem?  Quid  vero  prudest  tempe- 
rare  a  voluptatibus;  et  investigandis  diversilalibus  eom- 
plexionem,  ciborumque  varietatibus  inquirendis,  quoti- 
dianam   expendere  curam  ?  Leguruina,    inquit,  ventosa 


CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  399 

fromage  charge  l'estomac,  le  lait  fait  mal  a  la  tete, 
la  poitrine  ne  peut  souffrir  l'eau  pure ;  les  choux 
engendrent  la  melancolie  ou  echauffent  la  bile;  les 
poissons  d'etang  ou  d'eau  stagnante  ne  s'accommo- 
dent  pas  a  mon  temperament.  Q'.i'est-ce  done,  ne 
se  trouve-t-il  rien  dans  les  fleuves,  les  champs,  les 
jardins  et  les  celliers  que  vous  puissiez  manger? 

12.  Considerez,  je  vous  prie,  que  vous  etes  reli- 
gieux,  non  medecin,  et  que  vous  ne  serez  point  juge 
sur  vot  re  complexion,  mais  sur  votre  profession.  Epar- 
gnez  d'abord,  je  vous  eu  prie,  votre  propre  repos; 
puis  la  peine  de  ceux  qui  vous  servent ;  n'augmeutez 
point  les  charges  de  la  maison;  menagez  enfin  la 
conscience,  je  ne  dis  pas  la  votre,  mais  la  conscience 
de  celui  qui  est  assis  a  table  avec  vous,  et  qui, 
mangeant  ce  qu'on  lui  serf,  murmure  de  la  singu- 
larite  de  votre  abstinence.  Car,  soit  votre  insuppor- 
table superstition,  soit  la  pensee  que  celui  qui  a 
soin  de  vous  appreter  a  manger  manque  de  cha- 
rite,  le  scandalise.  Votre  frere,  je  le  repete,  se  scan- 
dalise de  votre  singularity,  il  juge  que  vous  etes 
superstitieux,  et  que  vous  avez  voulu  avoir  des 
choses  superllues,  ou  il  m'accuse  de  manquer  de 
charite  et  de  ne  point  chercber  ce  qui  est  necessaire 
k  votre  nourriture.  C'est  en  vain  que  quelques-uns 
s'autorisent  de  l'exemple  de  saint  Paul,  qui  ordonne 
a  son  disciple  de  ne  point  boire  d'eau  pure,  mais 
«  d'user  d'un  peu  de  vin,  ci  cause  de  son  estomac 
et  de  ses  frequentes  maladies  (Tim.  v,  23).  »  Car 
ils  doivent  prendre  garde  premierement  que  ce 
n'est  pas  a  lui-meme  que  l'Apotre  ordonne  cela,  et 
que  le  disciple  ne  le  demande  pas  non  plus  pour 
soi.  En  second  lieu,  ce  n'est  pas  a  un  religieux  qu'il 
donne  cet  ordre,  mais  a  un  eveque,  dont  la  vie 


fUflexioa  dee 

bomme.-   sen- 

suels  sur  la 

n  jurriture. 


line  conTieot 

pas  a  un 

n;liqieux 

d'observer 

ainsi  lc«  pro- 

prietes  des 

differ  entei 

sortes  de 

meU. 


sunt,  caseus  stomachum  gravat,  lac  capiti  nocet,  potum 
aquas  non  sustinet  pectus ,  caules  nutriunt  melan- 
cboliam,  choleram  porri  accendunt,  pisces  de  sta- 
gno,  aut  de  lutosa  aqua,  meas  penitus  complexioni 
non  congruunt.  Quale  est  hoc,  ut  in  totis  fluviis, 
agris  ,  bortis ,  cellariisve  reperiri  vix  possit  quod 
comedas? 

12.  Puta  te,  quseso,  monachum  esse,  non  medicum; 
nee  de  complexione  judicandum,  sed  de  professione. 
Parce,  obsecro  ,  primum  quidem  quieti  tuas,  parce 
deinde  labori  minislranlium,  parce  gravamini  domu9, 
parce  conscientias.  Conscientias  dico,  non  tuas,  sed  alte- 
rius  ;  illius  videlicet,  qui  prope  sedens,  et  edens  quod 
sibi  apponilur,  de  tuo  singulari  jejunio  murmurat  scan- 
dalo  quippe  est  ei  aut  tua  odiosa  superstitio,  aut  duritia, 
quam  forte  putat  illius,  qui  tibi  habet  providere.  Scan- 
dalizatur,  inquam,  in  tua  singularilate  frater  judicans  le 
superstitiosum ,  tanquam  superflua  quaeritanlem ;  aut 
certe  me  durum  causans,  qui  non  perquiram  viclui  tuo 
necessaria.  Frustra  sibi  quidam  blandiunlur  de  exemplo 
Pauli,  hottantis  discipulum  non  bibere  aquam,  sed 
modico  uti  vino  propter  stomachum  et  frequentes  suas 
infhrmitates.  Qui  aitendere  debent  primum  quidem 
Apostolum  minime  sibi  ipsi  rem  istiusmodi  suadere,  sed 
nee  discipulum  seque  exposcere  sibi.  Deinde  non  tnon»- 


300 


CEt'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


II  e«t  iodicne 
duo  moine 
dc  prendre 
lint  de  soin 
de  la  facte. 


Wait  Ms-necessaire  a  I'Eglise  naissante.  Cet  eve-  que  nous  aurons  de  lui  dansle  ciel  demeurera  tou- 

que,  c  etait  Timothee.   Donnez-moi   un  Timothee',  jours,  parce  que  la  forme  qu'on  verra  alors  subsis- 

je  le  nournrai  .1  or  el  I'abreuverai  d'arobre  si  vous  tera  toujonn.  Cat  il  est  1,  Souverain  Eire  et  il  ae 

voulex.  Hois  c'est  rous  qui  vous  ordonnez  cela  par  recoit  aucun  changement  de  ce  qui  esl  dece  crui  a 

une  rausse  compassion  pour  vous.  Cette  disp.  t  de  ce  qui  sera.  Otez  le  passe  etl'avenir  ou 

que  vous  vous  accordezm'estsuspecte,jeravoue,et    trouverez-vous  plan-   pour  le  cliai nient  et  la 

j  apprehende  fori  que  la  prudence  de  la  chair  nese  moindre  trace  de  vicissitude ?  Tout  ce  qui  Iaisse  c'e 

joue  de  vous  sous  le  voile  et  le  nom  de  discretion,  qu'il  aete  pour  tendre  a  ce  qu'il  doit  etre  pas 

Aumoinsrappelez-vous,  si  vous  vous  appuyez  surla  l'etre,  mais  il  n'est  point.  Car.  commenl 

parole  de  1  Apotre  pour  boire  du  vin,  qu'il  ajoute  ce  qui  ne  demeure  jamais  en  un  meme  etat?  Vinsi 


den  boire  pen.  En  voila  assez  sur  ce  sujet.  Retour 
nons  a  I'Epouse,  et  apprenons  d'elle  a  ne  pas  car- 
der nos  propres  vignes,  et  cela  pour  son  propre 
bien  »j  surtout  nous  autres  qui  semblons  etre  en- 
voyes  pmr  garder  les  vignes  de  l'Epoux  de  I'Eglise, 


-       •      .  ~  °         1 o"""i     «••>»»<»>•»■""••»"   ca>  i'<jui    luiur  i  eiernne.  ctces 

Jesus-Cnnst  Notre-Seigneur,   qui  etaut   Dieu  et    par  la  qu'il  s'approprie  le  verital Jtre  c'est-a 

t'lt'V*'   nil    ffoesile  *l.i  IaiyIab  Ia(<  A«An4..— a-   „i  Li_:    s.    •  .i:_-     i->.  ..      •. .    .  _ 


feleve  au  dessus  de  toules  les  creatures  et  beni  a  ja 
mais.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XXXI 

Excellence  de  la  vision  de  Dieu.  Comment  a  pri- 
sent   le   gotit  de  la  presence  de  Lieu   varie  dans 
les  saints  selon  les  di/firents  desirs  de  lew  dine. 

«  1.  Apprenez-moi  ou  est  celui  qu'aime  mon  ame, 
ou  vous  paissez  votre  troupeau,  ou  vous  vous  repo- 
scz  durant  le  midi  [Cant,  i,  6).  »  Le  Verbe,  qui  est 
l'Epoux,  apparait  souvent  aux  araes  zelees,  et  ne 
leur  apparait  pas  sous  une  seule  forme.  Pourquoi 


dire  l'etre  incree,  illimitfe  et  invariable.  Lors  done 
que  celui  qui  est  ainsi  ou  plutot  qui  nest  pas  ainsi 
et  ainsi,  est  vu  tel  qu'il  est.  cette  vision^  comme  j'ai 
dit.  demeure  toujours,  parce  qu'elle  n'esl  melee  ni 
alteree  d'aucun  changement.  Et  c'est  alors  qu'un 
seul  el  meme  denier,  celui  de  I'Evangile,  est  donne 
a  tons  ceux  qui  le  verront  ainsi,  parce  qu'il  m 
presentera  a  tons  que  sous  une  meme  forme.  Car, 

comme  ee  qui  leur  apparaitra  est  invariabl 

ils  le  regarderont  invariablement,  et  ceu*  qui  le 
verront  ne  voudront  ni  ne  pourront  rien  voir  de 
plus  agreable  et  de  plus  charmant.  Quand  done 
1'avidite  avec  laquelle  nous  le  verrons  pourra-t-eUe 


ceiaT Lest  sans  doute  parce  qu'on  ne  peut  le  voir    etre  rassasiee,  quand  la  douceur  d'un  objet  si  ai 
encore  tel  qu'il  est  (I  Joan.  hi.  2).  Aussi,  la  vision 


•  Ilorslius  ajoute  en  cet  endroit  ces  mots  :  .  Ttllos  que  nous 
Its  avons  dicrites  eu  parlie,  .  qui  font  defaut  dans  les  premieres 
editions  et  dans  tous  nos  manuscriU. 

Telle  est  la  lecou  des  rieni  m.inuscrits  et  des  premieres  edi- 
tions. Ilorslius  et  plnsieurs  avec  lui  out  lu  comme  s'U  y  avail  : 
•  El  cela  pour  notre  propre  bien.» 


mable  cessera-t-elle  de  nous  charmer,  quand  la 
verite  frustrera-t-elle  nos  esperances,  quand,  en- 
fin,  1'eternite  finira-t-elle?  Mais,  si  le  pouvoir  et  la 
volonte  ie  le  voir  s'etendent  jusques  dans  1'eter- 
nite, notre  felicite  ne  sera-t-elle  pas  consommee  ? 
Que  manquera-t-il,  en  effet,  a  ceux  qui  le  verront 


cho  hoc  intimari,  sed  episcopo,  cujus  vita  teners  adhttc 
ct  nascenti  Ecclcsia?  per  necessaria  esset.  Timotheus  hie 
eiat.  Da  mihi  alteram  Timotheum;  et  ego  cibo  eum,  si 
vis,  etiam  auro,  et  polo  balsamo.  Caaterum  tu  tibimet  i'psi 
dispensas,  misertus  tui.  Suspecta  esl  mihi,  lateor,  tua 
ipsiusin  te  dispeasatio  ;  et  vereor  tibi  illudi  sub  (egmine 
et  nomine  discretionis  a  caruis  prudentia.  Id  te  saltern 
volo  admonitum  esse,  ut  si  tibi  ita  anctoritas  Apostoli 
placet  de  bibcndu  vino,  modico  (quod  ille  adjunxit)  non 
prajlermitlas.  Et  de  hoc  salis.  Sed  revertamur  ad  Spon- 
saoi,  et  discamtis  ab  ea  vineas  proprias  se  ntililer  non 
cusiodire,  pra:serlim  nos  qui  videmur  deputati  cus- 
todes  in  vineis  sponsi  Ecclesia;  Jesu-Christi  Domini 
noslri,  qui  esl  super  omnia  Deus  benedictus  in  saxula. 
Amen. 

SERMO  XXXI. 
De  excetlentia  divines  visionis;  et  rjuomor/o    in  pra 
Sanctis  viris  gustus  divinai  prasentia    variatur 
varus  nnima  desideriis. 

1.  lndicn  mihi  quern  diligii  annua  mea,    ubi   pascas 
<tbi  cubes  in  meridie.  Studiosis  mentibus  Verbum  Spon- 


sus  frequenter  apparet,  et  non  sub  una  specie.  Quid  ita 
cto  quoniam  nondum  videtur  ticuii  est.  Ncmpe  ilia 
visio  stat,  quia  forma  slal  qua:  tunc  videtur;  est  01 

1 Il;l"  capil  ex  eo  quod  est,    fuit,    vel   erit,   muta- 

tionem.  Tolle  nempe  fuit  el  erit,  unde  jam  transmutaUo 
aut  vicissitudinis  obumbratio  ?  At  quidquid  \ 
eo  quod  fial  nun  cessat  tendere  in  id  quod  erit,  h 
turn  sane  habel  per  est,  sed  omnino  nun  est.  Nam  quo- 
modo  est,  quod  nunquam  in  eodem  statu  permanet? 
Solum  proin.l.  "ere  est,  quod  neo  a  fuit  praeciditur, 
nee  :\b  erit  expungitur  i  sed  solum  atque  inexpugnabile 
remanel  ei  est,  el  manel  quod  est.  Nee  fuit  sane  tullit 
illi  esse  ab  aitemo;  neo  erit  esse  in  aeternum  :  ae  per 
hue  sibi  vindicat  verum  esse,  id  est  increahile,  inlenni- 
nabile,  invariabile.  Cum  igitur  ipse  qui  sic  est,  imo  jui 
non  sic  aut  sic  esl,  videtur  siculi  esl  ;  stat,  ut    dixi,  ilia 

quia  nulla  earn  interpolat  vici  El    tunc  ille 

de  Evangelio    unus    omnibus,    qui  sic  vident,  den 

una  specie-  qua;  offertur.  Nai  appa- 

ret, ul  invariabile  in  se  est,  ita  invariabiliter  inluen 

i  est  :  cl  quibus  apparel,  nil  videre   desiderabiUua 
volunt ,    nit   possunt   delectabiiius.    Quando   ergo   ilia 


M 


Dien  est 

tonic 
»icissitude 


celui-la  seul  est  vrairnent  qui  ne  sort  point  de  ce 
qu'il  a  fete  pour  entrer  dans  ce  qu'il  n'est  pas,  mais 
dont  l'etre  dure  et  demeure.  Par  cela  qu'il  n'a 
pohri  etfe,  il  est  detoute  eternite,  et  par  cela  qu'il 
ne  sera  point,  il   est   pour   toute  1'eternite.  El  c'est 


II  implique 

toute 
beatitude. 


La  rision  de 
Dieu  est 

impossible  en 
cette  fie. 


La  purely  est 
-aire 
pour  voir 
Dieu. 


TRENTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR 

loujimrs,  ou  que  restera-t-il  a  desirer  a  ceux  qui  le 
voudrout  toujours  voir? 

2.  Mais  cette  vision  bienheureuse  n*est  pas  pour 
la  vie  presente,  elle  est  reservee  pour  l'autre,  a 
ceux-la  qui  peuvent  dire  :  «  Nous  savons  que  lors- 
qu'il  apparaitra  dans  sa  gloire,  nous  serons  setn- 
blubles  a  lui,  parce  que  nous  le  verrons  tel  qu'il 
est  (1  Joan,  m,  -2  .  »  Maintenaut,  il  apparait  a  qui  il 
veut,  mais  c'esl  en  la  maniere  qu'il  veut,  Don  pas 
tel  qu'il  est.  II  n'est  sage,  ni  saint,  ni  propbete, 
qui  puisse  ou  qui  ait  pu  a  le  voir  en  ce  corn-  mor- 
tal, tel  qu'il  est ;  mais  celui  qui  en  sera  digue,  le 
pourra  voir,  quand  son  corps  sera  devenu  immortel. 
On  le  voit,  non  pas  tel  qu'il  est  en  elTet.  Car,  quoi- 
que  vous  voyiez  le  soleil  tous  les  jours,  vous  ne 
l'avez  jamais  vu  pourtant  tel  qu'il  est,  mais  »eule- 
ment  tel  qu'il  eclaire  l'air,  une  montagne,  une 
pierre.  Et  vous  ne  pourriez  pas  meme  le  voir  . 
sorte,  si  la  lumiere  de  votre  corps,  qui  est  votre 
ceil,  ne  ressemblait  eu  quelque  facou  a  cette  lu- 
uiiere celeste,  par  la  serenite  et  la  clarte  qui  lui  est 
natui'elle.  Car  nul  autre  membre  du  corps  n'est  ca- 
pable de  cette  lumiere,  a  cause  de  sa  grande  dis- 
proportion avec  elle.  Et  l'ceil  meme,  lorsqu'il  est 
trouble,  ne  peut  recevoir  la  lumiere,  parce  qu'il  a 
perdu  sa  resseniblance  avec  elle.  Ainsi  celui  qui  a 
l'ceil  trouL!  '  ne  voit  pas  le  soleil  qui  est  clair,  a 
cause  de  la  disconvenance  qu'il  a  avec  lui,  mats  il 
le  voit,  lorsque  son  ceil  est  clair,  a  cause  de  quelque 

»  On  pent  voir  i  ce  snjet  ce  qoe  saint  Bernard  rapporte  de 
saint  Benoit  dans  le  neuvieme  de  ses  sermoni  divers,  de  meme 
que  ce  qu'il  dit  plus  loin  de  Moise  dans  son  trenle-troisitnieser- 
moo  sur  les  Cantique  des  cantiques,  n.  b  et  dans  son  sermon 
tieate-quatrieme,  n.  1. 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  301 

resseniblance  entre  ces  deux  corps.  Et  si  l'ceil 
etait  aussi  pur  que  lui,  il  le  verrait  tel  qu'il  est 
sans  s'eblouir,  a  cause  de  l'entier  rapport  qu'il  au- 
rait  avec  lui.  De  meme  celui  qui  est  eclaire  par  le 
soleil  de  justice,  qui  eclaire  tout  homme  venant  en 
ce  monde,  peut  le  voir  ici-bas  tel  qu'il  eclaire, 
parce  qu'il  lui  est  semblable  en  quelque  chose ; 
mais  il  ne  peut  le  voir  tel  qu'il  est  en  etl'et,  parce 
qu'il  ne  lui  est  pas  tout  a  fait  semblable.  Yoila 
pourquoi  le  Propbete  dit  :  «  Approchez-vous  delui, 
et  vous  serez  eclaires,  et  vos  yeux  ne  seront  point 
eblouis  [Psal.  in,  5).  »  Cela  est  vrai,  pourvu  que 
nous  soyons  eclaires  autant  qu'il  en  est  besoin,  aQn 
que  (i  contemplant  la  gloire  de  Dieu  a  lace  devoilee, 
nous  soyons  trausformes  en  son  image  et  nous  pas- 
sions de  clarte  en  clarte,  comme  conduits  par 
l'esprit  du  Seigneur  (II  Cor.  in,  28  .  » 

3.  II  taut  douc  s'approcher  de  lui  avec  respect, 
non  se  precipiter  avec  effronterie,  de  peur  que  vou- 
lant  sonder  sans  retenue  cette  haute  niajeste,  on  ne 
demeure  accable  sous  le  poids  de  sa  gloire  (Prov. 

xxv,  27 ':.  Et  iliiefaut  pas  s'approcher  de  lui  par  un    plas  ?ne<tl 

,     •  •  ,  ,  Pur  pi"5  "" 

chaugemeut  de  heux,  mais  par  les  diverses  clartes,   est  pres  de 

et  claries  non  corporelles,  mais  spirituelles,  comme 
etant  conduits  par  1  esprit  du  Seigneur.  Je  dis  par 
l'esprit  du  Seigneur,  non  par  le  uotre,  quoique 
cela  se  passe  dans  le  notre.  Ainsi  celui  qui  est  plus 
lumiueux,  est  plus  procbe  de  Dieu  ;  et  celui-la  est 
arrive  jusqu'a  lui,  qui  a  atteint  le  souverain  degre 
de  clarte.  Mais  le  voir  tel  qu'il  est,  quand  nous  se- 
rous en  sa  presence,  ce  n'est  pas  autre  chose  qu'etre 
tels  qu'il  est,  et  n'etre  eblouis  par  aucune  dissem- 
blance, mais  ce  ne  sera  que  dans  le  ciel,  comme  je 
l'ai  dit,  que  nous  jouirous  dun  si  grand  bonheur 


vel  fastidiet  aviditas,  vel  se  subtrahet  suavilas,  vel 
fraudaiji!  Veritas,  vel  defieiet  aeternitas?  Quod  si  in 
sternum  extenditur  videndi  copia  pariter  ct  volun- 
tas; quomodo  non  plena  felicitas?  "Nil  quippe  aat 
deest  jam  semper  videntibus,  aut  superest  semper 
volentibus. 

2.  At  talis  visio  non  est  vitae  praisenlis,  sed  in  novis- 
simis  reservatur,  his  duntaxat  qui  dicere  possunt  :  Sci- 
mus  quia  cu  apfiarueril,  simile*  ei  erimus,  quia  vide- 
bimus  cum  sicuti  est.  Et  nunc  quidem  appa;et  quibus 
vult  :  sed  sicuti  vult,  non  sicuti  est.  Non  sapiens,  non 
sanclus,  aon  propheta  videre  ilium,  sicuti  est,  potest, 
aut  potuit  ia  corpore  hoc  mortali;  poterit  autem  in 
immortali,  qui  dignus  habebiiur.  Itaque  videtu  et  hie, 
sed  sicut  videlur  ipsi,  et  non  sicuti  est.  Nam  neque  hoc 
luminare  mag  ium  (solem  loquor  istum,  qucm  quotidie 
vides)  vidisti  tamen  aliquando  sicuti  est,  sed  tantum 
s'uut  illuminat,  verbi  causa  acrem,  montem,  panetem. 
Quod  nee  ipsum  quidem  aliquatenus  posses,  si  non  ali- 
qua  ex  park  ipsum  lumen  corporis  lui,  pro  sui  ingenita 

:iale  et  perspicuilate,    ccelesti   lumini    simile 
Non   denique    altcrum    membrum    corporis    capax    est 
luaiinis,  ob  multam  utique    dissimiiitudinem.    bed  nee 
ipse  oculus,  cum  lurbalus  fuerit,    lumini   propinquabit, 


nimirum  ob  amissam  similitudinem.  Qui  ergo  turbatus 
nullalenus  serenum  solem  videt  propter  dissimiiitudi- 
nem :  serenus  aliquatenus  videt  pmpter  nounullam 
similitudinem.  Profecto  si  pari  prorsus  puritate  vigeret, 
videret  omuino  inollensa  acie  cam,  sicuti  est,  propter 
omnimodam  similitudinem.  lta  et  Solem  justitise  ilium, 
qui  illuminat  omnera  hominem  venientem  in  nunc 
liunc  mundum,  videre  in  hoc  mundo,  sicut  illuminat, 
illumindus  potest,  tanquam  jam  in  aliquo  similis  :  sicuti 
est,  omnino  non  potest,  tanquam  nondum  perfecte  simi- 
lis. Propterea  dicit  :  Accedite  ad  eum  et  illuminnmini, 
et  fa  :on  confundentur.  Ita  sane,  sed  si  quan- 

tum satis  est  ihuminamur,  ut  revelata  facie  speculates 
gloriani  Dei ,  in  ean.dem  imaginem  transformemur 
de  c/aritate  in  claritalem ,  tanquam  a  Domini 
Spiritu. 

3.  Ergo  accedendum  ad  eum,  non  irruendum  neirre- 
verens  scrutator  maji  statis  opprimatur  a  gloria.  Nee 
locis  sane  accedendum,  sed  clarilatibus ;  ipsisque  non 
corporeis,  sed  spiritualibus,  tanquam  a  Domini  Spiritu. 
A  Domini  plane,  et  non  a  nostro,  quamvis  in  nostro. 
Qui  itaque  clanor,  ille  propinquior  :  esse  autem  claris- 
simum,  pervenisse  est.  Porro  jam  praesentibus  nonaliud 
est  videre  sicuti    est,  quam    esse   sicuti    est,    et  aliqua 


set 


(IIVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


La    premiere 

ananiire  de 

voir  Dieu 

coimeot  aui 

bieubcurem. 


La  secende 

naDiere  de 

le   Toir  est 

propre  aux 

homines  qui 

tivenl  encure 

«ur  la   terre, 

test  la 

manure 

t'ommune. 


pieui  et 
jusiei. 


desir. 


La   troisieme 

coaniire  est 

celle    des 

Peres  des 

anciens 

temps. 


Cependant  cette  grande  variety   de  formes,  et  ce    Dieu,  qui  diflere  d'autanl  plus  de  celles-la,  qu'elle  taquatricme 
nombre  presque  iiifmi  dYspeoes  ditferentes,  qui  se     est  plus   interieure,  et  c'est  lorsque  Dieu  pSt  lai-  "'wjjjjj, ,?" 
trouvcnt     dans    les     creatures,    qu'est-ce    autre     iin'me  daigue  visiter  1'ame  qui  le  cherche, mais  qui 
chose  en  quelque  sorte  que  des  rayons  de  la  Divi-    le  cherche   avec  toute  l'ardeur  de  ses  desirs  et  de 
nite,  qui  inoiitrent   que  celui  de  qui  elles  tiennent     son  amour.  Or  voiei  le  signede  sa  venue  dans  lime, 
l'etre  est  vraiment,  mais  qui  ne  font  pas  voir  abso-     comme  nous  l'apprenons  de  celui  qui  l'avait  cxpe- 
lument  ce  qu'il  est?  C'est  pourquoi  vous  voyez    rimente  :  «  Le  feu  marehera  devant  lui,et  devorera 
quelque  chose  Je   lui,  mais  vous  ne  le  voyez  pas    ses  ennemis  tout  a  1'entour  {Psal.  xcvl,  3).  n  Car  il   ^J"'^' 
lui-meme.  Et  lorsque  vous  voyez  quelque  chose  de     faut  que  toute  ame  en  laquelle  il  doit  venir,  pre-    un  ardent 
celui  que  vous  ne  voyez  pas,  vous  etes  assure  de    vienne  son  avenement  par  des  desirs  si  ardents, 
son  existence,  et  cela  doit  vous  porter  a  le  cher-    qu'ils  consument  toute  l'impurete  de  ses  vices,  et 
cher;  celui  qui  la  cherche  en  recevra  des  recom-    preparent  ainsi  un  lieu  pour  le   Seigneur.  L'ame 
penses  et  des   graces,  mais  celui  qui  neglige  de  le    sait  que  le  Seigneur  est  proche  lorsqu'elle  se  sent 
chercher  ne  saurait  trouver  une  excuse  dans  son    embrasee  de  ce  feu,  et  qu'elle  dit  avec  le  Prophete: 

it  11  a  euvoye  d'eil  haut  son  feu  dans  la  moelle  de 
mes  os,  et  il  m'a  enseignS  ce  que  je  dois  faire 
[T/tren.  i,  13).  »  Et  encore  :  «  Mon  ceeur  s'est 
I'duiullV'  en  moi,  et  ce  feu  s'enflimme  de  plus  en 
plus  dans  ma  meditation  (Psal.  xxxvnt,  h).  » 

5.  Apres  qu'une  ame  a  pousse  ainsi  de  frequents 
soupirs,  ou  plutot  a  prie  et  s'est  affligee  sans  re- 
luche  dans  la  violence  di;  ses  desirs,  s'il  arriv 
quelquefois  que  celui  qu'elle  a   tant  desiri-  et  tan! 


ignorance.  Mais  cette  facon  dele  voir  est  commune. 
Car  il  est  aise,  selon  l'Apotre,  a  tous  ceux  qui  ont 
l'usage  de  la  raison,  «  de  contemplcr  les  perfections 
invisibles  de  Dieu  dans  les  beautes  visibles  des 
creatures  (Rum.  i,  20).  » 

h.  C'etait  sans  doute  d'une  autre  maniere  que 
Dieu  daignait  autrefois  accorderaux  palriareh.es,  de 
jouir  souvent  et  familierement  de  sa  presence,  pour 
Satisfaire   l'ardeur  de  leur  zele  et  de  leur  amour, 


quoique  alors  il  ne  se  moutrat  pas  a  eux  tel  qu'il  cherche   ayant   compassion  de  ses  peines,   se    pre- 

est,  rnais  tel  qu'il  lui  plaisait  de  paraitre.  Et  il  ne  senle  a  elle,  jecrois  qu'elle  peut  dire  avec  Jeremir, 

se  monlrait  pas  a  tous  d'uue  maniere,  niais,  comme  uistruite  par  sa  propre   experience:  «  Vous   etes 

dit  l'Apotre,  «  en  differentes  facons  et  sous  diverses  bon,  Seigneur,  a  ceux  qui  esperent  en  vous,  et  a 

formes  (Ueb.  I,  1),  »  bien  qu'il  soit  un  en  soi,ainsi  toute  ame  qui  vous  cherche  (Tliren.  m,  25) !   »  Son    7es"anVa1" 

au'il  le  dit  lui-meme  a  Israel  en  ces  termes  :  «  Le  bon  ange,  un  des  compagnons  de  l'Epoux,  qui  lui  reodent  am 

"  «,  ,  ,         .    .  ■  'mes  pieuses. 

Seigneur  votre  Dieu  est  un  seul  Dieu  (Deut.  vi,3). »  a  ete  envoye  pour  etre  le  ministre  et  le  temoin  de 

Ces  apparitions  n'etaient  pas  communes,  alaverite,  cette  enlrevue  secrete,  n'est-il  pas  ravi  de  joie,   et 

neanmoins   elles   se  faisaient  au  dehors  par  des  ne  tressaille-t-il  pas  d'allegresse  par  la  part   qu'il 

images  sensibles,  ou  par  des  voix  qui  resonnaient  prend  a  une  si  grande  faveur?  Sans  doute   alors 

aux  oreilles.  Mais  il  y  a  une  autre  maniere  de  voir  se  tournant  vers  le   Seigneur,  il   lui   dit  :  Je  vous 


dissimilitudine  non  confundi.  Sed  id  tunc,  ut  dixi. 
Interim  vcro  tanta  ha;c  formarum  varietas,  atque  nume- 
rositas  specierurn  in  rebus  conditis,  quid  nisi  quidam 
sunt  radii  Deitatis,  monstrantes  quidem  quia  vere  sit  a 
quo  sunt,  non  tu-nen  quid  sit  prorsus  diftinientes  ?  Ita- 
que  de  ipso  vidcs,  sed  non  ipsum.  Cum  autem  de  eo, 
quern  non  vidcs  ,  caetera  vidcs;  scis  indubitanter 
existere  quern  iportet  inquirere,  ut  inquirenlcm  non 
fraudet  gratia,  negligentem  ignorantia  non  excuset.  Ve- 
rum  hoc  genus  \idcndi  commune.  In  promptu  cniiii  est 
juxta.Apostolum,  oinni  utenli  ratione,  invisibilia  Dei  per 
ea  qua  beta  suit,  iniellecla  conspicere. 

4.  Alius  i  rocul  dubiu  illc  modus,  quo  quondam  P.itii- 
bus  crebra  ilia  atque  ambiliosa  divinae  prapscnliae  f.imi- 
liaritas  clignanlcr  indulla  est,  qiiamquam  nee  ipsis  sicuti 
est,  sed  sicul  dignata  est.  Ncc  uno  omnibus  modo,  sed, 
ut  ait  Apostolus,  multifarie  multisque  modi*,  cum  ipse 
in  se  sit  unus,  dicente  ipso  ad  Israel  :  Dominus  Deus 
tuus,  Dcus  unus  est.  Et  haec  demonstratio,  non  quidem 
communis ;  sed  tamen  foris  facta  est,  nimirum  cxhibita 
per  imagines  extrinsecus  apparentes,  seu  voces  sonantcs. 
St:d  est  divina  inspectio,  eo  difTerentior  ab  bis,  quo 
interior,  cum  per  scipsum  dignatur  invisere  Deus  ani- 
■i»m  quterentem  se,  qua  tamen  ad  quaerendum  toto  se 


desiderio  et  amore  devovit.  Et  hoc  signum  istiusmodi 
adventus  ejus,  sicut  ab  eo  qui  expeitus ; est  edocemur  : 
Ignis  ante  ipsum.  prcecedet,  et  inflammabit  in  circuits 
inimicos  ejus.  Oportet  namque  ut  sancti  desiderii  ardor 
pneveniat  laciem  ejus  ad  omnem  animam,  ad  quam  est 
ipse  venturus,  qui  omnem  consumat  rubiginem  vitio- 
rum,  et  sic  praeparet  locum  Domino.  Et  tunc  scitanlma 
quoniam  juxta  est  Dominus,  cum  se  senseril  illo  igne 
succensam,  et  ilixerit  cum  Propheta  :  De  exrelso  rhisit 
ignem  in  ossibus  meis,  et  crudivit  me.  Et  illud  :  Con- 
caluit  cor  mcum  intra  me,  et  in  meditatione  mea  exar- 
descet  ignis. 

5.  Tali  animae  suspiranti  frequenter,  imo  sine  inter- 
missione  oranti,  et  afflictanli  se  pra?  desiderio,  cum 
interdum  deslderatua  ille ,  qui  ita  quaeritur,  miscratus 
occuiril;  puto  i  11  i  de  propria  experientia  convenire,  ut 
dicat  cum  sancto  Jcremia  :  Bonus  es  Domine  sperantibus 
in  le,  nnimis  qurrrenti  te.  Sed  el  angelus  ejus,  qui  unus 
est  de  sodalibusSponsi,  in  hoc  ipsum  deputatus,  minis- 
ter profecto  et  arbiter  secrete  mutua?que  salutationis  : 
is,  inquam,  angelus  quomodo  tripudial,  quomodo  colliB- 
tatur  et  condelectatur,  et  conversus  ad  Dominum  dicit : 
Gratias  ago  tibi,  Domine  majestatis,  quia  desiderium 
cordis  ejus  tribuisti  ei,  et   voluntate  labiorum  ejus  non 


TRENTE  ET  UN1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  m 

rends  graces,  6  Dieu  d'une  majeste   infinie,  de  ce  6.  Mais  vous,  gardez-vous  bien  de   croire  que 

que  vous  avez  exauce  les  desirs  de  cette  time,  et  ne  nous  pensions  qu'il  y  aitriende  corporel  ou  d'ima- 

L'avez  pas  privee  de  ce  qu'elle  vous  demandait  dans  ginaire  dans  ee   melange  du   Verbe   et   de   l'ame. 

ses  voeux  et  ses  prieres.  C'est  cet  ange  qui,  la   sui-  Nous  ne  disons  que   ce  que  l'Apdtre  a  dit,  «  celui 

vant  soigneusement  partout,  ne  cesse   de    l'exciter  qui  adhere   a  Dieu  ne  fait  qu'un  meme  esprit  avec 

et  de  la  presser  de  ses  frequentes  inspirations  en  lui  lui  (i  Cor.  vi,  17).  »  Nous  exprimons  comme  nous 

disant  :  «  Itejouissez-vous  dans  le  Seigneur,    et   U  pouvons,  le  ravissement  en  Dieu  d'une   ame   pure, 

vous  aecordera  ce  que  vous  lui  demanderez   (Psal.  ou  la  bienheureuse  descente  que    Dieu    fait   dans 


L'unioa  da 

Verbe  et   de 

Y&mc 

n'impliqae 

rien  de 

eorpore 


xxxvi,  U) .'  »  ou  bieu  :  «  Attendez  le  Seigneur  et 
gardez  ses  preceptes  (Hib).  »  Et  encore  :  «  S'il  dif- 
fere  a  venir,  attendez-le,  car  il  viendra  bientot,  et 
il  ne  tardera  point  (Habac.  it,  3) ; »  ou  bien,  s'adres- 
sant  au  Seigneur  il  lui  dit  :  «  Comme  une  bicbe 
soupire  avec  ardeur  apres  les  eaux  des  torrents, 
cette  ame  soupire  apres  vous  mon  Dieu  (Psal.  xu, 
1).  »  Elle  a  aspire  apres  vous  durant  toute  la  nuit, 
et  votre  esprit  qui  babite  dans  le  fond  de  son  cceur 
l'a  eveill£e  des  le  matin  pour  vous  cbercber.  Elle  a 


cette  ame,  en  comparant  ce  qui  est  spirituel  a  des 
cboses  spirituelles.  Cette  union  se  fait  done  en 
esprit,  parce  que  Dieu  est  esprit,  et  il  est  esprit 
d'amour  pour  la  beaite  de  cette  ame,  qu'il  voit 
peut-clre  marcher  selon  l'Esprit,  et  qui  n'accom- 
plitpointles desirs  de  la  chair;  surtouts'il  recommit 
qu'elle  briile  d'amour  pour  lui.  Une  ame  en  cet 
etat,  et  si  fort  aimee  de  son  Dieu,  est  loinde  se  con- 
tenter  que  son  Epoux  se  manifeste  a  elle,  de  la 
maniere  commune  a  pi usieurs,  paries  cboses  creees, 


(Juelle  visioB 

de  Diea 

desire  una 

Ame  pieuie. 


tenu  tout  le  jour  ses  mains  levees  vers  vous,  accor-     ou  de  celle  qui  a  ete  particuliere  a  quelques   per- 


dez-lui  ce  qu'elle  vous  demande,  car  elle  crie  et 
soupire  apres  vous.  Tournez-vous  un  pen  vers 
elle;  laissez-vous  flechir  a  ses  prieres;  rcgardez 
du  haut  du  ciel,  voyez  et  visitez  cette  pauvre  ame 
desolee.  Fidele  paranymphe,  il  est  lenioin  de  cet 
amour  niuluel,  sans  en  etre  jaloux,  et,  bieu  luiu 
de  travailler  pour  ses  inlerels,  il  ne  recherche  que 
ceux  de  son  maitre.  11  va  et  vient  de  1'Epoux  a 
l'Epouse,  oll'raut  les  vceux  de  l'une  et  rapportant 
les  graces  de  l'autre.  II  excite  celle-la  et  apaise 
eelui-ci.  (Juelquefois  meme,  quoique  rarement,  il 
les  fait  voir  l'un  a  l'autre,  soit  en  la  ravissant,  soit 
en  lui  amenant  son  bieu-aime.  Car  0  est  comme 
domestique,  et  connu  dans  le  palais  du  roi;  il  ne 
craint  aucun  refus,  et  il  voit  tous  les  jours  la  face 
du  Pere. 


sonnes,  par  les  visions  et  par  les  songes;  elle  veut 
que,  par  un  privilege  special,  il  descende  en  elle  du 
haul  du  ciel,  qu'il  la  penetre  intimement  etjusqu'au 
plus  profond  de  son  cceur,  elle  veut  que  celui 
qu'elle  desire  ne  se  montre  pas  a  elle  sous  une 
fig.;re  exterieure,  mais  qu'il  se  fasse  comme  une 
infusion  de  lui  en  elle ;  qu'il  ne  lui  apparaisse  pas, 
mais  qu'il  la  penetre ;  car  on  ne  peut  douter  qu'il 
soit  plus  agreable  au  dedans  qu'au  dehors.  Car  le 
Verbe  ne  resonne  pas  aux  oreilles,  mais  perce  le 
cceur;  il  n'est  ,.as  loquace,  mais  efticace;  il  ne  fait 
pas  de  bruit,  mais  il  est  doux  a  l'ame.  C'est  un 
visage  qui  n'a  point  de  forme,  mais  qui  forme,  qui 
ne  frappe  pas  les  yeux  du  corps,  mais  qui  remplit 
le  cceur  de  joie,  que  l'amour,  non  la  beaute  exte- 
rieure rend  agreable. 


Deaceote  d« 
Dieu  dans 
une'Ame. 


fraudasti  earn.  Ipse  est  qui  in  orani  loco  sedulus  quidam 
pedissequus  anima?  non  cessat  sollieitare  earn,  et  assi- 
duis  suggestionibus  monere,  dicens  :  Deledare  in  Do- 
na,r>  cl  datrit  libt  petitiones  cordis  lui.  Et  rursum  : 
Exspecta  Dominum,  et  cusiodi  viam  ejus.  Item,  Si  mo- 
ram  fecerit,  exspecta  eum,  quia  veniens  veniet,  et  non 
lardabit.  Ad  Dominum  auteoi  :  Sicul  ceroui,  inquit, 
desiderat  ad  fontes  aquarum,  itu  desiderat  unimu  ista 
ad  te  Deux.  Desideravit  te  in  nocte,  sed  et  spirilus  tuus 
in  praecordiis  ejus  de  mane  vigilavit  ad  te.  Et  itcrum  : 
tota  ilie  expandit  ad  te  nianus  suas,  dimitle  illam  quia 
clamat  pusi  le  :  converterc  aliquanluluui,  et  deprecabilis 
esto  super  earn.  Bespice  de  coelo,  et  vide,  ct  visita 
dcsolatam.  Fidehs  paranymphus  ,  qui  mutui  anions 
conscius,  sed  non  invidus ,  non  suam  quaerit,  sed 
Domini  graliam  :  discurrit  medius  inler  dilectum  et 
dileclam,  vota  offerens,  referens  dona.  Excital  islam, 
placal  ilium.  Interduai  quoque,  licet  raro,  reprcesentat 
eos  pariter  tibi,  sive  hanc  rapiens,  sive  ilium  adducuns; 
siquidem  domesticus  est  et  nutus  in  palatio,  nee  veretur 
repulsam;  etquotidie  videt  faciem  Patris. 

6.  Vide  autem  tu  ne  quid  nos  in  hac  verbi  animaeque 
coinmixtione     corporeum     seu    imagiaatorium    sentire 


existimes.  Id  loquimur  qnod  Apostolus  dicit  :  quonlam 
qui  adliEeret  Deo,  unus  spiritus  est.  Excessum  puras 
mentis  in  Deum,  sive  Dei  pium  descensum  in  animam, 
nostris  quibus  possumusexpriniimus  verbis,  spirilualibua 
spiritualia  comparantes.  Itaque  in  spiritu  tit  ista  conjunc- 
tio,  quia  spiritus  est  Deus,  et  coneupiscitdecoremanimse 
illius,  quam  forte  adverterit  in  spiritu  ainbulantem,  et 
curam  carnis  non  perficientem  in  desiderio,  praesertim 
si  sui  amore  tlagraiiteoi  couspexerit.  Non  ergo  sic  af- 
fecta  et  sic  dilecta,  contenta  erit  omnino  vel  ilia,  quae 
mullis  per  ea  quas  facta  sunt ;  vel,  ilia  quae  paucis  per 
visa  et  somnia  facta  est  manifestati'j  Spousi,  nisi  »t 
special]  prarogaliva  intiaiis  ilium  atl'ectibus  atque  ipsis 
mcdullis  cordis  coelilus  illapsum  suscipial,  h.ibealque 
praisto  queui  desiderat  non  liguratum,  sed  inl'usum  : 
non  appaientem  S'.-d  afficientem  :  nee  dubium  quin  eo 
jucunuiorem,  quo  intus,  non  foris.  Verbum  nempe 
est,  non  sonans,  sed  penetrans;  non  loquax,  sed  eflicax , 
non  obslrepens  aunbus,  sed  affectibus  blandiens.  Pacies 
est  non  loimata,  sed  formans,  non  perstringens  oculos 
corporis,  sed  faciem  cordis  laetiflcans  :  grata  quippe 
amoris  munere,  non  colore. 
7.  Non  tamen  adhuc  ilium  dixerim  apparer*  sicuti  art, 


soa 


CKUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le  j«nt  de 
la  prfeancQ 

dmnt  vine 
•elon    lea 

dispositions 
Ju  Time. 


7.  Je  ne  puis  pas  dire  neanmoins  qu'alors  meme  de  ses  discours  et  de  ses  mceurs,  commeparla  sen-  monile  iprt, 
il  se  montre  tel  qu'il  est,  quoique  de  cette  sorte,  il  teur  des  parfums  delicieux,  il  excite  tout  le  monde  'ni- 
ne se  fasse  pas  voir  autre  qu'il  est.  Car  bien  qu'une  a  courir  apres  lni !  C'est  ce  qui  lenr  fait  dire  : 
ame  suit  Ires-devote,  ce  n'est  pas  a  dire  pourtant  «  Nous  courons  dans  l'odeur  de  vos  parfums  (Caul 
qu'il  se  montre  aussitdt  ainsi  a  elle,  ni  meme  qu'il  I,  3).  »  Quelquefois  aussi  il  se  presente  comme  un 
se  montre  a  toutes  d'une  meme  facon.  Car,  selon  rich?  pere  de  famille  qui  a  des  provisions  en  abon- 
que  les  desire  d'une  ame  varient,  le  gout  de  la  dance  dans  sa  maison,  ou  pluldl  comme  un  roi 
presence  divine  varie  aussi,  et  cette  douceur  ce-  magnifique  et  puissant  qui  semble  relever  la  timi- 
leste  flatte  diversement  le  palais  de  l'esprit,  selon  dite  de  l'Epouse  qui  est  pauvre,  exciter  ses  desire 
les  ditferentes  cboses  qu'il  souhaite.  Aussi  vous  avez  en  lui  decouvrant  tous  les  Iresors  de  sa  gloire,  la 
pu  remarquer  dans  ce  cbant  d'amour  combien  de  richesse  de  ses  pressoirs  el  de  ses  colliers,  l'abon- 
fois  il  a  cbange  de  visage,  en  combien  de  formes  dance  de  ses  jardins  et  de  ses  terres,  et  en  la  faisant 
agreables  il  a  daigne  se  transformer  devant  sa  meme  enlrer  dans  l'interieur  de  sa  cbambro.  Car 
bieu-aimee,et  comment,  ainsi  qu'un  epoux  modcste,  sou  epoux  a  toute  sorte  de  contiance  en  olio,  et  il 
tantot  il  desire  jouir  en  secret  des  embrassements  estime  qu'il  ne  doit  rien  cacher  a  celle  qu'il  a  ra- 
d'une  ame  sainte,  et  prend  plaisir  a  lui  donnerdes  cbetee  de  la  pauvrete,  dont  il  a  eprouve  la  fidelite, 
chastes  baisers,   tantot    il  se  cbange  en  medecin,    et  qu'il  couvre  de  ses  baisers,  tant  elle  lui  semble 

aimable.  Voda  comment  il  ne  cesse  point  de  se 
montrer  intericurement  d'une  rnaniore  ou  d'une 
autre  a  ceux  qui  le  cbercbent,  et  d'accomplir  cos 
paroles  :  «  Je  suis  avec  vous  jusqu'a  la  consom- 


avec  ses  huiles  et  ses  parfums,  a  cause  sans  douto 
des  ames  tondres  et  faibles  qui  ont  encore  besoin 
de  ces  fomentations  et  de  ees  reinede<  ,  d'ou  vient 
qu'elles  sont  designees  par  le  nom  de  jeunes  filles, 


qui  semble  marquer  quelquo  delicatesse.  Si  quel-     mation  des  sieeles  (Matth.  xxviu,  20). 


qu'un  en  murmure  on  lui  dira  que  «  ce  ne  sont  point 
ceux  qui  se  portent  bien  qui  ont  besoin  de  mede- 
cin, mais  ceux  qui  sont  malades  [Matth.  ix,  12).  » 
Tantot  il  se  presente  comme  un  voyageur,  se  joint 
a  l'Epouse  et  aux  jeunes   lilies  qui   marcbeut  en- 


8.  En  tout  cela  il  est  plein  de  douceur,  de  charme  Comment  le 

*  .  Lnnst  se 

et  de  inisericorde.  Car  dans  les  baisers,  il  temoigne 
son  amour  et  sa  tendresse,  et  dans  l'builo,  dans 
ses  parfums  et  dans  ses  autres  medicaments,  il  fait 
voir  qu'il  est  clement   et  qu'il    a  des   entrailles  de 


montre  a 
ceui    qui 
marched  a 
aa   suite. 


Par  sa  dou- 
ceur Jesus 
attire  tout  le 


semble,  et  delasse   cette  troupe  bienbeureuse  de  la  charite  et  de  compassion.  Enlin   dans  le   cbomin  il 

fatigue  du  chemin  par  la  douceur  de  ses  ontretiens  est  gai,  atfable,  plein  de    grace  et    de   bonte ;   daus 

et  de   ses  discours,  en  sorte  que  lorsqu'il   s'en  va  l'etalage  de  ses  ricbesses   et  de   ses  possessions,   il 

toutes   s'ecrient    :    «  Ne  sentions-nous   pas    noire  fait  voir  qu'il  est  liberal,  et  qu'il  donne  des  recom- 

cceur  s'entlammer   en  nous  lorsqu'il  nous  parlait  penses  proportionneesa  saroyale  magnificence,  C'est 

de  Jesus  dans  le  chemin  [Luc.  xxiv,  32)  ?  »  Que  sa  ainsi  que  partout  dans  ce  cantique  vous  trouverez 

compagnie  est  charmante,  puisque  par  la  douceur  le  Vorbe  figure  sous  ces  sorles  de  ressemblauces 


quamvis  non  omnino  aliud  hoc  modo  exhibeat,  quam 
quod  est.  Neque  enim  vel  sic  continue  praesto  erlt, 
quamvis  devotissimis  mentibus ,  sed  nee  uniformiter 
omnibus.  Oporlet  namque  pro  vaiiis  animas  desideriis 
divinae  gustum  prassentiae  variari,  el  iufusum  saporem 
supernae  dulcedinia  diversa  appelentis  uniini  aliter  atque 
aliter  oblectare  palatum.  Denique  ailvertisli  in  hoc  ama- 
torio  carmine,  qu  -ties  mutaverit  vultum,  et  in  quanta 
mullitudiue  duleedinis  sua'  coram  dilccla  dignatus  sil 
transformari ;  et  quomodo  nunc  quidem  instar  verecundi 
Sponsi  sancio  annua;  secretos  petal  amplexus,  et  o.-culis 
delectetur;  nunc  vero  in  oleo  et  unguentis  medicum 
cxlnbere  apparent,  niniirum  propter  teneras  et  inlirmas 
animas  istiusmodi  adhuc  iudigenles  fiinenlis  et  medica- 
mentis  :  unde  et  delicalo  adolescenlularum  nomine 
designanlur.  Si  mussitel  quis,  audiet,  quia  non  est  opus 
sanis  medicos,  sed  male  habentibus.  Nunc  rursurn  quasi 
viator  quispium  itinerantibua  SpunsaB  simul  atque  ado- 
lescentulis  sese  associans,  jucundissimis  confabulationi- 
bus  suis  a  labore  viae  omnem  revelat  comitatum,  ita  ut 
eo  discedente  loquantur  :  Nonne  cor  nostrum  ardens 
erat  in  nobis  de  Jesu,  dum  loquerelur  nobis  in  via  ? 
Facundus  comes,  qui  in  sennonum  et  morum  suavitate 
•riorum,  tanquam    in    quadam    suaveolentia   spirantium 


unguentorum,  post  se  currere  faciat  universos ;  unde  el 
dicunt  :  In  odore  unguentorum  tuorum  curremus.  Item 
aliquando  occunens,  quasi  pru>divesaliquis  paterfamilias, 
qui  in  domo  sua  abundet  panibus;  inio  tanquam  rex 
mugniliciis  ct  potens,  qui  Sponsae  pauperis  vidcalur 
pusillanimiralem  erigere,  provoeare  cupiditatem,  de- 
monstrana  illi  omnia  desiderabilia  gloria'  suao,  divitiaa 
torcularium  ac  promptuariorum,  bortorum  et  agrorum 
copias,  demum  etiam  introducens  earn  in  ipsa  sccreta 
cubiculi.  Nimirum  confidit  in  ea  cor  viri  sui,  et  non  est 
ex  omnibus  quod  ab  ilia  cxistimet  abscundendum,  imam 
redemit  inopem,  probavit  fidelem,  amplexatur  amabi- 
lem.  Atque  ita  non  cessat,  sive  hoc,  sivo  illo  modo  in- 
terno,  jugiter  apparere  conspectui  qu;erentium  se,  ut 
sermo  impleatur,  quem  dixit  :  Ecce  ego  vobiscum  sum 
usque  ad  consummationem  s&euli. 

8.  Et  in  his  omnibus  suavis  ct  mitis,  et  multae  mise- 
ricordiae.  Nam  in  osculis  quidem aflectuosum  et  blandum 
in  oleo  aulein  el  in  pigmentis  atque  unguentis  clemen- 
tem  el  affluenlcrn  visceribus  pietalis  et  compassionia. 
Porro  in  via  hilarem,  aflabilem,  plenum  gratiae  ct  sola- 
tii ;  in  ostensione  vero  divitiarum  ac  possessiomimmuni- 
ficum  se,  ac  largum  pro  regia  liberalitate  remunerato- 
rem  demoustrat.  Ita  per  omnem  hujus  carmiuiB  textum 


TRENTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR 

C'est,  jecrois,  ce  que  le  Prophete  a  voulu  marquer 
quand  il  a  dit  :  «  Notre-Seigneur  Christ  est 
un  esprit  present  (levant  nous,  nous  vivons  dans 
son  ombre  parmi  les  nations  (Thren.  iv,  20,,  » 
parce  que  nousne  le  voyons  rnaiutenant  quecomme 
dans  un  miroir  et  en  euigme,  non  pas  encore  face 
u  face  ;  mais  cela  ne  doit  durer  que  taut  que  nous 
vivrons  parmi  les  nations.  Car  il  n'en  ira  pas  ainsi 
parmi  les  anges,  lorsque,  possedant  une  felicite  en 
tout  pareille  a  la  leur,  nous  le  verrons  aussi  bien 
qu'eux  tel  qu'il  est,  c'est-a-dire  en  la  forme  de 
Dieu,  non  sous  des  ombres.  En  effet,  comme  nous 
le  disons  les  auciens  n'avaient  que  l'ombre  et  la 
figure,  mais  que  nous,  grace  a  Jesus-Christ  quis'est 
rendu  present  par  la  chair,  nous  possedons  la  ve- 
rite  meme;  ainsi  on  ne  peut  nier  que  nous-metues, 
a  l'egard  du  siecle  a  veuir,  nous  ne  vivions  dans 
l'ombre  de  la  verite  ;  a  moins  qu'on  ne  veuille  con- 
tredire  l'Apoire  qui  dit  :  «  En  partie  nous  connais- 
sons,  et  en  partie  nous  devinons  (I  Cor.  xm,  9j ;  » 
El  encore  :  «  Je  ne  crois  pas  l'avoir  compris  (Philip. 
ill,  13).  »  Car  comment  n'v  aurait-il  point  de  diffe- 
rence entre  ceux  qui  marchent  par  la  foi,  et  ceux 
qui  voient  clairemeut  ce  qui  est  l'objet  de  notre 
foi  ?  Ainsi  le  juste  vit  de  la  foi,  etle  bienheureux  se 
rejouit  de  voir  ce  qui  fait  l'objet  de  cette  foi. 
C'est  pourquoi  l'homme  de  bien  vit  ici  bas  dans 
l'ombre  de  Jesus-Christ,  et  l'ange  se  glorifie  de 
contempler  la  splendeur  de  sa  face  immortelle  et 
glorieuse. 

9.  Mais  on  ne  peut  nier  que  l'ombre  de  la  foi  soit 
bonne,  puisqu'elletemperela  luuiiere  qui  eblouirait 
nos  yeux  faibles  et  debiles,  et  les  prepare  a  suppor- 
ter l'eclat  de  cette  luuiiere.  Car  il  est  ecrit,  «  que 
la  foi  purine   le  cceur  (Act.  xv,  9).  »   Ainsi   la  foi 


Marie  vivait 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  305 

n'eteint  point  la  lumiere,  elle  la  conserve.  Tout  ce 
que  l'ange  voit,  quelque  grand  que  ce  puisse  etre, 
l'ombre  de  la  foi  me  le  garde,  et  le  met  comme  en 
depot  dans  son  sein  fidele,  pour  me  le  decouvrir 
quand  il  en  sera  temps.  Ne  vous  est-il  pas  avanta- 
geux  de  posseder,  quoique  sans  le  voir,  ce  que 
vous  ne  p  mrriez  comprendre  quand  il  serait  decou- 
vert.  La  Mere  meme  du  Seigneur  vivait  dans  l'om- 
bre  dela  foi,puisqu'on  lui  dit:  «  Vous  etes  bien  l'ombre  .de  la 
heureuse  d'avoir  cm  [Luc.  i,  54).  »  Elle  vecut  aus-  v°.''ie 
si  dans  l'ombre  projetee  sur  elle  par  le  Corps  de  "er™n7  "> 
Jesus-Christ,  suivant  ces  paroles  de  l'ange  :  «  La 
vertu  du  Tres-Haut  vous  euvirounera  de  son  om- 
bre Ibid),  »  Or  ce  n'est  pas  une  ombre  meprisable, 
que  celle  qui  vient  de  la  vertu  du  Tres-Haut.  II 
y  avait  vraimeut  une  grande  vertu  dans  la  chair 
de  Jesus-Christ,  puisqu'elle  a  environne  la  Vierge 
de  son  ombre,  et,  ce  qui  eut  ete  absolument  im- 
possible a  une  femme  mortelle,  par  l'interpositiou 
de  ce  corps  viviQant,  lui  a  permis  de  soutenir  la 
presence  et  la  lumiere  inaccessible  de  son  adorable 
Majesle.  Oui,  c'etait  une  vraie  vertu,  puisque  par 
elletoutes  les  forces  ennemiesontetedomptecs  ;  c'est 
une  vertu  et  une  ombre  qui  chasse  les  demons,  et 
qui  sert  de  protection  aux  hommes,  on  du  moins 
c'est  une  vertu  qui  donne  la  vie,  et  une  ombre  qui 
procure  une  agreable  fraicheur. 

10.  Nous  vivons  done  dans  l'ombre  de  Jesus- 
Christ,  nous  qui  marchons  par  la  foi,  et  qui  nous  ' 
nourrissons  de  sa  chair,  pour  vivre  de  la  vie  divine. 
Car  la  chair  de  Jesus-Christ  est  vraiment  une  nour- 
riture  (Joan,  vi,  5i).  Et  peut-etre  est-ce  pour  cela 
meme  qu'en  cet  endroit  il  est  depeint  sous  la  fi- 
gure d'un  pasteur,  etquel'Epouse  semble  lui  adres- 
ser  ces  paroles  comme  a  un  pasteur  ;   «  Enseignez- 


reperies  Verbum  istiusmodi  similitndinibus  adumbrari. 
Unde  ego  puto  id  significatum  apud  Prophetara,  ubi 
ait  :  Spiritus  ante  faciem  nostrum  Christus  Dominus;in 
umbra  ejus  vivemus  inter  genies  :  quod  scilicet  videa- 
mus  nunc  per  speculum  et  in  fenigmate,  et  necdum 
facie  ad  faciem.  At  istud  sane  donee  vivimus  inter 
gentes ;  nam  inter  angelos  aliter  :  quando  jam  indiffe- 
rent! omnino  felicitate  cum  ipsis  videbimus  eum  et  nos, 
sicuti  est,  hoc  est  in  forma  Dei,  et  non  in  umbra.  Quo- 
modo  namque  apud  veteres  quidemumbram  figuramque 
dicimus  exstilisse,  nobis  autem  per  gratiam  Christi  in 
came  praesentis  ipsam  per  se  illucescere  verilatem  :  ita 
nos  quoque  respectu  futuri  saeculi  in  quadam  interim 
veritntis  umbra  vivere  non  negabit,  nisi  qui  non  ac- 
quiescit  Apostulo  dicenti  :  Ex  parte  cognoscimus,  et  ex 
parte  prophetamus.  Et  illud  :  Non  arbitror  me  compre- 
hendisse.  Quomodo  enim  non  est  distinctio  ejus,  qui  per 
(idem  ambulat,  et  illius  qui  per  speciem?  Ergojustusex 
fide  vivit,  beatus  exsullat  in  specie  :  et  ideo  sanctus 
bomo  vivit  interim  in  umbra  Christi,  sanctus  angelus  in 
splecdorc  vultus  gloriae  gloriatur. 

9.  Et  bona   fidei  umbra,  quae   lucem   temperat  oculo 
ealiganti,   et  oculum  prsparat  luci.  Scriptum  est  enim : 

T.  IV. 


Fide  mundam  corda  eorum.  Fides  itaque  lucem  non 
-uit.  serl  custodit.  Quidquid  sane  est  illud  quod 
vklct  angelus,  hoc  mihi  umbra  fidei  servat,  fideli 
sirm  repositum,  in  tempore  revelandum.  An  non  expe- 
dit  tenere  vet  involntnm,  quod  nudum  non  capis?  De- 
nique  et  Mater  Domini  vivebat  in  umbra  fidei,  cui  dic- 
tum est  :  Et  beata  quo;  crediditti.  Habnit  et  de  Christi 
corpore  umbram,  qua?  audivit :  Et  virtus  A/tissimi 
obumbrabit  tibi.  Nee  enim  vilis  umbra,  qua;  de  virtute 
Altissimi  form.itur.  Et  vere  virtus  in  came  Christi,  qua? 
virgini  obumbravit,  ut  quod  impossibile  erat  morlali 
femina?,  objectu  tamen  involucri  vivifici  corporis  ferret 
ntiam  majestatis,  et  lucem  sustineret  inaccessibi- 
lem.  Virtus  plane,  in  qua  omnis  contraria  fortitudo 
debellata  est;  et  virtus  et  umbra  fugans  daemones, 
tulans  homines;  aut  certe  virtus  vegetans,  umbra  refri- 
gerans. 

10.  Vivimus  proinde  in  umbra  Christi,  qui  per  fidem 
ambulamus,  et  came  ipsius  pascimur  ut  vivamus.  Caro 
enim  Christi  vere  est  cibus.  Et  vide  ne  propterea  etiam 
nunc  describatur  hoc  loco  apparens,  tanquam  in  sche- 
mate  pastorali,  nbi  ilium  Sponsa,  quasi  unum  quempiam 
de  pastoribus    videtur  alloqui,  dicens  :  Indica  milii  ubi 

20 


806 


QELTRES  DE  SAINT  BERNARD. 


moi  ou  votis  paissez,  et  oil  vous  reposez  durant  le 
midi.  »  Que  ce  pasteur-Li  est  bon,  piiisqu'il  donne 
sa  vie  pour  sos  brebis  (Joan,  x,  12)  j  sa  vie  pour 
les  rachoter.  sa  chair  pour  les  nourrir.  Chose 
etonnante  :  ll  est  le  pasteur,  les  piturages  et  la  re- 
demption. Mais  ce  discours  prend  de  bien  gralides 
proportions,  la  matiere  en  est  si  vaste  et  enfernje  de 
sigraudescboses,  qu'onne  peut  les  expliquer  en  peu 
de  mots.  Aussi  me  vois-je  contraint  de  l'interrompre 
plutot  que  de  le  liuir.  Mais  il  faut,  puisque  ce  sujet 
n'est  pas  acheve,  que  la  memoire  veille,  alin  queje 
puisse  reprendre  et  continuer  oil  j  en  suis  demeure, 
selon  les  forces  que  men  donnera  Notre-Seigneur 
Jesus-Christ,  qui  est  l'epoux  de  l'Eglise,  Dieu  eleve 
au  dessus  de  tout  et  beui  dans  tous  les  siecles  des 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XXXII. 

Le  Verbe  se  communique  sous  la  forme  d'un  tpoux 
aux  dmes  embrasees  d'amour  pour  lui,  et  sous  la 
figure  dun  medecin  a  celles  qui  sont  encore  faibles 
et  impar/aites.  Les  pensees  de  fame  different  les 
unes  des  autres  :  d'oii  vient  cette  difference. 

1 .  «  Apprenez-moi  ou  vous  paissez  votre  troupeau, 
et  ou  vous  reposez  durant  le  midi  (Cant,  l,  6).  » 
C'est  la  que  nous  en  sorunies  restes;  e'est  de  la  que 
nous  devons  partir  pour  en  venir  a  ce  qui  nous 
reste  a  dire.  Mais  avant  de  commencer  a  parler  de 
cette  vision  et  de  cet  entretien,  je  crois  qu'il  ne  sera 
pas  mauvais  de  reprendre  en  peu  de  mots  les  au- 
tres visions  precedentes,  et  de  montrer  comment 
elles  peuvent  nous  etre  approprieesspirituellement, 


selon  les  voeux  et  les  merites  de  chacun,  afin  que, 
les  ayaut  comprises,  si  toutefois  Dieu  nous  en  fait 
la  grace,  nous  entendions  plus  aisement  ce  que 
nous  avons  a  dire  ensuite.  Mats  celaest  tres-difficile, 
car  les  paroles  dont  on  se  sert  pour  exprimer  ces 
visions  ou  ces  ressemblances,  font  entendre  des 
cboses  corporelles,  et  sont  corporelles  elles-memes ; 
et  neanmoins  ce  qu'on  nous  veut  faire  comprendre 
par  elles  est  spirituel,  et  c'est  l'esprit  qui  en  doit 
chercher  les  causes  et  les  raisons.  Or,  qui  est 
capable  de  souder  et  de  comprendre  tant  de  diffe- 
rents  mouvements  et  progres  de  l'ame,par  lesquels 
cette  grace  de  lapresence  si  variee  de  l'Epoux  nous 
est  dispensee?  Neanmoins,  si  nousrentrons  en  nous- 
menies,  et  que  le  Saint-tspritdaigne  i;ous  montrer 
par  sa  lumiere  ce  qu'il  ne  dedaigoe  pas  de  faire 
continuellement  en  nous  par  son  operation, j'espere 
que  nous  ne  serons  pas  entierement  prives  de  l'in- 
telligence  de  ces  choses.  Car  j'aime  a  croire  que 
nous  n 'avons  pas  recu  l'esprit  de  ce  monde,  mais 
l'esprit  de  Dieu,  pour  savoir  quels  sont  les  dons 
que  Dieu  nous  a  faits  (u  Cor.  n,  12). 

2.  Si  done  quelqu'un  de  nous  trouve  avec  le 
Prophete,  que  ce  lui  est  un  grand  bien  d'etre  etroi- 
tement  uni  a  Dieu,  et,  pour  parler  plus  clairement, 
s'il  y  a  quelqu'un  parmi  nous  de  tellemeut  rempli 
de  zele,  qu'il  desire  sortir  de  ce  corps  mortel,  et 
etre  avec  Jesus-Christ,  mais  qui  le  desire  fortement, 
qui  en  ait  une  soif  ardente,  et  medite  sans  cesse 
sur  ce  sujet,  celui-la  sans  doute  ne  recevra  point  le 
Verbe  aulrement  que  sous  la  forme  d'Epoux,  lors- 
qu'il  sera  visite  par  lui,  e'est-a-dire  dans  le  temps 
ou  il  se  sentira  etreindre  au  dedans  comme  avec 
les  bras  de  la  sagesse,  et  qu'il  recevra  l'infusion  de 


Qui  sODt  ceil 

qui  jouisaent 

de  la  pre- 

aence  de 

1   tjJUKI. 


pascas,  ubi  cubes  in  meridie.  Bonus  Pastor,  qui  animam 
suam  dat  pro  ovibus  suis :  animam  pro  illis,  carneni 
Ulis ;  illam  in  pretium,  islam  in  cibum.  Res  mira  1  ipse 
pastor,  ipse  pascua  est,  ipse  redemptio.  Verum  sermo  in 
longum  pergit,  quoniam  locus  amplus  est,  et  gi-andia 
continens,  et  non  explicabitur  paucis  :  atque  hac  neces- 
sitate videtur  mihi  jam  rumpendus  potius,  quam  finien- 
dus.  Oportet  autem,  ut,  quoniam  materia  pendet,  me- 
moria  vigilet  :  quatenus  ubi  pausatum  erit,  inde  mux 
resumatur  et  pertractetur,  prout  Dominus  dabit,  Jesus- 
Christus  Sponsus  Ecclesiae,  qui  est  super  omnia  Deus 
benedictus  in  saeeula.  Amen. 

SERMO  XXXII. 

Qualiter  Christies  suscipitur  ab  anima  sancta  tanquam 
Sponsus,  et  ab  anima  infirma  tanquam  medicus.  Item 
de  differentia  coijitationum,  unde  oriantw. 

1.  Jndica  mihi  ubi  pascas,  ubi  cubes  in  meridie.  Hie 
snmus,  hinc  progiediuiur.  Sed  antequam  tractari  inci- 
piat  visio  ista  et  allocutio,  recapitulandum  breviter  ar- 
bitror  de  aliis  visionibus  qua;  pra?cesserunt,  quomodo 
nobis  aptari  spiritualiter  possint  pro  votis  el  meritis 
fifigulorum,  ut  apureheasis  ilbs  (si   tamea   hoc  datum 


merit)  facilior  et  in  bujusdiscussione  eluceat  intellects. 
Verum  id  difficillimum.  Nam  etsi  ilia  verba,  quibus 
ipstB  visiones  seu  similitudincs  describuntur,  sonare 
corpora  atque  corporea  videanhirj  spiritoalia  tamen 
sunt  qua?  nobis  minislrantur  in  bis,  ac  per  hoc  in  spi- 
ritu  quoque  causas  et  rationes  varum  oportet  inquiri. 
ct  quis  idoneus  investigare  et  comprehendere  tam  mul- 
tos  animae  affectus  profectusque,  quibus  hxc  de  pra;sen- 
tia  Sponsi  tam  multiformis  gratia  dispensatur?  Tamen 
si  iulremus  sd  nos,  et  Si-irilus-Sanctus  in  lumine  suo 
dignetur  ostendere  nobis,  quod  opere  suo  non  dedigna- 
tur  assidue  actitare  in  nobis,  puto  non  omnino  nos  in 
his  sine  intellectu  remansuros.  Cinfido  enim  non  acce- 
pisse  nos  spiritum  hujus  mundi,  sed  Spiritual  qui 
ex  Deo  est,  ut  sciamus  qua;  a  Deo  donata  sunt  no- 
bis. 

2.  Ergo  si  cui  nostrum  cum  sancto  Propheta  adhse- 
rcrc  Deo  bonum  est,  et  (ut  loquar  manifesuus)  si  quia 
in  nobis  est  ita  desidcrii  vir,  ut  cupiat  dissohi  et  cum 
Chiislo  esse,  cupiat  autem  vehementer,  ardeiiter  sitiat, 
assidue  meditetur  ;  is  profecto  non  secus  quam  in  for- 
ma Sponsi  suscipiet  verbum  in  tempore  visitationis,  hora 
videlicet  qua  se  adstringi  intus  quibusdam  brachiis  sa- 
piential, atque  inde  »ibi  iafundi  seaseril  sancti  tuaviU- 


TRENTE-DEUX1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


307 


la  douceur  d'un  saint  amour.  Car  les  desirs  de  son 
coeur    so   trouveront   exauces,   quoiqu'il   soit  en- 
core dans  re  corps,  comtne  dans  un  lieu  de  bannis- 
sement,  qu'il  ne  possede  l'Epoux  qu'en  partie,  et 
pour  un  temps,  et  meme  pour  un  temps  fort  court. 
Car    apres    avoir    elii     cherche     avcc    beaucoup 
wKSm""  de  veilles  et  de  prieres.  de  travaux  et  de  larmes, 
la  presence,  jj  se  )iri;>sente  enfin  a  l'ame  ,  tout  d'un  coup,  lors- 
qu'on  croit  le  posseder,   il  s'echappe ;   mais   il    se 
presente  de  nouveau  a  celui  qui  pleure,  et   qui  le 
poursuit  de  tous  cotes,  11  se  laisse  prendre  par  lui, 
mais  non  point  retenir,  car  il  s'echappe  encore  tout 
d'un  coup  de  ses  mains.  Si  l'ame  devote  persiste  a 
prier  et  a  gemir,  il  retourne  a  elle,  ne  la  prive  pas 
du  fruit  de  ses  oraisons,  mais  il  disparait    aussitot, 
et  ne  revient  plus  jusqu'a  ce  qu'elle  le  cherche  en- 
core par  tous  les  desirs  de  son  cceur.  Ainsi  dans  ce 
corps  on  pent  ressentir  souvent  la  joic  de  la  pre- 
sence de  l'Epoux,  mais   on  n'en    peut   pas   jouir 
pleinemcnt,  parce  que  si  sa  vue  rejouit  l'ame,  les 
alternatives  de  presence    et  d'absence  l'attristent 
aussi.  Et  l'Epouse  sera  toujours  dans   cette  'peine 
jusqu'a  ce  que  s'etant  line  fois  depouillee  du  far- 
deau  si  pesant  de  cette  masse  grossiere  et  terrestre, 
elle  s'envole,  pour  ainsi  dire,  et  soit  porlee,  si  je  puis 
parler  ainsi,  sur  les  ailes  de  ses  desirs,  pour  jouir 
librement  dans  la  contemplation  comme  un  oiseau 
qui  plane  dans  Pair,  et  suive   en  esprit  son   bien- 
aime  partout    ou  il  ira,  sans  que   rien  l'empeche 
et  la  retienne. 
a  qoMies        3.  Toutefois  il  ne  se  presente  pas,  meme  en  pas- 
^HS;ifiap0™  sant,  a  toutes  sortes  d'aoies,  mais  a  celle-la  seule- 

prodigne  ce*  '  ' 

•ones  de     ment  qu'une  grande  devotion,  un  desir  vehement, 

et  un  amour  plein  de  douceur  et  de   tendresse  te- 

moignent  qu'elle   est   son  Epouse,  et  digne   que 

le  Verbe   dans  toute   sa  beaute   la  visite  sous  la 


forme  d'Epoux.  Car  eelui  qui  n'est  pas  encore  dans 
cet  etat,  mais  qui,  touche  de  componction  au  sou- 
venir de  ses  peches,  prie  Dieu  dans  l'amcrtume  de 
sou  ame,  de  vouloir  bien  ne  pas  le  condamner  (Job. 
x,  2),  ou  qui  peut-etre  souffre  encore  de  violentes  ^"'""pas* 
tentations.  etant  comme  attire  et  entraine  par  sa  encore  nigcra 

,    .   ,.  ,         .  de  1  Eiioui  le 

propre  concupiscence,  celui-la  ne  cherche  pas  un  reche[thent 
Epoux,  mais  un  medecin,  et  il  ne  recevra  pas  des  ^""j)^ 
baisers  ou  des  embrassements,  mais  seulement  des 
remedes  pour  guerir  ses  plaies,  de  l'huile  et  des 
onguents.  N'est-ce  pas  la  la  disposition  oil  nous 
nous  trouvons  souvent  dans  nos  prieres ;  nous 
qui  sommes  encore  tous  les  jours  ou  tentes  par  les 
passions  qui  sont  en  nous,  ou  touches  de  regret  au 
souvenir  de  nos  exces  passes.  De  quelle  amertume 
m'avez-vous  souvent  delivre,  Seigneur  Jesus,  en 
daignant  venir  dans  mon  ame?  Combien  de  fois, 
apres  avoir  verse  des  ruisseaux  de  larmes,  apres 
avoir  pousse  mille  gemissements  et  mille  sanglots, 
vous  ai-je  senti  repandre  dans  mon  ame  blessee 
l'onction  de  votre  misericorde,  et  la  remplir  d'une 
huile  dejoie?  Combien  de  fois  me  suis-je /mis  a 
prier  en  desesperant  presque  de  mon  salut,  et,  au 
sortir  de  ma  priere,  me  suis-je  trouve  plein  de 
joie  et  de  l'esperance  du  pardon  ?  Ceux  qui  sont 
dans  une  semblable  disposition  savent  que  le  Sei- 
gneur Jesus  est  vraiment  un  medecin  qui  guerit 
ceux  qui  ont  le  cceur  blesse,  et  qui  traite  leurs 
plaies  et  leurs  blessures  (Psal.  cxi.vi,  3).  Que  ceux 
qui  ne  Font  pas  eprouve  s'en  rappprtent  a  celui  qui 
dit  :  «  L'esprit  du  Seigneur  m'a  rempli  de  son 
onction  ;  il  m'a  envoye  pour  annoncer  d'heureuses 
nouvelles  a  ceux  qui  sont  doux  et  pacifiques,  et 
pour  guerir  ceux  qui  out  le  cceur  contrit  et  bris6 
(ha.  i.xi,  2).  »  S'ils  en  douteut  encore,  qu'ils  s'ap- 
prochent  au  moins  et  en  fassent  l'essai,  et  qu'ils 


tern  amoris.  Siquidem  desiderium  cordis  ejus  tribuetur 
ei,  elsi  adhuc  peregrinanti  in  corpore,  ex  parte  tamen, 
idque  ad  tcmpu,  et  tempus  modicum.  Nam  cum  vigi- 
'df"t'e  "'s'  e'  obsecralionibus,  et  mullo  labore  *  et  imbre  la- 
tuiburdam  crymarum  qusesitus  affuerit,  subilo  dum  teneri  putatur 
ma.  elabitur  :  et  rarsum  Iacrymanti  et  insectanti  occurrens, 
comprehendi  palitur,  sed  minime  relineri,  dum  subilo 
iterum  quasi  e  manibus  evolat.  Etsi  institerit  precibus 
et  flelibus  devota  anima,  denuo  revertetur,  et  volunlale 
labiorum  ejus  non  fraudabit  earn:  sed  rursum  iox 
disparebit,  et  non  videbitur,  nisi  ilerum  tolo  desiderio 
requiralur.  Ita  ergo  et  in  hoc  corpore  potest  esse  do 
pi'aesentia  sponsi  frequens  laititia,  sed  non  copia  :  quia 
etsi  visitatio  la>tificat,  sed  molcstat  vicissiludo.  Et  hoc 
tandiu  ncccsse  est  pali  dileetam,  donee  semel  posila 
corporea'  snrcina  molis,  avolet  ct  ipsa  levala  pennis  de- 
sideriorum  suorum,  liberc  iter  carpens  per  campos  con- 
templationis,  et  mente  sequens  expedila  dilectum  quo- 
cumque   ierit. 

3.  Nee  tamen  vel  in  transitu  praesfo  erit  sie  omni 
animae,  nisi  illi  duntaxat,  quam  ingens  devotio,  et  dc- 
aideriuffl  vehemens,  etprsedulcis  affectus  Sponsamprobat, 


et  dignam,  ad  quam  gratia  visifandi  accessurum  Verbum 
decorem  induai,  formam  sponsi  accipiens.  Qni  enim 
nondum  invenjtur  ita  affectus,  sed  compunctus  magis 
actum  rccordalione  snorum,  loqnens  in  amaritudine 
anim:e  sua;  dicit  Deo,  Noli  me  condemnare ;  aut  forte 
etiam  adhuc  periculose  tentatur  a  propria  concupiscen- 
lia  abslraclus  et  illectus  :  hie  talis  non  Sponsum  requirit, 
sed  medicum ;  ac  per  hoc  non  oscula  quidem  vel  am- 
plexus,  sed  (antum  remedia  vulneribus  accipiet  suis,  in 
o!eo  utique  et  unguentis.  An  non  sspenumero  sic  sen- 
tiinus,  et  sic  experimur  orantes,  nos,  qui  noslris  quoti- 
die  adhuc  excessibus  tentamur  pnesentibus,  mordetuur 
praeteritis?  A  quanta  me  amariludinc  frequenter  liberasti 
adveniens,  Jesu  bone'?  Quoties  post  anxios  fletus,  post 
inenarrubiles  gemitus  et  singultus,  sauciam  conscientiam 
mcam  unxisli  unctione  misericordiie  tuae,  et  oleo  lietitiag 
perfudisti  ?  Quoties  me  oratio,  quem  pene  desperantem 
suscepit,  reddidit  exsultantem,  et  prsesumentem  de  ve- 
nia?  Qui  similiter  afficiuntur,  ccee  hi  sciunt,  quod  vere 
medicus  sit  Dominus  Jesus,  qui  sanat  contritos  corde, 
ct  alligat  contriiiones  eorum.  Qui  experti  non  sunt, 
credant  inde  eidem  ipsidicenti   :  Spirilus    Domini  unx 


308 


OEUVRES  DE  SAINT  ISLKNARD. 


Comment  1© 
Seigneur 
<rient  an 

•ecours  dea 


appronnent  par  eux-memes  le  sens  de  ces  paroles  : 
«  J'aime  mieux  la  misericorde  quele  sacrilice(.V«/- 
th.  ix,  13).  »  Mais  poursuivons. 

It.  II  y  en  a  qui  etant  las  des  exercices  spirituals, 
et  tombant  dans  la  tiedeur,  dansune  espece  d'abat- 
imea  tiedeaet  temeut  ft  de  delaillance,  marchent  avec  tristesse 
goiuan  ea  ^ns  ^  voje3  ^  Seigneur,  ne  font  ce  qui  leur  est 
commande  qu'avec  un  cceur  sec  et  ennuye,  mur- 
murent  souvent  et  se  plaignent  que  les  jours  et  les 
nuits  sout  longnes,  avec  le  saint  homme  Job  qui 
disait  :  «  Lorsque  je  suis  couche,  je  dis  quand  rue 
leverai-je?  et  quand  je  suis  leve,  j'attends  le  soir 
avec  impatience  (Job  v\i,  U).  n  Lorsqu'une  ame  est 
en  cet  etat,  si  le  Seigneur,  touche  de  compassion, 
s'approche  d'elle  dans  le  chemin  ou  elle  marcbe, 
et  que  celui  qui  est  du  ciel  commence  a  lui  parler 
des  choses  du  ciel,  ou  a  lui  chanter  quelque  air 
charmant  des  cantiqnesdeSion.al'entretenir  meme 
de  la  cite  de  pais,  de  leternite  de  cette  paix,  et  du 
bonheur  qu'il  y  a  a  la  posseder,  cet  entretien 
agreable  semblera  une  douce  litiere  a  cette  ame 
endormie  et  paresseuse,  et  chassera  tout  l'ennui  de 
son  esprit,  et  toute  la  lassitude  de  son  corps.  Ne 
vous  semble-t-il  pas  que  celui  qui  disait  :  «  Mon 
ame  s'endort  d'ennui  et  de  chagrin,  fortifiez-moi, 
s'il  vous  plait,  par  vos  paroles  (Psal.  cxvm,  28),  » 
en  etait  la,  eprouvait  et  demandait  quelque  chose 
de  semblable  ?  Et  lorsqu'elle  aura  obtenu  cette 
grace,  ne  s'ecriera-t-elle  pas  :  Seigneur,  combien 
j'aime  votre  Loi !  je  la  medite  durant  tout  le  jour. 
Car  nos  meditations  sur  le  Verbe  qui  est  l'Epoux, 
sur  sa  gloire,  sa  beaute,  sa  puissance  et  sa  majesle 
adorable,  sont  autant  de  paroles  qu'il  dit   a  notre 


ame.  Et  ce  n'est  pas  seu'ement  alors  qu'il  nous 
parle  ;  mais  quand  nous  repassons  avec  anleur 
dans  noire  esprit  ses  oracles  et  ses  jugements,  et 
que  nous  meditons  nuil  et  jour  sur  la  loi,  sachons 
que  certainement  l'Epoux  est  present  et  qu'il  nous 
parle  pour  que  la  douceur  de  ses  discours  nous  eat- 
peche  de  nous  lasser  de  nos  travaux. 
5.   Pour  vous,  quand  vous  sentez  que  ces  choses    Moyen  da 

.    ,  ..  discemer  no* 

se  passent  dans  votre  esprit,  ne  croyez  pas  que   ces     pensees, 

pensees  sont  de  vous,  reconnaissez  qu'elles  sont  de 

celui  qui  <lit  par  le  Prophets  :  «  ('.'est  moi  qui  fais 

entendre  a  l'ame,  des  paroles  de  justice  (/sa.    LJr.ui, 

1).  »  Car  les  pensees  de  notre  esprit  ont  unegrande 

ressemblance    avec     les   paroles   de    la   verite  qui 

parle  en  nous  ;  et  nul  ne  discerne  aisement   ce  que 

son  coeur  produit  au  dedans,  d'avec  ce  qu'il  entend, 

s'il  n'a  sagement  remarque  ce  que  le  Seigneur   dit 

dans  L'Evangile  :  «  Que  les  mauvaises  pensees  nais- 

sent  du  cceur  (Mntth.  xv,  9).  »  Et  ailleurs  :  a  Pour- 

quoi   pensez-vous   du  mal  dans  vos  coeurs  (Joan. 

vm,  IiU)  1  »  Ou  bien  encore  :  « Celui  quiment  parle 

de  lui-meme,  »    Et  cette  remarque  de  l'Apdtre  : 

«  Nous  ne  sommes  pas  capables  de  penser  rien  de 

bon  de  nous-memes  com  me  de  nous-memes,   mais 

cette  capacity  nous  vient  de  Dieu  (II  Cor.  hi,  15).  » 

Lors  done    que  nous  pensons  a  de  mauvaises  cho-  !■«»  bonnei 

.,  .    ,  .  .  pensees  nom 

ses,  cette  pensee  est  de  nous;  et  lorsque  nous  pen-  Yienuenl  de 

sons  a  quelque  chose  de  bon,  cette  pensee  vient  de     Die".' la* 
.  .         ,  mauvaises  da 

Dieu.  La  premiere  part  de  notre  cceur,   et   eelle-ci        sous. 

notre  coeur  l'entend.  «  J'ecouterai,   dit  le  Prophete, 

ce  que  le  Seigneur  Dieu  dira  dans  mon  cceur.    Car 

il  ne  parlera  que  de  ce  qui  concerne  la  paix  de  son 

peuple   (Psalm,    xuvm,  9).  »  Ainsi  e'est   Dieu  qui 


me,  ad  evangelizandum  mansuetis  misil  me,  ut  mederer 
contritis  corde.  Si  adhuc  dubitant,  accedant  certe  et 
probent,  et  sic  in  semelipsis  discant  quid  sit,  Miseri- 
cordiam  volo;  et  non  sacrificium.  Sed  videamus  et 
reliqua. 

4.  Sunt  qui  in  studiis  spirilualibus  faligati,  et  vcrsi 
in  teporcm,  alque  in  defectu  quodam  spiritus  positi, 
ambulant  tristes  vias  Domini,  corde  arente  et  ta'denle 
accedunt  ad  quaeque  injuncta,  frequenter  murmurant; 
longos  dies,  longas  conqueruntur  et  nodes,  loqucntea 
cum  sancto  Job  :  Si  dormiero,  dicam  :  Qxtando  consur- 
gam  ?  et  rursum  ex>/>ectabo  vesperam.  Ergo  ubi  con- 
tingit  tale  aliquid  pnli,  si  misertus  Dominus  appropiet 
nobis  in  via  qua  ambulant  us,  et  incipiat  loqui  de  coelo 
qui  de  ccelo  est,  necnon  favorabile  quippiam  cantare 
nobis  de  canticis  Sion,  narrare  ctiara  de  civitate  Dei,  de 
pace  civitatis,  de  aeternitale  pacis,  de  slatu  aelernitatis : 
dico  vobis,  erit  pro  vehiculo  animaB  dormitanti  et  pi- 
gritanli  Ueta  narratio,  ita  at  pcllal  omne  fastidinm  ab 
aniuio  audienlis,  et  a  corpore  fatigationcm.  An  tibi 
aliud  vel  pati,  vel  petere  ille  videlur,  qui  ait  :  Dormi- 
tavit  anima  men  prce  taedto,  con/irma  me  in  verbis  tuisl 
Et  nonne  cum  obtinueril,  clamabit  :  Quomodo  dilexi 
legem  tuam,  Dominet  tola  die  medttatio  mea  est  1  Sunt 
eaim  qu<edam  verba  Verbi  Sponsi  ad  nos,   nostr®  me- 


ditationes  de  ipso  et  ejus  gloria,  elegantia,  polentia, 
mnjestale.  Non  solum  autem,  sed  et  cum  avida  mente 
versamus  testimonia  ejus  et  judicia  oris  ejus,  et  in  lege 
ejus  meditamur  die  ac  nocte  ;  sciamua  pro  certo  adesse 
Sponsum,  atque  alloqui  nos,  ut  non  faugemur  laboribus, 
sermonibus  delectali. 

5.  Tu  ergo  cum  tibi  aliqua  talia  volvi  animo  senlis, 
non  tuam  putes  cogilalionem,  sed  ilium  agnosce  loquen- 
tem,  qui  apud  Prophelam  dicit :  Ego  qiu  loguor  justi- 
tiatn.  Simillima  enim  sunt  nostra?  cogitata  mentis  ser- 
monibus Veritalis  in  nobis  loquentis  :  nee  facile  quis 
discernit,  quid  inlus  pariat  cor  suum,  quidve  audiat, 
nisi  qui  prudenter  advertit  Dominum  in  Evangelio  lo- 
quentem,  quia  de  cor, If  exeunt  coyilationes  matte,  et 
illud  :  Quid  cogitaiis  mala  in  cordibus  veslris?  et,  Qui 
loquitur  menducium,  de  suo  loquitur.  Apostolus  autem, 
A'ox  quod  sufficientes,  inquit,  simus  cogitare  aliquid  a 
nobis  tanquam  ex  nobis,  subaudis  bonum  ;  sed  sufficient 
tia  nostra  ex  Deo  est.  Cum  ergo  mala  in  corde  versa- 
mus, nostra  cogilatio  est  :  si  bona,  Dei  sermo  esl.  Ilia 
cor  nostrum  dicit,  hasc  audit.  Audiam,  ait,  quid  loqua- 
tur  in  me  Dominus  Domains  Deus,  quoniam  loquetur 
pucem  in  plebem  suum.  Itaque  pacem,  pietatem,  justi- 
tiam  Deus  in  nobis  loquitur  :  nee  talia  nos  cogitamus 
ez   nobis,  sed  in  nobis   audimus.  Csterum   homicidia, 


TRENTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


est  difficile 
discerner 
source  des 
lauvaises 
lensees. 
nr  sermon 

in.  n.4 

la  mediia- 
i  du  tome 
',  n.  3t. 


produit  en  nous  des  pensees  de  paix,  de  piete  et  de 
justice  ;  quant  a  nous,  nousn'avons  point  ces  peu- 
sees-la  de  nous-memes,  mais  nous  les  recevons  en 
nous.  Mais  pour  ce  qui  est  des  homicides,  des  adul- 
teres,   des   larcins,    des  blasphemes   et  des  autres 
choses    semblubles,   ce  sout  des    paroles  sorties  de 
notre  cteur  (Matlh.  xv,  19),  nous  ne  les  avons  point 
entendues  en  nous,  mais  nous  les  faisons   entendre 
dans  notre  cceur.  «  Car  l'insense  dit  en  soi-meme, 
il  n'y  a  point  de  Dieu  (Psalm,  wi,  1).  »  Et,  «  C'est 
pour   cela   que  l'impie  a  irrite   Dieu,  parce  qu'il  a 
dit  en  son  cosur,  il  ne  recherchera  point  raes  mau- 
vaises   actions    (Psal.    ix,  13).  »    Mais  il  y  a  encore 
une  autre  parole,  qui  se  sent  dans  le  cceur,    et  qui 
n'est   pas   nn  mot  du  cceur,    car  elle  n'en  sort  pas 
comme  nos   pensees,   et  ce  n'est  point  celle  dont 
nous   avons  parle,  qui  se  fait  entendre  au  cceur  et 
qui    est  la   parole  du   Verbe,   car  celle    dont  nous 
parlons   est  mauvaise.   Elle   est    produite   par  des 
puissances  ennemies,  et  ce  sont  les  inspirations  des 
mauvais  anges,  comme  celle,  par  exemple,  de  tra- 
hir  le  Seigneur  Jesus,  que  selon  l'Evangile,  le  Dia- 
ble  inspira  au  cceur  de  Judas  Iscariote,  de  trahir  le 
Seigneur  Jesus. 

6.  Mais  qui  peut  tellement  veiller  sur  soi-meme 
et  observer  avec  tant  de  soins  sous  les  mouvements 
interieurs  qui  se  passent  en  soi,  ou  qui  viennent 
de  soi  que,  a  chaque  desir  illicite,  il  discerne  claire- 
ment  ce  qui  vient  de  la  maladie  de  son  esprit,  ou 
des  morsures  du  serpent '?  Je  ne  crois  pas  que  cela 
soit  possible  a  aucun  homme,  si  ce  n'est  a  celui, 
qui,  etant  eclaire  par  le  Saint- Esprit,  a  recu  par 
une  grace  speciale  ce  don  que  l'Apotre  dans  le  de- 
nombrement  qu'il  en  fait,  appelle  le  discernement 
desesprits  (1  Cor.  xu,  10).  En  effet,  quelque   soin 


309 

qu'un  homme  apporte  a  garder  son  cceur,  et  a  ob- 
server  avec  une    grande    vigilance  tout  ce  qui  s'y 
passe,  quand  meme  il  s'y  serait  exerce  depuis  long- 
temps,  et  qu'il  en  aurait  toiite  l'experience   imagi- 
nable,  il    ne  pourra  pas  neanmoins   faire  en  soi 
un  discernement  juste  et  certain  entre  le  mal   qui 
nait  de  son  propre  fonds,  et  celui  qui  lui  aete  com- 
munique   d'ailleurs.  Car,   comme  dit  le    Prophete, 
qui   peut    connaitre  d'ou    precedent   les   peches 
[Psal.   xvm,   13)  ?    Apres   tout,  il   n'importe  pas 
beaucoup  que  nous  sachions  d'ou  vient  le  mal  qui 
est  en  nous,  ce  qui  importe  c'est  que  nous  sachions 
qu'il  y  est;  et,  de  quelque  part  qu'il  vienne,  ce  que 
nous  avons  de  mieux  a  faire,  c'est  de  veiller  et   de 
prier  afin  de  n'y  point  consentir.  Le  Prophete   prie 
Dieu  de  le  delivrer  de  l'un  et  de  l'autre  mal,  quand 
il  dit  :  «  PuriQez-moi,  Seigneur,  de  mes  i'autes   se- 
cretes, et  preservez  votre  serviteur  de  celles  d'au- 
trui  (Psal.  Ibid.  12).  »  Je  ne    saurais,  quant  a  moi, 
vous  donner  une  connaissance  que  je  n'ai  pas  re- 
cue  moi-meme.  Or,  j'avoue  que  je  n'ai  pas  de  re- 
gie pour  discerner  certainement  les  productions  du 
cceur,  des  semences  de  l'ennemi.  Car  l'un  et  l'au- 
tre mal  est  un  mal ;  l'un  et  l'autre  nait  d'un  mau- 
vais  principe,   l'un   et  l'autre  est  dans  le  cceur  ; 
seulement  l'un  et  l'autre  ne  vient  pas  du  cceur.  Je 
sais  que  cela  est  en  moi,  bien  que  je  ne  sache    pas 
ce  queje  dois  attribuer  soit  a  mon  cceur,  spit  a  l'en- 
nemi. Mais  a  cela,  comme  j'ai  dit,  il  n'y  a  nul  dan- 
ger. 

7.  Mais  il  y  a  un  autre  point  oil  il  serait  non- 
seulement  dangereux,  mais  damnable  de  so  trom- 
per,  aussi  avons-nous  recu  une  regie  assuree  pour 
ne  nous  point  attribuer  ce  qui  est  de  Dieu  en  nous, 
et  ne  pas  croire  que   la  visite  du  Verbe  est  notre 


Quant   am 

bonoe* 
pensees,  ce 
n'est  pas  ■. 
nous  mais  a 
nieu  qu'il 
faot  les 
atlribner. 


adulteria,  furta  blasphemiae,  et  his  similia,  de  corde 
exeunt,  nee  audimus  ea,  sed  dicimus.  Denique  dixit 
mstptem  in  corde  suo  :  Non  est  Deas.  Et  propter  hoc 
irritavit  impius  Deum,  quia  dixit  in  corde  suo,  non 
require!.  Sed  est  pneterea  quod  corde  quidem  sentitur, 
non  tamen  cordis  est  verbum.  Nee  cnim  de  corde  exit, 
sicut  nostra  cogitalio  ;  sed  neque  illud  est  quod  ad  cor 
fieri  diximus,  verbum  videlicet  Verb),  cum  sit  malum, 
immittilur  autem  a  contrariis  potestatibus,  sicut  flunt 
immissiones  per  angelos  malos,  quale  (verbi  causa)  fuit 
quod  legitur  misisse  in  cor  diabolus,  ut  traderet  Domi- 
num  Judas  Simonis  Iscariolis. 

6.  Verum  quis  ita  vigil  et  diligens  observator  motio- 
num  internarum  suarum,  sive  in  se,  sive  et  ex  se  faeta- 
rum,  ut  liquido  ad  qusqtie  illicita  sensa  cordis  sui  dis- 
cernat  inter  morbus)  mentis,  et  morsum  serpenlis?  Ego 
nulli  hoc  mortalium  poaaibile  puto,  nisi  qui  illuminalus 
a  Spiritu-SanctO'  speciale  accepit  donum  illud,  quod 
Apostolus  inter  cetera  charismata  qua?  enumerat,  nomi- 
nat  discrcliunein  spirituum.  Quantumlibet  cnim  quis, 
secundum  Salomonein,  omnia  eustodia  servet  cor  suum, 
et  omnia  qu«  intra  se  moventur,  vigilantissima  inten- 
tione  observet  ;  etiamsi  diuturnum  forte  in  his  habuerit 


e.xercitiumt  et  frequens  experimentum ;  non  poterit 
tamen  ad  purum  in  se  dignoscere  discernereve  ad  in- 
vicem  malum  innatum,  et  malum  seminatum.  Nam 
delicta  quis  intelligit  ?  Nee  multum  refert  nostra  scire, 
unde  inest  nobis  malum,  dummodo  inesse  sciamus 
vigilandum  potius  et  orandum  undecunque  sit,  ne  con- 
sentiamus.  Denique  orat  Propheta  contra  utrumque  ma- 
lum, dicens  :  Ab  occullis  meis  munda  me,  Domine,  et 
ab  alieiih-  parce  servo  tuo.  Et  ego,  non  possum  tradere 
vobis  quod  non  accepi.  Non  autem  accepi,  fateor,  unde 
assigncm  cerlam  notionem  inter  partum  cordis,  et  semi- 
narium  hostis.  Quippe  utrumque  malum,  utrumque  a 
malo ;  utrumque  in  corde,  sed  non  utrumque  de  corde. 
Hoc  totum  certum  mihi  in  me,  etsi  incertum  quid  cor- 
di,  quid  hosti  tribuam.  Et  id  quidem  (ut  dixi)  absque 
periculo. 

7.  Sed  sane  est  ubi  periculose,  imo  damnabilitep  er- 
ratur,  alque  ibi  merito  nobis  certa  prafigitur  regula,  ne 
quod  Dei  est  in  nobis,  demus  nobis,  putantes  Verbi 
visitationem  nostram  esse  cogitationcm.  Ergo  quantum 
distal  bonum  a  malo,  tantuni  ista  duo  a  se  :  quoniam 
nee  de  Verbo  malum,  nee  de  corde  exiet  bonum,  nisi 
quod  prius  forte  de  Verbo  conceperit  :  quia  non  potest 


810 


GEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


pensee.  Autant  done,  lu  bicn  est  different  du 
mal,  autant  cos  deux  choses  sont  ditlerentes  entre 
dies,  parce  que  ni  le  mal  ne  peut  venir  du  Verbe, 
ni  le  bien  du  cceur,  s'il  ne  l'a  concu  auparavant 
par  le  Verbe  :  un  bun  arbre  ne  pouvant  porter  de 
mauvais  fruit,  ni  un  mauvais  arbre,  de  bon  fruit 
(M  tilth,  vu,  18).  Mais  je  crois  avoir  assez  parle  de 
ce  qu'il  y  a  de  Pi.  u  ou  de  uous,  en  notre  cceur,  et 
je  pense  que  ee  que  nous  en  avons  dit  n'esl  pas 
inutile,  et  qu'il  pent  servii  a  faire  voir  aux   eune- 

Mfoeaiite  da  mis  Je  la  grace  •,  que  sans  la  grace,  le  cceur  de 
l'hoinuie  n'esl  pas  capable  d'avoir  une  bonne  pen- 
see, que  cette  eapauite  lui  vient  de  Dieu,  et  que 
e'est  l'effet  de  la  voix  de  Dieu,  non  la  production 
de  son  cceur.  Vous  done,  lorsque  vous  entendrez  sa 
voir,  vous  n'iguorerez  plus  niaintenant  d'ou  elle 
vient,  ni   oil    elle    va,  vous  saurez  qu'elle  vient  de 

iifauicoop*-  Qjeu  et  qu'elle  va  au  cceur.   Prenez  garde  seule- 

rvr  a  la  grace  -  ,  . 

rnent,  que  la  par.  le  qui  sort  de  la  boucbe  de    Pieu 

ne  jetourue  pas  a  lui  sans  effet,  mais  qu'elle  aitun 
bon  succes,  et  qu'elle  fasse  toutes  les  cboses,  pour 
lesquelles  ill's  ilin que  vous  puissiez  dire 

avec  l'Apotre  :  «  La  grace  de  Dieun'apas  ete  inutile 
en  moi  (I  Cor.  xv,  10).  »  Heureuse  l'anie  a  qui  le 
Verbe,  tenant  toujours  compagnie,  se  montre  par- 
tout  affable,  et  qui,  sans  cesse  charmee  de  la 
douceur  de  son  entretien,  s'affrancnit  a  tout  mo- 
ment de  la  tyrannie  de  la  cbair  et  des  vices,  et 
rachette  le  temps  parce  que  les  jours  sont  mauvais. 
Elle  ne  se  lsssera  point,  parce  que,  comme  dit  l'E- 
criture  :  «  Quoiqu'il  arrive  au  juste,  il  ne  sen  at- 
tristera  pomt  (Prov.  xu,  21).  » 


8.  Mais  je  crois  que  l'Epoux  paralt  sous  la  figure     Lm  im( 
d'un   grand  pere  de  famille,  ou  d'uu  roi  plein  de  n-agoanimea 

...  .   ,  ,  ,  dans  leur 

majeste,  a  ceux  qui  out  le  cceur  noble,  et  une 
grande  liberie  d'esprit,  et  qui,  ayant  acquis  par  la 
purete  de  leur  couscience,  une  grandeur  de  cou- 
rage extraordinaire,  out  coulume  de  faire  des  en- 
treprises  hardies,  et  ne  sont  point  salisfuits,  si,  par 
une  louable  curiosile,  ils  n'ont  penetre  les  choses 
les  plus  secretes,  compris  les  plus  sublimes,  et  at- 
tend jusqu'a  la  vertu  la  plus  parfaite.  Car  la  gran- 
deur de  leur  foi  fait  qu'ils  sont  trouves  dignes 
d'etre  reniplis  de  la  plenitude  de  tous  biens,  et  il 
n'y  a  rien  de  si  rare  dans  tous  les  tresors  de  la  sa- 
gesse,  dont  le  Seigneur  Dieu  des  sciences  croie 
devoir  exchue  ces  ames  heroiques,  embrasees  d'a- 
mour  pour  la  verite,  et  exemptes  de  toute  vaniui. 
Tel  etait  Moise  qui  osait  dire  a  Dieu  :  :  «  Si  j'ai 
trouve  grace  devant  vos  yeux,  montrez-vous  vous- 
meme  a  moi  (Exod.  xxxm,  19).  »  Tel  etait  Philippe 
qui  demandait  a  Jesus-Christ  de  lui  faire  voir  son 
Pere  a  lui  et  a  ceux  qui  etaient  avec  lui.  Tel  encore 
saint  Thomas  qui  refusait  de  croire,  s'il  ne  tou- 
chait  pas  de  ses  propres  mains  les  plaies  et  le  cote 
perce  de  son  Maitre  {Joan,  xx,  25).  C'etait  un 
manque  de  foi,  mais  cela  venait  dune  grandeur 
d'ame  b  tout  a  fait  merveilleuse.  Tel  etait  aussi 
David,  quand  il  disait  a  Dieu  :  «  Tous  les  desirs  de 
mon  cceur  tendent  vers  vous  ;  mes  yeux  vous  ont 
cherche,  je  chercherai,  Seigneur,  votre  face  adora- 
ble (Psal.  XXVI,  8y.  »  Ceshummes  osent  aspirer  a  de 
grandes  choses,  parce  qu'ils  sont  grands  ,  et  ils  ob- 
tiennentce  qu'ils  osent  demander,  selon  la  promesse 


a  Allusion  a  Abelard,  je  pense,  qui  reduisait  la  grace  de 
Jfsos-Christ  a  pen  prei  a  la  raison  donnee  a  l'homme  et  am 
idi  bo.  s  eiemplesdu  Sauveur,  ainsiqaeooas  l'avons  deja  fait  re- 
marqoer  dans  le  tome  XI,  a  propos  du  onziexne  opuscule  de 
atint  Bemud, 


b  Saint  Thomas  donnait  line  preuve  da  la  faiblesse  de  sa 
foi  en  ne  Tonlant  p  .*  croire  saoscon.litioo,  maisen  meme  temps 
il  en  donnait  une  de  sa  grandeur  dame,  en  mettant  une  pareiile 
condition  a  sa  foi*;  car  cette  exigence  proure  la  confiance  qu'il 
avait  en  Dieu. 


bona  arbor  malos  fructus  facere,  nee  arbor  mala  fructus 
bonos.  At  satis  dictum  esse  credo,  quid  Dei,  quid  nos- 
trum in  nostro  sit  corde  ;  ncc  superfine,  ut  arbitror  : 
eed  ut  sciant  inimici  gratiae,  absque  gratia  nee  ad  cogi- 
tandum  bonum  sufficere  cor  humanum,  sed  sufllcicn- 
Uam  ipsius  ex  Deo  esse ;  Dei  vocem,  bonum  quod  co- 
gitatur,  non  cordis  prolem  exsistere.  Tu  ergo  si  vocem 
ejus  audis,  nou  jam  nescias  unde  veniat,  aut  quo  vadat : 
sciens  quia  a  Dcu  exit,  et  ad  cor  vadit.  Vide  autem 
quomodo  verbum,  quod  cgreditur  de  ore  Dei,  non  re- 
vertatur  ad  cum  vacuum,  sod  prosperetur  et  faciat  om- 
nia ad  quae  misit  ilhul,  ut  dicere  possis  et  tu,  quia  gra- 
tia Dei  in  me  vacua  non  fuii.  Felix  mens,  cui  Verbum 
individuus  comes,  ubiquc  se  aflabile  praebet,  cujus  inde- 
sinenter  oblectata  suavitate  facundiae,  a  carnis  molestiis 
et  viliis  seso  vindicet  omni  bora,  rcdimendo  tempus  a 
dicbus  mails.  Non  lassabitur,  non  molestabitur,quoniam, 
sicut  dicit  Scriptura,  Non  contrislubit  justum,  quid- 
quid  ei  accident. 
8.  Jam  vero  magni  Patrisfainilias  seu  regies  majesta- 


tis  schema  apparere  existimo  his,  qui  accedentes  *  ad 
cor  altum,  de  majori  spiritus  libeitate  et  puritate  cons- 
cienlue  magnanimiores  facti,  cousueveiunt  audere  ma- 
jora,  iaquieti  prorsus  et  curiosi  seeretiora  penetrare, 
et  apprehendere  sublimiora,  et  tentare  perfectiora,  non 
modo  sensuum,  sed  et  virtutum.  Hi  enim  pro  fidei  ma- 
gniludine  digni  inveniuntur  qui  inducantur  in  omnem 
plenitudincm  ;  nee  est  omuino  in  omnibus  apothecis 
sapientiae,  a  quo  Deus  scienliarum  Douiinus  arcendos 
censeat  cupidos  veritatis,  vanitatis  non  conscios.  Talis 
oral  Moyses,  qui  audebat  dicere  Deo  :  St  inveni  gra- 
tiam  in  oculis  tuis,  ostende  mihi  teipsum.  Talis  Philip- 
pus,  qui  sibi  et  suis  condiscipulis  Pat  rem  flagitabat 
ostendi  :  talis  et  Thomas,  qui  nisi  sua  manu  tangeret 
viilnus  et  fossum  latus,  credere  rccusabat.  Pusilla  fides, 
sed  de  magnitudine  animi  miro  modo  descendens.  Talis 
qnoque  David,  qui  et  ipse  dicebat  Deo  :  Tibi  dixit  cor 
meum,  exquisivit  le  fades  mea;  faciem  tuam  Domine 
requiram.  Tales  itaque  magna  audent,  quoniam  magni 
sunt :  et  quae  audent,  obtinent  juxta  verbum  promUaio- 


TRENTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


qnileurenaeti  faite  en  ces  termes:  «  Tous  leslieux 
que  vous  foulerez  de  yos  pieds  seront  a  vous 
(Deut.  i,  36J.  »  Car  une  grand..-  foi  merite  de  gran- 
des  recompenses,  et  on  possede  les  biens  dn  Sei- 
gneur a  proportion  qu'on  les  couvre  du  pied  de 
l'esperance. 

9.  Ainsi  Dieuparle  aMo'iseboueheabouclie,  etcelui- 
ci  merite  de  voir  le  Seigneur  elaireinent,  non  en 
enigmes  ou  en  figures  (Num.  xn,  8),  au  lieu  qu'il 
ne  se  montre,  dit-il,  qu'en  vision  aux  autres  pro- 
phetes,  et  ne  leur  parle  qu'en  songe.  Saint  Philippe 
pareillement,  selon  la  demande  qu'il  en  avait  faite, 
vit  le  Pere  dans  le  Fils,  quand  il  lui  fut  repondu  : 
«  Philippe,  qui  me  voit,  voit  mon  Pere,  parce  que 
je  suis  dans  mon  Pere,  et  mon  Pere  est  en  moi 
(Joan,  xiv,  7).  »  II  se  donna  aussi  a  toucher  a  saint 
Thomns  suivant  le  desir  de  son  cceur,  et  il  ne  le  priva 
pas  du  fruit  de  sa  priere  (Jotm.xx,  27).  Que  dirai-je  de 
David?  Ne  marque — il  pas  aussi  qu'il  n'a  pas  ete  frus- 
tre  entierement  de  ses  desirs,  lorsqu  il  dit,  qu'il  ne 
permettra  point  a  ses  yeux,  de  dermir,  ni  a  ses  pau- 
pieresde  se  fermer,  qu'il  n'aittrouve  unlieu  pour 
le  Seigneur?  Un  grand  epoux  se  presente  done  a  ces 
grandes  ames,  et  il  les  traite  magnifiquement  en 
leur  envoyant  sa  lumiere  et  sa  verite,  en  les  con- 
duisant,  en  les  amenant  sur  sa  sainte  montagne 
et  dans  ses  tabernacles,  en  sorte  que  celui  qui  re- 
coit  une  telle  faveur  a  sujet  de  dire  ;  «  Celui  qui 
est  tout  puissant  a  fait  de  grandes  choses  en  moi 
(Luc.  l,  Z|9).  »  Ses  yeux  verront  le  roi  dans  toute  sa 
beaute,  marchant  devant  lui  vers  les  plus  beaux 
endroits  du  desert,  vers  les  fleurs  du  rosier,  les  lis 
des  vallees,  des  jardins    delicieux,  des  fontaines 


311 

jaillissantes,  des  celliers  remplis  d'une  abondance 
de  tous  biens,  des  odeurs  de  parfums  tres  doux,  et 
enfin  vers  les  lieux  les  plus  intimes  de  sa  chambre. 
10.  Voila  les  tresors  de  la  sagesse  et  de  la  science 
qui  sont  caches  dans  l'Epoux.  Voila  les  paturages 
de  vie  prepares  pour  repaitre  les  ames  saintes. 
Heureux  celui  qui  en  contente  pleinement  ses  de- 
sirs  !  Qu'il  sache  seulement  qu'il  ne  doit  pas  vou- 
loir  posseder  seul  ce  qui  peut  suffire  a  plusieurs. 
Car  si,  apres  toutes  ces  choses,  l'Epoux  se  montre 
sous  les  traits  d'un  pasteur,  e'est  peut-etre  afin 
d'avertir  celui  qui  a  obtenu  de  si  grands  dons  de  se 
souvenir  d'en  repaitre  le  troupeau  des  personnes 
simples,  qui  ne  peuvent  se  porter  a  ces  merveilles 
par  elles-memes,  comme  les  brebis  n'osent  aller  au 
paturage  sans  leur  pasteur.  C'est  la  sage  remarque 
de  l'Epouse,  et  voila  pourquoi  elle  demande  qu'on 
lui  apprenne  on  l'Epoux  pait  et  repose  a  midi ;  elle 
se  sent  disposee  comme  on  peut  le  comprendre  par 
ses  paroles,  a  se  nourrir  et  a  paitre  les  brebis  avec 
lui  et  sans  lui.  Car  elle  ne  croit  pas  qu'il  soit  sur 
d'eloigner  le  troupeau  du  souverain  pasteur,  a 
cause  des  loups,  surtout  de  ceux  qui  viennent  a 
nous  sous  une  peau  de  brebis.  Et  c'est  pour  cela 
qu'elle  desire  les  faire  paitre  avec  lui  dans  les  me- 
mes  paturages,  et  se  reposer  sous  les  memes  om- 
brages.  Et  elle  en  donne  la  raison  :  «  De  peur,  dit- 
elle,  que  je  ne  me  mette  a  errer  apres  le  troupeau  de 
vos  compagnons.  »  Elle  parle  de  ceux  qui  veulent 
paraitre  amis  de  l'Epoux  et  ne  le  sont  pas ;  comme 
ils  ne  s'occupent  qu'a  faire  paitre  leurs  propres 
troupeaux,  non  les  siens,  ils  vont  de  cdte  et  d'autre 
endisant  :  «  C'est  iciqu'est  Jesus-Christ.  C'est  la  qu'il 


Ceux  qui  sont 
instruits  par 
Diea  doiTent 
Instruire  !»■ 
aatrw. 


II  est  dango- 

reux  de  too* 

loir  faire 

paitre  lei 

brebis  loin 

du  paeteor. 


nis  ad  ipsos,  quod  est  istiusmodi  :  Quemcunque  locum 
calcaverit  pes  vesler,  vester  erit.  Magna  siquidem  fides 
magna  merelur  :  et  quatenus  in  bonis  Domini  fiduciae 
pedem  porrexeris,  eatenus  possidebis. 

9.  Denique  Moysi  ore  ad  os  loquitur  Deus ;  et  palam, 
non  per  aenigmata  et  figuras  Dominum  videre  meretur, 
cum  prophetis  aliis  tantum  in  visione  apparere  se  dicat, 
et  per  somnium  loqui.  Philippo  quoque  secundum  pe- 
titionem  cordis  sui  ostensus  est  Pater  in  Filio,  in  eo 
procul  dubio  quod  incontinent!  audivit  :  Philippe,  qui 
videt  me,  videt  et  Patrem.  et,  Quia  ego  in  Palre,  et  Pa- 
ter in  me  est.  Sed  et  Thomae  juxta  desiderium  cordis 
ejus  palpandum  se  praebuit,  et  voluntate  labiorum  ejus 
non  fraudavit  eum.  Quid  David  ?  Nonne  et  ipse  voto 
se  non  omnino  fraudari  significat,  ubi  ait  non  daturum 
se  somnum  oculis  suis,  nee  palpebris  suis  dormitatio- 
nem,  donee  inveniret  locum  Domino?  Igitur  istiusmodi 
magnis  spirilibus  magnus  occuret  Sponsus,  et  magnifi- 
cabit  facere  cum  eis,  emittens  lucem  suam  et  veritatem 
suam,  eosque  deducens  et  adducens  in  montem  sanctum 
suum,  et  in  tabernacula  sua,  ita  nt  dicat  qui  ejusmodi 
est  :  Quia  fecit  mihi  magna  qui  potens  est.  Regem  in 
decore  siio  videbunt  oculi  ejus,  praaeuntem  se  ad  spe- 
ciosa  deserti,  ad  fiores  rosarum,  et  lilia  convallium,  ad 
amcena   botorum,  irrigua  fontium,   ad  delicias  cellario- 


rum,  et  odoramenta  aromatum,  postremo  ad  ipsa  secret* 
cubiculi. 

10.  Isti  sunt  thesauri  sapientiae  et  scientia?  penes  Spon- 
sum  absconditi,  base  vitas  pascua  praeparata  in  refectio- 
nem  animarum  sanctarum.  Beatus  vir  qui  implevit 
desiderium  suum  ex  ipsis.  Hoc  solum  admonitus  sit,  ne 
solus  habere  velit  quae  possunt  sufficere  pluribus.  Prop- 
terea  enim  fortassis  post  ista  omnia  Sponsus,  tanquam 
pastor  apparere  describilur  :  ut  proinde  admoneatur 
assecutor  tantorum  munerum  pascendi  gregis  simpli- 
ciorum,  qui  scilicet  tarn  non  valent  per  semetipsos 
apprehendere  ista,  quam  non  audent  sine  pastore  oves 
exire  in  pascua.  Denique  hoc  ipsum  Sponsa  prudenter 
advertens  postulat  tibi  indicari,  ubi  ipse  pascat  et  cubet 
sub  meridiano  fervore,  parata  (ut  quidem  ex  hoc  intel- 
ligi  datur)  pasci  et  pascere  cum  illo,  et  sub  illo.  Nee 
enim  tutum  arbitratur  longe  agere  gregem  a  summo 
Pastore,  nimirum  ob  incursiones  luporum ,  eorum 
maxime  qui  veniunt  ad  nos  in  vestimentis  ovium  :  et 
propterea  satagit  eisdem  cum  ipso  pariter  pascere  pascuis, 
et  cubare  umbris.  Et  causam  ponit  :  Ne  incipiam,  in- 
quiens,  vagan  post  greges  sodalium  lucrum.  Ipsi  sunt 
qui  se  volunt  videri  amicos  Sponsi,  et  non  sunt :  et  cum 
suos,  non  illius  greges  pascere  cura  sit  eis;  hinc  inde 
tamen  insidiantes  dicunt  :  Ecce  hie  est  Christus,  tcct  Uiic 


313 


CEUVRES  DE  SAINT  BEBNARD. 


est  [Malik,  x  21),  .  alin  d'en  seduire  plusieurs,  et  meure  ,.  vers  laquelle  elle  doit  marcher.  Or  voici 
nnte  du  froupeau  de  Jesus^st  et  de  ce  „u,  l,  Prophete  dit  de  cetta  demeure  7fc3 
3uterauleur.Vo.lft  pour  ce  qui  regarde  le    demande  qu'une  chose  au  Seigneur  et  je  la  M 

«msdela  lettre  Quant  au  qui  v  *    demandJ  l  (..s(  ,,.  J£**  j£  £ 

suis  d  avis  de  remettre  a  un   autre  dis- 

cours  ce  que,  par  ('intercession  de  vos  prieres  dai- 

gnera  m'inspirer   l'epoux  de  I'Eglise  Jesus-Christ 

■N(,l!  r,  qui  etant  Dieu  est  au  dessus  de 

toutes  choses,  el  beni  eteniellement,  Ainsi  soit-il. 


SERMON  XXXIII. 

Ce  qu'une  dmc  devote  ne  doit  cesser  de  rechercher. 
Que  fuut-il  entendre  par  le  tnot  midi.  II  y  a  qua- 
tre  tenlations  qu'on  doit  toujours  eviler. 

1.  Apprenez-moi  oil  est  celui  qu'aime  mon  ame, 
ou  vous  paissez  voire  troupeau,  oil  vous  vous  repo- 
sez  a  midi.  »  Un  autre  saint  se  sert  aussi  de  la  mfime 
expression  :  ■  Apprenez-moi,  dit-il,  pourquoi  vous 
mejugez  ainsi  {Job  x,  3).  »  En  quoi  il  ue  blame 
pas  la  sentence  du  juge,  mais  il  en  cherche  la 
cause,  il  demaude  d'etre  instruit  par  les  afflictions, 


demeurer  dans  sa  maison  tous  les  jours  de  ma  vie 
[Psal.  xxvi,  it).  »  Et  ailleurs  :  «  Seigneur,  j'aime 
passionnement  la  beaute  de  votre  maison  et  le  lieu 
ou  habite  votre  gloire  (Psal.  xxv,  8).  »  Quant  am 
deux  autres,  voici  comment  il  s'exprime  :  «  La  jus- 
tice et  le  jugement  sont  les  bases  de  votre  trone 
[Psal.  lxxxvjii,  15).  »  C'est  avec  raison  que  Time 
devote  cherche  ces  trois  choses  comme  etant  le  trone 
de  Dieu  et  la  base  de  sou  tr6ne.  On  aime  a  voir 
comment,  par  une  prerogative  particuliere  de  l'E- 
pouse,  ces  trois  choses  concourent  egalenient  a  la 
consommation  de  ses  vertus;  en  effet,  elle  est 
«  belle  »  par  la  forme  de  la  justice,  «  prudente  » 
par  la  connaissance  des  jugements,  et  «  chaste  » 
par  le  desir  quelle  a  de  la  presence  ou  de  la  gloire 
de  son  Epoux.  Car  il  sied  bien  a  l'Epouse  du  Sei- 
gneur d'etre  telle;  je  veux  dire  belle,  prudente  et 
chaste.  Or,  sa  derniere  demande  trouve  place  ici; 


Ooalitds  d« 

1'Cpouie. 


,  elle  prie,  en  elfet,   celui   qu'aime  son  ame.  de  lui 

m?mn  •     n  pr0pMle  eD  USe  de  prendre  ou  il  pait  son  troupeau,  et  ou  U  se  re- 

meme  dans  ses  onusons  quand  il  dit  :  «  Apprenez-  pose  a  midi 

moi  vos  voies,  Seigneur,  et  enseignez-moi  vos  sen-         2.  Et  d'abord  remarquez  avec  ouelle  elegance  U  Pitu"*« 

tiers  [Psal.  xxiv.  i>).  .  Et  U  declare  ailleurs  ce  qu'il  elle  distingue  1'amour  de  1'espr  t  Sec  lamo,     -  "  '  *"  " 


midi. 


'  lL2t.tr:±:r=Err?  ^—SWMSs 


trois  chores. 


qS^r  regarde  Dieu  anime,  ne  cesse  de  ^enqulr^  «  ZS^ZZZ?  "^  *"*  J'a,°le'  ^  '  *** 
trois  choses  :   .  De    a   just.ee   du  SSLmT  ?  '     P°U1"  marqUe''  pa'"ld  **ue  son 

tion  .  avec  laquelle  elle  doit  marcher,  et  la  <  de-  ZtT^uT^^T"  ^  ***  * 

,  »  ia      ue  i  neure  de  midi,  et  s  enqmert  surtout  du   lieu  ou 


est,  videlicet  nt  multos  seducant,  et  abducant  a  Christ! 
gregibus,  et  socient  suis.  Hoc  pro  Altera;  textu.  Jam 
vero  sp.ntualem  sensum  qui  in  ea  latet  sub  alio  ser- 
monis  pnncipio  exspectate,  quidquid  illud  erit,  quod 
miln  nidc  vobis  oranlibus  sua  misericordia partiri digna- 
bilur  Sponsus  Ecclesis  Jesus-Christus  Dominus  nosier 
qui  est  super  omnia  Deus  bencdictus  in  sajcula.  Amen! 

SERMO  XXXIII. 

De  his  qua;  semper  sectanda  sunt  a  menle  devota.  Quid 
sit  mendies,et  de  quatuor  generibus  tentationum  semper 
evitandis.  r 

I.  Indica  mihi  quern  diligit  anima  men,  ubi  pascas, 
ubi  cubes  in  meridie.  Et  alius  quidam  :  Indica,  taonit 
mdacurme  xta  judices.  Ubi  Don  sane  sententiam  eau- 
satur,  sed  scrutatur  causam,  erudiri  flagellis  pelens,  non 
erol.  Item  alius  prccatur,  dipena  :  Vias  turn  Define 
demonttra  mtht,  et  semilas  tuas  edoce  me.  Quas  dixerit 
vias  vol  semilas,  manifestat  alibi  :  Deduxit  me  inquit 
super  semitas  just  dice.  Ergo  tria  ista  anima  curiosa  Dei 
noa  cessat   inquirere,  justitiam,  et  judicium,  et  locum 


habi  ationis  gloria:  Sponsi  :  tanquam  viam  in  qua  am- 
bulet,    caulelam     qua    ambulet,    et    adquam    anibulet 
mansionem.    De     qua    mansione    sic    babes    in    Pro- 
pheta  :  Vnam  petti,  inquit,  a  Domino,  /tunc  requwam  ut 
mnabUem  m  domo  Domini  omnibus  diebus  vitce  met  Et 
iterum  :  Domine  dilexi  deeorem   domus   turn,  et  locum 
habitation's  glon,e   turn.    Porro    de   reliquis   duobus  • 
Jushha  et  judicium,  ait,  praiparatio  sedis  turn.  Merita 
tna    isla    mens  devota  requirit,   utpote  sedem   Dei   et 
sedispraparationem.  El  pulchre  in  Sponswpra-rugalivam 
concurrunt  parifer  omnia  ad  consummalionem  virtutum 
ut  de  forma  jostitiae  sit  formosa,  de  judicioium  notitia 
cauta,  de  desiderio  present!*   seu  gloria;  sponsi  casta, 
lalem  prorsus  decet  esse  Sponsam  Domini,  pulchram 
erudilam    et  castam.  Ergo  petitio,  quam  ultimam  posui 
isdus  est  loci.  Petit  siquidem  ab  eo  quern  diligit  anima 
sua,  indicari  sibi,  ubi  pascal,  et  ubi  cubet  in  meridie. 

i.  bl  piini,,  adverte,  quam  eleganter  amorem  spiritus 
a  canns  discernal  alTectu,  dum  dilectumexprimeremagia 
ipsa  affecUone,  qnam  nomine  volens,  non  simpliciter 
quern  diligo,  sed,  0,  inquit,  quern  diligit  anima  mca, 
spintalem  designans  dilectionem.  Deinde  quidnam  earn 
in  loco  pascua;   adeo    delectet,  diligenter  atlende.  Sed 


TRENTE-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQDE  DES  CANTIQUES. 


celui  qui  pait  son  troupeau  se  repose  en  meme 
temps,  ce  qui  prouve  une  grande  seeurite.  Car  je 
crois  quelle  ajoute  ce  mot :  «  oil  il  repose,  »  parce 
que,  en  ce  lieu-la,  il  n'est  point  necessaire  d'etre 
debout,  et  de  veiller  a  garder  le  troupeau,  puisque, 
tandis  que  le  pasteur  est  couehe  et  se  repose  k 
l'ombre,  son  troupeau  ne  laisse  pas  de  parcourir 
librement  la  prairie.  Heureuse  region,  ou  les  brebis 
entrent  et  sortent  quand  il  leur  plait,  sans  que  per- 
sonne  les  epouvante !  Qui  me  fera  la  grace  de  vous 
voir  et  moi  avec  vous,  vous  repaitre  dans  les  mon- 
tagnes  avec  ces  quatre-vingt-dix-neuf  brebis  que  le 
pasteur  y  laissa,  lisons-nous  dans  l'Evangile,  lors-     il  faut  que  je  me  contente,  durant  cette  vie,  de  1 


313 

du  plus  pur  froment  (Psal.  cxlvii,  1).  »  Qui  ne 
souhaiterait  ardernment  de  paitre  en  ce  lieu  pour 
y  gouter  la  paix,  y  manger  la  fleur  de  froment  et  y 
trouver  la  satiete.  La  ni  crainte  ni  degout,  ni  di- 
sette.  Or,  cette  demeure  assuree,  c'est  le  «  para- 
dis,  »  cette  nourriture  delicieuse,  c'est  le  «  Verbe, » 
et  cette  grande  abondance,  c'est  «  l'eternite.  » 

3.  J'ai  aussi  le  Verbe  ici-bas,  mais  c'est  dans  sa 
chair.  On  me  presente  aussi  la  verite  pour  me  ser- 
vir  de  nourriture,  mais  c'est  dans  un  sacrement. 
L'ange  est  comme  engraisse  de  la  fleur  du  fro- 
ment, il  se  rassasie  du  grain  meme;  quant  a  moi, 


LasetronTent 

la  paix, 

1'abondo.nce 

et  la  utiete. 


Condition 
differente  da 
l'bomme  sur 
la  lerre  et  de 
l'angu  dans 
son  bonheur. 


qu'il  daigna  courir  apres  celle  qui  s'etait  egaree 
(Matth.  xviu,  12).  Celui-la  sans  doute  se  repose  en 
pleine  seeurite  lorsqu'il  est  pres  de  ses  brebis,  qui 
n'hesite  point  a  s'eloigner  parce  qu'il  sait  qu'il  les 
;omme  il  est  laisse  en  lieu  sur.  C'est  a  bon  droit  que  l'Epouse 
^"d'uit  mi  soupire  et  aspire  apres  ce  lieu  qui  est  tout  ensem- 

»  rEpoux.  ble  un  lieu  de  Paturage  et^  Paix.  un  lieu  de  repos 
et  de  seeurite,  un  lieu  de  joie,  d'admiration  et  d'e- 
tonnement.  Helas!  que  je  suis  malheureux  d'en  etre 


corce  du  sacrement,  du  son  de  la  chair,  de  !a  paille 
de  In  lettre  et  du  voile  de  la  foi.  Et  ces  choses  sont 
telles  qu'elles  donnent  la  mort quand  yon  goiite,  sans 
les  assaisonncr  des  preraices  de  l'esprit.  Oui,  je  ne 
puis  trouver  que  la  mort  dans  le  vase,  si  l'auier- 
tuine  des  herbes  qui  y  sont  n'est  adoucie  par  la  fa- 
rine  du  Prophete.  Car,  sans  l'esprit,  on  ne  recoit  le 
sacrement  que  pour  sa  condamnatiou,  la  chair  ne 
sert  de  rien,  la  lettre  tue,  et  la  foi  est  morte.  C'est 


La  verite 

dans 

l'Eucharistie 


si  eloigne,  et  de  ne  le  saluer  que  de  loin  !  Le  seul  l'esprit  qui  vivifle  et  qui   fait  que  je  vis  dans  ces 

souvenir  que  j'en  ai  me  fait  verser  des  larmes,  et  choses.  Mais,  de  quelque  abondance  et  de  quelque 

me  met  dans  le  coeur  le  sentiment,  et  dans  la  bou-  onction  d'esprit  qu'elles  soient  pleines.  Ton  ne  peut 

che  les  paroles  de  ceux  qui  disaient  :  «  Nous  nous  trouver  dans  l'ecorce  du  sacrement  la  meme  dou- 

sommes  assis  sur  les  rivages  des  fleuves  de  Baby-  ceur  que  dans  la  plus  pure  fleur  de  froment,  dans 

lone,  et  nous  avons   pleure  ameremeut  en   nous  la  foi  que  dans  la  vision,  dans  le  souvenir  que  dans 

souvenant  de  vous,  6  Sion  (Psal.  exxxvt,  1).  »  II  me  la  presence,  dans  le  temps  que  dans  l'eternite,  dans 

prend  envie  de  m'ecrier  aussi  avec  l'Epouse  et  le  le  visage  que  dans  le  miroir  qui  le  represente,  dans 

Prophete  :  «  Sion,  louez  votre  Dieu  de  ce  qu'il  a  l'image  de  Dieu  que  dans  la  forme  d'un  esclave. 

renforce  les  gonds  de  vos  portes  et  beni  vos  enfants  Aussi,  dans  toutes  ces  choses,  ma  foi  est  riche,  mais 

en  vous ;  il  a  etabli  la  paix  dans  toute   votre  con-  mon  intelligence  est  pauvre.  Or,  il  y  a  bien  de  la 

tree,  et  il  vous  nourrit  avec  abondance  de  la  fleur  difference  entre  le  gout  que  l'on  a  par  Intelligence 


nee  illud  prastereat  le  de  hora  meridiana,  el  quod  is 
potissimum  exploratur  locus,  in  quo  qui  pascit,  cubat 
simul  :  quod  est  magn*  securitatts  indicium.  Arbitror 
enim  ob  hoc  additum,  cubal,  quod  eo  loci  minime  ne- 
cesse  sit  stare,  et  vigilure  super  cuslodiam  gregis, 
quando  grex,  ctiam  etibante  pastore  et  pausanle  sub  urn- 
bris,  libere  nihilominusdiscurrat  in  pascuis.  Felix  regio, 
in  qua  pro  libitu  oves  ingrediuntur  et  cgrediuntur,  et 
non  est  qui  exterreat.  Quis  mihi  tribuat  videre  vos, 
meque  pariterin  monlibus  pasci  una  cum  illis  nonaginta 
novem  quae  illic  relictse  leguntur,  cum  Pastor  earum 
dignanter  ad  unam  descendit  quae  erraverat?  Secure 
procul  dubio  cubat  prope.qui  et  longe  recedere  minime 
dubitavit,  sciens  quia  in  tuto  eas  relinqueret.  Merito 
Sponsa  illo  suspirat,  merito  inhiat  loco  pascuae  simul  et 
pacis,  sed  quietis,  sed  securitatis,  sed  exsultationis,  sed 
admimtionis,  sed  stuporis.  Nam  et  me  miseruui,  heu  ! 
longe  agentem  et  de  longe  salutantem,  en  ipsa  ejus  re- 
cordatio  ad  lacrymas  pruvocat,  plane  juxta  affectionem 
etvocem  dicentium  :  Supei-  flumina  Babylonia  illic  s?di- 
mus  et  flevimun,  dum  recordtircmur  lui  Sion.  Libet  ex- 
clamare  et  me  cum  Sponsa  pariter  et  cum  Propheta  : 
Lauda  Deum  tuum  Sion,  quoniam  confortavit  seras  por- 
tarum  luarum,  benedixit  filiis  luis  in  le.  Qui posuit  fines 


tuo.i  pacem,  et  adipe  frumenti  satiat  te.  Quis  non  illic 
vehementer  cupiat  pasci  ei  propter  pacem,  et  propter 
adipem,  et  propter  salietatem?  Nihil  ibi  formidatur, 
nihil  fastiditur,  nihil  deficit.  Tuta  habitatio  Paradisus, 
dulce  pabulum  Verbum,  opulentia  multa  nimis  aeter- 
nitas. 

3.  Habeoet  ego  Verbum,  sed  in  carnis  et  mihiapponi- 
tur  Veritas,  sed  in  sacramenlo.  Angelus  ex  adipe  frumenti 
saginatur,  et  nudo  saturatur  grano;  me  oportet  interim 
quodam  sacramenti  cortice  esse  contentum,  carnis  fur- 
fure,  litterae  pnlea,  velamine  fidei.  Et  haec  talia  sunt 
qu:e  gustata  afl'erunt  mortem,  si  non  de  primitiis  spiri- 
tus  quantulumcunque  accipiant  condimentum.  Prorsus 
mors  mihi  in  olla,  nisi  ex  Prophetas  farina  dulcoretur. 
Denique  absque  spiritu  et  sacramenfum  ad  judicium 
sumitur,  et  caro  non  prodest  quidquam,  et  liltera  occi- 
dit,  et  fides  mortua  est.  Sed  spiritus  est  qui  vivificat, 
ut  vivam  in  eis.  At  quantalihet  sane  abundantia  spiritus 
pinguescant  ista,  non  pari  omnino  jucunditate  sumitur 
corlex  sacramenti,  et  adeps  frumenti,  fides  et  species  •  , 
memoria  et  praesentia,  wternitas  et  fempns,  vultus  et 
speculum,  imago  Dei  et  forma  servi.  Nempe  in  omnibus 
his  fides  locuples  mihi,  intellectus  pauper.  Numquid 
vero  par  sapor  intellectui    fldeique,  cum  sit  in  meritum 


k  al.  men- 
dose  spes. 


3ia 


OELTRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Felicite  <Ie» 
bieobcureui 


el  cehii  que  Ton  n'a  que  par  la  foi,  puisque  ce  der- 
nier fait  notre  merite,  au  lieu  que  l'nutre  fera  no- 
tre  recompense.  Vous  voyez  done  qu'il  n'y  a  pas 
moins  de  difference  entre  les  paturages  qu'il  n'y  en 

a  entre  les  endroits  oil  on  habite;  et  que  les  Liens 
qui  sont  possedes  par  les  habitants  du  eiel,  sont 
aussi  eleves  au  dessus  des  biens  de  ce  monde,  que 
le  ciel  est  eleve  au  dessus  de  la  terre. 

U.  Hatons-nous  done,  mes  enfauts,  hatons-nous 
d'arriver  dans  un  lieu  plus  sur,  dans  des  paturages 
plus  delieieux,  dans  un  champ  plus  fertile.  Hatons- 
nous  d'aller  la  oil  nous  habiterons  sans  crainle,  oii 
notre  abondance  ne  saurait  s'epuiser,  oii  notre 
jouissance  ne  connaitra  point  le  degout.  Car,  Sei- 
gneur des  armees,  vous  qui  jugez  toutes  choses 
avec  tranquillite,  vous  nourris^ez  aussi  toutes  cho- 
ses en  pais  et  en  securite.  Vous  etes  en  meme 
temps  le  Seigneur  des  armees  et  le  pasteur  des 
brebis.  Vous  paissez  done  voire  troupeau,  et  vous 
vous  reposez  en  meme  temps,  mais  ce  n'est  pas  ici. 
Car  vous  etiez  debout  lorsque  vous  regardiez  du 
ciel  une  de  vos  brebis,  je  veux  dire  le  grand 
Etienne,  environne  de  loups  sur  la  terre.  C'est 
pourquoi  :  «  Apprenez-moi  ou  vous  paissez  votre 
troupeau.  et  ou  vous  vous  reposez  a  midi,  »  e'est-a- 
L'aernite  dire  lout  le  jour.  Car  ce  midi  est  tout  un  jour,  qui 
est  ud  jour  ne  connait  point  de  soir.  C  est  pour  cela  que  ce  jour 
'"'dVioir""'  1uon  Pas?e  dans  voire  maison  est  plus  desirable 
que  mille  autres  s'll  ne  connait  pas  de  couchant 
[Psal.  LX.vxm,  11).  Peut-etre  a-t-il  eu  un  matin, 
quand  ce  saint  jour  a  commence  a  luire  sur  nous 
par  les  entrailles  de  la  misericorde  de  notre  Dieu, 
dans  laqnelle  le  soleil  levant  nous  est  venu  visiter 
du  ciel  (Luc.  1,  78).  Oui,  c'est  vraiment  alors,  6 


mon  Dieu,  que  nous  avons  recu  les  effets  de  votre 
misericorde  au  milieu  de  voire  temple,  lorsqu'au 
sein  des  ombres  de  la  mort,  une  grande  lumiere  a 
paru  sur  nous,  et  que  nous  avons  vu  la  ploire  du 
Seigneur  eclairer  le  matin  \Psnl.  xi.vn,  10;.  Cotn- 
bien  de  rois  el  de  prophetesont  desire  ta  voir  et  ne 
l'ont  pas  vue?  Pourquoi?  Parce  qu'il  etait  nuit,  et 
que  le  matin  tantattendu,  et  auquel  la  misericorde 
etait  promise,  n'etait  pas  encore  arrive  ?  C'est  pour- 
quoi quelqu'un  disait  dans  ses  prieres  :  «  Faites- 
moi  entendre,  Seigneur,  des  le  matin,  la  voix  de 
votre  misericorde,  parce  que  j'ai  espere  en  vous 
(Psal.  cxlu,  5).  » 

5.  Ce  jour  a  ete  precede  d'une  aurore   qui  a 
commence  a  luire  quand  le  soleil  de  justice  fut  an- 
noncA  a  la  terre  par  l'arcbange  Gabriel,  qu'une 
vierge  le  concut  dans  son  sein  par  l'operatum   du 
Saint-Esprit,  et  l'enfantaen  demeurant   toujours 
vierge,  jusqu'au  jour  oil  il  parut  dans  le  monde,  et 
conversa  avec  les  hommes.   Jusqu'alors  ou  ne  vit 
qu'une  toute  petite  lumiere  qui  etait  vraiment  sem- 
blable  a  la  lumiere  de  l'aurore,  en  sorte  que  pres- 
que  toute  la  terre  ignorait  que  le  jour  fut  parmi 
les  hommes.    Apres  tout,   s'ils  ne    l'eussent   pas 
ignore,  ils  n'eussent  jamais  cruciQe  le  Seigneur  de 
gloire  (1  Cor.  i,  8).  Voila  pourquoi  aussi  ce  n'etait 
qu'au  petit  nombre  des  disciples  qu'il  etait  dit :  «  II 
y  a  encore  un  peu  de  lumiere  parmi  vous  (Joan. 
xn,  35),  »  car  on  n'avait  encore  que  l'aurore,  le 
commencement  ou  plutot  le  signe  du  jour,  tant 
que  le  soleil  cachait  ses  rayons,  au  lieu  de  les  re- 
pindre  sur  la  terre.  C'etait  aussi  la  pensee  de  saint 
Paul,  lorsqu'il  disait :  «  La  nuit  a  precede,  mais  le 
jour  s'est  approche  (Rom.  xiu,  2),  »  marquant  par 


Onelle  (it 

l'aor  »re  de 
ce  jour. 


i«ta,  ille  in  prasrnium  T  Vides  ergo  tantum  distare 
Inter  pabula,  quantum  et  inter  loca  :  et  sicut  exaltantur 
cceli  a  terra,  ita  babitantes  in  eis,  bonis  potioribus 
abundare  ? 

4.  Festinemus  proinde,  Filii,  festinemus  ad  lacum  tu- 
tioretn  ,  ad  pastum  suaviorem  ,  ad  uberiorem  et 
fertiliorem  agrum.  Festinemus  ut  habitemus  sine  metu, 
abundemus  sine  defectu,  epulemur  sine  fastidio.  Tu 
enim  Domine  sabaoth,  qui  cum  tranquillitate  judicas 
omnia,  eliam  cum  securitate  aeque  omnia  ibi  pascis. 
Idem  ipe  et  Dominus  exercituum,  et  pastor  ovium. 
Ergo  et  pascis,  et  cubas  pariler,  sed  non  hie.  Denique 
stabas  cum  e  coelo  prospiceres  unam  ex  tuis  oviculis 
(Stepbanum  loquor)  a  lapis  circumdari  super  terram. 
Et  propterea  quaeso  indica  milii  ubi  pascas,  ubi  cubes 
in  meridie,  hoc  est  tola  die  :  etenim  ilia  meridies  tota 
est  die9,  et  ipsa  nesciens  vesperam.  Et  ideo  melior  dies 
ilia  in  atriis  tuis  super  millia,  quia  nesrit  occasum.  At 
matutinum  forsitam  habuit,  cum  primum  videlicet  dies 
lanctitlcatus  illuxit  nobis,  per  viscera  utique  misericor- 
ldieB  Dei  nostri,  in  quibus  visitavit  nos  Oriens  ex  alio. 
Vere  tunc  suscipimus  Deus  misericordiam  tuam  in 
medio  templi  tui,  cum  in  medio  umbra;  mortis  exortus 
OMtutinl  luz  orta  ex   nobis,  et    mane  vidimus  gloriam 


Domini.  Quanti  reges  et  prophets  voluerunt  vi- 
dcre,  et  non  viderunt  ?  Quare  ?  nisi  quia  nox  erat, 
et  necdum  venerat  illud  expectatum  mane,  cui  fuerat 
reprossima  misericordia  ?  Unde  et  orabat  quis  dicens  : 
Auditam  fac  mihi  mane  misericordiam  tuam,  quia  in  te 
speraii. 

'j.  Fuit  namqae  quffidam  hujus  aurora  diei,  ex  quo 
sol  justilue  per  archangelum  Gabrielem  nuntiatus  est 
term,  et  Virgo  Deum  in  utero  de  Spiritus-Sancto 
concepit  et  peperit  Virgo,  ac  deinceps,  quoad  in  terris 
visus  est,  et  cum  hooiinibus  conversatus  est.  Nam 
usque  adeo  per  totum  id  temporis  lux  pusilla,  et 
tanquam  lux  revera  aurorae  apparuit,  ut  diem  esse 
interim  apud  homines  pene  universitas  ignoraret.  Deni- 
que si  cognovissenl  ,  nunquum  Dominum  gloria 
crucifixiisent.  Et  utique  ipsis  paucis  discipulis  diceba- 
tur  :  Adhuc  modicum  lumen  in  vobis  est  :  eo  quod 
aurora  csset  et  milium,  vel  potius  indicium  diei,  dum 
sol  adhuc  absconderet  radios  suos,  minime  eos  spargeret 
super  terram.  Paulus  quoque  dicebat,  quoniam  nox 
prmccsiit,  dies  auteoi  appropinquavit  :  significans  esse 
tunc  adhuc  adeo  modicum  lumen,  ut  propinquasse, 
quam  venisse  diem  dicere  maluerit.  Qaando  autem  hoc 
dicebat?  Profecto  quando  sol  reversus  ab  infcris,jam  ss 


TRENTE-TROISIEME  SERMON  SHR  LE  CANTIQDE  DES  CANTIQUES. 


La  Tie  ia 
Jesus  »nr  Ti 
terre  est  com* 

faree  a 
an  n  ire. 


la  qu'il  y  avait  encore  si  peu  de  lumiere,  qu'on 
pouvait  dire  que  le  jour  s 'etait  approche  phit6t  que 
venu.  Mais  quand  s'exprimait-il  ainsi?  C'etait  alors 
que  le  soleil,  venu  des  enfers,  etait  deja  monle  jus- 
qu'au  plus  liaut  du  ciel.  Conibien  douc  eUiit-il  en- 
core plus  vrai  dele  dire,  lorsqnela  rcsseuiblance  du 
peche,  cornme  une  nuee  epaisse,  couvrait  l'aurore, 
et  quelle  etait  comme  etouifee  par  tant  de  souf- 
frances,  et  meme  par  une  mort  amere  et  sur  une 
croix  honteuse?  Combien  plus  sa  lumiere  elait-elle 
faible  alors,  et  paraissait-elle  plutot  venirde  la  pre- 
sence de  l'aurore  que  de  celle  du  soleil  ? 

6.  Toute  la  vie  de  Jesus-Christ  sur  la  terre  etait 
done  une  aurore,  une  aurore  meme  assez  pile, 
jusqu'a  ce  que,  se  couchant  et  se  levant  de  nou- 
veau,  il  a  chasse  l'aurore  par  la  lumiere  plus  vive 
de  sa  presence  qui  etaitcomme  un  soleil :  le  matin 
arrivant  alors,  la  nuit  s'est  trouvee  comme  engloutie 
dans  sa  victoire.  Aussi  lisons-nous  dans  l'Evangile  : 
«  Le  jour  du  Sabbat,  de  grand  matin  elles  vinrent 
au  tombeau,  le  soleil  etant  deja  leve  (Matlti.  xxvm, 
C'estie  matin  l).  »  Netait-ce  pas  le  matin,  puisque  le  soleil  etait 
indirection,  leve?  Or,  il  tira  une  nouvelle  beaute  de  la  resurrec- 
tion, et  une  lumiere  plus  pure  et  plus  brillante  que 
de  coutume ;  car  nous  ne  le  connaissons  plus  main- 
tenant  (I  Cor.  v,  16),  selon  la  chair,  quoique  nous 
l'ayons  connu  ainsi  d'abord,  Aussi  le  Prophete 
chante-t-il  :  «  11  s'est  revetu  de  beaute,  il  s'est  re- 
vetu de  force,  il  s'est  ceint  et  a  pris  les  amies  (Psal. 
xen,  1),  »  parce  qu'il  a  depouille  les  infirrnites  de 
la  chair  comme  un  nuage,  et  s'est  revetu  d'une 
robe  de  gloire.  C'est  alors  que  ce  soleil  s'est  eleve, 
et  que,  repandant  insensiblement  ses  rayons  sur  la 
terre,  il  a  commence  peu  a  peu  a  paraitre  plus  lu- 


845 

mineux  et  a  faire  sentir  plus  vivement  sa  chaleur. 

Mais  qu'il  s'echaufle  et  se  fortifle  tant  qu'il  voudra, 

qu'il  augmente  le  nombre  et  la  force  de  ses  rayons 

dans  tout  le  cours  de  notre  vie  mortelle,  car  il  de- 

meure  avec  nous  jusqu'a  la  consommation  des  sie- 

cles  (Mallh.  xxvm,  20);  il  ne  montura  point  pour-   ^"'f,1;"1 

tant  a  son  midi,  et  nous  ne  le  verrons  point  ict-bas  blenhenraus* 

dans  cette  plenitude  de  lumiere,  oil  nous  le  verrons 

un  jour,  au  moins  eeux  a  qui  il  daignera  faire  cette 

grace.  0  veritable  midi !  plenitude  d'ardeur  et  de 

lumiere  !  etat  permanent  d'un  soleil  durable,  qui 

detruit  toutes  les  ombres,  seche  tous  les  marais, 

bannit  toutes  les  mauvaises  odeurs !  0  solstice  eternel  Sonera  d'™ 

ame  devote 

et  jour  sans  declin,  6  lumiere  du  midi,  fraicheur  du  ar.re«  le  midi 

prmtemps,  beaute  de  l'ete,  aboudance  de  l'automne,     eterneiio. 

et,  pour  ne  rien  omeltre,  repos  et  loisir  de  l'hiver, 

on  plutot,  si  vous  l'aimez  mieux  ainsi,  il  n'y  a  que 

l'hiver  qui  s'en  ira  et  se  retirera  alors.  Apprenez- 

moi,  dit  l'Epouse,  oil  est  ce  lieu  si  plein  de  clarte, 

de  paix   et  d'abondance,    afin  que,  comme  Jacob, 

etant  encore  dans  ce  corps  mortel,  vit  le  Seigneur 

face  a  face  sans  qu'il  en  mouriit  (Gen.  xxxu,  30) , 

ou  comme  Moise  le  vit,  non  en  tigure  et  en  enigma 

ou  en  songe  ainsi  que  les  autres  prophetes,  mais 

d'une  maniere  excellente  et  inconnue  a  tout  autre 

qua  lui  et  a  Dieu  (Num.  xn,  8) ;  ou  comme  Isaie, 

apres  que  les  yeux  de  son  esprit  furent  ouverls,  le 

vit  sur  un  trflne  tres-haut  et  tres-eleve  (Isa.  vi,  1), 

ou  meme  comme  saiut  Paul  qui,  ravi  dans  le  para- 

dis,  entendit  des  paroles  ineffables,  et  vit  de  ses 

yeux  Jesus-Christ  son  Seigneur  (II  Cor.  xn,  h),  J6 

merite  aussi  de  vous  contempler  par  un  ravissement 

d'esprit,  dans  l'eclat  de  votre  lumiere  et  de  votre 

beaute,  de  vous  voir  paissant  votre  troupeau  avec 


ad  alta  cceli  sustulerat.  Quanto  magis  cum  adhuc  simi- 
litudo  carnis  peccati  instar  densae  nubis  operiret 
auroram,  juxta  omnes  nimirum  nostri  corpoi-is  pau- 
siones,  ita  ut  neque  amara  mors,  nee  crux  probrosa  de- 
fuerit  ?  Quaulo  magis,  inquam  tunc  exigua  tenuisque 
admodum  lux  fuit,  et  quae  de  aurorae  magis,  quam  de 
solis   prodere  prassentia  videretur  ? 

6.  Erat  ergo  aurora,  et  ipsa  subobscura  satis,  tota 
ilia  Christi  videlicet  conversatio  super  terrram,  usque 
dum  oeeumbens  et  rursum  exoriens,  Solaris  sua'  prasen- 
tire  lumine  clariori  fugavit  auroram,  et  mane  facto 
absorpta  est  nox  in  victoria.  Denique  habes  :  El  valde 
viane  una  sabbatorum  veniunt  ad  monumentum,  orto 
jam  sole.  An  non  mane  fuit,  quando  ortus  est  sol  ? 
Attulit  autem  novum  de  resurrectione  decorem,  et 
sereniorem  solito  lucem,  quoniam  etsi  noveramus  eum 
secundum  cnrnemy  sed  nunc  jam  non  novimus  Est 
sciiptum  in  Propheta  :  Decorem  induil,  induit  foriilu- 
dinem,  el  pracin-xit  se,  quod  carnis  infirma,  tanquam 
nubila  quaedam  excusserit,  stolam  glorias  induens.  Sane 
extunc  elevatus  est  sol,  et  sensim  demum  ditfundens 
suos  radios  super  terram,  ccepit  paulatim  ubique  clarior 
apperere  ,  fervidiorque  sentiri.  Verum  quantumlibet 
incakacat    et    invalescat ,    mullipllcel   et  dilatet   radios 


suos  per  omne  hujus  nostras  mortalitatis  curriculum, 
(erit  enim  nobiscum  usque  ad  consummationem  sasculi  :) 
non  (amen  ad  meridianum  perveniet  lumen,  nee  in  ilia 
sui  plenitudine  videbitur  modo,  in  qua  videndus  est 
postea,  ab  his  duntaxat,  quos  hac  visions  ipse  dignabi- 
tur.  0  vere  meridies,  plenitudo  fervoris  et  lucis,  solis 
statio,  umbrarum  exterminatio  ,  desiccatio  paludam  , 
foetorum  depulsio  !  0  perunne  solstitium,  quando  jam 
non  inclinabitur  dies  I  o  lumen  meridianum,  o  vernalis 
temperies,  o  aestiva  venustas,  o  autumnalis  ubertas,  et 
(ne  quid  videar  praeteriisse)  o  quies  et  feriatio  hiemalis  I 
Aut  certe,  si  hoc  magis  probas,  sola  tunc  hiems  abiit  et 
recessit.  Hunc  locum,  inquit,  tanta?  claritatis  et  pacis  et 
plenitudinis  indica  mini,  ut  quemadmodum  Jacob  adhuc 
in  corpore  manens  vidit  Dominum  facie  ad  faciem,  et 
salva  facta  est  anima  ejus;  vel  certe  sicut  Moyses  vidit 
eum,  non  per  figuras  et  aenigmata,  seu  per  somnia,  uti 
Prophetce  alii,  sed  modo  plane  prascellenti  quieta 
inexperto  caaieris,  sibi  nolo  et  Deo;  vel  sicut  Isaias 
revelatis  oculis  cordis  vidit  eum  super  solium  excelsum 
et  elevatum  ;  vel  etiam  quomodo  Paulus  raptus  in 
paradisum  audivit  verba  inelTabilia  ,  et  Uominum 
suum  Jesjm-Cbristum  vidit  oculis  suis  :  ita  ego  quo- 
que  te   in    lumine    tuo    in    decore    tuo  p*r     mentlt 


316 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


P^a-abondance.  et  vous  reposant  avec  plus  de  *    coutume  de  me  rcpiitre  et  do  repaitre  les  autre,  de 
OiiRrenc,       7.  Car  ici  vous  paissez  votre  tanm*™  ma;  T!"  >U"S  TOlM  conduite' dans la  lo«.  Jans  les  pro- 

«"«•      poser,  maisilfaut  etredebou?   ef\XJ  «*     n^  ^     >         """ "  des  aPot"*- Souvent 

desfrayeursdeIanuit.Helas.p;neluSVS  '  ','  """"""  J"   pu  ,,e   Ia  nourri- 

pomtpure,  cette  nourriture  n'est    , ,1 ,  ,         '     .   '      t"""'  f  P0",""^  m'appartiennent 

cettedemeure  n'estpoint  sure. .  ApprenTmoi  done     «    ■  S  '  ♦'  P      ^  '"  ""  ^  *"  Saints : 

ou  vous  paissez  votre   troupeau     et  ou   vous  v     <  '       T         **"**'  Car  CeIa  m'est  Phls  a's«> 

reposez  a  and,  „  Vous  u.  i  bienhe  "^  '  "  ""f  "  l"'"  ''"  "'  ,1,,ult"ir'  et  b"  lu  ™  J«  la 
de  ce  que  je  suis  adau.ee  *  3£  deTjuTce  ™"1P°— '<  "  "<*  la™*  »*>nt  servi  de  nourri 
[Matth.  v,  6).  Et  qu'est-ce  que  cela,  au  prix  de  la 
felieite  de  ceux  qui  sont  combles  des  Liens  de  votre 
maison,  [Psal.  lxiv,  6)  qui  sont  toujours  a  tin  ban- 
quet magnifique,  [Psal.  ixm,  4)  et  se  rejouissefit 
sans  cesse  en  la  presence  de  Dieu?  si  je  soutfre 
quelque  chose  pour  la  justice,  vous  ditesencore  que 

iT.W  Je  suis  bienheurense.   Or  il  est   certain   que  sil  y 

ici-bas.      a  quelque  douceur  a  paitre  ou  l'on  craint  de  souf- 


aaint 
Bernard . 


frir  ilnV  ,  „„;  .t  a  •  ,■  ■  *<='*  '-"squo  monauie  est  irise  et  me  remnlit  d 
fru  ilny  a  pom  de  surete  :  maisy  paitre  et  y  troubles.  Je  connais  ees  paturaires  et  ivTa  sou 
souffnr  en  uieme  temus.  nest-cen^i.n  „!,,.;,.  ,,^     .  .... '  alulao<-s,  ei  j  y  vais  sou 


lure  et  de  breuvage  durant  le  jour  et  durant  la 
nuit,  pendant  qu'on  me  dit  a  tout  moment,  ou 
est  voire  Dieu  Psal.  xxxxi.  3)  ?  11  est  vrai  quelque- 
fois,  je  me  nourris  de  ce  qui  est  sur  votre  table,  car 
vous  avez  dresse  une  table  devant  moi,  pour  con- 
fondre  ceux  qui  m'affligent.  J'en  prends,  dis-je, 
parfois  quelque  chose,  par  tin  bienfait  singulier 
de  rotre  inisericorde,  et  cela  me  fait  un  peu  respi- 
rer,  brsque  uion  ame  est  triste  et  me   remplit    de 


Ssiot    Ber- 

DUd  trouYe 

sa  consolatioi 

ilans 

1  Eucbaristie. 


souffrir  en  uieme  temps,  n'est-ce  pasun  plaisir  fa 
cheux  ?  Je  possede  ici  toutes  choses  lioruns  la  per- 
fection; plusieurschosesm'arrivent  au-delade  tues 
esperances,  mais  je  n'y  vois  rieu  de  sur.  (Juaud  me 
comblerez-vous  done  de  joie  par  la  presence  de  vo- 
tre visage  (Psal.  xv,  10j  ?  Je  chercherai,  Seigneur, 
votre  visage  adorable  [Psal.  xxvt.  8  .  Voire  visage 
est  un  soleil  en  sou  midi.  Apprenez-moi  ou  vous 
paissez  votre  troupeau,  ou  vous  vous  reposez  a  midi. 
Jesaisassez  on  vouspaissez  sans  reposer.  Apprenez- 
moi  ou  vous  paissez  et  reposez  (out  ensemble.  Je 
n ignore  pas  oulerestedu  temps  vous  avez  cou- 
tumede  paitre,  mais  je  voudrais  savoir  ou  vous 
MWge   de  paissez  a  midi.    Car  pendant   le  temps    de  ma    vie 


vent  en  vous  suivant  comme  mon  pasteur.  Mais  ap- 
prenez-moi  aussi,  je  vous  prie,  ceux  que  je  ne  con- 
nais pas. 

8.  11  y  a  encore  a  la  verite  d'autres  pasteurs  qui 
se  disent  vos  compagnons,  et  ne  le  sont  pas,  qui 
ont  des  troupeaux  qui  leur  sont  propres,  et  des 
prairies  pleines  de  paturages  mortels,  oil  ils  pais- 
sent,  mais  sans  vous  et  sans  vos  ordres.  Je  ne  suis 
point  entre  dans  leurs  terres,  et  ne  me  suis  point 
approche  d'eux.  Ce  sont  ceux  qui  disent  :  «  Le 
Christ  est  ici  :  Le  Christ  est  la  [Marc,  an,  21)  :  » 
Ils  prometlent  les  fertiles  paturages  de  la  sagesse 
et  de  la  science,  on  les  croit,  on  vient  en  foule  a 
eux,  mais  ils  rendent  ceux  qui  les  suivent  enfants 


Les paturages 

de  certains 

psateura  soat 

mauvaii. 


!■&,■&  o7  mortelle  et  dans  ,;      ,  ua'"   'c  leuJ!7   UL'  ma  ™    eux»  ™is  *  rendent  ceux  qui  les  suivent  enfants 
P.ul4,de    mortelle,  et  dans  le  lieu   de  mon  pelermage,  ja..     du  Diable  encore  beaucoup   plus  qu'ils  ne  le  sont 


excessum  merear  contemplari  pascentem  uberius,  quies- 
centem  securius. 

7.  Nam  et  hie  pascis,  sed  non  in  saturitate  :  nee 
cubare  licet,  sed  stare  et  vigilare  oportet  propter 
timores  nocturnos.  Heu  !  nee  clara  lux,  nee  plena 
retectio,  nee  mansio  tuta  :  et  idea  tallica  mini  ubi 
paseds,  ubi  cube,-  in  mendie  Beatam  me  dicis  cum 
esuno,  et  sitio  justitiam.  Quid  hoc  ad  Riorum  felicilatem 
qui  repleti  sunt  in  bonis  domiw  tuae,  qui  epulanturet 
exsultant  in  conspectu  Dei,  el  deleclaiitur  in  hetilia? 
Sed  et  si  quid  patior  propter  jn^iiti,,,,,,  nihilominus 
beatam  prommlias.  Et  cede  pasni  ubi  timeas  pati 
jucunditatem  habet,  sed  non  securitatem.  Porro  autem 
pasci  et  pati  snnul,  nonne  molesta  jucunditas  est  •>  Om- 
nia mini  hie  cedunt  citra  perfeclum,  plura  prater  vo- 
tum,  et  tiitum  mini.  Quundo  adimplebia  me  hetitia  cum 
vullu  tuo?  Vullum  tuum,  Domine,  requham.  Vultus 
tuns  meridies  est.  htdica  mihi  ubi  cubes  in  meridie  ■ 
Scio  satis  ubi  pascas  non  cubaoa  :  indica  mibiubii 
et  cubes.  Non  ignoro  ubi  aliis  temporibus  pascere  so- 
leas  :  sed  scire  velim  ubi  in  meridie  pascas.  Nam  in 
tempore  quidem  mortalilatis  mea?,  et  in  loco  peregrina- 
iodis   mese  consuevi  sane  sub   tua  custodia  pasci,  et 


pascere  in  lege,  et  prophetis,  et  psalmis  de  le  :  nee 
non  in  evangehcis  pascuis,  et  apud  aposfolos  similiter 
reqiuevi  :  IVequenler  ctiam  de  gestis  sanctorum  , 
et  verbis,  et  scriptis  eorum ,  viclum  mihi  atque 
altinentibus  mihi  mendicavi  ut  potui  :  frequentius 
autem  (qnoniam  is  magis  ad  manum  fuit)  manducavi 
panem  doloris  ,  et  vinum  compnnctionis  bibi  ;  et 
facta  sunt  mihi  lacryma  mete  panes  die  ac  node 
dum  dieitur  mihi  quotidie,  Ubi  est  Dens  tuus  ?  Nis- 
quod  de  mensa  tua  (siquidem  parasli  in  compectu 
meo  mensam  adoersus  eos  qui  tribulant  me)  de 
ipsa,  inquain  ,  taa  quidem  beneficio  miseralionis 
accipio,  in  quo  utcunque  respiro,  quoties  tristis  est 
amma  mea,  et  quoties  conturbat  rje.  Ha-c  pascua  novi 
'requentavi  le  sccuta  pastorem  :  sed  indica,  quajso 
etiam  quae  non  novi. 

8.  Sunt  quidem  et  alii  pastores,  qui  dicunt  se  esse 
sodales  tnos,  et  non  sunt,  habentes  greges  suos,  et  tines 
suos  pabulo  mortis  refcrtos,  in  quibus  pascunt  ncc  te- 
cum, nee  per  te,  quorum  utique  terminos  non  intravi 
nee  appropnavi  eis.  Ipsi  sunt  qui  dicunt,  Ecce  hie  est 
Christus,  ecce  it/ic  est  :  promittentes  sapienlia?  el  sciene 
tiae  pascua  uberiora,  et  creditur  eis,  et  conQuunt  ad  eoa 


TRENTE-TROISIEME  SERMON  SUR 

eux-memes.  Et  pourquoi  cela,  sinon  parce  qu'il 
D'y  a  point  la  de  midi,  ni  de  lumiere  pure,  qui 
puissent  faire  counaitre  clairement  la  verite,  et 
qu'on  recoit  souvent  la  faussete  pour  elle,  a  cause 
de  la  vraisemblance  qui  ne  se  discerne  pas  aise- 
ment  du  vrai  dans  1'obscurite,  niais  surtout  aussi 
parce  que  les  eaux  derobees  sonl  plus  douces,  et 
qu'ontrouve  meilleurlepain  qu'onmangeen  cachette 
[Prov.  ix.  17)?  Et  c'est  pour  cela  que  je  vous  prie  de 
ni'enseigner  ou  vous  paissez  et  oil  vous  vous  reposez 
a  midi,  c'est-a-dire  a  decouvert,  de  peur  que  seduite 
je  ne  me  mette  a  errer  apres  les  troupeaux  de  vos 
compagnons,  comme  eux-memes  sont  errants  et 
vagabonds,  n'ayant  aucune  certitude  de  la  verite 
qui  les  rend  stables,  apprenant  toujours  et   n'arri- 

.«rit'q°esleet  vant  Jama.is  a  la  connaissance  d>;  la  verite.  Voila  ce 
lea         que  dit  l'Epouse  a  cause  des  vains  dogmes  des  phi- 

>  i  osop  es.  iosopi]es  et  des  ueretiques. 

^oapirer  9-  Pour  moi>  Je  crois  que  nous  devons  soupirer 
iprtele  midi  apres  ce  midi,  non-seulement  pour  ce  motif,  mais 
ecouviir  les  encore  et  surtout  a  cause  des  artilioes  des  puissan- 
fradiabiedu  ces  ""'isibles,  des  esprits  seducteurs  qui  se  tien- 
nent  en  embuscade  avec  des  flecbes  toutes  pretes 
dans  leurs  earquois,  pour  percer,  d'unlieu  obscur, 
ceux  qui  ont  le  cceur  droit,  afin  qu'en  piein  jour 
nous  puissions  decouvrir  les  stratagemes  du  diable 
et  discerher  aisement  d'avec  notre  bon  ange  cet 
ange  de  Satan  qui  se  transforme  en  ange  de  lu- 
miere. Car  nous  ne  saurions  nous  garanlir  des  in- 
e  Demon  dn  cursions  du  demon  du  midi  (Psul.  c.  C),  qu'en 
Hi  farmon*  denieurant  aussi  dans  la  lumiere  du  midi,  et  je  crois 
"rlXC5.aUme  qUe  Ce  demon-la  est  aPPel6  ainsi,  parce  qu'il  y  a 
de  mauvais  esprits  qui,  etant  une  nuit,  et  une  nuit 


TeotAtioi 

sons  lappa- 

rence  du 

bien. 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  317 

perpetuelle  a  cause  de  leur  volonte  tenebreuse  et 
obstinee  dans  le  mal,  ne  laissent  pas  pour  surpren- 
dre  les  homines  de  paraitre  comme  un  jour,  que 
dis-je  comme  un  jour,  comme  un  midi ;  de  meme 
que  leur  prince  ne  se  conteute  pas  d'etre  egal  a 
Dieu,  mais  lui  resiste  encore  et  s'eleve  au-dessus  de 
tout  ce  qui  est  appele  Dieu,  et  adore  comme  tel 
(2  Thess.  u.  U).  C'est  pourquoi  si  le  cceur  de  celui 
qu'un  demon  de  cette  sorte  entrepreud  de  tenter, 
n'est  eclaire  par  le  vrai  midi  qui  luit  du  baut  du 
ciel,  pour  convaincre  et  decouvrir  le  faux  midi,  il 
ne  pourra  point  s'en  donuer  de  garde  ;  le  demon 
le  tentera  et  le  supplantera  cerlaiuement  par  l'ap- 
parence  du  bien,  laudis  qu'il  ne  se  defie  de  rien 
et  qu'il  ne  se  tient  pas  sur  ses  gardes.  Et  ce  midi 
est  d'aut.'int  plus  clair,  c'est-a-dire,  la  lentation  est 
d'autant  plus  forte,  que  le  mal  qu'elie  presents  pa- 
rait  un  plus  grand  bien. 

10.  Que  de  fois,  par  exemple,  n'a-t-il  pas  inspire    L«  d^on 
a  certains  religieux  la  pensee  de  devancer  les  veilles  de7amesllpM 
de  la  nuit,  pour  se  jouer  d'eux  ensuite  en  les  fai-   a   *er^ 
sant  dormir  au  chceur,  pendant  que  leurs  freres 
chantaient  l'office;  que  de  fois  leur  a-t-il  fait  pro- 
longer  leurs  jeunes,  pour  les  rendre  inutiles  au 
service  de  Dieu,  en  les  rendant  faibles?Combien  de 
fois,  rempli  d'envie  contre  ceux  qui  faisaient  des 
progres  dans  le   monastere,  leur  a-t-il  persuade, 
smis  pretexte  d'une  plus  grande  perfection,  de  s'en 
aller  dans  le  desert,  et  les  infortunes  ont  bientot  re- 
connu  la  verite  de  cette  parole  qu'ils  avaient  lue 
avec  si  peu  de  fruit :  «  Malheur  a  celui  qui  estseul, 
car   s'il   tombe  il    n'y  a  personne  qui  le   releve 
(Eccles.  iv,  10)  ».  Que  de  fois  en  a-t-il  excite  au 


multi,  et  faciunt  eos  filios  geliennae  duplo  quam  se.  Cur 
hoc?  nisi  quia  non  est  ibi  meridies  et  prespieua  lux,  ut 
liouido  Veritas  cognoscatur,  facileque  pro  ca  incipitur 
falsitas  propter  veri  similitudinem,  quae  non  facile  in 
obscuro  a  vera  disceraitur,  praeaertim  quia  «r/««  fur- 
tiya  dukiores  sunt,  et  panis  absconditm  suuvior?  Et 
propterea  qu;eso,  ut  indices  mini,  ubipascas,  ubi  cubes 
in  meridie,  id  est  in  manifesto  :  ne  seducta  incipiara 
yagari  post  gregea  sodaliura  lucrum,  quemadmodum  et 
ipsi  vagi  sunt,  nulla  stabiles  certitudine  veritatis,  semper 
discentes,et  nunquam  adscientiam  veritatis  pervsnientes. 
Hacc  Sponsa  propter  philosophorum  et  hajretieorum  varia 
et  vana  dogmata. 

9.  Mihi  vero  videtur  non  solum  propter  ea,  sed  et 
propter  dolos  invisibilium  potestalum,  sicut  sunt  sedu- 
ctorii  spiiitus,  sedenles  in  insidiis,  et  parantes  sagittas 
suas  in  pharetra,  ut  sagittent  in  obscuro  rectos  corde  : 
propter  hos,  inquam,  et  maxime,  videtur  mihi  ilia  me- 
ridies oplanda  eliam  nobis,  ut  Clara  luce  deprehendamus 
astutiasdiaboli.atqucangelum  satanas  ilium,  qui  aetrans- 
figurat  in  angelum  lucis,  ab  angelo  nostro  facillime 
discernamus.  Non  cnim  aliter  nos  custodire  suflieimus 
ab  ineursu  et  da?monio  meridiano,  nisi  in  meridiano 
asqus  lumine.  Quod  quidem  dajmonium  idcirco  meri- 
dianum   dictum  existimo,  quia  sunt  aliqui  de  numero 


malignorum,  qui  cum  merito  tenebrosae  obstinatasque 
voluntatis  suas  nox  et  nox  perpetua  sint,  diem  tamen  se 
ad  fallendum  simulare  noverunt,  nee  modo  diem,  sed 
et  meridiem  :  sicut  eorum  princeps  non  contentus  esse 
asqualis  Deo,  etiam  adoersatur,  et  extollitur  supra  id 
quad  d.citur,  aut  quod  colitur  Deus.  Ilaque  nisi  cordi 
ilhus,  quem  forte  aliquod  istiusmodi  dasmonium  meri- 
dianum  tentandum  acceperit,  oriens  ex  alto  iUuxerit 
verua  meridies,  qui  falsum  convincat  etprodat;  non> 
potent  omnino  caveri,  sed  tentabit  et  supplantabit  sine 
dubto  sub  specie  boni,  pro  bono  scilicet  malum  incauto 
et  improvido  persuadens  Et  tunc  meridies,  id  est  major 
clantas,  apparet,  tentans,  cum  quasi  boni  maioris  ima- 
ginem  praelerl. 

10.  Quoties,  verbi  causa,  suggessit,  anlicipare  vigilias, 
quo  ad  solernnia  fratrum  illuderet  dormitanti  ?  Quoties 
produci  jejunia,  ut  divinis  obsequiis  eo  inutilem  redde- 
rel,  quo  imbecillem?  Quoties  bene  prolicientibus  in 
ccenobiia  invidens  ,  obtentu  quasi  majoris  puritatis 
eremum  petere  persuasit,  et  cognoverunt  miseri  tandem, 
quam  verus  sit  sermo  quem  frnstra  legerant :  Voe  soli, 
quoniam  si  ceciderit,  non  habet  sublevautem  ?  Quoties  ad 
opus  manuum  plus,  quam  opus  fucrat,  incitavit;  et 
fractum  viribus,  ca?teris  regularibusexercitiis  in  validum 
reddidit?    Quam    multis    exercitationem   corporis  (quae 


IIS 


travail  des  mains  plus  qu'il  ne  fallait,  et  les  a-t-il 
rendas,  par  leur  faiblesse.  incapables  des  autres 
exercuvs  reguliezst  A  combien  a-t-il  persuade 
d'embrasser  a\ec  trop  d'ardeur  les  trnvaux  corpo- 
ris qui  servent  pen,  scion  l'Apotre  (I  Tim.  iv,8  ,  et 
les  a-t-il  rendus  froids  pour  la  piete?  Vous  en  avez 
connu  vous-menie  quclques-uns  (je  le  dis  a  leur 
confusion)  qui  d"abord  ne  pouvaient  etre  relenus, 
tant  ils  se  portaicnt  avec  ardeur  aux  choses  peni- 


CEITRES  DE  SAINT  BERNARD. 

abstinence  desobeissante.   C'est  pourquoi  le  Sei- 


gneur a  dit  par  le  Prophete :  «  Est-ce  que  je  man-  u^n^ 
gerai  la  ch.nr  des  taureaux,  ou  boirai-je  le  san<*  les  ndum. 
des  boucs  {Psal.  xxxxix,  3)?  »  pour  marquer  que 
les  j.-unes  des  superbes  ou  des  irapurs  ne  lui  sont 
point  agreables. 

11 .  Mn  is  je  crains  aussi,  en  condamnant  les  exa-  n,,  qnalrl 
gerations,  de  parailre  lacher  la  bride  aux  gour- 
mands, et  que  ce  que  j'ai  dit  pour  servir  de  re- 


sortes  de 
tenlaliotu. 


bles,  et  qui  sont  tombes  ensuite  dans  une  telle  14-     mede  aux  uns,  ne  soit  un  poison  pour  les  autres- 


Sain'  Ber- 
nard blAme 

ceui  qui 
■ime  it  a  se 
■in.olariser 

Voir  les 
•ermons  XIX 

X.  -  et 
XX.VVIi. 


chete,  que,  selon  cette  parole  de  l'Apotre, apres  avoir 
commence  par  l'Esprit,  ils  ont  achcve  par  la  chair 
(Galat.  in,  1),  et  ont  fait  une  hontcuse  alliance  avec 
leur  corps,  apres  lui  avoir  deel  ire  une  guerre 
cruelle.  Vous  les  voyez  aujourd'hui,  par  un  triste 
changement,  chercher  a  contre-temps  le  superflu, 
apn'-s  avoir  refuse  auparavant  avec  opiniilrele  le 
necessaire.  Apres  tout,  je  ne  sais  si  ceux  qui  per- 
sistent ainsi  dans  leur  obstination,  font  des  absti- 
nences indiseretes,  et,  par  une  singularity  blama- 
ble,  troubleut  ceux  a  qui  ils  doivent  conformer 
leur  couduite,  puisqu'ils  vivaient  sous  le  nieme 
toit,  je  ne  sais,  dis-je,  s'ils  croient  conserver  la 
piete  :  pour  moi,  il  me  semble  qu'ils  s'en  eloignent 
considerablemeut.  Aussi,  q\ie  ceux  qui,  se  trouvant 
sages  a  leurs  propres  yeux,  sont  determines  an'ac- 
quiescer  a  aucun  conseil,  a  aueun  commandement, 
voient  ce  qu'ils  repondront,  non  pas  a  moi,  mais  a 
celui  qui  a  dit  :  «  Resister  a  ses  superieurs,  c't-st 
presque  un  crime  egal  a  la  magie;  et  c'est  une  es- 
pece  d'idolitrie  de  ne  vouloir  pas  acquiescer  a 
leurs  ordres  (1  Reg.  xv,  23  .  »  11  avail  djt  aupara- 
vant :  «  L'obeissance  vaut  mieux  que  le  sacrifice,  et 
il  vaut  mieux  obeir  a  ses  superieurs  qu'offrir  k 
Dieu  la  graisse  des  beliers  (Ibid.),  »  c'est-a-dire  une 


Voir  le  VI 
sermon  sur 


aus-i,  que  les  uns  et  les  autres  apprennent  qu'il  y 

a  qtiatre  sortes  de  tentations  que  le  Prophete  nous 

signale  en  ces  termes  :  «  La  verite  vous  couvrira 

d'un  bouclier  impenetrable.  Vous  n'apprehenderez  le"snaumeS"u, 

point  les  frayeurs  de  la  nuit,  ni  la  fleche  qui  vole     Aa6"J'- 

durant  le  jour,  ni  le  trade  qui  se  fait  dans  les  lene- 

bres,  ni  les  attaques  du  demon  du  midi  (Psal.  xc, 

5).  »  Que  chacun  ne  laisse  pas  d'ecouter,  car  j'es- 

pere  que  tous  peuvent  tirer  quelque  avantage  de 

mes  paroles.  Nous  tous,  qui  que  nous  soyons,  qui 

nous  sommes  convertis  au  Seigneur,  nous  senions 

et  nous  avons  senti  en  nous  ce  que  l'Ecriture-Sainte 

a  dit  :  «  Mon  fils,  lorsque  vous  entrez  au  service  de     Horreur 

Dieu,  demeurez  ferme  contre  la  crainte,  et  prepa-  a0°"reiedu£ 

rez  votre  ame  contre  la  tentation  (Eccli.  u,  1).  »   le*  n0Ti 

Ainsi,  c'est  la  crainte  qui,  la  premiere,  agite  les 

commencements  de  notre  conversion,  comme  tout 

le  monde  l'a  experimente,  et  cette  crainte  est  cau- 

see  par  l'image  affreuse  que  nous  concevons  de  la 

vie  etroite  que  nous  sommes  pres  d'embrasser,  et 

par  la  rigueur  de  la  discipline  reguliere  a  laquelle 

nous  ne  sommes  point  encore  accoutumes.  Or,  cette 

crainte  est  appelee  une   «  crainte  de  nuit,  »  soit 

parce  que  la  nuit  dans  l'Ecriture  signiue  ordinaire- 

ment  les  adversites,  ou  parce  que  nous  ne  voyons 


jnxta  Apostolum  ad  modicum  valet)  non  modieam, 
persuasit,  et  pietate  fraudavit?  Deniqne  ipsi  experti  estis, 
quomodo  quidam  (ad  verecuudiam  illorum  dico)  qui 
ante  inhiberi  non  poterant,  (ita  in  spirilu  vehementi  ad 
omnia  ferebantur)  post  ad  tantam  ignaviam  devenerunt, 
ut  secundum  illud  Apostoli,  cum  spiritu  coeperint,  nunc 
carne  consummentur  :  quam  turpe  iniere  fcedus  cum 
suis  corporibus,  quibus  crudele  ante  indixerant  bellum. 
Videas,  proh  pudor,  importune  superflua  qua>ritare,  qui 
prius  necessaria  obstinatissime  recusabant.  Quanquam  si 
qui  in  sua  forte  imicti  obslinatione  perdurant,  indis- 
cretius  ahstinentes,  et  s:ngularitate  notabili  conturbantes 
eos,  cum  quibus  babitare  debent  unius  moris  in  domo  : 
baud  scio  sare  an  se  existiment  pietatem  rcti.icre,  cum 
bujusmodi  mihi  videantur  et  longius  abjecisse.  Nam  qui 
tapientcs  in  oculis  sui  decreverunt  apud  se  nee  concilio 
acquiescere,  nee  praeccpto ;  videant  quid  rtspondennt, 
non  mihi,  sed  dicenti  :  Quoniam  quasi  peccatuti  ario- 
landi  est  repugnare,  et  quasi  sceius  idololatriee  nolle 
acquiescere.  Praemiserat  autem,  quia  melior  est  obedien- 
tia  quam  victima,  et  auscultare  magis  quam  offerre 
adipem  arietum,  id  est  abstinentiam  contumacium.  Unde 
Dominus  per  Prophetam  :  Kumquid   manducaio,  ait, 


carries  iaurorum,  aul  sanguinem  hircorum  polabo  ? 
signiRcans  minime  sibi  accepta  forejejunia  snperborum 
vel  immundorum. 

11.  Sed  sane  vereor,  ne  damnantes  superstitiosos,  vi. 
deamur  frena  laxaie  gulosis;  et  audiant  illi  ad  pericnlum 
sui,  quod  ad  remedium  his  dicitur.  Quamobrem  audite 
utraquc  pars,  quatuor  esse  tentationum  genera,  et  ipsa 
nobis  ita  prophetico  sermone  describi.  Scuto,  inquit, 
cucumdnbit  te  Veritas  ejus  :  non  limebis  a  timore  noc- 
turno,  usagitta  volante  in  die,  a  negotio  perambulante  in 
tenebris,  <ib  incursu  et  dcemonio  meridiano.  Altendite 
nihilominus  et  vos  alii,  quod  omnibus  spero  profutu- 
rum.  Illud  omnes  in  nobis  sentimus  et  sensimas  qui 
conversi  samus  ad  Dominum ,  quod  sancta  Scriptura 
dicit  :  Fill,  accedens  ad  servitut'm  Dei,  sta  in  timore, 
et  prcepara  imimam  tuam  ad  tentalionem.  Itaque  pri- 
niordia  nostra?  conversionis,  juxta  communis  quidera 
e.\perientia?  rationem,  primus  exagitat  timor,  quern 
intrantibus  statim  horror  vitaeingeritarctioris,  etinsuetffl 
austerilas  disciplina?.  Atque  is  timor  nocturnus  dicitur, 
vel  quia  nox  in  Scripturis  designare  solet  adversa,  vel 
quoniam  propter  quod  adversa  pati  aggredimur,  id  non- 
dum  revelatum  est.  Si  enim  dies    Ule  luceret,   in  cujuf 


TRENTE-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


S19 


1.  La  Tame 
gloire. 


pas  encore  quelle  sera  la  recompense  des  maux  que 
nous  nous  preparons  a  endurer.  Car  si  le  jour,  a  la 
lumiere  duquel  nous  puissions  voir  en  meme  temps 
les  travaux  et  les  recompenses,  le  desir  de  la  re- 
compense qui,  pour  nous,  serait  claire,  nous  empe- 
cberait  d'apprehender  le  travail,  atteudu  que  les 
soull'rauces  de  cette  vie  ne  meritent  pas  d'etre  eom- 
parees  a  la  gloire  dont  nous  jouirons  dans  l'autre 
{Rom.  vui,  18).  Mais,  maintenant  que  ces  choses 
sont  caehees  a  nos  yeux,  et  que  ce  n'est  qu'une 
nuit  pour  nous,  nous  sommes  tentes  par  les 
frayeurs  de  la  nuit,  et  nous  craignons  de  souffrir 
des  maux  presents  pour  des  biens  a  venir  que  nous 
ne  voyons  poiat.  Ceux  done  qui  entrent  en  religion 
doivent  veiller  et  prier  pour  surmonter  cette  pre- 
miere tentation,  de  peur  qu'elaut  d'abord  abattus 
par  la  faiblesse  de  l'esprit,  et  troubles  par  les  ora- 
ges,  ils  ne  quittent  le  bien  qu'ils  ont  embrasse ;  a 
Dieu  ne  plaise  qu'il  en  soit  ainsi. 

12.  Mais,  apres  avoir  surmonte  cette  tentation, 
ne  laissons  pas  de  nous  armer  aussi  centre  les 
louanges  que  les  bommes  nous  prodiguent  a  cause 
de  la  vie  louable  oil  nous  sommes  enlres.  Autre- 
mentnousserons  exposes  aux  blessures  «  de  la  tleche 
qui  vole  durant  le  jour,  »  e'est-a-dire  de  la  vaine 
gloire.  Car  la  renommee  vole,  et  e'est  durant  le 
jour;ellennit,eneffet,  des  cauvres  de  lumiere.  Quand 
nousrauroiissouflleecomme  une  vaine  fumee,  il  ya 
encore  a  craindre  qu'on  ne  nous  offre  quelque  cbose 
de  plus  solide,  je  veux  dire  les  richesses  et  les  hon- 
neursdusiecle,  peut-etre  celuiquise  souciepeu  des 
louanges recberebera-t-il  les  bommes.  lit  voynz  sice 
n'est  pas  l'ordre  des  tentalions  qui  a  ete  garde 
envers  Notre-Seigneur,  a  qui  le  demon  n'a  niontre 


lumine  pariter  et  labores  et  prajrnia  videremus;  (imor 
oninino  quorumvis  laborum  nullus  esset  pra  desiderio 
prjemiorum,  dum  clara  luce  apparerel,  quoniam  non 
sunt  condignce  passiones  hujus  temporis  ad  futuram 
gloriarn,  quie  revelabitur  in  nobis.  Nunc  vero  quoniam 
abscondita  sunt  ab  oculis  nostris,  et  nox  est  interim  in 
hac  parle;  tentamur  nimiruin  a  timore  nocturno,  et  pro 
bonis  qua;  non  videmus,  formidamus  qua  in  praesen- 
tiarum  sunt  adversa  tolerare.  Vigilandum  proinde  et 
orandum  primo  inlrantibus  contra  banc  primam  tenta- 
tionem,  ne  subito  prajoccupati  a  pusillanimitate  spi- 
ritus  et  tempestate  ,  a  bono  ccepto  (quod  absit) 
resiliant. 

12.  Superata  autem  hac  tentatione,  armemus  nos 
nihilominus  et  adversus  hominum  laudes,  quae  de  lau- 
dabili  potissimum  vita  sumunt  maleriam.  Alioquin  pate- 
bimus  vulneri  a  sagitta  volatile  in  die,  quae  est  inanis 
gloria.  Fama  siquidem  volat  :  et  ideo  in  die,  quia  ex 
operibus  lucis.  Si  haec  exsufllalur  tanquam  inanis  aura, 
restat  ut  soliJius  aliquid  alferalur  de  divitiis  et  honori- 
bus  saeculi,  si  forte  qui  non  curat  laudes,  appelat  digni- 
tates.  Et  vide,  si  non  hie  ordo  tentandi  servatus  est  in 
Domino  nostra,  cui  post  suggestum  ad  solam  vanitatem 
prEeuipitium,  ostenaa   sunt   omnia   regna   mundi  atque 


tous  les  royaumes  du  monde,  qu'apres  lui  avoir 
suggere  la  pensee  de  se  precipiter  en  bas  du  pinacle 
du  temple  uniquement  par  un  sentiment  de  vanite 
{Matth.  iv,  8).  A  l'exemple  du  Sauveur,  rejetezdonc 
aussi  ces  cboses;  autrement  il  est  impossible  que 
vous.ne  soyez  pas  surpris  par  le  «  trattc  qu'il  fait 
dans  les  lenebres,  »  e'est-a-dire  par  rhypocri.sie. 
Car  ce  vice  est  une  brancbe  de  1'ambition,  et  sa  de- 
meure  est  dans  les  tenebres,  carelle  cacbe  ce  quelle 
est,  et  se  fait  paraitre  ce  quelle  n'est  pas.  Or,  elle 
traflque  en  tout  temps,  en  retenant  la  forme  de  sa 
piete  pour  se  cacher,  et  en  vendant  la  vertu  meme 
de  la  piete  pour  acbeter  des  bonneurs. 

13.  La  derniere   tentation  est  le    «  demon    du  t.Lateatation 
midi,  »  e'est-a-dire  celui  qui  d'ordinaire  tend  des    dq9llip"e*[' 
pieges  aux  parfails,  a  ces  bommes  vaillants  et  ge-   aulre  chm<> 

.  ,  ,       que  le  mal 

nereux  qui  out  tout   surmonte,  les   voluptes,  la  cache  som  lea 

vaine  gloire,  les  boniKnirs.  Car,  que  resle-t-il  a  ce-    ^'air^et 

lui  qui  tente  les  lioiumes,  en  qiioi  ils  |iinsseutcom- 

battre  a  force  ouverte  ceux  qui  sont  tels?  11  vient 

done  cache,  parce  qu'il  n'ose  pas  se  decouvrir,  et  il 

s'elTorce  de  supplanter  par  un  faux  bien,  celui  qu'il 

sait  assez,  par  sa  propre  experience,  n'avoir  que  de 

l'horreur  pour  tout    ce   qui   est  visibleuient  mal. 

Mais,  plus  ceux  qui  peuvent  dire  avec  l'Apotre  : 

«  Nous  n'ignorons  pas  ses  artifices  (I!  Cor.  a,  11),» 

avancent  dans  la  vertu,  plus  ils  doivent  avoir  soin 

de  se  tenir  en  garde  contre  ce   piege.  Voila  pour- 

quoi  Marie   se  trouble  de  la   salutation  de  l'ange 

{Luc  l,  29) ;  elle  craignait,  si  je  ne  me  trompe,  que 

ce  fut  quelque  supercberie  de  l'ennemi.  Et  Josue  ne 

recut  point  l'ange  comtne  ami,  avant  de  eonnaitre 

qu'il  etait  ami  {Josue  v,  13).  II  lui  demande,  en 

effet,     s'il    est    un     des    siens    ou   un   ennemi, 


oblata.  Tu  ergo  exemplo  Domini  et  Ista  renue.  Aliter 
necesse  est  circumveniri  te  a  negotio  perambulanie  in 
tenebrii,  quod  est  bypocrisis.  Etenim  ista  de  ambitione 
descendit,  et  in  tenebris  habitatio  ejus.  Quippe  abscon- 
dit  quod  est,  et  quod  non  est  mentitur.  Negotiatur  au- 
tem omni  tempore,  formam  relinens  pietalis  ad  sese 
occultandum,  virtutem  autem  ejus  vindicans,  et  emena 
honores. 

13.  Postrema  tentatio  est  daemonium  meridianum, 
quod  soleat  maxime  insidiari  perfectis,  qui  videlicet, 
tamquam  viri  virtu  turn,  omnia  superaverint,  voluptates, 
favores,  honores.  Quid  enim  jam  superest  ei  qui  tentat, 
in  quo  possit  pugnare  palam  adversus  hujusmodi? 
Venit  proinde  occultus,  qui  manifestus  non  audet  :  et 
quern  satis  expertus  est  aperture,  omne  horrere  malum, 
falso  bono  supplantare  molitur.  Qui  autem  dicerepossunt 
cum  Apostolo,  Nan  enim  ignoramus  astulias  ejus;  quo 
plus  proflciunt,  eo  magis  solliciti  sunt  cavere  a  laqueo 
islo.  Hinc  est  quod  Maria  angelica  salutatiune  turbalur, 
dolum  (nisi  fallor)  suspicans  ;  et  Josue  non  prius  ami- 
cum  Angelum  suscipit,  quara  esse  amicum  noverit.  De- 
niquc  sciscitatur,  suusne  sit,  anadversariorum,  tamquam 
qui  expertus  sit  daemonii  meridianl  versutias.  Apostoli 
quoque  abquaudo  cum    laborurenl  la  r*migaudo,  v«uk) 


320 


ILUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


comme  un  homtue  qui.connalt  les  finesses  du  de- 
mon du  midi,  De  meme,  lorsque  les  apdtres,  qui 
raniaieut  avec  peine,  parce  qu'ils  avaieat  le  vent 
contraire,  et  que  leur  barque  etait  agitee  par  les 
flots.en  voyant  Jesus-Christ  marcher  surleseaux,  et, 
pensent  que  c'etait  un  fant6me  et  poussent  un  cri 
de  frayeur,  ne  temoignent-ils  pas  clairemenl 
qu'ils  soupconnaient  que  c'etait  le  demon  du  midi? 
Vous  vous  souvenez  bien  que  l'Ecriture  dit :  «  que 
c'est  la  qualrieme  veille  de  la  nuit  qu'il  vint  a  eui 
en  marchant  sur  la  mer  (Ibid,  xlviii).  »  Crai- 
gnons  done  cette  quatrieme  et  derniere  lentation, 
et  plus  nous  serons  eleves,  plus  nous  devons  veiller 
soigneusement  pour  nous  garantir  des  attaques  du 
demon  du  midi,  M.iis  le  vrai  Midi  se  111  conuaitre  a 
ses  disciples,  quand  il  leur  dit  :  «  C'est  moi,  ne 
craignez  point  (Alutth.  xxni,  50);  »  et  la  crainte 
qu'ils  avaient  que  ce  lilt  le  faux  midi  se  dissipa. 
Dieu  veuille  aussi  que  toutes  les  fois  que  la  faussete 
se  deguise  et  t&che  de  se  glisser  dans  aosesprits,  le 
vrai  Midi  envoie  d'en  haut  sa  lumiere  et  sa  verite 
poiu-  la  meltre  en  plein  jour,  et  separe  la  lumiere 
d'avec  lestenebres,  atin  que  nous  ne  tombions  point 
sous  la  censuredu  Prophete  «eu  prenantla  lumiere 
pour  les  teuebres,  et  les  te.nebres  pour  la  lumiere 
(ha.  v,  20).  » 

i.l\.  Si  la  longueur  de  ce  discours  ne  vous  fatigue 
point,  je  vais  essayer  encore  d'approprier  ces  qua- 
tre  tentations  en  leur  ordre,  au  corps  de  Jesus- 
Christ,  qui  est  l'Eglise.  Je  serai  le  plus  bref  possible. 
' 'tyrijM de*  Considerez  l'Eglise  primitive,  n'a-t-elle  pas  ete 
1'abord  extraordinairement  surprise  «  par  la  crainte 
de  la  nuit?  »  Car  on  etait  vraiment  dans  la  nuit, 
alors  que  tous  ceux  qui  tuaient  les  saints  croyaient 
rendre  un  grand  service  a  Dieu.  Mais  apres   avoir 


L'£gliseanssi 
a  qonlre 

tenuiions. 


t.  C.tWe  daa 

btieliquei. 


%.  Celle  daa 
fun  nu  det 


surmonte  cette  tentation,  et  quand  la  tempete  se 
fut  apaisee,  elle  est  devenue  illustre  et  glorieuse, 
et,  selon  la  promesse  qui  lui  en  avail  ete  fade,  elle 
devint  comme  un  objet  de  gloire  et  de  triomphe 
dans  tous  les  siecles.  En  sorte  que  l'ennemi,  flche 
de  se  voir  frustre  dans  ses  esperances,  laissant  la 
«  la  crainte  de  la  nuit,  »  recourt  adroitemenl  a  «  la 
fleche  qui  vole  durant  le  jour,  »  et  en  perce  quel- 
quesuns  des  enfants  de  l'Eglise.  Et  des  hommes 
vains  et  ambitieux  se  sont  eleves,  pour  acquerir  de 
la  reputation  ;  et,  sortant  de  l'Eglise,  ils  ont  long- 
temps  al'Uige  leur  mere  par  le  nombre  de  leurs 
dogmes  pervers.  Mais  cette  peste  a  6te  aussi 
etouffee  par  la  sagesse  des  saints,  comme  la  pre- 
miere l'avait  ete  par  la  patience  des  martyrs. 

15.  Aujourd'hui,  grace  a  Dieu,  l'Eglise  est  de- 
hvree  de  ces  deux  grands  maux,  mais  elle  est  deti-  man  vais -leu 
guree  par  le  «  tralic  qui  se  fait  dans  les  tenebres.  »  ,ais  "rjiata! 
Malheur  a  ce  siecle  corrompu  par  le  levain  des 
Pharisiens,  e'est-a-dire  par  l'hypocrisie,  si  toutefois 
on  la  pent  nommer  ainsi,  puisqu'elle  ne  se  peut 
plus  cacher  tant  elle  est  repandue,  et  ne  cherche 
meme  plus  a  se  cacher  tant  elle  est  impudente. 
I'ne  corruption  contagieuse  circule  aujourd'hui 
dans  tout  le  corps'  de  l'Eglise  et  y  repand  une  ma- 
ladie  d'autant  plus  desesperee  qu'elle  est  plus  nni- 
verselle,  et  d'autant  plus  dangereuse  qu'elle  est 
plus  interieure.  Si  un  herelique  s'elevait  contre 
elle  et  lui  faisait  une  guerre  ouverte,  on  le  mettrait 
dehors  et  il  secherait.  Si  un  ennemi  public  l'atta- 
quait  par  une  violence  publique,  elle  se  cacherait 
peut-etre,  et  eviterait  sa  fureur.  Mais  maintenant 
que  chassera-t-elle,  ou  de  qui  se  each  era- t-elle  ? 
lis  sont  tous  ses  amis  et  tous  ses  ennemis.  lis  sont 
tous  ses  intimes,  et  tous  ses  adversaires.    Us  sont 


adversante  et  jactante  naviculam,  videntes  Dominum 
ambulantem  super  mare,  et  putantes  esse  phantasnu,  ita 
ut  clamarent  pia?  titnore  :  nonne  apertaai  meridiani 
suspicionem  dcemonii  prajtenderunt?  Et  recurdaaiini 
Scripturs  dicentis,  quia  quarta  vigilia  noctis  venit  ad 
eos  ambulans  supra  mare.  Quarto  igilur,  id  est  supremo 
demum  loco,  haec  tenlatio  formidetur,  et  quo  se  in 
summo  stare  quis  viderit,  eo  sibi  vigilanlius  ab  incursu 
et  daemonio  meridiano  cavendum  intelligat.  Porro  Dis- 
cipulis  verus  se  manifestiivit  Meridies  in  eo  quod  audie- 
runt  :  Ego  sum,  no/ite  timere;  et  falsi  suspicio  ab  eis 
depulsa  est.  Utiaam  et  nobis,  quoties  pdliata  falsitas 
molilur  irrepere,  emittat  lucem  suam  et  veritalcm  suam 
ad  prodendam  illam  oriens  ex  alto  verus  Meridies,  et 
dividat  lucem  a  tenebris,  ut  non  nolcmur  a  Prnpheta 
tanquam  ponentes  lucem  lenebras,  el  teneOras  lucem. 

14.  Adhuc,  nisi  tadio  fuerit  longiludo  sermonis,  has 
quatuor  lentaliones  tentabo  suo  ordine  assignare  ipsi 
corpori  Christi,  quod  est  Ecclesia.  Et  ecce  quam  bre- 
vius  possum  percurro.  Videte  primitivam  Ecclesiam,  si 
non  primo  pervasa  est  acriter  nimis  a  timore  nocturno. 
Erat  cnim  nox,  quando  omnis  qui  iuterficeret  sanctos, 
trbitrabatur   obsequium   se  praestare  Deo.    Hao   autem 


tentatione  devicta  et  sedata  tempestate,  inclyta  facta  est, 
et  juxta  promissionem  ad  se  factam,  in  brevi  posila  in 
superbiam  sajculorum.  Et  dolens  inimicus  quod  frus- 
tratus  esset,  a  timore  nocturno  converlit  se  callide  ad 
sagittam  volantem  in  die,  et  vulneravit  in  ea  quosdam  de 
Ecclesia.  Et  surrexerunt  homines  vani,  cupidi  glorice,  et 
voluerunt  sibi  facere  nomen  :  et  exeuiitcs  de  Ecclesia, 
diu  eamdem  matrem  suam  afflixerunt  in  diversis  et  pcr- 
versis  dogmalibus.  Sed  heec  quoque  pestis  depulsa  est 
in  sapientia  sanctorum,  sicut  et  prima  in  palieatia  mar- 
tyrum. 

15.  En  tempora  ista  libera  quidem  Deo  miserante  ab 
utraque  ilia  malitia  :  sed  plane  fceda  a  negotio  per  am- 
bulante  in  tenebris.\'&  generationi  huic  a  fermento  Pha- 
risaiorum,  quod  est  hypocrisis  !  si  tamen  hypocrisis  dici 
debet,  qus  jam  latere  prae  abundatia  non  valel,  et  pra? 
impudentia  non  quaerit.  Scrpit  hod  e  putida  tabes  per 
omne  corpus  Ecclesiae,  et  quo  latius,  eo  desperalius  ; 
eoque  periculosius,  quo  inlerius.  Nam  si  insurgere 
apertus  iniaiicus  haereticus  mitlcretur  foras  et  aresceret  : 
si  violentus  inimicus,  absconderet  se  forsitan  ab  eo. 
Nunc  vero  quern  ejiciet,  aut  a  quo  abscondet  se? 
Omnes  amici,  et  omnes  inimici  :  omnes  necessarii,  el 


TRENTE-QUATRIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


321 


tous  ses  domestiques,  etil  n'yen  a  pas  un  qui  vive 
en  paix  avec  elle.  lis  sont  (ous  ses  proches,  et  ils 
cherchent  tous  leurs  interets.  Ils  sont  ministres  de 
Jesus-Christ,  et  ils  servent  l'Antechrist.  Ceux  qui 
ne  rendent  aucun  honneur  a  Dieu,  sont  charges  ties 
biens  de  sa  maison.  C'est  de  la  que  vient  cet  eclat 
digne  de  courtisanes,  ces  habits  de  comediens, 
cet  appareil  royal  que  vous  voyez  tous  les  jours. 
De  la  l'orqui  brille  aux  mors  de  leurs  chevaux,  a 
leurs  selles  et  a  leurs  eperons,  a  leurs  eperons,  dis- 
je  plus  magnifiques  que  les  autels.  De  la  ces  tables 
chargeesde  services  spleudides  etde  mets  delicieux  ; 
de  la  ces  exces  de  bouche,  ces  debauches,  ces  gui- 
tares,  ces  lyres  et  ces  flutes,  de  la  ces  celliers  qui 
regorgent  d'une  abondance  de  toutes  choses,  ces 
pots  remplis  de  parl'ums  precieux,    et  ces   cotTres 


Elle  a  la  pais,  et  elle  n'a  point,  la  pais  Sapaixn'est 
pas  troublee  par  les  pa'iens.  Elle  est  en  paix  du  cMe 
des  heretiques,  mais  elle  n'a  point  la  paix  de  la 
part  de  ses  enfants,  et  c'est  aujourd'hui,  a  propre- 
ment  parler,  qu'elle  fait  cette  plainte  :  «  J'ai  nourri 
des  enfants,  je  les  ai  eleves,  et,apres  cela,  ilsm'ont 
meprisee.  »  Ils  m'ont  meprisee  et  deshonoree  par 
les  desordres  de  leur  vie,  par  des  gains  honteux, 
par  des  commerces  infames,  et  enfln  par  toutes 
sortes  d'oeuvres  de  tenebres.  II  nereste  plus  qu'une 
chose,  c'est  que  le  demon  du  midi  sorte  et  s6- 
duise  le  peu  qui  n'aient  pas  encore  perdu  leur  sim- 
plicite.  Car  il  a  englouti  des  fleuves  de  sages  et 
des  torrents  de  puissants,  comme  parle  1'Ecriture, 
et  il  espere  engloutir  encore  les  eaux  du  Jourdain 
(Job.   xi.i,  18),    c'est-a-dire  les  personnes  simples 


d'eglise,  doyen,  archidiacre,  eveque  et  archeve- 
que.  Car  ces  digniles  ne  se  donnent  pas  au  me- 
rite,  mais  au  trafic  infame  qui  s'en  fait  dans  les 
tenebres. 

16.  II  a  etc  fait  autrefois  de   l'Eglise,  une  pro- 
phi'tie  dont  nous  voyons  maintenant  l'accomplis- 


La  persecu- 
tion la  plus 
grave  pour 
l'Eglise  est 
Celle  qui  lui 

vient  de  ses  son  amerlume  devrait  etre  plus  amere  (ha.  xxxvm, 

merabres.  r 

7).  Elle  a  ete  amere  dans  les  supphees  des  martyrs. 

Elle  a  ete  plus  amere  dans  ses  combats  contre   les 

heretiques.    Mais   elle   est   maintenant  tres-amere 

dans  les  moeurs  de  ses  membres.   Elle  ne  pent  ni 

les  eloigner    d'elle,  ni  s'eloigner  d'eux,  tant  ils  se 

sont   etablis    puissamment    et    multiplies  jusqu'a 

l'infmi.  Sa  plaie  est  interieure  ;  elle  est  incurable. 

C'est  ce  qui  fait  que  son  amertume  est  tres-amere 

au  milieu  de  la  paix.  Mais  au  milieu  de  quelle  paix? 


oranes  adveisnrii  :  omnes  domestic!,  et  liulH  pacific!  : 
omnes  proximi,  et  omnes  qua)  sua  sunt  qii.-oiiint.  Mi- 
nistri  Christi  sunt,  et  servinnt.  Antrichristo.  Honorati 
incedunt  de  bonis  Domini,  qui  Domino  honorem  non 
deferunt.  Inde  is  quern  quotidie  vides  merctricius  nitor, 
histrionicus  habitus,  regius  apparatus.  Inde  aurum  in 
I'renis,  in  sellis  et  calcaribus  :  et  plus  ealearia,  quam 
altaria  fulgent.  Inde  splendida;  nieusa!  et  cibis,  et  scy- 
phis :  inde  comessaliones  et  ebrietates ;  inde  cilhara, 
et  lira,  et  tibia  ;  inde  redundantia  torcularia,  et  promp- 
tuaria  plena,  eructanlia  ex  hoc  in  illud.  Inde  dolia  ;  ig- 
mentaria,  inde  referta  marsupia.  Pro  bujusmodi  volunt 
esse  et  sunt  ecclesiai'um  prEcpositi,  decani,  archidiaconi, 
episcopi,  archiepiscopi.  Nee  enim  haec  merito  cedunt, 
sed  negotio  illi,  qimd  perambulat  in  tenebris. 

16.  Olim  praedietum  est,  et  nunc  tempus  impletionis 
advenit :  Ecce  in  pace  umariludo  mea  amarissima.  Amara 
prius  in  nece  martyrum,  amarior  post  in  conflictu  haere- 
ticonim,  amarissima  nunc  in  moribus  domesticorum. 
Non  fugare,  non  fugere  eos  potest  :  ita  invaluerunt,  et 
multiplicati  sunt  super  mtmerum.  Intestina  et  insana- 
bilis  est  plaga  Ecclesiae  :  et  ideo  in  pace  amariftido  ejus 
amarissima.  Sed  in   qua  pace?  Et   pax   est,  et  non  est 

t.  rv. 


pax.  Pax  a  paganis,  et  pax  ab  haereticis;  sed  non  pro- 
fecto  a  filils.  Vox  plangentis  in  tempore  isto  :  FiHos 
cnutrioi  el  exaltavi,  ipsi  iiutem  spreverunt  me.  Spreve- 
runt  ct  maculaverunt  me  a  turpi  vita,  a  turpi  qusestu,  a 
turpi  cemmercio,  a  negotio  denique  perambulante  in 
tenebris.  Superest  ut  jam  de  medio  fiat  dajmonium  me- 
ridianum  seducendos  si  qui  in  Christoresidui  sunt,adhuc 
permanentes  in  simplicitate  sua.  Siquidem  absorbuif 
fluvios  sapientium,  et  torrentes  potentium.e^  habet  fidu- 
ci/vn  ut  Jordanis  influat  in  os  ejus,  id  est  simplices  et 
bundles  qui  sunt  in  Ecclesia.  Ipse  enim  est  Anticbristus, 
qui  se  non  solum  diem,  sed  et  meridiem  mentielur,  el 
extolleiur  supra  id  quod  dicilur,  aut  quod  colitur  Deus  : 
quem  Dominus  Jesus  interficiet  spiritu  oris  sui,  et  des- 
truel  illusfratione  adventus  sui,  utpote  verus  et  asternus 
Meridies,  Sponsus  et  Advocatus  Ecclesia?,  qui  est  super 
omnia  Deus  benedictus  in  sa?cula.  Amen. 

SERMO  XXXIV. 

In  quo  tractatur  de  humilitate  et  patientia, 

1.  Siignoras  te,opulchra  inter  mulieres,  egredere,et  abi 
post  fjreges  sodalium  tuorum,  et  pace  hredos  tuos  juxta 

21 


4. Celle  do 
l'Antechrist. 


pleins  de  tresors   immenses.  C'est  pour  tout  cela     et  humbles  qui  sont  dans  l'Eglise.  Car  c'est  lui  qui 
qu'on  veut  etre,  et    qu'on    est,  en  effet,    prevot    est  l'Antechrist,    il  ne   contrefera   pas  seulement 


le  jour,  mais  encore  le  midi,  il  foulera  aux  pieds 
les  choses  les  plus  saintes,  et  s'elevera  au  dessus 
de  tout  ce  qui  est  appele  Dieu,  et  honore  comme 
tel.  Mais  le  Seigneur  Jesus-Christ  le  tuera  du  souf- 
fle de  sa  bouche,  et  le  detruira  par  1'eclat  de  son 
avenement,  car  il  est  le   veritable  et  eternel  midi 


sement ;  il  a  ete  dit  que  ce  serait  dans  la  paix  que    l'epoux  et  le  defenseur  de   l'Eglise,  et  un   Dieu 

eleve  au  dessus  de    tout,    et  beni  dans  tous  les 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XXXIV. 

De  thumilite  et  de  la  patience. 

1.  «  Si  vous  ne  vous  connaissez  pas  vous-m&me, 
6  la  plus  belle  de  toutes  les  femmes,  sortez,  et  allez 
apres  les  troupeaux  de  vos  compagnous,  et  paissez 


322 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


vosboucsaupresdestentes  dcspasteurs  (Cunt,  i  ,7).» 
Autrefois  Molse,  presumant  beauco\ip  de  la  grace 
et  de  la  familiarity  de  Dieu,  aspirait  a  une  grande 
vision,  et  disail  a  Dieu  :  «  Si  j'ai  trouve  grace  ,ic- 
vant  vos  year,  montrez-vous  vous-meme  a  moi 
(Exod.  xxxin.  13).  >>  Mais,  au  lien  de  cette  vision 


le  demon,  et  cetle  patience  si  longue  et  si  eprou- 
vec,  il  a  soin  de  l'humilier  anparavant  parplusieurs 
demandes  assez  rudes,  afin  de  le  preparer  a  rece- 
voir  1'abondance  des  benedictions  qu'il  a  dessein  de 
repandre  sur  lui ! 

2.  Mais  cYst  pen  que  nous  souffrions  volontiers  Comment  on 


ljuiconque 

aspire  a  de 
grandes 

choses  doit 
avoir  d'hum- 

bles  fenti- 
meots  de  soi. 


Quand  Dieu 
nons  hnmilie 
e'eatun  signe 
qne  sa  gr.ice 

est  procne. 


qu'il  denian.lait.il  en eut nne  moindre, par laquelle  que  Dieu   dous  humilie  par  lui-mgme   si  nous  d.oit  rec'v»ir 

tontefois  il  pouvait  un  jour  arrive.-  a  cello  qu'il  de-  n'avons  le  m6me  sentiment,  lorsqu'il  nous  humilie  itatq">m 

strait.  De  meme  les  enfonts  de  Zohedee,  dans  la  par  les  liommes.  Ecoutez  sur  ce  sujet  un  grand  "BE^H 

simplicile  de  leur  ame,  concurent  aussi  un  souhait  exemple  de  David.  Un    jour,  un  homme,  et  cat 

bien  liardi,  mais  ils  furent  ramenes  au  degre  par  homme  Stall  un  de  ses  serviteurs.  I'outragea  de 

ou  ils  devaienl  monter  pour  arriver  a  ce  qu'ils  de-  paroles;  mais  lui  ne  sunlit  point  les  injures  dont  on 

mandaient;  de  meme  ici  l'Epouse,  comme  elle  sem-  le  coirvrait,  car  U  pressentait  la  gracede  Dieu  (l\Reg. 

ble  demander  une  grande  chose,  se  voit  humiliee,  xvi.10).  «  De  quoi  voussouciez-vous,  cnfintsdeSer-   Patience  de 

par  une  lvponse  severe,  nuns  utile  neanmoins  et  via?  »  0  homme  vraimenl  selon  le  coeur  de  Dieu,  i"™?™™' 

pleine  d'affection.  Car  il  faut  que  celui  qui  aspire  a  qui  crui  devoir  plut6t  se  Richer  contre  celui  qui 

de  grandes  choses  ait  d'humbles  sentiments  de  soi;  voulait  le  venger,  que  contre  celui  qui  lui  adres- 

puisque,  ens  eleyant  au  dessus  desoi,  il  pent  lumber  sait  de    sanglantes  injures!  Aussi  sa  conscience  ne 

memede  1'elat  ou  il  etait  auparavant.  s'il  n'est  so-  lui  reprochait-elle  rien   lorsqu'il  disait  :  «  Si  j'ai 

Udement  atlermi  dans  lavraie  humilite.  Et,  parce  rendu  le  mal  qu'on  ma  fait,  e'est  avec  justice  que 

que  les  plus  grandes  graces  ne  s'obtiennent  que  par  je  succomberai  sous  l'ellbrt  de  mes  ennemis  (Psat. 

le  mente  de  l'liumihle,  il   faut  que  celui  qui  doit  vn,  4).  »  II  defendit  done  qu'on  empechal  celui  qui 

les  recevoir  soit  humilie  par  de  severes  repriman-  1'outrageait  avec  insolence,  de  le  charger  d'injnres 

des,  afin  qu  il  se  rende  digne,  par  son  humilite,  des  parce  qu'il  les  regardait  comme  un  gain  pour  lui 

faveurs   qu'il  desire.  Lors  done    que    vous   voyez  II  ajoute  meme  :«  C'esl  le  Seigneur  qui  l'a  envoye 

qu'on  vous  humilie,  prenez  cela  pour  une  bonne  pour  maudire  David.  »  Certes  il  etait  bien  selon  le 

marque  et  pour  une  preuve  certaine  que  la  grace  coeur  de  Dieu,  puisqu'il  connaissait  si  bien  ce  qu'il 

de  Dieu  est  proche.  Car,  comme  l'ame  s'eleve  par  v  avait  dans  son  cosur.  Une  langue  mechante  le  de- 

l'orgueil  avant  de  tomber,  il  faut  quelle  s'abaisse  chirait  cruellement,  et  lui  avait  l'ceil  sur  les  secrets 

parlhumihte  avant  d'etre  elevee.  Aussi,  lisez-vous  jugements  de  Dieu.  La  voix  de  celui  qui  le  mau- 

egalement  ces  deux  verites,  que   Dieu  resiste  aux  dissait  frappait  ses  oreilles,  et  sou  ame  shumiliait 

superbes,  et  qu'il   donne   sa  grace   aux  humbles  pour  recevoir   des   benedictions.    Est-ce   que   Diet. 

(Jacob,  iv,  6).  Et  nevoyons-nous  pas  encore  que,  etait  dans  la  bouche  de  ce  blasphemateur?  A  TJieu* 

lorsqu'il  veut  recompenser  liberalement  son  servi-  ne  plaise.  Mais  il  se  servait  de  lui  pour  humilier 

teur  Job,  apres  celte  insigne  victoire  remportee  sur  David.  Et  le  Prophcte  ne  l'ignorait  pas,  car  Dieu  lui 


tabernaculu  pastorum.  Olim  sanctus  Moyses,  quoniam 
mullum  praesumebat  de  gratia  et  familiarilate,  quam, 
invenerat  apud  Deum,  adspirabat  ad  quamdam  visionem 
magnam.iia  ut  diceret  Deo  :  Si  invent  graliam  in  oculis 
tow,  oslende  mihi  teipsum.  Accepit  autem  pro  ea  visio- 
nem lunge  Inferiorem,  ex  qua  tamen  ad  ipsam  quam 
volebat,  posset  aliquando  pervenire.  Filii  quoque  Zebe- 
daei  in  simplicitate  cordis  sui  ambulantes,  magnum  aliquid 
et  ipsi  ausi  sunt,  sed  ad  gradum  nihilominus  sunt  re- 
ducti,  per  quern  fuerat  ascendendum.  Ila  et  modo 
Sponsa,  quoniam  rem  grandem  postulare  videtur,  repri- 
mitur  sane  ausleriori  responsione,  sed  plane  ulili  et 
fideli.  Oportet  namque  liumiliter  sentire  de  se  nitentem 
ad  alliora  :  ne  dum  supra  se  attollilur,  cadal  a  se,  nisi  in 
se  urmiter  per  veram  humilitatem  fuerit  solidatus.  Et 
quia  nisi  humilitatis  merito  maxima  minime  oblinentur, 
propterea  qui  provebendus  est,  corrcptione  humiliatur, 
humilitate  meretur.  Tu  ergo  cum  te  humiliari  videris' 
habeto  id  signum  in  bonum  omnino  argumenlum  gratiee 
propinquantis.  Nam  sicul  anle  ruinam  exallatur  cor,  ila 
ante  exaltationem  humiliatur.  Sane  utrumque  le'ds 
Deum  scilicet  et  snperbis  resistere,  ct  humilibus  dare 
gratiam.  Nonne   denique  servum  suum  .lob,  cum  post 


insignem  triumphum,  tantam  et  tam  probatam  ipsius 
patientiam  larga  rcmunerandam  benedictione  censeret, 
prius  in  multis  et  dislrictis  percunctatiouibus  liumiliare' 
curavil,  et  sicparare  viam  benedictioni? 

2.  At  p;irum  est  cum  per  ssipsum  lmmiliat  nos  Deus, 
si  tunc-  libenter  accipimus;  nisi  quando  et  per  alium  hoc 
tacit,  sapiamus  similiter.  Quamobrem  accipite  bnjus  rei 
mirabile  docttmentum  de  sanctu  David.  Aliquando  ma- 
lediclum  est  illi  et  a  servo  :  at  ille  nee  oumnlatam 
injuriam  sensit,  quia  prassenMI  gratiam.  Quid  mild,  ait, 
et  vobis,  filii  Survice?  0  vere  horriinem  secundum  cor 
Dei,  qui  se  ulciscenti,  potius,  quam  cxprobranli  succen- 
sendum  putavit.  Unde  et  secura  conscicnlhiloquebatur: 
S;'  reddidi  retribuentibus  mihi  main,  decidam  merito  ab 
inimicu  meis  inanis.  Vetuit  ergo  prohiberi  maledicum 
convicianlem,  qusestum  aestimans  maledicta.  Et  addit  : 
Dominus  mistl  ilium  ad  mated icendum  David.  Prorsus 
secundum  cor  Dei,  qui  de  cordc  Dei  ferebat  sententiam. 
Saaviebat  lingua  maledica,  et  ille  intendebat  quid  in 
occulto  ageret  Deus.  Vox  maledicenlis  in  auribus,  et 
animus  inclinabatse  ad  benedictionem.  Numquid  in  ore 
blasphemi  Deus?  Absit.  Sed  eo  ususest  ad  humiliandum 
David.  Nee    laluit    prophetain,    quippe    cui    incerta  et 


TRENTE-QL'ATRIEME  SERMON  SLR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  323 

.wait  decouverl  les  secrets  les  plus  caches  de  sa  sa-  et  que  nos  holocaustes  soient  gras  et  parfaits.  Car 

gesse;   aussi    a-t-il    dit   :    «    Ce    m'est  un   grand  la  seule  humilite  qui  est  parfaite   merite   la  grace 

bien  que  vous  m'ayez  humilie,  afin  que  je  sois  jus-  de  Dieu.  Tandis  que  celle  qui  est  contrainte  ou  for- 

tifie  [Psal.  i.lxviu,  71  .  »  cee,  comme  est  l'humilile  de  celui  qui  se   contient 

Difference        3   J'ovez-vous  comrae    I'lii linilite  nous   justifie?  avec  patience,  si  elle  obtient  la  vie,    a  cause   de  la 

l'humiiiie  et  Je  dis  rhumilite,  non  pas   1'humiliation.    Que   de  patience,    elle  ne  saurait  avoir  la   grace   a  a  cause 

n   gens  sont  humilies,  et  ne  sont   pas  humbles  !    Les  de  la  tristesse  qui  Laccompagne.   Car  cette   parole 


uns  ont  de  l'aigreur  de  se  voir  humilies,  les  autres 
le  soulfrent  avec  patience,  et  les  autres  avec  joie. 
Les  premiers  sont  coupables ;  les  autres  sont  inno- 
cents ;  et  les  derniers  sont  justes  ;  l'innocence  est 
bien  une  partie  de  la  justice  ;  mais  rhumilite  seule 


de  1'Ecritare  :  «  que  l'humble  se  glorifie  de  son 
elevation  ;  a  ne  convient  point'a  celui  qui  est  en 
cet  etat,  parce  qu'il  n'est  pas  humilie  de  bon  cceur 
et  avec  joie. 

i.  Mais  voulez-vous  voir  un  humble  qui   se  glo- 


^"Jii'^  en  fait  la  perfection.  Celui  qui   peut  dire  :    «  Je  me  rifie  comme  il  faut,  et  qui    est  vraiment   digne   de 

rhumilite.    trouve  bien  de  ce    que    vous   m'avez  humilie    est  gloire?    «  Je  me  plorifierai  volohtiers,  dit  1'Apdtre, 

vraiment  humble  ;  »   celui   qui  souffre    de  se    voir  dans  mes  infirmites,    afin  que  la    vertu  de    Jesus- 

humilie,  ne  pent  pas  dire  cela,  et  encore moins  ce-  Christ  habite  en  moi  (2  Cor.  xii.  9).  »  11  ne  dit  pas 

lui  qui  en  murmure.   Nous    ne  promettons  la   re-  qu'il  souffre  patiemment  ses  infirmites,    mais  qu'il 

compeuse  de   1'humiliation   ni    a  Tun  ni  a  l'autre,  s'en  glorifie  volontiers,  temoignant  ainsi    qu'il   lui 

quoiqu'ils    soient  bien  differeuts  entre  eux,    et  que  estavantageux  d'etre  humilie,  et  qu'il  ne  lui  suffit 

l'un  possede  son  ame  par  la    patience,   an  lieu  que  pas  de  posseder  son  ame  en  patience,  et  de  souffrir 


Uui  est 
bumble. 


l'autre  la  perd  par  son  murmure.  Et  quoiqu'il  n'y 
en  ait  qu'un  qui  soit  digne  de  colere,  nil'un  ni  l'au- 
tre neanmoins  ne  meritent  la  grace,  parce  que 
Dieu  ne  la  donne  pas  a  ceux  qui  sont  humilies, 
mais  a  ceux  qui  sont  humbles.  Or  celui-la  est  hum- 
ble qui  tourne  1'humiliation  en  humilite,  et  c  est 
lui  qui  dit  a  Dieu  :  «  Je  me  trouve  bien  de  ce  que 
vous  m'avez  humilie  [Jacob,  iv.  6).  »  Ce  qu'oc  souf- 
fre avec  patience,  evidemment  n'est  pas  un  bien, 
mais  une  chose  facheuse.  Or  nous  savons  que  Dieu 
aime  celui  qui  donne  gaiement  (2  Cor.  iv.  9).  C'est 
pour  cela  que  lorsque  nous  jeunons,  on  nous  or- 
donne  de  nous  parfumer  la  tele  et  de  nous  laver  le 
visage  Mattk.  vi.  17),  afin  que  nos  bonnes  ceuvres 
soient  assaisonnees  d'une  certaine  joie   spirituelle, 


patiemment  d'etre  humilie,  s'il  ne  recoit  encore  'a 
grace,  de  se  rejouir  de  letre.  Ecoutez  une 
regie  generale  sur  ce  sujet  :  «  Quiconque  s'hu- 
milie  sera  eleve  (Luc.  xiv,  11).  »  Par  ou  Jesus- 
Christ  marque  certainement  qu'il  ne  faut  pas  en- 
tendr  eque  toute  sorte  d'humilite  doit  etre  elevee, 
mais  qu'il  n'y  a  que  celle  qui  part  d'une  volonte 
libre,  non  celle  qui  est  accompagnee  de  tristesse 
ou  qui  vient  de  necessite.  De  metne,  dans  le  sens  Quelle 
contraire,  ce  ne  sont  pas  tous  ceux  qui  sont  eleves  et^eiaitte'* 
qui  doivent  etre  humilies,  mais  ceux-la  seulement  VoirleXXI 


sermon 
divers. 


a  Saint  Bernard  entend  parler  ici  de  la  grace  speciale  pro- 
mise ati  humbles  en  ces  termes  :  >  Dieu  donne  la  grace  am 
hnmbles,  *  grace  non-seulemeut  interieure  mais  encore  eiterieure 
qui  consisle  dans  I'eialtationqui  lenr  est  reservee  meme  eD  cette  Tie. 


occulta  sapientiae  suae  manifestaverat  Deus,  et  ideo 
dicil  :  Bonum  mihi  quod  humiliasti  me,  ut  discam  justi- 
ftcationes  tu 

'&.  Vides  quia  hnmilitas  justifies!  nos?  Humilitas  dixi, 
it  nun  humiliatio.  Quanti  humiliantur,  qui  humiles  non 
snot?  Alii  cum  rancore  humiliantur,  alii  patienter,  alii 
et  libenter.  Primi  rei  sunt,  sequentes  innoxii,  ultimi 
justi.  Quanquam  et  innocenlia  portio  justitiae  est,  sed 
consummatio  ejus  apud  bumilera.  Qui  autem  dicere 
potest  :  Bonum  mihi  quia  humiliasti  me,  is  vere  bumilis 
est.  Non  potest  hoc  dicere  qui  invitus  tolerat :  minus, 
qui  murmurat.  Neutri  horum  promittimus  gratiam,  quod 
humiliatur  :  etsi  sane  longe  hi  duo  a  se  difierant,  et 
alter  quidem  in  patientia  sua  possideat  animani  suam, 
alter  in  suo  murmure  pereat.  Sed  enim  etsi  unus  iram, 
neuter  tamen  gratiam  promeretur,  quoniam  non  humi- 
liatis,  sed  humilibus  Deus  dat  graliam.  Est  autem  hu- 
milis,  qui  humiliationem  convertit  in  humilitatem,  et 
ipse  est  qui  dicit  Deo  :  Bonum  mihi  quod  humiliasti  me . 
Nemini  proreus,  quod  patienter  fert,  bonum  est,  sed 
plane  molestum.  Scimus  autem,  quod  hilarem  datorem 
diligit  Deus.  Unde  et  cum  jejunamus,  jubemur  caput 
nostrum  ungere  oleo,  et  faciem  lavare,  ut    nostrum  sci- 


licet opus  bonum  spirituali  quodam  gaudio  condiatur,  et 
bolocaustum  nostrum  pingue  fiat.  Etenim  sola  gratiam, 
quam  praefert,  meretur  laeta  et  absoluta  humilitas.  Quae 
enim  coacta  fuerit  vel  extorta,  qualis  utique  est  in  viro 
patiente  illo  qui  possidet  animam  suam  ;  baec,  inquam, 
humilitas,  etsi  vitam  obtinet  propter  patientiam, propter 
Iristiliam  tamen  gratiam  non  habebit.  Non  enim  con- 
gruit  ei,  qui  ejusmodi  est,  illud  Scripturs,  Glorietur 
humilis  in  exattatione  sua  :  quoniam  non  sponte  humi- 
liatur, neque  libenter. 

4.  Vis  i  item  videre  humilem  recte  gloriantem,  et  vere 
dignum  gloria?  Libenter,  inquit,  gloriabor  in  infirmita- 
tibus  meis,  ut  inhabitet  in  me  virtus  Chrisli.  Non  dicit 
patienter  se  ferre  infirmitates  suas;  sed  et  gloriari,  et 
libenter  gloriari  in  illis,  probans  etiam  sibi  bonum  esse, 
quod  humiliatur  :  nee  sufficere  omnino,  ut  possideat 
animam  suam  tanquam  patienter  humiliatus,  nisi  et 
gratiam  accipiat  tanquam  sponte  humiliatus.  Generalem 
vero  hinc  audi  regulam  :  Omnis  qui  se  humiliat,  ait, 
exa/tabitur.  Significat  profecto,  non  omnem  exaltaadam 
esse  humilitatem,  sed  earn  tantum,  quae  de  voluntate 
venit,  non  ex  tristitia,  nee  ex  necessitate.  Nee  enim  per 
contrarium  omnis  qui  exaltatur,  humiliandus  erit   :  sed 


3ii 


OELVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


qui  s'elevent  eux-niemes  par  un  mouvement  de 
vanity  volontaire.  Ce  rfest  done  pas  celui  qui 
est  humilie,  mais  celui  qui  s'humilie  volonlaiiv- 
ruent,  qui  sera  eleve  &  cause  du  merite  desa  volonte. 
Car  quoique  la  matiere  de  1'huxoilite  lui  soit  four- 
nie  par  un  autre,  par  example,  par  les  opprobtvs, 
les  pertes,  les  supplices,  cela  ne  fail  pasqu'on  puisse 
dire  quee'est  un  autre  qui  l'liuiuilie.  plutAt  qu'il 
ue  s'iiuiuilie  lui  meme,  s'il  se  resout  a  souU'rir  tou- 
tes  ces  choses  sans  rieu  dire  et  avec  joie  pour  l'a- 
mour  de  Dieu. 

5.  Mais  je  m'emporle  trop  loin.  Je  sais  bien  que 
vous  soutTrez  uvec  patience,  mes  longvieursen  vous 
parlaut  de  l'humibite  et  de  la  patience.  Revenons  a 
uotre  point  de  depart,  car  nous  n'avons  dit  tout  cela 
qu'a  l'occasion  de  la  rcponse  doul  L'Epoux  a  era 
devoir  huniilier  1' Spouse,  qui  presume  de  s'elever 
a  de  grandes  choses.  Et  ce  n'est  pas  pour  lui  en 
faire  un  reproche,  mais  pour  lui  donuer  sujet  de 
inontrer  davantage  son  humilile,  et  pour  la  rendre 
plus  digue  de  choses  plus  exeelleutes,  et  plus  capa- 
ble de  recevoir  celles  meme  qu'elle  demaudait. 
Mais  puisque  nous  ne  sommes  qu'au  commen- 
cement de  ce  verset,  nous  en  remettrons  Implica- 
tion a  une  autrefois,  si  vous  le  voulez  bien,  de  peur 
que  les  paroles  de  l'Epoux  ne  soient  traitees  ou  en- 
lendues  avec  ennui.  Ce  dont  veuille  preserver 
ses  serviteurs,  Jesus-Christ  uotre  Seigneur  qui 
est  Dieu  par  dessus  tout,  et  beni  dans  tous  les 
siecles.  Ainsi  soit-il. 


SERMON   XXXV. 


•  a!.  Tideo. 


Deux  reprimandes  que  I  Epnux  fail  a  I'fipome.  II  y  a 
deux  ignorances  particulierement  a  craindre  et 
A  fair. 

1.  «  Si  vous  ne  vous  connaissez  pas,  sorlez 
(Canl.  l,  17).  »  Cetle  reprimande  est  dure  et  apre, 
puisqu'il  lui  dit  de  sortir.  Carc'est  de  cette  facou 
que  les  maitres  ont  coutume  d'en  user  envers  les 
serviteurs,  lorsqu'ils  sont  irriles  contre  eux,  et  que 
les  maitresses  parlent  a  leurs  servantes,  lorsqu'elles 
en  out  et!  gravement  offensees.  Sortez  d'ici,  disent- 
ils,  allez,  que  je  ne  vous  voie  plus,  retirez-vous  de 
mamaison.  L'Epoux  se  sert,  en  parlant  a  l'Epouse, 
d'une  parole  aussi  rude  et  aussi  amere,  si  toutefois 
elle  ue  se  connait  pas  elle-meme.  Car  il  ne  lui 
pouvait  i  i.'ii  dire  de  plus  fort,  ui  de  plus  capable 
de  l'effrayer,  que  de  la  menacer  de  la  faire  sorlir. 
Ce  que  vous  reinarquerez  aiseinent,  si  vous  pre- 
nez  garde  d'ofi  il  lui  coinmande  de  sortir,  et  oil  il 
veut  qu'elle  aille.  Car  d'ofi  et  oil  pensez-vous 
que    ce  soit,    sinou  de  l'esprit  a  la  chair,  des  bieus 

de  lame  au  desir  du  sieele,    d'un    repos  interieur,  Pour  u"? d 

1  '      que  d  eli. 

au  limit  du  monde,  et  au  tracas   des  soins   exte- renvojee  par 

rieurs  ?  Toutes  choses  oil  il  u'y  a  que  travail,  dou- 

leur  et  aftlictiou  d'esprit,  car  lame  qui   a  une   fois 

appris  du  Seigneur,  et  recu  de  lui,  la  grace  de  ren- 

treren  elle-meme,  de  soupirer  apres  la  presence  de 

Dieu  dans  le  fond  de  son  cceur,  et  de  chercher  tou- 

jours  sa    face    adorable,  (car    Dieu  est  esprit,   et  il 

faut  que  ceux  qui  le  cherchent,  marcheut  et  vivent 

selon  l'esprit,  nonselon  la  chair  ;)  cette  ame,  dis-je, 


C'C5t     UD 

grand 
chatiment 
ame 


Dieu  aux 
creatures. 


tantnm  qui  se  exaltat,  huniiliabitur,  nimirum  ob  volun- 
tariam  vanitatem.  Ita  ergo  non  qui  humiliatur,  sed  qui 
sponte  se  bumiliat,  exultabitur,  utique  ob  meritum  vo- 
luntatis. Esto  enim  quod  bumilitatis  materia  per  alium 
ministratur,  verbi  gratia,  probra,  dauma,  supplicia  :  non 
tamen  idcirco  recte  ab  alio,  quani  a  semelipso  humilhtus 
ille  dicetur,  qui  ilia  omnia  tacita  et  laita  conscientia, 
causa  Dei  subeunda  decreverit. 

5.  Sed  quo  progredimur  '.'  Paticnter,  ut  sentio,  "  sus- 
tinelis  excessum  in  veibo  de  hiuniiitatc  et  patienlia  : 
sed  revertatnur  ad  locum,  de  quo  digressi  sumus.  Id 
namque  incidit  nobis  ex  occasione  respunsi,  quo  grandia 
praesumentem  Sponsam  reprimendam  censuit  Sponsus, 
et  non  ad  insipicntiam  illi  :  sed  ut  sane  ex  eo  probabi- 
lions  et  majoiis  bumilitatis  daretur  occasio,  per  quam 
dignior  potiorum,  atque  eorum  ipsorum  quae  pelebat, 
capacior  efficerctur.  Verutntamem  quia  adhuc  in  januis 
sumus  praescntis  capiluli,  discussionis  ejus  initium  prin- 
cipio,  si  placet,  sermonis  alteiius  ordiamur,  piajserlim 
ne  verba  Sponsi  vet  recenseantur  cum  taedio,  vel  au- 
diantur.  Quod  ipse  avertat  a  servis  suis  Jesus-Chrislus 
Dominus  noster,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus 
m  saecula.   Amen. 


SERMO  XXXV. 

De  mcrepali'ine  ilma,  tjunm facit  Spormts  ad  Sponsam: 

et   duplici  ignorantia  nimirum  pavenda  et 

fugienda. 

i.  Si  te,  inquit,  ignoras,  egredere.  Dura  et  aspera  in- 
crepalio,  quod  dieit,  egredere.  Hoc  quippe  verbuni  ser- 
vi  audire  soient  a  valde  irascentibus  et  indignantibus 
douiinis,  vel  ancilla:  a  domioabus  suis,  cum  graviter 
illas  oflenderinl  :  Km  bine,  exi  a  me,  egredere  a  cons- 
peotu  meo  et  a  domo  isla.  Hoc  ergo  vcrbo  aspero  et 
amaro  satis,  nimiumque  increpatorio  utitur  modo  Spon- 
sus contra  dilectam,  sub  conditione  tamen,  si  seipsam 
ignoraveril.  Nil  quippe  validius  efficaciusve  ad  teiren- 
duin  potuit  in  earn  intendere,  quam  ut  egredi  minaretur. 
Quod  et  tu  adverlere  potes,  si  bene  atlendas,  unde, 
quo  egredi  jubeatur.  Undo  enim,  quo  putas,  nisi  de 
spiritu  ad  carnem,  de  bonis  animi  ad  seecularia  deside- 
ria,  de  interna  requie  mentis  ad  mundi  slrepitum,  et 
inquietudinem  curarum  exteriarum  ?  In  quibus  omnibus 
non  est  nisi  labor  et  dolor,  atque  afilictio  spiritus.  Que 
enim  anima  semel  a  Domino  didicit  et  accepit  intrire 
ad  <eipsam,  et  in  intimis  suis  Dei  prassentiam  suspirarc, 
et  quaerere  faciem  ejus  semper  (spiritus  est  enim  Dens: 


TRENTE-CINQUIEME  SERMON  SUR 

ne  croira-t-elle  point  qu'il  est  moins  liorrible  et 
moius  insupportable  d'eprouver,  pour  un  temps,  le 
feu  de  l'enfer,  que  de  s'abandonner  de  nouveau 
apres  avoir  goute  une  fois  la  douceur  decesexercices, 
aux  attraits,  ou  plulot  aux  tourraents  de  la  chair,  et 
a  la  curiosile  insatiable des  sens,  del'eeil,parexem- 
ple,  qui,  comme  dit  l'Ecclesiaste,  «neselasse  jamais 
devoir  non  plus  que  l'or-eille  d'ouir  (Eccles.  1,  25). » 
Ecoutez  un  bomme  qui  avait  experimente  ce  que 
nous  disons  :  «  Vous  etes  bon,  Seigneur,  a  ceux 
qui  esperent  en  vous,  a  l'ame  qui  vous  clierehe 
(Thrcn.  nr,  25)  !  »  Si  quelqu'un  eut  voulu  oter  a 
cette  ame  sainte  la  jouissance  de  ce  bien,  je  crois 
quelle  l'eut  pris  comme  si  on  l'avait  arrachee  du 
paradis  et  de  l'entree  de  la  gloire.  Ecoulez-en  en- 
core un  autre,  qui  est  semblable  a  celui-ci.  «  Tous 
les  desirs  de  mon  cceur  tendent  vers  vous,  rues 
yeux  vous  cbercbent  sans  cesse,  je  chercherai,  Sei- 
gneur, la  beaute  de  votre  visage  (Psal.  xxvi,  8).  » 
Aussi,  disait-il  encore  :  «  Ce  m'est  un  grand  bien 
d'etre  attache  a  Dieu  (Psal.  lxxii,  28). »  Et  en  parlant 
a  son  ame  :  »  Goiitez  le  repos,  mon  ame,  puisque 
le  Seigneur  vous  a  cornblee  de  ses  biens  (Psal. 
llxiv,  7).  «  Je  dis  done  que  celui  qui  a  une  fois 
recu  cette  faveur,  n'apprehende  rien  tant  que  d'e- 
tre abandonne  de  la  grace,  et  de  se  trouver  oblige 
de  retourner  vers  les  consolations,  ou  plutot  les  de- 
solations de  la  chair,  et  de  supporter  encore  les  tu- 
multes  des  sens. 

2.  C'est  pourquoi  cette  menace  est  terrible  et 
redoutable  :  «  Sortez  et  paissez  vos  boucs.  »  Car 
c'est  comme  s'il  disait :  sachez  que  vous  ete"s  indi- 


LE  CANT1QUE  DES  CANTIQUES. 


325 


et  qui  quserunt  eum,  oportet  cos  in  spiritu  ambulare,  et 
non  in  carne,  ut  secundum  carnem  vivant),  talis,  in- 
quani,  anima  nescio  an  vel  ipsam  gehennam  ad  tempus 
experiri  horribilius  psnaliusve  ducat,  quam  post  spii-i- 
tualis  studii  hujus  gustatam  semel  suavitatem  exire  de- 
nuo  ad  illecebras,  vel  potius  au  molcstias  carnis,  sen- 
suumque  inexplebilem  rcpetere  curiositatem,  dicenle 
Ecclesiaste  :  Oculus  non  impletur  visit,  nee  auris  auilitu. 
Audi  enim  hominem  expertum  qua;  loquimur.  Bonus 
es,  inquit,  Domme,  sperantibus  in  le,  anima  gucerenti 
te.  Ab  hoc  bono  si  quis  avertere  sanctam  illam  animam 
conaretur,  puto  hand  secus-  accepisset,  quam  si  se  de 
paradiso,  et  ab  ipso  introitu  glorias  conspiceret  delurba- 
ri.  Audi  adliuc  et  alium  similem  huic.  Tibi  dixit  eor 
meicm,  ait,  exquisivit  te  fades  mea  faeiem  tuam  Domine 
requiram.  Unde  et  dicebat  :  Mihi  autem  adhterere  Deo 
bonum  est.  Et  item  loquens  ad  animam  suam  dicit  :  Con- 
verter anima  mea  in  requiem  tuam,  quia  Dominus  be- 
nefecit  tibi.  Dico  ergo  vobis  :  Nihil  est  quod  in  tantum 
fomiidet,  quisquis  hoc  bene(icium  semel  accepit,  quam 
ne  gratia  derelictus,  necesse  habeat  denuo  egredi  ad 
carnis  consolationes,  imo  desolationes ;  rursumque  car- 
nalium  sensuum  sustinerc  tumultus. 

2.  Terribilis  proinde  et  nimis  formidolosa  comminatio: 
Egrederc,  el  pasce  /tados  tuos.  Quod  est,  indignam  te 
noveris  ilia  tua  familiari  et  suavi  rerum  contemplatione 
coelestium,  intelligibilium,  divinarum.  Quamobrem  egre- 


gne  de  la  contemplation  douce  et  familiere  des 

choses  celestes,  intellectuelles  et  divines,  dont  vous 

jouissez.  C'est  pourquoi,  sortez  de  mon  sanctuaire, 

qui  est  votre  cceur,  oil  vous  avez  coutume  de  puiser 

avec  plaisir,  les  sens  secrets  et  sacres  de  la  verite  et 

de  la  sagesse ;  et,  comme  une  personne  toute  secu- 

liere,  appliquez-vous  a.  repaitre  et  a  rejouir  les  sens 

de  votre  ehair.  Car,  par  ce  mot  boucs,  on  entend  le 

peche,  et,   au  jugement   dernier,  ils  doivent  etre 

places  a  la  gauche,  ils  figurent  les  sens  du  corps 

qui  sont  volages  et  insoumis,  et,  comme  autant  de 

fenetres  par  lesquelles  le  peche  et  la  mort  sont  en- 

tres  dans  l'ame.  A  quoi  se  rapporle  fort  bien  ce 

qui  suit :  «  Aupres  des  tentes  des  pasteurs  (Cant,  l, 

8).»  Car  lesboucsne  paissentpas  comme  les  agneaux 

au  dessus,  mais  aupres  des  tentes  des  pasteurs.  En  Ouelssontle 

effet,  si  les  pasteurs  qui  sont  vraiment  tels  ont  des  qui  ont  cou- 

tentes  faites  de  terre  et  placees  sur  la  terre,  je  veux     pUa7tre1e» 

parler  de  leurs  corps,  tant  qu'ils  combattent  encore,       amen. 

ils  n'ont  pas  coutume  neanmoins  de  repaitre  de 

terre  les  troupeaux  du  Seigneur,  mais  de  paturages 

celestes,  parce  qu'ils  ne  leur  prechent  pas  leur 

propie  volonte,  mais  celle  du  Seigneur.  Quant  aux 

boucs,  qui  sont  les  sens  du  corps,  ils  ne  cherchent 

point  les  choses  celestes ;  mais,  aupres  des  tentes 

des  pasteurs,  dans  tous  les  biens  sensibles  de  ce 

monde,  qui  est  la  region   des  corps,  ils  prennent 

de  quoi  irriter  plutot  que  rassasier  leurs  desirs. 

3.  Quel  honteux  changement  de  gout  apres  avoir 
nourri  son  ame  de  meditations  sacrees  pendant  son 
pelerinage  et  son  exil,  comme  des  biens  celestes, 
apres  avoir  eherehe  le  bon  plaisir  de  Dieu  et  les 


dere  de  sanctuario  mco,  corde  tuo,  ubi  secretos  sacros- 
que  veritatjs  ac  sapientias  sensus  dulciter  haurire  sole- 
bas  ;  et  magis  tanquam  una  de  saecularibus,  pascendis 
et  oblectandis  tuae  carnis  sensibus  intricare.  Hoedos 
quippe  (qui  peccatum  significant,  et  injudicio  collocandi 
sunt  a  sinistris)  dicit  vagos  et  petulantes  corporis  sen- 
sus, per  quos  peccatum,  tanqnam  mors  per  fenestras, 
intravit  ad  animam.  Cui  et  bene  congruit  quod  sequitur 
in  Scriptura,  juxta  tabernaeula  pastorum.  Non  enim 
supra,  sicut  agni,  sed  juxta  tabernaeula  pastorum  hcedi 
pascuntur.  Pastores  siquidem,  qui  veri  pastores  sunt, 
licet  tabernaeula  habeant  de  terra  et  in  terra,  corpora 
videlicet  sua,  in  diebus  quibus  nunc  militant;  non  tamen 
de  terra,  sed  de  ccelestibus  pascuis  greges  dominicos 
pascere  consueverunt  :  neque  enim  suam  eis,  Domini 
praedicant  voluntatam.  At  hcedi  (qui  sunt  corporis  sen- 
sus) ccelestia  non  requirunt ;  sed  juxta  tabernaeula  pas- 
torum, in  omnibus  videlicet  bonis  sensibilibus  hujus 
mundi  (quae  est  regio  corporum)  sumunt,  unde  sua  de- 
sideria  non  tarn  salient,  quam  irritent. 

3.  Turpis  mulatio  studiorum  !  ut  cui  ante  studii  fue- 
rat,  peregrinantem  et  exsulem  animam  suam  sacris  me- 
ditationibus,  tanquam  cojlestibus  pascere  bonis,  Dei 
beneplacitum  et  mysteria  voluntatis  ejus  inquirere,  pene- 
Irare  devotione  ccelos,  et  mente  supernas  circuire  man- 
sioues,  salufare  patres  atque  aposfolos  et  ehoros  pro- 
phetarum,  martyrumque  admirari  triumphos,  ac  stupe- 


326 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


secrets  de  sa  volonte,  pcnetri'  les  cieux  par  sa  fer- 
veur,  et  sVtrc  promene  en  esprii  dans  les  demeures 
des  saints,  apres  avoir  salue  lesperes,  les  apdlres,  et 
les  cho?urs  des  prophetes,  admire  les  triomphes  des 
martyrs,  el  con  temple  avec  etonnementlesordies  des 
anges,  de  quitter  Unites  ces  choses,  de  s'assujetir 
com  me  un  vil  esclave  a  la  servitude  du  corps,  d'o- 
beir  a  la  chair,  de  sutisfaire  ses  passions  brutales 
et  deshonnetes,  el  de  mendier  par  toute  la  terre, 
de  quoi  apaiser,  enquelquesorte,  sa  curiosile  insa- 
tiable, par  la  figure  du  mondequi  passe  en  un  mo- 
ment. Que  mes  yeux  versent  un  torrent  de  larmes 
s\ir  cette  ame  qui,  apres  avoir  ete  nourrie  des  mets 
les  plus  excellents  (</o6xiv,21),  se  jetie  maintenant 
sur  des  choses immondes. Car,  selon  l'expression  du 
saint  homme  Job,  il  nourrit  unc  femme  sterile,  et 
il  n'a  point  soin  d'unc  pauvre  veuve  [Cant.  i.  7).  Et 
remarquez  que  l'Epoux  ne  dit  point  simplement 
«  sortez;  mais  sortez,  et  allez  apres  les  troupeaux 
de  vos  compagnons,  ct  paissez  vos  boucs.  »  En 
quoi  il  rue  senible  qu'il  nous  avertit  d'uue  chose 
bien  considerable.  Et  qu'esl-ce  que  e'est?  Helas ! 
e'est  qu'il  ne  permet  pas  seulement  a  cette  belle 
creature  qu'il  avait  jadis  placee  dans  son  troupeau, 
et  qui  maintenant  s'est  preeipitee  dans  un  etat  plus 
deplorable,  de  demeurer  au  moins  dans  ses  trou- 
peaux, mais  il  lui  commande  d'aller  derriere  eux. 
Comment  cela  se  fait-il,  dites-vous?  De  la  facon  que 
vous  lisez  dans  le  Prophete  :  «  L'homme  etant  dans 
l'honneur  n'a  pas  compris,  il  est  devenu  sembla- 
ble  aux  betes  brutes  (Paul.  XLV1U,  1).  »  Voila 
comment  uue  si  belle  creature  a  ete  mise  a  la  suite 
des  troupeaux  de  betes.  Je  crois  que  si  les  betes  de 
somme  pouvaient  parler,  elles  diraient   :   «  Voici 


Adam  qui  est  devenu  comme  t'un  de  nous,  tandis 
qu'il  etait  dans  l'honneur  (Gen.  in,  22),  »  dit  le 
Prophete.  si  vous  deinandez  en  quel  honneur;  il 
habitaii  'tins  !>■  paradis,  ct  il  vivait  dans  un  lieu  de 
delices.  11  ne  souffrait  aucune  peine  ni  aucune  pri-  "^"humme" 
vation.  11   etait  environne  de  fruits  odorifcrants,  mi  pane 

.  ,  ,       n  •     ].i  i     j     desa  noblesse 

couche  sur  les  lleurs,   couronnc  d  honneur  et   de     j  ia  viie 

gloire,  ct  etabli  sur  tons  les   ouvrages   surtis  des  condbi6t™  de5 

mains  du  createur.  11  excellait  surlout  a  cause  de 

l'eclat  qu'il  tirait  de  sa  ressemblance  avec  Dieu,  et 

il  avait  commerce  ct  societe  avec  la  troupe  des 

anges,  et  avec  toute  la  mil  ice  de  t'armee  celeste. 

U.  "Mais  il  a  change  la  gloirc.  de    sa  ressemblance 

avec  Dieu,  «  in   la   ressemblance  d'un   veau  qui 

mange  de  l'herbe.  »  De  la  vienl  que  le  pain  des 

anges  est  devenu  comma  le  t'oin   qu'on  porte  a 

L'etable,  el  a  etc  place  devanl  nous  comme  devanl 

des  betes  de  somme.  «  En  effet.  If  Verbe  s'est  tail 

chair  [Joan,  i,  l/i).  »  Or,  selon  le  Prophete,  « toute 

chair  n'est  que  du  loin  [ha,    xxxx,   6).   »    Mais    ce 

foin  ne  s'est.  point  seche,  el  la  Ucur  n'eu    est    poinl 

lombec,  parce  que  l'esj  ril  du  Seigneur  s'est  repose 

dessus.  Aussi,  si  autrefois  la  finde  loute  chair  arriva 

par  le  deluge,  cefut  parce  que  I'esprit  de  vie  s'ctail 

retire.  Car  Dieu  dit  :  «  Mon  esprit   ne    demeurera 

plus  jamais  en  l'houime,  parce  qu'il  n'est  que  chair 

|  Gen  .  vi,  3).  »  Par  le  norn  de  chair  e'est  le  vice  qui 

est  marque  en  cet  endroit,  non  pas  la  nature.  Car 

ce  n'est  pas  la  nature,  mais    le    peche    qui   chasse 

I'esprit.  C'est  done  a  cause  du  peche  que  loute  chair 

est  du  loin,  et  que  toute   sa   gloire   est  comme  la 

tleur  du  foin.  «  Le  foin,  dit-il,   s'est   seche,    et   sa 

tleur  est  tombee  [ha.  xxxx,  6).  »  Mais  il  n'est   pas 

question  la  de  la  tleur  qui  pousse   du  rejeton  et  de 


re  pulcherrimos  ordines  angelonim  :  nunc  omnibus  his 
omissis,  turpi  se  mancipet  corporis  servifuti  ad  obedien- 
dum  carni,  satisfaciendum  ventri  et  guise,  ad  mendican- 
dutn  in  universa  terra,  unde  ex  ca  quae  praetcrit  mundi 
hujus  flgura,  suam  semper  famelicam  curiositatem  ali- 
quatenus  consoletur.  Esilus  aquarum  deducant  oculi 
mei  super  bujusmodi  animam,  qua;  cum  nutrirclur  in 
croceis,  demum  amplexatur  slercora.  Pavit  enim,  juxa 
beati  viri  scntentiam,  stcrilem  qua  non  habebat  lilios, 
et  vidua?  non  benefecit.  Et  vide,  quia  non  simpliciter, 
egredere ;  sed,  egredere,  inquit,  et  abi  post  greges  soda- 
lium.  luorum,  at  pasce  Twedos  tuos.  In  quo  (ut  mihi  vide- 
tur)  magaas  cujusdam  rci  nos  admonel.  Quid  istud  ? 
lieu  !  quod  egregia  creatura,  jam  olim  facta  de  grege, 
et  nunc  in  pejus  miscrabilitcr  proruens,  non  saltern  in- 
ter greges  remanere  permittitur,  sed  post  abirc  jubctur. 
Quomodo,  inquis?  Quomodo  legis  :  Homo  cum  in  ho- 
nore  esset,  non  intetlexit ;  comparator  est  jumentxs  in- 
xipientibus,  et  simiUs  foetus  est  Wis,  Ecce  quomodo  de 
grege  facta  est  egregia  creatura.  Puto,  dicerent  jumenta, 
.-i  loqui  fas  esse!  :  Ecce  Adam  factm  est  quasi  unus  ex 
tobis.  Cum  in  honore  esset,  inquit.  In  quo  honore,  quas- 
1  is ?  Ilabitabut  in  paradiso,  et  in  loco  voluplatis  couver- 
■-atio   ejus.    Nihil  inolcstiac,   nihil   indigentia;  sentiebat, 


odoriferis  stipatus  malis,  fulcitus  lloribus,  gloria  et  ho- 
nore coronatus,  el  conslitutus  super  opera  manuum 
Plasmaloris  :  magis  autcni  oh  insigne  divinac  similitudi- 
nis  piaecellebat  ,  et  eral  II 11  sors  et  societas  cum  plebe 
angelorum,  el  cum  omai  miliiia  ccelestis  exerci- 
tus. 

1.  y^d  mutavil  islam  gloriam  Dei  in  simililudinem 
viluli  comedentis  fcenum.  Ii.de  esl  quod  panis  angelo- 
rum factus  est  fcenum  posilum  in  praesepio,  appositnm 
nobis  tanquam  jumentis.  Yerbum  quippe  rani  factum 
est,  et  juxta  Prophetatn,  Omnis  cam  faenum.  V  fcenum 
istud  miaime  desiccatum  est,  nee  ex  co  cecidit  tlos, 
quia  requievit  super  ipsum  Spiritus  Domini.  Propter 
hoc  namque  aliquando  linis  venit  univcrsae  carais,  quia 
spiritua  rccesserat  vitae.  Denique  ait  :  Non  permanebit 
spiritus  mens  m  homine  in  teternum,  quia  earo  est.  Car- 
nis  nomine  hoc  loco  vitium  desiguari  inlelligc,  non  mi- 
turam  :  nee  enim  spiritum  natura  expungit,  sed  vitium. 
Propter  tritium  er.-;u  omnis  caro  fainum,  et  omnis  gloria 
ejus  tanquam  ftosj  eni.  Exsiccatwn  est,  inquit,  fanuni, 
'/  ce  idit  flos  :  sed  non  illc  llos,  qui  de  virga  el  radice 
Jesse  ascendit,  eo  quod  requievit  super  cum  Spiritus 
Domini  :  nee  illud  fcenum,  quod  Verbum  factum  est, 
pro  eo  quod  sequitur  in  Propheta  :   Verbum  antral   Do- 


'anpliquent 

point  a  la 

chair  do 

Verbe. 


TRENTE-CINQUIEME  SERMON  SDRLECANTIQUE  DES  CANTIQUES. 
la  racine  de  Jesse ,    puisque    l'esprit  du   Seigneur    le  domestique  du   Seigneur  des   armees, 


327 

le  frere 
s'est  repose  sur  elle ;  ui  du  foin  que  le  Verbe  a  ete  des  esprits  bienheureux,  et  le  coheritier  des  Vertus 
fait,  puisque  le  proverbe  ajoute  ensnite 


Mais  le 

Verbe  du  Seigneur  demeure  eternellement  [Ibid. 
7).  »  Car  si  le  Verbe  est  du  foin,  et  que  le  Verbe 
demeure  eternellement,  il  faut  aussi  que  le  foin 
demeure  eternellement.  Autrement,  comment  don- 
aerait-il  la  vie  eternelle  s'il  ne  demeurait  eternelle- 
ment? En  effet  :  «  Si  quelqu'un  mange  de  ce  pain, 
il  vivra  a  jamais.  »  Et  il  declare  de  quel  pain  il 
entend  parler,  lorsqu'il  ajoute.  :  «  Et  le  pain  que 
je  donnerai  pour  la  vie  du  monde,  c'est  ma  chair.  » 
Cooiment  done  ce  qui  fait  vivre  eternellement 
pourrait-il  n'etre  pas  eternel  .' 


celestes,  par  un  soudain  changement,  s'est  trouve 
couche  dans  une  etable  a  cause  de  sa  ressemblance 
avec  les  betes,  et  se  vit  lie  a  un  ratelier  a  cause  de 
sa  fureur  indomptable,  selon  ce  qui  est  ecrit  : 
«  Serrez-lui  la  bouche  avec  un  mors  et  une  bride, 
car  autrement  vous  u'en  viendrez  pas  a  bout  (Psal. 
xxxi,  9).  »  Reconnais  pourtant,  6  bceuf,  ton  pos- 
sesseur,  et  toi  ane  reconnais  l'etable  de  ton  maitre, 
atin  que  les  prophetes  de  Dieu  soient  trouves  justes 
dans  la  prediction  de  ces  merveilles,  devenu  bete, 
reconnais  celui  que  tu  n'as  pas  connu  lorsque  tu 
etais  homme.   Adore  dans   l'etable    celui    que   tu 


5.  Mais  souvenez-vous,  s'il  vous  plait,    avec  moi    fuyais  dans  le  paradis.  Honore  l'etable  de  celui dont 


de  ce  que  le  Fils  dit  au  Pere  dans  le  psaume  : 
«  Vous  ne  permettrez  pas  que  votre  saint  eprou- 
ve  la  corruption  {Psal.  xv,  10).  »  11  n'y  a  point  de 
doute  qu'il  n'entende  parler  de  son  corps,  qui  etait 
couche  sausame  dans  le  sepulcre.  Car  c'est  ce  saint 
que  l'ange  annonca  a  la  Vierge,  lorsqu'il  lui  dit : 
«  Et  le  saint  qui  naitra  de  vous  sera  appele  tils 
de  Dieu  [Luc.  l,  35).  »  Comment,  en  effet,  ce  foin 
qui  etait  saiut  pourrait-il  eprouver  la  corruption, 
puisqu'il  venait  des  chastes  entrailles  de  Marie, 
comme  de  prairies  toujours  verdoyantes,  et  qu'il 
attire  sans  cesse  sur  lui  les  regards  des  anges  qui 
le  contemplent  avec  un  plaisir  immortel?  Ce  foiu 
perdra  sa  verdeur,  si  Marie  perd  jamais  sa 
virginite.  La  noumture  de  l'liomme  s'est  done 
chaugee  eu  celle  des  betes,  quand  1'homme  lui- 
de  Tliomme.  menie  s'est  change  en  bete.   Helas !    changement 


Uonte  et 
lamentable 
changement 


tu  as  meprise  le  commandement.   Mange    ce    foin 

que  tu  as  rejete  avec  degoiit,   lorsqu'il   etait   pain, 

et  pain  des  anges.  » 

6.  Vous  me  demanderez  peut-etre  quelle  a  ete  la  La  cause  da 
...  ,  ce  change- 

cause  d'un  si  grand  abaissement.  II  n  y  en  a  certai-     ment  est 

nement  point  d'autre  que  celle  que  j'ai  deja  alle-   1  ignorance. 

guee,  c'est  que  1'homme  etant  dans  l'honneur  n'a 

pas  compris.  Que  n'a-t-il  pas  compris?  Le  Prophete 

ne  le  dit  point,  rnais  nous  le  dirons :  se  trouvant  eta- 

bli  dans  l'honneur,  il  n'a  pas  compris  qu'il  n 'etait 

que  Union  et  que  boue,  et  a  pris  plaisir  dans  son 

elevation.  Aussitot  il  a  eprouve  en  lui-meme  ce 

que  l'undes  enfantsde  la  captivitea  remarque  avec 

sagesse  et  ecrit  avec  beaucoup  de  verite  longtemps 

apres,  en  disant :  «  Celui  qui  n'etant  rien  croit  etre 

quelque  chose,  se  trompe  lui-meme  (Gal.  vi,  3).  » 

Malheur  a  cet  infortune  qu'il  ne  se  soit  point  trouve 


triste  el  lamentable,  1'homme   qui  etait   l'habitant    quelqu'un  pour  lui  dire  alors  :  Pourquoi,  terre  et 
du  paradis,  le  maitre  de  la  terre,  lecitoyen  du  ciel,    cendre,  t'enorgueillis-tu?  Voila  comment  unecrea- 


mini  manel  in  ceternum.  Si  enim  fcenum  Verbum  et 
Verbum  in  sternum  manet,  fcenum  quoque  necesse  est 
maneat  in  sternum.  Alioquin  quomodo  vitam  prsbet 
sternam,  si  ipsum  minime  manet  in  sternum  ?  Ait  enim: 
Si'  quis  manducaverit  ex  hoc  pane,  vice!  in  (sternum. 
Et  quern  panem  elicit,  aperit  cum  subjungit  :  Et  pants 
quern  ego  dabo,  caro  mea  est  pro  mundi  vita.  Quomo- 
do ergo  sternum  non  est  ,  quo  sternaliter  vivi- 
tur? 

".  Sed  recole  nunc  mecum  vocem  Filii  ad  Patrem 
loquentis  in  Psalmo  :  Non  dabis,  inquil,  Sanctum  tuum 
videre  corruptionem.  Haud  dubium  quin  de  corpore 
dicat,  quod  in  sepulcro  jacebat  exanirae.  Hoc  enim 
sanctum  et  angelos  qui  nuntiavit  Virgin!,  locutus  est 
dicens  :  Et  quod  naacetur  ex  te  Sanctum,  vucabitur 
fi/ius  Dei.  Quo  ergo  pacto  sanctum  fcenum  poterat  vide- 
re corruptionem,  quod  de  incorrupti  uteri  perpetuo 
virore  vernontibus  passuis  ortum,  etiam  avidos  angelo- 
rnm  in  se  (igere  possit  obtulus,  insatiabiliter  oblectan- 
dos?  Pcrdat  sane  fcenura  viriditatem,  si  Maria  virgini- 
tatem  amiserit.  Ergo  cibus  hominis  mulavit  se  in  pabu- 
lum pecoris,  homine  mutato  in  pecus.  Heu  tristis  et 
lacrymosa  mulatio  '  ut  homo  paradisi  accola,  _terrs  do- 
minus,  co?li    civis,  domesticus    Domini  Sabaotb,    frater 


beatorum  spirituum,  et  ccelestium  cohsres  Virtutum  ; 
repentina  se  conversione  invenerit  et  propter  infirmita- 
tem  jacentem  in  stabulo ,  et  propter  similitudinem 
pecorinatn  indigentem  fceno ,  el  propter  indomi- 
tam  feritatem  alligatnm  prssepio,  sicut  scriptum  est  : 
In  camo  et  freno  maxillas  eorum  constringe,  qui  non 
appro.cimant  ad  te.  Agaosce  tamen,  o  bos,  possessorem 
tuum,  et  tu  asine,  prssepe  Domini  tui,  ut  Propbetae 
Dei  fideles  inveaiantur,  qui  ista  sunt  Dei  mirabilia  prs- 
locuti.  Cognosce,  pecus,  quem  non  cognovisti  homo ; 
adora  in  stabulo  quem  fugiebas  in  paradiso  ;  honora 
prssepium  cujus  contempsistiimperium;  comede  fosnum, 
quem  panem,  et  panem  angelicum  fastidisti. 

6.  Sed  qusnam  causa,  inquis,  tants  dejectionis  ?  Pro- 
fecto  quod  homo  cum  in  honore  esset,  non  intellexit. 
Quid  non  intellexit  ?  Non  dicit  :  nos  dicamus.  Positus 
in  honore  non  intellexit,  quod  limns  esset,  honoris  fas- 
tigio  delectatus  :  et  continuo  in  se  expertus  est,  quod 
tanto  post  tempore  homo  de  filiis  captivitatis  et  pruden- 
ter  advertit,  et  veraciter  protulit,  dicens  :  Qui  se  putat 
aliquid  esse  cum  nihil  sit,  ipse  se  seducit.  Vs  misero, 
quod  non  fuit  qui  jam  tunc  diceret  ei  :  Quid  superbv 
terra  et  cinis  ?  Hinc  egregia  creatura  gregi  admixta  est, 
bine  besliali  similitudine  Dei  similitude  mutata  est,  hinc 


Combien 
1  irnoraocc 

esl 
dangereusi". 


328  CCUVRES  DE  SAINT  BEKNAHD. 

ture  si  belle  s'est  confondue  dans  an  troupeau;  celle  des  elres  qui  ne  scronl  plus  du  tout.  «  II  lui 
voila  coinmeut  sa  ressemblance  avec  Dieu  s'est  aurait  etc  plus  avantageux,  dit  le  Sauveur,  de  n'eti  e 
echangee  en  une  ressemblance  avec  la  bete;  voil.i  jamais  ne  bomme;  »  non  pas  de  n'etre  point  no  du 
comment,  au  lieu  de  la  compagnie  des  anges,  die  tout,  mais  de  n'etre  point  ne  hommc,  mais,  pal- 
est tombee  dans  la  soeiete  des  betes  de  soiunie.  excmple,  d'etre  ue  bete,  on  quelque  autre  creature 
Yqyez-vous  oombien  nous  devons  fuir  une  iguo-  qui,  u'ayant  point  recu  de  jugement,  ne  devait 
ranee  qui  a  ete  la  source  de  tous  le§ maux du gejire  point  comparallre  au  jugement  de  Dieu,  ni.  pan 
humain'.'  Car  le  Prophete  dit  qu'il  est  devenu  seal-  consequent,  etre  condamnee  aux  supplices  eternals. 


blable  aux  bites  brutes,  parce  qu'il  p'a  point  com- 
pris.  II  faut  done  eviter  l'ignorance  a  tout  prix,  de 
peur  que,  si  nous  ne  eomprenons  point  encore, 
apres  avoir  fete  chaties  si  aevferement,  nous,  ne  tpm- 
bions  dans  des  maux  encore  plus  grands  et  plus 
nombreux  que  les  premiers,  et  qu'on  ne  dise  de 
nous  :  «  Nous  avons  trade  Babvlonc,  et  elle  n'est 
point  guerie  [Jer.  u,  9).  »  Et  cela  avec  raison, 
puisque  le  chitiment  ne  nous  aurail  point  doune 
^'intelligence. 

7.  Peut-etre  menie  est-ce  pour  cela  que  l'Epoux, 
alin  de  delourner  sa  bien-aiuiee  de  l'ignorance  par 
le  tonnerre  de  ses  reprimandes,  ne  dit  pas  :  Sortez 
avec  les  troupeaux  ou  pour  aller  rejoindre  les 
troupeaux,  mais  :  «  Sortez  apres  les  troupeaux  de 
vos  compagnons.  »  Pourquoi  s'exprime-t-il  ainsi? 
Sans  doute  pour  montrer  que  la  seconde  ignorance 
est  plus  redoutable  et  plus  bonteuse  que  la  pre- 
miere, puisque,  si  l'une  avait  rendu  l'bomme  sem- 
blable  aux  betes,  l'autre  le  leur  rend  inferieur.  Car 
les  bommes  ignores  de  Dieu,  e'est-a-dire  reprouves 
a  cause  de  leur  ignorance,  paraitront  a  ce  jugement 
epouvantable,  pour  etres  livres  aux  llanimes  eter- 
Dans  l'enfcr.  nelles,  peine  que  ue  souffriront  point  les  betes.  Or, 
il  n  y  a  point  de  doute  que  la  condition  de  ceux 
qui  seront  en  cet  etat  ne  soit  de  beaucoup  pire  que 


tne    seconde 

ignorance 
read  rhomme 
inferieur  aux 
blitoa  et  plus 
malheareux 
qu'elles. 


One  1'ame  raisonnable,  qui  rougit  que  la  premiere 

ignorance  l'ait  rendue  couipagne  des  betes  dans  la 
jouissance  des  biens  de  la  terra,  sacbedonc  qu 
ne  les  aura  plus  meme  pour  compagnes  dans  les 
tounnents  de  renter,  et  qu'alors  elle  sera  meme 
chassee  avec  bonte  de  leur  troupeau,  ne  sera  plus 
avec  ellas,  mais  apres  elles,  puisque  celles-ci  ne 
sentiront  plus  aucun  mal,  au  lieu  quelle  sera 
exposee  a  toute  sorte  de  sonll'rances,  et  n'en  sera 
jamais  delivree,  parce  quelle  a  ajoute  une  seconde 
ignorance  a  la  premiere.  C'est  ainsi  que  l'homme 
sort,  et  marche  solitaire  a  la  suite  des  troupeaux  de 
ses  compagnons,  puisqu'il  i i ' v  a  que  lui  de  preci- 
pite  an  fond  de  l'enfer.  Ne  vous  semble-t-il  pas 
que  celui  qui  est  jete  pieds  et  mains  lies  dans  les 
tenebres  exterieures  se  trouve  relegue  au  dernier 
rang?  Assureruent  le  dernier  etat  de  cet  bomme 
sera  bien  pire  que  le  premier,  puisque,  au  lieu 
d'etre  egal  aux  betes,  il  est  maintenant  au  dessous 
d'elles. 

8.  Bien  plus,  si  vous  \  utile/,  y  prendre  garde,  je 
pense  que  vous  trouverez  que  meme,  en  cette  vie, 
l'bomme  est  au  dessous  des  betes.  En  ett'et,  l'bomme 
qui  est  done  de  raison,  et  qui  ne  vit  pas  selon  la 
raison,  ne  vous  semble-t-il  pas  en  quelque  sorte 
plus  bete  que  les  betes  ntemes?  Si  la  bete  ne  se 


Meme  en 
cette  vie. 


societas  cum  junuentis  pro  eonsortio  angelorum  inita 
est.  Vides  quam  sit  fugienda  nobis  haec  ignorantia,  de 
qua  tot  millia  malorum  universo  nostra  generi  provene- 
runt  ?  Ait  enim  propterea  hominem  jumenlis  insipicnli- 
bus  comparatum,  quia  non  intellexit.  Cavenda  proinde 
omnimodis  ignorantia,  ne  forte,  si  adhuc  sine  intellectu, 
et  post  vexalionetn,  invenli  fuerimus,  multo  plura  et 
graviora  prioribus  mala  inveniant  nos,  dicaturque  de 
nobis  :  Curavimus  Babylonem,  et  non  est  sonata.  Me- 
rito  quidem,  quod  nee  vexatio  dederit  intellectum  au- 
ditui. 

7.  Et  vide  ne  forte  etiam  hinc  Sponsus,  cum  dilectam 
ab  ignorantia  tanlo  increpationis  tonitruo  deterreret, 
propterea  minime  divert!  :  Egredere  cum  gregibus,  aut 
egredere  ad  greges;  sed,  egredere,  ait,  post  greges  so- 
i/atium  tuorum.  Ut  quid  hoc  '.'  sane  ut  secundam  proinde 
ignorantiam  priore  magis  pavendam  pudendamque  os- 
lenderet,  quod  ilia  hominem  besliis  parem  fecisset,  tela 
el  pusleriorem.  Nam  homines  quidem  merito  ignoran- 
tia} ignorati,  id  esl  reprobali,  et  ad  tremendum  illud 
judicium  state,  et  igni  pcrpetuo  tradi  linbcnt,  non  au- 
tem  et  pecudes.  Nee  dubium  fore  deleiius  his  qui  sic 
erunt,  quam  bis  qui  umnino  non  erunt.  Melius ei  fuerat, 
inquit  ion    fuisset  homo    itle.  Non    nlique  >i 


natus  non  fuisset  omnino,  sed  si  natus  non  fuisset  ho- 
mo, sed  verbi  gratia,  aut  pecus,  aut  alia  quspiam 
creatura:  quae  quoniam  judicium  non  habere!,  ad 
judicium  non  veniret,  ac  per  hue  nee  ad  suppli- 
cium.  Sciat  ergo  anima  rationalis,  qu*  se  ad  priorem 
ignorantiam  erabescit ,  pecudes  habere  sodales  in 
perfruendis  utique  bonis  terra1;  non  etiam  similili 
cias  habituram  in  pet  feiendis  tormenlis  gehenna? ;  et 
turn  demum  etiam  ab  ipsis  gregibus  suorum  sodaliuiu 
jumentorum  cum  dedecore  exlurbandam  ;  nee  jam  vel 
cum  ipsis  iluram,  sed  plane  post,  quando  illis  nihil  mali 
senticntibns,  ipsa  nialis  omnibus  exponetur  :  a  quibus 
non  liberabitttr  in  sternum,  siquidem  seenndo  ignorare 
adjeceril.  Egiedilur  ilaquc  homo,  el  solitarius  abil  post 
greges  sodalium  suorum,  cum  solus  in  inferno  inferiori 
relnulitur.  An  non  libi  posleriorem  videtur  tenere  lo- 
cum, qui  ligalis  manibus  et  pedibus  projicitur  in  tcne- 
bras  exleriores '?  Et  erunt  profecto  novissima  hominis 
illius  pejora  prioribus,  quando  qui  prius  besliis  ,pqua- 
balur,  nunc  el  postponitur. 

8.  Puto  quod    et  in  prsesenti    vita,    si  bene    adv 
posteriori  in   ire  pecoribus   hominem  judicabis.  Au  non 
siquidem  libi  videtur  ipsis  bestiis  quodam  modo  b1' 
lior    esse    homo  ralione  vigens,  et  ntlionc  non  vivi 


TRENTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


329 


gouverne  pas  par  la  raison,  elle  a  pour  excuse  que 
la  nature  ne  Ten  a  point  pourvue,  mais  l'komme 
ne  peut  s'excuser  ainsi,  puisque  la  raison  est  chez 
lui  line  prerogative  de  sa  nature.  C'est  done  avec 
justice  que  l'komme  doit  etre  estime,  puisqu'il  n'y 
a  que  lui  parmi  les  animaux  qui,  degeneraut  de  sa 
condition,  viole  les  droits  de  la  nature,  et  qui,  doue 
de  raison,  imite  ceux  qui  en  sont  tout  a  fait  prives. 
11  est  done  evident  qu'il  marcke  apres  les  trou- 
peaux  de  ketes,  en  cette  vie,  par  la  depravation  de 
sa  nature,  et,  apres  cette  vie,  par  les  peines  extremes 
qui  1'attendent. 

II  y  ajeii  9,  Voila  comment  sera  maudit  l'komme  qui  sera 
rances;con    trouve  dans  l'iguorance  de  Dieu  :  est-ce  de  Dieu  ou  de 

"o^'nore  soi-meme  que  je  devrais  dire?  De  l'un  et  l'autre,  et 
Dieu.        l'une  dus  deuxsuflit  pour  le  perdre.  Voulez-vous  vous 

Toules  deui  .*  . 

sont  egale-    con'/amcre  que    cela   est  amsi?  Or,  pour  ce  qui  est 

raeiit  je  l'iguorance  de  Dieu,  je  crois  que  vous  n'en  dou- 
tez  point;  si  neanmoins  vous  croyez  que  certame- 
ment  il  n'y  a  point  d'autre  vie  eternelle  que  de  re- 
connaitre  le  Pere  pour  le  Dieu  veritable,  et  Jesus- 
Ckrist  qu'il  a  envoye  au  monde  (Joan,  xvu,  3). 
Ecoutez  done  l'Epoux,  qui  condamne  clairement  et 
ouvertement  dans  l'Epouse  l'ignorauce  de  soi- 
meme.  Car  que  dit-il?  Mais,  «  si  vous  ne  vous 
connaissez  pas  vous-meme,  »  et  le  reste.  11  est  done 
evident  que  celui  qui  est  dans  l'ignorance  sera  me- 
connu,  que  cette  ignorance  soit  a  l'egard  de  Dieu 
ou  a  l'egard  de  lui-meme.  Nous  pouvous  parleruti- 
lemeut  de  ces  deux  ignorances,  si  neanmoins  Dieu 
nous  en  fait  la  grace.  Je  ne  le  ferai  pourtant  pas 
maintenant,  de  peur  qu'etant  fatigues,  et  n'ayant 
pas  selon  la  coutume  fait  preceder  ce  discours  de 


Nam  pecus  quidem  si  se  ratione  non  regat,  excusalio- 
nem  habet  a  natura,  a  qua  hoc  ei  penitus  munus  nega- 
tum  est  :  Don  habet  homo,  cui  ab  ipsa  speciali  pr;ero- 
gativa  donatam  est.  Merito  proinde  eo  ipso  censetur 
homo  egredi,  etpostire  gregalibus  animantibus,  quod  so- 
lumhoc  animal conversatione  degenerijura  naturae  trans- 
grediens,  rationis  compos  rationis  expertia  moiibus  et 
afl'ectibus  imilatur.  Convincitur  ergo  ire  post  greges 
homo  et  nunc  quidem  depravatione  nature,  postmodum 
autem  et  extremitate  pcenae. 

9.  Ecce  sic  maledicctur  homo  qui  iguorantiam  Dei 
habere  inventus  merit.  Dei  dicam,  an  sui '.'  Utrumque 
sine  dubio  :  utraque  ignorantia  damnabilis  est,  utrali- 
bet  sufficit  ad  perdiliunem.  Vis  scire  quia  ita  est?  Sed 
de  Dei  minime  dubitas,  si  tamen  constat  libi  non  aliam 
vitam  esse  aeternam,  quam  ut  Patrem  cognoscas  Deum 
verum,et  quern  misit  Jesum-Christum.  Audi  ergo  Spoa- 
sum  liquido  et  apcrte  in  anima  etiam  animal  ignoran- 
liam  condemnantem.  Quid  enim  dicit  ?  Non  utique  si 
Deum,  sed,  Si  ignoras  te,  inquit,  etc.  Patet  ergo  quia 
ignorans  ignorabitur,  sive  se,  sive  Deum  ignorare  con- 
tingat.  He  qua  utraque  ignorantia  erit  nobis  (si  tamen 
bcus  manum  apponil)  utilis  admodum  disputatio.  Non 
modo  tamen  :  ne  fatigati,  et  non  pramiissa  ex  more 
oratioue,  aut  ergo  minus  dj)igenter  rem  necessarian! 
prosequi,  aut  \>j»  minus  ulteiite,   ■  | ' l  ■ '  !Wfl   nis'  magno 


vos  prieres,  je  n'explique  avec  moins  da  soin,  pu. 

vous  n'ecoutiez  avec  moins  d'attention  une  ckosesi 

necessaire,  et  qu'il  ne  faut  entendre  qu'avec  un 

grand  desir.  Car  si  la  nourriture  du  corps,  quand  Li,Paro10  de 

on  la  prend  sans  appetit,  et  lorsqu'on  est  rassasie,     quaml  on 

non-seulement  ne  protite  point,  mais  nuit  beau-    '"^gout.™" 

coup  ;  a  plus  forte  raison,  le  pain  de  l'ame,  s'il  est 

pris  avec  degout,  n'est-il  pas  une  nourriture,  mais 

un  tourment  pour  la  conscience.  Ce  que  veuille  de- 

tourner  de  nous  l'Ejioux  de  l'Eglise,  Jesus-Ckrist, 

notre  Seigneur,  Dieu  par  dessus  toutes  ckoses  et 

keni  dans  tons  les  siecles,  Ainsi  soit-il. 


SERMON  XXXVI. 

La  connaissance  des  belles  lettrcs  est  bonne  pour  notre 
instruction,  mais  la  connitissance  de  notre  propre 
infirmite  est  meilleare  pour  notre  salut. 


1.  Je  viens  done  accomplir  ma  promesse ;  conten- 
ter  vos  desirs,  et  satisfaire  a  ce  que  je  dois  a  Dieu ; 
comme  vous  le  voyez,  une  triple  obligation  me 
presse  de  vous  adresser  la  parole,  et  je  le  fais  par 
respect  pour  la  verite,  pour  la  ckarite  fraternelle, 
et  pour  la  crainte  du  Seigneur.  Si  je  me  tais,  ma 
boucke  meme  me  condamne;  mais,  d'un  autre  cote, 
sijeparle,jecrainslememe  jugement,  j'apprekende 
quemaboucke  neine  condamne  encore,  parce  queje 
ne  fais  pas  ce  que  jedis.  Aidez-moide  vos  prieres,  je'  n  y  a  deui 
vous  en  conjure,  atin  que  je    puisse  toujours   dire  j,.  sor,es 

J  i        j       i  j  j  ignorance*. 

ce  qu  il  faut,  et  accomplir,  par  mes  ceuvres,  ce  que 
je  precke  aux  autres.  Vous  savez,  je  pense,  que 
nous  avons  a  parler  aujourd'kui   de   l'ignorance, 


suscipienda  sunt  desiderio,  audiatis.  Etenim  si  corporis 
cibus,  cum  absque  appetitu  et  satiatus  ilium  sumis, 
non  modo  non  prodest,  sed  et  nocel  plurimum  :  multo 
magis  panis  anima?  cum  fastidio  sumptus,  non  scientia? 
nulrimentum,  sed  magis  tormentum  conscientice  impor- 
tabit.  Qnod  a  nobis  avertat  Sponsus  Ecclesia?  Jesus- 
Christus  Dominus  noster,  qui  est  super  omnia  Deus  be- 
dictus  in  sscula.  Amen. 

SERMO    XXXV 1. 

Quod  scientiu  litierarum  sit  bona  ad   imtructionem,  sed 
scientia  propria?  infirmiiatis  sit  utilior  ad  salutem. 

1.  En  ego  mea?  proruissioni ;  en  ego  desideriis  vestris; 
en  ego  etiam  Deo  pro  debito  famulatu.  Triplici,  ut  vi- 
dctis,  ratione  urgeor  ad  loquendum,  pacti  veritale,  cba- 
ritate  fraterna,  timore  Domini.  Si  tacuero,  os  meum 
condemnabit  me.  Quid  si  loquar?  Proi'ecto  vereor  idem 
judicium,  ne  loquentem  videlicet,  et  non  t'aciontem, 
idemtidem  os  meum  condemnet  me.  Juvate  me  oratio- 
nibus  vestris,  ut  semper  possim  el.  loqui  qua;  oportet,  et 
opere  implere  qua?  loquor.  Non  ignoratis  hodiernum 
nobis  propositum  esse  senuonem  de  ignorantia,  vel 
potius  de  ignorantiis  :  quoniam  dua;,  si  meministis,  pro- 
positte  sunt,  nostri  una,  et  altera  Dei,quas  et  monuunus 


Touto  espece 
d'ignorances 

eat-elle 
damnable  ? 


Non  telle  est 
liifnorance 
d'un  art 
oa   d'un  me- 
tier. 


Les  apfltres 

en  cent  la 

preuve. 


330  OEUVRES  DE  S 

ou  plutdt  des  ignorances ;  car  si  vous  vous  en  sou- 
venez,  nous  en  avons  cite  deux,  l'une  de  nous- 
memes,  et  l'autre  de  Dieu.  Et  nous  avons  dit  qu'il 
faut  les  £viter  toutes  les  deux,  parce  que  toutes  les 
deux  sont  daronables.  llreste  inaintenanta  ezpliquer 
cela  plus  clairement  et  plus  au  long.  Mais  je  crois 
qu'il  faut  examiner  premierement,  si  toute  igno- 
rance est  damnable.  Et  il  me  semble  que  non,  car 
toute  ignorance  ne  nous  rend  pas  coupables,  puis- 
qu'il  y  a  ])lusieurs  cboses  qu'il  est  pertllis  de  lie  pas 
savoir,  sans  faire  tort  a  notre  saint.  Par  exempte, 
pensez-vous  que  ignorer  le  metier  de  charpentier, 
de  charron  et  de  niacon,  et  tons  les  autre?  metiers 
qu'on  exeree  pour  la  commodity  de  la  vie  presenle, 
soit  un  obstacle  pour  le  saint  ?  Combien  meme  y  a- 
t-il  de  personnes  qui  se  sont  sauvees  par  leurs 
bonnes  ceuvres,  et  la  regularity  ne  leur  vie,  sans 
etre  instruites  des  arts  meme  qu'on  appelle  libe- 
raux,  quoiqu'ils  soient  plus  honnetes  et  plus  utiles 
que  les  autres  ?  Combien  l'Apdtre  en  compte-t-il 
dans  son  epitre  aux  Hebreux,  qui  ont  ete  cheris  de 
Dieu,  non  a  cause  de  la  connaissance  des  belles- 
lettres,  mais  a  cause  de  «  la  purete  de  leur  cons- 
cience, et  de  la  sincerite  de  leur  foi  (ffeb.  xi,  4)?  » 
Toutes  ces  personnes  la  ont  ete  agreables  a  Dieu, 
nou  par  le  merile  de  leur  science,  mais  de  leur  vie. 
Saint  Pierre,  saint  Andre,  les  enfants  de  Zebedee, 
et  tons  les  autres  disciples  n'ont  pas  ete  tires  de 
l'ecole  des  rheteurs  ou  des  pbilosopbes,  et  celan'a 
pas  empeche'  que  le  Seigneur  ne  se  servit  d'eux 
pour  operer  le  salut  par  toute  la  terre.  Ce  n'est  pas 
parce  qu'ils  etaient  plus  sages  que  tous  les  autres 
hommes,  ainsi  qu'un  saint  l'avone  de  lui-meme 
'  Errle.  i,  16),  mais  a  cause  de  leur  foi   et  de    leur 


AIM  BEHNAHI. 

douceur,  qu'il  les  a  sauves,  il  les  a  faits  saints  et  les 
a  etablis  maltres  des  autres.  lis  ont  fait  eon- 
nailrc  au  monde  les  voies  de  la  vie,  non  par  la 
sublimite  de  leurs  discours,  ou  par  l'eloquence  de 
la  sagesse  humaine  (i  Cur.  n,  1),  mais  par  des 
predications  qui  paraissaient  folles  aux  sages  du 
siecle,  Dieu  ayant  voulu  se  servir  de  ce  moyen 
pour  sauver  ceux  qui  croiraient  en  lui,  parce  que 
le  monde  avec  toute  sa  sagesse  ne  l'a  point  con- 
nu. 

2.  On  dira  peut-etre  que  je  parle  mal  de  la 
science,  et  qu'il  semble  que  je  blame  les  savants,  et 
veuille  d&tourner  de  l'etude  des  lettres  humaines. 
Dieu  m'en  garde,  je  sais  trop  bien  combien  les 
personnes  lettrees  ont  servi  et  servenl  tous  les 
jours  l'Eglise,  soit  en  combattant  ses  ennemis, 
soit  en  instruisant  les  simples.  Apres  tout,  n'ai-je 
pas  lu  ces  paroles  dans  un  Propbete  ;  «  parce  que 
vous  avez  rejete  la  science,  je  vous  rejetterai  aussi 
dedevantmoi,  et.  vous  ne  me  servirez  point  a  l'autel 
dans  les  fonctions  sacerdotales  (Osec.  iv,  6)?  »  Et 
encore  :  «  ceux  qui  sont  savants  brilleront  comme 
des  flambeaux  du  firmament;  et  ceux  qui  ensei- 
gnent  la  justice  a  plusieurs  seront  comme  des  etoi- 
les  dont  la  lumiere  ne  s'eteindra  jamais  {Dan.  xti, 
3).  »  Mais  je  sais  bien  aussi  que  j'ai  lu  :  «  La  science 
enflefi  Cor.  viu,  9).»  Et  encore  :  »Celui  qui  acquiert 
de  nouvelles  connaissances  se  procure  de  nouvelles 
peines  (Eccles.  i,  18).  »  Vous  voyez  qu'il  y  a  de  la 
difference  entre  les  sciences,  puisqu'il  y  en  a  qui 
eiillent,  et  d'autres  qui  attristent  ?  Je  voudrais  bien 
savoir  laquelle  est  plus  utile  pour  le  saint,  de  celle 
qui  entle,  ou  de  celle  qui  cause  de  la  donleur. 
Mais  je  ne  doute  point   que   vous    ne    preferiez   1 


11  ne  sea 

suit  pas  qu'on 

doive  con- 

dumner 
l'itude  de« 
sciences. 


II  y  a  une 

science 

qui  enfle  et 

qui  attrisle. 


ainbas  esse  cavendas,  quod  ambae  damnabiles  sint.  Su- 
perest  ut  clarius  hoc  ipsum  faciam,  edisseram  plenius. 
Sed  prins  miaerendum  existimo,  silne  ignorantia  omiiis 
damnabilis.  Et  mihi  quidem  videtur  non  esse,  (ncqae 
enim  omnis  ignorantia  damnat)  sed  multa  et  innumera 
esse,  qua;  nescire  lioeat  absque  diminutione  salntis.  Ver- 
bi  gratia,  si  ignoras  fabrilcm  artem,  sen  carpentariam, 
nut  caementariam,  et  quajcunjue  istiusmodi  sunt  artes, 
qua5  ad  usus  vitas  hujus  praesentisab  hominibus  exercen- 
tur,  numquid  impedit  ad  salulem?  Eliam  absque  om- 
nibus illis  artibus,  qua?  liberales  dicunlur,  (quamvis  ho- 
nestioribus  utilioribusque  studiis  et  discantur,  et  exer- 
ceantur),  quam  plurimi  hominum  salvi  facti  sunt,  pla- 
centes  moribus  atque  opeiibus  :  quantos  enumerat 
Apostolus  in  epistola  ad  Hebraeos,  factos  dilectos,  non 
in  scientia  lilterarum,  sed  in  conscientia  pura,  et  fide 
non  licta.  Omnes  placuerunt  Deo  in  vita  sua,  vita?  me- 
ntis, non  scientia?.  Petrus,  et  Andreas,  et  filii  Zebedaei, 
ca?terique  condiscipuli  omnes,  non  de  schola  rhetorum 
anl  pbilosophorum  assumpli  sunt  ;  et  nihilominns  la- 
men  Salvator  per  ipstjs  operatus  est  salutcm  in  medio 
terras.  Non  in  sapientia,  qua;  in  ipsis  esset  plus  quam 
in  cudcUs  viventibus,  (quemadmodum  Sanctus  aliquiB 
de  semetipso  confessus  est)   sed  in  fide  et  icnitate  ipso- 


rum  salvos  fecit  illos,  etiam  et  sanctos,  etiam  et  magis- 
tros.  Denique  notas  mundo  fecerunt  .vias  vita?,  et  non 
in  sublimitate  sermonis,  aut  in  doctis  humana?  sapientia 
verbis,  sed  sicul  placuit  Deo  per  stiiltiliam  pradicationis 
eorum  salvos  facere  credentes,  quia  mundus  earn  in 
sua  sapientia  nun  cognovit. 

2.  Videar  foisilan  niniius  in  suggillatione  scientia?,  et 
quasi  repreheadere  doctos,  ac  prohibere  studia  littera- 
rum.  Absit.  Nun  ignoro  quantum  Ecclesi.p  prorucrinl 
et  prosint  litterati  sui,  sivc  ad  refellendos  eos  qui  ex  ad- 
verso  sunt,  sivr  ad  simplices  instruendos.  Denique  legi, 
Quia  In  repuHsH  scientiam,  repellam  et  ego  te,  ut  non 
fungaris  mihi  sacerdotio.  Legi  :  Qui  docti  fuerint,  fulge- 
bunt  quasi  splendor  firmamenti ;  et  rjui  ad  justitiam 
erudiunt  rnultos,  quasi  stellw  in  perpetuus  eeternitates. 
Sed  et  scio  ubi  legerim  :  Scientia  inflat.  Et  rursum, 
Qui  apponit  scientiam,  apponil  et  dolorem.  Vides  quia 
difTercntia  est  scientiamm,  qnando  alia  inflans,  alia  con- 
tristans  est.  Tibi  vero,  velim  scire,  quaenam  harum  vi- 
deatur  ulilior  sen  magis  necessaria  ad  salutcm,  illane 
qua'  tumef,  an  qua?  dole!  ?  Sed  non  dubito  quin  dolen- 
tem  limicnti  prasferas  :  quia  sanitatem,  quam  tumor 
simulal,  dolor  postulat.  Qui  autem  postulat,  propinquat 
saluti  :  quoniam    qui  petit  accipit.   Denique   qui  sanat 


TRENTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


331 


I 


Ordre   a  sui- 

vre  dans  la/ 

scieoce.  / 


Ce  qo  il   faut 

savoir  avaat 

tout  ce  sont 

les  choses 

necessaires 

au  salut. 


L'utilite  de  la 

science  est 

toute 

dans  la 


derniere,  parce  que  la  douleur  deuiande  la  sante 
dont  l'enflure  a'est  qu'un  semblant.  Or,  celui  qui 
demaude  est  plus  pres  du  salut,  attendu  que  celui 
qui  demande  recoit  (Luc.  xi,  10).  D'ailleurs,  celui 
qui  guerit  ceux  qui  ont  le  cceur  brise,  a  en 
execration  ceux  qui  sont  enfles  d'orgueil,  selon  ces 
paroles  de  la  sagesse  :  «  Dieu  resiste  aux  superbes, 
rnais  il  doime  sa  grace  aux  humbles.  »  Et  celles  de 
l'Apolre  qui  dit  :  «  J'avertistousceuxquisont  parmi 
vous,  en  verlu  de  la  grace  qui  m'a  ete  donnee,  de 
n'etre  pas  plus  sage  qu'il  ne  faut,  mais  de  l'etre 
sobrement  (Rom.  xn,  3).  »  II  ne  defend  pas  d'etre 
sage,  maisd'etreplus  sage  qu'il  ne  faut.  Or.qu'est- 
ce  qu'etre  sage  avec  sobriete?  C'est  observer 
avec  vigilance  ce  qu'il  faut  savoir  plus  que  toute 
autre  chose  et  avant  toute  autre  chose.  Carle  temps 
est  court;  or,  toute  science  est  bonne  en  soi,  lors- 
qu'elle  est  fondee  sur  la  verite.  Mais  vous  qui,  k 
cause  de  la  brievete  du  temps,  avez  hate  d'operer 
votre  salut  avec  craiute  et  tremblenient,  ayez  soin 
de  savoir  avant  tout,  et  mieux  que  tout,  ce  qui 
pent  coutribuer  davantage  a  ce  dessein.  Les  me- 
decins  du  corps  ne  disent-ils  pas  qu'une  partie  de 
la  medecine  consiste  a  choisir  dans  les  viandes  et 
a  discemer  celles  qu'on  doit  manger  avant,  de  celles 
qu'on  doit  manger  apres,  quelle  nourritureon  doit 
prendre,  et  comment  on  la  doit  prendre  ?  Car,  bien 
qu'il  soit  certain  que  les  choses  que  Dieu  a  ereees 
pour  etre  mangees  sont  bonnes,  vous  ne  laissezpas 
de  vous  les  rendre  mauvaises,  si  vous  n'observez 
quelque  maniere  et  quelque  ordre  pour  les  pren- 
dre. Appliquez  aux  sciences  ce  que  je  viens  de  dire 
de  la  nourriture  du  corps. 

3.  Mais  il  vaut  mieux  vous  renvoyer  au  Maitre. 
Car  celte  parole  n'est  pas  de  nous,  mais  de  lui,  ou 
plutot  elle  est  a  nous,  puisqu'elle  est  la  parole  de 


la  Verite  :  «  Celui,  dit-il,  qui  pense  savoir  quelque 
chose  ne  sait  pas  encore  comme  il  doit  savoir 
(l  Cor.  vm,  2).  »  Vous  voyez  qu'il  ne  loue  pas  celui 
qui  sait  beaucoup,  s'il  ne  sait  aussi  la  maniere  de 
savoir,  et  que  c'est  en  cela  qu'il  place  tout  le  fruit 
et  l'utilite  de  la  science?  Qu'entend-il  done  par  la 
maniere  de  savoir  ?  Que  peut-il  entendre,  sinon 
de  savoir  dans  quel  ordre,  avec  quelle  ardeur,  et  a 
quelle  fin  on  doit  connaitre  toutes  choses?  Dans 
quel  ordre,  e'est-a-dire  qu'il  faut  apprendre  en 
premier  lieu  ce  qui  est  plus  propre  pour  le  salut. 
Avec  quel  gout,  attendu  qu'il  faut  apprendre  avec 
plus  d'ardeur,  ce  qui  pout  nous  exciter  plus  vive- 
ment  a  l'amour  de  Dieu.  A  quelle  fin?  pour  ne 
point  apprendre  dans  le  but  de  satisfaire  la  vaine 
gloire,  ou  la  curiosite,  ou  pour  quelque  autre 
chose  semblable,  mais  settlement  pournolre  propre 
edification,  ou  pour  celle  du  prochain.  Car  il  y  en 
a  qui  veulent  savoir,  sans  se  proposer  d'autre 
but  que  de  savoir  a  c'est  la  une  curiosite  hontense. 
II  y  en  a  qui  veuient  savoir;  afin  qu'on  sache  qu'ils 
sont  savants,  et  c'est  une  vanite  honteuse,  et  ceux- 
la  n'eviteront  pas  la  censure  d'un  poete  salirique 
qui  les  raille  agreablement  lorsqu'il  dit  :  «  Vous 
croyez  ne  rien  savoir,  si  un  autre  ne  sait  que  vous 
savez  quelque  chose  (Pers.  Sat.  i).  »  II  y  en  a  qui 
veulent  savoir  pour  vendreleur  science,  e'est-a-dire. 
pour  amasser  du  bien,  ou  obtenir  des  honneurs, 
et  c'est  un  trafic  honteux.  Mais  il  y  en  a  aussi  qui 


a  Jean  de  Salisbury  s'exprime  a  pen  pres  de  menie  dans  le 
livre  vii  de  son  Polycratique,  chapitre  XV.  i  Les  unssont  portes 
vers  la  science  par  la  curiosite,  Its  autres  par  le  deiir  de  passer 
pour  savants  ou  par  des  pensees  de  lucre.  11  y  en  a  bien  peu 
qui  cultivent  la  science  dans  un  sentiment  de  cbarite  ou  d'bu- 
milite,  pour  s'instruire  eui-memes  oupour  instruire  les  autres.  » 
On  peut  relire  plus  haut,  Tome  III,  les  pensees  de  saint  Bernard, 
sur  ce  snjet. 


maniere  dont 
on  sait. 


II  y  a  trois 
marlieres 
de  savoir. 


Differentes 

(Ins  que 
se  proposent 

ceux  qui 

etudient  ou 

qui  appren- 

nent  quelque 

cbose. 


coutrilos  corde,  exsecratur  inflates,  dicente  Sapientia  : 
quia  :  Deus  superbis  resistil  humilibus  auteni  dat  jrn- 
liam.  Et  Apostolus  aiebat  :  Dico  auiem  per  graliam, 
quce  data  est  mihi,  omnibus  qui  sunt  inter  vos,  nonplus 
sapere  quum  oporlet  sapere,  sed  sapere  ad  sobrietatem. 
Xon  prohibet  sapere,  sed  plus  sapere  quam  oportet. 
Quid  est  autem,  sapere  ad  sobrietatem'!  Vigilanlissime 
observare,  quid  scire  magis,  priusvc  oporleat.  Tempus 
enim  breve  est.  Est  autem,  quod  iii  se  est,  omnis 
scientia  bona,  qua?  tamen  veritate  subnixa  sit  :  sed  hi 
qui  cum  timore  et  tremore  tuaai  ipsius  upetari  salutem 
pro  temporis  bievitate  festinas,  ea  scire  prius,  amplius- 
que  curato,  qus  senseris  viciniora  saluti.  Nonne  medici 
corporum  medicina;  portionem  difiiniunt  eligere  in  su- 
raetidis  cibis,  quid  prius,  quid  posterius,  et  ad  quem 
modum  quidque  suuii  oporteat?  Nam  et  si  bonos  con- 
stat esse  cibos,  quos  Deus  creavit ;  tu  tamen  ipsos  tibi, 
si  in  sumendo  modum  et  ordinem  non  observes,  reddis 
plane  non  bonos.  Ergo  quod  dico  de  cibis,  hoc  sentile 
et  de  scientiis. 

3.  Sed  melius  mitto  vos  ad  Magistrum.  Xon  est  enim 
nostra  ista   sententia ,  sed  illius  ;  imo  el  nostra,  quo- 


niam  Verilalis.  Qui  se,  inquit,  putat  aliquid  scire,  non- 
dinn  scit  quomodo  oporteat  eum  scire.  Yides  quoniam 
non  probat  multa  scientem,  si  sciendi  modum  nescierit. 
Vides,  inquain,  quomodo  fructum  et  utilitatem  scientia? 
in  modo  sciendi  constituit  ?  Quid  ergo  dicit  modum 
sciendi?  quid'?  nisi  tit  seias,quo  ordine,  quo  studio, quo 
fine  quceque  nosse  oporteat?  Quo  ordine;  ut  id  prius, 
quod  maturius  ad  salulem  :  quo  studio;  ut  id  ardentius, 
quod  vehemenlius  ad  amorem  :  quo  fine ;  ut  non  ad 
inanem  gloriam,  aut  curiositatem,  aut  aliquid  simile, 
sed  tantum  ad  sedificationem  tuam  vet  proximi.  Sunt 
namque  qui  scire  volunt  eo  fine  tantum,  ut  sciant  :  et 
turpis  curiositas  est.  Et  sunt  qui  scire  volunt,  ut  scian- 
tur  ipsi  :  et  turpis  vanilas  est.  Qui  profecto  non  evadent 
subsannantem  Satyticum,  et  ei  qui  ejusmodi  est  decan- 
tantem  : 

Scire  tuum  nihil  est,  nisi  te  scire  hoc  sciat  alter. 
Et  sunt  item  qui  scire  volunt,  ut  scientiam  suamvendant, 
verbi  causa  pro  pecunia,  pro  honoribus  ;  et  tuipisquajs- 
tus  est.  Sed  sunt  quoque  qui  scire  volunt,  ut  cedilicent : 
el  charitas  est.  Et  item  qui  scire  volunt,  ut  aedificentur  : 
et  prudentia  est. 


382 


OEUVRES  !)E  SAINT  BERNARD. 


Deui  sortes 
de  sciences 
soot  bonnes 
et  louablea. 


La  science 
oiseuse  et 

infmctueuse 

est 

comme  uo 

aliment   mal- 

sain  et  mal 

digere. 


veulent  savoir  pour  editier  les  autres,  e'est  la  cha- 
rile  ;  et  il  y  en  a  qui  veulent  savoir  pour  s'edilier 
eux-memes,  et  e'est  prudence. 

U.  De  ces  differents  savants,  ces  deux  derniers 
sont  les  seuls  qui  n'abusent  point  de  la  seience, 
attondu  qu'ils  ne  veulent  savoir  que  pour  bien  fuiiv. 
Or,  comme  dit  le  Prophete.  les  connaissances  sont 
bonnes  a  ceux  qui  les  metteut  en  pratique.  Mais 
e'est  pour  les  autres  que  cette  parole  est  dite  : 
r  Cehli  qui  sait  le  bien  et  ue  le  fait  pas,  on  lui 
imputeru  sa  science  a  peche  (Jacob.  iv,  17  .  d 
Cemme  s'il  disait  par  cette  comparaisoD  :  De  meme 
qu'il  est  nuisible  a  la  sante  de  prendre  de  la  nour- 
riture,  et  de  ne  la  pas  digerer,  attendu  que  les 
viandes  mal  cuites  et  mal  digerees  par  1'estomac 
engendrent  de  mauvaises  aumeurs,  et  cprrompeat 
le  corps  au  lieu  de  le  nourrir :  ainsi  lorsqu'on 
bourre  de  science  l'estonjac  de  l'ame,  qui  est  la  me- 
moire,  si  cette  science  nest  digeree  par  la 
chaleur  de  la  rharite,  si  elle  ne  se  repand  ensuite 
dans  les  membres  de  l'ame,  si  je  puis  parler  ainsi, 
en  passant  dans  les  mceurs  et  dans  les  actions,  si 
elle  ne  devient  bonne  par  le  bien  quelle  counait, 
et  qui  sert  a  former  une  bonne  vie,  ne  se  change- 
t-elle  pas  en  peche,  comme  la  nourriture  en  de 
mauvaises  humeurs  ?  Le  peche  n'est-il  pas, en  etfet, 
une  iuauvaise  bumeur,  et  les  mceurs  depravees  ne 
sont-elles  pas  aussi  de  mauvaises  humeurs?  Celui 
qui  connait  le  bien  et  ne  le  fail  pas,  ne  souffre-t-il 
pas  dans  la  conscience  des  enflures  et  des  tiraille- 
ments.  11  entend  au  dedans  de  lui-meme  une  re- 
ponse  de  mort  et  de  damnation,  toutes  les  fois 
qu'il  pense  a  cette  parole  du  Seigneur  :  «  Le  servi- 
teur  qui  sait  la  volonte  de  son  maitre  et  ne  la  fait 
pas,  sera  beaucoup  battu  (Luc.  xu,  47).  »  Peut-etre 


est-ceau  nam  de  cette  aine  qtiele  Prophete  m  plai- 

gnaitjquandil disait  1 «  J'aimalau  ventre,  j'ai  mal  au 
ventre.  [Jer.  iv,  19. »  Si  een'est  que  cede  repeti- 
tion semble  marquer  un  double  sens,  et  nous  oblige 
a  en  chercher  encore  un  autre  que  celui  que  nous 
avons  donne.  Car  je  ends  que  le  Prophete  a  pu 
dire  eela  en  paiiant  de  lui-meme,  parce  qu'etant 
plein  de  science,  brulant  de  charite,  et  desirant 
extremement  epancher  sa  science,  il  ne  trouvait 
personne  qui  se  souciat  de  l'ecouter;  sa  science  lui 
devenait  ainsi  comme  a  charge,  parce  qu'il  ne  la 
pouvait  communiquer.  Voila  comment  ce  pieux 
docleur  de  l'Eglise  plaint  le  malheur  de  ceux  qui 
meprisent  d'apprendre  comment  il  faut  vivre, 
et  de  ceux  qui,  le  sachant,  ne  laisscnt  pas  de  mal 
vivre.  Mais  restons-en  la  pour  ce  qui  est  de  la 
repetition  que  le  Prophete  a  faite  de  la  meme 
phrase. 

5.  Heconnaissez-vous  maintenant  avec   combien  Ce  _.m  f   t 
de  verite  saint  Paul  a  dit  que  la  science  enlle  hCor.    avant  toot, 

c'tjst    Sti   COQ~ 

vni,  1)  ?  Je  veux   done  que  l'ame  commence  par    naitre  soi- 

elle-meme,  l'utilite  et  l'ordre   le  demandent  ainsi.      mime- 

L'ordre,  parce  que  e'est  pour  nous  principalement 

que  noussommes  ce  que  nous  sommes;  et  l'utilite, 

parce  que  cette  connaissance  n'enlle  point,   mais 

humilie,  et  nous  prepare  a  nous  edifier.  Car  l'edi- 

iiee  spirituel  ne  saurait  subsister  que    sur  le  fonde- 

ment  stable  de  l'humilite.   Or,   l'ame  ne  peut  rien    Cette  con 

trouver  de  plus  efflcace  et  de   plus  propre  pour 

humilier,  que  de  se  conualtre   en  toutc  verite  ; 

qu'elle  soit  exempte  de  feinte  et    de  deguisement, 

qu'elle  se  place  en  presence  d'elle-meme,  et  qu'elle 

ne   detourne   point   les  yeux  de    soi.  Lorsqu'elle 

se  regardera  ainsi  a  la  claire  lumiere  de  la  verite, 

ne  se  trouvera-t-elle  pasbien  differente  de  ce  qu'elle 


1.  Horum  omnium  soli  ullinii  duo  11011  iiiveniuntur 
in  abusione  scienlia?,  quippe  qui  ad  hoc  volunt  inlelli- 
-rere  ut  bene  faciant.  Denique  Intellects  bonus  omrabui 
I'acientibus  eum.  Reliqtii  omnes  audiant  :  Scienti  fronting 
et  non  fatttmti,  peccatum  est  ft.  so  si  per  similitudiucm 
dicat  :  Sumenti  cibum,  et  non  digerenti,  perniciosum 
est  ei.  Cibus  siquidem  indigestus,  et  qui  bonam  non 
habet  decoctionem,  malos  general  huinores,  et  corruni- 
pit  corpus,  el  non  nutrit.  Ita  el  mil  I  la  scienlia  ingesla 
stoniacbo  anima',  qua'  est  memoria,  si  decocta  igue  cha- 
ritalis  non  fuerit.  et  sic  per  qnosdam  artus  anims,  mu- 
res scilicet  atque  actus,  transfusa  atque  digesta,  quatenus 
ipsa  de  bonis  qua?  noverit,  vita  attestante  et  moribus 
bona  elTlciatur  :  nonne  ilia  scientia  reputabitur  in  pec- 
catum, Unquam  cibus  conversus  in  pravos  noxiosque 
liumores?  An  non  malus  humor  peccatum?  an  non  mail 
humores  pravi  mures?  An  non  inllationes  et  tortiunes 
in  conscientia  sustinebit  qui  hujnsmodi  est,  sciens,  vi- 
delicet bonum,  et  non  faciens  ?  An  non  responsum 
mortis  et  damnationis  toties  in  semelipso  habebit,  quo- 
ties  in  mentem  venerit  sermo,  quem  dixit  Deus,  quia 
.••rtiis  tgiem  10/itntntem  Domini  mm',  et  non  faeiene 
(fiona,  plaois  vapulabit  mu/tis?  Et  vide  ne  forte  in  per- 


naissance  est 
one  cause 
d'hurailite. 


sona  talis  anima;  Propbela  plangeret,  dicens  :  Ventrem 
meum  doleo,  ventrem  mcum  doleo.  Nisi  quod  ipsa  in- 
geminatio  geminum  videtur  innuere  sensum,  ut  prater 
hunc  quem  diximus,etiam  alium  requiramus.  Puloeuini 
quod  in  sua  persona  potuit  hoc  dixisse  Propbela,  qnod 
videlicet  scienlia  plenus,  eta;stuans  charitate,  et  omnino 
efTundere  cupiens,  non  inveniret  qui  curaret  audire  :  et 
sic  quasi  oneri  sua  sibi  scientia  erat,  quain  communicare 
non  poterat.  Plangit  itaque  pins  Ecclesis  doctor,  tani 
illos  qui  scire  conlemnunt  quomodo  sit  vivendum,  quam 
illos  qui  scientes,  mate  nihilominus  vivunt.  Et  hoc  pro 
eo  quod  eumdem  sermonem  Propheta  repetit. 

.S.  Advcrtisne  jam  quam  verum  sensit  Apostolus,  quia 
Ktentia  mflnt '.'  Yoloproindeaninjam  primo  omnium  scire 
seipsam,  quod  id  postulet  ratio  et  ulilitatis.  et  ordinis.  Et 
urdir.is  quideni,  quoniam  quod  nos  sumus  primum  est 
nobis  :  ulilitatis  vcro,  quia  talis  scienlia  non  intlat,  sed 
bumiliat,  et  est  quaedam  praeparatio  ad  aedilicandum. 
Nisi  cnim  super  humililatis  stabile  fundamentum,  spiri- 
luale  sedifieium  stare  minime  potest.  Porro  ad  se  bumi- 
liandum  nihil  anima  invenire  vivacius  scu  accommodatius 
potest,  quam  si  se  in  veritate  invenerit  :  tantum  non 
dissimulet,  non  sit  in  spiritu  ejus  dolus,  statuat  se  ante 


TRENTE-SIXIEME  SERMON    SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


388 


Motifs  d'hu- 
milite. 


croyait  etre,  et  soupirant  de  se  voir  vraiment  9i 
miserable,  ne  s'ecriera-t-elle  pas  au  Seigneur  avec 
le  Prophete  :  «  Vous  m'avez  humilie  dans  votre 
verite  (Psal.  llxviu,  75)  ?  »  Car  comment  ne  s'hu- 
miliera-t-elle  point  dans  cette  vraie  connaissance 
d'elle-menie,  quand  elle  severrachargee  de  peehes, 
appesantie  par  la  masse  de  ce  corps  mortel,  em- 
barrassee  des  soins  de  la  terre,  infectee  de  la  corrup- 
tion des  desirs  cbarnels,  aveugle,  courbee,  inurtue, 
engagee  dans  une  infinite  d'erreurs,  exposee  a 
mille  perils,  saisie  de  uiille  frayeurs,  environnee 
de  mille  difiicultes,  sujette  a  mille  soupcons,  et  a 
mille  necessites  faeheuses,  portee  au  vice,  faible 
pour  la  vertu?  Comment,  apres  cela,  pourra-t-elle 
lever  Ins  yeux  et  marcher  la  tete  haute?  Ne  se 
convertira-t-elle  pas  a  la  vue  de  taut  de  miseres, 
en  se  sentant  percee  comme  par  autant  d'epines 
poignanles?  Elle  aura  recours  aux  lartues,  ai.x 
plaintes  et  aux  gemissemeuls,  elle  se  tournera  vers 
le  Seigneur,  elle  s'eeriera  avec  humilite  :  «  Gue- 
rissez  mon  ame,  parce  que  j'ai  peche  contre  vous 
(Psal.  xi,,  U)  '■  »  Et  le  Seigneur  la  consolera  une 
fois  qu'elle  se  sera  tournee  vers  lui,  parce  qu'il  est 
le  Pere  des  misericordes,  et  le  Uieu  de  toute  conso- 
lation. 

6.  (Juant  a  moi,  tant  que  je  me  regarde,  je  ne 
vois  que  sujcts  d'amertume.  Mais  lorsque  je  leve 
les  yeux  vers  les  secours  de  la  divine  bonte,  la 
douce  vue  de  Dieu  tempere  aussitdt  raraertume  de 
lavuedemoi-merae  et  je  dis  :  «  Mon  ame  s'est  trou- 
blee,  lorsque  je  me  suis  considere ;  e'est  pourquoi 
je  me  souviendrai  de  vous,  Seigneur  (Psal.  xu, 
La  coonais-  7).  »  Et  ce  n'est  pas  une  vision  de  Dieu  peu  consi- 


Voili  com- 
ment on  se 
convertit. 


derable  que  d'eprouver  sa  bonte  et  sa  felicite  a  se     sance  de 
laisser  ilechir,  car  ilest,  en  effet,  extraordinairement   Dieu  suit  la 

.  .    ,    .         ,.  .    r.    .  .  ...  connaissance 

bon    et  misericordieux,    muniment   meilleur  que  de  nous-m{- 

nous  ne  sommes  mechants,  car  la  bonte   lui  est       me*" 

naturelle,  et  il  n'y  a  que  lui   pour  faire   toujours 

grace  et  pardonner.  11  nous  est  done  fort  avanta- 

geux   que  Dieu  se  fasse  connaltre  a  nous  par  une 

telle  experience,   et  dans  cet   ordre,    e'est-a-dire, 

apres  que  l'homme  a  reconnu  sa    misere,   et   crie 

vers  lui ;  car  alors  il  l'exaucera,  et  lui  dira  :  «  Je 

vous  delivrerai,  et  vous  m'honorerez   (Psal.   xlix, 

15).  »  Et  ainsi  la  connaissance  de  vous-meme  sera 

comme  un  pas  vers  celle  de  Dieu,  et  vous  le  verrez 

dans  son  image  qui  est  renouvelee    en    vous,  en 

attendant  que  vous  contempliez  avec  confiance   la 

grace  du  Seigneur  qui  se  presentera    a  vous  sans 

aucun  voile,  et  que  vous  soyez  tranforme   en    son 

image,  et  passiez  de  clartes  en  clartes  sous  la  eon- 

duite  de  son  Saint-Esprit. 

7.  Mais  voyez  comme   ces  deux  connaissances     Ces  deui 

nous  sont  necessaires  pour  le  salut.  Vous  ne  pouvez  "onTfgaie-' 

etre  sauve  si  l'une  ou  l'autre   vous  manquait.    En   ment.  °6ces_ 
T  Z1  saires. 

etiet,  si  vous  ne  vous  connaissez  vous-memes,  vous 
n'aurez  point  la  crainte  de  Dieu  en  vous,  vous 
n'aurez  point  non  plus  l'humilite.  Or,  voyez  si  vous 
pouvez  esperer  quelque  chose  de  votre  salut  sans 
la  crainte  de  Dieu,  et  sans  l'humilite.  Vous  faites 
bien  de  me  temoigner  par  ce  petit  murmure,  que 
vous  netes  pas  dans  cette  pensee,  ou  plutot  que 
vous  etes  bien  eloignes  de  cette  erreur^  cela  me 
dispense  de  m'arreter  sur  un  point  qui  est  clair  de 
soi.  Mais  ecoutez  le  reste.  Ou  plutot  ne  faudrait-il 
point  en  demeurer  la,  a  cause  de  ceux  que  le  som- 


faciem  suam,  nee  se  a  se  aveitere  abducatur.  Nonne  se 
ita  intuens  clitra  luce  veritatis,  inveniet  se  in  regione 
dissimilitudinis  :  et  suspirans  misera,  quara  jam  latere 
non  poterit  quod  vere  misera  sit,  nonne  cum  Propheta 
clamabit  ad  Dominum  :  In  veritate  tua  humiliasti  met 
Nam  quomodo  non  vere  humiliabitur  in  hac  vera  cogni- 
tione  sui,  cum  se  perceperit  oneratam  peccalis,  mole 
hujus  mortalis  corporis  aggravatam,  terrenia  intricatam 
curis,  carnalium  desideriorum  f;ece  infecfam,  c»cam, 
curvam,  Lnfirmam,  implicitam  multis  erroribus,  exposi- 
tam  mille  pen  ulis,  mille  timoribus  trepidam,  mille 
difflcultatibus  anxiam,  mille  suspicionibus  obnoxiam, 
mille  necessilatibus  anumnosam,  proclivem  ad  vitia,  in- 
validam  ad  virtutes  ?  Unde  huic  jam  extollentia  oculo- 
rum,  unde  levare  caput?  Nonne  magis  convertetur  in 
ic-i-ti iiin.'i  sua,dum  conligitur  spina?  Convertetur,  inquam, 
ad  lacrymas,  convertetur  ad  platictus  et  gemitus,  con- 
vertetur ad  Dominum,  et  humilitale  clamabit  :  Sana 
aniniam  meam,  quia  peccavi  tibi.  Porro  conversaad  Co- 
ntinual reciptet  consolationem,  quia  Pater  est  miseri- 
cordiarum,  et  LJeus  totius  consolationis. 

6.  Ego  quandiu  in  me  respicio,  in  amaritudine  mo- 
ratur  oculus  meus.  Si  autem  suspexero  et  levavero  ocu- 
los  ad  divins  miserationis  auxilium  ;  temperabit  mox 
amaram  viaionem  mei  visio  laeta    Dei,  cni  et  dico  :  Ad 


meipsum  anitna  mea  co/iturbata  est,  propterea  memor 
ero  tui.  Nee  mediocris  Dei  visio,  pium  et  deprecabilem 
experiri,  sicut  revera  benignus  et  misericors  est,  et 
praestabilis  super  malitia  :  quippe  cujus  natura  bonilas, 
et  cui  proprium  est  misereri  semper  et  parcere.  Tali 
itaque  experimento  et  tali  ordine  salubriter  innotescit 
Deus,  cum  priusse  homo  noverit  in  necessitate  positum, 
et  clamabit  ad  Dominum,  et  exaudict  eum,  et  dicet  : 
Eruam  le,  et  honorificabis  me.  Atque  hoe  modo  erit 
gradus  ad  notitiam  Dei  cognitio  tui  :  et  ex  imagine  sua, 
quae  in  te  renovatur,  ipse  videbitur,  duni  tu  quidem  re- 
velata  facie  gloriam  Domini  cum  fiducia  speculando,  in 
eamdem  imaginem  transformaris  de  claritate  in  clarita- 
tem,  tanqnam  a  Domini  Spiritu. 

7.  Sed  jam  demum  ad verte, quomodo  ulraque  cognitio 
sit  tibi  necessaria  ad  salutem,  itaut  neutra  carere  valeas 
cum  salute  Nam  si  ignores  te,  non  habebis  timorem 
Dei  in  te,  noti  humihtatem.  An  vero  sine  timore  Dei  et 
sine  humilitate  de  salute  prossnmas,  tu  videris.  Bene 
fecistis  grunniendo  signilicare,  quod  minime  ita  sapiatis, 
imo  quod  non  ita  desipiatis,  ne  in  eo  quod  planum  est 
immoremur.  Sed  attondite  camera.  An  potius  pausandum 
est  nobis  propter  somnolentos  ?  Putabam  me  uno  ser- 
mone  implere  quod  promisi  de  duplici  ignorantia  :  et 
fecissem,  nisi  fastidiosis  longior  viderclur.  Qnosdam  si- 


336 


UEUVRES  DE  SAINT  RERNARD. 


dorment  au 
sermon. 


moil  tourmente.   Jo   pensais    achever   en    uu    seul 

discours  ce  que  jo  vous  avais  promis   sur    Ic   sujet 

de  la  double  ignorance,  et  je  l'aurais   fait,   s'il    no 

me  semblait  ijue  j 'ai  ote  deja  trop  long   pour  coux 

Saint  Ber-    que  cc  discours  fatigue.  Car  j'en  vois  qui  buillent. 

nard  Mprend  et  d'autres  qui  dorment.  11  ne  faut  pas  sen   eton- 
ceux  qui  •  r 

nor,  les  veillos  a  do  la  nuit  precedente  qui  out 
etc  tres-longues  lour  servent  d'excuse.  Mais  que 
dirai-je  de  ceux  qui  ont  dorini  alors,  et  qui  no 
laissent  pas  do  dormir  mainteuant?  Jo  no  voux  pas 
leur  en  faire  honte  davantage,  il  suftit  de  los  en 
avoir  avortis  on  passant,  je  crois  qua  l'avenir  ils 
ocoutoioni  mieux,  el  craindront  d'etre  encoiv  re- 
marques.  Cost  dans  cetto  esperancc  que  nous  leur 
pardonnons  pour  cotte  fois,  et  que,  on  leur  conside- 
ration, nous  divisons  ce  qu'il  serail  a  propos  d'ex- 
pliquer  tout  d'une  suite,  et  linissons  avant  d'etre  a 
la  fin.  Que  cotte  indulgence-la  les  porto  a romlre 
gloire  avec  nous  a.  l'Epoux  de  l'Eglise,  Jesus-Christ 


l'ayant  faito,  que  par  un  mouvement  de  charite, 
vous  on  profiterez.  Vous  vous  souvenez  done  bien 
quo  vous  m'avez  accorde  que  personne  n'est  sauve 
sans  la  connaissance  de  soi-meme ;  parce  que 
do  cetto  connaissance  naissent  l'humilite,  qui  est  la 
mere  du  salut,  et  la  crainte  de  Dieu,  qui  est  aussi 
le  commencement  du  salut,  de  memo  que  de  la  sa- 
gesse.  Je  dis  que  nul  n'est  sauve  sans  celte  connais- 
sance, a.  moins  qu'il  ne  soit  pas  encore  en  ago  de 
se  connaltre  ou  qu'il  ne  le  puisse  pas.  Ce  que  je  dis 
pour  les  potits  enfants  ou  pour  les  fous,  dout  il 
n'est  pas  question  maiutenant.  Mais  si  vous  ignorez 
Dieu,  pourra-t-on  esperer  quolquo  chose  de  rotre 
salut  avec  cette  ignorance  ?  Non,  sans  doute.  Car  on 
ne  saurait  aimer  celui  qu'on  ne  connait  point,  ou 
posseder  celui  qu'on  n'a  point  aime.  Connaissez-vons 
don.  vous-memes,  afln  do  l'aimer. L'un est  le  com- 
mencement de  la  sagesse,  et  l'autre  en  est  la  per- 
fection ;  car  la  crainte  du  Seigneur  est  le  comnien- 


Comlm'n  la 
connaissance 
de  Dieu  est 

iiro'ssairfi. 


notre  Seigneur,  qui  est  Dieu,  et  audessusde  toutes     cement  do   la    sagesse,    (lJsul.  c.  9)  et   l'amour  est 


choses,  et  beni  dans  tous    los    siecles.    Ainsi  soit- 
il. 

SERMON  XXXV11. 

//  y  a  deux  connaissances et  deux  ignorances  :Maux 
ou  detriments  gu'elles  nous  causent  : 

1.  Je  crois  qu'il  n'est  pas  besoin  aujourd'hui  de 
vous  exhortor  a  ne  point  dormir,  car  la  petite  cor- 
rection que  nous  vous  limes  bier  est  sans  doute 
encore  presente  a  vos  esprits  ;    et  j'espere   que  ne 


a  Saint  Bernard  veut  parler  des  Malines.  qu'il  designe  sous 
le  nom  de  Veilles,  pour  se  conformer  a  la  pensee  de  saint  Be- 
nott. 


la  plenitude  do  la  loi.  (Rom.  mi.  10)  On  doit  done 
se  garder  del'une  et  de  l'autre  ignorance,  par  la 
raison  qu'il  est  impossible  de  se  sauver  sans  la 
crainte,  et  sans  l'amour  de  Dieu.  Le  reste  est  in- 
different, et  on  n'est  pas  sauve  pour  lc  connaltre, 
ni  damne  pour  ne  le  connaltre  pas. 

2.  Jo  ne  dis  pas  pourtant  qu'il  faille  mepriser  ou 
negliger  la  science  des  belles  lettres,  puisqu'elle 
orue  l'amo,  l'instruit,  et  la  rend  capable  d'instruire 
los  autres.  Mais  il  faut  que  ces  deux  choses,  en 
quoi  nous  avons  dit  que  consisto  le  salut,  precedent 
cette  connaissance.  N'est-ce  pas  ce  que  le  Prophete 
avait  en  vue,  lorsqu'il  disait :  «  Semez  dans  la  jus- 
lice,  ot  recueillez  l'esperance  de  la  vie  :  apres  cola, 
recherchez  la  lurniere  de  la  science  (Osee.  x,  12)?  » 
II  nomme  lasciencela  derniero,comme  une  peinture 


quidem  oscitantes,  quosdam  et  durmilantes  intueor.  Neo 
minim  :  praecedentis  noclis  vigiliae  (longissima;  quippe 
fuerunt),  excusant  cos.  Vorum  illis  quid  dicam,  qui  et 
tunc  dormierunt,  et  modo  nihilominus  dormiunt?  Sed 
non  pergo  nunc  ulterius  exagitare  verecundiam  eoruni  : 
sufficit  tetigise.  Puto  quod  melius  doinceps  vigilabunt, 
nostra;  observations  cauterium  verituri.  In  hac  spe  ge- 
rimus  eis  hac  vice  morem ;  et  quod  continuandum  ratio 
exigebat,  eorum  charitate,  pendente  licet  disputalione, 
partimur,  facientes  finem,  ubi  non  erat  finis,  lpsi  vero 
super  sibi  facta  indulgentia  nobiscum  glorificent  Spon- 
sum  Ecclesiae,  Jcsum-Christum  Dominum  nostrum,  qui 
e9t  super  omnia  Dens  benedictus  in  saecula.  Amen. 

SERMO  XXXVII. 

Dt  duplici  notitia,   et    duplici   iynorantia;  deque    malts 
seu  damnis  qua;  pariunt. 

\.   Puto  non   habemus  nunc  opus  hortari  ad  vigilan- 
durn.cum  absque  dubio  sermo  ille  suggillatorius  vigilet, 


ulpote  adhuc  recens,  qui  beri  a  nobis  charitalive  prolatus, 
bene  aliquos  expergefecit.  Ergo  tenetis  memoria  quod 
teneam  assensum  vestrum,  neminem  absque  sui  cogni- 
tione  salvari  :  de  qua  nimirum  mater  salutis  humilitas 
oritur,  et  timor  Domini,  qui  et  ipse  sicut  indium  sa- 
piential, ita  est  et  sahilis.  Nemo  dico  absque  ilia  cogni- 
tiono  salvatur,  qui  tamen  adalem  habeat  ac  racultatem 
cognoscendi.  Quod  propter  parvulos  loquor,  et  propter 
faluos,  quorum  alia  ratio  csl.  Quid  si  iguoras  Deum  ? 
Poteritne  spes  esse  salutis  cum  Dei  ignorantia?  Ne  hoc 
quidem.  Nee  enim  potes  aut  amare  quern  nescias,  aul 
liabere  quern  non  amaveris.  Noveris  proinde  te,  ut 
Deum  timeas  :  noveris  ipsum,  ut  aequo  ipsum  diligas. 
In  altero  initiaris  ad  sapientiam,  in  altera  et  consum- 
maris  ;  quia  initiuni  sapiential  timor  Domini  est,  etple- 
nitudo  legis  est  charilas.  Tarn  ergo  utraque  ignorantia 
cavenda  est  tibi,  qtiam  sine  timore  et  amore  Dei  salus 
esse  non  potest.  Ctetera  indiflerenlia  sunt,  nee  salulem, 
si  sciantur;  nee  damnalionem,  si  nesciantur,  habentia. 

2.  Non  tamen  dico  contemnendam  aut  negligendam 
scientiam  litterarum,  qua;  ornat  animam,  et  erudit  earn, 
et  facit  utpossit  etiam  alios  erudire.  Sed  duo  ilia,  opor- 


TRENTE-SEPT1EME  SERMON  SLR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


336 


Elles  doivent 
etre  prece- 
dees  par  les 
deui  coq- 
nai^ances 
don  I  on  a 
parle  plus 
haut. 

La  semence 

de  la 

justicece 

sont  les  lar- 
mes. 


L'esperance 

de  la  vie 

est 

ane  moisson. 


qui  ne  peut  subsister  sur  le  vide,  et  il  place  en 
premiere  ligne  les  deux  choses  qui  sont  corauie  la 
toile  et  le  fond  solide  de  cette  peinture.  Je  m'appli- 
querai  en  tuute  securitea  la  science,  lorsquej'aurai 
recu  l'assurance  de  la  vie  par  le  nioyen  de  l'espe- 
rance. Vous  avez  done  seme  pour  la  justice  si  vous 
avez  appris  par  la  veritable  connaissance  de  vuus- 
rneuie  a  craindre  Dieu,  si  vous  vousetes  humilie,  si 
vous  avez  repandu  des  larmes,  si  vous  avez  fait  de 
nombreuses  aumones,  et  autres  ceuvres  de  piete,  si 
vous  avez  mate  voire  corps  par  les  jeunes  et  par 
les  veilles,  meurtri  votre  poitrine  de  coups,  lasse  les 
cieux  par  vos  cris.  Yoila  ce  que  e'est  que  semer 
pour  la  justice.  Les  semences  sont  les  bonnes  oeu- 
vres,  les  exercices  pieux,  les  larmes.  «  lis  mar- 
chaient,  dit  le  Prophete,  et  pleuraient  en  jetant 
leurs  semences  (Psal.  exxv.  7).  "Mais  quoi,  pleure- 
ront-ils  loujours'?A  Dieu  ne  plaise.  Mais  «ils  re- 
viendroDt  avec  joie  tous  charges  de  leurs  gerbes.  » 
Certes,  ils  auront  bien  sujei  d'etre  dans  la  joie, 
quand  ils  remporteront  les  fruits  de  la  gloire  coin- 
me  des  gerbes  de  froment.  Mais,  direz-vous,  cela 
n'arrivera  qu'au  temps  de  la  resurrection  et  au 
dernier  jour  :  il  y  a  bien  loin  jusque-Ki.  Ne  vous 
abattez  point,  ne  vous  decouragez  point.  Les  pre- 
mices  de  l'Esprit-Saint  nous  fournissent  des  main- 
tenant  de  rruoi  moissonner  avec  joie.  «  Semez,  dit- 
il,  dans  la  justice,  et  cueillez  l'esperance  de  la  vie.  » 
11  ne  nous  renvoie  plus  au  dernier  jour,  ou  nous 
possederons  reelleinent  ce  qui  nest  encore  que 
l'objet  de  notre  esperance,  mais  il  parle  du  temps 
present.  Notre  joie,  sans  doute,  et  nos  ravisseuients 


seront  extraordiuaires  lorsque   nous  jouirons  de  la 

veritable  vie. 

3.  Mais  l'esperance  d'une   si  grande  joie    sera-t- 

elle  sans  joie  ?    «  Rejouissez-vous,  dit  l'Apdtre,    en 

esperance  {Rom.    xn,    12) .  »    Et  David  ne   dit   pas 

qu'il    se  rejouirait,  mais  qu'il  se  rejouissait  de  ce 

qu'il  esperait  entrer  dans  la  maison   du  Seigneur. 

(Psal.  cxxi,  1;   II  ne  possedait    pas   encore  la  vie, 

mais  il  avait  recueilli    l'esperance   de  la  vie,   et  il 

eprouvait  en  lui-meme  la  verite  de  ce  que  dit  l'E- 

criture,  que  uon-seulement    la  recompense,   mais 

meme  l'attente  des  justes  est  pleiue  de  joie   (Prov. 

x,  28).  Cette  joie  est  produite  dans   l'atne  de    celui     „ 

....  ,  Source  de 

qui  a  seme  pour  lajustice,  par  la  conviction  qu'il  a       eette 

que  ses  peches  sont  pardonnes,  si  neanmoins  l'effi-  d"PcVtte7o*e 

cacite  de  la  grace  qu'il  a  recue  pour  mieux  vivre  a 

l'aveuir,  lui  donne  la  certitude  de  ce  pardon,  tjui- 

couque  de  vous  sent  que  cela  passe  en  lui,  entend 

les  paroles  de  l'Esprit-Saint,   dont  la  voix  et  l'ope- 

ratiou  ne  se  dementent  jamais.   11  entend  ce  qu'on 

dit  au  dehors,  altendu  que  ce  qu'on  dit  au  dehors, 

il  le  sent  au  dedans  de   soi.  Car  celui  qui  parle   en 

nous  opere  en  nous,  parce  que  e'est  le  meme  esprit 

qui  distribue  ses  dons  achacun  selon  qu'il  lui  plait 

(Cor.  xn,  11),  donne  aux  unsla  grace  de  dire,  etaux 

autres  defaire  ce  qui  est  bon. 

lx.  Quiconque  parrui  vous  apres  les  commence- 
ments aniers  de  sa  conversion,  a  le  bonheur  de  se 
voir  un  peu  soulage  par  l'esperance  des  biens  qu'il 
attend,  et  de  s'elever  comme  avec  les  ailes  de  la 
grace  dans  Fair  serein  d'une  consolation  toute  ce- 
leste, a  moissonne  des  mainteuant  lefruitde  seslar- 


tet  et  expedit  ut  praecedant,  in  quibus  summam  salutis 
constitui  superior  ralio  declaravit.  Et  vide  si  non  intue- 
batur,  et  si  nun  docebat  huuc  ordinem  qui  dicebat  : 
Seminate  nobis  ad  juslitam,  mettle  spem  vita;  et  tunc 
demuai  illuminate  vobis,  ait,  lumen  sciential.  Ultimam 
posuit  scientiam,  lanquam  picturam,  qu«  slatuni  habere 
nequeat  super  iuane  :  et  ideo  ilia  duo  praemisit  et  sub- 
jecit  illi,  tanquam  si  solidum  aliquid  picturae  subsler- 
neiet.  Securus  jam  intendam  scientis,  si  vitae  prius  per 
benelicium  spei  securitateni  accepero.  Tu  ergo  semi- 
asti  tibi  ad  justiliam,  si  ex  vera  notitia  tui  evigilastl 
imere  Deuri,  lemelipsum  humiliasti,  fudisli  lacrymas, 
elecmosynas  profudisti,  c;elerisque  te  pietatis  actionibus 
mancipasti,  si  jejuniis  et  vigiliis  al'flixisti  corpus,  si  pectus 
tuntiouibus,  cobIos  claraoribus  fatigasti.  Hoc  si  quidem 
seminare  est  ad  justitiam.  Semina  sunt  bona  opera,  bona 
studia;  semina  lacrymae  sunt,  lbant,  inquit,  et  flebant 
mitlentes  semina  sua.  Sed  quid?  semper  flebunt?  Absit. 
Sed  venient  cum  exultatione  porlantes  manipulos  suos. 
Merito  cum  exultatione,  cum  reportant  manipulos  glo- 
rias. At  istud,  inquis,  in  resurrectione  in  novissimo  die, 
et  est  nimis  longa  exspectatio.  Noli  animo  frangi,  noli 
deficere  a  p;.iillanimitate  spiritus;  babes  interim  de  pri- 
mitiis  spiritus,  quod  ad  praesens  in  exultatione  metas. 
Seminate,  ait,  vohis  ad  justitiam  metite,  spem  vita.  Non 
te  modo  mittit  ad  diem  novissimum,  quando  res  jam 
ei  it  in  re,  et  non  in  spe  :  sed  de  praesenti  loquitur.  Pror- 


sus  magna  laetitia  et  exultatio  multa  nimis,  cum  vita  ve- 
nerit. 

3.  Sed  numquid  tantaa  laetitiae  spes  erit  sine  leetitia? 
Spe  gaudentes,  ait  Apostolus.  Et  David  non  laetaturum, 
sed  Icetatum  se  dixit,  quod  in  domum  Domini  se  spera- 
ret  iturum.  Nondum  vitam  tenebat,  sed  spem  profecto 
vita;  messuerat;  atque  in  semelipso  experiebatur  verita- 
tem  Scripturae  perhibentis,  quia  non  modo  remuneratio, 
sed  ipsa  quoque  exspectatio  justorum  l&titia.  Hanc  parit 
in  animo  illius,  qui  sibi  ad  justitiam  seminavit,  prae- 
sumpta  indulgentia  delictorum  :  si  tamen  ipsam  iudul- 
gentiam  efficacia  attestatur  acceptas  gratia;  ad  vivendum 
sanctius  deinceps.  Omnis  in  vobis  qui  base  sentit  intra 
se  actitari,  scit  quid  loquitur  Spiritus,  cujus  vox  atque 
operatio  minime  inter  se  unquain  dissentiunt.  Propte- 
rea  ergo  intelligit  qnae  dicuntur,  quoniam  quae  foris 
audit,  intus  sentit.  Nam  qui  in  nobis  loquitur,  operatur 
in  vobis  unus  atque  idem  Spiritus,  dividens  singulis 
prout  lull  :  aliis  quidem  loqui,  aliis  autem  operari 
quod  bonum  est. 

•  i.  Quisquis  itaque  vestrum  post  ilia  amara  et  lacry- 
mosa  conversionis  suae  primordia  respirasse  in  spem, 
atque  in  quoddam  serenum  superna?  consolationis  pennis 
gratiae  sublevatum  se  evolasse  lstatur  ;  is  profecto  jam 
metit,  suarum  recipiens  fructum  temporaneum  larry- 
marum  :  et  ipse  vidit  Deum,  et  audivit  vocem  dicentis  : 
Date  ei  de  fructibus  manuum  suarum.    Nam  quomodo 


IN 


iiEl'VRES  DE  SAINT  RERNARD. 


mes;ilavti  Dieuetil  l'a  entendu  dire:  «Donnez-lui 
ties  fruits  de  ses  ceuvres  (Prov.  xxxi.  31).  »  Car 
comment  celui  qui  a  goiite  et  vu  combien  le  Sei- 
gneur est  doux  n' mrait-il  pasvu  Dieu?  Que  celui-la, 
Seigneur  Jesus,  vous  a  trouve  plein  de  douceurs  et 
de  charmes,  qui  n'a  pas  seulement  recti  de  vous  le 
pardon  de  ses  peches,  rnais  encore  le  don  de  sain- 
tele,et,pour  comble  de  biens,  la  promesse  de  la  vie 
eternelle!  Heureux  celui  qui  a  deja  moissonne,  qui 
jouit  des  a  present  des  fruits  d'une  vie  sainte,  et 
jouira  ft  la  fin,  de  la  vie  eternelle.  C'est  avec 
raison  que  celui  qui,  en  se  voyant  lui-meme,  a 
verse  des  larmes,  et  a  etc  ravi  de  joie,  lorsqu'il 
a  vu  le  Seigneur,  puisque  la  vue  de  sa  souve- 
raine  honte  est  cause  qu'il  a  deji  enleve  tant  de 
gerbes,  je  veux  parler  de  la '  remission  de  ses 
peches,  de  sa  sanctification  et  de  l'esperance  de 
la  vie.  Oh  !  que  cette  parole  du  Prophete  est  vraie  : 
o  Ceux  qui  sement  dans  les  larmes  recueillent  dans 

II  j  a  trou   la  Joie  Csf''-  cxxv>   6)!  "  ''  comPrfinQ  par  ces  deux 
aories  de     mots  pUIje  et  p autre  connaissance  ;   celle  de  nous- 
ruemes,  qui  seme  dans  les  larmes,  et  celle  de  Dieu, 
qui  rceueille  dans  la  joie. 

6.  Si  done  nous  commencons  par  cette  double 
connaissance,  la  science  que  nous  pouvons  ajouter 
ensuite  n'enfle  point,  parce  qu'elle  ne  pent  appor 


gerbes 


Toute  science 

qui  sup- 
pose la  cod- 

naissance 

de  Dieu  et 

de  sui-meme  ter  aucun  avantage,  ni   aucun   honneur  teirestre, 

n'est  pas 

une  science 

qui  enfle. 


qui  ne  soit  beaucoup  an  dessous  de  l'esperance  que 
nous  avons  concue,  et  de  la  joie  que  cette  esperanee 
nous  donne,  et  qui  est  deji  profondement  enracinee 
dans  l'ame.  Or  l'esperance  ne  confond  point,  parce 
que  l'amour  de  Dieu  est  re'pandtt  dans  nos  cceurs, 
par  le  Saint-Esprit  qui  nous  a  ete  donne.  Et  elle  ne 
confond  point,  parce   que  eet  amour  nous  remplit 


de  confiance  et  de  certitude.  Car  c'est  par  l'amour 

que  le  Saint-Esprit  nous  rend  temoignage  que  nous 

soinines  ciil'auls  de  Dieu.  Que  peut-il  done  nous  re- 

venir  de  notre  science,  si  grandequ'ellesoit,  qui  ne 

se  trouve  beaucoup   moindre    que  la  gloire.   d'etre 

mis  all  nombre  des  enfantsde  Dieu?  Mais  c'est  Imp 

pen  dire.  Eatcrre  meme,  et  tout  ce  qu'elle  coutient,   L'esp6rance 

quand  on  en  voudrait  donner  la    possession  &  cha-  |ft  posaei  rid 

cun  de  nous,  ne   meriterait  pas  d'etre  regardee  en    d? .  "JUS ,'ca  ' 

r  biens  du 

comparaison  d'un  si  grand   bien.   Mais  si  nous  ne      moude. 

<  imnaissons  pas  Dieu,  comment  esprter  en  celui  que 

nous  icnorons  ?  Et  si  nous  ne  nous  connaissons  pas  L'esperance 

o  '         nail  de  deui 

nous-memes,  comment  serons-nous  humbles,  puis-  connaissanees1 
queii'etant  rien,  nous  croirons  tHre  quelque  chose? 
Or,  nous  savons  que  ni  les  superbes,   ni  ceux    qui 
n'esperent  point  en  Dieu,  n'auront   point   de    part 
ni  de  sociele  dans  le  bonheur  des  saints. 

6.  Conside.rez  done  maintenant  avec  moi,  com- 
bien nous  devons  avoir  soin  de  bannir  de  nous  ces 
deux  sort.es  d'ignorances,  dont  l'uneproduit  le  nnn- 
mencement,  et  1'autre  la  consommation  de  ton  I  pS- 
cbe  ;  comme  an  contraire  des  deux  connaissanees 
opposees,  l'une  engendre  le  commencement,  et 
1'autre  la  perfection  de  la  sagesse,  l'une  lacrainte 
de  Dieu,  et  1'autre  son  amour.  Mais  nous  avons  fait 
voir  que  tel  est  le  fruit  de  ces  deux  connaissanees, 
faisons  voir  maintenant  quel  est  celui  de  ces  deux 
ignorances.  Car  comme  la  crainte  du  Seigneur  est 
le  commencement  de  la  sagesse,  ainsi  l'ofgilell  est 
le  commencement  de  tout  peche.  Et  comme  l'amour 
de  Dieu  est  la  source  de  la  sagesse  (Eccles.  x,  15), 
ainsi  le  desespoir  est  l'ori^ine  et  la  consommation 
de  toute  malice.  De  meme  si  la  connaissance  de 
nous-memes  produit  en  nous  l'amour  de  Dieu,  et 


Combien  il 

faut  fuir 

1'ignorance 

de  Dieu  et 

celle  de  noua- 

mfimes. 


non  vidit  Deum,  qui  gnstavit  et  vidit,  quoniam  suavis 
est  Dominus  ?  Quam  dulcem  ef  suavem  te  sensit,  Do- 
mine  Jesu,  cui  a  te  non  modo  peccata  donafa  sunt,  seel 
et  munus  sanclitatis  indultura  esl ;  neque  id  solum,  sed 
et  addita  insuper  ad  cumulum  bonorum  vitae  et  a>ter- 
nae  protnissio  !  Felix  qui  tantum  jam  messuit,  habens 
interim  quidem  fructum  stium  in  sanclilicationcm,  ftnem 
vero  vitam  aeternam  1  Merilo  qui  se  iriv'ento  flevit,  ga- 
vi^us  est  viso  Domino  :  ad  cujus  utique  miserationis 
intuitum  tantos  jam  levavil  manipulus,  remissionem, 
sanctilicationem,  spem  vibe.  0  quam  verus  est  sermo 
qui  in  Propbela  legitur  :  Qui  semindnt  in  lacrymis,  in 
exsultalione  tnetent.  Ubi  breviler  cumprehensa  utraque 
cognitto  est  :  et  nostri  quidem  in  lacrymis  serens  :  quae 
aulem  Dei,  melons  in  gau'dio. 

5.  Hac  ergo  in  nobis  gemina  praeeunte  notilia,  jam  ea 
quae  forle  supercreverit  scientia  minime  inflat,  ulpole 
quae  nihil  aflerre  valeat  terreni  commodi  vel  honoris, 
quod  non  sil  sane  inferius  spe  concepla,  laelitiaque  spei 
jam  altius  radicata  in  animo.  Spe.i  autem  non  confundit, 
quia  charitas  Dei  diffusa  est  in  rurdibus  tibstfti  per  Spi- 
riium  Sanctum, qui  ct&tiu  tSl  rioW.  hlroilla  non  confun- 
dit,  quia  ista  infundit  certitudinem.  Per  hanc  enim  ipse 
Spiritus  testimonium  perhibet  spirilui  noslro,  quod   filii 


Dei  sumus.  Quidnam  igitur  nobis  de  nostra  quantacum- 
que  scienlia  provenire  possit,  quod  non  sit  minus  hac 
gloria,  qua  inter  Dei  filios  numeramur  V  Parum  dixi  : 
nee  respici  in  ejus  comparatione  potest  orbis  ipse  et 
pleniludo  ejus,  etiamsi  totus  cedat  unicuiVis  nostrum  in 
possessionem.  Caeterum  si  nos  ignorantia  Dei  tenet,  quo- 
mudu  speramus  in  eum  quern  ignoramus?  si  nostri, 
quonaodo  humiles  erimtis,  putanles  nos  aliquid  esse, 
fctiriJ  nihil  siiuiis  ?  Scimus  autem  nee  superbis,  nee  des- 
peralis  partem  esse  vel  societatem  in  sorte  sanctorum. 
C.  Iuluere  ergo  nunc  mecum,  quanta  cura  et  aollioi- 
tudine  ambasislas  repellere  a  nobis  ignoranlias  debeamue 
quarum  omnis  peccati  altera  initium  parit  ,  altera 
consummalionem  :  sicut  duarum  e  regione  notiliarum 
initium  sapienlise  una,  perfeclionem  allera  gignit  :  ilia 
timorem  Domini,  ista  charilalcm.  At  islud  de  notiliis 
supra  ostCnsum  est.  Nunc  de  ignorantiis  vide.  Etcnim 
sicut  initium  sapientiae  timor  Domini,  sic  initium 
omnis  peccati  superbia  :  et  quomodo  perfeclionem  sibi 
sapiential  vindicat  amor  Dei,  ita  desperatio  sibi  omnem 
malitiae  consummalionem.  Et  quemadmodum  ex  notilia 
lui  venit  in  timor  Dei,  atque  ex  Dei  notilia  Dei  itidem 
amor  :  sic  e  contrario  de  ignorantia  tui  superbia,  ac  de 
Dei  ignorantia  venit  desperatio.    Sic  autem    superbiam 


TRENTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQL'E  DES  CANTIQUES. 


337 


Poorquoi 
iDinilile  est 

lecess  lire; 
tile  i'lee  de 
humiiite. 


la  connaissanee  de  Dieu,  l'amour  de  lui-rneme,  au  humiliiez  au  dela  meme  de  ce  que  vous  devriez,  et 
contraire,  l'ignorance  de  nous-memes  produit  Tor-  que  vous  vous  estimiez  beaueoup  moindre  que vous 
gueil,  et  l'ignorance  de  Dieu,  le  desespoir.  Or  l'i-  'l'etes,  c'est-a-dire  que  la  verile  ne  vous  estime. 
gnoracce  de  nous-memes  engendre  l'orgueil  en  Mais  il  y  a  un  grand  mal  et  un  horrible  danger  a. 
nous,  lorsque  notre  esprit  trompe,  et  trorupeur  en  vous  elever  le  moins  du  monde  au  dessus  de  ce  que 
meme  temps,  nous  fait  croire  que  nous  sommes  vous  etes  selon  la  verite,  a  vous  preferer  en  vous- 
meilleurs  que  uous  ne  sommes  en  eflet.  Car  ce  en  meme  a  un  seul  que  peut-etre  la  verite  juge  vous 
quoi  cousiste  l'orgueil,  se  trouve  le  commencement  etre  egal,  ou  meme  superieur.  Car,  pour  vous  faire 
de  tout  peche,  c'est  lorsque  nous  sommes  plus  comprendre  ceci  par  un  exemplefamilier,  de  meme 
grands  a  nos  yeux,  que  nous  ne  sommes  devant  que  lorsque  vous  passez  par  line  porte  basse,  quel- 
Dieu,  ct  dans  la  verite  :  aussi  l'Eeriture  en  parlant  queprofondementque  vousvonsbaissiez,vousn'avez 
de  celui  qui  a  commis  le  premier  ce  grand  crime,  rien  a  craindre,  au  lieu  que,  si  peu  que  vous  vous 
c'est-a-dire  du  diable,  dit-elle  :  «  qu'il  n'est  point  eleviez  plus  haut  que  la  porte,  quandceneserait  que 
demeure  dans  la  verite,  mais  qu'il  a  ete  menteur,  d'un  doigt,  vous  en  recevez  un  grand  mal,  et  vous 
des  le  commencement  (Joan,  vm,  M)  ;  »  En  effet,  vou?  mettez  en  danger  de  vous  blesser  rudement  la 
il  n'etait  pas  dans  la  verile.  ce  qu'il  etait  dans  sa  tele;  ainsi,  pour  ce  qui  regarde  l'ame,  il  ne  faut 
pensee.  Mais  il  s'etait  eloigne  de  la  verite  en  se  jamais  craindre  de  trop  vous  humilier,  mais  il  faut 
voyont  moindre  et  plus  imparf ait  qu'il  n'etait  effec-  apprehender  extremement,  et  meme  redouter  avec 
tivement,  sans  doute  que  son  ignorance  lni  aurait  frayeur  de  vous  elever  tant  soit  peu  plus  qu'il  ne 
servi  d'excuse,  on  ne  l'aurait  point  estime  superbe,  faut.  C'est  pourquoi  ne  vouscomparez  jamais  a  de  Nal  ne  ioii 
et  bien  loin  d'irriter  Dieu  par  son  crime,  il  aurait  plus  grands  ni  de  moindres  que  vous,  ni  a  quel- 
attire  sa  ar.'ice  surlui  par  son  lmmilile.  Carsi  nous     ques-uns,  ni  meme  a  un  seul.  Car,  que  savez-vous, 

6  homme,  si  celui  que  peut-etre  vous  estimez  le 
plus  vil  et  le  plus  miserable  des  homines,  dont  vous 
abhorrez  la  vie  infame  et  souillee  de  crimes,  que 
vous  croyez,  a  cause  de  cela,  devoir  mepriser  en  com- 
paraisonde  vous,  qui  pensez  peut-etre  vivredeja  dans 


commissions  clairement  l'elat  oil  chacun  de  nous 
est  devant  Dieu,  nous  ne  devrions  avoir  de  nous- 
memes  une  estime  nitrop  haute  ni  trop  basse,  mais 
acquiesceren  toute  chose  a,  la  verite.  Mais  puisqu'il 
nous  a  voulu  cacher  ce  secret,    et  que  personne  ne 


se    comparer 

on  se 
preferer  aox 

autres. 


salt  s'il  est  digne  d'amour  ou  de  haine  (Eccles.  is),  la  temperance,  dans  la  justice  et  danslapiete,  etque 
il  est  plus  juste  sans  doute  et  plus  siir,  selon  le  voustenez  en  comparaison  de  tous  les  autres  scele- 
conseil  de  la  Verite  meme,    de  choisir   toujours  la     rats,  commele plus  scelerat  des  hommes,  que  savez- 


derniere  place,  d'oii  on  nous  tire  ensuitepour  nous 
faire  monler    plus  haut   avec    houneur   (Luc.  xiv, 
10;,  au  lieu  de  prendre  la  premiere  pour  etre  oblige 
d'en  descendre  avec  honte. 
7.  11  n'y  a  done  point  de  danger  que  vous   vous 


vous,  dis-je,  si  par  un  coup  de  la  main  du  tres-haut, 
il  ne  doit  point  etre  un  jour  au  regard  des  hommes 
meilleur  que  vous,  et  que  ceux  que  vous  lui  prefe- 
rez,  oil  s'il  ne  Test  point  deja  au  regard  de  Dieu? 
Aussi,  est-ce  pour  ce  sujet  qu'il  n'a  pas  voulu  que 


parit  tibi  ignorantia  tui,  cum  meliorem  quam  sis, 
deccpta  ct  deeeptrix  tua  cogitatio  le  esse  mentitur.  Hoc 
quippe  est  superbia,  hoc  inilium  omnis  peccati,  cum 
major  es  in  tuis  cculis  quam  apud  Deum,  quam  in 
veritate.  Et  ideo  qui  primus  peccavit  hoc  grande  pecca- 
tum,  (diabolum  loquor)  de  ipso  dictum  est,  quia  in 
veritate  non  stetit,  «'rf  mendax  est  nb  initio  :  quoniam 
quod  in  sua  fuit  cogilatione,  non  fuit  in  veritale.  Quid 
si  in  eo  discordaret  a  veritate,  tit  minorem  se  inferio- 
remque  putaret,  quam  Veritas  habere!  ?  Excusaret  eum 
sua  procul  dubio  ignorantia ,  ct  minime  reputari 
supetbus,  nee  tarn  invenirctur  iniquitas  ejus  ad  odium 
quam  humilitas  fortassis  ad  graliam.  Si  enim  in  quo- 
nam  stalu  unumqtiemque  nostrum  habeat  Deus  liquido 
cognosceremus ,  nee  supra  sane,  nee  infra  sed  cedere 
deberemus,  veritati  in  omnibus  acquiescentes.  Nunc 
autem  quia  concilium  hoc  posuit  tenebras  latibulum 
suum,  et  sermo  absconditus  est  a  nobis,  ita  ut  nemo 
sciat  si  dignussit  amore,  vel  odio  :  justius  tutiusque 
profecto,  juxla  ipsius  Veritatis  concilium  ,  novis- 
simum  nobis  locum  elegimus,  de  quo  postmodum  cum 
honore  superius  educamur,  quam  prasumimus  altiorem 
u.nde  redere  mox  oporteat  cum  rubore. 

T.    IV. 


7.  Xon  est  ergo  periculum,  quatumcumque  te  humi- 
lies,  quantumcumque  reputes  minorem  quam  sis,  hoc  est 
quam  te  Veritas  habeat.  Est  autem  grande  malum, 
horrendumque  periculum,  si  vel  modice  plus  vero  te 
extolbs,  si  vel  uni  videlicet  in  tua  cogilatione  te  prafe- 
ras,  quern  forte  parem  tibi  Veritas  judical,  aut  etiam 
superiorem.  Quemadmodttmenim  si  per  ostium  transeas, 
cujus  superliminare  (ut  ad  intelligentiamloquar)  nimium 
bassum  sit,  non  nocet,  quantumcunque  te  inclinaveris  ; 
nocet  autem,  si  vel  transversi  digiti  spatio  plus  quam 
ostii  patitur  mensura,  erexeris,  ita  ut  impingas,  et 
capile  quassato  coilidaris  :  sic  in  anima  non  est  plane 
timenda  quantalibet  humiliatio,  borrenda  autem  ni- 
miumque  pavenda  vel  minima  temere  pra?sumpta 
erectio.  Quamobrem  noli  te,  homo,  comparare  majori- 
bus,  noli  minoribus,  noli  aliquibus,  noli  uni.  Quid  sci9 
enim,  o  homo  ,  si  unus  ille,  quern  forte  omnium 
vilissimiim  atque  miserrimum  reputas,  cujus  vitam 
scelcratissmam  ac  singulariter  foedissimam  horres  ;  et 
proplerca  ilium  putas  spernendum  non  modo  pra  te, 
qui  forte  jam  sobrie,  el  juste,  et  pie  vivere  te  confldis, 
sed  etiam  prae  casleris  omnibus  sceleratis  tanquam  om- 
nium sceleratissimum  :  quid  scis,   inquam,  si  melior  et 

22 


s38  CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

nous  ckoi&ssiens  «ma   plat*  an  milieu,  nnn  pas  sorlir  .In  niauvais  chcmin  on  il  est  ct  des  d6regle- 

meme  6  I'aYant-dernier  rang  on  parmi  les  derniers,  menls  d'une  \  ie  sensuclle.  Mais,  s"il  ignore  combien 

ei   qu'H   add:  «  Asseyez-vous   a  ia  derniere  place  Dieu  est  bon,  combien   il  est  doux  el   favorable, 

(Luc.xiv,  10  .»c'est-i-direplacez-vousledernierde  combien  il  .-I  enclin  u  par.lonner,  sa  pensee  char- 

noii-seulemeul  6e  vous  prererez  a  pursmiiie,  n.  II.-  ne  Ie  reprondra-t-elle  pas  aussilol,  el  ne  lux 

n  ■  pri'Sinnn  pas  meme  de  vous  comparer  a  dira-l-elle  pas  :  Que  lait.-s-  ons?  Voulez-vous  per* 

qui  que  ce  soil.  Vous  vovci  quel  grand  "id  «"'*  dre  cette  vie  awe  lautre*  V..s  pe.hes  stmt  Irop 

lignornuce  de  nous-inen'ies.  puisqnVlle  produit  Ie  grands  el  Irop  nombreux.  Uuand  vous  dechirerua 

pfehe  du  diable.  el  Ie  comuiencenieHl  de  tout  pe-  tout   votre  corps,  cela  ne  suMrait   pas   pour  les  Ctwee„ 

cue   qui  est  1'orgueil.  Nous  verrons  uue  autre  fois  espier.  Votre  complexion  est  delicale;  vous   »v«*  d„  dew., 

ce   qu.''   produit  aussi  lignorance  de  Dieu.  Car,  loujours  veeu  jusqu'ici  dans  la  mollesse;  vous  aurei 

comme  nous  nous  sommes  reunis  aujourd'bui  un  bieu  de  la  peine  o  surmo:iter  line  si  lougne  babi- 

peu  tard,  le  peu  de  temps  qui  nous  resle  ne  nous  tude.  Et  cet  inforluue,  desespere  par  ces  prnsees  et 

permet  pas  d'eiilamer  cetle  matiere.  Qu'il  suflise  a  autres  semblables,   relourne  a    ses  premiers  de- 

chacun  de    nous  mainteuant,    d'etre    averti    de  sordres,  ne  sacbanl  pas  avec  c hien  de  facililA  to 

ne  pas  se  ui.Vonuailre  soi-meme,  non-seule-  Tout-Puissant,  qui  ne  veut  perdre  pereonne,  i om- 
ment  par  ce  discours,  mais  aussi  par  la  grace  prail  lous  ces  obstacles.  Puis  il  tombe  dans  liinpe- 
et  la  bouledelepouxdel'Eglise,Jesus-Cbrisl Notre  nilence,  qui  est  le  plus  grand  .Ie  tons  les  crimes, 
Seigneur,  qui  est  Dieu  par  dessus  Unites  choses  et  un  blaspheme  irremissible.  II  se  Irouble.  <•!  il  est 
belli  dans'  lous  les  siecles.  Aiusi  soit-il.  accable  par  une  Iturrilile  Iristesse,  et  par  uue  me- 

lancolie  noire  et  protoiidc,  iloul  il  ne  peul  plus  se 
retirer  pour  recevoir  aucune  consolation,  suivant 
celte  parole  :  «  l.orsque  1'impie  esl  arrive  au  coni- 


eirct 
o.r. 


SERMON  XXXVIII. 


_            .             ,. ,-.         „   _„,  „„„„jj.    i„   „i„,  hrllp  tins  ble  des  maux,  il  mrprise   tool  [Prov.  VIII,  d).  »  Ou 

En  quel  sens  [Lpouse  est  nipelce  la  plus  oeue  an  >           i                                   »    / 

1                              ,  du  moms  s  aveuclan   sur  sou  mal,  et  se  llaitint  de 
fomncs. 

quebpie  raison  plausible,  il  se  jolle  de  nouve.iu 

1.  Que  prodnS  done  l'ignorance  de  Dieu?  Car  pour  jamais  dans  le  sieele,  pour  y  jouir  de  toute 

^""eT    eVssI  par  ou  il  taut  que  je  commence,  puisque,  si  sorle  de  deliees,  el  ne  garder  plus  in  regie  ni  me- 

'dfscs'ui'r'    vous  vous  en  souvenez  bien,  nous  en   sommes  de-  sine  dans  I'aSsouvisseiuellt  de  ses  ddsirs.  .Mais,  lors- 

meures  la  luer.  Uue  pro.liut-elle  done?  Nous  avons  qu'il    croira  elre    en  pais  et  en   assurance,  il  se 

deja  .lit  que  e'est  le  desespoir;  mais  voyons  com-  trouvera  surpris  par  uue  mine  aussi  soudaiue  que 

meat  elle  le  produit.  Un  ho  nine  revenaut  a  soi.  et  les   douleurs  .rune   teuune  gTosse,  et  il  ne  pourra 

concevant  un  deplaisir  sensible  de  tout  le  mil  qu'il  echapper.  Voilacomme.it lignorance deUieti produit 

a  coininis,  pensera  peul-elre  a  se  convertir,  et  a  la  consummation  de  toute  malice,  quieslle  desespoir. 


tc  ct  illis  mutatione  dextcrs  Excclsi  in  se  qnidems 
fulurus  sit,  in  Deo  vero  jam  s.l  I  Et  proptcrea  non 
med.ociem,  non  vcl  pcoullimum,  nun  ipsuiu  sallem 
iuler  novissimos  eligere  locuua  uoa  vol.it  :  rccumbe, 
inquit,  in  novissioio  toco  :  ul  solus  videlicet  omiiiuui 
Dovissimus  sedeas,  tcque  nemini,  non  dice  praponas, 
sed  nec  eomparare  prtesumas.  En  quanlaoi  malum  ve- 
nit  de  ignorautia  uoslri,  ulique  pcccalum  diaboli,  et 
initiuin  ouiiiis  peccali,  Buperbia.  Quid  etiam  Uei  parlu- 
riat  ignorantia,  alias  ndebimus.  Nam  nunc  bora 
urevilas  non  permitlit,  quouiutu  bodiclai-de  couvenimus. 
Itaque  sul'iiciat  unuroqiiemqiie  modo,  ne  Beipsum  iguo- 
rel,  adrujniium  esse,  i.on  solum  serinone  nostro,  sed 
ipsius  qiioquc  digualione  spuiisi  Ecclcsite  Jesu-Uhristi 
l><  man  n.  so  i,  qui  est  Buper  u.nuia  Ueus  bcedietus  in 
Bajcula.   Amen. 

SERMO  XXXVIII. 

QuaUter  ex  ignorantia  Dei  wucilur    desperalio,  et  qua- 
liter  S/uitiu  il.uutar  pulc/tru  inter  uutheres. 

{.  Quid  igilur  Dei  ignorantia  parturif?  Nam  l'inc 
Dclpiendnm  est,  sicut  recoi-damini  hie  lieri  fuisse  ler- 
minatuni.  Quid  itaque  parturif?  Li\imu»  djbperationem: 


ed  quonam   nirt'o.   dirrnms.    Forte  nliipiio  reversus  in 

se,  et  displiccns  situ  in  omnibus   malis  ipix'  fecit,  cogi- 

ic  rcsipiscere,  el  rediro   ab  omai  >ia  mala  et  ear- 

nali convei-satione  =.u;i  ;  si  ignoral,  quam  >it  bonus  Deua, 

quam  suavis  et  nii'.is,  el  quam  mull  is  ad  ignoscendum : 

nonne  sua  cirnilis  COgilatio  arguel  eum,  el  duel  i  Quid 

racist  l.i  ulaiu  islam  vis  perdcre,  et  uaturam  ?  Pecosta 

Ina   maxima  sunt,  et  nimium    multa  :  nequaquam   pro 

tot  el   tantis,  aeo   si    le  excories,   sufiictes  satislacere. 

nlcxiu  leiiciM  est,  \ia  exslitit  delioata,  c  jusuetudi- 

nem  difficile  vinses.  Pro  his  el  similibus  dcspcralus  re- 

silit  miser,  ignorans  quam   facile  omniputens  Bonitas, 

qua?  neminem  vult  pcrire,  cuueta  isl.i  dissulvcrel:  sequi- 

t  irque   inipoenilenlia,  quie    est    delictum    rraximu  u,  et 

blisplie  nia  irremissijilis.   Ipse  vcro  aut  contuiU.iMs  ui- 

mii  Iristilia  nbsorhelur,  et  ferlur  in  pr  ifuadam,  m.ui  no 

jam  ut  eonsol  ilioaem    rocipiil,    eaiersinis,   sicut  scr  p- 

tuni  est,   /  n  >ms   ci*in  verurit    in  pro/'andu.n  nuitoram, 

mail:   a. it  c^rte  dissiaiulans,  ct  sibi  qiialionn-.jue 

vcii  simili  bla  i  liens   ratioae,    rev.i.-at  se   irrevocabiliter 

in  steouliim,  ad  pcrfruendum  et  deliciaudum  In  oioniaua 

boms  ejus,  q  load  lijucrit.  Cum    allien    dixeiit,  fax  et 

sceuriias,  tunc  repenlinus  ti  let  interitus,  sicut 

dolor  in  ulero  habentis,  et  nou   elfugiet.  lta  ergo  et  da 


•  a'.  oinnipO" 
UMi  qui. 


TKENTE-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


339 


r  uinir       2-  E'Ap6trc  dit  que  qnelques-uns  ignorent  Dieu. 

poire  sc  cnn-  jjnis  nioi  je  ills  que  ton-;  cenx  qui  ne  veulent  point 

toorerDieu.  se  converlir  a  lui  ignorent  Dieu  (I  Cor.  xv,  34).  Car 

ils  ne  refusent  sans  doute  de  le  fa  ire,  que  parce 

qu'ils  se  le.  represented  severe  et  rigoureux,  quand 

ll  est  bon,  et  inexorable  quand  il  est  plein  de  mi- 

serirorde;  cruel  et  terrible  quand   il   est  aimable ; 

et  l'iuiquite  se  nient  a  elle-meme  en  se  formant 

Different!     line  idole  an  lieu  de  ce  qu'il  est  en  elfet.  Gens  de 

le  foi,  que  craiguez-v*»us  1  Qu'il  ne  veuille  pas 


motif,  ale-  , 

plies  par  crux   ' 

quin.-.veu-    remettre  vos  peches?  .Ne  les  a-t  il  pas  attaches  a  la 

lent 
poin'  si1  con 


.  croix  avec  ses  mains?  Vous  eles  lendres  et  deli- 
cats,  il  est  vrai,  mais  ue  counait-il  pas  la  faiblesse 
de  noire  nature?  Vous  avez  de  mauvaises  habitu- 
des, et  vous  eles  lies  par  l'habitude  du  peche, 
comine  avec  de  fortes  chaines ;  mais  le  Seigneur 
n'.i-1-.l  pas  brise  les  liens  des  caputs  (/'«(/.  cxlv, 
8)?  Vous  apprehumlez  peid-etre  qu'elant  irrite  con- 
tie  vous,  de  l'enormite  et  de  la  multitude  de  vos 
crimes,  il  ne  tardea  vous  tendre  line  maiusccoiira- 
ble.  Mais  s.iebez  qti'ordinairemeiit  la  grace  sur- 
abonde  oil  le  peche  a  abonde  {Ruin,  v,  'JOj.  Esl-ce 
que  vous  eles  en  peine  pour  le  velemi'iil,  la  uourri- 
ture  el  les  choses  iiecessaires  au  corps,  el  cela  vous 
empechi-l-il  d'.ibandoiiner  vos  biens?  Mais  ne 
sait-il  pas  que  vous  avcz  besoin  de  toules  ces  cho- 
ses {Mull,  vi,  32)?  Que  voulez-vous  done  davanlage? 
Qu'csl-re  qui,  niainlenanl,  fait  obstacle  a  voire 
sal  ill  ?  (".'est  ce  que  je  dis,  vous  ne  connaissez  pas 
Dieu,  et  vous  ne  voulez  pas  en  croire  noire  parole. 
Je  voiidr.iis  bien  que  vous  crussiez  an  inoins  ceux 
qui  unt  TexperieiRe  de  ce  qu'ils  vous  diseiit.  Car, 
si  \ous  ne  croyez,  vous  n'aurez  jamais  la  veritable 
intelligence.  Mais  la  foi  n'est  pas  donnee  a  tout  le 
moude. 


3.  Dieu  nous  garde  de  penser  que  ce  soit  cette  p00r(n,0j 
sorle  d'isrnorance  que  l'Epouse  est  avertie  d'eviter,  i'fip"use 
elle  qui  n  a  pas  seiilemeut  une  grande  connaissance  reprimandiSa 
de  sou  Epoux  et  de  son  Dieu,  mass  qui  jouit  encore 
de  sou  amitie  et  de  sa  famiiiarite  particulieres, 
merite  qu'il  l'honore  souvent  de  ses  chastes  baisers 
et  de  la  douceur  de  son  enlrelien,  et  qui  mainle- 
n. ml  meine  lui  demande  si  librenient  oil  il  pait  son 
troupeau  et  on  il  se  repose  a.  midi.  En  quoi  elle  ne 
desire  pas  de  le  connaitre  lui-meme,  mais  de  con- 
nailre  le  lieu  oil  reside  sa  gloire,  quoique,  ii  vrai 
dire,  le  lieu  oil  il  reside  et  sa  gloire  ne  soient  pas 
une  chose  differente  de  lui-meme.  Mais  il  trouve  a 
propos  de  la  repreudre  a  cause  de  sa  preemption, 
et  de  l'avertir  de  se  connailre  elle-meme,  ce  qu'elle 
semble  ne  pas  faire  assez,  puisqu'elle  s'est  jugee  ca- 
llable d'une  si  grande  vision,  soit  parce  que  l'exces 
de  son  amour  l'empecliuit  de  considerer  qu'elle 
etait  dans  un  corps  mortel,  on  parce  qu'elle  espe- 
rait,  maisinutilement,  pouvoir,  dans  ce  corps  meme, 
approiher  d'une  lumiere  inaccessible.  Elle  est  done 
rappelee  incontinent  a  elle-meme;  elle  est  convain- 
cue  d'ignorance;  elle  est  punie  de  sa  lemerite. 
«  Si  vous  ne  vous  connaissez  pas,  dit-il,  sorlez.  » 
Cet  Epoux  tonne  centre  sa  bien-aimee,  non  comme 
Epoux,  mais  comme  Maitre,  nun  qu'il  soit  en  colere, 
mais  parce  qu'il  vent  la  purifier  en  1'efTrayant,  et 
la  rendre  capable,  parce  nioyen,  de  la  vision  upres. 
laquelle  elle  soupire.  Car  elle  est  reservee  pour 
ceux  qui  ont  le  cceur  pur. 

a  Or,  ce  n'est  pas  sans  raison  qu'au  lieu  de 
l'appeler  simplementbelle.  il  ilit :  «  Belle  parmi  les 
feuimes,  »  e'est-a-dire  belle  d'une  certatne  facon  ; 
e'est  pour  l'liumilier  encore  davantage,  et  afin 
qu'elle  sache  ce  qui  lui  manque.  Car  je  crois  qu'en 


ignorantia  Dei  universe  malilia?  consummatio  venit,  quae 
esl  desperatio. 

■2.  Apostolus  (licit,  qnod  ignorantiam  Dei  quidam  lia- 
bent.  Ego  autem  dico  i.nmes  ignorare  Deiim,  qui  nolunt 
convei'li  ad  Deum.  Neque  enim  ob  aliuil  procul  dubio 
reiiuiuii,  nisi  quia  graven)  et  severum  imaginanlur,  qui 
pius  est;  durum  el  implacabilem,  qui  misericors  esl  ; 
feruni  et  lembiiem,  qui  amabilis  esl  :  ct  mentitur  ini- 
quilas  sibi,  I'ormans  sibi  idolum  pro  eo  quod  non  est 
ipse.  Quid  tlmelis  modicie  lidei?  ut  peccala  nolil  remit- 
tere  ?  Sed  al'fivit  ea  eruci  cum  suis  maiiibus.  Quod  te- 
neri  et  delicali  cstis?  Sed  ipse  novit  figmentun]  no  Irum. 
Quod  male  assueli,  et  ligati  peccandi  consuetudine? 
Sed  Domiiiui  solvit  enmpeditos.  Forte  ne  irrilatus  im- 
manilate  et  multitudine  criminum,  cunclelui'  porrigere 
inaniini  adjulorii '!  Sed  lib)  ubundavit  delictum,  supcra- 
bundare  et  g'ra  ia  consuevlt.  An  do  vest'uncnto  sulliiili 
cslis,  vel  cibo,  casterisque  corpori  vcslro  necessariis ;  et 
prupterca  cunctamini  iclinqiicre  vestra?  Sed  soil  quia 
lus  omnibus  indigelis.  Q  iid  vultis  amplius?  quid  jam 
in  ped it  a  salute?  Sed  hue  est  quod  dico  :  Ueum  igno- 
ralis,  sed  nee.  creditis  auditui  nostra.  Vellem  vos  vel 
expertis  credere,  quia  nisi  credideritis,  non  intelligetis. 
Sed  non  e.st  omnium  fide*. 


3.  Absit  autem  ut  de  tali,  hoc  est  de  Dei  ignorantai, 
Sponsam  commonilam  senliamus,  qua;  tanta  sponsi  pa- 
rilep  et  Dei  sui,  non  dico  agnitione,  sed  amicitia  ct  fa- 
miliarilate  domuacst,  ut  ejus  crebra  colloqiiia  et  oscula 
mci'eretur,  et  nunc  familiari  ausu  loquitur  :  Iiidica  mi- 
hi  ubipasens,  uhi  cubes  in  meridie.  Ubisane  non  ipsum, 
sed  locum  habitations  glorias  ejus  sibi  indicari  requirit: 
quanquam  nrjn  aliud  ipse,  el  alius  locus  ejus  vel  gloria. 
Sed  reprimenda  censelur  pi-opter  prasumptionem  ,  et 
de  sua  ipsius  commonenda  cugnilionc,  in  qua  nimirum 
visa  est  aliquatenus  caligaie,  qus  tantaa  se  eestimarit 
idoneam  visioui  :  sive  miaiis  allendens  pr.e  excessu  suo, 
quod  essel  in  corpore  :  sive  fruslra  spcrans  eliam  ma- 
nenlern  in  corpore  ad  illain  se  posse  inaccessibilem 
acce.lere  claritatem.  Ergo  ad  seipsam  prulinus  revocatur, 
et  igiioranlia  nonvincitiir,  et  insulentia  casligatur.  Si 
ignoruste,  inqnil,  egredere.  Terribililei'Spoiisus  intunat 
in  dilectam,  non  tanquain  spousus,  sed  tanquam  magis- 
ler;  et  lion  quasi  iralus,  se;l  tit  lerrila  piirgarelur,  pur- 
gala  idonea  ivddcrelur  luiic  ipsi,  cui  inhiat,  visioui. 
Mundicdrdibus  nempe  ilia  visiu  sepietralur. 

4.  Pulchre  auteui  pulchram,  non  oiiiniinodo  quidem, 
sed  pulchram  inter  mulieres  earn  dicit,  videlicet  cum 
distiuctione  :  quatenuH  et    ex   hoc  amplius   reprimatur 


340 


OEtJVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le  nom  de 
femmessigni- 
tie  i  i 

Ames  char- 
nellcs. 


C« 


fait 


.e  qu 
la  beaute 
dune  ame 
o'est  d  etre 

•piriluelle. 


ce  lieu  le  nom  de   femmes  signifie  les  Ames  char-  poids  de  sa  gloire.  Qu'elle  cesse  dis-je,  tant  qu'elle 

nelles   et  nrondaiues,  qui  n'ont  rien  de  male  et  ne  est  parmi  les  femmes,  de  s'enquerir  des  choses  qui 

font  rien  paraitre  de  genereux  et  de  constant  dans  se  passent  parmi  ces  puissances  sublimes,  et  qui  ne 

leurs  actions,  mais  dont  toute  la  vie  et  les  mceurs  sont  connues  que  d'elles  seules,  parce  qu'etant  tou- 

sont  laches,    molles   et  effeminees.  Mais,  bien  que  tes  celestes,  il  n'est  permis  de  les  voir  qu'aux  seuls 

1'ame   spirituelle  soit   deja  belle,  puisqu'elle   ne  esprits  celestes.  Cette   vision    dit-il,   que  vous  de- 

marche  pas  selon  la  chair,  mais  selon  l'esprit,  ce-  mandez  qu'on  vous  montre,  o  nion  epouse,  est  in  13— 

pendant  comme  elle  est  encore  dans  un  corps  mor-  niment  elevee  au-dessus  de  vous,  et  vous  notes 

tel,  elle  n'a  pas  atleint   la  perfection  de  la  beaute,  pas  assez  forte  maintenant,  pour  soutenir  l'eclat  de 

et  ainsi  elle    nest  pas  b.-lle   absolument ;   elle  est  ]a  clarte  ou  je  fais  ma  demeure,  et  qui  est  egale  a 

belle  parmi  les  femmes,  e'est-a-dire  parmi  les  ames  celle   du   soleil   a   son    midi.  Car  vous  avez  dit : 

terrestres,  qui  ne  sont  pas  spirituelles  comme  elle  j  «  Apprenez-moi  ou  vous   paissez    votre  troupeau, 

non  point  parmi  lesAnges,  les  Vertus,  lesPuissan-  oii  vous  reposez  durant  le  midi.  »  Eire  portee  dans 

ces  el  les  Dominations.  C'est  de  la  meme  maniere  les     nues,  penetrer     la    plenitude   de  la   clarte, 

qu'un   des  patriarches   fut  appele  autrefois  juste  percerrabimedesspleudeurs,  ethabiterunelumiere 

dans   sa   race   (Gen.  vi.  9),  e'est-a-dire  plus  juste  inaccessible,  ce  sunt  des  choses  qui  ne  sont  pas  pos- 

que  tous  ceux.   de    son    temps  et  de  sa  race ;  que  sihles,    tant  que  vous   etes  dans  ce  corps  mortel. 

lar  fut  juslilice   par  Juda    [Gen.  xxxviu.  6),  Cette  felicite  vous  est  reservee  pour  la  fin  des  temps, 


Taut  qne 
l'Ame  i'st  dans 
son  corps  de 
niort,  el.e  est 
iuhabile  a  la 
visinn  intui- 
tive de  Dieu. 


e'est-a-dire  plus  juste  que  Juda,  que  l'Evangile  a 
dit,  que  le  Publicaiu  descendit  justitie  du  temple, 
mais  justitie  en  comparaison  du  Pharisien  (Luc. 
xvm.  la),  et  que  1'illustre  Jean  fut  autrefois  loue 
d'une  maniere  singuliere  comme  n'ayant  personne 


lorsque  je  vous  ferai  paraitre  devant  moi,  revelue 
de  gloire,  sans  tache  ni  ride,  exemple  de  quel- 
qu'aulre  defaut  que  ce  puisse  etre.  Ne  savez-vous 
pas  que  tant  que  vous  demeurez  dans  ce  corps, 
vous  etes  exilee   de  la   lumiere  ?  Comment  n'etant 


au  dessus    de    Kit    (Luc.   vu.   28),  mais  seulement  pas  encore  toute  belle,  croyez-vous  etre  capable   de 

parmi  les  enfants  des  femmes,  non  pas  entre  les  regarder  la  source  de  toute  beaute?  Comment  enfin 

ehceurs  des  esprits  celestes.  C'est  ainsi  que  l'Epouse  demandez-vous  de  me  voir  dans  ma   clarte,    vous 

est  appelee  belle,  elle  ne    Test  qu'en  comparaison  qui  ne  vous  connaissez  pas  encore  vous-meme  ?  Car 

des  femmes,  non  des  bienheureux.  ce  corps  de  corruption  ne  pent  lever  les  yeux,    ni 

5.  Qu'elle  cesse  done  tant  qu'elle  n'est  encore  que  les  Oxer  sur  cette  lumiere  eclatante,  que  les  anges 

surlaterre,    de  rechercher  avec  trop  de  curiosite  desirent  sanscessecontempler.  11  viendra  un  tempsj 

ce  qui  est  dans  le  ciel,  de  peur  que,  voulant  sonder  et    ce    sera   lorsque  je  viemlrai  juger    le  monde, 

la  majeste   de  Dieu,   elle  ne  soit  accablee  sous  le  que    vous    serez  tout    a  fait    belle,   comme    je 


et  scial  quid  desit  sibi.  Ego  enim  puto  mulierum 
nomine  hue  loco  appellatas  animas  carnales  ac  saecula- 
res,  nihil  in  se  virile  habentes,  nihil  forte  aut  constans 
in  suis  aclibus  demonstrates,  sed  toluin  remissum,  lu- 
tuui  femineum  et  mode  quod  vivuDt,  et  quud  agunt. 
Spiritualisaulem  anima,etsi  inde  jam  pukhra  quod  non 
secundum  carnem  ambulat,  scd  secundum  spiritual;  ex 
eo  tamen  quod  adhuc  in  corpora  vivit,  citra  perfectum 
adhuc  pulchntudinis  prolicit  :  hoc  pruinde  non  pulchra 
omni  modo,  sed  pulchra  inter  niuliercs,  id  est  inler  ani- 
mas terrenas,  et  qus  nun  sunt,  sicut  ipsa,  spintuales, 
non  auiem  inler  angelicas  bealitudiues,  non  inler  Yir- 
tutes,  Polcstates,  Uotniuationes.  Sicut  Putrum  aliquis 
oliui  inventus  et  dicfus  est  Justus  in  generalione  sua, 
id  est  pta;  omnibus  sui  temporis  suaBque  geuerationis ; 
et  Thamar  juslilieala  pcrhiOetur  ex  Judu,  hoc  Cat  pra 
Juda  :  et  in  Evangelio  Publicanus  Jescc.idisse  rel'ertur 
de  templo  justilicalus,  sed  juslilicalus  a  Pharis*o  :  et 
quomodo  maguus  ille  Joannes  niagndlco  quou.lam 
comuiendatus  est,  quod  videl.cei  superiorem  non  h.ibe- 
rel,  scd  hoc  inter  n.itos  uiulieruiu,  nun  autem  inler 
chorus  beatorum  caslcatiumquc  spiriluum  :  ila  etSponsa 
modo  dicitur  pulchra,  sed  interim  adhuc  inter  tnulieres, 
et  nou  inter  ccelestes  bealiludines. 

5.  Desinat  proinde,  quandiu    in    terris   est,    qua?    in 
ccelis  sunt  curiosius  investigare,  ne  forte  scrutatrix   ma- 


jestatis  opprimatur  a  gloria.  Desinat,  inquam,  donee 
inter  niuliercs  versatur,  inquirere  quiE  apud  sublimes 
illas  sunt  potestates,  solis  ipsis  perspicua,  sotis  licita,_ 
tanquam  coelestibus  cceleslia  ad  videndum.  Mirabilis 
facta  est,  inquit,  visio  ista  ex  te,  o  Sponsa,  quam  tibi 
postulas  demonstrari  :  nee  modo  privates  inlueri  meri- 
dianam  et  miram,  quam  inhabilo,  claritatcm.  Dixisti 
enim  :  Indica  mihi  ubi  pascas,  ubi  cubes  in  meridie.S&d 
enim  induci  in  nubes,  penelrare in plenitudioem  luminis, 
irrumpere  claritatis  abyssos,  et  lucem  habiiaie  inacces- 
sibilem,  nee  temporis  est  hujus,  nee  corporis.  Id  tibi  in 
novissiniis  rcservatur, cum  te  mini  exhibuero  gloriusam, 
noa  babentem  matulam  aut  rugam,  aut  aliquid  hujus- 
niodi.  An  lU'seis  quia  quandiu  vivis  in  hoc  corpore, 
peregrii.aris  a  lumine?  Quomudo  qua?  necdum  tola  pul- 
clira  es,  idoncam  le  existimas  univeraitatem  pulchritu- 
dinis  i.itueri  ?  Quouiodo  denique  quseris in  meu  claritate 
videre,  qute  adnuc  igaoras  le'.'  Nam  si  te  plcnius  nos- 
>cs,  scues  uliquc,  corporequod  corrunipitur  aggravatam 
mus  posse  attullcTe  oculos  et  tigcre  in  itlum  ful- 
goreJl,  in  queni  prospiccre  auc-,eli  co.icupiscunl.  liril, 
cum  apparuero,  quud  tula  pulchra  eris,  sicut  ego  pulcher 
sum  loius  :  et  biiiiiJlitna  mihi,  videais  me  sicuti  sum. 
Tunc  audies,  Tula  put  hru  es  arnica  mea,  el  m  I  ■"■  I  i 
est  ii<  te.  Nunc  vero,  clsi  ex  parte  tamen  dissimilis, 
contenta  esto  ex  parte  cogaoscere.  Teipsam  attende,    et 


TRENTE-NEUVlEME  SERMON  SUR 

suis  tout  a  fait  bean,  et  alors  etant  completement 
semblable  a  moi,  vous  me  verrez  lei  que  je  suis. 
Alors  vous  entendrez  ces  paroles  :  «  Vous  etestoute 
belle,  ma  bien-aimee,  et  il  n'y  a  point  tie  tache  en 
vous  [Cant.  iv,  7).  »  Mais  maintenant  que  vous  n'e- 
tes  encore  semblable  a  moi  qu'en  partie,  faites 
un  retour  sur  vous-meme  ;  n'aspirez  point  a  des 
cboses  qui  vous  surpassent.  et  ne  veuillez  point 
penetrer  ce  qui  est  au  dessus  de  votre  portee 
(Eccl.  xin,  22).  Antrement,  si  vous  ne  vous  connais- 
sez  pas,  6  la  plus  belle  de  toutes  les  femmes,  carje 
ne  vousappelle  pas  belle  simplement,  ma  is  belle  entre 
les  femmes,  c'est-a  dire  en  partie  ;  mais  lorsque  ce 
qui  est  parfait  sera  arrive,  ce  qui  est  encore  impar- 
fait  s'evanouira.  Si  done,  vous  ne  vous  connais- 
sez  pas.  Mais  nous  avons  dit  co  qui  suit,  il  n'est 
pas  besoin  de  le  repeter.  Je  vous  avais  promis  de 
vous  dire  quelque  chose  d'utile  sur  la  double  igno- 
rance :  si  vous  trouvez  que  je  ne  l'ai  pas  fait,  ne 
men  veuillez  pas,  ce  n'est  pas  manque  de  bonne 
volonte.  J'en  ai  assez  Dieu  merci,  mais  l'effet  ne 
suit  qu'autant  que  l'Epoux  de  1'Eglise  Jesus-Christ 
Notre-Seigneur,  daigne  m'eii  faire  la  grace  par  sa 
bonte  pour  votre  edification,  lui  qui  est  Dieu  par  des- 
sus toutes  cboses,  etbeui  a  jamais.  Ainsi  soit-il. 

SERMON   XXXIX. 

Des  chariots  de  Pharaon,  qui  est  le  diable ,  et  des 
prince's  de  son  armee  qui  sont  la  malice,  V intem- 
perance et  I'avarice. 

1.  «  Je  vous  ai  compare,  mon  amie,  anion  armee 
environnee  des  chariots  de  Pharaon  (Cant.i, 5).  » 
Avant    toutes    cboses,     nous      reconnaissons   vo- 


LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  341 

lonliers  dans  ces  paroles,  que  1'Eglise  aete  figuree 
dans  les  pal riarches  de  1'ancienne  loi,  et  que  le 
myslere  de  la  redemption  y  a  ete  montre  par 
avance.  Dans  la  sortie  d'lsrael  hors  d'Egypte,  et 
dans  le  double  miracle  de  la  mer  Rouge,  qui  donna 
passage  au  peuple  de  Dieu,  et  en  meme  temps  le 
vengea  de  ses  ennemis,  la  grace  du  bapteme  est 
clairement  exprimee,  parce  que  le  bapteme  sauve 
les  hommes,  et  submerge  les  crimes.  «  Tous,  dit 
l'Apotre,  ont  ete  sous  la  nuee,  et  ont  et6  bapti- 
ses sous  la  conduite  de  Moise  dans  la  nuee  et  dans 
la  mer  Rouge  (1  Cor.  l,  2)  ».  Mais  il  faut  qua  notre 
ordinaire,  nous  marquions  la  suite  des  paroles  du 
Cantique,  et  montrions  la  liaison  qu'elles  ont  avec 
ce  qui  precede  ;  apres  cela  nous  ticherons  d'eu 
tirer  quelque  chose  d'utile  pour  les  monirs.  Ainsi, 
apres  avoir  reprime  la  presomption  de  l'Epouse 
d'un  ton  de  voix  dur  et  severe,  ne  voulant  pas 
la  plonger  dans  la  tristesse,  il  lui  remet  en  nie- 
moire  quelques  biens  qu'elle  avail  deja  recus,  et  lui 
en  promet  de  nonveaux.  11  l'appelle  «  belle  a  ile 
nouveau,  et  la  nomine  son  «  amie  :  »  si  je  vous  ai 
parle  un  peu  rudement,  mon  amie,  dit  l'Epoux,  ne 
croyez  pas  que  ce  soit  par  aversion,  ou  par  aigreur, 
les  dons  que  je  vous  ai  prodigues  et  dont  je  vous  ai 
ornee  sont  des  preuves  evidentes  de  mon  amour.  Je 
n'ai  pasdesseinde  vous  les  oter,  maisplutot  de  vous 
en  donner  de  plus  grands.  Ou  bien  ne  vous  fachez 
point,  mon  amie,  de  ce  que  vous  ne  recevez  pas  pre- 
sentementce  que  vousdemandez,  puisque vous  avez 
deja  recu  de  moidesi  grandes  faveurs,  elenrecevrez 
encore  de  plus  grandes,  si  vous  accomplissez  mes 
preceptes,  et  persevcrez  dans  mon  amour.  Voila 
pour  la  suite  de  la  leltre. 

2.    Maintenant  voyons   les   cboses  qu'il  dit  lui 


ajtiora  le  ne  quaesieris,  et  fortiora  te  ne  scrutata  fueris. 
Alioquin  si  ignoras  te,  o  pulchra  inter  mulieres,  (nam 
et  ego  le  dico  ptilchram,  sed  inter  mulieres,  hoc  est  ex 
parte  :  cum  autem  venerit  quod  perfecium  est ,  tunc 
euacuubitur  quod  ex  parte  est.)  Si  ergo  ignoras  te.  Sed 
qua-  sequunlur,  dicla  sunt,  et  non  oportet  iterum  dici. 
Promiseram  me  de  duplici  ignoranlia  utililer  disputa- 
turum  :  si  quominus  implesse  videor,  date  veniam  vo- 
lenti. Nam  vclle  adjacet  mibi,  perficere  autem  non  in- 
venio,  nisi  quantum  sua  benignilate  ad  vestram  iedilica- 
tionem  largiri  dignabitur  sponsus  Ecclesis  Jesus- 
Christus  Dominus  noster,  qui  est  super  omnia  Deus  be- 
nedictus  in  saecula.  Amen. 

SERMO    XXXIX. 
De    curribus   Pharaonis,   id    est    diabnli,   et    de    prin- 
cipibus    exercilui ,    qui    sunt   malitia,     luxuria  ,     et 
avaritia. 

1.  Equitatuimeo  in  cumhus  Phnraonii  assimilnvi  te, 
arnica  men.  Ante  omniiin  his  verbis  libenler  arcipimus 
Ecclesiie  typum  iu  Patribus  pwcessisse,  et  nostra  sa- 
cramenta  salulis  prsostensa  esse.  In  exitu  Israel  de 
iEgypto,  geminoque  illo  admirabili    maris  obsequio,  et 


Liaison    da 
teite. 


transitum  scilicet  populo  danlis,  et  ultionem  de  hostibus 
baptismi  gratia  evidenter  exprimitur,  salvanlis  homines 
et  crimina  submergentis.  Omnes,  inquit,  sub  nube  fue- 
runt,  et  omnes  in  Mouse  bjptizuti  sunt  in  nube 
et  iu  niari.  Sed  oportet  consequentiam,  sicut  sole- 
mus,  signare  verborum,  et  sequentia  prionbus  copulare 
et  ila  demum  elicere  suave  quippiam,  si  possumus, 
quod  prosit  moribus  instruendis.  Ubi  itaque  Sponsae 
prKsumptio  dura  et  austera  increpatioce  repressa  est  ; 
ne  Iristior  remaneret,  bona  illi  aliqua,  quee  jam  acccpe- 
rat,  ad  memoriain  reducunlur,  et  aliqua,  qua?  nondum 
acceperat,  promitluntur  :  sed  et  pulchra  denuo  perhi- 
belur,  et  appellatur  arnica.  Quod  tibi,  inquit,  dure 
locutus  sum,  arnica  mea,  nulla  in  me  tibi  suspicio  sit 
odii  vel  rancoris.  Nam  signa  amoris  mei  in  te  evidentia 
sunt  ipsa  mea  munera,  quibus  te  honoravi  et  ornavi. 
Nee  mihi  animi  est  ilia  relrabere,  sed  magis  addere 
ampliora.  Vel  sic  :  Non  segre  feras,  arnica  mea,  minime 
te  accipere  modo  quod  postulas,  qua?  tanta  a  me  jam 
accepisli  :  et  majora  borum  accipies,  si  in  praeceptis 
meis  ambulaveris.  et  in  amoie  meo  pcrscveraveris,  Ha;c 
pro  liiterae  consequentia. 
2.  Nunc  jam   videamus,  qualia  sint   quae   se   donasse 


342 


QEl'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Lcs  quality 
de  rEpooM 

viennent  de 
l'Epoux. 


avoir  donnees.  Premieremcnt,  il  l'a  rendue  sembla-  Intelligence   aux   simples   et  aux    pctits    (Psnl. 

ble  a  son  armee  environnfe   des  chariots  de  Pha-  cxviti,  130).  »  lit  c'est   pour  ens,    je  crois,   qu'il 

raon,    en  la    delivrant  du   joug  du    peclie,  par  la  t^l  :i  propos   d'expliquer  ceci  avec  un    pen  plus 

destruction  de   lout  es  les  ceuvres  de   la   chair,  de  d'etendue.  Car   l'cspril    de  sagcsse  est   iloux,  el   il 

meme  que  lu  people  juif  fill  deiivre  dela  servitude  aime  un  maitredoux  et  diligent,  qui,  tout t-n  s'ef- 

de  I'figyple,  quand  Us  chariots  de  Pharaon  t'uivut  forcant  <le  eoni  enter  cenx  qui  soul  prompts  a  cora- 

renverses  el  submerges  dans  la  mer  Rouge  [Exod.  prendre,  nededaignu  pas  de  condescends  a  lafai- 

xiv,   28).  Getle  grace  sans  doute  est  bien  grande  ;  blesse  de  ceux  qui  onl  ['esprit  plus  lent.  D'ailleurs 

et  je  crois  ne  pas  comuieltre  line  folie,  en  nie  glo-  la  sagesse  meme   a  dit  :  «  ceux   qui   me  rendent 

I'iliant  de  ['avoir  aussi  recue,  puisque  en  cela  J'1  nc  claire,  auront  la  vie  eiernelle  (2?ccli.  xxiv,  31). »  Jo 

dirai  rien  qui  ne  soit  veritable,  je  le  confesse  <lonc.  serais  bien  fache  d'etre  prive  de  cette  recompense. 

et  je  le  confesserai  sans   cesse,   si   le  Seigneur  ne  Apres  lout,  dans  les  choses  qui  me  paraisseutfaciles, 

ni'fut   assiste,  il  sYn  fi*il  peu  lallu  que  inon  anie  il  y  en  a  souvent  de  cachees,  et   telles,   qu'il  n'est 

ne  tombat  dons  l'enfer  [Pnul.  lxxxxiii,  17).  Je  ne  pas  superflu  de  les  expliquer  avec   soiu  aux  plus 

suis  ni  ingrat  ni  oubhcux,  je  chanlerai  elernelle-  capables  et  aux  plus  penetrants. 

meat  les   misericordes  du   Beigneur  (Psal.  xciu,  4.  Mais  considered la  comparaison  de  Pharaon  et 

1).  Mais   luissons  la  la   ressemblance  que  j'ai  avec  de  son  armee  avec  la  cavaleriedu  Seigneur.  On  ne 

l'Epouse.  Apres  quelle  a  etc  ainsi  delivree  par  une  compare   pas  cos  deux  armee?   eiitre    elles.    mais 

bonte  singuliere  de  l'Epoux,  elle  devient  son  aniie  on  les  compare  loules  deux  a  une   autre    chose, 

et   elle  est    reveille  d'une     lieaute    incomparable  car  quel  rapport  y  a-i-il  entre  la  luniiere  et  les 

comme  Epouse  du  Seigneur  ;  mais  cette  beanie,  lenebres,  el  quel  rapprochement  entre  le  lidele  et 

n'est  encore   que  sur  les  jou.es  et  sur  le  coeur.  De  l'inlidele  ?  L'Epoux  compare  sans  doute  I'aine  sainte 

plus,    il  lui    proniet  des  colliers  pour   la  parer.  et  et  sp.rituelle,  al'anuiv  du  Seigneur ;  Pharaon   au 

des  pendants    d'oreilles    d'or,   comme    clant    plus  diable,  et  les  amiees  de    I'lUl  a   celles   de    I 'autre, 

gracieux,    et   niarquctcs    d'argent   pour   elre   plus  V'ous  ne  serez  pas  clonnes  qu'uue  a;ne  soil   compa- 

be aux.  Qui  n'aimerait  l'ordre  meme  de    ces   dons?  ree  a  line  armee  euliere,  lorsque  vous  considered 

D'abord    elle   est  delivree,   ensuite   elle  est  aimee,  les  amices  de  ver.us  qui   se    trouveut   dans    cette 

puis  elle  est  baignee  et  puriliec,   et   entin   on  lui  ame  sainte,  quel  ordreregne  dans  ses  mouvemenls, 

proniet  de  riches  et  niagniliques  parures.  quelle  discipline  dans  si  s  lueeurs,  quelle  force  dans 

3.  Je  ne  doute  point  que  quelques  uns  de  vous  ses  prieres,  quelle  vigueur  dans  ses  actions,  quelle 

ne  sentent  deja  en  eux-inenies   ce    que   je  dis,    et  ferveur  dans  son  zcle ;  et  enlin  quels  combats  elle 

ne    me    previcnnent    ]iar   lVxpericnce    qu'ils    en  livre  a  ses  enneniis,  et  combieu  tile   remporle   de 

ont.    Mais  je   me  souvieiis  de  ce  mot  du  Prupliele  :  vidoires  Slit  eux.  Aussi  lisoiis-nous  dans  la   suite 

«  Vos   paroles    repandent  la  luniiere,   et    donnent  de  ce  Canlique,  qu'elle  «  est   teirible   comme  une 


commemorat.  Et  primum  quidem  est,  quod  earn  assi- 
milavit  eipiilatui  suo  in  curribus  Pbaraonis,  liberamlo 
utique  a  jngo  peccali,  moitilicatis  unhersis  opcribus 
caniis,  qiiemadnioduin  it  le  pupiilus  liberatus  est  a  ser- 
vputc  .Kgypli,  subversis  et  submcrsis  cunclis  curribus 
Pbaraonis.  Id  quidem  niiscralio  maxima,  in  qua  ego 
quuque  si  gluiiari  vulucro,  nun  ero  insipiens  :  verilatem 
enim  dicaui.  Eateor  el  falebor  :  Nisi  quia   UoTftinus  ml- 

jtiLit  inr,  /i/iu/n  minus  habililSSet  in  in/'.rno  niiimn  men. 
Nun  sum  ingratus,  non  sum  oblilus  :  miseric.oidias 
Domini  in  a'tcrninn  cantabo.  Verum  liactenus  milii  cum 
Sponsa.  De  reliquo,  ilia  singular!  dignationo,  postquam 
liberala  est,  adciscitur  in  amicam,  d  ceo  re  in  iiiduilui' 
lanquam  Domini  sponsa,  interim  tamen  in  genis  dun- 
ta\at  el  in  collu.  Ad  ba>e  illi  proinillunliu'  niurenulie 
pro  ornatu:  ipsieqiie  aiuca:  pro  pietin,  scd  et  distinct* 
ito  pro  decore.  Cui  non  admodii".:  plareal  ordo 
di ti ■iiionum  '.'  Piimiim  misi-iii-mdiler  l.beialur, 
sc'-uiiilo  digna;:lei  udamaliir,  teitio  benigne  atduilur  et 
pi   gatur,  psbtrtnje  optimi  ornamenti  accipit  piomis^io- 

I.  \on  ambigu  (liosdam  jam  veslnun  in  serfjetlpsis 
reeognosccre  qua3  dlcunlur,  proprioquc  e.vperimenlo 
•-•'UimonitoE    ad    intelligentiam     praevolare.    Scd     sane 


memor  versiculi  illius,  Declnralio  sermonum  tuorum 
iiluuiiunt,  et  iidellixtiim  dtttt  pttrouifo  ;  pro  liujusmudi 
dignum  duco  eadem  modice  latins  cxplaiianda.  Beni- 
gnus  est  enim  Spiritus  sapientia?,  el  placet  illi  doctor 
benignus  et  diligens,  qui  ita  capiat  sattsfacerC  studiosis, 
ut  morCtn  geivre  lardioribas  non  rccuset.  De.iiquc 
qui  elaaidant  me,  vitam  eeternam  habebntnl,  ail  ipsa  Sa- 
pientia :  quo  quidem  praanio  ego  fraudari  nolueiim. 
Qnanquam  in  Ids  etiam  qua1  plana  ridentur,  qnamloquc 
talia  latent,  quit  ipsia  quoquc,  qui  capnciorcs  videnlur 
et  prsBvolantes  iiigenio,    nun  eril    inutile  si   diligentiua 

declai-entur. 

4.  Sed  vide  jam  similitudinein  de  Pliaraonc  et  excr- 
citu  ejus,  et  Domini  cquilalu.  Non  inter  ipsos  exercitus 
similitudo  data  est,  sed  de  ipsis.  Qua?  enim  sueietas 
luci  ad  tenebras,  aut.  qme  pars  lideli  cum  iulldcli  ?  Scd 
inter  sanctatn  spiritalemquc  animam ,  et  cquilalum 
Domini  plane  compaialio  est,  et  inter  Pli  iraonem  et 
diabolum,  aaiboruini]iie  cxercilus.  Ncc  miia'aeris  uaam 
a'n'u  lam  oqu  tattis  miiltittidini  similatain,  si  adverlas 
quaulie  in  ipsa  una,  qua1  lainen  sa  icta  an  nvi  sit,  virtu- 
t>i in  acies  liubcantur  :  quanta  in  aftVcliuuibus  ordin alio 
quanta  in  moribus  flisi;.ijilina,  quanta  In  oralioaibus 
armatura.    quantum    in    aclionibus    robur.    quanlus   in 


TRE.NTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


343 


armee  rancoe  en  batnilln  [Cant,  vi,  3).  El  encore, 
«  que  verrez-vous  danslaSunainile,  sinon  ties  ordres 
la  Mfw  tic-  balaille  Cant.  vn.  1  "?  g  0,  si  cette  explication 
*\P  garde*  n«  vo,,s  agree  pus,  sachez  qu'une  ime  pieuse  n'cst 
Istma  jnoiais  sans  line  Iroupe  d'anses  qui  la  gardenl, 
avfc  line  jalousie  toiiie.  divine,  ay  a  at  sum  de  la 
conserver  pour  son  Epoux,  et  de  la  rendre  chaste 
et  vierge  a  Jesus-Christ.  No  dites  point  en  vous- 
memes  ;  oil  ont-ils?  qui  les  a  vus?  Le  prophete 
Elisee  les  a  vus,  et  a  oblenu  de  plus,  par  lapriere, 
que  Giesi  les  \il  aussi  [h  Reg.  vi,  17  .  Si  vous  ne 
les  vovoz  pas,  c'est  que  vous  n'eles  ni  Prophete,  ni 
serviteur  dun  Prupliele.  Le  patrinrche  Jacob  les 
vit,  et  dit  :  «  (".'est  la  1'armee  de  Dii-u  [Gen.  xxxn, 
2  .  »  Le  Doeleur  iles  nations  les  vit  aussi,  piiisqu'il 
disait  :  «  Tons  les  csprits  bieiiheurelix  ne  sont-ils 
pas  les  ministres  de  Ihen,  envoyespour  servirceux 
qui  sonl  destines  a  I'herilage  dusalut  [Heb.i,  l.'i  ?  a 
5.  Aussi  I'Epouse  sous  la  protect  ion  des  a  ages, 
et  pnvironnee  de  ces  troupes  celesles,  est  seiliblable 
a  I'armee  du  Seigneur,  a  cette  armee  qiiiaulrefois, 
an  milieu  des chariots  de  Pharaon,  trionipba  d.-ses 
enneniis  par  mi  miracle  etonnant  de  1'assistance 
divine  Exa  I.  xiv,  18).  Car  si  rous  considerez  allen- 
livement  loutes  les  clioses  que  vous  a  Iniirez  dans 
un  evenement  si  prodigieiix,  vous  en  trouverez  ici 
qui  ne  sont  pas  inoins  dignes  d'admiration.  Et 
meme  on  pent  dire  que  le  tnomnhe  ici  est  plus 
iiiagniliqiie,  puisque  les  niervcillcs  qui  se  sont 
faites  alors  en  ues  choses  corporelles,  s'accomplis- 
sent  a  present  d  une  maniere  spiriluelle.  Ne  vous 
semble-l-il  pas,  en  effet,  qu'il  y  a  b.en  ])lus  de  gloire 
et  de  valeur,  a  terrassor  le  diuble  que  Pharaon,  et 


a  dompter  les  puissances  de  l'air.  qu'a  renverser  les 

chariots  de  ce  prince?  La  on  combatlait  contre  la  Anaiogie  en- 

1  tre  les 

chair  et  le  sang,  et  ici   un  combat  contre  les  puis-    defaites  da 

sances  invisibles,  contre  les  princes  du  rnonde  etdes  crl|e 
tenebres,  contre  les  esprits  matins  qui  voleiit  ilans  de  Pharaon. 
l'air  [Ephes.  xi,  13  .  Poursuivez  avec  mui  les  aulres 
niembres  de  ceite  comparaison.  La  le  people  est 
lire  de  I'Egyple  ;  \<  i  I'liomme  est  lire  du  siecle.  La 
I  haraon,  ici  le  di.ible  est  lerrasse.  La  ce  sont  les 
chariots  de  Pharaon  qui  sunt  renverses  ;  ici  ce  sont 
les  desirs  de  la  chair  eldu  siecle,  toujours  en  guerre 
avec  l'ame,  qui  sont  aneantis  !  Ceux-la  sont  sub- 
merges dans  les  Huts,  ceux-ci  le  sont  dans  les 
laruies  ;  les  uns  dans  le  Hut  de  lu  mer,  les  aulres 
dans  les  larmes  anieres.  Je  crois  que  lorsqu'il  arrive 
que  les  demons  reueontivnt  une  auie  de  telle  surte, 
i.s  criiiil  couitae  les  Egyptiens  ;  «  1'uvuns  Israel, 
car  le  Seigneur  combat  pour  lui  [Exod.  xiv,  15  .  » 

Voulez-vous  encore  one  ie  vous  marque  quelques-    fes  Pnnce» 
1        J  ■  1        ^  du  J  haraoa 

uns  des  princes,  du  la  suite  de   ce  Pharaon   mysti-     uv^ti.iae, 

.  ....        ?oni  laniiilic, 

que  par    leurs  noras  propres,  et  quejevous  decrive  nntemperan. 

quelques-uns  de  ses  chariots,  sur  lesquels    vous     ,,cec.' 
11  l  1  avarice. 

vous  pourrez  regler  pour  trouver  les  autres  de 
vous-memes?  Un  des  grands  princes  du  roi  spiri- 
tuel  et  invisible  d'Egyple  est  la  malice.  a  (.'intem- 
perance et  l'avarice  »  en  sont  encore  deux  grands. 
Et  ce;  princes  ont  chacun,  suus  leur  roi,  des  empi- 
res renfermes  dans  les  liniiles  qui  leur  ont  ele 
prescrites.  Car  la  malice  etend  sa  domination 
dans  la  region  des  crimes  et  des  forfails.  L'in- 
temperance  est  a  la  tele  de  loutes  les  actions  deshoa- 
netes.  L'avarice  etend  son  empire  sur  les  rapines  et 
sur  les  fraudes. 


zelo  terror,  qtiar.ta  denique  ipsi  cum  hoste  conflictuum 
assiduitas,  numcrosiUis  Iriumpborum.  Denique  in  eonse- 
quenliljus  legilur  :  Terri/iilis  ul  caslrorui  dinata. 

Et  ileal,  t)>il  .<./',..  iuquit,  in  Sunamile, nisi  choros 
eastrurum  ?  Ant  si  id  libi  non  placet,  novcrls  hnjusmodi 
animam  nunquani  esse  sine  angclurum  etisloilia,  qui 
cam  a?mula:ilur  Dei  ieniiilalionc,  sollicili  suo  i"iro  scr- 
vare,  ct  virgincm  caslam  cxhihere  Clnisto.  El  ne  dixc- 
ris  in  corde  luo  :  Ubi  sunt  '?  Q.ns  cos  vidit  ?  Vidit  eos 
Prophcta  El  sinus,  insuper  et  fecit  oiando,  ut  videiet 
eliam  (jiezi.  Tu  n  m  vides,  quia  non  es  Prophela,  ncc 
puer  Pruphehe.  Vidit  Palriai-cha  Jacob,  et  ait  :  Castra 
Dei  sunt  hoc.  Vidil  el  Doctor  gentium,  qui  dicebat  : 
Sonne  omnes  adminislratorii  spintus  sunt,  mixsi  in 
mmiiterium  propter  eos,  qui  tueredilalem  cupiunt  su- 
lutis  ? 

5.  Erpo  anj;elicis  fulla  ministcriis,  et  superno  stipala 
apminc-  Sponsa  inccdens,  similis  est  cqu  tatui  Domini, 
illi  utiquo,  qui  quondam  in  enrribus  Pbaraonis  lain  slu- 
pendo    divini  adjulorii    miraculo    Iriumphavit.  Si  cnim 

iligcnlcr  adverl.is,  ,-!  pcla,  qua;  ibi  njii.iris  magnilice 
perpclrata,  invrnica  hie  nihilouiinne  admiianda.  Kisi 
quod  in  co  nunc  DiagniHccnliiis  liiun  fhalur,  quod  qu* 
illic  corporalilcr  prapcesseruul,  hie  spiiitualilcr  adiinplen- 

ur.  An  non  libi  nempe  multo   fortius  longeque  glorio- 


sius  esse  vidctur,  dinbolum  proslernere,  qnam  Pharao- 
ncm  ;  alque  aeriaa  debcllarc  pule^talcs,  quam  currua 
Pbaraonis  snbvcitere?  Ibi  denique  pugnatnm  eat 
adversns  camera  ct  Eanguinem;  hie  adversus  principes 
ct  puleslales,  adversus  mundi  rectorcs  Icnebrariim  harum 
contra  spirilualia  ncquilia!  in  cades  ibus.  Et  prosequcre 
modo  mecum  singula  pruporlionis  membra.  Ibi  pnpulus 
educlus  i!c  .T'gypiu.  Iiic  humu  de  sajculo  :  ibi  pruster- 
nitur  Pbarao,  hie  diabolus  :  ibi  subverlunlur  currus 
Pharaonis,  hie  carnalia  et  faecnlaiia  desideria,  quae 
mililaut  adversus  animam  snbruuntiir;  illi  in  Quctibus, 
isti  in  flet  bus  :  maiir.i  dii,  amari  isli.  Pulo  et  nunc 
clamitarc  daamooia,  si  forte  contingat  incidere  in  lalem 
animam  :  f'igiamus  teraelem,  quia  Hummus  pugnnt 
pro  eo.  Visne  eliam  aliquos  de  prineipibus  Pharaunis 
propriis  tibi  designem  nominibus,  et  de  curribus  des- 
cribam,  ad  instar  quorum  tu  quoque  alios,  si  qui  sunt, 
per  le  ipsuni  valcas  in  venire  ?  Magnus  quidam  princeps 
spiriliialis  alque  inrisibilis  regis  .tgypti  profecto  Ma- 
litia  est,  magnus  Luxuria,  magnus  Avarilia.  Et  hi 
q'lidem  possident  lerminos  suns  sub  regc  suo,  sicut  stii 
cuiquc  assignali  sunt.  Nam  Malilia  in  omni  regions 
maleficioium  alque  facinoruai  dominatur  :  Luxuria 
omni  immundiliaa  et  tuipiludini  carnis  pra?est  :  Ava- 
ritia  in  partes  rapinae  et  fraudis  sortita  est  principatum. 


344 


UEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le  chsnoi  de  6-  Ecoutezaussi  quels  sont  les  chariots  que  ce  Ma- 
la malice,  raon  a  prepares  &  ses  princes  pour  poursuivre  le 
peuple  ile  Dieu.  La  Malice  a  un  chariot  a  quatre 
roues  lesquelles  sont  la  cruaule,  1'impatience, 
l'audace  et  l'imprudence.  Ce  chariot  est  prompt  a 
repandre  le  sang,  qui  nest  point  arrele  par  l'inno- 
cence,     ni     retarde    par    la     patience,     ni     arrele 


hensioude  succomber.  Telssout,  enelfet,  les  aigud- 
lous  qui  piquant  sans  cesseles  Uancs  des  puissan- 
ces tie  la  terre.  Voil a  pour  ce  qui  est  du  chariot  de 
la  malice. 

7.  Celui  de  l'intemperance  rouleaussi  sur  quatre 
rices,  comme  sur  quatre  roues  qui  sent  les  appe- 
lits  du  venire,  la  passion  du  sexe,  la  noblesse   des 


Hen  allele  de  par    la    craliite,    ni    retenu   par    la  pndeur.  II  <'st  habits  et  la  langueur  de  la  somnolence.  11  est  aussi 

cheiaui.     allele   de  deux  chevaui  d'une  grande  rapidity,  et  allele  ile  deux  cbevaux,  la    prosperity  et  l'abon- 

qui  sont  tres-propres  a  causer  toule  sorte  de  inaux  dance;    ceux  qui  les  conduisent   sont    :    l'engour- 

et  de    deg&ts,  ce    sont   la   puissance    de  la   terre,  dissement  lie  la  paresse  ;  et  la  conliance  lemerai- 

etla  poinpe  du  siecle.    Carle   chariot  de  la  malice  re;    ear  l'abomiauce  de  toutes  choscs  produit  ai- 

s'avance    avec  une  prodigieuse  vitesse,    lorsque  sement  la  paresse,  et,  selon  1'Ecriture,  la  a  prospe- 

d'une    part  il  a   la  puissance    pour  accomplir    ses  rile   des   fous  sera   cause   de  1  tir    perte   (1'rov.  l. 

desseins  pernicieux,  et  de   l'autre  la  pompe  qui  lui  32j,  »  sans  uoute  p. ore  qu'elle  leur  donne  une  con- 

applaudit  et  le  felicite,  lorsqu'il  a  couimis  les  plus  fiance  temeraire.  Hais  lorsqu'ils  parleront  lo  plus 

grands  crimes,  en  sorte  que  cette  parole  de  1'Ecri-  de  pais  el  d'assurance,  ils  se  trouverontaccables  par 

ture   s'accomplit:    a  Le  pecheur  est  loue  dans   ses  une  ruine  soudaine   (1  Thes.  v,  3).  Us  n'ont  besoin 

desirs,    et   le  ruechant  recoit  des   benedictions.  »  ni  d'eperons,    ni  de  fouet,  in  il'autres  choses  sem- 

(Psal.  is.  3.)  Et  ailleurs  :  Cist  maintenant  le  temps  blables,  mais  au  lieu  decela,  dsse  servent  1'un  petit 

de   votre  regue,  et  de  la  puissance  des   tenebres.  »  parasol  pour  faire  de  I'ombre,  el  d'un  eventail  pour 

Et  conduit    (Luc.  xxn.  52.)  Ces  deux  cbevaux  sont  conduits  par  t'aire   du  vent.  Ce  parasol,    c'est   la  dissimulation, 

demcochers.  deux  cochers,  l'Enflure   et  la   Jalousie.   L'Entlure  qui  fait  comme  une  espece  d'ombre  dans  l'ame,  et 

rnene  la  pompe,  et  la  Jalousie  la  puissance.  Car  le  la   met  a  l'abri  de  1'ardeur  devorante  des  soucis. 

cceur  enfle  par  la  vanite,  est  emporte  avec  violence  Car  c'est  le  propre  d'une  ame  mode  el  delicate,  de 

dans   l'amour  des  pompes   du  diable.    Tandis    que  ne  vouloir  pas  prendre  meme  les  soins  necessaires, 

celui  que  la  crainte  relient  a  la  meme  place,  que  la  de  peur  d'en  sentir  la  peine,  et  de  se  cacher  com- 

gravite  rendmodesle,  l'humilile  solide,  la  purete  me  sous  le  voile  d'une  dissimulation  affectee.  L'e- 

sain  et  eutier,  ne  saurait  jamais  elre  emporte  par  ventail  c'est  la  prodigalite  qui  produit  le  vent  de  la 

le    vent  de  la  vaine  gloire.  De  meme,  l'autre    che-  ilatterie.  Car  les  personnes  debauchees  sont  prodi- 

val    de  la  puissance  de  la    terre  est  conduit  par   la  gues  et  paient  de  leur  bourse  le  vent  qui  sort   de 

Jalousie  qui  le  presse  des  deux  eperons  de  l'envie,  la  bouche  des  Uatlcurs  :  mais  en  voila  assez  sur  ce 

je    veux   dire  par  la  crainte  de  tomber  et  l'appre-  sujet. 


Le  char  dc  la 

lusure  : 

a  deux 

cbevaux  et 

deut  cochers. 


I  lissiinulatiun 

den 

delicats. 


6.  Accipe  nunc  quoque  quales  his  suis  prineipibus  Pha- 
rao  praeparaverit  currus  ad  persequendum  populum  Dei. 
Habet  namque  Malilia  currum  suum  rotis  quatuor  con- 
sislenlera  :  saevitia,  impatientia,  audacia,  impudentia. 
Valde  etenim  velox  est  currus  isle  ad  cllundendum  san- 
guine™, qui  nee  innocentia  sislitur,  nee  patienlia  retar- 
dalur,  nee  limore  freuatur,  nee  inhibclur  pudore.  Tra- 
hitur  aulem  duobus  admodum  pernicibus  equis,  et  ad 
omnem  perniciem  jaratissimis,  terrena  potentia,  et  sae- 
culari  pompa.  Tunc  namque  quadriga  isla  niytitite  currit 
valde  velociter,  cum  bine  quidem  potentia  effectus  su- 
best  ejus  adimplendis  malitiosis  conatibus  :  inde  plausus 
pompa;  aridet  perpetratis  sceleribus,  at  sermo  impleatur 
qui  scriptoa  est  :  Quoniam  laudatur  peccator  in  deside- 
riis  animiB  rum,  el  iniguus  benedicetur,  el  iterum  alia 
scriptura  :  Hn?c  est,  inquit,  liora  vestra,  et  potestas  tene- 
brarum.  Porro  praesident  duobus  his  equis  anrigce  duo 
tumor  et  livor  :  et  tumor  quidem  pompam,  livor  vero 
potentiam  agit.  Isenim  rapido  fcrlur  diabolicarum  amore 
pom]  irum,    cnjui    apud  se  cor  prius  intumuit.   Nam 

[uod  in  se  Ormilep  stal  limore  compre  sum,  gravitate 
modestum,  humilitatc  solidum,  puritatc  sanum;  aura 
bujua  vanitalis  ncquaquam  leviler  rapielur.  Hem  terre- 
na; jumenlum  potential  nonne  iuvidia  agilur,  el  quasi 
quibusdam  livoris  urgentur  hinc  inde  calcaribus,  suspi- 


cione  utique  decedendi,  et  metu  suscumbendi?  Alitid 
est  enim  quod  suspectus  est  successor,  el  aliud  quod 
timelui  invasor.  His  ilaque  stiinulis  terrena  potentia 
continue  agitatur.  El  currus  quidem  malitias  sic  se 
habet. 

7.  Luxuriaa  vero  currus  quadriga  nihilominus  volvi- 
lur  vitiorum,  ingluvie  videlicet  ventris,  libidine  coitus, 
mollitie  vestium,  olii  soporisque  resolutione.  Trahitnr 
equis  aeque  duobus,  prosperistate  vita;,  et  rerun)  abun- 
dantia ;  et  qui  his  president  duo,  ignavios  torpor,  e! 
inlida  securitas  :  quia  et  copia  ignaviam  solvit,  et,  se- 
cundum scripturam,  Prosperitas  ttuttorum  perdet  dins: 
non  sane  ob  aliud,  nisi  quoniam  male  secures  reddat. 
Cum  aulem  dixerint,  Pax  et  securitas;  tunc  subitaneus 
superveniet eis  interitus.  Hi  calcaria  minime  habent,  ne- 
que  Qagella,  vel  aliquid  bujuamodi  :  sed  pro  bis  ntunlur 
conopeo  ad  faciendam  umbram,  el  flabello  ad  cilandum 
\enluni.  Porro  conopeum  dissimulatio  est,  umbram  fa- 
ciens,  el  protegens  ab  ieslu  curarum.  Proprium  namque 
est  mollis  et  delicate  anima?  etiam  necesaarias  dissimn- 
lare  curas,  et  ne  astuanles  sollicitudines  sentiat,  sub 
lalibulu  dissimulationis  abscondi.  Flabellum  vero  Kdu- 
sio  est,  vuulum  adulationis  apporlans.  Largi  sunt  enim 
Inxuriosi,  ementes  anro  venlum  de  ore  adulalorum.  Et 
de  hoc  satis. 


TRENTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 

gneur,    car  il  a  fait  onir  avec  magnificence 


8.  L'avarice  est  aussi  trainee  sur  un  chariot  qui  a 
qualre  vices  en  guise  de  roues  qui  le  portent,  ce 
sont:  la  timidite,  rinhumanite,  le  niepris  de 
Dieu,  l'oubli  de  la  mort.  Les  chevaux  qui  le 
tjainent  sont  la  mesquinerie,  etla  rupacite.  11  n'est 
qu'un  cocher  pour  les  conduire,  c'est  l'ardeur 
d'amasser.  Car  l'avarice  se  contente  d'un  seul 
serviteur,  ne  voulant  pas  faire  la  depense  d'en 
avoir  plusieurs.  Mais  ce  serviteur  execute  ce  qui 
ltd  est  commande  avec  une  ardeur  infatigable, 
ses  deux  fouets  pour  punir  les  chevaux  sont  la 
passion  d'acquerir  et  la  crainte  de  perdre. 

9.  Le  roi  d'Egypte  a  encore  d'autres  princes,  qui 
out  aussi  leurs  chariots,  pour  servir  leurs  maltres 
dans  les  combats.  Tel  est  l'Orguei],  un  des  plus 
grands  seigneurs  de  sa  cour  ;  telle  est  aussi  I'lm- 
piete,  l'ennemie  de  la  foi,  qui  tient  un  rang  con- 
siderable dans  la  maison  de  Pharaon.  II  y  en  a  en- 
core plusieurs  autres  d'un  ordre  inferieur,  lant  sa- 
trapes  que  chevaliers,  dont  le  nombre  est  iulini 
dans  son  armee,  et  je  vous  laisse  a  en  chercher  les 
noms  et  les  offices,  ainsi  que  les  amies  et  les  ap- 
pareils  de  guerre  ,  pourvous  exereer  ences  choses. 
C'est  ainsi  que  1'inviucible  Pharaon,  plein  de  con- 
tiance  en  la  force  de  ses  princes  et  de  ses  chariots, 
court  de  tous  cotes,  et,  comme  un  cruel  tvran, 
exerce  autant  qu'il  peut  sa  fureur  et  sa  rage  con- 
tre  toute  la  famille  du  Seigneur,  et  poursuit  meme 
encore  aujourd'hui  Israel  qui  fort  de  l'Egypte. 
Mais  ce  peuple  de  Dieu,  bien  qu'il  ne  soit  ni  porte 
sur  des  chariots,  ni  couvert  d'armes,  ne  laisse  pas, 
fortifie  par  la  main  du  Seigneur,  de  dire  avec  con- 
fiance  :  «  Chantons  uu  hymne    de  louange  au  Sei- 


8.  Jam  vero  avaritia  rolis  et  ipsa  vehitur  quatnor  vi- 
tiorum,  quae  sunt  pusillanimitas,  inhumanitas,  contemp- 
tus  Dei,  mortis  oblivio.  Porro  jumenta  trahenlia,  tena- 
ticitas,  et  rapacitas :  et  his  imusauriga  ambobus  pra'sidet, 
habendi  ardor.  Sola  siquidem  avaritia,  quoniam  condu- 
cere  plures  nuu  patitur,  uno  contenla  est  servilore.  Ipse 
vero  injuncli  operis  promplus  admodum  alque  inl'atiga- 
bilis  executor,  urgendis  sane  jumentis  Irahcnlibus,  fla- 
gris  utitur  acerrimis,  libidine  acquirendi,  et  metn 
amittendi. 

9.  Sunt  et  alii  principes  regis  jEgypti,  habentes  et 
ipsi  currus  suos  in  expeditione  Domini  sui :  sicut  super- 
Ida,  qua1  unus  est  de  majoribus  principibus  :  sicut  ini- 
mica  (idei  impietas,  magnum  et  ipsa  lenens  locum  in 
domo  et  regno  Pharaonis  :  el  multi  adhuc  sunt  alii  in- 
ferioria  ordinis  satrapse  et  equites,  quorum  non  est  nu- 
merus  in  Pharaonis  exercitu  ;  quorum  et  nomina,  et 
Officia;  necnon  el  arma,  et  apparatus  eorum  veslris  stu- 
dies (at.  in  his  exerceamini)  inquirenda  relinquo.  In 
islnnim  ihique  principum  fortitudine,  curriuimque  suo- 
t ii in ,  iuvisibilis  Pharao  ubique  discurrens,  in  omiiem 
fnniiliaui  Domini,  quibus  potest  viribus,  more  lyrannico 
dcbacchatur,  in  his  eliam  bis  diebtis  exeuntem  Israel  de 
.Crypto  inseqnitur.  At  ille  nee  subvectus  curribus,  nee 
protectus  armis ;  nihilhominus  tamen  sola  Domini  manu 


345 

l'eclat 

de  sa  gloire,  il  a  renverse  dans  la  mer  le  cheval  et 
le  cavalier  (Exod.  xv,  1).  Et,  eeux  qui  nous  atta- 
quent  meltent  toute  leur  conliance  dins  leurs  cha- 
riots et  dans  leurs  chevaux.  mais  pour  nous,  nous 
la  meltons  dans  le  nom  du  Seigneur  notre  Dieu 
que  nous  iuvoquons  (Pstl.  xxix.  8).  »  Vuila  pour 
ce  qui  regarde  la  comparaison  de  l'armee  du  Sei- 
gneur, et  des  chariots  de  Pharaon. 

10.  Apres  cela,  l'Epouse  est  appelee  «  Amie.  » 
Car  pour  l'Epoux,  il  etait  ami  avant  meme  qu'il 
l'eut  rachetee  ;  autremeut  il  n'eut  jamais  rachete 
une  personne  qu'il  n'aurait  pas  aiinee.  Mais  elle, 
elle  est  devenue  son  amie  par  le  bienfait  de  la  re- 
demption. Eeoulez  un  apotre  qui  en  demeure  d'ac- 
cord  :  «  Ce  n'est  pas  que  nous  l'ayous  aime,  mais 
c'est  qu'il  nous  a  aimes  le  premier  (Joan,  iv,  10).  » 
Souvenez-vous  de  Moise  et  de  l'Elhiopierine,  et  re- 
connaissez  que,  des  lors  etait  figure  le  manage  spi- 
rituel  du  Verbe  avec  1'ame  pecheresse,  et  discernez, 
si  vous  le  pouvez,  ce  qui  vous  doune  le  plus  de 
consolation  et  de  plaisir  en  considerant  uu  mys- 
tere  si  doux ;  est-ce  la  bonte  incomparable  du 
Verbe,  la  gloire  inestimable  de  l'ame,  ou  la  sou- 
daine  conliance  du  pecheur  ?  Mais  Moise  ne  pul 
changer  la  peaude  l'Ethiopienne,  au  lieu  que  Jesus- 
Christ  a  fait  ce  changement.  Car  nous  lisons 
ensuite  ;  «  Vos  joues  sont  belles,  comme  celles 
d'une  tourterelle.  »  Mais  reservons  cela  pour  un 
autre  discours,  afin  que,  prenant  toujours  avec 
appetit  les  mets  qui  nous  sont  servis  sur  la  table 
de  l'Epoux,  nous  exhalions  les  louanges,  et  cele- 
brions  la  gloire  de  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui 


L'anie  pieuae 

e&t  appel6e 

amie. 


confortalus,  secure  decantat  :  Cantemui  Domino,  gloriose 
enitn  honot-ificatus  est,  equum  et  ascensorem  projecit  in 
mare.  Item,  Hi  in  curribus  et  hi  in  equis ;  noi  autem  in 
nomine  Domini  Dei  nostri  invocaoimus.  Et  haec  dicta 
sint  pro  adducta  similitudine  de  equilatu  Domini,  et 
ciirribus  Pharaonis. 

10.  Post  hree  arnica  appellatur.  Nam  ipse  quidem  et 
ante  liberationem  amicus  erat,  alioquin  non  liberasset 
qiiam  non  amasset  :  sed  ilia  beneficicio  liberationis  ad- 
ducta est  ut  esset  arnica.  Audidenique  conlitcntem.  Non 
quia  dilexerimus  eum  nos,  inquit,  sed  ipse  prior  dilexit 
nos.  Recordare  nunc  mini  Moisi  et  .Ethiopissae,  et 
agnosce  jam  tunc  praeliguralum  conjugium  Verbi  et 
animee  peccatricis  ;  el  discerne,  si  poles,  quid  tibi  dul- 
cius  sapiat  in  consideralione  suavissimi  sacramenti, 
Verbine  nimium  benigna  dignalio,  an  animae  incestima- 
bilis  gloria,  an  inopina  liducia  peccatoris.  Sed  non 
poluil  Moises  .Ethiopissae  muttaret  pellem,  poluit  Chris- 
tus.  Sequitur  cnim  :  Pulchrn;  sunt  geii'je  law,  sicut  tur- 
turis.  Sed  hoc  sermoni  alteri  reservetur;  ut  semper 
qua>.  in  mensa  Sponsi  nobis  apponuntur,  cum  aviditate 
sumentes,  eructemus  in  ipsius  iaudem  et  gloruim,  Jesii- 
Christi  Domini  nostri,  qui  est  super  omnia  Deus  bene- 
dictus  in  saecnla.  Amen. 


940 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


est    Dieu   par    dessus    tout,    et    beni    .'i  jamais. 
Ainsi  soit-il. 

SERMON  XL. 

L' intention   est    le   wage  de  I'dmc  ;   sa  beaute  el  sn 
laidcur,  s<i  t'llitulc  et  su  jjurete. 

1.  «  Vos  joues  sont  belles  ronune  celles  d'line 
tourterelle  [Cunt,  i,  9,.  »  La  puJeur  de  l'Epouse  esl 
lendre;  et  je  crois  que  la  reprimaude  de   l'Epoux, 


jolie  tie  figure.  D'ou  vient  cela  ?  Pourquoi  parle-t-il 
ilc  sus  juueS  an  pluriel  ?  Je  croisqu'il  ne  l'a  pas  fait 
Bans  sujet.  Car  c 'est  l'esjirit  de  sagesse  qui  parle, 
et  il  n'est  pas  peniiis  de  lui  attribuer  le  moindre 
mot  inutile  on  dit  autrement  qu'il  ne  faut.  II  y  a 
done  line  raison,  quelle  quelle  soit,  puur  laquelle 
il  a  miens  aiine  dire  les  joues  que  le  visage,  je  vais 
vmis  <lire  ee  qn  il  in'en  scnble,  ii  moins  tpie  vous 
n'ayez  quelque  chose  demeilleura  proposer, 
2.    Uaus  l'inlenlion,    que  nous   avons  appelee  le 


dinleiiliun. 


lui  a  raitvenir  le  rouge  an  vuage,  et  Ta  rendue  en-  visage   de  Tame,  il   ya   deux  choses  necessaires.  "  '*  "'"'I 

core  plus  belle,  ce  qui  lui  attire  ces  paroles  :  «  Vus  l'objet  et  la  cause  ;  e'est-a-dire,  ce  que    vous    vous  reqoi-e.  pal 

joues  soul  belles  comme  celles d'une  tourterelle.  »  proposez  et  ce  pourquoi   vous   vous   1c  proposez.    ' 

Toutefob,  n'allez  pas  prendre  cela  d'une  facongros-  Et  e'est  par  ces  deux    choses   qu'on   juge   de   la 

siere  et  cliarnclle,  couune  s'il  parlait  du  rouge  que  beaute  on   de  la  lnideur    dune   ame  ;    en    surte 

donae  le  sang  qui  monle  an  visage,  et  qui,  senielant  que  celle  en  qui  ces  deux  choses  sont  droites  et 

a  la  blanclieur  du  teint,  en  rehausse  encore   l'eclat  pines,  inerite  qu'on    lui   dise  avec  verite  :  «    Vos 

et  la  beaute.  Car  la  substance  de  l'ame  qui  est  in-  joues  sunt  belles  comme  celles  d'une    tourterelle.  » 

corporelle    et  invisible,    n'a    ni    membres,    ni  con-  Mais  on  n'en    pourra  |>as  dire  aulant   de   celle   qui 

leurs.   TAchez  done  de  concevoir   spiril'iellem  nt  manque  de  1'nne  des  deux,  atlendu  quelle  est  laide 

line  substance  loute  spiriluelle,  et  pour  juger  dc  1 1  en    paitie.    Mais  ret  eloge    convient     encore   bien 

jnstesse  de  la  comparaisou  de  l'Epoux,  ligurez-vous  moins  a  celle  eu  qui  ces  deux  choses   a  la   fois  font 

l'intenlion,   comme  etant   le  visage  de  l'ame.  Car  defaut,  Ce  qui  s'eclaircira  d'avanlage  par  des  exem- 

c  esl  par  elle  qu'on  juge  de  la  droiture  d'une  action,  pies   Si  une  persoune  s'app'.ique  a  la  recherche  de 


^''le^i'iage  0o"""t'  c'cM  l1;ir  le  visage  qu 'on  juge  de    la    beaute  1  a  verite,  ne  vous  semble-t-il    pas    que     l'objet    et 

de  lame,     du  corps.  Et  voyez    la  pudeur  dans   la  couleur   qui  la    cause   de  son  enuvtien  sont  honnetes,  et  quelle 

monle    an    visage,  altendu  que  e'est  1 1  is  que  tout  pent    avec    raison    s'attribuer   ces   paroles  i  m  Vos 

autre,  la  verlu  qui  enibellit  l'ame  et    augiuenle    la  joues  sont  belles  comme  celles  d'une   tourterelle,  » 

grace  en  elle.  «  Vos  joues  sunt  done  belles,  comme  puisqu'il  ne   parait    point  de  tache  sur   aucune  de 

celles  d'une  lourterelle.  »  II  pouvait  loner  sa  beaute  ses  joues  ?  Mais  si  elle  recherche  la  verite,  mm  par 

d'une  lacon  plus  usi.ee  el  dire  comme  cela  se  fait  le  seul  desir  de  la  coni.ailre,  mais  par  vaine  gloire, 

ordinairenieut     quand     on     parle    de     la    beaute  oupour  quelque   autre    avanlage   timporel,  quel 

de  quelqu'iin  :  vous  avez  un  beau  visage,  vous  etes  qu'il  soit,  quand  meme  il  serublcrait  que  l'une   de 


Exerr.ple 
d'une  intifl 
tion    drniUE 
el  ,'uiio  ' 
inUnlinn 
vjcicuse. 


SERMO  XL. 

Quod  intentio  sit  fades  animal;  qua;  .sit  ejus pulekriiudo 

aul  deformitai ;  qua?  ejusdem  so/ttudo  et  pudici.ia. 

1.  Pulchra?  sunt  yence  tuts,  sicut  turturit.  Tcnera  est 
Spouse  verecundia;  el  ad  increpalionem  Sponsi,  puto, 
facics  ejus  rnbure  snffusa  esl,  pulchrioique  ex  eo  appa- 
rens,  illico  audit:  Palatine  sunt  ye/ire  lure,  swat  tiui>ins. 
Vide  an. cm  ne  carnaliter  coxites  culuralaui  earn  is  pu- 
Ircdincm,  et  purulenliain  llavi  sanguineivc  hiunoris, 
vitrex  cutis  superliciem  siuiunaiiai  ali|iie  iequaliler  suf- 
riindcntcm  :  e  ipiibus  sibi  inviccm  moderate  permixlis, 
ad  venuslandam  gcnainm  clligiein  rubor  subpallidus  in 
erficientimn  corporate  pulchritudinis  temperalur.  Alioquin 
incorpoiea  ilia  aniline  invisibilisque  substantia,  nee  cor- 
porcis  dislincla  membris,  nee  visibilib  's  exslat  fucala 
coloribus.  Tu  vei'o  spirilale:n  essenliam  spiiilali.sipotes, 

linP'e  intuitu,  et  ad  eniiplnnduni  propositi  simililudinis 
schema  cugita  niiimse  faciem,  mentis  inleiilioneiu  j  ex 
qua  nimiruin  rectiludo  operis,  sicut  ex  facie  pulch ii ti'io 
corporis,  asslimnlur.  Poiro  verecuniliani  inlellige,  lan- 
ipiam  colorem  in  facie,  quod  lisc  potissimuai  villus,  et 
venustatem  higorat,  et  augcal  gratiam.  Putchruievga  sunt 
nenai  lure,  sicut  tvrturit.  Poterat  usitatius  facicm  ponere 


el  describcre  pulibram,siciit.colel,  cnjus  pulchriludolau- 
datiir,  pukbra  facie  sou  decora  facie  dici  :  scd  nescio 
quid  sibi  volueril,  lit  mayis  genas  plurali'er  clicendum 
putaveril,  nisi  quod  niiiiiine  id  crediderim  oliosum. 
Spiiit  is  nannpie  sapienlia'  loquiliir,  CIU  nun  est  fas  \el 
niudiciim  quid  onmino  adscriberc  oliosum,  ant  secus 
dictum  ipium  (  pnrluerit.  Est  ilaqae  sine  dubio  causa, 
i]ii;i'cumipie  ilia  sit,  cur  pluraliler  genas  uialueril,  quam 
singnlarilcr  faeieui  dicere.  Et  si  tu  melius  non  babes, 
ego  quod  mihi  videtur  apcrio. 

2.  Hun  qna'dam  ill  intcntiune,  quam  faciem  animaj 
esse  dixinius,  nccessario  rcquiriinlur,  res  et  causa,  id 
est  quid  intendas,  et  propter  quid,  lit  ex  his  sane  duo- 
bus  aniu.aj  vel  decor,  vel  dcfor.uilas  jiidiualur,  ul(vcrbi 
causa)  anima,  quie  umbo  ista  recta  atque  pudica  hubue- 
ril,  illi  mcrito  vcraiileiquc  dicalur  :  Putcline  sunt  genu? 
tua;,  sicut  turturis.  Quie  vero  allero  bor.imcaruerit,  non 
polerit  dici  de  ea,  quod  p  ilchrye  sint  genie  ejus  sicut 
t u it uris,  propter  cam,  qua;  udhuc  ex  parte  aril,  defor- 
mitalem.  Mullo  aulcm  minus  illi  hue  potcrit  ronvenire, 
quie  nenlriim  horuni  babere  biudiibilc  invcnitui.  At  id 
lot  il  m  (irl  planius  in  c.xcnq  lis.  Si  (verb)  ciiu^a)  intendnt 
qiis  aniinum  inquirenda;  verilali  a  more;  nonne  is  l.bi 
videtur  et  rein,  et  causam  habere  honcstam,  mcritoque 
sibi  vindicare  quod  dicitur:  Pulchrce  sunt  gence  tua, sicut 


QUARANTINE  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


*47 


ses  joups  est  belle,  jecrois  pnurlant  qu'on  ne  ferait  plusie.urs  choses;  et  il  est  impossible  que  le  mou- 

point  dilficulte  de  dire  qu'el'e  est  laide,   an  nioins  vement  continue!  qu'elle:  se  do  rae  pour  lcs  clioses 

en  partie,  puisque  la  honle  de   la   <:ause  defigure  de  la  terre,  ne  fasse  voler  sur  elle  quelqucs  grain* 

l'autre   cole  de  son    visage.  Mais   Si  vous  voyez  tm  de  poussiere  qui  se  dissiperont  aisement  a   l'lieure 


horn  me  qui  ne  s'adonne  a  rieii  d'lioiiuele.  un 
liomnie  captive  par  Irs  charmes  de  la  voluple  sen- 
suelle,  adonne  a  la  gourmandise  et  a  la  debauche, 
tel  cpie  sont  ceux  qui  se  font  un  Dieu  de  leur  ven- 
tre, mellent  lenr  gloire  dans  ee  qui  devrait  elre  un 
sujet  de  confusion,  et  ne  goutent  (pie  les  chores  dela 


de  la  mort,  an  souffle  de  la  puretedesa  conscience, 
et  de  la  rectitude  de  sou  intention.  Ainsi  ne  cher- 
rlicr  que  I  lieu  pour  Iui  soul,  c'est  avoir  la  face  de 
I'intenlion  parfaitement  belle  ;  et  c'est  ce  qui  est 
propre  et  parliculier  a  l'Epouse  qui  mi-rite,  par 
uue  prerogative  unique,  d'enlendre    ces   paroles  : 


Reorder 
lli-u  et 
ne  p'liie  agii 
pour  Iui. 
c'est  one 
hypot-ritie . 


terre    [Phil,   in,  13  ;    ne    direz-vous    pas   que  cet  «  Vos  joues  sout  belles  romme   celles  d'une  totir- 

bonune  est  tout  a  fait   laid,   puisque  l'objel  et  le  lerelle.  * 

motif  de  son  intention  sout  vicious  ?  !i-  I'ourquoi  dit-il   eomme  celles  «  d'une  tnurte- 

3.  .N'avoir  done  pis  tlieu  pourbtildans  sesaclions,  reile  ?  »  Cet  oiseau  est  exlremement  chaste,  et  il  ne 

mais  le  siecle,  c'est  le  propre  d'une  ame  seeulieiv,  tit  pas  en  troupe,   il    se    coittente,    dil-on,    de   la 


et  qui  n'a  point  une  seule  June  de  belle.  Maw  iv- 
ganlei'  Dieu,  et  ne  le  pas  faire  neannioins  pour 
Llieii,  c'est  le  propre  dune  ame  hypocrite.  Et,  bien 
qu'un  des  cotes  de  son  visage  paraisse  beau,  pane 
qu'elle  regarde  Uieu  avec  queli[ue  intention,  loute- 
fois  ce  degiiisement  delruil  tout  ce  qu'il  yade  lie  >u 
en  elle,  et  repaint  de  la  laideur  ''iir  tout  son  visage. 


eompagnie  de  celui  qui  s'est  accouple  avtc  Iui.  en 
sorle  que  s'il  vient  a  le  peri  I  re,  il  u'en  el  i  en  he 
|nniit  d  autre,  et  vit  solitaire.  Vous  done  qui  ecou- 
tez  ceci,  et  qui  voulez  proliler  de  ce  qui  est  ecrit 
]iour  vous,  et  que  nous  expliquons  maintenant  pour 
vntre  ulilile,  si  vons  eles  amines  de  ces  mini  venients 
du  Saint-Espril,  et  que  vous  britliez    du    dlesi*   de 


Le  tt Avail  de 

M.  rlhe  ne 

peut  s'ac- 

eomplir  *ans 

■oulevcr  un 

nua;re  de 
pou»siere. 


mais  on  peut  dire  que  sa  bassesse  de  eoeur  la  rend 
noire  et  mollis  a^roable.  An  coulraire,  fegiirdet 
autre  cbose  que  Dieu,  mais  toutefois  pour  Dieu, 
ce  n'est  pas  le  repos  de  M  irie,  c'est  l'embarras  de 
Marllie.  Dieu  me  garde  de  dire  ipi'une  telle  line 
ail  rien  de  laid,  et  pourtant  je  ne  votnh'ais  pas  assu- 


si  chaste,  vous  demeuriez  en  repos  et  solitaire 
(T/tren.  in,  -J8),  eomme  dit  le  Prophele,  paree  que 
vous  vous  eles  eleve  ait  dessus  de  vous-meme.  C'est, 
en  elft,  une  cbose  bien  ait  dessus  de  ^us  de  de- 
venir  leponse  du  Seigneur  des  anges,  d'etre  elro''- 
ieiiient  unie  a  Dieu,    et  de  ne  faire  qu'un    nieme 


Pourqiioi  la 
b**aute  de 
l'Epouse  est 
comp:iree  a 
edit*  d'une 
tourlerelle. 


Si  elle  dirtge  son  intention  vers  Dieu  uniquemenl  reielre  voire  ime  epouse  de  Jesus-Christ,  faites  en 
o  i  prutcipalemcnt  en  vue  des  av.uitagcs  de  la  vie,  sorte,  par  voire  travail,  que  les  deux  joues  de  votre 
ell.'  n'est  pas  souiliee,  il  est  vrai.  par   l'hypocrisie,     inteationsaienl  belles,  alin  que,  en  imitant  cet  oiseau 


Paint  Ber- 
nard recom- 
niande  la  so- 
litude et  le 
secret. 


rer  qu'elle  ft'tt  arrivee  a  la  perfection  de  la  beaute,    esprit  avec  Ini.  Ilemeurez  solitaire  eomme  la  tour- 
parce  qu'elle   s'inquiete  et    se   trouble    encore   de    lerelle.  N'ayez  point  de  commerce  avec  le  reste  des 


tia-furis ?  miippe  eni  in  nenlra  genarnm  na?vus  rcpre- 
hensionis  apparent.  0l]od  si  minime  qiiidem  veri talis 
desidcrio,  sed  ant  inanis  glul'lje,  ant  alterius  uualhcim- 
qiie  cotnmodi  temporalis  obtcntti  in  Veritatem  ialeaderit: 
jam  et  si  unam  genarum  videalur  habere  formosam  ; 
non  lamen,  lit  arbilror,  dubilabis  judicarc  vel  ex  parte 
deformem,  ciijns  altera  n  faciem  causa?  turpitude  fteda- 
verit.  Si  anlem  videris  honiinem  nullis  lioaeslis 
stiuiiis  inteiidenleni,  sed  carnis  illccebris  irreliluai  , 
venlri  et  luxuria;  dediliini  quales  sunt  illi,  quorum 
Deui  venter  est ,  et  gloria  in  ionfusione  ebi'tim  , 
qui  terrena  sapiunt  :  quid  isluiii  ?  noane  ex  lit  ramie 
parle  fcedissimum  judkabis,  in  cujus  ulique  inten- 
tione  et  res,  et  causa  reproba  invenitur? 

3.  Ergo  intendere  non  in  Deum,  sed  in  saaculum, 
saecularis  anims  est,  nee  iillain  prorsus  genarum 
speciosam  habentis.  Intendere  aulem  quasi  in  Deum, 
Bed  non  propter  Deum,  hypocrilje  plane  nniraa-  est  : 
cujus  etsi  una  fanes  decoro  videlur,  quod  ad  Deum 
qualicunque  intentions  respiciat ;  ipsa  taaien  simnlatio 
oiinie  in  ea  decorum  cxlerininal,  et  mafris  per  totum 
mgcril  tedilalem.  Si  antem  vol  sulum,  vel  maxime,  ob 
vilip  pra?senlis  necessaria  ad  Deum  oenverterit  inlen- 
tiorem  ;  non  quidein  fa?ce  hypocrisis  putidam  , 
pusillanimitalis    tamen    vitio  dicimtis   subobscuram.   et 


minus  acceptam.  Porro  e  conlrario  intendere  in  aliud 
quam  in  Ileum,  tamen  propter  Deum;  non  olium 
Maria-,  sed  Martha;  mgolium  est.  Absit  autem  lit  qua; 
hojusmodi  est,  quidquam  iham  di\erim  habere  del'orme. 
Nee  ta  nen  ad  perlectum  at'lirniaverim  pervenisse  deco- 
ris  ,  quippe  quae  adhuc  sollicita  est  el  lurbalur  erga 
pluiiina,  et  non  potest  terrenoriim  actnuhi  vel  tenui 
pulvere  non  resper,;].  Quern  tamen  cilo  I'acileque 
delerget  vel  in  hoia  sanclas  dormilionis  casta  inlenlio, 
pt  bona>  conscient'ue  interrogallo  in  Deum.  Ergo  solum 
inquirere  Deum  propter  ipsum  solum,  hoc  plane  est 
utramqne  biperlila?  inlenliouis  faciem  habere  pulcherri- 
tnani  :  atque  id  proprium  ac  speciale  Sponsa?,  cuimeiito 
singulari  piiprogaliva  audire  conveniat  :  Pulchrte  sunt 
</eme  twe,  si-tit  (urtwls. 

4.  Cur  vero  sicut  tUrturis  ?  Pndica  avicula  est,  et 
conversatio  ejus  non  cum  multis,  sed  solo  degere  ferlur 
contenla  compare  :  ila  tit  si  ilium  amiseril,  allerum  non 
requirat,  sed  sola  deinceps  cunversetur.  Tu  ergo  qui 
hasc  audis,  ut  sane  non  otiose  audias  ea  qua)  scripta  sunt 
propter  to  versantur  el  flisputantur  :  tu,  inqiiam,  si  ad 
istiusiiiodi  Sjriritus-Sancti  iia-ilamenla  movcris,  et  inar- 
descis  dare  operaii),  (|uoniodo  animam  tuam  facias  spon- 
sam  Dei  ;  stude  ainbas  speciosas  habere  has  genas  tu» 
intentionis  .    ut    imiiator     castissimaa    volucris .    scdean 


SJS 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


autres  hommes.  Oubliez  meme  votre  peuple  et   la  5.  Du  reste,  on  ne  vous  ordonne  que  la  solitude 

maison  do  votre  pere,  et  le  roi  concevrade  l'amour  du  eceur  et  de  l'esprit.  Vous  etes  seul,   si   vous  ne 

pour  voire   beaule  (Psal.   xuv,   11).  Ame  sainle,  pensez  point  aux  choses  de  la  communaute,  si  vous 

demeurez  seule,  aflu  de  vous  conserver  pour  celui-  n'ctes  point  attache  aux  choses  presentes,   si  vous 

la  seul  que  vous  vous  etes   choisi   entre   tons    les  meprisez  ee  que  plusieurs  estiment,  si  vous  rejetez 

autres.  Fuyez  de  paraitre  en  public;  fuycz  jusqu'a  ceque  tons  desirent,  si  vous  evitez  les  contentions, 

ceux  de  votre  maison  ;  sepaiez-vous  de  vo?  amis  et  si  vousne  sentez  point  lespertes,  etnevoussouvenez 


Eoquoi  con- 
siMe  la  soli- 
tude do 
1'ame. 


point  iles  injures.  Autrement  vous  n'etes  pas  seul, 
quaad  meme  vous  seriez  seul  "  :  vous  voyez  done 
que  vous  pouvez  etre  seul,  Iorsque  vous  etes  avec 
plusieurs,  et  etre  avec  plusieurs,  Iorsque  vous  etes 


de  vos  intimes,  et  meme  de  celui  qui   vous  sert 

Sorioat  de    Ne  savez-vous  pas  que  vous  avez  un  epoux,   eitre- 
l'ame.       Dienieut  niodeste,  et  qui  ne  pent  point   vous  hono 
rer  de  sa  presence,  devant  qui  que  ce  soit?  Mettez 

vous  done  en  retraite,  mais  d'esprit,  non  de  corps,  seul.  En  quelque  grande  compagnie  que  vous  vous 

mais   d'intention,  mais   de   devotion,    mais   d'une  trouviez,  vous  etes  seul,  si  vous  prenez    garde  de 

maniere  tout   interieure.  Car    Jesus-Christ  qui    se  ne  pas  ecouter  Irop  cuneusement  ce  qu'on  dit,  ou 

presented,  vous,  est  esprit,  et  ildemaude  la  solitude  de  nVn  pas  juger  temerairement.  S'il  vous   airive 

de  l'esprit,  non  pas  cello  du  corps,  qnoique  cetie  der-  de  voir  quelque  chose  de  mal,  ne  vous   hatez  pas 

niere  ne  soit  pas   quelquefois  inutile,  lorsqu 'on  la  dejuger  votre  prochain;  au  contraire  excusez-le. 

pent  observer,  surtout  dans  le  temps  de  l'oraison.  Excusez   l'intention,  si   vous  ne  potlvez   excuser 

Et  do  corps  Car  vous  savez  quel  est  en  ce  point  meme  le  pre-  1'action.  Croycz  qu'il  l'a  fait  par  ignorance,  ou  par 

iUiS'o'raUoDanl  cel,te  de  1'Epoux,  et  la  forme  qu'il  present  :  «  Pour  surprise,  ou  par  malheur  :  si  la  chose  est  si  claire 

vous,  dit-il,  Iorsque  vous  prierez,  enlrez,  dans  voire  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  la  pallier,   tachez   nean- 

chamhre,  et  fermez-en  la  porlesur  vous  (Matth.  vi,  moins  de  le  croire  ainsi,  et  dites-vous   a  vous-me- 

6j.  »  Et  ll  a  fait  lui-meme  ce  qu'il  a  dit.  Car  l'Ecri-  nies  :  la  tentation  a  ete  extremement  forte.  Qu'au- 

ture  rapporte  qu'il  demeurait  seul    toutela  nuiten  rais-je  fait,  si  elle  m'avait  presse  aussi   vivement? 

prieres,  non-eulement  en   s'arrachant  a   la    foule  Or,  souvenez-vous  que  e'est  a  l'Epouse  que  je  dis 

qui  le  suivait  {Luc.  vi,  12),  mais  en  ne  conservant  tout  ceci,  et  que  je  n'inslruis  pas  l'ami  de  l'Epoux, 

pas  meme  la  compagnie  d'aucun   de   ses   disciples  q"i  a  line  autre  raison  pour  observer  soigneuse- 

ou  de  ses  familiars.  Et  nous    voyons  que  s'il    em-  ment  ce  qui  se  passe;   car  il   doit  prendre   garde 

mena  avec  lui  trois  de  ses   apotres,   lorsqu'il   se  qu'on  ne  peche,  examiner  si  on  n'a  point  failli,   et 

hatait  d'aller  a  la  mort,   il  s'eloigna   d'eux   quand  corriger  ceux  qui  sont  tombes    en   quelque   faute. 

il  voulut  pner  [Matlli.  xxvi,  37).  Faites  done  aussi  Mais  l'Epouse  n'a  pas  ce  devoir  a  remplir  ;  elle  dit 

la  meme  chose,   quand    vous   voudrez  faire   orai-  .  c            .„,,.,                   .    „         ,    «    • 

^  *  Se    reporter  il  la  lettre    que    eaint    Bernard    ecmait    aai 

son-  religieui  de  Mont-Dien. 


On  do:t  6vi- 
tcr  de  j"gcr 
le  prncliain 
quand  on 
n'l-n  t-Bt 
point  charge. 


secundum  Propbetam  solitarius,  quoniam  levasti  te 
supra  te.  Omnino  supra  le  est,  angelorum  Domino 
despnnsari.  An  non  supra  te,  adhajrere  Deo  atque  unum 
spiritum  esse  cum  eo  ?  Sede  itaque  solitarius,  sicut  tur- 
tur.  Nihil  tibi  et  turbis ,  nihil  cum  mullitudine 
caelcrorum  :  eliamque  ipsum  obliviscere  populum  tutim, 
et  domum  patristui  ;  et  coneupiscet  Rex  decorem  tutim. 
0  sancta  anima,  sola  csto,  ut  soli  omniuui  serves  teip- 
sam  quern  ex  omnibus  tibi  elegisti.  Fuge  publicum, 
fugc  et  ipsos  domeslicos  :  secede  ab  amieis  et  intimis, 
etiam  et  ab  illo  qui  libi  ministral.  An  nescis  te  vere- 
rnndiim  habere  sponsum,  et  qui  nequaquam  suam  velit 
tibi  indutgere  prxsenliam  praisentibus  caeteris?  Secede 
ergo,  sed  mente,  non  corpore;  sed  intentione,  sed  de- 
votione,  sed  spiritn.  Spirilus  enim  ante  faciem  tuam 
Christus  Dominus,  spirilusque  requirit,  non  corporis 
soliludinem  :  quanquam  et  corpore  interdum  non  otiose 
te  separas,  cum  opportune  poles,  pr.eserlim  in  tempore 
orationis.  Tenes  etiam  in  hoc  et  mandalum  Sponsi,  et 
formam  :  Tu,  inquil,  cum  orawis,  intra  in  cubiculum 
luuin,  et  clauio  outworn.  Et  quod  dixit,  fecit.  Solus  in 
oratione  pernoclabat,  non  modo  se  abscondens  a  turbis, 
sed  nee  ulluin  quidem  dispulorum,  nee  ullum  domes- 
ticorum  ad  mittens.  Uenique  tres  sccum  intimos  sibi  ad- 
duxerat,  cum  ultro   properaret.  ad    mortem  ;  avulsus  est 


et  ab  ipsis  orare  volens.  Ergo  et  tu  fac  similiter,  quando 
orare  volueris. 

5.  De  cwlero  sola  indicitur  tibi  mentis  et  spirilus 
solitudo.  Solus  es,  si  non  communia  cogites,  si  non 
afTectes  prirsentia,  si  despicias  quod  multi  suspiciunl,  si 
faslidias  quod  omnes  desiderant,  si  jurgia  deviles,  si 
damna  non  sentias,  si  non  rccorderis  inju.'iarum.  Alio- 
quin  nee  si  solus  corpore  es,  solus  es.  Videsne  posse 
esse  te  et  solum,  cum  inter  multos;  et  inter  mnltos, 
cum  solus  es?  Solus  es  in  quantacunque  homintitn  ver- 
seris  frcquentia  :  tantum  cave  alienee  conversations  esse 
aut  curiosus  explorator,  aut  lemerarius  judex.  Eliamsi 
perperam  actum  quid  deprehendas,  nee  sic  judiccs 
proximum,  mngis  autem  excusa.  Excusa  intentionem,  si 
opus  non  poles  :  puta  ignoranliam,  puta  subreplionem, 
pula  casum.  Quod  si  oninem  omnino  dissimulalionen) 
rei  cerliludo  recusal,  suade  nihilominus  ipse  tibi,  et 
dicilo  apud  temetipsum  :  vebemens  t'uit  nimis  tenlalio  : 
quid  de  me  ilia  fecisset,  si  acccpisset  in  me  similiter 
polestatem  '?  El  memento,  me  modo  alio  |ui  Sponsam, 
et  non  amicum  Sponsi  insfruere  ,  cni  alia  ralio 
est  diligenlius  observandi  ne  quis  pecret,  et  explo- 
randi  an  peccet,  et  emendandi  si  peccatum  fucrit. 
A  qua  sane  necessitate  Sponsa  libera  est,  soli  vjvens 
sibi,  et  ipsi  quern    diligit    Sponso    pariter    et    Domino 


QUARANTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


pour  elle  seule,  et  pour  celui  qu'elle  airae,  qui  est 
tout  ensemble  son  epoux,  et  son  Seigneur,  son 
Dieu  beni  par  dessus  tout  dans  tous  les  siecles  des 
siecles.  Aiusi  soit-il. 

SERMON  XLI. 

Grande  consolation  de  l'Epouse  dans  la  contemplation 
des  splendeurs  de  Dieu,  en  attendant  quelle  arrive 
a  sa   claire  vision. 

I.  «  Votre  con  estcomme  des  perles  (Cant.  i,9).» 
L'on  a  coutume  d'orner  le  cou  de  perles,  mais  non 
pas  de  le  comparer  aux  perles.  Mais  que  eelles-la 
se  chargent  de  perles,  qui  cherchent  dans  les  or- 
nements  etrangers  la  beaute  qu'elles  ne  trouvent 
pas  en  elles-memes.  Le  cou  de  l'Epouse  est  si  beau 
en  soi,  et  naturellement  si  bien  fait,  qu'il  n'a  pus  be 
soinde  tous  ces  ornements  extericurs.  A  quoi bouse 
parerd'un  eclat  emprunte  quand  la  beaute  naturelle 
sul'lit,  et  peut  meme  egaler  l'eclat  des  perles  dont  les 
autres  se  servent  pour  rebausser  leureclat?  C'est  ce 
que  l'Epoux  a  voulu  donner  a  entendre,  quand  il  a 
dit,  non  pas  que  des  perles  pendent  au  cou  de 
l'Epouse,  comme  cela  se  voit  d'ordinaire,  mais  que 
son  cou  ressemble  a  des  perles.  11  nous  faut  mainte- 
nant  invoquer  le  Saiut-Esprit,   aliu   que  comme  il 


349 

et  plus  probable  que  de  dire,  que  c'est  l'entende- 
ment  qui  est  designe  par  le  cou  de  l'Epouse.  Je 
crois  que  vous  serez  aussi  de  ce  sentiment,  si  vous 
considerez  la  raison  de  cette  ressemblance.  En 
effet,  l'entendement  est  comme  le  cou  dont  l'ame 
se  sert.  pour  faire  passer  en  elle  la  nourriture  de 
l'espnt,  et  la  repandre  ensuite  dans  toutes  ses  atfec- 
tions  et  ses  mouvements.  Comme  le  cou  de  l'E- 
pouse, e'est-a-dire.  l'entendement  qui  est  pur  et 
simple,  brille  assez  de  lui-meine  par  la  verite  toute 
nue,  il  n'a  point  besoin  d'autres  ornemenls,  mais 
lui-  meme,  comme  uneperle  precieuse,  est  la  beaute 
de  l'ame  ;  et  c'est  pour  cela  qu'oD  le  compare  aux 
perles  memes.  La  verite  est  une  perle  excellente, 
aussi  bien  que  la  purete  et  la  simplicity,  la  sagesse, 
mais  la  sagesse  sobre  tt  moderee  en  est  une  belle 
aussi.  L'entendement  des  philosopbus,  ou  des  he-  La  virile  est 
reliques  n  a  pas  cet  eclat  propre  a  la  purete  et  a  la  soin  que 
verite  :  et  c'est  pour  cela  qu'ils  prennent  beaucoup  P^'"^"' Jf/ 
de  peine  a  le  couvrir  et  a  le  fardcr  de  pnroles  ma-  pour  cotorer 

,,  ,  .  ,     learserreuri. 

gniliques,  et  d  arguments  subtils  et  ca[itieux,  de 
crainte  que  s'il  se  monlrait  a  nu,  on  n'en  decouvrit 
la  biideur  et  la  difformite. 

2.  II  y  a  e:. suite.  «  .Nous  vous  ferons  des  pen- 
dants d'oreilles  d'or,  marquetes  d'argent.  »  S'il  eut 
dit,  je  ferai,  au  lieu  de  nous  ferons,  je  dirais  sans 
hesiter  que  c'est  l'Epoux  qui  parle.   Mais    mainte- 


nous  a  fait  la  grace  de  trouver  les  joues  spirituelles  Uant  voyez  sije  ne  ferais  point  mieux  d'attribuer  ces 

del  'Epouse,  il  daigne  encore  nous  apprendre  quel  paroles  a  ses  compagnons  qui  consolent  l'Epouse, 

est   son    cou   spirituel.    Quant  a  moi,    pour  vous  en  lui  promettant,  qu'en  attendant  qu'elle  arrive  a 

dire  ce  que  j'en  pense,  il  ne  me  vient  rien  mainte-  la  vision  de  l'Epoux  dont  ledesir  consume  son  ame, 

nant  a  l'esprit  qui  me  paraisse  plus  vraisemblable  ils  lui  feront  de  beaux  et  precieux  pendants  d'oreil- 


suo,  qui  est  sup  r  omnia   Deus   benedictus    in   sscula. 
Amen. 

SERMO  XLI. 

Quahter  Sponsa  recipit  interim  magnam  consolationem 
de  contemplationedioince  clarilatis,  antequam  perianal 
ad  clarant  ejus  visionem. 

1.  Collum  tuum  sicut  monilia.  Solet  ornari  collum 
monibbus,  n  n  sis  comparari.  Sed  hoc  illae  faciant, 
quibus  quia  de  proprio  non  inest  decor,  aliunde  necesse 
est  ut  mendicenl,  unde  se  speciosas  menliantur.  Nam 
SponsiE  collum  ita  in  seipso  formosum,  et  tain  decenter 
quasi  natura  formutum  est,  ut  cxtrinsecus  non  requirat 
ornaluin.  Quid  enim  opus  est  peregrinorum  fucos  idhi- 
bcre  coloruiu,  cui  propria,  et  tanquam  iuna'a  suflicit 
pulchriludo,  iu  tun  turn  ut  ipsorum  quoque,  qua?  ad  or- 
nauduin  quieruiitur  monilium  possit  ad«quurc  nitorem  ? 
Hue  aeinpe  iulclligi  vuluit,  qui  minime  quidem  a  collo 
(Hi  assolul)  pen  lere  monilia,  sed  ipsum  putius  esse 
sicut  monilia  dixit.  Nunc  jam  invoeandus  est  nobis 
Spiritus-Sunctus,  ut  sicut  spirit uales  Sponsae  genus  sua 
dignulioue  tribuit  iuvenire,  ita  etium  ipsius  spirituale 
COllum  dcnionstrare  dignelur.  Et  meo  quidem  inlel- 
lectui  (quia  mihi  incumbit  loqui  qua;  sentio)  nihil  inte- 
rim veri   similius    probabiliusve    elucet,    quam    ipsum 


aninia;  intellectum  colli  nomine  designari.  Tu  quoque 
idem  (ut  arbitror)  approbabis,  si  advertas  similitudinis 
rationem.  An  non  siquidem  tibi  videtur  colli  quodam 
modo  vice  fungi  intellectus,  per  quem  tua  anima  trujicit 
in  se  spiritus  vitalia  alimenta,  atque  in  qua-darn  truns- 
fundit  viscera  morum,  affectuumque  suorum'?  Hoc  ergo 
Spons;e  collum,  id  est  purus  et  simplex  intellectus,  cum 
nuda  et  aperta  veritate  satis  per  seipsum  reniteat,  non 
indiget  ornamento ;  sed  ipsum  magis,  tanquam  pretiosum 
monile,  animam  decenter  exornat,  ac  proinde  simile 
monilibus  ipsis  describitur.  Bonum  monile  Veritas, 
bonum  puritas  sivc  simplicitas,  bonum  plane  monile 
sapere  ad  sobrietalem.  Philosophorum  vel  h*ieticorum 
intellectus  non  babet  hunc  in  se  puritatis,  veritatisque 
nitorem  :  et  ideo  multam  curam  geruut  ipsum  colorare 
et  fucare  phaleris  verborum  ,  et  versutiis  syllogis- 
morum,  ne,  si  nudus  appareat,  falsi  etiam  appareat 
turpiludo. 

2.  Scquitur,  Muraenu/us  aureus  facimeus  tibi,  vermi- 
cululas  aryeiito.  Si,  faciam,  singulariter,  et  non  plurali- 
tcr,  faciemus ,  dixisset,  absolute  et  indubitanter  hoc 
eliam  loqui  Sponsum  pronuntiassem.  Nunc  aulcin  vide 
ne  forte  magis  sodulibus  ejus  congruentiusque  assigne- 
mus,  Sponsam  quasi  consolantibus  tali  promissione, 
quod  donee  perveniat  ad  visionem  ejus,  cujus  sic  flay  ml 
desiderio,  lacturi  sint  illi  muramulus  pulcliras  et  prelio- 
sas,  qua;  sunt  aurium  ornamenta.  Atque  hoc  proplerea, 


»6t 


OTUVREb  DE  SAINT  BERNARD. 


Qne  f'llt-il 

en'endre  par 

lc«  pend  'nls 

d'oreiilo. 


l.n  foi  porifie 

l\ril  el  le 
prepare  ;>  la 

Uieu. 


at.    eier- 
eeodo. 


lee.  Et  cob,  jp  pensc.   p.irce   que  la   foi   victit   de 
In., i,',  ft  p  irifie  la   vue.  Car  e'e-sl  eu  vain  qu'on 

s'appliqm-  a  conltHBplur,  si  1'n'il  n'est    puriGe   par 
l.i  foi,  i",i-<|  I'm)  He  pi'ouu'l  cetle  vision  qua  renac 
qui  oni  le  lueur  pur.    kueai  f~i-il  cent   que  Dieu 
punlie  If  co'iir  par  li   fm  {Xl'itlh.    v,  ;  7   (.Ac/,  xv). 
Coinnie  la  foi  vie nt  p.ir   I'ouie,   et    pur  lie   la    rite, 
cVsl  avee  r.iison  qu'ils  av.ii-nt  soiu  ilt*  luioriifr  les 
ori'illes,  puisque  I'uiiie  prepare  a  la  vision  de  Rieii. 
0  Epousf,  lui  disfut-ils,  vous   snupirts   apres   lea 
elantes  <le  voire   bien-uiiiic ;     la    faveur   tie  lfs 
contouipler  vousrst  rfSfi'vie  pour  mi  autre  temps. 
Mais  en  attendant  nous  vous  donnons  des  onie- 
nieuts  pour  nii'lti'f  a  vos  oreilles,  ils  vous  serviront 
a  vous  consoler,  et  a,  vous  preparer  a  ce   epic    SOUS 
sotiliaitez  si  arili.'iiuuuut.  C'est  coinnie   s'lls  lui   di- 
saient   cctte  parole    du    I'mphele  :  <>   Ecoutez    ma 
lille  el  foyqz  (P$af.    xi.iv,   llj.    »  Vous  desircz  «!e 
voir,  couiuicuccz  |  ur  ecoutcr.  l.'ouie  est  un    degre 
pour  urrner  a  la  vue.  C'est   pourquoi    ecoutez,    et 
piclez  l'oreille  aux  oriicincnts  que   nous   vous  fai- 
sons,  alin  que,  par  1'oIjc is>aiicc  del'ouie,  vous  arii- 
viez  a  la  gloire  de  la  vision.  Nous  tachons  maiiite- 
nant  de  re.ouir  vos  oreilles,  car,  pour  la  vue,  il  ne 
depend  pas  de  nous  de  lui  ilonuer  ce  qui  doit  lane 
un  jour  la  plenitude  de  noire  joie,  et  I'uccomplis- 
senient  de  vos  desire  ;  eela  depend  de    cclui   que 
votre  auie  aiuie  si   ardeiunifiit.    C'est   lui    qui    se 
montrer.t  lui-meme  a  vous,  alin  que  voire juie  suit 
parlaite.  C'est  lui   qui    vous    reuiplira    d'une  joie 
iuftlable,    en    vous    decouvrant    son   visage.    I  our 
vous  consoler,  recevez  de  noire    main    tes   ptaleS, 
en  attendant  les    delkes  donl  sa  droite  esl  a  jamais 
i-emphe. 


3 .  II  fiut  considerer  encore  quels   sontcespen-      re  on'ii 

dauls  iiu'ds  lui  offivnt.  <i  lis  sont  d'or,   disenl-ils,  fauieiiiradrd 

1  [.  i  r  ces 

el  marque'.es  d'argent.  •>  Lor  marque  In  spleiideur  pend  msd'aj 

i  eil  w  for 
marqn 


de  li  Divinite  et  1 1  sagesse  d'en  haul.  C'csl.le  eel  ul 
que   ces  celestes   ouvners,   a  qui  ce  ininislere  esl 
comniis,    promeltent  de    former  des  images  liril- 
laiite.s  de  la  vcrile,  pour  les  faire    entrer   dans    les 
oreilles    lnlerieurcs   de    I'ft  ue.    Ce  qui    n'est  autre 
clio-e,  je  crois,  que  faire  des  especes  de  iigiuvssp;- 
riluelles,  el  d'y  allacher  les  plus  pares  liuiiieres  de 
la  sagesse  divme,    pour  les  metlre  devaut  les  yeux 
de  I'aaie  «D  contemplation,  alin   qu'au  inoins   elle 
voie  cotuuie  dans  un  nnroir  et  en  elligme,  ce  qu'ello 
ne  pent  pas  encore  voir  face   a  face.   Ces   choses-la 
sont  tonics  divines,  et  ne  soiit  counues  erne  do  ceux 
qui  en  out  fait   ('experience,  il  n'y  a  qu'eux   qui 
sivfiil  comment  il  se  pent  faire  que,  dans  ce  corps 
inorlel.  dans  l'el  it  de  la  foi,  ou  la  substance    de    la 
soiiveranie  lu  mitre   n'est  pas   encore  decouverte, 
il  arrive  neaiinioins  quelipie  1'ois,  que   la  coirtem- 
plution  de  la  pare  verile  commence  deji   a   ebau- 
clier  son  ouvrage  en  nous,  en  sorle  que  celui  d  en- 
tre  nous  t|;ii  est  assez  lieureiix  pour  avoir    recti    ce 
don  d'en  liaut  pent  direavec  I'Apdtre  :  «  Je  connais 
maiiitfiiant  eu  parlie.  »  Puis  encore  :  «   En    p.irtie 
nous  oonnajssons,   et  eu  partie  nous    devinons.  » 
Mais  lorsque  I'esprit,  sorlant  coinme    hors   dc   lui- 
llieine.et  elanl  ravi  enextase,  viellt  a  en'.revoir  quel- 
que  chose  de  plus  divin,  qui  lui  parait  passer  coinme 
•in  eclair  devant  ses  vetix,  alors,  soit  pour   tempe- 
I'cr  fecial  d'une  si  vive  clarte,  soit  pour  nous  ren- 
dre  capables  de  la  comrauniquer  aux  aulres.  je    ne 
sais   comment  il   se  fait,  qu'il  se  presenle  aussilot 
a  nous  des  images  et  des  figures  de   chosts    corpo- 


d'arge&t. 


imipoi  ppi- 

i  it u.  Ilea 
qui  T  fur- 
ineol  il.nis 

It's   Allies 

cunlfiiipla 
lur.s. 


nt  opinor,  quia  fides  ex  audilu  :  ct  qunndiu  f  er  (idem 
ainbiilaUir  et  noa  per  speciem,  diindu  opera  potius  ins- 
trueudo  aiiuilui,  quam  visni  exserendo  ".  Prustra  iiiiin- 
que  inlendilur  oculus,  qui  non  sit  tide  niiinilalus  :  cum 
solis,  qui  iiiiindo  corde  sunt,  viileiidi  cu]iia  prooiitlatur. 
Script  urn  vera  est  :  Fitle*  muiuluns  curdu  eorum.  Quia 
ergo  tides  ex  audita,  cl  ex  ilia  visus  purg--Uio  est :  mcrilo 
illi  oniandis  aiiiibus  irilenilebaiit,  diiiu  audilus,  sicut 
ratio  docail,  visussil  preepamtio. Tu,  ipquiunt, o  Sponsa, 
inluendie  ililtcti  inliias  claritati  :  sed  boe  alteiius  lem- 
poris  esl.  Damua  autem  in  piiEsenliaium  ornanicnla 
aiii'ibns  tuis,  quod  erit  libi  inleiini  consolalio,  ciit  et 
prapaialio  ad  hoc  ipsuni  tj'iod  poslulas,  acsi  illud  Pro- 
pbcia;  ei  dicant  :  Audi  fi/m,  el  vide.  Videre  duaidcras, 
sed  a  idi  priu?.  Gradus  esl  audilus  ad  visual.  Proinde 
audi,  et  inclina  aurcni  tuaai  omamentis  qus  libi  I'aci- 
mus,  ut  per  audilus  obed.enliam  ad  gloriaai  pervenias 
visonis.  .\o»  auditui  luo  damns  ggudium  et  lieliliam. 
Kam  vigui  non  est  nostrum  dare,  (in  quo  gauilii  pleui- 
tiulo,  ct  lui  deaiderii  adiuyiuitio  est  :)  sed  illiiis  qaeco 
diligit  annua  lua.  Ipse  lit  gaiidium  luiim  plenum  »it, 
oalendet  aeipsuin  libi  :  ip>-e  adimplebil  te  la-titia  cum 
vultu  suo.  Tu  iuteiim  accipe  ad  consolutiuDCm  iiiurxnu- 
las  bas  de  manu  nostra  :  cajterum  deleclationes  in  dex- 
W.-i  ejus  usque  influom. 


3.  Advcrlcndum  cujusmodi  ei  muneniilas  offenint  : 
Aureai,  inquit,  et  vermicutaiits  argento.  Aiirnm  divini- 
lalis  esl  fulgor,  aurum  sapientia  qu;e  desursum  est.  Hoc 
auro  fulgenlia  qua'ilam  quasi  vcritatis  siicnacula  spondi  nt 
se  liguiaturos  hi,  quibus  iO  ministerii  esl,  superni  aiu-i- 
fices,  alqne  inlcrnis  aninia'  auiibas  insertnros.  Quod 
ego  nun  pulo  esse  aliud,  quaie  lexere  spirituales  i|  ins- 
dam  sim  liluiliiies,  et  in  ipsis  purissima  diviuae sapiential 
sensa  animx  conlcmplanlis  conspectibus  imporlare,  ut 
videat,  sallcni  per  speculum  et  in  senigmato,  quod 
nondum  facie  ad  facieni  valet  ull.itenus  intucii.  IJivina 
sunt,  el  nisi  cxpeilis  prorsns  incognita  qmn  etlamur, 
qiioniodn  videlicet  in  hoc  mortali  rorporo.  fide  adhuc 
habente  statuin,  et  necdiun  propalata  perspicui  s.ibs- 
lautia  lumiuis,  jam  lainen  "  puras  interdum  conlem- 
platio  verilalis  paries  suas  agere  intra  nos  vel  ex  parte 
pramumit,  ita  ut  liueat  unurpare  etiam  alicui  nostrum, 
cui  hoc  dalum  desuper  I'uerii,  illud  Apostoli  :  Nunc 
c  itptoso)  (\r  paxte.  Hem,  etc  parte  cognotQimus,  ei  ex 
pnrte  prophelamwi.  Gum  autem  divinius  illiquid  raptlra 
ct  veluli  in  velocilale  corusci  liiminis  inlerluxcril  nieuti 
sph-ilu  excedculi,  slvc  ad  Icmpuiauicntuin  lli.ldi  spletl- 
duris,  sivc  ad  doclricne  iisu.u  :  continuo  (nescio  nude) 
adsunt  imaginatoria?  quadam  rcrum  inferiorum  simili- 
tudiues,  infusis  dniuitus  sensis  convenieuter  accommo- 


al.  interim 


QUARANTE  ET  UNIEME  SERMON  SUK  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  851 

relies,  proportionnees  anx  conniissances  que    Dieu         5.  Mais  voyez    comment  el!e  reeoit    autre    chose    , 

11  A  cent  qni 

repand  en  nous,  qui  couvrent  en  quelque  sorle   le  que  ce  qu'elle  desire.  Elle  soupire  apres  le  repos   «"nt  avide« 

rayon  pur  et  resplcmlissant  de  la  verite,  el  rendent  de  la  contemplation,  on  lui  impure  le  travail  de  la  temptation] 

Tame    plus  capable  d'en   supporter  I'eclat,  et  d'en  predication,  et  quand  elle  a  soil' de  la  presence  de  °"  im|'°*j le 

iii  •  ■•-.  travail  de 

E'lTtra  dcs   fine  part  a  ceux  a  qui  il  lui  plait.  Je  crois  pinirlunt  1  Epulis,    on    la   charge  de  donner    des  enfunts  a  lapredicatioa 

qll'elles    se   forment  en  nous  par  !e   ministere  des  l'Epotix,  et  de  les  nourrir.  Et  ce  n'est  pas  la  ure- 

bons  auges.   ruminc  au   coutraire  il  n'y  a  point  de  miere  fois  que  cela  lui  arrive.  Jo  me    souviens  que 

doule  que   les  aulres  qui  sont  mauvaises  tie  soient  lors  [ii'elle  souhaitait  passionuenient  de  jouir  des 

pro  luitcs  par  l'oiCremise  des  mauvais  anges.  embrassements   et   des   baisers  de  l'Epoux,  on  lui 

h.  Etpeut-elre  que  c'esl  la  ce  nisi'oir  et  cello  enig-  repondit  :    «  Vos   mamelles    sont    plus  exeellenles 

me    par   lesqiels  vuyait   saint  I'aul   et   ([  li  elaient  que  le    vin,  »  alin    que,  par  la,  elle  connut  qii'elle 

faits,  si  je  puis  parlerai.. si,  par  les  mains  des  anges,  elait   mere,  et  quelle  songeat   a  donner  du  lait  a 

de  ces  pures  et  bi'lles  images  qui  nous  donnenl    la  ses  pelils  enfunts.  I'eut-elro  qu'en  d'autres  lieux  de 

cOnnaissance  de  l'elre de  Dieu  qui  est  pur  et  qui  se  ce   Cantique,   vous  pourrez   encore  reuiarquer  la 

voit  dans  toules  ces  figures  corporelles,  et  nous  font  meme  chose,  si  vous  voulez  toutefois  vous  en  donner 

altribllef  au  ministere  des  anges,    ces    images    ex-  la  peine,  par  exemple  en  la  personne  du  Patriarch* 

Cellentes  dout  il  nous  p  irait  si    dignement  revelu.  Jacob,  lnisque,setrouvaul  fruslredesembrussenienls 

Ce  q  i 'une  autre  version semble  avoir  marque    plus  de  llachelqu'il avail  si  loiiglemps  desires  et  atleiidus, 

expressement  en  disaut  :    «  Nous  vous  t'erons  des  au  lieu  d'une  femme  sterile  et  he'le,  il  en  recut  mal- 

iiguivs     rehaussees    de    marqueterie     d'argent.    »  gre  lui,  sans  le  sa\oir,  line  leeonde  a  la  verite,  mais 

Ce  qui,  Silun   moi,   signilie,     que    non-seuleiuent  quietait chas^ieuse.  Ainsidonc  maiutenant,l'Epouse 

ces    images   sont   inipriuie.-s     par    les    anges    au  desirant  savoir,  et  s'enquerant  on  son  bien-aime 

dedans  de   nuus,   mais   qu'ils    nous    donnent   en-  pail  son    troupeau,  et  se  repose  &  I'heiire  de  midi, 

core  la  grace  et  la  beaule  de  la   parole    exleneure,  elle    remporte  au  lieu  de   cetle  conuaissance  des 

aliinpie  cela  serve  a  les  orner  et  a  les  faire  recevoir  pendanls  d'oreilles    d'or  marquetes  d'argent,  c'est- 

des  auditeurs  plus  aiseinent,  et  avec  plus   de   plai-  a-dire  la  sagesse  avec  l'eloqueuce,  sans  doute  pour 

sir.  Si  vous  deuiaudez    quel   rapport   il  y   a    enlre  l'oeuvre  de  la  predication. 

la  parole  et  1'argem,  ecoulez  la  reponse  du  Pro-  6.  Cela  nous  apprend  qu'il  faut  souvent  laisser 
pbete  :  «  Les  paroles  du  Seigneur  soul  toules  pu-  les  baisers  malgre  leur  douceur,  pour  les  ma- 
res, c'est  de  l'argent  eprouve  par  le  feu  [P*dl.  melles  qui  allaileut.  et  que  personne  ne  doit  vivre 
xi,  7).  »  Voila  done  comment  ces  esprit S  celestes,  pour  soi-ineme,  mais  pour  tons  Malheur  il  ceux 
qui  sunt  les  ininislres  des  voloules  de  IHeu  font  a  qui  onl  recu  la  grace  d'avoir  des  pensecs  et  des  pa- 
l'Epouse,  qui  est  elrangere  sur  laterre,  des  pendants  roles  digues  de  la  grandeur  de  Dieu,  s'lls  lout  ser- 
d'oredles  d  or,  marquetes  d'argent.  vir   la  piele  a  leur  avarice,   s'ils  tourueut  en    vaiue 


O  que  li- 

gnilient  lei 

pendants 

d'oreill'* 

d'or. 


datae,  quibus  quodam  modo  adumbratus  purissimus  ille 
ae  splcndidiasimus  vcrilalis  radius,  el  ipsi  arums  tule- 
rabihor  (iat ,  et  quibus  cummunicare  ilium  voluerit, 
capabilior.  Existimo  lamcn  ipsas  formari  in  nobis  sanc- 
torum sugge4iuiiibus  angelorum,  sicut  e  contrai-io  con- 
trarias  ct  inalas  ingeri  iunnissiones  per  angelos  malos 
non  dubium  est. 

4.  Et  Ibrtassis  hinc  illud  est  speculum  atquc  renigma, 
utdixi,  per  quod  videbat  Apostolus  ex  istiusmodi  pur.s 
pulctiriaque  lmaginaiiouibus  angelorum  quasi  manibus 
fabrieatum  :  quatenuset  Uei  esse,  quod  purum  et  absque 
oauii  pbantasia  corporearum  imaginum  cernitur,  seuliu- 
mus;  ct  elegante  n  quamlibet  siuiihtudiuein  ,  qua  id 
d.gne  vestitum  apparuerit,  ministcrio  deputomiis  ange- 
lico.  Quod  signassc  expressius  videtur  alia  intcrp "etatio, 
dicens  :  Simihtuilines  auri  fabri  faciemm  tibi,  cum  di<- 
tinctionrbiii  aryenli,  Ununi  est,  cum  dixtinctiuniluts 
argenti,  et  vermiculn1cn  argento.  In  quo  mihi  signilieare 
videtur  non  modo  siiuililitdiucs  inlus  per  angelus  sug- 
gei'i,  sed  uilorem  quoque  eloquii  per  ipsos  extiinsijeua 
miiiislrari,  quo  congrue  atque  deeenler  urnalie,  et  I'aci- 
lius  ab  audiloribus  capiantur,  et  delectabiliua.  Quod  si 
dixeris  :  Quid  eloquio  ctargeuto?  dicit  tibi  Propheta  : 
Eloquia  Domini,  eloquia  casta,  argentum    igne    exami- 


nation. Ila  ergo  i 111  ecelestcs  administratorii  spiritus  pe- 
regriuanti  in  leiris  fponsai  faciunt,  munenulas  aureas, 
vermiculatus  argento. 

5.  Vide  autc.n  quomodo  ilia  aliud  cnpil,  et  aliud 
accipit;  et  nilenti  ad  conlemplationia  quietem  labor 
prsedicalionis  imponitur ;  ct  sitienti  Sponsi  prassentiam, 
liliorum  Sponsi  pariendorum  ,  alendorumque  sollicitudo 
injungitur.  Neque  nunc  tantuin  accidit  illi  hoc;  sed  et 
alia  vice,  lit  memini,  cum  Sponsi  amplexus  et  oscula  sus- 
pirarct,  rcsponsuni  est  ei  :  Quia  metiora  sunt  uberatua 
vino,  ut  ex  hoc  se  intelligent  matrem,atque  ad  dandum 
lac  parvulis,  nutriendumque  lilios  revueari.  Fortaaais  et 
in  aliis  cautici  hujus  lo^is  hoc  ipsuni  tu  quoque  (nisi 
piger  sis  ad  iuq  lirendum)  per  te  ipsuni  advertere  poteris, 
An  non  res  isla  quondam  in  saucto  patriaroha  Jacob 
pneligiirabatur,  <jun)  frustratua  oplatia  diu  |ue  exspecta- 
tis  Raehelis  amplexibus,  pro  sturili  et  decora  toundaiu 
et  lippaui  iuvitiis  atque  ignarus  accepit ?  Ita  ergo  nunc 
Spousa  scire  eupiena  ct  inquirens,  ubi  in  moridianii 
horia  dilectus  pascat  etcubel,  muraenulas  pro  eo  repor- 
tat  aureas,  vermiculatas  argento,  id  eat  sapientiatn 
cum  cloquenlia;  haud  dubiuin  quin  ad  prsedicationia 
opus. 

6.  Docemur  ex   hoc    sane,   intermittenda   plerumqu* 


352 


CEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


gloire  ce  qu'ils  avaient  recu  pour  gagner  ties  Ames  vit  reprise   par  l'Epoux  :  toutefois,  ce  n'est   pas  a 

it  Dieu,  si,  ayant  des  conceptions  sublimes,  ilsn'ont  l'Epouz   qu'elle  la  fit,  ruais  a  ses  compagnons  ;  ce 

pas  des  sentiments  humbles  :  qu'ils  fecoutent  avec  qu'i]  est  aise  de  comprendre  parses  paroles.  En  ef- 

frayeur  cequele  Seignenr  iht  par  la  bouehe  d'un  fet,  ce  n'est  pas  a  lui  mais  de  lui  qu'elle  parle.  puis- 

prophete  :   «  Je  leur  ai  donne  nion  or  et  mon  ar-  qu'elle  ne  dit  pas :  6  roi,  lorsque  vous  etiez   assis 

gent,  et  ils  s"en  sont  servis  pour  rendre  un  culte  sa-  sur    voire    lit,    mais  «  lorsque   le    roi    etait  assis 

^oufWr',  *  mll'^'jl  Raal-  i0scc-  "•  8'-  *  -M;us  TOUS>  teoutez  ee  sur  son  lit.  »  Ainsi  tigurez-vous  quel'Epoux,  apres 


quand  on'esi  que  l'Epouse  repond  apres  avoir  recu  line  repri- 
pNxhcateur.  inande  d'une  part  et  tine  promesse  de  I' autre.  Car 
elle  ne  s'eleve  point  pour  des  promesses,  ni  ne  se 
met  point  encolere  pour  un  refus  ;  mais  elle  pra- 
tique ce  qui  est  eerit  :  «  Reprenez  le  sage,  etil  vous 
aimera  [Pram,  ix,  8i.  »  Et  pareillement  elle   suit 


1 'avoir  reprise,  voyant,  par  la  rongeur  de  son  visage, 
qu'elle  etait  couverte  de  confusion,  se  retire  a  l'e- 
cart,  afin  que,  pendant  son  eloignement,  elle  put 
laisser  un  libre  cours  a  l'expression  de  ses  senti- 
ments, et  que  si,  conime  cela  arrive  d'ordinaire, 
elle  se  laissait  alter  plus  qu'il  ne  faut  a  la    crain'e 


cette    maxime  qui  regarde  rusage  des  dons  et   des    0u  a  1'abattement,  ses  compagnons  la  consolassent 


promesses  :  «  Plus  vous  etes  grand,  plus  vous  de- 
vez  vous  humilier  en  toutes  choses  (Erc/i.  m, 
20).  nCequ'on  entendra  bien  mieuxpar  sareponse. 
.M  lis  renvoyons,  sivousl'avez  agreable,  cette  dis- 
cussion a  un  autre  sermon.  Et  pour  ce  que  nous 
avons  dit,  rendons-en  gloire  a  l'epoux  de  l'Eglise 
Notre  Seigneur  Jesus-Christ,  qui  etant  Dieu,  est 
au  dessus  de  toutes  choses,  et  beni  a  jamais.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  XLII. 

//  y  a  deux  sortes  d'humilites :  I'une  nait  de  la  ve'rite, 
I' autre  est  enflammee  par  la  charile. 

1.  u  Lorsque  le  roi  etait  assis  sur  son  lit,  monnard 
a  repandu  son  odeur  (Cant. 1, 11).  »  Cesont  les  pa- 
roles de  l'Epouse  que  nous  avons  remises  a  an- 
jourd'hui.  C'est  la  reponse  qu'elle  fit  quand  elle  se 


dulcia  oscula  propter  lactantia  libera  ;  nee  cuiquara  sibi 
sed  omnibus  esse  vivendum.  Vae  qui  bene  de  Deo  et 
senlire,  et  eloqui  acceperunt,  si  quantum  sestiment  pie- 
talem  ;  si  converianl  ad  inanera  gloriam,  quod  ad  lucra 
Dei  acceperanl  erogandum  ;  si  alia  sapientes,  humilibus 
non  consenliant.  Paveanl  quod  in  Prophela  legitur, 
dicente  Domino  :  Dedi  as  aurum  meum  et  argentum 
meum;  ipsi  aulem  de  argento  et  auro  meo  operati  sunt 
Bna/.  Tu  ergo  audi  quid  Sponsa,  accepta  hinc  quideni 
incrcpatione,  inde  vero  proinissione,  respondent.  Neque 
enim  vel  de  promissis  extollitur,  vet  pro  repulsa  iras- 
citur;  sed,  sicut  scriptum  est,  Corripe  sapientem,  et 
amahit  le ;  et  item  quod  ad  donationes  et  promissionea 
special,  quanta  major  es,  humilia  te  in  omnibus,  quod 
ex  ejus  responsione  melius  utrumqiic  patebil.  Sed  ipsa, 
si  placet  ,  disenssio  in  aliud  serinonis  principium 
difTeralur  :  et  de  iis  qu«  dicta  sunt,  glorificemus 
Sponsum  Ecclesia?  Dominum  nostrum  Jesum-Chris- 
lum,  qui  est  super  omnia  Deus  Lenedictus  in  saecula. 
Amen. 

SERMO  XLII. 

De  duplici  humilitate,  una  videlicet,  quam  parit  Veritas; 
et  altera,  quam  iu/lummut  eharilas. 

1.  Cum  esset  rex  in  accubitu  suo,   nardus   mea  dedit 


et   la  relevassent.  Ce  que  neanmoins  il  ne   neglige 

pas  de  faire  lui-meme  a.l'occasion,  selon  qu'il  le 
juge  a  pro]ios.  Car  pour  monlrer  clairement  com- 
bien  elle  lui  pint  pendant  qu'il  lui  adressait  ses  re- 
proches,  parce  qu'elle  les  recevait  avec  bumilite  et 
avec  la  soumission  qu'elle  devait,  il  voulut,  avarttde 
s'eloigner  d'elle,  se  repandre  en  louanges  qui  pax- 
taie*;t,on  nepeut  endouter,  de  l'aboudaucedu  cceur, 
et  relever  la  beaule  de  ses  joucs  et  de  son  cou. 
Aussi,  ceux  qui  restent  aupres  d'elle  lui  parlent-ils 
avec  douceur,  et  lui  ollrent-ils  des  presents,  sa- 
chant  bien  qu'ils  entraient  par  la  dans  la  pensee  du 
Seigneur.  C'est  done  a  eux  qu'elle  adresse  sa  re- 
ponse. Voila  pour  la  suite  et  la  liaison  du  texte  de 
1'Ecrilure. 

2.  Mais  avant  de  commeucer  a  tirer  le  sens  de 
cette  eeorce,  je  ferai  unecourte  reflexion.  Heureux 
celui  dont  les  reprimandes  sont  aussi  bien  recues 
que   celles  dont  nous  avons  ici  uu  modele.    Plut  a 


Saint  Ber- 
nard gremit 

de    I'inutilite 
de  certainea 

reprimandes. 


odorem  suum.  Ha?c  sunt  verba  Sponsa1,  quae  in  hodier- 
num  diem  distulimus:  hoc  responsum,  quod  dedit  ubi 
incrcpata  est  a  Sponso,  non  lamen  Sponso,  sed  ejus 
sodalibus  :  quod  facile  est  adverlere  ex  verbis  ipsis. 
Cum  enim  non  dicit,  quasi  ad  secuudam  personam,  cum 
esses  rex  In  accubitu  luo,  sed.  cum  esset  in  accubitu  suo; 
patet  quod  non  ail  ipsum  loquitur,  sed  de  ipso.  Puta 
proinde  Sponsum,  ubi  earn  (quatenus  visum  fuil)  aul 
corripuit,  aut  repressit;  compertaex  sulTusione  genarum 
rerecundia,  cessise  loco,  ut  ille  se  absente  loqueretur 
libeiius  qua.'  sentiret  :  sed  et  si  pavidior  (ut  assolet) 
quam  oportuerit,  et  dejeclior  animo  facta  esset,  sodalium 
earn  consolationes  erigerent.  Quod  tamen  el  per  scip- 
sum  facero  non  neglexit,  quantum  judicavit  pro  tempore 
|i  irtere.  Nam  ni  clarum  relinqueret  quantum  sibi  in 
ilia  correclione  complacuit,  quippe  quam  sensit  digne, 
et  prout  oportuit  acceptari ; non  sane  ante  st  absentavit, 
quam  ex  abundantia  (quod  non  est  dubium)  cordis  pro- 
rumporel  in  laudes  ejus,  et  genarum  cullique  ipsius 
pulctriludinem  commendarct.  Propterea  el  qui  cum 
ipsa  remanent,  blande  loqiunlur  illi,  el  munera  oflerunt, 
suienlcs  Domini  volunlatum.  Ad  ipsos  ergo  responaio 
ejus!  Et  lilteralis  quidem  conlcxtio  scbematis  ita  se 
babel. 

2.  Sed  priusquam  ex  hac  lesta  nucleum  spirituselicere 
.nchoeoaus,  dico  unum  breviter.  Felix,    cui  sua   objur- 


QUARANTE-DEIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


353 


Dieu  quil   ne  fut  jamais  necessaire    de  reprendre  suis   ni  prophete  ni  apotre,  ft  neanmoins  j'ose   le 

personne  :  car  ce  seraitle  meilleur.  Mais  parce  que  dire,  je  tiens  la  place  d'un  prophete   et  d'un  apd- 

nous   eommeUons  tous  beaucoup  de  fautes,  il  ne  ire  ;  et  quoique  je  sois  bien  eioigne  de  leur  merite, 

m'est  pas  permis  de  metaire,  mon  devoir  m'oblige,  je  suis  pourtant  charge  des  memes  soins.  Bien  que 


Defaut 

commUQ  a 

ceux  qu'oQ 

rt-preud: 

1 .  Le  mepris 


et  la  cbarite  me  presse  eucore  davantage,  d'avt-rtir 
ceux  qui  pechent.  Si  je  reprends  quelqu'un  de 
ses  desordres.  si  je  fais  ce  que  je  dois,  et  que  mes 
remontrances  ne  produisent  pas  I'efTet  que  je  de- 
sire, qu'au  lieude  toucher  ceux  a  qui  eJles  s'adres- 
sent,  elles  reviennent  vers  moi  comme  une  fleche 
qui  retourne  it  eelui  qui  l'a  Ian  ee,  de  quels  senti- 
ments pensez-vons,  mes  freres,  que  je  sois  touche, 
que  ne  souffrirai-je  point  alors?  quels  tour- 
ments  n'en  ressentirai-je  point  a?  Et  pour  me 
servir  des  paroles  de  1'Apolre,  je  ne  suis  pas  assez 
fort  pour  imiler  sa  sagesse,  je  suis  presse  egale- 
rnent  de  deux  c6tes  [Phili/i.  i.  '2.'!  .  Sans  savoir  ce 
que  je  dois  choisir,  ou  de  demeurer  satisfait  de  ce 
que  j'ai  dit,  parce  que  je  me  sui>  .acquit  le  de  mon 
devoir,  ou  de  me  repentirde  ce  que  j " ; t i  fait,  parce 
que  je  n'en  ai  pas  recu  le  fruit  que  j'en  esperais. 
Je  voulais  luer  I'ennemi  et  delivrer  mon  frere,  et 
j'ai  fait  tout  le  contraire  de  ceque  je  m'etais  pro- 
pose. J'ai  blesse  son  ame  '■!  augmente  sa  faute, 
puisqn'ily  a  ajoute  le  mepris.  «  lis  ne  veulent  pas 
vous  ecouter  »  dit  Dieu  a  un  prophete,  «  parce 
qu'ils  ne  veulent  pas  m'Scouter  [Eseek.  m,  7  o  Ne 
voyez-vous  pas  quelle  majesle  est  dedaignee, 
dans  ce  cas?  C'est  moi  que  vous  avez  me- 
prise. C'est  le  Seigneur  qui  vous  a  parle  par  moi. 


ce  soit  a  ma  grande  confusion,  et  avec  un  peril 
extreme  je  n'en  suis  pas  moius  assis  snr  la  chaire 
de  Moise,  dont  neanmoins  je  n'ai  garde  de  m'attri- 
buer  la  ve.rtu,  ni  la  grace.  Mais  quoi '?  Ne  rendra- 
t-on  pas  honneur  et  respect  a  cette  chaire,  parce 
quelle  est  occupee  par  une  personne  indigne? 
Quand  meme  ce  seraient  les  scribes  et  les  phari- 
siens  qui  s'y  trouveraient  assis  :  «  faites  ce  qu'ils 
distill,  »  dit  Jesus-Christ. 
3.  Souvent  meme  on  joint  l'impatienee  au  me-   '2-  L'™p»- 

...  .  ,  tience. 

pris,   et  il  sen  trouve  qui,  non-seulement  ne  se 

.,t  pas  de    se  corriger  quand  on  les  reprend, 

mais  qui  s'irritent   meme  contre  celui    qui   les  re- 

prend,  comme  un  frenetique  qui  repousse  la  main 

du  medecin.  Etrange  perversite.    lis  se  mettent  en 

re  contre  celui  qui  veut   les  guerir  de  leurs 

blessures,  et  ils  ne  se   mettent  pas  en  colere  contre 

celui  qui  les  perce  de  ses  fleches.  Car  il  y  a  un  en- 

nemi  qui,  d'un  lieu  obscur,  tire  des  fleches  contre 

ceux  qui    ont  le  cceur  droit   et   qui  vous  a   vous- 

nienie  blesse  amort;    et  vous  n'etes    point  emu  de 

i  o  ere  contre  lui.  Votre  indignation  se  tourne  con- 

tre  moi,  qui  ne  desire   que  de    vous   voir  gueri. 

«  Mrtlez-vous  en  colere,  »  dit   le  Prophete,  «  et  ne 

peehez  point  (Psal,  iv,  5),  »  si  vous  vous  mettez  en- 

colere  contre  vos  peches,   non-seulement  vous  ne 


Or  ce  qu'il  a  dit  au  Prophete,  il  l'a  dit  ausssi   aux     peehez  point,  mais  vous   elfacez   meme  vos    fautes 

passees  :  mais  maintenant  vous  demeurez  dans 
votre  peebe  en  rejetant  le  remede,  et  vous  en  ajou- 
tez  uu  nouveau  aux  premiers,  en  vous  mettant  en 
colere  sans  raison  ;  et  voila  comment  vous  comblez 
la  mesure  de  vos  iniquites. 


apotres  :  «  Qui  vous  meprise  me  meprise.  »  Je  ne 

a  Car,  dit  St  Augnstin  :i  ce  sojet,  tiicn  que  nous  nedisious 
alors  que  ee  que  nuns  rievons  dire,  pourtant  nnus  n'en  sommes 
pas  rroins  peines  de  voii  que  vous  vous  ptrdez,  q;iaud  meme 
nntre  r.'comuen c  demeore  :;*suree,  nous  vouJrious  que  vous 
fu^icz  aussi  sauves.  Uermon  ccxiix.  n.  9). 


•  Gemmet. 
add.  mea. 


galio  sic  respondet,  qnemadniotlum  habemns  formam 
prapsentis  loci.  Ulinam  magis  nemineai  objurgare  ne- 
cese  sit!  hoc  enim  melius.  8ed  quoniam  in  nitiltis 
olfeacliraus  omnes:  mihi  tacere  non  licet,  cui  ex  officio 
inenmbit  peccanles  apgaere,  magis  autem  urgel  charitas. 
Quod  si  arguero  et  fecero  quod  meum  est,  ilia  autem 
increpalio  proccdens  minime  quod  suum  est  facial, 
neque  id  ad  qiod  misi  ill  mi,  sed  revertatur  ad  me 
vacua,  tanquam  jaculttm  feriens  et  resiliens  :  quid  me 
animi  tunc  habere  pulatis  ,  fialres?  Nonne  angor,  i>  me 
Inrqueor?  Et  ut  mihi  usttrpem  aliquid  e\  verbis  magis- 
tri,  quia  de  sapientia  *  non  possum ;  promts  coarctor  e 
duohus,  ct  quid  eligam  ne*cio  :  placerene  mihi  in  eo 
quod  locutus  sum,  quoniani  quod  debui  feci;  an  pceni- 
lentiam  agere  super  verbo  meo,  quia  quod  volui,  non 
recepi.  Volui  nimirum  perimere  hoslem,  et  eripere  fra- 
trem  ;  et  non  feci  sic,  mngis  autem  conlrarium  accidit ; 
nam  lajsi  am'mam,  et  culpam  au\i,  siqnidem  accessil  et 
contemptus.  Nolv.nl  attdire  te,  inquil,  quia  nolunt  audtre 
me.  Vicles  quae  majeslas  contemnitur.  Non  te  putes  me 
solum  sprevisse.  Dominus  locutus  est;  et  quod  dixit 
Prophets,  dixit  et   apostolis  :  Qui  vos  spernit,   ait,    me 

T.    IV. 


I  f.  Xon  sum  propheta ,  non  sum  apostolus;  et 
prophelas  tamen  et  apostoli  (audeo  dicere)  vice  fungor: 
et  quibus  non  asquor  meritis,  eorum  implicor  curis ; 
etsi  ad  meant  mullam  confusionem,  etsi  ad  grande  peri- 
culiim  mihi,  super  calhedram  Moysi  sedeo,  cujus  tamen 
non  vindico  mihi  vilam,  nee  experior  gratiam.  Quid 
tamen?  nttm  ideo  cathedra?  non  deferetur,  quoniam  oc- 
cupata  est  ab  indigno?  Etiamsi  Scribae  et  PharisaEi  in 
ea  sedeant,  inqnit  :  Quce  dicunt  facile. 

3.  Pleruraque  etiam  iaipalientia  contemptui  jungitttr, 
ita  ut  aliquis  non  solum  non  cttret  corrigi  objurgatus, 
sed  insuper  objurganti  indignetttr,  more  phrenetici  ma- 
niun  medici  repellentis.  Mira  perversilas !  Medicanti 
irascilur,  qui  non  irascitur  sagtltanti  !  Est  enim  qui 
sagittat  in  obscuro  rectos  corde,  qui  et  teipsum  nunc 
sngiltavit  ad  mortem-  et  in  ilium  non  commoveris? 
Mihi  indignaris,  qui  sanum  te  fieri  cupio?  Irascimini, 
inquit,  et  no/ite  peccare.  Si  peccato  irasceris,  non  solum 
minime  peccas,  sed  et  quod  peccaras,  exterminas.  Nunc 
vero  et  peccatum  relines  medicamentum  respuendo,  el 
peccare  apponis  irrationabiliter  irascendo ;  et  est  supra 
peccana  ct  peccatum. 

23 


35a 


UEUVRES  Di:  SAINT  BEKNARD. 


3.  L'impu- 
dence. 


U.  Quelquefois  on  y  ajoute  encore  I'impudence,     c'est  al  ors  que  j'ai  plus  deconfiance  que  vous  me  se- 


et  non-seulement  on  souffre  impatiamment  les  re- 
primandes,  mais  on  Be  defend  meme  avec  impu- 
dence conlre  les  reproches  qu'on  s'esatttires  :  alors 
il  n'y  a  plus  rien  a  esperer.  a  Vous  avez,  »  ilit 
Dieu,  «  on  front  de  femme  perdue,  vous  ne  savez 
plus  rougir  (Jer.  m,  3).  »  C'est  poi  rquoi,  dit-il 
encore,  « j'ai  retire  de  vous  le  zele  que  j'avais 
pour  votre  saint, etje  neme  mettrai  plus  en  colere 


rez  favorable,  pan  eque,  apres  vous  etre  mis  en  co- 
lere, vous  vous  souviendrez  de  votre  misericorde.  «0 
Dieu  »  dit  le  Prophete,  a  vous  leur  avez  6te  favorable, 
meme  en  vous  vengeant  de  loutes  Inns  inlidelites 
Psal.  xc\  ii.  8). »  II  parle  d' Aaron,  deMoIseet  de  Sa- 
muel, et  ilregardecomineunefaveurelunebonlede 
Hi. mi  de  ne  les  avoir  pas  epargnes  dans  ieurs  peches. 
Apres  cela,  defendez  encore  vos  fautes,   etirritez- 


C'est  une 
terrible 
ricorde 
■ 
de  i 
que  celV  qai 

Hulls 

pecher. 


contre  vous  /■.':< /,.  xvi,42).  *  Je  tie  saurais  entendre     voui re  les  reprimandes,    pour   vous   fermer  a 

ces  paroles  sans  fremir.  Voyez-vous  combien  c'est  jamais  la  porte  de  la  misericorde  de  Dieu.  iS'est-ce 
une  cbose  pleine  de  penis,  une  chose  horrible  et  pas  la  proprement  appeler  malcequi  est  bien,  et 
redoutable,  de  defendre  ses  peches?  II  dit  encore  :  bien  ce  qui  est  mal '.'  Cetle  impudence  odieuse  ne 
aJereprendsetchatieceuxque  j'aime  [Apoc.  m,19).»  produira-t-elle  pas  bieutdtl'unpenitence,  qui  est  la 
Si  done  ce  zele  de  Dieu  vous  delaisse,  sacbez  que  mere  dudesespoir?  Car  qui  se  repent  de  ce  qull 
vous  etes  abandonne  de  son  amour.  Car  vous  m  croit  etre  bien  ?  «  Malheur  a  eux,  »  est-il  dit.  Ce 
sauiie/.  eire  digne  de  sun  amour,  puisqu'il  vous  malheur  est  el  rnel.  II  y  a  de  la  difference  a  etre 
juge  indigne  de  ses  chatiments.  Lorsque  Dieu  n'est  tente  par  sa  propre  concupiscence  qui  nuns  porte 
point  en  colere,  c'est  alors  qu'il  l'est  davantage?  au  mal  par  une  douce  violence,  et  rechercher  vo- 
h  ayons  pitie  de  l'impie,  »  dit-il  o  et  il  n'apprendra  lontairement  le  mal  com  me  si  e'etait  un  bien,  en 
point  a  faire  des  actions  justes  [ha.  xxvi,  to).  »  Je  sc  hatantpar  une  fausse  connance  d'aller  a  la  vie, 
n'aime  pas  cette  misericorde.  Cette  compassion-la  a,  cause  de  cespersonnes,  je  le  dis  en  verite,  .Jai- 
me parait  plus  terrible  que  la  plus  violente  colere,  merais  mieux  quelquefois  avoir  lu,  et  avoir  dissi- 
parce  quelle  me  ferine  le  chemin  de  la  justice;  mule  le  mal  que  j'avais  upercu,  que  d'uvoir  etc 
mieux  vaut,  selon  le  couseil  [Psal.  u,  12)  du  Pro-  cause  d'un  si  grand  mal  en  les  reprenant. 
phete  que  j  embrasse  la  severite  d'une  discipline  5.  Vous  me  direz,  peut -etre  que,  eu  ce  cas,  le  bien 
austere,  plutot  quele  Seigneur  ne  se  mette  en  co-  de  mun  action  retourae  vers  uioi;  que  j'ai  delivre 
lere  contre  moi,  mettez-vous  en  colore,  u  Pere  des  mon  ame ;  et  que  je  sais  innocent  de  la  perte  de 
misericordes,  mais  de  cette  colere,  par  laquellevous  celui  a  qui  j'ai  annonce  fa  verite  pour  fe  tirer  tin 
redressez  celui  qui  s'egare;  on  de  celle  par  laquelle  mauvais  chemin  on  H  s'etait  engage.  Vous  pouvez 
vous  le  bannissez  de  la  voiedu  salut.  La  premiere  ajouter  une  infinite  de  raisons  seinblables ;  elles  ne 
est  l'effef  d'uue  compassion  pleine  de  boute,  l'autre  m'apporteront  aucune  consolation,  taut  que  je 
est  le  fruit  d'une  dissimulation  pemicieuse  pour  verrai  la  niort  d'uu  tits  ;  car  je  n'ai  pas  tant  cher- 
nous.  Car  lorsque  je  vous  sens  en  colere  contre  moi,  che    la  a.  m'acquitter  de  ce   que  je   devais  en   lui 


[1  ne  sufGt 
pas  a  un  su- 

[M-iieur 
pieux    qu'il 
ait  fail  enten- 
dre sa  re- 
primand-,   si 
sou  inferieur 
eat  BDeore  en 
peril. 


4.  Aliquoties  additur  et  impudentia,  ut  non  modo 
impatieuter  ferat  quud  corripitur,  sed  etiam  id  unde 
reprehenditur,  impudenter  det'endat.  Hoc  plane  despe- 
ratiu.  Frons,  inquit  ,  muUeris  meretricis  facta  est  libi; 
notuisti  eruijescere.  Et  ait  :  Recessit  zelus  mens  u  te, 
ultra  non  irascar  libi.  Solo  auditu  contremisco.  Sentisne 
quanti  periculi,  qnanlique  horroris  et  tremoris  res  sit 
peccali  defensio?  Died  iterum  :  Ego  quos  amo,  arguo 
etcastigo.  Si  ergo  te  zelus  descruit;  el  amoi  i  nee  eris 
amorc  dignus,  qui  indignus  casligauoue  censeris.  Vides 
quia  tunc  magis  irascitur  Deus,  duin  non  irascitur. 
Misereamur  impio,  inquil,  et  non  discet  facere  justitiam. 
Misericordiam  haoc  ego  nolo.  Super  omnem  iram  mi- 
seratio  ista,  ssepiens  mihi  vias  justiliae.  Satius  profecto 
uiibi,  juxta  Prophets  concilium,  apprebendere  discipli- 
nam,  nequando  irascatur  Dominus,  el  peream  de  via 
justa.  Yulu  irascaris  mihi,  Paler  misericordiarum  :  sed 
ilia  ira,  qua  corrigis  devium,  non  qua  extrudis  de  via, 
lllud  tua  nobis  benigna  animadversio  parit,  line  formi- 
dolosa  outfit  dissimulatio.  .Nun  enim  cum  nescio,  sed 
CUDl  sentio  te  iraluiu,  tunc  niaxiinc  con  (I  do  propitium  : 
etenim  cum  iralus  fueris,  misericordias  recordaberis. 
Deus,  inquit,  lu  propiliiM  fuisti  eis,  el  ulciscens  in  omnes 
adinventiones  eorum.  Moysen  loquitur  et  Aaron,   atque 


Samuelem,  quos  modo  prwmiserat;  et  hoc  vocat  propi- 
liationem,  quod  eorum  Ueus  nun  pepercit  excessibus.  1 
nunc  lu  ergo,  atque  bane  tibi  excludito  in  sternum, 
defendendo  errorem,  el  accusaudo  correptionem.  An  non 
istud  est  malum  dieeie  bonum,  et  buiuim  malum?  All 
nun  ex  bac  odiosa  impudentia  pullulabit  mux  impoeni- 
leniia.  maler  desperaliouis ?  Quern  enim  poeniteal  super 
buno  quud  putat?  Vce  Hits,  inquit.  Vce  istud  asternum 
est.  Aliud  e»t  quemque  tentari  a  propria  concupisccntia 
abstractum  et  illectum;  et  aliud  sponte  appetere  malum 
tanquam  bonum,  ad  mortem  quasi  ad  vitam  male  secu- 
rum  properare.  Pro  biijusmodi,  dico,  mallem  aliquando 
tacuisse  et  dissimulasse  quud  ayi  perperam  deprebendi, 
quain  ad  tantam  reprehendisse  perniciem. 

5.Dicas  forsan  mihi,  quod  buuum  mcum  ad  me  rever- 
tatur,  et  quia  liberavi  annua  u  meam,  et  mundus  sum 
a  sanguine  hominis,  cui  annuntiavi  et  lucutus  sum,  ut 
averterelur  a  via  sua  mala,  el  viveret.  Sed  etsi  innumera 
talia  addaa,  me  tamen  minkne  \Aw.  consolabuntur,  mor- 
tem Dili  lntuenlein.  Quasi  vero  ineaui  ilia  repreliensiono 
liberaliuiieui  qusesierim,  el  non  magis  illiusl  Qua:  enim 
mater,  etiamsi  omnem  quam  potuitcuram  et  diligentiam 
aegrotanti  lilio  adliibuisse  se  sciat,  si  demum  frustratam 
se  viderit,  et  omnes  labores  suos  esse  penitus  inefflcaces, 


Le   nard 

design  e 

1'humilite. 


II  y  a  deux 
sortes 

d'hamil't£s 
Vuae  de  r>en- 
see  et  l'autre 
de  sentimeDt. 


QUARANTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  355 

parlant,  que  desire  lui  etre  utile  par  mes  paroles,  et  celle-ci  dans  les  mouvements  du  coeur.  En  effet 

Quelle  est, eD effet,  la  mere  qui,  apres  avoir  apporte  si  vous  jetiez  un  regard  sur  vous-nieme    a    la    lu- 

tous  les  soins    imaginables  pour  assister    son   tils  rniere  de  la  verite   et  sans  dissimulation,    et   que 

malade,  pent  arreler  le  cours  de  ses  larmes,  quand  vous  vous  examiniez  sans  vous  Hatter,  je   ne  doule 

elle  voit  que  tous  ses  travaux  et  toutes  ses  peines  point  que  vous  ne  vous  humiliiez  devant  vospropres 

out  ete  inutUes,  et  a'ont  pu  lui  sauver  la  vie?  Si  yeux,  et  que  cette  connaissance  veritable  de  vous- 

elle  5'afflige  de  la  sorte  pour  la   mort   temporelle  meme  ne  vous  rende  plus  vil  et  plus  abject  a  votre 

de  son  tils,  quels  doivent  etre  mes  pleurs  et  mes  jugement,  quoique,peul-etre,  vous  n'ayez  pas  encore 

gemissements  pour  la  mort  eternelle  du  mien,  lors  assez  de  vertu  pour  soutFrir  d'etre   estime    par   les 

meme  que  ma  conscience  me  rend  temoignage  de  autres.  Vous  serez  done  humble,  mais  par  le  moyen 

n'avoir  rien  oublie  do  tout  ce  qui  pouvail  lui  etre  de  la   verite,    non  pas  par  l'infusion   de   l'amour. 

utile?  Au  conlraire,    voyez-vous   de  combien    de  Car  si  vous  etiez  echauffe  par  le  feu  de  la  eharite 

maux  s'exempte,  et  nous  exemple  en  meme  temps  commune,  si  vous  etirz  eclaire  parla  verite  qui  vous 

mm  -mime  celui  qui,  etant  repris,  repond   avec  a  donne  de  vous-meuie  une  connaissauce  salutaire 

douceur,  acquiesce  avec  modestie,  obeit   avec  sou-  et  veritable,    vous  voudriez   certainement,  autaut 

mission,  avoue  sa  faute  avec  bumilite  ?  Je   me  re-  qu'il  est  en  vous,  que  tout  le  monde   eut   de  vous 

cotmais  l'oblige  de  cette  ame,  je   confesse  que  je  les  sentiments  que  vous  savez  etre  conformes  a  la 

suis  son  ministre  et  son  serviteur,  parce  qu'elle  est  verite.  Je  dis  autant  qu'il   est  en  vous     parce  que 

la  tres-digne  Epouse  de  mon  maitre,  et  pent  dire  souvent  il  n'est  pas  bon  que  tout   le   monde   con- 

avec  verite  :  «  lorsque  le   roi  etait   assis    sur   son  naisse  ce  que  nous  savons    de    nous,   attendu  que 

lit,  mon  nard  a  repandu  son  odeur  (Cant.  1,  11).  »  l'amour  meme  de  la  verite,  et  la  verite  de  l'amour 

6.  L'odeur  de  l'numilite  est  excellente,  piusque,  nous     defendent     de   decouvrir  ce    qui   pourrait 

montant    de   cette  vallee   de   larmes,    apres  avoir  nuire  a  notre  procbain.  Mais  si  e'est  par  amour - 

embaume  tous  les  lieux   d'alentour,    elle    repand  propre   que   vous  retenez  cache  en  vous-meme  le 

encore  jusque  sur  le  lit  du  roi  un  parfum    extre-  jugement  que  la  verite  fait  de  vous,  qui  peut  dou- 

mement  agreable.  Le   nard   est  une   petite    herbe  ter  que  vous  u'aimez  pas   encore   parfaitement   la 

que  ceux  qui  etudient  avec  soin  la  vertu  des  sim-  verite,  puisque  vous  lui  preferez  votre   interet  ou 

pies   disenl  etre  d'une  nature   chaude.    Aussi   me  votre  honneur? 

semble-t-il  qu'on  peut  la  prendre  ici  pour  la  vertu       7.  Vous  voyez  done  bien  que  ce  n'est  pas  la  meme 

d'liumilite  que  I'ardeur  de  l'amour  divin  embrase.  chose,  de  n'avoir  point  des  sentiments  de  presomp- 

Si  je  parle  ainsi,  e'est  parce  qu'il  y  a  une  bumilite  tion  de  soi-meme  convaincu  qu'on  est   de  ses  im- 

qne  la  verite  produit,  et  qui  n'a  point  de  ehalenr,  perfections  par  la  lumiere  de  la  verite,  et  de  con- 

et  il  y  en  a  une   autre   que  la    cbarite    forme    et  sentir  de  bon  coeur  a  etre  humilie,  parce  qu'on  est 

enflamme.  Celle-la  consiste  dans  la  connaissauce,  assiste  par  le  don  de  l'amour.   L'uu  est  force     au 


Voir  le 
sermon  IV 
pour  l'ATeot 
n.  1. 


II  y  a  une 
bumilite 
contrainte 
comnie  il  y 
en  a  une 
volontaire. 


illo  nihilominus  morienle,  propterea  unquam  a  fletibus 
tempeimit?  Et  ilia  quidem  hoc  pro  morte  temporal)  : 
quanlo  1 1 1  n y i s  me  pro  morte  sterna  mei  fllii  inatiet  utique 
ploralus  et  ululatus  multus,  etiamsi  niliil  milti  conscius 
sum,  quominus  annuntiaverim  illi?  Videsetiam  aquantis 
e  regione  malis  et  se,  et  nos  liberal,  qui  cotrcptus  man- 
saete  respondet,  verebunde  acqaiescit,  modeste  oblem- 
perat,  hnniilitei'  confitetur.  Huic  ego  anim«  in  omnibus 
me  profitear  debitorem,  huic  me  ministrum  et  servum  , 
tanquain  digiiissims  Domini  mei  Sponsaj,  et  quae  revera 
dicere  possit  ;  Cum  esset  rex  in  accubitu  suo,  nardus 
mea  dedii  odorem  sutim. 

6  .  Bonus  humilitatis  odor,  qui  de  hac  valle  ploratio- 
nis  ascendens,  perfusis  circumquaque  vicinis  regionibus, 
ipsum  quoque  rcgium  accnbilum  grata  suavitale  resper- 
gat.  Est  nardus  humilis  herba,  quam  et  calidaa  ferunt 
esse  nalurap  hi,  qui  herbarum  vires  curiosius  expl  >ra- 
rnnt.  Et  ideo  per  hanc  videor  mihi  non  inconvenienter 
hoc  loco  virtutem  humilitatis  accipere  ,  sed  quae  sancti 
amoris  vaporibus  flagret.  Q>iod  propterea  sane  dico  , 
qnoniam  est  lmmililas,  quam  nobis  Veritas  parit,  el  non 
habet  calorem  :  et  est  humilitas,  quam  charitas  formal  et 
intlammat,  Atque  baec  quidem  in  alTectu,  ilia  in  cogni- 
tione  consislil.  Etenim  tu  si  temetipsum  intus  ad  lumen 


veritatis  et  sine  dissimulatione  inspicias,  et  sine  palpa- 
tionedijudices;  non  dubito  quin  humilieris  et  tu  in  ocu- 
lis  luis,  factus  vilior  tibi  ex  hac  vera  cognitionc  tui, 
quamvis  necdum  fortasse  id  esse  patiaris  in  oculis  alio- 
rum.  Eris  igitur  humilis,  sed  de  opere  interim  veritatis, 
et  minime  adhuc  de  amoris  infusione.  Nam  si  veritatis 
ipsius,  quae  te  tibi  veraciter  atque  salubriter  demonstra- 
vit,  sicut  splendore  illuminatus,  ila  affectus  amore  fuis- 
ses;  voluisses  procnl  dubio,  quod  in  te  est,  camdem  de 
te  omnes  tenere  sententiam,  quam  ipsam  apud  te  Veri- 
tatem  habere  cognoscis.  Sane  quod  in  te  est  dixerim  : 
quoniam  plerumque  non  expedit  innotescere  omnibus 
omnia  qua?  nos  scimus  de  nobis,  atque  ipsa  veritatis 
charilale,  et  charitatis  verilate  vetamur  palam  fieri  velle, 
quod  noceat  agnoscenti.  Alioqinn  si  privato  amore  tui 
tentus  delines  pariler  intra  te  judicium  veritatis  inclu- 
sura  ;  cui  dubium  est  minus  te  verilatem  diligere,  cui 
proprium  prefers  vet  commodum,vel  honoreni? 

7.  Vides  igitur  non  esse  idipsum,  hominem  de  seipso 
non  altum  jam  sapere,  veritate  luminis  redargutum  ; 
el  bumilibussponteconsentire,  munere charitatis  adjutum. 
lllLd  enim  necessitatis  est,  hoc  voluntatis.  Semetipsum 
exinanivit,  inquit,  formam  servi  accipiens,  et  formam 
humilitatis  tradens.  Ipse  se  exinanivit,  ipse  se  humiliavit. 


356 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


lieu  que  l'autre  est  volontaire.  «  Jesus-Christ   s'est  Jean-Bapliste,  qu'il  a  souflert  les  faiblesses  de  la 

anSanti  lui-rneme,  »  d it  l'Apotre  «  en  prenant   la  chair,  qu'il  s'est  livre  a  la  mort,  et  qu'il  a  endure 

forme  d'un  esclave  (Phili/j.  n,  7),  »   et  en   nous  le  supplice  ignominieux  tie  la   croiz.    Mais  jugez 

jism-chrin  donnant  la  forme  et  le  modele  de  l'humilite.  C'est  encore  si  j'ai  eu  raison  de  croire  que  cette  humi- 

meutbuDibie".  lui-meme  qui  s'est  aneanti;   e'est   lui-meme  qui  lite  ainsi  embrasee  par  le  feu   de  sa   charite   est 

s'est  humilie,  non  par  necossite,  mais  par  amour  designee  par  le  nard,  qui  esl  une  herbe  fort  basse 

pour  nous.  11   pouvait   paraltre  vil  et  m£prisable  et  fort  chaude.  Et  apres  que  vous  aurez  approuve 

aux  yeuz  des  homines  sans  s'estimer  tel,  puisqn'il  Unites  ees  choses,  commeje  crois  que  vous  le  ferez 

se  connaissait  bien  lui-meme.  C'est  done  voloutai-  sans  doute,  puisqu'elles  sont  appuyees  sur   une 

rement  qu'il  s'est humilie,  non  qu'il   s'en  juge&t  raison  si  manifeste,  alors,  si  vous  dies  humilie  en 

digne,  puisqu'il  s'est  otfert,  comma  s'il  eut  ete   ce  vous-meme  par  cette  huniilito  fun  re,  que  la  verite 

qu'il  savail  n'elre  pas  en   effet;    nuns  il  a  voulu  qui   sonde  les  cceurs  et  les  reins  produit  dans  les 

£tre  estime  ires-petit,  bicn  qu'il  n'ignorat  pas  qu'il  sens  d'une  ame  vigilante,  ajoutez-y  la  volonte,  et 

£tait  souverainement  grand,  il  dit,  en  effet  :  «  Ap-  faites  comme  on  dit,  de  oecessite  vertu ;  parce  qu'il 

prenez  de  moi  que  je   suis   doux   et    humble  de  n'yapoial  de  veritable  vertu  sans  le  consentement 

coeur.  »  De  coeur,    dit-il,    par  vm   sentiment    du  de  la  volonte.  Or,  il  en  sera  ainsi  quand  vous  ne 

coeur,  e'est-a-dire,  par  la  volonte,  il  exclut  ainsi  la  voudrez  point  paraitre  an  dehors  autre  que   vous 

necessity.  Pour  nous,  si  nous  nous   trouvons  en  vous  connaissez  au  dedans.  Aulreuient  craignez  que 

verite  dignes  de  honle  et  de   mepris,   dignes  des  ce  ne  soit  pour  vous   qu'il   ait    et6   dit  :  ci  II  a  agi 

derniers  traitemcnls  et  du  rang  le  plus  bas,  dignes  avec  fourberie  en  sa  presence,  et   son  iniquity   lui 

meme  de  toutes  sortes  de  supplices  et  d'oulrages;  est  en  abomination  [Psal.  xxw,  3)    »    lit  «  Dieu  a 

il  n'en  est  pas  de  meme  de  lui,  et  cependant  il  a  en  horreur  un  double  poids  [Pt-ov.  n  10).  »  lit  quoi? 

souffert  toutes  ces  choses,  parcu,  qu'il  l'a  voulu,  et  Vous  vous  estimerez  peu  de  chose  au  fond  de  voire 

qu'il  est  humble  de  cceur  ;  mais  humble  de   cette  cceur,  lorsque  vous  vous  pesez  dans  la   balance  de 

humilite  que  persuade  le  mouvement  du   cceur,  la  verite,  et  au  dehors  vous  voulez  nous  tromper, 

non  celle  qu'arrache  la  force  de  la  verite.  et  vous  vendre  plus  cher  que  la  verite  ne  vous  a 

8.  J'ai  dit  que  cette  espece  d'humihte  volontaire  estime?  Apprehendez  ieiugement  de  Dieu,  et  gar- 
L»  veritable                             \                                           .             ,      ,         ,         ,  •        •    ,  .•  j 

humiliie  ne   n  est  pas  produite  en  nous  par  la  force   de  la   ve-  dez-vous  de  eommettre  une  si  meehante  action,  de 

^r^verUe'  Tl^>  ma's  Par  '  infusion  de  la  charite,  parce  qu'elle  vous  elever  vous-meme  par  une  volonte  pleine  d'or- 

q-iedela     nait  du  coeur,  parce  qu'elle  nait  de  1'ilTection,  parce  gueil,  landis  que  la  verite  vous  abaisse;    car  e'est 

qu'elle  nait  de  la  volonte.  Jugez  si  j'ai  raison  en  la  resister  a  la  verite,  e'est  coinbatlre  contre  Dieu. 

cela.  Et  jugez  aussi  si  j'ai  bien   fait  de    Fattribuer  Acquiescez  plutot  a  Dieu,   que    voire   volonte    soit 

an  Seigneur,  puisqu'il  est   certain   que  e'est   par  soumise  a  la  verite,  non-seulemeut  souniise,    mais 

amour  qu'il  s'est  aiieanti,  qu'il  s'est  rendu  un   peu  devouee.  Est-ce  que  «  mon  ame, »  dit  le  l'ropliete, 

inferieur  aux  anges,  qu'il  s'est  soumis  a  ses   pa-  c<  ne  sera  pas  soumise  a  Dieu  (PsjI.  i.xi,  2) '!  » 

rents,  qu'il  a  baisse  la  tete  sous  les  mains  de  saint        9.  Mais  e'est  peu  d'etre  soumis  a  Dieu,  si  vous  ne 


non  necessitate  judicii,  sed  nostri  caritate.  Poterat  nimi- 
rum  vile  n  se  et  contemplibilem  demonstrare,  sed  plane 
non  reputare,  quoiiiun  sciebat  seipsum.  Voluntate  pro- 
inde  humilis  fuit,  et  non  judicio,  qui  talem  se  obtulit, 
qualem  se  esse  nescivit  :  magis  auiem  pl.icuil  minimum 
repulari,  qui  se  summum  non  ignor.ibal.  Uenique  ait: 
Discite  a  me  quia  milis  sum,  et  kumiliS  corde.  Corde 
dixit,  cordis  atTectu,  id  est  voluntate.  Itaque  necessitalem 
exclnsit,  qui  voluntate  n  confessus  est.  Non  enim  quo- 
modo  ego  vel  tu  invenimua  nos  in  veritate  ilignos  dede- 
core  et  contemptu,  di^inos  omni  extreiuitate  et  inferio- 
ritale,  dignos  etia  n  snppliciis,  dignos  plagis  :  non,  in- 
quani,  .ta  el  ille  qua;  tamen  omnia  cxperltis  est,  quia 
vuluit,  tanquam  humilis  corde  ;  liumilis  videlicet  ilia 
bumilitate,  quam  cordis  suasit  atTectio,  non  quam  ex- 
torsi  diaoussio  verilatis. 

8.  Propterea  dixi,  hanc  voluntariae  hnmilitalisspeciem, 
non  rcdargutione  veritalis,  sed  rharilalis  intra  nos  infu- 
sione  creari,  quia  cordis  est,  quia  affeclionis,  quia  vo- 
luntatis ;  au  vero  l-ecte  ,  lu  judlca.  Itemque  ctiam  hoc 
tuo  seque  examinetnr  judicio,  dignene  eamdeoa  Domino 
assignarim,  quern  charitate  constat  exinanituin,  charitate 


minora  turn  abangelis,  charitate  parentibtissuhdilum,  cha- 
ritate Baptists  manibus  inclinatum, charitate  carnis  iuiir- 
ma  passum,  charitate  postremo  morti  obnoxium ,  cruce 
iny loriinn  exstitisse.  Sed  el  hoc  unum  aclinic  tui  sit  con- 
siderare  arbitrii,  rcctene  etiam  hmc  ipsam  hunulilatem 
ita charitate  calenlem,  h-rba  humili  ei  cahda,  id  estnirdo, 
putaverim  designatam.  Et  si  ita  cuu^la  probwerin,  si 
(  probahisenim  ratioiii  manifestissimae  acq  liesjcns)  tunc 
si  jam  apud  le  ipsum  htimiliatus  e^  neccssaria  ilia  liumi- 
litale,  quam  scrutans  cord  a  et  rencs  Veritas  sensibus 
i  peril  animse  vigilaolis,  adhibe  volmda  em,  ct  lac  de 
•  ilalc  virtutem.  quouiam  nulla  est  virtus  sine  ron- 
venientia  *  voluntatis.  Sic  auleai  liet  istud,  si  nolis  alter 
apparere  foris,  quam  le  inveois  inius.  Ahoquin  lime,  ne 
de  le  ipso  legas  :  Quantum  dolose  egil  in  coimpectityus, 
uiinoentotur  iniguitus  ejus  ad  odium.  Pondwt,  inq  die/ 
pimdu-i  (ibominatio  est  <ipivl  Dtum.  Quid  enim?  Tu  te 
depreliaris  in  secreto  apud  leipsum,  verilatia  trutiua 
ponderalus;  et  foris  alterius  pretii  menliens,  majuri  te 
poudere  venilis nobis,  quam; i.b  ipsa  accepisli?  Time  Ileum, 
ct  noli  hanc  rem  pessimam  faccre,  ut  :;ucm  humiliat  Ve- 
ritas, exlollat  voluntas  :  hoc  enim  rpsislorp  eat  vcritati, 


al.  eonni- 

vcDiia. 


QUARANTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  I.E  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


C57 


II  fant  fir* 
humble  avec 
set  ej:aux  et 
ies  ioferieurs 


l'etes  encore  ^  toute  creature  pourramour  Je  Diet],    elle  s'liumilie  en  tontes    choses.    Elle  ne  se  gloriCO 
soit  a  l'abbfi,  comme  an   premier  de  tons,  soit  am     point  de  ses    merites,   et,  au   milieu  des   louanges 


L'bnmilite 
quM  |iroduit 
la  connais- 
sance  que 
dous  a\nns 
de  runs  est 
impufaite. 


prieurs  comme  etablis  par  lui.  Miis  je  displus,  je 
dis  nintne  a  vos  egaux,  je  dis  a  vos  inlerieurs, 
«  Car  c'est  ainsi  »  selon  le  mol  de  Jesus-Christ  «  que 
nous  devons  accomplir  toute  justice  [Math,  in,  15(.» 
Si  vous  voulez  el  re  parfait,  failes  le  premier  pas 
vers  eelui  qui e-t  moin  Ire  quo  vous,  deferez  a  vo- 
tre  inferieur,  respeetez  eelui  qui  est  plus  jeune  que 
vous.  En  agissant  ainsi,  vouspourrez  vous  appliquer 
ces  paroles  de  l'Epouse  :  «  nion  nard  a  repandu  son 
odenr;  »  cette  odeur  c'est  la  charite  ;  cette  odeur 
c.'esl  la  bonne  opinion  que  vous  donnez  de  vous 
a  tout  le  monde,  en  sorte  que  vous  soyez  la  bonne 
odeur  de  Jesus-Christ  en  lout  lieu,  admire  de  tous, 
aioie  de  tons.  Celui  que  la  vijrite  seule  oblige  a  etre 
hiiu  ble,  ne  peut  arriver  a  ce  degre  de  perfection; 
ear  son  humilite  n'est  que  pour  lui,  et  ne  lui 
permet  pas  de  sortir  et  de  repandre  son  odeur  au 
dehors.  On  plutot,  il  n'a  point  d'odeur,  parce  qu'il 
n'a  point  d 'amour,  puisqu'il  ne  s'liumilie  pas  debon 
cceuret.  volontairement.  Mais  l'liuiuilite  de  l'Epouse 
rend  une  odeur  pareille  a  celle  du  nard,  parce 
qu'elle  est  embrasee  d'amour,  pleine  de  la  seve  de 
la  devotion,  et  exhale  un  parfum  delicieux  par  l'o- 


qu'on  lui  prodigue,  e'le  n'oublie  point  sa  bassesse, 
mais  elle  la  confesse  humblement  sous  le  nom  de 
nard.  II  semble  qu'elle  s'approprie  le  langage  de 
Marie  et  dise  :  Je  ne  connais  en  moi  rien  qui  soit  di- 
gne  d'un  si  grand  honneur,  si  ce  n'est  que  «  Dieu 
a  regarde  la  bassesse  de  saservante  {Luc.  I,  hS).  » 
Car  que  signifient  ces  mots  :  «  mon  nard  a  repandu 
son  odeur  »,  sinon  ma  bassesse  a  ete  agreable  a 
Dieu?  Ce  n'est,  dit-elle,  ni  ma  sagesse ,  ni  ma  no- 
blesse, ni  ma  beaute  qui  sont  nulles;  mais  c'est 
ma  seule  bassesse,  la  seule  chose  qui  soit  en  moi, 
qui  ait  repandu  son  odeur,  e'est-a-dire  son  odeur 
aecoutumee.  L'humilite  a  coutume  de  plairea  Dieu, 
et  le  Seigneur,  qui  est  tres-eleve,  a  pour  habitude 
de  regarder  les  choses  humbles  et  basses.  Aussi 
qnand  le  roi  etait  assis  sur  son  lit.  c'est-a-dire,  dans 
le  lieu  eleve  oil  il  fait  sa  demeure,  l'odeur  de  l'hu- 
milite ne  laisse  pas  d'y  monter,  «  II  hobite,  »  dit 
le  Prophete.  «  au  plus  haut  des  cieux  el  ila  les  yens 
srr  les  choses  basses  et  humbles  dans  le  ciel  et  sur 
la  terre.  (Ps'rf.  exu,  5).  » 

10.  Lors  done  «  que  le  roi  etait  assis  sur  son  lit,  le 
nard  de  l'Epouse  a  repandu  son  odeur  [Cant.  1).  » 


Comblen 

l'humilite  eat 

ngreable  a. 

Dieu. 


pinion  avantageusc  qu'on  a  d'elle-meme.    L'humi-     Le  lit  du  roi,  c'est  lesein  du  Pere, carle  Fils  esttou- 
litc  de  l'Epouse   est  volontaire,   perpetuelle   et  fe-    jours  dans  le  Pere.  Et  ne  doutez  point  que  ce  roi 


conde,  son  odeur  ne  se  perd  ni  par  les  repriman- 
des,  ni  par  les  louanges.  On  lui  avait  dit  :  «  vos 
joues  sont  belles  comme  celles  d'une  tourterelle,  et 
votre  cou  est  comme  des  perles  (Cant.  I,  9).  »  On 
lui  avait  promis  des  ornements  d'or  :  et  elle  ne  laisse 
pas  de  repondre  avec  humilite;  plus  on  l'eleve,  plus 


la  ne  soit  clement,  puisqu'il  se  repose  sans  cesse 
dans  un  lieu  qui  est  la  source  de  la  bonte  du  Pere. 
C'est  avec  raison  que  les  cris  des  humbles  montent 
jusqu'a  lui,  puisqu'il  a  sa  demeure  dans  le  tresor 
de  sa  misericorde,  que  la  douceur  lui  est  si  fami- 
liere,  la  bonte  substantielle,  ou  plutot  consubstan- 


hoc  pugnare  contra  Deum.  Magis  autem  acquiesce  Deo, 
et  sit  voluntas  subdita  verilati  :  nee  tantum  subdita,  sed 
et  devota.  Nonne  D'<>,  inquit,  subjecta  erit  aninia  mea? 
9.  At  partial  est  esse  subjectum  Deo,  nisi  sis  et  omni 
humann?  creators  propter  Deum  :  sive  abbali,  tanquam 
praecellenli:  sive  prioribus,  tanquam  ab  eo  constilulis. 
Ego  plus  dico,  subdere  paribus,  subdere  et  minoribus. 
Sic  enim  decet  nos,  inquit,  omnem  implere  justitiam. 
V.i  le  et  tu  ad  minorem,  si  vis  in  justilia  esse  perfectus: 
defer  inferior]  juniori  to  inclinato.  Hue  enim  faciens  , 
trahes  et  ipse  ad  le  Sponsse  sermonem  quern  dixit:  Quia 
nardus  men  dedit  odorem  suum.  Odor  devolio  est,  odor 
bona  opinio,  qu«  ad  omnes  pervenit,  ut  Christi  sis  bo- 
nus odor  in  o:vni  loco,  spectabilis  omnibus,  amabilis 
omnibus.  Non  potest  hoc  Hie  humilis,  quem  Veritas  ad 
humililatem  cogit :  qnoniaui  sibi  habet  illam,  et  exire 
n'in  patilur,  ut  sparsa  furis  redoleat.  Magis  autem  non 
babel  odorem,  quia  non  habet  devutionem,  utpofe  qui 
non  s-ponte,  neque  libenter  se  humiliat.  Sponsa?  vera 
btimililas,  tanquara  nardus,  spargit  odorem  suum,  amore 
calens  devotione  vigens ,  opinione  redolens.  Sponsa? 
humilitas  voluntaria  est  ,  perp  'lua  est,  fructifera  e^t. 
Odor  ejus  nee  rcpiehensiaie  exterminator,  nee  laude. 
Audierat  :  Pukhne  sunt  genas  tare  secut  turturis,  et 
tollum  tuum  sicul  monilia,  Acceperat  et  repromissionem 


ornatus  aurei,  et  nibilominus  tamen  cum  humilitate  res- 
pondet  :  et  quanto  majorem  se  audit,  tanto  humilitat  se 
in  omnibus.  Non  gloriatur  in  meritis,  nee  inter  laudes 
suas  humilitatis  obliviscitur,  quam  et  humiliter  confite- 
tirr  sub  nardi  nomine :  ac  si  voce  virginis  Maria?  dicat : 
Nullius  mihi  meriti  conseia  sum  ad  tantam  dignatio- 
nem,  nisi  quod  respexit  Deus  humililatem  ancillce  sum. 
Nam  quid  est  aliud,  nardus  mea  dedit  odorem  suum, 
quam  placuit  mea  humilitas?  Non  mea,  inquit,  sapientia, 
non  mea  nobilitas,  non  mea  pulehriludo,  quER  nulla  erant 
mihi,  sed  qua?  sola  inerat  humilitas  dedit  odorem  suum, 
id  est  solitum.  Solito  placet  Deo  humilitas;  soldo 
plane  atque  ex  consueto  excelsus  Dominus  humilia  res- 
picit.  Et  ideo  cum  esset  Rex  in  accubitu,  id  est  in  excelso 
habitaculo  suo,  illuc  quoque  humilitatis  odor  ascendit. 
In  altis  habitat,  inquit,  et  humilia  respicit  in  ca>lo  et  in 
terra. 

10.  Ergo  cum  esset  Rex  in  accubitu  suo,  nardus  Spon- 
sa?  dedil  odorem  suum.  Accubitus  Regis,  sinus  est  Palris  t 
quia  semper  in  Pafre  Films.  Nee  dubiles  Regem  hunc 
e^e  clcmentem,  cui  perennis  accubilus  est  paterna?  be- 
nigni  alis  diversorium.  Merito  clamor  humilium  ascen- 
dit nd  cum,  cui  tons  pietatis  e  t  mansio,  cui  lamiliaris 
suavilas,  cui  subslanlialis,  vel  potius  consubstanlialis 
bonitas  est  :  cui  ideo  totum  quod  est,  de  Patre   est,  ut 


358 


OELYRES  DE  SAINT  HERNAR1). 


Comment 

eela  s'appli- 

que    i  la 

primitive 

figlise. 


tielle,  et  qu'il  tiro  tellement  de  son  Pere  tout  ce 
<m'il  est.  queles  bumbles,  qui  regardent  en  trem- 
blaut  sa  rov.de  majeste,  ne  remarquenl  rien  en  lui 
qu'il  no  ti  on  Pere.  tt  Aussi,  dit le  Seigneur, 

je  me  leverai  tout-a-1'heure,  a  cause  de  la  misere 
des  pauvr  jemissemenls  des  malheureuz 

.  xi.  (it.  "  Aussi  1'Epouse  qui  sait  cela,  parce 
qu'elle  est  de  la  maison  de  1'Epoux,  et  sa  bien-ai- 
niee,  croit  que  le  manque  de  merite  ne  l'ezclura 
pas  des  gi  Epoux,  et  met   sa   confiance 

en  sa  seule  humilite.  Elle  le  nomme  roi,  parce 
qu'etant  epouvantee  de  la  reprimande  qu'il  lui  a 
faite,  eUe  u'ose  plus  le  nommer  sou  epoux.  Kile 
proclame  qu'il  habite  en  tin  lieu  tres-eleve,  nean- 
moins  sou  bumilite  ne  perd  point  confiance. 

11.  On  pent  fort  bien  appliquer  ce  discours  a 
l'Eglise  primitive,  si  vous  vous  souvenez  du  temps 
oii  le  Seigneur,  elant  remonte  ou  il  etait  aupara- 
vant,  et  assis  it  la  droite  de  son  i  ere,  sur  ce  lit  si 
ancien,  si  noble,  si  glorieux,  ses  disciples  s'etaient 
assembles  en  un  nieine  lieu,  et  perseveraient  unaui- 
memeut  dans  leur  oraison  avec  lesfemmes,  Marie 
mere  de  Jesus,  et  ses  freres.  Ne  vous  seuible-t-il 
pas  que  c*etait  vraimeut  alors  que  le  nard  de  l'E- 
pouse,  qui  etait  si  petite  et  si  faible,  repandait  sou 
parfum?  Et  a  lorsqu'il  se  fit  toutd'un  coup  un  grand 
bruit  du  ciel,  comme  d'uu  veut  impetueux,  qui 
remplit  toute  la  maison  oil  ils  derueuraient  (Act. 
u,  2),  »  ne  pouvait-elle  pas  dire  alors  avec  raisou 
dans  un  etat  si  pauvre  et  si  precaire  :  «  Lorsque  le 
roi  etait  assi-  sur  son  lit,  uiou  nard  a  repandu  son 
odeur  ?  »  Toils  ceux  qui  demeuraient  en  ce  lieu 
counurent  clairement  combien  l'odeur  de  rhumi- 
lite,  qui  etait  moutee  au  ciel,  avait  ete  agreable  et 


bien  rerue,  puisqu'elle  till  aussitot  recompenses  de 
don-  si  abond  mis  et  si  magnifiques.  Au  reste,  elle 
n'a  pas  ete  ingrale  pour  ce  bienfait.  Car  ecoutez 
co  anient,  dans  sa  ferveur,  i  lie  se  prepare  asouffrir 
toutes  sortes  de  maux  pour  l'amour  de  son  nom. 
0  Mon  bien-aime  »  dit-elle  ensuite,  «  m'est  un  petit 

bouquetde  mirrhe  ;  il  demeurera  entre    s   ma- 

melles  [Cant  i,  12;.  »  Ma  faiblesse  que  vous  con- 
naissez  ne  me  permel  pasde  poursuivre.  J'ajoute- 
tlement  que  par  la  mirrhe,  elle  fait  entendre 
qu'elle  est  prete  a  souffrir  des  amertumes  et  des 
tribulations  pour  l'amour  de  sun  bien-aime.  Nous 
acheverons  une  autre  fois  le  reste  de  ce  verset,  si 
toutefois vous  attirez  sur  nous  par  vos  prieres  ['as- 
sistance Saint-Esprit,  afin  qu'il  nous  donne  l'intel- 
ligence  des  paroles  de  I'Epou  e,  paroles  qu'il  a  lui- 
meme  formees,  en  les  lui  inspirant  telles  qu'elles 
servirent  aux  louanges  de  celui  dont  il  est  I' Esprit, 
je  veux  dire  de  1'Epoux  de  l'Eglise,  Jesus-Christ  No- 
tre Seigneur,  qui,  etanl  l>ieu  pardessus  toutes  cho- 
est  beni  a  jamais.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XLUI 

Comment  la  meditation  de  la  passion  et  des  souffran- 
ces  de  Jesus-Christ  fait  passer  iEpoase,  je  veux 
dire  I'dme  fidele,  par  la  pi  e,sans 

en  etre  effectie. 

1.  «  Mon  bien  aime  est  pour    moi  un  petit  bou- 
quet de  mirrhe;  il  demeurera  entre  mesmamelles  » 

Auparavant,  elle  l'appelait  roi,  maintenant  elle  le 
nomme  son  bien-aime.  Auparavant,  il  etait  sur  son  lit 
royal,  a  present   il    est  entre  les  manielles   de   l'E- 


'  at  actan- 
dam. 


nil  prorsus  in  regia  maj  estate,  nisi  paternum,  humibum 
liepidatio  suspicetui'.  Denique  propter  miseriam  inopum 
et  gemitum  pauperum  nunc  exsurgam,  dicit  Dominus. 
Hoium  igitur  cooscia  Sponsa  (utpote  domeslica  atque 
charissima)  Don  se  putat  urcendam  *  Sponsi  gratia  penu- 
ria  melatonin],  sola  de  humilitate  pra-sumens.  Regeui 
denique  nominal.  Bsum  interim  territa increpa- 

tione  non  audet ;  et  in  alio  habitare  fatetur,  nee  sic 
tainen  diflidit  humilitas. 

11.    Primitive   Ecclesiae  potes  liunc  congruentissime 
aptare  sermonem,  si   i  ■  illos,    juibus,  as- 

sumpto  Domino  ubi  eral  prius,  et  bedente  in  dextera 
Patris,  illo  suo  anliquo  nobili  atque  glorioso  accubilu, 
discipuli  ei  in  loco  uno  ,  perseverantes 

ananimiter  in  oratione  cum  mulieribus  et  Maria  matre 
Jcsu,  et  fratribus  ejus.  Nonne  tibi  videtur  revera  tunc 
temporis  na  vulas    el   trepidantis  Sponsa;  dare 

nte  de  cipId 

'is,  el  r  pi  - 

lies,  an  non  inerilo  pau- 

uil  :  ( a, it  esset  rex  in    a 

it  odorem  muml  Paluil   pro  certo 

omnibus  in  loco  maneulibus,  qua  a  gratus  bumilitatU , 

et  quaru  bencplucitus  odor  ascenderat,  cui  naox  tarn  co- 


piosa  et  gloriosa  reninnerationc  responsum  est.  Caderum 
ilia  non  ingrata  beneficii  fuit.  Audi  enim  quomodo  mox 
repleta  devolione  paral  se  ad  omnia  mala  perferenda pro 
nomine  ejus;  nam  sequitur  :  Fasciculus  myrrha  dilectus 
metis  ini'ii.  inter  ubera  mea  commorabilur.  Indr 
mea,  quam  nostis,  non  Mini  ullcrius  progrcdi.  Hoc  solum 
dico  :  quia  tribulalionum  amantadines  sub  myrrhs  no- 
mine dicit  se  subire  paratam  amore  dilecli.  Reliquum 
capiluli  alias  pr  si   lumen   exoratus  a  vobis 

Spiritus-Sanctus  adfuerit,  qui  nos  inlelligere  Canal  verba 
Sponsae,  quae  ipsi  lo  formavit,  sicut  uovilillius, 

cujus  ipse  Spiritus  est,  laudibii-.  convenire,  sponsi  Ecjle- 
si;e  Jesu-Christi  Domini  uostri,  qui  est  super  omnia 
Deus  benedictus  in  secula.  Amen. 

SERMO  XLIII. 

Qiitiiitr,-  consideratio  passionis  et  iaborum  Christi  facial 
Sponsam,  id  est  animam,  pergere  illeesam  inter  p 
pera  et  ad\  ersa  hujx 

1.  Fa 
men  commorabitur.  Ante    c  ido  dileclus  :    ante  in 

accubitu  regio,  modo  inter  Sponsa;  ubera.  Magna  humi- 
lilatis  virtus,  cui  etiam    deitatis    majestas    tarn   faoile 


QUARANTE-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  359 

pouse.  11  faut  que  l'humilite  ait  line  vertu  bien    tit  bouquet  de  mirrhe ;  »  Mais  il  Test  «  pour  moi  » 

qui  aime.  Voila  pourquoi  elle   le  notnme  son  bien 


grande,  puisque  la  majesty  nn'rae  de  Dieu  a  taut 
de  condescendance  pour  elle.  Un  nom  de  respect 
s'est  bient6l  change  en  nom  d'amitie,  ei  celui  qui 
s'etait  elnignS  s'est  bientot  rapproche.  «  Mon  bien- 
aime  m'est  un  petit  bouquet  de  mirrhe.  »  La  mir- 
rhe, qui  est  aniere,  signifiece  qu'il  y  a  deduretde 
rigoureux  dans  les  tribulations.  L'Epouse,  se  voyant 
pres  de  les  souffrir  pour  l'amour  de  son  Epoux, 
dit  ces  paroles  avec  un  sentiment  d'allegresse,  elle 


aime,  elle  veut  temoigner  que  la  violence  de  l'amour 
surmonte  toutes  sortes d'amertumes,  etque  l'amour 
est  fort  comme  la  mort.  Et  pour  que  vous  sachiez 
qu'elle  ne  se  gloritie  pas  en  elle-meme,  mais  dans 
le  Seigneur,  et  qu'elle  ne  presume  pas  de  sa  pro- 
pre  vertu,  mais  qu'elle  n'attend  cette  force  que  du 
secours  de  son  Epoux,  elle  dit  qu'il  demeurera  en- 
tre  ses  mamelles,  en  sorte   qu'elle   pourra  lui    dire 


espere  souffrir  genereusement  tons  les  maux  qui  la     avec  toute  conflance  :  «Quand  je    marcherais  dans 


T.e  jou?  de 

Jesus-Clirist 

est  doux, 

mais 
seulement 
pour    celui 
qui  laime. 


menacent.  Les  disciples,  ilit  l'Ecriture  «  sortaient  du 
tribunal  avec  joie,  parce  qu'ils  avaient  ete  trouves 
dignes d'endurer des  outrages  pourle  nomde  Jesus. 
{Act.  v,  41).  »  Aussi,  n'appelle-t-elle  pas  son  bien- 
aime  un  bouquet,  mais  un  petit  bouquet,  parce  que 
son  amour  lui  fait  trouver  legeres  toutes  les  peines 
et  toutes  les  donleurs  qu'elle  doit  endurer.  C'est 
veiilablement  un  petit  bouquet,  car  c'est  un  petit 
enfant  qui  nous  est  ne  (Psal.  ix,  6).  Oui,  un  tres- 
petit  bouquet,  puisque  les  soufl'rances  de  cette  vie 
ne  sont  pas  dignes  d'etre  arises  en  parallele  avec  la 
gloire  qui  nous  est  preparee  :  «  Car  ce  que  nous 
endurons  maiiitenant ,  »  dit  l'Apdtre,  «  est  leger,  et 
ne  dure  qu'un  moment;  mais  la  gloire  qui  nous  at- 
tend dans  le  ciel  sera  immense  dans  sa  grandeur, 
et  etemelle  danssa  duree.  [Rom.  vin,  18).  »  Cequi, 
a  cette  heure,  n'esl  qu'un  petit  bouquet  de  mirrhe 
se  changera  done  un  jour  en  un  comble  de 
gloire  et  de  bonheur.  Ps'est-ce  pasun  petit  bouquet, 
si  son  joug  est  doux  et  son  fardeau  leger?  Ce  n'est 
pas  qu'il  suit  leger  en  soi,  car  la  rigueur  des  tour- 
ments,  et  1'amertumede  la  mort  n'est  point  legere; 
mais  c'est  qu'il  es1  leger  pour  celui  qui  aime.  Aussi  ne 
dit-elle  pas  seulement ;  «  Mon  bien-aime  est  un  pe- 


les  ombres  de   la  mort,  je  n'apprehenderais  aucun 
mal,  puisque  vous  etes  avec  moi.  (Psal.  xxn,  4).   » 

2.  Je  me  souviens  que  dansl'un  des  discours pre- 
cedents (Serin,  x,  1),  j'ai  dit  que  les  deux  ma- 
melles de  l'Epouse  marquaient  la  congratulation  et 
la  compassion,  suivant  la  doctrine  de  saint  Paul, 
qui  veut  qu'on  se  rejouisse  avec  ceux  qui  sont  dans 
la  joie,  et  qu'on  pleure  avec  ceux  qui  pleurent 
(Rom;  xii,  15).  Mais  parce  que,  vivant  an  milieu  de 
1'adversite  et  de  la  prosperite,  elle  sait  qu'il  y  a  dan- 
ger des  deux  cotes,  elle  veut  que  son  bien-aime  soit 
an  milieu  de  ses  mamelles,  pour  la  fortifier  sans 
cesse  contre  l'un  et  l'autre  de  ces  deux  perils  et 
empecher  qu'elle  ne  s'eleve  dans  les  joieset  ne  s'a- 
batte  dans  les  maux  de  cette  vie.  Si  vous  etes  sage, 
vous  imiterez  la  prudence  de  l'Epouse,  et  vous  ue 
souffrirez  point  qu'on  6te  de  votre  cceur,  meme  un 
seul  moment,  cet  aimable  bouquet  de  mirrhe,  vous 

1  prosperite 

repasserez  toujours  dans  votre  memoire  les  douleurs  comme    dan> 

ameres  qu'il  a  souffertes  pour  vous,  et,  les  meditant     a  ver"1  ' 

continuellement,  vous  pourrez  vous   eerier  aussi : 

«  Mon  bien-aime  m'est  un  petit  bouquet  de  mirrhe, 

il  demeurera  entre  mes  mamelles.  » 

3.  Moi  aussi,  mes  freres,   des  le  commencement 


Le  souvenir 

de  la 

passion  de 

Jesus-Christ 

est  excellent 

dans  la 


inclinat.  Cito  reverentiae  nomen  in  vocabulum  amicitiae 
mutatnm  est  :  et  qui  longe  civil,  in  brevi  factus  est 
prope.  Fasciculus  myrrhce  dilectus  meus  mihi.  Myrrha, 
amara  res,  dura  et  aspera  Eribulationem  significat.  Ea 
sibi  dilecti  causa  imminere  prospiclens,  gratulabunda  id 
loquitur,  confidens  se  omnia  viriliter  subituram.  Ibant, 
inquit  gaudentes  discipuli  a  conspectu  concilii,  quoniam 
digni  habiix  sunt  pro  nomine  Jesu  conlumeliam  pati. 
Proptcica  denique  non  fascem,  sed  fasciculum  dilectum 
elicit ,  quod  leve  prae  amorc  ipsius  ducat,  quidquid  labo- 
r-is immineat  et  doloris.  Bene  fasciculus,  quia  parvulus 
natus  est  in  ibis.  Bene  fasciculus,  quia  non  sunt  condi- 
gnce  passiones  hujus  temporii  art  futuram  gloriam  qua; 
revelabitur  in  nobis.  lit  enim,  inquit,  quod  in  pratsenti 
est  moment aneum  et  leve  tribulationis  nostras,  supra  mo- 
dum  in  sublimitate  teternum  pondus  glories  operatur  in 
nobis.  Erit  ergo  quandoque  nobis  ingens  cumulus  gloriae, 
qui  modo  est  fasciculus  myrrhae.  An  non  fasciculus, 
jugum  suave  est,  et  onus  leve?  Non  quia  levis  in 
se  (nee  enim  levispassionisasperitas,  mortis  amaritudo  : ) 
sed  levis  tainen  amanli.  Et  idco  non  ait  tantum,  fasci- 
culus myrrhee  dilectus  mens  :  sed  mihi,  inquit,  qua?  di- 
ligo,  fasciculus  est.    Unde  et  dilectum  nominat,  mons- 


trans  dilectionis  vim  omnium  amaritudinum  superare 
molestiam,  et  quia  fortis  est  tit  mors  dilectio.  Et  ut  scias 
non  in  se  illam,  sed  in  Domino  gloriari,  neque  de  pro- 
pria virtute,  sed  de  Domini  ailjutorio  praesumere  forti- 
tudinem ;  dicit  ilium  inter  ubera  sua  commoraturum, 
cui  secura  decantet  :  Etiamsi  ambuhwero  in  medio 
um/irii'  mortis,  non  timebo  muta,  quoniam  iu  mecum  es. 
2.  Meu'inime  in  uno  superiorum  scrmonum  duo  Spon- 
S33  ubera  congratulationem  diffinisse  atque  compassio- 
nem,  juxta  Pauli  doctrinam,  dicentis  :  Gaudere  cum 
gaudentibus,  flere  cum  flentibus.  Quia  vero  inter  ad- 
versa  et  prospera  versans,  novit  utrobique  pericula  non 
deesse ;  medium  hujuscemodi  nberum  suorum  vult  ha- 
bere dilectum,  cujus  adversus  utraque  continua  protec- 
tione  munitam  nee  laeta  extollant,  nee  tristia  dejiciant. 
Tu  quoque,  si  sap  is,  imitabcris  Sponsae  prudentiam  atque 
hunc  myrrhae  tarn  charum  fasciculum  de  principal, 
tui  pectoris,  nee  ad  horam  patieris  avelli,  amara  ilia 
omnia  qua?  prole  pertulit,  semper  in  memoiia  retinensi 
et  assidua  meditalione  revolvens,  quo  possis  dicere  et  tu: 
Fasciculus  myrrhce  dilectus  metis  mihi,  inter  ubera  men 
commorabitur. 
3  Et  ego,  Fratres,  ab   ineunte  mea   conversione,  pro 


360 


OEl'VRES  DE  SAINT  RERNARD. 


Devotion    de 

saint  Ber- 
nard pour  H 
passion   de 

Jesui-Chrt.t. 


de  ma  conversion,  pour  me  tenir  lieu  de  tous  les  de  leurs  travaux.  J'ai  cueilli  la  mirrhe  qu'ils  ont 
merites  queje  savais  me  manquer,  j'ai  eu  soin  de  plantee.  C'esi  pournioi  que  <•  bouquet  salulaire 
me  {aire  ce  petit  bouquet,  et  de  le  placer  entre  :rve,  personne  ne me  le  ravira ;  il  demeu- 
mes  mamelles,  apres  l'avoir  compose  de  toutes  les  rera  entre  mes  mamelles.  J'ai  cru  que  la  sagesse 
douleurs  et  amertumes  de mon Seigneur,  d'abord  consistait  a  mediter  ces  choses.  J'ai  mis  en  cela  la 
des  uecessites  qu'il  a  soufferles,  lorsqu'il  etait  lout  perfection  de  la  justice,  la  plenitude  de  la  science, 
petite;  ensuite  des  travaux  de  la  predication,  des  fa-  les  richesses  du  salut,  labondance  des  merites. 
Uguesdesesdiversvoyages,des veillesde sesprieres,  Elles  out  e.te  quelquefois  pour  moi  un  breuvage 
de  ses  tentations,  de  ses  jeunes,  de  ses  larmes  de  d'une  s  tlutaire  amertume,  et  quelquefois  une  one- 
compassion,  des  embuches qn'on  luia  dressees,  des  tion  de  joie  douce  et  agreable.  C'est  ce  qui  me  re- 


Fruit  de 

Ct'tlC 

leve  dans  I'adversite,  et  me  relient  dins  la  prospe-  maditjiion. 

rile ;  ce  qui  me  fait  marcher  en  surete  dans  une 

voir  royale  entre  les  biens  et  les  maux  de,  eelte  vie, 

et  ecarte  les  penis  qui  me  meuacent  a  droite  et  a 

gauche,  C'estcequi  me  concilieles  bonnes gracesdu 

juge  du  monde,  en  me  montrant  doux  el   humble 

celui  qui  esl  redoutable  aux  puissances;   non-seu- 


daugers  que  ses  faux  l'reres  lui  ont  fait  courir,  des 
outrages,  des  cracbats,  des  souffjiets,  ties  risees, 
des  moqueries,  des  clous,  et  aulres  choses  sem- 
blables  qu'd  a  soutfertes  pour  le  salut  du  genre 
humain,  selon  ce  que  1'Evangile  nous  apprend  en 
quantite  d'eudroits.  Et  patmi  tant  d'aulres  pet  its  ra- 
meaux  de  cette  mirrhe  odoriferante,  j'ai  eru  que  je 

ne  devais  pas  oublier  celle  qu'on  lui  dounaaboire  lenient  en  me  faisant  voir  favorable,    mais  encore 

surlacroix,   ui  celle  dont   on   l'embauma  dans   le  on  me  dormant  un  modele  a  iuiiter  dans  celui  qui 

sepulcre  :  parce  que  dans  la  premiered  a  bu   l'a-  est  inaccessible  aux   principautes,   et   terrible    aux 

mertume  de  mes  peches,  et  dans  l'autreila  consa-  rois  de  la  terre.  C'est  pourquoi  ce  que  j'ai  toujour:, 

ere  l'incorruptibilite  future  de  mon  corps.  Tant  que  a  la  bouche,  comme  vous  le  savez,  toujours  dans 

je  vivrai,  je  publierai  hautement  ces  graces  abon-  le  cceur,  comme  Dieu   le  sait,   partout   dans  mes 

dantes.    Jamais  je    n'oublierai  des    faveurs   aussi  ecrits,  comme  on  le  voitassez,  et  ma  philosophic  la 

signalees;  puisque  c'est  a  elles  que  je  suis  redeva-  plus     sublime     en   ce    monde,     c'est    Jesus,    et 

ble  de  la  vie.  Jesus   crucilie.    Je    ne    m'enquiers    point,    comme 

U.  C'etaieut  ces  misericordes  que  David  demandait  l'Epouse,  ou  repose  4   mi  li   celui   que   j'emhrasse 

avec  larmes  lorsqu'il  disait  :  «  Repandez  vos  mise-  avec  joie,  parce  qu'il  demeure  entre  mes  mamelles. 

ricordes  sur  moi  et  je  vivrai  [Psal.   cxvui,  77).  »  Je  ne  demande  point  oil   celui  que   je   eonteinple 

C'etaient  elles  aussi  qu'un  autre  saint serappelait  en  comme  sauveur  sur   la  croix  fail  pailre   son  Irou- 

geniissant,  quand  il  disait  :  «  Les  misericordes  du  peau.  Ce  que  cherche  l'Epouse  est  plusreleve,  mais 

Seigneur  sunt  grandes.  >>  (Jue   de  rois   et  de    pro-  ce  que  je  veux  est  plus  doux   et    plus    facile.    L'un 

phetes  ont  desire  voir  ce  que  je  vois,   et    ne    font  est  du  pain,   l'autre   du    lait.    Or,    le   lait  nourrit 

pas  vu?  Us  ont  travaille,  et  moi  je  jouis  des  fruits  les    petits     enfants,     et     remplit     les    mamelles 


acervo  meritorum,  quae  mihi  deesse  sciebarn,  hunc  mihi 
fasciculum  colligare,  et  inter  ubera  inea  collocare  cu- 
ravi,  collectum  ex  omnibus  anxietatibus  et  amaritudini- 
bus  Domini  mei,  primum  videlicet  int'antilium  illai'nm 
necessitatum  ;  deinde  laborurn  quos  pertulit  in  prvedi- 
cando,  fatigalionum  in  discurrendo,  vigiliarum  orando, 
tenlationum  in  jejunando,  lacrymarum  in  compatiendo, 
insidiarum  in  colloquendu,  postremo  periculorum  in 
falsis  fratribus,  convitiorum,  sputorum,  colaphorum, 
snbsannationum  exprobralionum,  clavorum,  horamque 
similium.  quae  in  salulem  nostri  generis  siva  evang 
copiosissine-  noscitur  protulisse.  Lin  s.me  inter  tot  odo- 
riferae  myrrhae  hujus  ramusculos  minime  praetermitten- 
dam  putavi  etiam  illam  myrrham,  qua  in  cruce  potatus 
est;  sed  neque  illam,  qua  unctus  est  in  sepultura.  Qua- 
rum  in  prima  applicuit  sibi  meorum  amaritudinem  poc- 
catorum  :  in  secunda  futuram  incorruplionem  mci  cor- 
poris dedicavit.  Memeriam  a  psuavitatis  horum 
eructabo ,  quoad  vixero  :  a  non  obliviscar 
miserationes  islas,  quia  in  ipsis  viviflcatus  sum. 

I.  Has  olim  sancl  is  I  lavid  aia  requirebat  : 

Veniunt  mihi,  inquiens ,  miseralianes  luce,  et  vivaaj. 
Has  ct  alius  quidam  sanctorum  cum  gemitu  memoraba! , 
dicens:  Miscricordiae  Domini  mullae.  Quaui  multi  reges 


et  prophetae  voluerunl  videre  ,  et  non  viderunt !  tpsi 
laboravernnt  ,  et  ego  in  labores  coruru  introivi  :  ego 
messui  myrrham  ,  quam  illi  plantaverunt ;  mihi  hie  sa- 
lutaris  fasciculus  servatus  est  :  nemo  tollel  cum  a  mc  , 
inter  ubera  mea  commorabUur.  Haec  meditari  dixi  aj- 
pientiam  ,  in  bis  juslitiae  mihi  perfectionem  convlitui, 
in  his  plenitudinem  Bcientiae  ,  in  liis  divitias  salutis  , 
in  his  copias  meritorum  .  Ex  his  rursum  suavis  unctio 
consolationis .  Haec  meerigunl  in  adversis,  in  prosperis 
reprimunt,  et  inter  la.'ta  ,  trisliaque  vils  praesentis  via 
incedenti  tutum  praebent  utrobique  ducatum ,  binp 
inde  mail  immiaentia  propulsando.  Haec  mihi  coociliani 
niundi  judicem,  dum  tremendum  potestatibus  inileni 
humilemque  Bguramt,  dum  non  solum  placabilem,  sed 
el  imitabilem  repraesentanl  eum  ,  qui  inaccessibilis  asj 
principatibus ,  terribilis  apud  reges  terra.  Propterea 
haec  niilii  in  ore  frequenter,  iicul  vos  scilis  :  base  in 
per,  sicul  Deusscit,  ha;c  slilo  meo admodum 
familiaria,  sicut  apparet:  base  mea  sublimior  interim 
pbilosopbia ,  scire  Jesum,  et  bunc  cruciflxum.  Non 
requiro,  Bicut  Sponsa,  ubi  cubel  in  meridie,  g 
laius  amplector  mea  inter  ubera  commorajitem,  N  id 
reguiro  ubi  pascat  in  mcridie,  quemintueor  Salvatoicm 
in  cruce.  lllud  sublimius.  iatud  Buavius;    panis  illud  . 


Saint   Ber- 
nard la 
reommande 
k  ses  reli- 
gion. 


quarante-quatriEme  sermon 

des  meres,   voila   pourquoi    il   demeurera    entre 
mes  mameiles. 

5.  Mes  tres-chers  enfants,  cueillez-vous  aussi  un 
bouquet  si  aimable,  mettez-le  au  plus  profond  de 
voire  cceur,  servez-vous-en  pour  en  munir  1 'en- 
tree, et  qu'il  demeure  entre  tos  mameiles.  Ayez-le 
tonjours,  noil  derriere  vous,  mais  devant  lcsvetix; 
car  si  vous  le  portez  saus  le  seutir,  sou  poids  vous 
accablera  et  son  odeur  ne  vous  relevera  point. 
Souvenez-vous  que  Simeon  l'a  recu  entre  ses  bras 
[Luc.  ii,  28),  que  Marie  l'a  portedans  ses  entrailles, 
l'a  rechauffe  dans  son  sein,  et  que  l'Epouse  le  ]ilaee 
entre  ses  mameiles,  et,  pour  ne  rien  ouhLer,  qu'il 
est  devenu  parole  entre  les  mains  du  Prophete 
Zacharie,  et  de  quelques  autres.  Je  me  figure  que 
Joseph,  l'epous  de  Marie,  l'a  souvent  pris  sur  ses 
gemmx  pour  le  caresser.  Toutesces  pe.rsounes  l'ont 
eu  devant  elles,  non  derriere.  Qu'elles  vous  servent 
done  d'exemple,  failes  de  memo.  Car  si  vous  avez 
devant  lesyeux  celui  que  vous  portez,  il  est  certain, 
qu'eu  voyaut  les  maux  qu'a  soufferts  le  Seigneur, 
vous  porterez  les  votres  avec  plus  de  facilite,  avec 
le  secours  de  l'epoux  de  l'Egliset  qui  est  Dieu 
par  dessus  toutes  choses  et  beni  a.  jamais.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  XLIV. 

La  correction  doit  se  regler  sur  le  caractere  de  ceux 
qu'on  reprend  '.  elk  doit  e"lre  douce  quand  elle 
s'adresse  a  des  personnes  humbles  et  faciles,  et  sihieres 
quand  on  a  affaire  a  des  dines  dures  et  obstiniies. 

1 .  «  Mon  bien-aime  est  pour  moi  une  grappe  de 


SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  361 

raisin  de  Chypre  dans  les  vignes  d'Engaddi  (Cant. 
l,  13).  »  Si  l'Epoux  est  aimable  dans  la  mirrhe, 
il  Test  bien  davantage  dans  la  douceur  da  raisin. 
Mon  Seigneur  Jesus  est  done  pour  moi  de  la  mir- 
rhe dans  sa  mort,  et  une  grappe  de  raisin  dans  sa 
resurrection  ;  et  e'est  de  celte  sorte  qu'il  s'est 
doime  lui-meme  a  moi  eo  i  me  un  bivuvige  salu- 
taire  mele  de  larines  et  de  joie.  11  est  mart  pour 
nos  peches,  ei  il  est  ressuscite  pour  notre  juslilica- 
tion,  afin  qu'ilant  niorts  an  peche  nous  vivions 
pour  la  justice  [Rim.  iv,  26).  »  Done,  si wous  avez 
pleure  vos  peches,  vous  avez  bu  le  breuvage  amer, 
mais  si,  entres  dans  une  vie  plus  sainle,  vous  com- 
meucez  a  respire?  dans  l'esperance  d'une  vie  im- 
mortelle, l'amertume  de  la  mirrhe  s'est  changee, 
pour  vous,  eu  la  douceur  du  vin  qui  rejouit  le 
cceur  de  l'homme.  Peut-etre,  quand  le  Sauveur  ne 
voulut  point  boire  le  vin  mele  de  mirrhe  qu'on  lui 
presents  sur  la  croix,  etait-ce  pour  faire  compren- 
dre  qu'il  n'avait  soif  que  du  premier?  Lors  done, 
qu'apies  les  amertumes  de.la  mirrhe,  vous  venez  4 
gouler  ce  vin  delicieux,  vous  pouvez  dire  aussi 
avec  raison  :  «  Mon  bien  aime  est  pour  moi  une 
grappe  de  raisin  de  Chypre  dans  les  vignes  d'En- 
gaddi. »  Engaddi  signilie  deux  choses,  mais  toutes  Eiplicntoadn 

mot  Engaddi. 
deuxontlememesens.il  veut  direeneffet,  lafontaine 

du  boue,  et  le  bapteme  des  nations;  or  l'une  et 
l'aulre  marquent  clairement  leslarmesdu  pecheur. 
On  l'iiiterprete  encore  l'ceil  de  la  tentation  qui 
verse  aussi  des  larmes,  et  voit  d'avance  les  tenta- 
tions  qui  ne  manquent  jamais  a.  l'liomme,  tant  qu'il 
est  sur  la  terre;  mais  les  gentils,  qui  marchaient 
dans  les   tenebres,   n'ont    pas   pu  decouvrir     par 


hoc  lac ;  hoc  viscera  reficit  parvulorum  ,  hoc  rrplet 
ubera  matrum  :  et  ideo  inter  libera  mea  comm.ua- 
bilur. 

j  .  Hunc  et  vos  dileclissimi,  tarn  dilectum  fasciculum 
colligite  vobis  ,  hunc  medullis  inserite  cordis  ,  hoc  inu- 
nite  aditum  pectoris ,  ut  et  vobis  inter  libera  oom- 
moneUir.  Habete  ilium  semper  non  re+ro  in  hnmeris, 
sed  ante  pi;e  oculis :  ne  portantes  et  non  odorantes;  et 
onus  premat  ,  et  odor  non  erigat.  Mementote,  quia  ac- 
eepiteum  Simeon  in  ulnissuis;  Maria  geslavit  in  utero  , 
Tovit  in  gremio  ,  Sponsa  sibi  inter  ubera  collocavit.  Et , 
ne  quid  pratermittam  ,  factum  est  verbum  in  manu  Za- 
cbaria;  prophetiB,  necnon  et  quorumdam  aliorum.  Ar- 
bitror  et  Juseph  virum  Maris  super  genua  frequenter 
illi  arrisisse .  Hi  omnes  ante  se  eum  babuenint,  et  nul- 
lus  retro.  Exemplo  ergo  sint  vobis,  ut  et  vos  similiter 
facialis  .  Si  enim  ante  oculos  habuerilis  quem  portalis  , 
pro  certo  videntesangustias  Domini,  levins  vcslraspor- 
labitis  ,  ipso  auxiliante  Ecclesia;  sponso  ,  qui  est  super 
omnia  Deus  benedictus  in  saecula.  Amen. 

SERMO  XLIV. 
De  correptione  pro  ingenio    peccantium    rnoderandn,  ut 
nernpe  humdes   et  morigeri    leniter,    dnri  et   obstinali 
austere  corrigantur. 

I.  Botrus  Cypri  dikctus  meus  md»  nviwu    Engaddi. 


Si  dilcctus  in  myrrha,  multo  magis  in  botri  suavitate 
Ergo  Dominus  mens  Jesu  myrrha  milii  in  morte,  botrusin 
resurrectione,  seipsum  mihi  salubemmum  temperavit  in 
potum,  in  lacrymis  in  mensura.  Moituus  est  propter 
peccata  nostra,  et  rcsurrexit  propter  justificationem  nos- 
liam,  ut  peecatis  mortui  justitiae  vivamus.  Itaque  tu  si 
peccata  luxisti,  bibisti  amantudinem  :  si  aulem  jam 
respirasti  in  spem  vitse  vita  sanctiori,  mulata  est  tibi 
myrrha;  amaritudo  invinum,  quod  laptiticat  ror  hominis. 
Et  fortassis  hoc  illud  significaverit,  quod  Salvatori 
obl.ttum  est  in  cruce  *  myrrhalum  :  et  ideo  noluit 
bibere,  quoniam  istud  sitiebal.  Tu  ergo  post  myrrhse 
(ut  dixi)  amaritudines,  vinum  jncunditatis  e.xperiens, 
baud  temere  et  ipse  dicere  poleris  :  Botru*  Cypii  dilec- 
tus  mem  mihi  in  vineis  Engaddi.  Engaddi  duplicem  ha- 
bet  interpretationem,  et  uni  ambae  iutellcctui  serviunt, 
Dieitur  namque  fons  hcedi,  et  baplismagenlium  ;  lacry- 
masque  peccantium  aperte  designat.  Dieitur  et  oculus 
tentationis,  qui  et  lacrvmas  «que  fundat  ;  et  tentationes, 
qutE  niinime  unquam  desimt  vita;  hominis  super  terrain 
prospiciat.  Sed  et  populus  gentium,  qui  nmbulabat  in 
tenebris,  nunquam  per  se  laqueos  tentalionum  agnoscere, 
ac  per  hoc  nee  evaderc  potuit,  donee  per  gratiam  iilius 
qui  illuminat  e;ecos,  reccpit  oculos  fidei;  donee  venit  ad 
Ecelesiam,  qua;  babet  oculum  tentationis;  donee  se  tndi- 
dit  viris  spiritualihns  instruendum,  qui  illuminati    piritu 


'  at.  add. 
\inum. 


362 


(KUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


eux-mdmes,  ni  par  consequent  6viter  les  pieges  des 
tentations.  jusqu'a  ce  que,  p:ir  la  grace  de  celui  qui 
illumine  lesaveugles,  ils  eussenl  recouvre  les  yens 
de  la  foij  fussenl  entres  dans  1'Eglise,  qui  a  an  ceil 
pour  apercevoir  les  tentations,  se  fussenl  fail  ins- 
truire  par  deshommesspirituels,  qui,  etant  eclai- 
res  par  l'esprit  de  sagesse,  et  savants  par  leur  pro- 
pre  experience,  peuvent  dire  en  veritfi  :  «Nous 
n'ignoroDS  pas  les  artifices  et  les  desseins  du  'lia- 
ble (Cor.  u,  11).  » 

2.  On  ditque  Engaddi  produil  aussi  une  petite  es- 
pAeedebaumier,  que  les  habitants  du  pays  cultivent 
comme  des  vignes;  c'est  peut-Stre  pour  cela  qu'il 
les  appelle  des  rignes.  Autrement  que  signifierait 
du    raisin  de   Chypre  dans    les  vigues    d'Engadili  ? 


Sens  allego- 
rique  de  la 
▼igne  d'En- 

ta.il.ii. 


Jl  faut  tem- 
perer  par 
la  douceur 

l'anierlume 
de  la 

reprimande. 


seulement,  mais  avecdu  vin  et  de  t'huile  tout  en- 
semble ;  il  faut  que  le  medecin  spirituel  mele  le 
vin  d'un  zele  ardent,  avec  l'huile  de  la  douceur, 
attendu  qu'il  ne  doil  pas  seulement  consoler  les 
faibles,  mais  aussi  reprendre  b-s  esprits  inquiets. 
Car  s'il  vnii  que  le  blesse,  c'est-a-dire,  le  pecheur, 
ne  s'amende  point  par  les  douces  el  cbaritables  re- 
primandes,  par  lesquelles  il  commence  sa  gueri- 
son,  el  qu'au  contraire  il  abuse  de  sa  bonte.devienl 
plus  negligent  a  cause  do  sa  patience,  et  persiste 
avee  plus  de  conliance  encore  dans  sou  peche  ; 
l'huile  de  remontrances  salutaires  etant  inutile,  il 
doit  se  servir  desremedes  plus  piquants,  employer 
le  vin  de  la  componction,  c'est-a-dire  recou- 
rir  a     son   egard    aux     reprimandes    severes   et 


Qui  s'est  jamais  avise   de  transporter   des  grappes  aux  reproches  amers,  et  s'il  en  est  besoin,  et  que 

de  raisin    d'une   vigne    dans  une   autre  ?  On    ne  son    endurrissement    soit    si    grand  ,    il    polirra 

porte  pas  ordinairement  du  vin  ou.il  y  en  a,   mais  venger  ce  mepris,  en  le  frappant  meme  des  censu- 

oii  il   n'y  en  a  point.  II  appelle  done,  vignes  d'En-  res  ecclesiastiques.   Mais  oii   prendra-t-il  ce  vin? 

gaddi,   les  peuples   de   1'Eglise,  elle  a  un   baume  Car  on  ne  trouve  point  de  vin  dans  les  \ignes  d'En- 

hquide,je  veux  dire  uu  esprit  de   douceur  qui  lui  gaddi  on  y  trouve  seulement  de  l'huile.  Qu'il  lecher- 

fait   choyer  la  delicatesse    de  ceux  qui  sont  encore  die  dans  l'ile  de  Chypre,  qu'on  dit  etre  fertile  en  vin, 

petits  en  Jesus-Christ,  et  consoler  les  douleurs  des  mais    en  vin   excellent,    qu'il    cueille   cette  grosse 

penitents.  Si  un  frere  tombe  en  quelque  taute,    un  grappe,   qu'autrefois   les  espions  d' Israel  rappor- 

des   ministres    de  1'Eglise  qui  a  deja  recu  cet  es-  taient  sur  un  levier,  en  quoi  ils  figuraient  les  pro- 

prit,   le  reprendra  aussilot  avec  ce  meme  esprit  de  phetes   qui  ont  marche  devant,  les  apotres  qui  out 

douceur,  parce  qu'en  faisaut  retour  sur  lui-meme,  suivi,  et  J6sus-Christ  qui  est  venu  entre  les  prophe- 

il  craint  d'etre  tente  [Gal.  vi,  l\.  C'est  ce  qui  figure  tes  et  les  apotres ;  et  qu'en  prenant  cette  grappe,  il 

l'huile  materielle  dont  1'Eglise  a  coutume  d'oindre  dise  :  «  Mon  bien-aime  m'est  une  grappe  de  raisin 

le  corps  de  tous  ceux  qui  sont  baptises.  de  Chypre.   » 

.'1  Mais  comme  les plaies  de  celui  qui   est  tombe        k-  Nous  avons  parle   de   la  grappe.  de  raisin; 

entre    les  mains   des  voleurs,   et  que  le  charitable  voyons  maintenant  comment  on  en  tire  le  vin  du 

samaritain  a  porte  sur  son  cheval  dans  l'hotellerie  zele ;  car,  si  l'homme  pecbeur  ne  se  met  point  en 

de  1'Eglise,    ne  se  guerissent   pas    avec   de   l'huile  colere  contre  celui  qui  peche,  mais  au  contraire, 


11  fnut  re- 

pri-ndri'sive. 

reineut  ceux' 

qui  sont, 

opinialres 

dans    le 

mat   et  aux 

censures 

Oclesiasliquei 


sapientiae,  suo  et  experimento  docti,  possunt  veraeiter 
dicere,  quia  non  ignoramus  astutias  diaboli,  et  eogita- 
(iuncs  ejus. 

2.  Ferunt  in  Engaddi  arbusculas  balsami  ercscere, 
rpiae  in  modum  vinearum  ab  indigenis  excoluntur  :  et 
inde  forsitan  vineas  appelavit.  Alioquin  quid  faceret 
botrus  Cypri  in  vineis  Engaddi  ?  Quis  unquam  botroa 
de  vincis  in  vineas  Iransporlavit  ?  Sulet  siquideui  \i- 
num,  ubi  deest,  aliunde  evebi,  non  ubi  adest.  Ergo 
vineas  Engaddi  dicit  plebes  Ecclesiae,  quae  habet balsami 
liquorem,  spiritum  mansuetudinis,  in  quo  parvulorum 
adhuc  in  Christo  leneriludinem  blande  fovet,  et  dolores 
pcenitenlium  consolatur.  Sed  et  si  quis  frater  in  aliquu 
delicto  praeoccupatus  fuerit  ,  vir  ecclesiaaticus  ,  qui 
hunc  spiritum  jam  act-pit,  curabit  hujuamodi  niox 
instruere  in  eodem  spirilu  lenilatis,  considcrans  seipsum 
ne  et  ipse  tentetur.  In  hoc  typo  quotquot  baplizandi 
sunt,  etiam  corporaliter  Ecclesia  oleo  materiali  ungere 
conauevit. 

3.  Quia  veto  vulnera  illius  (jui  incidil  in  latronea,  el 
jumenlo  corporis  pii  Samaritani,  Ecclesia^st  deportatus 
in  atabulum,  non  in  solo  oleo,  sed  in  vino  simul  et  oleo 
sanitatem  recipiunt  ;  necesaarium  habet  spiritualis  me- 
dicus  etiam  vinum  fervidi  zeli  cum  .oleo  mansuetudinia, 


cui  sane  convenit  non  modo  consolari  pusillanimes,  sed 
et  corripere  inquietos.  Si  enim  viderit  ilium  qui  vulne- 
ratus  est,  id  est  qui  peccavit,  blandia  ac  lenibus 
hui-lameniis,  quae  in  enm  prasrogats  sunt,  minime 
emendatum,  msgia  autem  forte  etiam  abutentem  sua 
mansuetudine,  el  palientia  negligentiorem  lieri,  el  in 
peccato  suo  etiam  serin-ins  obdormire  :  frustrate-  lam 
suavium  uleu  mnnitorum,  oporlebit  sane  mordaoioribus 
■it i  medicamentis,  et  vinum  compnnctiooia  inl'undere, 
duris  videlicet  cum  eo  increpalionibus  atipie  invectioni- 
bua  agere,  et,  si  causa  requirit,  el  duritia  tanta  est, 
eliam  ceusur.i'  ccch-siasline  baculi)  pcreellere  conlemp- 
torem.  Sed  unde  ill!  hoc  vinum  ?  Nee  enim  in  vim-is 
Engaddi  vinum  invenitur,  aed  oleum.  Quaerat  ergo  in 
Cypro  ;  (nam  ilia  insula  ferax  est  vini,  et  vini  optimi  :) 
tollensque  inde  sibi  ingentcm  botrum,  quern  olim  ex- 
ploratorea  de  Israel  in  vecle  ferebant,  chorum  pruphe- 
licum  pruecedentem,  el  Bubaequentem  apoatolicum  , 
medium  autem  Jesum  pulchro  scliemale  figurantes  :  hunc 
ergo  botrum  aooipienssibi,  dical  :  Botrus  Cypri  delectus 
mens  milii. 

4.  Vidimus  botrum  :  videamus  qualiter  zeli  vinum 
exprii:  alur  ex  eo.  Elenim  si  peccanti  homini  homo 
peccator  minime  indignatur,    sed  magis  quasi  quemdam 


QUARANTE-QUATR1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 
use  de   compassion   comme   d'une  douce  liqueur 


363 


i'oii  naissent 
a  mtnsue- 

tude 
t  la  charil6 
rraternelle* 


balsamique  qu'il  verse  sur  lui,  nous  savons  d'oii 
cela  proc&de,  et  vous  l'avez  deja  oui,  rnais  peut-etre 
n'y  avez-vous  pas  pris  garde.  Car  nous  avons  dit 
que  cette  douceur  vient  de  ce  qu'ou  se  considere  soi- 
meme,  et  que,  suivant  le  conseil  tres-sage  de  saint 
Paul,  pour  apprendre  a  avoir  de  la  condesceudance 
pour  eeux  qui  se  laisseut  aller  au  peche,  on  se 
considere  soi-meme  dans  la  crainte  d'etre  aussi 
tente  un  jour  [Galat.  vi,  1),  et  n'est-ce  pas  de  la 
que  l'amour  du  prochain  dont  il  est  dil  dans  la 
loi  :  «  Vous  aimerez  votre  prochain  comme  vous- 
meme  (Luc.  x,  27),  »  tire  son  origine.  L'amour  du 
prochain  a  sansdoute  ses  premiers  tondements  dans 
les  plus  secretes  affections  humaines;  et  de  l'amour 
que  la  nature  a  inspire  a  l'homme  pour  lui-meme, 
comme  d'une  humeur  feconde,  l'amour  du  pro- 
chain  tire  uue  espece  de  vie  et  de  vigueur,  par  la- 
quelle,  avec  la  grace  que  Dieu  repaml  sur  lui  d'en 
haut,  il  produits  des  fruit  de  charity ;  en  sorte  que 
ce  que  l'ame  desire  naturellement  pour  soi,  elle  ne 
croit  pas  devoir  le  refuser  a  un  autre,  qui  semble 
avoir  quelque  droit  d'y  pretendre,  parce  qu'il  par- 
ticipe  a  sa  nature;  elle  lui  eu  fait  part  avec  joie  et 
volontiers,  lorsqu'elle  le  peut  et  qu'il  en  a  besoin. 
Ainsi,  cette  onction  de  douceur  et  de  bonle,  natu- 
relle  a  l'homme,  a  moins  que  le  peche  ne  la  de- 
truise,  le  porte  plus  a  compatir  au.x  fautes  des  pe- 
cheurs  qu'a  les  trailer  avec  rigueur  et  severite. 

5.  Mais,  selon  le  mot  du  Sage,  «  comme  les  mou- 
ches  qui  doivent  mourir  gatent  l'huile  des  parfums 
(Eccles.  x,  1),  »  et  qu'une  fois  giitee,  la  nature  n'a 
plus  de  quoi  reparer  la  perte  qu'elle  a  faite,  il  ar- 


rive que,  par  un  changement  deplorable,  elle 
eprouve  ce  que  l'Ecriture  a  dit  avec  tant  de  verite, 
que  «  les  inclinations  et  les  pensees  de  l'homme 
sont  portees  au  maldes  sa  jeunesse  (Gevi.  vm.  21\» 
Ce  n'est  pas  une  bonne  jeunesse  que  celle  dans  la- 
quelle  le  plus  jeune  des  enfants  dcmande  qu'on  lui 
donne  sa  part  du  bieu  de  son  pere,  et  veutpartager 
un  bien  qu'il  est  plus  doux  de  posseder  eu  commun, 
et  avoir  seul  un  bieu  qui  n'est  pas  diminue  pour 
etre  possede  en  commun,  et  ne  perd  rieii  pour  etre 
partage.  Enhn,  dit  l'Ecriture  :  «  11  dissipa  tons  ses 
biens  en  vivant  dans  la  di'bauche  avec  des  femmes 
perdues  (Luc.  xv,  12).  »  Qui  sont  ces  femmes  per- 
dues?  Ne  sont-ce  point  celles  qui  font  perdre  toute 
sa  douceur  a  cette  huile  de  parfums,  o'est-a-dire  les 
convoitises  de  la  chair,  au  sujet  desquelles  l'Ecriture 
nous  donne  des  avis  tres-salutaires,  quand  elle  nous 
dit  :  «  Ne  vous  laissez  point  aller  apres  vos  con- 
voitises; »  car  le  Sage  remarque  fort  bien  qu'elles 
«  doivent  mourir,  attendu  que  le  moude  passe 
avec  ses  convoitises  (Joan,  n,  17).  »  Lorsque  nous 
voulons  les  satisfaire,  nous  nous  privons  de  la  dou- 
ceur  d'un  bien  commun  et  general,  par  celle  que 
nous  voulons  prendre  en  particulier.  Ce  sont  la  Lesconcnpis- 
sans  doute  ces  mouches  sales  et  piquantes,  qui  dec^Cehair 
souillent  en  nous  la  beaute  de  la  nature,  dechireut     eteignent 

tout 

I'esprit  par  les  soucis  et  les  inquietudes,  et  detrm-  sentiment  de 
sent  le  plaisir  et  les  charmes  de  la  vie  commune.  comuaS5'0n- 
C'est  pour  cela  que  l'homme  est  appele  le  plus 
jeune  des  enfants  du  pere  de  famille,  parce  que, 
tandis  que  sa  nature  corrompue  par  les  passions  de- 
reglees  d'une  folle  jeunesse,  a  perdu  toute  la  grace 
de  la  malurite  et  de  la  sagesse  virile,  son  esprit 


ei  suavissime  balsami  rorem  sudans  pium  exhibet  com- 
passionis  affectum  ;  hoc  scimus  unde  venit,  et  jam 
audistis,  sed  non  advertistis  forsitan.  Dictum  namque 
est,  quod  ex  consideration  sui  ipsius  caique  veniat 
mansuetum  esse  ad  omnes,  dum  homo  concilio  sapien- 
tissimi  Pauli,  ul  pie  condescendere  sciat  prasoccupatis  in 
peecalo  consideral  seipsum,  ne  et  ipse  tentetur.  An  non 
bine  denique  amor  proximi  radicem  trahit,  de  quo  in 
lege  mandatur  :  Diliges  proximum  ilium  sicui  teipsum  1 
Ex  iulimis  sane  humanis  affectibus  primordia  ducit  sui 
ortus  fraterna  dilectio,  et  de  insita  homitii  ad  seipsum 
aaturali  quadaai  dulcedine,  tanquam  de  humore  terreno, 
sumit  procul  dubio  vegetationem  et  vim,  per  quam, 
spirante  quidem  gratia  desuper,  fructus  parlurit  pietatis  : 
ut  quod  sibi  aniuia  naturaliter  appelit.  Daturas  consorti, 
id  est  alteri  homini,  jure  quudam  bumanitalis,  ubi 
polerit  et  oportuerit,  non  existitnet  denegandum,  sed 
spoule  ac  libens  impertiat.  Inest  ergo  naturae,  si  pee- 
calo non  obsuleseat,  istiusmodi  grata?  et  egregia;  quasi 
suavitatis  liquor,  ut  molliorem  magis  ad  compatiendum 
peccanrjbus,  quam  ad  indignandum  asperiorem  sese  sen- 
ial  et  exhibeat. 

5.  Verum  quia  juxta  Sapientis  sententiam,  musca; 
moriturae  cxlerminant  hoc  suavitatis  unguentum,  et 
mini  me  babet  in  se    natura,  unde   id  repuret  sibi  seme' 


amissum  ;  sentit  se  dolenda  mutatione  corruere  in 
illud,  quod  veraciter  ait  Scriptura  :  Pioni  sunt  sennas 
he/minis  el  cogitationes  in  malum  ah  adolescentia.  Non 
bona  adolescentia,  in  qua  lilius  junior  portionem  sibi 
paternae  substantiae  postulat  sequestrari,  et  bonum  inci- 
pit  \ elle  dividere,  quod  in  commune  dulcius  pussidetur ; 
et  habere  solus,  quod  participatione  non  minuitur, 
partitione  amittitur.  Denique  omnia,  inquit,  bona  sua 
dissipavit,  vivendo  luxuriose  cum  meretricibus.  Quajnam 
bae  meretrices  ?  Vide  ne  ipsae  sint,  qua?  exterminant 
suavitatis  unguentum,  carnales  videlicet  concupiscentise, 
de  quibus  saluberrime  Scriptura  to  admunens,  Post 
concupiscenlias,  inquit,  luas  non  eas.  Et  merito  moritu- 
ras  describit  Sapiens  :  quoniam  et  mundus  transit,  et 
concupiscentia  ejus.  His  ergo  dum  satisfacere  singulari- 
ter  volumus,  boni  nos  socialis  atque  communis  singulari 
suavitate  privamus.  Hae  prorsus  musca?  sordida?  ct  pun- 
gentes ,  quae  in  nobis  decorem  naturae  foedant' 
mentem  curis  et  sollicitudinibus  lacerant,  socialis  gratia? 
suavitatem  exterminant.  Ilinc  homo  junior  lilius 
appellatur,  quod  natura  quodam  insensata?  lubrico  ado- 
lescentia? depravata,  omncm  virilis  maturitatis  ac 
sapientia?  succum  amiscrit  ;  et  versus  in  asperum,  arente 
animo  praeter  se  universes  despiciat,  factus  sine  aflec- 
tione. 


5Ci 


OEEVRES  DE  SAINT  RERNARD. 


L'hnmme 
est  plu» 
porte  a   Tin- 
donation 
qua  ]  i  co- 
lire. 


C'est  la 

grace  qui 

reforuie 

eels. 


s'endurcit  et  so  desserhe,  meprise  tout  le  monde  au 
prix  de  sui.  eft  penl  loute  all'octioii. 

6.  C'est  done  dds  le  eommewemettt  de  oette  Hrf- 
chante  et  miserable  jetmesse  que  les  inclinations 
et  lee  praseee  de  l'homme  sont  portees  au  mal,  et 
que  nalurellement  il  est  plus  prompt  a  s'irriter 
contre  le  proehain  qu'A  rompatir  a  ses  faiblesses. 
De  la  vieut  que  l'lioiume,  ayant  depouillc  pros  [lie 
tout  sentiment  d'humanite,  veutque  les  autres  l'as- 
si-tent  dans  ses  besuins,  mats  no  vent  pas  rend  re 
lui-meme  aux  autres  I'assistance  qn'ils  reclament. 
In  homme  est  un  peehenr  jiige  des homines  et  des 
pecheurs  comme  lni,  il  les  meprise,  il  s'en  raille, 
sans  eonsiderer  qu'il  peut  etre  lente  aussi  a  son 
tour,  or,  comme  j'ai  dit,  la  nature  ne  su  relevera 
pas  de  ce  mal  par  elle-meme,  el  ne  reconvrera  ja- 
mais l'hitile  de  eette  douceur  origiiulle,  depitis 
qu'elle  l'a  une  fois  perdue.  Mais  ce  que  la  nature 
ne  sanrait  faire,  la  grace  le  pent,  lit  telui  sur  qui 
l'Espril  Saint  daignera  repandre  de  nouveau  les  ef- 
fets  de  sa  bonte,  comme  une  onction  salulaiie,  re- 


scmhlo-t-il  pas  que  cclui-la  soit,  en  quelque  sortu 
redevenu  homme  qui,  depouillant  la  durete  de 
l'esprit  da  monde,  el  recauvrant,  avecle  secoursde 
la  grace,  I'onction  el  la  donceur  naturelle  a  l'hom- 
nie,  que  les  convottises  charnelles,  comme  des 
mouches  infoclos,  avaient  cnl  lerement  delruite, 
tire  de  son  fond  l'homme,  c*est-a-dire  de  soi-mdme, 
la  matiere  et  la  regie  de  sa  compassion  pour  les 
hommes,  el  regarde  comme  quelque  chose  de  bru- 
tal et  de  monslrueux,  non-seulemenl  de  faire  a  att- 
trui  ce  que  lui-meme  ne  voudrait  pas  soutfrir,  mais 
menie  de  ne  pas  t'.iire  aux  autres  ce  qu"il  desirerait 
qu'on  l:;i  fit  a  lui-meme  ? 

8.  Voila  d'01'1  vientl'huile.Maisd'ouvient  le  vin? 
Eviileniment  de  la  grnppe  de  raisin  de  Cbypre.  Car 
si  vims  aimez  le  Seigneur  Jesus  de  tout  voire  co?ur, 
de  toute  votre  "une,  de  loutes  vos  forces,  pourrez- 
vousvuir  sausemotion  les  injures  et  les  outrages 
qu'oti  llli  fait  ?  non  sans  doute,  mais,  em  por- 
te aussi  par  un  esprit  de  jugement,  et  de  zele, 
comme  un  homme  puissant  et  robuste  a  qui  le  vin 


Qnanrt  ou 

amir   JeSUI 

nil  ne  peut  ( 
so   CTrir 

qui  1   nlni-1- 


prendra  aussitot  ses  premiers  sentiments  d'hi.ma-  donne    de  nouvelles  forces,  plein  du  zele  de   Phi- 

nite,   et  recevra  m£me  de  la  grace,  quelque  chose  nees,  vous  direz  avec  David  :  «  Je  secbe  de   regret 

de  plus  excellent  que  de  ce  qu'iltenait  de  la  nature,  et    de  zele  de  ce  que  mes  ennemis  ont  oublie    vos 

Elle  le  rendra  saint  par  la  foi  et  par  la  douceur,  et  paroles  (I'sal.  i.xxvi',15),»  et  avecle  Seigneur  :  «  Le 

lui  donnera  non  de  l'huile,  mais  du  baunie  recueilli  zele  de   votre  maison  me   consume  et    me    devore 

dans  les  vignes  d'Engaddi.  [Psal.  lxxviii,  10).  »  Ce  zele  ardent,   c'est   le  vin 

7.  Car  il  n'y  a  point  de  doute  qu'il  ne  coule  des  ex  prime   de  la  grappe  de  raisin   de  Cbypre,     et 

dons    plus    procieux  de  la  fontaine  du    bouc   dont  rumour  de  Jesus-Christ  est  un  breuvage  qui  cnivre. 

l'onction   change  les  boucsen  agneaux,  fait  passer  Car  notre  Dieu  estuu  feu  consumant  (l)cat.  iv,  24), 

les  pecheurs  de  la  gauche  a  la  droite,  apres   les  et  un  Prophete  disait,  que  le   feu   etait  descendu 

avoir  abondamment  rempli  de  l'huile  de  la  nnseri-  d'en  haut  dans  la  moelle  de  ses  os  (Trcn.  l,   13), 

corde,    afin  que  la  grac?  snrabonde  oil  les   peches  parce  qu'il  etait  tout  enflamtne'    de  l'amour  divin. 

abondaient  auparavaut.    (Rom.  xv,  20.)   Ne   vous  Lorsque  l'amour   du  prochain  vous  a  donne  l'huile 


Qui  est  pro- 
pre  &  corri- 
gdr  le  pro- 
chain. 


6.  Igitur  ab  ineunte  adolescentia  ista  pessima  atquc 
miserruna  prom  sunt  sensus  hominis  et  cogilationes  in 
mjlum,  et  nalura  ad  indignandum,  quam  ad  compa- 
iiendum  paratior.  Indc  homo  tanquam  omnino  e.\uti:9 
hDmincm,  in  quo  vull  sibi,  cum  opus  habet,  ab  homi- 
nibus  subveniri,  non  vult  ipse  hominibus  opusliabentibus 
subvcnire.  Magis  aulem  judical,  spernit,  irridet  homo 
homines,  dclinquentes  peccator,  non  considenms  seip- 
sum,  ne  el  ipse  tentetur.  A  quo  malo  minime  perse 
(ut  di\i)  nalura  resurget.  ncque  recupcrabil  oleum  inge- 
nitae  mansuetudinis,  quod  seniel  est  exterminate!]]  in 
ca.  Verumtamen  quod  non  potest  natura,  potest  gratia. 
yuem  ergo  hominnm  unclio  spiritus  miserata,  perl'un- 
dere  denuo  sua  benignilatc  dignabilur,  is  continuo 
revertelur  in  hominem,  insuper  el  aliqnid  melius  a  gra- 
fia,  quam  a  nalura  nripiet.  In  fide  et  lenitale  sanctum 
taciel  ilium,  et  dabit  illi,  non  oleum,  sed  balsamum  in 
vineis  Engaddi. 

7  .  Nee  cnim  dubhim  ex  fonle  ho?di  profluere  charis- 
mala  meliota  ,  cujiisutiqiic unctio  faiedoa  ver  tit  in  aguos  , 
el  de  sinitra  Iransferl  in  dexteram  peccalorcs ,  abnn- 
dantius  qnidem  ante  pcrfusos  unrtione  misericordiae  , 
ut  ubi  abundaverunt  dclicta  ,  supcrnbundet  et  gratia. 
<n  non  vere  videlur  tibi  redi6se  quodammodo  si  homo 


in  hominem  ,  ipii  animi  saecularis  feritale  deposita,  el 
recuperata  ,  eliam  cum  fcenore  gratia?  ,  bumame  unc- 
tione  mansuetudinis  ,  quam  in  ipso  rruscae  c.unalium 
cupidilalum  penilus  cvtcrmiiiaranl ;  de  suo  quoin  geslal 
homint ,  imo  qui  ipse  est ,  et  maleriam  sumit ,  et  for- 
niam  miscrendi  liominibus  aliis  ,  ba  ut  tanquam  feralcm 
qneindam  rictum*  exhorreal  ,  non  solum  cuiquam  facere 
houiiniim  cpiod  pati  ipse  nolil  ,  sed  etiam  non  facere 
omnia  omnibus  quapciini|iic  sihi  licri  velit '? 

8.  En  undo  oleum.  Viniim  undo  ?  Profecto  ex  botro 
Cypri.  Klenim  si  ainas  Dominum  Jesum  loto  corde,  lota 
anima,  tola  virtute tua  !  numquid  si  videris  ejus injuiins. 
conlemplumque,  feri'e  ullatenns  ;equo  animo  poteris? 
Minime  :  sed  mox  arrcplus  spiritu  judicii  et  spirilu 
ardoiis,  el  lanquam  potenscnipiilalus  a  vino,  replelus 
zi/lo  Phinces,  dices  cum  David:  Tabexcere  me  fecit  z  ■/«« 
meus  ,  firfa  obtili  surd  vrrba  tun  inimici  mni  ,  et  cum 
Domino  :  Zelua  domus  tun  coructlit  me.  Vimim  eat 
ergo  fervidissiinus  zelus  isle,  expression  debotroCypfl, 
et  caliv  inebiians  Christi  amor.  Dcni que  !i'ui  notler 
ignis  constiwens  est ,  ct  Propheia  ignem  diccbat  de 
CNrelso  missum  in  ossibns  suis  ,  eo  quod  divino  n.noro 
flagrarel  .  Habens  ilaqnc  ex  fralerno  oleum  mansuetu- 
dinis ,  et  ex  divino  amore  vlnum  aemulationis ,  securu* 


QUARANTE-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


385 


de  douceur,  quand  l'amour  de  Dieu  vous  a   pro-  T;  l/,),  (Vest  bien,  e'est  tres-bien, l'amour  del'Epoux 

cure  le  vin  du  zele  et  de  l'emulation,   approchez-  a  donne  de  la  presomption  a  l'Epouse,  et  ce  meme 

vous  avec  coufiance  pour  guerir  les  plaies  de  celui  amour  a  produit  1'indignation   de   l'Epoux.   L'eve- 

qui  est  tombe    enlre   les   mains  des   voleurs,    et  nement  le  prouve.  Car  la  presomption  a  ete  suivie 

soyez  un  parfnt   imitateur   du   charitable    Sama-  je  reprimande,  la  reprimande   d'amendement,   et 

ritain.  Dites   aussi   avec  la    inerae   coufiance    que  1'amendement  de  recompense.   A  peine   le   bien- 

l'l  pouse  :    «   Mon  bien-aime   est   pour   moi   uue  aime  est-il  present,  le  maitre  disparait,  le  rois'eva- 

grappe  de  raisins  de  Chypre  dans  les   \ignes  d'En-  nouit,  la  dignite  s'effaee,  le  respect  est  mis  de  cute, 

gaddi.  »  C'est-a-dire,  l'amour  de    mon   bien-aime  Car  devant  l'amour  parfait  toute   deference  dispa- 

m'embrase  de  zele  de  justice,  dans  les  sentiments  ra;t.  Et  de  meme  que  Moise  parlait  autrefois  a  Dieu 

d'affecliou  que  j'ai  pour  mon    procbain.   Mais   en  comme  un  ami  a  son  ami,   et   Dieu  lui   repondait, 

voila  assez.  Car  ma  mauvaise   sante   me    force   a  ainsi  maintenant  setablit-il  entre  le  Verbe  etlame 

m'arreter,  comme  cela  m'arrive  assez  souvent,   en  un  entretien  aussi  familier  que  celui  de  deux  voi- 

sorte  que  pour  la  plupart  du  temps,   comme    vous  sins  ensemble.  Et  ll  n'y  a  pas  lieu  des'en  etonner; 

u'itaii  saint  savez,  je  suis  oblige  de  laisser  mes   discours    ina-  car  leur  amour  n'ayaut  qu'une  meme  source,  il  est 

ffeadi-  scs  cheves,  et  de  renvoyer  a  un  autre  jour  ce  qui   me  reeiproque,  leurs  caresses  sont  mntuelles.  Des   pa- 

ouOranccs.   res(e  ^  jjre  sur  jeg  verset3  que   j'avais    le    ui-ssein  roles  plus  douces  que  le  miel   volenl   <louc   egale- 

d'expliquer.  Mais  quoi?  Je  m'attends  a  elre  eliaiie,  ment  des  deux  cotes,  etils  se  jettent  imituellement 

car  je  sais  que  je  suis  encore  traile  plus  fovorable-  des  regards  pleins  d'une  douceur  inlinie  eu  signe  de 

ment  que  je  ne  le  merite,  frappez-mui,  mon  Dieu,  l'amour  saint   qui  les  rmbrase.    II    l'appelle   son 

frappez-moi comme  un  serviteur  qui  travaille  mat.  amie,  il  dit  quelle  est  belle,  et  le  repute  encore  une 

Peut-etre  les  coups  que  je  recevrai  de  votre  main,  fois,  et  il   recoit   d'elle   les  mimes   temoignages 


Familiarite 
entre  le  Ver- 
be  et  lime. 


me  tiendront-ils  lieu  de  nitrites,  peut-etre  Jesus- 
Christ,  I'epoux  del'Eglise,  netrouvant  point  eu  moi 
des  biens  qu'ils  recompense,  verra  dans  mes  plaies 
et  dans  mes  douleurs  un  sujet  d'exercer  sa  niise- 
ricorde  et  d'  oil-  pitie  de  moi,  Lui  qui  est  Dieu 
par  dessus  toutes  choses,  et  beni  dans  tous  les 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  XLV. 

Les  deux   beaules   de    I'dme;   comment   I'dme.  parte 
au  Verbe,  et  le  Verbe  a  i'dme,  leur  langue. 


d'amonr.  Etcette  repetition  n'est  pasinutile,  puisque 
e'est  une  conQrmaliou  de  son  amour  ;  peut-etre 
meme  veut-il  nous  marquer  par  la  qu'il  y  a  la 
dessous   qnelque    myslere    a   penelrer. 

2.  Cherchons  done  quelle  est  la  double  beaute 
de  1  'iime.  Car  il  me  semble  que  e'est  cela  qu'il  veut 
doiiner  a  entendre.  I  a  beaute  de  l'auie  e'est  l'liu- 
milite.  Je  ue  le  dis  pas  de  moi-meme,  le  Prophete 
l'a  dit  avant  moi.  «  Vous  m'arroserez  d'liysopeel  je 
deviendrai  pur  (Psal.  l,  9).  »  Marquant  l'humilite 
par  cette  herbe,  qui  est  petite,  et  qui  puniie  le 
coeur.  Le  roi  prophete,  apres  elre   tombe  dans  un 


II  y  a  dent 

beautes  ponr 

Tame. 


1.  «  Que  vous  etes  belle,  mon  amie,  que  vous  etes     crime  enorme,  espere  qu'il  sera  lave  avec  1  hysope, 
belle  '.  Vos  yeux  sont  des  yeux  de    colombe   {Cant,     et  qu'il  reeouvrera  ainsi  la  premiere  blaucheur  de 


accede  ad  sananda  vulnera  illius  qui  incidit  in  latrones , 
piissimi  Samaritani  opltmus  imitator.  Secure  qtiuque 
dicilo  tu  cum  Spjnsa  ,  Bolrus  CypriilUr  'lus  mews  mihi 
in  vineis  Engaddi:  hoc  est  ,  Zelus  jtutilie,  amor  dilecli 
mei  mihi  in  affectibus  pielalis  .  Et  de  ho-  satis.  .Yuu  et 
iniirmilas  mea  pausanduni  in  die-it,  sicut  et  same  tacit , 
ita  ut  plerumque  cogar  imperfeslas  (ut  ipsi  scitis)  re- 
linquere  dispuLdtiones  ,  resijuaque  uapituloru.n  in  Jiem 
alteram  resei'vare.  Sed  quid?  Ego  in  flugellaparatussiiii, 
sciens  me  adhue  recipere  longe  imparia  mentis.  Vapulem 
sjue,  vapulem  ut  m.ile  operans  ,  si  forte  verbjra  in 
meiiU  repulcntur  :  fortas-is  miserebitur  flagellato,  qui 
bonu.n  in  me  uon  invenit  quod  reaiuueret,  spjnsus 
Eceieaue  Jesus-Christus  Doiniuus  noster,  qui  est  super 
omnia  Lleus  bencdictus  in  sscula.  Amen. 

SERMO  XLV. 

De  dttpHci  pukhritudine  ammae  ;  et  guiltier  anima  lo- 
quitur ad  Dei  verbum,  el  verbum  ad  animam  :  el  qtue 
sint  eorum  Ungues. 

\ .  Ecce  tu  pulehrn    as  arnica   mea  ,    ecce  tu  pulelira ; 


ocu'i  tui  columbarum.  Pulchre,  optime  :  ex  amore, 
Sponsa;  pra?sumptio;  ex  amore  indignatio  Sponsi.  Hoc 
rei  exitus  piobat.  Etenim  prresuniptionem  coireplio, 
correptionem  emendatio ,  emendationem  remimeralio 
secula  est.  Attest  dilectus,  amovelur  magisler,  rex 
disparet,  dignitis  exiitur,  revereutia  ponitur.  Cedit 
quippe  t'astus,  ubi  invalescit  alTeclus.  Et  sicut  quondam 
quasi  amicus  ad  amicum  Moyses  loquebatur,  et  liomintis 
respondebat  :  ila  et  nunc  inter  verbum  et  atiimam,  acsi 
inter  duus  vicinos,  familians  admodum  celebiMtur  con- 
fabulilio.  Nee  minim.  Ex  uno  amoris  fonle  utrique 
i n II it i t  diligere  invicem,  confoveri  pariter.  Erjjodulciora 
nielle  vulant  hie  inde  verba,  mutui  in  se  totius  suavitatis 
fenintur  aspectus,  sancti  inJices  amoris.  Denique  is 
illam  arnica. n  nuncupat,  puluhiam  proiuinliat,  pulehram 
iterat,  eadem  ab  ilia  victim  reeipiens.  Nee  oliosa  ile- 
ralio,  quap  amoris  contirmatio  est,  et  furtassis  aliquid 
innuit  lequiremium. 

2.  Qusramtis  geminam  anims  pulchritudinem  :  hoc 
enim  mihi  videtur  iimuere.  Decor  anims  humilitas  est. 
Non  a  meipso  hoc  dico,  cum  proplieta  prior  dixerit  : 
Asperges  me  hyssopo,  et   mundabor ;  humili   herbs  et 


366 


(ELVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


LI— ITU    1  innocence.  Cependant    si   i'humilite  de  celui  qui     et  est  ravi    <le  joie  en  entendnnt  sa  voix.  Yoil.i  pa 
jointe  4  Tin-  a  commis  un  grand  peche  est  aimable,  elle  ne  me- 

oocence.  .,  v     .  ....  i      •    •  «■    ■  ■ 

rite  pas  neanmoins  a  etre  admiree.  Mais  si  celui 
qui  a  conserve  l'innocence  \  joinl  encore  I'humi- 
lite, ne  vous  semble-t-i]  pas  posseder  une  double 
beaute  de  lame?  La  sainle  Vierge  n'a  jamais  perdu 

la  saintete,  et  n'a  jamais  inunque  d'humilile.  Et   si 


wn\  ipii  frappe  les  oreilles  de  l'Epouse.  Ecoutons- 
1 1  .I  rejouissons-nous.  Les  voila  ensemble,  ils  se 
parlent  1'un  a  l'autre,  ecoutons-les.  Que  mil  soin 
ilu  siecle,  mil  attrail  charnel  no  nousdistraient  d'un 
entretien  si  agreable. 
3.  k  Quevous  fetes  belle,  ndit-il,  «  mon  amie,  que 


leRoi  l'ut  epris  d'amour  pour  sa  beaute,  c'est  parce  vous  fetes  belle !  »  <>s  paroles  expriment  I'admira 

quelle  alliait  l'lumiilite  a  l'innocence.  Car.comme  tion,  lereste  la  louange.  C'est  avec  raison  qu'on 

elle  dit  elle- mfeme:  « c'est  I'humilite  de  saservante  I'admire,    puisqu'elle   n'est  pas   devenue  humble 

qu'il  a  regardfee  (Luc.  i,  48}.  »  Heureux   sunt  ceux  apres  avoir  perdu  la  saintete,  niais  Test  demeuree 

qui  conservent   leurs  vfetements  purs,   c'esl-a-dire  en  la  conservant.  C'est  avec  justice  que  deux  fois 

leur  simplicity  et  leur  innocence,  sitoutefois  ilsont  elle  est  appelee  belle,  puisqu'elle  a  l'uiie  et  l'autre 

soin  de  se  revet  ir  encore  de  la  beaute  de  1'humi-  beaute.  11  est  extrfemement  rare  sur  la  terre  de  ne 

lite  !  Certes  Fame  qui  est  telle  s'enteudra  dire  ces  poinl  perdre  son  innocence,  ou  que  l'innocence,  si 

paroles  :  a  Que  vous  fetes  belle,    mon  amie,    que  on   la   conserve,  n'exclue   point  1'humilite.  Aussi 

vous  etes  belle  !  »  Pliit  a  Dieu,  Sauveur  Jesus,  que  est-elle    bien    heureuse    d'avoir   conserve  l'une  et 

vous  dissiez  stulement  une  fois  a  mon  feme  ;  vous  l'autre.  Ce  qui  le  prouve,  c'est  que  tout  en  ne  se 

etes  belle.  Plut  a  Dieu  que   vous  me  conservassiez  sentant  coupable  de  rien,  elle  ne  rejette  pas  la  rfe- 

au  moins  I'humilite.  Car  j'ai   mal   garde    ma   pre-  primande    de  l'Epoux.   Pour    nous,   lorsque    nous 

miere  robe.  Je  suis  votre  serviteur,  je  n'o^e  me  dire  avons   commis    les    plus    grandes   fautes,    erst    a 

votre    ami,    uioi  qui  ne  suis  pas  digue  de  vous  en-  peine  si  nous  soulTrons  qu'on  nous  reprenne:  mais 

tendre  rendre  un  double  temoignage  a  ma  beaute.  au  contraire,  bien  que  n'ayant  rien   fait  de  mal, 

11  me  suflit  den  entendre  un.  Mais  que  faire  si  eel  a  elle  eiitend  avec  un  esprit  sounds  les  paroles  arae- 

meme  est  encore  douteux?  Je  sais  ce  que  je  ferai  :  res  qui  lui  sont  adressees.  Car  quel  mal  fait-elle  en 

si  je  ne  suis  qu'un  vil    serviteur,  je  rendrai  mes  desirant  voir  l'eclat  de  son  Epoux?  N'est-ce  pas  au 

devoirs  a  l'ami  de  l'Epoux;   si   je  ne   suis   qu'un  contraire  un  desir  louable ?  Et  cependant  quand  elle 

homme  miserable  et  diflbrme,  j'admireraisa  beaute  en  est  blamee,  elle  se  repent   et  dit  :  «  Mon   bien- 

accomplie,  et  me  rejouirai  a  la  voix  de  l'Epoux  qui  aime  m'est  un  petit  bouquet  de  myrrhe,  il  deineu- 

admire  lui-meme  une  si  rare  perfection.  Qui  saitsi  rera  entre  mes  mamelle3(C<itt(.  i,  12).  »  C'est-a-dire, 

au  moins  par  la  je  ne  trouverai  point  grace  devant  cela    me  suffit;  je  ne  veux  plus  savoir  autre  chose 

les  yeux  de  cette  bien-aimee,  et  si,  a  la  faveur  de  que  Jesus-Christ,  et  Jesus-Cbrist  crucifie.  Cette  hu- 

son  credit,  je  ne  serai  point  mis   au  nombre  des  milite  est  bien  grande.  Toute  innocente  qu'elle  est, 

amis  ?  Car  l'ami  de  l'Epoux  demeure  en   silence,  elle   entre  dans   des  sentiments  de  penitence,  et, 


Chose  bian 

rare  sur  la 

terre. 


La  preuve 

de  cela  se 

trouve  dan« 

la  repritnan- 

de  qu'elle 

accepte. 


pectoris  purgativa  humilitatem  significans.  Hac  se  post 
gravem  lapsum  rex  et  prnpheta  lavari  confidil,  et  sic 
niveum  quemdam  innocentia?  rccuperare  candorem. 
Vci'um  in  eo  qui  graviter  peccavit,  etsi  amanda,  nun 
tamen  admiranda  humilitas.  At  si  quis  innocentiam 
retinet,  et  nihilominus  huuiililatem  jungit,  nonne  i-*  tibi 
videtur  geminum  animae  possidere  decorem?  Sam-la 
Maria  sanctimoniam  non  amisil,  et  hu militate  non 
caruit  :  et  ideo  concupivit  rex  decorem  ejus,  quia  humi- 
litatem innocentia;  sociavit.  Denique  respexit,  inquil  , 
humilitatem  ancilla  suae.  Ergo  beati  qui  cuslodiunt  ves- 
timenta  sua  mnnda,  videlicet  simplieitatis  etinnocenliae, 
si  tamen  et  decorem  inducre  humililatis  adjiciant.  Pro- 
fecto  audiet  quae  liujiismodi  invenitur  :  Ec.ce  In  pulchra 
arnica  men,  ecce  lu  pulchra.  Utinam  vcl  semel  dicas 
animae  meae,  Domine  Jesu  :  Ecce  lu  pulchra  et.  Utinam 
mihi  humilitatem  cuslodias!  nam  primam  vestem  ego 
male  servavi.  Servns  tuus  sum  ego.  Nee  enim  audeo 
piofitcri  amicum,  qui  testimonium  decoris  mei  cum 
repelitionc  non  audio.  Sufficit  mihi  si  semel  audiam. 
Sed  quid  si  et  hoc  in  quiestionc  sit?  Scio  quid  faciam  : 
venerabor  amicam  servus,  cumulatum  in  ea  decorem 
deformis  homunculus  admirabor  :  gaudsbo  ad  voceni 
Sponsi,  tantam  nihilominus  pulchritudinem  admirantis. 


Quis  scit,  si  saltern  ex  hoc  inventurus  sim  gratiam  in 
oculis  arnica3,  ut  gratia  ipsius  et  ipse  inveniar  inter  ami- 
cos?  Denique  amicus  Sponsi  stat,  et  gandio  gaudet 
propter  vocem  Sponsi.  En  vox  ejus  in  auribus  dilectoe  : 
audiamus  el  ga  ideamus.  Adsunt  sihi,  loquunturpariter  ; 
slemus  simul  :  nulla  nos  huic  subdural  colloquio  saeculi 
cuia,  nulla  illccebra  corporis. 

3.  Ecce,  inquit,  tu  pulchra  es,  arnica  mea;  ecce  tu 
pulchra.  Ecce  admirationis  vox  est,  reliquum  laudis. 
Merito  admiranda,  cui  sanclitas  amissa  humilitatem  non 
attulit,  sed  servala  admisit.  Merito  pulchra  repctitur, 
cui  neulra  defuit  pulchritude.  Rara  avis  in  terris,  act 
sanctilalem  no:i  perdere,  aut  humilitatem  sanctimonia 
non  excludi  :  et  ideo  beata  qua-  ulramque  retinuit. 
Denique  probntum  est  :  nihil  sihi  conscia  est,  etcorrep- 
tionem  non  abnuit.  Nos  et  cum  magna  delinquimus, 
vi\  fei'imus  reprehend)  :  ha>c  autem  aequo  animo  audit 
contra  se  amaritudines  nihil  peccans.  Nam  si  desiderat 
videre  claritatem  Sponsi,  quid  mali  est?  magis  et  laudis 
est  Et  tamen  increpata  pcenitcntiam  agit,  et  died  : 
Fasciculus  myrrhce  dilectus  mem  mihi,  inter  ubera  una 
commorabitur.  Hoc  est,  snfficil  mihi,  nolo  jam  scire  nisi 
Jesum,  et  nunc  crucifixum.  Magna  humilitas  1  Actu  in- 
nocens  suscipit  pcenitenti~  affectum  ;  et  qua?  non    habet 


OUARANTE-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


367 


bien  qu'elle  n'ait  aucun  siijet  de  se  repentir,  elle  rappeler  de  l'autre.  «  Vos  yeux  done  sont  des  yeux   La  coiomi,e 

s'en  forme  un,  pour  donner  lieu   a  sa  repentance,  de  colouibe.  »  Vous  nevoustenez  plus,  dit-il,  dans  estl'embleme 

.    ,              ,.                                          ...              .  .                                    ,      .                ,                ,                    del'hnmilite. 

Pourquoi  done,  direz-vous,  a-t-elle  ete   reprise,  si  les  pensees  sublimes  et  elevees  au  dessus  de  vous, 

lepriimnde   tne  u'a  point  fait  de  nial  ?  Ecoutez  en  tela  la  sage  mais,  a  l'exemple  d'un  oiseau  tres-simple,  vous  etes 

our  \'\  cor- 

rcction.      conduite  de  I'Epoux,  l'bumilite  de  l'Epouse  est  mise  contente  des  cboses  les  plus  simples,  vous  faites  vo-  ta  colombe 

a  I'epreuve  aujourd'hui  conime  l'avait  ete  l'obeis-  tre  md  dans  les  trous  de  la  pierre,   vous  deraeurez 


sauce  d'Abrabam.  Et  de  meme  que  ce  patriarcbe,  ,ians  mes  plaies,  et  eontemplez  avec  joie,    il'un  ceil 

apres  avoir  donne  une  preuve  de  son  obeissance  en  de  colombe,  cles  boses   qui   concernent   seuleinent 

accomplissaut  le  commandement  de  Dieu,  merita  mon  incarnation  et  ma  passion. 

d'eniendre    ces    paroles    :    «   Je    connais    a    cette  5.  Ou  du  moins  le  Saint-Esprits'etant  montre  sous 

beure  que  vous  craigilez  Dieu;  »  de  meme,  il  est  la  forme  de  cet  oiseau,    il  loue    plutdt   en    elle  un 

dit  a  l'Epouse  en  d'autres  paroles  :  Je  connais  main-  regard  spirituel  qu'un  regard    simple.  Et  si  cette 

tenant  que  vous  fetes  bumble.  Car  e'est  ce  que  si-  explication  vous  plait,  il  faut  rapporter  ce  verset  a 

gnifient  ces  mots  :  «  Combieu  vous  etes  belle  !  »  Et  ce  que  disent,  un  peu  auparavant,  les  compagnons 

il    recommence  cet  eloge  alin  de  marquer  qu'elle  a  de  I'Epoux,  quand  ils  lui  promettentde  lui  faire  des 

ajoute  la  beaute  de  l'numilite  a  celle  de  l'iunocence  :  pendants  d'oreille  d'or ;   leur   dessein   u'etait   pas, 

«  Que   vous  etes  belle,  mon  amie,   que  vous  etes  comme  je  l'ai  montre  alors,    d'orner  les  oreilles  de 

belle  !  »  Je  connais  maintenant  que  vous  etes  belle,  son  corps;  mais  de  former  celles  de  son  cceur,  et  il 

non-seulement  par  l'amour  que  vous  avez  pour  se  peut  qu'ayant  sou  coeur  plus   purine  par  la  foi 

moi,  mais  encore  par  votre  bumilite.  Je  ne  dis  plus  qui  vient  de  1'ou'ie,  elle  soit  devenue  capable  de  voir 

maintenant  que  vous  etes  belle  parmi  les  femm.es,  ce  qu'elle  ne  pouvait  pas  voir  auparavant.  Et,  comme 

ni  que  vous  etes  belle  par  les  joues  ou  par  le  cou,  apres  avoir  recti  ces  pendants  d'oreilles,   elle  paralt 

comme  je  disais  auparavant,  mais  je  dis  simplement  avoir  la  vue  plus  penetrante  pour  l'intelligence  des 

que  vous  etes  belle    sans  comparaison,    sans    res-  cboses  spiiituelles,    elle  en  est  plus   agreable  a  l'E- 

triction,  non  en  partie.  poux  qui,  autant  qu'il  est   en   lui,  aime  toujours 

U.  Puis  il  ajoute  :  «  vos  yeux    sont  des  yeux  de  mieux  etre  contemple  d'une  mauiere  spirituelle,  el 

colombe.  >  pour  relever  encore  davantage  sou  bu-  il  la  felicite  de  cette  nouvelle  perfection,  en  disant: 

miltte.  Car  il  voit    que,   reprise  de   vouloir    porter  «  Vos  yeux  sont  des  yeux  de  colombe.  »  Regardez- 

trop  bautses  recbercbes,  elle  ne  fait  point  difticultii  moi  maintenant,  dit-il,    en    esprit    (Thren.  it,  20), 

de  descendre  aussitot  aux  cboses  les    plus  simples  parce  que  le  Seigneur  Jesus-Cbrist   qui  est  devant 

en  disant  :  «  Mon  bieu-aime  est  pour  moi  un  petit  vous  est  un  esprit.  El  vous  pouvez  le  faire,  car  vos 

bouquet  de  myrrbe.  »  II  y  a  sans  doute  bien  de  la  yeux  sont  des  yeux  de  colombe.   Auparavant  vous 

difference  eulre   un  visage  plein  de  gloire   et  un  nele  pouviez  pas,  e'estee  qui  vous  attirait  des  repri- 

bouquet  de  myrrbe  ;  aussi  est-ce  une  grande  mar-  mandes.  Mais  maintenant  faites-le,  si   vous  voulez, 

que   d'buiiiilite  de  s'arreter   a   l'un  en  se   voyant  puisque  vous  avez  des  yeux  de  colombe,  cest-a-dire 


rembleme 
du  Sainl- 
Esprit. 


undc  pceniteaf,  habet  tamen  ut  poeniteat.  Cur  ergo, 
inquis,  increpata  est,  si  nihil  mali  fecit?  Sed  enim  audi 
nunc  dispensationem  et  prudetuiam  Sponsi.  Sicut 
Abraham  olim  obedientia  sane  tentata  est,  ita  et  nunc 
humilitas  Sponsae.  Et  quomodo  ille  impleta  obedientia 
tunc  audivit,  nunc  cognovi  quod  timeai  Deum  :  sic  et 
huic  modo  quasi  sub  aliis  verbis  dicitur,  nunc  cognovi 
quod  huini:  -  sis;  hoc  enim  est  quod  ait  :  Ewe  tu  pul- 
clira  es.  Et  ideo  pr;econium  Herat,  ut  gloria)  sanctitatis 
additum  signet  humilitatis  decorem.  Ecce  tu  pulchra  es, 
mea,  ecce  tu  pulchra.  Nunc  cognovi  quod  pulchra 
sis,  non  solum  ex  meo  amore,  sed  etiam  ex  tint  humili- 
tate.  Non  dico  nunc  pulchram  inter  mulieres,  nee 
pulchram  in  genis,  nee  in  collo,  sicut  ante  dicebam 
Bed  pulchram  simpliciter  fateor ,  non  utique  pul- 
chram ex  comparatione,  non  cum  distinctione,  non  ex 
parte. 

4.  Et  adi'l  :  Oculi  tui  columbarum.  Aperte  adhuc 
commendatur  humilitas.  \d  hoc  siquidem  respicit,quod 
ilia  reprebensa  de  alia  inquisitione  sua,  continuo  non 
punctata  est  ad  simpliciora  descendere,  ita  ut  diceret  : 
Fasciculus  myrrhtB  dilectus  mens  mihi.  Multum  profecto 
distat  inter  vultum  gloria;,  et  fasciculum    myrrhas    :    et 


ideo  magnum  humilitatis  insigne,  inde  hue  acquiescere 
revocari.  Ergo  oculi  lui  columbarum.  Jam  inquit,  non 
ambulas  in  magnis,  neque  in  mirabilibus  super  te  -.  sed 
instar  simplicissimae  volucris  contenla  es  simplicioribus 
nidificans  in  foraminibus  petrai,  meis  vulneribus  immo- 
rans,  et  libenter  ea,  quae  sunt  de  me  duntaxat  incarnato 
et  passo,  oculo  intuens  columbino. 

5.  Aut  certe  quia  in  specie  avis  hujus  Spiritus-Sanc- 
tus  apparuit,  spiritualis  magis  quam  simplex  in  ea 
intuitus  columbae  noadne  commendatur.  El  si  hoc  pla- 
ceat,  oportet  referas  capitttlum  praesens  ad  id,  quod 
patilo  ante  sodales  muraenulas  ei  facere  aureas  promi- 
serunt,  non  intendentes  (ut  tune  docui)  ornare  attres 
corporis,  sed  int'ormare  auditum  cordis.  Potuit  ilaque 
fieri,  ut  fide,  quae  est  ex  auditu,  cordeaniplius  mundato, 
ad  videndum  quod  ante  non  poterat,  instructor  redde- 
retur.  Et  quoniam  de  acceptismuraenulis  in  visu  acutiori 
ad  intelligentiam  spiritualem  visa  est  profe  isse  :  placuit 
Sponso,  cui  semper  (quod  in  se  est)  placet  magis  videri 
in  spiritu  ;  et  annumerans  id  quoque  ejus  laudibus,  ait  : 
Oculi  tui  columbarum.  Jam  me,  inquit, intuere  inspiritu, 
quia  spirittts  ante  faciem  ttiam  Christus  Dominus.  Et 
babes  unde    id  possis,  quia  oculi  lui  columbarum.    Ante 


36? 


UEl'VRES  DE  SAN  IT  BERNARD. 


veritablement  en  esprit  par  une  vision  infiniment 
sublime  el  agreahle.  Ses  yeux  ont  vu  It1  voi  dans  sa 
be  uiii',  loutefois  il  ne  l'ottt  pas  vu  comme  roi,  mais 
comme  bien-aim6.  Qn'un  prophete  1'ait  vu   sur  un 


des  yeux  spirituels,  vows  ne  le  pouvez  pas  faire  en- 
core, autant  que  vous  1'iwz  demande  ;  mais  nenn- 
nioius  vous  serez  satistaite,  vous  devez  passer  de 
clarte   en  i  arte.    Voyez    done   niaintenaiit    comme 

vous  le  pourrez,  et    lnrsque    vous  pourrez   davan-  WWe  ,  •xiremement  el  eve  (ha.,  vi,  1),    qu'un  autre 

tase.  veus  verrez  davantage.  tSffloigne  q\i  il  lui  est  apparu    face  a    face  (Gene. 

6.  Je  ne  pease  pas,  ines  (Veres,  non,  je  ne  pense  IXXM,  30  ,  neanmotns  il  me  semble  que  I'Epouse  les 

pas,  je  le  repele,  que  cetle  vision  soit  mediocre,    et  Surpass*,    en  ee  que  nous    lisons  qu'ils    ont  vu    le 

commune  a  tons,  quoiqu'elle  soit  inferieure  B  celle  Seigneur,  et  que  celle-ci  voit    son  bien-aime.    Car 

dontnousdevonsjouirunjour.  Aprestout,  reeonnais-  voici  les  paroles  du  Prophete  :  <«  J'ai  vu  le  Seigneur 

sez-le  parce  qui  suit :  «Quevousetesbeau,  mon  bien-  assis  sur  un  tr6ne  extr^mement  haut  et  eleve  (ha. 

aime,  que  vous  etes  beau  (Cant,  l,  15).  »  Vous  voyez  VI,  1),  ■  et  cj'ai  vu  le  Seigneur   face  a    f3ce,    et  je 

combien  elle  esl  ele\ee,  et  a  quelle  hauleur  est  ar-  n'en  suis  pas  mort  (Gene,   xxxn,  30).  »    Mais,    «  si 

rivee  une  ame  qui  s'atlribue    le    droit  d'appPJer   le  je  suis  le  Seigneur,  »  dit-il,  «  oil  est  la  crainte  qu'on 

Faroiliarite    Seigneur  tie  l'limves  son  bien-aime.  Item  irquez,  en     dbrl    Malovh.  l,  C  ?  t    Si  done  leur  revelation  a 

iw'rEpou"  effet,  qu'elle  ne  dit  pas  «  Bien-aime  »    simnlemeril,  ete"  accompagnee  drf  crainte ,    parce  que  la    crainte 

mais  a  Mon  bien-aime,    »  pour   marquer   qu'il    lni  se  reucoutre  loujours,  ou  est  le  Seigneur;  cerlaine- 

apparlient  comme   en  propfe.    Certes,  cette  vision  nienl,  si  mi  m'eu  laissait  le  ehoix,  je  prefererais  la 

est  bien  grande,  puisqu'elle  donne  tant  de  conli.ince  vision  de  I'Epouse,  avec   d'autant   plus  d'ardeur  et 

et  d'autorite  a  cette  ame,  quelle    ne  regarde  point  de  juie,  que  je  vois   qu'elle    produit   un   sentiment 

le  Seigneur  de  toute-.  choses  comme  son  Seigneur,  bien  plus  nuble,  qui    est   celui  de  l'amour.    Car  la 

mais  comme  son  bien-aime.    Je   ne  crois  pas    que,  crainte  est  pemble,  mais  la  charite  met  de  cote  toute 

pour  cette  fois,    il  se  soit    presente  a  elle   aucune  crainte  (Joan.  IV,  18).    11  y  a  de  la  difference  enlre 

image  de  la  chair,  ou  de  la  croix,  ou  des  infirmites  paraitre  terrible  en    ses  jugements  sur  les   enl'aiits 

corporelles  de  son  Epoux.  Car,  selon   le   Prophete,  ties  liomnies  (Piul.  xlv,   5),   et  paraitre  plus    beau 

dans  loutes    ces    choses    «  11   n'avait   ni    grace  ni  que  tous  les   enfants   des    honimes   (I'sal.   xi.v,  3). 

beaute  (Psal.  Liu,  2).  »  Au  lieu  qu'en  le  voyant elle  «  Que  vous    etes  beau,  mon   bien-aime,   que  vous 

proclame  qu'il  est  beau  et  ngreuble,  et  fait    voir  par  eles   beau  !»  Ces  paroles    expriment    de  l'amour, 

la, qu'il  lui  est  apparu  d'une  maniere  plus  excellenle.  non  de  h  crainte. 

Car  l'Epoux   parte  a   I'Epouse   bouche  a   bouehe,  7.    Mais  peut-etre  vous    vient-il    un  doute  dans 

comme  i  faisait  autrefois  avec  Moise   [Elxed.  xxxni,;  l'esprit,    et    vous  demandez-vous  avec   incertitude 

et  elle  voit  Dieu  claireineiit,  non  par  enigmes  et  en  pourquoi    on    rappofte  les    paroles  du  «  Verbe  »  a, 

Dgures.  Aussi,  elle    le  proclame   tel  qu'elle  le  voit  fame  et  ensuile  celles  de  Time  au  Verbe,  en   sorte 


non  habebas,  ct  ideo  rcprimenda  fuisli  :  sed  nunc 
copiam  halieto  videndi,  quia  oculi  tui  columbarum,  id 
est  spirituals  Nun  sane  copiam  quam  petebas  :  nee 
enim  vel  modo  adbuc  ad  illam  poles,  sed  qua-  tamen 
interim  sufuccre  po;-sit.  Sane  ducenda  es  de  elarilale  in 
claritatem  :  ct  proplerea  vide,  ut  poles,  modo;  et  cum 
plus  poleris,  plus  videbis. 

6.  Non  pulo,  fralres,  non  puto  mediocrem  banc, 
Deque  communem  esse  omnibus  visionem,  elsi  sit  infe- 
rior ilia,  (jua  videndiis  est  in  future.  Deniqne  ox  liis 
qua?  SeqinrdtUr  achertilc.  Sequilur  enim  :  Ecce  lit  pat- 
ch /•  cv  rl</et:!e  mi,  ecce  lu  pulcher.  Yidcsquum  in  bj 
-tat  ;  el  iii  sublime  menlis  veriiccm  cxtiilit,  quaMinkcr- 
silalis  llominuni  quadam  silii  proprietale  vindieel  in 
dile.lum.  Ain-nde  emm  quomodo  non  simplicHor  di- 
Iccle,  sert,  dilecle  mi,  inquil,  ut  proprium  designarct. 
Magna  rfefo  prorsus,  de  qua  ista  in  id  fiduciae  et  auc- 
turilalis  evrrevil,  ul  omniiiui  Hominum,  doininum  nes- 
cial,  sed  dileclum.  Existimo  enim  nequaquam  hac  vice 
ejus  sei  s  bus  imporlsitas  imagines  earns,  aut  crucis, 
aul  alias  quascunqiic  corporeanim  siniililuilines  inlir- 
mitalum.  In  his  namqiie,  juxla  Prophctam  ,  non  erat  ei 
species  ne</uc  decor.  Hajc  antem  eum  inluila,  nunc 
pulchnim  dccorumqne  pronunliat,  in  visione  meliori 
Hum  sibi  arparnisse  signiticans.  Ore  enim  ad  os   (sicnt 


quondam  cum  sancto  Moyse)  loquitur  cum  Sponsa;  et 
pal  :n,  non  per  smgaiala  el  figures,  Deum  videt.Talem 
deniqne  ore  pronunliat,  quale.n  et  menle  conspicatur, 
visione  plane  siibliini  el  suavi.  Regem  in  decorc  suo 
videronl  oeuli  ejus,  non  tamen  ut  regem,  sed  ut  dilec- 
lum. Yideril  sane  cum  quis  super  solium  excelsum  ct 
elevatum;  el  alius  quoque  facie  ad  faciem  sibiapparuisse 
leslaliH  sil  :  nnlii  tamen  videlur  emincnlia  in  bac  parte 
esse  apud  Sponsam,  quod  ibi  vistis  legitur  Uominus, 
liic  dileetus.  Sic  enim  habes  :  Vuli  Dominant 
super  solium  excekum,  et  elevatum.  Et  item  :  Vidi 
Dimtinum  forte  ad  faciem,  et  salva  facta  est  amino  mea. 
Sed  si  ego  Oomimu,  inqnit,  ubi  est  Umor  men,-?  Quod 
si  iltis  facta  es!  revelatio  cum  timore;  quia  ubi  Dominus, 
ibi  tinior  :  e^'o  profcclo,  si  oplio  darelur,  tanlo  liben- 
tius,  tantoque  carius  Sponsaj  amplecterer  visionem, 
qnanto  in  meliori  affectlone,  qua?  est  amor,  lacuna 
adverto.  Nam  tbrror  pafttatn  hdbet,  perfecta  antem  cha- 
ritas  foras  mttttt  timorem.  Mullum  sane  interest  apps- 
rerc  lerribilem  in  conciliis  super  Alios  hominum,  ct 
apparcre  speciosum  forma  pra;  liliis  hominum.  Ecce  tu 
pulcher  es,  ddecte  mi,  et  decorus.  Verba  ista  plane 
arcorcm  resonant,  non  timorem. 

7.  Sed  furte  ascendunt  cogitaliones  in  corde  tuo,   et 
qaasris  dubius  apud  te,    dicens    :    Qua   ratione   verba 


QUARANTE-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTIQUES. 


quelle  a  a  peine  entendu  la  voix  de  celui  qui  lui 
parle  et  qui  publiesa  beaute,  qu'elle  prodigue  aus- 
sitot  a  sun  tuiir,  les  rnemes  louanges  a  celui  dont 
elle  s'est  entendu  louer  ?  Comment  cela  se  peut-il 
faire?  Car  ce  n'est  pas  la  parole  qui  parle,  mais 
c'est  par  la  parole  qu'on  parle.  De  meme  lame  ne 
prat  parler  si  la  bouche  de  son  corps  ne  lui  forme 
»piriiue™edo  ^es  Paru'05-  Vous  avez  raison  de  faire  cette  deiuan- 
Verbe  et  de  de  :  mais  considerez  que  c'est  l'esprit  qui  parle 
etqu'il  faut  entendre  ces  cboses  spirituellement. 
Aussi,  toutes  les  fois  qu'on  vous  dit,  ou  que  vous 
lisez,  que  le  Verbe  et  lame  parlent  ensemble,  et  se 


369 

pour  parler,  si,  par  sa  grace,  ilnel'excite  lui-meme 
a  le  faire. 

8.  Par  consequent,  pour  le  Verbe,  dire  a  l'ame 
qu'elle  est  belle,  et  1'appeler  son  amie,  c'est  repan- 
dre  en  elle  la  grace  qui  le  fasse  aimer  d'elle,  et  lui 
fait  penser  qu'elle  est  elle-menie  aimee  de  lui.  De 
meme,  lorsque  lame  a  son  tour  appelle  le  Verbe 
«  son  bien-aime  »  et  confesse  qu'il  est  beau,  c'est 
qu'elle  lui  attribue  sans  fiction  et  sans  deguise- 
ment,  la  grace  qu'elle  a  de  1  "aimer  et  d'etre  aimee 
de  lui,  c'est  qu'elle  admire  sa  bonte  et  s'etonne  des 
faveurs  qu'elle  en  recoit.  Car  sa  beaute  c'est  son 


regardant  l'un  l'autre,  ne  vous  Lmaginez  pas  qu'ils    amour,  et  il   est  d'autant  plus  grand  qu'il  est  pre- 


Quels  sont 
1'ame  et  le 

corps  du 

Verbe. 


echangent  entre  eux  des  mots  corporels,  ni  qu'ils 
se  voient  l'un  l'autre  par  le  moyen  d'iuiages  cor- 
porelles.  Ecoutez  plut6t  ce  que  vous  devez  pen- 
ser  en  cette  circonstance.  Le  Verbe  est  un  esprit, 
l'ame  en  est  un  pareillement ;  ils  ont  leur  langue 
pour  se  parler  l'un  a  l'autre,  et  se  faire  connaitre 
qu'ils  soul  presents.  La  langue  du  Verbe  c'est  la 
faveur  de  sa  bienveillance,  et  celle  de  l'ame,  c'est  la 
ferveur  de  sa  devotion,  l'ame  qui  n'a  point  de  devo- 
tion, n'a  point  de  langue,  elle  ne  saurait  parler,  et 
ne  peut  s'entretetenir  avec  le  Verbe.  Lorsque  le 
Verbe,  voulant  parler  a  l'ame,  agite  sa  langue, 
l'ame  ne  peut  pas  ne  point  le  sentir.  Car  la  parole 
de  Dieu  est  vive  el  efficace,  et  plus  percante  qu'une 
epee  a  deux  tranchants,  qui  va  jusqu'a  la  division 
de  l'ame  et  de  l'esprit  (Heb.  iv,  12).  De  meme  lors- 
que l'ame  remue  la  sienne,  il  est  impossible  que  le 
Verbe  ne  le  sache  pas,  non-seulement  parce  qu'il 
est  present  partout,  mais  encore  et  surtout  parce 
que  la    langue  de  la  devotion  ne  se  remue  jamais 


venant.  C'est  pourquoi  elle  s'ecrie  du  plus 
profond  de  son  cceur,  du  plus  intime  et  du  plus  vif 
deses  affections,  qu'elle  doit  l'aimer  avec  d'autant 
plus  d'ardeur,  qu'il  l'a  aimee  le  premier.  Aussi  la 
p;iiule  du  Verbe  est  l'infusion  de  la  grace,  et  la  re- 
ponse  de  rime,  c'est  son  etonnement  accom- 
pagne  d'actions  de  grices.  Elle  aime  d'au- 
tant plus,  qu'elle  reconnait  que  son  Epoux 
l'emporte  davantage  sur  elle,  et  son  admiration 
est  d'autant  plus  grande  qu'elle  sent  qu'il  la  pre- 
vient  par  son  amour.  Ce  qui  fait  qu'elle  ne  se  con- 
tente  pas  de  dire,  qu'il  est  beau ;  elle  le  repete  pour 
marquer,  par  cette  repetition,  l'eminence  de  sa 
beaute. 

9.  Ou  du  moins  elle  exprime  l'admirable  beaute 
des  deux  substances  en  Jesus-Cbrist ;  dans  l'une  la 
beaute  de  la  nature,  dans  l'autre  celle  de  la  grace. 
Que  vous  etes  beau  a  vos  anges,  Seigneur  Jesus, 
dans  la  forme  de  Dieu,  le  jour  de  votre  eternite, 
engendre   avant  l'etoile  du  matin  dans  les   splen-  ang™  en  taut 


Jesus  est 
beau  aux 
yeux  des 


*  a/,  male 
animum. 


Verbi  facta  ad  animam  referantiir,  et  rnrsum  animas  ad 
Verbum,  ut  ilia  audietit  vocem  loquentia  sibi,  et  perhi- 
benlis  quod  pulchra  sit,  vicissimque  idem  prscunium 
suo  mox  reddiderit  laudator!?  Qnoniodo  possunt  iuec 
fieri?  Nam  verbo  loquimur ,  non  verbutn  loquitur. 
Itemque  animanonhabet  unde  loquatur,  nisi  os  corporis 
sibi  verba  formaverit  ad  loquendum.  Bene  quarts  :  sed 
attende  spiritual  loqui,  et  spirilualiter  oportere  intelligi 
qua;  dicuntur.  Ouotics  proinde  audis  vel  legis,  Verbum 
atque  animam  pariter  colloqui,  et  se  invicem  intiiL'ii ; 
noli  tibi  imaginari  quasi  .corporeas  intercurrere  voces, 
sicut  nee  corporeas  colloqtientium  apparere  imagines. 
Audi  potins  quid  tibi  sit  in  hujusmodi  cogil:::dum. 
Spiritus  est  Verbum,  spirilusque  anima,  et  bnbent  lin- 
guas  suas,  quibus  sc  alterutrum  alloquantur,  prassentes- 
que  indicent.  Et  verbi  qjidem  lingua  favor  dignationis 
ejus  :  animae  vero  devotionis  fervor.  Elinguis  est  anima 
atque  infans  quae  banc  non  habel,  et  non  potest  ipsi 
ullatenus  sermocinalio  esse  cum  verbo.  Ergo  hujusce- 
modi  linguam  suam  cum  verbum  movet,  volens  ad  ani- 
mam loqui,  non  potest  anima  non  sentire.  ['ii<us  est 
enirn  sermo  Dei  et  efficax,  et  penetrabilior  omni  gladio 
ancipiti,  pertingens  usque  ad  divisionem  animce  et  spi- 
ritus. Et  rursum  cum  suam  anima  *  movet,  verbum 
latere  multo    minus    poterit,   non    solum    quia  ubiqne 

T.   IV. 


est  prssens,  sed  propter  hoc  magis  ,  quod  nisi  ipso 
stitnulante,  devotionis  lingua  minime  ad  loquendum 
movetur. 

8.  Verbo  igitur  dicere  anima;,  pulchra  es,  et  appellare 
amicam  ;  infundere  est  unde  et  amet,  et  se  prassumat 
amari.  Ipsi  vero  verbum  vicissim  nominare  dilectum,  et 
fateri  pulchrum ;  quod  amat  et  quod  amatur,  sine  fic- 
tione  et  fraude  adscribere  illi,  et  mirari  dignationem,  et 
stupere  ad  gratiam.  Siquidem  pulchritudo  illius  dilectio 
ejus  :  et  ideo  major,  quia  prasveniens.  Medullis  proinde 
cordis  et  intimarum  vocibus  affectionum  tanto  amplius 
atque  ardentius  clamitat  sibi  diligendum,  quanlo  id  prius 
sensit  ciiligens  quam  dilectum.  Itaque  locutio  verbi 
infusio  doni,  responsio  anima1  cum  gratiarum  actione 
admiratio.  Et  idcirco  plus  diligit,  quod  se  sentit  in  dili- 
gendo  victam  :  et  ideo  plus  miratur,  quod  prajventam 
agnoscit.  Unde  non  contenta  est  semel  dicere  pulchrum, 
nisi  repetat  et  decorum,  eminentiam  decoris  ilia  repeti- 
tione  designans. 

9.  Aut  certe  in  utraque  Christi  substantia  dignum 
expressit  omni  admiratiorje  decorem,  in  altera  natural, 
in  altera  gratia?.  Quam  pulcber  es  angelis  tuis,  Domine 
.tesu,  in  forma  Dei,  in  die  ;eternitati  tus,  in  splendori- 
bus  sanctorum  ante  luciferum  genitus,  splendor  et  figura 
substantia;  patris,  et  quidcm  perpetuus  minimeque  fuca- 

24 


;!70 


OEUVRFS  DE  SAINT  BERNARD. 


que  Dieu  et 

en  tant 
qu'homme. 


dours  de  vos  saints,  etant  vous-mdme  la  splendeur 
et  la  figure  de  la  substance  <lu  Pi-re,  et  la  lumiere 
de  la  vie  eternelle  loujours  brillante,  et   loujours 

durable  !  Que  vous  me  semblez  beau,  mon  Seigneur, 
lorsque  je  vous  contemple  dans  cet  etal  glorieux  ! 
Car  lorsque  vous  vcms  fetes  aneanti,  lorsque  vous 
av.-z  depouille  de  ses  rayons  uaturels  cetta  lumiere 
qui  ne  souflre  point  de  defaillance,  votre  bonle  a 
eclate  plus  \i\einent,  votre  charite  a  brille  d'un 
plus  vif  eclat,  et  votre  grace  en  a  scmble  plus 
radieuse.  Etoile  de  Jacob,  que  vous  me  paraissez 
brillante  {Num.  xxiv,  17),  ttrejeton  de  la  racine  de 
Jesse,  que  vous  me  semblez  verdovant  (ha.  xi,  1  :  11 
lumiere  du  soleil  levant  qui  m'eclairez  dans  les  te- 
uebres,  que  vous  m'etes  douce  et  agreable!  quel 
sujet  d'admiration  et  d'etunnement  n'est-il  point 
meine  aux  vertus  celestes,  dans  sa  conception  du 
Saint-Esprit,  dans  sa  naissance  d'une  vierge,  dans 
1'innoceuce  de  sa  vie,  dans  la  profondeur  de  sa 
doctrine,  dans  la  gloire  de  ses  miracles,  dans  les 
revelations  de  ses  mysteres  ?  Enfin,  6  Soleil  de  jus- 
tice, comme  vous  etesetincelant,  lorsqu'apres  vous 
etre  coucbe  vous  vous  levez  du  centre  de  la  terre ! 
Roi  de  gloire,  que  vous  etes  beau,  lorsque,  revetu 
d'une  robe  superbe  et  magnifique,  vous  vous  reti- 
rez  dans  le  plus  baut  des  cieux  !  Comment,  a  la 
vue  de  tant  de  merveilles,  toutcs  les  puissauces  de 
mon  ame  ne  s'ecrieraient-elles  pas  :  «  Seigneur  qui 
est  semblable  a  vous  ?  » 

10.  Croyez  done  que  l'Epouse  voyait  toutes  ces 
choses  et  d'autres  semblables  dans  son  bien-aime, 
lorsqu'elle  disait  :  «  Que  vous  etes  beau,  mon  bien- 
aime,  que  vous  etes  beau!  »  Ce  n'est  pas  settlement 
ces  merveilles,  mais  sans  doute  encore  quelqu'au- 
tre  miracle  de  la  beaute  de  sa  natui'e  superieure, 


qui  est  au  dessus  de  noire  portee  et  de  notre  expe- 
rience, qu'elle  avail  remarque.  Celte  repetition  de- 

signe  done  la  perfection  des  deux  substances. 
Ecoidez  ensuite  comment  elle  saute  dejoie  a  la  vue 
e1  aux  discours  de  son  bien-aime;  comment,  eprise 
d'uu  saint  ravissement,  elle  cbante  devant  lui  un 

rli  mi  nuptial  lout  rempli  de  choses  tendres  et 
anion  reuses  :  ((.Notre  petit  lit,  dil-elle,  est  tout 
Qeuri,  les  solives  de  nos  maisons  sunt  de  bois  de 
cedre,  nos  lambris  sont  de  cypres  [Cant.  1, 
16).  »  Mais  reservons  ce  chant  de  l'Epouse  pour 
une  antic  I'uU,  alin  que  le  repos  nous  don- 
nant  une  uouvelle  allegresse,  nous  soyons  plus  dis- 
poses a  nous  rejouir  avec  elle,  a  loner  eta  gloriDer 
son  epoilX  lesus-Chl'ist  Notre  Seigneur,  qui  etant 
Dieu  est  ,iu  dessus  de  toutcs  choses,  et  beni  a  ja- 
mais. Ainsi  solt-il. 

SERMON  Xl.VI. 

£tat  el  composition  </<  .  ( 'omment  on  par- 

lient  «  la  contemplation  par  la  vie  acini    qui   se 
passe  son-  -ire. 

1.  «  Notre  petit  lit  est  tout  flenri,  les  solives  de 
nos  maisons  sont  de  bois  de  cedre,  nos  lambris 
sont  de  cypres  [Cant.  1,  16.) »  Elle  chante  l'epi- 
thalame,  et  decrit  dans  un  beau  discours,  le  lit 
et  la  chambre  nuptiale.  Elle  invite  I'Epoux  a  se  re- 
poser  ;  car  ce  qui  lui  est  preferable  e'est  de  se  repo- 
ser  avec  Jesus-Christ.  11  n'y  a  que  les  .'cues  a 
gagner  qui  puissent  la  faire  sortir.  Croyant  done 
avoir  trouve  l'occasion  favorable,  elle  annonce  a 
I'Epoux  que  la  ebambre  est  ornee,  elle  montre  le 
lit  comme  dudoigt,  elleconvie  son  bien-aime,  comme 


tus  candor  vita;  neternse  !  Quam  mihidecoruses,  Domine 
mi,  in  ipsa  tui  hujus  positione  decoris  I  Etenim  ubi  te 
exinaaivisti,  ubi  naturalibus  radiis  luaien  iadeQciens 
exuisli  ;  ibi  pietas  niagis  emicuil,  ibi  chaiitas  plus  efful- 
sit,  ibi  amplius  gratia  radiaviL  Quam  Clara  mini  oriris 
stella  ex  Jacob,  quaro  luc  dus  Flos  </  ■  • 
deris,  quam  jucuiiduui  lumen  in  tenebris  vislasti  me 
Oriensexalto!  Quam  spectabiliset  stupendus  etiamVirtu- 
libus  supernisinconccptude  Spiritu,  in  ortude  Virgine,in 
vitas  innocenlia,  in  doctrinal  Duenlis,  in  coruscalionibus 
miraculorum,  in  revelationibus  sacramen  toruni  ? 
demqiic  ruhl  ids  post  occasum,  Soljusliiia-,  decorde  tense 
resurgis!  quam  Cormosus  in  stolatuademum,  Rex  glorias, 
inallacaj.oniai  te  recipis!  Q  loniodo  aori  pr,j  Ins  omnibus 
omniuo  ussa  mea  dioimt  :  Domine  guts  s  milis  tail 

10.  Hsec  ergo  similiaquc  puti  in  dilecto  intuentem 
Sponsam  advertisse,  cum  diueret  :  Ecce  lu  pulcher  es, 
dUecte  mi,  ei  dt  orus.  Neque  haec  sola,  sud  insuper 
aliquid  pr  cul  d.ibio  du  natural  decore  superior-is,  qu-jd 
nostrum  omniuo  prselervolat  iutuilum,  et  effugil 
rimeatucn.Ergo  ileratio  utriusque  decorem  substantial 
designavit.  Audi  deinde  quomodo  tnpudiatad  aspectual 
aifatumque  dilecti,  et  coram  ipso  nuptiali   carmine  quae 


amoris  sunt    gratulabunda    decantat    Sequitur   enim   : 
Lectnhi*    noster    floridiu,    tigna    domorum    nostrarum 
tquearia    n  \stra   cypressina.    Sed    servemus 
recentiori  princip  a,    ut   et    nos  de 

quick'  Cacti  alacriorcs,  liberius  exsultemus  et  la^temur  in 
ea  ad  laudem  el  gloriam  sponsi  ifisins  Jesu-Gluisti  Do- 
mini nostri,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in 
sascula.  Amen. 

SERMO  XLVI. 

De  statu  et  compositione  lolius  Ecclesice.  Item,  quomodo 
per  aclivam  vitam,  qwe  sub  otetlwutia  ugitur,  perve- 
niatur  at/  cnntemptalivam. 

1.  Lectulus  nosier  floridus,  tigna  domorum  nostrarum 
cedrina  ,  laqueuria  nostra  cypressina.  tpillialamium 
canit,  cubile  et  thalamus  pulcbro  scrmone  describeus. 
urn  invilat  ad  requiem,  lioo  enim  melius,  quies- 
cere  et  cum  (Jhrislo  esse.  Necessariuui  aukni  exire  ad 
lucra  propter  salvandos.  Verum  nunc  opportunilate  '  ut 
putal)  ioventa,  ornatum  nunliat  tbalamum,  lcclulumquc 
velut  digito   monstrans.    dilectum   (ut    dixi)   invilat   ad 


QUARANTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 
j'ai  dit,  a  prendre  quelque  repos,  et,  semblable 
aux  disciples  d'Emmaiis,  ne  pouvant  plus  sonlTrir 
le  feu  de  l'amour  qui  l'embrase,  elle  ttiche  d'atti- 
rer  son  Epoux  dans  l'hotellerie  de  son  cceur,  le 
presse  de  passer  la  nuit  avee  elle,  et  lui  dit  avec 
Pierre:  «  Seigneur il  fait  bon  ici  [Math,  xvn,  h).  » 
2.  Cherchons  maintenant  quel  est  le  sens  spiri- 
tuel  de  ces  choses.  Or,  je  crois  que  dans  l'Eglise  le 
«  lit  »  oil  Ton  se  repose  ce  sont  les  cloitres  et  les 
raonasteres,  dans  lesquels  on  mene  une  vie  exem 


Pasteurs. 


Le  cypres 

represente 

l'incor- 


371 

les  lambris  de  cypres,  c'est  parce  que  la  nature  de    , 

„„     .     •  ,  *  Les  solives 

ces  Dois  a   quelque  rapport  aux  deux  ordres  dont  de  cedre  de- 
nous  avons  parte  plus  haul.  Le  cedre  etant  un  bois  pSbcom. 
qui  ne  se  pourrit  jamais,  un  arbre  odoriferant  et       tan(s- 
tres-eleve,  marque  assez  quelles  personnes  on  doit 
choisir  pour  tenir  lieu  de  poutres  et  de  solives.  11  Q"!  °°  doit 
faut  done  que  ceux  qui  sont  elablis  sur  les  aulres    * 
soient  forts  et  genereux,  qu'ils  soient  doux  et  pa- 
tients, qu'ils  aient  l'esprit  sublime  et  eleve,  et  que, 
repandant  parlout  la  bonne  odeur  de  leur  foi  et  de 
pte  des  soinset  des  inquietudes  du  siecle.  Ce  lit  est     leur  vertu,  ils  puissent  dire  avec  l'Apotre  :  «  Nous 
fleuri.  parce  que  la  conversation  et  la  vie  des  fre.     sommes  la  bonne  odeur  de  Jesus-Christ,  pour  Dieu 
res   bnlle  des  exemples  et  des  instituts  des   peres,     en  tonte  sorte  de  lieux  (II  Cor. .,,  15).  »  De  meme 
comme  un  champ  emaille  de  fleurs    odoriferantes.     le  cypres,  etant  aussi  un  bois  qui  sent  bon  et  qui  ne    ■ 
Les    «ma,sons»    s.gnifient  les   simples  chretiens,     se  pourrit  point,  montre  que  tout  ecelesiastique     njKSuu 
queceux  d  entre  eux  qui  sont  eleves  en  dignite,  tels     quel  qu'.l  soil,  doit  etre  incorruptible  dans  sa  foi  et   d"  c'",'"i- 
que  les  princes  de  1  Eglise  el  ceux  du  siecle,  relien-     dans  ses  mceurs,  pour  servir  d'ornement  a  la  mai- 
nent  fortemen   par  les   lo.s  qu'ils  leur   imposent,     son  de  Dieu,  et  en  etre  comme  le  lambris.  Car  il 
comme   les    solives   retiennent  et  affermissent    les     est  ecrit  :  «  La  saintete  est  l'ornement  eternel  de 
mura.lles  d  une  maison,  el  empecbent  que,  vivanl     voire  maison  (Psal.  xcn,  5).  >,  Parolesqui expriment     Ce  qu'on 
chacun  a  sa  mode  et  a  son  gre,  ils  nese  desunissent     bien  la  beaute  de  la  vertu  et  la  perseverance  dune   ™  f^™ 
comme    des  murs  qui  se  separent,  et  qu'ainsi  tout     grace  qui  ne  s'alfere  jamais.  11  faut  done  que  celui    *»  ^7 
1  edifice  ne  s  ecroule.  Pour  les  «  lambris  ,,  qui  sont     qui  est  choisi  pour  orner  et  en.bellir  cette  maison 
appuyes  fortement  sur  les  solives,  et  qui  ornent  les     soit  orne  lui-meme  de  vertus;  et.  non  content  du 

temoignage  de  sa  conscience,  il  doit  etre  tel  que 
les  autres  aienl  de  lui  une  opinion  avantageuse.  II 
y  a  d'autres  qualites  encore  dans  ces  bois  qui  ont 
beaucoup  de  rapport  avec  les  choses  que  nous  trai- 
tons  spirituellement;  mais  je  les  passe  sous  silence 
pour  abreger. 

h.  Remarquez  comme  l'etat  de  l'Eglise  est  admi-  En  quoi  con- 
rablement  compris  en  tres-peu  de  mots;  car  un  siste  ,ln  heu- 

smil  ™«.nt n-   H...1      •■■     ,  .    .  rem  etat 


maisons,  je  crois  qu'ils  signifient  les  mceurs  dou 
ces  et  reglees  du  clerge,  et  les  offices  de  l'Eglise 
remplis  selon  les  rites.  Car  comment  l'ordre  des 
clercs  pourra-t-il  subsisted  et  les  charges  de  l'E- 
glise seront-ellesrempliescommeilfaat,  si  les  prin- 
ces, qui  sont  commeles  solives  de  cos  lambris,  ne  les 
soutiennent  par  leurs  bienfaits,  et  ne  les  protegent 
par  leur  puissance? 


...  — "   ^«"T"a   cli    un-iifu   ue   mois:  car  un      "=  ""  l,eu- 

3.  Or,  s  il  est  dit  que  les  sohves  sont  de  cedre  et     seul  verset  nous  rappelle  1'autorite  des  superieurs,  p£?&L 


requiem,  et  cum  eunlibns  in  Emmaus  cordis  ardorem 
non  sustinens,  ad  mentis  pei-lrahit  hospitium,  secum 
pernoctare  compellit,  et  cum  Petro  loquitur  :  Domine 
boiutm  est  nos  hie  esse. 

2.  .lam  quid  spiritualiter  ista  contineant,  requiramus. 
Et  in  Ecclesia  quidem  ledum  in  quo  quiescitur, claustra 
(•Msiimo  esse  et  monasteria,  in  quibus  quiete  a  curis 
vivitur  saeculi,  e(  splUcitudinibua  vitae.  Atque  is  lectus 
tlondus  demonstratur,  cum  exempliset  institute  palrum, 
tanquam  quibusdam  bene  olentibus  respersa  floribus, 
fralrum  conversatio  et  vita  refulget.  Porro  damns  popu- 
lares  conventus  intellige  christianorum  :  quos  hi  qui  in 
sublimitate  posili  sunt,  christian]  utique  utriusque  <,rdi- 
nis  principes,  quasi  tigna  parietes,  justis  imposbis  legi- 
bus  Cornier  stringunt,  ne  sua  quique  lege  vel  voluntate 
viventes,  tanquam  parietes  inolinali  et  maceriaa  depulsas 
dissideant  a  semetipsis,  et  sic  omnis  structura  iedilicii 
corruens  dissipetnr.  Laquearia  vero  qua?  atignis  firmiter 
pendent,  et  domos  insigniter  ornant,  puto  bene  instituti 
cleri  mansuetos  et  disciplinatos  mores,  riteque  admi- 
nistrata  officia  designare.  Quomodo  namque  stabunt 
ordines  clericorum,  et  administrationea  eorum,  si  nun 
principum,  tanquam  tignorum  beneticio  et  mimificentia 
sustententur,  et  protegantur  potentia? 
3.  Quod  airtem  tigna  cedrina,  et  cypressina  laquearia 


desmbuntur,  natura  absque  dubio  habet  in    his  specie- 
bus  hgnorum,    quod    congruat   prasfatis   ordinibus.   Et 
cedrus  quidem    quoniam    imputribile    est,   nee   non   et 
odonferum,  allasque  proccvitalis   lignum,  satis  indical, 
quales  oporteaf  assumi  viros  in    vices    tignorum.    Ergo 
validos  et  constantes  necesse  est  esse  eos,  qui  super  alios 
ordinantur,  necnon   et    longanimes    in    spc,    atque    ad 
superna  mentis  verlicem  attollentes,    qui    etiam  bonum 
fidei  suae  el  onversationis  ubique    odorem    spargentes, 
dicere  cum  Apostolo  possint  :  Christi  enim    bonus  odor 
sumus    Deo  in  omni  loco.    Cypressus   item,    boni    ajque 
odoris  et  imputribile  similiter  lignum,   incorrupt*  vitas 
et  tidei  etiam  quemvis  de  Clero  debere  esse  demonstrat, 
ut     mento     decori     domus     ac     laquearium     ornatui 
depuletur.  Scnptum    est    enim    :    Domum  tuani    deed 
sanchtudo,  Domine,  in  Imgitudinem  dierum.   Ubi  sane 
etsanclimoniae  decus,  et   indeficientis    gratia?    expressa 
perseverantia  est.    Oportet   ergo    virum,   qui    ad  orna- 
mentum  et  decorem  assumitur    domus,    bonis  ornatum 
monbus    esse ;    et    quamvis    semper  ipse  sit  intus,  bo- 
num tamen   testimonium    habere    et    ab    his    qui  foris 
sunt.  Sunt  et  alia  in  natura  lignorum  horum  competer.tia 
his,  qua;  spiritualiter  disseruntur  :  sed    brevitatis  causa 
prajtereo. 
4.  Notandum  vero  pulchre   omnem    Ecclesiae  statum 


372 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


la  beaute  du  clerge,  la  discipline  du  peuple  et  le    vous-meme  rien  de  cette  feliciU  de  I'Epouse  que 
repos  des  religieux.  L'Eglise,  Leur  sainte  mere,  so    ehante  cete   >rii  divin  dans  ce  cantique  d'amour, 
rejouit  de  les  voir  bien  regies,  el  les  presente  alors    el  pout-cm  dire  aussi  de  vous  quo  von-  entendei  s  i 
a'son  bien-aim*  pour  qu 'il  les  voie  aussi;  elle  Iui    voix,  mais  que  vous  ne  savez  ui  d'ou  elle  vient  ni    n  ^  ^ 
rapporte  tout  a  sa  bonte,  parcequ'ilestl'auteur  de    ou  elle  va'Peut-Mre  desirez-vous  aussi  le  repo  «,,»•« 

tdus  biens,  et  ne  s"altribue  rien  a  elle-meme.  Car    la  contemplation ;  ce  di  piauo'Tarant 

.i  elle  dit :  «  Notre  Ut  et  nos  maisons,  »  ce  n'est    vous  n'oubliiez  point  les  fieursdontle  lit  de  I'Epouse    l<^™e* 
pas  pour  s'attribuer  ces  choses,  mais  pour  mar-    est  convert.  Ayez  done  soin  de  repandre  aussi  sur 
Poor  rtme  quer  son  amour;  l'exces  de  son  affection  lui  donne    le  v6tre  les  Qeurs  des  bo  i       et  de  faire 

cette  confiance,  el  I'empeche  de  regarder  comme  precederce  sainl  repos  de  I'exercice  des  vertus  qui 
etranger  a  son  egard  ce  qui  appartienl  a  celui  sont  comme  la  Hour  qui  precede  le  fruit,  Aiilre- 
quVlle  aime  avec  passion.  Elle  croit  quelle  ne  sau-    ment  ce  serait  6tre  delicat  a  I'exces  de  vouloir  vous 

reposer  avant  de  vouselre  exerce,  et  de  negliger  la 
fecondite  de  I.i.i.  pour  ne  jouir  que  des  emhra 
ments  de  Rachel.  C'est  un  renyersement  de  I'ordre 
que  d'exiger  la  recompense  I'avoir  meri- 


qui  ainie 
Dieu.toul  esl 
cooimuu  en- 
Ire  elle  et 
loi. 


rait  etre  exclue  de  la  maison  de  son  epoux  ni  em- 
peehee  de  partager  son  repos,  parce  qu'en  toutes 
cboses  elle  a  coulume  de  cbercber  plntot  ses  inte- 
rests a  lui  que  les  siens  propres.  Et  c'est  pour  cela 


mi'elle  sepermet  d'appeler  leurs,  le  lit  et  les  mai-  tee,  et   de   m                 d    de  Iravailler,  puisque 

sons  que  son   epoux  possede.  Elle  dit,  en  eQet  :  l'Ap6tre  dit  que  «  celui  qui  ne  travaille  point  ne 

<i  Notre  lit,  les  solives  de  nos  maisons  et  nos  lam-  doit   point   manger  [Thes.  m,  10).  <    I. 'observation 

bris   »etne  fait  point  ditiiculte  de  s'associer  dans  de  vos  commandements  m'a  donne  l'inlelli| 

la  possession  de  ces  biens  a  celui  a  qui  elle  est  sure  (Psal.  cxvm,  104),  dit  le  Propliele,  pour  vous  ap- 

d'etre  unie  par  l'amour.  11  n'en  est  pasdememede  prendre  que  le  gout  de  la  contemplation  n'est  du 

celle  qui  n'a  pas  encore  renonce  a  sa  propre  vo-  qu'a  la  pratique  des  commandements  de  Dieu.  Ne 

lonte,  mais  qui  reste  couchee  cbez  elle  et  qui  a  son  vous  imaginez  done  pas  que  L'amour  de  votre  pro- 

chez'soi,  ou  plutot  qui,  an  lieu  de  demeurer  cbez  pre  repos  doive  prejudicier  aux  oeuvres  do  la  sainte 

elle,  vitdansledesordreetl'impudicite,  avec  des  fern-  obeissance,  et  aux  ordresde  vos  superieurs.  Autre- 

mes  debauchees,  je  veux  parler  des  convoitises  de  ment  l'Epoux  ne  dormira  pas  ave.c  vous  dans  un 

la  chair,  avec  lesquelles  elle  dissipe  ses  biens  et  meme  lit,  surtout  dans  un  lit  que  vous  aurez  cou- 

sa  portion   de  l'heritage   paternel  qu'elle  areola-  vert  des  cigues  et  des  hordes  de  la  desobeissance, 

mee  {Lac.  xv,  12).  au  ut'u  (le  l'emhellir  des  Qeurs  de  1'obeissance. 

5.  Mais  vous  qui  entendez  ou  lisez  ces  paroles  du  C'est  pourquoi  il  n'exaucera  pas  vos  prieres,  et, 

Saint-Esprit,  croyez-vous  pouvoir  vous  en  appli-  lorsque  vous  l'appellerez,  il  ne  viendra  point.  Car, 

quer  quelque  chose,  et  ne  reconnaissez-vous  en  comment  voudrait-il  se  donner  a  un  desobeissant, 


II  Fan!  avant 
loul  <  om- 

r  par 
l'ubeissance. 


brevi  uno  versiculo  comprehensum,  auctoritatem  sci- 
licet praelatorum.  Cleri  decus,  populi  disciplinam  , 
monacborum  quietem.  In  horuui  prorsus,  cum  recte 
sunt  omnia,  sancta  mater  Ecclesia  considerutione  laeta- 
tur,  et  tunc  ea  quoque  oflert  intuenda  dilecto,  cum  ad 
ejus,  tanquam  omnium  auctoris,  referl  omnia  bonita 
nihil  sibi  ex  omnibus  tribuens.  .Nam  quod  ait,  nosier  et 
noslrarum,  non  usurpal  signum,  sed  dilectionis: 

quod  nimia;  videlicet  (lducia  charitalis,  nihil  ejus,  quern 
valde  diligit,  a  sc  sestimel  aliennm.  Nee  enim  seS] 
conlubeinio,  aut  quielis  ejus  putal  aroendam    cons 
quae  semper  non  qua;  sua,  sed  qua;  illius  sunt,  qua>rcre 
consuevit  :  et  lia;c    causa,    cur   sihi    et    Sponso   simul, 
sive  lectulum,  sive  domos   ausa  sit   pronuntiare   com- 
munes.  Dixit  enim  lectulus  noster,    ei  tigna    domt 
noslrarum,  et  Ifiquearia  nostra  i  audacter  se  in  posses- 
sione  associans,  cui  junctam  non  dubital  in  amore.  Nun 
ila  ilia,  quae  propria;   volunlati  nondum    abrenuntiavit, 
sed  per  se  jacel,  per  se  habitat  :  magis  anlem    non  per 
se,  sed  cum    merelricibus    luxuriose    vivendo    conver- 
salur,  concupiscenlias  loquor  carnis,  cum  quibus   dissi- 
pat  bona  sua,  et  poitionem  substantia;,  quam  sibi  dividi 
postulavit. 

5.Caeterum  tu  qui  basSpiritus-Sancti  voces  audis  vel 
legis,putasne  aliqua  hnrum  qn.'e  dicuntor,  valeas applicare 


tibi,  ac  de  felicitate  Spousa;,  qua;  hoc  amoris  carmine 
ab  ipso     Spiritu    caniair  ,    aliqn;  ;ognoscere     in 

temelipso,  no  dicatur  el  libi,  quia  voccm  ejus  audis,  et 
non  scia  und  s  vi  it,  aut  quo  wdal  '.'  En  forle  appetia 
et     ipse     con  tern  plali  i  a,    el     ban'     fai 

tantinn     ne      obli  lores  ,      quibus      lectulum 

i  el  in  ilium  similiter 
circumdare  bonoruui  lloribus  operum,  virlutum  exeici- 
tio,  tanquam  flore,  fruclum  sanctum  otium  pru;  venire. 
Alioquin  deliuato  salis  olio  dormilare  voles,  si  nun 
cm nilatus  quiescere  appetas  ,  et  Li.o  liecuadilate 
neglccta,  solis  cupias  Rachelis  amplexibus  oblectari. 
Sed  el  praepostcrus  ordo  est,  anle  merilum  exigere 
el  anle  loborem  sutnere  cibum,  cum  dicat 
Apostolus  :  Qui  manducef.  A  mandatis 

in,  inlellexi,  inquil  :  ul  scias,  nisi  obedieniiae  mandalo- 
rum  conlemplalionis   gusluni    pcniliis  non    debeii.  Non 
igitur  pules  de  propria;  amorequiclis,  sands'  i  bedii 
actibus,  seniorumve  Iraditionibus  prajudicium  nllaleuus 
iacieudum.     Al  oquin     non     dormiel      lecum    Spouses 
in  *  lecto  uno,  illo  prasscrtim,  quo  i  libi  pro  obedii 
floribuB,    cicutis  atque  urticis  inobedientiae  adspersisli. 
Propter  quod  non  exaudiel    orationes   tuas,   vocatusque 
nun   veniet  ,  nee    enim    dabit    inobedienli    copiam    sui     t 
tantns  obedientiae  amalor,  nl  *  mori  quam  non  obedire 


a!,  lectulo. 


QUARANTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


373 


lui  qui  a  tant  aime  l'obeissance,  f[u'il  a  prefere 
nioutir  que  de  ne  pas  obeir?  Et  comment  approu- 
verait-il  le  repos  inutile  de  voir.'  contemplation,  lui 
qui  a  dit  par  le  Prophete  :  «  J'ai  travaii)6  avec  pa- 
tience [Jcr.  vi,  11  ,  »  en  pari  nil  dn  temps  ou,  exile 
du  ciel  et  de  la  souveraine  pais,  il  a  opere  le  salut 
an  milieu  de  la  terre.  J'ai  bien  peur  que  vous  n'eu- 
tendiez  plutot  cette  voix  terrible,  ceite  voix  de  ton- 
nene  qu'il  a  faitrctentir  contre  la  perfidiedesJuifs: 
«  Je  ne  ]>uis  plus  sotrffrir  vus  fetes,  vos  jours  de  re- 
poset  vos  autres  solennites  [lsa.  I,  13),  »  et  encore  : 
«  nion  ame  bait  vos  fetes  et  vos  assemblies,  et  elles 
me  sonl  devenues  insupportables,  »  et  le  Prophete 
se  lamentera  sur  vous  et  dira  :  «  Ses  ennemis  l'ont 
regarde  avec  niepris,  el  se  sont  moques  de  ses 
jours  de  fetes  et  de  repos  (Thren.  r,  7).  »  Pourquoi, 
eu  efl'el,  son  ennemi  ne  se  moquerait-il  pas  de  ce 
que  le   bien-aime  rejelte  avec  korreur? 

Saint  Ber-        6.  Je  suis  extretnement  surpris  de  l'impudence 
naril  blame  ..  .  . 

cem  Ju  ses  de  quelques-uns  d  entre  nous  qui,  apres  nous  avoir 

se'lnonhc'!"'  troubles  tous  par  leur  singularite,  irrites  par  leur 

bduciplinex.  impatience,    meprises   a   par     leur   opiniltrete    et 

leur  rebellion,  infestes  par  leur  desobeissance,  ne 

laisseut  pas  d'avoir    la   bardiesse    de   convier    par 

d'instantes    prieres  le  Seigneur  de  toute  purete  a 

venir  dans  le  lit   de  leur  concupiscence  tout  souille 

a  Dans  plusieurs  editions  on  a  ajoule  ici  ces  mots  :  «  Souilles 
par  leur  desobeissance;  n  mais  c'est  une  redondance  qui  fait 
double  emploi  avec  ce  qui  precede,  et  qu'ont  evitee  avec  raison 
la  plupart  des  manuser  ts.  Les  premieres  editions,  omettant  la 
phrase  precedente,  font  dire  seuleroent  a  saint  Bernard  :  «  Mo- 
prises  pour  leur  opiniatrete  et  leur  rebellion.  *  Qu'il  nous  soit 
p°rmis  de  temoigner  ici  noire  etonnement  que,  dans  une  assem- 
ble aussi  saiute  il  sesoit  trouve,  sinon  beauroup,  du  moins  un  cer- 
tain nombre  de  religieui  indisciplines,  ce  qui  ressort  plusclairement 
encore  des  sermons  lxxxiv,  n.  4,  et  du  livre  vn  de  KVie  de  saint 
Bern'ird.  On  peut  revoir  a  ce  sujet  le  at  sermon  pour  le  jour  de 
la  Dedicace,  numero  3,  le  ixxtv  des  sermons  divers  numero  6. 
II  est  evident  que  par  tout  des  mechanlsse  trouventmeles  auibons. 


par  des  impnretes.  Mais  «  lorsque  vous  leverez 
vos  mains  en  haut,  »  dit— il,  «  je  detournerai  mes 
yeux,  et  lorsque  vous  multiplierez  davantage  le 
nombre  de  vos  oraisons,  je  ne  vous  ecouterai  point 
[lsa.  i,  15).  »  Eh  quoi  !  votre  lit,  loin  d'etre  seme 
de  fleurs,  est  tout  couvert  d'ordures,  et  vous  etes 
assez  effronte  pour  y  vouloir  atlirer  le  roi  de  gloire? 
Est-ce  pour  qu'il  s'y  repose,  ou  pour  qu'il  vous 
adresse  des  reprocbes  ?  Le  centenier  de  l'Evangile 
le  piie  de  ne  point  entrer  chez  lui  a  cause  de  son 
indignite  (Math,  vm,  3),  lui  neanmoius  dont  la  foi 
repand  une  odeur  merveilleuse  dans  Israel  ;  et 
vous,  vous  l'excitez  a  entrer  dans  votre  ame,  tout 
souille  que  vous  etes  par  la  boue  de  vos  vices  !  Le 
prince  des  apotres  crie  :  «  Retirez-vous  de  moi, 
Seigneur,  parce  que  je  suis  un  pecheur  (Luc.  v, 
8) ;  »  et  vous  dites  :  Entrez  dans  moi,  Seigneur, 
parce  que  je  suis  saint.  «  Priez  tous  unanime- 
ment,  »  dit  l'apotre  saint  Pierre,  «  et  aimez  la 
charite  fraternelle  (Pet.  n,  17),  »  et  le  vase  d'elec- 
tion  :  «  Levez  au  ciel  des  mains  pures,  sans  colere 
et  sans  contention  (r  Tim.  h,  2).  »  Voyez-vous 
comment  le  prince  des  apotres,  et  le  Docteur  des 
nations  s'accordent  et  parlent  avec  un  meme  esprit 
toucbant  la  paix  et  la  tranquillite  que  doit  avoir 
celui  qui  prie?  Continuez  done  a  lever,  des  jours 
entiers,  les  mains  vers  le  Seigneur,  vous  qui,  tout 
le  jour,  tourmentez  vosfreres,  detruisez  l'union  des' 
cceurs,  et  vous  separez  de  l'unite. 

7.  Que  voulez-vous  que  je  fasse,  me  direz-vous  ? 
Je  veux,  avant  tout,  que  vous  puriliiez  votre  cons- 
cience de  toute  colere.  de  toute  contention,  de  tout  rL,ur  amver 

.  a  la  contem- 

murmure,  de   toute   lalouste,  et 


Quelle  pre- 
paration leur 
estnecessaira 


toute  jalousie,  et  que  vous  vous 
hitiez  de  bannir  de  votre  eceur  tout  ce  qui  est  con- 
traire  a  la  paix  qui  doit  regner  entre  les  freres  ou 
a  l'obeissance  due  aux  superieurs.   Ensuite,  que 


plation. 


malueril.  Sed  neque  approbat  tuas  com'emplationis 
inane  otium,  qui  dieil  per  Prophelam,  Laboravi  sus- 
tinens  :  significans  (empns,  quo  exsul  ccelo  et  patria 
summit  quielis,  operatus  est  salutem  in  medio  terrae. 
Magis  antem  vereor,  ne  te  quoque  involval  fbrmidolosa 
ilia  scntentia,  ita  intonans  in  perlidiam  Jiidieoruni  : 
Neomenias  vestras,  et  sabbala,  et  feslioitates  alias  non 
feram.  Item,  kalendas  vestras  et  solemnitates  vestras 
odil  anima  mea;  facta  sunt  mihi  molesta.  Et  lugebit 
super  (e  Prophela,  et  dicet  :  Viderunl  earn  hastes  et  de- 
riserunl  mbbala  ejus.  Cur  enim  quod  dilectus  repudiat, 
non  irrideat  inimicus  ? 

G.  Miror  valde  impudentiam  aliquorura  qui  inter  nos 
sunt,  qui  cum  oaines  nos  sua  singularitale  turbaverint, 
sua  impatienlia  irrilaverint,  sua  contumacia  et  rebellione 
conteropserint,  audent  nihilominus  ad  tain  fcedum  cons- 
cienlia?  suae  lnclulum  omni  orationura  instantia  tolius 
purihlis  Dominant  invitare.  A I  cum  rrtenderitis,  ail, 
manu  a'.'erlant  ocalos  mens,  et  cum  mulliplica- 

verilii  orationem,  no,  exaudiam.  Quid  enim  ?  Lectulus 
non  est  tloridus,  magis  autem  et  putidus  est ;  et  tn  illuc 
Regem  gloria;  trahis  ?  Ad  pausanduai    hoc  facts,  an  ad 


causandum  ?  Centurio  vetat  ilium  intrare  sub  tectum 
suum  propter  suam  indignitatem,  cujus  tamen  fides  in 
universo  redolet  Irael  :  et  tu  ad  te  compellis  intrare, 
tantorum  sordens  spurcitia  vitiorum  ?  Clamat  Apostolo- 
rum  Princeps,  Exi  a  me  Domine,  quia  homo  peccutor 
sum  :  et  tu  dicis,  intra  ad  me  Domine,  quoniam  sanctus 
sum  lOmnes,  inqu'd,  unanimes  in  oratione  estate,  fraterni- 
tatem  diligite.  Et  Vas  electionis  :  Levantes  puras  manus 
ait,  sine  ira  et  disceptione.  Videsne  quomodo  concordent 
sibi,  et  eodem  spiritu  de  pace  et  tranquillitate  animi 
(quam  habere  debet  ille  qui  oral)  loquantur  Princeps 
apostolorum,  et  Doctor  gentium  ?  Perge  ergo  tu  tota 
die  expandere  ad  Deum  manus  tuas,  qui  fratres  tota 
die  molestas,  unanimitatem  impugnas,  ab  unitate  te  se- 
paras. 

7.  Et  quid  me  vis  facere,  inquis  ?  Perfecto  ut  primo 
quidememundes  conscienliam  ab  omni  inquinainenlo 
ira;  et  disceplationis,  et  murmuris,  et  livoris  ;  et  quid- 
quid  omnino  adversari  cognoscitur  aut  paci  fratrum, 
ant  obedienlia;  seniorum,  de  cordis  babitaoulo  eliminare 
feslines.  Deinde  etiam  circumdare  tibi  flores  bonorum 
quorumcunque  actuum  et  laudabilium  studiorum,  atque 


374 


OEl'YRES  DE  SAINT  BERNARD. 


t'orniez  des  fleuis  de  touts  sorte  de  bonnes 
oeuvres,  et  d'exercices  louables,  puisque  vous  l'em- 
baumiez  du  parfum  des  vertus,  e'estf-a-dire,  de  ia 
verite,  de  la  chastete,  de  la  justice,  de  la  saintete, 
et  generalemenl  de  toui  ce  qui  serl   a   rendre  ai- 


19);  ». sur  la  louganimite  qui,   demeurant  ferine  Les  pontres 

sous    le    poids   de     quelqne    lourde     construction      de  «'ttc 
1  x        *  .....      maison  sont 

que  ce  puisse  etre,  dure  jusqu'aux  siecles  minus    [a  craime 
de  la  vie  bienheureuse,  scion  ce   mot  du  Sauveur   iVujulence' 
dans  l'Evangile,  a  celui  qui  persfeverers  jusqu'a  la       etc. 
mable,  de  tout  ce  qui  est  de  bonne  edification,  de    tin  mum  sauve  [Matth.  x,  22) ;  »   mais  principale- 
tout  ce  qui  est  vertueux,  de  tout  ce  qui  eit  louable     ment  sur  la  charite  qui  ne  faiblit  jamais,  attendu 
dans  le  reglement  des  mceurs ;  voila   a   quoi  vous     que  «  l'amour  est  fort  comme  la    mort,  et   que  le 
devez  penser,  a  quoi  vous  devez  vous  occuper.     zele  de  la  jalousie  est  aussi  inflexible  que  l'enfer 
Vpres  cela  vous  pourrez  appeler  I'Epoux  avec  con-     [Cant,  viu,  6).  »  Aye/  sum  ensuite  de  les  recouvrir, 
tiance,  parce  que  lorsque  vous   le  conduirez  dans    et  de  les  relier  par  d'autres  bois   egalement  beaux 
Mm',   vous  pourrez  dire  avec   verile    missi     et  precieux,  sitoutefois   vons  pouvez  vous  la  pro- 
bien  que  l'Epouse  :  «  Noire  lit  esl  tout  Henri  ;  »  car     curer  aisemeul  ;  ear  ils  ne  servent  que  pour   faire  Le»  l|!mb"» 

sunt  It's  gra- 
ces gralni- 
tsment 

donuees. 


L'homnic 

spirituel  est 

la  nia.son 

de  Dieu. 


voire  conscience  repandra  de  toutes  parts  les  par 
turns  de  la  pielo,  de  la  paix,  de  la  douceur,  de  la 
justice,  de  I'obeissance,  de  la  gaiele,  et  de  l'humi- 
lite.  Mais  demeuronsen-la  pour  ce  qui  regarde  le 
lit. 

8.  Quant  a  la  maison,  chacuu  peut  se  considerer 
comme  la  maison  spirituelle  de  Dieu,  pourvu  qu'il 
ne  marche  plus  scion  la  chair,  mais  selon  l'esprit. 
«  Le  temple  de  Dieu  est  saint,  »  dit  l'Apdtre  «  et 
c'esl  vous  qui  etes  ce  temple  (l  Cor.  in,  17).  »  Ayez 
done  bien  soin,  mes  freres,  de  eel  edifice  spirituel, 
qui  n'est  autre  cbose  que  vous-memes,  de  peur 
que  lorsqu'il  commencera  a  s'elever,  il  ne  joue  et 
ne  s'ecroule,  ce  qui  arrivera  s'il  n'est  appuye  sur 
de  bon  bois,  et  s'il  n'est  bien  ciniente.  Ayez  done 
soin  de  ne  batir  qu'avec  un  bois  qui  soit  incorrup- 
tible et  qui  ne  joue  pas,  c'est-a-ilire  sur  la  crainte 
de  Dieu,  cette  crainte  chaste  qui  dure  eternelle- 
ment ;  sur  la  patience,  dont  il  est  ecrit  :  «  La  pa- 
tience   des   pauvres    ne    perira   jamais   [Psal.    ix, 


Ces  dons 
60Lt  raros. 


le  lambris,  et  pour  orner  la  maison  ;  ce  soul  les 
discours  de  la  sagesse  ou  de  la  science,  la  prophe- 
tic, le  don  de  faire  iU:f  miracles,  et  d'interpreter 
les  Ecritures,  et  autres  semblables  qui  servent  plus 
a  l'ornenicnt  qu'au  saint  de  lame.  Je  n'ai  point 
de  precepte  a  vous  donner  sur  cela,  ce  n'est  qu'un 

conseil ;  car  il  est  certain  qu'on  ne  se  proem  i s 

bois-la  qu'a  grand'peine,  qu'on  ne  les  trouve  que 
dilticilement,  et  qu'on  ne  les  met  en  oeuvre  qu'avec 
beaucoup  de  danger;  noire  terre,  surtout  en  ce 
temps-ci,  n'en  produit  que  fort  peu.  C'est  pourquoi, 
je  vous  conseille  et  vous  recommande  de  ne  pas 
vous  appliquer  trop  a  les  rechercher.  Servez-vous 
plutdt  des  autres  bois  pour  faire  vos  lambris ;  et 
quoiqu'ils  paraissent  rnoins  beaux,  on  sait  qu'ils  ne 
sont  pas  nioins  solides,  sans  compter  que  l'acquisi- 
tion  en  est  plus  facile. 

9.  Plut  a  Dieu  seulenient  que  j'eusse   beaucoup 
de  ces  bois  qui  abondent  dans  lejardin  de  l'Epoux,  Saint-Esprit 
je  veux  dire  dans  l'Eglise,  et  qui  sont  la   paix,   la 


Ce  sont  la 
les  fruits  du 


sed  pacem  ,  sed 
sed  obedieiitiuiii  , 
Et   de  leclulo  qui- 


odoramenta  virlutum  ,  id  est  quaecumque  sunt  vera 
quaecumque  pudica,  quaecumque  justa  ,  quaecumque 
sancta,  quaecumque  amabilia,  quaecumque  bon<e  fama?, 
si  qua  virtus,  si  qua  laus  disciplinae ;  hax  cogilare,  in 
his  exerceri  curato.  Ad  istiusmodi  secure  vocabis  Spon- 
sum  :  quoniam  cum  introduxeris  eum,  veraciter  dicere 
poteriaet  tu,  quia  lectulus  nosier  floridus,  redolente 
uimirum  conscientia  piclatcin  , 
mansuetudinem,  sstl  justitiam  , 
sed  hilaritatem,  sed  humilitatem. 
dem  sic. 

8.  Domum    vero  Dei,    spiritualcm    seipsum    quisque 

agnoscat,  qui  tamen  jam    non  in    raine  ambulet,    sed  in 

spirit u.  Templum  enim  Dei,   ail,  sanctum  est,  quod  estis 

.urate  ergo,  fratres,  spirituali  huic  aedificio,   quod 

lis,  ue  t'oi'lc  cum   in   superiora  prnticere  cceperit, 

vacillel     i'i  rrui  I.  si  lignis  forlibus  non  fuerit  subnixum 

it  colligatum  :  curate,  inquam,   illi  tigna   dare  impntri- 

bilia  et  immobilia,    timorem    videlicel    Domini   caslum, 

ilium,  qui  permanel  in  saecnlum  sap.culi  :  patiebtiam,  de 

,  quia    patienlia  pauperum    //"«   peribit 

]         mi    ;! -iii-iii    quoque,  qua-  sub    quovis 

structurae    pondere    inflexibilis    perseverans,  in  iniinita 

■-aecula   vita-  beatae    prolenditur,  Salvatore    loquente   in 

Evangelio  :  qui  perseveraverit  usque  in  finem,  hie  saivus 


'■rit.  Magis  autem  super  omnia  cliaritalcm,  quae  nun- 
quam  excidil,  quia  fortis  est,  inquit,  ut  mors  dilectio, 
dura  sicut  infernus  cemutatio.  Studete  deinde  his  ti- 
gnis  sunsternere  et  adUgare  ligna  alia  aeque  prcliosa  et 
pulchra,  cui  tamen  ilia  ad  maniini  fuerinl  in  opus  la- 
quearium  ad  decorem  domus ,  sermonem  scilicet 
sapiential  she  scientiae,  prophetiam,  gratiam  carationum 
iiilerpretationem  sermonum,  et  csetera  lalia,  qu.e  magis 
noscuntur  sane  aula  ornalui,  quain  necessaria  forle  sa- 
luti.  De  his  praeceptum  non  habeo,  concilium  autem 
do  :  quoniam  quidem  istius  modi  ligna  constat  et  la- 
boriose  quaeri,  el  difficile  inveniri,  et  periculose 
elaboi-ari,  (nam  et  rara  ea,  praeserlim  his  temporibus 
terra  nostra  producere  reperitur)  consulo  sane  et  moneo 
nun  multopere  isla  reqiiiri  :  magis  autem  ex  lignis  aliis 
laquearia  praeparari,  quae  clsi  minus appareant splendida, 
non  minus  tamen  valida  esse  probantur,  insuper  et  fa- 
cilius  possidenlur,  et  tutius. 

9.  Utinam  et  mihi  illoriiin  suppetat  copia  lignorum, 
quibus  bortus  Sponsi  Ecclesia  copiose  densatur,  pax, 
bonitas,  benignitas,  gaudium  in  Spiritu-SanctOjmisereri 
in  hilarilale,  tribuere  in  simplicitatc,  gaudere  cum  gau- 
ilruliliiis,  Here  cum  llcnlilius.  En  non  tu  illam  domnin 
(quod  ad  laqueria  spectal)  satis  abundeque  ornatam 
censeas,    quam    talibus    lignis   inspexeris     sufflcienter 


QUARANTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE    DES  CANTIQUES. 


375 


bonte,  la  douceur  et  In  joie  dans  le  Saint-Esprit, 
qui  font  donner  avec  gaiete  et  siinplieite,  se  rejouir 
avee  ceux  quise  rejouissent,  et  pleurer  avec  ceux 
qui  pleurent.  N'estimerez-voiis  pas  qu'nne  maison 
ainsi  lambrissee  ad'assez  beaux  lambris?  Seigneur, 
j'aime  la  beaute  de  voire  maison.  Donnez-moi  tou- 


que  l'Epouse  a  dit,  que  le  lit  est  tout  convert  de 
fleurs.  Car,  de  pour  qu'elle  tie  s'attribue  les  fleurs 
donl  le  lit  et  la  chambre  sont  pares,  l'Epoux  re- 
ponil  qn'il  esllui  nietne  la  fleur  du  champ,  que  les 
fleurs ne  viennent  pas  de  la  chambre,  mais  duchamp 
qui  leiirdonne  l'eclat  etl'odeur  qui  les  distinguent, 


jours,  s'il  vous  plait,  de  ce  boisdontje  puisseorner     pour  que  personne  ne   puisse  adresser   des    repro- 


la  chambre  de  ma  conscience  et  de  cidlu  des  autres. 
Je  ui'en  contenterai,  parce  que  je  crois  que  vous 
vous  en  contenterez  aussi,  et  il  y  en  aura  sans 
doute  qui,  suivant  mon  conseil,  s'en  contenteront 
Dons  qn'il  pareilltment.  Je  laisse  les  autres  aux  saints  apolres, 
>u  pr  erer.  e(  aux  uomnles  apostoliques.  Mais  vous,  mes  chers 
enfanls,  quoique  vous  n'ayez  pas  ces  boispreeieux, 
si  neanmoins  vous  possedez  les  autres,  ne  laissez 
pas  de  vous  approcher  avec  confiance  de  la  pierre 
supreme,  de  la  pierre  angulaire,  de  la  pierre  clioi- 
sie  et  precieuse,  et,  etant  vous-memes  des  pierres 
vivantes  et  animees,  entrez  dans  cet  edifice  ba'i 
sur  le  fond  'ment  des  apolres  et  des  propheles. 
Soyez  comme  des  maisons  spirituelles,   et   corame 


texte  sacre. 


ches  a  son  Epouse,  et  lui  dire  :  «  Qu'avez-vous  que 

vous  n'ayez  recti,   et  si  vous  l'avez  recti   pourquoi 

vous  en  glorifiez-vous  comme  si  vous  le  teniez  de 

vous-meme  (I  Cor.  iv,  7/?  »  II  daigne  lui-meme  par    Teneur  du 

sa  bonte,    comme  tin   amant   jaloux  et  tin  maitre 

plcin  de  bonte,  apprendre  a  sa  bieil-aira.ee,    a  qui 

elle  doit  attnbuer  la  beaute  et  l'odeur  agreable  des 

fleurs  repandues  sur  son  lit.  «  Je  suis    la   fleur  du 

champ,  »  lui  dit-ii,  c'est  a  moi  que  vous  etes  rede- 

vable  de  ce  dont  vous  vous  gloritiez.    Ce  qui   rap- 

pelle  bien  a  propos  que  nous  ne  devons  point  nous 

glorilier,  et  que  si  quelqu'nn    se  glorilie,    il  doit  le 

f aire  dans  le  Seigneur.  Voila  pour  ce  qui  concerne 

la  lettre.  Tactions  maintenant,  avec  l'assistance    de 


un  sacerdoce  sacre,  pour  ollrir  des    hosties   spiri-     ce  merne  Epoux,  de  penetrer  le  sensspirituel  qu'elle 
tuelles  et  a^reables  a    Dieu   par   Notre  Seigneur     renferme. 


Jesus-Christ,  l'epoux  de  l'Eglise,  qui  etant  Dieu 
est  au  dessus  de  toutes  choses,  et  beni  a  jamais. 
Ainsi  soit-il. 

SERMON  XI.V1I. 

Les  trois  fleurs  de  la  virginite}  da  martyre  et  desbonnes 
ceuvres  :  de  la  devotion  pour  I'office  divin. 

«  1.  Je  suis  la  fleur  du  champ,  et  le  lis  des  vallees. 
(Cant.    ii.  1).    »  Je  crois  que  cela  se   rapporte  a  ce 


2.  Or  remarquez  d'abord  trois  sortes  d'etats  oil 
se  trouvent  les  fleurs  :  elles  sont  dans  le  «  champ,  » 
dans  le  «  jardin  ou  dans  la  chambre,  «  etvouscom- 
prendrez  plus  aisement  ensuite  pourquoi  ils'est  ap- 
pele  de  preference  plutot  «  la  fleur  du  champ.  » 
Les  fleurs  naissent  dans  les  champs  et  dans  les  jar- 
dins,  mais  non  dans  la  chambre.  Elles  y  brillent  et 
y  sentent  bon,  neanmoins  elles  n'y  sont  pas  droites 
sur  letir  tige,  comme  dans  le  jardin  ou  dans  le 
champ,  mais  elles  y  sont  couchees  par  terre,  parce 
qu'elles  u'y  sont  pas  venues,  mais  y  ont  ete  appor- 


11  y  a  troil 

sorted 
de  fleurs. 


compositeque  tabulatam  ?  Uornine,  riilexi  decorem  do- 
mus  t use.  Semper  da  mihi  ligaa  heec,  qtiffiso,  quibus 
tibi  seatper  urnaluai  exhibeaitt  thalamum  conscienlia?  : 
conscienlice  dieu  ct  mea'.  el  allerius.  His  contenlus  ero. 
Erunt  et  qui  mco  in  hac  re  concilio  acquiescere  \ulent, 
quia  et  te  p.:iu  forte  contentum  :  cstcra  Sanctis  apos- 
tolis,  et  virie  apost<  lieis  derelinquo.  Sed  et  vos 
dilectissimi,  lamelsi  ilia  lignaoon  habealis,  nihilomiaus 
tamen,  si  haic  babetis,  confidite  :  nibilominus  cum  ornni 
Bducia  accedito  ad  lapidcm  summum,  angularem,  elec- 
tum  ,  pretiosum;  nihiloininus  super  fundamentum 
apostolorum  et  prophetnnini  et  ipsi  tanquam  lapides 
vivi  superajdificamini,  domos  spirituales  hostias,  accep- 
tabiles  Deo,  per  Jesum-Christum,  sponsum  Ecclesia?, 
Dominum  nostrum,  qui  est  super  omnia  Deus  benedic- 
tus  in  sscula.  Amen. 

SERMO  XLV1I. 

De  triplici  flore,  scilicet  virginifatis,   martyrii,   H  bonce 
operationis ;    et   devotione     habenda     circa    divinum 

officinal . 

i.  Ego  flos  campi,  et  liHum  convallium.  Ad  hoc  res- 
picere  puto,  quod  Sponsa  de  respersis  lectulum  floribus 


commendarat.  Ne  enim  sibi  flores  adscriberct  illos, 
quibus  lectulus  decoratus,  et  venustatus  thalamus  vide- 
batur,  infert  Sponstis  se  esse  tlorem  campi ;  nee  de 
thamalo  sane  prodire  flores,  sed  de  campo  ,  et  suo 
munere  et  sui  participatione  lieri  quod  renitet,  et  quod 
redolet.  Ne  quis  ergo  exprobrare  i  11  i  posset,  et  dicere, 
Quid  babes  quod  non  aceepisti  ?  _n  aulem  accepisti, 
quid  gloriaris,  quasi  non  acceperis  ?  ipse  dilectae  suae, 
sicut  ambiliosus  amator,  ita  inl'ormator  benignus,  pie 
i  11 1  dignanterque  demonstrat,  cui  nilorem,  de  quo  glo- 
riabatur,  ac  suaveolentiam  lectuli  debeat  deputare.  Ego 
flos  campi,  inquit  :  de  me  est  quod  gloriaris.  Saluber- 
rime  admonetur  et  ex  hoc  loquo,  qui  nequaquam  gloriari 
oporlet  :  et  si  quis  glorialur,  in  Do?nino  glorietur.  Et 
secundum  litteram  istud  :  nunc  jam  scrutemur,  ipso  de 
quo  loquitur  adjuvante,  spiritualem  qui  in  ea  tegitur 
intellectum. 

2.  Et  primo  adverte  nunc,  mihi  trifarium  quemdam 
floribus  statum,  in  campo,  in  horto,  in  thalamo  :  ut 
post  hoc  eliam  illud  facilius  compertum  fial,  cur  se  po- 
tisimum  campi  florem  elegeril  appellare.  Et  in  campo 
qnidem  atque  in  horto  oritur  flos,  in  thalamo  autem  mi- 
nimc.  Redolet  et  lucet  in  eo,  non  tamen  erectus  et 
stans,  ut  in  horto  vel    campo  :  sed    plane  jacens,    tan- 


376 


QEUVHES  PE  SAINT  BEKNAHn. 


ties.  Aussi  esl-il  necessaire  de  lcs  rcnouveler  sou-  n'avait  pas  encore  revetusa  beaute,  et  deja  elle  re- 
vent,  et  d'en  apporter  toujoursde  fraiches,  parce  pandait  une  odeur  excellente,  puisque  ce  sainl  pa- 
qu'elles  ne  conservenl  pas  longtemps  Ieur  odeur,    triarche  accable  de  vieillesse,  presque  prive  de  la 


La  persivt- 
rance  dans 
les  bonnes 

DOT] 
est  neces- 
saire. 


Difference 
entre  les 
Qeurs  des 
jardins  et 
celles  des 
champs. 


ni  Ieur  beaute.  Si,  comme  nous  l'avons  dit  dans  un 
autre  discours,  le  lit  seme  de  Qeurs  est  Time  rem- 
plie  de  bonnes  ceuvres,  vous  voyez  sans  dotite,  pour 
carder  la  meme  coraparaison,  qu'il  ne  sullll  pas  de 
{aire  le  bien  une  ou  deux  ibis,  maisqu'ilfaul  ajou- 
ter  sans  eesse  de  iiouvelles  actions  de  vertu  aux 
premieres,  aliu  qu'apres  avoir  seme  avec  abon- 
dance,  vous  recucilliez  avec  abondauce  aussi.  Au- 
trement  les  dears  des  bonnes  ceuvres  languissentet 
se  tletrissent,  et  elles  perdent  bientot  toute  Ieur 
beaute  et  Ieur  vigueur,  si  les  premieres  ne  sont 
continuellemenl  remplacees  j)ar  d'autrcs  nouvelles. 
Voila  pour  ce  qui  est  de  la  «  chambre.  » 

3.  Mais  il  n'en  va  pas  de  menie  dans  les  jardins 
ni  dans  les  champs,  lis  fournissent,  en  effet,  sans 
cesse  aux  Qeurs  qu'ils  produisent,  de  quoi  se  main- 
tenir  longtemps  dans  la  beaute  qui  Ieur  est  natu- 
relle.   11  y  a  pourtant   cette   difference  entre   eux, 


vue  :  m. lis  <lt n 1 1  1'odoral  etail  tres-subtil,  la 
pressentit  en  esprit,  en  sorte  qu'il  ne  put  retenir 
oie.  11  ne  fallait  dour  pas  que  TEpoux  se 
dit  une  Qeur  de  la  chambre,  puisqu'il  est  une  Qeur 
toujours  \  igoureuse  .  ni  du  jardin,  de  peur  qu'il  ne 
semblal  engendrepar  Toperation  de  l'homme.  Mais 
il  dit  avec  bcaucoup  de  grace  et  de  jnstesse  « Je 
suis  la  Qeur  du  cbamp,  »  puisqu'il  est  venu  sans  le 
concours  de  l'homme,  el  que,  depuis  qu'il  est  une 
fciis  venu.  il  n'a  poinl  SOutfert  de  corruption,  sui- 
vant  cette  parole  du  Prophete  :  «  Vous  nepermet- 
trez  pas  que  voire  saint  voie  la  corruption  (Psal. 
xv,  10).  » 

U.  .Mais  ecoutez  encore,  s'il  vous  plait,  une  autre 
raison  de  ceci,  que  je  ne  crois  pas  meprisable.  En 
etlet,  pourquoi  leSage  dit— ii  que  le  Saint-Esprit  se 
montre  sous  diverses  tonnes,  sinon  pane  qu'il  a 
coulume  de  cacher  plusieurs  sens  spirituels  sous 


que  le  jardin,  pour  porter  des  Qeurs,  a  besoin  de  la    Tecorce  de  la  meme  lettre?  Aussi,  selou  la  division 


main  et  de  l'art  de  l'homme  qui  le  cultive  ;  au  lieu 
que  le  champ  en  produit  de  lui-meme  et  sans  le 
secours  et  la  culture  des  hommes.  Vous  voyez  deja, 
je  pense,  quel  est  ce  cbamp,  qui  n'est  ni  laboure 
avec  la  charrue  ou  avec  le  hoyau,  ni  fume,ni  ense- 
menceetqui,  neaninoins,  est  orne  de  cette  belle  fleur 
sur  laquelle  il  est  certain  que  l'esprit  du  Seigneur 
s'est  repose.  «  L'odeur  qui  sort  de  mon  tils,  »  dit  le 
patriarche  Isaac,  «  est  comme  l'odeur  d'un  champ 
plein  de  fleurs,  sur  lequel  Dieu  a  repandu  sa  be- 
nediction [Gene,  xxvn,  27).  »  Cette  fleur  du  champ 


que  nous  venous  de  faire  de  I'etat  different  des 
Qeurs,  la  «  virginite  est  »  une  fleur,  le  marly  re  en 
est  une  autre,  «  Taction  vertueuse  »  en  est  une 
aussi.  La  virginite  est  dans  le  jardin,  le  marlyre 
dans  le  «  champ,  »  et  Taction  de  vertu  dans  la 
«  chambre.  »  Or  c'esl  avec  raison  que  la  virginite 
est  dans  le  jardin,  car  elle  est  amie  de  la  pudeur  , 
elle  fuit  le  public,  se  plait  a  lire  cachee,  et  aime  la 
regie  et  la  discipline  ;  d'ailleurs  les  Ileitis  dans  un 
jardin  sont  enfermees,  au  lieu  qn'elles  sont  expo- 
sees  dans  le  champ,  et  repanduesdans  la  chambre. 


Autre  allego- 
ric de  ce 
mage. 


La    virpinitc 

.  -t  ;  i 

fleur  des 

jardins. 


a!.  venustS' 
tus. 


quam  qui  illatus  sit,  non  innatus.  Proplerea  et  necesse 
est  sane  reparare  frequenter,  et  semper  recentiores  ap- 
ponere  flores,  quod  diu  odorem  smirn  minimeretineant, 
nee  decorem.  Quod  si  (ut  in  alio  sermone  preefatus 
sum)  lectulus  respersus  lloribus  conscientia  est  bonis  re- 
ferta  operibus  :  vides  certe,  ut  similitude  servetur, 
nequaquam  sufticere  semel  vel  secundo  operari  quod 
bonum  est,  nisi  inccssanter  addas  novaprioribus,  quate- 
nus  seminans  in  benedictionibus,  de  benedictionibus  et 
metas.  Alioquin  jacet  et  maicet  flos  boni  operis,  atque 
in  brevi  oninis  ex  eu  et  nilor  exlerminatur,  et  vigor,  si 
non  aliis  atque  aliis  superjectis  pietatis  actibus  continue 
reparetup.  Hoc  in  thalamo. 

3.  In  horto  autcm  non  ita  sed  neque  in  campo  simili- 
ter. Ex  se  enim  scmel  productis  floribus  assidue  sub- 
ministranl,  unde  diu  in  ipais  decusingenitum  perseveret. 
Differunt  lamen  et  ipsi  inter  se,  quod  hortus  quidem  ut 
floreal,  hominnm  manu  el  arte  excolitur  :  campus  vero 
ex  semetipso  naturaliler  producil  Bores,  el  absque  omni 
human  (jutorio.    Putasne  jam  tibi    videris 

advertere  qi  I  i  impus,  :  suloataa  vol 

nee  defossus  sarculo,  nee  fimo  impinguatus,  nee  manu 
hominis  seminatna  ,  honcstatus  '  lamen  nihilominns 
nobili  illo  llore,  Bliper  queiii  constat  requievisse  Spiri- 
Uim  Domini  '?  E'xv,  inquit,  odor  filii  mei,  siaul    odor 


ni/ri  p/eni,  cui  benedixit  Dominus.  Necdum  speciem 
suam  ille  flos  agri  induerat,  et  jam  dnbat  odorem  suum 
quando  euni,  ul  hoc  pr;e  gaudio  exclamaret,  pra^senlit 
spirilu,  corporc  mascens  sanctus  et  senex  patriarcha, 
caligana  visu,  sep  odoratu  sagax.  Non  se  proinde  debuit 
florem  thalami  protestari,  qui  Dos  est  perpetuo  vi- 
sed neque  item  norli,  ne  humano  videretur  opere 
geoeratus.  Pulcbre  autem  et  convenientissime  flos 
campisum,  ail,  qui  el  absque  lmmana  induslria  prodiil, 
et  semel  prodeunli  nulla  est  deinceps  domioata 
corruplio,  ut  sermo  impleatur  quein  dixit  :  Non  dabis 
sanctum  tiium  m. 

i.  Sed,  si  placet,  occipe  et  aliam  bujus  rei  ralionem 
(ut  arbilror)  non  spernendam.  Non  enim  sine  causa  sane 
mulliple.x  Spiritus  a  t^npientc  describitur,  nisi  quod  sub 
uoo  litters  cortice  divi  rsos  pi  sramque  sapientiae  intel- 
lects tegere  consuevit.  [taque  juxta  praefatam  de  Doris 
statu  partitionem,  Dos  esl  virginitaa,  llos  martyrium, 
flos  actio  bona.  In  horl  i  virginitas,  in  campo  martyrium, 
bonum  opus  in  thalamo.  El  b  mc  in  horto 
cui  ramiliaris  vi  recundia  est,  fug  tans  publici,  lalibulis 
gaudena,  paliens  discipline.  Denique  in  horto  il  is  dan- 
ditur,  qui  in  cam;  ir,    pargilurque  in  thalamo. 

Et  babes  :  Hortus  conclusus,  [■<„■      ,   atus.  Quod  ulique 
claustruni  pudoris  signal  in    virgine,  et  inviolate    i 


QUARANTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


377 


Le  martyre 
est  [a  II  ur 
des  champs. 


JL'action  ver- 
tueuse    est 

une  llfiir  (1  i  tis 
la  cliambre. 


Tout  cela 
convii/^'  par* 
BAteoionf  a 
Jesus  Christ. 


On  lit,  en  ell'et,  que  le  «  jardin  est  ferme  et  la  fon- 
taine  seellee  {Cant,  iv,  12).  »  Ce  qui  marque  le 
rempart  de  la  pudeur,  et  la  garde  d'une  saintele 
inviolable  en  une  vierge,  si  toutefois  elle  est  sainte 
de  corps  et  d "esprit.  Le  martyre  est  encore  bien 
place  dans  le  champ,  puisque  les  martyrs  sont  sou- 
venl  exposesalarisee  de  tout  le  monde,  etserventde 
spectacle  aux  angeset  aux  hommes?  N'esl-ce  pas  eux 

que  le  Prophete  fail  parler  en  ces  termes  lamenta- 
bles  :  «  Nous  sommes  devenus  l'opprobre  de  nos 
voisins,  la  risce  et  la  moquerie  de  ceux  qui  sont  a 
l'entour  de  nous  (Psal.  lxxviii,  4).  »  L'actiori  ver- 
tueuse  est  encore  bien  plaeee  dans  la  cliambre, 
puisqu'elle  procure  la  paix  et  la  surete  a  la  cons- 
cience. Car,  apres  avoir  fait  une  bonne  ceuvre,  on 
entre  avec  plus  d'assurance  dans  le  doux  sommeil 
de  la  contemplation,  et  on  entreprend  ile  conside- 
rer  et  de  sonder  les  choses  sublimes  avec  d'antant 
plus  de  confiance,  qu'on  so  rend  lemoignage  a  soi- 
meme,  qu'on  n'a  point  manque  aux  oeuvres  decha- 
rile  par  amour  de  son  propre  repos. 

5.  Le  Seigneur  Jesus  est  toutes  ces  chores  en  un  cer- 
tain sens.  II  est  la  fleur  du  jardin,  il  a  ete  enfante 
vierge,  d'un  rejelon  vierge.  II  est  la  fleur  du 
champ,  il  a  ete  martyr,  il  est  la  couronne  des  mar- 
tyrs et  la  forme  du  martyre.  11  a  ete  conduit  hors 
de  la  ville,  il  a  souffert  hors  ducamp,  il  a  ete  eleve 
sur  la  croix  pour  etre  vu  des  homines,  raillc  et 
meprise  de  tout  le  monde.  II  est  aussi  la  fleur  de  la 
cliambre,  parce  qu'il  est  le  miroir  et  le  modele  de 
toute  bonne  oauvre,  ainsi  qu'il  l'a  lui-meme  assure 
aux  Juifs  en  disant  :  «Je  vous  ai  fait  voir  plusieurs 
bonnes  oeuvres  au  nom  de  mon  pere  (Joan,  x,  32).  » 


Et  ailleurs,  l'Ecriture  parlant  de  lui,  s'exprime  ainsi : 
«  Celui  qui  a  passe  en  faisant  du  bien  a  tous  et  en 
les  guerissant  (Act.  x,  38)  ;  »  mais  si  le  Seigneur  est 
ces  trois  choses,  quelle  raison  avait-il  d'aimer  mieux 
etre  appele  «  la  fleur  ducliamp?  »  C'estsans  doute 
alin  d'animer  l'Epouse  a  soutfrir  avec  patience  les 
maux  dont  il  voyait  qu'elle  etait  menaeee,  car  elle 
voulait  vivre  sainlement  en  Jesus-Christ.  II  mine 
done  mieux  declarer  qu'il  est  ce  en  quoi  principa- 
lement  il  desire  avoir  des  imitateurs.  C'est  ce  qui 
m'a  fail  dire  ailleurs  que  l'Epouse  cherche  et  desire 
toujours  le  repos,  et  lui,  an  contraire,  l'excite  au 
travail,  en  lui  annoncant  qu'elle  ne  pent  entrer 
dans  le  royaume  des  cieux  qu'en  passant  par  un 
grand  nombre  de  tribulations.  Aussi,  lorsqu'il  ve- 
nait  d'epouser  la  nouvelle  eglise  qu'il  avait  etablie 
stir  laterre,  et  qu'il  se  disposait  a  retourner  a  son 
pere,  il  lui  disait  :  «  Le  temps  est  venu  que  qui- 
conque  vous  fera  mourir,  pensera  rendre  service  a 
Dieil  (Joan,  xvi,  2);  et,  «  s'lls  m'ont  persecute,  ils 
vous  persecuteront  bien  aussi  (Joan,  xv,  10), »  et 
plusieurs  autres  choses  semblables,  que  vous  pouvez 
remarquer  vous-meme  dans  1  Evangile. 

G.  «  Je  suis  la  fleur  du  champ,  et  le  lys  des  val- 
lees.  »  Quand  l'Epouse  montre  le  lit,  l'Epoux  l'ap- 
pelle  au  champ  et  l'excite  au  travail.  Et  il  ne  croit 
pas  qu'il  y  ait  de  meilleur  moyen  pour  l'engager 
au  combat  que  de  se  proposer  lui-meme  a  elle,  en 
en  cxemple  on  en  recompense.  «  Je  suis  la  fleur  du 
champ.  »  Ces  paroles  lui  donnent  a  entendre  l'une 
on  l'autre  de  ces  deux  choses,  on  qu'il  est  son  mo- 
dele dans  le  combat,  ou  qu'il  est  sa  gloire  dans  son 
triomphe.  Vous  etes  tout  a  la  fois  pour  moi,  Sei- 


L'iline  aspire 
apres    le 
repos  mais 

le  Christl  a- 
nime  a  la 
sti  [France. 


Jesus- Christ 
s'ofTre  a  nous 
comme  un 
modele  et 
une  recom- 
pense dans 
nos  lnltes. 


todiam  sanclitatis  :  si  tamen  talis  fuerit,  qua;  sit  sancla 
corporc  etspiritu.  Bene  item  in  campo  martyrium,  dum 
ooartyres  ludibrio  omnium  exponantur ,  spectaculum 
facti  ct  angelis,  et  hominibus.  Nonne  illorum  miseranda 
vox  est  in  psalmo  :  Fucti  sumus  opprobrium  vicinis  nos- 
tril, subsannaiio  et  illusio  his,  qui  in  circuitu  nostra 
sunt  ?  Bene  quoqtic  in  thalamo  actio  bona,  qua?  cons- 
cicnliam  et  quietam  facit ,  et  tutam.  Post  boinim 
denique  opus  securius  in  contemplalione  dortnitnr , 
et  tanto  quis  flducialius  sublimia  inlueri  et  in- 
vestigare  aggreditur,  quanto  sibi  conscius  est  minime 
se  proprias  amore  quielis  charitatis  operibus  de- 
fuisse. 

5.  Et  here  omnia  secundum  aliquid  Dominns  Jesus. 
Ipse  flos  horti,  virgo  virga  virgine  gencratus.  Idem 
llos  campi,  martyr,  martyrum  corona,  martyrii  forma. 
Denique  foras  civitatem  eductus  est,  extra  castra  passus 
est,  in  ligno  elevatus  est,  spectandus  hominibus,  sub- 
sannandus  ab  omnibus.  Ipse  item  thalami  flos,  speculum 
el  exemplum  totius  beneficently,  qttemadmudum  ipse 
Judaeis  protcstatus  est  dicens  :  Malta  bona  opera  ost  n- 
iit  vobis  ex  Patre  meo.  Et  item  Seriptura  de  co  :  Qui 
P  rtransiit,  ail,  benefaciendo  et  sanando  omnes.  Si 
igitur  h<ec  tria  Uominus,  qua;  fuit  cansa,  at  e  tribus  se 
carnpi  florem  muluerit   appelare  ?    Profecto  tit  earn    ad 


tolerantiam  animaret,  cut  noverat  imminere  (siquidem 
vellet  pie  vivere  in  Christo)  persecutionem  pati.  Id  se 
ergo  libenlius  protitetur  ad  quod  potissimum  vnlt  ha- 
bere scquaeeni  ;  alque  hoc  est,  quod  alias  dixi,  quoniam 
semper  et  ilia  rppetit  quietem,  el  die  incitat  ad 
laborem,  denunfiahs  el,  quod  prr  mullas  trtbulationes 
oportet  intrure  in  regnum  cajlorum.  Unde  cum  nova  in 
ten-is  Ecclesia  noviler  desponsata  sibi  redire  ad  Patrem 
disponeret,  dicebat  ci  :  Venit  horn,  at  omnis  qui 
interficit  vos  arbitretur  obs'equium  se  pro'stare 
Deo.  Item  ,  Si  me ,  ait ,  persecute  sunt  ,  el  vos 
persequenlur.  Poles  et  In  in  Evangelio  mulla 
colligere  liuic  denuntiationt  malorum  perferendoi-um  si- 
milia. 

6.  Ego  flos  campi,  et  lilium  conva'lium.  Ilia  ergo 
monstrante  lcctulum,  ille  vocat  ad  carnpum,  ad  exerci- 
tium  provocat.  Nee  pulut  quidquam  persuasfbiliiis  fore 
illi  ad  ineundum  certamen,  quam  si  seipsuni  cerlantis 
aut  exemplum  proponat,  aut  praimium.  Eijo  flos  cumin. 
Sane  ulrumvis  in  hoc  sermone  intelligi  dafur,  vel  quod 
sit  videlicet  pugnantis  forma,  vel  quod  gloria  triumphan- 
tis.  Utrumque  es  mihi,  Domini  Jesu,  et  speculum 
patiehdi,  et  praemium  palienlis.  Utrumque  forliler  pro- 
vocat, ac  vehemenfer  accendil.  Tu  doces  mani-s  meas 
ad  pnelium  exemplo  virtutis    tiue,  tu    caput  n-eiim  ;-osl 


378 


GEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


11  n'y  a  que 

les  humbles 

propres   au 
martvre. 


gneur  J£sus,  uu  miroir  de   patience  et  la  recom-  majesty,  faisait  difficulte  de  le  baptiser  :  «  I.uissez, 

pense  de  ma  patience. L'uneetl'aulreanimentetal-  dit-il,  car  il  est  a  propos  que  nous  accoraplissions 

lument  le  courage.  C'est  vous  qui  dressez  etformez  aiusi  tuute  justice  [Matth.  ui,  15),»  il  faisait  consis-  La  comom. 

mes  mains  pour  le  combat  par  l'exemple  <le  votre  ter  la  consommalion  do  la  justice  dans  la  perfection  "jo^ice  Lt" 

valeur,  et  c'est  vous  encore  qui  me  couronnez  apres  de  l'humilile.  Le  juste  est  done  bumble.  Le  juste  est      <]"<•  '« 

^  ,,.„.:  ii,  perfection  de 

la  victoire  par  la  presence  de  votre  majeste,  soit  une  vallee.  Lt  si  nous  sommes  trouves  humbles,  rhuaiute. 
parce  que  je  vous  regarde  quand  vous  combattez,  nous  germerons  aussi  comme  le  lys  et  nous  Qeuri- 
soil  parce  que  j 'attends  non-seulement  que  vous  rons  eternellement  devant  le  Seigneur.  Ne  mon- 
me  couronniez,  mais  que  vous  soyez  vous-mdme  trera-t-il  pasqu'il  est  vraiment  le  lys  des  valines, 
ma  couronne  dans  l'un  et  en  l'autre  cas,  vous  m'en-  lorsqu'il  «  reformera  le  corps  de  notre  humility 
couragez  merveilleusement.  Ce  sont  deux  liens  tres-  pour  le  rendre  semblable  a  son  corps  glorieux 
forts  pour  me  tirer  a  vous.  Tirez-moi  apres  vous,  je  (Phhp.  m,  21)?  »  il  ne  dit  pas  notre  corps,  mais  le 
vous  suivrai  volontiers.  Si  vous  etes  si  bun,  Sei-  corps  de  notre  humilite,  pour  marquer  qu'il  n'y 
gneur.  a  ceuz  qui  vous  suivent,  que  devez-vous  aura  que  les  humbles  qui  seront  eclaires  des  splen- 
etre  a  ceux  qui  vous  possedent?  a  Je  suis  la  tleur  deurs  immortelles  de  ce  divin  lys.  Mais  en  voila 
du  champ,  »  que  celui  qui  m'aime  vienne  dans  le  assez  pour  ce  qui  regarde  intelligence  des  paroles 
champ,  et  qu'il  ne  refuse  point  d'engager  le  com-    de   l'Epoux,  qui  declare  qu'il  est    «  la  tleur   du 

champ  ei  le  lys  des  vallees.  » 

8.  11  [audrait  expliquer  aussi  tout  de  suite  ce 
qu'd  dit  de  sa  ckere  Spouse,  m;iis  I'heure  ne  le 
permet  pas.  Car,  par  noire  regie  (Reg.  S.  Bened. 
cxi.ni),  nous  ne  devons  rien  preferer  a  l'ceuvre  de 
Dieu,  qui  est  le  nom  que  notre  pere  saint  lienoit  a 
c'esl-a-dire  la  couronne  des  humbles,  voulant  mar-  voulu  qu'on  dounit  aux  louanges  solennelles  qui 
quer  par  cette  tleur  qui  s'eleve  au-dessus  des  au-  s'olfrent  to  us  les  jours  a  Dieu  dans  notre  oratoire, 
tres,  la  gloire  speciale  de  leur  future  elevation.  Car  atin  de  nous  fairevoir  plus  clairement  par  la,  com- 
il  viendra  uu  temps  ou  toute  vallee  sera  comblee,  bien  il  desirait  que  nous  fussions  appliques  a  cette 
t  ute  montagne  et  toute  colline  sera  abais-  ceuvre.  C'est  pourquoi  je  vous  engage,  mes  tres-  comment  on 
see,  alors  on  verra  paraitre  la  splendour  de  la  vie  chers  enfants,  a  assister  toujours  a  l'office  divin,  doUassUter 
eternelle,  ce  lys  immortel,  uon  des  collines,  mais  avec  «  purete  »  et  avec  «  ferveur.  »  Avec  «  fer-  divin. 
des  vallees.  «  Le  juste,  »  dit  un  prophele,  «  lieu-  veur,  »  c'est-a-dire  en  vous  presentant  devant  le 
rira  comme  le  lys  [Ose.  iv,  6).  »  Qui  peut  etre  juste  Seigneur,  avec  uu  sentiment  de  respect,  d'allegresse 
sans  etre  humble?  Aussi,  lorsque  le  Seigneur  se  et  uon  de  mollesse,  d'insouciance  ni  de  somnolence, 
baissait  sous  les  mains  de  Jean-Daptiste,  son  servi-  je  vous  engage,  dis-je,  a  y  assister  sans  paresse  et 
teur,  et  que  celui-ci,  dans  sa  veneration  pour  sa    sans    y   bailler,    a  n'epargner   point  voire  voix,  a 


bat   avec   moi   et   pour  moi,  alii)  de  pouvoir  dire  : 
« J'ai  combatlu  vaillamment  (ii,  rim.  iv,  7).» 

7.  Mai*,  comme  ce  ne  sont  ni  les  superbes  ni  les 
glorieux,  mais  plutot  les  humbles,  ceux  qui  ne  pre- 
sument  point d'eiix-iiiemes, qui  sont  propresau  mar- 
tyre,  il   ajoute  qu'il  est  aussi  «  le  lys  des  vallees,  » 


victoriam  tuae  coronas  prasentia  majestatis,  sive  quia 
pugnantem  te  specto,  sive  quia  te  exspecto  non  solum 
coronar.lem,  sed  et  coronam  :  in  utroque  mirabiliter 
tibi  meallicis;  ulerque  funis  violeutissimus  ad  haben- 
dum. Trahe  me  post  te  :  libenter  te  sequor,  libentius 
fruor.  Si  sic  benus  es,  Domino,  sequenlibus  tc,  qua- 
lis  futurus  es  conseqnentibus  :  Ego  flos  campi.  Qui 
diligit  me,  veniat  in  campum,  nun  refugial  mecum,  et 
pro  me  inire  ceilamen,  ut  possit  dicere  :  Bonum  certa- 
men  certain. 

7.  Et  quoniam  non  superbi  velarrogantes,  sed  humiles 
polius,  qui  de  se  pra'sumere  nesciunt,  martyrio  idonei 
sunt;  addit  se  etiam  liiium  esse  convallium,  id  est  hu- 
milinm  coronam,  specialem  gloriam  Futurae  exallalionis 
ipsorum  liujus  emineutia  Qoris  desigoans.  Erit  namque 
cum  omnis  vallis  impkbitur,  et  omnia  owns  el  co/lis 
humiliabitur  \  et  tnDC  candor  ille  vitae  ieiernas,  Hlium 
plane,  non  colliuni,  sed  convallium,  apparebit.  Justus 
germinnhit  •■•icul  liiium,  inquit.  Quisjustus,  nisi  humilis? 
Denique  cum  se  manibus  Baptists  servi  Dominus  incli- 
narel,  et  ille  expavesceret  majestalem  :  Sine,  inquit, 
*ic  enim  decet  nos  implore  omnem  juttiliam  ;  consuin- 
mationem  profecto  justitiae    in    humilitatis    perlectione 


constituens.  Justus  ergo  humilis,  Justus  convallis  est.  Et 
si  humiles  inventi  fuerimus,  germinabimus  et  nos  sicul 
liiium,  ct  Oorebimus  in  leteruum  ante  Dominum.  An 
non  vere  vel  tunc  maxime  se  liiium  convallium  com- 
probabit,  cum  reformabit  corpus  humilitatis  nostra, 
juratum  corpon  claritaiis  sueel  Non  ait  corpus 
nostrum,  sed  corpus  humilitatis  nostree  :  ut  hujus 
lilii  niiii.  el  sempiterno  candore  solos  signilicet  hu- 
miles illustrandos.  Et  base  dicta  sint  pro  eo  quod 
Sponsus  se  florem  campi,  el  hlium  esse  convullium  pro- 
teslalus  est. 

8.  Jam  eliam  quid  de  sua  conseqoenler  charissima  pro- 
•testelur,  bonum  essetaudire  :  sed  hora  non  patitur.  Ex 
regula  namque  noslra.  Nihil  open  Dei  praeponere  licet. 
Quo  quidem  nomine  laudum  solemnia.  quae  I>eo  in 
Oratorio  quolidie  persolvuntur,  pater  Bencdictus  ideo 
voluil  appellari,  ut  ex  hoc  clarius  aperiret,  quam  no 
operi  i  1  li  vellet  esse  intcnlos.  Unde  vos  monco,  dilcc- 
tissimi,  pure  semper  ac  slrenuedivinisinleresse  laudibus. 
Strcnue  quidem,  ul  sicut  revercnter,  ila  et  alaoriter 
Domino  assislatis,  nun  pigri,  non  somnolenti,  non  osci- 
lanles,  nun  parcentes  vocibus,  non  pra?cidcnlcs  verba 
dimidia,  non  integra  transsilientes,  non  fractis  et  remissi 


QUARANTE-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 

SERMON  XLVIII. 


379 


ne  point  manger  la  moitie  des  mots,  et  a  ne  les 
point  passer  tout  entiers;  a  ne  point  chanter  d'une 
facon  liclie  et  efieniinee,du  nez  ou  entre  les  dents,     Louanges    que  I'tpoux  et  V 6 pome   s'adressent   re'ci- 


mais  a  prononcer  les  paroles  du  Saint-Esprit  avec 
une  voix  mile  et  une  ardeur  qui  corresponde  a  la 
dignite  des  choses  que  vous  dites.  Avec  «  purete,  » 
c'esta-dire  a  ne  point  penser  a  autre  chose  qu'a  ce 
que  vouschantez.  Etilne  faut  pis  settlement  eviter 
les  pensees  vaines  et  oiseuses,  il  faut  encore  eviter 
celles  que  les  treres  a  qui  out  quelque  emploi,  sont 
obliges  d'ailleurs  d'avoir  souvent  pour  l'utilite  ge- 
nerate de  la  maison.  Je  ne  vous  conseilleiais  pas 
meme  d'admettre  celles  qui  vous  pourraient  venir 
iles  lectures  que  vous  avez  faites  anparavant  en 


proquement.  L 'ombre  de  Jesus-Christ,  c'e^t  sa  chair 
et  la  foi  en  lui. 

1.  «  Mon  bien-nime  est  entre  les  filles,  ce  qu'est 
le  lys  entre  les  epines  (Cunt,  n,  1).  »  Ce  ne  sont 
pas  de  bonnes  filles  que  celles  qui  piquent  .  Con- 
siderez  les  mauvaises  plantes  que  produit  notre 
lerre  depuis  qu'elle  a  ete  maudite.  «  Lorsque  vous 
la  cultiverez,  dit  Dieu,  elle  ne  produira  que  des 
epines  et  des  ronces,  (Gen.  in,  18.)  »  Tant  que  Ta- 
me est  dans  le  corps,  elle  est  parmi  les  epines,  et 


particulier,  on  de  ce  que  je  vous  dis  ici  de  vive  voix    elle  ne  pent  eviter  les  inquietudes  de  la  lentation,  ni 


dans  cet  auditoire  du  Saint-Esprit,  et  qui  sera  en- 
core tout  frais  dans  votre  memoire,  lorsque  vous 
irez  au  chceur.  Car,  quoique  ces  pensees  soient  sa- 
lutaires,  elles  ne  le  sont  pas  durant  la  psalmodie, 
pane  qn'a  cette  heure-la  le  Saint-Esprit  n'a  point 
pour  agreable  tout  ce  que  vous  lui  oflrez  d'autre 
que  ce  que  vous  devez.  Je  le  prie  qu'il  nous  ins- 
pire toujours  de  faire  ce  qui  lui  sera  le  plus  agrea- 
ble, par  la  grace  et  la  misericorde  de  l'Epoux,  et 
de  l'Eglise  Jesus-Cbrist  Notre  Seigneur,  qui  etant 
Dieu,  est  au-dessus  de  toute  chose  et  beni  dans 
tons  les  siecles.  Ainsi  soit-il. 


a  Les  freres  qui  ont  quelque  emploi,  c'cst-a-dire  quelque 
charge  cxterieure  a  remplir.  Saint  Bernard  les  distingue  des 
freres  de  chceur,  ou  clauttraux,  dans  le  IX0  des  Sermons  divers, 
n.  4,  et  dans  le  LVIIe  sermon  sur  le  Cantique  des  rantiuucs, 
n.  11,  comme  on  le  verra  plus  loin. 


vocibus  muliebre  quiddam  balba  de  nare  sonanles;  sed 
virili  (ut  dignum  est)  et  sonitu,  et  afTectu  voces  Sancti 
Spiritus  depromentes.  Purevero,  ut  nil  aliud  diun  psal- 
litis,  qiium  quod  psallitis  cogitetis.  Nee  solas  dico  vilan- 
das  cogitaliones  vanas  et  otiosa  :  vitands  sunt  et  illae, 
ilia  duntaxat  hora,  et  illo  loco,  quas  officiates  fratres 
pro  cotnmuni  neccessitafe,  quasi  necessario,  frequenter 
admittere  compelluntur.  Sed  ne  ilia  quidem  profecto 
recipere  tunc  consuluerim,  qua?  forte  paulo  ante,  in 
claustro  sedentes,  in  codicibus  legeratis,  qualia  et  nunc 
me  viva  voce  disserente  ex  hoc  audilorio  Spiritus-Sancti 
recenlia  reportatis.  Salubria  sunt,  sed  minime  ilia  salu- 
liibnler  inter  psallendum  revolvitis.  Spiritus  enim  Sanc- 
tus  ilia  hora  gratum  non  recipit,  quidquid  aliud  quam 
debus,  ncgleclo  eo  quod  debes,  obtuleris.  Cujus  semper 
facere  voluntutem  ad  ejus  volunlalem  ipso  inspirante 
possimus,  gratia  et  misericordia  sponsi  Ecclesia;  Jesu- 
Cbristi  Domini  nostri,  qui  est  super  omnia  Deus  bene- 
dictus  in  sa^cula.  Amen. 


Irs  epines  de  la  tribulation.  Si  elle  est  tin  lys,  selon 
la  parole  de  l'Epoux,  qu'elle  voie  le  soin  et  l'exac- 
ti'ttdeavec  lesquels  elle  doit  veiller  sur  elle-meme, 
environnee  couime  elle  Test  d'epines  qui  avancent 
leurs  piquants  de  toutes  parts.  Car  une  fleur  tendre 
ne  saurait  soull'rir  la  moindre  piqure  d'une  epine 
qu'elle  ne  soit  aussitot  percee.  Recounaissez-vous 
maintenant  avec  combien  de  raison  et  de  ne- 
cessity le  Prophete  nous  oblige  a  servir  le  Seigneur 
avec  crainte  [Psal.n,  15)?  Et  l'Apdtre  nous  exhorte 
a  faire  notre  salut  avec  crainte  et  tremblement 
(Philip,  it,  12).  Us  avaient  appris  cette  verite  par 
leur  propre  experience,  comme  amis  de  l'epoux, 
et  croyaient  certainement  que  cette  parole  de  l'E- 
poux concernait  leurs  antes.  «  Ma  bieti-aimee  est 
parmi  les  lilies  comme  un  lys  parmi  les  epines.  » 
Car  l'un  d'eux  a  dit :  «  Je  me  suis  converti  dans  ma 
misere,  tandis  que  j'etais  comme  tout  perce  d'epi- 
nes (Psal.  xxxi,  U).  »  II  lui  etait  avantageux  d'etre 
ainsi  perce,  puisque  cela  le  porte  a  se  convertir. 
Ces    epines     sont  bonnes    si    elles    produisent  la 


La  vie 

preseDte 

se  passe  au 

milieu  des 

ronces  et  des 

epines. 


SERMO  XLVIII. 

De  laude  rectproca,  qua?  fit  inter  Sponsum  et  Sponsam  : 
et  quaiiler  per  umbram  Chrisli  inteltigatur  corpus  et 
fides  ejus. 

1.  Sicut  liliurn  inter  spinas,  sic  arnica  mea  inter  filias. 
Non  bona  lilia;  qua;  pungent.  Attende  pessimum  ger- 
men  ejus,  cui  malediction  est,  terra  nostras.  Cum,  in- 
quit,  colueris  earn,  spinas  et  tribulos  germinubit  tibi. 
Donee  ergo  in  carne  est  anima,  inter  spinas  profecto 
versutur:  et  necesse  est  ut  patiatur  inquietudines,  tenta- 
tionuin,  tribulationumque  aculeos.  Quod  si  liliurn  est 
ipsajuxta  Sponsi  verbum,  videat  quam  vigilem  sollici- 
tamquc  esse  oporteat  super  custodia  sui,  sajpla  undique 
spinis,  hinc  inde  aculeos  intendentibus.  Nee  enim  vel 
levissimam  spins  sustinet  ullatenus  punctionem  lloris 
lencriludo,  sed  mox  ut  modice  premitur,  perforator. 
Seutis  quam  merilo  necessarieque  borteturnos  propbeta 
servire  Domino  in  timore;  etitem  Apostolus, cum  timoie 
nihilominus  et  tremore  noslram  ipsorum  operari  salu- 
tem?  Tenebant  nimirum  proprio  cxperimento  hujns 
sententiae  veritatem,  utpote    amici  Sponsi,   qui   mi'-'ue 


380 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Que  faut-il 
entcnJre  par 
les    epiues. 


il  est  bien 
difficile  de 
se  lr> 

au  milieu  des 

epines  et  de 

Den    point 

seotir  les 

attcinles. 


Demeurer 

boo    parmi 

les   mechants 


compouction.  U  y  en  a  plusieurs  qui  se  corrigenl 
de  leurs  fautes,  lorsqu'ils  tombent  Jans  quelques 
races,  et  ceux-la  peuvent  dire  aussi:  «  Jo  me 
suis  converti  <l.uis  ma  misere,  tandis  que  j'etais 
tout  perce  d'epines.  »  Les  epines  c'esi  le  peche,  ce 
sont  les  peine?,  les  faux  freres,  c'est  un  mauvais 
voisin. 

2.  *  Ma  bien-aimee  est  parmi  les  lilies,  comme 
un  lys  parmi  les  epines.  «  0  beau  lys,  o  Qeor  ten- 
dre  et  delicate  !  des  InO  leles  el  des  me  bants  son! 
avee  vous,  voyez  avec  quelle  i  rconspection  vous 
devez  marcher  parmi  ces  epines.  Lc  monde 
plein d'epines. II  y  enasur  la  tern-  et  dansl'air,  ily 
en  a  dans  votre  corps.  Vivrc  parmi  ces  epines,  et 
n'eii  etre  point  blesse,  c'est  1'effet  de  la  toute  puis- 
sance de  Dieu  non  de  vos  propres  forces.  Mais 
«  prenez  courage,  »  dit-il,  «  ear  j'ai  vaincu  le 
monde  [Joan,  xvi,  33  ,  »  aussi, quoiqu'on  vouspre- 
sente  de  toutes  parts  des  tribulations,  comme  des 
aiguillons  et  ties  epines,  que  voire  cceur  ne  e 
trouble  point,  qu'il  ne  craigne  point,  ct  qu  il  saehe 
que  1  affliction  produit  la  patience,  la  patience  1*6- 
preuve,  I'epreuve  1'esperance,  et  que  1  esperance 
ne  confond  point  (Rom.  v,  3).  Considerez  les  lvs 
d'un  champ,  comme  ils  sont  beaux  et  vigoureui 
au  milieu  des  epines.  S'iI  prend  taut  de  soin  de 
l'lierbe  qui  est  aujourd'hui  sur  pied,  et  qu'on  jet- 
tera  domain  au  four,  que  sera-ce  de  sa  tres-cbere  et 
tres-aimable  epouse  ?  Car  le  Seigneur  garde  et 
protege  tons  ceux  qui  l'aiment.  «  Ma  bien-aimee 
est  parmi  les  lilies  comme  un  lvs  parmi  les  epi- 
nes. »  Ce  n'est  pas  une  petite  ruarque  de  vertu  d'e- 
tre bon  parmi  les   mecbants,  et  de   conserver  sa 


purete  et  sa  douceur  au  milieu  de  personnes  di 

i .  et  encore  plus  de  vivre  dans  la  pais  et  dans 
uni  bonne  intelligeni  p,  ivec  ceux  qui  sont  enne- 
mis  de  la  pais  ;  et  celui-la  pent  abon  droit  s'attri- 
buer  la  perfection  du  lys,  qui  ne  laisse  point  de 
commuDiquer  son  eclat  et  sa  beaut e  aux  epines 
mimes  qui  le  piquent.  Ne  vous  semble-t-il  pas 
qu'on  soit  un  lys,  q  taud  on  accomplit  en  quelque 
sorte  la  perfection  de  I'Evangile  [Luc.  vi,  l8)?Quand 
on    prie   pour  ceux  qui  nous  calomnient    et 

utent,  et  qu'on  fait  du  bien  a  ceux  qui  nous 
baissent  ?  Tachez  dune  d'agir  ainsi,  et  votre  ftme 
deviendra  la  bien-aimee  du  Seigneur,  il  vouslouera 
aussi  en  disant:  «  Ha  bien-aimee  est  parmi  les  ill— 
les,  comme  un  lys  parmi  les  epines.  » 

3.  Nous  lisons  ensuite  :  «  Mon  bien-aime  est  par- 
mi les  en.  mis.  comme  un  pommier  parmi  les  ar- 
bres  des   forets   [Cant,  n,  3  .  »    L'Epouse    rei 

oux  les  louanges  qu'il  lui  a  donnees,  lui  dont 
les  louanges  rendent  ceux  a  qui  il  les  dunne  di- 
gues d'etre  loues,  au  lieu  que  celles  qu'on  lui 
donne  leiuoignent  seulement  qu'on  le  connait,  el 
qu'on  l'admire  comme  digne  Je  toutes  louanges. 
Et  comme  t'Epoux  l'a  louee  sous  la  tigure  d'une 
lleur  remarquable,  elle  aussi  releve  l'eminence  de 
la  gloire  de  1  Epoux  sous  la  figure  d'un  arbre  ex- 
cellent. Ne.inmoins  il  me  semble  que  cet  arbre-la 
n'est  pas  si  beau  que  quelques  autres,  et  ainsi 
qu  il  ne  merite  pas  d'etre  employe  pour  eu  faire 
une  i  omparaison  avec  t'Epoux,  parce  qu'il  ne  suf- 
fit  pas  pour  le  louer  assez  dign.^ment  :  «  Mon  bien- 
aime  est  parmi  les  enfants,  comme  un  pommier 
parmi  les  arbres  des  forets.  »  11  me  semble  que  l'E- 


est  le  fait 

d'uue    rare 

vertu. 


prorsus  ambigerent,  et  ad  suas  aninaas  pertinere  quod 
dicitur  :  Sicut  /ilium  inter  spinas,  sic  arnica  mea  inter 
filius.  Denique  unus  eorum,  conversus  sum,  ait,  in 
oerumna  mea,  dum  configitur  spina.  Bene  contixus,  qui 
conversus  exinde  est.  Bene  pungeris,  si  compuDgeris. 
Multi  cum  sentiunt  pcenam,  corrigunt  culpam;  et  talis 
dicere  potest   :  Convert  in   terumna  mea,  dum 

ulur  spina.  Spina  culpa  est,  spina  poena  est,   spina 
falsus  frater,  spina  vicious  est  malus. 

2.  Sicut  lilium  inter  spinas,  sic  arnica  mea  inter  filial. 
0  candens  lilium!  o  tener  et  delicate  flos !  increduli  el 
subversores  sunt  tecum  :  vide  quomodo  caute  ambulcs 
inter  spinas.  Plenns  est  mundus  spinis  :  in  terra  sunt. 
in  acre  sunt,  in  carne  tua  sunt.  Versari  in  his,  et 
minime  Uedi,  divinie  potentiu;  est,  non  virtutis  tu.i 
confidite,  inquit,  quia  ego  vici  mundum.  Etsi  igilur 
undique  libi  intendi  prospicias  tribulationum,  tanquam 
tribulorum,  aculeos  ;  nop  turbetur  cor  tuum  neque  for- 
midet,  sciens  quia  tribuialio  operatw  patienliam,  pa- 
fientia  probaiionem,  probatio  tpem,  spes  autem  non 
•onfundit.  Considers  lilia  agri,  quomodo  inter  spinas 
•  :gent  et  nilent.  Si  fcenum  quod  hodie  est  et  eras  in 
urn  mitlitur,  Dens  sic  custodit  ,  quanto  magis 
amicam  el  Sponsam  suam  charissimam?  Denique  cu 
JJdminus  vmnei  rli/igentes  se.  Sicut  lilium    inter  spinas, 


sic  arnica  mea  inter  fi/ias.  Non  mediocristitulus  profecto 

virtutis,  inter  pravos  vivere  bonum,  et  inter  nialignantes 

innocentia;  retinere  candorem,    et    morrm    lenilatem  : 

-  autem  si  his  qui  oderunt    pacem,    pacificum ,  ct 

amicum  ipsis  te  exhibeas  iuimicis.  Id  plane  tibi   simili- 

ludinem  dii.ui.  do  liliojurc  quodam  proprietalis  specia- 

liter  vindicabit,  quud  ipsas  utique  se   spinas 

candorc    proprio    illustrare    et    venuslare    noi 

An    non   proinde   lilium   tibi    videlur,  implore  quodam 

Evangelii    perfectioncm ,     qua    orare    jubemur 

dumnianlibus  et  perscquentibus   nos,  benefaccre 

his    qui    oderunt    nos?    Ergo   et    tu    fae  similiter,    et 

erit  auiina   tua  arnica    Domini,    et    laudabit    te   de  tc, 

dicens  :  quia  sicut  lilium   inter    spinas,   sic  arnica    mea 

inter  /i/i'ii. 

3.  Scquitur  :  Sicut    ma/us    inter    lignu    silvarum,  sic 

us  inter  filios.  Rcddil  Sponsapnecomi  vicem 

commendanti  se  Sponso,  a   quo  laudari   est  laudabilem 

el  quern  laudarc,  intelligere  admirari   laudabilem. 

El  sicul  e\  eminenli  II  ire  figurata   a  Sponso    laue 

est,  its  e  regione  el  ex  cxccllenti  ligno  ipsa  illius  si 

i    gloriam     emioentiainquc     demonslrat.     Movet 

i  me  de  ligno  hoc,  quod  non  tanue  esse  excellenliae 

videalur ,    quanta;   aliqua    cielerorum ;    et   idco  minus 

digne  assumi    in  opus  similitudinis  :   utpotc  quod  non 


QUARANTE-HUITIEME  SERMON  SUR  I.E  CANTIQUE  DES  CAMTIQUES. 


pouse  n'en  fait  pas  beaucoup  de  cas,  puisqu'elle  le 
compare  seulement  aux  arfares  des  forets,  qui  sont 
steriles  et  ne  portent  point  de  fruits  qui  soient 
propresa  la  nourrtture  de  l'homme.  Ponrquoi  done, 
laissant  des  arbres  plus  exeellents,  s'est-elle  servie 
de  la  comparaison  de  celui-ci pour  fair.'  l'eloge   de 


381 

chair,  il  s'est  sourais  aux  anges,  bien  que,  deraeu- 
rant  toujours  Dieu  il  ait  toujours  retenu  les  anges 
dans  sa  dependance.  «  Vous  verrez,  »  dit-il,  «  les 
anges  monter  et  descendre  surle  fils  de  l'homme 
(Joan,  i,  51) ;  »  parce  que  dans  un  seul  et  meme 
homme,  qui  est  Jesus-Christ,  ils  soutiennent  la 
son  Epoux?  Devail-il  y  avoir  quelque  mesnredans  faiblesse,  et  adorent  la  ruajeste.  Mais  conime  l'E- 
les  louanges  de  celui  qui  a  recule  Saint-Esprit  sans  pouse  trouve  plus  de  douceur  a  le  considerer  dans 
aucune  roesure  ?  II  me  semble,  par  la  comparaison  son  abaissement,  elle  releve  plus  volontiers  cette 
de  cet  arbre,  qu'il  est  quelqu'un  an  dessus  de  lui;  grace,  elle  publie  sa  misericorde,  elle  est  ravie  de 
lui  qui  n'a  point  d'egal.  Que  dirons-nous  k  cela  ?  sa  bonte.  Elle  admire  un  homme  parmi  les  hom- 
j'avoue  que  cette  louange  est  petite,  parce  que  ce-  mes,  et  non  un  Dieu  parmi  les  anges  ;  comme  un 
lui  qui  la  recoit  n'est  pas  considere  comme  grand. 
On  ne  le  regarde  pas  ici  comme  le  souverain  Sei- 
cneur  digne  d'etre  infmiment  loue,  mais  corame 
un  petit  enfant  qui  merite  d'etre  inlinimeut  aime. 
Car  celui  qui  nous  est  ne  est  un  petit  enfant.  [Isai. 
ix,  6). 

U.  On  ne  releve  done  pas  ici  sa  majesle,  mais  son 
humilite;  e'est  avec  raison  qu'on  prefere  cequi  pa- 
rait  faible  et  folie  en  Dieu,  a  toute  la  force  et  a  toute 
la  sagesse  des  hommes.   Car  ce  sont  eux  qui   sont 


pommier  excelle  parmi  les  arbres  d'une  foret,  et 
non  parmi  les  arbres  d'un  verger,  et  elle  ne  croit 
pas  diminuer  scs  louanges  en  relevant  sa  bonte  et 
son  amour  par  la  consideration  de  sa  faiblesse. 
Car  si  elle  en  relranche  quelque  chose  d'un  cote, 
elle  le  reprend  de  l'autre,  et  si  elle  fait  moins  pa- 
raitre  la  gloire  de  sa  majesle,  e'est  afin  que  la 
grace  de  sa  boute  brille  avec  plus  d'eclat.  De  meme 
que  l'Ap6tre  dit  que  «  ce  qui  semble  folie  et  fai- 
blesse en  Dieu  est  plus  sage  et  plus  fort  que   tous 


ces  arbres  ehampetres  et  steriles,  parce  que,  selon  les  homines  (Cor.  i,  15),  »  mais  non   pas   que    les 

le  Prophete,  «  ils  se  sont  tous  egares  et  sunt  deve-  anges  ;  et  que  le  Prophete  le  publie  le  plus   beau 

nus  inutiles,  et  il  n'y  en  a  pas  un  seul  parmi  eux  des  enfants  des  hommes   (Psa.  xi.vni,   3),  et  non 

qui    vive  bien    (Psal.    xui,    3).     Mon     bien-aime  des  anges,   ainsi  l'Epouse,  inspiree  par   le    meme 

est  parmi  les  enfants,  comme  un  pommier   parmi  esprit,  a  voulu  sous  la   figure  d'un   arbre  fruitier 

les  arbres  des  forets  (Cant,  n,  3).  »  II  n'y   a  qu'un  compare  avec  des  arbres  steriles,   elever   l'Homme 

seul  arbre  parmi  tous  ceux  des  forets  qui  porte  du  Dieu  au  dessus  de  toute  la  beaute  des   hommes, 

fruit,  e'est  le  Seigneur  Jesus,  en  tant  qu'homme.  mais  non  pas  au  dessus  de  l'excellence  des  an- 

Mais  s'il  est  au  dessus  des   hommes,   il   est  nean-  ges. 

nioins  un  peu   au  dessous  des  anges    (Psal.    vm,  5.  «  Mon  bien-aime  est  parmi  les  enfants  comme 

66).  Car  par  une  merveille  etonnante,  en  se  faisant  un  pommier  parmi  les  arbres  d'une  foret.  »  Elle  a 


Le  Chria 
est  plus 
excellent 


sufficiat  laudis  vicera  implere.  Sicut  mains  inter  ligna 
stivarum,  sic  dilectus  mens  inter  filios.  Denique  nee 
Sponsa  magni  aestimasse  videtur,  quaj  hoc  in  lignis 
silvarum  lantum  efferre  curavit,  nimirum  sterili'ous,  nee 
fructus  humano  victui  aptos  ferentibns.  Cur  ergo  omissis 
melioribus  et  nobilioribus  lignis,  hujus  mediocritas 
arboris  adducta  in  medium  est  ad  formandum  Spunsi 
prceeonium?  Itane  ad  meusuram laudem  rccipere debuit, 
qui  ad  mensuram  spiritum  non  accepil  1  Hoc  nempe 
data  de  ilia  a rbore  similitudo  facit,  ut  videalnr  habere 
superiorem,  qui  parem  non  babel.  Quid  dicemusad  ha5c? 
Paleor,  parva  laus,  quoniam  parvi  laus.  Non  enim  hoc 
loco  praedicaLur  tnagnus  Uominus  et  laudabilis  nimis. 
sed  parvus  Dominus  et  amabilis  nimis,  parvulus  utique, 
qui  natus  est  nobis. 

4.  Krgo  non  tnajestas  attollilur  hie,  sed  commendatur 
humilitas;  digncque  ac  ralionabililer  quod  inlirmum  et 
stultum  est  Uei,  hon.inum  rortiludini  et  sapiential  anle- 
ferlur.  Ipsi  sunt  nanique  tigna  silvestria  et  infrnctuosa  : 
quoniam,  seundum  Prophetam,  omnes  declinaverunt, 
simut  inutiles  facti  sunt;  non  est  qui  facial  bonum,  non 
est  usque  ail  /mum.  Sicut  mains  inter  ligna  silvarum, 
sic  dilectus  meus  inter  filios.  Una  inter  ligna  silvarum 
Dominus  Jesus  arbor  faciens  fructum,  secundum  homi- 
nem  sane,  etsi  praelatus  hominibns,    sed  ab  angelic  mi- 


noratus.  Miro  etenim  modo  et  angelis  sese  factus  caro 
subjecit,  et.  angelos  sibi  manens  Ucus  subjeclos  retinuit. 
Denique  videbitis,  inquit,  angelos  ascendentes  et  descen- 
dentes super  Filiura  hominis.  Quod  in  uno  eodemque 
homine  Christo  Jesu  et  infirmitatem  foveant,  et  stupcant 
majestatcm.  Quia  ergo  Sponsa3  id  dulcius,  quod  sc  im- 
minuit,  sapit;  libentins  attollit  gratiam,  prafert  miseri- 
cordiam,  stupet  dignationem.  Libuit  proinde  hominem 
inter  homines  admirari,  non  inter  angelos  Deum  :  tan- 
quam  mains  inlet'  ligna  excellit  silvarum,  et  non  plane 
inter  bortorum  plantaria.  Nee  putat  minui  laudes,  ubi 
de  consideratione  infirmitatis,  piotatis  bonitas  exaltatur. 
Quo  enim  juxla  aliquid  a  laudibus  temperat,  eo  item 
juxta  ali([uid  magis  laudat,  minus  prosequens  gloriam 
dignitatis,  ut  gratia  dignationis  emlneat,  Sicut  ergo 
Apostolus  quod  stultum  et  infirmum  est  Dei,  sapientius 
fortiusque  dicit  esse  hoirinibus,  sed  non  angelis;  etsicut 
Propheta  speciosum  prEfidicat  forma  pra3  (itiis  hominum, 
el  nun  pra'  angelis  :  sic  ista  certe  in  eodem  spiritu 
loquens  sub  typo  frucliferae  arboris  silvestriumque  ligno- 
riiiii  hoc  loco  efferre  voluit  Hominem  Deum  super 
omnem  gratiam  hominum,  non  autem  super  cxcellen- 
tiam  angelorum. 

5.  Sicut  malus  inter  ligna  silvarum,  sic  dilectus  meus 
uiter  filios.  Etbene  inter  filios  :  quia  cum   esset    nnieus 


382 


(EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


que  Ions  les 

enfanU  i>.ir 
la  grace. 


raison  de  dire  «  parmi  les  enfants »  parce  qu'etant  se  :  «  Jc  suis  votre  saint  (i  Tim.  n,  5).  Mo'ise,  est-il 

le  Bis   unique   de  son  pere,  il   hii   a  acquis  sans  dit.  ne  vims  a  point  donne  ce  pain  du  ciel,    mais 

jalousie  beauconp  d'enfants  qu'il  ne  rougit  point  mon  p&re  vous  donne  le  rrai  pain  du   ciel  [Joan. 

d'appeler   ses    liens  ,    alin    qu'il  soit   l'aine    de  vi,  32).  >>  Kile  desirail   done   surtoul   l'ombre  de 

tons.  Or,  e'est  a  bou  droit  que  eelni  qui  est  ills  par  Jesus-Christ,  parce  qu'il  est  le  seul  qui,  uon-seule- 

nature  est  prefere  a  tous  ceux  qui  out  etc  adopts  ment  rafratchisse  de  la  ehaleur  des  vices  el   des 

par  la  grace.  «  Mon  bieii-aime  est    parmi   les   en-  passions,  mais  qui  remplisse  et  comble  lame  de  la 

fanls  coiunie  un  pumiuier  parmi  les  arbres  dune  joie  des  verlus.  « Je  me  suis  assise  a   l'ombre   de 

foret.  ciComme  un  pommier,  »  dit-elle,  parce  que  celui  que  je  desirais;  »  son  ombre  e'est  sa  chair; 

tel  qu'un  arbre  fruitier,  il  donne  dc  l'ombre  pour  son  ombre   e'est  la  foi,  l'ombre  qui   a   environne 

rafraiehir,  et  porte  d'excellents  fruits.  N'est-cepas,  Marie  a  ete  la  chair  de  son  propre  tils,  et  l'ombre 

en  verite,  un  arbre  fruitier,  puisqu'il  a   des  lleurs  qui  me  couvre  e'est  la  foi  quej'aien  mon  Seigneur  ; 

qui  sont  des  fruits  d'honneur  et  de   gloire   (Eccli.  quoiqueje  puisse  dire  aussi  que  sa  chair  me  couvre 


L'ombre  de 
Jesus-C.btist 
«sl  desirable. 


xxiv,  23)  ?  Enlin  e'est  un  arbre  de  vie  a  ceux  qui 
le  possedent  [Prov.  in,  18).  Tons  les  arbres  de  la 
foret  ne  sauraient  lui  etre  compares,  attendu  que 
si  beaux  et  si  grands  qu'ils  soient,  et  bien  qu'ils 
seniblent  servir  et  aider  beauconp  par  leurs  orai- 
sons,  par  leur  ministere,  par  leurs  enseignements, 
et  par  leurs  examples,  neanmoins  il  n'y  a  que 
Jesus-Christ,  la  sagesse  de  Dieu,  qui  soit  un  arbre 
de  vie.  Lui  seul  est  un  pain  vivant,  qui  est  des- 
cendu  du  ciel,  et  qui  donne  la  vie  au  inonde  (Joan. 

vi). 

6.  VoUa,  pourquoi  elle  dit  :  «  Je  me  suis  assise  a 
l'ombre  de  celui  que  je  desirais,  et  son  fruit  est 


I.'omhre  d§ 

Jcsiis-Cliriafl 

e'est  sa  J 

chair  el  la  ■ 

fui  en  lui.  I 


de  son  ombre,  puisqueje  la  mange  dans  le  tres- 
sainl  sacrement.  La  sainte  Vierge  a'a  pas  laisse  non 
plus  d'eprouvcr  l'ombre  de  la  foi,  ce  qui  le  prouve 
e ,  st  ce  qu'on  lui  a  dit  :  «  Vous  etes  bien  heureuse 
d'avoir  cm,  Je  me  suis  assise  sous  l'ombre  de  celui 
que  je  desirais,  »  et  ce  que  disait  le  Prophete  : 
cc  Notre  Seigneur  Jesus-Christ  est  un  esprit  present 
ilevaut  nous,  nous  vivons  sons  son  ombre  parmi 
les  nations  (Tren.  ui,  20).  »  Nous  vivons  sous  son 
ombre,  parmi  les  nations,  et  nous  vivrons  dans  sa 
lumiere  avec  les  anges.  Noussommes  sous  l'ombre, 
taut  epie  nous  ne  marchons  que  par  la  foi,  non  par 
la  claire  vision.  Voila  comment  le  juste  qui   vit  de 


inuuiment  doux  a  mon  gout  (Cunt,  u,  3).   »  C'est  la  foi  est  sous  l'ombre.  Mais  celui    qui  vit  de  l'in- 

avec  raison  qu'elle  avait  desire  l'ombre   de    celui  telligence  est  bienheureux,  parce  qu'il  n'est  plus 

dont  elle  devait  recevoir  son  rafraichissement   et  sous  l'ombre,  mais  dans  la  lumiere.  David   etait 

sa  nourriture.  Car  les  autres  arbres  des  forels  ont  juste,  et  il  vivait  de  la  foi  lorsqu'il   disait    a  llieu  : 


une  ombre  qui  met  a  l'abri  de  la  ehaleur,  ils  ne 
donnent  point  la  nourriture  de  la  vie,  ni  les  fruits 
eternels  du  salut.  II  n'y  a  qu'un  seul  auteur  de  la 
vie,  qu'un  seul  mediateur  entre  Dieu  et  les  hom- 
mes,  Jesus-Christ  bomme,  celui  qui  dit  a  l'Epou- 


«  donnez-moi  l'intelligence  qui  m'est  necessaire 
pour  apprendre  vos  commandements,  et  je  vivrai 
(Psal.  cxvin,  73).  »  11  savait  que  l'intelligence  doit 
suceeder  a  la  foi,  et  que  la  lumiere  de  la  vie  et  la  vie 
de  la  lumiere  doivent  etre  revelees  a  rintelliffen.ee. 


patris  tui,  multos  illi  et  absque  invidia  fdios  acquirere 
sluduit,  quos  non  coiifiinclitiir  vocare  fratres,  ut  sit  ipse 
primogenitus  in  mullis  fratribus.  Jure  autem  praeponi- 
tur  universia  adi  ptalis  per  gratiam  is,  qui  per  naturam 
(ilius  est.  Sicut  malus  oiler  tigna  silvarum,  sic  dilectus 
meus  inter  fibus.  Merito  sicut  malus,  qui  inslur  fincti- 
fcr*  arboris  et  umbram  refrigerii  habct,  et  fert  fructum 
optimum.  An  non  vere  fructiferum  lignum,  cujns  flores 
fruclus  honoris  et  honestatisl  Denique  lignum  vit;e  est 
apprehcndenlibns  cum.  Non  conipaiabunlur  huic  omnia 
ligna  silvarum  :  quia  etsi  sint  arbores  pulchraet  magnae 
c[\ix  opem  ferre  videanlur  orando,  ministrando,  docendo 
exemplis  juvondo  :  solus  lamen  Dei  sapientia  Christus 
lignum  esl  vila>,  solus  panis  vivus  qui  de  ccelo  descendit, 
et  chit  vilaui  mundo. 

6.  Idco  ait  :  Sub  umbra  ejus  quern  desideraveram 
sedi  et  fructus  ejus  dutcis  juituri  meo.  Merito  ejus  desi- 
deraveral  umbrain,  de  quo  et  refrigerium  esset,  et 
refectioncm  paiiler  aereptura.  Nam  caetera  quidem  sil- 
varum tigna,  etsi  umbram  solalii  habent,  sod  non  vitas 
refeetionem,  nou  fructus  perpetuos  salutis.  Unus  est 
enim  vita;  auctor,  unus  mediator  Dei  et  hominum  homo 


Christus  Jesus,  qui  dicit  Sponsas  $ude:Salustuaegostnu. 
Non  Moyses,  inquit,  dedii  vobis  partem  hunc  dc  coelo, 
sed  Pater  meus  dat  vobis  panem  de  ccelo  verum.  Prop- 
terea  ergo  Christi  potissimum  desideraverat  umbram, 
quod  solus  sit,  qui  non  solum  ab  aestu  refrigerat  vitio- 
iii in .  sed  et  replet  deleclatione  virtutum.  Su6  umbra 
ejus  quern  desideraveram  sedi.  Umbra  ejus,  caro  ejus  : 
umbra  ejus,  fldes.  Marias  obumbravit  proprii  Filii  caro, 
iuilii  Domini  (ides.  Quamquam  et  mihi  quoquc  quomodo 
non  obumbrat  caro,  qui  in  mysterio  manduco  cam?  Et 
sancta  nihilominus  Virgo  (idei  et  ipsa  experta  est  um- 
Iii'hiii,  eui  dictum  est  :  lit  beata  qua  credidisli.  Sub  um- 
bra ejus  quern  desideraveram  sedi.  Et  Prophcta  :  Spi- 
ritus,  inquit,  ante  faciem  nostrum  Christus  Domiuus ;  in 
umbra  ejus  vivemus  ruler  gentes.  In  umbra  in  gentibus, 
in  luce  cum  angelis.  In  umbra  sumus,  quandiu  per 
tideni  amlmlamus,  et  non  per  speciem  :  et  ideo  Justus 
in  umbra,  qui  ex  fide  vivit.  At  qui  vivit  ex  intellcetu, 
beatus  est  :  quia  non  in  umbra  jam,  sed  in  lumine. 
Justus  erat  David,  et  ex  fide  vivebat,  cum  dicebat  Deo : 
Da  mihi  intellectum,  utdiscam  mandata  tua,  et  vivam  : 
sciens  successurum  fidei  intellectum,  intellectui  revelan- 


QL'ARANTE-Hl'ITIEME  SERMON  SLR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


Vivre  dans 
les  delices 
t'e>t  monrir, 
:'est    tombor 
i  l'ombre  de 
]a   mort. 


II  faut  commencer  par  vivre  sous  l'ombre,  et  a  issi 
passer  au  corps  de  celte  ombre,  «  parce  que  si  vous 
ne  croyez,  dit  le  Prophete,  vous  n'entendrez  point 
[Isa.  vii,  9).  » 

7.  Yoyez-vous  que  la  foi  est  la  vie,  et  l'ombre 
de  la  vie  ?  tandis  que  la  vie  qui  se  passe  dans  les 
delices,  ne  venant  point  de  la  foi,  est  uue  mort,  et 
l'ombre  de  la  mort.  «  La  veuve,  dit  saint  Paul,  qui 
vit  dans  les  delices,  est  morte,  quoiqu'elle  semble 
vivante  (i  Tim.  v,  6).  Et  la  sagesse  de  la  chair  est 
une  mort  (Rom.  vm,  6).  »  C'est  aussi  l'ombre  de  la 
mort,  de  cede  mort  qui  tourmente  eternellement. 
Nous  avons  ete  aussi  autrefois  assis  dans  des  lieux 
remplis  de  tenebres,  et  a  l'ombre  de  la  mort,  lorsque 
vivant  cbarnellement,  non  selon  la  foi,  nousetions 
deja  morts  a  la  justice,  et  devions  bienlot  etre  eu- 
gloutis  par  une  seconde  mort.  Car  notre  vie  etait 
aussi  proche  de  L'enfer  que  l'ombre  est  voisine  du     Christ  selon  la  chair,  nous  ne   le   connailrions  pas 


388 

iv,  '20),  »  il  ne  se  contente  pas  d'ajouter,  que  nous 
sorames  sous  son  ombre,  mais  il  dit  «  nous  vivons 
sous  son  ombre  parmi  les  nations.  »  Prenez  done 
garde,  a  l'exemple  du  Prophele,  de  vivre  aussi  sous 
sou  ombre,  afin  de  regner  un  jour  dans  sa  lumiere. 
Car  il  n'a  p3s  seulement  de  l'ombre,  il  a  de  la  lu- 
miere. Par  la  chair,  il  est  l'ombre  de  la  foi;  par 
l'esprit,  il  est  la  lumiere  de  l'intelligence.  Car  il 
est  chair  et  esprit  tout  ensemble.  11  est  chair  pour 
ceux  qui  demeurent  dans  la  chair;  et  il  est  «  esprit 
devant  nous,  »  e'est-a-dire  pour  l'avenir,  si  toute- 
fois,  oubliant  ce  qui  est  derriere,  nous  tendons  vers 
ce  qui  est  en  avaut,  en  y  arrivant,  nous  eprouverons 
la  verite  de  cette  parole  qu'il  a  dite  :  o  I. a  chair  ne  sert 
de  rien,  c'est  l'esprit  quidonne  la  vie  (Joan.  vi.  I\  .  n 
Jen'ignorepasquelApatre,  demeurant  encore  dans 
la  chair  a  dit  :  «  Quand  nous   connailrions   Jesus- 


corps,  la  chose  est  certaine.  Et  chacun  de  nous 
pouvait  dire  avec  le  Prophete  :  «  Si  le  Seigneur  ne 
rn'eut  assiste,  mon  ame  flit  bientot  tombee  dans 
l'enfer  (Psal.  son,  17) .  »  Mais  maintenant  nous 
sommes  passes  de  l'ombre  de  la  mort  a  l'ombre  de 
la  vie,  ou  plutot  nous  avons  ete  tranferes  de  la 
mort  a  la  vie,  en  vivant  a  l'ombre  de  Jesus-Christ, 
si  neanmoins  nous  sommes  vivants  et  nun  pas 
morts.  C. :  je  ne  crois  pas  qu'ou  vive   aussitot  pour 


encore  (2  Cor,  v,  Its).  »  Cela  etait  bon  pour  lui. 
Mais  nous  qui  n'avons  pas  encore  merite  d'etre 
ravis  dans  le  paradis  et  au  troisieme  ciel,  nourris- 
sous-nous  cependant  de  la  chair  de  Jesus-Christ, 
reverous  ses  mysteres,  suivons  son  exemple,  con- 
servon-  la  foi,  et  nous  vivrons  indubitoblement 
sous  son  ombre. 

H.  «  Je  me  suis  assise  a  l'ombre  de  celui  queje 
desirais.  »  Peut-etre  se  glorilie-t-elle  d'avoir  ete 
etre  sous  son  ombre,  parce  que  tous  ceux  qui  out  plus  heureuse  que  le  Prophete  quand  elle  dit,  non 
de  la  foi  ne  vivent  pas  dans  la  foi.  La  foi  sans  les  pas  comme  lui,  qu'elle  vit,  mais  qu'elle  est  assise  a 
oeuvres  est  morte  (i  Joan,  m,  IU),  et  elle  ne  peut  l'ombre.  Car  etre  assis  c'est  se  reposer.  Or  c'est  plus 
pas  donner  la  vie  qu'elle  n'a  pas.  C'est  pourquoi  que  se  reposer  a  l'ombre,  que  d'y  vivre;  comme 
apres  que  le  Prophete  a  dit,  « Notre  Seigneur  Jesus-  y  vivre  est  plus  que  d'y  etre  simplement.  Le 
Christ  est  un  esprit  present  devant  nous   (Thren.     Prophete  s'atlribuait   done  ce   qui  est  commun  a 


La  foi  dans 
les  ceavres 
est  morte. 


Diff      „-i. 
entr, 

ii  etre  assts 
a  l'ombre. 


dum  lumen  vitae,  et  luminis  vitatn.  Prius  est  venire  ad 
umbram, et  ita  ad  ,  Id  cujus  umbra  est,  pertrunsire  : 
quoniam  nu  s,  ait,  non  intelligelis. 

7.  Vides  lidero  el  vilam  esse,  et  vilae  umbram.  Name 
regione  vita  in  dcliciis  agens,  quoaiam  non  est  ex  lide, 
et  mors  est,  et  umbra  mortis.  Qure  enim,  inquit,  vidua 
in  deticiis  est,  i  u  ens  mortua  est.  Denique  sapumtia 
carnis  mors  est.  Sed  et  mortis  est  umbra,  illius  scilicet 
qua?  cruciat  in  aeternum.  Sedimus  et  nos  aLquando  in 
tenebrosis  '  umbra  mortis,  carnaliter  conversanles,  et 
non  ex  lidt;  vivenles,  mortui  jam  quidem  justiliae,  a 
morte  vera  secunda  j.aulo  minus  absorbendi.  Quantum 
etenim  umbra  nrope  est  corpori  cujus  est  umbra,  lan- 
tum  pro  cerlo  vita  ilia  nostra  inferno  appropinquavit. 
Denique  nisi  quia  Dutninus  adjuvii  me.  inquit,  paiUo 
minus  liabitasset  in  inferno  anima  mea.  Nunc  autem  de 
umbra  mortis  ad  vitaE  transivimus  umbram,  magis  au- 
teui  translali  sumus  de  morte  ad  vitam,  in  Christi  um- 
bra viventes,  si  tamcu  vivenles,  et  uon  moitui.  Nee 
enim,  reor.  contiuuo,  ut  quis  in  umbra  ejus  fuerit,  quod 
vival  in  ea  :  quia  non  plane  omnis  qui  iidem  habct,  ex 
Cde  vivit.  Nam  fides  sine  operibus  mortua  est ;  neo 
polcst  dare  vitam,  quam  minime  ipsa  habuerit.  Ideo 
Propheta  cum  dixisset,  spiritus  ante  faciem  nosiram 
Christus  Dominus,  non  contentus  fuit  sequi   et  dicere  : 


in  umbra  ejus  sumus,  sed  in  umbra,  inquit,  ejus  vivi- 
inler  genfes.  Et  tu  ergo  vide  ut  vivas  exemplo  pro- 
pheta- in  umbra  ejus,  ut  quandoque  et  regnes  in  lumine 
ejus.  Nee  enim  tantum  umbram  liabet,  habet  et  lucem. 
Ipse  per  cartiem  umbra  est  (idei.  ipse  intelligcntise  lumen 
per  spiritum.  Et  caro  est  enim,  et  spiritus.  Caro  in 
carne  manentibus,  spiritus  ante  faciem  nostram,  id  est 
in  futuro  :  si  lamen  qua?  retro  sunt  obliviscentgs,  ad  ea 
qua?  ante  sunt  nosmetipsosextendimus,  quo  pervenientes 
experiamur  de  verbo  quod  dixit  :  Caro  non  prodest 
quidquam,  spiritus  est  qui  vivificat.  Nee  ignoro,  quod  in 
carne  adhuc  manens  quis  dixerit  :  Etsi  cognovimus 
Christum  secundum  carnem,  sed  nunc  jam  non  novi- 
mus.  At  boc  ille  :  nos  vero  qui  nondum  in  paradisnm, 
nondum  ad  tertium  ccelum  rapi  meruimus,  Christi 
interim  carne  pascamur,  mysteria  veneremur;  exempli 
seetemur,  Iidem  servemus;  et  vivimus,  profecto  i.. 
umbra. 

8.  In  umbra  ejus  quern  desideroveram  sedi.  FortassL 
felicius  aliquid  ista  experlam  se  gloriatur  in  eo,  quod  se 
in  umbra  dicit,  non,  ut  propheta,  vivere,  sed  sedisse. 
Sedere  enim  quiescere  est.  Plus  est  autem  quiescere  in 
umbra,  quam  vivere  :  sicut  vivere  plus  est,  quam  tan- 
tummodo  esse  in  ea.  Igitur  quod  est  commune  multo- 
rum  propheta  assumens  sibi,    in    umbra    ejus    vivimus, 


384 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


plusieurs  {Thren.  iv,  20),  «  Nous  vivons  sons  son 
ombro.  »  Mais  l'Epouse  qui  a  one  prerogative  par- 
ticuliere,  scgloriQe  d'y  etre  menie  assise.  Aussi  ne 
dit-elle  pas  au  pluriel,  nous  sommes  assises,  comme 
le  Prophetedit,  nous  vivons,  maisje  «suis  assise,  a 
atin  que  vous  reconnaissiez  que  c"est  un  privil6ge 
qui  lui  est  singulier.  Or  nous  vivons  avec 
travail,  nous  qui  servons  awe  crainte,  comme  nous 


SERMON  XLIX. 


Comment  le  discernement  regie  la  charite  ei  fait  que 
tous  les  membrcsde  I'liglise,  e'est-a-dire  les  elus  se 
tiennent  par des  liens  re'eiprogues. 

1.  «Le  Roi  m'a fait entrer  dans  lecellierauvin.il 
a  regie  en  naoi  la  charite  [Cant,  ii,  lx).  »  Selon  le 
sen-  litteral  <le   ce  verset,  apres  que  l'Epouse,   au 


s^ntant  coupables  de  nos  peches,  cette   devote  et    combie  de  ses  vamx,  a  eu  un  entretien  aussi  doux 


chaste  amante  so  repose  avec  plaisir.  Car  la  crainte 
est  accompagnee  de  peine,  et  I'amour  de  douceur. 
D'oii  vient  qu'elle  dit  :  «  Et  son  fruit  est  doux  a 
man  gout.  »  Indiquant  par  la  legoutde  la  con- 
templation qu'elle  avail  obtenuquand  elle  s'elait 
trouvee  doucement  elevee  par  I'amour.  Mais  cela 
se  passe  sous  l'ombre,  pane  que  cela  arrive  par 
un  miroir  et  en  eniguie.  II  viendra  un  temps  oil  la 
lumiere  croitra,lesombresbaisseront,  ou  plutdl  dis- 
paraitront  entierement,  et  une  vision  claireet  eter- 
nelle  prendra  leur  place ;  et  non-seulement  elle  sera 
a°Teable  au  gout,  elle  rassasiera  meme  sans  degout; 
neaumoins,  «  je  me  suis  assise  sous  l'ombre  de  ce- 
lui  que  je  desirais,  et  son  fruit  est  doux  a  mon  gout.  » 
Reposons-nous  ou  l'Epouse  se  repose  en  gloriliant 
le  pere  de  famine  ou  Notre-Seigneur  Jesus-Christ 
lepoux  de  l'Eglise,  de  ce  qu'il  a  rejoui  le  gout  spi- 
rituel  de  nos  ames  en  nous  invitant  a  un  fesliu  si 
magnifique,  lui  qui  etant  Dieu  est  au  dessus  de 
Unites  cboses  beui  dans  tous  les  siecles.  Ainsi 
soit-il. 


que  familier  avec  son  bien-aime,  le  voyant  s'eloi- 
gner,  elle  retourne  vers  les  jeunes  lilies,  mais  a  la 
voir  toute  pleine  et  tout  enflammee  de  ses  regards 
el  de  ses  paroles,  on  lacroirait  ivre.  I, es  jeunes  filles 
son!  loutes  surprises  de  cette  DOUVeaute  et  lui  en 
deraandent  la  cause  :  elle  repond  qu'elles  ne  doivent 
pas  s'etonner  si,  etant  entree  dans  le  cellier,  elle 
eni\  ree.  Voila  pour  ce  qui  est  du  sens  litteral. 
Elle  ne  nie  pas  qu'elle  ne  soit  ivre,  mais  e'est  d'a- 
mour,  non  de  vin,  si  ce  n'esl  que  I'amour  meme 
est  un  vin.  «  Le  roi  m'a  fait  entrer  dans  le  cellier 
au  vin.  )>  l.orsque  l'Epoux  est  present,  et  que  l'E- 
pouse lui  adresse  la  parole,  elle  l'appelle  son  Epoux, 
sou  bien-aime,  celui  que  son  ame  aime.  Mais  lors- 
qu'elle  parte  de  lui.iux  jeunes  lilies,  ellele  nomme 
roi.  Pourquoi  cela?  Je  crois  que  e'est  parce  qu'il 
convienl  mieux  a  l'Epouse  qui  aime  et  qui  est  ai- 
mee,  d'user  avec  familiarite  de  termes  d'amour,  et 
qu'il  est  a  propos  de  retenir  les  jeunes  lilies  par  une 
parole  de  respect  el  de  majeste,  parce  qu'elles  ont 
besoiu  d'une  discipline  plus  severe. 

2.  «  Le  Roi  m'a  fait  entrer  daus  le  cellier  au 
vin.  »  Je  passe  sous  silence  quel  est  ce  cellier,  parce 
que  je  me  souviens  de  l'avoir  dit  ailleurs.  Nean- 
moins,  on  peut  encore  entendre  cela   de  l'Eglise, 


Lfi  lingaffe 
de  r£|imise 

o      ,        l|   I 
son   6,'iitu 

virie  prion 
lea  circons- 

tnnu's. 


inquit  :  Sponsa  vero  habens  praerogativam,  etiam  quod 
ca  singulariter  sederit,  gloriatur.  Nun  enim  et  ille  plu- 
ralitcr"  Vivimus,  ita  et  aaec  i  Km  i  d  at;  sedaingula- 
rUer,  .r.oscas  praerogativam.    L'bi    ilaqae   nun 

cum'labore  vivim  is,  qui  conscii  peccatorum  sub  ti 
servimus,  ibi  haec  devota  el   amans  suaviler  requii 
Denique   lienor  poenam  habel,  amor    suavitatem.    Undo 
ail  :  et  fructus  ejm  duk,is  gulturimep,  gustum  contem- 
plalionis  signiflcans,  quern  obtinuerat  per  araorem  sua- 
viler sublevala.  ai  istud  io  umbra,  quia   per  speculum 
el  in  snigmate.    Erit  cum  declinaverint    umbrae   eres- 
ccnlc  i„    .,,.  .  imo  i  ei  i  us    disparuerint,   et   subin 
Bicut  p      i  I    tua  visio ;  erilque  non  modo 

suavitaa  g  itluri,  soil  et  saliolas  ventri;  sine  fastidio  la- 
men.  Sub  umbra  ejut  quern  desideravnram  sedi,  et  fruc- 
tus ejus  dukis  gvUuri  men.  Nos  quoque  ubi  Sponsa 
pausat,  pause  i  us  paritcr,  tie  sumpto  gustu  Patrem- 
familias  glorificanles,  qui  nos  ad  tales  epulas  invitavit, 
sponsum  Eeclesia  Jesum-Christum  Dominum  nos- 
trum, qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  saicula. 
Amen. 


SERMO  XLIX. 

Qualiter  per  discretionem  ordinatur  charitas,  at  omnia 
membra  Ecclesice,  id  est  elecli,  invicem  colKgentw. 

1.  Introduxii  me   rex  in  zeUam   vinariam,   ord 

in  me  charitaiem.  Ui  quidem  propositi  capituli  videtur 
sonare  lit  (era,  habito  pro  votis  dulci  admodum  fauiilii- 
rique  colloquiocum  dilecto,  illo  abeunte  Sponsa  regre- 
ditur  ad  adolescentulas,  aspectu  ita  ipsius  affatuque  re- 
fecta  atque  accensa,  qualenus  cbriie  similis  appareret. 
Et  quasi  illis  stupenlibus  novitatcm,  et  qurcrcntibus  cau- 
sam,  rcspondit  miruni  miiiime  esse,  si  vino  sestuaret, 
quae  in  ccllam  vinariam  introisset.  El  secundum  litteram 
ita.  Secundum  spiritum  quoque  non  negat  ebriam,  sed 
amore  non  vino,  nisi  quod  amor  vinum  est.  Introduxii 
me  rex  inceliam  vinariam.  Quando  prassens  est  Spon- 
sus,  et  Sponsa  ad  ipsum  sermonem  dirigit;  tunc  Sponsus 
dicitur  aut  di/ectut,  ant  quem  ilib /// animamea,  inquil: 
loquens  vero  de  ipso  adolescenluli-.  regem  nominat.  Ut 
quid  hoc?  Propterea credo, quia  et  Sponsa?  amanti  atque 
dilect.as  conveniat  uti  familiarius  (quod  ad  seest)amoris 
nominibus  :  et  adolescentulis,  tanquam  disciplina  indigen- 
tibus,  opus  sit  reverendo  premi  vocabulo  majestatis. 

2.  Introduxit  me  rex  in  eel/am  vinariam.    Qn.Tnam 


QUARANTE-NEUViEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 
lorsque  les  disciples,  etant  remplis  du  Saint-Esprit, 


385 


le  peuple  croyait  qu'ils  etaient  ivres.  Co  qui  lit  epic 
saint  Pierre,  en  sa  qualite  d'ami  de  I'Epoux,  pre- 
Qupiie  etait  na,lt  la  parole  pour  l'Epouse,  s'ecria  :  «  Cenx-la  ne 
rivresse  des  S0I1{  pas  jvres  comme  vous  le  peDsez  (Act.  u,  15).  » 
apres  avoir  Considerez  qu'il  ne  nie  pas  qu'ils  soient  ivres,  mais 
rei;Espr?t!'Dt  T-i'ils  le  soient  de  la  maniere  que  ce  peuple  le 
croyait.  lis  etaient  ivres,  en  effet,  mais  du  Saint- 
Esprit,  non  pas  de  vin.  Et,  comme  s'ils  eusseut 
voulu  prouver  au  peuple  qu'ils  avaient  ele  vrai- 
meut  introduits  dans  le  celli  r  au  vin,  saint  Pierre 
dit,  en  parlant  pour  eux  tous  :  «  Mais  e'est  la  l'ac- 
complissement  de  ce  qui  a  ele  dit  par  le  prophete 
Joel  :  Et  il  arrivera  dans  les  deraiers  jours,  dit 
le  Seigneur,  que  je  repandrai  mon  esprit  sur  toute 
chair,  et  vos  tils  et  vos  lilies  prophetiseront.  Nos 
jeunes  gens  auront  des  visions,  nos  vieillards  au- 
ront  des  songes.  »  Ne  vous  semble-t-il  pas  que  la 
niaison  oil  les  disciples  etaient  assembles  soit  un 
grand  cellier,  «  lorsque  tout-a-coup  on  entendit  un 
grand  bruit  du  ciel,  comme  le  souffle  d'un  vent  im- 
petueux,  qui  remplit  la  niaison  ou  ils  demeuraient 
(Act.  u,  2),  »  et  accomplit  la  prophetie  de  Joei  ? 
Chacon  d'eux,  sortant  enivre  ne  l'affluence  des 
biens  de  cette  niaison,  et  abreuves  d'un  torrent  de 
delices  immortelles,  ne  pouvait-il  pas  dire  avec  rai- 
son  :  «  Le  Roi  m'a  fait  entrer  dans  le  cellier  au 
vin  '?  » 

3.  Vous  aussi,  si  vous  voulez  entrer  dans  la  niai- 
son d'oraison  avec  un  esprit  recueilli  et  desoccupe 
des  soucis  du  monde,  et  que,  vous  tenant  en  la 
presence  de  Dieu  aupres  de  quelque  autel,  vous  tou- 
cbiez  la  porte  du  ciel  comme  avec  la  main  de  vos 


saints  desirs,  et  que,  presente  au  chceur  des  saints 
par  !a  ferveur  de  vos  prieres,  car  l'oraison  du  juste 
penetre  dans  les  cieux,  vous  deploriez  devant 
eux,  avec  une  humilite  profonde,  vos  miseres  et  vos 
afflictions  spiriluelles,  vous  decouvriez  vos  necessi- 
ty par  des  soupirs  frequents  et  des  gemissements 
ineffables,  et  leur  demandiez  avec  instance  le  se- 
cours  de  leur  intercession  :  Si,  dis-je,  vous  faites  ces 
choses,  j'espere  en  celui  qui  a  dit  :  «  Demandez  et 
vous  recevrez  (Matth.  vu,  7);  »  si  vous  perseverez  a 
frapper  a  cette  porte,  vous  ne  vous  en  irez  point 
les  mains  vides.  Et,  lorsque  revenant  vers  nous 
plein  de  grace  et  d'amour,  tout  ardent  et  tout 
embrase,  vous  ne  pourrez  plus  dissimuler  le  don 
que  vous  aurez  recu,  vous  nous  le  communiquerez 
sans  envie,  et  vous  serez  non-seulement  agreable  a 
tous,  mais  peut-etre  merne  admirable  a  cause  des 
graces  qu'on  vous  aura  donnees;  vous  pourrez  aussi 
protester  avec  verite  que  le  Roi  vous  a  fait  entrer 
dans  son  cellier.  Prenez  garde  seulement  de  ne 
pas  vous  glorifier  en  vons-meme,  mais  dans  le  Sei- 
gneur. Je  ne  pretends  pas  pourtant  que  tous  les 
dons,  quoique  spirituels,  sortent  du  cellier  au  vin, 
car  il  y  a  encore  d'autres  celliers  ou  offices  chez 
I'Epoux,  oil  sont  enfermes  divers  dons  et  diverses 
graces  selon  les  richesses  de  sa  gloire.  Je  me  sou- 
viens  vous  en  avoir  parle  plus  amplement  dans  un 
autre  endroit  (Jer.  xxm).  «  Ces  biens-la,  dit-il,  ne 
sont  pas  caches  chez  moi,  et  scelles  dans  mes  tre- 
sors  (Deut.  xxxn,  34). »  Ainsi,  la  division  des  graces 
se  fait  selon  la  difference  des  celliers,  et  le  Saint- 
Esprit  se  communique  a  chacun  selon  ses  besoins. 
Et  si  l'un  recoit  le  don  de  sagesse,  l'autre  le  don  de 


ista  sit  cella  vinaria,  praetereo  dicere,  quia  dixisse  me 
recolo.  Tamen  si  rid  Ecclesiani  referatursermo,  cum  re- 
pleti  Spirilu-Sanelo  discipuli  musto  ebrii  a  populo  pu- 
tarailur;  tuac  tanquam  amicus  Sponsi  pro  Spons;i 
Pelrus  in  medio  eorum  :  Non,  inquit,  sicut  vos  eestimatis 
rii sunt.  Allende  interim  quod  non  omnino  cbrios, 
sod  ebrios,  sicut  ab  illis  aestimati sunt,  denegavif.  Erant 
cnim  ebrii,  sed  Spirilu-Sanclo,  non  musto.  Et  quasi 
rirentur  ad  plebem,  revera  se  in  cellam  fuisse  vi- 
nariam  iutroductos,  rursum  Petrus  pro  omnibus  :  Sed 
hoc  est ,  ait ,  quod  dictum  est  per  Prophetam  Joei  :  Et 
erit  in  bus,   dicit  Dominus,   effundam  de 

Spiritu  meo  super  Otnnem  carnem,  prophetabunt  fitri  ves- 
tri  et  fi/ire.  J  uidebunt,  el  sene 

somniabunt.  An  non  tibi  cella  vidclur  fuisse 
vinaria  ilia  domus,  in  qua  erant  Discipuli  pariler  congre- 
gati,  cum  faefus  est  repente  de  ccelo  sonus,  tanquam  ud- 
venientis  spiritus  vehementis,  et  replevit  totam  domum, 
ubi  erant  sedentes,  adimplevitque  piophetiam  Joel  ?  Et 
nonne  unusquisquc  illorum  exiens  inebriatus  ab  uberlnte 
domus  illius,  et  torrenle  volnptatis  tantae  potatus,  dicere 
merito  quibat  :  Quoniam  intrnduxit  me  re.r  m  teUam 
vinariam  ? 

3.  Sed  et  tu  quoque,  si  collecto  tuo  spiritu,  mente  so- 
bria  et  vacua  curis,  orationis  domum  solus  inlroeas,  et 

T.    IV. 


Tous  les  dons 
spirituels 
ne  viennent 

pas 

uniquement 

da  cellier 

au  Tin. 


stans  coram  Deo  ad  unum  aliquod  de  altaribus,  cceli  ja- 
nuam  langas  sancli  desiderii  manu,  et  praesentatus  cho- 
inctorum,  tua  penetrante  devotione  (siquidem  ora- 
tio  justi  penelrat  ccelos)  in  ipsorum  praesentiat  miserandus 
deplores  miserias  et  calamities  quas  pateris ;  crebris 
suspiriis  et  gemitibus  incnarrabilibus  prodas  necessilatem , 
!  rites  pietatem  :  si,  inquam,  hoc  egeris,  confido  in  eo 
qui  dixit,  Petite, etaccipielis,  quia  si  perseveraverispulsans, 
non  exibis  vacuus.  Verum  cum  te  nobis  reddideris  ple- 
num gratia  et  charitate,  nee  poteris  spiritu  fervensdissi- 
mulare  munus  acceptum,  quod  sine  invidia  communica- 
bis  ;  erisque  omnibus  in  gratia,  quae  data  est  tibi,  non 
modo  grains,  sed  fortassis  eliam  admirandus  :  poteris 
et  ipse  veiMciter  protestari,  quia  introduxit  me  rex  in  cel- 
lam  vinariam  :  tantum  cautus  esto,  non  in  te,  sed  in 
Domino  gloriari.  Nee  omne  donum,  quamvis  spirituale, 
prodire  dixerim  de  cella  vinaria,  cum  sint  et  alias  penes 
Sponsum  cellae  vel  apothecae,  diversa  in  se  recondita  ha- 
bentes  donaatque  charismata,  secundum  divitias  gloria' 
ejus  :  de  quibus  cellis  memini  me  alibi  latiusdisputasse  : 
Nonne  hcec  eondita  mnt,  inquit,  apud  me,  et  signata  in 
ihesauris  meis  ?  Ergo  pro  diversitate  cellarum,  divitiones 
gratiarum  sunt,  et  unicuique  manifestatur  Spiritus  ad 
utilitatem.  Etquanquam  alii  quidem  dctur  sermo  sapien- 
tial, alii  gratia  curationum,  alii  genera  linguarum,  alii 

25 


o86 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


11  y  a  encore 

une  autre 

introduction 

dans  lo 

cellier  an 

vin. 


II  y  a  deux 
extases  dans 
la  contem- 
plation. 


Le  zele  sans 
la  science  ct 
le  discerne- 

ment  est 

some   '  nui- 

5ibte. 


science,  celui-ci  le  don  de  prophetic,  celui-la  le  don 
des  miracles,  des  langues  on  de  I'interpretation  des 
Ecritures  tt  autres  semblables  dons,  ils  ne  peuvent 
pas  due  neanmoins  qu'ils  out  etc  introduits  dans  le 
cellier  an  vin;  parce  que  ces  graces-la  viennent 
d'autres  celliers  ou  d'autres  tresors. 

U-  Mais  si  quelqu'un  dans  1'oraison  oblient  la 
grace  d'etre  comnie  ravi  hors  de  lui-meme  dans  le 
secret  de  la  divinity,  d'ou  il  revienl  bient61  apres 
embrase  d'un  ardent  amour  de  Dieu,  entlamme  du 
zele  de  la  justice  et  rempli  dune  extreme  ferveur 
pour  tous  les  exercices  spirituels,  en  sorte  qu'il 
puisse  dire  :  «  Mon  coeur  s'est  echauffe  en  moi- 
meme,  et  le  feu  qui  me  devore  s'allume  encore  da- 
vantage  dans  mes  meditations  [Psal.  xxxvm,  k),  » 
evidemment  il  aura  raison  de  dire  qu'il  est  entre 
dans  le  cellier  au  vin,  lorsque,  dans  l'exces  de  son 
amour,  il  se  mettra  a  exhaler  les  ell'els  de  cette  sa- 
lutaire  et  bienbeureuse  ivresse.  Car,  v  ayant  deux 
extases  dans  la  contemplation,  l'une  de  l'esprit  et 
l'autre  du  coeur,  l'une  qui  se  fait  par  la  lumiere  de 
l'entendement,  et  l'autre  par  la  ferveur  de  la  vo- 
loute:  l'une  par  la  connaissance,  et  l'autre  par  l'a- 
mour;  les  pieux  desirs,  les  mouvements  enll  mimes 
du  coeur,  l'infusion  d'une  devotion  sainte,  le  zele 
ardent  de  l'esprit,  ne  peuvent  sorlir  d'ailleurs  que 
du  cellier  au  vin,  et  celui  qui  se  leve  de  1'oraison, 
rempli  de  l'abondance  de  sss  graces,  peut  dire  avec 
verite  que  le  Roi  l'a  fait  entrer  dans  ce  cel- 
lier. 

5.  L'Epouse  dit  ensuite  :  «  II  a  regie  en  moi  la 
charite.  »  11  etait  sans  doute  biennecessaire  qu'il  le 
fit,  puisque  le  zele  est  insupportable  sans  la  science; 
la  surtout,  ou  le  zele    est  grand,  la  discretion  est 


ne  -iin.  pareeque  c'est  elle  quiregle  et  ordonue 
I'amour.  Le  zele  sans  la  science  est  toujours  moins 
eflicace  et  moins  utile,  mais  souvent  il  est  tres 
dangereux.  Plus  done,  le  zele  est  fervent,  l'esprit 
vehement,  la  charite  abo  dante,  plus  il  est  b^soin 
.l'une  science  qui  veille  sans  cesse,  pour  moderer  le 
zele,  temperer  la  chaleur  de  l'esprit,  reglerl'amour. 
C'esl  pourquoi,  de  penr  que  lesjeunes  lilies  ne 
redoutent  l'Epouse,  comme  excessive  et  insuppor- 
table, a  cause  de  I'impetuosiW  d'esprit ,  qu'elle 
semble  avoir  rapportee  du  cellier  an  vin, elle ajoute 

qu'elle    a     uissi    reeii    le    dis  ■eni'Min  nl.  •  '. -t-.'i-dire  Le  discerne- 

1'ordre  de   I'amour.  Car  c'est  le  discernement  aui  tmeal  ^e^ 

*       les   verlus  et 

domic  1'ordre  a  toutes  les  vertus,  et  1'ordre  produit  i>. 
la  grace  et  la  beaute,  et  meme  1 1  duree  des  choses. 
C'esl  ce  qui  fait  dire  au  Prophete  :  «  Lejour 
persevere  par  voire  ordre  Psal.  cxvui,  91),  »  appe- 
lant jour  la  vertu.  I.e  discernement  n'est  done  pas 
taut  une  vertu  parliculiere,  que  le  conducteur  et  le 
l  iteur  de  toutes  les  veitus,  qui  oidonne  les 
affections,  et  regie  toute  la  conduite  de  la  vie.  Sans 
elle  la  vertu  deixeuere  en  vice,  et  I'amour  meme 
naturel,  se  change  en  des  passions  qui  detruisent 
la  nature.  «  II  a  ordonne  en  moi  la  charite.  »  Cela 
est  arrive  dans  1'Eglise  ;  Jesus-Christ  a  donne,  aux 
uns,  le  ministere  d'ap6tres,  aux  autres,  celui  de 
prophetes,  d'evangelistes,  de  pasteurs  el  de  doc- 
teurs,  pour  la  consommation  des  saints.  Or,  il  faut 
qu'une  meme  charite  les  lie  tous  ensemble  dans 
I'm. it  >  du  corps  de  Jesus-Christ.  Ce  qui  ne  se  pourra 
jamais  faire,  si  cette  charite  n'est  ordonnee.  Car  si 
chacun,  se  laissant  emporter  a  la  chaleur  et  a  l'iin- 
petuosite  de  son  esprit,  voulait  faire  iudilleremment 
tout  ce  qui  lui  vient  a  l'esprit,  suivant  plutot  son 


interpretatio  sernionum,  aliaque  aiiis  his  similia  :  non 
tamct)  quis  horum  pro  liujusmodi  dicere  poterit,  quod 
introductus  fuerit  in  cellaiu  vinariain.  El  aliis  quipps 
cellis  sive  thesauris  ista  sumuntur. 

4.  Sed  si  quis  orando  obtineat  meite  excedure  in  id 
divini  arcani,  unde  mux  rcdeat  divino  amore  vehemen- 
tissime  flagrans,  et  aestuans  justiliie  zelo,  necnon  et  in 
cunctis  spiritualibus  studiis  atque  officiis  perni.nium  fier- 
vens,  ita  ut  possit  dicere,  Concaluit  cor  meant  intra  m  •, 
et  in  medilalionibus  meis  exardescil  ignis  :  is  plane,  cum 
ex  charitatis  abunduntia  bonam  et  salutarem  v;ni  lmlilia? 
ructare  crapulam  cceperit,  in  callain  non  immerilo  per- 
hibebitur  vinariam  inlroisse.  Cum  enim  duo  sint  beats 
conteniplalionis  excessus,  in  intelleclu  unus,  et  alter  in 
fervore  ;  unus  in  agnilione,  alter  in  devotione  :  pius  sa- 
ne affectus,  et  pectus  amore  caleas,  et  sanct*  devotionia 
infusio,  eliam  et  vehemens  spiritus  rcpletus  zelo,  non 
plane  aliunde,  quam  e  cclla  rinaria  rcporlanlur  :  ct 
cuicumque  cum  borum  copia  surgcre  ab  oralione  donatur, 
potest  in  veritate  loqui  :  quia  itrfruduxtl  me  rex  in  cellum 
vinariam. 

5  Sequitur  :  Ordmavit  in  me  charitatem.  Omnino  ne- 
cessarie.  Importabilis  siquidem  absque  scientia  est  ze- 
lus. Ubi  ergo  vehemens  aemulatio,  ibi  maxime  discrete 


est  necessaria,  qua;  est  ordinatio  charitatis.  Semper  qui- 
dem  zelus  absque  scientia  minus  eflicax,  minusque  utilis 
efiicax,  minusque  ulilis  invenitur;  plciumqne  autem  et 
perniciosus  valde  sentitur.  Quo  igitur  zelus  fervidior,  ac 
vehementior  spirilus,  profusiorque  charitas;  eo  vigilantiori 
opus  scientia  est,  qua'  zelum  supprimat,  spiiiluui  leaipe 
ret,  ordinel  charitatem   Proinde  -  quam  nimia 

el  importabilis  pro  inipelu  spir.lus ,  queui  e  cella 
videtur  vinaria  rcportasse,  prseserlim  ab  adolesccnlulis 
Sponsa  timeatur;  jiaiyit  quod  discretionis  est  cli^m  sepa- 
riter  accepisse,  id  esl  ordinem  charitatis.  Discretio  quippe 
oinni  virtuU  ordinem  po.iit,  ordo  modum  tribuit  et  de- 
coieui,  eliam  et  perpem  t  item.  Ueniqueait  :  Ordinatione 
tun  perseverat  dies,  diem  virtutcm  appeilans.  Esl  ergo 
discretio  non  tarn  virtus,  quam  qua'dum  moderalrix  et 
auriga  virtulum,  ordinatriz  que  atroctuuai,  et  morum 
doctrix.  Tolle  tunc,  el  virtus  vitium  ei il ,  ipsaque  allectio 
natutalis  in  perluibalionem  mugis  conveiletur,  cxter- 
miniumquc  naturae.  Ordtnaoit  m  me  charitatem.  1-a.tum 
cstaulem  hoc,  cum  in  Ecclesia  quosdaiu  quidem  dedit 
apostolos,  quondam  auleui  pruphetas,  alios  vero  evan- 
gelislus,  alius  pastores  et  doctuies  ad  consummalionem 
sanctorum.  Oporlet  autem  ut  hos  una  omues  charitas 
liget,  et  contemperet  in  unitatem  corporis  Chrisii  :  quod 


QUARAINTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


Comment  la 

sharile    sera 

bien 

ordonnee 

dans  un 

prSlat. 


II  arrive 
quelquefois 

que  nous 
devons  p  1  ti  =; 
nous  rejouir 

du  bicri 
i'auirui  que 

du  ndtre. 
Voir  le  ser- 
qoq    suivant 

a.  5  et  6. 


propre  moiivement,  que  le  dietamen  tie  la  raison  , 
il  est  clair  que  ce  ne  serait  plus  une  unite,  mais 
une  confusion  et  un  desordre,  puisque  personne, 
ne  se  contentant  tlu  ministere  qui  lui  est  confle, 
empieterait  sur  celui  des  autres,  par  une  teinerite 
indiscrete. 

6.  «  II  a  ordonne  en  moi  la  charite.  »  Plut  a  Dieu 
que  le  Seigneur  Jesus,  voulut  aussi,  pat'  la  grace, 
ordonner  en  moi  le  peu  de  charite  qu'il  y  a  mise, 
afln  que  j'eusse  tellement  sora  de  tout  ee  qui  le 
regarde,  que  je  veillasse  neanmoins  principalement, 
et  avant  touted  choses,  a  m'acquitter  de  ce  que  je  dois, 
mais  en  sovte  pourtant  que  jefusse  encore  plustou- 
che  tie  beaucoup  de  choses  qui  ne  me  concernent 
pas  an  rnemedegre.  Car  il  ne  fautpas  toujours  ai- 
mer davantage  les  choses  dont  nous  devons  avoir 
plus  <le  soin,  puisque  souvent  elles  sont  moins  uti- 
les que  d'autres.  Ainsi  il  est  arrive  bien  des  fois, 
que  la  chose  que  nous  preferons  a  une  autre  a 
qu'on  nous  commande,  doit  passer  apres  elle,  au 
jugement  de  la  raison,  que  l'ordre  de  la  charite 
veuille  qu'on  embrasse  ava  ,t  tout,  ce  que  la  charite 
juge  devoir  etre  prefere  a  tout.  Par  exemple  n'ai-je 
pas  recti  le  soin  de  veiller  sur  vous  tons. Tout  ce  que 
je  prefererais  a  ce  soin,  et  qui  m'empechera  tie 
m'acquitter  de  ce  devoir  avec  toute  l'exactitude 
queje  puis,  scion  mes  forces,  quand  meme  je  le 
ferais  par   un   motif  de   charite,  ne  serait-ce  point 


a  Telle  est  la  Iccon  de  toutes  les  editions  que  nous  avons  en- 
treles  mains,  et  des  premieres  editions  en  general.  Les  editions 
poslerienres,  ajoutcnt  a  ccs  n  cits  :  »  Au  jugement  de  Dieu,  . 
et  Ilorstius  a  lu  d'une  autre  maniere  que  voici  :  «  Par  consequent 
ee  que  la  verite  prgfere,  passe  avyut,  au  jugement  de,  etc,  >■ 


387 

conforme  neanmoins  a.  la  raison  de  l'ordre?  Si  je 
m'applique  a  cet  emploi  de  preference  a  tout  autre, 
comme  je  le  dois,  et  queje  ne  me  rejouisse  pas  plus 
des  avantages  de  Dieu,  que  je  verrai  peut-etre 
un  autre  procurer,  il  est  clair  que  je  garde  en 
partie  l'ordre  de  la  charite,  mais  que  je  ne  le  garde 
pas  en  tout.  Mais  sije  m'occupe  principalement  a 
ce  dont  je  suis  principalement  charge,  et  que  d'ail- 
leurs  je  ne  laisse  pas  d'etre  plus  touche  des  choses 
qui  sont  plus  grandes  que  celles  que  je  fais,  il  est 
hors  de  doute  que  je  conserve  entierement  l'ordre 
de  la  charite,  et  qu'il  n'y  arien  qui  m'empecbe  de 
dire  :  «  il  a  ordonne  la  charite  en  moi.  » 

7.  Si  vous  dites  qu'il  est  difficile  qu'on  se  re- 
jouisse plus  d'un  grand  bien  que  fait  un  autre, 
que  d'un  petit  bien  que  Ton  fait  soi-meme,  cela 
nous  fera  connaitre  encore  plus  l'excellenqe  de  la 
grace,  qu'a  recue  l'Epouse,  et  que  toute  ame  ne 
petit  pas  dire  comme  elle  ■  «  II  a  ordonne  en  moi 
la  charite.  »  Pourquoi  ce  discours  semble-t-il  en 
abattre  quelques-uns  d'entrevous  ?  Carcesprofonds 
soupirs  sont  une  marque  de  la  tristesse  de  l'ame  et 
de  l'abattement  de  la  conscience.  C'est  que,  en 
faisant  reflexion  sur  nous-rnemes,  nous  sentons 
par  notre  propre  experience,  combien  c'est  une 
verlu  rare  de  ne  point  porter  envie  a  la  vertu  d'au- 
trui,  bien  loin  des'en  rejouir,  bien  loin  desentiraug-  iiea"  dreesn  g"re 
menternotrejoieaproportionquenous  voyons  qu'un  '  envieui. 
autre  augmente  ses  bonnes  ceuvres,  et  nous  sur- 
passe  en  merites.  11  y  a  encore  un  peu  de  lumiere 
en  nous,  mes  freres,  si  du  moins  nous  avons  ces 
sentiments.  Marchons,  tandis  que  nous  avons  en- 
core de   la  lumiere,  de   peur  que  les  tenebres   ne 


C'est  une 

vertu  bieu 

rare  de  se 

rejouir  de  la 

vertu  des 


niinime  omnino  facere  potcrit,  si  ipsa  non  fuerit  ordi- 
nata.  Nam  si  suo  quisque  feratur  impetu  secundum 
spirilum  quern  accepit,  et  ad  quseque  volel  indilTerenlcr, 
pront  assignalo,  et  non  rationis  judicio  convolarit;  dum 
sibi  assignato  officio  nemo  conlentus  eril,  sed  omnes 
omnia  indiscreta  administratione  pariter  altentabunt,  non 
plane  unitas  erit,  sed  magis  confusio. 

0.  Ordinoaiit  in  me  charilatem.  Ulinam  et  in  me  Do- 
minus  Jesus  tantillum  ordinet  cliarilalis  quod  dedit,  ut 
sic  mihi  cur:e  sint  universa  quae  sunt  ipsius,  ul  lamen 
quod  mei  potissimum  propositi  sett  officii  esse  conslite- 
ril,  ante  omnia  curcm  :  sed  sane  ita  id  prius,  ut  tamen 
ad  mulla,  quae  mihi  specialiter non  atlinent,  afficiar  am- 
plius.  Non  enim  semper  quod  prius  curandum,  id  etiam 
diligendum  amplius  erit  :  cum  sa?pe  quod  prius  est  ad 
solliciludinem,  minus  sit  ad  ulililalem,  ac  per  hoc 
minus  esse  oporfeat  et  in  alTcctu.  Frequenter  proinde 
quod  pro  injunto  pra>ponitur,  de  judicio  posthabetur  :  et 
quod  Veritas  judicat  praeponendum,  id  carius  amplec- 
tendum  ordo  poslulat  charilatis.  Nonne,  verbi  gratia,  ex 
injunclo  incumbit  mihi  cura  omnium  vestrum?  Jam 
quidquid  huic  forte  praetulero  operi,  quominus  ipsi  in- 
vigilem  digne  et  utiliter  pro  viribus  exequendo,  etsi  ex 
cnaritate  fortassis  id  facere  videar,  ordinis  tamen  ratio  non 
consentit.  Quod    si  ante   omnia  quidem  (ut  debeo)  hnic 


inlendo  curas,  non  aulem  magis  ad  majora  gaudeo  Dei 
litcra,  quae  per  alteram  fieri  forte  comperero  ;  patet  me 
ordinem  charitalis  ex  parte  tenere,  ex  parte  nequaquam. 
Si  vero  me  et  ad  id  amplius,  quod  specialius  in- 
cumbit, sollicitum,  et  nihilominus  ad  illttd,  quod  ma- 
jus  est,  magis  afleclum  exhibeam ;  utrobique  profecto 
invenior  cliarilalis  ordinem  assecutus,  et  non  est  cur 
dicere  non  possim  etiam  ipse,  quia  Ordinavil  in  me 
charitatem. 

7.  Si  autem  dicas  difficile  quemquatn  plus  alieno 
gaudere  magno  bono,  quant  proprio  parvo  :  advertes 
certe  vel  ex  hoc  excellentiam  gratias  apud  Sponsam,  et 
quoniam  *  non  euilibet  animae  dicere  sil,  quia  ordinaoit 
in  me  charitatem.  Quare  facies  deciderunt  quorumdam 
vestrum  modo  ad  hunc  sermonem  ?  Nam  alta  suspiria 
tesianlur  tristitiam  animorum,  conscienliarumque  dc- 
jectionem.  Nimirum  metienles  nosmelipsos  nobis,  sen- 
timus  aliqui  nostrum  pro  nostrae  imperfectionis  expe- 
rientia,  quam  rara  virtus  sit  alienae  nedum  gaudere  ad 
illam,  nedum  etiam  tanlo  plus  quam  ad  propriam  qucm- 
que  gratulari,  quanto  se  perpenderit  in  virtutesuperatum. 
Adhuc  modicum  lumen  in  nobis  est,  fratres,  quotquot 
de  nobis  ita  sentimus.  Am.bulern.us  dum  lucem  habemus, 
ne  tenebrm  nos  comprehendant.  Ambulare,  proficere  est. 
Ambulabat  Apostolus,  qui    dicehat    :    Non    arbitror  me 


'  al.  quam. 


388 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


nous  surprennent  [Joan.xu,  31).  Marcher,  c'est  faire  ner.  Settlement  o'en  demeurez  pas  la,  en  formantde 

des  progress.   L'Ap6tre   marchaii  lorsqu'il  disait:  mauvais  desseins  dans  votre  coeur,  et  en  peasant 

«  Je  ne  crois  pas  toe  arrive  a  la  perfection,  et  qu'il  aus  moyensa  fomenter  voire  maladie,  de  salis- 

ajoutait  :  maisj'ai  une  chose,  c'est  que,   oubliant  faire  a  cette  pertede  1'ame,  de  persecutor  un  in- 


ce  qui  est  derriere,  je  m'avance  vers  ce  qui  est 
devant  moi.  »  Que  veut-il  dire  par  ces  mots  :  a  J'ai 
une  chose '?  »  C'est-a-dire  il  me  resle  une  chose 
qui  est  un  remede,  une  esperancc  et  une  conso- 
lation. Et  quelle  est  cette  chose  ?  «  Je  m'a- 
yance  vers   de   ee   qui  est  devant    moi.  »   Certes 


nocent  en  calomniant  ses  actions,  en  les  rabaissant, 
en  les  corrompant,  et  ne  l'empechez  pas  de  faire  de 
bonnes  ceuvres.  Car  cetle  jalousie,  lorsqu'on  y  re- 
siste,  ne  nuit  point  a  celui  qui  marche  et  qui  s'a- 
vance  vers  un  etat  plus  parfait,  parce  que  ce  n'est 
pas  lui  qui  agit  par  ce  mouvement,  mais  le  pectuS 


Ceux  qui  out 

le  desir  do 

faire  des  pro- 

gres  sent 

sauves. 


Ce  n'est  pas 

le  sentiment 

mail  le  con- 

sentement 

qui  fait  lc 

peche. 


c'est  un  grand  sujet  de  confiance,  pour  nous  que  ce  qui  habite  en  lui  I  Rom.  vi,  QO).  La  damnation  n'est 

vase   d'election  disc  qu'il   n'est  pas  parfait,  mais  done  point  preparee  pour  celni  qui  ne  fait  pas  ser- 

qu'il  profile.  I.e  danger  c'est  done  d'etre    surpris  vir  ses  membres  a  l'iniquite,  ni  sa  langue  a  la  m6- 

par  les  tenebres  de   lamort,   non  pas  en  marche,  disauce,  ni  quelqu'autre  partie  de  son  corps  a  nuire 

mais  assis.   Or,  quel   est  celui   qui  est  assis,  sinon  et   a   faire   du    tort   a   son  prochain   en   quelque 

celui   qui  ne   se  soucie    pas  d'avancer  ?  Donnez-  maniere  que  ce  soit,  et  qui  au  contraire  rougit  d'e- 

vous  garde  de  cet  etat,  et  quandvous  serez  prevent!  tre    dans  cette  disposition,  et  lache  par  sa   confes- 

de  la  mort,  vous  irez  dans  un  lieu  de  rafraichisse-  sion,  par  ses  larmes,  par  sesprieres,  de  detruire  un 

ment.  Vous  direz  a  Dieu  :  «  Vos  yeux  ont  vu   mes  rice  auquelil  est  sujet  depuis  si  longtemps,  s'il  n'en 

faiblesses  et  mes  imperfections,  et  cependant  dit  le  peut   venir  a  bout  il  en  est  plus  douz  envers  tous, 

Prophete,  tous  sont  ecrits  dans  voire  livre  (Psal.  et  plus  humble  en  lui-meme.  Qui  est  l'homme  sage 

exxxvin,    16).  »  Qui,  tous?  Sans   doute  cenx  qui  qui  voudrait  condamner   une  personne  qui  a   ap- 

sont  trouves  dans  un  desir  veritable,  de   s'avancer  pris   du  Seigneur  a  etre  doux  et  humble  de  coeur 

dans  la  vertu.  Car  il  y  a  ensuite  :  «  Les  jours  seront  [Matth.  xi.  2'J)  ?  A  Dieu  ne  plaise  que  celui-la   soit 

formes,  et  nul  d'entre  eux,  »  il  faut  sous  entendre,  exclu    du    saint   quand   il   imite    le  Sauveur    et 


ne  perira.  Entendez  par  les  jours ,  ceux  qui 
profitent,  et  qui,  s'ils  sont  prevenus  de  la  mort, 
recevront  la  perfection  de  ce  qui  leur  manque.  lis 
sont  formes  et  nul  d'entre  eux  ne  demeurera  sans 
etre  entierementperfectionne. 

8.  Et  dites-nous  comment  puis-je  profiter  quand 
je  porte  envie  au  progres  de  mon  frere  ?  Si  vous 
etes  fuche  de  lui  porter  envie  vous  sentez  votre 
mal,  mais  vous  n'y  consentez  pas.  C'est  une  passion 
qu'il  faut  guerir  non  point  une  action  a   condam- 


l'epoux  de  l'Eglise,  qui  etant   Dieu    est  au  dessus 
de,  toutes  choses  et  beni  a  jamais.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  L. 

Deux  sur/cs  de  char  Ms,  laffeclive  et  I'actuelle.   De 
I'ordre  de  ces  deux  chariUs. 

1.  Vous  vous  attendez  peut-etre,  mesfreres,  a.  ce 
que  je  vais  traiter  ce  qui  suit  dans  le  cantique   en 


comprehendisse.  Et  addit  :  Unum  autem,  qua  retro  sunt 
obliviscens,  ad  ea  quo:  ante  sunt,  me  extendo.  Quid  est* 
unum  auteml  Unum  autem,  inquit,  quasi  remansit  mini 
ad  remedium,  ad  spem,  ad  consolalionem.  Quid  illud? 
Quceretro  sunt  videlicet  obliviscens,  ad  ea  guce  ante  sunt 
>ne  extendo.  Magna  (Iducia  !  quod  magnum  electionis 
vas  perfeelum  abnuens,  profeclum  fatetur.  Ergo  non 
ambulantem,  sed  sedentem  a  mortis  tencbris  compre- 
liendi  periculum  est.  Kl  quis  sedens,  nisi  qui  non  curat 
proficere?  Id  cavelo  :  et  si  morlc  praeoci  upatus  rueris, 
in  refrigerio  cris.  Dice9  Deo  :  Imperfectum  meum  vide- 
runt  oruti  tin.  et  hi  lil, m  tun  nihiloniinus,  inquit,  omnes 
scribentur.  Qui  omnes?  Profeclo  qui  in  desiderio  proli- 
ciendi  invenluntur.  Sequitur  enim  :  Dies  formabuntur, 
et  nemoin  eis,  subaudis  peribit.  Dies  proflcientes  intel- 
lige,  qui  si  motte  piasoecupali  fuerint,  in  co  quod  eis 
deest  perlieiendi  sunt.  Formabuntur,  et  nemo  in  eis 
inforois  relinquelur. 

8.  Et  quomodo,  ais,  ego  proficere  possum,  qui  fratri 
proficicnti  invideo  ?  Si  doles  quod  invides,  senlis,  sed 
non  consenlis.  Passio  esl,  quandoque  sananda,  non  aclio 
condemnanda.  Tantum  non  illic  resideas,  iniquilatem 
meditans  in  cubili  tuo,  qualiter  videlicet  foveas  morbum, 
satisfacias  pesti,  nersequaris  insontem,  bene  ab  illogesta 


calumniando,  deprimendo,  pervertendo,  atquc  impe- 
diendo  gerenda.  Alioquin  non  nocel  ambulanli  ctcxlen- 
denlisead  meliora,  quod  jam  non  ipse  operalur,sed  quod 
habitat  in  eo  peccatum.  Non  esl  ergo  dumnalio  illi,  qui 
non  dat  membra  sua  arma  iniquilati,  non  linguam  ad 
detrahendum,  non  quidquam  reliqui  corporis  ;id 
Isdendum  nocendumve  aliquo  modo  :  magis  autem 
confunditur  sir  se  esse  male  affectum  :  et  inolitum  ex 
longo  vitium  conlitendo,  flendo,  urando  conatur  expel- 
lerej  el  cum  non  piaivalel,  mitior  inde  ad  omnes, 
alque  apud  se  humilior  invenilur.  Quis  sanuin  sapiens 
homioem  damnet ,  qui  a  Domino  didicit  mills  esse, 
et  bumilis  corde?  Absit  ut  iaveniatur  expera  salutis 
imitator  Salvatoris,  sponsi  Ecclesia?  Domini  noslriJesu- 
Christi,  qui  est  super  omnia  Deus  beuedictus  in  saxula. 
Amen. 

SERMO  L. 

De  duplici  charitate,  scilicet  actuali  et  aff'ectuali ;  et  ejus 
ordinatione. 

i.  Vos  for9itan  exspectatis  tractari  sequcntia,  explici- 
tum    putantes    versiculum,   qui    novissime   tractabatur, 


II  y  a  deux 

sortes  de 
charites  1'une 

en  action  et 
l'autre  en 
affection. 


CINQUANTIEME  SERMOX  SUR 

pensant  que  le  verset  qui  fut  le  sujet  de  mon  der- 
nier discours  est  entierement  explique.  Mais  j'ai  un 
autre  dessein,  c'est  de  vous  servir  les  restes  <lu  fes- 
tin  d'hier  que  j"avais  recueilli  pour  ruoi,  de  peur 
qu'ils  ne  se  perdissent,  mais  its  seront  perdus  si  je 
ne  les  sera  a  ])ersonne  ;  car  si  je  veux  les  garder 
pour  moi  sen],  je  perirai  moi-meme.  Je  ne  veux 
done  vous  fruslrer  de  ees  mets  spiriluels  dont  je 
sais  que  vous  etes  rxlremement  affames,  comme  ce 
sont  les  restes  du  banquet  de  la  charite,  ils  sont 
d'aut  nit  plus  doux  qu'iis  sont  plus  delicats,  et  d'au- 
tant  plus  faeiles  a  savourer  qu'ils  sont  mis  en  plu- 
sieurs  menus  morceaux,  autrement  ce  serait  trop 
aller  contra  la  charite  que  de  vous  priver  meme  de 
ce  qui  touehe  a  la  charite.  Voici  done  oil  j'en  suis  a 
demeure.  «  II  a  ordonne  en  moi  la  charite  :  » 

2.  II  y  a  line  charite  qui  consiste  dans  Taction  et 
une  autre  qui  est  dans  l'aflection.  Et  je  crois  que 
c'est  au  sujet  de  la  premiere  qu'une  loi  a  ete  don- 
nee  aux  hommes,  et  qu'il  a  ete  fait  un  commande- 
ment.  Car  qui  peut  avoir  l'autre  dans  la  perfection 
que  desire  ce  precepte  ?  On  ordonne  done  celle-la 
comme  un  sujet  de  merite,  et  l'on  donne  celle-ci 
comme  une  recompense.  Xous  ne  iiions  pas  pour- 
tant  qu'avee  la  grace  de  Dieu  on  ne  puisse  avoir  en 
cette  vie  le  commencement  et  le  progres  de  la  der- 
niere,  mais  nous  soutenons  que  la  perfection  en 
est  reservee  a  la  felieite  a  venir.  Comment  done 
aurait-on  commande  celle  qui  n'aurait  pu  s'accom- 
plir  ?   ou  bien,  si  vous  aimez  mieux  croire  que   le 

3  La  pensee  de  saint  Bernard  est  que  le  precepte  de  la  cha- 
rite tombe  plutot  sur  l'acte  que  sur  le  sentiment;  mais,  par 
1'amour  affectif,  il  entend  cet  amour  parfait  qui  ne  convient 
qu'aux  saints  et  aui  parfaits.  Quant  a  la  charity  actuelle,  qui  ne 
se  renferme  pas  dans  le  simple  sentiment,  mais  qui  se  montre 
par  des  actes,  il  ne  l'entend  pas  en  ce  sens  qu'elle  eiclue  la 
charite  interieure.  -  Je  ne  dis  pas  que  nous  devions  etre  sans 
la  charite  affective,  a  dit-il  plus  loin,  n.  i,  an  contraire.  II  faut 


LE  CAXTIQUE  DES  CAXTIQUES. 


ci89 


precepte  a  ete  aussi  donne  touchant  la  charite  af-    La  charite 

fective,  je  ne  vous  le  contesterai  point,  pourvu  que   affective  ne 

vous  m'aceordiez  aussi  qu'il  ne  peut  etie  accompli    acomplie 

en  cette  vie  par  qui  que  ce  soit.  Car  qui  osera  s'attri-  en^ette^ie! 

buer   une   chose,  a  laquelle  saint   Paul   lui-meme 

avoue  n'etre  point  arrive  ?  (PhUip.  m,  13)'?  Ce  u'est 

pas   que  le  souverain  Maitre  ignor&t  que   l'accom- 

plissement  de  ce  pretexte   excedait  le  pouvoir   des 

hommes,  mais  il  a  juge  utile  de  les  avertir  par-la 

de  leur  faiblesse,  afin  qu'ils  comptassent  jusqu'a  quel 

degre  de  justice  ils  doivent  tendre  selon  Ieurs  forces. 

En  commandant  done  deschoses  impossibles,  il  n'a 

pas  rendu  les  hommes  prevaricateurs,  inais  humbles, 

e'etaii  alin    d'abattre    tout  orgueil,  et  que  tout  le 

monde  fut  assujetti  a  Dieu,  parce  que  nul  ne  sera 

Justine  par  les  ceuvres  de  la  loi  (Rom.  irr,  20).   Car 

en  recevant  le  commandement  que  nous  nous  sen- 

tions  incapables  d'accomplir,  nous  crierons  vers  le 

ciel  et  Dieu  aura  compassion  de  nous :  et  nous  sau- 

rons,  ce  jour-la,  qu'il  nous  a  sauves,  non  par  les 

ceuvres  de  justice  que  nous  faisons  de  nous-memes, 

mais  par  l'etendue  de  sa  seule   misericorde  (2  Tim. 

in,  5). 

3.  Voiia  ce  qu'il  faudrait  dire  si  nous  demeurions 
d'accord  que  la  charite  affective  eut  ete  comman- 
dee,  mais  il  sernble  que  cela  convienne  plutot  a 
l'actuelle  B  surtout  le  Seigneur,  apres   avoir  dit  :  Le  precepte 
«  Aimez   vos   ennemis,    »    ajoutant    aussit6t   une.fo'mbe'pfu"** 
chose  qui  regarde  les  ceuvres  :  «  Faites  du  bien  a   ?u,r  la.  clj?' 
ceux  qui  vous  haissent  (Lac.  vi,  27) ;  »  l'Ecriture  dit 

que  la  charite  acluelle  renferme  la  charite  affective,  «  elle  pent 
bien  ne  pas  encore  rechauffer  Tame  des  douceurs  de  1'amour  af- 
fectif, cependant  elle  contribue  beaucoup  a  l'enflammer  par  1'a- 
mour de  I'araour  meme.  »  Or,  e'est  la  precisement  1'amour  in- 
terne a  dont  la  charite  actuelle  se  contente,  n.  6.  »  On  peut  re- 
lire  a  ce  sujet  l'avis  place  en  tete  do  trait6  de  V Amour  de 
Dieu,  tome  II. 


Verum  ego  aliud  molior  :  babeo  enim  quod  adhuc  vobis 
apponam  tie  fragmentis  hesterni  convivii,  qu;e  mihi  col- 
leg«  ram  ne  perirent.  Peribunt  auteai,  si  nulli  apposaero  : 
nam  si  volaero  ea  habere  solus,  ipse  peribo.  Nolo 
pvoinde  vestram  illis,  qtiam  bene  novi,  fraudare  inglu- 
viem  :  praesertim  cum  sintde  ferculocharilatis,eodulcia, 
quo  subtilia  :  eo  sapida,  quo  minula.  Alioquin  contra 
eharitatem  esl  valde  nimis  de  ipsa  charitate  fraudare. 
Itaque  hie  sum  :  Ordina  haritatem. 

2.  Est  charitas  in  aclu,  e^t  et  in  affecfu.  El  de  ilia 
quidem  quae  operis  est,  puto  dalam  esse  legem  homini- 
)iii~,  mandatunique  formatum.  Nam  in  affectu  quis  Ha 
habeat,  ut  mandatur?  Ergo  ilia  mandatur  ad  meritum, 
isla  in  pr<emium  dalur.  Cujus  inilium  quidem,  profec- 
[ue  vitam  quoque  praesentem  experiii  divina  posse 
nus  :  sed  plane  consummationera  defen- 
dimus  futurae  felieilali.  Quomodo  ergo  jubenda  fait,  quae 
implenda  nullo  modo  erat?  Aut  si  placet  tibi  magis  de 
a(Tectuali  datum  fuisse  mandatum,  non  inde  contendo, 
dummudo  acquiescas  et  tu  mini,  quod  minime  in  vita 
isla  ab  aliquo  hominum  possit,  vel   potuerit  adimpleri. 


Quis  enim  sibi  arrogare  id  audeat,  quod  se  Paulus  ipse 
fatelur  non  comprehendisse  ?  Nee  latuit  praeceptorem, 
prascepti  pondus  hominum  excedere  vires:  sedjudicavit 
ulile  ex  hoc  ipso  suae  illos  insufficientiae  admoneri,  et  ut 
scirent  sane,  ad  quem  justitiae  (inem  niti  pro  viribus 
oporteret.  Ergo  mandando  impossibilia,  non  pran-arica- 
tores  homines  fecit,  sed  humiles,  utomne  os  obstruatur, 
et  subditus  fiat  omnis  mundus  Deo  :  quia  ex  operibus 
leyis  non  justificabitw  omnis  caro  coram  illo.  Accipientes 
quippe  mandatum,  et  senlientes  defectum,  clamabimus 
in  ccelum,  et  miserebitur  noslri  Deus  :  et  sciemus  in 
ilia  die ,  quia  non  ex  operibus  justiticB  quw  feci- 
mus  nos,  sed  secundum  suarn  misericordiam  salvos  nos 
fecit. 

3.  Atque  hoc  dixerim,  siquidem  consenserimus  affec- 
tualem  legem  fuisse  mandatam.  Sed  acluali  id  potius 
convenire  iade  vel  maxime  apparere  videtur,  quod  cum 
dixisset  Dominus,  diligite  inimicos  vestros,  mox  de  ope- 
ribus infert  :  Benefucitc  his  qui  oderunt  vos.  Hem  Scrip- 
tura  :  S/  esurieiit  immicus  tuus,  ciba  ilium;  si  sitit,  po- 
lum  da  illi.  Et  hie  de  actu  habes,  non  de   affectu.    Sed 


390 


OEUVRES  DE  SAINT  HEUNARD. 


Voir  aui 

notes. 


:  o  Si  votre  ennemi  a  faim,  donnez-lui  a 
maiiger,  s'il  a  soil',  donnez-lui  a  boire,  »  ce  qui 
marque  I'actioD,  aon  1'affection.  Mais  ecoulez  te 
Sauveur  au  sujet  de  l'amoui  qu'on  lui  doit  :  «  Si 
vous  ni'.iiiiR'z.  dit-il,  gardez  mes  ■  paroles  Joan, 
xiv,  15).  »  Vous  voyez  que,  meme  en  cet  endroit,  il 
nous  renvoie  aux  oeuvres,  en  nous  enjoignant  1'ob- 
servation  de  ses  commandements.  Or,  il  aurail  etd 
inutile  qu'il  nous  averllt  de  ['action,  si  la  charite  se 
fut  deja  Irouvee  dans  1'affection.  C'esl  done  ainsi 
qu'on  doit  entendre  le  commandement  qui  nous  est 
fait  d'aimer  notre  prochain  comme  nous-infimes 
[Matt,  xxii,  29),  quoique  cela  ne  soil  pas  exprime 
aussi  clairement  quo  jo  lo  dis.  Cur.  ne  Irouvez-vous 
pas  qu'il  suflit,  pour  accomplir  le  precepte  de  l'a- 
mour  du  prochain,  d'observer  parfaitement  ce  que 
la  loi  naturelle  elle-meme  a  prescrit  a  tout  horame 
en  ces  termes  :  «  Co  quo  vous  no  voulez  point  qu'on 
vous  fasse,  ne  le  faitos  point  a  autrui  {Malik,  vu, 
12),  »  et :  «  Tout  ce  que  vous  desirez  qu'on  vous 
fasse,  faites-le  vous-memes  aux  autres?  » 

h.  Je  ne  dis  pas  cela  en  ce  sens  que  nous  devions 
etre  sans  affection,  el  qu'ayant  le  cceur  secetaride, 
nous  reruuions  seulement  los  mains  pour  Taction. 
Car,  entre  tous  los  grands  maux  que,  solon  l'Ap&lre , 
les  honimos  font,  j'ai  hi  quo  e'en  osl  un  quo  d'etre 
sans  affection  (Rum.  i,  31).  Mais  il  y  anno  affection 
que  la  chair  produit,  il  y  en  a  uue  que  la  raison  regie, 
et  il  y  en  a  une  troisieme  que  la  sagesse  assaisonne. 


la  chair, 

celle  de  la 

raison 

*  saceVe  *  a  '  Cependant  on  ne  peut  douter,  .  dil  saint  Bernard  dans  son 
cinquierue  sermon  pour  l'Avi'nt,  n.  2,  «  qu'on  ne  don  les  §  rder 
dans  lo  cour;  et  meme  du  fond  dn  ccrur,  comme  DOtre  saint  le 
dit  fort  bien  a  1'endroit  iudique,  en  sorte  que  ces  paroles  soient 
pour  lame  »  ce  que  les  aliments  sunt  pour  le  corps,  et  passent 
dans  les  sentiments  et  dans  les  mceurs.  » 


I. a  premiere  est  cello  que  l'Apotre  dil.  n'etre  et  ne 
pouvoir  poiul  etre  soumise  a  la  loi  de  Dieu.  La  se- 
conde,  au  contraire,  esl  celle  qu'il  nous  montre 
consentant  a  la  loi  de  Dieu,  parce  qu'elle  est  bonne. 
El  il  n'y  a  point  de  doute  que  ces  deux-lane  soient 
bien  contraires,  puisque  l'une  est  rebelle,  et  l'aulre 
soumise.  Mais  la  troisieme  est  extremement  diffe- 
rente  des  <U\>\  premieres,  elle  goiile  avee  plaisix 
combien  le  Seigneur  est  doux,  elle  bannit  la  pre- 
miere et  recompense  la  seconde.  La  premiere  est 
douce  a  la  verite,  inais  hontcuse;  la  seconde  est 
seche,  mais  forte;  raais  la  troisieme  est  onctueuse 
et  agreable.  C'est  done  la  seconde  qui  produit  los 
ceuvres,  et  elle  a  avec  soi  la  charite,  mais  non  cette 
charite  affective  qui,  assaisonnee  du  sol  de  la  si- 
gesse,  est  pleino  d'une  onction  celeste,  ct  fait  gou- 
ter  a  Time  l'abondance  des  douceurs  qui  se  trou- 
vont  en  Dieu;  mais  plutdt  la  charite  acluolle,  qui 
bien  qu'elle  ne  nous  rassasie  pas  encore  de  cet 
amour  si  doux  et  si  agreable,  ne  laisse  pas  d'al- 
lumer  en  nous  un  violent  amour  pour  cet  amour 
memo.  «  N'aimons  pas,  dit  saint  Jean,  en  paroles 
ni  de  la  langue,  mais  en  ceuvres  et  en  verite 
(I  Joan,  in,  18).  » 

5.  Voyez-vous  avec  quelle  eircouspection  il 
marche  enlre  l'amour  vicieux  et  l'a'mour  affoctif, 
distinguant  egalement  de  l'un  et  de  l'aulre  cette 
charite  actuelle  el  salutaire  ?  II  ne  recoit  point  en 
cet  amour  le  deguisement  d'une  laugue  menteuse, 
et  n'exige  pas  non  plus  le  gout  d'uno  sagesse  af- 
fective :  «  Aimons,  dit-il,  en  ceuvres  et  en  venile;  n 
parce  que  nous  sommes  portes  a  agir,  plutol  par 
l'impulsion  d'une  sorte  ile  verite,  que  par  le  mou- 
vement  de  cette  charite  pleino  de  douceur.  «  II  a 
ordunne  en   moi  la  charite.  »   Laquelle  des  deux 


audi  ilem  Dominion  eliam  de  sui  dilectione  mandan  tent: 
Si  diligiiis  me,  inquit,  sermones  meos  senate.  Atque  hie 
quoque  ad  opera  mittimur  per  injunctum  observantiam 
mandalorum.  Supervacue  aulem  do  opcre  monuisset,  si 
in  afleclione  jam  fuisset  dilcctio.  Sic  te  ergo  necesse  e  I 
el  illud  accipere,  quod  jnberis  diligcrc  prnximum  hntm 
sicut  teipsum,  etsi  non  ita  aperle  expressum  sit.  An  non 
denique  salis  tibi  esse  judices  ad  implendum  islud  de 
proximi  dilectione  mandatum,  si  id  perfecle observes,  in 
quo  oiuni  bomini  recte  do  lege  naturae  praescribitur  : 
Quod  tibi  non  vis  fieri,  alii  ne  feceris?  El  item  illud  : 
Quwcunque  vullis  at  faciani  vobis  homines,  et  vos  facite 
iUis. 

i.  Nequc  hoc  dico,  til.  sine  alTectione  simus,  et  corde 
arido  solas  moveamns  man  us  ad  opera.  Legi  inter  alia, 
qu33  seribit  Apostolus  magna  et  gravis  hominum  mala, 
hoc  quoque  adnumcralum,  sine  affectione  scilicet  esse. 
t  affeclio  quam  caro  gignil  ;  el  est  quam  ratio 
regit,  cl  est  cjiiain  condil  sapien i ia.  Prima  e.-l ,  quam 
Apostolus  legi  I'ei  dicil  non  esse  subjeotam,  nee  esse 
secunda,  quam  perliibet  c  rcgione  consentientem 
legi  iJei,  quoniam  bona  esl  :  nee  dubium  distare  inter 
se  conlentiosam,  et  conaentaneam,  Longe  vero  lertia  ab 


utraque  distat,  quae  el  gustat,  el  sapit  quoniam  suavis 
est  Dominus,  primam  eliminans,  secundam  romunerans. 
Nam  prima  quidein  dulcis  ,  sed  lurpis  ;  secunda 
siooa,  moI  loii'lis  :  ultima  piuguis.  et  suavis  est.  Igitur 
per  secundam  opera  fiunt,  et  in  ipsa  charitas  sedel,  norj 
ilia  affect ualis,  qu  aj  sale  sapientiae  condita  pioguescens 
magnam  menti  imporlat  multitudinem  dulcedinis  Do- 
mini :  sed  quaedam  potit.s  aclualis,  quas  etsi  non- 
dum  dttlci  illo  amore  suaviter  reflcil  ,  amore  lamen 
amoris  ipsius  vehementer  accendit.  Non  diligamus  . 
ail  ,   uerbo,   neque  lingua,   sed  opere  et  veritate, 

.ri.  Vides  quomodo  caule  medius  incedil  inter  viliosum 
alque  affectuosum  amorem,  ab  titroque  pariter  banc 
distinguens  actualem  el  salulil'eram  charitatem  ?  Nee 
linguae  inenlientis  in  liao  dilectione  recipit  actum,  nee 
rursum  aflieientis  exigit  sapientiae  gustum.  Opere,  inquit, 
diligamus  et  veritate  :  i\\\m\  vidclicel  moveamur  ad 
bene  opcrandtim  magis  quodara  vividje  veritatis  impulsu 
quam  sapidae  illius  charitalis  affectu.  Ordinavit  in  me 
charitatem.  Quam  pulas.  baruni  '.'  Utrumque,  sed  iodine 
opposito..  Nam  aclualis  inferiors  praefert,  affeettiaJis  bu- 
periora.  Elenim  in  bene  affecta  mente  non  dubium 
(verbi  causa)  quin  dilectioni   hominis  Dei  dilectio  praa- 


CINQUANTIEME  SERMON  SllR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


391 


pensez-vous  qu'il  ait  ordonnee?  Toutes  les  deux, 
mais  par  un  ordre  contraire.  Car  l'acluelle  prefere 
les  choses  inferieurps,  et  l'affective,  les  superieures. 

Pent-on  pre-  11  n'y  a  point  do  doute,  par  exemple,  qu'un  esprit 
choses  du    bien  sage  ne  prefere  tonjours  l'amour  de  Dieu  a 

prochain  et  celni  de  1'homme,  et  dans  les  hommes  meme,    ies 

les   jnlerets  '  . 

lempureis  plus  parfails  aux  moins  parfaits,  le  ciel  a  la  terre, 
*de  Dieu?3  l'eternite  au  temps,  l'ame  a  la  chair.  Au  contraire. 
dans  une  action  bieit  reglee  on  garde  souvent,  ou 
presque  tonjours,  un  ordre  oppose  a  celui-la.  Car 
nous  sommes  plus  presses  d'assister  le  prochain,  el 
nous  le  faisons  aussi  plus  souvent;  et,  parmi  nos 
frereSj  nous  assistons  avec  plus  d'assiduite  eeux  qui 
sont  plus  murines;  le  droit  de  l'humanile  et  la  ne- 
cessity meme  font  que  nous  nous  appliquons  da- 
vantage  a  la  pais  de  la  terre  qu'a  la  gloire  du  ciel; 
le  soin  des  choses  tern  porelles  ne  nous  perniet  pas 
de  songer  aux  eternelles;  les  langueurs  et  les  ma- 
ladies de  notre  corps  nous  occupent  en  sorte  que 
nous  ne  pensons  presque  point  a  notre  ame ;  et 
enlin,  comme  dit  saint  Paul,  nous  faisons  plus 
d'honneur  a  la  plus  faible  partie  de  nous-memes 
(1  Cor.  xii,  23),  selon  cette  parole  du  Sauveur  : 
«  Les  derniers  seront  les  premiers,  et  les  premiers 
les  derniers  [Malik,  xx,  16). »  Qui  doute  que  l'hom- 
me  en  oraison  s'entretienne  avec  Dieu?  Cepefl- 
dant,  combien  defoisla  charite  nous  oblige-t-elle  a 
quitter,  malgrenous,cesaintexercice,pourceux  qui 
ont  besoin  ou  de  notre  assistance,  ou  de  nos  con- 
seils?  Combien  de  fois  un  saint  repos  cede-t-il  sain- 
tement  au  turnulte  des  affaires?  Combien  de  fois, 

a  Chez  lea  Cislerciens,  oo  suspeadait  jadis  la  celebration  des 
saints  mysteres  pendant  le  temps  de  la  moisson.  Aussi,  Philippe- 
Aueuste,  ayant  ippris  que  chez  les  moines  de  Barbeaux,  «  a  1'6- 
poque  de  la  moisson.  les  reli^ieux  se  rendaient  dans  les  granges 
et  intcrrompaijnt  la  celebration  des  saints  mysteres,  a  I'occasion 
d'interets  temporels,  ■  ordonna  qn'on  celebrerait  desorniais  tous 
les  jours  nne  messe  pour  le  repos  de  Tame  de  sen  p^re,  dans 
cette  abbaye.  On  trouve  les  lettres  palentes  concernant  cette  fon- 
dalion  dans  le  livre  Yf,  des  diplomes,  pages  603.  Quant  a    saint 


sans  faire  mal,  laisse-t-on  la  lecture  pour  vaquer 
au  travail  des  mains?  Combien  de  fois,  pour  adini- 
nistrer  des  choses  terrestres,  nous  abstenons-nous 
tres-justeuitnt  de  celebrer  °  la  messe  meme?  C'est 
un  renversement,  je  l'avoue ;  mais  la  necessite  n'a 
pas  de  loi.  La  charite  actuelle  suit  sou  ordre  et 
commence  par  les  derniers,  selon  le  commaude- 
ment  du  pere  de  famille  [Matt,  xx,  8  .  Au  moins 
agit-elle  avec  bonte  et  avec  justice,  puisqu'elle  ne 
fait  point  acceptiun  des  personnes,  et  ne  considere 
point  le  prix  des  choses,  mais  les  besoins  des 
hommes. 

6.  11  n'en  est  pas  de  meme  de  l'affei'tion,  elle  £a  sagesae 
commence  toujours  par  les  premieres  choses.  Car  r^.s'e  lea 
la  sagesse  donne  a  toutes  choses  la  valeur  qu'elles 
ont  :  ainsi,  par  exemple,  c'est  a  elle  qu'on  doit  que 
ce  qui  de  sa  nature  est  plus  precieux,  raffection 
en  fasse  plus  de  cas,  et  estime  plus  ou  moins  une 
chose  selon  qu'elle  a  plus  ou  moins  de  perfection. 
L'ordre  de  la  charite  actuelle,  c'est  la  verite  qui  le 
fait,  quant  a  l'ordre  de  la  verite,  c'est  la  charite 
affective  qui  se  l'approprie,  car  la  veritable  charite 
consiste  a  donner  davantage  a  ceux  qui  out  plus 
de  besoin,  et  la  verite  charitable,  au  contraire, 
parait  en  gardant  dans  nos  affections  l'ordre  qu'elle 
garde  dans  la  raison  :  si  done  vous  aimez  le  Sei- 
gneur voire  Dieu  de  tout  votre  coeur,  de  toute 
votre  ame,  de  toutes  vos  forces  (Matth.  xxn,  37), 
et  que,  par  l'ardeur  de  votre  affection,  vouselevant ' 
au  dessus  de  cet  amour,  b  de  l'amour  iuemedont 
la  charite  actuelle  se  contente,  et  rec«vant  dans 

Bernard,  on  voit  par  l'histoire  de  sa  Vie,  par  Geoflroi,  livre  V. 
chapitre  I,  qn'il  n'omit  qne  bien  rarement  la  celebration  de« 
saints  mysteres  •  jnsqu'anx  derniers  moments  de  sa  Tie.  > 

b  Ces  mots  >  de  l'amour  ■  manqnent  en  cet  endroit  dans 
plnsienrs  manuscrits.  Mais  ce  mot-la  est  evidemment  place  ici 
en  parfait  accord  avec  la  pensee  de  notre  Saint,  qoi  a  dit,  en  par- 
lant  pins  hant  de  la  charite  actuelle,  i  elle  ne  parle  pas  d'allu- 
mer  en  nons  nn  violent  amour  pour  cet  amour  meme.  - 


ponatur,  et  in  hominibus  ipsis  perfectiores  infirtnioribus 
ccelum  lerrae,  aetemilas  tempori,  anima  carni.  Attamen 
in  bene  ordinala  actione  sa-pe,  aut  eliam  seaiper,  ordo 
oppositus  invenitur.  Nam  el  circa  proximi  caram  et 
plus  urgemur,  et  pluries  occtipamur;  et  inlirmioribus 
fratribus  diligentiori  sedulitale  assistimus  :  et  paci  terras 
magis,  quam  cceli  gloria  jure  bumatiilatis  et  ipsa  ne- 
cessilate  intendimus  ;  et  temporalium  inquietudine 
cuiaruru  vix  aliquid  sentire  de  aeternis  permittimur  ; 
et  languoribirs  noslri  corporis,  postposita  anima;  cura, 
pene  conlinue  inservimus,  et  ipsis  denique  infirmioribus 
membris  nostris  abundantiorem  honorem,  juxta  scnlen- 
tiam  Apostoli,  circumdamtis  :  per  hoc  quodaai  modo 
facientos  vcibnm  Domini,  de  quo  babes  •.  brunt  not  - 
rimi  in-tin',  et  /  imi.  I  rantem  denique  homi- 

nem  cum  Deo  loqui  quis  dubitet  ?  Quolics  lamen  inde 
charitate  jnbente  abdacimur  et  avellimur  propter  eos, 
qui  nostra  indigent  opera  vel  loquela  ?  Quoties  pie  cedit 
negotiorum  tumultibus  pia    quies  ?  Quoties    bona    con- 


scientia  ponitur  codex,  ut  operi  manuum  insudetur  ? 
Quoties  pro  administrandis  terrenis,  justissime  ipsis 
supersedemus  celebrandis  Missarum  solemniis?  Ordo 
praeposterus  :  sed  necessitas  non  habet  legem.  Agit  er- 
go suum  actualis  charilas  ordinem  justa  patris  familias 
jussionem,  incipiens  a  novissimis.  Pia  certe  et  justa, 
quae  non  sit  acceptrix  personarum  ;  nee  pretia  conside- 
ret  rerum,  sed  hominum  necessitates. 

ti.  At  non  ita  afTectualis  :  nam  a  primis  ipsa  ducit  or- 
dinem. Est  enim  sapientia,  per  quam  utique  quaeque 
res  sapiunt  prout  sunt  :  ut  (verbi  gratia)  quae  pluris  na- 
tura  habet,  pluris  quoquc  ipsa  affectio  sentiant,  minora 
minus,  minima  minime.  Et  ilium  quidem  ordinem 
charitatis  Veritas  facit,  hunc  autem  verilatis  charitas 
vindicat  sibi.  Nam  et  vera  in  hoc  est  charitas,  ut  qui 
indigent  amplius,  accipiant  prius  :  et  rursus  in  eo  cara 
apparel  Veritas,  si  ordinem  tenemus  alTectu,  quem  ilia 
ratione.  Tu  ergo  si  diligas  Dominum  Deum  tuum  toto 
corde,  tola  anima,  tota  virtute  tua  :  et  amorem  amoris  il- 


392 


OEUVRES  DE  SAINT  BEKNARD. 


C.  est  la  sa- 

gessc  qui 

nous  fait 

gouter  liiL-u 

comuie  il  eat. 


C'est  die 
anssi 

nou- 

Iter  I'honi- 
me  a  sa  va- 
leur. 


toute  sa  plenitude  l'amour  divin,  auquel  cut  autre  douteux.  Carcelui  pour  qui.infailliblenient,  iln'ya 

amour  ne  sert  que  de  degre,  voire  esprit  est  toul  plusde  retour  a.  Dieu,  il  faut   le  regorder,   non 

enflamme,  . .  ri  linemen!   urns  goiilez  Dieu,   et  si  comrae  presque  rien,  mais  coinme  rien   du  tout, 

vous  ne  le  goulez  pas  encore  d'une  maniere  tout-a-  attendu  qu'il  ne  sera  rien  dans  toute   1'etemite. 

fait  digue  ilr  lui.  el  iii  qn'il  est,  parce  que  cela  est  Exceptez  done  celui-la,  que settlement  on  re  doit 

impossible  a  toute  creature,  vous  le  faites  an  moins  point  aimer,  mais  que  Ton  doit  meme  hair,  scion 

autant  que  vous  le  pouvez  faire    ici-bas.   Ensuite  cette  parole  :«  Est-ce  que  je  ne  hais  pas,  Seigneur, 


vous  vous  gouterez  aussi  tel  que  vous  fetes,  brsque 
vous  connaltrez  que  vous  n'avez  point  sujetdevous 
aimer  vous-meme,  si  ce  n'est  en  taut  que  vous 
appartenez  a  Dieu  el  parce  que  vous  avez   mis  en 


II  en  est  de 

n  riue  du 
procttain. 


Ponrquoi  et 

comment  on 

doit  aimer 

Dien. 


ceux  qui  vous  haissent,  et  ne  sttis-je  pas  anime  de 
/.lie  contre  vos  ennemis  [Psal.  exxxvm,  31)?  » 
Pour  tout  le  reste,  quelque  inimitie  qu'un  bomme 

ait  contre    vous,    la  cliarite   qui   est  jalouse  a  tel 


lui  tout  l'objet  de  votre  amour.  Vous  vous  gouterez,     egard,  ne  saurait  souffrir  que  vous  n'avez  pas  tou- 
dis-je,  tel  que  vous  etes,  lorsquepar  l'experience    jours  pour  lui  quelque  pen  d'affection.  Celui  qui 


de  voire  propre  amour,  et  de  1'affection  que  vous 
vous  porterez,  vous  ne  trouverez  rien  en  vous  qui 
rnerile  d'etre  aime  de  vous,  si  ce  n'est  pour  celui 
sans  qui  vous  n'eles  vous-meme  qu'un  neanl. 

7.  Quant  a  voire  procbain,  qu'il   faut   que   vous 
aimiez  veritableinent  conune  vous-meme;  vous  le 


est  sage  comprendra  ce  que  je  dis. 

8.  Donnez-moi  un  bomme  qui,  avant  tout,  aime 
Dieu  de  toute  son  ame,  qui  aime  ensuite.  soi  et  son 
procbain  autant  que  tons  deux  ils  aiment  Dieu,  et 
qui  aime  son  ennemi,  parce  que  peul-elre  un  jour 
cet  ennemi  l'aimera  aussi  lui-meme  ;  qui  aime  ses 


Qui  doit-on 
appeler  sage 


gouterez  aussi  lei  qu'il  est,  s'il  ne  vous  parait  point  parents,  selon  la  chair,  plus  teudreraenl  a  cause  de. 

autre  que  vous  ne  vous  paraissiez  a  vous-meme,  la  nature ;  ses  parents  selon   l'esprit,  e'est-a-dire, 

car  il  est  ce  que  vous  etes ;  il  est  bomme  coinme  ceux  qui  l'ont  instruit,  plus  abondamment  a  cause 

vous.  Puisque  vous  ne  vous  aimez  vous-meme,  que  de  la  grace  ;  et  que  son  amour  pour  toules  les  au- 

parce  que  vous  aimez  Dieu,  il  s'en  suit  que  vous  tres  cboses  soit  ainsi  regie  par  l'amour  de  Dieu, 

aimerez  coinme  vous-meme  tous  ceux  qui   aiment  qu'il  raeprise  la  terre,   soupire  apres   le  ctel,    use 

Dieu  coinme  vous  l'aimez.  Quant  a  votre  ennemi  des  biens  du  monde  comme  n'en  usant  pas,   et 

qui  n'est  qu'un  neant,  s'il  n'aime  point  Dieu,  vous  sache  faire  le  discernement  par  le  goiit  spirituel  el 

ne  pouvez  pas  l'aimer    comme   vous-meme,    qui  interieur,  des  cboses  dont  il  faut  user,  et  de  relics 


aimez  Dieu,  mais  vous  l'aimerez  pour  qu'il  l'aime. 
Or,  ce  n'est  pas  la  meme  cbose,  de  l'aimer  afin 
qu'il  aime  Dieu,  et  de  l'aimer  parce  qu'il  l'aime 
deja,  afin  done  que  vous  le  goutiez  tel  qu'il  est, 
vous  ne  considfirerez  pas  ce  qu'il  est,  car  il  n'est 
rien,  mais  ce  qu'il  sera  peut-elre  un  jour,  et  qui 
n'est  presque  rien,  attendu  que  cela  est  encore 


dont  il  faut  jouir,  alin  que,  de  celles  qui  passent, 
il  n'en  prenne  soiu  qu'en  passant,  el,  settlement 
autant  qu'il  est,  besoin  pour  arrivcr  a  la  fin  qu'il 
se  propose,  et.  qu'il  embrasse  d'un  desir  eternel 
celles  qui  sont  elernelles.  Doimez-moi,  dis-je,  tin 
bomme  de  cette  sorle,  et  je  dirai  bardiment  qu'il 
est  sage,  puisqu'il  goiite  les  cboses  vratment  telles 


lum,  quo  contenta  estcharilas  actualis,  affectu  ferventiori 
transsiliens,  ipso  comminus  divino  amore  (ad  quern  is 
est  gradus)  occepto  in  plcnitudine  spiritu,  totus  ignes- 
cas  :  sapit  libi  profecto  Ueus,  etsi  non  digne  omnino 
prout  est,  (quod  utique  impossibile  est  omni  creaturEe) 
certe  prout  tuum  sapere  est.  Dcindesapies  eliam  ipse  tu 
tibi  prout  cs,  rum  tc  senseris  nil  habere  prorsus,  hide 
te  ames,  nisi  in  quantum  Dei  es  :  quippe  qui  totum 
unde  amas,  in  ilium  cltudeiis.  Sapies,  inquam,  libi 
prout  es,  cum  ipso  experimento  amoris  lui,  et 
affectionis  quam  ad  teipsum  babebis,  nihil  dignum  te 
esse  invenics,  quod  vel  a  leipso  ametur,  nisi  propter  ip- 
sum,  sine  quo  ipse  cs  nihil. 

7.  Jam  vera  proximus,  quern  vere  te  oportet  diligere 
tanquam  teipsum,  tit  tibi  et  ipso  sapial  prout  est,  hand 
aliud  profecto  aapiet  libi,  quani  tu  libi,  qui  hoc  est  quod 
tu  :  est  enim  homo.  Qui  itaquc  le  non  iliiigis,  nisi  quia 
diligis  Ileum  -.  consequenter  omnes  qui  similiter  dili- 
gunt  cum,  diligis  tanquam  teipsum.  Porro  inimicutn 
hominem,  quoniam  nihil  esl,  pro  eo  quod  non  diligit 
Deum ;  non  poles  quiilem  dibgere  tanquam  teipsum, 
qui  Deum  diligis  :  diliges  lanien  ul.  diligal.  Non  est 
autem  idipsum,  diligere  ut  diligal,  ct  diligere  quia  dili- 


git. Proinde  ut  tibi  et  ipse  sapiat  prout.  esl,  sapiet  tibi, 
non  quiilem  quod  est,  qui  utique  nihil  est  :  sed  quod 
fului'us  lorsilan  est,  quod  est  prope  nihili,  quippe  quod 
adhuc  pendet  sub  dubio.  Etenim  de  quo  constat  quod 
ad  amorem  Uei  non  sit  deinceps  rediturus,  sapial  Libi 
nece  se  est,  non  prope  jam  nihil,  sed  nihil  ex  tolo,  ut- 
pote  quod  iu  sternum  nihil  est.  Ulo  igitur  exoepto, 
qui  una  modo  jam  non  diUgendus,  insuper  ct  odio  lia- 
bendus  est,  secundum  illud,  Nonne  qui  oderuni  le  Do- 
mine  oderam,  et  super  inimicos  lum  tabescebam  '.' 
de  caetero  nulli  vel  inimicissimo  homini  negari 
quanlulumcunique  affectum  charilas  sane  in  hac  par- 
te ambitiosa  peimitlit.  Quis  sapiens,  et  intelliget 
bsec  ? 

8.  Da  mihi  honiinem,  qui  ante  omnia  quidem  e.\  toto 
se  diligal  Deum;  se  vero  ct  proximum,  in  quantum  di- 
ligunt  ipsum  ;  inimicum  autem,  tanquam  aliqunndo 
forsitam  dilecturum  ■.  porro  parentes  carnis  suss  gevmar 
nius  propter  naturam,  spirituales  vera  eruditores  suns 
prontsius  propter  gratiam  ;  atque  in  hunc  modum  ad 
caters  quaeque  Dei  ordinato  intendat  amore,  despioiens 
terrain,  suspiciens  cesium,  ulens  hoc  mundo  tanquam 
non    ulcus,  et  inter    ulenda  et  I'ruenda    intimo  quodam 


CINQUANTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CA.NTIQUES. 


393 


qu'elles  sont,  et  il  peut  avec  verile  et  avec  con- 
fiance  se  glorifier  et  dire  :  «  Dieu  a  ordonneenmoi 
la  charile.  »  Mais  oil  en  est-il,  et  quand  en  sera-t-il 
ainsi  ?  Je  le  dis  en  pleurant,  jusques  a  quaud  ne 
ferons-nous  que  flairer,  au  lieu  de  gouter,  fegar- 
derons-nous  notre  palrie  sans  n'y  arriver,  soupi- 
rerons-nous  apres  elle,  et  la  saluerons-nous  de 
loin  ?  0  yerite,  patrie  des  exiles,  et  lin  de  leur 
exil !  Je  vous  vois,  mais  je  ne  puis  entrer  oil  vous 
etes,  j'en  suis  empeche  par  ma  chair  morlelle;  et 
d'ailleurs  je  n'en  suis  pas  digne,  etant  tout  sonillo 
de  peehes  comme  je  le  suis.  0  sagesse,  qui  attei- 
gnez  depuis  une  extremite  jusqu'a  l'autre,  avec 
une  force  invincible,  en  creant  et  en  contenant 
loutes  choses,  et  qui  disposez  tout  avec  une  dou- 
ceur admirable  en  reglant  les  affections,  et  en  les 
rendant  bienheureuses  !  Conduisez  nos  actions, 
selon  que  les  necessites  temporelles  le  demandent, 
et  ordonnez  les  mouvements  de  notre  amour,  selon 
que  voire  verile  eternelle  le  desire,  aiin  que  eha- 
cun  de  nous  puisse  se  glorifier  en  vous  avec  assu- 
rance, el  dire  :  «  11  a  ordonne  en  moi  la  charile.  » 
Car  vous  etes  la  vertu  de  Dieu,  et  la  sagesse  de 
Dieu,  Jesus-Christ  notre  Seigneur,  l'epoux  de 
l'Eg  ise,  Dieu  au  dessus  de  tout  et  beni  daus  tous 
les  siecles.  Ainsi  soit-il. 


SERMON  LI. 

L'£pouse  dcmande  que  les  fruits  des  bonnes  a>uvres 
soient  atisSi  nombieux  que  les  fleurs  et  aussi  abon- 
dants  que  les  pay  funis  de  I'esperance.  De  I'espe- 
ance  et  de  la  crainle. 

1.  «  Soutenez-moi  avec  des  fleurs,  couvrez-moi 
de  fruiis,  car  je  languis  d'amour  {Cant,  n,  5).  » 
L'auiour  de  l'Epouse  a  grandi,  parce  qu'elle  a  recu 
plus  de  choses  capables  de  1'enflammer  qu'elle 
n'en  avait  recu  jusqu'alors.  Car  vous  voj-ez,  com- 
bien  celte  fois-ci,  elle  a  eu  de  temps,  non-seule- 
ment  pour  le  voir,  mais  encore  pour  lui  parler. 
11  semble  meme  que  que  son  Epouse  lui  ait  fait  pa- 
riitie  un  visage  plus  serein,  que  son  discours  ait 
ete  accompagne  de  plus  de  charmes,  et  leur  entre- 
tien  plus  long  qua  1'ordiuaire,  ou  seulement  elle 
se  rejouit  d'avoir  eu  un  entretien  avec  sou  Epoux, 
mais  elle  se  glorilie  meme  des  louanges  qu'il  lui  a 
donnees.  De  plus,  elle  s'est  rafraichie  sous  l'ombre 
de  celui  qu'elle  desirait,  elle  s'est  nourrie  de  son 
fruit,  elle  a  bu  de  son  breuvage.  Car  il  n'est  pas 
croyable  qu'elle  soit  sortie  de  son  cellier  ayant  soif 
encore,  puisqu'elle  vient  de  se  glorifier  tout  a  l'heure 
d'y  etre  entree.  Ou  plulcit  elle  a  encore  soif,  parce. 
que  «  celui  qui  me  boit,  ditla  sagesse,  sera  encore 
allere  [Eccli.  lxiv,  20).  »  Apres  tout  cela,  l'Epoux 
s'etant  retire  selon  sa  coutume,  elle  dit  qu'elle 
languit  d'amour,  e'est-a-dire  a  cause  de  l'amour 
qu'elle  a  pour  lui.  Car  plussa  presence  lui  avait  ete 
agreable,  plus  son  absence   lui  est   sensible.   La 


Sens  et 

liaison  da 

lexte. 


mentis  sapore  discernens,  ut  transitoria  transitorie,  el 
ad  id  duntaxat  quod  opus,  et  prout  opus  est  curet, 
;e(erna  desiderio  amplectatur  aeterno  :  lalem,  inquam, 
da  raihi  hominem,  et  ego  audacter  ilium  sapientem 
pronuntio,  cui  nimirum  quaeque  res  revera  sapiunl 
prout  sunt,  et  cui  in  verilate  alque  securitate  competit 
gloriuri,  et  dicere,  quia  unit /writ  in  me  charitatem. 
Sed  ubi  ille,  aut  quando  ista  ?  Quod  liens  dico,  quous- 
que  odoramus,  et  non  gustamus,  prospicientes  patriam 
et  non  apprehendentes,  suspirantes,  et  de  longe  ^alutan- 
tes  ?  0  Veritas  exsulum  pati-ia,  exsilii  Rnis  ;  video  te, 
••ctl  intrare  non  sinor  carne  retenlus,  sed  nee  dignus  ad- 
mitti,  peccatis  sordens.  0  Sapientia,  qua?  attingis  a 
line  usque  ad  finem  forliler  inslituendis  et  continendis 
rebus  ;  et  disponis  omnia  suaviter  in  beandis  et  ordi- 
nandis  affectibus  !  dirige  actus  nostros,  prout  nostra 
temporalis  necessitas  poscit ;  et  dispone  alfeclus  nostros, 
prout  tua  Veritas  aternas  requirit,  ut  possit  unusquis- 
que  nostrum  secure  in  te  gloriari  et  dicere  ,  quia 
ordUnavil  in  me  charitatem.  Tu  cs  enim  Dei  virtus 
it  Dei  snpientia  ,  Christus  sponsus  Ecclesiae  ,  Do- 
minus  nosier,  super  omnia  Deus  benedictus  in  sa?cula 
Amen. 


SERMO  LI. 

Qualiter  Sponsa  petit  sibi  accumulari  fructus  bonorUm 
operant  cum  floribus,  et  adorameniis  Fidei :  item  de 
spe,  el  timore. 

1.  Fulcite  me  floribus,  stipate  me  mails,  quia  antore 
langueo.  Crevit  amor,  quia  incentiva  amoris  plura  solito 
processerunt.  Vides  siquidem,  quanta  hac  vice  non 
videndi  tantum,  sed  et  colloquendi  copia  fuit.  Ipsa  quo- 
que  visio  apparet  vultu  indulta  sereniori,  et  sermo  ju- 
cundior  et  sermocinatio  longior  atque  protractior.  S'ec 
solum  obleclata  colloquio  sed  et  gloriata  praiconio  est. 
Ad  ha;c,  ejus  quem  desideraverat  refrigerata  est  um- 
bra, cibata  fructu,  poiata  cilice.  Nee  enim  silibunda 
putanda  est  exisse  de  cella  vinaria,  in  quam  se  intro- 
ductam  modo  novissime  gloriatur  imo  veio  sitibunda, 
quoniani  qui  bibit  me,  inquit  adhuc  sitiet.  Post  ista 
omnia,  Sponso  more  suo  tecedente,  ilia  languere 
amore  se  perbibet,  id  est  pr«  amore.  Quo  enim  gra- 
tiorem  fuerat  experta  pr;esenliam,  eo  post  modum  ab- 
sentiam  molestiorem  sensit.  Sublratio  nempe  rei  r'im 
amas,    augmentatio    desiderii    est  ;  el    quod    I     .  entiu 


394 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Sens  mysti- 
que. 


perte  de  la  chose  qu'on  aime  en  augmenldo  desir, 
et  plus  on  desire  un  objet  avec  ardeur,  plus  on  en 
souffire  la  privation  avec  peine.  (Test  pour  cela  que 
TEpouse  prie  qu'on  la  recree  par l'odeut  des  Qeurs 
el  des  CruiUj  en  attendant  le  retourde  celui  dont 
elle  supportele  retard  avec  lanl  d'impatience.  Voila 
pour  ce  qui  regarde  l'ordre  et  la  suite  du 
texte. 

2.Tiehons  mainlenint,  avec  la  conduite  de  l'es- 
prit, d'en  tirer  quelque  fruit  spirituel.  Quoiquetoute 
1'Eglise  des  saints  s'attribue  ordinairement  les  pa- 
roles de  I'Epouse,  nous  ne  laissons  pas  nous  antics 
d'etre  designes  par  ces  fleurs  et  par  res  fruits,- et 
non-seulement  nous,  mais  generalement  tous  ceux 
qui  out  quitte  le  monde,  en  quelque  siecle  qu'ils 
l'aient  fait.  I.es  Jleurs  marquent  la  vie  nouvelle 
et  encore  tendre  de  ceux  qui  commencent ;  et  les 


toute  bonne  ceuvre,  car  sans  la  foi  il  est  impossible 
de  plaire  a  Dieu  [Hcb.  xi,  6),  comme  dit  l'Apfltrc, 
mais  bien  plus,  scion  le  meme  Apotre,  tc  tout  ce 
qui  nc  vient  point  de  la  foi  estpeche  [Rom.  xiv, 
23  .  i)  Ainsi,  il  n'ya  point  de  fruit  sans  Qeurs,  ni tie 
bonne  oeuvre  sans  foi.  Mais  d'autre  part  la  foi  sans 
les  ceuvres  est  une  fois  morte  (Jacob,  u,  20j.  C'est 
en  diet  bien  inutilemenl  que  la  Beur  paralt  si  elle 
n'est  point  suivie  du  fruit.  «  Soutenez-moi  avec 
des  fleurs,  couvrez-moi  de  fruits,  car  je  languis 
d'amour.  »  Uneame  qui  est  accoutumee  au  repos 
sc  console  done  paries  bonnes  ceuvres  enracinees 
dans  une  foi  non  fcinte,  toutes  les  fois  que  la  lu- 
miere de  la  contempl  itionluiestsoustraile,  comme 
cela arrive  assez  souvent.  Car  qui  est  celui  qui  en 
peutjouir,  je  nc  (lis  pas  toujours,  mais  quclque 
temps  seulement,  tandis  qu'il  est  dans  un  corps 


fruits,  la  force  de  ceux  qui  sont  plus  avances  et  la  movt?  Mais  comme  je  l'ai   dit,  toutes  les  fois  qu'il 

maturite  des  parfaits.  L'Eghse,  qui  est  notre  mere,  tombe  de  la  contemplation,  il  se  retire  dans  Taction, 

etant  environnee  de  ces  fruits  dans  le  lieu  de   son  comme  dans  un  lieu,  d'ou  il  pourra  plus  aisement 

exil,  elle  qui  ne   vit  qu'en   Jesus-Christ,   et  qui  rentrer  dans  ce  premier  etat,  parce  que  ces  deux 

trouve  que  c'est  un  grand  bien  que  demourir  pour  choses  out  beaucoup  de  rapport  entre  elles  el  de- 

lui,  souffre  avec  moins  d'impatience  la  peine  d'un  meurent  mime  ensemble.  Car  Marthe  est  soeur  de 

si  long  retard,  parce  que,  scion   TEeriture   on   lui  Marie,  et  quoiqu'il  sorte  de  la  lumiere  de  la  con- 

donne  «  des  fruits  de  ses  mains  (Prow  xxxi,  31),  »  temptation,  il  ne  tombe  pas  pourtantdans  les  tene- 

comme  des  premices  de   l'Esprit-Saint,  et  que  ses  bres  du  peche,   on  dans  la  paresse  de  l'oisivete, 

ceuvres  lui  font  recevoir  des  louanges  publiques  et  mais  il  sc  tient  dans  la  lumiere  des  bonnes  ceuvres. 

solennelles.  Mais  sivous  voulez  que,  suivant  lesens  Et  alia  que  vous  sachiez  que  les  ceuvres  sont  aussi 

designee  par  moral,  je  vous  montre  dans  une  ame,  les  fleurs   et  une  lumiere;  u  que  votre  lumiere,  dit  le  Sauveur, 

'?(isDfflvreset  '«s    fruits,  enlendez  la  foi   par  les  fleurs,  et    les 

par  lesfruiis.  ffiuvres  par  les  fruits.  Et  cette  explication,  comme 
je  crois,  ne  vous  paraltra  pas  mauvaise,  si  vous 
remarquc.  que,  comme  la  ileur  precede  necessaive- 
ment  le  fruit,  il   faut  aussi  que  la   foi   previenne 


La  foi  est 


luise  devant  les  hommes  (Matth.    v,  16).  »   Or,  il 

est  hors   de  doute  qu'on  doit  entendre  ces  paroles 
des  ceuvres  que  les  hommes  peuvent  voir. 

3.  «    Soutenez-moi  avec  des  fleurs,  couvrez-moi 
de    fruits,  car  je   lauguis    d'amour.  »    Lorsque  ce 


Vicisaitut 

de  1'aclio 
el  de  la 

i  nil, 'HI 

plation. 


Joie  et  plai- 

sir  de  la 
chose  aimee 


desideras,  cares  a>grius.  Rogat  proinde  ista  interim 
odorainentis  Horn  in  ac  fructuum  confoveri,  quousque 
denuo  revertatur,  tiuetn  nioleslissime  suslinet  demo- 
rantem.  Atque  is  ordo  sermonum. 

2.  Nunc  jam  spiritualem  fructum,  qui  in  ipsis  est, 
spiritu  dnce  veritalis  lentenius  eruere.  Et  si  communis 
Ecclesia  sanctorum  hie  rccipilnr  loquens,  nos  in  fiori- 
bus  froctibnsque  designati  sumtis;  sed  et  quique 
conversi  de  sacnlo  in  toto  sseculo.  In  floribus  quidem 
novella  et  tenera  adhuc  incipienlium  conversatio  de- 
monslratur,  in  fructibus  vero  prolicientinm  fortitudo  ct 
maturitas  perfectonim.  His  Btipata  mater  peregrinans  et 
fructilicans,  cui  vivere  Christus  est,  et  mori  lucrum  ; 
profecto  aequanimius  fert  molestiam  sua;  dilationis,  quo- 
niam,  juxta  Scripluram,  dutur  ei  de  fructu  manuum 
sum  in, i.  tanquam  ex  primitiis  spiritus,  et  laudant  cam 
in  portis  opera  ejus.  Si  aulem  secundum  moralem  sen- 
sum  in  unaanima  \is  libi  atraquehiec  aasignari,  et  /lores 
videlicet,  el  fructus  ;  [Idem  florem,  fructum  actum  in- 
tellige.  Nee  incongrue  (ui  opinor)  id  tibi  videbilur,  si 
adverlas,  quomodu  inslar  floris  nccessaiio  praecedentis 
fructum,  bonum  quoque  opus  fide  oporteat  praeveniri. 
Alioquin  sine  fide  impossible  est  placere  Deo.  Paulo 
attestante,  magis  autem  ipso  aeque  docente,  Omne  quod 


non  est  ex  fide,  etium  prccatumest.  ltaque  nee  sine  flore 
fructus,  nee  sine  lide  opus  bonum.  Sed  et  fides  sine 
operibus  niorlua  est,  sicut  inulililer  quuque  flos  apperet 
ubi  non  sequitur  fructus.  Fulcite  me  floribus,  stipate 
me  malis  •■  (/uia  amort  langueo.  Ergo  ex  bonis  operibus 
in  fide  non  llcta  radicatis  recipit  consolationem  mens 
assueta  ujuieti,  qtiotie  sibi  (ul  assolet)  lux  contemplatio- 
ns subtrahitur.  Quis  enim,  non  dico  continue,  sed  \  cl 
aliquandiu,  dumin  hoc  corpore  manet,  lumine  contem- 
plationis  tVualur }  At  quoties  (ut  dixi)  corruil  a 
contemplative,  tolies  in  aclivam  se  recipit,  inde  nimi- 
rum  tanquam  e  vicino  familiarius  reditura  in  idipsum  : 
quoniam  sunt  invicem  conluberaales  ha  dua?,  et  coha- 
bitant pariter  ;  est  quippe  soror  Mari;e  Martha.  Neque 
enim,  etsi  a  conlemplalionis  lumine  cadit,  patitur  lamen 
ullalenus  sc  incidere  in  tenebras  peccati,  seu  igna- 
viam  olii  ,  sane  in  luce  bona?  operalionis  se 
rclinens.  El  ut  scias  eliam  opera  luccm  esse  :  Lueeat 
lux  vestra,  inquit,  coram  hominibus,  quod  non  est  du- 
liiiini  de  operibus  fuisse  dictum,  qua;  homines  potcrant 
intueri. 

3.  Fulcite  me  floribus,  stipate  me  malis,  quia  amore 
langueo.  Cum  prssto  est  quod  amatur,  vigetamorlanguet 
cum  abest.  Quod  non  est  aliud,  quam  tasdium  quoddam 


CINQUANTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR  CE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  395 

par  cette  pluie  volontaire  que  Dieu  areservee  a  son 
heritage,   ont  comme   refleuri    clans  les  oeuvres  de 
l'obeissanee  et  sonl  devenus   devots  et   soutnis    en 
toutes  choses,  je  n'ai  point   de   sujet  d'etre  triste  n  ies ., 
d'avoir  interrompu  l'exercice  agreable 


qu'on  aime,  est  present,  l'amour  est  dans  sa  vi- 
gueur,  et  lorsqu'il  est  absent,  il  langnit.  Et  cette 
langueur  n'est  autre  chose  qu'un  ennui  et  un  cha- 
grin, cause  par  1'impatience  du  desir,  qui  est  ne- 
cessairement  tres-violente  dans  celui  qui  aime 
beaucoup,  lorsque  l'objet  aime  est  absent ;  parce 
qu'etant  dans  une  continuelle  attente,  il  trouve  que 
quoiqu'il  se  hate,  il  est  toujours  bien  longtemps  a 
venir.  Et  c'est  pour  cela  que  tous  voyez  l'Ejjouse 
demander,  qu'on  la  couvre  des  fruits  des  bonnes 
oeuvres,  et  des  ardeurs  agreables  de  la  foi,  dans 
lesquelles  elle  puisse  se  reparer  durant  le  retard 
de  l'Epoux.  Co  que  je  vous  dis  pour  l'avoir  eprouve 
moi-meine.  Car  lorsque  je  reconnais  que  quelques- 
uns  de  vous  out  profile  de  mes  remontrances,  j'a- 
voue  qu'alors  je  nerue  repens  point  d'avoir  prefere 
le  soin  de  vous  parler,  anion  propre  loisir,  et  a  mon 
repos.  Comme  par  exemple,  lorsqu'apres  im  dis- 
cours  que  je  vous  ai  fait,  il  se  trouve  que  celui  qui 
etait  colere,  devient  doux,  que  celui  qui  etait  or- 
gueilleux,  devient  humble,  que  celui  qui  etait 
tiuiide,  devient  genereux,  ou  que  celui  qui  etait 
doux,  ou  bumble  ou  genereux,  l'est  encore  davan- 
tage,  est  devtnu  meilleur  qu'il  n'etait,  queceuxqui 
etaient  dans  la  langueur  et  l'altiedissement,  et  tout 
endormis  pour  les  exerciees  spirituels,  se  sout 
echauffes  et  eveilles  a  la  paToleenllammee  du  Sei- 
gneur, ou  que  ceux  qui,  ayant  quitte  la  source  de 
lasagesse,  s'etaient  creuse  comme  des  citernesde  leur 
propre  volonte,  qui  ne  peuvent  contenir  les  eaux 
de  la  grace,  et  murmuraient  a  tout  ce  qu'on  leur 
commandait,  parce  qu'ils  avaient  le  cceur  sec,  et  ne 
sentaient  aucun  mouvement  de  devotion,  lors  dis- 
je,  que  ces  personnes,  par  la  rosee  de  la  parole,  et 


de    la 


aui  douceuri 
de  la 
temptation,  parce  que  je  sms   environne  de  fleurs    contempla 

et  de  fruits  de  piete.  Je  sou  tire  avec  patience,  "°°' 
d'etre  arrache  des  einbrassements  d'une  Rachel 
sterile,  pour  recueillir  de  I.ia  avec  abon dance  les 
fruits  de  vos  progres  dans  la  vertu.  Jo  ne  me  re- 
pentirai  point,  je  le  repete,  d'avoir  quitte  le  repos, 
pour  vous  parler,  lorsque  je  verrai  que  la  semence 
que  j'ai  jetee  dans  vos  Ames,  y  a  germe,  et  que  les 
fruits  de  votre  justice  se  sont  accrus  et  augmentes. 
Car  il  y  a  longtemps  que  lacharite,  «  qui  ne  cherche 
point  ses  propres  interets  (1  Cor.  xiu,  5)  ,  »  m'a 
persuade  de  preferer  votre  avancement  a  tout  ce 
que  je  puis  avoir  de  plus  cher.  Prier,  lire,  ecrire, 
mediter,  et  tous  les  avantages  des  exercices  spiri- 
tuels, je  les  ai  reputes  comme  des  pertes  pour  l'a- 
mour  de  vous. 

h.  «  Soutenez-moi  avec  des  tleurs,  couvrez-moi 
de  fruits,  car  je  languis  d'amour  a  L'Epouse 
adresse  done  ces  paroles  aux  jeunes  lilies,  en  l'ab- 
sencede  l'Epoux,  les  avertissant  ainsi  d'avancer  dans 
la  foi  et  dans  les  bonnes  oeuvres,  jusqu'a  ce  qu'il 
vienne,  parce  qu'elle  sait  que  e'est  le  moyen  de 
plaire  a  son  Epoux,  de  procurer  le  salut  de  ces 
jeunes  Olles,  et  de  se  consoler  elle-meme.  Je  me 
souviens  d'avoir  explique  cet  endroit,  avec  plus 
d'eteudue  dans  le  livre  que  j'ai  compose  sur  l'a- 
mour de  Dieu,  et  d'y  avoir  donne  un  autre  sens. 
Celui  qui  voudra  prendre  la  peine  de  le  lire,  jugera 
lequel  des  deux  est  le  meilleur.  Une  personne  sage 


impatientis  desiderii,  quo  necesse  est  affici  mentem  ve- 
hementei'  amantis  absente  quem  amat,  dum  tot ns  in 
exspectalione,  quantamlibet  festinationetn  reputat  tardi- 
tatem.  Et  ideo  ista  postulat  sibi  accumulari  bonorum 
opci'um  frucius  cum  fidei  odoramentis ,  in  quibus 
caoram  faciente  Sponso  interim  requiescat.  Loquor 
\obis  experimentum  meum  quod  expertus  sum.  hM 
quando  sane  comperi  profecisse aliquos  veslrum  ex  nieis 
monitis,  tunc  non  me  piguit,  fatcor,  curam  prsetulisse 
sermonis  proprio  otio  et  quieti.  Cem  enim  (verbi  gratia) 
post  sermonem  iracundus  quispiam  reperitur  mutalus 
in  mitem,  superbus  in  humilem,  pusillanimis  in  fortem  : 
porro  mitis,  humilis,  fortis,  in  sua  quisque  gratia  ex- 
crevisse,  et  in  seipso  melior  factus  esse  agnoscitur  ;  sed 
et  qui  forte  tepuerant  et  languebant  circa  spirituale  stu- 
dium  torpentes  et  dormitantes,  ad  ignitnm  eloquium 
Domini  rel'erbuisse  et  evigilasse  videntur  ;  et  qui  de- 
scrlo  funte  snpienliae,  foderant  sibi  propriie  voluntatis 
eistcrnas  non  valcntes  aquas  continere,  proptereaque  ad 
omne  injuctum  graviti  corde  arido  murmurabant,  liul- 
Ium  in  se  habentes  devotionis  humorem  :  hi,  inquam 
cum  de  rore  verbi,  pluvia  voluntaria,  quam  segrcgavit 
Dens  hereditati  suae,  refloruisse  probantur  in  opera 
obedienti*,  facti  in  omnibus    voluntarii  et    devoti,  non 


est  (dico  vobis)  unde  subeat  mentem,  quasi  pro  inter- 
misso  studio  jucunda?  contemplationis,  trislitia,  cum 
talibus  Tuero  circumdalus  lloribus  atqnc  fructibns  pieta- 
tis.  Palienter  avellor  ab  infoecundaa  Rachelis  amplexibus, 
ut  de  Lia  milii  exiiberent  frucius  profectuum  vestrorum. 
Minime  prorsus  pigebit  me  intermissa?  *  quielis  pro 
cura  sermonis,  cum  videro  in  vobis  germinare  semen 
meum,  atque  ex  eo  augeri  incrementa  frugum  juslitiae 
vestrae.  Charitas  enim  qua;  non  qaasrit  quae  sua  sunt,  id 
mihi  jamdudum  facile  persuasit,  nil  scilicet  desiderabi- 
lium  meorum  vestris  praeferre  ulililatibus.  Orare  , 
legere,  scribcre,  meditari,  et  si  qua  sunt  alia  spiritua- 
lis  studii  lucra,  baec  arbitratus  sum  propter  vos  detri- 
menta. 

4.  F,i/a'te  me  flnribus,  stipate  me  mail's,  r/uia  amore 
langueo.  Hoc  itaque  locuta  est  Sponsa  adolesccntulis  in 
Sponsi  absentia,  motiens  cas  in*  tide  protlcere  et  operibua 
bunis  donee  veniat,  sentiens  in  eo  fore  et  beneplacitum 
Sponsi,  et  tiliarum  salutem,  et  suam  ipsius  consolatio- 
nem.  Scio  me  hunc  locum  in  libro  de  Dileclione  Dei 
plcnius  explicuisse,  et  sub  alio  intellectu  :  potiorine  an 
deteriori,  lector  judicet,  si  cui  utrumque  videre  pla- 
cuerit.  Non  sane  a  prudente  de  diversitate  sensuum 
judicabor,  dummodo  Veritas  utrobique    nobis  patroeinf,  • 


•  al.  iuter- 
turbatae. 


396 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Quand  et 

comment 

pml-on 

doouer   pin- 

jieurs  sens  a 

1  ICcritore 

tainle  ? 


ne  me  condainnera  eertainement  pas  il'avoir  donne  il  so  prepare  a  l'embrasser  pour  la  rechauffer  snr 
deux  differentes  explications  a  un  mime  passage, 
pourvu  qu'elles  Boient toutes  deux  toudees  sur  la ve- 
rity, el  que  la  charite.  quiesl  la  regie  del'interpreta- 
tion  de  l'Eoriture,  edilie  d'autanl  plus  depersonnes, 
qu'il  y  en  aura  plus  qui  pourront  faire  servir  ees 


son  sein.  0  neureuse  I'aroe  qui  est  couchee  sur  le 
sein  du  Seigneur,  et  qui  repose  enlre  les  bras  dn 
Verbe.  «  II  met  sa  main  gauche  sous  ma  I6te,  el  il 
m'embrassera  de  sa  maindroite.  »  Mile  nedit  pas, 
il  m'embrasse  mais  il  m'embrassera,  pour  faire 


sen-  a  leur  usage,  a  cause  de    leur    diversite.    Car     connaitre  qu'elle  est  si  reconnaissante  de  cette  pre* 
ponrquoi   trouverait-on  mauvais  que  dans  l'intelli-    miere  grace  qu'elle  a  recue,  quelle  previent  meme 


genee  de  l'Ecritui'e  sainle,  on  fit  ce  que  nous 
voyons  qu'on  pratique  tous  les  jours  dans  les  au- 
tres  choses  ?  A  combien  de  differents  usages,  par 
exemple,  ne  faisous-nous  pas  servir  l'eau  pour  ne 
parler  que  il'elle.  Ainsi  on  ne  pent  pas  blamercelui 
qui  donne  divers  sens  a  ane  meme  parole  de  Dicu. 
pour  qu'ils  puissent  servir  aux  diverses  nceessites 
des  anies, 

5.  11  y  a  ensuite  :  «  Sa  main  gauche  est  sous  ma 
tete,  et  sa  main  droite  m'embrassera.  »  II  me  sou- 
vient  d'avoir  aussi  explique  cela  avec  beaucoup  d'e- 
tendue  dans  l'ouvrage  que  je  viens  de  citer.  Mais 
marquons  la  suite  des  paroles  du  Cantique.  11  pa- 
rait  que  l'Epoux  est  revenu,  sai.s  doute  alio  de  re- 
creerparsa  presence  son  Epouse,  qui  languissaitd'a- 
mour.  Car  comment  sa  presencene  la  soulagerait  elle 
pas,  puisqu'elle  a  etc  si  furl  abattue  de  son  absence?  Ne 
pouvant  done  plus  souffrir  la  peine  de  son  Epouse, 
il  se  presente  devant  elle.  Card  ne  pent  phis  tarder 
davautage  en  se  voyant  rappele  par  de  si  ardents 
desirs.  Et  comme  il  trouve  que  durant  son  absence 
elle  a  ete  fidele  a  travailler  et  soigueuse  d'amasser; 
elle  avait,  en  effet,  commande  qu'on  la  couvrit  de 
lleurs  et  de  fruits,  il  retourne  encore  a  elle  avec  des 
graces  plus  abond  antes  que  les  autres  fois:Car  d'un 
bras  il  soutient  sa  tete  languissante,  et  de  l'autre, 


la  seconde  par  des  actions  de  grace. 

0.  Apprenezde  la  a  n'etre  point  lent  et  paresseux 
arendre  grace  a  Dieu  ;  apprenez  a  le  remercier  de 
chacun  de  ses  dons.    «  Considerez  avec  soin,  dit  le 

,  ce  qui  vous  est  presente  [Prov.  ccxxxvi,  1),  » 
alin  que  vous  ne  laissiez  passer  aucun  don  de  Dieu, 
ni  grand,  ni  mediocre,  ni  petit,  sans  lui  en  rend  re 
grace.  Car  Jesus-Christ  nous  recommande  de  re- 
cueillir  les  moindrcs  restes,  de  peur  qu'ils  ne  soient 
perdus,  e'est-k-dire  de  ne  pas  oublier  meme  les 
moindres  bienfaits  que  nous  recevons  de  lui.  Ce 
qui  est  donne  a  un  ingrat  n'est-il  pas  perdu  !  L'in- 
gratitude  est  I'ennemie  de  Tame,  l'aneantissement 
des  merites,  la  dissipation  desvertus,  et  laperte  des 
faveurs  que  Dieu  nous  fait,  [/ingratitude  est  un 
vent  brulant  qui  desseche  pour  soi  la  source  de  la 
bonte,  la  rosee  de  la  misericorde,  les  fleuves  de  la 
grace.  C'est  pourquoi  quand  l'Epouse  sent  la  grace 
que  son  Epoux  lui  tait  en  mettant  sa  main  gauche 
sous  sa  tete,  elle  Ten  remercie  a  l'heure  meme,  et 
n'attend  pas  pour  le  faire,  la  plenitude  de  la  grace 
qui  se  trouve  dans  samain  droite.  Car  apres  avoir  dit 
que  la  main  gauche  de  son  Epoux,  est  sous  sa  tete, 
elle  n'ajoute  pas  qu'il  l'a  embrassee  de  sa  main 
droite,  maisqu'ildoit  l'embrasser. 
7.  Mais  a  notre  sens  que   peuvent  etre  la  main 


II  foul  ren 

grace  a  Oieu 
poor   1'"- 
bienfaita 

qu'on  en 
recoil. 


L'ingrnti- 

tiide  i'si  un 

tablu. 


tur  ;  et  cbaritas,  cui  Scripluras  servire  oportet,  eo 
adificet  plures,  quo  plures  ex  eis  in  opus  suum  veros 
eruerit  intellectus.  Cur  enim  hoc  displiceut  in  sensibus 
Scripturarum,  quod  in  usibtis  reran)  assidue  experi- 
mur  ?  In  quantos  (verbi  causa)  sola  aqua  aostrorum 
assumitur  rorporum  uses  ?  Ita  unns  quilibet  divinus 
sermo  non  erit  ab  re,  si  diversos  pariat  intellec- 
tus, divcrsis  animarum  neccssitalibus  el  usibus  accom- 
modandos. 

5.  Sequitur  :  Lceva  ejus  sub  capite  men,  et  dextera 
ejus  amplexabitur  me.  Et  insuper  hoc  quoque  in  prse- 
fato  opusculo  iiiemini  uberius  disputatum  :  seJ  signe- 
mus  serinonis  ordinem.  Liquet  denuo  adesse  Sponsum, 
credo,  ut  sua  praesentia  languentem  erigat.  Quoniodo 
enim  non  in  prffsentia  ejus  convalesceret,  quain  absen- 
tia conaternarat  ?  Ergo  non  sustinet  dilecta;  molestiam  : 
adest,  nequc  enim  inorain  f'acerc  potest  tantis  desideriis 
evocalus.  Et  quia  iilam  compererat,  donee,  absens  fait, 
Bdelem  ad  opera,  el  sollicitam  ad  lucra,  in  eo  nimirum, 
quod  (lores  sibi  et  fruotus  prajceperat  adunari  ;  eliam 
cum  propensiori  hac  vice  remuneratione  gratia;  est  re- 
veraiis.  Denique  uno  brachiorum  suorum  sustenta  caput 
jacentis,   alteram  ad  amplexandum   parans,  ut  sinu  fo- 


veat.  Felix  anima  qua:  in  Christi  recumbitpectore,  inter 
verbi  brachia  rcquiescit.  Lava  ejus  sub  capite  meo, 
et  dexiera  ejus  amplexabitur  me.  Non  ait,  amplexatur, 
scd,  amplexabitur  me  :  ut  noveris  priori  gratim  adeo 
non  ingratam,  ut  secundam  gratiarum  actione  preve- 
ncrit. 

6 .  Disce  in  referendo  gratiam  non  esse  lardus  anl 
segnis,  disce  ad  singula  dona  gratias  agere.  Diligenler , 
inquit.  consiclera  qucs  tibi  apponuntur  ut  nulla  videlicet 
Dei  dona  debita  gratiarum  actione  i'rustrentur,  non 
grandia,  non  mediocria,  nonpusilla.  Denique  jubemurcol- 
ligere  fragments  ne  pereant ,  id  est  nee  minima  bencflcia 
ohlivisci.  Numquid  non  perit  quod  donatur  ingrato. 
Ingratitude  ininimica  est  anima?,  exinanitio  merilorura  , 
virtutum  dispersio,  beneflciorun  perditior.  Ingralitudo 
ventus  urens,  siccans  sibi  fonlem  pietalis  ,  rorem  mise- 
picordise  ,  fluonta  gratia? .  Propter  hoc  denique  Sponaa 
mox  nl  graliaui  de  laiva  scusit,  gratias    egit  ,   non   exs- 

1 tans  plenitudinem  quae  in  dextera  est.    Neqtie   enim 

ubi  rcemorata  esl  laevam  jam  esse  sub  capitesuo  ,  ctiam 
secuta  est  a  dextera  se  similiter  amplexatam  ,scd  ampl 
xabitur  me,  inquit. 

7.  Caderam  quid  putauius  Verbo  Sponso  Icevam  esse, 


CINQUANTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES 

gauche,  la  main  droite  dans  le  Verbe  Epoux.  Est-ce 
qu'ii  en  est  de  ce  Verbe,  comme  de  celui  des  hom- 
mes,  a-t-il  des  parties  corporelles  distinctes  l'une 
de  l'autre,  des  lineaments  separes,  et  qui  font 
une  difference  entre  la  main  gauche   et  la   main 


397 


royaume  du  ciel.  Or  il  arrive  quelquefois  que  no- 
tre  ame  est  sous  l'impression  de  la  crainte  servile 
de  la  peine,  et  alors  il  ne  faut  pas  dire  que  la 
main  gauche  de  l'Epoux  est  sous  notre  tete,  mais 
quelle  est  dessus  ;    et  uue  ame  qui   est  dans    cette 


e  Verbe  est 
one  parole 
simple  et 

une. 


omment  01 
loit  parler 
des  choses 
de  Dieu. 


Car  il  est  lasagessede  Dieu,  de  laquelle  il  est  ecrit : 
«  Et  sa  sagesse  n'a  point  de  nombre  (Psal.  ci.xvi, 
5).  »  Mais  si  ce  qui  est  inimitable  est  incompre- 
hensible, et  pourtant  ineffable,  oil  trouver  je  vous 
prie  des  paroles  qui  soient  capables  d'exprimer  di- 
gnement  une  si  haute  Majeste,  d'en  parler  en  ter- 
mes  qui  lui  conviennent  et  de  la  deflnir  convena- 
blement "?  neanmoins  afin  d'expliquer,  selon  notre 
pouvoir,  le  peu  que  nous  en  connaissons  par  la  re- 
velation du  Saint-Esprit ,    l'autoriie  des  Peres  et  la 


coutume  de  l'Ecriture  nous  apprend,  qu'il  nous  est  xvi,  10).  »  Voila  pourquoi  dans  la  certitude  de  son 

permis  de  nous  servir  de    comparaisons   de  choses  espcrance,  elle  dit  avec   confiance  :    «  et  sa    droite 

connues  qui  y  ont   quelque  rapport,    et  que    nous  m'embrassera.  » 

pouvons    non  pas    inventer   de  nouvelles    paroles,         9.  Consider  ez  avec  moi  si  une  Ame  qui  est  dans  eet 

mais  emprunter  celles  qui  sent    communes,  ou  en  etat   et    qui  en  est  meme  a  jouir  d'une   si    grande 

user  dans  un  autre   sens  pour  en  revetir  ces  com-  douceur,  ne  peat  point  s'approprier  aussi  cette  pa- 


Ou'est-ce 
lelagiuehe 
t  la '"droite 
en  Dieu. 


paraisons  a',  quelque  sorte  de  dignite  et  de  de- 
cence  ;  d'ailleurs  il  serait  ridicule  de  vouloir  ensei- 
gner  des  choses  qui  ne  sont  pas  connues,  par  d'au- 
tres  qui  ne  le  sont  pas   davantage. 

8.  Ainsi  comme  par  le  cote  droit  et  par   le  cote 
gauche  on   a  coutume  de  designer  les  adversites 


role  du  Psalmiste  :  «  Je  dormirai  et  reposerai  en 
pais  (Psal.  iv,  9).  »  surtout  ajoutez  avec  moi, 
«  parce  que  e'est  vous  seul,  Seigneur,  qui  m'avez 
particulierement  etabli  dans  l'esperance.  »  C'est-a- 
dire  :  Tant  qu'une  personne  est  touchee  de  l'esprit 
de  servitude,  et  qu'elle  a  peu  d'esperance  et  beau- 


La  crainte 
seivile. 


droite  ?    Ne  devons-nous  pas   croire  plutot  que  le  disposition  ne  peut  pas    dire  avec  l'Epouse  :  11  met 

Verbe  de  Dieu,  qui  est  Dieu  lui-meme,  n'admet  en  sa  main  gauche  sous  ma  tete.  Mais  si  elle  f  lit  quelque 

soi  aucune  diversite,  mais  «  qu'il  est   celui  qui  est,  progres  et  passe  de   cet  esprit  de  servitude  dans  le 

si  simple  en  sa  nature,    qu'il  n'a  point  de   parties,  sentiment  plus  noble  d'un    service    volontaire,    en 

si  unique,  que  la  pluralite  n'a  point  de  lien  en  lui.  sorte  qu'elle  soit  plutot  attiree  par  les  recompenses, 


que  forcee  par  les  suppliees,  et  surtout  si  elle  se 
porte  au  bien,  par  l'amour  du  bien  meme  ,  alors 
elle  pourra  dire  sans  hesiter  :  «  Sa  main  gauche  est 
sous  ma  tele  ;  »  parce  qu'elle  a  surmonte,  par  une 
meilleure  et  plus  generalise  disposition  d'esprit, 
cette  crainte  servile,  qui  est  a  la  main  gauche,  et 
que  meme  par  la  noblesse  de  ses  desirs,  elle.  s'est 
approcb.ee  de  la  main  droite,  oil  sont  toutes  les 
promesses,  suivant  cette  parole  du  Prophete  a  Dieu  : 
«  Des  delices  eternelles  sont  dans  votre  droite  I  Psal. 


et  les  prosperites,  il  me  semble  qu'ici  on  peut  en-  coup  de  crainte,  elle  n'a  ni  pais,  ni  repos,  parce 
tendre  par  la  main  gauche  du  Verbe,  la  menace  du  qu'elle  Dotte  entre  la  crainte  et  l'esperance,  et  elle 
supplice  eteniel,  et,  par  la  droite,  la  promesse  du    est  d'autant  plus  tourmentee,   que  la  crainte  sur- 


La  ou  l.i 

crainte 
domine  l'es- 
perance est 

nulle. 


at.  trans- 
feree. 


sive  dexteram  ?  Nuni  id  quod  dicitur  hominis  verbum 
istiusmodi  corporeas  partes  babet  in  se  divisas,  et  lioea- 
menta  distincta  ,  ae  dislinguentia  inter  sinistrara  et  dex- 
teram ?  Quanto  magis  is,  qui  Dei  et  Dens  est  ,  Sermo 
varietatem  prorsus  aliquam  non  admittH  ,sed  est  qui  est, 
in  sua  nimirum  nalura  tarn  simplex  ut  non  habeat partes, 
tain  unus  ut  non  babeat  numeros.  Est  enim  Dei  sa- 
pientia,  de  q u  eriptum  est:  Et  sapientiv  ejm  non  est 
numerus.  At  si  quod  invariable  est ,  id  incomprehensi- 
bile,acper  hoc  eliam  ineffabile  esse  necesseest:  ubi 
quaeso  invenias  verba,  quibus  illam  mujestalem  vel  di- 
gue, assignes,  vel  proprie  proloquaris,  vel  competenter 
diffinias?  Taraea  uteumque  Ioquamur,  quod  ulcumque 
de  ea  Spiritu-Sancto  revelante  sentitnus.  Docemur  auc- 
t  irilale  patrum ,  et  consuetudine  Seripturarum 
gruenle.-s  de  rebus  nolis  licere  similitudines  usurpare; 
sed  et  verba  non  nova  iaveuire,  sed  nota  mutuari  *,  qui- 
bus digne  et  c  impetenter  easdeui  similitudines  vesli.in- 
tur.  Alioquin  ridicule  ignota  per  igno'a  docere  conaberis. 
8.  Ergo  quia  per  dextrum  et  siuistrum  adversa  soient 
atque  prospera  designari:  videtur  ruihi  hoc  loco  intel- 
ligi  posse  leevam  quidem  Verbi ,  comminationem  sup- 
plicii ;  dextram    vero  regni  promissionem.   Est  autem 


cum  mens  nostra  formidine  poena?  serviliter  premitur: 
et  tunc  nequaquam  sub  cn/rite ,  sed  super  caput  laeva 
esse  dicenda  est :  nee  potest  sic  affecla  anima  omnino 
dicere,  quia  laeva  ejus  su'j  eapite  meo.  At  vero  si  pro- 
ficiens  ex  hoc  spiritu  servitutis  transient  in  quemdam 
spontanei  obsequii  digniorem  affectum,  quatenus  vi- 
delicet prasmiis  potius  provocetur  quaui  arctetur  sup- 
pliers, magis  autem  si  amore  boni  ipsins  agatur,  tunc 
indubitanter  dicere  poterit,  qw.a  leva  e/us  su'j  eapite  meo, 
quippe  qui  ilium  servilem  metum  ,  qui  in  sinistra  est: 
meliori  atqne  excellentiori  habitudine  animi  superarit, 
et  dignls  desideriis  eliam  ipsi  appropiaverit  dexterae,  in 
qua  sunt  omnes  promissiones,  discenle  Propnttaad  Do- 
minum:  Delectatiates  in  dextera  tua  usque  in  finem. 
Unde  et  certa  spe  concepta  cum  fiducia  loquitur:  Et 
dextera  ejus  amptexabilur  me. 

9.  Tu  jam  mecum  videos,  an  ita  affectae  et  assecuts 
hunc  tant33  suavitatis  locum,  illud  quoque  conveniat  de 
psalmo  usurpare,  ul  dicat  etiam  ipsa  :  In  pace  in  i/Upmm 
dunniam,  et  requieseam  :  prassertim  cum  suppefat  causa 
quae  sequitur,  quoniam  tu  Domine  singu/ariter  in  spe 
constitutsti  me.  Quod  equidem  tale  est.  Donee  qui9 
premitur  a  spiritu  servitutis,  parumque  habet  de  spe,  de 


398 


GELVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


passe   l'esptrance.  Car  la  crainte  est  penible,  aussi,     (Cant,  n,  7).  *    C'est   une  grande  et   raerveilleuse 
ne  peut-elle  pas  dire  :  «Je  dormirai  et  reposerai    bonte  de  ftire  reposer  dans  son  sein  l'ame  contem- 

eu  paix,  »  p;irce  qu'elle  ue  pent  pas  dire   encore,     plative,  et  de  plus,  de  la  garanlir  de  tons  les  soins 

quelle  est  partil  uliercmenl  etablie  dans  I'esperance.      qui  pourraient  lui  causer  du  trouble,  de  l'exempter 

L'aapenura  M.us  si.  par  I'accroissemenl  de  la  grace,  la  crainte  se    des  inquietudes  del'action  et  des  embarras  des  af- 

dissipe  pen  apeu,    et  I'esperance  augments,  et    faires,  et  de  ne  pas  souifrir  qu'on  l'eveille  a  moins 

que  la  qu'elle  ne  le  veuille.  Mais  il  ne  t'aut  pas  cut  amor  ce 
sujet  a  la  tin  d'undiscours.  11  vaut  niieux  le  remet- 
tre  a  une  autre  fois,  aliu  que  nous  donnions  tout 
le  temps  necessaire  a  un  sujet  si  agreable.  Ce  n'est 


commence 

p.ir   ctre 
petiteet  aug-  si  eiilill    les  choses    en    ari'ivcnt  au    point, 
menteensuite     .       ...  ,, 

charite  Tenant avec  toutesses  lorces  au  secours  ne 


I'esperance,  chasse  dehors  la  crainte,  cette  ame  ne 
sera-t-elle  pas  singulierement  etablie  dans  I'espe- 
rance, et  pourtaut  ne  pourra-t-elle  point  dornnret     pas    qu'alors   meme  nous    soyons  suilisants    pour 

avoir  quelque  pensee  de  nous-memes,  surtout  dans 
une  matiere  si  noble,  si  excellente  et  si  sublime, 
maisnotre  suiCsance  vientde  Dieu,  l'epoux  de  l'E- 
glise  Notre  Seigneur  Jesus-Christ,  qui  etant  Dieu 
au  dessus  detoutes  choses,  est  beui  a  jamais.  Ainsi 
soit-il. 


reposer  en  paix  ? 
LMme  repose      10-  «  Si    vous   dorniez,    dit  le    Prophete,    entre 
™       deux  sorts  contraires,  vous  brillerez  comme   les 

lesperance.  *  _  ,..    .. 

plumes  argentees  de  la  colombe.  »  Cequildil, 
je  crois,  parce  qu'il  y  a  un  milieu  entre  la  crainte 
et  la  securite,  comme  entre  la  main  gauche  et 
la  main  druite,  c'est  I'esperance,  sur  laquelle  l'es- 
pritet  la  conscience  se  reposent  doucement,  comme 
sur  le  lit  agreable  et  moelleux  de  la  charite.  Peut- 
elre  meme  est-ce  ce  qui  est  marque  dans  la 
suite  de  ce  Cantique,  lorsque  dans  la  description 
du  banquet  de  Salomon,  on  lit  entre  autres  choses  : 
»  11  a  servi  la  charite  au  milieu  de  son  festin,  a 
iuse    des  Giles  de  Jerusalem  [Caul,  m,  10).  »   Car 


SERMON  1.11. 

Du  ravissemcnt  qu'on  appcllc  contemplation,  dans  le- 
ijurl  /' lipoux  fait  reposer  I'dme  sainle  et' se  met  en 
peine  de  lui  assurer  le  calme  et  la  paix. 

«  Je   vous   conjure,  lilies  de  Jerusalem,   par    ies 


jelui  qui  se  sent  tout  particulierement  etabli  dans  cbevreuils  et  les  cerfs  de  la  campagne,  de  ne  point 

I'esperance,    ne  sert   plus  par  un    mouvement   de  eveiller  ma  bien-aimee  jusqu'a  ce  qu'elle  le  veuille 

crainte,  mais  se  repose  dans  la  charite.  C'est,  en  el-  bum    (Cant,  xxvn,  1).  »  C'est  aux  jeunes  lilies    que 

t'et,   ce  qui  arrive  a  l'Epouse,  qui  se  repose  et  dort  ci  tie  defense  s'adresse.  Etil  les  appelle  lilies  de  Jeru- 

aussi.  Car  l'Epouxdit  en  parlant  d'elle  :  «  Je  vous  salem,  parce  quebien  qu'ellessoient  delicates  et  tai- 

coujure,  Giles  de  Jerusalem,  par  les  cbevreuils  et  bles,    comme  n'ayant  encore  que  les  aireclions  et 

les  cerl's  de  la  campagne,  de  ne  point  eveiller   ma  les  oeuvres  des  femmes,  elles  sont  neanmoins  atta- 

bien-aimee,     jusqu'a    ce    qu'elle  le    veuille  bieu  chees  a  l'Epoux  dans  I'esperance   de    profiter   et 


timore  plurimum  ;  non  est  ei  pax  neque  requies,  (luc- 
tuante  nimirum  eonscientia  iater  spem  et  timorem, 
lequc  quod  a  superexcellente  timore  abundanlius 
crucietur;  nam  limor  pusnam  habet.  Et  ideo  non  est 
illi  dicere,  in  pace  in  idipsum  dormiam  et  requiescam, 
quando  necdum  sc  singulariter  in  spe  constitutum dicere 
potest.  Caeterum  si  paulatim  per  inercmentum  gratia; 
ccepcrit  deflcere  timor,  et  proticere  spes :  cum  demum 
ad  hoc  ventum  t'uerit  ui  totis  viribus  exsurgens  cbaritas 
in  adjutorium  spci  foras  miltat  timorem  :  nonne  ejus- 
modi  anima  singulariter  in  spe  constituta  videbitur,  ac 
proinde  ctiam  in  pace  in  idipsum  dormire  jam  et 
requiesccre? 

10.  St  dormatii,  inquit,  inter  medios cleros,  pennm  co- 
lumbce  deargenluta.  6"°<1  propterea  dictum  puto,  quo- 
niam  est  locus  inter  timorem  et  sccuritatem,  tanquam 
inter  lasvam  et  dcxteram,  media  videlicet  spes,  in  qua 
mens  et  conscienlia,  molli  nimirum  supposito  charilalis 
stratu,  suavissime  iequiescit.  Et  forte  in  consequentibus 
hujusipsius  cantici  hie  locus  fuerit  designatus,  ubi  in 
descriptione  ferculi  Salomonis  inter  caetera  babes  :  Media 
charitute  constraint  propter  filias  Jerusalem.  Nam  qui  se 
singulariter  in  spe  constitutum  sentit,non  jam  in  timore 
servit,  sed  requicscit  in  charitate.  Denique  requiescit  et 
dormit  Sponsa,  pro  qua  dicitur :  Adjwo  vos,  fiHieJerusa- 


Ion,  per  capreas  cervosque  camporum,  >ie  suscitetis  ne- 
que evigilare  facialis  dilectam,  quoadusque  ipsa  nelit. 
Magna  et  slupendadignatio,  quod  quiescere  facit  animam 
conlemplantem  in  sinu  suo,  insuper  el  custodil  ab  iufes- 
tantibus  curis,  protegitque  ab  inquietudinibus  actionum, 
et  molestiisnegotiorum  ;  nee  patitur  omnino  suscitari, 
nisi  ad  ipsius  ul i 1 1 1 1 < -  voluntatem.  Al  islud  non  in  an- 
gustiis  (iniendi  jam  sermonis  adoriendum  est,  magis  an- 
ient liinc  alius  incboetur,  quatenus  locus  delectabilis  de- 
bila  in  tractando  diligentia  non  fraudetur.  Non  quod  vel 
tunc  sufllcientes  simus  cogilare  aliquid  a  nobis  quasi  ox 
nobis,  prssertim  in  tarn  digna,tamqne  excellentc  et  om- 
nino siipercminenle  materia,  sed  sul'licienlia  nostra  ex 
Deo  est,  sponso  Ecclesiae  Jesu-Christo  Domino  nostro, 
qui  est  super  omnia  Deus  bonedictus  in  saxula.  Amen. 

SERMO  LI1. 

De  exeessu,  qui  contemplatio  dicitur,  in  qua  Spnmus  fe- 
cit quiescere  animam  sanclam,  pro  ejus  quiete 
zelans. 

1.  Adjuro  vos,  filial  Jerusalem,  per  capreas  cervos- 
que camporum,  ut  uon  excitelis  neque  evigilare  facialis 
dilectam,  quoadusque  ipsa  velit.  Prohibenlnr  adolescen- 


CINQUANTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CA.NTIQUES. 


Bt.Dte  de 
Ken  eovers 

1'ime. 


d'arriver  avec  elle  a  Jerusalem.  On  leur  defend 
done  de  troubler  le  sommeil  de  l'Epouse,  et  de  l'e- 
veiller  malgre  elle.  Car  son  tres-doux  Epoux  a  niis 
sa  main  gauche  sous  satete,  commenousl'avons  vu, 
afin  de  la  faire  reposer  et  dormir  dans  son  si-in.  Lt 
maintenant  par  un  exces  de  boute  et  d'amour,  il 
veut  bien  etre  son  gardien  et  veiller  sur  elle,  de 
peur  qu'etant  inquietee  par  les  uombreuses  et  pe- 
tites  exigences  des  jeunes  lilies,  elle  ne  vienne  a 
s'eveiller.  Voila  pour  ce  qui  est  de  ia  lettre.  Mais 
quant  a  ce  que  l'Epoux  les  conjure  par  les  che- 
vreuils  et  par  les  cerfs  de  la  campagne,  il  seruble 
que  cela  n'ait  aucune  liaison  raisonnable  dans  le 
sens  litteral.  C'est  pourqnoi  il  i'aut  I'expliquer  abso- 
lument  selon  lintelligence  spiriluelle;  quoi  qu'il  en 
soit,  nous  pourrons  dire  aussi,  qu'il  fait  bon  ici  a 
contempler  un  peu  la  bonte,  la  douceur,  et  la  mi- 
sericorde  de  Dieu.  Car  qu'est-ce  qu'un  homme  a 
jamais  experimente  de  plus  doux  dans  l'affection 
humaine,  que  ce  qui  estdit  icide  l'amour  du  Tres- 
Haut.  Et  celui  qui  parle  ainsi  penetre  les  plus  su- 
blimes secrets  de  la  divinite,  il  ne  pout  pas  les 
ignorer,  il  estson  esprit ;  ni  dire  autre  chose  que  ce 
qu'il  a  vu  en  lui,  il  est  l'esprit  de  verite. 

2.  Nous  en  avons  parmi  nous,  qui  ont  ete  assez 
heureux  pour  meriter  de  goiiter  cette  joie,  et  de 
sentir  ;>ar  leur  propre  experience  les  ell'ets  dun 
mystere  si  plein  de  douceur  :  a  moins  que  nous  ne 
voulions  point  ajouter  foi  a  ce  que  dit  l'Ecriture 
en  cet  endroit  ou  l'Epoux  celeste  nous  est  montre 
eviJemment  toucne   d'un  zeie  ardent    pour  le   re- 


tulae  :  (has  enim  filias  Jerusalem  dicit,  quia  etsi  delicalae 
et  molles,  et  quasi  femineis  adhuc  afl'eciibiis  et  actibus 
infirmse,  Spoosae  tamen  inhaerent  spe  pruticiendi,  et  pro- 
Ociscendi  Jerusalem.)  Pruhibontur  ergoab  infestatione 
Sponsas  dormientis,  ne  scilicet  praeter  voluntatcm  ipsius 
ullatenus  earn  excilare  praesutuant.  Propterea  cr.iin  dul- 
cissimus  sponsus  laevam  smiu  capiti  sjus  supposuit,  se- 
cundum ea  qua?  pr&missa  sunt,  quatcnus  in  sinu  suo 
earn  quiescere  faceret  et  dormire.  Et  nunc  sicul  subin- 
de  Scriptura  prosequitur,  ipse  custos  illius  dignantissime 
el  bcnevolentissime  vigilat  super  earn,  ne  adulesccntula- 
rum  crebris  minutisque  necessitatibus  inquietata  evigila- 
re  cogattir.  Isla  est  lateralis  coaaerentiatextus.  Sed  ul, im 
conlesUuio  ilia  facta  per  enpreas  servosque  cumporum, 
nihil omnino  secundum  littteram consequently  ralionabilis 
habere  videtur,  adeo  totam  sibi  earn  vindicat  inlelligen- 
tia  spiritualis.  At  quoquo  modo  ilia  se  habeal,  interim 
bonum  est  nos  hie  esse,  et  intueri  paulisper  naturae  di- 
vinae  bonitaiem,  suavilatcai,  dignationem.  Quid  namque 
tu,  bomo,  in  humanis  unquam  aUcctibiis  e.xpertus  es 
dulcius,  quam  modo  tibi  expri.uitur  de  corJe  AhUsimi  ? 
Et  exprimitur  ab  illo  qui  scrulatur  alta  Dei,  et  non  po- 
test nescire  qua;  in  eo  sunt,  quia  Spiritus  ipsiuscst :  nee 
aliud  pl^ne  luqui, quam  quod  apud  ipsum  vidit,  quoniain 
veritatis  Spiritus  est. 

2.  Denique  nee  deest  in  nostro  genere,  qui  hoc  mu- 
nere  felix  laatificari  meruerit,  et  sic  in  setnetipso  suavis- 
simi  arcani    hujus  habuerit  experimentum  :  nisi   tamen 


399 

pos  d'une  bien-aimee  qu'il  a  soin  de  tenir  entre  ses 
bras  pendant  quelle  dort,  de  peur  qu'un  sommeil 
agreable  ne  soit  trouble  par  quelque  importun  ou 
quelque  ficheux.  Je  ne  me  sens  pis  de  joie  devoir 
que  cette  souveraine  Majesie  ne  dedaigne  pas  de 
s'abaisser  jusqu'a  la  faiblesse  de  notre  nature  par 
un  commerce  si  doux  et  si  famdier,  et  que  cette  di- 
vinite supreme  veuille  bien  prendre  pour  son  Epouse 
une  ame  qui  est  dans  un  lieu  d'exil,  et  lui  temoi- 
gner  la  passion  d'un  Epoux  epris  d'un  amour  tres- 
ardent.  Je  ne  doute  point  qu'il  en  soit  dans  le  ciel 
comme  je  vois  qu'il  en  est  sur  la  terre  et  que  lame 
ne  sente  ce  qui  est  exprime  dans  ce  Cantique,  a 
moins  qu'on  veuille  dire  qu'il  est  impossible  de 
decrire,  par  des  paroles,  cequ'ellepourra  eprouver 
a  cette  heure.  Que  pensez-vous  que  recoive  la-kaut 
celle  a  qui  on  temoigne  ici-bastant  d'amour,  quelle 
se  sent  deja  entre  les  bras  de  Dieu,  repose  dans  le 
sein  de  Dieu,  est  gardee,  veillee  pjr  Dieu,  de  peur 
que  quelqu'un  ne  la  reveUle  avant  qu'elle  s'eveille 
d'elle-meme. 

3.  Disons  done,  si  nous  le  pouvons,  quel  est  ce 
sommeil  dont  l'Epoux  desire  que  dorme  sa  bien-ai- 
mee, et  no  veut  pas  qu'on  l'eveille,  si  elle  ne  s'e- 
veille d'elle-meme,  de  peur  que  quelqu'un  venant  a 
lui,  ne  dise  ce  qu'on  lit  dans  l'Apotre  :  a  11  est 
temps  de  quitter  le  sommeil  [Rum.  xiu,  11  .  ■ 
ou  dans  le  Prophete,  «  qu'il  prie  Dieu  d'eclairer 
ses  yeux  (Psal.  xu,  h),  »  atiu  qu'il  ne  s'en- 
dorme  jamais  du  sommeil  de  la  mort,  il  ne 
soit    trouble   par   quelque    equivoque,     et   ne  se 


Scriptures  loco,  qui  prae  manibus  est,  omnino  decredi- 
mus,  uhi  manifesle  indiciturccelestis  Sponsus  vehemen- 
tissime  zelans  pro  quiele  cujusdauadilectaBsua=,sollicitus 
servare  inter  brachia  propria  dormientem,  ne  qua  forte 
molestia  vol  inquietudinea  somno  suavissimo  deturbetur. 
Non  me  capiu  prae  lastitia,  quod  ilia  majestas  tam  fami- 
liari  dulcique  consorlio  nostra;  se  inclinare  infirmitati 
uiinime  dedignatur,  et  superua  deitas  animae  exsulantis 
inire  connubia,  eique  Sponsi  ardentissimo  amore  capti 
exhibere  affectum  non  despicit.  Sic,  sic  in  coelo  esse  non 
ambigo,  ut  lego  in  terra,  sentietque  pro  certo  anima  quod 
continet  pagiua  :  nisi  quod  non  sufficit  istat  omnino 
exprimere,  quantum  eapere  ilia  tunc  poterit,  sed  nee 
quantum  jam  potest.  Quid  putas  illie  accipiet,  quu3  hie 
lanta  familiaritate  donatur,  ut  Dei  brachiis  ampl^cti  se 
senliat,  Dei  sinu  foveri,  Uei  cura  et  studio  custodiri,  ne 
dormiens  forte  a  quopiam,  donee  ultro  evigilet,  exci- 
tetur  ? 

3-  Age  jam  ilaque,  dicamus  sipossumus,  quisnam  ille 
sit  somnus,  quo  dilectam  Sponsus  obdorinire  velit,  nee 
patiatur  omnino,  nisi  ad  ipsius  arbitrium,  exeitari  :  ne 
forte  cum  legerit  quis  apud  Apostolum,  Hora  est  jam 
nos  de  somno  surgere,  sive  apud  Prophetam  exorari  ab 
ipso  Deum,  illuminari  oculos  suos  ne  unquam  obdor- 
miat  in  morte,  nominum  aequivocatione  tuibetur,  nee 
inveniat  omnino,  quid  digne  de  dormitione  Sponsae  quae 
hoc  loco  memoratur,  sentirepossit.  Nam  ne  illudquidem 
simile  est  huic,  quod    de   Lazaro  ait   in  Evangelio    Do- 


400 


OEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


fasse  pas  une  juste  idee  du  souimeil  de  l'Epouse, 
dont  il  est  parle  en  cet  endroit.  Or,  il  n'etait  pas 
semblable  non  plus  a  celui  dont  le  Sauveur  parle 
dans  rEvangile,  au  sujet  do  l.azare,  quand  il  dit  : 
«  Lazare  notre  ami  dort  :  allons,  reveillons-lc  de 
ce  somnieil  {Juan,  si,  11).  »  Par  ces  mots,eu  etlet, 
il  entendait  la  mort  du  corps,  au  lieu  que  les 
disciples  s'i  oaginaient  qu'il  parlait  d'un  verita- 
ble somnieil.  Le  sommeil  de  l'Epouse  n'est  point 
ce  sommeil  tranquille  du  corps,  qui  plonge  les 
sens  dans  un  dous  assoupissernent,  ui  ce  sommeil 
liorrible  qui  a  6te  entierement  la  vie.  11  est  encore 


et  sen  separe  de  sorte  qu'elle  aille  au-dela  da  la 
ordinaire  de  penser.  Car,  comnie  ditle  Saga  : 
&  C'est  >'ii  vain  qu'onjette  le  lilet  devant  les  oiseaux 
qui  ontdes  ailes  pour  s'envoler  Prov.  1,  17  .  »  Au 
omment  craindrait-onl'impurele,  lorsqu'onue 
sent  pas  settlement  la  vie.  Car  lorsque  lame  sort 
sinon  de  la  vie,  du  moins  des  sens  de  la  vie,  il  est 
hors  de  doute  qu'elle  ne  sent  point  non  plus  les 
teutations  delavie.  a  Qui  me  donnera  des  ailes  de 
colombe  pour  m'enToler  et  me  reposer  (Psal. 
i.iv,  7  '.'  I'lut  a  Dieu  que  je  mourusse  souvent  de  la  ce  genre  da 
sorte,  atin  que  je  pusse  eviler  les  diets  de  la   mort,     ,n?°.rl  '.*' 


Ce  n'est  ni    bien   plus  eloigns  de  cet  autre   sommeil,    qui  fait     etrc  insensible  aux  attraits  mortels  de   la    volupte, 


■rant  dans  le 


eoroT°nilce'ie  quon  s'endort  dans  !a  mort,  en  persever 
de  Time,  pecbe  mortel.  Au  contraire  celui-ci  qu'on  peut  ap- 
pear un  sommeil  de  vie  et  un  sommeil  vigilant, 
illumine  les  sens  interieurs,  bannit  la  mort,  et 
communique  une  vie  immortelle.  C'est  vraiment 
un  sommeil  qui,  neanmoins,  u'assoupit  pas  les 
sens,  mais  les  transporte,  et  les  ravit  Je  puis  dire 
meme,  sans  crainte  de  me  tromper,  comme  di-ail 
l'Apotrepourluuerquelquespersonnes  vivant  encore 
de  la  vie  du  corps,  dit  :  «  Vous  etes  mortes,  et  vutre 
vie  est  cachee  avec  Jesus-Christ  en  Dieu.  » 

U.  Je  puis  done,  sans  aucune  absurdiie, 
appeler  mort  l'exlase  de  l'Epouse,  mais  c'est  une 
mort  qui,  bien  loin  de  lui  uter  la  vie,  la  delivre  au 
contraire  de  ses  filets,  en  sorte  qu'elle  peut  dire  : 
«  Notre  ame  s'est  sauvee  comme  un  oiseau  qui  s'e- 
cbappe  du  filet  des  oiseleurs  [PsallZXUl,  7).  » 
Le  sommeil  Car  on   marcbe  en  celte   vie  comme  au  milieu  des 

de  la  bien-    fiiets  et  Fame  ne  les  apprehend*  point,    toutes  les 
ainiu-e  est  '  L  r  r 

une  sorte  de  fois  qu'elle  est  ravie  bors   d'elle-meme,    par    une 
"eiiau.    Juste  et  sainte  pensee,  si  neanmoins  elle  s'en  retire 


nr  point  ceder  aux  cbarmes  des  plaisirs  seusuels, 
n'etre  ni  briile  du  desirdes  richesses,  ni  aniine  des 
mouvemeuts  de  la  colere  et  de  1'impatience,  ui 
trouble,  ui  inquiete,  ni  ronge  par  les  soucis.  Que 
mou  ,'uue  meure  de  la  mort  des  justes,  alin  qu'elle 
ne  tombe  plus  dans  les  filets  trompeurs  de  l'enne- 
mi,  et  qu'elle  ne  prenne  plus  de  satisfaction  a  mal 
{aire.  Quelle  bonne  mort,  que  celle  qui  note  pas 
La  vie,  maisla  cbange  enmieux,  qui  ne  fait  pas  torn - 
ber  le  corps,  mais  eleve  lame. 

5.    Mais  ce  n'est  encore  la  qu'une  mort  qui  est  . 

propre   aux  bommes.  Que  mon  ame  meure  de  la   ange»cVst 

.      ,  .  .  .  .  i  •       •       fi      laconteiupla 

mort  des  anges  meme,  si  je  puis  parler  aiusi,  atin  tiwl  r 
que,  perdant  le  souvenir  des  cbosespresentes,  elle  se 
depouille  non  seulement  de  l'amour,  mais  des  biens 
inteiieurs  et  corporels,  et  qu'elle  ait  un  commerce 
pur  avec  ceux  dont  elle  imite  la  purete.  C'est  dans 
ce  ravissement  que  consisle  seulement  ou  princi- 
palement  la  contemplation  ;  car,  de  n'etre  point 
toucbe,  durant  cette  vie,  de  l'amour  des  cboses  de 
la    vie,  c'est   l'effet  d'uue   vertu   bumaine,  mais  de 


minus  :  Lazarus  amicus  noster  dormit  earnus  et  a 
somno  excilemus  eum.  Hoc  enim  dicebat  de  morte 
corporis  ejus,  cum  discipuli  de  dormilione  somni  dic- 
tum putarent.  Non  autem  is  Sponsae  somnus  dormitio 
corporis,  vel  placida,  qua.'  se.isus  carnis  suavitcr  sopit 
ad  tempos,  vel  borrida,  qua?  I'undilus  vitam  tollere  con- 
suevit.  Multu  niagis  vero  et  ab  ilia  alieuus  ejtsistit  qua 
obdoruitur  morte,  enm  videlicet  in  peccato  quod  eat 
ad  mortem,  irrevocabiliter  persever.it  if.  Magis  atilem 
istiusmodi  vitalis  vigilque  sopor  seiisum  interiorem  il- 
tuminat,  et  merle  pro]  a  tiibuil  sempiternam. 

Revcra  enim  dormiUo  est,  qua  tamen  sensual  non 
sopiat,  sed  abdur.d.  Eat  et  mors,  (quod  non  dubius 
dixerim)  quoniam  Apostolus  quosdam  in  carne  adhuc 
viventes  commendaodo  sic  loquitur  :  ilortui  estis,  et 
tita  vestru  abseondUa  est  cum    Clwisio  in  Deo. 

4.  Proindeet  ego  nonabsurdcSponsasecstasim  vocave- 
rim  mortem,  qme  tamea  non  vita,  sed  vita?  eripiat 
laqueis,  ut  possit  diccre  ;  Anima  nostra  sicut  passe* 
erepta  est  de  laqueo  veaantium.  Inter  medios  namque 
laqueos  in  hac  vita  inceditur,  qui  utique  tolies  non 
timentur,  quolies  sancta  aliqua  et  vebementi  cogitatione 
anima  a  semelipsa  abripitur  :  si  tamen  eousque  rneute 
secedat  et  avolet,  ut  et    hunc    communem    transcendat 


usum  et  consuetudinem  cogitandi.  Etenim  frustra  jaci- 
tur  rete  ante  oculos  pennalorum.  Quid  enim  foimidetur 
luxuria,  ubi  nee  vita  senlitur  ?  Excedenle  quippe  anima 
etsi  non  vita,  certe  \ita'  sensu,  necessa  est  eliam  ut  nee 
vitas  tentalio  sentiatur.  Quis  dabit  mihi  pennas  sicut 
columnar  el  volabo,  et  requiescam  '?  Utinam  hac  morte 
ego  frequenter  cadam,  ut  evadam  laqueos  mortis,  ut  non 
sentiam  vitas  luxurianlis  mortifcra  blandimenta,  ut 
obstupescam  ad  sensum  libidinis,  ad  aestuni  avarili;e, 
ml  iracuudii£  el  impatientiae  stimulos,  ad  angores  solli- 
I  j ii in ,  et  molestias  curaram  !  Moriatur  anima  mea 
justoram,  ut  nulla  illam  illaqueel  fraus,  nulla 
obleclet  iniquitas.  Bona  mors,  quae  vitam  non  aufert, 
aisl'ei'l  in  melius  ,  bona,  qua  non  corpus  cadit,  sed 
anima  sublevatur. 

B.  Verum  ha?c  hominum  est.  Sed  roorialur  anima 
mcamorle  eliam  (si  dici  potest)  angelorum,  ut  prasen- 
tium  memoria  excedens,  rerum  se  infeiiorum  corporea- 
rumquc  non  modo  cupiditatibus,  sed  et  simililudinibus 
exuat,  sitquc  ei  pura  cum  illis  conversatio,  cum  quibus 
est  puritatis  similitudo.  Talis  (ut  opinor)  excessus  aut 
tantum,  aut  maxime  contemplatio  dicilur.  Rerum  et 
enim  cupiditatibus  vivendo  non  teneri,  humariae  virtutis 
est ;   corporum    vero    similitudinibus    speculando    non 


CINQUANTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE    DES  CANTIQUES.  /,oi 

n'etre  pas  meme  detourne  de  la  contemplation  par  6.  C'est  done  dans  cette  solitude,  je  crois,  que 
les  images  du  corps,  c'est  le  propre  d'une  purete  l'Epouse  s'est  retiree,  c'est  dans  ce  lieu  si  beau 
angelique,  l'un  et  l'autre  pourtant,  sont  un  don  de  qu'elle  dort  doucement  entre  les  bras  de  son 
Dieu,  l'un  et  l'autre  sont  une  extase,  Timet  l'autre     Epoux,  e'est-a-dire  qu'elle  est  ravie  en  esprit,  puis- 

qu'on  defend  aux  jeunes  filles  de  la  reveiller,  jus- 


vous  font  sortir  bors  de  vous-meme  ;  mais  dans 
l'un  vous  allez  loin  de  vous,  et  dans  l'autre  vous 
dememvz  bien  pres  de  vous.  Heureux  celui  qui 
peut  dire  :  «  Je  me  suis  eloigne  en  t'uyant,  et  suis 
demeure  dans  la  solitude  [Psal.  ux,  8) .  »  C'etait 
peu  pour  lui  de  sortir,  s'il  ne  sen  allait  bien 
loin  afln  de  pouvoir  se  reposer.  Vous  avez  passe  les 
plaisirs  de  la  cbair,  en  sorte  que  vous  n'obeissez 
point  a  scs  couvoitises,  et  n  etes  plus  arrete  par  ces 
attraits  ?  Vous  vous  etes  avance,  vous  vous  etes  se- 
pare,  mais  vous  ne  vous  etes  pas  encore  eloign e, 
si  vous  n'avez  pas  assez  de  force  pour  vous  elever 
par  la  purete  de  votre  esprit,  au  dessus  des  fanto- 
mes  des  cboses  corporelles,  qui  viennent  en  foule 
de  toutes  parts,  se  presenter  a  voire  imagination. 
Jusques  la  ne  vous  promettez  point  de  repos.    Vous 


vous  trompez,  si  vous  croyez  retrouver    au  dessous  templation.  Que  veut  done  dire  cette   conjuration 

de    vous  le  lieu  de  repos,   le  secret   de  la  solitude,  que  l'Epoux  fait  par  ces  sortes  d'esprits?  C'est  sans 

la   seienite    de  la   lumiere,  la  demeure  de  la  paix.  doute  afln  que   ces  jeunes  Giles  inquietes  n'osent 

Mais  donnez-moi  quelqu'un,  qui  en  soit  arrive    la,  pas  tirer  sa  bieu-aimee  d'une  compagnie  si  venera- 

je    confesserai  aussitot  qu'il  est  en  repos,  et  qu'il  ble,  a  laquelle  certainement  elle  se  mele,  toutes  les 

peut  dire  avec  raison:  «  Mettez-vous  en  repos,  mon  fois  qu'elle  sort  d'elle-meme  par  la  contemplation, 

ame,  puisque  le  Seigneur  vous  a  fait  tant  de    grace  C'est   done  avec  raison  qu'elles  sont  adjurees  au 

[Psal.  cxix,  7).  »  Et  c*  lieu  est  vraiment  une  soli-  nom  du  respect  qu'elles  doivent  a  ceux  de  la  societe 

tude,  vraiment  une  demeure  lumineuse  [ha.  iv,    6)  de  qui  elles  arrachent  l'Epouse,  par  leur  importu- 

et,  pour  user  des  termes  du  Prophete,  une  tente  qui  nite.  Que  les  jeunes  lilies  considerent  qui  sont  ceux 

met  a  l'abri  de  la  cbaleur  dujour,   et  a  convert  des  qu'elleso[fensent,lorsqu'ellesimportiuientleurmere 

tourbillons  et  di-.s  orages.   C'est  de  lui  que  le   Pro-  et  qu'elles  n'aient  pas  dans  saebarite  maternelle  une 

phete  Roi   parlait  en   ces  termes  :   «  II  m'a  cache  telle  conflance  qu'elles  ne  craignent  pas,  toutes  les 

dit-il,  dans  sa  tente,  durant  les  mauvais  jours;  il  m'a  fois  qu'une  necessile  pressante  les  ycontraint     de 

protege  en  me  retirant  dans  le  lieu  le  plus  secret  de  se  jeter  sans  retenue  au  milieu  de  cette  celeste  as- 

son  pavilion  [Psal.  xxxi,  5).  »  semblee.  Or,  elles  doivent  songer  qu'elles  commet- 


Ce  que  si- 
gnifie  cette 
adjuration 
par  les 
chevres 
et  les  cerfi 
des  champs. 


qua  ce  qu'elle  s'eveille  d'elle-meme.  Mais  en  quels 
termes  le  leur  defend-t-on  ?  Ce  n'est  pas  par  un 
simple  et  leger  avertissement,  comrne  on  fait  d'or- 
dinaire,  mais  par  une  conjuration  toute  nouvelle  et 
inusitee,  par  les  chevreuils  et  par  les  cerfs  de  la 
campagne.  Et  il  me  semble  que,  par  ces  sortes  d'ani- 
maux  sont  designes  les  ames  saintes,  depouillees  de 
leur  corps,  et  les  anges  qui  sont  avec  Dieu,  attendu 
qu'ils  sont  fort  clairvoyants  et  fort  agiles.  Car  on 
sait  que  l'une  et  l'autre  qualiteconviennentaux  unes 
et  aux  autresdecesesprits,  parce qu'ils  s'elevent  ai- 
sement  aux  cboses  les  plus  hautes,  et  penetrent 
sans  peine  les  plus  cachees.  Et  les  champs  memes 
ou  Ton  dit  qu'ils  demeurent,  marquent  clairement 
la  liberte  et  le  degagement  ou  ils  sont  dans  la  con- 


invulvi,  angelicae  purilatis  est.  Utrumque  tamea  divini 
muneris  est,  utrumque  excedere,  utrumque  '  teipsum 
transcendere  est,  sed  longe  unum,  alterum  non  longe. 
Beutus  qui  dicere  potest  -.  Ecce  elongavi  fugiens,  et 
mansi  in  solitudine.  Non  fuit  conteutus  exire,  nisi  et 
longe  se  facerel,  ut  posset  quiescere.  Transsilisti  carnis 
oblectamenta,  ut  minime  jam  obeJias  concupiscentiis 
ejus,  nee  tenearis  illecebris  :  profecisli,  separasti  te, 
sed  nondum  elongast',  nisi  et  imientia  undique  phan- 
tasmata  corporearum  similitudinum  transvolare  mentis 
purilate  praevaleas.  Itujusque  noli  tibi  promiUore  re- 
quiem. ErraSjSi  cilia  in  venire  te  existimas  locum  quielis, 
secretum  soliludinis,  luminisserenum,  habitaculum  pacis. 
Sed  da  mihi  qui  illuc  pervenerit,  et  incunctanter  fateor 
quiescentem,  qui  merito  dicat  :  Convertcre  anima  mea 
in  requiem  luam;  quia  Domini  benefecit  tibi.  Atque  hie 
vere  in  solitudine  locus  et  in  lumine  habitatio,  prorsus 
juxta  Prophelam,  tabernaculum  in  umbraculum  diet  ab 
astu,  in  securitatem  et  absconsionem  a  turbine  et  a 
pluvia;  de  quo  et  sanctus  David  :  Abscondit  me,  inquit, 
in  tabernaculo  suo  in  die  malorum ,  protexit  me  in  abs- 
condito  tabernaculi  sui. 

T.    IV. 


ti.  Puta  ergo  in  solitudinem  hanc  fuisse  Sponsam 
ibique  prae  amcenitate  loci  inter  amplexus  Sponsi  suavi- 
ter  obdormisse,  id  est  in  spiritu  exeessisse,  quando 
prohibitai  sunt  adolescentula?  expergel'acere  iJlam,  quoad 
usque  ipsa  voluerit.  At  istud  qualiter  ?  Non  enim  sim- 
pliciter,  neque  legi  (ut  assolel)  commonilione  prohibita? 
sunl  :  sed  omnino  nova  et  insueta  contestatione,  per  ca- 
preas,  scilicet  cervosque  carnporum,  Quo  quidem  genere 
ferarum  videntur  mihi  satis  congruenler  expressas 
sanctae  imiaia;  exutaa  corporibus,  simul  et  qui  cum  Deo 
sunt  angeli,  nimirum  propter  acumen  visus,  et  saltus 
celeritatem.  Utrumque  hoc  siquidem  utrisque  spirilibus 
convenire  cogniscimus  ;  nam  facile  et  pelunt  summa,  et 
intima  penetrant.  Quorum  quoque  .in  campis  designata 
conversatio  evidenter  liberos  alque  expeditos  signat  in 
contemplatione  discursus.  Quid  sibi  vult  ergo  adjuratio 
facta  per  istos  ?  Profecto  ne  inquiela;  adolescentuls 
audeant  levi  ex  causa  evocare  dileelam  a  tarn  reverendo 
collegio,  cui  absque  dublo  tolies  admiscetur,  quolies 
conlemplando  excedit.  Pulchre  itaque  horum  auctorilate 
terrentur,  a  quorum  societale  constat  avelli  illam  ipsa- 
ruin  importunitate.  Attendant  adolescentuls  quos  offen- 

26 


402 


OEL'VRES  nK  SAINT  BERNARD. 


ent  cette  irreverence,  totites  les  fois  qu'elles  la  de-  plus  qu'ils  ne  le  foul  d'ordinaire,  el  ne  tronblc- 
touroentsans  necessitedureposde  la  contemplation,  raient-ils  pas  notre  repos  avec  tanl  d'irreverence  et 
Evidemment  e'esl  pour  indiquer  qu'il  est  laisse  a    de  legerete.  Quand  il«  ne  me  detourneraieni  point 


II  ne  faut 
pas  interrotn- 
pre  sans  motif 
le  doux  repos 

des  amcs 

contemplati- 

Tes. 


Lea  pastears 

*ont  ponr  'ea 

imparfaits. 


•mi  bon  plaisir  de  vaquer  &  elle-meme,  ou  de 
prendre  le  soin  de  ce  qui  les  regarde,  selon  quelle 
le  juge  plus  k  propos,  qu'on  leur  defend  de  I'eveil- 
ler  avant  qu'elle  le  reuille.  L'Epoui  sail  combien 
I'Epouse  bride  d'amour,  meme  pour  son  prochain, 
il  n'ignore  pas  que  oette  bonne  mere  esl  assez  por- 


du  tout,  iis  savent  bien  que  les  visiteurs  me  laissenl 
ravement  une  lieure  de  loisir.  Mais  je  me  reproclie 

ire  cette  plainte,  j'ai  peur  qu  ■  quelque  per- 
- •  timide  ne  dissimule  ses  besoinsau  dela  de  sa 

lee,  en  apprehendant  de  ni'iraportuner.  Je 
n'<  n  dirai  done  pas  darantage  sut   ce   sujet,  de 


Saint  Ber- 
nard 
interpelle  par 
lea  siens. 


tee,  par  sa  propre  charite,  a  songer  &  l'avancernent  crainte  que  je  ne  semble  moi-meme  donner  aux 

de  ses  lilies,  et  qu'elle  ne  se  soustraira  et  ne  se  re-  faibles  mi  esemple  d'impatience.  Le  Seigneur  a  de 

fusera  point  a  elles,  en  cas  de  besoiu.  Aussi  pense-  petits  enfants  qui  croienl  en  lui,  e1  Dieu  me  garde 

t-il  qu'il  peut  s'en  remettre  sans  crainte  a  sa  Jis-  que  je  leur  sois  un  sujel  de  scandale  Matth.  win, 

cretdon  pour  ce  qu'elle  leur  doit.  Car  elle  n'est  pas  6).  Je  ne  me  servirai  pas  de  cette  maniere,  du  pou- 

comme  tous  ceux  que  reprend  le  prophete  Ezecbiel,  voir  que  j'ai  sin-  eux;  qu'ils  se  servent  plutdt  de 

qui  prennent  pour  eux  ce  qui  est  gros  et  fort,  et  moi  comme  il  leur  plaira,  pourvu  settlement  qu'ils 

laissenl  ce  qui  est  faible  et  debile.  Le  medecin  ne  se  saurent.  lis  m'epargneront  en  ne  m'epargnant 

cherche-t-il  pas  plutot  ceux  qui  sont  malades  que  pas.  et  je  serai  plus  en  repos,  s'ils  ne  craignent 

ceux  qui  se  portent  bien?  S'il  va  yoir  ceux-ci,  e'est  point  de  m'importuner  dans  leurs  besoins.  Je  me 

comme  ami,  non  comme  medecin.  Qui  inslruisez-  preterai  a  leurs  vceux  autanl  queje  pourrai,  et,tant 

vous,  6  maitre  plein  de  bonte,  si  vous  rejetez  les  que  j'aurai  un  souffle  de  vie,  je  servirai  nion  Dieu 

iguorants?  A  qui,  je  vous  le  demande,  prendrez-  en  les  servant,  avec  une  charite  exempte  de  feintc. 

vous  la  peine  de  donner  des  regies  de  conduite,  si  Je  ne  chercherai  point  mes  interets,  in  ce  qui  m'est 

vous  chassez  ou  si  vous  fuyez  ceux  qui  vivent  dans  utile,   mais  je  regarderai  comme  m'etant  utile  a, 

le  dereglement?  Pour  qui  inontrerez-vous  de  la  pa-  moi-meme   tout   ce  qui  le    sera    aux  autres.  Je  ne 

tience,  si  vous  admettez  seuleuient  ceux  qui  sonl  demande  qu'une  chose,  e'est  que   mon  miiiistere 

paciDques,  et  rebutez  ceux  qui  sont  inquiets.  leur  soil  agreable  et  avantageux,  afin  que  cela  au 

7. 11  y  enaicique  je  voudraisvoirfaire  une  atten-  moins  puisse  me  servir  dans  les  mauvais  jours,  b. 

lion  particuliere  a  ce  que  nous  disons.  Us  sauraient  trouver  rnisericorde  devant  les  yeux  de  leur  pere  et 

au  moins  combien  ou  doit  de  respect  aux  supe-  de  l'epoux  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui  eiant 

rieurs,  et  que,  en  les  importunant  sans  motif,  ils  at-  un   meme   Dieu   avec  lui,  est  eleve  au  dessus  de 

tirent  aussi  sur  eux  l'aversion  des  citoyens  du  ciel.  toutes  choses  et  beui  dans  tous  les  siecles.  Ainsi 

Et  peut-etre  commenceraient-ils  a  nous  eparguer  soit-il. 


SainlBerna 

ne  veut    pi 

que  ses 

religieux  1 

menagen! 


dant,  pariler  cum  matrem  inquietant;  et  minime  ila 
niaterna  de  charitate  confidant,  ut  non  in  ilium  cceles- 
tem  conventum  sine  magna  necessitate  irruere  verean- 
tur.  Id  quippe  se  agere  cogitent,  quolies  in  cuiitempla- 
tione  quiescenti  plus  justo  niolestae  sunl.  Ponilur 
in  voluntate  ipius,  et  vacare  sibi,  et  curse  illarum  iuten- 
dere  prout  oporlere  judicaveril,  cum  vetatur  excitari  ab 
illis,  quousque  ipsa  velit.  Novit  Sponsus,  quanta  Qagret 
dilcctione  etiam  erga  proximo*  Sponsa,  et  satis  propria 
charitate  sollicitari  matrem  de  profectibus  liliarum,  nee 
se  ullo  pacto  illis  subtracturam  seu  denegaluram  quan- 
tum  et  quoties  opus  merit  :  proptereaque  secure  d 
tioni  ejus  credendam  censuit  hunc  dispensationem.  Non 
enim  est  talis,  quales  multos  videmus  prophclica  inus- 
tione  notatos,  qui  quod  crassum  esl  et  forte  assumcnles 
quod  debile  esl  prqjiciunt.  Numquid  medicus  valentes 
requirit,  et  non  potius  asgrolantes  ?  Si  continual,  facit 
forsitan  ut  amicus,  scd  non  ut  medicus.  Quos  docebis, 
magister  bone,  si  oinnes  indoctos  repuleris  ?  Quibus, 
quaeso,  adhibebis  diligeiitiam  disciplina;,  si  indisciplina- 
tos  vet  effugaveris  omnes,  vel  fugeris  ?  In  quibus  obse- 
cro  tuam  probabis  patieuliani  ,  si  solos  ailmiseris 
mansuetos,  inquietos  excluscris  ? 

7.  Sunt  tamen  de  hie  sedentibus,    qui  utinam  proesens 
^apitulum  attentius  observarent.  Cogitarent  cert    quanta 


prapo-itis  reverenlia  debeatur,  quos  lemere  inquietando 
cceli  quoqiie  civibus  se  reddunt  infestos  :  et  nobis  forle 
plusculum  solito  parcere  demum  inciperent,  nee  tam 
irreverenler  Ieviterque  se  ja  mingerereut,  cum  vacamus. 
Rara  satis  mihi  ad  ferianduru  a  supervenientibus  (ut 
bene  norunt)  concedilur  hora,  etiam  cum  ipsi  me  in 
oinni  patientia  suslinebunt.  Yerum  ego  BcrupulosiuG 
moveo  istiusmodi  querelam,  ne  quis  forte  pusillanimis 
supra  vires  propria  palienli.e  dissimillel  a  necessilalibus 
6uis,  dam  me  inquietare  veretur.  Supersedeo  igitur,  et 
ne  magia  impatientiae  exemplum  videar  dure  intirmis. 
Pusilli  Domini  sunt  credentes  in  cum  :  non  palior  utcx 
me  scandalum  paliantur.  Non  ulor  hac  potestate  :  ma- 
gis autem  ipsi  me  utantiir  ul  libet  :  tantnm  ut  salvi 
Bant.  Parcem  mihi  si  non  pepercerint,  et  in  eo  polius 
requiescam,  si  nun  me  inquietare  linuierint  pro  neces- 
sitatibus  suis.  Geram  eis  morem  quoad  potuero,  et  in 
ip»is  serviani  Deo  mco,  quandiu  fuero,  in  charitate  non 
licta.  Nun  qaa  ram  qua'  mea  sunt,  nee  quod  mihi  est 
utile,  sed  quod  niullis,  id  mihi  utile  judicabo.  Hoc 
solum  deprecor,  ut  Oat  acceptum  eis  fructuosumque 
ministerium  uieuin,  si  forle  vel  ex  hoc  inveniam  in  die 
mala  misericordiam  in  oculis  Patris  eoruni  aimu]  et 
sponsi  Ecclesiae  Jesu-Cbrisli  Domini  noslri ,  qui  cum 
eo  est  super  omnia  Dens  benedictus  in  saecula.  Auien. 


CINQUANTE-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


403 


Les  prelats 

dans  leur 

sollicitude 

ont  a  peiue 

le  temps  de 

vaquer  a 
leurs  propres 

besoioi. 
tant  ils  np - 
preliendent 
dc  se  sons- 
traire  a  leurs 
ioferieurs. 


que  trembler  la  douce  quietude  de  leur  pere  spiri- 

SERMON  LIII.  tuel.  Car  la  douce  apprehension  de  ces  petits  en- 

fants  fait  connaitre  clairement  qu'ils  ont  entendu 

Les  monls   et  les  collines  signifient  les  esprils  celestes  au  dedans  d'eux-rnemes  la  voix  menacante  et  les 

par  dessus  lesquels  passe  I'Epoux  en  venant  sur  la  reprimandes  de  celui  qui  dit  par  la  bouche  du  Pro- 

terre,  e'est-a-dire  en  se  faisani  homme.  phete  :  «  C'est  moi  qui  ne  parle  que  des  paroles  de 

justice  {ha.  lxui,  1).  »  Sa  voix,  c'est  sou  inspira- 

1.  «  C'est  la  voix  de  mon  bien-aime.  »  L'Epouse  tion,  c'est  l'impression  d'une  juste  crainte. 

voyant  la  nouvelle  retenue  des  jeunes  filles,  et  leur  2.  L'Epouse  ravie  de  joie  d'avoir  entendu  cette  voix 

crainte    respectueuse,   lorsqu'elles    n'osaient    plus  s'ecrie  :  «  C'est  la  voix  de  mon  bien-aime.   »   Elle 

Iroubler  son  saint  loisir,  et  ne  l'importunaient  plus  est  la  bien-aimee;  il  n'est  done  pas  etrange  qu'elle 

comme  auparavant  en  la  retirant  du  repos  de  la  se  rejouisse  de  reeoimaitre  sa  voix.  Puis  elle  ajoute: 

contemplation,  reconnait  que  c'est  un  effet  du  soin  «  Le  voici  qui  vient  sautant  dans  les  montagnes  et 

et  de  l'entremise  de  I'Epoux,  et,  se  rejouissant  en  passant  par  dessus  les  collines  (Cant,  n,  8).  »  Ayant 

esprit,  suit  de  leur  avancement,  car  elles  ne  sont  reconnu  la  presence  de  son  Epoux  a  sa  voix,  elle 

plus  si  inquietes,  soit  de  ce  que  desormais  elle  doit  jette  aussitut  les  yeux  de  tous  cotes  pour  voir  celui 

vivre  plus  en  paix,  soit  enlin  a  cause  de  la  bonte  et  qu'elle  a  entendu.   L'oule  mene   a  la  vue,   parce 

de  la  grace  de  son  Epoux  qui  temoigne  tant  de  zele  que  la  foi  vient  de  l'oule  (Rom.  x,    17),  et  c'est  la 

pour  son  repos,  et  a  tant  de  soin  pour  lui  conserver  foi  qui  puritie  le  cceur,  et  le  rend  capable  de  voir 

son  doux  loisir,  ou  plutot  ses  exercices  si  fervents,  Dieu.  Car  nous  lisons  qu'il  purifie   les  coeurs  par 

elle  dit  qu'elle  est  redevable  de  ce  bien  a  ce  que  la  foi  [Act.  xx,  9).  Elle  voit  doncvenir  celui  qu'elle 

son  bien-aime  leur  a  dit  sur  ce  sujet.  Car  celui  qui  avait  entendu  parler  :  le   Saint-Esprit  observe   ici 

conduit  les  autres  avec  soin,  ne  vaque  quasi  jamais  l'ordre  qui  est  decrit  par  lePropheteen  cestermes: 

a  soi-meme  avec  assurance,  parce  qu'il  craint  tou-  «  Ecoutez  ma  fille  et  voyez  (Psal.   xliv,    11).  »  Et 

jours  de  ne  pas  se  communique!'  assez  a  ceux    qui  alin  que  vous  reconnaissiez  avec  plus  de  certitude 
lui  sont  soumis,  et  de  n'etre  pasagreable  a  Dieu, .  que  ce  n'est  point  par  hasard,  mais  ii  dessein,  et 

comme  preferant  h  1'utilite  generate  son  propre  re-  pour  la  raison  que  nous  venons  d'alleguer,   que 

pos  et  la  douceur  de  la  contemplation;  aussi  il  ne  l'ouie,encetendroit,  estmise  avant  la  vue,  voyez  si 

goiite  pas  peu  de  joie  et  de  securite.lorsque,  par  la  cet  ordre  n'a  pas  aussi   ete  observe   par  le   saint 

crainte  et  le  respect  que  Dieu  inspire  quelquefois  homme  Job,  lorsqu'il  parle  a  Dieu  en  ces  termes  : 

pour  lui  a  ceux  qu'il  gouverne,  il  reconnait  que  son  «  Je  vous  ai  entendu  de  mes  oreilles,  et  maintenant 

repos  est  agreable  a  Dieu,  qui  leur  fait  mieux  ai-  mon  ceil  vous  voit   (Job.     xlu,  5).    »  De  meme, 

mer,    supporter     leurs     besoins     avec    patience,  lorsque    l'Ecriture  rapporte    que    le    Saint-Esprit 


La  foi  prepare 

l'ame  a  la 

Tision  de 

Dieu. 


SERMO  LIII. 

Per  montes  et  colles  significari  c&testes  spirit  its,  quos 
transsilit  Sponsus  per  suum  in  terrce  adoenlum,  seu 
per  mysteriu  uUionis  sua?. 

1.  Vox  dilecti  mei.  Yidens  Sponsa  novam  adolescen- 
tularum  verecundiam,  et  verecundum  timorem,  quod 
scilicet  de  novo  ccepissent  non  audere  se  ingcrere  sancto 
otio  ipsius,  nee  sicut  heri  el  nudiuslertius  molestae  lieri 
quiescenli  in  contemplatione  prasumerent  :  agnoscithoc 
sibi  provenisse  cura  et  opera  Sponsi ;  et  e:.  altans  hi 
spiriln,  sive  pro  illarum  profeclu,  quae  a  nimiaetsuper- 
Qua  inqnieludine  conipescuntur:  sive  pro  sua  deinceps 
fulura  liberiori  quiete,  sive  etiam  pro  dignatione  et 
favore  Sponsi,  adeo  pro  hac  ipsa  ejus  quiete  zelantis,  et 
lanto  studio  defensantis  suavissima  otia  sua,  imo  studia 
fcrventissima;  ait  hoc  facere  vocem  dilecti  sui,  hujusrei 
gratia  faclam  ad  illas.  Elenim  is  qui  aliis  pigeest  in  sol- 
licitudine,  vix  urquam,  vel  raro  secure  vacat  sibi,  dum 
semper  timet  sui  penuriam  facere  subditis,  et  non  pla- 
cere  Deo,  quod  communi  ulilitati  propriam  praefert 
quietem,  et  contemplationis  dulcedinem.  Non  autem 
paruni  gaudii  et    securitatis    accedit    interdum  suaviter 


ferianti,  cum  ex  metu  quodam  et  reverentia  erga  se 
immissa  divinilus  cordibus  subditorum,  intelligit  suam 
Ueo  placere  quietem,  qui  facit  ut  illi  aequo  magisanimo 
siuis  necessitates  sustineant,  quara  patris  spiritualis  grata 
audeant  otia  temere  perturbare.  Nam  justa  trepidatio 
parvulorum  manifesto  signat,  audisse  eos  intus  quasi 
minacem  atque  increpatoriam  illius  procul  dubio 
vocem,  qui  in  Propheta  loquitar  :  Ego  qui  loquor  Justi- 
liam.  Vox  eju3,  inspiratio  ejus  est,  ac  justi  timoris 
incussio. 

2.  Comperta  ergo  hac  voce,  Sponsa  gaudens  et  exsul- 
tans  :  Vox,  inquit,  dilecti  mei.  Arnica  est,  et  gaudio 
gaudet  propter  vocem  Sponsi.  Et  addit  :  Ecce  iste  venit 
in  montibus,  transsiliens  colles.  Comperta  ex 
audita  vocis  dilecti  praesentia,  incunctanter  intendit 
bene  curiosos  oculos  ad  videndum  quem  audieral.  An- 
ditus  ducit  ad  visum,  quia  fides  ex  auditu,  qua  corda 
mundantur,  ut  possit  videri  Deus  :  sic  enim  babes  : 
Fide  mundans  corda.  Videt  itaque  venientem,  quem 
loquentem  audierat,  observante  etiam  hie  ordiuem ilium 
Spiritu-Sancto,  qui  apud  Prophetam  descriptus  est  ita  : 
Audi  fili'i,  et  vide.  Et  ut  ceriius  adverlas,  non  casu, 
neque  foituito,  sed  de  studio  ma'4is  ut  induslria, 
ob  illam  scilicet  rationera  quam  praemisimus  ,  au- 
ditum  hoc  loco  praemissum  visui ;  vide  si  non 
hie   ordo    verborum   a    sancto    quoque    Job    observa- 


m 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


descendit  sur  les  apAtres,  ne  marque-t-elle  pas  que  Lorsque  nous  lisons  ces  choses  dans  le  psaume, 
I'oule  prfevint  la  vue,  quand  elle  dit :  «  L'on  enten-  oudansle  cantique,  devons-nous  nous  imaginer 
.lit  soudain  un  grand  bruit  duciel,  comme  fait  nn  un  geant  d'une  prodigieuse  grandeur,  qui,  epris 
vent  impetueui  qui  se  leve  [Act.  u,  2).  »  lit  plus  de  l'amour  de  quelque  femme  qui  demeure  loin  .le 
bas  :  «Etdeslanguesdefeuquietaientdispersees  lui,  voleaudevant  de  ses  embrassements,  pass.. 
Lem  apparurent.  -  Ce  qui  fail  voir  quo  l'avene-  par  dessus  les  Diontagnes  et  les  collines  quo  nous 
ni.'iit  du  Saint- Esprit fut  connu  d'abord  par  l'oule,  voyons  s'elever  si  haul  dans  les  plaines,  quo  quel- 
et  ensuite  par  la  vue.  Mais  c"en  est  assez  sur  ce  ques-unes  meme  semblenl  porter  lour  Bommet 
sujet.  Car  si  vous  voulez  vous  appliquer  aussi  a  la  jusques  dans  les  nues?  11  ne  convienl  pas  de  re- 
recherche  Je  ces  choses,  vous  pourrez    peut-ttre  courir  a  des  images  corporelles,  surtout   pour 


de  vous-memes  trouver  dans  1'Ecriture  d'autres 

passages  semblables  a  eeux  quo  nous  venous  de 
cilor. 
3.  Considerons  maiutenant   ce    qu'on   ne   peut 


Ce  qu  il  F;iul 

entendre  par  trouver  sans  une  plus  ezacte  recherche,  et  .lont  les 

?nes  ." i ■■'■«   approches  soul  plus  difticiles.  En  quoi  j'avoue  que 

coiimcs.     j'ai  tout  afaitbesoindu  secours  du  Saint-Esprit, 


pnquer  un  cantique  tout  spirituel.  11  no  nous  est 
pas  meme  permis  do  lo  faire,  si  nous  nous  souve- 
nons  d'avoir  lu  dans  l'Evangile  que  Dieu  est  esprit, 
of  qu'ii  r.uii  quo  ceux  qui  I'adorent,  l'adorent  on 
esprit   Joan,  si,  23). 

k.  Quelles  sonl  ces  montagneset  ces  collines  spi- 
rituelles,  aliu  que  nous  conuaissions  aussi  quels 
afindepouToii  eipliquer  nettement  quelles  sonf  sontcesbonds  que  faisait  l'Epoux,  qui  est  Dieu, 
ces  montagnes  et  ces  collines,  que  l'Eglise  voit  et  partanl  esprit.  Si  nous  disons  que  ce  soul  cos 
avec  bonhour  son  epoux  franchir  et  traverser,  montagnes  sur  lesquelles  l'Evangile  rapporte  que 
lorsque,  comme  je  pense,  il  se  hatait  de  racheter  les  qualre-vingt-dix-neuf  brebis  furent  laissees, 
celle  dont  la  beaute  l'avait  rempli  .l'amour.  Qui  me  lorsque  leur  bon  pasteur  vint  sur  la  terre  on  cher- 
le  fait  croire  ?  C'est  le  souvenir  de  quelque  chose  cher  une  qui  etait  perdue  [Malth.  viu,  J2),  la  chose 
semblable  qui  arriva  au  roi  prophete,  lorsque,  n'en  est  pas  inoins  obscure,  et  L'esprit  demeure 
voyant  en  esprit,  et  decrivant  l'avenement  du  Sau-  toujours  arrete,  parce  qu'il  est  difficile  de  trouver 
veur  il  s'ecriait  :  «  II  a  mis  son  pavilion  dans  le  so-  quelles  sout  ces  autres  montagnes  ou  habitent  et 
led,  et  sortant  tel  qu'un  epoux  de  la  chambre  paissent  les  beatitudes  celestes  et  spirituelles,  qui 
nuptiale,  il  a  marche  a  grands  pas  comme  un  geant  sont  sans  douto  les  brebis  dont  il  est  parle.  Cepen- 
qui  se  bite  darriver  au  bout  de  sa  carriere  :  11  est  dant  s'il  etait  vrai  qu'ii  n'.y  on  cut  point,  la  Verite 
sorti  du  plus  haut  des  cieux,  et  il  retournera  au  n'aurait  pas  dit  ce  que  nous  venous  de  rapportor, 
meme  lieu  d'ou  il  est  parti  (Psal.  xviu,  6).  »  On  et  le  Prophete  lui-meme  n'aurait  pas  dit  longtemps 
sait  assez  ce  qu'il  faut  entendre  par  cette  sortie  et  auparavant,  on  parlant  de  la  cite  den  haut,  de  la 
ceretour,   et  pourquoi   ils  ont   lieu  :  mais   quoi?    Jerusalem  celeste,   qu'elle  a 'ses  fondomonis  dans 


II  ne  faut 

recouiir 

il  aucune 

imagination 

sensible  i ■ 

i' [jit'nili'c 

ce  cantique. 


Ce  qu'il  Faut 
entendre  [>ar 

ces  monta- 
gnes et 

ces  collines. 


tus  invenitur,  ubi  sic  loquitur  Deo  :  Auditu  amis 
audivi  te,  et  nunc  ocu/us  mens  videt  te.  Sed  et  ubi  Spi- 
ritus-Sanclus  super  apostolos  in  die  Pentecostes  des- 
cendisse  memoratur,  nonne  auditus  visum  praevenisse 
describitur?  Ait  enim  :  Factus  est  repente  decce/osonus 
lanquum  advenientis  spiritus  vehementis.  El  infra  :  Et 
apparuerunt  i/lis  dispertitce  linguae  tanquam  ignis.  Et 
hie  ergo  Spiritus-Sancti  adventum  primoaaditus,  debinc 
visus  percepisse  refertur.  Sed  de  hoc  satis  :  quoniam  tu 
quoque,  si  curas  operam  dare  hujuscemodi  inquisition!; 
poteris  et  ipse  fortassis  in  aliis  scripture  locis  nonnulla 
similia  reperire. 

3.  Nunc  jam  illud  consideremus,  quod  diligentioris 
eget  inquisitionis,  et  difficiliores  habet  accessus  :  ad 
quod  nimirurn  omnino  me  egere  fateor  adjutorio  Spi- 
ritus-Sancti, ut  ponere  in  lucem  possim,  qui  sint  ill i 
monies  Ben  colles,  super  quos  salientem,  et  transsilien- 
tem  eos,  Ecclusia  Sponsum  lsetis  spectavit  obtutibus, 
credo  cum  properaret  ad  ipsius  redemptionem,  cujus 
concupierat  decorem.  Nam  id  quidem  propterea  ita  et 
non  dubie  senserim,  quoniam  simile  quid  de  Propbcta 
OCCUrrit  mihi,  evidetiter  in  spirilu  prani.lente  ex  evpri- 
mente  Salvatorisadvenlum  :  In  sole  posuit  tabernaculum 
suum,  el  ipse  tanquam  Sponsus  procedens  de  thalamo 
suo.  Exsultavit  ut  yigas  ad  currendam  viam  :  a  summo 
catm  egressio  ejus,  et  occursus   ejus  usque  ad  summum 


ejus.  Cursus  et  recursus  is  notissiraus  est  j  a  quo,  et 
ail  initus  consummatusque,  noUssimum.  Quid  igirur? 
Pingemus  aobis,  sive  inpsalmiaistalegentes,sive  in  prse- 
senti  cantico,  virum  gigantem  procerse  slaturae  absenlis 
cujuspiam  mulierculas  amore  captum,  et,  d'.m  properat 
ad  cupitos  amplexus,  transsilientem  montes  collesque 
bos,  quos  videmus  mole  corporea  super  plana  terra 
tunta  altitudine  eminentes,  uf  et  supra  nubea  aliqui 
illorum  verticem  extulisse  cernantur  '.'  Verum  non  de- 
cet  istiusmodi  corporeas  pbantasias  imaginari,  prajsertim 
tractantes  hoc  Canticum  spiriluale  :  sed  nee  licet 
omnino  nobis,  qui  memiaimus  legisse  in  Evangelio, 
quia  spiritus  est  Deus,  et  cos  qui  adorant  eum,  m  spiritu 
■oportet  adorare. 

i.  Qui  sunt  ergo  hi  spirituales  montes  et  colles,  ut 
postmodum  consequenter  agnoscamus,  Sponsus  (qui 
Deus,  ac  per  hoc  et  spiritus  est)  quales  et  cujusmodi 
dabat  saltus  in  111  is,  vel  super  illos '?  Si  illos  pulamus, 
in  quibus  Evangelium  rel'ert  olim  fuisse  relictas  nona- 
ginta  novem  oves,  cum  pins  Pastor  .arum  venit  tnuim 
in  terris  qusererc  qua;  perioral  ;  nihilominus  adhuc  in 
obscui'o  res  est,  et  intellectus  haeret  :  dum  difficile  sit 
invenire  spirituales  illaa  el  Buperccelestes  beatitudines 
(nam  ipsa;  sunt  sine  dubio,  qua'  Ibi  memorate  sunt 
oves)  quos  vel  quales  alios  habeant  spirituales  similiter 
montes  vel  colles  ad  habilandum,  pascendumve  in  illis. 


1  quel  sens 
es  anpes 
Dt  monla- 
ies  et  bre- 
en  m£me 
temps. 


y  a  une 
rence  en 
!a  noorri- 
ire  des 
ames  et 
■  des  an- 
ges. 


CLNQUANTE-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 

les  montagnes  saintes  (Psal.  lxxxvi,  1),  s-il  n'y 
avail  point  la,  en  effet,  de  montagnes;  mais  pour 
von?  convaincre  encore  que  cette  demeure  sainte 
et  eternelle  a  non-seulement  des  montagnes  spiri- 
tuelles,  mais  aussi  des  montagnes  vivantes  et  rai- 
sonnables,  ecoutez  Isaie  :  «  Les  montagnes  et  les 
colhnes  chantent  des  hymnes  de  louanges  en  la 
presence  de  Dieu  (Isa.  lv,  12).  » 

5.  Quelles  sont-elles  done,  sinon  ces  esprits 
bienheureux  qui  babitent  le  ciel.  que  nous  avons 
dit  que  le  Sauveur  a  appeles  brebis,  en  sorte  qu'ils 
sunt  ensemble  des  brebis  et  des  montagnes?  A 
mums  peut-etre  que  vous  ne  trouviez  absurde 
que  des  montagnes  paissent  dans  les  montagnes, 
et  des  brebis  dans  les  brebis.  11  est  vrai  que,  a  le 
prendre  a  la  lettre,  cela  est  .lur.  mais  sionl'entend 
d'une  maniere  spirituelle,  cela  nous  paraitra  doux 
et  agreable,  si  nous  considers  comment  le  pas-    , 

sirs  r»^„p™  z;  rrs  n lto  ^"^ss 

dequoielreaiondammeutheureux.etlerecotent      er.s   ce  "I  *"  ^  d°US  et  PerP^  <™- 

avec  autantdefacilitequede  felicite.  Car  Us  sont  t™         „  '  ^™£££V*  W?  "*** 

wiiu,    capres  ce  prophete,   lorsquil  disait  que  les 


405 
instruits  de  Dieu  meme,  qui  est  un  bonhenr  in- 
failliblement  promis  aux  elus,  mais  dont  ils  ne 
peuvent  jouir  parfaitement,  tant  qu'ils  sont  encore 
en  ce  monde. 

6.  Ainsi  des  montagnes  paissent  dans  les  monta- 
gnes,   ou  des  brebis  dans  les  brebis,   puisque  ce< 
substances  celestes  et  spirituelles,  trouvent  abon- 
damment  en    elles-memes,  par  la  parole     de  vie 
qu'ellesrecoivent,  le  moyen  derendreleur  beatitude 
perpetuelle,    etant  en  meme    temps  montagnes  et 
brebis  ;  montagnes,  k  cause  de   leur   plenitude    ou 
de  leur   elevation,    et  brebis  a   cause  de  leur  dou- 
ceur. Car  s'ils  sont  pleins  de  Dieu,  eleves  en  merites 
combles   de  vertus,    ils  ne  laissent  pas,    par   une 
humble    obeissauce,   de    courber  leurs    tetes  sous 
l'empire  de  la  majeste  souveraine  de  Dieu,   comme 
des  brebis  innocentes  qui  se  conduisent  en  toutes 
cboses   par  la  volonte  de  leur  pasteur,   et  qui  le 


L'£glise  est 

une,  bien 

quelle  se 

distingue    en 

Eglisfe  triom- 

phanle  et  en 

K^lise  raili- 

tante. 


Verumtamen  si  non  in  veritate  aliqui  essent  Veritas 
hoc  non  d.xisset.  Sed  neque  Propheta  longe  ante  de 
civitate  superaa  Jerusalem  prolulisset,  qui  rundamenta 
ejus  sinf  in  montibus  Sanctis,  si  non  vere  inibi  essent 
m  -  itessancU.  Denique  quod  ccelestis  habitatio  ilia  vere 
at,  non  modo  spirituales,  sed  et  vivos  ac  rationales 
'"""  M  oollesque,  r.udi  Isajam  :  Monies  et  eotles  canta- 
ount  coram  Deo  km,/,. 

o.  Quinam  igitur  isti,  nisi  iidem  ipsi  cceli  inhabitato- 
resspiritus,  quos  dominica  voce  oves  diximus  appellatos 
ot  ipsi  ,,nt  monies  qui  oves  ?  Nisi  forle  absurduni  tibi 
videatur.  But  in  montibus  monies,  ant  in  ovibus  oves 
pasci.  Etjuxta  litteram  quidem  durum  sonat.  secun- 
dum spjntualem  autem  mtelligentiam  dulce  sapil  si 
subtiliteradvertamus,  quomodo  utrarumque  ovium  pas- 
tor Dei  scilicet  sapientia  Chrisius,  unum  idemque 
pabulum  ventabs  alitor  in  terris.  aliter  in  cadesUbus 
gregibus  suis  administref.  Nam  nos  quidem  mortales 
homines  mlerim  in  loco  peregrinationis  nostra,  in  su"- 
dore  vultus  noslri  comedere  panem  nostrum  necesse 
faabemns  tons  ,ll„m  in  labore  et  asrmnna  mendicantes 
,d  esl  v'  ;:  docti9  »*»»•.  "I  a  sacris  libris,  vel  certe  per 
ea  q.ue  focta  sunl,  invisibilia  Dei  intellect!  conspicien- 
tea  Angeli  autem  in  omni  plenitudine,  etsi  non  a  semet- 
ipsis,    lamen  in    semclipsis,  lanta    facilitate,    quanta  et 


felicitate  accipiunt,  unde  et  beate  vivunt.  Sunt  enim 
omnes  docibiles  Dei  :  quod  sane  electos  hominum 
quandoque  assecuturos  certa  veritate  promittitur  et 
nondum  experiri  Iribuitur  felicitate  secura. 

6.  Pascunlur  proinde  in  montibus  montes,  vel  oves 
in  ovibus,  cum  sane  snpernie  ills*  substantia-  spirituales 
intra  semetipsas  de  verbo  vitae,  unde  suam  beatam  per- 
peluent  vitam,  allluenter  inveniunt,  iidem  ipsi  et  mon- 
ies, et  oves,  propter  plenitudinem  vel  celsitudinem  ■ 
oves,  propter  mansuetudinem.  Pleni  quippe  Deo  celsi 
mentis,  cumulati  virtutibus,  nihilominus  tamen  erectas 
vertices  tota  et  humili  obedienlia  submittunt  et  incli- 
nant  ilhus  longe  supereminentis  imperio  majestatis,  tan- 
quam  oves  mansuetissims  ad  nutum  sui  pastoris  per 
omnia  ambulantes,  et  sequentes  eum  quocumque  ierit 
Et  in  his,  secundum  prophetam  David  vere  montibus 
Sanctis  lanquam  prima  omnium  creata  sapientia,  funda- 
menla  civitatis  Domini  ab  initio  firmiter  stabilita  con- 
sistunl  ;  qua?  utique  una  est  in  co;lo  et  in  terra  licet  ex 
parte  peregrinans,  et  ex  parte  regnans.  Et  ex  his  nihi- 
lominus, juxta  Isaiam,  tanquam  quibusdam  vitalibus 
cymbahs  bene  sonantibus,  jugis  resonat  gratiarum  actio, 
el  vox  laudis,  suavi  et  incessabili  voce  implentibus 
quod  ex  eodem  Propheta  paulo  ante  memoravimus' 
quia  montes    et  miles  cuntabunt  coram  Deo  laudes  ■  et 


40G 


OEliVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


montagnes  el  lea  collines  chanteronl  des  louanges    38).»  II  a  dresse  a  tous  les  yeux,  dis-je,  sur  la  terre 


devant  Dieu  (Isa.  i.v,  V2)  ;  et  ce  qu'un  autre  pro- 
phete  disail  i'h  parlani  au  Seigneur  :  b  Heureux 
ceux  qui  habitent  dans  votre  maison,  ils  tous 
louerout  §ternellement  [Psal.  l.xxxm,  5).  » 

7.  Tour  reprendre   le  til  de  notre  discours  que 
nous  avons  un  peu  interrompu,  mais  il  le  fillait  je 
crois,  ce  sont  la  ces  montagnes  etces  collini 
l'Eglise   a  vu  sauter  son  celeste  epbux,  avei 
merveilleu  se,  lorsqu'il  volail  au  di 


designee  par  ce  mot,  le  soleil,  son  pavilion,  c'est-a- 
direle  corps  qu'il  a  daigne  prendre  tie  celui  d'une 
vierge,  afin  que,  invisible  par  sa  nature,  it  devint 
visible,  et  que  Loutc  chair  v it  le  salul  de  Dieu,  qui 
eiait  veuu  dans  la  chair. 

8.  II  a  done  saute  dans  les  montagnes,  e'est-a-dire 
dans  les  esprits  inf&rieurs,  lorsqu'il  est  descendu 
jusqu'a  eus  en  daignant  leur  reveler  un  secret 
cache  depuis  tanl  de  siftcles,  et  le  grand  mystere  de 
sa  bonte.  Mais  passant  par  dessus  ces  montagnes 


de  ses  chasles  embrassements,  el  elle  ne  l'a  pas  vu 

seulement  sauter  dans  ces  montagnes,  mais   meme  sublimes   et    felevees,    e'est-a-dire,  par  dessus   les 

Ce  4uil  faut  passer  par  dessus.  Voulez-vous  que  jevousiuontre,  Cherubins    et  les  Seraphins,  les  Dominations,   les 

S,bondesPder  Par  ,es  piophetes  el  les  apdtres,  ce  qu'on   enlend  Principalis,  les  Puissances  et  les  Vertus,  il  a  dai- 

l'fipoui.    par  ses  bonds?  Ce  n'est  pas  que  j'aie  I'intention  de  Kn*   descendre  jusqu'a  l'ordre  inferieur  des  Anges 

rous  rapporter  ici  tous  les  temoignages  que   ceux  comme  sur  des  collines.  Mais  y  esl-il   demeure?   I 


En  quel  sens 

le  Christ 
Epoux  fran- 

chit  les 
montagnes  et 
lea  collines. 


qui  en  out  le  loisir,  pourraient  trouver  sur  ce  sujet 
dans  les  edits  des  prophetes,  ce  serait  trop  long  et 
meme  inutile,  je  rapporlerai  seulement  les  choses 
qui  coniirment  clairement,  et  en  pen  de  mots  ce 
qui  est  dit  ici  des  bonds  que  fait  1'Epoux.  David  dit 
de  lui,  «  qu'il  a  mis  son  pavilion  dans  le  soleil,  et 
que,  pare  comme  un  epoux  qui  sort  de  sa  cham- 
bre  nuptiale,  il  a  marche  a  grands  pas  comme  un 
geant  qui  se  hate  d'arriver  an  bout  de  sa  carriere 
et  qu'il  est  parti  du  plus  baut  des  cieux  (Psal. 
xviii,  6j.»Quel  bondil  a  [ait,  du  plus  bautdescieux, 


a  encore  passe  les  collines.  Car  il  n'a  point  pris  la 
nature  des  anges  (Heb.  II,  16),  mais  celle  d'Abra- 
ham,  qui  est  inferieure  a  celle  des  anges,  alin  que 
cette  parole  que  le  roi  prophete  adresse  auPere  sur 
le  sujet  du  Eils  fut  accomplie  :  «  Yous  l'avez  rendu 
un  peu  inferieur  aux  anges  (Psal.  vui,  6;.  »  (Juoi- 
que  Ton  puisse  exphquer  be  passage  a  1'avantage 
de  la  nature  humaine,  en  ce  que  l'homme  qui  a  ete 
cree  a  l'image  et  a  la  ressemblance  de  Dieu,  et  done 
de  la  raison  comme  les  anges,  est  forme  de  la 
terre.  Mais  ecoutez  l'apotre  saint  Paul  qui  en   parle 


jusque  sur  la  terre  !  Car  jene  trouve  point  d 'autre  clairement  en  ces  termes  :    «  Ayant  la  meme   es- 

lieu,  que  la  terre,  qui  puisse  litre  indiquee  par  le  sence  que  le  Pere,  il  n'a  pas  cru  faire  un  larcin  de 

soleil  oil  il  a  mis  son  pavilion,  lui  qui  habite  une  se  rendre  egal  a   Dieu,    parce  qu'il  s'est  amieanti 

lumiere  inaccessible,  e'est  la  qu'il  a  daigne  faire  lui-meme,   en  prenant  la  forme  d'un  esclave,  en  se 

parailre  sa  divine  presence  a  la  lumiere  et  devant  rendant  semblable  a  l'homme,  et  en  se  revctant  de 

tout  le  monde.  Car  «  e'est  sur  la  terre,   qu'il  a  ete  nos infirmites  (Philip,  n,  G).»  Et  lorsque  la  plenitude 

vu  et  qu'il  a  converse  parmi  les  hornmes  (Bar.    in,  du  temps  est  arrivee,  Dieu  a  envoye  son   lils  ne 


'tem  quod  ille  alius  loquens  ad  Dominum  Deum  :  Beati, 
ait,  qui  habitant  in  domo  tua,  Domine  !  in  sieculu  sn>cu- 
loruni  ladabuni   tc. 

7.  Hi  ergo  (ut  ad  id  recurramus,  unde  aliquantulum, 
sed,  ut  piiln.  uecessarie  digrcssum  est)  illi  sunt  monies 
atque  colles,  in  quibus  Ecelesia  vidit  co'lestem  sponsum 
mira  alacrilale  salientcm,  cum  ad  suos  properarel  am- 
plexus  ;  nee  modo  salientem,  sed  et  transsilientem  eos. 
Vis  tibi  hos  saltusei  litteris  prophetarum,  apostolorum- 
que  deuionstreni?  Non  quod  nunc  omnia,  quie  de  hac 
re  apud  illos  ab  otiosis  inveniri  qucunl,  testinionia  re- 
plicare  incipiam,  (hoc  enim  longiun  est,  ct  opus  non 
est  :)  sed  ea  Unluni  modo  pono,  quae  breviter  et  aperte 
adstruere  videantur  id  quod  dicitar  dc  Sponsi  saltibus. 
Dicit  de  illo  David,  quia  posuit  in  w>le  tabernacuhtm 
mum,  et  ipse  tanquam  sponsus  procedans  de  tnalamo 
ua  ;  txsuttavit  ut  gigtk  endam  viam,  a  summo 

ccelo  *  i  quantum  sallum  dedit,  a  su 

ccelo  ad  terras.  Sane  enim  non  invenio  alibi,  ubi  in  sole 
posueoitntakornmculum  suum,  id  est  in  luce  et  in  mani- 
festo,simm  idignatot  sit  exhibere  praesenliam  ipse  lucia 
inaccesaibblisibubitatoi',  nisi ■  uiiqin-  in  tenia.  Denique 
in  tevanttim    est,  et>ium   kvnirtibul    VohvfrsWtils  ist. 


In  terris,  inquam  ,  palum  ,  quod  est  in  sole  ,  posuit 
tabernaculum  suum  ,  corpus  videlicet  ,  quod  de  Vir- 
ginia corpore  ad  hoc  sibi  aptare  dignatus  est  ,  ut.  in 
eo  in  se  invisibilis  videretur  :  et  sic  videret  onmis  caro 
salutare    Dei.  cum    in  carne  venisset. 

8.  Saliit  ergo  in  moiitibus,  id  est  in  illis  supremis 
spiritibus,  cum  ad  eos  usque  descendit,  sacramentum  a 
sa^culis  abscondilum,  et  magnum  pietatis  mysterium 
eis  dignanter  aperiens.  Sed  traussiliens  bos  superiores 
atque  eminentiores  montcs,  I  Iherubin  scilicet  atque 
Seraphin,  nee  nun  Dominaliones,  Principatus  et  Poles- 
Virtutesqoe,  etiam  ad  inferiorem  usque  Angclo- 
rum  ordinem  descendere,  tanquam  ad  colles  dignatus 
est.  Sed  numquid  vel  in  illis  remansil  ?  Transsiliit  et 
colles.  Non  enim  inquit,  Angelas,  serf  ■■  mem  Abrahce 
apprehendit,  quod  utiquc  angelis  inferius  est.  Ut  sermo 
impleretur,  quern  dixit  memoratus  propheta,  loquens 
ila  ad  Patrem  de  Pilio  i  Uinuistt  <  um  paulo  minus  ab 
angelis.  Quanquam  hoc  sane  ad  commendalionem  ua- 
{ ii t ti-  humanas  dictum  po^si!  intelligi,  quod  homo  ad 
imaginem  et  similitudinem  Dei  conditus,  ac  prxditus 
ratione  ad  instar  ulique   angeli,  modicum    lamen   distal 

ab  angelo  propter  corpus  de  terra.  Sed  audi  apostolum 
ii(i     r.  . 


CINQUANTE-QUATRlME  SERMON  SUR  LE  CANTIQDE  DES  CANTIQUES. 


d'une  femme,  ne  sous  la  loi(G«/.  iv,  &).»  II est  (Iodc 
indubitable  que  celui  qui  est  ne  d'une  femme  et 
sous  la  loi,  a  passe  en  descendant  en  terre,  non- 
seulement  les  montagnes,  c'est-a-dire  les  premiers 
ordres  des  esprits  bienheureux,  mais  encore  les  an- 
ges  qui  ne  sontque  d'un  ordre  inferienr,  et  qui,  en 
comparaison  des  premiers,  peuvent  etre  raisonna- 
blement  appeles  des  collines.  Mais  le  moindre  du 
royaume  des  cieux,  est  plus  grand  que  qui  que  ce 
soit  ayant  un  corps  sur  la  terre,  quaud  ce  serait  le 
grand  saint  Jean-Baptiste  [Luc.  vn,  28).  Car 
bien  que  nous  confessions  que  Dieu  homme, 
est  iucomparablement  eleve  au  dessus  de  toutes  les 
Principautes,  et  de  toutes  les  Puissances,  il  faut 
neanmoins  tomber  d'accord  que  s'il  les  surpasse, 
en  majeste,  il  est  au  dessous  d'eux  a  cause  de  sa 
Christ  faiblesse.  Voila  comment  il  a  saute  dans  les  monta- 
it  montre  o-nes   ej  a  i)asse  ies  eollines  en  voulant  bien  se  met- 

as  petit      o         J  i 

tre  au  dessous  nou-seulement  des  esprits  supe- 
mais  uieme  des  inferieurs.  Et  il  ne 
s'est  pas  seulement  sounds  a  ces  esprits  ce- 
lestes ;  mais  encore  a  ceux  qui  habitent  des  mai- 
sons  de  boue  et  de  terre,  passant  et  surmontant 
par  son  bumble  bassesse,  la  bassesse  des  bommes 
meme.  Car  lorsqu'il  etait  a  Nazareth  age  de  douze 
ans,  il  etait  assujeiti  a  Marie  eta  Joseph.  [Luc.u,  81)  et 
stu-  losbords  du  Jourdain,  elani  encore  plus  age,  il  se 
courba  sous  les  mains  de  saint  Jean  {Matth.  ill,  13). 
Mais  le  jour  est  deja.  bas,  et  nous  serions  bien  aise 
pourtant  de  demeurer  encore  sur  ces  montagnes- 
9.  Cependant  si  nous  voulions  en  une  seule  fois 


as  p 

D-seule- 

t  que  les 

»es  mais    Tieill'S 

les  hom 

s  meme. 


407 

satisfaire  notre  curiosite,  et  examiner  tout  ce  qu'il 
y  a  de  beau  et  de  cache  dans  ce  mystere,  il  y  au- 
rait  a  craindre  que  ce  discours  ne  devint  d'une  lon- 
gueur ennuyeuse,  ou  qu'en  nous  pressant  trop, 
nous  ne  traitassions  pas  avec  assez  de  soin  une 
matiere  si  noble  et  si  abondante.  Nous  nous  arre- 
terons  done  aujourd'hui,  si  vous  le  voulez  bien, 
sur  ces  montagnes.  Car  il  fait  bon  ici,  et  Jesus- 
Christ,  ce  bon  pasteur,  nous  ayant  places  avec  les 
anges  dans  ces  riches  paturages,  nous  pouvons  j 
paitre  avec  plus  de  plaisir  et  d'abondance.  Car 
nous  sommes  aussi  les  brebis  de  sa  bergerie.  Rumi- 
nous  done  comme  des  animaux  purs  du  bon  pas- 
teur tout  ce  que  nous  avons  fait  passer  dans  notre 
estomac  spiritual,  du  discours  d'aujourd'hui,  si  je 
puis  parler  ainsi.  Nous  acheverons  dans  le  suivant, 
tout  ce  qui  reste  sur  ce  sujet,  et  nous  tacherons  de 
lecouter  plusattentivement  avec  la  grace  del'epoux 
de  l'Eglise  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui  etant 
Dieu,  est  eleve  au  dessus  de  toutes  choses,  et 
beni  dans  tous  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  LIV. 

Comment  on  peut  Irouver  encore  que  les  montagnes 
represented  fcs  anges  et  les  homines,  tandis  que  les 
collines  representent  les  demons .  II  y  a  trois  sortes 
de  craintes  que  tout  homme  doit  ressentir,  s'il  ne 
veut  point  perdre  la  grace  de  bien  faire  qu'il  arecue 
dc  Dieu. 

1.  11  faut  que  je  vous  dise  un  autre  sens  sur  le 


Paulum  aperte  pronuntiantem  de  eo  :  Qui  cum  in  forma 
Dei  esset,  non  rapinam  arbitrabatur  esse  se  cequalem 
Deo  ;  quia  semeiipsum  exinanivit,  formam  serin  acci- 
piens,  in  similiiudmem  hominum  foetus,  et  habilu  inven- 
tus ut  homo.  Et  rursum  :  L'bi  venit,  in  [uit,  plenitudo 
iris,  misit  Dens  Filium  suum,  factum  ex  muliere, 
factum  sub  lege,  ut  eos  qui  sub  lege  erant  redimeret. 
Qui  ergo  factus  ex  muliere,  factus  et  sub  lege  est,  pro- 
cul  dubio  non  solum  monies,  id  est  majores  superiores- 
que  beatitudines ,  sed  eliaai  miuores  angelos  des- 
cendendo  transsiliit,  qui  quidem  in  comparalione  supe- 
liorum,  merito  collium  nomine  designantur.  Casterum 
qui  minor  e»t  in  regno  ceelorum,  major  est  quovis  car- 
nem  portante  super  terrain,  etiamsi  sit  ille  magnus 
Joannes  Baptista.  Nam  etsi  sane  Deum  hominem 
fateamur,  etiam  in  nomine  super  omnem  principatum 
et  potestatem  longe  incomparabiliter  praeeminere;  eer- 
tum  tamen,  quia  etsi  praeit  majestate,  sed  infirmitate 
succubuit.  Ita  ergo  saliit  in  montibus,  et  transsiliit  col- 
les,  cum  non  solum  superioribus,  sed  et  inferioribus 
spiritibus  dignantissime  se  inferiorem  exhibuit.  Nee 
modo  illis  snpernis  spiritibus,  sed  et  ipsis,  qui  domos 
luteas  inhabitant,  subjectum  se  exhibuit,  transsiliens  et 
vinrens  bumilitate  etiam  liominum  humililatem.  Erat 
denique  subditus  Maris  et  Joseph  ,  cum  esset 
duodennis  in  Nazareth  :  et  apud  Jordanem  Joannis  se 
nianibus  jam  juvenis  inclinavit.  Sed  et  inclinata  est 
dies,  nee  adhuc  omnino  de  his  montibus  descendere 
libet. 


9.  Caeterum  si  hac  vice  voluerimus  cuncta  horum, 
prout  deleclat,  explorare  amcena,  abdita  perscrulari ; 
verendum  ne  aut  sermo  grata  brevitate  careat,  aut  larga 
excellensque  materies  debita  diligentia  festinatione  frau- 
detur.  Pausemus  proinde  hodie  jam,  si  placet ,  in 
montibus  istis  :  quoniam  bonum  est  nps  hie  esse,  ubi 
a  pastore  Christo  una  cum  Sanctis  angelis  in  loco 
pascuae  collocati ,  et  jucundius  pascimur,  et  uberius. 
Et  nus  siquidem  oves  pascuae  ejus.  Ruminemus  ergo, 
tanquam  munda  animalia  boni  Pastoris ,  quae  de 
hodierno  sermone  tola  avidilate  glutivimus  sermone 
altera  residua  capituli  ejusdem  attentius  percepturi, 
largiente  sponso  Ecclesiae  Jesu-Christo  Domino 
nostra,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  saecula. 
Amen. 

SERMO  LIV. 

Quuliter  iterum  per  monies  significantur  angeli  et  homines, 
et  per  colles  diemones.  Item  de  triplici  timore,  quo 
quisque  timere  debet,  ne  gratiam  bene  operandi  a  Deo 
acceplum  perdat. 

1.  Super  eodem  capitulo,  quod  hesterno  *  sermone 
vorsalum  est,  dicturus  sum  el  alium  intellectum,  quern 
hodierno  servavi  :  vos  probate,  et  eligile  poliora.  Non 
est  opus  superiora  repelere,  qua?  excidisse  non  arbilror 
in  tarn  brevi.  Si    quominus  tamen,  scripts  sunt  ut  dicta 


al.  die. 


408 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


verset  ilu  Cantique   que  je  vons  ai   explique   dans  c'est  un  excellent  ministre,  qua   celui  qui  ilonni'  SB 

mon  sermon  d'hier,  tous  choisirez  celui  des  deux  ckair  en  aourriture,  son  sang  en  breuvage,  et   sa 

que  von?  jugerez  le  meilleur.  Je  crois  qu'il   n'est  vie  pour  prix  et  pour  rancon  de  ceux  a  qui  il  est 

pas  besoin  de  repeter  ce  que  dous  .i\<ms  dil  dans  envoye.  Celui-la,  en  effet,  est  un  excellent  minis- 

le  discours  precedent  Carj •  pense  pas  que  vous  tre  qui,  par  la  ferveur  de  son  esprit,  par  l'ardeur 

l'ayez  oublie  en  si  peude  temps.  Maisquandcela  se-  de  son  amour,  et  par  le  zi-lu  de  sa  bonte,  non-seu- 


Le  Chi  i^t 
a  saute  dao* 
les   moota- 
goes  niKind 
il  a  pns  l'of- 
fice  des 
anges. 


rait,  commc  on  a  recueilli  par  fecrit  ces  sermons  a 
mesureque  jelesaiprononces,si  quelque  chose  vous 
en  est  6chapp6,  vouspourrezlereprendreaisement: 
cela  dit.  passons  an  reste.  «  Le  void,  dil  I'Epouse, 
qui  vien.1  sautanl  dans  les  montagnes,  et  passant 
les  collines  (Cant,  n,  8  .  »  Elle  parle  de  I'Epoux; 
qui  a  sans  doute  saute  dans  les  montagnes, 
lorsque,  envo\t'dii  Pere  pour annoncer  d'heureuses 
nouvelles  a  ceiixqnietaientdansl'oppression,  i]  n'a 
pas  dedaigne  de  faire  les  functions  des  anges,  en 
devenant  l'ange  dn  grand  conseil,  lui  qui  etait  le 
maitre  des  anges.  II  est  est  descendu  sur  la  terre, 
lui  qui  avail  coulume  d'y  envoyer  les  autres.  II  a 
fait  connaitre  lui-meme  le  salut  qu'il  apportait  au 
monde.  II  a  lui-meme  revele  sa  grace  et  sa  justice 
aux  nations  (Psal.  xcviii,  2).  Tous  les  esprits 
bienheureux,  selon  l'Apotre,  sont  les  ministres  de 
hi.  11,  et  il  les  cnvoie  pour  servir  ceux  qui  sont 
destines  a  l'heritage  du  salut  (Heb.  i,  lit).  Etcepen- 
dant  celui-la  meme  dont  ils  sonl  les  ministres,  et 
qui  est  inlmimeiit  eleve  au  dessus  d'eux,  et  devenu 
comme  l'un  d'entre  eux,  et  feignant  de  ne  point 
voir  le  tort  que  lui  causait  cet  abaissenient,  il  s'est 
acquis  une  couronne  immortelle  de  grace  el  de 
gloiie.  Mais  ecoutez-le  bai-merne  :  «  .le  ne  suis  pas 
venu,  dit-il,  pour  etrc  servi,  mais  afin  de  servir,  et 
de  donuer  ma    vie  pour    plusieurs     [Malth.    xx., 


lemenl  saute  dans  les  montagnes,  mais  traverse 
meme  les  collines,  c'est-a-dire  les  sunnoule  par  le 
le  desir  brulant  qu'il  a  de  suuver  les  homines, 
attendu  qu'il  est  celui  que  le  Seigneur  son  Dieu  a 
si. iv  d'une  hnilf  ilejoie,  d'une  maniere  plus  excel- 
lente  que  tons  ceux  qui  out  i'ii  part  a  sa  gloire 
[Psal,  xi. iv,  8).  (Vest  particulierement  en  cela  qu'il 
a  marclie  a  grands  pas  coiniue  un  grant  qui  se  hate 
d'arriver  au  bout  de  sa  carriere.  II  a  passe  Gabriel, 
et  est  arrive  avant  lui  a  la  Vierge,  selon  le  lemoi- 
gnage  de  cet  archange  meme,  qui  dil  a  Marie  : 
ci  Je  vous  salue  pleine  de  grace,  le  Seigneur  est 
avec  vous  [Luc.  i.  28).  n  Quoi?  Celui  que  vous 
venez  de  laisser  dans  le  ciel,  vous  le  trouvez  main- 
tenant  dans  le  sein  d'uue  femme!  Comment  cela 
se  fait-il?  II  a  vole  en  avant  sur  les  ailes  des  vents. 
0  bienheureux  archange  vous  6tes  vaincu  !  Celui 
qui  vous  a  envoye  devaiit  lui,  est  arrive  plulot  que 
vous. 

2.  On  bien  il  sautait  dans  les  montagnes,  lors- 
qu'il  apparaissait  autrefois  aux  patriarches  en  la 
personne  des  anges ;  ce  qui  semble  mieux  conve- 
nir  a  la  terre.  Car  elle  ne  dit  pas  qu'il  saute  sur  les 
montagnes,  mais  dans  les  montagnes,  parce  qu'il 
est  cause  qu'elles  sautent  clles-memes,  comme  il 
parle  dans  les  prophetes  et  agil  dans  les  justes 
l'orsqu'il  fait  parler   les   uns  et    agir  les  autres. 


28).  »  Ce  que  nous  ne  voyons  point  qu'aucun  des  Ajoutez  a  cela  que   quelques-uns   de  ces  anges  le 

anges  ait  fait,  en  sorte  que,  par  l'ardeur  et  la  fidelite  representaient,  en  sorte  que  cbacun  d'eux  ne  par- 

de  ses  services,  il  a  surpasse  tous  ceux  qui  sont  lait  pas  comme  ange,  mais  comme  Seigneur.   Par 

venus   avant  lui  pour  servir  les  homines.   Certes,  exemple,  l'ange  qui  parlait  avec  Moise,  ne  disait 


sunt,  et  excepta  stilo,  sicut  et  sermones  caeteri,  ut  facile 
recuperetur  quod  forte  exciderit.  Qua  propter  accipile 
alia.  E>:ce  venit  is,  inquit,  satiens  in  montibus,  tra/issi- 
liens  co/les.  Sponsum  luquitur  :  qui  profecto  tunc  in 
monlibus  saliit,  cum  missus  a  Palre  ad  evangelizandum 
pauperibus,  angelorum  fungi  non  est  dcdignalus  officio, 
factus  magni  concilii  angelus,  qui  Dominus  erat.  Per  se 
descendit  ad  terras,  qui  alius  delegare  solebat  :  per  se 
notuni  fecit  Dominus  salutare  snum,  per  se  in 
conspectu  gentium  revclavil  juslitiam  suam.  Cum  ita- 
que  omnes,  juxta  Pauli  sententiam,  administratorii 
spiritus  sint,  missi  in  miuisterium  propter  cos 
qui  ha-redilatcm  capiunt  salutis  :  qui  erat  super 
illos,  factus  est  inler  illns  tanquam  unus  ex  illis,  dissi- 
iMiilans  injuriam,  accumulans  gratiam.  Sed  audi  ipsum. 
Sonveni,  inquit,  ministrari,  sed  ministrare,  et  animam 
,  dare  pro  multis.  Qui  .1  qoidem  caeterorum,  nemo 
fecisse  inventus  est,  ul  omnes  quotquot  ministrasse  visi 
sunt,  ipse  il.  w>tis  transient  fidelibus  pie  obsequiis.  Bonus 
minister,  qui  earnem  suam  in  cibum,  sanguiaem  in 
polum,  animam  ministravil   in   pretium.    Bonus    plane, 


qui  spiritu  alacer,  charitate  fervens,  pietate  devotus,  non 
solum  sal i t  in  montibus,  sed  el  transsilil  colics,  id  est 
superatet  vincil  alacritate  ministrandi,  ut  pole  quern 
unxil  Deus  Dens  suus  oleo  laetitiae  prse  consortibussuis: 
in  quo  ufique  singulariter  exsultavil  ut  gigasad  curren- 
dani  vi.'im.  Deniqne  transsiliil  Gabrielem,  et  praevenil  ad 
Virginem,  eodem  archangelo  attestante,  rum  ail  :  Ave 
gratia  plena,  Dominus  tecum.  Quid?  Quem  modo  reli- 
qni.sli  in  coilo ,  nunc  *  in  ulcro  reperis.  Quonam 
modo?  Volavit  et  pnevolavil  super  pennas  vento- 
rum.  Victus  es,  o  Archaiigcle  :  transsiliil  te  qui 
praemisit  te. 

2.  Aul  eerie  saliebat  in  montibus,  cum  in angelis olim 
palribns  apparebat  :  quod  ulique  proprietati  litterae 
magis  convenire  videlur.  Nbn  enim  ail,  saliens  in  mon- 
ies, sed  in  montibus,  ut  ipse  in  eis  videatur  salire,  qui 
facit  et  dat  ut  saliant,  quemadmodum  loquitur  in  pro- 
phelis  ;  operatur  in  juslis,  emu  illis  verba,  el  ist.s  opera 
tribuit.  Adde  quod  aliqui  Dorum  personam  ejus  gcre- 
banl,  ita  ul  loquerelur  qnisquc  illorum,  non  tanquam 
angelus,  sed  tanquam  Dominus.  Verbi    gralin.    ille  an- 


al.  hunc. 


pas  :  Je  suis  1'ange  du  Seigneur:  mais,  «  je  suis 
le  Seigneur,  »  ce  qu'il  repeta  plusieurs  fois.  II 
sautait  done  dans  les  montagnes,  e'est-a-dire  dans 
les  anges,  en  qui  il  parlait  et  se  montrait  aux 
hommes.  II  sautait  done  vers  les  homines,  mais  en 
la  personne  des  anges,  non  en  la  sienne  propre, 
non  en  sa  nature,  mais  en  cello  d'une  creature 
qui  lui  est  soumise.  Car  celui  qui  saute  passe  d'un 
lieu  a  l'autre,  ce  qui  ne  se  fait  point  en  Dieu.  II 
sautail  done  dans  les  montagnes,  e'est-a-dire,  dans 
les  anges,  parce  qu'il  ne  le  pouvait  pas  faire  en  sa 
propre  personne ,  et  il  sautait  jus  [u'aux   collines, 


.es  demons 
sont   des 
lollines.  ils 
s  ont  aban- 
donnees  a 
cause  de 
or  orgueil. 


CINQUANTE-QIATRIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  409 

passees  et  meprisees,  il  descend  dans  les  vallees, 
afln  qu'elles  portent  du  ble  en  abondance.  Les 
autres,  au  contraire,  sont  condamnees  a  une  se- 
cheresse  et  une  sterilife  perpetuelles,  suivant  cette 
imprecation  du  Prophete  contre  eux :  «  Que  la  rosee, 
dit-il,  ni  la  pluie  ne  descendent  point  sur  vous 
[Reg.  i,  21).  »  Et  afln  que  vous  sachiez  que  e'est 
aux  angps  prevarieateurs  qu'il  adresse  ces  paroles 
sous  la  figure  des  montagnes  de  Gelboe,  «  ou,  dit- 
il,  plusieurs  blesses  sont  tombes.  »  Combien  y  en 
a-t-il  de  1'armee  d'Israel  qui  sont  tombes  des  le 
commencement,  et  qui  tombent  encore  tons  les 
est-a-dire,  jusqu'aux  patriarches,  aux  prophetes,  jours  dans  ces  montagnes  mandites?  C'est  d'elles 
et  aux  autres  bommes  spirituels  qm  etaient  sur  la  que  parte  le  Prophete  lorsqu'il  dit  au  Seigneur  : 
e^6'.    .,  "  lls  ?onf  comme  des  hommes  blesses  a  mort   oni 

Mais  il  passalt  aussi  les  collines,  parce  qu'il  n'a  reposent  dans  les  tombeaux,  dont  vous  ne  vous 
pas  seulement  voulu  parler  et  apparaitre  aux  souvenez  plus,  et  vous  les  avez  chasses  par  la  force 
grands  hommes,  et  aux  hommes  spirituels,  mais  de  votre  bras  (Psal  lxxxvii)  ,, 
il  a  daigne  faire  la  meme  grace  a  quelques-uns  3.  II  ne  faut  done  pas  s'etonner  si  ces  esprits 
■1  entre  le  peuple,  et  meme  a  quelques  femmes,  qui  Qe  sont  pas  des  montagnes  du  ciel,  mais  des 
en  se  servant  pareillement  du  ministere  de,  anges.  comnes  de  1'air  ou  la  rosee  ni  la  pluie  ne  descen- 
Ou  par  les  collines,  l'Ecnture  enlend  les  puissances  dent  jamais,  demeurent  toujours  steriles  et  infruc- 
de  1  air,  qu'on  ne  met  plus  au  nombre  des  mon-  tueux.  puisque  I'auteur  de  la  grace  et  le  dispen- 
tngnes,  parce  qu'elles  sont  tombees  du  comble  des  sateur  des  benedictions  passe  pardessus  et  des- 
vertus.  par   1  orgueil,   et  neanmoins   ne    sont  pas     cend  dans  les  vallees,  afln  de  repandre  une   pluie 

celeste  sur  les  humbles  qui  sont  sur  la  terre,  et 
leur  faire  produire  du  fruit  dans  la  patience,  et 
porter  trente,  soixante.  cent  pour  un.  Car  il  a  vi- 
site  la  terre,  dit  le  Prophete.  et  l'a  enivree  ;  il  a 
augmente  ses  biens  et  ses  richesses  (Psal.  i.xiv, 
10).  II  a  visite  la  terre,  dit-il,  non  pas  l'air,  «  car  la 
terre  est  remplie  de  la  misericorde  de  Dieu    {Psal. 


desenflees  par    la   penitence,   et    arrivees   jusqu'a 

l'humilite  des  vallees,    ou   jusqu'aux    vallees    des 

humbles   Je  crois  que  c'est  d'elles  qu'il  est  dit  dans 

les   psaumes  :  «  Les  montagnes  se  sont  fondues 

comme  la  cire  a  la  vue  du    Seigneur   (Psal.  xciv, 

5).  »  Celui  qui  saute  dans  les  montagnes  passe  done 

pnrdessus    ces  collines  superbes   et    steriles     oui 

r  i"      ™.  >uu,j,Ug  uC  w  ujc-mtume   ue   uieu    if  sat. 

t.ennent  comme  le  milieu  eutre  les  montagnes  des     xxxi,  5).  II  a  opere  le  salut  au  milieu  de  la  terre. 
parfaits  et  les  vallees  des   penitents;  et  les  ayant    dit  encore  le  meme  Prophete  (Psal.  lxxiii,  12). ..  Dit- 


gelus  qui  cum  Moyse  Ioquebatur,  dicebal.  non,  ego 
Domini,  sed,  ego  Dominus  ;  atque  id frequenlius iterabat. 
Saliebat  ergo  in  montibus,  id  est  in  angelis,  in  quibus 
el  Ioquebatur,  et  suam  horninibus  extnbebat  praesentiam. 
Ad  homines  enim  saliebat,  sed  in  angelis,  non  in  se  : 
non  in  sua  nalnra,  sed  in  subjecta  creatura.  Qui  enim 
salit,  de  loco  ad  locum  vadit  :  quod  non  cadit  in  Deum. 
Ergo  in  montibus,  id  est  in  angelis,  saliebat,  qui  in  se 
non  polerat  :  et  saliebat  usque  ad  colles,  id  est  patriar- 
chal ct  prophelas,  ca>terosque  spirituales  viros  de  terra. 
Sed  transsiliebat  et.  colles,  cum  non  solum  magnis  et 
spiritualibus  viris,  sed  et  atiquibus  de  populo,  etiam  et 
nonnullis  mulieribus  sque  in  angelis  toqui  et  apparere 
dignatua  est.  Vel  colles  dicit  aerias  potestates,  qua  inter 
monies  quidem  minime  jam  numerantur,  pro  eo  quod  a 
virtutum  celsitudine  delluxerunt  per  superbiam  .  ncc 
lamen  usque  ad  humilia  vallium,  sive  ad  valles  humi- 
lium  per  pcenitentiam  detumescunt.  De  his  arbitror 
illud  dictum  in  psalmis  :  Montes,  sicut  cera;  fluxerunt 
a  facie  Domini.  Hos  itaque  tumenles  ac  steriles  colles, 
tanquam  medios  positos  inter  montes  perlectorum  et 
iralles  pcpnitentium,  procul  dubio  transsiliit,  qui  in  mon- 
tibus salit;  hisque  pra-terilis  et  despectis  descendit  ad 
valles,  ut  valles  abundent  frumento.  Porro  illi  e  regione 


Beterna  ariditate  ac  sterilitate  damnantur,  sicut  habes 
prophctse  super  illos  imprecationem  :  Nee  ros,  inqnit, 
nee  plan,,  descendant  super  vos.  Atque  ut  noveris  quod 
ad  angelos qui  pravaricati  sunt,  sub  figura  montium 
Gelboe  isla  loqualur,  ubi,  inquit,  ceciderunt  vulnerah 
multi.  Guam  multi  in  his  maledictia  montibus  de  exer- 
cilu  Israel  ceciderunt  aprincipio,  et  quolidie  cadnnf!  De 
quibus  et  habes  in  eodem  Prophela,  cum  dicit 
Domino  :  Sicut  oulnerali  dormientes  in  sepulcris, 
quorum  non  es  memor  amplius,  et  ipsi  de  manu  tun 
repulsi  sunt. 

3.  Non  est  ergo  minim,  si  steriles  et  infructuosi  per- 
manent isti,  non  montes  ccelici,  sed  aerii  colles,  super 
quos  nee  ros,  nee  pluvia  descendit,  quippe  auctore  gra- 
tia? et  henedictionum  largitore  transsilicnte  eos,  et  des- 
cendee.le  ad  valles,  ut  coelesu'  imbre  perfundat  humiles 
qui  sunt  super  terram,  et  IVuctum  afferent  in  patient  ia; 
fruclun)  tricesimum,  sexagesimum,  et  centesimum.  De- 
nique  visitavit  terrain,  et  inebriavit  earn  :  multiplicavit 
tocupletare  earn.  Terram  visitavit,  non  aerem  :  quia 
misericordia  Domini  plena  est  terra.  Denique  operafw: 
est  snlulem  in  medio  terra'.  Nuraquid  et  in  medio  aeris? 
Hoc  adversum  Origenem,  qui  in  acre  Dominum  gteria? 
denuo  pro  daemonibus   impudenti  crucifigit  menducio  ; 


410 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Krreur 
!  Origi  no. 


il  aussi  au  milieu  de  l'air?  Cela  est contre  Origene,  esprits  superbes  qui  sont  dans  1'air,  parce  que 
qui,  par  un  mensonge  impudent,  crucifie  encore  Dieu  resiste  aux  superbes,  et  domic  sa  price  aux 
une  fois  le  Seigneur  de  gloire  au  milieu  des  airs    humbles. 


L  Kpoux 
Mole   dans 

ilans  les 
ii.uvais. 


Ponrqnoi  la 

■Irmeure 

•  lemons 
<  -telle 
ia  l'air. 


pour  sauver  les  demons,  lorsque  saint  Paul  qui 
et.iit  temoin  de  ce  myslere  nous  assure,  «  qu'elant 
iscile  il  ne  meurt  plus,  et  que  la  mort  n'aura 
plus  d'empire  sur  lui  [Rom.  vj,  9).  » 

i.  Mais  celui  qui  a  passe  l'air  n'a  pas  settlement 


5.  L'Epouse  le  voil  done  sauter  dons  les  montn- 
gnes  et  passer  les  collines,  selon  celte  imprecation 
de  David  :  que  le  Seigneur  visile  toutes  les  monta- 
gnes  qui  sont  a  1'entour,  e'est-a-dire  autour  de 
GelboS,  mais  qu'il  p  isse  celle  de  Gelboe\  Car  il  y  a 
visite  la  terre,  mais  encore  le  ciel,  selon  l'Ecriture  des  montagnes  que  le  Seigneur  visile,  qui  sont.  au- 
qui  dil  :  s  Seigneur,  voire  misericorde  s'etend  jus-  lour  du  diable  designe  par  le  mont  Gelboe,  les  an- 
que  dans  le  ciel,  et  voire  verite  va  jusqu'aux  Dues  ges  au  dessus  de  lui,  et  les  homines  au  dessous. 
[Psal.  xxxv,  6);  a  e'est-a-dire  jusqu'aucielqu'habi-  Car,  torabantdu  ciel,  ils'estvuassignerpoursa  peine 
tent  les  saints  anges;  l'Epoux  ne  passe  pas  outre,  le  sejour  de  l'air,  qui  est  place  entre  le  ciel  et  la 
mais  il  y  saute,  en  sorte  qu'il  y  imprime  comme  terre,  aim  qu'il  soit  au  dessus  des  hommes  et  audes- 
les  deux  vestiges  de  ses  pied-,  ta  misericorde  et  la  sous  desanges.et  qu'il  en  soit  jaloux,  et  que  cetteja- 
vente,  dont  je  me  souviens  vous  avoir entretenus  lousielui  serve  de  tourment,  suivant  cette  parole  de 
longuement  dans  les  discours  precedents.  Mais  e'est  l'Ecriture  :  «  Le  pecheur  verra  ces  choses  et  en 
sous  les  nues  et  plus  has,  dans  cet  air  inferieur  et  concevra  une  violente  colere,  il  grincera  les  dents 
tenebreux,  que  se  trouve  la  demeure  des  demons;  de  rage  et  sechera  de  depit  (Psal.  cxi,  10).  » 
or,  l'Epoux  ne  saute  point  en  eux,  mais  il  y  passe  Comme  il  se  sent  malheureux  lorsqu'il  regarde  les  Comljll.n  ce 
sans  les  regarder,  en  sorte  qu'ils  n'ont  en  elix  au-  cieux,  oil  il  voit  des  montagnes  inuombrables,  bril-  «ty™r  "<■ 
cuu  vestige  du  passage  de  Dieu.  Car,  comment  la    lant     des     splendeurs    divines,    retentissanl    des  li«' demons" 


verite  se  trouverait-elle  dans  le  diable,  puisque  la  ve- 
rite meme  adit  dans  l'Evangile,  que  satan  n'est  point 
demeure  dans  la  verite,  mais  qu'il  a  ete  menteur 
des  le  commencement  {Joan,  vm,  Zii)?  On  ue  peut 
pas  dire  non  plus  qu'il  soil  misericordieux,  puisque 
la  meme  verite  le  eonvaiuc  encore  dims  l'Evangile 


louanges  de  Dieu,  comblees  de  gloire  et  de  graces! 
Mais  combien  plus  malheureux  encore  lorsqu'il  re- 
garde  la  terre,  oil  il  voit  aussi  plusieurs  montagnes 
du  peuple  elu,  solides  dans  la  foi,  elevees  par  l'es- 
perance,  etendues  par  la  charite,  eultivees  par  les 
verbis,  pleines  de  fruits  des  bonnes  oeuvres,  et  re- 


d'avoir  ete   homicide  6n  tout  temps  (Ibid).  Or,  tel  cevant  tous   les  jours  des  benedictions  par  la  rosee 

pere  de  famille,  tels  serviteurs  ;  aussi,  e'est  avec  du  ciel,  comme  par  lesaut  mystique  de  l'Epoux  !A\ec 

raisonquel'Eglise,  enchantant  ausujetde  l'Epoux,  combien  de  douceur  etde  jalousie  croyons-nous  que 

«  il   habite  en  un   lieu  fort  Sieve,  et  regarde  les  cet  esprit  si  ambitieux  de  gloire,  regarde  autour  de 

choses  humbles  et  basses  dans  le  ciel  et  sur  la  terre  lui  toutes  ces  montagnes  glorieuses,  quand  il  voit 

Psal.    exu,   5),  »    ne  fait  point    mention  de    ces  au  contraire  que  lui  et  les  siens  sont  incultes,  cou- 


cum  hujus  conscius  myslerii  Panhis  affirmet,  quod  re- 
surgens  ex  mortuis  jam  non  moritur,  mors  illi  ultra  non 
dominabilur. 

1.  Verum  non  solum  visitavit  ten-am,  qui  aerem  tians- 
silivit,  sed  etiam    coelum,    riicenle  Scriptura    :  Domine, 

ricordia,  el    Veritas    iua    usque    ad  nubes. 

Usque  ad  nubes  enim  coelum  est  quod  inhabitant  sancti 
angeli,  quos  non  Iransiliit  Sponsus,  sed  salit  in  eis,  ita 
ul  imprimal  ip-is  dno  quaedam  vestigia  pedum  suorum, 
misericordiam  et  verilatem  -.  de  quibus  Domini  vestigiis 
memini  in  superioribus  sermonibus  plenius  disputasse. 
A  nuhibus  vero  et  infra  ila-monum  habilatio  est  in  aere 
islo  inlimo  et  caliginoso  ,  in  quibus  non  salit  Sponsus 
ranssilit  illos  et  prsterit,  nee  ulliim  in  se  relinent 
Dei  Iranseuntis  vestigium.  Nam  quomodo  in  diabolo 
Veritas  est,  de  quo  in  Evangeliis  veritatis  sententia  exs- 
i.ii.  quod  in  veritate  non  sieiit,  sed  mendax  exstitil  ab 
initio?  Sed  nee  misericordem  quis  dixerit  eum,  qui 
nibilominiis  ab  initio  bomicida  fuisse  eadem  ipsa  Evan- 
geliii  veritate  convincitur.  Porro  autem  qualis  pater- 
familias, tales  et  domestic]  ejus.  1  ulchre  proinde  de 
sponso  Eoclesia  psallens,  quod  in  altis  habilet,  et  hu- 
milia    rcspiciaf   in   ccelo   ct    in    terra ;  nullam  omnino 


mentionem  facit  de  his  qui  in  aere  versantur  spiritibus 
superbis  :  qnoniam  Deus  superbis  rests  tit,  el  humilibus 
dat  gratiam. 

5.  Viilet  ergo  ilium  salientem  in  montibus  et  Iranssi- 
lientem  colles,  juxla  imprecationem  David  diccntis  : 
Own  a  monies  qui  ia  circuitu  ejus  sunt,  id  est  incircuitu 
Gelboe,  oisitet  Dominus;  a  G  Iboe  autem  transeat.  Dia- 
bolo nempe,  qui  per  Gelboe  desigaatur,  bine  inde  sunt 
montes  quos  visilat  IJominus,  supra  angeli,  infra  homines. 
In  poenam  siquidem  suam  locum  in  aere  isto,  medium 
inter  cielum  et  terrain,  de  ccelo  cadens  sorlitus  est, 
ut  videal  el  invideal,  ipsaque  invidia  torqueatur,  Scrip- 
tura dicente  :  Peccntor  videbit  et  irascetur,  dentibus  suis 
fremel,  el  tabescet.  Quam  miser,  eum  suspicit  ccelos,  in 
quibus  innumeros  montes  inluetur  divina  claiitate  fill— 
gentes,  divinis  laudibus  rcsultanles,  sublimes  in  gloria, 
abunilanles  in  gratia!  Quam  miserior,  cum  respicil  ter- 
rain, monies  niliilominus  quam  plurimos  de  populo 
auquisilionis  habentem,  lide  solidos,  spe  excelsos,  cliari- 

t.iie  spatiosos,  cultos  virtutibus,  bonorum  operum  fruo- 

libus  refertos.  de  lore  cadi  tanqiiam  de  saltu  Sponsi 
quotidianam  capienlcs  benediclioneui !  Cum  quanto 
putamus   dolore   et    rancore   aspiciat   ille  cupidissimus 


CINQUANTE-QUATR1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


ill 


verts  de  tenebres,  et  steriles  eu  tous  biens,  et  qu'il 
reconnait  que  lui,  qui  calomnie  tout  le  monde,  est 
l'opprobre  des  hommes  et  des  anges,  suivant  ce 
mot  du  Psalmiste  :  «  Ce  dragon  que  vous  avez 
forme  pour  servir  de  jouet  et  de  risee  {Psal. 
cm,  26).  » 

6.  Et  la  cause  de  cela,  c'est  que  l'Epoux  les  passe 
a  cause  de  leur  orgueil,  et  saute  dans  les  monta- 
gnes  qui  sont  a  l'entour  de  lui,  comme  une  fon- 
taine  qui  s'eleve  au  milieu  du  paradis,  arrose  toute 
'  la  terre,  et  verse  ses  benedictions  sur  toute  sorte 
d'animaux.  Henreux  ceux  qui  meritent  d'etre 
abreuves  quelquefois,  quoique  raremenl,  de  ce  tor- 
rent de  delices,  et  en  qui  l'eau  de  la  sagesse  et  la 
fontainede  la  vie  reiaillissent  de  temps  en  temps,  si 
elle  ne  coule  pas  toujours,  et  torment  en  eux  une 
source  d'eau  rejaillissante  pour  la  vie  eternelle.  Or, 
ce  tleuve  impetueux  rejouit  la  cite  de  Dieu,  et  y 
coule  toujours  avec  abondance.  Mais  Dieu  veuille 
qu'il  ne  dedaigne  pas  de  se  repandre  quelquefois, 
comme  par  une  espece  d'inondation,  dans  nos 
montagnes  qui  sont  tur  la  terre,  afin  qu'etant  sufii- 
samment  abreuvees,  elles  puissent  aussi  distiller 
sur  nous,  qui  sommes  des  vallees,  quelques  gouttes 
d'eau,  de  crainte  que  nous  ne  demeurions  entiere- 
ment  sees  et  steriles.  11  n'y  a  que  misere,  pauvrete 
et  que  famine  dans  la  contree  qui  n'est  jamais  hu- 
nioctee  par  ces  inondations,  ni  par  ces  faibles  ecou- 
lements,  parce  que  la  foutaine  de  sagesse  coule  et 
s'envaau  dela.  «  Or,  dit  un  propbete,  comme  ils 
n'ont  pas  eu  la  sagesse,  ils  se  sont  perdus  par  leur 
folie  (Baruck.  in,  28).  » 


Dieu  passe 

les  BUporbea 

et  visite  les 

humbles. 


7.  «  Le  void  qui  vient  sautanl  dans  les  monta- 
gnes et  passant  les  collines.  »  II  saute  afm  de  pas- 
ser outre,  parce  qu'il  ne  veut  pas  s'arreter  a  tous. 
Car  tous  ne  sont  pas  agreables  a  Dieu.  Mes  freres, 
si  selon  la  pensee  de  saint  Paul  (I  Cor.  s,  11),  ces 
cboses  sont  ecrites  pour  notre  instruction,  obser- 
vons  la  discretion  et  la  circonspection  des  sauts 
mystiques  de  l'Epoux,  remarquons  comment,  parmi 
les  anges  et  parmi  nous,  il  saute  spirituellement 
dans  les  bumbles,  et  passe  les  superbes.  Car  le  Sei- 
gneur etant  inliniment  eleve,  regarde  ceux  qui  sont 
bas  et  bumbles,  et  voit  de  loin  ceux  qui  s'elevent 
par  l'orgueil  (Psal.  exxxvn,  6).  Considerons,  dis-je, 
ces  cboses  avec  attention,  afin  que  nous  veillions  a 
nous  preparer  a  ces  sauts  salutaires  de  l'Epoux,  de 
peur  qu'il  ne  nous  passe  comme  les  montagnes  de 
Gelboe,  s'il  nous  juge  indignes  de  sa  visite.  Pour- 
quoi  vous  enorgueillissez-vous,  vous  qui  n'etes  que 
terre  et  que  cendre?  Le  Seigneur  passe  les  anges 
memo,  ayant  leur  orgueil  en  execration.  Que.  ce 
rebut  done  qu'il  fait  des  anges  serve  a  corriger  les  les  hommes 
hommes,  puisque  cela  a  ete  ecrit  pour  leur  instruc-  garde' a"eujt. 
tion.  Que  le  mal  du  diable  contribue  a  mon  bien,  et 
puisse-je  laver  mes  mains  dans  le  sang  du  pe- 
cbeur.  Comment  cela,  direz-vous?  Ecoutez,  le  voici. 
Line  horrible  el  epouvantable  malediction  a  ete 
fuhninee  contre  le  diable  superbe  par  le  Propbete, 
qnand  il  s'ecrie,  en  parlant  de  mien  esprit,  sous  la 
figure  de  Gelboe,  ainsi  que  nous  l'avons  rapporte 
plus  haul  :  «  Que  le  Seigneur  visite  les  montagnes 
qui  sont  a  l'entuur,  mais  qu'il  passe  Gelboe  sans  le 
visiter  (11  Reg.  l,  21).  » 


La  rlmie  des 
demons  est 

un  avertisse- 
ment  pour 


gloria;  istos  in  circuitu  suo  tarn  gloriosos  montes,  cum 
se  et  suos  e  regione  incultos,  tencbrosos,  bonis  omnibus, 
infoecundos  despiciat,  ita  ut  se  sentiat  esse  opprobrium 
hominum  et  angclorum,  qui  omnibus  exprobrabat,  se- 
cundum ilhid  in  psalmis  :  Draco  iste  quern  formasti  ad 
illudendum  ei. 

ij.  Atque  hoc,  quia  ob  ipsorum  superbiam  transsilit 
eos  Sponsus,  saliens  in  montes  qui  in  circuitu  ejus  sunt, 
tanquam  tons  ascendens  de  medio  paradisi,  irrigans  uni- 
versa,  et  implens  omne  animal  benedictione.  Beati  qui 
lorrente  voluptatis  hujus  potari  interdum  vel  raro  pro- 
nieientur,  in  quibus  etsi  non  continue  (luit,  saltern  per 
boras  salit  aqua  sapiential  et  ions  vita;,  ut  fiat  in  ipsis 
quoque  fons  aqua;  salientis  in  vilam  oeternam.  Et  qui- 
dem  hujus  lluminis  impetus  laetilicat  civitatem  Dei,  sane 
perenniter  et  affluenter.  In  nostras  autem  montes  qui  in 
terra  sunt,  utinam  interdum  facta  quasi  inundatione 
sail  us  dare  aliquos  non  despiciat,  quibus  sufficienter 
irrigati,  nubis  quoque,  ijui  valles  sumus,  stillare  vel 
laias  guttulas  possint,  ne  omnino  aridi  et  steriles  re- 
tmus.  Miseria,  et  egesias,  et  omnino  fames  valida 
in  regione  ilia,  qua;  nullis  unquam  istiusmodi  vel  sal- 
lilnis,  vel  iuslillationibus  bumeclatur ,  prceterlluente 
et  tianssiliente  illam  fonte  sapientia;  :  Et  quia  non 
habuerun't,  inquit,  snpiuiitiam,  perierunt  propter  suam 
insipientiam. 


7.  Eccevenit  is  saliens  in  montibus,  transsiliens  colles. 
Ad  hoc  salit  ut  transsiliat,  qui  non  vult  ad  omnes  per- 
tingere  :  neque  enim  in  omnibus  beneplacitum  est  Deo. 
Fralres,  si  juxta  sapientiam  Pauli  scripta  sunt  ista  ad 
correptionem  nostram,  observemus  Sponsi  discretos  et 
circumspectos  saltus,  quemadmodum  videlicet  tarn  apud 
angelos,  quam  apud  nos,  et  in  bundles  saliat,  et  super- 
bos  transsiliat,  siquidem  excelsus  Dominus  et  humilia 
respicit,  et  alia  a  longe  cognoscit.  Hsec  inquam,  atten- 
damus,  quo  cauti  simus  Sponsi  nos  salutiferis  sallibus 
pra;parare,  ne  veluti  a  montibus  Gelboe  forte  transeat 
et  a  nobis,  si  indignos  nos  sua  visitatione  conspexerit. 
Quid  superbis,  terra  et  cinis?  Et  de  angelis  transsilit 
Dominus,  exsecrans  eorum  superbiam.  Ergo  repudiatio 
angelorum  liat  emendalio  hominum  :  scripta  est  enim 
ad  ipsorum  correptionem.  Cooperetur  mihi  in  bonum 
etiam  diaboli  malum,  et  lavem  manus  meas  in  sanguine 
peccatoris.  Qualiler ,  inquis?  Audi.  Superbo  certe 
diabolo  horrenda  el  formidolosa  maledictio  intor- 
quetur,  propheta  David  in  spiritu  dicente  de  illo 
sub  typo  Gelboe,  ut  supra  memoratum  est  :  Monies, 
inquit,  qui  in  circuitu  ejus  sunt,  visitet  Dominus,  a  Gel- 
boe autem  transeat. 

8.  Sane  ego  hoc  legens,  refcrensque  oculos  in  me,  ct 
intuens  diligenter,  invenio  me  peste  ipsa  infectum,  qvram 
in  angelo  Dominus  in  tantuni  exhorruit,  quatenns  piop- 


Iil2 


OEUVRES  DE  SAINT  RF.RNAH1). 


Humble 
nard. 


II  niontro  lea 
*  lites  J 

I'll  il.i ns 

sa  per- 

;onne. 


8.  Lorsqueje  lis  ces  paroles,  etqu'ensuitejejette  prier,  je  ne  retrouvephi5  mes  meditations  hnhi- 

les  yeux  sur  moi  et  que  je  in  "examine  avec  soin,  je  tuelles.  i  lu  est  cette  fecondite  premiere,  cette  sere- 

me  trouve  infest.'-  de  cette  peste  que  le  Seigneur  a  nite,  cette  paix,  celtejoie  dans  le  Saint-Esprit  ?  De 

eue  tant  en  horreur  dans  1'ange,  qu'il  s'est  detourne  la  vienl  que  .J''  suis  paresseux  pour  le  travail  des 

<ie  lui,  on  meme  temps  qu*il  honorait  de  sa  visite  mains,  endormi  quand  je  dois  wilier,  prompt  a  me 

tons  cenx  qui  etaient  autour  de  lui,  soit  anges  soit  mettre  en  colere,  opiniatre  dans  ma   liaine,  plus 

hommes.  Etje  me  dis  a  moi-meme  avec  frayeur  et  porte  pour  ma  langue  et  pour  ma  bouche  que  je 

tremblement :  Si  un  ange  a  .'-to  traite  de  la  sorte,  n'etais,  plus  lache  et  plus  sterile  pour  la  medita- 

comment  serai-je  traite,  moi  qui  ne  suis  que  terre  tion.  Helas!  le  Seigneur  visite  toutes  les  monta- 

et  que  cendre?  II  s'esl  enorgueilli  dans  leciel,  et  gDes  qui  sont  autour  de  moi,  el  il  n'y  a  que  moi 

moi,  sur  un  fumier.  Qui  ne  supporterail  1'orgueil  donl  il  ne  s'approche  point!  Nesuis-je  point  de  ces 

plutdt  dans  un  riche  que  dans  un  pauvre?  Malheur  collines  que  ce  divin  epoux  laisse  dernere  lui?Car 

a  moi !  si  on  a  chatie  avec  tant  de  severite  un  esprit  j'en  vois  quelques-uns  d'une  abstinence  singuliere, 

si  puissant,  parce  >iue  son  coeur  s'est  enfle, et  s'il ne  d'autres  d'une  patience  admirable,  eelui-ci  a  une 

lui  a  servi  de  rien  que  1'orgueil  soit  un  air  nature]  douceur  et  une  humilite  merveilleuses,  celui-la  est 

aux   grands,   quelle  peine  ne   meriterai-je  point,  pli-in  de  misericorde  et  de  bonte,  un  autre  est  sou- 

moi  qui  suis  tout  ensemble  et  superbe  et  miserable?  vent  ravi  en  contemplation,  frappe  et  penetre  les 

Mais  j'en  recois  deja  le  chatiment,  je  me  sens  deja  cieux  par  l'assiduite  et  l'instance  de  ses  oraisons,  et 

frappe  d'une  blessure  cruelle.  Ce  n'est  pas  sans  ainsi  chacun  excelle  en  quelque  vertu  particuliere. 

raison  que    depuis  quelques  jours  je   me  trouve  Je  remarque,  dis-je,  qu'ils  sont  tous  devots,  tons 


dans  cette  langueur.  dans  cet  obscurcissement  et 
dans  cette  lachete  inaccoutumee.  Je  courais  avec 
ardeur,  lorsque  j'ai  rencontre  en  mon  chemin  une 
pierre  d'achoppement,  contre  laquelle  j'ai  heurle 
le  pied,  et  qui  m'a  renverse   par  terre.  L'orgueil 


fervents,  tons  unis  en  Jesus-Christ,  tous  combles 
des  dons  celestes  de  la  grace,  comme  de  vraies 
montagnes  spirituelles,  visitees  du  Seigneur,  et  qui 
recoivent  souvent  en  elles  les  sauts  mystiques  de 
l'Epoux.  Mais  moi,  qui  ne  trouve  en  moi  rien  de 


II  excite 

zele  p:.r  l-i 

vue  des 

vertus 

d  aulrui. 


on 


l.aridile  el 
i  i    langnenr 

Iriti 
-      t-el!es  les 
fruo 
I'orgaeil. 


s'est  trouve  en  moi,  et   le  Seigneur  s'est  detourne  pared,  que  puis-je  me  croire  autre  chose  qu'une  de 

de  son  serviteur  dans  sa  colere.  (Test  de  la  que  ces  montagnes  de  Gelboe,  que  ce  Sauveur  qui  vi- 

vient  cette  sterilite  de  mon  ame,  ce  refroidissement  site  toutes  les  autres  avec  tant  de  bonte,  passe  dans 

de  devotion.  Comment  mon  cceur  s'esl-il  ainsi  des-  sa  colere  et  dans  son  indignation? 
seche?  il  s'est  durci  comme  le  laitquise  caille,  il        9.  Mes  chers  enfants,  cette  pensee  ote  la  vaine 

est  devenu  comme  une  terre  aride  et  sans  eau.  Sa  estime  de  soi-meme,  attire  la  grace,  prepare  a  ces 

durete  est  si  grande,  que  je  ne  saurais  verser  des  sauts  divins  de  l'Epoux.  Je  vous  ai  represents   ces 

larmes.  Je  ne  trouve  plus  de  gout  au  chant  de  choses  en  moi  pour  l'amour  de  vous,  afln  que  vous 

l'Eglise,  je  ne  saurais  lire,  je  n'ai  plus  le  gout  de  fissiez  de  meme.  Soyez  done  mes  imitateurs;  je  ne 


terea  declinaret  ab  eo,  cum  omnes  in  circuital  ejusmon- 
tes,  sive  de  angelis,  sive  de  hominibus,  visitationis  sua? 
gratia  dignaretur  :  el  pavens  tremensque  aio  ad  menict- 
ipsum  :  si  sic  actum  est  cum  angelo,  quid  de  me  (iet 
terra  et  cinere?  Ille  in  ccelo  intumuit,  ego  in  sterqui- 
linio.  Quis  non  tolerabiliorem  in  divile  superbiam, 
quam  in  paupere  ducat?  Vs  mihi !  si  lam  dure  in  po- 
tente  ill  o  animadversum  est  pro  eo  quod  elevatum  est 
cor  illius,  ncc  ei  profuil  quod  cognala  polentibussuper- 
bia  esse  cognoscitur  :  quid  demeexigeudum  el  miscro,  et 
snperbo?  Deniquejam  luo  pcenas,  jam  acerbissime  va- 
pulo.  Non  sine  causa  sane  ab  heri  et  nudiustertius  inva- 
sit  me  languor  isle  animi,  el  mentis  hebeludo,  insolita 
quaedam  inertia  spiritus.  Currebam  bene  :  sed  ecce  lapis 
olTensionis  in  via;  impegi,  et  corrui.  Superbia  inventa 
est  in  me,  et  Dominus  declinavit  in  ira  a  servo  sno. 
Ilinc  ista  slerilitas  anim;c  mess,  et  devotionis  inopia 
quam  patior.  Quomoclo  ita  exaruit  cor  mourn,  coagu- 
latnm  cstsieutlae,  factum  est  sicul  terra  sine  aqua?  Nee 
compongi  ad  lacrymas  queo;  tanta  esl  duritia  cordis. 
Noil  sapit  psalmus,  non  legere  libel,  non  or.no  delectat, 
meditaliones  solilas  non  invenio.  Ubi  ilia  inebriatio 
■spiritus?  ubi  mentis  serenitas,  et  pax,  el  gaudium  in 
Spiritu-Sancto?  Ideo  ad  opus  manuum  piger,  ad  vigilias 


somnolentus,  ad  iram  praceps,  ad  odium  pertina.x,  lin- 
gua" et  guise  indulgentior,  segnior  obtusiorque  ad  pra> 
dicationem.  Heu  1  onmes  monies  in  circuitu  meo  visitat 
Dominus,  ad  me  autem  non  appropinquat.  Num  collis 
non  sum  ex  his  quos  transsilit  Sponsus?  Nam  alinm 
quidem  intueor  singularisabstinentia?,  alium  vcropatieu- 
liae  admirandae,  alium  autem  gummas  humilitalis  et 
mansuetudinis,  alium  multae  misericordiae  el  pielulis; 
ilium  in  contemplatione  frequenter  execdere,  hnnc  pnl- 
sarc  el  penetrare  castas  oraUoDum  instantia,  aliosque  in 
aliis  pr-aeemincrc  virtutibus.  Uos,  inquam,  considero 
.mines  ferveates,  onmes  devotos,  omnes  in  Christo  una- 
aimes,  omnes  donis  cceleslibus  et  gratia  al'i'luenles,  tan- 
quam  spiritnales  revera  monies  qui  a  Domino  visitantur, 
el  Sponsum  in  so  salientem  frequenter  recipiunl.  E^o 
autem,  qui  horam  in  me  invenio  nihil,  quid  me  aliud 
pulem,  quam  unum  de  montibus  Gelboe,  quem  praeterit 
in  ira  et  iudignalione  sua  ille  caeteroruin  omnium  beni- 
gnissimus  \  isitator? 

!'.  Filioli,  lure  cogilatio  tollit  exlollentiam  oculorum  , 
concilia!  gratiam,  Sponsi  sallibus  praeparat.  Ilaec  ego  in 
me  transfiguravi  propter  vos,  ut  et  vos  ita  facialis.  Imi- 
tatores  moi  eslote.  Quod  non  de  c.xercitio  dico  modo 
v  ii  i  ut  ii  in.  aut  iiioruiu    disciplina,    aut   gloria   sanctitatis 


Ifantexami 
ner  sa  cons- 
cience pour 
devenir 
hnmble. 


Utilie  et 
^cessite  de 
i  crainte. 


aot  crain- 
:  quanil  la 
;race  est 
resent e. 

e  negli- 
geons 
joint  -a 
grace. 


C1NQUANTE-QUATRIEME  S EBMON 
dis  pas  dans  l'esercice  des  vertus  ou  dans  le  regle- 
ment  des  moeurs,  ou  dans  l'eelat  de  la  saintete,  car 
il  n 'y  a  rien  en  moi  de  toutes  ces  ckoses  qui  merite 
d'etre  imite ;  mais  je  desire  que  vous  ne  vous  epar- 
gniez  point  vous-memes,  que  vous  soyez  les  pre- 
miers a  vous  accuser  toutes  les  fois  que  vous  re- 
connaissez  en  vous  que  la  grace  est  refroidie,  et  la 
vertu  languissante,  comme  vous  voyez  que  je  m'en 
accuse  moi-meme.  C'est  la  agir  en  liomme  qui 
veille  exactement  sur  soi,  qui  examine  avec  soin  ses 
roiesetsa  conduite,  et  qui,  en  tout,  tient  toujours 
1'orgueil  pour  suspect,  et  craint  qu'il  ne  se  glisse 
dans  son  ame.  En  verite,  j'ai  appris,  par  ma  propre 
experience,  qu'il  n'y  a  rien  de  si  eflicace  pour  me- 
riter  la  grace,  pour  la  conserver,  ou  pour  la  recou- 
vrer,  que  de  ne  s'elever  jamais  devant  Dieu,  mais 
d'etre  toujours  daus  un  etat  de  crainte  et  de  trem- 
blement.  «  Bienlieureux,  dit  le  Sage,  est  celui  qui 
est  toujours  dans  la  crainte  [Prov.  xxvm,  1/j  .  o 
Craignez  done,  lorsque  la  grace  est  presente,  crai- 
gnez  lorsqu'elle  sen  va,  craignez  lorsqu'elle   re- 
vient,  voila  ce  qu'on  entend  par  etre  toujours  dans 
la  crainte.  Que  ces  trois  craintes  se  succedent  dans 
votre  ame,  selon  que  vous  sentez  que  la  grace  est  en 
vous,  ou  s'en   retire  lorsqu'elle  est  offensce.  ou  y 
revient  de  nouveau  quand  elle  est  apaisee.  Lors- 
qu'elle est  presente,  apprebendez  de  n'y  pas  corres- 
pondre  assez  dignement,  car  c'est  l'avis  que  donne 
l'Apdtre,  lorsqu'il  dit  :  «  Prenez  garde  de  recevoir 
en  vain  la  grace  de  Dieu  (II  Cor.  vr,  1).  »  Et,  dans 
sa  lettre  a  Timothee  :  «  Ne  negligez  pas  la  grace 
qui  est  en  vous  (I  Tim.  it,  14). »  Soit,  enlin,  en 
parlant  de  lui-meme  :  «  La  grace  de  Dieu  n'a  pas 
ete  vaine  en  moi  [I  Cor.  xv,  10).  »  Cet  liomme  ad- 
mirable, qui  penetrait  les  secrets  de  Dieu,  savait 


613 


SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 

que,  negliger  les  dons  de  Dieu,  et  ne  s'en  pas  servir 
pour  l'usage  qu'on  les  a  recus,  c'est  faire  injure  a 
celui  dont  on  les  tient,  et  il  croyait  que  c'est  la  un 
orgueil  epouvantable.  C'est  pourquoi  il  evitait  lui- 
meme  avec  grand  soin,  et  euseignait  aux  autres  a 
eviter  un  ami  si  dangereux. 

Mais  il  y  a  encore  ici  un  autre  precipice  que  je 
vous  veux  decouvrir,  dont  l'esprit  d'orgueil  se  sert, 
comme  dit  le  I'rophete,  pour  dresser  des  embuches 
comme  un  lion  dans  sa  caverne,  avec  d'autant  plus 
de  danger  pour  nous,  que  ce  piege  est  plus  cacbe. 
Car,  lorsqu'il  ne  peut  empecher  Taction,  il  tache  de 
corrompre  1'intention,  en  nous  suggerant  de  nous 
attribuer  ce  qui  n'est  qu'un  effet  de  la  grace.  Or, 
vous  ne  sauriez  douter  que  ce  genre  d'orgueil  ne 
soit  bien  pire  que  le  premier.  Car,  qu'y  a-t-il  de 
plus  horrible  que  le  langage  de  ceux  qui  disaient  : 
«  C'est  notre  main  toute-puissante,  et  non  le  Sei- 
gneur, qui  a  fait  toutes  ces  cboses  [Beut.  xxxu, 
27).  » 

10.  Si  done  on  doit  craindre  lorsque  la  grace 
demeure  en  nous,  que  doit-on  faire  lorsqu'elle  se 
retire  ?  Ne  doit-on  pas  alors  craindre  bien  davan- 
tage?  puisqu'il  faut  perir lorsque  la  grace  vierrt  a 
manquer.  Ecoutez  le  souverain  dispeiisateur  de  la 
grace  :  «  Vous  ne  pouvez,  dit-il,  rien  faire  sans 
moi  [Joan  xv,  5).  »  Craignez  done extreniement  lors- 
que la  grace  vous  est  soustraite  ;  car  vous  tombe- 
rez  bien  tot.  Craignez  et  tremblez,  parce  que  Dieu 
est  irrite  contre  vous.  Craignez  parce  que  celle  qui 
vous  gardait  vous  a  abandonne.  Et  ne  doutez  point 
que  votre  orgueil  en  soit  cause,  quoique  cela  ne 
vous  paraisse  pas,  quoique  vous  ne  vous  sentiez 
coupablederien.  Car  ce  que  vous  ne  savez  pas, 
Dieu  le  sail,  et  c'est  lui  qui  vous  juge.  Ce  n'est  pas 


Ne  nous 
altribuoas 

point  la 

gloire  de 
nos  borir:^3 

oenvres. 


II  faut  cra: 
dre  la  i:.n 
quand  <   le  i 


L'orgu  ;i  est 
la  cause  dela 
soustract-vn 
de  la  gri.t. 


enim  de  hujnsmodi  quidquam  mihi  temcre  arro- 
gaverim  imitalione  dignum  :)  sed  volo  vos  non  pareere 
robis,  sed  accusare  vosmetipsos,  quoties  forte  in  vobis, 
vel  ad  modicum  tepere  gratiam,  virlutem  Ianguescere 
deprehendilis,  sicut  et  ego  pro  hujusmodi  memefipsum 
accuso.  Hoc  facere  hominis  est,  qui  curicsus  circums- 
pector  est  -  i,  et  scrutator  viarum  suarumac  studiorum, 
atque  in  omnibus  semper  suspectum  habet  arroganfia; 
Mlmm  nesubrepat.  In  verilate  didici,  nil  sque  efficax 
esse  ad  gratiam  promerendam,  retinendam,  recuperan- 
dam,  quam  si  omni  tempore  coram  Deo  inveniaris  non 
allum  sapere,  sed  timere.  Beatus  homo  qui  semper  est 
ins.  Time  ergo  cum  arriserit  gratia,  time  cumabie- 
ril,  time  cum  denuo  revertetur;  et  hoc  est  semper  pavi- 
durn  esse.  Succedant  vicissim  sibi  in  animo  tres  isti 
timores,  secundum  quod  gratia  vel  adesse  dignatur,  vel 
offensa  receriere,  seu  iterum  redire  placala  sentietur. 
Cum  adest,  time  ne  non  digne  opereris  ex  ea ;  nam  hoc 
monet  Apostolus  :  Videte,  inquiens,  ne  in  vacuum  gra- 
tiam Dei  recipiatis,  et  ad  discipulum  :  No/i,  inquit,  ne- 
gligere  gratiam  qua;  in  te  est.  Et  de  semetipso  dicebat  : 
Quia  gratia  Dei  in  me  vacua  non  fuit.  Sciebat  homo, 
concilium  Dei  habens,  redundare  in  contemptumdonan- 


tis,  donum  negligere,  nee  expendere  ad  quod  donatum 
est;  idque  intolerabileni  esse  superbiam  judicabat  ■  et 
propterea  studiosissime  hoc  malum  et  ipse  cavebat  do- 
cebulque  cavendum.  Sed  rursum  latet  fovea  hie  'wast 
nolo  vos  luteal,  de  qua  is  ipse  superbia  spiritus'  lanto 
penculosms,  quanto  occultius,  sicut  habetis  in  psalmo 
mstdiaittr  quasi  leo  in  spelunca  sua.  Nam  si  impedire 
non  praevalet  actionem,  tentat  iutentionem,  suggerens  et 
suadens,  quatenus  effectual  gratis  arroges  tibi.  Quod 
quidem  super-bia  genus  longe  illo  priore  intolerabilius 
esse  non  ambigas.  Quid  enim  odiosius  ilia  voce  qua 
quidam  dixerunt  :  Manus  nostra  excelsa,  et  non  Dom'inus 
fecit  ha;c  omnia'.' 

10.  Si  ergo  timendum  manente  gratia;  quid  si  reces- 
serit  ?  num  multo  magis  tunc  timendum?  Plane  multo 
magis  :  quia  ubi  deficit  tibi  gratia,  deficis  lu.  Audi 
etemm  quid  dator  gratia;  dicat.  Sine  me,  ait,  nihil  po- 
testis  facere.  Time  ergo  sublracti  gratia,  tanquam  mox 
casurus  ;  time  et  contremisce,  Deo  tibi,  ut  sentis,  irato- 
time,  quia  reliquit  te  custodia  tua.  Nee  dubites  in  causa 
esse  superbiam,  etiamsi  non  appareat,  etiamsi  nihil  tibi 
conscius  sis.  Quod  enim  tu  nescis,  scit  Deus;  et  qui  te 
judicat,  ipse  est.  Sed  nee  qui  seipsum  commendat,  ills 


416 


( ICFVHES  HE  SAINT  BERNAHD. 


II  fautcrain 

dre  encore 

lorsque  la 

gr.1i->'  rt-- 

vienl. 


Heureux 

celui  qui 

crainl  ninsi. 


oelui  qui  so  rend  temoignage,  qui  est  wa  intent 
estimable,  mais  c'esf  calui  a  qui  Dieu  rend  temoi- 
gnage [Jacob,  iv,  18)  el  qu'il  approuve.  Or  Dieu  vous 
cend-il  temoignage  el  approuve-t-il  voire  ronduite 
quand  il  VOUS  Drive  de  la  grace  ?  Et  celui  qui 
donne  sa grace aui  bumbles,  l'6tera-t-ila  celui  qui 
est  bumble,  apres  lalui  avoir  donnee  1  la  privation 
tie  la  grace  est  done  une  marque  d'orgueil.  Quoique 
neannioins  il  arrive  quelquefois  que  la  grace  est 
souslraite  el  eloignee,  non  a  cause  d'unorgueil  pre- 
sent, ruais  a  cause  de  celui  ou  1'on  tomberait,  si  on 
ne  nous lirait  par  la  grace.  Nuns  en  hmuisuu  exem- 
ple  evident  dans  la  personne  de  I'Apfitre,  qui  souf- 
frait  malgre  lui,  les  aiguillons  de  sa  chair,  non 
parce  qu'il  s'elevail,  mais  de  peur  qu'il  ne  S'l 
(II  Cor.  xii,  7).  Mais  enfin,  que  l'orgueil  soit  pre- 
sent, ou  qu'il  doive  naitre  plus  tard,  il  est  vrai  de 
dire  que  l'orgueil  est  toujours  la  cause  ile  la  sous- 
traction  de  la  grace. 

11.  Mais  si  la  grace  vous  redevient  propice  etre- 
tourne  vers  Tons,  e'est  alors  que  vous  devez  crain- 
dre  bien  plus  encore,  qu'il  ne  vous  arrive  de  tom- 
ber  de  nouveau,  selon  cette  parole  de  Jesus-Christ 
dans  l'Evangile.  «  Vous  voila  gueri,  allez  et  ne  pe- 
cliez  plus,  de  crainte  qu'il  ne  vous  arrive  quelque 
chose  de  pire  [Joan.  \,ll\,)  Voyez-vous  qu'il  est  bien 
plus  funeste  de  retomber.que  de  tomber  ?  Que  votre 
crainte  soit  done  plus  grande,  quand  le  peril  est  plus 
grand.  Vous  etes  heureux  si  vous  remplissez  votre 
cceur  de  cette  triple  crainte,  en  sorte  que  vous  crai- 
gniez  pour  la  grace  que  vous  avez  reeue,  que  vous 
craigniez  encore  davantage  pour  celle  que  vous 
avez  perdue,  et  beaucoup  plus  enfin  pour  celle  que 
vous  avez  recouvree.  Faites  cela  et  vous  serez 
comme  l'urne  des  noces  ou  assista  Jesus-Christ, 
plein  jusqu'au  baut,  coutenant  non-seulerneiitdeux 


mesures  comme  elle,  mais  trois,  et  vous  meriterez 

de  recevoir  la  benediction  de  Jesus-Christ  qui 
change  votre  eau  en  un  vin  de  joie,  et  1'amour  par- 
fait  chassera  dehors  la  crainte. 

12.   .le  .lis    done  que  la   crainte  est  figuree  par    La  craint 
lean,    puisqu'elle    tempore  la  cbaleur  des    desirs  e8tic1°™!J1ai 
charnels.  «  Le  commencement  de  la  sagesse,  dit  le 
Prophete,  e'est  la  crainte  du  Seigneur  (Psal.cx).n 
Et  ailleurs  :  «  II  lui  a  donne  a  boire   de  l'eau   salu- 
taire   de  la   sagesse.  »  Si  la  crainte  est  la  sagesse 
el  que  la  sagesse  soit  de  l'eau,  la  crainte  est   de 
l'eau.  Aussi  le  sagedit-il  :  «  La  crainte  du  Seigneur 
est  une  Fontaine  de  vie  (Prov.    xiv,  7).»  Voire  .'line 
est  comme  une  urne,  or  chaque  urne  du  feslin   de 
l'Evangile   contenait   deux   ou  trois  mesures.   Ces 
trois   mesures    sont  les   trois  sortes  de  crainte  «  et 
ils  les  emplirent  jusqu'au   haut  (Joan,  l,  6),  »  (lit  le 
l'Evangeliste.  Ce  n'est  pas  une  crainte,  ce  ne   sont 
pas  deux  craintes  qui  suffisent  pour  les  emplir  jus- 
qu'au baut,  il  en  faut  trois.  Craignez  Dieu  en   tout 
temps,  et  de  tout  votre  cceur,  vous  avez  rempli  vo- 
tre urne    jusqu'au  haut.    Dieu  aime  que  les    pre-  tropolojj 
sents    qu  on    lui   tait  soient   entiers,   que  1  amour  renip.iel 
qu'on  a  pour  lui,  soit  sans  reserve,  que  les  sacri-  "jeaUn,J 
tices  qu'on  lui  oflre  soient  part'aits.  Ayez   done    soin 
d'apporter  voire  urne  pleine  aux  noces  celestes  aiin 
qu'on   puisse    dire  aussi  de  vous  :  «  L'esprit  de  la 
crainte  du  Seigneur  l'a  rempli  (Isa,  xi,  3).  »  Celui 
qui  craint  ainsi,  ne   neglige    lien,  car  comment    la 
negligence  pourrait-elle  entrer  en  celui  qui  est  tout 
plein?  Ce  qui  pent  encore   recevoir  quelque  chose, 
n'est  pas  absolument  plein.  Par  la  memo  raison,  il 
ne  peut   pas  en  meme  temps  craindre  et  s'elever. 
Cariln'ya  point  de  place  pour  l'orgueil  ou  tout 
est  plein  de  la  crainte  de  Dieu.  11  en  faut  dire  au- 
tant  des  autres  vices,  car  il  est  de  toute  necessite  que 


Sens 


probatus  est,  sed  quern  Dens  commeiul.it.  Numquid 
commendat  te  Deus,  cum  gratia  privat?  Aut  numquid 
qui  humilibus  dat  gratiam,  liumili  aul'eret  datam?  Ergo 
argumentum  superbia?,  privatio  est  gratiae.  Quanquam 
tamen  interdum  subtialiilur  gratia,  sive  relraliiliir,  non 
pro  superbia  qua;  jam  est,  sed  quae  futura  est,  nisi 
subtrahatur.  Ilabes  biijns  rei  evidens  documenlum  de 
apostolo,  qui  stimulos  carnie  sua-  sustinebat  invitus,  non 
quia  extollerelur,  sed  ne  extollerelur.  Sed  sive  jam 
exsislens,  sive  nondum  ;  superbia  tamen  semper  causa 
erit  subtracta;  gratiae. 

11.  Jam  si  gratia  repropitiata  rcdierit,  inullo  amplius 
tunc  timcndnm,  ne  forte  contingat  recidivum  patijuxla 
illud  de  Evangelio  :  Ecce  sanus  foetus  cs,  vade  et  am- 
ptius  jam  noh  /ifccare,  ne  aliquid  deterius  tibi  contingat. 
Audis  recidere,  quam  incirlere  esse  deterius.  Proinde 
invalescente  periculo,  invalescat  et  metus.  Beatus  es,  si 
cor  Ilium  triplici  islo  timore  repleveris,  ut  timeas  qui- 
deai  pro  accepta  gratia,  amplius  pro  amissa,  longe  plus 
pro  recopeeata  Hoc  fac,  et  eris  liydria  in  Cbristi  con- 
vivio,  iuipleta  usque  ad  siimmum,  rontinens  nimirum 
melretas      non    binas    tantum  ,    sed    et    ternas  ,     ul 


Cbristi  merearis  benedictionem  ,  quae  aquas  tuas 
convertat  in  vinum  betitiae,  et  perfecta  cliaritas  foras 
m  it  tat  timorem. 

12.  Quod  dico,  tale  est.  Aqua  timor  est,  quouiam  ab 
a;stu  refrigerat  desideiioium  caraalium  :  Initium,  in- 
quil,  sapientice timor  Domini.  Et  babes  :  Aqua  sapienlice 
salularis  potavit  ilium.  Si  timor  sapientia,  et  sapientia 
aqua;  timor  aqua  est  :  denique  timor  Domini,  inquit, 
fons  vita.  Porro  hydria  mens  tua.  Capientes,  inquit, 
singuloi  metretas  binas  vel  ternas.  Ties  metretas,  ti- 
mores  Ires.  Et  impleverunt  eas,  inquit,  usque  ml  sum- 
mum.  Non  unus  timor,  non  duo  quoque,  sed  toti  Ires 
simul  replent  usque  ad  siimmum.  Omni  tempore  time 
Deuni,  et  ex  omni  corde  tuo,  el  implesti  hydriam  tunm 
usque  ad  summum.  Amat  Deus  integrum  inuniis,  affec- 
tuui  plenum,  perfectum  sacrificium.  Cura  proinde  nup- 
liis  coelestibus  plenam  inferre hydriam,  ut  de  le  quoque 
dlcatur  :  Quia  replevil  eum  spiritu  timoris  Domini.  Qui 
sic  timet,  nihil  negligit.  Undo  naniquc  ncgligenlia  in- 
tret  in  plenitudinein  ?  Alioquin  quod  capcrc  aclinic 
aliquid  potest,  plenum  non  est.  Eadem  sane  ralione  non 
potest    simul  et  sic   timere,  et,   altum    sapere.    Non  est 


CINQUANTE-CINQUIEME  SERMON  sl'R  LE  CANTIQUE  J)ES  CANTIQUES. 
tout  soit  exclu  par  la  plenitude  de  la  craiute.    Et     vreuils,    et  aux   faons   de  biche.  C'est 


/4l5 
la  la 


-  ....  "»    *••■<"•-»    iauii:>    ue  nicne.  u  i.'m  Dii-mp    la    a     r,  ■ 

eeseaquaud  vouscramdrez   ams.  pleinement  et     comparison     de   1'Epouse.    Ajoutez    encore,    afin  h  STpa *l 
ment.  au<      1  amnur   dtnnura    H»  It    „„„„„„      ,...-,,  u   son  ,)<■  I'jS- 


_;_*„;»*      t  ,.  ,  r,      --"-*"  ™     wuipci  aison    ae   i  tpouse.    Ajoutez    encore,    afin  la  comparai- 

parfartement,  que   1  amour  donnera  de  la  saveur     qu'elle  vous   para isse  plus  juste,  que  le   chevreuU  ZX!ft 

a  votre  eau  par  la  benediction  du  Seigneur.  Car  la     n'excel.e  pas  seulement  par  a  vitei  de  sa  coT    «!" 
^-,„,e    cralIltesansl  restu  M   Qr  ur  ^    ma.s  auss.  J  >r=e        , 

"IfeT  to^qmiqanrtkc^r^lhomme    ,(',-/.,,,.  regarde    proprement  cette  ie  du   discours  ^ 

pei  15)   car  1  amourparfa.tbannitlacrauite  J nv,  8  ,.  1'Epouse,  ou  l'Epoux  est  d.peint  sautant.  et  passant 

*!/£?   ^^^^^.^deleau.commenceadeyenir  pardessus  les  collines,   car  s'il  n'avait  la   v,  e  tres- 

—  ™>™'   V-a  ^n'Mv V         SWedelE'Pou*de  ™^.    a  ne  pourrait    pas,   savant  et  couraut 

lEghse     Jesus-Chnst-.Notre-.e.gneur,     qui    etant  discerner  ceux  en  qui  il  d  it  sauter,  et  ceux    q  "  j 

men   est  eleve  au  dessus  de  toutes  choses,  et  beni  doit  passer.  Autrement  elle  aurait  p'u  se  con  en"  r 

dans  tons  les  siecles.  Ams,  soit-il.  pour  marquCT  la  re3erve  ,Je  ^J  ^  se   JJj. 

de  le  comparer  seulement  au  faon  de  bicbe.  Car  on 

sait   que  cet   animal  court  extremement  vite.  .Mais 

parceque  l'Epoux,  quoique  l'ardeur  de    son  amour 

semble  I'emporter  avec  une  vitesse  incroyable,  pour 

jouir  des  chastes  embrassemeuts  de  sa  bien-aimee, 

ne  laisse  pas  pourtant  de  dinger  ses  pas,  ou  plutot 

ses  bonds,  avec  beaucoupde  prudence  et  de  circons- 

pection,  et  de  prendre  bien  garde  ou  il  doit  mettre 

le  pied,  il  a  fallu    sans  donte  joindre  aussi  la   com-  * 

paraison   du  cbevreuil,  a  celle  du  faon  de  bicbe, 

afin  que  l'une  exprimat  le  desir  ardent  qui   le  fait 

ainsi  sauter,  et  l'autre  le  discernement  avec   lequel 

comparison  est  evidemmeut  bien  cho.s.e,  car   ce     il  choisit  l'endroit  ou  il  doit  sauter.  Oar  Jesus  Christ 

genre    d  an.maux   est   rap.de  a  la  course  et  agile  a     est  juste  et  misericordieux,  il    est  Sauveur  et  jnge 

auter    Or  elle   par  e  de     Epoux    et  l'Epoux  est    (Tim.  u,  U) :  parce  qu'il  aime,  il  vent  que  tons  fe 

hn-meme  la  parole  etemelle.  AusS1  le  Prophete  en    hommes  soient  sauves,   et  acquierj  la  coLiV 

vTe    e    ieaf  lxLt      ;r<<ScaP           C°"rt   "  SanCe   d6la    ™^;et   P—i-SU-ft  -l-nait- 

Vitesse   (Psal  .  cxlvi.    15j    »  Ce  qui    se   rapporte  ceux  qui  sont  a  l„i,  et   sait  ceux  quVa  choisis  des 

fort  b16n  a  notre  texte,  ou  l'Epoux,  qui  est   la  pa-  le  commencement  (Joan    xm   18) 

rolede   Dieu  est   decrit  sautant  et  traversaut  les  2.  Reconnaissons  done  que  ces  deux  biens  de  ce 
montagnes,  et  par  consequent  semblable  aux  che 


SERMON  LV. 

Comment  on  peut,  par  la  vraie  penitence,    eviter 
le  jugement  de  Dieu. 

1.  «  Mon  bien-aime  est  semblable  a  un  cbevreuil, 
et  a  un  faon  de  bicbe  (Cant,  n,  19,.  »  Cela  depend 
du  verset  precedent,  car  1'Epouse  compare  main- 
tenant  a  un  chevreuil,  et  a  un  faon  de  biche,  celui 
qu'elle  nous  avait  montre  sautant  et  se  luitant.    La 


l'Epoux,  la  misericorde  et  la  justice,  nous  sont  re-    d&>i§"""* 

ainsi  I. 


enim  quo  :  mitlas  superbiam,  repletus  timore  Domini. 
Et  sic  de  cajteris  vitiis  sentiendum,  quia  necesse  est 
omnia  plenitudine  timoris  excludi.  Tunc  demum  si 
.  si  perfecte  timucris,  dabit  charitas  saporem  aquis 
tuis  ad  Domini  benedictionern.  Sine  cbaritate  enim  ti- 
mop  pcenam  habet.  Et  quidem  cbaritas  vinum,'  quod 
la>tificat  cor  hominis.  Perfecta  autem  charitas  foras 
mittit  timorem,  ut  ubi  aqua  fuerat,  vinum  esse  incipiat 
ad  kudem  et  gloriam  Sponsi  Ecclesiae  Jeso-Christi 
Domini  nostri,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in 
saecula.  A      a. 

SERMO  LV. 

Qunliter  homo  per  veram  pamitentiam   potest    evadere 
judicium  Dei. 

I .  Simihs  est  dilecius  meus  caprece  hinnuloqne  cervo- 
rum. Ex  pracedenti  versiculo  pendet.  Quem  enim 
salientem  et  properantem  modo  descr'pscrat,  conse- 
ler  c  nparat  capreae  hinnuloque  cervorum.  Apte 
quidem,  quod  hoc  genus  animantium  cursu  velox,  et 
saltu  agile  sit.  Porro  sermo  de  Sponso  est,  et  sermo 
as  est.  Et  propbeta  dicit  de  Deo,  quia  velociter 
currit  sermo  ejui;  sane  congruens  huic  loco,  ubi  Spon- 
sus,    qui     Sermo     Dei     est,     saliens     transsUiensque 


descnbitur,    simihs  proinde    factus  caprea?    hinnuloque 
cervorum.  Et  ha;c  ratio    similitudinis.  Adde  tamen   ne 
nulla    similitudinis    ipsius    vet    minima  proportiuncula 
vacet,  quia  caprea  quidem  non  modo  curaus  pernicilate 
sed    et    acumine  visus    eminet.     Quod    ulique    proprie 
illam  respicit  narrationis  partem,  qua  Sponsus,  non  so- 
lum   sa/iens,   sed  et  transsitens  apparere  refertur  •  quia 
nisi  acuta    et  perspicaci    intuitu    non    posset   omnino 
pra-sertim  inter    currendum,  discernere  in   quos    salire 
et  quos  traussilire  deberet.    Alioquin  poterat    sufficere, 
ad  designandam  festinanlis  velocitatem,  de  solo  hinnulo 
comparatio :  is  quippe  rapidiori  se  ferre  noscitur  cursu. 
Nunc  vero  quoniam  Sponsus  iste,  etsi  ardenter  amans 
cursum  ruere  in  dilect*   videatur  amplexus  :  nibilomil 
nus  tamen    gressus,    vel   potius   saltus    suos   prudenti 
consideratione    dirigere     novit  ,    cautus    ubi    oporleat 
figere  pedem  :  oportuit  profecto  cum  hinnulo  eti  r 
caprea  siimlitudinem    dari,  quatenus  et  per    ilium  des 
dermm  salvantis,  et  per  banc  cligentis  exprimerelur  j„. 
dicium.  Chnstus  nempe  Justus  et  misericors  salvator  e 
judex  :  et  quia  ainat,  vult    omnes  homines  salvos    Deri 
et    ad    agnitionem    veritatis    venire     et    quia    judical 
novit  qui  sunt  ejus,   et  ipse   scit  quod   elegit   a  prin- 
cipio. .  ' 

2.  Igitur  duo  ha;c  boDi  Sponsi,  misericordiam  scibcet 
et  judicium,  in  bis   duobus  anhnantibus   commendata  a 


&lt> 


IIEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


presents  par  le  Saint-Esprit,  sous  la  figure  de  i ■< •-. 
•encorde  et    '  .     r  .  .        .  .... 

la  justice   de  deuianini  nix,  aim  qu  en  leuiotginige  de  1  mtfiri-ili.- 

Epoux.  ej  je  ja  pgffggtion  jc.  notre  foi,  nous  huitions  le 
Prophete  [Psal.  c,  1),  et  celebrions  atyec  lui  la  mi- 
sericorde  et  la  justice  du  Seigneur.  Quant  a  moi,  je 
ue  doute  point  que  ceux  qui  sunt  curieux  et  ins- 


leurspeckes  inanifestes  sonl  deja  juges,  et  ils  n'out 
point  besoin  d'exatnen,  mais  de  supplier.  Mais  pour 
moi,  qui  parais  religieux  et  habitant  de  Jerusalem, 
mes  pecb.es  sunt  caches  et  comme  couverts  sous  le 
nciin  et  sous  l'habit  religieux.  Voila  pourquoi  il  sera 
necessaire  d'en  faire  une  recherche  et  une  discus- 


Humilite  de 
saint  Ber- 
nard. 


bruits  duces  choses,   ne  puissent  encore  iudiquer.   sion  cxacte,  et  de  les   tirer  des  tenebres    pour   les 


d'autres  proprietes  de  la  nature  de  ces  animaux, 
qu'on  pourrait  utilement  et  raisonnablement  rap- 
porter  a  l'Epoux.  Mais  je  pense  ipie  celles-ci  peu- 
vent  servir  pour  rendre  raison  de  la  comparaisou 

de  l'Epoux.  C'est  encore  avec  beaucoup  de  sagesse 
que  le  Saint-Esprit  ne  compare  pas  l'Epoux  au 
cert',  mais  au  l'aon  de  biche,  en  quoi  il  fait  mention 
des  patnarches,  dont  Jesus-Christ  descend  selon  la 
chair,  et  de  l'eufance  du  Sauveur.  Car  ce  petit  enfant 
qui  nous  est  ne  (Isa.  ix,  6),  a  paru  comme  un  l'aon 
de  biche.  .M.iis  \ous,  qui  desirez  l'avenement  du 
Sauveur,  apprehendez  l'examen  ngoureux  de  ce 
juge,  apprehendez  ses  yens  de  chevre,  craignez 
celui  qui  dit  par  un  Prophete  :  a  Et  en  ce  jour-li 
j'exaunnerai  Jerusalem  a  la  clarte  des  flambeaux 


produire  au  jour,  en  y  approehant  la  lunucre  et  le 
flambeau. 

3.  Nous  pouvons  encore  citer  quelques  paroles 
du  Psalmiste  pour  contirmer  ce  qui  est  dit  de  cet 
examen  de  Jerusalem.  11  dit,  en  effet,  en  parlant  au 
noni  du  Seigneur  :  «  Lorsque  le  temps  sera  venu, 
je  jugerai  les  justices  meme  (Psal.  i.xxiv,  3).»  Par 
oil,  sije  ne  me  trompe,  il  veut  dii'e  qu'il  discutera 
et  examinerala  conduite  et  les  actions  des  justes. 
Nous  avons  grand  sujet  de  craindre  que,  (levant  un 
examen  si  rigoureux,  plusieurs  de  nos  actions  que 
nous  croyons  vertueuses,  ue  paraissent  vicieuses.  11 
y  a  pnurtant  un  reniede  a  cela,  c'est  que  si  nous  nous 
jug-eons  nous-memes,  nous  ne  serons  point  juges 
(11  Cor.  xi,  31).  Certes  ce  jugement-la  m'est  bien 
avanlageux,  puisqu'il  me  derobe  et  me  cache  a  cet 


(Sophu.  i,  12).  »  II  a  la  vue  percaute,  ses  yeux  ne 

laisseront  rieu  echapper  a  leurs  regards.  11  sondera     autre  jugement  de  Dieu,  qui  doit  etre  si  severe.  Je 

les  reins  et  les  ceeurs,  et  toutes  les  pensees   des     tremble  de  frayeur  de  tomber  entre  les  mains  du 

hommes   seront  a   uu   devaut  lui.   (Psal.  vn,  10J.     Dieu  vivant.  Je  veux  etre  presente  devant  sa  face 

Combien     ^u  >'  aura-t-il  de  siir  dans  Babylone,  si  Jerusalem     irritee,   deja  juge,      non   point   pour     etre  juge. 

redoutaiiie    meme  doit  subir  l'epreuve  d'uu  si  rude  examen?     L'homme  spirituel  juge  toutes  choses,  et  n'est  juge 

"nurntX    Car  je  pense  qu'eu  cet  endroit  le  Prophete  a  voulu     de  personne  (I  Cor.  it,  15).  Je  jugerai  done  le  mal 

Jeius-Clmst.   jesiguer  jiar  ccne  ville^  ceux  qui   nienent  une   vie 

religieuse   ici-bas,    qui   imitent  autant  qu'ils  peu- 

vent,    par    leur   conduite    honnete   et   reglce,    les 

moeurs  de   cette  Jerusalem   celeste,  el   ne  resseni 


Dieu  jue:era 

nos  justices 

meme. 


qui  est  en  moi,  je  jugerai  meme  le  bien.  Je  tache- 
rai  de  corriger  le  mal  par  de  meilleures  actions,  de 
l'eliacer  par  des  larmes,  de  le  punir  par  des  jeiiues, 
et  [>ar  les  autres  travaux  d'une  sainte  discipline. 


Comment 
nous  devooj 
nous  juger. 


blent  pas   a  ceux  qui  soul  de  Babylone,  et  dont  la     Dans  le  bien,  j'aurai  un  humble  sentiment  de  tnoi- 
vie  est  toute  pleine  de  desordres  et  de  crimes.  Car     meme,  et,  selon  le  precepte  du  Seigneur,  je  m'esti- 


Spiritu-Sancto  nobis  interim  sentiamus,  utin  testimo- 
nium integritatis  et  perfections  fidei  nostra;,  nos  qtio- 
que  Prophetam  imitantes,  misericordiam  et  judicium 
cantemus  Uomino.  Ego  antem  non  dubito,  et  alia  de 
horum  natura  ab  his  quidem,  qui  talium  euriosi  et 
gnari  sunt,  posse  monstrari,  qua?  Sponso  aptari  utiliter 
et  congrucnter  queant  :  sed  haec,  at  arbitror,  su  ulcere 
possunt  ad  dandam  rationcm  adducta:  similitudinis. 
Pulchre  taiuen  Spiritus-Sanclns  non  de  cervo,  sed  dc 
hinnulo  cervorum  similitudtnem  dedit,  in  quo  el  pa- 
tram  fecit  mentionem,  e  quibus  Christus  secundum 
carnem,  et  inumtia;  meniinit  Salvaloris.  Ut  liinnulus 
quippe  apparuit  parvulus  qui  natus  est  nobis.  Verum  In 
qui  adventum  desideras  Salvaloris,  time  scrutinium 
Judicis,  time  oculos  capie*,  time  ilium  qui  per  Pro- 
phetam dicit  :  Et  erit  in  die  ilia,  et  ego  scrutator  Jeru- 
salem in  lucernis.  Acuto  visu  est  :  nihil  inscrutatum 
telmquet  oculus  ejus.  Scrutabilur  renes  et  corda,  ipsa- 
que  cogitatio  hominis  conlitebitur  illi.  Quid  luluin  in 
Babylone,  si  Jerusalem  manet  scrutinium  ?  Puto  enini 
hoc  "loco  Prophetam  Jerusalem  nomine  designasse  illos, 
qui  in  hoc  sa-culo  vitam  ducunt  religiosam,  mores  su- 
pernae     Hlius     Jerusalem     conversatione     honesta     et 


ordinata  pro  viribus  imitantes  ;  et  non  veluti  hi,  qui  de 
Babylone  sunt ,  vitam  in  pertutbatione  vitiorum 
seelerumque  confusione  vastantes.  Denique  illoruin 
peccata  manifesta  sunt ,  pracedentia  ad  judicium 
et  non  egens  scrutinio,  sed  supplicio.  Mea  antem,  qui 
videor  monachus  et  Jerosolymita,  peccata  certe  occulta 
sunt,  nomine  et  habitu  monachi  adumbrata  ;  et  idcirco 
necesse  erit  subtili  ca  invastigari  discussione,  et  quasi 
admotis  lucernis  de  tenebris  in  lacem  prodi. 

3.  Possumus  alTerre  aliquid  ct  de  psalmo  ad  conflr- 
mandum  id  quod  dicitur  dc  scrulanda  Jerusalem.  Ait 
namque  sub  persona  Domini  :  Cum  accepero  tern/jus, 
ego  juslitias  judicabo.  Vias  justorum,  ni  fallor,  et  actus 
eorum  discussurum  se  et  examinatmum  dicit.  Veren- 
duni  valde  cum  ad  eum  adventum  fuerit,  ne  sub  tarn 
subtili  examine  mullae  nostra;  justitise  (ut  putantur) 
peccata  appareant.  Unum  est  tamen,  si  nosmelipsos 
dijudicaverimus,  nun  ulique  judicabimur.  Bonum  judi- 
cium, quod  me  illi  dislriclu  divinoquejudiciosubducit  et 
abscondit.  Prorsushorreoincidere  in  mantis  Dei  viventis  : 
volo  vultui  ira;  judicatuspra'sentari,  nonjudicandus.  Sjpt- 
ritualis  homo  omnia  dijudicat,  et  ipse  a  nemine  judicatur. 
Judicabo  proinde  mala  mca,  judicabo    et   bona.    Mala 


CIN'QUANTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTiQUE  DES  CANT1QUES. 


417 


1  faut  re- 
lootPr  leg 
gards  d'un 
ju;,'e   qui 
voit  tout. 


merai  un  serviteur  inutile  qui  n'a  fait  que  ce  qu'il 
devait  faire.  Je  prendrai  garde  de  ne  lui  pas  offrir 
de  I'ivraie  pour  du  froment,  on  des  pailles  pour  des 
grains.  Je  sonderai  mes  voies  et  ma  conduite,  aim 
que  celui  qui  doit  examiner  Jerusalem  a  la  lumiere 
des  flambeaux  {Sopho.  I,  12)  ne  trouve  rien  en 
moi  qui  ne  soit  examine  et  discute.  Car  il  ne  jugera 
pas  deux  fois  une  merne  those. 

k-  Qui  me  fera  la  grace  de  si  bien  examiner  et 
corriger  mes  peches,  que  rien  ne  me  fasse  appre- 
hender  les  yeux  si  clairvoyants  de  la  chevre, 
ni  rougir  a  la  lumiere  des  lampes?  Maintenant, 
je  suis  vu,  mais  je  ne  vois  pa?.  Cet  ceil  auquel 
toutes  choses  paraissent  u,  decouvert,  est  present, 
bien  que  lui-meme  ne  paraisse  pas.  II  viendra  un 
temps  ou  je  connaitrai  comrac  je  suis  connu.  Mais, 
a  cette  heure,  je  ne  connais  encore  qu'en  partie, 
bien  que  je  ne  sois  pas  connu  seulement  en  partie, 
mais  en  en  tier.  Je  redoute  la  vue  de  ce  divin  exa- 
minateur  qui  se  tient  derriere  la  muraille.  Car  c'est 
ce  que  l'Ecriture  ajoute  touchant  celui  qu'elle  a 
compare  a  un  chevreuil,  a  cause  de  la  penetration 
de  sa  vue.  Le  voila,  dit-elle,  «  qui  est  debout  derriere 
la  muraille,  et  qui  regarde  par  les  fenetres  et  par 
les  treillis  [Cant.  u,9).  *  Mais  nous  expliqueronscela 
en  son  lieu.  Je  redoute  done  ce  juge  cache,  qui 
examine  les  choses  cachees.  L'Epouse  ne  craint 
rien.  En  etfet,  que  pourrait  craindre  cetle  bien- 
aimee,  celte  colonibe,  cette  belle?  Aussi  lisez-vous 
ensuite  :  «  Voici  mon  bien-aime  qui  me  parle.  »  11 
parle,  et  c'est  pourquoi  je  redoute  sa  vue,  parce 
qu'il  ne  me  rend  pas  temoignage  comme  a  l'Epouse. 
Mais  vous,  6  Epouse,  qu'enteudez-vous?  Que  vous 


dit  votre  bien-aimee?  Levez-vous,  dit-il,  hatez-vous, 
ma  bien-aimee,  ma  colombe,  ma  belle.  Mais  il  faut 
aussi  remeltre  cela  a  une  autre  fois,  afin  de  ne  pas 
trop  restreindre  ce  qu'il  faut  traiter  avec  plus 
d'etendue,  de  peur  que  je  ne  sois  encore  trouve 
coupable  en  ce  point,  si  je  manquais  a  vous  donner 
des  instructions  necessaires  pour  la  connaissance  et 
l'amourde  l'epouxde  l'Eglise,  Jesus-Christ,  N'olre- 
Seigneur,  quietant  Dieuesteleveaudessusde  toutes 
choses,  et  beni  dans  tous  les  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  LV1. 

Xos  pe'ehis  et  not  vices  sont   comme  une  muraille  ile- 
vee  enlre  Dieu  et  nous. 

1.  k  Le  voici  debout  derriere  la  muraille  et  regar- 
dant par  les  fenetres  et  par  les  treillis  {Cant,  n, 
9).  »  Se'.on  la  lettre,  il  semble  que  l'Epouse  veuille 
dire  que  celui  qu'ou  voyait  venir  sautant,  s'est  ap- 
proche  jusqu'a  son  logis,  et,  se  tenant  derriere  la 
muraille,  regarde  par  les  fenetres  et  par  les  fen- 
tes,  n'osant  pas  entrer  dedans.  Mais  selon  l'esprit 
on  peut  entendre  qu'il  s'est  vraiment  approchS, 
mais  d'une  autre  facon  digne  de  cetepoux  celeste, 
et  dignement  exprime  par  le  Saint-Esprit,  car  l'in- 
telligence  veritable  et  spirituelle  n'admeltra  jamais 
rien  qui  ne  soit  bienseant  a  celui  qui  agit,  et  a  ce- 
lui qui  rapporte  Faction  qu'il  a  fade.  11  s'est  done 
approche  de  la  muraille,  lorsqu'il  s'est  uni  a  la 
chair.  La  muraille  c'est  la  chair;  et  l'approche  de 
l'Epoux  est  l'iucarnation  du  Verbe.  Les  treillis  et  du  Christ, 
les  fenetres  par  oil  l'Epouse  dit  qu'il  regarde,   ce  e3't£;p[jen" 


melioribus  curabo  corrigere  actibus,  diluere  lacrymis, 
punire  jejuniis,  caeterisque  sancts  Iahoribus  discipline. 
In  bonis  de  me  humilitersenlentiam,  et  jnxta  praeccptum 
Domini,  servum  me  intitilem  reputabo,  qui  quod  facero 
debui,  tantum  feci.  Dabo  operam  nee  lolia  pro  granis, 
nee  paleas  cum  granis  oCfeire.  Scvutabor  ego  vias  meas 
et  studia  mea,  quo  is  qui  scrutaturus  est  Jerusalem  in 
lucernis,  nihil  inscrutatum  in  me  sive  indiscussum 
inveniut.  Neque  enitn  judicatures  est  his  in  idipsum. 

4.  Quis  mihi  del  ita  ad  liquidum  piosequi  et  persequi 
universa  delicta  mea,  ut  in  nullo  oporteat  vereri  oculos 
caprca?.  in  nullo  ad  lumen  conlingat  erabescere  lueer- 
narum  ?  Et  nunc  videor,  sed  non  video  :  prajsto  est 
oculus  cui  omnia  patent,  etsi  non  patet  ipse.  Erit 
quando  cognoscam,  sicul  et  cognitus  sum  :  at  nunc 
quidem  cognosco  ex  parte  ;  non  tamen  ex  parte  cogni- 
tus, sed  ex  toto.  Vereor  aspectum  exploratoris  illius, 
qui  post  parielem  slat.  Hue  enim  Scriptura  addit  de 
illo,  quern  pro  acumine  visus  capreat  assimilavit  :  En 
ipse  stat,  inquit,  post  parietem,  respiciens  per  fenestras, 
prospiciens  per  cancellos.  De  quo  suo  loco  videbimus. 
Hunc  ergo  vereor  occullum  occullorum  exploralorem. 
Sponsa  nihil  veretur,  quia  nihil  sibi  conscia  est.  Quid 
denique  vereatur,  arnica,  coiumba,  formosa  ?  Nempe 
stibinde  habes  :  En  rlilectus  meus,  inquit.  loquitur  mihi. 

T.    IV. 


Nihil  non  loquitur  ;  et  ideo  formido  aspectum,  quoniam 
non  habeo  testimonium.  Tu  quidaudis  de  te,  o  Sponsa? 
Quid  tibi  loquitur  dilectus  tuus  ?  Surge  inquit,  propera 
arnica  mea,colamba  mea,  formosa  mea.  Yerum  hoc 
quoque  alteri  servabo  principio,  necbrevitate  arctabo  ea 
qua?  diligenliam  desiderantia  sunt  :  ne  forte  et  de  hoc 
reus  inveniar,  si  quo  minus  vos  inveniamini  in  hac 
parte  ajditicati  ad  intelligenliam  et  amorem  sponsi 
Ecclesiae  Jesu-Christi  Domini  nostri,  qui  est  super  om- 
nia Deus  benedictus  in  sscula.  Amen. 

SERMO  LVI. 

Quod  peccata  rt  vitia    sunt   tanquam  parietes  mediantes 
inter  Deum  et  peccatorem. 

1.  En  ipse  stat  post  parietem,  respiciens  per  fenestras, 
prospiciens  per  cancellos.  Secundum  litteram  quidem 
videtur  dicere,  quia  is  qui  cum  saltibus  adventare  pros- 
piciebatur,  appropiasset  usque  ad  contubernium  Sponsa?, 
et  stans  post  parietem  curiosius  introspiceret  per  fene- 
tras  et  rimas,  et  verecunde  non  prssumeret  sese  inge- 
rere.  Secundum  spiritum  autem  appropiasse  quidem 
nihilominus  intelligitur,  sed  aliter,  ita  sane  quemadmo- 
dnmp|acu=lestiSponsoagi  oportuit,  et   a  Spiritu-Sancto 

27 


418 


OEL'VRES  DE  SAINT  BERNAKP. 


Pourquoi  le 

Christ  a  du 

avon  . 

sions  el  les 

tens  de 

t  homme. 


Science  eipe- 

rimentale  dn 

Christ. 


Ed  quelle 
ma  iere  le 

Christ  se 
tient  denierc 
la  muraille. 


sont,  comme  je  le  crois,  les  sens  de  la  chair,  et  les 
passions  humaines,  par  ou  il  a  eprouve  lesinGrmi- 
tes  des  hommes.  Car  il  a  porle  lui-inenie  nos  lau- 
gueurs,  et  il  a  prisnosdouleurs  surlui  (Isa.uu.b). 
lls'estdonc  servides  passions  et  des  sens du  corps, 
cotnme  de  fentes  et  de  fenetres,  alin  qu'olant 
homme,  il  conmit  par  sa  propre  experience  les 
miseres  des  hommes,  et  qu'il  en  cut  compassion. 
11  Us  connaissaii  sans  doute  auparavant,  mais  d'une 
autre  facon.  11  connaissait  la  vertu  d'obeissance, 
parce  qu'il  est  le  Seigneur  des  vertus ;  et  nean- 
raoins,  selon  le  temoignage  de  1'ApiMre  :  «  11  a  ap- 
pris  1'obeissance  par  les  choses  qu'U  a  soulfertes 
[Heb.  x,  8).  »  Voila  aussi  comment  il  a  appris  la 
misericorde,  bien  que  la  misericorde  du  Seigneur 
soit  de  toute  eternite.  C'est  ce  que  nous  enseigne 
ce  meme  Docteur  des  nations,  lorsqu'il  assure, 
qu'il  a  soutl'ert  toutes  sortes  de  maux  a  cause  de 
la  ressemblance  du  peche  qu'il  portait,  atin  qu'il 
devint  misericordieux  {Heb.  iv,  15).  Voyez-vous 
comment  il  est  devenu  ce  qu'il  etait  deja,  et  il  a 
appris  ce  qu'il  serait  auparavant,  et  comme  quoi 
il  a  cherche  parmi  nous  des  fentes  et  des  fenetres, 
par  oil  il  put  connaitre  nos  faiblesses  avec  encore 
plus  de  soin  ?  Or  il  a  trouve  autant  d'ouvertures 
i  lansnotre  muraille  ruinee  et  pleine  de  fentes,  qu'il 
a  fait  dans  son  corps  d'experiences,  de  notre  iuhrmite 
et  de  notre  corruption. 

2.  Voila  done  comment  l'Epoux  se  tenait  debout 
derriere  la  muraille  et  regardait  par  les  fenetres  et 
par  les  treillis.  Et  c'est  avec  raison  qu'elle  le  re- 
presente  debout,  parce  que  seul  il  s'est  tenu  verita- 
blement  debout  et  ferme  dans  la   chair,  puisqu'il 


n'a  point  senti  le  peche.  On  pent  entendre  encore, 
quVtanl  tombe  par  la  faiblesse  de  la  chair,  il  est 
demeure  debout  par  la  puissance  de  la  divi- 
nite.  selon  celte  parole  qui  est  de  lui :  « L'es- 
prit  est  prompt,  mais  la  chair  est  faible  (Malth. 
xxvi,  !tl).  »  Jo  pense  aussi  que  ce  que  David  dit 
touchant  ce  mystere,  favorise  cette  interpretation. 
Car,  bien  que  ce  prophete  du  Seigneur  parle  de 
Uoise,  il  avait  sans  doute  le  Seigneur  en  vue,  puis- 
qu'il est  le  veritable  Uoise  vraiment  venu  par  l'eau, 
non-seulemeut  par  lean,  mais  par  l'eau  et  par  le 
sang  tout  ensemble.  Voici  ce  que  dit  ce  prophete 
en  parlanl  de  Dieu  le  Tore  :  «  Dieu  avail  resolu  de 
les  peril  re,  si  Moise  son  bien-aime  ne  se  fat  tenu 
debout  en  sa  presence,  quoiqu'il  fut  tout  abattu, 
et  iiL't'it  arretesa  colere,  et  obtenu  de  lui  qu'il  ne 
les  exterminerait  pas  (Psal.  cv,  23).  »  Comment  se 
peut-il  faire  qu'il  se  tint  debout,  s'il  etait  aballu  ; 
oil  s'il  etait  debout  comment  etait-il  abattu?  Je  vais 
vous  montrer,  si  vous  voulez,  qui  est  celui  qui  s'est 
vraiment  tenu  debout  quoiqu'il  tilt  abattu.  Je  n'en 
connais  point  qui  Fait  pu  faire  que  mon  Seigneur 
Jesus,  qui  certainement  vivait  dans  sa  mort  meme, 
qui  etait  en  meme  temps  abattu  sur  lacroix,  et  de- 
bout avec  le  Pere  par  sa  Divinite.  Dun  cote  il 
priait  le  Pere  avec  nous,  de  l'autre,  il  nous  faisail 
misericorde  avec  le  Pere.  11  etait  debout  derriere  la 
muraille,  tandis  que  ce  qui  etait  abattu  en  lui  pa- 
raissait  manifestement  dans  la  chair,  et  ce  qui  etait 
debout  se  cachait  comme  derriere  la  chair ;  e'etait 
tout  a  la  fois  un  homme  a  tous  les  regards,  et  un 
Dieu  cache  aux  yeux  des  hommes. 
3.  Je  crois  qu'il  est  encore  debout  derriere  lamu- 


tlici.  Nil  quippe  quod  vel  auctorem  dedeceat ,  vel 
narratoiem,  verus  et  spiritualis  intellectus  admitlet. 
Ergo  appropiavit  parieti,  cum  adhajsit  carni.  Caro  paries 
est  :  et  appropiatio  Sponsi,  Verbi  incarnatio.  Porro 
cancellos  et  fenestras  per  quas  respicere  peihibetur, 
sensus  (ut  opinor)  carnis,  et  humanos  (licit  affectus,  per 
quos  experimentum  cepit  omnium  humanarum  necessi- 
tutum.  Denique  languores  nostras  ipse  lulit,  et  dolores 
nostras  ipse  portavit.  Humanis  ergo  affeclionibus  sensi- 
busque  corporeis  pro  foraminibus  usus  est  et  feneslris 
ut  miserias  hominum  homo  factus  experimento  sciret, 
et  misericors  fieret.  Sciebat  et  ante,  sed  aliter.  Seiebat 
denique  virtutem  obediendi  ipse  Dominus  virtutum,  et 
tamen  lesle  Apostolo,  didicit  ex  his  quae  passus  est, 
obedienliam.  In  hunc  modum  et  misericordiam  didicit, 
etsi  misericordia  Domini  ab  sterno.  Docet  hoc  quuque 
idem  gentium  Doctor,  ubi  eum  asserit  tenlalum  per 
.mnia  pro  simililudine  absque  peccato ,  ut  miseri- 
cors fieret.  Videsne  factum  esse  quod  erat,  et  quod 
noverat  didicisse,  et  sibi  apud  njs  quaBsisse  rimas 
et  fesnestras,  per  quas  calamitates  nostras  diligenlitis 
exploraret  ?  Tot  autem  in  nostra  ruinoso  et  pleno 
rimarum  pariete  inveuit  foramina,  quos  nostra;  infirmi- 
tatis  et  corruptions  in  suo  corpore  sensit  experimeota. 
2.  Sic  itaque  Sponsus  post  parietem  stans,  et  per  fe- 
ofstra3  et  cancellos  respiciens  erat.  Et  bene  stans,  quia 


solus  revera  in  carne  stetit,  qui  carnis  peccatum  non 
sensit.  Possumus  et  hoc  fideliter  sapere  quia  stetit  per 
divinitatis  potentiam,  qui  per  carnis  infirmilatem  occu- 
buit,  dicenle  ipso  Spirilus  quidem  promptus  est,  caro 
autem  infirma.  Ego  autem  pulo  etiam  illud  huic  sen- 
tentia?  suffragan,  quod  sanctus  David  in  hoc  mysterio, 
ulpote  prophela  Domini  et  prophetans,  de  Domino 
loquabelur  ;  et  quidem  Moysen  loquens,  sed  Dominum 
intuens.  Ipse  enim  verus  est  Moyses,  qui  vere  per 
aquam  venit,  et  non  in  aqua  tantum,  sed  in  aqua  et 
sanguine  Ait  itaque  memoratus  prophela  :  Dixit  ut 
disperderet  eos,  (Palrem  siquidem  loqiiebatur)  si  non 
Moyses  e/ectus  ejus  stetisset  in  confractione  in  eonspectu 
ejus,  ut  averteret  iram  ejus,  ne  disperderet  eos.  Quo- 
nam  modo,  quaeso,  Moyses  stctil  in  confractione?  Quem- 
admodum,  inquam,  aut  stetit,  si  confractus  est  ;  aut 
si  stetit,  quomodo  confractus  est  ?  At  ego  tibi  ostendo, 
si  vis ,  qui  vere  stetit  in  confractione.  Ego  alium  novi 
neminem  qui  hoc  potuerit, nisi  Dominum  meum  Jesum, 
qui  eerie  in  mole  vivebat,  qui  corpore  tract  us  in  cruce, 
divinitate  stabat  cum  Palre  :  in  uno  nobiscum  suppli- 
cans,  in  altera  cum  Patre  propitians.  Et  slabat  post 
parietem,  dum,  quod  jacebat  in  illo,  manifeslum  erat  in 
carne  ;  et  quod  stabat  in  ipso,  quasi  post  carnem 
latebat  ;  sane  unus  idemque  homo  manifestus,  et  Deus 
absconditus. 


CINQUANTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


419 


os-Christ 
tlepecht' 


raille  pour  chaeun  de  nous  qui  desirons  son  avene- 
nient,  taut  que  notre  corps,  qui  est  sujet  au  peche, 
nous  cache  sa  face  ici  bas,  et  nous  empeche  de  jouir 
de  sa  presence.  «  Car,  tamlis  que  nous  vivons  dans 
ce  corps,  dit  l'Apotre,  nous  sommes  eloignes  du 
i  muraiiie  Seigneur  (2  Cor.  v,  6).  »  Ce  n'est  pas  simplement 
•pare"de  Parce  que  nous  sommes  dans  un  corps,  mais  par- 
ce  que  nous  sommes  dans  ce  corps-ci  qui  vient  du 
peche,  et  qui  n'est  point  sans  peche.  Et  afin  que 
vous  sachiezque  ce  n'est  pas  notre  corps  mais  nos 
peches  qui  nous  separent  de  Dieu,  ecoutez  l'Ecri- 
ture  sainte  :  «  Nos  peches,  dit-elle,  mettent  une 
separation  entre  Dieu  et  nous  (Isa.  i.ix.  2).  »  Et 
pliit  a  Dieu  qu'il  n'y  eut  d'autre  obstacle  pour  inoi 
que  la  muraiiie  du  corps,  et  que  le  peche  qui  esl 
dans  le  chair,  et  que  je  ne  fusse  point  empei  lie  par 
une  infinite  de  vices,  comme  par  autant  de  murs. 
Car  j'apprehende  fort  que,  sans  compter  ce  qu'il  y 
a  de  corrotnpu  dans  ma  nature,  je  n'aie  encore 
ajoute  beaucoup  de  peches  de  ma  propre  malice, 
quiaient  muniment  eloigne  l'Epouxde  moi,  et  que, 
si  je  voulais  avouer  la  verite,  je  ne  fusse  oblige  de 
confesser,  qu'a  mon  egard,  il  est  plutot  debout  der- 
riere plusieurs  murailles,  que  derriere  une  seule. 
I  les  uus  li-  Mais  je  veux  m'expliquer  davantage,  l'Epoux 
oirTpour  est  (=bSa'enlellt  t't  mdifferemment  partoutpar  la  pre- 
sence de  sa  majeste,  et  par  la  grandeur  de  sa  puis- 
sance, neanmoins  en  pent  dire  que  par  la  commu- 
nication de  sa  grace,  il  est  proche  de  quelques-uns 
et  eloigne  des  autres,  ce  qui  ne  s'entend  qu'i  re- 
gard deshommeset  desanges,  e'est-a-dire  des  crea- 
tures raisonnables.  C'est  potirquoi  le  roi  Prophete 
dit  que  le  salut  est  eloigne  des  pecheurs  [Psal. 
cxviu,  55) ;  et,  en  parlaot  de  lui-meme  tout  saint 
qu'il   etait  :  «  Pourquoi,  Seigneur,  vous  etes-vous 


autres  I 
irist  est 
pre  s. 


3.  Sed  et  unicuique  nostrum,  qui  desideramus  adven- 
tum  ipsius,  puto  ilium  nihilominus  post  parietem  stare, 
dum  corpus  hoc  nostrum,  quodcertepeccali  est,  abscon- 
dat  interim  nobis  faciem  ejus, et  praesentiam  intercludat. 
Dsniquc  quandiu  sumus  in  hoc  corpore,  inqnil,  peregri- 
namur  a  Domino.  Non  quia  in  corpore,  sed  quia  in 
corpore  hoc,  quod  utiqiie  tie  peccato  est,  et  sine  peccato 
non  est.  Et  ut  scias  quoniam  obstant  non  corpora,  sed 
peccata,  audi  Scripturam  :  Peccata  nostra,  inqnil,  sepa- 
rant  inter  ttos  et  Drum.  Et  utinam  unus  milii  tan  turn 
obstet  paries  corporis,  solumque  obicem  patiar  id  quod 
est  in  carne  peccatum,  et  non  multas  intersint  maceriae 
vitiorum.  Vereor  enim  ne  eliam  praeter  illud  quod 
in  natura  est,  quam  plurima  de  propria  iniquitate 
adjecerim  ,  quorum  a  me  interjectu  niiiiium  elon- 
gaverim  Sposum  ,  ila  ut,  si  verum  dicere  velim  , 
post  parietcs  magis  mihi  ilium  slare  fatear,  non  post  pa- 
rietem. 

4.  Sed  dico  hoc  planius.  Sponsus  quidem  tequaliler 
atque  indilfercnler  praeslo  ubique  est,  divinae  utique 
praesentia  majeslatis,  et  magnitudine  virtutis  sua?  ,  gra- 
tiae  tamen  exhibitione  seu  inhibitione  quibusdam  longe, 
quibusdam  prope  esse  dicitur.  Angelorum  duntaxat  et 
hominum,    id    est   rationalium    creaturarum.    Denique 


eloigne  de  moi  (Psal.  is,  1)  ?  »  Et  quant aux  saints, 
il  s'eloigne  quelquefois  d'eux  par  une  juste  dispen- 
salion,  mais  ce  n'est  que  pour  un  temps,  et  encore 
n'est-ce  pas  tout-a-fait,  mais  seulernent  en  parlie. 
Mais  pour  ce  qui  est  des  pecheurs  dont  il  est  dit 
dans  le  psaume  :  «  Leur  orgueil  monte  toujours 
(Psal..  vu,  23)  ;  et  leur  conduite  est  corrompue  en 
tout  temps  (Psal.  ix,  5)  ;  »  il  en  est  toujours  extre- 
mement  eloigne,  et  cet  eloignement  est  un  effet  de 
sa  colere,  non  de  sa  misericorde.  C'est  pourquoi 
David,  s'adressant  a  Dieu,  lni  dit :  «  Ne  vous  de-- 
tournez  pas  de  votre  serviteur  dans  votre  colere;  » 
il  savait  qu'il  pouvait  s'en  detourner  par  miseri- 
corde. Le  Seigneur  est  done  proche  des  saints  et 
de  ses  elus,  lors  meme  qu'il  semble  en  etre  eloigne, 
et  il  ne  s'approche  pas  egalementde  tous,  mais  des 
uns  plus,  des  autres  moins,  selonladiversite  deleurs 
meriles.  Car,  bien  qu'il  soit  proche  de  tous  ceux  qui 
l'invoquent  avec  fui,  et  de  ceux  qui  ont  le  cceur 
brise  par  1'afllicl.ion,  pettt-etre  neanmoins  n'est-il 
pas  si  proche  d'eux,  qu'ils  puissent  dire,  qu'il  est 
debout  derriere  la  muraiiie.  Mais  comme  il  est  pres 
de  l'Epouse,  puisqu'elle  n'est  separee  de  lui  que 
par  une  muraiiie  !  C'est  pourquoi  elle  voudrait  etre 
degagee  des  liens  du  corps,  afin  que  ce  mur  etant 
renverse,  elle  put  etre  avec  celui  quelle  es;>ere 
trouver  derriere. 

5.  Mais,  pour  moi  qui  suis  pecheur,  bien  loin  de 
desirer  d'etre  hors  de  ces  liens,  je  crains  au  con- 
traire  beaucoup  que  cela  n'arrive,  parceque  je  sais 
que  la  mort  des  pecheurs  est  tres-funeste  (Psal. 
xxxui,  22).  Et  comment  ne  le  serait-elle  pas,  puis- 
qu'elle n'est  point  assistee  de  la  vie  ?  Je  redoute  de 
sortir,  et  je  tremble  d'entrer  dans  le  port  meme, 
parce  que  je  ne  vois  pas  lieu  de   m 'assurer  que 


C'est  le  peche 

qui  rend  la 

mort  horrible 


longe  a  peccaloribus  salus.  Et  sancttis  David  nihilominus 
dicit  :  It  quid  Domine  recessisti  lonrjel  Caeterum  a 
Sanctis  pia  dispensatione  ad  tempus,  et  non  ex  toto, 
sed  juxla  aliquid  aliquando  longe  se  facit.  Peccatoribus 
auleiu  de  quibus  dicitur,  Superbia  eorum  qui  te  ode- 
runt,  ascendit  semper;  et  item,  Inquinatm  sunt  via>  illo- 
rum  in  (imni  tempore  :  semper,  valdeque  longe  est,  at- 
que in  ira  hoc,  et  non  in  misericordia.  Quamobrem 
orat  ad  Deum  sancttis,  et  ait,  Ne  declines  in  ira  a  servo 
tuo  :  sciens  quia  es  in  misericordia  potuerit  declinare, 
Prope  est  ergo  Dominus  Sanctis  et  electis  suis,  etiam 
cum  longe  esse  videtur,  et  non  a-qualiler  omnibus,  sed 
aliis  plus,  aliis  minus,  pro  merilorum  divcrsitale.  Nam 
etsi  prope  est  Dominus  omnibus  invocanlibus  cum  in 
veritale,  et  juxta  est  his  qui  tribulato  sunt  corde  ;  non 
tamen  omnibus  forsitan,  ila  ut  dicere  possinl,  quia  ipse 
slut  post  parietem.  Sponste  vero  quam  prope  est 
qui  uno  tantum  pariete  dividitur.  Propterea  cupit  dissolvi 
et  tupto  medio  pariete  cum  illo  esse,  quern  post  parie- 
tem esse  conlidit. 

.'i.  Ego  autem,  quoniam  peccator  sum,  dissolvi  non 
cupio,  sed  formido,  sciens  quia  mors  peccatorum  pes- 
sima.  Quomodo  non  pessima  mors,  ubi  non  subvenit 
Vila?    Formido  exire,   et  in   ipso    contremisco    poruu 


420 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


l'Eponx  s'approche  de  moi  pour  me  recevoir.  En  raille  empeche  l'Epoux   d'approcher  de  lui,  cette 

effet,  comment  puis-je  sortir  avec  conGanee,  si  le  muraille,  c'est  l'acte  du  peche.  Mais  si  a  cela  on 

Seigneur  lui-meme  ne  me  regarde  pas  lorsque  je  ajoute  la  frequence  de  l'acte,  qui  change  le  peche 

sortirai?Helas!  ne    serai-je  pas  le   jouet  des  de-  en  habitude,   et  que  l'habitude  ensnite   porte  au 

mous  qui  m'emporteront  avast  que  je  trouve  per-  mepris,  suivant  cequi  est  ecrit,  que  «  lorsque l'im- 

sonne  pour  me  racheter  et  me  sauver?  Saint  Paul  pie  est  arrive  jusque  dans  l'ablme  du  mal,   il  me- 

n'avait  rien  a  craindre   de  pareil,  lui  qui    u'etait  prise  tout  (Prov.  xvin,  3);  »  nest-il  pas  vraique  si 

empeche  de  voir  et   d'embrasser  son  bien-ainie,  vous  sortez  de  la  vie  dans  cet  6lal,   vous  pourrez 


La   Iroisi 

est  I'ao 

peccamin 

l.a  qnntri 

e;ll  liubi 

<iu  peot 


11  y  a  plu- 
sieurs 

murailles 
entre   nous 

et  Jesus- 
Cbrist ;  la 

firemiere  est 
a    concupi;- 
ceoce. 


que  par  une  seule  muraille,  la  loi  du  peche  qu'il 
trouvait  dans  ses  menibres,  c'est-a-dire,  la  concu- 
piscence de  la  chair,  dont  il  ne  pouvait  elre  entie- 
rement  exempt,  tant  qu'il  vivait  dans  la  chair.  11 
n'etait  pas  sans  doute  bien  eloigne  de  Dieu,  puis- 


etre  devore  mille  1'ois  par  les  lions  rugissanls  qui 
attendent  leur  proie,  avaut  que  vous  arriviez  a 
l'Epoux  que  vous  avez  separe  de  vous  par  une  in- 
finite de  murailles,  dont  la  premiere  est  la  concu- 
piscence; laseconde,  le  consentement;  la  troisieme, 


qu'il  n'y  avait  que  cette  muraille  entre  deux.  C'est  l'acte;  la  quatrieme,  l'habitude ;  la  cinquieme,   le 

ce  qui  le  portait  a  s'ecrier  dans  l'ardeur  de  ses  de-  mepris  ?  Ayez  done  soin  de  resister  de  toutes  vos 

sirs  :  «  Qui  me  delivrera  de  ce  corps  demort  [Rom.  forces  avant  tout  a  la  concupiscence,  afin   qu'elle 

VII,  2i)  ?  »  Sachant  qu'aussitdt  qu'il  serait  mort,  il  n'atlire  point  le  cunsenlement,  et  vous  verrez  que 

arriverait  a  la  vie.  11  n'y  avait  done  qua  cette  loi,  toute  la  machine  du  peche  tombera  par  terre ;  et 

c'est-a-dire  a  la  concupiscence,  que  saint  Paul  flit  n'y  ayant  plus  que  la  muraille  du  corps  qui   ern- 

sujet,etiln'y  avait  qu'elle  quietait  obligee  de  souf-  peche  l'Epoux  d'approcher  de  vous,   vous  pourrez 


II  fan 
eviter  i 
gneus 
merit  de 
senlir 
pecM 


frir,  parce  qu'elle  etait  attachee  inseparablement  a 
sa  chair.  «  Du  reste,  disait-il,  je  ne  me  sens  cou- 
pable  de  rien  (l  Cor.  iv,  U)-  » 

6.  Mais  qui  est  semblable  a  saint  Paul  ?  Qui  ne 
consent  pas  quelquefois  a  cette  concupiscence,  et 


vous  glorilier  aussi  avec  l'Epouse,  en  disaut  comme 
elle  :  «  Le  voici  qui  est  debout  derriere  uotre  mu- 
raille. » 

7.  Mais  il  faut  encore  que  vous   ayez  soin   qu'il 
trouve  ouvertes  vos  fenelres,  et  vos  treillis,  ce  qui 


La  seconds 

est  lecousen- 

temeot. 


n'obeit  pas  au  peche?  Que  celui  done  qui  consent  signifie  vos  confessions,  afin  que  par  la  il  puisse  re- 

au  peche,  sache  qu'il    met    devant  soi  une  autre  garder  favorablement  au  dedans  de  vous;  car  ses  re - 

muraille,  qui  est  ce  consentement  illicite  et  crimi-  gards  sont  voire  avancement.On  dit  que  les  treillis, 

nel.  Et  celui  qui  est  en  cet   etal  ne  peut  pas  seglo-  sont  de  petites  feuelre-,  tels  que  ceux  qui  compo 

rifier  que  l'Epoux  est  pour  lui  derriere  la  muraille,  sent  les  livres  s'en  font  pour  recevoir  la  lumiere 

puisquil  y  a  deja  deux  murailles  entre  eux,   mais  sur  le  papier.  U'oti  vient  qu'on  appelle  chanceliers, 

il  le  peut  beaucoup  moins  encore  si  le  consente-  ceux  dont  la  charge  est  de  dresser  les  actes  publics. 

ment  va  jusqu'a  l'acte.  En  effet,  une  troisieme  mu-  11  y  a  done  deux  sortes  de  componctions,  l'une  de 


D'oii  vie 

mot  cha 

Her. 


ingressu,  dum  non  confido  prope  assistere  qui  excipiat 
excuntem.  Quid  eniin  ?  Secureue  exeo,  si  nou  Dominus 
oustodiat  exitum  meum  ?  Heu  !  ero  ludibrio  dsmonuw 
intercipientium  me  :  non  assistente  qui  redimal,  neque 
quisalvum  facial.  Nil  tale  verendum  erat  anirate  Pauli, 
eui  ab  aspectu  et  amplexu  dilecti  unus  tantummodo  pa- 
ries obsislebat,  videlicet  lex  peccali,  quara  inveniebal 
in  membris  suis.  Ipsa  est  carnis  concupiscentia,  qua 
oarere  ouinino  non  potuil,  donee  in  carae  fuit.  Hoc  sane 
iino  inlerjecto  pariete  non  longe  peregiinabatur  a  Do- 
mino, unde  et  optabat  clam  :  Quis  me  liberabit  de  cor- 
pore  mortis  hujus  1  sciens  so  mollis  compendio  conlinuo 
ad  vitam  pervenlurum.  Hac  ergo  Paulus  se  falebatur 
una  lege  teneri,  scilicet  concupiscentia,  quam  carni  sua? 
immobilitei'  insitam  tolerabat  invitus;  de  caetero  nihil, 
inquit,  nuhi  conscius  sum. 

6.  Verum  quis  similis  Paulo,  qui  non  videlicet  huic 
intei'dum  consentiat  concupiscentia?  ad  obediendum 
peccalo  ?  Noverit  proinde  is  qui  peccato  consenserit,  et 
alterum  sibi  se  opposuisse  parietem,  ipsum  utique  pra- 
vum  illicitumque  consensual  :  nee  potest  gloriari  qui 
hujusmodi  est,  quia  stet  sibi  post  parielem  Sponsus, 
quando  jam  parieles  intersint,  non  paries.  Multo  minus 
si  consensus  pervenerit  ad  effectual,  cum  terlius  quoque 
•jam  paries  Sponsi  arceat  impediatque  accesssum,  actus 
videlicet  ipse  peccati.  Quid  si   el  constieludo  forte  pec- 


catum  in  usum,  aut  usus  etiam  in  contemptum 
perduxerit  ?  sicut  scripluin  est  :  Impius  cum  venerit  in 
pmfundum  malorum,  contemnit.  Nonne  sit  ita  exie- 
ris,  millies  ante  a  rugientibua  prsepat-atis  ad  cscam 
poleris  devorari ,  quam  pervenire  ad  Sponsum  , 
non  uno  siquidem  jam,  sed  tanla  a  le  pariotum 
Dumerositate  interclusum  ?  Primus  ,  concupiscentia  ; 
secundus,  consensus;  terlius,  actus;  quartus,  con- 
BUetudo  ;  quinlus,  contemptus.  Cura  ergo  concupis- 
centia? priori  totis  resistere  viribus,  ut  non  peilrahat 
in  consensum  ;  et  omnis  deinceps  malignilatis 
fabrica  evanescit  :  nee  est  omniuo  quod  Spo.isum 
prohibeat  appropinquare  libi,  prater  solum  parietem 
corporis,  quatenus  gloriari  Rossis  et  tu  dicens  de  illo  : 
quia  en  ipse  slut  p<nl  parietem. 

1.  Sed  et  hoc  tibi  lota  vigilantia  providendum,  ut 
apertas  semper  inveniat  fenestras  et  caticellos  quosdam 
conressiondui  tuarum,  per  quos  te  intus  benigne  respi- 
ciat  :  quoniam  respectus  ejus,  profectus  tuus.  Aiunt 
cancellos  angustiores  esse  fenestras,  quales  utique  hi  qui 
libros  desenbunt,  aptare  sibi  solent  ad  recipiendum 
lumen  pagiuis.  Unde  et  pulo  cancellarios  eos  appellari, 
qui  charitatis  conscribendis  ex  officio  de  putantur.  Cum 
ergo  sint  duo  genera  compunctionis,  unum  in  manore 
pro  nostris  excessibus,  afterum  iuexsultalioneprodivinis 
muneribus  :  quoties  sane  earn,  qua?  sine  anguslia  cordii 


Cl.NQUANTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


&21 


tristesse,  a  cause  des  fautes  que  nous  comraettons, 
l'autre  de  joie,  a  cause  des  graces  que  dous  rece- 
vons  ;  toutes  les  fois  que  je  ressens  celle  qui  ne  va 
jamais  sans  une  vive  douleur,  c'est-a-dire  toutes 
ies  fois  que  je  fais  la  confession  de  mes  peches, 
il  me  semble  que  j'ouvre  des  treillis,  c'est-a-dire 
des  petites  fenetres.  Et  il  n'y  a  point  de  doute  que 
celui  qui  selient  debout  derriere  la  inuraille,  ne 
regarde  volontiers  par  la.  Car  Dieu  ne  rejettera 
point  un  ceeur  conlrit  et  humilie.  Et  il  nous 
exhorte  lui-meme  a  cela  en  disant  par  le  Prophete  : 
«  Confessez  vos  iniquiles.  alin  que  vous  soyez  jus- 
tine.  »  Mais  si  l'amour,  me  dilatant  le  coeur,  je 
suis  bieu  aise,  a  la  vue  de  la  bonte  et  de  la  miseri- 
corde  deDieu,  d'eshaler  de  mon  cceur  des  louanges 
et  des  actions  de  graces.  a]ors  je  crois  ouvrir  une 
grande  fenetre  a  l'Epoux  qui  est  derriere  la  mu- 
raille, par  laquelle,  si  je  ne  me  trompe,  il  regarde 
avec  d'autant  plus  de  joie  que  ce  sacrifice  de 
louanges  l'houore  extrememeut.  Je  pourrais  aise- 
ment  prouver  l'une  et  l'autre  confession,  par  l'au- 
torile  de  l'Ecriture  sainte,  mais  je  parle  a  des  per- 
sonnes  qui  savent  cfIs  aussi  bien  que  moi,  et  il  ne 
faut  point  vous  charger  de  choses  superflues,  puis- 
qu'a  peine  suffisez-vous  pour  la  recherche  des 
necessaires,  tant  sont  grands  les  mysteres  de  cet 
epilhalame,  et  les  louanges  qui  y  sont  celebrees  en 
l'honneur   de  l'Eglise,   et  de    son   epoux,   Jesus- 


SERMON  LV1I. 


11  faut  observer   les  visiles    du  Seigneur   :    a   quels 
signes  et  a  quelles  marques  on  peul  les  reconnailre. 

1.  «  Voici  que  mon  bien-aime  me  parle.  »  Voyez 
le  progres  de  la  grace,  et  reconnaissez  les  degres  de 
la  bonte  divine.  Considerez  le  zele  et  l'industrie  de 
l'Epouse.  avec  quelle  vigilance  elle  observe  l'arri- 
vee  de  l'Epoux,  et  remarque  jusqu'aux  moindres 
choses  qu'd  fait .  II  vieut,  il  se  bite,  il  s'approche,  DiTotion  et 
il  arrive,  il  regarde,  il  parle,  et  rien  de  tout  cela  fe  "f 'p"« 
n'echappe  a  l'exactitude  de  l'Epouse.  II  vient  dans  *  observer 
les  auges,  il  se  hate  dans  les  patnarches,  il  s  ap-  actions  da 
proche  dans  les  prophttes,  il  est  present  dans  la 
chair,  il  regarde  dans  les  miracles,  il  parle  dans  les 
apotres.  Ou  autrement  encore,  il  vient  par  le  desir 
qu'il  a  de  faire  grace,  il  se  hate  par  le  zele  qui 
l'anime  pour  le  salut  des  hommes,  il  s'approche  en 
s'abaissant,  il  est  present  a  ceux  qui  sont  presents, 
il  regarde  ceux  qui  doivent  venir,  il  parle  en  en- 
seignant  et  en  inspirant  les  choses  qui  concernent 
le  royaume  de  Dieu.  Telle  est  done  la  vertu  de 
l'Epoux.  Les  benedictions  et  les  richesses  du  salut 
l'accompagnent.  Tout  ce  qui  le  concerne  est  plein 
de  delices  et  abonde  en  mysteres  agreables  et  salu- 
taires.  Celle  qui  l'aime,  veille  et  observe.  Or,  bien- 


r£poux. 


toute  chose  est  beni  dans  tous   les   siecles.  Ainsi 
soit-il. 


Christ  iXutre-Seigneur,  qui  etant  Dieu  par  dessus    heureuse  est  celle  que  l'Epoux  trouvera  veillant.  II 

ne  la  passera  pas,  il  ne  lalaissera  pas,  maisil  s'arre- 
tera  pour  lui  parler,  et  lui  dire  des  choses  amou- 
reuses,  parce  qu'il  est  son  bien-aime.  Car  il  y  a  : 
«  Voici  que  mon  bien-aime  me  parle.  »  C'est  avec 
raison   qu'elle  l'appelle  son  bien-aime,   puisqu'il 


minime  fit,  peccatorum  scilicet    meorum  facio    coDfes- 
sionem;  videor  mihi  cancellum,  id  est,  anguslioremape- 
rire  fenestram.  Nee  dubium  quin  libenter  per  istam  rts- 
piciat  is,  qui  stat  post  parietem   pius  e.\plorator  :  quia 
cor  contritum  et  humiliatum  Deus  non  despiciet.    Deai- 
que  et  hortatur  ad  lire  ipsum  :  Die  tu,  inquiens,  iniqui- 
tates  tuas  prior,  ul  justificeris.  Quod  si  interduui  corde 
dilalato  in  charitale,  pro  consideralioue  divinav  dignatio- 
nis  ac  miscrationis,  libel  animum  laxare  in  vocem  laudis, 
et  grat  arum  actionem    :   pulo   me    non  jam  anguslam, 
sed  ainplissimam    stanti    post  parietem    Sponso  aperire 
fenestram,  per  quam  (ni  fallor)   lauto    libentius  respicit, 
quanto  amplius  sacrificium    laudis    bonorificat  cum.  Ad 
manum  est  de  scripturis  utramque  banc  apprnbare  con- 
fessionem  :  sed  scientibus  ista  loquor,  et  non    estis  su- 
pcrfluis  onerandi,    qui    vix  necessariis    indagandis    suf- 
(icitis.  Tanta  qnippe  sunt  sit-.ramenta  epithalamii   hujus, 
et  laudum  praeconia,  qu«  in  eo  decanlantur  Ecctesia?  et 
sponso  ejus  Jesu-Cbristo  Domino  nostro,  qui  est  super 
omnia  Deus  benedictus  in  sscula.  Amen. 


SERMO  LVII. 

De  visitationibm  Domini  observandis ;  quibus  indiciis  vet 
signis  eos  deprehendi  possint. 

1.  En  dilectus  meus  loquitur  mihi.  Videte  processus 
gratiae,  et  dignationis  divina?  advertite  gradus.  Attendite 
Sponsa;  devotionem  atque  solerliam,  quam  vigili  utique 
oculo  Sponsi  observat  adventum,  et  deinceps  ipsius 
omnia  diligentius  intuetur.  Venit  ille,  accelerat,  appro- 
piat,  adest,  respicit,  alloquitur;  et  nihil  horum  momen- 
loruni  Sponsa?  industriam  effugit,  anticipatve  notitiam. 
Venit  in  angelis,  accelerat  in  patriarchis,  appropiat  in 
propbetis,  adest  in  came,  respicit  in  miraculis,  alloquitur 
in  apostolis.  Vel  sic.  Venit  allectu  et  studio  miserendi, 
accelerat  sabveniendi  zelo,  appropiat  humiliando  semet- 
ipsum,  adest  praesentibns,  pruspicit  in  futuros,  loquitur 
docens  et  suadens  de  regno  Dei.  Sic  ergo  est  adventus 
Sponsi.  Benedictiones  et  divitias  salutis  cum  eo,  et  uni- 
versa  quae  de  ipso  sunt,  aftluunt  deliciis,  redundantia 
certe  jucundis  ac  salutaribus  sacramentis.  Porro  quae 
amat,  vigilat  et  observat.  Et  beala,  quam  Dominusinve- 
nerit  vigilantem.  Non  transibit  illam,  nee  praeteribit  ab 
ea,  sed  stabit  et  loquetur  ei,  loqueturque  amatoria  :  lo- 


422 


ui 


II  y  a  pin- 

sitnrs 

regards  do 

Ditu  les  uds 

inspireot  la 

crainte  et  les 

autres 

eonsolent. 


vient  pour  lui  declarer  son  amour 
adresser  des  reproches. 

2.  Car  elle  D'est  pas  de  ceux  que  le  Seigneur  re- 
prend  aveo  raisou,  de  ce  que  connaissant  fort  bien 
le?  divers  chaugements  des  temps,  ils  n'avaient 
point  contui  le  temps  de  sa  venue  [Matth.  xw.i. 
Celle-ci  est  si  prudente  et  si  pleine  de  prevoyance, 
qu'elle  la  deeouvert  de  loin  lorsqn'il  venait,  l'a  vu 
sautant  en  hate  et  passant  les  superbes  pom-  s'ap- 
proeher  d'elle  qui  est  humble,  en  s'uunuliaiit  lui- 
nieme  ;  et  entin,  lorsqn'il  etait  deja  debout,  et  se 
cachait  derriere  la  muraille,  elle  n'a  pas  laisse  de 
conn. utre  qu'il  etail  present,  et  de  s'apercevoir 
qu'il  regardait  par  les  fenetres  et  paries  treillis. 
Et  main  tenant  en  recompense  d'un  si  grand  zele, 
et  d'un  soin  si  religieux,  elle  a  le  bonheur  de  I'en- 
teudre  parler.  Car  s'il  ue  faisait  que  la  regarder 
sans  lui  parler,  ce  regard  aurait  pu  lui  etre suspect 
dans  la  crainte  qu'il  ne  fut  plutot  un  regard  d'iu- 
dignation  que  d'amour.  C'est  ainsi  qu'il  regarda 
saint  Pierre,  et  ne  lui  parla  point  (Luc.  xxn,  61). 
Et  ce  fut  peut-etre  la  la  cause  de  ses  larmes.  Mais 
l'Epouse  qui  mi-rite  qu'il  lui  parle  apres  qu'il  l'a 
regardee,  non-seulement  ne  pleure  point,  mais  se 
glorilie  et  s'ecrie  de  joie  :  «  Voici  que  rnon  bien- 
aime  me  parle.  »  Voyez-vous  comme  le  regard  du 
Seigneur,  tout  en  demeurant  toujours  le  meme  en 
soi,  n'a  pas  neanmoius  toujours  le  meme  effet,  il  se 
coul'ornie  aux  mi-rites  de  ceux  qu'il  regarde,  s'il 
frappe  les  uns  de  crainte,  il  apporte  aux  autres  de 
la  consolation  el  de  la  contiance?  en  eflfet,  s'il  re- 
garde  la  terre  il  la  fait  trembler;  au  contraire  s'il 
regarde  Marie  c'est  pour  Terser  sa  grace  en  elle  : 


OEUVKES  DE  SAINT  BERNARD 

non   pour 


quetur  siquidem  ut  dilectus.  Sic  quippe  habes  :  En  di- 
leclus  meus  loquitur  milii.  Bene  dilectus,  qui  venit  ama- 
toria  locuturus,  non  autem  increpatoria. 

2.  Neque  eniui  de  illis  est,  qui  a  Domino  merito 
arguuntur,  quod  faciem  cceli  dijudicare  nossent,  tempus 
vero  adventus  ejus  minime  cognovissent.  Haec  namque 
lam  solers,  ct  prudcns,  ac  bene  vigilans,  et  vcnicnlcm  a 
longe  prospexit,  et  salientem  pro  festinatione  adverlit,  et 
transsilientem  superbos,  ut  humili  sibi  per  humilitatem 
propinquaret.  vigilantissime  observavit;  et  demum  cura 
jam  slarel,  et  occultarel  se  post  parictem,  nihilominus 
praesentem  agnovit,  sed  el  respicientem  per  fenestras 
cancellosquc  persensit  j  ct  nunc  pro  remuneratione  tanta; 
devolionis  et  religio  ae  soIlicUudinis  loquenlem  audit. 
Sane  enim  si  respexisset,  et  minime  locutus  fuisset,  sus- 
pectus  poteral  esse  ille  respectus,  oe  forte  magis  indi- 
gnationis  foret,  quam  dilectionis.  Denique  respexit  Pe- 
Iriiui.  et  non  fecit  ei  verbum  :  et  ideo  fortassis  tlevit 
ille,  quod  re  ■,    tacueiit.   Haec  autem,  quoniam 

post  aspectum  meruit    et  ad'atum,    non   modo  non  llel, 

jloriatur  pras  laetilia  daman    :    /;'  i  dilet  tus 
loquitur  rnihi.  Videa  inluilum  Domini,  cum  in  se  semper 
mane?t  idem  len  ejusdem  semper  efficacies  esse; 

sed  conformari  meritis  singulorum  quos  respicit,  et  aliis 
quidem  incutcre  mclum,  aliis  vero  magis  consolationem 
et  sccuritatem  aflerre.  Denique  respicit  terram,  cl  facit 


«  11  a  regarde,  dit-elle,  la  bassesse  de  sa  servante, 
.t  cette  insigne  faveur  me  fera  nommer  bienheu- 
reuse  dans  la  suite  de  tons  les  siecles  (Luc.  I,  48). » 
i  in1  sunt  [las  la  les  paroles  il'une  personne  qui 
pleure,  ou  qui  tremble,  mais  qui  se  rejouit.  11  re- 
garde  pareillemenl  ici  l'Epouse  et  elle  ne  tremble, 
ni  ne  pleure  pas  comme  saint  Pierre,  parce  qu'elle 
n'est  point  attacb.ee  a  la  terre  comme  il  1  etait  alors. 
Mais  il  remplit  son  cceur  de  joie,  et  lui  temoigne 
parses  paroles  dans  quels  sentiments  d'amour  il  la 
reg  irde. 

3.  Ecoutez,  en  eflfet,  si  ce  qu'il  lui  dit  n'est  pas 
plutdt  dicte  par  I'amour  que  par  la  colore  :  «  Le- 
vez-vous,  hatez-vous,  ma  bien-aimee,  ma  colombe, 
ma  belle,  et  venez  (Cant.  II,  10).  »  Heureuse  L'&me 
qui  merite  d'enlendre  de  semblables  paroles.  Groyez- 
vous  qu'il  y  ait  quelqu'un  parmi  nous  qui  veille  et 
observe  assez  le  temps  oil  il  doit  etre  visite  et  exa- 
mine ivei  '  d'exactitude  lesdemarcb.es  et  les 
mouvements  de  l'Epoux,  pour  lui  ouvrir  des  qu'il 
vient  et  qu'il  frappe?  Car  ces  cboses  ne  sont  pas 
tellement  propres  a  l'Eglise,  que  cbaeuu  de  nous, 
qui  tous  ensemble  composons  cette  meme  Eglise, 
ne  doive  participer  aussi  a  ces  benedictions.  Tous 
taut  que  nous  sommes,  soit  en  general,  soit  en  par- 
ticulier,  nous  ne  sommes  appeles  que  pour 
recevoir  les  benedictions  de  Dieu,  comme  l'beritage 
qui  nous  est  propre.  D'o'.i  vient  que  le  Propbete  a 
ose  dire  au  Seigneur  :  «  J'ai  acquis  vos  temoign 
eomnie  la  portion  nereditaire  que  je  veux  posseder 
jusqu'a  la  tin  de  ma  vie,  parce  qn'ils  sont  la  joie  de 
mon  cceur  (Psal.  cxvm,  ill).  »  11  parlait  sans  doute 
de  cette  portion  d'heritage  par  laquelle  il  s'estimait 


II  faut  ro< 
tnorqnei  ■ 
?oin  le  tea 

dc  la  visit 
de  ltieu. 


earn  tremere  :  cum  e  regione  respexerit  Mariam,  et 
infuderit  graliam.  Respexit,  ait,  humilitatem  anciUcesua, 
ecce  enim  ex  hoc  beatam  me  dicent  omnes  generationes. 
Non  sunt  lure  verba  ploinnlis  ant  trepidantis,  sed 
gaudentis.  Respexit  similiter  hoc  loco  Sponsam,  et 
nee  Iremuit  ilia,  nee  lie v  il  ad  instar  Petri,  quia 
non  sapiebat  terrain  ,  sicut  ille  :  dedit  vero  UbK- 
liam  in  corde  ejus,  attain  teslificans,  quo  earn  respexerit 
affectu. 

3.  Denique  verba  qua!  loquitur,  audi  quam  non  indi- 
gnaulis  sint,  sed  amantis.  Sequitur  :  Surge,  propera 
oolumba  mea,  formosa  mea.  Felix  conscien- 
tia,  quae  de  se  i  ita  meretur  audire  !  Quis  putas  in  nobis 
est  adeo  vigilans  el  observans  lempus  visitationis  suae, 
Sponsumquc  advenlaniem  ita  per  singula  ejus  momenta 
diligcnier  explorans,  ul  cum  venerit  et  pulsaverit,  con- 
festim  aperiat  ei  V  Non  enim  sic  istu  de  Ecclesia  refe- 
niniur,  ut  non  singuli  nos,  qui  simiil  Ecclesia sumus, 
participate  bis  ejus  benediotionibus  debeamus.  Etenim 
in  hoc  generaliter  omnes  atque  indifferenter  vocati  su- 
mus, ut  benedictiones  baereditate  possideamus.  Undo  el 
audebat  dicerc  ad  Dominnm  quidam  :  Hcereditate  ocqui- 
wi  i  testimo  mm,    quia    i  a  i  ultatio 

mei  sunt ;  ilia  pulo  haereditale,  qua  se  esse  praesumebal 
filium  Patris  sui,  qui  est  in  ccelis.  Poiro  si  (Ilium,  et 
haeredem;    ha?redcm    Dei,   cohasredem    autem   Chri-ti. 


CINQUANTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


423 


els  son 
te'mnigna- 

de  la 
ifite  de 

Dieu. 


Cls  de  son  Pere  qui  est  dans  les  cieux.  Or  s'il  etait 
fils,  il  s'ensuit  qu'il  etait  heritier,  heritier  de 
Dieu  et  coheritier  de  Jesus-Christ.  Mais  il  se  glori- 
fie  d'avoir  acquis  une  chose  bien  precieuse  par  cet 
heritage,  les  temoignages  de  Dieu.  Pliit  a  Dieu  que 
j'en  pusse  avoir  seulemeut  lin  seul,  tandis  qu'il  se 
rejouit  d'en  avoir  plusieurs.  Car  il  dit  encore  : 
«  J'aitrouve  autantde  delices  dans  vos  temoignages, 
que  les  autres,  dans  la  possession  de  toutes  les  ri- 
chesses  du  inonde  (Psal.  cxviu,  14).  »  Et,  eneffet, 
qu'est-ce  que  les  richesse  du  salut,  les  delices  du 
cceur,  la  vraie  securite  de  l'ame,  sinon  le  temoi- 
gnage  que  lui  rend  le  Seigneur  ?  Car,  comme  dit 
l'Apfitre  :  «  Ce  n'est  pas  celui  qui  se  rend  temoi- 
gnage  asoi-meme  qui  est  vraiment  estimable,  mais 
c'est  celui  a  qui  Dieu  rend  temoignage  (II  Cor. 
x,  17). » 

U.  Pourquoi  nous  privons-nous  de  ces  temoigna- 
ges divins,  et  de  cet  heritage  paternel?  Car  nous  ne 
noussouvenons  pas  plus  qu'il  nous  ait  rendu  temoi- 
gnage en  quoi  que  ce  soit,  que  s'il  ne  nous  avait  pas 
egalement  engendres  par  la  parole  de  la  verite.  Ou 
est,  en  effet,  ce  que  dit  saint  Paul :  «  Que  l'esprit  de 
Dieu  lui-meme  rend  temoignage  a  notre  esprit  que 
nous  sommes  les  enfants  de  Dieu  (Rom.  vm,  16)  ?  » 
Comment  sommes-nous  ses  enfants,  si  nous  n'a- 
rons  point  de  part  a  son  heritage?  Notre  "pauvrete 
nous  convainc  de  negligence  et  d'incurie.  Car  si 
quelqu'un  de  vous  a  le  cotur  pur,  s'applique  a  cher- 
cher  le  Seigneur  qui  l'a  cree,  se  tient  en  la  pre- 
sence du  Tres-Haut  pour  lui  offrir  ses  prieres,  et 
tend  de  tous  ses  vceux  a  preparer  les  voies  du  Sei- 
gneur, selon  le  prophete  lsaie,  et  a  rendre  droits  les 
sentiers  de  son  Dieu  (Isa.  xl,  3)  en  sorte  qu'il  puisse 


dire  avec  un  autre  prophete  :  «  Mes  yeux  sont  tou- 
jours  tournes  vers  le  Seigneur  (Psal.  xxiv,  15),  et, 
je  considerais  le  Seigneur  comme  etant  toujours 
present  devant  moi  (Psal.  xv,  8) ;  »  celui-la  ne  re- 
cevra-t-il  pas  la  benediction  du  Seigneur,  et  la  mi- 
sericorde  du  Sauveur  son  Dieu  ?  11  en  sera  sans 
doute  visile  souvent,  il  n'ignorera  jamais  le  temps 
oil  il  doit  letre,  si secretement,  si  furtivement  qu'il 
puisse  venir,  comme  un  amant  plein  de  pudeur  et 
de  retenue.  L'ame  done  qui  est  vigilante  le  verra 
venir  de  loin  avec  un  esprit  degage  de  tout  autre 
soin,  et  ensuite  elle  remarquera  toutes  les  choses 
que  nous  avons  fait  voir  que  l'Epouse  a  remarquees 
avec  tant  d'industrie  et  d'exactitude  a  l'arrivee  de 
son  bien-aime ;  car  il  dit  lui-meme,  que  ceux  qui 
se  leveront  de  grand  matin  pour  le  chercher  le 
trouveront  (Prov.  vm,  17).  Elle  reconnaitra  le  de- 
sir  ardent  de  l'Epoux,  qui  a  hate  d'arriver  lorsqu'il 
sera  proche  ou  present,  elle  l'apercevra  aussit&t, 
quand  il  la  regardera,  elle  vivra  d'un  ceil  heureux 
cet  ceil  divin  comme  un  rayon  de  soleil  qui  entre 
par  les  fenetres  et  par  les  fentes  de  la  muraille ;  et 
enfin  elle  entendra  des  paroles  de  joie  et  d'amour, 
lorsqu'il  l'appellera  sa  bien-aimee,  sa  colombe  et 
sa  belle. 

5.  Oil  est  le  sage  qui  aura  l'intelligence  de  ces  Les  hommes 
choses,  qui  les  distinguera,  les  designera  chacune    Pieul  on' 
en  particulier,  les  expliquera,  et  les  fera  entendre  cacher  avec 
aux  autres?  Je  vois  bien  que  vous  attendez  cela  de  sin'guiiers  de 
moi.  J'aimerais  bien  mieux  l'apprendre  moi-meme 
d'hommes  qui  en  auraient  l'experience  et  qui  se- 
raient  accoutumes  et  exerces  en  ces  choses.  Mais, 
parce  que  ceux-la  aiment  mieux  ordinairement  ca- 
cher, par  un  silence  modeste,  ce  qu'ils  ont  appris 


Dieu. 


Magnam  vera  rem  gloriatur  se  acquisivisse  haeredilate 
ista,  teslimonia  Domini.  Ulinam  ego  de  me  vel  uniira 
meruerim  tenere  testimonium  Domini !  quia  is  nun  in 
uno,  sed  in  mullis  cxsultat  lestimoniis.  Denique  ait  ile- 
rum  :  In  via  testimoniorum  tuorum  de/eclatus  sum,sicut 
m  omnibus  dioitih.  Et  revera  quid  divitiae  sahitis,  quid 
delicicE  cordis,  quid  anima?  vera  et  canta  securitas, 
nisi  Domini  atlestaliones?  Nou  enim,  inquit,  qui  seip- 
tvm  commendat,  tile  probatus  est,  sed  quern  Dens 
commendat. 

i.  Utquid  nos  hactenus  adhuc  fraudamur  commenda- 
tionibus  seu  atteslationibus  his  divinis,  et  paterna  baere- 
ditale  privamur?  Quasi  minimeet  nos  voluntarie  genuerit 
verbo  veritatis,  sic  in  nullo  nos  meminimus  ab  illotaliler 
commendatos,  nee  ulla  de  nobis  asseculos  teslimonia 
ejus.  Ubi  est  quod  Apostolus  dicit,  quia  ipse  spiritus 
Dei  testimonium  pei-lntiet  spiritui  nostra,  quod  filii  Dei 
siimus?  Quomodo  (ilii,  si  experles  hsereditatis?  Arguit 
nos  pro  certo  negUgenliae  el  incurhe  ipsa  inopia  nostra. 
Nam  si  quis  noslrum  integre  et  perfecte,  juxta  verbum 
sapientis,  cor  suum  tradat  ad  vigilandum  diluculo  ad 
Dominum  qui  fecit  ilium,  et  in  conspectu  altissimi 
deprecetur,  simulque  votis,  omnibus  studeal  secundum 
Isaiam  prophetam  parape  vias  Domini,  rectas  facere 
•emilas  Dei  sui,  cui  cum  propheta  sit  dicere,    Oculi  mei 


semper  ad  Dominum  ;  et  quia  providebam  Dominum  in 
conspectu  meo  semper  :  nonne  hie  accipiet  benediciionem 
a  Domino,  et  misericordiam  a  Deo  salutari  suo?  Visita- 
bitur  profecto  frequenter,  nee  unquam  ignorabit  tempus 
visilationis  suae,  quantumlibet  is  qui  in  spiritu  visilat, 
clandestinus  veniat  et  furtivus,  utpote  verecundusamator. 
Adhuc  ergo  longe  agentem  bene  vigilans  anima  sobria 
mente  prospiciel,  et  deinceps  univeisa  coniperiet,  qua? 
in  dilecti  adventu  Sponsam  tam  solerler,  quam  signan- 
ter  advertisse  monstravimus,  quia  ipse  ait  :  Qui  mane 
vigilaverint  ad  me,  invenient  me.  Nam  et  desiderium 
festinanlis  agnoscet  :  et  quando  prope ,  et  quando 
praesto  jam  erit,  continuo  senliet;  sed  el  respicientis  se 
oculum,  quasi  solis  radium  per  fenestras  et  rimas  parie- 
tis  subeuntem,  beato  oculo  cernet;  et  demum  audiet, 
voces  exsultationis  et  amoris,  appellala  arnica,  columba 
formosa. 

5.  Quis  sapiens  et  intelliget  ha?c,  ila  ut  eaetiamdigne 
ab  invicem  distinguere,  et  designare  singula  queat,  ac 
diffinire  ad  intelligentiam  aliorum  ?  Si  a  me  illud  spe- 
ratur,  ego  ea  mallem  ab  experto  audire,  et  qui  assuetus 
sit  et  exercitatus  in  talibus.  At  quoniam  quisque  qui 
hujusmodi  est,  verecunde  magis  silentio  abscondere  eli- 
git  quod  silentio  percipit,  et  servare  secrelum  suum  sibi, 
id    sibi  tutius  arbitratur  :  dico  ego,  cui  ex  officio    loqui 


U1U 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


dans  le  silence,  et  estimeul  plus  sur  de  garder  leur  veillance  preparenl  le  cbemiu  a  celui  qui  nionte  sur 

secret  pour  eux  ;  moi,  que  le  devoir  de  ma  charge  l'Occident,  comme  parle  le  Prophete.  C'est  un  favo- 

oblige  a  parler,  el  a  qui  il  n'e-t  pas  perrais  de  me  rable  Occident,  que  celui  oil  l'homme  demeure  de- 

taire.  je  vous  dirai  tout  ce  que  je  sais  sur  ce  sujet  bout  par  la  correction  que  le   juste  lui  fait,  et  le 

ou  par  ma  propre  experience,  ou  par  celle  des  au-  vice  tonabe  par  terre,  tandis  que  le  Seigneur,  le 

tres,  el  di  -  s  seulement  que  plusieurs  pour-  foule   aux   pieds  et  le  brise  pom-  qu'il  ue  se  re- 

ront  facilement  eprouver  eux-meines,  laissanl  celles  love  plus.  11  ne  Caul  done  pas  rejeter  les  repriman- 

qni  sunt  plus  sublimes  a  ceux  qui  les  peuvenl  com-  des  du  juste,  puisque  c'est  la  ruine  du  peche,  la 

Indicts  da  la  prendre.  Si  done  je  suis  averti,  soit  au  dehors  par  saute  du  cceur,  el  nieme  la  voie  de  Dieu  vers  Time. 

*jj,**     lln  nomme,  soit  au  dedans  par  le  Sainl-Esprit,  de  En   general,  il  ne  taut  negliger  aucun  discours  edi- 

i» les  bonnes  defendre  la  justice  et  de  garder  l'equite,  je  consi-  hunt  sur  la  piete,  sur  les  vertus  et  sur  les  bonnes 

inspirations,    j-  •  ,        .  x  f 

dererai  ce  conseil  salulaire  comme  un  messagerde  mceursj  car  ce  sunt  autant  ue  cheiuins  par  oil  la 

la  venue  de  l'Epoux  el  comme  une  espece  de  pre-  grace  salutaire  de  Dieu  vient  en  nous.  Si  les  dis- 

paralion    pour   recevoir  digiicment    un    si    grand  c°urs  que  nous  entendons  uoussoutdouxet  agrea- 

h6te.  C'est  le  Prophete  qui  m'apprend  cela,  quand  bles,  et  que  nous  les  ecoutions  sans  degoiit  et  nieme 

il  dit  :   «  La  justice  marchers  devant  lui  (Psal.  avec ardour,  nous devons croire que,  nou-seulement 

lxxxiv,  la  ,»  et,  en  parlanta  Dieu  :  a  La  justice  et  l'Epoux  vient,  mais  qu'il  se  hate,   e'est-a-dire  qu'il 

l'equite  preparent  voire  trdne  [Psal.  lxxxyhi,  15:. »  vient  avec  dfair  d'arriver  bienldt.  Cur  c'est  son  de- 
Je  concevrai  encore  la  nieme  esperance,  si  j'entends 
parlor  de  l'humilile,  de  la  patience,  de  la  charite 
fraternelle,  de  l'obeissance  due  aux  superieurs,  et 
surtout  de  la  uecessi'.e  de  cultiver  la  sainlete,  de  re- 
chercher  la  paix  et  la  purete  du  cceur.  Car  l'Eeri- 
ture  dit  :  «  La  saintete  sied  bien  dans  la  maison  du 
Seigneur  [Psal  xcu,  5);  »  et  ailleurs  :  «  11  a 
etabli  sa   demeure   dans    un    lieu   de  paix  (Psal. 


3°  Une 
eihorlalion. 


sir  qui  produit  le  voire,  et  quand  vous  avez  bite  de 
recevoir  ses  paroles,  cela  vient  do  ce  qu'il  se  hate 
d'entreren  vous.  «Ce  n'est  pas  nous,  dit  saint  Jean, 
qui  l'avons  aime  les  premiers,  mais  c'est  lui  qui 
nousaprevenus(l  Juan,  iv,  10j.»  Si  vous  sentez  que 
sa  parole  soit  eiitlammee,  et  quelle  vous  bride  au 
dedans  par  le  souvenir  de  vos  peeb.es,  pensez  alors 
a  celui  dont  l'Ecrilure  dit  :  «  Le  feu  marchera  de- 


4.  La  com- 
ponction. 


lxxv,  3);»  et  enfin  :  «  Les  cceurs  purs  ainient  vant  lui  [Psal,  xevi,  3),  »  et  ne  doulez  point  qu'il 
Dieu  [MaUh.  v,  8).  »  Aiusi,  tout  ce  qui  me  sera  ne  soit  proche.  «  Car  le  Seigneur  est  proche  de  ceux 
suggere  de  ces  vertus  ou  d'autres,  me  sera  une    qui  out  le  cceur  conlrit  (Psal.  xxxin,  19).  » 


5«  La  repri- 
mande. 


marque  que  le  Seigneur  des  vertus  s'approche  pour 
visiter  mon  ame. 

6.  Si  le  juste  me  reprend  avec  bonte,  et  me 
corrige  pour  le  bien,  j'aurai  encore  le  meme  sen- 
timent, sacbant  que    le    zele    du   juste  et  sa  bien- 


7.  Mais,  si  sa  parole  ne  vous  touche  pas  seule- soLaconver- 
ment  de  componction,  mais  vous  convertil  entiere-        *ion- 
ment  au   Seigneur,  et  vous  fait  prendre  une  forte 
resolution  de  garder  les  arrets  de  sa  justice,  sachez 
qu'il  est   lui-meme  present,  surtout  si  vous   vous 


esl,  nee  lacere  licet,  qnidquid  illud  est  quod  de  hujus- 
modi  vel  propiio,  vel  alieno  leneo  experiinento,  et  quod 
facile  experiri  plures  queunt,  sane  altiora  lelinquens 
apprehendere  ilia  valentibus.  Si  igitur  admonitus  fuero, 
vel  foris  ab  homine,  vel  intus  a  spiritu,  de  tuenda  jus- 
titia  et  servanda  aequilale;  isliusniodi  salutaris  suasio 
erit  mihi  profectopraenunlia  imminentisadventus  Sponsi, 
et  prajparalio  qinedam  ad  digne  suscipiendum  supernum 
visitatorem,  Prophela  id  mihi  indicante,  dicendo,  quia 
justilia  ante  eum  ambulabii.  Et  item  loquitur  Deo  sic  : 
Justitia  el  judiciam  ,  inquit ,  prwparatio  sedis  tu/e. 
Nihilominus  vero  spes  eadem  amdebil,  si  sermo  inso- 
Duerit  de  humilitate  vel  patientia,  seu  etiam  de  fraterna 
charitale  et  obedienlia  deferenda  pradalis  :  maxime  au- 
tem  de  sectanda  sanelimonia  et  pace,  et  cordis  puritate 
quaerenda,  quoniam  quidem  Scriptura  ail  :  D  > 
Domini  decet  sanctiludo;  et,  foetus  estii  tejus; 

et,  »i'  unl.  Quidquid  itaque  sivede 

his,  sive  de  aliis  quibnslibel  virtutibus  suggestuni  anituo 
fuerit,  signilicdio,  ut  dixi,  erit  mihi,  visitationem  Domini 
virlotom  imminere  animae  mea». 

6.  Sed  et  si  corripueril  me  Justus  in  misericordia,  et 
increpaverit  me,  idipsum  sentiam,  sciens  quia  ;emulatio 
ju6ti  et  benevolentia  iter  faciunl   ei   qui  ascendit  super 


occasum.  Bonus  occasus,  cum  ad  correplionem  jusli 
stat  homo,  et  corruil  \ ilium,  el  Domious  ascendit  super 
illud,  conculcans  hoc  pedibus,  el  eonterens  ne  resuigat. 
Non  ergo  contemnenda  increpalio  jusli,  qua?  ruina  peo- 
cavi,  cordis  sanitas  est,  necnon  et  Dei  via  ad  anhnam. 
Sed  nee  ullus  onuiino  sermo,  qui  a;dificet  ad  pietalem, 
ad  virtutes,  ad  mores  optiinos,  negligenfer  est  audien- 
dus  :  quoniam  et  illic  iter  quo  ostenditur  salulare  Dei. 
Quod  si  sermo  gratus  venit  et  placitus  *,  quatenus  pulso  •<,;.  placidui. 
faslidio  cum  desiderio  audiatur  :  jam  non  modo  venire 
Sponsus,  sed  et  accelerare,  id  est  cum  desiderio  venire, 
credendus  est.  lllius  namque  desidciiuni,  luum  crcat ; 
et  quod  tu  ejus  properas  sermonem  admilteie,  inde  est 
quod  ip>e  feslinat  intrare.  Non  enim  nos  eum,  sed  ipse, 
inquit,  p  i  .  Jam  si  etiam  igniluni  eluquium, 

senlis,  atque  ex  co  conscientiam  uii  in  rccordatione 
peccati  ;  recordare  tunc  de  quo  Scripture  dieil  . 
quia;y  det;  el    ipsinn    propc    esse 

non  dubites.  Denique  juxta  est  Dominus  his  qui  tribulalo 
irde. 
'.  Si  vero  non  solum  compungeris  in  sermone  illo, 
sed  et  cooverleris  tutus  ad  Dominum,  jurans  et  statuens 
cuslodire  judicia  justitiie  ejus  :  eliam  adesse  ipsum  jam 
noveris,  prussertim  si  le  inardescere  senlias  amore  ejus. 


CINQUANTE-SEPTIEME  SERMON   SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  425 

sentez  embrase  de  son  amour.  Car  vous  lisez  en     a  la  fois  pour  notre  propre  satisfaction  et  pour 

La  feu  de    mjme  temps  dans  l'Ecriture,  et  que  le  feu  marche    t'edilieation  du  ]>rochain;  or,  c'est  la  un  effet  de 

double.      devant  lui,  et  que  lui-rneme  est  un  feu,  puisque     l'oeil  de  l'Epoux  qui  vous  regarde,  et  qui  fait  briller 

Molse  dit  de  lui  qu'il  est  un  feu  devorant  (Deut.  iv,     voire  justice  comme  une  lumiere  eclatante,  et  voire 

24).  Or,  il  y  a  cette  difference  entre  ces  deux  feus,    equite  comme  le  soleil  du  midi,  selon   celte  parole 

que  celui   qu'il  envoie  devant  lui   a  de   L'ardeur,     du  propbete  Isn'ie  :  «  Voire  lumie re  sera  aussi  etin- 

mais  n'a  point  d'arnour,  il  brule,  mais  il  n'embrase     cclantc  que  celle  du  soleil  (Isa.  lviii,  30).  »  Mais  le 

Difference    pas;  il  meut,  mais  il  n'emporte  pas.  Dieu  ne  l'envoie     rayon  d'une  si  grande  clarte,  au  lieu  d'eutrer  par 

6  foox.       que  pour  vous  exciter  et  vous  preparer,  et  aussi  pour     la  porie,   penelre   par   de   petites  ouverlures;   du 

moins  lant  que  la  muraille  ruineuse  de  votre  corps 
sera  encore  di  bout.  Vous  vous  abusez  si  vous  espe- 
rez  que  cela  se  fasse  autremenl,  a  quelque  purete 
de  coeur  que  vous  puissiez  arriver,  puisque  le  grand 
contemplatif  a  dit :  «  Nous  ne  le  voyons  maintenant 
que  comme  dans  un  miroir  et  sous  des  voiles,  mais 
alors  nous  le  verrons  face  a  face  (1  Cor.  xm. 
12).  ». 

9.  Apres  ce  regard  de  l'Epoux,  si  plein  de  bonte 
et  de  misericorde,  vient  la  voix  qui  insinue  d'une 
maniere  douce  ou  agreable  la  volonle  de  Dieu, 
laquelle  se  confond  avec  l'amour  meme,  qui  ne 
pent  el  re  oisif,  mais  sollicile  sans  cesse  le  cceur  a 
faire  ce  que  Dieu  desire.  Aussi  dit-il  a  l'Epouse  de 
se  lever  et  de.se  hater  (Cunt  u,  10),  sans  doule  pour 
gagner  des  ames  a  son  service.  Car  la  veritable  et 
purecontemplation  a  cela  de  propre,  que  celui  quelle 
embrase  du  feu  divin,  estrempli  quelquefois  d'un 
zele  et  d'un  desir  si  grands  d'acquerir  a  Dieu  des 
personnesqui  l'aiment  autant  qu'il  abandonne  vo- 
lontiers  lacontemplationpour  la  predication.  Etapres 
qu'il  a  ainsi  en  partie  contente  sesdesirs,  il  relourne 
a  lacontemplalioi)  avec  d'autant  plus  d'ardcnrqu'il 
se  souvient  de  l'avoir  quittee  avec  plus  de  fruit,  et 
de  meme  apres  avoir  goiite  les  delices  de  laconlcrn- 


vous  faire  connaitre  ce  que  vous  etesde  vous-meme, 
afln  que  vous  goutiez  avec  plus  de  plaisir  ce  que 
vous  serez  bientot  par  la  grace  de  Dieu.  Mais  le  feu 
qui  est  Dieu  memo  consume,  il  est  vrai,  mais  ne 
cause  point  de  douleur;  il  brule  doucement,  il  de- 
truit  beureusement.  Car  il  est  vraiment  le  cbarbun 
destructeur  dont  parle  le  roi  Propbete ;  mais  un 
cbarbon  qui  en  meme  temps  qu'il  agit  sur  les 
vices,  tient  lieu  d'onction  a  fame.  Heconnaissez 
done  la  presence  du  Seigneur  dans  la  verlu  qui 
vous  change  le  cceur,  et  dans  l'amour  qui  vous  en- 
flamme.  Car  c'est  la  droite  du  Seigneur  qui  opere 
les  verlus  (Paul,  cxvu,  16).  D'ailleurs,  ce  cliange- 
ment  qui  est  un  coup  de  la  droite  du  Tres-Haut,  ne 
se  fait  que  par  laferveurdel'Espritet  par  une  charite 
exempte  de  Dction,  en  sorte  que  celui  qui  en  res- 
sent  la  vertu  peut  dire  :  «  Mon  cceur  s'est  echanffe 
au  dedans  de  moi,  et  le  feu  qui  me  devore  s'aug- 
mente  dans  mes  meditations  (Psal.  xxxvui,  4).  » 

8.  Or,  quand  ce  feu  a  consume  toute  l'impurete 
du  peche  et  toutes  les  souillures  du  vice,  puritie  et 
calme  votre  conscience,  vous  sentez  une  soudaine 
et  extraordinaire  dilatation  du  cceur,  et  l'infusion 
d'une  lumiere  qui  eclaire  voire  esprit,  soit  pour 
1'intelligence  de  l'Ecriture,  soit  pour  la  penetration 
des  mysteres,  ce  qui  nous  est  donne,  je  pense,  tout     plation,  il   se  remet  avec  son  allegresse  habituelle, 


lu-iuuation 

de  la  vo- 

lontu  de 

Dieu. 


Force  el 
nulure  de 

la  vraie 
contempla- 
tion. 


AUernatWes 

de  contem- 

plaliun  et 

d'aclion. 


Elenim  utrumque  de  illo  legis,  et  ignem  videlicel  ante 
ipsum  praecedere,  et  ipsum  nihilominus  igneni  esse. 
Moyses  siquidem  de  illo  dicit,  quia  ignis  consumens  est. 
DilTenint  auteni,  quod  is  qui  prasmittitur  ignis  ardorem 
habel,  sed  non  amorem  :  coquens,  sed  non  excoquens  ; 
movens,  nee  promovens.  Tantura  ad  excitandum  prue- 
miltitur  et  praeparanduin,  simulque  ad  commonendum, 
quid  ex  te  sis,  quo  dulcius  sapiat  poslmodum  quod 
ex  Deo  mox  ei'is.  At  vero  ignis  qui  Deus  est,  consumit 
quidem,  sed  non  affligit  :  ardet  suaviter,  desolatur  feli- 
ciler.  Est  enim  vere  carbo  desolalorius  :  sed  qui  sic  in 
vitia  exerceat  vim  ignis,  ut  in  anima  vicem  exliibeat 
unctionis.  Ergo  in  virtute  qua  immutaris,  et  in  amore 
quo  inflammaris,  Dominum  praesenlem  intellige.  Nam 
dextcra  Domini  facit  virtu  tern.  Non  aulem  fit  base 
mutatio  dexterae  Excclsi,  nisi  in  fervore  spiritus,  et  in 
clmrilale  non  ficla,  ita  ut  dicat  qui  hujusmodi  est  :  Con- 
caluit  cor  meum  intra  me,  et  in  meditatione  mea  exar- 
descit  ignis. 

8.  Porro  hoc  igne  cousumpta  omni  labe  peccati,  et 
rubigine  vitiorum,  si  jam  emnndata  ac  serenala  cons- 
cientia  sequatnr  subila  quaedam  alque  insolita  lalitudo 
mentis,  et  infusio  luminis  illuminantis  intellectual  vel 
ad  scientiam  scripturarum,  vel  admysteriorumnotitiam, 


quorum  alteram  propter  nos  oblectandos,  alteram  prop- 
ter aedificandos  proximos  reor  dari  :  oculus  rcspicientis 
procul  dubio  est  iste,  educens  quasi  lumen  justiliam 
tuam,  et  judicium  tuum  lanquam  meridiem,  juxta  illud 
prophets  Isaia?  :  Orietur,  inquit,  tanquam  sol  lux  tua, 
elc.  Sod  sane  non  per  ostia  aperta,  sed  per  angusta 
foramina  is  tant<e  claritatis  radius  se  infundct,  slante 
adhuc  duntaxat  hoc  ruinoso  pariete  corporis.  Erras  si 
abler  speras,  ad  quantamcunque  cordis  prolicias  pirMa- 
torn,  cum  illc  prteiipuus  conlemplalor  dicat  :  Vulemu's 
nunc  per  speculum  et  in  cenigmate,  tunc  aute/n  facie  ad 
faciem. 

9.  Post  hunc  tanl*  dignationis  ac  miserationis  respec- 
lum,  sequitur  vox  blande  et  leniter  divinam  insinuans 
volunlatem,  qua?  non  est  aliud  quam  ipse  amor,  qui 
oliosus  esse  non  polest,  de  his  quae  Dei  sunt  sollicitans 
ct  suadens.  Dcnique  audit  Sponsa,  nl  surgal.  etproperet, 
haud  dubium  quin  ad  animarum  lucra.  Hoc  siquidem 
vera  et  casta  conlemplatio  habet,  ut  mcnlem,  quam 
divino  igne  vehementer  sticcenderit,  tanto  inteidum 
rcpleat  zelo  et  desiderio  acquirendi  Deo  qui  eum  simi- 
liter diligant,  ut  otinm  contcmplationis  pro  sludio  prcr- 
dicalionis  libcnlissime  intermitlat  :  et  rursum  p  'ita 
votis  aliquatenus  in  nac  parte  tanto   ardentius   rnlcut  in 


420 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


a  faire  de  nouveaux  gains spirituels.  Cependanll'.'ime  prie  pour  ses  fautes  et  ne  cesse  d'attirer  sur  elle 
Qotte  souvent  au  milieu  tic  cos  vicissitudes,  con-  sa  miscrieorde  divine.  Enfin,  e'est  avec  raison  en- 
tinuelles,  el  apprchende,  tandis  quelle  est  eiitraince     core  qu'il    la   nomme  belle,    puisquc,  brulant  des 


ca  et  la  par  la  diversity  de  ces  mou\ements,de  s'at- 
tacher  a  l'un  ou  a  l'autre  plus  qu'il  ne  faudrait, 
et  de  se  detourner  tant  soil  peu  de  ce  que  Dieu 
demande  d'elle.  C'est  peut-etre  ee  qui  fai. 
sait  dire  au  saint  homme  Job  :  «  Lorsque 
je  dors,  jedis  en  moi-meme,  quand  me  leverai-je? 
et  lorsque  je  suis  leve,  j'attends  le  soir  avec  unpa- 


id priore  est 
Deeeg 

dan*  ic*  cas, 


desirs  celestes,   elle  se   revet  de  la  beaute   d'uue 
contemplation  sublime. 

10.  Peut-etre  meme  pourrait-on  trouver  un  rap- 
port fort  raisonnable  avec  ce  triple  bien  que  pos- 
sible one  meme  aine,  et  ces  trois  personnes  de 
I'Evangile  qui  demeuraient  dans  une  meme  mai- 
son,  et  qui  etaient  les  amies  intimes  du  Sauveur. 


tience  (Job  vn,  ti).  »  C'est-a-dire,  lorsque  je  suis  en  Je  veux    parler  de    Marlhe,  de   Marie  et  de  Lazare. 

repos,  je  m'accuse  d'avoir  neglige   Le  travail,  et  Cur  Marlhe  servait,  Marie  vaquait  a  la  contempla- 

lorsqueje  suis  oceupe,  je  m'accuse  d'avoir  trouble  tiou,   et  le  Lazare  gemissait  sous  la   pierre  de  sa 

mon  repos.  Voyez-vons  quelle  peine  ce  saint  homme  tombe,  et  demandait  avec  instance  la  grace  de  la 

souflre  dans  l'incertitude  ou  il  est  de  savoir  com-  resurrection.    Cela  soit  dit   pour    faire    entendre 

bien  de    temps    il  doit  employer    soit  a  faction,  pourquoi  1'Ecriture  represente  l'Epouse  si  glorieu- 

soit  a  la  contemplation ?  Et  quoique  il  soit  toujours  se  et  si  vigilante  a  observer  tous  les  pas  de  l'Epoux, 

dans  L'exercice  des  bonnes  ceuvres,  il   ne  laisse  pas  quelle  remarque  ponctuellement  quand     il    vient  a 

de    se  repentir   toujours  de  ce  qu'il  a  fait    comme  elle,    et  avec  quel  e:npressement  il  marche,  s'il  est 

s'il  avait  mal  fait,  et  de  ehercher  a  chaque  moment  loin,    s'il  est  proehe,  s'il  est  present,  en  sorte  que. 

la  volonte  de  Dieu  avec   gemissemeuts   et  avec  lar-  quelque  diligence  qu'il  fasse,  il  ne  la  saurait  jamais 

mes.  Or,  dans  ces  rencontres,  l'unique  remede   est  surprendre,  et  pourquoi  enfiu,  elle  merite  uon-seu- 

Toraison   et    les  frequents   soupirs  qu'on  adresse  a  lemeut  qu'il  la  regarde  favorablement,  rnais  meme 

Dieu,   aflu   qu'il  daigne    nous  faire  connaitre  ce  qu'il  la  rejouisse  par  des  paroles  douces   et  amou- 

qu'il  desire  que  nous   fassions,  quand   et  combien  reuses,  et  que  la  voix  de   son  Epoux  remplisse  son 


de  temps  il  veut  que  nous  le  fassious.  II 
y  a  trois  choses  a  savoir  :  la  predication,  l'orai- 
son,  et  la  contemplation,  marquees,  comme  je 
crois,  dans  les  trois  paroles  de  l'Epoux.  Car  c'est 
a  bon  droit  qu'il  appelle  l'Epouse  sa  bien-aimee,  elle 
travaille  en  etfet  bien  lidelement  pour  ses  interets, 
en  prechant,  en  donuaut  des  conseils  au  prochain, 
on  en  le  servant.  C'est  encore  tres-justement  qu'il 
[•appelle  sa  colombe,  car  elle  gemit  dans  l'oraison, 


ame  d'allegresse. 

11.  Nous  avons  ajoute  peut-etre  avec  une  cer- 
laine  hardiesse  que  toute  ame  qui  veillera  comme 
l'Epouse,  sera  aussi  saluee  de  l'Epoux  du  nom  de 
bien-aimee,  sera  consolee  comme  colombe  ,  sera 
cmbrassee  comme  sa  belle.  Tout  homme  sera  re- 
pute parfait,  quandsoname  reunira  ces  trois  choses, 
gemir  sur  soi,  se  rejouir  en  Dieu,  servir  son 
prochain,   et  se   montrer    ainsi  lui-meme  agrea- 


idipsum,  quanto  se  I'ructuosius  inlermisisse  meminerit; 
et  item  sumplo  contemplationis  gustu,  valentius  ad  con- 
quirenda  lucra  solita  alacritate  rccurrat.  Caeterum  iuler 
has  vicissitudines  plerumque  mens  llucluat,  metuens,  tt 
vehemenler  exaestuans,  no  I'orle  alteri  horum,  dum  suis 
affectionibus  nine  inde  distrahitur,  plusjusto  inhaereal; 
et  sic  in  utrolibel  vel  ad  modicum  a  divina  deviet  vo- 
untate.  Et  fortasse  talc  abquid  sanclus  Job  patiebatur, 
cum  dicerel  :  Si  dormiero,  dico,  quando  consurgam?  et 
rurstim  exspectabo  vesperam.  Hoc  est,  et  quietus,  ne- 
glecli  operis ,  et  occupatus,  perturbatae  nibilominus 
uietis  me  arguo.  Videa  virum  sanctum  inter  I'ruclum 
operis,  et  somnum  conteruplationia  graviter  a>stuare  :  et 
in  bonis  licet  semper  vcrsantem,  semper  tamen  quasi  de 
mnlis  poenitenUam  agere,  et  Uei  cum  gemitn  momentis 
singulis  inquirere  volontatem.  Unicum  quippe  in  bujus- 
modi  rcmeditim  seu  rcfugium  oratioest,  et  frequens  ge- 
mitus  ad  Deum  :  ut  quid,  quando,  et  quatenus  nos  fa- 
cere  velit,  assidue  nobis  demonstrate  dignelur.  Habes, 
ut  ego  opinor,  Iria  haec,  idest  prnsdicationem,  orationem, 
contemplationem,  in  Iribus  commendnta  et  designate 
vocabulis.  Etenim  merito  nmka  dicilnr,  qua  Sponsi 
lucra  studiose  ac  (Ideliter  praedicando,  consulendo,  mi- 
nistrando  conquirit.  Merito   columba,    quae  nibilominus 


pro  suis  delietis  in  orafioue  gemens  et  supplicans,  divi- 
nam  sibi  non  cessat  conciliare  misericordiam.  Merito 
quoque  formnsa,  quae  ccelesti  desiderio  fulgens,  supernae 
contemplationis  decorem  se  induit,  boris  duntaxat,  qui- 
bus  commode  et  opportune  id  potest. 

10.  Sed  el  illud  vide,  si  valeat  coaptari  huic  triplici 
iinius  aniniie  bono,  de  tribus  videlicet  personis  illis  in. 
dumo  una  conimanentibus,  amicis  utique  Salvatoris,  et 
admodum  familiaribus ei.  Marlham  loquor  ministrantem, 
ct  Mariana  vacantem,  et  Lazarum  quasi  gementem  sub 
lapide,  et  resurreclionis  gratiam  flagitantem.  Hiec  dicta 
sunt  pro  eo  quod  Sponsa  describitur  adco  solers  et 
pervigil  in  observando  semitas  Sponsi,  ut  minime  earn 
latere  possit,  quandu,  et  in  quanta  festinatione  ad  se 
venial;  sed  et  quando  longe,  et  quando  prope,  et 
quando  praesens  sit ,  nulla  subitationc  prasoccupari 
valeal  til  ignoret  :  et  quia  proinde  meruerit  ,  non 
solum  rcspici  miscricorditer,  sed  et  dignanter  laetilicari 
amoris  vocibus ,  ct  gaudere  gaudio  propter  vocem 
Sponsi. 

11.  Nos  quoque  ad  haec,  quamvis  audacter,  adjecimus, 
quod  quaevis  etiam  de  nobis  anima,  si  similiter  vigilet, 
similiter  etsalulabitur  ut  arnica,  consolabitur  ut  columba, 
amplexabitur  ut  formosa.    Perfectus  omnis  repulabitur. 


CINQUANTE-HUITlE.ME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


427 


Lazare. 


ble  a  Dieu,  circonspect  envers  lui-meme,  utile  aux 
asitres.  Mais  qui  est  capable  de  ces  trois  ckoses  en- 
semble ?  Pliit  a  Dieu  que,  apres  bien  des  annees, 
elles  pussent  se  rencontrer,  je  ne  dis  pas  loutes 
ensemble  dans  chacun  de  nous,  mais  chacune  dans 
quelques-uns  de  nous.  Nous  avons  parmi  nous 
une  Marthe,  l'amie  du  Sauveur,  dans  ceux  qui  ad- 
ministrent  lidelement  les  choses  exterieures.  Nous 
Qui  sont  cem  avons  aussi  un  L izare,  une  colombe  gemissante,  en 
SitM'arih'e'  'a  Perionne  des  novices  qui,  morts  a  leurs  peches 
M-.rie  et  depuis  pen  de  temps,  travaillent  avec  geniissemeut 
et  dans  la  crainte  du  jugement  de  Dieu  a  guerir 
leurs  plaies  encore  recentes,  et,  comme  des  blesses 
qui  reposent  dans  les  tombeaux  et  d  nt  on  ne  se 
souvient  plus  du  tout,  croient  qu'on  les  a  mis  en 
oubli,  jusqu'a  ce  que  par  le  commandement  de  Jesus- 
Christ,  le  poids  de  leur  crainte  etant  leve,  com  me 
une  pierre  massive  qui  les  accablait,  ils  puissent 
respirer  dans  l'esperance  du  pardon.  Nous  avons 
aussi  une  Marie  contemplative,  en  ceux  qui,  avec  le 
temps,  par  la  cooperation  de  la  grace,  sont  arrives 
a  un  etat  plus  parfait  et  plus  agreable,  presument 
deji  de  leur  pardon,  et  ne  sont  plus  si  en  peine  de 
repasser  en  leur  esprit  la  triste  image  de  leurs  pe- 
ches, que  de  mediter  nuit  et  jour  la  loi  de  Dieu, 
sans  pouvoir  jamais  se  rassasier  d'un  plaisir  si 
doux.  Quelquefois  meme,  contemplant  avec  une 
joie  ineffable  la  gloire  que  l'Epoux  a  deconverte, 
ils  sont  transformes  en  son  image,  et  passeut  de 
clarte  en  clarte,  comme  conduits  par  le  Saint- 
Esprit.  Pour  ce  qui  est  maintenant  de  savoir  pour- 
quoi  l'Epoux  exhorte  l'Epouse  a  se  lever  et  a  se 
niter,  lui,  qui  peu  de  temps  auparavaut  avait  de- 
fendu  qu'on  la  reveillat,  nous  expliquerons  eela 
une  autrefois. Que  l'Epoux  del'Eglise,  Jesus-Christ 


Notre-Seigneur  daigne  seulement  nous  honorer 
aussi  de  sa  presence,  et  nous  decouvrir  la  raison 
de  ce  mystere,  Lui  qui  etant  Dieu  par  dessus  toute? 
choses  est  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  LVII1. 

Comment  l'Epoux  inritc  l'Epouse  c'est-a-dire  let 
hommes  parfails  a  se  charger  de  la  conduitedes  im- 
par foils.  On  doit  couper  chez  eux  le  vice  jusque dans 
sa  racine,  pour  que  les  verlus  poussent  a  la  place. 

1.  «  Levez-vous,  hatez-vous,  ma  bien-aimee,  ma 
colombe,  ma  belle,  et  venez  (Cant,  n,  10). »  Qui  dil 
cela  ?  C'est  evidemment  l'Epoux.  Mais  n'est-ce  pas 
lui  aussi  qui,  peu  de  temps  auparavant,  avait  tant 
de  soin  d'empecher  qu'on  ne  reveillat  sa  bien- 
aimee  ?  Comment  done  maintenant  lui  commande- 
t-il,  non-seulement  de  se  lever,  mais  meme  de  se 
hater  ?  11  me  vient  dans  l'esprit  quelque  chose  de 
semblable  dans  l'Evangile.  Car  la  nuit  que  le  Sei- 
gneur futlivre  aux  Juifs  apres  avoir  commande  aux 
disciples  qui  etaient  avec  lui,  et  qui  se  trouvaienl 
fatigues  de  longues  veilles,  de  dorniir  et  de  se  re- 
poser,  il  leur  dit  a  l'heure  meme  a  :  «  Levez-vous. 
allons-nous  en,  voici  celui  qui  doit  me  livrer 
qui  approche  [Matth.  xxvi,  Uo).  »  Ici  aussi,  pres- 
que  au  meme  moment  il  defend  de  reveiller 
l'Epouse,  et  il  la  reveille  :  «  levez-vous,  dit-il,  et 
venez.  »  Que  veut  done  dire  un  changement  si  su- 
bit  de  voloute  ou  de  dessein  ?  Faut-il  croire  que 
l'Epoux  ait  agi  avec  legerete,  et  qu'il  ait  commence 

a  Quelques  editions  modernes  ajoutent  a  cea  mots  t  de  ne 
lever.  Ilsman<jueot  dans  laplupartdes  aianuscritset  des  premier** 
editions  des  a-mres  de  saint  Bernard. Lateen  qoe  nous  preferoc- 
est  plus  agreable  est  plus  coulante. 


in  cujus  anirna  Iria  baec  congruenler  atque  opportune 
concurrere  videbuntur,  ut  et  gernere  pro  se,  et  exsultarq 
in  Deo  noverit,  simul  et  proximornm  ulililalibus  polens 
sil  subvenire;  placens  Deo,  cautus  sibi,  ulilis  suis.  Sed 
ad  ha?c  quis  idoneus?  Utinam  ipsa  in  nniversis  nobis. 
etsi  non  totain  singulis,  saltern  singula  in  diversis,  sicut 
hodie  haberi  videntur,  longis  reserventur  temporibus  ! 
Habcmns  et  Lazarum  ,  tanquam  columbam  gementem, 
Novitios  utique,  qui  nuper  peccatis  moilui,  pro  rccen- 
tibus  adhuc  plagis  laborant  in  gemitu  suo  sub  timore 
.judicii;  et  sicut  vulnerati  dormientes  in  sepulcris,  quo- 
rum nemo  est  memoramplius,  sic  se  non  putant  repulari, 
donee  ad  Christi  jussionem  sublato  pondere  timoris, 
tanquam  prementis  lapidis  mole ,  respirare  in  spem  ve- 
nial possint.  Habemus  quoque  Mariam  coniemplanlem 
in  illis,  qui  processu  longioris  temporis,  cooperante 
gralia  Dei  ,  in  aliquid  melius  et  laefius  proRcere  potue- 
runt,  quando  jam  de  indulgenlia  prasumentes,  non  tarn 
ire  intra  se  sollicili  sunt  tristem  imaginem  pecca- 
torum,  qnam  certe  in  lege  Dei  medilari  die  ac  nocte 
insatiabililer  delectantur  ;  interdum  eliam  revelata  facie 
gloriam  Sponsi  cum  inefl'abili  gaudio  speculantes,  in 
eamdem  imaginem  transformantur  de  claritate  in  cla- 
ritatem  .    tanquam    a   Domini   Spiritu.    Jam    ad    quid 


Sponsam  surgere  et  properare  horletur  is,  qui  paulu 
ante  defensate  visus  est  earn,  ne  dormiens  suscitaretur, 
alio  serraone  videbimus.  Adsit  ipse,  ut  et  hujus  nobi* 
sacramenli  rationem  aperire  dignetur,  sponsus  Ecclesia- 
Jesus-Christus  Dominus  noster,  qui  est  super  omnia 
Deus  beneditus  in  secula.  Amen. 

SFRMO  LVIII. 

pa  mode  Sponsus    horlatur  Sponsam,  id  est  ciros  per- 

fectos,  ad    regimen    imperfectorvm.  Item    deputations 

vitiorum  •■<  eis  facienda,  ut  virlules  s-uccrescant. 

1.  Surge,  propera  arnica  mea,  columba  mm,  formosa 
mea,  et  veni.  Quis  hoc  dicit?  Absque  dubio  Sponsus. 
Et  nonne  ipse  est,  qui  paulo  aDte  suscitari  dilectam 
tantopere  prohibebat?  Quo  paclo  ergo  nunc  non  solum 
ut  surgat,  ut  et  acceleret  jubet?  Venit  in  mentem  simile 
quid  e.v  Evangelic  Ea  quippe  nocte  qua  Dominus  tra- 
debatur,  cum  fatigatos  pi-oductioribus  vigiliis  distipulos 
qui  secum  erant,  dormire  demum  ad  requiescere  prae- 
cepisset,  in  ipsa  hora,  Surgite,  eamus,  inquit,  ecce  up- 
propinquavit  qui  me  tradet.  Nunc  quoque  simililf  une 
pene   momento  et    prohibet  suscitari  Sponsam,   et   su-- 


458 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


par  vonloir  quelque  chose  qu'il  ne  vent  plus  aus- 
situt  apres  ?  A  Dieu  ne  plaise.  Mais  reconnaissez  en 
cela  ce  que  je  vous  ai  illt  plus  d'uiie  fois  des 
alternatives  de  repos  et  d'action,  et  que,  en  cette 
vie,   la  contemplation  ne  saurait  etre  Men  tongue, 


Elle  est  aussi  nnimee  et  rendue  plus  prompte  a  faire 
ce  qui  lui  est  enjoint,  par  la  conjuncture  du  temps. 
II  est  temps,  dit-il,  d'agir,  mon  Epouse,  «  car 
i'ulver  est  passe  (Cant,  n,  11),  »  pendant  lequel 
personne  ne  pouvail  travailler,  la  iiluie   aussi  qui 


parce  que  faction  nous  presse  davantage  et  est  plus  couvrait  et  inondait  la  terre,  qui  empechait  la  cul- 

uii!e.   L'Epoux   a  son  ordinaire,   sentant   que   sa  ture,  faisait  mourir  les  Lies,  ou  ne  permeltait  pas 

bien-aimee   s'est  un  peu  reposee  sur  son  sein,  se  qu'on  fit  les  semailles,  la   pluie,  dis-je,   a  cesse, 

bate  de  la  rappeler  a  des  choses  qui  semblenl  plus  elle  est  passee,   elle  s'est  enlevee.  «  Les  fleurs  com- 

•  tires.  El  il  ne  la  lire  pas  malgre  elle,   i  ar  il  mencent  a  parallre  sur  noire  terre, »  et  marquent 

nevoudrail  pas  fa're  lui-meme,  ce  qu'il  a  defendu  sans  doute  que  le  printemps  est  venu,  qu'on  peut 


Lcdeur  est  aux  jeunes  lilies.  M.iis  pour  l'Epouse,  se  sentir  ti- 
d'tiuactioD.  nv  I'"' ' 'l-puux,  c'esl  recevoir  le  desir  d'etre  liree 

par  lui,  le  desir  des  bonnes  .envies,  le  desirde  faire 
du  fruit  pour  l'Epoux,  parce  quelle  ne  vit  que  pour 
lui,et  regarde  couime  un  pain  de  mourir  pour  lui. 
2.  Et  ce  desir  est  vehement  :  il  ne  la  presse  pas 
settlement  de  se  lever,  niuis  de  se  lever  en  tuute 
hale.  Car  il  y  a  :  «  Levez-vous,  hatez-vous,  et 
venez.  »  Mais  elle  n'est  pas  peu  encouragee  quand 
elle  eutend  son  Epoux  lui  dire  de  venir,  non  pas 
de  s*ell  aller;  parce  que    eela   lui  fait   voir  qu'elle 


travailler  commodement,  et  que  les  fruits  vont 
bienldt  merir.  Ensuite  il  ajoute  a  quoi  il  faut  tra- 
vailler d'abord,  en  disant  :  «  11  est  temps  de  tailler 
li  vigne.  L'Epouse  est  done  menee  faconner  les 
vignes.  Mais  pour  qu'elles  puissent  repondre  a 
l'esperance  des  vignerons  par  uue  plus  grande 
abundance  de  fruits,  il  est  neeessaire,  avant  tout, 
d'en  oter  les  sarmeuts  stcriles,  d'en  couper  les 
mauvais,  d'en  relraucber  les  superflus.  Voila  pour 
ce  qui  regaide  la  leltre. 
3.  Voyons  maintenant  le   sens   spirituel  cache 


Les  vignes 

n'est  pas  envoyee,  mais  conduite,  et  que  son  Epoux    sous  le  voile  de  ces  paroles.  Je  vous  ai  deja  dit  que  sign  fieut  lea 

ames  ou  les 
Eglises. 


doit  aller  aussi  avec  elle.  Or,  que  pourrait-elle 
trouver  de  difficile  dans  la  coinpagnie  d'un  tel 
Epoux  :  «  Mettez-utoi  aupres  de  vous.  Jit  Job  a 
Dieu,  et  combatte  qui  vutidra  contre  moi  (Job 
xvn,  3).  Et  quand  je  marcherais  a  trave  s  l'ombre 
de  la  mort,  je  ne  craindrais  attcttn  mal,  parce  que 
vous  etes  avec  moi  [Psal.  XXII,  lx).  »  Elle  n'est  done 


les  vignes  sout  les  Ames,  ou  les  Eglises,  et  je  vous 
en  ai  donne  la  raison.  Je  crois  qu'il  n'est  pas  besoin 
d'y  revenir.  Lame  parfaite  est  done  invitee  a  les 
examiner,  a  les  corriger,  a  les  instruire,  et  a  les 
sauver,  pourvu  neanmoins  qu'elle  ne  soit  pas  en- 
tree dans  ce  ministere  par  ambition,  mais  qu'elle 
y  ait  ete  appelee  de  Dieu  comme  Aaron.  Or.  qu'est- 


pas  eveillee  contre  sa  volonte,  puisque  1'Epoux  lui  ce  que  cette  invitation,  sinon  un  mouvement  inte- 
donne  cette  volonte,  qui  n'est  autre  chose  qu'un  rieur  de  charile  qui  sollicite  notre  zele  pour 
desir  ardent  de  faire  des  gains  pieux  et  salutaires.     le  salut  de  nos  freres,  pour  la  beaute  de  la  rnaison 


A  quoi  od 
reeonnail 
qu'on  est 

■i  i  ■  pele  au 
sob  des  lm» 


citat;  Surg?,  inquiens,  et  vent.  Quid  sibi  itaque  vult 
tain  subila  luec  mutatio  voluntatis  sive  concilii?  Pula- 
musne  levitate  usum  Spo^sum,  et  aliquid  voluissc  prius, 
quod  mo.v  noluerit?  Minime.  Sed  agnosicite  eas  quas 
vobis  supra,  si  meministis,  commendavi,  et  non  serael, 
vicissitudines  utique  sanclas  quictis,  ac  necessariae  ac- 
tionis ;  ct  quia  non  sit  in  hac  vita  copia  cuntcniphindi, 
nee  diuturnitas  otii,  ubi  officii  et  operis  cogentior  ur.^et 
instantiorque  utililas.  More  igilur  suo  Sponsus,  ubi  di- 
leclam  piuiliilum  in  siuu  proprio  quievisse  perscnlit,  ad 
ea  denuo  quae  utiliora  visa  sunt,  trahere  nun  cuoclatur. 
Non  lumen  quasi  invilimi ;  (ncc  cnim  quid  tieri  vctuit, 
Eacerct  ullatenus  ipse  :  )  sed  IraMsanea  Sponso  SponsdB, 
est  ab  ipso  accipere  desiderium  quu  trahalur,  desiderium 
bonorum  opeium,  desiderium  fruclificandi  Sponso; 
quippe  cui  vi.cre  Sponsus  esl,  etmori  lucrum. 

2.  Et  est  desiderium  vehemena  ,  quod  cam  non  tan- 
tum  surgere,  sed  et  snrgere  festinanter  sollicitat,  sic  quip- 
pe babes :  Surge,  propera,  et  veni.  Ncc partim  confortut 
qaud  audit,  rem,  el  non,  vade  :  per  hoc  se  intelligcna  non 
tam  mi  t  li,  qnam  due;,  ct    sccum    pair  un  esse 

vcuturum.  Quid  enim  diflicilc  sibi  illo  comile  repulet? 
Pone  me,  inquit,  juxla  le,  et  cujusvis  manut  pugnet 
contra  me,  item,  Si  ambutavero  in  merlin  umbra;  mortis, 
ton  timebo  mala,  quoniam  tumecum  es.  Non  itaque  sus- 
cita  tur  praelerquam  velit,  quando  fit  prius  ut  velit  :  quod 


non  est  aliud,  nisi  sancti  quaestus  immissa  aviditas.  Ani- 
matur  etiam  ad  opus  injunctum,  et  de  temporis  oppor- 
tunilate  redditur  alacrior.  Tempus  faciendi,  inquit,  6 
Sponsa.qma/i  ems  Iraasiit,  quando  operari  ncmopoterat. 
///('/./•  quoque,  qui  inundulionc  facta  operiebat  terrain, 
culturas  imped iebat,  et  vel  sata  necabat,  vcl  seri  veiabat; 
is,  1 1 1 1 1  ua  m ,  i  m  ber  excurrit,  abut  et  recessit ;  /lores  apparue- 
runt  in  terra  nostra,  vernalem  profecto  lempcriem  adesse 
signantes,  operandi  conmiodilatem,  frugnin  vicinilalem 
ac  fnicluum.  Peinde  subdil,  ubi  el  quid  primum operari 
oporteat  :  Tempus,  inquiens,  putalionit  adoenit.  Ad 
vineasergo  excileudas  ducilur :  quse  ut  possint  uberiori- 
bus  Fructibus  respondere  colonis,  ante  omnia  uecesse  est 
sarmenta  sterilia  projici,  succidi  noxia,  putari  superflua. 
Ha-cjuxta  litleram. 

3.  Nunc  jam  videamus.  quid  istiusmodi quasi  historico 
schemate  spiritualiter  nobis  innuatur  inlelligcndum.  Et 
vineas  quidem  an i mas  esse  vel  ecclesias,  simulquc  hujus 
rei  ralionem  qnsnam  Bit,  dixi  vobis  jam  et  audislis  nee 
opus  habeiis  ilerato  audiic.  Ad  has  itaque,  revisendas, 
corrigendas,  instruendas,  salvandas,  anima  perfectior 
invitatur,  quae  tamen  id  ministerii  sortita  sit,nonsua  am- 
bitione;  sed  vocala  a  Deo  tanquam  Aaron.  Porro  invi- 
tatio  ipsa  quid  esl ,  nisi  inlimaquaedam  stimnlatiocharitatis 
pie  nos  sollicitantis  aemulari  fraternam  salutem.aemnlari 
decorem    domus   Domini,   uicrementa  lucrorum  ejus. 


II f'ut  choi- 

sir  le  temps 

propre  u  la 

taille. 


C1XQUANTE-HUITIEME  SERMON  SURLE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  429 

du  Seigneur,  pour  l'accroissement  de  ses  gains  et  a  pen  d'ouvriers,  priez  le  Seigneur  de  la  moisson 

des fruits  de  justice,  et  pour  la  gloire  et  l'ltonneur  qu'il  y  envoie  des  ouvriers  (Malth.   is,  35).  n  De 

de  son  noni?  Toules  les  fois  done  que  celui   qui  a  memo  qua  lui  il  montrait  qu'il  etait  temps  de  faire 

la  conduite  des  ames,  ou  quiest  oblige  d'enseigner,  la  moisson  des  antes,  de  meme  ici  il  declare  quele 

reconnait  que  son  botnme  interieur  est  touche  de  temps  est  venu  de  tailler  les  vignes  spirituelles, 

ces  religieux  sentiments  enrers   Dieu,  il   peu t  Sire  e'est-a-dire  les  ames  ou  les  Eglisss,  voulmt   peut- 

sur  que  l'Epoux  est  present,  et  qu'il    le  convie  a  etre  par  la  difference  des    nonis  dont   il    se   sert 

venir  avn  vignes.  Mais  pour  quoi  faire  ?  Pour  arra-  mettre  cette  difference  entre  ces  deux  clioses,  que 

cher,  delruire,  edilior  et  planter.  par  les  moissons  il  entend  le   peuple,  et  par  les 

h.  Mais  cotnme  toule  espece  de  temps  n'est  pas  vignes,   les  societes  de  saints  qui   demeurent   en- 

propre  a  cet  ouvrage,  non    plus  qu'a  tout  ce  qui  seuible. 

est  sous  le  ciel,  celui  qui  invite  l'Epouse  ajoute,  «  le  5.  Or  le  temps  d'hiver,  qu'il  dit  etre  passe,  mar- 
temps  de  taillcr  la  vigne  est  venu.  »  Celui  qui  di-  que,  comnie  je  crois,  le  temps  ou  le  Seigneur  Jesus 
sait  :  «  Voici  maintenant  un  temps  favorable,  voici  ne  se  montrait  pas  publique.ro.ent  aux  Juifs,  parce 
le  temps  du  salut.  N'olfensez  personne.de  peur  qu'ilsavaient  conspire  dele  faire  mourir.C'est  pour- 
qu'on  ne  blame  notre  ministere  (2  Cor.  vi,  2),  »  quoi  il  disait  a  quelques-uns  :  «  Mon  temps  n'est 
savait  bien  aussi  que  le  temps  etait  venu.  II  aver-  pas  encore  arrive,  maisle  voire  est  toujours  pret 
tissait  sans  doule  de  couper  et  de  retraneber  les  (Joan,  vn,  6).  Et,  moutez  voiis  autres  a  Jerusalem 
cboses  vicieuses  et  superflues,  et  generaleinent  tout  en  ce  jour  de  fete,  car  pour  moi  je  n'y  monte  pas 
ce  qui  pouvait  nuire  au  fruitdu  salut  et  l'einpiVher  (Ibid.  8).»  11  y  monta  pourtant  aussi  apres  eux,  mais 
de  venir,  parce  qu'il  savait  que  le  temps  de  tailler  ce  ful  comme  en  cacbette.  L'hiver  dura  done  depuis 
la  vigne  etait  venu.  C'est  pourquoi  il  d;sait  a  un  ce  moment  la,  jusqu'a  l'avenement  du  Saint-Esprit, 
fidele  vigneron  :  «  Reprenez,  corrigez,  conjurez  qui  rechauffa  les  cceurs  tiedes  des  tLleles,  comme 
(n  Tim.  iv,  2),  »  marquant  par  la  premiere  et  la  par  le  feu  que  le  Seigneur  avait  apporte  sur  la 
seconde  de  ces  trois  choses  qu'il  devait  couper  ou  terre  pour  ce  sujet  (Luc.  xu,  49).  i\ierez-vous 
arracher,  et  par  la  derniere  qu'il  devait  planter.  Et  qu'on  fit  en  biver,  lorsque  saint  Pierre  etait  assis 
voila  ce  que  1  Epoux  a  dit  par  la  bouche  de  saint  aupres  du  feu,  n'ayant  pas  le  coeur  moins  froid 
Paul  sur  le  temps  propre  a  travailler.  Mais  que  le  corps ?  Aussi  l'Evangeliste  dit-il  «  il  faisait 
ecoutez  ce  qu'il  a  dit  de  sa  propre  boucbea  la  noil-  froid  (Joan,  xvni,  18).  »  Un  grand  froid  avait,  en 
velle  Epouse  surl'observation  du  temps,  quoique  ce  effet,  saisi  le  coeur  de  cet  Apolre,  puisqu'il  renia 
soit  sous  une  autre  figure.  «  Ne  dites-vous  pas;  il  son  mailre.  Toutefois  il  ne  faut  pas  s'en  etonner, 
y  a  encore  quatre  mois  jusqu'a  la  moisson?  Et  moi  puisque  le  feu  lui  avait  ete  ravi.  Car  un  peu  aupa- 
jevous  dis  :  Levez  les  yeux,  et  regardez  ces  regions  ravant.il  ne  brulait  pas  d'un  zele  peu  ardent, 
si  elles  ne  sont  pas  toutes  preles  a  etremoissounees  quand  il  etait  encore  pres  du  feu,  puisque  ,  tirant 
(Joan,  iv,  35).  Et,  la  moisson  est  grande,  mais  il  y  son  epee  pour  ne  point  le  perdre,  il  coupa  l'oreille 


Sens  mysti- 
que du  mot 
hiver. 


Le  froid  d« 
Piarre. 


incrementa  frugum  justitiae  ejus  ,  laudem  et  gloriam  no- 
minis  ejus  ?  Istiusmodi  itaque  circa  Deum  religiosis  all'ec- 
tibus  quotiea  is  qui  animas  regcre  ,  aut  studio  predicatio- 
nis  ex  oflicio  intendere  habet,  homineni  suum  interiorem 
senserit  permoveri  ;  toties  pro  cerlo  Sponsum  adesse 
inlelligat ,  toties  se  ab  illo  ad  vincus  invilari.  Ad  quid, 
nisi  ut  evellal  et  dcsliuat,  ct  sdificet  et  plantet? 

4.  Verum  quoniam  operi  huic,  sicut  et  onmi  rei  sub 
coelo,  nun  uaine  tempus  suppetit  el  aplum  est,'  addit  is 
qui  invital,  tempus  pulationis  advenisse.  Adesse  hoc  no- 
noverat  qui  dicebat  :  Ecce  nunc  tempos  acceptable,  ecce 
nunc  dies  satutis;  nemini  dantes  ut/ain  offensionetn, 
ut  nan  vttuperetur  minis terium  nostrum.  Vitiost  sine  du- 
bio  atque  stipe:  tlua,  et  omne  denique  quod  offendiculum 
dare,  et  impedire  fructuin  salutis  possit  ,  ptitare  jam  et 
resecare  monebat,  sciens  quia  tenipus  pulationisadveneril. 
ldeo  et  aiebal  lideli  cuidum  cultori  viaearum  ;  Aryue  , 
increpa,obs  'era; in primoetsecundo  horum  putalionem  vcl 
exstirpatioiicm  ,  in  ultimo  plaututicjnem  indicens.  Et  bee 
quidem  Sponsus  per  os  Pauli  de  tempore  operandi.  Sed 
audi  quid  per  proprium  os  de  temporum  cousideralione, 
sub  alio  quidem  rerum  schemate  et  nomine,  cum  nova 
Bponsa  sit  locutus.  Nonne  vos  dicitis  ,  inquit ,  quia  quatuor 


menses  sunt ,  et  messis  venit?  Ecce  dico  nobis  :  Levate 
oculos  vest ros  ct  videte  regiones  ,  quia  albas  sunt  jam  ad 
messem.  item,  Messis  quidem  multa,  operant  pauci  : 
rogate  boininum  messis  ,  ut  mitiat  operarios  in  messem 
siuiin.  Sicut  igitur  ibi  meiendi  aiiimaruui  segetcs  tempus 
adesse  monslrabat ,  ita  et  hie  vincas  ajque  intelligibites, 
id  est  animas  vel  ecclesias ,  tempus  puiandi  advenisse 
denunliat;  id  fortitan  inler  utrasque  res  volens  vocabulo- 
rum  diversitale  distingui ,  nt  menses  plebes,  vineas  con- 
gregationes  sanctorum  cohabitanlium  intelligamus. 

5.  Porro  hieinale  tempus  ,  quod  pr.eteriisse  significat, 
illud  mihi  dusignare  videtur,  cum  Oominus  Jesus  jam  non 
palam  ambularet  apud  Jud;tos,  eo  quod  conspirassunl 
adversus  cum  ,  volenles  eum  interilcere.  Unde  et  dicebat 
ad  quosdam  :  Tempus  meum  nondum  aduenit,  tempus 
autem  vestrum  semper  est  paratum,  el  rursum  :  Ascen- 
dite  vos  ud  diem  feitum  banc  ,  ego  non  ascendant.  Ascen- 
dit  tauten  postea  et  ipse,  non  palam  ,  sed  quasi  in  occul- 
ta. Extunc  ergo  eldeinceps  usque  ad  adventuni  Spiritus- 
Sancti ,  quo  recaluerunt  torpentia  lidelium  corda,  tunquam 
igne,  quein  Dominus  ad  hoc  ipsuin  misit  in  terrain,  hiems 
l'uit.  Tune  negaveris  hiemem  tunc  fuisse,  cum  Petrusse- 
deret  ad  prunas,  non  minus  gelido  corde,  quam  corpore? 


430 


GEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

ni  de  la.  foi,  ni  des  bonnes  oeuvres.  Pourquoi ? 
parce  qvi'il  etait  l'hiver  pour  lesruuirs  <lfs  perlides, 
el  que  la  terra  etait  inondee  de  pluies  froides  et 
mauvaises,  plus  propres  a  noyer  qu'a  conserver 


Son  j.'le 
inteni[V-tif. 


d'un  serviteur.  Mais  ce  n'otait  pas  .dors  le  temps 
decouper.  C'est  pourquoi  il  tui  tut  dit  :  «  Remel 
texvotreepee  en  Ba  place  [Matth.   xxvi,   52).    n 
Cetait,  en  effet,  le  tempsetle  regnedes  tenebres,et 

quiconque  des  disciples  se  servirait  du  glaive,  du  les  semencesde  la  parole,  et  qui  auraient  ren- 
ter, ou  de  la  parole,  devail  perir  par  le  fer.el  ainsi  du  inutile  la  peine  qu'on  cut  prise  pourcultiver  les 
ne  gagner  personne,  et  ne  tine  aucun  fruit,  ou  au  vignes. 

moins  elre  contraint  par   le  glaive  de    la  crainte  a  7.  De  quelles  pluies  pensez-vous  que  je   parte? 

u- gi.ii«e  d«  a  renier  son  maltre,  el  a  perir  ainsi   plutdt  lui-  Croyez-vous  que  ce  sont  de  celles  que  Les  uuees 

'  """""     nienie,  suivant  ce  que  le  Seigneur  ajoute  aussitAI  emportees  par  le  vent  versent  sur  la  terre  ?  Nulle- 

apres  :  a  Quiconque  se  servira  de  I'epee  perira  par  ment.  Mais  de  celles  que  les  homines  d'un  esprit 

I'epee.  »  Car  quel  autre  apotre,  cut  pu  demeurer  turbulent  et  impetueux  font  monter  de  la  terre 

intrepid.'  .levant  I'image  affreusede  1 1  mort,  quand  dans  l'air,  quand  ils  ouvrent  leur  bouche  insolente 

le  princememe  des  ap6tres  tremble  et  lache  le  pied,  coutre  le  ciel,  et  lorsque  leur  langue  repand  sur 

lui  que  son  capitaine  avait  encourage  dune  voix  la  terre  le  venin  de  leurs  medisances,  conime  une 

puissante,  et  avait  charge  de  fortiQer  les  aulres?  pluie  amere,  qui  rend  la  terre  Eterile  el  mareca- 

G.  Maisni  lui  ni  eux  n'etaient  pas  encore  revetus  geuse,  inutile  aux  plantes  et  aux  bles,  nou  pas  a 

de  la  vertu  d'en  haut.  C'est  pourquoi  il  u'etaitpas  ces  plantes  visibles  et  corporelles,  qui  nous  sont 

sur  pour  eux  d'aller  aux  vignes,  de  se  servir  de  donnees  pour  l'usage  de  la  nourriture  de  noire 

leur    langue   comme    dune    serpe  spirituelle,    de  corps,  et  dont  Dieu  ne  prend  pas  plus  de  soin  que 

couper  les  ceps  et  de  retrancher  les   pampres  avec  des  bueui's,  mais  a  celles  que  la  main  de  Dieu,  non 

I.'  claive  dn  Saint-Esprit ,  pour  qu'ils  rapportent  celle  de  rhomme,  a  semees  et  plantees,  et  qui  au- 

plus  de  fruit.  Le  Seigneur  meme  se  taisait  durant  la  raient  pu  germer,  ou  s'enraciner   dans   la   foi    et 

passion,  et  ne  repondait  point  aux  questions  nom-  dans  la  charite,   et  produire    les   fruits    du   saint, 

breuses  qu'on  lui  faisait.  8  11  etait,  selon   le  Pro-  si  elles  avaieut  ele  arrosees  de  bonnes  pluies  dans 

phete,  comme  un  homme  qui  n'a  point  d'oreilles  le  temps  convenable.  Enfin  ce  sont  les  ames  pour 

pour  entendre,  ni  de  langue  pour  repliquer  (Psal.  lesquelles  Jesus-Christ  est  mort.  Malheur  aux  nuees 
vxxvn,  15). »  Maisildisait  :  uSijevous  ledis,  vous  ne 
me  croirez  pas,  et  si  je  vous  interroge,  vous  ne  me 
i  epondrez  pas  (Luc.  xxu,  68).  »  Car  il  savait  que  le 
temps  de  couper  n'etait  pas  encore  arrive,  et  que 
si  vigne  ne  repondrait  point  aux  travaux  qu'il  y 
taisait,  e'est-a-dire,  qu'elle  ne  produirait  le  fruit, 


Pluies    nuisi- 
bles  aux 

I'i.intes 

■piritaellea. 


(Juellesi'luies 

leur  sont 

bonnet  et 

leur  vienneat 

dan>  la 


pu  repandent  sur  elles  des  pluies  qui  les  rendeut 
houeuses  plutot  que  fertiles.  Car,  comme  il  y  a  de 
bons  et  de  mauvaises  arbres  qui  rapportent  chacun 
des  fruits  differents,  selon  la  difference  de  leur 
espece,  les  bons  de  bous  fruits,  et  les  niauvais  de 
inauvais  fruits,  je  crois  de  memequ'U  y  a  de  bonnes 


Denique  erat  friyus ,  inquit.  Magnum  revera  fi'igus  cor 
tiegantis  constrinxerat.  Nee  mirum  lamcn  ,  curu  ignis  ab 
co  ablatus  esset.  Nam  paulo  ante  non  parvo  fervebat  zelo, 
quippe  adhuc  igni  proximus ,  qui  evagioato  gladio,  ne 
ignem  perderet ,  servi  auriculam  ampulavit.  Sed  non  erat 
leaipus  putationis  :  et  ideo  audit ,  Convert?  gladium  tu- 
um  in  locum  tuum.  Erat  eniin  bora  et  poteslas  tencbra- 
rum  :  et  quisquis  tunc  discipulorum  levaret  gladium  vol 
lerri,  vel  verbi ;  aut  ferro  truncandus  erat ,  et  neminem 
lucraretur,  nee  quippiam  fructus  afferrct ;  aut  certe  ti- 
uioris  gladio  ad  negandum  cogendus;  el  sic  magis  ipse 
puriret,  jnxta  verbum  U.imini  quod  subjunxit  mo\  ,  ita 
dicena  :  Omnia qui occeperil gladium  .  gladio  peribit.  Quis 
nempe  creterorum  ante  pavendam  mortis  imaginem  itn- 
pavidus  starct,  trcpidante  et  cedenle  priacipe  ipso,  et 
qui  voce  oonfortatoria  sui  imperatoris  fuerat  prsemunitus, 
et  |  raemonitua  alios  confortare? 

6.  Cietcram  nee  is  ,  nee  il II  sibi  adhuc  induerant  vir- 
lutein  ex  alto;  et  ob  hoc  tutum  non  erat  eisexire  in  ri- 
ncas ,  exserere  lingua?  sarculum  ,  et  gladio  Spiritus  pularc 
v.tes,  purgare  palmiles,  ut  fructum  plus  alTurrent.  De- 
ngue ipse  Dominus  tacebat  in  passione ,  et  in  multis 
interrogans  noa  rcspondebat,  /actus, juvta  Prophetam  , 
sicut  homo  non  audiens  ,  el  non  habeas  in  ore  suo  redar- 
gutiones.  Dicebat  autcm  :  Si  vobis  dixero ,  non  credetis 
mihi  :  siautem  et  interrogavero  ,  non  respondebitis  mini; 


sciens  tempus  putationis  nondum  advenisse  ,  nee  respon- 
surani  prorsus  vineam  suam  impensis  laboiibus ,  id  est 
nee  fidei ,  nee  boni  operis  fructum  aliquem  relaturam. 
Quare?  Quia  biems  erat  in  cordibus  perlidorum,  et  bie- 
inales  quidam  mahti;e  imbres  occupaverant  terrain  ,  jacta 
semina  verbi  sufTocare  ,  quam  fovere  paratiores;  sed  et 
cultui  vinearum  omnem  nibiloininus  impendendam 
operam  frustraturi. 

7.  Quos  vos  me  nunc  putatis  dicere  imbres  ?  Istosne  , 
quos  videmus  cuiTentes  per  aera  nubes  turbulento  spi- 
pitu  spargere  super  terrain  '  non  esl  ita.  Sed  quos  de 
terra  in  aerem  sursum  ferunt  homines  turbulenti  spiritus, 
ponentcs  in  ceelum  os  snum  ,  et  lingua eorum  Iransiens 
in  terrain,  tanquam  pluvia  amarissma,  terrain  ipsam  pa- 
lustrem  ac  sterilem  I'acit,  et  tain  plantis  quam  satis  inu- 
lilem  ,  non  quidem  his  visibilibus  atque  corporeis  ad 
nostros  utique  corporeosususdatis,  de  quibus  nulla  plane, 
scul  nee  de  bobus  eura  est  Deo.  Sed  quibus?  Prol'ecto 
qua;  sevit  et  plantavit  Dei  manus  ,  el  non  hominis  ;  qua; 
ctvel  germinarc,  vel  radicari  in  lide  et  charitate  poterant, 
ut  fructus  parlurire  salulis,  si  bonis  et  temporaneis  im- 
biibiis  rigarentiir.  Aninue  denique  sunt  ,  pro  quibus 
Curislus  mortuus  est.  Vae  nubibus  pluentibus  istiusmodi 
imbres  super  eas,  qua;  lutum  faciant ,  fructum  non  affe- 
rent !  Nam  sicut  suntet  bona; ,  et  make  arbores  ,  ferentes 
quseque  fructus  pro  sui  dissimilitudine  differentes,  bonae 


CINQUANTE-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


Quelles  sont 
les  mauvaises 

pluie» 
spirituelles. 


nuees,  qui  donnent  de  bonnes  pluies,  et  qu'il  y  en 
a  aussi  de  mauvaises,  qui  en  donnent  demauvaises. 
Peut-etre  voulait-il  marquer  cette  difference  de  nuees 
et  de  pluies  celui  qui  disait  :  «  Je  commanderai  a 
mes  nuees  de  ne  point  pleuvoir  sur  elle  [Isa.  v,  6),» 
c'est-a-dire  sur  la  vigne.  Pourquoi  pensez-vous 
qu'il  ait  dit  expressement  mes  nuees,  sinon  parce 
qu'il  y  a  aussi  de  mauvaises  nuees  qui  ne  sont  pas 
alui?«Faites-lemourir,  faites-le  mourir,  disent  les     en  son  temps,  mais  lorsqu'elle  vient  a  contretemps, 


431 

cette  observation  litterale  du  sabbat,  qui  signifie 
le  repos,  mais  qui  ne  le  leur  donnait  pas  ;  ces 
ceremonies  legales  des  sacrifices  ;  cette  defense  de 
manger  de  la  cbair  de  pore,  et  de  quelques  autres 
semblables  que  Moise  repute  immondes,  tout  cela 
est  une  pluie  qui  tombe  de  cette  nuee,  mais  je  ne 
desire  pas  qu'elle  tombe  jamais  dans  mon  cbamp 
ni  dans  mon  jardin.  Je  veux  qu'elle  ait  ete  bonne 


Juifs,  crucifiez-le.  »  0  nuees  violentes  et  orageuses  ! 
0  pluie  pleine  de  tempetes  !  0  torrent  d'iniquite, 
plus  propre  a  ravager  la  terre  qu'a  l'engraisser ! 
mais  la  pluie  qui  vint  ensuite,  n'etait  ni  moins 
mauvaise,  ni  moins  amere,  bien  qu'elle  ne  tombat 
pas  avec  autant  de  violence  :  a  11  a  sauve  les  autres, 


je  ne  la  tiens  pas  pour  bonne.  Car  toute  pluie,  si 
douce  qu'elle  soit,  et  si  doucement  qu'elle  tombe,  est 
nuisible,  lorsqu'elle  vient  bors  de  saison. 

8.  Ainsi,  tant  que  ces  pluies  pestilentielles  ont 
occupe  et  inonde  la  terre,  le  temps  favorable  a  la  vi- 
gne n'etait  pas  encore  venu,  et  il   n'y  avait  pas  eu 


et  il  ne  se  pent  sauver  lui-meme.  Que  le  Cbrist,  le  lieu  d'inviter  l'Epouse  a  les  tailler.  Mais  lorsqu'elles 
Roi  d'Israel  descende  maintenant  de  la  croix,  et  eurent  cesse,  la  terre  s'est  ressuyee  et  les  fleurs 
nous  croirons  en  lui  (Luc.  xxin,  42).  »  Le  vain  ont  commence  a  paraitre,  ce  qui  marquait  que  le 
babil  des  pbilosopbes  n'est  pas  une  bonne  pluie,  temps  de  caliper  la  vigne  etait  venu.  Voulez-vous 
puisqu'il  cause  plutot  la  sterilite  de  la  terre.  que  la  savoir  quand  ce  fut  le  temps  de  tailler  la  vigne  ? 
fecondite.  Les  dogmes  corrompus  des  heretiques  Eh  bien,  je  vous  le  demande,  n'est-ce  paslorsque  la 
sont  des  pluies  pires  encore,  puisqu'au  lieu  de  cbair  de  Jesus-Christ  a  comme  refleuri  par  la  re- 
fruits,  ils  ne  produisent  que  des  epines  et  des  surrection  ?  Car  e'est  la  premiere  et  la  plus  grande 
chardons.  Les  traditions  des  Pharisiens,  que  le  fleur  qui  ait  paru  dans  notre  terre.  Jesus-Christ,  en 
Seigneur  a  condamnees,  sont  aussi  de  mauvaises  effet,  est  le  premier  des  ressussites  (1  Cor.  xv,  20). 
pluies,  de  meme  qu'ils  etaient  eux-memes  de  mau-  C'est  Jesus  qu'on  croyait  tils  de  Joseph,  qui  est  la 
vaises  nuees,  et  ne  croyez  pas  que  je  fasse  injure  a  fleur  du  cbamp  et  le  lis  des  vallees  (Cant,  it,  1), 
Moise,  si,  tout  en  reconnaissant  que,  pour  lui,  il  Jesus,  dis-je,  de  Nazareth,  mot  qui  signiOe  une  fleur 
etait  une  bonne  nuee,  je  disneanmoins  que  tout  ce  en  hebreux.  Cette  fleur  a  done  paru  la  premiere, 
qui  sort  d'elle  n'etait  pas  bon,  d'accord  en  cela  mais  elle  n'a  pas  paru  seule ;  car  les  corps  de  plu- 
avec  celui  qui  a  dit :  «  Je  leur  ai  donne,  (il  parle  des  sieurs  saints,  qui  etaient  morls,  ressusciterent  avec 
Juifs,)  des  preceptes  qui  n'etaient  pas  bons,  »  il  n'y  lui,  et  parurent  aussi  sur  notre  terre,  comme  de 
a  point  de  doute  que  ce  ne  soit  par  le  miuistere  de  belles  et  brillantes  fleurs.  «  Ils  vinrent  dans  la  ville 
Moise,  «  et  des  commandements  qui  ne  les  feront  sainte,  dit  l'Evangelisle,  et  apparurent,  a  plusieurs 
pas  vivre  (Liech.  xx,  25).  »  Telle  etait  par  exemple  (Matth.    xxvn,  52).  »    Ceux  qui   d'entre  le  peuple 


videlicet  bonos ,  et  malae  malos  :  ita  et  arbitror  nubes 
et  bonas ,  qua?  bonos;  et  malas  esse,  quae  malos  pluant 
imbres  .  Et  vide  ne  forte  innuerit  nobis  banc  nubium , 
imbriumque  dilferentiam  ,  qui  dicebat :  Mandabo  nubibus 
meis ,  ne  pluant  super  earn  (haud  dubium  quin  super 
vineam)  imbrem.  Cur  putas  adjunxisse  signanter,  meis , 
nisi  quia  sunl  et  mate  nubes  ,quae  non  sunt  ejus?  Tolle. 
lolle ,  inquiuat ,  crucifige  eum.  U  nubes  violentas  et  lur- 
bidas !  0  imbrem  procellosum  !  6  torrcntcin  iniquitatis 
evertere  magis ,  quam  fcecundare  idoneum  I  Nee  minus 
malus  minusve  amarus  ,  minori  licet  jmpetu  proruens , 
imbcr  ille  qui  subsecutus  est :  Alios  salvos  fecit  ,seipsum 
non  potest  saloum  facere.  Chrislus  rex  Israel  descendat 
nunc  de  cruce ,  et  creclimus  ei.  Philosophorum  ventosa 
loquacitas  non  bonus  imber  est ,  stei  ilitatem  magis  intulit 
terris,  quam  fertilitatem.  Multo  magis  prava  dogmata 
bsereticorum  mali  imbres  sunt  j  qua^  pro  fruclibus  spi- 
nas producu.it  et  tribulos.  Mali  imbres  etiam  tra  litiones 
Phariseeorum ,  quas  Salvator  redarguit,  et  ipsi  nubes 
malae.  Et  nisi  existimes  me  injuriam  facere  Moysi ,  (nam 
bona  nubes  est  ilia,)  non  omne  quod  pluit  vol  ipsa  ,  bo- 
num  tamen  dicam  ,  ne  illi  contradicam ,  qui  ait  :  Dedi 
Uli  Id  est  Judaeis  ,  praecepla  non  bona  (haud  dubium  quin 


Quel  fut  It 

temps 

favorable  a 

la  vigne. 


per  Moyon)  et  justificationes  in  guibus  non  vivent  in 
eis.  Litteralis  ilia  ,  verbi  causa  ,  observalio  sabbati ,  so- 
nantis  requiem,  non  donantis,  inductussacrificiorumritus, 
interductus  porcinaj  carnis  esus ,  nonnullorumquc  simi- 
lium  ,  quae  immunda  a  Moyse  censentur,  pluvia  est  hoc 
totum  ex  ilia  nube  descendens  :  sed  nolo  in  agrum  vet 
liortum  meum  quandoque  descendat.  Fuerit  sane  bona 
suo  tempore  :  post  tempus  si  venerit ,  non  bonam  jam 
censeo.  Omnis  etiam  Ienis  et  leniter  descendens  pluvia, 
si  sit  intempestiva ,  molesta  est. 

8.  Donee  ergo  isliusmodi  aqua;  pestilcnles  occupa- 
vcrunt  tcrram  ,  et  invaluerunt  super  cam  ,  tempus  suum 
vineae  non  habuerunt,  nee  fuit  quod  Sponsa  invitaretur 
ail  putandasvineas.  Cietenim  illisdeourrentibua  terra  appa - 
ruitarida.et  (lores  apparuerunt  in  ea,  signilicantes  tempui 
putalionisadesse.  Quaerit  quando  hoe  fuit?  Qnaeris quando 
putas  ,  nisi  cum  retloruit  caro  Christi  in  resurreclione? 
Et  hie  primus  et  maximus  flos,  quiapparuititi  terra  noslra. 
Nam  primitiof dormientiurn  Chrilus.  Ipse,  inquam  ,  flos 
campi,  et  lUium  covallium  Jesus,  utputabatur  films  Joseph 
a  Nazareth,  quod  interprelatur  flos.  Is  ergo  tlos  apparuit 
primus ,  nos  solus.  Nam  et  multa  corpora  sanctorum, 
qui  dormierant ,  poriter  surrexerunt ,  qui  veluti    quidam 


432 


CKUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


eurent  les  premiers  les  premices  des  saints  ont  dans  un  temps  de  persecution  !  Comment  aurait-on 
fete  aussi  des  fleurs.  Lours  miracles  ont  ete  comme  pu  prendre  en  main  des  epdes  tranchantes,  tirer 
des  fleurs  qui  ont,  produit  les  fruits  de  la  I'oi.  Car  vengeance  des  nations,  chatierles  peuples,  charger 
apres  que  celte  pluie  d'mfldelite  fut  un  pen  passee  de  chalnes  leurs  rois,  mettre  dans  les  fers  les  plus 
et  quelle  eul  cesse,  elle  fut  suivie  aussildt  de  cette  nobles  d'entre  eux,  et  executer  sureux  le  jugement 
autre  pluie  volontaire  dont  parle  le  Prophete,  que  de  Dieu  {Psal.  cxux,  7)?  Car  c'est  lace  qu'il  taut 
Dieu  a  reservde  pour  son  heritage,  et  les  fleurs  com-  entendre  par  tailler  les  vignes.  A  peine  toutes  ces 
mencereut  a  paraltre.  Le  Seigneur  a  repandu  sa  choses  se  purent-elles  faire  en  paix  dans  le  temps 
benediction,  et  notre  terre  a  pousse  ses  Qeurs,  en  memede  la  paix.  Mais  en  voilaassez  sur  ce  sujet. 
sorle  qu'en  un  jour  trois  rniUe  personnes  crurent  10.  Je  pourrois  linir  ici  cediscours,  si,  selon  nion 
en  Jesus-Christ,  et  en  un  autre,  cinq  mille,  tant  le  habitude,  j'avais  donne.  quelques  avis  a  chacun  de 
nombre  des  lleu''s,  c'est -a-dire  la  multitude  des  ti-  vous,  touchant  la  vigne.  Car  qui  a  retranche  assez 
deles,  s'accrul  en  pen  de  temps  {Act.  n,  41  et  v,  a),  exactement  tout  ce  qu'il  y  avait  de  superflu  en 
Le  froid  de  la  malice  no  put  pas  prevaloir  contre  lui,  pour  penser  qu'il  n'a  plus  rien  a  couper? 
ces'  fleurs  qui  paraissaient  perdre,  comme  cela  ar-  Croyez-moi,  ce  qui  est  coupe,  repousse,  ce  qui  est 
rive  d'ordinaire,  le  fruit  de  vie  qu'elles  promet-  chasse  revient,  ce  qui  est  eteint  se  rallume,  ce  qui 
taient.  est  assoupi  se  reveille.  C'est  done  peu  d'avoir  coupe   u  faut  lou_ 

9.  Car  tous  ceux  qui  avaient  cru  etaient  remplis     une  fois,  il  taut  couper  souvent,  et  meme  toujours,  jours travail- 
de  la  vertu  d'eri  haul;  il  s'en  trouva  parmi  eux  qui      s'il  est  possible,  parce  que  si  vous  ne  vous  trompez    lajue  ,|c  ia 
forts  dans  lafoi,  mepriserent  les  menaces  des  ho'u-    point  vous-memos,  vous  trouverez toujours  quelque   uj^JSuJ 
mes.  Us  souflrircnt  a  la  verite  plusieurs  contradic-     chose  a  couper  en  vous,  quelque  progres  que  voli- 
tions, mais  ils   ne  cedorent   jamais,   et   ne  furent     fassiez.  Tant   que  vous  etes  dans  ce  corps    mortel, 
point  delournes  d'accomplir  ni  d'annoncer  les  ceu-    vous  vous  abusez,  si  vouscroyez  que  vos  vices soient 
vres  ile  Dieu.  C'est  ceqii  est  eiprime  dans  lepsaume,     entitlement   eteints   plutot   que    supprimes;    que 
si  on  l'entend  spirilnellement :    «  lis  ont  seme  les    vous    le    vouliez    ou   non  ,    le    Jebuseen    habite 
champs,  ils  ont  pi  ante  des  vignes,  et  ils  ont  recueilli    toujours   dans  votre   terre,  (  Judic.  r,    21  )  ;  vous 
des  fruits  en  abondauce  (Psal.    exxv,    '67).  »    Dans     pouvez    bien    le  subjuguer,   mais  vous  ne  sauricz 
la   suite    des    temps     la   tempete    s'est    apaisee,     l'exterminer.    « Je  sais,   ditl'Apotre,   que  le   bien 
et  la  paix  Slant  rendue  a   la  terre,  les  vignes  ont    n'habite  point  en  moi  {Rom.  vn,  18).  »  C'est  peu 
cru.  elles  out  provigne,  elles  se   sont   etendues   et     de  chose  s'il  ne  confesse  que  le  mal  memey  habite. 
multipliees  a  l'inlini.  En  sorle  que  uiaintenant  IE-    «  Aussi,  ajoule-t-il,  je  ne  fais   pas  a  ce  que  je  vera 
pouse  est  invitee,  non  pas  a  planter   de   nouvelles 
vignes,  mais  a  tailler  celles  qui  sont  planters.    Et 
c'est  bien  a  propos,  puisque  eel  ouvrage  demandait 
un  temps  depaix.  Car  comment  Taurait-on  pu  faire 


a  Telle  est  la  lecon  donn&e  par  les  premieres  edition  dei 
ceuvres  de  saint  Bernard  et  par  lea  meilleura  maouscrits.  Quel- 
ques-uns  ajoutent  ces  muts.  «  le  bien  a  comme  duns  la  Vul- 
gate. 


lucidissimifloressimtil  apparueruntin  terra  nostra.  Deni- 
que  venerunt  m  sanctam  civitatem  ,  et  apparueruni  multis. 
Flores  etiam  ftierunt  qui  primi  crediderunl  depopulo, 
primitia1  sanctorum.  Klores  eorum  niiracuhi,  inslarflurum 
producenlia  fructum  lidei.  Nam  posUpiarnille  iafiiielitatis 
imber  aliquantulum,  vcl  ex  parte,  ablit  et  recessit ,  se- 
cnta  mbx  est  pluvia  voluntaria,  quam  scgrcgavit  Dens 
haucdilali  sua?,  et  (lures  apparere  emperunt.  Liominus 
dedil  benignilatem  ,  et  terra  nostra  dedit  llores  suos,  ita 
ul  una  die  tria  inillia  ,  in  alia  quinquc  millia  do  populo 
crederent  :  aduo  in  brevi  crcvil  florum  Humerus,  id  est 
credentium  multiludo.  Et  non  poluit  gelu  malilia-  prae- 
valere  adveraus  (lores  qui  upparcbant,  nee  praripere  (nt 
assolet  )  fructum  vilae,  quem  promiltebant. 

9.  Nam  cum  omnes  qui  crediderunl ,  induerentur  vir- 
tute  ex  alio;  surrexerunt  ex  eis  homines,  qui  minus 
howinum  contempserunt,  fortes  in  fide.  Passi  sunt  qui- 
de:n  quam  plurimoa  conlradictores  :  sed  non  cesserunt, 
neque  subterfii^erunt ,  quo  minus  et  faccrent ,  el  an- 
ouotiarent  opera  Uei.  Nam  juxla  illud  in  psalmo  spi- 
rilualiter  quidem  ,  Et  serninaverunl  iigros,  et  planta- 
verunl  vineas ,  el  fecerunt  fructum  nativilatis.  Processu 
lemporis  tempestas  sedala  est,  et  pace  reddita  terris , 
ereverunl  vines  ,  et  propagate  ,  et  dilalata>  sunt ,  etmul- 


liplicatSB  super  numerum.  Et  tuncdemum  Sponsa  ad  vi- 
neas invitatui',  non  quidem  ad  plantandum,  sed  ad  pu- 
landum  quod  plantatum  jam  erat.  Opportune  quidem  : 
nam  id  opus  pacis  lempus  requircbiit.  Quando  eteniin 
pcrseculionis  tempore  id  liceret  ?  Alioquin  sumere  in 
manus  gladios  ancipitcs  ,  facere  vindictam  in  nationibus  , 
increpationes  in  populis ;  alligare  reges  eorum  in  com- 
pedibus,  el  nobiles  eorum  in  manicis  ferrcis  ;  et  facere 
in  eis  judicium  cunscriptum  ,  (boc  quippe  putare  vineas  ;) 
ha?c  ,  inquam  ,  omnia  vix  vcl  pacis  tempore  aclilantur  in 
pace.  Et  de  bis  satis. 

10.  Puterat  etiam  finiri  sermo,  si  prius  quemque 
vcslrum  juxta  morem  mourn  de  sua  vinea  monuissem. 
Quis  cnim  ita  ad  unguem  omnia  a  se  siiperflua  reseca- 
vit,  ut  nil  se  habere  pulet  pulalione  dignum  ?  Crcdite 
mihi,  ct  putata  repullulant,  el  elfugala  redeunt,  et 
et  reaccenduntur  exstincta,  et  sopila  denuo  excitanlur. 
Parum  est  ergo  semel  pulasse ;  sa?pe  putandum  est, 
imo  (si  Deri  possit)  semper  :  quia  semper  quud  putari 
oportcat  (si  non  dissimulas)  invenis.  Quantumlibut  in 
hoc  corpore  manens  profeceris,  erras  si  vitia  putas 
emortua,  et  non  magis  suppressa.  Velis,  nolis,  intra  fi- 
nes tuos  habitat  Jebusaeus  :  subjugari  potest,  sed  non 
exterminari.  Sew, inquit,  quinnon  habitat  in  mebnnum. 


ClNQUANTE-HnTlEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  V33 

et  je  fais  le  mal  que  je  hais,  et  que  je  ae  voudrais  est  vena,  il  a  do  secher  toutes  les  phiies  de  l'hiver, 

pas  faire  ;  mais  si  je  fais  le  mal  que  j'abhorre,    ce  c'est-a-dire,  toutes  les  larmes  que  faisaient   couler 

n'est  plus  moi  qui  le  fais,  e'est  le  peche  qui  habite  auparavaut  le  souvenir  anier  des  fautes  passees,  et 

eu  moi(Rom.  vn,  13,,.  »  Preferez-vous  douc  dis-jea  la  crainte  du  jngement  de  Dieu.  Ainsi,  et  je  le  dis 

l'Apotre,  si  vous  l'osez,  car  c'est  lui  qui  parle  ainsi,  sans  hesitsr  de  plusieurs  d'entre  vous,    sinon   de 

ou  avouez  avec  lui  que  vous  netes  point  exempt  de  tous,  cette   pluie  est  passee,  elle  a  cesse.   Carles 

vices.  Or  la  vertu  tient  le  milieu  entre  les  vices  op-  fleurs  qui  sunt  la  marque    d'une  pluie   plus  douce 

poses,  et  pourtant  vous  avezbesoiu  non -seulement,  t:ommencent  a  paraitre.    L'ete  a  aussi   des    pluies, 

de  eouper  mais  de  cooper  tout  autour.   Autrement  mais  .les  pluies  douces  et  fecondes.    Qu'r  a-t-il  de 

il  y  a  a  craindre  que  notre  vigne  pressee,  ou  plutot  plus  doux  que  les  larmes  de  la  charite?  Car  la  cha- 

rongee  paries  vices  qui  l'environnent,  ne  languisse  rite  pleure  mais  d'amour,  non  de  la  douleur.  Elle 

pen  a  peu,  sans  que  vous  vous  en  aperceviez,  ou  pleure  de  desir.  Elle  pleure  avec  ceux  qui  pleu- 

nieme  ne  soit  etouffee,   s'ils  viennent  a  croitre  da-  rent.  Je  nedoute  point  que  vos  actions  d'obeissance 

vantage.  Le  seul  conseil   que  je  vous    donne    dans  ne  soient  abondamment    arrosees  de  cette  pluie,  et 

un  si  grand  peril,    c'est  de  les  observer  avec  grand  j'ai  la  satisfaction   de   voir  que,   bien  loin  d'etre 

soin,  et,  aussitot  qu'ils  recommenceront  a  paraitre,  defigurees  ou  obscurcies  par  des  murmures  et  par 

de  les  eouper  sans   misericorde.    La  vertu  ne  peut  la  tristesse,   elles  sont  accompagnees   d'une  joie 

pas  croitre  avec  les  vices.    Afin  done  qu'elle  pousse  spirituelle  qui  les  rend  agreables  et  fleurissantes. 

vigoureusement,  ne  les  laissez  pas  croitre.  Otez  les  Ce  sont  commedes  fleurs  que  vous  portez  toujours 

brancbes  superflues,  les  bonnes  pousseront  bientot;  dans  vos  mains. 

tout  ce  que  vous  otez  a  la  cupidite,   vous  le  donnez  12.  Si  done  l'hiver  est  passe,  si  la  pluie  est  finie, 

a  1'utilite.  Retrauchons  done,  coupons  la  cupidite,  si  elle  a  cesse  de  tornber,  si  les  fleurs  ont  enfin  paru 

afin  que  la  vertu  profile.  dans  votre   terre,   et  que  la  douceur  de  la  grace, 

fli"eu'fil       li-  !•  est  temps  pour  nous,  mes  freres.  de  tailler  comme  un   printemps  favorable,  marque  que   le 

j  a  plus   notre  vigne,  comme  nous  avons  toujours  besoin  de  temps  de  tailler  la  vigne  est  venu,  que    reste-t-il 

toojoorf  le  faire.    Carjetrouve  que  l'hiver  est  passe   pour  autre  chose  a  faire,  que  de  nous  oceuper  a  cet  ou- 

nous.  Savez-vous  de   quel  hiver  j'entends  parler?  vrage  si  saint  et  si  necessaire  ?  Lxaminons,  selon  le 

C'est  de  cette  crainte  qui  n'est  point  accompagnee  conseil  du  Prophete,  nos  voies  et  notre  conduite, 

d'amour,  qui  donne  lieu   a  tout  le    commencement  que  chaciiu  croie  qu'il  fait  des  progres,  non  lors- 

de  la  sagesse,  mais  n'en  communique  point  la  per-  qu'il  ne  trouve  Tien  a  reprendre  en  soi,  mais  lors- 

fection.car  l'amour,  ensurvenant,  ta  chasse,  comme  qu'il  reprend  et  corrige   ce  qu'il  y  trouve  de  man- 

l'ete  chasse   l'hiver,  car  l'amour  de   Dieu  est  l'ete  vais.  Vous  ne  vous  serez  pas  examine  inutilement, 

de  l'ame.  Et  s'il  est   venu,  ou,  pour  mieux    dire,  si  vous  reconnaissez  que  vous  avez  encore  besoin 

et  comme   je  veux   le  croire   de   vous,   puisqu'il  de  vous  examiner  denouveiu;  et  vous  ne  vous 


la  crainte 

servile  est 

one  sorte 

d'hiver   pour 

l'ame,  comme 

la  charite  est 

an   cte   poar 

elle. 


Les  larmes 
de  la  charite. 


l'ete. 


Saint  Ber- 
nard   recom- 
mends 
I'examen 
parlirnlier. 


Parum  est  nisi  et  malum  inesse  fateatur.  Ait  natnque  : 
Non  quod  volo  hoc  ago  ;  sed  quod  odi,  illud  facto.  Si 
aulem  quod  odi  illud  facio  ;  jam  non  ego  operor  illud, 
ted  quod  habitat  in  me  peceafum.  Ant  le  ergo,  si  audes, 
prefer  Apostolo,  (nempe  ipsius  isla  vox  est  :)  uut  fatere 
cum  illo  te  quoque  vitiis  non  carere.  Medium  deni- 
U.  namqae.  que  *  vitiorum  virtus  tenet  ;  ac  proinde  sedula  eges 
non  solum  putatione,  sed  et  circumcisione.  Alioquin 
verendum,  ne  circumquaque  a  lambentibus,  vel  potius 
a  rodentibus  vitiis  ilia,  dum  nescis,  paulatim  elangueat ; 
aut,  si  supercreverint,  suffocetur.  Unuai  in  tanto  dis- 
crimine  concilium  est,  observare  diligenter,  ol  mox  ut 
renascentium  capita  apparebunt,  prompta  severitate  suc- 
cidere.  Non  potest  virtus  cum  vitiis  pariter  crescere. 
Ergo  ut  ilia  vigeat,  ista  crescere  non  sinantur.  Tolle 
superflua,  et  salubria  surgunL  Utilitati  accedit,  quid- 
quid  cupiditati  demis.  Demusoperam  putationi.  Putetur 
cupiditas,  ut  rirtus  roboretur. 

11.  Nobis,  fratres,  putationis  semper  est  tempus,  sic- 
nt  semper  est  opus.  Confido  enim,  quia  nobis  hiems 
jam  transiit,  Scitis  quam  hiemem  dicam  1  Timorem 
ilium,  qui  non  est  in  charitate,  quicumomnes  initiet  ad 
aapientiam,  ncminem  consummat  :  quoniam  superve- 
niens  charitas  extundit  ilium,  tanquam  hiemem  sslas. 
JEttas  enim  charitas   est  ;  qua  si  jam    venit,   Imo  quia 

T.    IV. 


venit,  (sicut  justum  est  mihi  sentire  de  vobis)  siccaverit 
necesse  est  omnem  hiemalem  imbrem,  omnem  videlicet 
anxiotatis  lacrymam,  quam  amara  recordatio  peccati,  et 
timor  ante  extorquebat  judicii.  Itaque  (quod  non  dubius 
dico,  etsi  non  de  omnibus  vobis,  profecto  de  pluribus) 
hie  jam  imber  abiit  et  recessit  j  nam  et  flores  apparent, 
indices  pluvis  suavioris.  Habet  et  astas  pluvias  suas 
suaves  et  uberes.  Quid  dulcius  lacrymis  charitalis  ?  Flet 
quippe  charitas,  sed  ex  amore,  non  ex  masrore ;  net  ex 
desideno,  tlet  cum  flentibus.  Tali  imbre  non  ambigo  ri- 
gatos  uberius  actus  obedientiae  vestra,  quos  latus  in- 
,  non  murmure  tetros ,  non  tristitia  subobs- 
curos ,  sed  quodam  spirituali  gaudio  jucundos  et 
floridos.  Sic  sunt ,  ac  si  semper  (lores  gestetis  in  ma- 
nibus. 

li.  Ergo  si  hiems  transiit,  imber  abiit  et  recessit 
si  demum  tlores  apparuerunt  in  terra  nostra,  et  sn- 
binde  quadam  spirituabs  gratia  vernalis  temperies 
tempus  putationis  indicit  :  quid  restat,  nisi  ut  de  catero 
toti  incumbamus  huic  operi  tam  sancto,  tam  necessa- 
rio  '.'  Scrutemur,  juxta  Prophetam,  vias  nostras  et  studia 
nostra,  etin  eo  se  quisque  judicet  profecisse,  non  cum 
non  invenerit  quod  repretiendat,  sed  cum  quod  inve- 
nerit,  reprehendet.  Tunc  te  non  frustra  scrutatus  es,  si 
mrsum  opus  esse    scrutinio  advertisti  :  et  toties  non   te 

28 


UU 


serez  point  trompf  dans  votre  examen,  toutes  les 
fois  que  vous  croirez  avoir  besoin  de  le  recommen- 
ces Mais  si  vous  le  faites  autant  de  fois  que  vous 
in  aurez  besoin,  vous  le  ferez  toujours.  Souvenez- 
vous  done  que  vous  avei  toujours  besoin  du  se- 
cours  d'en  bant,  et  de  la  misericorde  de   l'epoux 


GEUVRES  DE  SAINT  BEKNARD. 

pour  se  l'unir  inlimement.  II  ilit,  en  effet :  «  Dans 
notre  terre.  »  Cette  parole  n'est  pas  une  parole  de 
souverainete,  mais  de  familiarity,  mais  dalliance 
Aussi  n'est-ce  point  comme  Seigneur,  mais  comme 
fcpoux  qu'il  parle  ainsi.  Quoi?  11  est  notre  createur, 
et  il  se  rend  notre  compagnon  !  II  ne  faut  pas  s'en 


de  l'Eglise,  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  crui  etant     etoiiner.    C'est   l'amour  qui  parle,  et   l'auiour  ne 


I  lieu,  est  eleve  au  dessus  de  toutes  choses  et  beni 
dans  tous  les  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON"  1.1X. 

itemissements   de    lame  qui  soupire  apres  la  ctlesle 
patrie,  eloge  de  la  chastete  el  de  la  viduite. 

1.  «  La  voix  de  la  tourterelle  a  ete  euteudue  dans 
notre  terre  [Cant.  11,  12).  »  Voici  la  seconde  fois 
que  celui  qui  est  du  ciel  parle  de  la  terre,  je  suis 
force  d'en  convenir.  Et  il  en  parle  avt-c  autant  de 
bonte  et  d'affection  que  s'il  etait  vraiment  citoyen 
de  la  terre.  Celui-la  c'est  1'Epoux  ;  apres  avoir  dit, 


connait  point   de  mailre.    Car  ce  Cantique   est    un    _. 

,.  ■,  •.  ..  .■  u"u  slme. 

cantique  d  amour,  el  il  ne  saurait  etre  rempli,  que  n  en  l'amour 

de  choses  amoureuses.  Dieu  aime  aussi  et  son 
amour  ne  vient  point  d'ailleurs  que  de  lui,  attend u 
qu'il  est  lui-meme  amour.  Et  il  aime  avec  d'autant 
plus  de  violence  que  lui  et  son  amour  ne  sont 
qu'un.  Mais  ceux  qu'il  aime,  il  les  traite  comme  des 
amis,  non  comme  des  serviteurs.  De  Maitre  il  de- 
vient  ami.  Car  il  n'appellerait  pas  ses  disciples  ses 
amis,  s'ils  ne  l'etaient  en  effet. 

2.  Yoyez-vous  comme  la  majeste  meme  cede  a 
l'amour.  II  en  est  ainsi,  mes  freres ;  l'amour  n'ad- 
mire  personne,  mais  il  ne  meprise  personne,  il  re- 
garde  d'un  meme  oeil  tous  ceux  qui    s'entr'aiment 


La  majesty 
cede  le  pa» 
a  l'amour. 


que   les  tleurs  avaient  paru,  non  pas  sur  la   terre     parfaitement,   et  il  egale  en  lui  les  grands  et   les 

^implement,   mais   sur  notre  terre,  il  dit   encore 

maintenant  :    a  La  voix  de  la  tourterelle  a  ete   en- 

lendue  dans   notre  terre.  »  Quelle  est  done  la  rai- 

son  d'une  facon  de  parler  si  extraordinaire,  pour 

ne    pas    dire  si  indigne    de  Dieu?  Je  ne    crois    pas 

qu'on  trouve  ailleurs  qu'il  ait  ainsi  parle  du  (del, 

encore  moins  de  la  terre.  Considerez  done  combien 

il  est  doux  d'enteudre  le  Dieu  du  ciel  dire  :  «  Dans 

notre  terre. »  Et  vous,  habitants  de  la  terre,  enfants 

des  homnies,  ecoutez:  «  Le  Seigneur  a  faitdegrau- 

des    choses   pour  nous  [Psal.  exxv,  a).  »   II    a   un 

grand  commerce  avec  la  terre,  de  grands  rapports 

avec   l'Epouse,   qu'il  lui  a  plu  de  Urer  de  la   terre 


petits.  Non-seulement  il  les  rend  egaux,  mais  il 
n'en  fait  qu'un  d'eux  tous.  Vous  pensez  peut-etre 
que  Dieu  est  excepte  de  cette  regie,  mais  ne  savez- 
vous  pas  que  celui  qui  est  etroitement  attache  i 
Dieu  n'est  qu'un  esprit  avec  lui  1 1  Cor.  vi,  17j  ?  II 
s'est  rendu  lui-meme  comme  l'un  d'entre  nous. 
C'est  trop  peu,  il  s'est  rendu,  non  pas  comme  l'un 
d'entre  nous,  mais  l'un  d'entre  nous.  C'est  peu 
qu'il  soit  semblable  aux  hommes,  il  est  homnie. 
C'est  ce  qui  fait  qu'il  s'attnbue  notre  terre,  mais 
comme  patrie,  non  comme  possession.  Et  pourquoi 
ne  se  l'attribuerait-il  pas?  C'est  d'elle  que  vient 
son  epouse  ;  d'elle  aussi  que  vient  la  substance  de 


fefellit  inquisitio  tua.quoties  iterandam  putaveris.  Si  au- 
Icm  semper  hoc,  cum  opus  est,  faeis,  semper  fades. 
Semper  ergo  opus  esse  tibi  memiueris  supemi  auxilh, 
et  misericordia;  sponsi  Ecclesis  Jesu-Christi  Domini 
i.ostri,  qui  est  super  omnia  Deus  benediclus  in  saecula. 
.\men. 

SERMO  L1X. 

Ue  gemitibus  antrum  suspiranits  ad  calestem  patriam,et 
de  commendalione  caslitatis  et  riduitatis. 

1.  Vox  turturts  audita  est  intt-rra  nostra,  minime  jam 
dissimulare  queo,  quod  ecce  aecundo  is,  quide  ccelo  est, 
de  terra  loquitur  :  ulique  tain  dignanter,  tain  socialiter, 
quasi  unus  e  terra.  Sponsus  est  iste  :  qui  cum  pnemit- 
teret  llores  apparuisse  in  terra, adj limit,  nostra  :  et  nunc 
niliilominus,  Vox,  inquit,  turturis  awida  est  in  terra 
nostra.  Ergoneratioue  carebit  Deo  quidem  lam  insueta, 
ne  dicam  indigua,  locutio?  .Nusquam  (ut  opinori  de  ccelo 
■ic  locutum  reperies,  nusquam  alibi  de  terra.  Advene 
igilwr,  quant*  suavitatis  .it  Deuin  cceli  diceie,  in  terra 


nostra.  Quique  terrigens  et  filii  hominum,  audite  :  ma- 
gniticavit  Dominus  facere  nobiscum.  Multum  illi  cum 
terra,  multum  cum  Sponsa,  quam  deterrissibiadsciseere 
placuit.  In  terra,  inquil,  nostra.  Non  plane  principatuin 
sonat  vox  isla,  sed  consortium,  sed  familiaritatem.  Tan- 
quam  sponsus  hoc  dicit,  non  tanquam  dominus,  Quid? 
Conditor  est,  et  consortem  se  reputat !  Amor  loquitur, 
qui  dominum  ncseit.  Carmen  nimirum  anions  est,  nee 
aliis  hoc  quam  amatoriis  fulciri  oportuit.  Amat  et  Deus, 
nee  aliunde  hoc  habet,  sed  ipse  est  unde  amat.  Et  ideo 
vehementius,  quia  non  amorem  lam  habet,  quam  hoc  est 
ipse.  Verum  quos  amat,  amicos  habet,  non  servos.  De- 
nique  amicus  fit  de  magistro  :  nee  cnim  amicos  discipu- 
los  diceret,  si  non  essent. 

2.  Yides  amori  cedere  etiam  majestatem?  Ita  est,  fra- 
tres,  neminem  suspicit  amor,  sed  ne  despicit  quidem. 
Omnes  ex  iequo  intuetur,  qui  perfecte  se  amant,  et  in 
seipso  celsoshumilesque  coiiteniperat  :  nee  modo  pares, 
sed  unum  eos  facit.  Tu  Deum  lorsitan  adhuc  ab  hac  amorii 
regula  excipi  putas  :  sed  qui  adhaaet  Deo,  unus  spintus 
est.  Quid  miraris  hoc?  Ipse  factus  est  tanquam  unus  ex 
nobis.  Minus  dixi  :  non  tanquam  unus,  sed  unus.  Parum 


CINQUANTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQIJES. 


son  corps.  C'est  d'elle  que  vient  l'Epoux  menie, 
puisque  lui  et  son  Spouse  ne  sont  qu'unn  meme 
chair.  S'ils  n'ont  qu'une  meme  chair,  pourquoi 
n'auront-ils  pas  line  seule  et  meme  patrie  ?  «  Le 
Seigneur,  dit  le  Prophete,  s'est  reserve  le  plus  haut 
des  eieux,  et  a  donne  la  terre  aux  enfants  des 
hommes  [Psal.  cxm,  16).  »  C'est  done  comme  fils 
de  l'homme  qu'il  herite  de  la  terre,  comme  Sei- 
gneur qu'il  se  l'assujettit,  comme  createur  qu'il  la    portables,   et  ils  ne  voudraient  pas  seulement  y 


435 

vertu,  si  on  connait  que  vous  <?tes  persuade  vous- 
meuie  dece  que  vousvoulez  persuader  aux  autres. 
La  voix  des  ceuvres  est  plus  forte  que  celle  de  la 
bouche,  faites  ce  que  vous  dites,  et  non-seulement 
vous  me  corrigerez  avec  plus  de  facilite,  mais  vous 
echapperez  vous-meme  a  une  grande  responsabilite ; 
on  ne  pourra  plus  vous  dire  :  «  Us  mettent  sur  les 
epaules  des  hommes  des  fardeaux  pesants  et  insup- 


Cousidera- 
ion  mystique 

de  la 
tourterelle. 


Itile  recom- 

mandation 

aux  predi- 

cateurs. 


II  faut 

precher 

d'exemple 

ieu  plus  que 

de  pjirole. 


gouverne,  et  comme  epoux  qu'il  la  partage.  Car, 
en  disant  «  dans  notre  terre,  »  il  temoigue  qu'il 
refuse  de  la  posseder  en  propre,  et  qu'il  desire  la 
partager  avec  un  autre.  Mais  en  voila  assez  pour 
expliquer  pourquoi  l'Epoux  a  daigne  se  servir 
d'une  parole  si  pleiue  de  bonte,  et  dire,  «  notre 
terre.  » 

3.  Maintenant  passons  au  reste.  «  La  voix  de  la 
tourterelle  s'est  fait  entendre  dans  notre  terre.  » 
C'est  une  marque,  que  l'hiver  est  passe,  et  qu'il  est 
temps  de  tailler  la  vigne.  Voila  pour  le  sens  litteral. 
Au  reste  la  voix  de  la  tourterelle  n'est  pas  fort 
agreable,  mais  elle  annonce  des  choses  qui  le  sont. 
Ce  petit  oiseau  ne  coute  pas  bien  cher  ;  mais  si 
vous  y  preuez  garde  il  vaut  cher.  Sa  voix,  plus 
semblable  a  un  gemissement  qu'a  un  chant,  nous 
rappelle  notre  exil.  J'entends  volontiers  la  voix 
d'un  predicateur  qui  ne  s'attire  pas  des  applaudis- 
sements,  mais  qui  me  touche  le  cceur.  Vous  imitez 
la  tourterelle,  si  vous  enseignez  a  geinir.  Mais  si 
vous  voulez  me  persuader  de  gemir,  ce  sera  plut&t 
en  gemissant  qu'en  declamant.  L'exempleici,  aussi 
bien  qu'en  beaucoup  de  clioses,  est  plus  eflicace  que 
la  parole.   Votre   voix  sera  puissante  et  pleine   de 


Le  desir  de 
la  celeste 

patrie 
convient 

surtout   i  la 


toucher  du  bout  des  doigts  [Mallh.  xxiu,  h)  ;  »  Et 
vous  ne  craindrez  point  d'entendre  ces  mots  : 
«  Vous  qui  enseignez  aux  autres,  pourquoi  ne  vous 
enseignez-vous  pas  a  vous-meme  [Rom.  n,  21)  ?  » 
k-  «  La  voix  de  la  tourterelle  s'est  fait  entendre 
dans  notre  terre.  »  Tant  que  les  hommes  n'ont 
recu  pour  recompense  du  culte  qu'ils  remlaient  a 
Dieu,  que  la  possession  de  la  terre,  de  eette  terre  lVnouveiie 
oil  coulaient  le  lait  et  le  miel,  ils  ne  se  sont  point 
trouves  etrangers  sur  la  terre,  et  n'ont  point  gemi 
comme  la  tourterelle,  au  souvenir  de  leur  patrie  : 
au  contraire,  abusant  du  lieu  de  leur  exil,  comme 
si  e'eut  ete  leur  patrie,  ils  se  sont  adonnes  a  toute 
sorte  de  voluptes  et  de  debauches.  C'est  ainsi  qu'il 
s'est  passe  tant  de  temps  sans  que  la  voix  de  la 
tourterelle  se  fit  entendre  dans  notre  terre.  Mais 
lorsque  la  promesse  du  royaume  des  cieux  a  ete 
faite,  alors  les  hommes  ont  reconnu  qu'ils  n'ont 
pas  ici  une  patrie  permanente,  et  ils  ont  commence 
a  rechercher  la  patrie  future  avec  ardeur.  Et  c'est 
alors,  pour  la  premiere  fois,  que  la  voix  de  la  tour- 
terelle s'est  fait  entendre  clairement  dans  notre 
terre.  Car,  quand  une  sainte  "une  soupirait  apresla 
presence  de  Jesus-Christ,  soutfrait  avec   peine  de 


est  parem  esse  hominibus  :  homo  est.  Inde  terram  nos- 
tram  vindicat  sibi,  sed  quasi  patriam,  non  quasi  posses- 
sionem. Quidni  vindicet?  Indc  illi  sponsa,  inde  subs- 
tantia corporis  :  inde  Sponstis  ipse,  inde  duo  incarne  una. 
Si  caro  una,  eur  non  et  patria  una?  Caelum cceli Domino, 
inquit,  terram  aulem  dedit  filiis homniwn.  Ergo  ut  tiling 
hominis  hceredifat  terram,  utdominus  snbjicit,  ut  condi- 
toradministrat,  utsponsus  oommunicat.  Dicendo  nempe, 
in  terra  nostra,  proprietatem  profectoabnuH,  societatem 
non  respuit.  Et  haec  pro  eo,  quod  Sponsus  tarn  benigno 
usus  est  verbo,  ut  dignalus  sit  dicere,  in  terra  nostra. 
Nunc  caetera  videamus. 

3.  Vox  turturis  audita  est  in  terra  nostra.  EL  hoc  in- 
dicium est  transacts  hiemis,  tempus  nihilominus  puta- 
tionis  adesse  denuntians.  Idjuxta  litteram.  Alias  turturis 
vox  non  dulce  admodtim  sonat,  sed  signal  dulcia.  Ipsa 
avicula,  si  emis,  non  magni;  si  discutis,  non  parvi  pretii 
est.  Et  vox  quidem  gementi,  quam  canenti  similior,  pe- 
regrinationis  nostra?  nos  admonet.  Illius  doctoris  liben- 
ter  audio  vocem,  qui  non  sibi  plausum,  sed  mihi  planctum 
moveat.  Vere  turturem  exhibes,  si  gemere  doceas  :  et 
si  persuadere  vis,  gemendo  id  magis,  quam  declamando 
studeas  oportebit.  Exemplum  sane  turn  in  aliis  mullis,  turn 
vel  maxime  hocinnegotio,verboefficaciuse9t.  Dabis  voci 
tuae  vocem  virtutis,  siquodsuades,  prins  libi  illud  rogno- 


sceris  parsuasisse.  Validioroperis,  quam  oris  vox.  Fac  ul 
loqueris,  et  non  solum  me  facilius  emendas,  sed  te  quoque 
non  levi  liberas  probro.  Non  jam'pertinebil  ad  te,  si  quis 
dicaf.  Alligant  onera  ijravia  et  imporlabilia,  et  imponuni 
a  in  humeros  hominum,  diyito  autem  sua  nolunt  en 
movere.  Sed  neque  illud  verearis  oportet  :  Tu  qui  alios 
doces,  teipsum  non  doces  ? 

i.  Vox  turturii  audita  est  in  terra  nostra.  Donee  homi- 
nes pro  Dei  cultu  mercedem  tantum  in  terra,  et  tantuni 
terram  acceperunl,  illam  utique  lacleet  melle  manantem, 
minime  se  cognoverunt  peregrinos  super  lerram,  nee 
more  turturis  ingemuerunt  veluti  patriee  reminiscentes  : 
magis  autem  pro  patria  exsilio  abutentes,  dederunt  se 
comedere  pinguia,  et  bibere  mulsuni.  Ita  tandiu  non  est 
vox  turturis  audita  in  terra  nostra.  Ubi  ergo  regni  ccelo- 
rum  promissio  facta  est,  tunc  intellexerur.t  homines  se 
non  habere  hie  civitatem  manentem,  sed  futuram  inqui- 
rere  tota  aviditate  cceperunt;  et  tunc  primum  manifestc 
sonuit  in  terra  vox  turturis.  Nam  dum  sancta  quaeque 
jam  anima  Christ!  prascnliam  suspiraret,  regni  dilationem 
molesle  ferret,  desideratara  patriam  gemitibus  et  suspiriis 
a  longe  salutaret  :  nonne  tibi  videtur  vice  fungi  geme- 
bunds  ac  castissimas  turturis,  qtuecunque  anima  in  terris 
fecisset?  Extunc  ergo  et  deinceps  vox  turturis  audita  est 
in  terra  nostra.  Quidni  moveat  mihi  crebras  lacrymas  et 


436 


GEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


voir  la  possession  du  royaume  de  Dieu  retardee, 
saluait  do  loin  par  ses  gemissements  et  ses  soupirs, 
celte  patrie  taut  desiree,  ne  vous  senible-t-il  pas 
qu'elle  etait  comme  une  tourterelle  chaste  et  gemis- 
sante?  C'est  done  a  partir  de  ce  moment,  et  depuis 
lors,  que  la  vu\\  de  la  tourterelle  s'est  fait  entendre 
dans  autre  terre.  Comment  l'absence  de  Jesus- 
Christ  ne  me  ferait-elle  pas  tous  les  jours  repaudre  - 
des  larmes,  et  pousserdes  soupirs?  Seigneur,  vous 
voyez  oil  tendenttous  mes  desirs,  et  le  gemisse- 
ment  de  mon  Ime  ue  vous  est  point  cache  {Psal. 
xxxvn,  10).  Je  n'ai  fait  que  gemir,  vous  le  savez 
Seigneur,  mais  bienheureux  celui  qui  peut  dire : 
«  J'arroserai  toutesles  units  mon  lit  de  mes  larmes, 
je  le  percerai  de  mes  pleurs  {Psal.  vi,  7).  »  Ce  n'est 
pas  seulement  moi  quiconnais  ces  gemissements, 
ce  sont  tous  ceux  qui  aiment  l'avenement  du  Sau- 
veur.  C'est  d'ailleurs  meme  ce  qu'il  disait  :  «  Les 
enfants  de  l'Epoux  peuveut-ils  pleurer  pendant  que 
l'Epoux  est  avec  eux  ?  II  arrivera  un  temps  que 
l'Epoux  leur  sera  ote,  et  alors  ils  pleureront  [Matth. 
rx,  15).  »  Comme  s'il  eut  dit  :  alors  on  entendra 
la  voix  de  la  tourterelle. 

5.  Ce  que  vous  disiez,  mon  doux  Jesus,  est  bien 
vrai  ;  ce  temps-la  est  venu.  Car  la  creature  ge- 
mit ,  et  est  comme  dans  le  travail  de  l'enfantement, 
en  attendant  la  revelation  de  la  gluire  qui  doit  se 
faire  aux  enfants  de  Dieu.  Mais  ce  n'est  pas  elle 
seulement  qui  gemit;  nous  gemissons  aussi  nous- 
memes,  en  attendant  l'adoption  des  enfants  de  Dieu, 
et  la  redemption  de  notre  corps,  car  nous  savons 
que  tant  que  nous  sommes  dans  ce  corps,  nous 
sommes  exiles  de  la  presence  du  Seigneur.  Et  ces 
gemissements  ne  sont  pas  inutiles,  puisqu'on  y  re- 
pond  du  ciel  avec  tant  de  bonte,  car  le   Seigneur 


dil  :  k  A  cause  de  la  misfire  deepauvreset  desgemis- 
sements  de  ceux  qui  sont  dans  l'oppression,  je 
vais  me  lever.  »  Cette  voix  gemissante  se  lit  entendre 
ainsi  du  temps  des  patriarcb.es,  mais  rarement,  et 
chacun  d'eux  retenait  son  gemissement  an  dedans 
de  soi.  C'est  ce  qui  faisait  dire  a  I'un  d'eux  :  «Mon 
secret  est  pour  moi;  mon  secrel  est  pour  moi  (Isa. 
xxiv,  16) ;  »  et  a  un  autre  :  «  Mon  geniissement  ne 
vous  est  point  cache  {Psal.  xxxvu,  10).  »  ce  qui  fai- 
sait bien  voir  qu'il  etait  cache,  puisqu'il  n "etait 
connu  quedc  Dieu.  C'est  pourquoi  on  ne  pouvait 
pas  dire  alors  :  «  La  voix  de  la  tourterelle  s'est  fait 
entendre  dans  notre  terre ,  »  m  que  ce  secret  n'ap- 
partenait  qu'a  pen  de  personnes,  et  n'etait  pas  en- 
core divulgue  parmi  les  homines.  Mais  depuis 
qu'on  a  crie  publiquement  :  «  Cherchez  les  choses 
du  ciel  on  Jesus-Christ  est  assis  a  la  droite  de  Dieu 
(Coloss.  m,  1),  »  le  geniissement  de  la  tourterelle  a 
commence  a  elre  commun  a  tout  le  monde,  tout  le 
monde  ayant  un  meme  sujet  de  gemir,  parce  que 
tout  le  monde  connaissait  le  Seigneur,  suivant 
cette  parole  de  Jeremie  :  «  Et  tous  me  connaitront 
depuis  le  plus  petit  jusqu'au  plus  grand,  dit  le  Sei- 
gneur (Jer.  xxxi,  34).  » 

6.  Mais  si  plusieurs  gemissent,  pourquoi  n'est-il  Pourquoi  ;i 
parle  que  d'un  seul :  «  La  voix  de  la  tourterelle,  »  a'ett  i;arl6 
dit-il.  Pourquoi  ne  dit-il  pas,  «  des  tourterelles?  »  tonrtirella 
Peut-etre  l'Apdtre  resout-il  cette  difficulty,  lors- 
qu'il  dit ,  «  que  le  Saint-Esprit  lui-meme  prie 
pour  les  saints  par  des  gemissements  ineffables 
(Rom.  vni,  26).  »  11  en  est,  en  elfet,  ainsi ;  il  nous 
le  montre  gemissant,  parce  que  c'est  lui  qui  fait 
gemir.  Et  quel  que  soit  le  nombre  de  ceux  que 
vous  entendez  ainsi  gemir,  c'est  la  voix  d'un  seul 
qui  sort  de  la  bouche  d'eux  tous.  Pourquoi  ne  se- 


gemilus  quotidianos  Christ!  absentia?  Domine,  ante  te 
omne  desiderium  meum,  et  gemitus  mens  a  te  non  est 
absconditus.  Laboravi  in  gemitu  meo,  tu  seis,  sed  beatus 
qnidicere  potuit,  Lavabo  per  singulas  nodes  ledum  union, 
lacrymis  meis  stratum  meum  rigabo.  Non  solum  autem 
niihi,  sed  et  omnibus  qui  diligunt  adventum  ejus,  gemi- 
tus  isti  comperti  sunt.  Hoc  quippe  est  quo  J  ipseaiebat : 
Numquid  possunt,  inquit,  filii  sponsi  lugere,  quandiu 
cum  d/is  est  sponsus?  Venieni  autem  d\  n,  cum  auferetur 
ab  eis  Sponsus,  et  tunc  lugebunt,  acsi  diceret  :  Et  tunc 
vox  tuturis  audielur. 

5.  Ita  est,  Jesu  bone,  venerunt  dies  illi.  Nam  ipsa  cre- 
atura  ingemiscit  et  parturit  usque  adbuc,  revelationem 
filiorum  Dei  exspectans.  Non  solum  autem  ilia,  sed  et 
nos  ipsi  intra  nos  gemimus,  adoptionem  filiorum  Dei 
exspectantes  ,  redemptionem  corporis  nostri  :  hoc 
scientes ,  quia  quandiu  suinus  in  corpore  hoc,  pcre- 
grinamur  a  Domino.  Nee  vacui  gemitus,  qnibus  e  coelo 
tarn  misericorditer  respondetur  :  Propter  misericordiam 
inopum  etgemilum  pauperum  nunc  exsurgam,  dicit Do- 
minus.  Knit  el  in  tempore  Palrum  vox  ista  gementium  : 
sed  rara,  et  penes  quemque  suus  gemitus.  Uude  et  di- 
cebat  quis  :  Secretum  meum  mihi,  secretum  meum  mihi. 


Sed  et  qui  aiebat,  Gemitus  metis  a  tenon  eslabconditus, 
profecto  monstrabat  abscondilum  esse,  qui  soli  Deo  non 
esset  absconditus.  Et  ideo  tunc  dici  non  potuit,  Voxtur- 
luris  audita  est  in  terra  nostra  :  quoniam  secretum  adhuc. 
paucorum  jam  tunc  in  mullitudinem  non  oxivil.  At  ubi 
palain  claui.it u m  est.  Qucesursum  suntquserHe,  ubiGhristus 
est  in  dextera  !>■  sedens  ■.  ad  omnesjamcGapitpertinere 
gemitus  iste  turturcus,  et  una  omnibus  esse  gemendi  ratio, 
quiaomnes  sciebant  Dominum,  secundum  quod  in  Je- 
rcmia  legilur  :  Et  cognoscent  me  omnes  u  minima  usque 
ad  maximum,  dicit  Dommus. 

6.  Cieterum  si  mulli  gementes,  quid  sibi  vult  unius 
expressio?  Vox  turturis,  inquit.  Qnare  non  turturum  ? 
Forte  Apostolus  id  solvit,  ubi  ait,  quia  ipseSpiritus  poa- 
tulat  pro  Sanctis  gemitibus  incnarrabilibus.  Ita  est,  ipse 
inducitur  gemens,  qui  gementes  tacit.  Et  quamlibet  multi 
tint,  quos  ita  gemere  audias,  uniusper  omnium  labia  vox 
sonat.  Quidni  illius,  qui  ipsain  in  ore  singulorum  pro 
quorumque  necessitatibus  forma?  Denique  unicuiqur  da- 
iur  mumfestatio  Spiritus  ad  utddutem.  Sua  vox  quem- 
que manifestum  facit,  et  prsesentem  indicat.  Et  audi  ex 
Evangelio,  quod  vocem  babeat  Spiritus-Sanctus.  Spirdus, 
inquit,  ubi  vult  spiral,  et  vocem  ejus  audis  ;  et  ttescis 


C1NQUANTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


437 


rait-ce  pas  sa  voix,  puisque  c'est  lui  qui  la  forme 
dans  chaque  fidele,  pour  demander  a  Dieu  les  cho- 
ses  dont  il  a  besoin  ?  Car  l'esprit  est  revele  a  chacun , 
selon  ses  besoins  (1  Cot.  xu,  7),  orcbacunse  fait 
connaitre  a  sa  voix,  et  temoigne  par-la  qu'il  est 
present.  Ecoutez  comment,  selon  l'Evangile,  le  saint 
Esprit  a  line  voix.  «  L'Esprit  souffle  oti  il  vent,  et 
vous  entendez  sa  voix,  sans  savoir  d'oii  elle  vient, 
ni  oil  elle  va  (Joan,  in,  8).  »  Mais  le  maitre  mort 
qui  enseignait  k  des  morts  une  lettre  morte,  ne  le 
savait  pas.  Quant  a  nous,  nous  le  savons  bien,  nous 
qui,  transferees  tie  la  mort  a  la  vie,  par  l'Esprit  vi- 
vifiant,  eprouvons  par  une  experience  certaine  et 
journaliere,  qui  est  1'effet  de  son  illumination,  que 
nos  vceux  et  nos  gemissements  viennent  de  lui,  vont 
a  lui,  et  la  trouvent  misericorde  devaut  les  yeux 
ile  Dieu.  Car,  quand  est-ce  que  Dieu  rendrait  inutile 
la  voix  deson  Esprit.  11  sait  ce  que  desire  cet  Es- 
prit, parce  qu'il  nedemande  a  Dieu  pour  les  saints 
que  des  cboses  qui  sont  conformes  a  sa  volonte. 
Tourquoi  '•  II  n'y  a  Pas  1ue  'es  gemissements  qui  rendent 
offrait-on     ]a    tourlerelle  reconimandable,  sa  chastete  nous  la 

nne  toune- 

eiie  dans  les  recommande  egalement.  C  est  a  cause  de  cette  vertu 
unifications.  q„.elle  fut  jugee  une  victime  digne  d'etre  offerte 

pour  le  Ills   d'une  vierge.    Car  l'Evangile   porte  : 
«  Une  paire  de  tourterelles,  ou  deux  petils    d'une 
colombe  (Luc.  n,  24).  »  Et  quoique  le  Saint- Esprit 
soit  ordinairement   designe  par  la  colombe,  nean- 
nioins  comme  c'est  un  oiseau  porte  i  l'impurete,  il 
n'etait  pas  a  propos  qu'il  fut  otfert  pour  le  sacrifice 
du  Seigneur,  si  ce  n'estdaus  un  age  exempt  de  cette 
passion  :  Mais  l'age  de  la  tourterelle  n'est  pas  mar- 
que, parce  qu'elle  est  cbasle  a  quelque  age  que  ce  soit. 
jatourterelle  Car   elle  se  contente  d'un  seul  male,  et  quand   elle 
damnation    'a  lK'ri'ui  el'e  n'L'u  connait  point  d'autre,  Mutuant, 
les  secondes  par  la,  la  pluralite  des  noces  cbez  les  bommes.  Car 


quoique  ce  ne  soit  qu'une  faute  venielle ,  attendu 
qu'elles  sont  un  remede  a  l'incontinence,  neanmoins 
une  si  grande  incontinence  est  bonteuse.  JN'est-ce 
pas  une  bonte  que  la  raison  ne  puisse  faire  dans 
1'bomme,  en  ce  qui  regarde  l'honnetete,  ce  que  la 
nature  fait  dans  un  oiseau  ?  Ou  voit,  en  effet,  la 
tourterelle,  darts  le  temps  de  son  veuvage,  prali- 
quer  tous  les  exercices  de  cet  etat  saint  avec  une 
vigilance  et  une  ardeur  infatigables.  Vous  la  vo- 
yez  toujours  solitaire  ;  vous  l'entendez  toujours  ge- 
mir  ;  et  on  ne  la  voit  jamais  se  percber  sur  un  ra- 
meau  vert,  pour  vous  apprendre  a  fuir  les  plaisirs 
de  la  volupte  comme  une  peste.  Ajoutez  a  cela 
qu'elle  demeure  le  plus  souvent  sur  le  sommet  des 
montagnes,  et  sur  le  faite  des  arbres,  pour  nous  ap- 
prendre a  mepriser  les  cboses  de  la  terre  et  a  aimer 
les  cboses  du  ciel,  ce  qui  convient  particulierement 
a  l'etat  de  la  chastete. 

8.  D'ou  Ton  peut  conclure  que  la  voix  de  la  tour- 
terelle est  aussi  une  exhortation  k  la  purete.  Car 
cette  voix  ne  s'est  point  fait  entendre  d'abord  sur  la 
terre.  On  y  entendit  plutot  celle-ci  :  «  Croissez  et 
multipliez  et  remplissez  la  terre  [Gen.  i,  28).  » 
C'eut  ete  sans  doute  en  vain  que  cette  voix 
de  la  cbastete  eut  raisonne,  lorsque  la  patrie 
ties  ressuscites  n'etait  pas  encore  decouverte,  cette 
patrie  ou  les  bommes  ne  se  marieront  point,  mais 
seront  comme  les  anges  de  Dieu  dans  le  ciel.  Etait-ce  ,    , 

°  Le  temps   de 

le  temps  de  faire  entendre  cette  voix,  lorsque  toute  •    la  loi 

femme  sterile  dans  le  peuple  juif  etait  maudite,  taanitpa"peroIpre 
lorsque    les   patriarches  meme     avaient  plusieurs  &  >»  pr/dica- 

x  A  r  tion  de  la 

fenimes  en  meme  temps,  lorsque  la  loi  comman-  continence, 
dait  a  un  frere  de  faire  revivre  la  semence  de  son 
frere  mort  sans  enfant,  en  epousant  sa  veuve  ?  Mais, 
depuis  que  la  louange  des  eunuques,  qui  se  sont 
mutiles  pour  le  royaume  Dieu,  est  sortie  de  la  bou- 


unchveniat,aut quo  vadat.  Etsiille  nesciebat, qui litteram 
occidentem  doccbat  mortuos  niiigister  mortuus;  nos  sci- 
amus,  qui  translati  de  raorle  ad  vitam  per  vtvificantem 
Spiritual,  certo  et  quotidiano  experimento,  ipso  nos  illu- 
niinaute,  probanius  vota  et  gemitus  nostros  ;ib  ipso  venire, 
et  ad  cum  ire,  illicque  invenire  misericordiam  in  oculis 
Dei.  Quando  enim  sui  Spiritus  vocem  irritam  I'accret 
Deus?  At  ipse  soil  quid  desideret  Spiritus,  qtiia  secun- 
dum Deum  postulat  pro  Sanctis. 

7.  Nee  soli  coramendant  turtnremgemilus  :  commen- 
dat  elcastitas.  Hujus  denique  merito  digna  fuit  dari 
hostia  pro  virgineo  partu.  Sic  quippe  babes  :  Par  turlu- 
i-uiii,  aut  duns  pullos  columbarum.  Et  licet  alias 
quidem  per  columbam  Spiritus-Sanctus soleat  designari ; 
quia  tamen  libidinosa  avis  est,  noa  dec.uit  ofTerri  earn 
in  sacrificium  IlDmini,  nisi  ea  sane  aetate,  qua  nesciret 
libidinem.  At  lurturis  non  designator  a>tas,  quoniam 
agnuscitur  caslilas  in  quacumque  ;etatc.  Denique  compare 
uno  contenta  est,  quo  amisso  alteram  jam  non  admittit, 
numcrositatem  in  hominibtis  nuptiaram  redarguens. 
Nam  clsi  forsitan  culpa  propter  incontiiientiam  venialis 
est ;  ipsa  tamen  tanta  incontinentia  turpis  esl.  Pudet  ad 


negotium  honestatis  rationem  non  posse  in  homine 
quod  natura  possit  in  volucre.  Cernere  enim  est  turtu- 
rem  tempore  suae  viduitatis,  sanctee  viduitatis  opus  stre- 
nue  atque  infatigabiliter  exsequentem.  Videas  ubique 
singularem,  ubique  gementem  audias  ;  nee  unquam  in 
viridi  ramo  residentem  prospicies  :  ut  tu  ab  eo  disca 
voliiptatum  virentia  virulenla  vitare.  Adde  quod  in 
jugis  montium  et  in  summitatibus  arborum  frequen- 
tior  illi  conversatio  est  :  ut,  quod  vel  maxime  propositum 
pudieUiae  decet,  doceat  nos  terrena  despicere,  et  amare 
ccelestia. 

8.  Ex  quibus  colligitur,  quod  vox  sit  turturis  etiam 
praadicatio  castitatis.  Neque  enim  a  principio  vox  ista 
in  terris  audita  fuit,  sed  magis  ilia  :  Crescite,  et  mul- 
tiplicamini,  et  replete  terram.  Incassum  profecto  vox 
ilia  pudicitiae  sonuisset,  necdum  propalata  resurgenlium 
patria  :  in  qua  longe  felieius  homines  neque  nubent, 
neque  nubentur,  sed  sunt  sic.ut  angeli  Dei  in  coelis. 
Tune  voci  illi  (empus  fuisse  tunc  dicas,  cum  maledicto 
omnis  subjacebat  sterilis  in  Israel,  cum  patriarchae  ipsi 
plurcs  simul  babebant  uxores,  cum  frater  fratris  absque 
liberis  defuncti  semen  suscilare  ex  lege  compellebalur  ! 


438 


(H-TVKKS  OK  SAIM  ISEHNAItH. 


La  foi  vieot 
de  l'oui  • 

la  conGrma- 
tin  de  la 

foi  vieot  de 

It    Mir'. 


che  de  la  celeste  tourterelle  {Malth.  xix,  12),  et  que 
le  conseil  qu'une  autre  chaste  tourterelle  a  donne 
touchant  les  Biles  .1  ete  suivi  partout ,  alors  on  a 
commence  a  pouvoirdiro  v6ritablement  :  «  la  voix 
de  la  tourterelle  s'est  fait  entendre  Jans  noire 
terre.  » 

9.  Puisque  les  Hems  out  paru  dans  noire  terre, 
et  que  la  voix  de  la  tourterelle  y  a  ete  entendue,  la 
rente  sansdflute  a  ti&  dfecouverte,  et  par  la  vue,  et 
par  l'oule.  Car  la  voix  s'eatend,  et  les  Qeurs  se 
voient.  Les  Qeurs,  ce  sont  les  miracles,  conune 
nous  l'avons  explique  plus  haut,  et,  en  se  joign  ml 
a  la  voix,  elles  produisent  les  fruits  de  la  foi.  Car, 
bien  que  la  foi  vienne  de  l'ouie,  la  confirmation  de 
la  foi  vient  de  la  vue.  La  voix  a  retenli,  les  ileurs 
ont  briile,  et  la  verite  a  germe  de  la  terre,  la  pa- 
role et  les  miracles  concour.mt  ensemble  par  la  con- 
fession des  i'nieles,  pour  servir  .le  temoignage  a  la 
foi.  C'est  uu  temoignage  facile  a  accepter,  quand  la 
Beur  atteste  la  verite  de  la  voix  et  de  la  parole,  et 
que  la  vue  seeonde  l'ouie.  Les  choses  qu'on  voit 
confirnient  celles  qu'on  entend,  et  le  temoignage 
de  deux,  c'est-a-dire  de  l'oreille  et  de  l'ceil,  persuade 
la  verite  de  ce  qu'il  rapporte.  Voila  pourquoi  le 
Seigneur  disait,  en  parlant  aux  disciples  de  saint 
Jean  :  «  Allez,  rapportez  a  Jean  ce  que  vous  avez 
entendu  et  vu.  »  II  ne  pouvait  leur  marquer  la 
certitude  de  la  foi  dune  maniere  plus  courte  ni 
plus  claire ;  la  meme  certitude  de  la  foi  a  ete  per- 
suadee  a  toute  la  terre  en  aussi  peu  de  mots,  et 
par  le  meme  raisonnement.  Prechez  «  les  choses 
que  vous  avez  eiitendues  et  vues.  »  0  parole  courte, 
mais  neanmoins  vive  et  eflkace !  Je  ne  fais  point 
difliculte  d' assurer  ce  que  j'ai  appris  par  mes  oreif.es 


et  par  mes  yeux.  line  trompette  salutaire  Sonne,  les 
miracles  brillent,  et  le  monde  croit.  On  persuade 
aisemenl  ce  qu'on  'lit,  lorsqu'on  le  prouve  par  des 
prodiges  surprenants.  Or,  nous  lisons  que  les «  apo- 
tres,  etanl  sortisde  Jerusalem,  precherent  partout, 
le  Seigneur  coopSrant  a  leurs  paroles,  et  les  confir* 
mant  par  des   miracles  [Matth.  xvi,  20).  »  Nous  li-  Esemples  de 
sons  qu'il  fut  transfigure  sur  le  Thabor,  au  sein  t1i*JfredlCdYs 
d'une   merveilleiise  clarte,  et  que,  neanmoins,  une  miracles  de 
, .  ,    .  1     1    -  1      ,' •  !*elab!isse- 

voix  celeste  ae  laissa  pas  de  lm  rendre temoignage.  ment  Ae  i» 
Nous  voyons  encore  sur  le  bord  du  Jourdain  une  foi  • 
colombe  qui  le  designe,  et  une  voix  qui  atteste  sa 
iliwnile.  Ainsi,  la  misericorde  de  Dieu  fait  toujours 
concourir  egalement  ces  deux  choses,  la  voix  et  le 
signe,  pour  introduire  la  foi,  atin  que,  par  cesdeux 
sens,  comrae  par  deux  fen&tres  ouvertes,  il  se  fasse 
dans  l'ame  uue  large  voie  a  la  clarte. 

10.  11  y  a  ensuite  :  a  Le  iiguier  a  pousse  ses 
boutons  a  tigues.  »  N'en  mangeons  pas,  car  ce  ne 
sont  pas  des  figues  mures.  Elles  ont  l'apparence 
de  bonnes  figues,  mais  elles  n'en  out  pas  le  gout. 
En  quoi  elles  figurent  peut-etre  les  hypocrites. 
Neanmoins,  ne  les  rejetons  pas,  car  nous  en  aurons 
peut-etre  besoin  une  autre  fois.  Elles  tomberont 
assez  lot  d'elles-memes  avant  le  temps,  eomrne  le 
chaume  dont  on  couvre  les  maisons,  qui  est  sec 
avant  qu'on  le  coupe,  ce  qui,  je  crois,  a  ete  dit  des 
hypocrites.  Ce  n'est  pourlant  pas  sans  sujet  qu'il  en 
est  fait  mention  dans  ce  chant  nuptial.  Elles  ne 
serviront  pas,  sans  doute,  a  manger;  mais  du 
inoins  elles  aurout  un  autre  usage.  Dans  les  noces, 
on  a  besoin  de  bien  d'autres  choses  que  de  vivres. 
Quoi  qu'il  en  soit,  je  crois  que  je  ne  les  dois  point 
passer  legerement,  et  qu'il  est  a  propos  de  remettre 


At  ubi  iiisomiit  ex  ore  ccelestis  turturis  commeudatio 
ilia  spadonum,  qui  se  castraverunt  propter  regnum  Dei; 
et  item  alteiius  cujusdam  castissiraae  turturis  conci- 
lium de  virginibus  ubique  invuluit  ;  tunc  primum  dici 
veraciter  potuit,  quia  vox  turturis  audita  est  in  terra 
nostra. 

9.  Ergo  si  in  terra  nostra  et  llores  apparuerunt,  ct 
vox  turturis  audita  est;  profectu  et  visus  Veritas  comperta 
est,  et  audita.  Vox  quippe  audilur,  flos  cernitur.  Flos 
miraculum  est,  ut  nostra  superior  iulerpretatio  habet, 
quod  voci  accedens  fructum  parturit  fidei.  Etsi  fides  ex 
auditu,  sed  ex  visu  conlirmatio  est.  Sonuit  vox,  splenduit 
flos,  et  Veritas  de  terra  orta  est  per  fideliuui  coufessio- 
nem,  verbo  signoque  puriter  coneurrentibus  in  testimo- 
nium fidei.  Testimonia  isla  crcdibilia  facta  sunt  minis, 
dum  flos  voci,  auri  oculus  attestatur.  Audita  visa  cun- 
flrmant,  ut  duoruni  testimonium  (auiis  loquor  et  oculi) 
latum  sit.  Proplcrca  Dominus  aiebal  ;  lie,  renuntiate 
Joanni  (ejus  nempe  discipulis  luijuebatur)  qua-  audistis 
et  villi  tit.  Nee  lirevius  illis,  nee  planius  intimari  (idei 
valuit  certitude  Eadem  sane  in  brevi  eliam  universae 
terra  ,  acta  est,  et  eodem  argumenti  compen- 

dio.  Quae audistii,  inquit,  et  vidistis.  (J  verbum  abbre- 
viatuin,  attamen  vivum  et  efficux  !  Haud  dubius 
profecto  assero,  quod  auribus  oculisque  percepi.    Inlo- 


nat  tuba  salutaris,  coruscant  miracula,  et  mundus  credit. 
Cito  persuadetur  quod  dicitur,  dum  quod  stupetur, 
ostenditar.  Habes  autem,  quia  profecti  apostoli  prasdi- 
caverunt  ubique,  Domino  cooperante,  et  sermonem 
ro/t/iri/iunte  seguentibus  signis.  Habes  in  monte  stupenda 
claritate  traosfiguratum,  et  nibilominus  snperna  testi- 
licatuni  voce.  Habes  in  Jordane  similiter  et  columliam 
designaiiteiu,  et  voccm  testificantem.  Ita  liajc  duo  ubi- 
i[ue  pariter,  vox  el  signunj,  ad  introducendam  fi- 
dem  ex  divina  largilate  concurrunt  :  ut  latus  ad  ani- 
mam  per  ulrasquc  fenctras  ingressus  pateat  veritati. 

10.  Sequitur  :  Ficus  protulii  grosses  sues.  Non 
comedanvis  ex  eis  :  nee  enim  esui  habiles  sunt  ob  im- 
matuiitatem  sui.  Bonarum  Gcuum  habent  speciem,  sed 
similitudinem,  nun  saporem,  forte  hypocritas  designan- 
tes.  Non  abjiciamus  tamen,  alias  forsitan  liis  opus  liabe- 
binius.  Alioquin  satis  per  seipsos  leviter,  et  ante  tempus 
cadent,  sicut  fumum  tectorum,  quod  priusquam  evella- 
tur  exaruit  :  quod  ego  de  hypocritis  dictum  reor.  Non 
sino  causa  tamen  in  carmine  nuptiali  eorura  menlio 
facia  est.  Erunl  sine  dubio,  etsi  non  esui  ,  usui 
qualicunque.  Malta  in  nnpiiis  pi-.eicr  dapes  necessarie 
procurantur.  Egovero  istudadeo  minime  prxtcreundum 
exislimo,  ill  quidquid  illud  est,  inter  anguslias  exlreini- 
tatum  sennonis    I111J119   discutere  nolim  :  sed  differo    in 


SOIXAHTIEMB  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


as9 


ue  que  nous  avons  a  en  dire  a  une  autre  fois,  et 
pour  une  heure  plus  commode,  de  peur  de  trop 
presser  cette  matiere.  Je  vous  laisse  a  juger  si  c'est 
avec  raison  que  je  le  fais;  tachez  seulement,  par 
yos  prieres,  d'obtenir  de  Dieu  pour  moi  que  j'expli- 
que  avec  facilite  ce  que  j'en  pense,  pour  votre 
pdification  et  pour  la  louange  et  la  gloire  de  l'epoux 
de  l'Eglise,  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui  etant 
Dieu  par  dessus  tout,  est  beni  dans  tous  les  siecles 
des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SECMON  LX. 

Incredulite  des  Juifs  qui  mirent  le  coinble      la 
mesure  de  leurs  peres  en  tuant  le  Christ. 

1.  «  Le  liguier  a  portii  ses  boulons  a  figues  [Cant. 
ii,  13)).  »  Ces  mots  se  rapportent  a  ce  qui  precede. 
L'Epoux  avail  dit  que  le  temps  de  tailler  la  vigne 
etait  venu,  et  le  montrait  par  les  tleurs  qui 
commencaient  deja  a,  paraitre,  et  par  la  voix  de  la 
tourterelle  qu'on  avait  entendue.  11  le  prouve  en- 
core par  la  produclion  des  boutons  a  Agues ;  parce 
que  l'amvee  du  printemps  ne  se  reconnait  pas  seu- 
lement aux  fleurs,  ou  a  la  voix  de  la  tourterelle,  mais 
imt  litteral  encore  Pai'  lesfruitsdu  liguier.  Car  la  saison  n'est  ja- 
mais plusbelle,  que  lorsque  le  liguier  produit  ses  bou- 
tons a  figues.  Le  liguier  n'a  point  de  tleurs,  au  lieu 
de  fleurs  il  pousse  des  boutons  a  figues,  lorsque  les 
autres  arbres  lleurissent.  Et  comme  les  tleurs  j>a- 
raisseDt  et  passent  aussitdt,  n'etant  propres  a  rien, 
sinon  a  marquer  les  fruits  qui  doivent  les  suivre, 
ainsi  les  boutons  a  (igues  se  montrent  pendant 
quelque  temps,  tombent  avant  d'etre  murs,  et  font 
place  aux  bonnes  tigues,  mais  ne  sont  pas  bons  a  man- 


ger eux-menies.  C'est  done  par  la,  comme  j'ai  dit, 
que  l'Epoux  connait  quelle  est  la  saison,  et  qu'il  le 
fait  connaitre  a  l'Epouse,  alin  qu'elle  ne  soit  point 
paresseuse  a  aller  aux  vignes  parce  que  ce  qui  se 
fait  en  son  temps  n'est  jamais  perdu.  Voila  pour  ce 
qui  concerne  le  sens  litteral. 

2.  Mais  quel  est  le  sens  spirituel.  11  ne  faut  pas   Le  fig"1" 

.  ,     „      .  .     ,  ,  ,.,  .       represeote  la 

voir  ici  le  liguier,  mais  le  peuple  qu  il  represente.      peuple. 

Car  Dieu  prend  soin  des  bommes,  non  pas  des  ar- 
bres. Le  peuple  est  unvrai  liguier,  fragile  a  cause  de 
la  chair,  petit  de  sens  et  d'in'telligence,  bas  d'es- 
prit,  et  ses  premiers  fruits  sont  grossiers  et  terres- 
tres.  Car  ce  n'est  pas  l'etude  du  peuple,  de  cher- 
cher  premierement,  le  royaume  de  Dieu  et  sa  jus- 
tice (Matth.  vi,  33),  mais  plutot,  comme  dit  l'Apo- 
tre,  de  penser  aux  choses  du  monde,  de  chercher 
pour  les  hommes,  comment  plaire  a  leurs  femmes, 
ou  pour  les  femmes,  comment  se  rendre  agrea- 
bles  a  leurs  maris  (I  Cor.  vu,  33).  Les  personnesde 
cette  sorte  souffriront  des  afflictions  en  la  chair, 
mais  nous  ne  nions  pas,  qu'a  la  fin,  elles  aequierent 
les  fruits  de  la  foi,  si  elles  se  coufessent  et  se  re- 
pentent  sincerement  de  leurs  fautes,  et  surtout 
si  elles  rachettent  lesceuvres  de  la  chair,  par  les  au- 
mones  ?  Les  premiers  fruits  que  produisent  ces  per- 
sonnes  ne  sont  done  pas  proprement  des  fruits, 
non  plus  que  les  boutons  a  figues  que  portent 
les  Dguiers.  Mais  si  ensuite  elles  font  de  dignes 
fruits  de  penitence  ,  car  ce  qui  est  animal  ' 
doit  preceder  ce  qui  est  spirituel  (Cor.  xv,  46), 
on  leur  dira  :  «  Quel  est  ce  fruit  que  vous  avez 
porte  autrefois  et  dont  vous  rougissez  maiutenant 
(Rom.  vi,  21)  ?» 

3.  Neanmoins,  je  ne  crois  pas  qu'on  doive  enten- 
dre ce  passage,  de  toutes  sortes  de  peuples,  mais  de 


diem  alteram,  et  horam  liberidrem.  An  vero  necessarie 
vobis  tunc  experiri  licebit  :  tantum  mihi  opportunita- 
tem  facultatemque  obtineant  vota  vestra  ad  proferendum 
quod  sentio,  in  vestram  ipsorum  a-dificationem ,  in 
laudem  et  gloriam  sponsi  Ecclesia?  Jesu-Christi  Do- 
mini, qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  saecula. 
Amen. 

SERMO  LX. 

De  incredulrtate  Judceorum,  qua  compleverunt  mensuram 
patrum  suorum,   occidendo  Christum. 

I.  Ficut  protuht  grossos  suos.  Ex  superioribus  pendet 
prsesens  locus.  Dixerat  enim  tempus  putationis  venisse, 
lam  ex  flonbus  qui  jam  apparebant,  quam  ex  audita 
turturis  voce  hoc  assei'ens.  Idipsum  adhuc  ex  grossorum 
productione  affirmat  :  quia  non  solum  ex  floribus  et 
voce  turturis  experimentum  capitur  lemporis  ;  capitur 
el  ex  ficu.  Non  enim  non  est  acr  indulgentior  tunc, 
cum  ficus  grossos  suos  protulerit.  Picas  llores  non 
habel,  sod  pro  floribus  grossos  ruittit  tempore  quo  cae- 
ters  arbores  florent.  Et  quomodo  llores  apparent  et 
et  transeunt,  ad  nihil  utiles,  nisi  quod  secuturi  fructus 
quidam  pr»nunlii    sunt  :  ita    et  grossi.    Oriuntur,    sed 


immature  cadunt,  et  dant  locum  maturandis,  ipsi  mi- 
nime  habiles  ad  vescendum.  Et  hinc  ergo,  ut  dixi, 
sumit  Sponsus  experimentum  temporis,  et  argumentum 
suasionis,  ut  non  pigritetur  pergere  Sponsa  ad  vineas. 
quia  non  perit  opera,  qua?  tempestiva  venit.  Et  liltera 
quidem  sic. 

2.  Quid  vero  spiritus  ?  ut  plane  hoc  loco  non  ficum 
intueamur,  sed  populum  j  nempe  de  hominibus  cura  est 
Deo,  non  de  arboribus.  Vere  ficus  est  populus,  fragilis 
carne,  parvulus  sensu,  animo  humilis,  cujus  primi  fruc- 
tus (ut  interim  nomini  alludamus)  grossi  ulique  et 
terreni.  Nee  enim  popularis  est  studii  primum  quaerere 
regnum  Dei  et  justitiam  ejus,  sed,  ut  ait  Apostolus, 
cogitare  quae  mundi  sunt,  quomodo  placeant  uxoribus, 
vel  illae  viris.  Tribulalionem  carnis  habebunt  hujusmodi 
sed  in  novissimis  non  negamus  eos  fructus  fidei  assecu- 
turos,  si  bonam  habuerint  novissimam  confessionem, 
maximeque  si  carnis  opera  eleemosynis  redemerinl. 
Ergo  primi  plebium  fructus, nee  fructus  sunt,  non  magis 
quam  ficuum  grossi.  Denique  si  clignos  postmodum  fructus 
pcenitentiaefecerint,  (non  enim  prius  quod  spirituale  est, 
sed  quod  animale)  diceturillis  :  Quern  fructum  habuistis 
tunc  in  quibus  nunc  erubescitis  ? 

n.  Ego  tamen  hoc  loco  non    quemvis  populum   inter- 


UliO 


OEUVRES  DK  SAINT  RERNAItn. 


celui  qui  y  est  exprime.  Car  l'Ecriture  ne  dit pas  dansl'eeorce  delalattre,  ct  son  culte  dam  la  sang 
les  figuiers  an  pluriel,  mais  an  singulier.  a  Le  des  boles  el  des  animaux. 
Bguier  a  produit  ses  boutons  &  figues ;»  etselon  ma  h.  Mais  on  me  dira  peut-etre,  si  ce  peuple  n'a 
pensee,  ce  peuple  est  le  peuple  juif.  Bneffet,  com-  jamais  cesse  de  produire  des  boutons  a  tigues, 
bien  le  Sauveur,  dans  I'Evangile,  propose-t-il  de  le  temps  de  t  aider  la  vigne,  est  done  venu  quel- 
paraboles  semblables  a  celle-ci,  a  son  sujet  ?  Par  quefoU  pour  lui,  puisque  nous  avons  dit  qu'on  la 
exeuiple  :« Un  homme avait  un  figuier  plant*  dans  taille  lorsque  lesfiguiers  poussent  leurs  boutons 
saYigne(Lue.xni,  6). » lit:  «  Voyez  le  figuier,  ettous  a  tigues  :  aullement ;  ear  nous  :lisons  que  les  fem- 
les  autres  arbres  ( Lu.  xzi,  19), »  en  parlant  a  Na-  mes  son!  meres,  non  lorsqu'elles  sont  en  travail 
thanael,  il  dit  encore  :« je  vous  ai  vu  lorsque  vous  d'enfant,  mais  lorsqu'elles  sont  accouchees.  Nous 
etiez  sous  le  figuier  [Joan.  1,  48).  »  11  maudit  disons  de  meme  que  les  arbres  ont  produit  leurs 
encore  le  figuier,  parce  qu'il  a'avait  point  trouve  fleurs,  non  lorsqu'ils  commencent  a  fleurir,  mais 
de  fruits  dessus  [Marc,  si,  12).  Ainsi  ce  peuple  est  au  contraire  lorsqu'ils  se  defleurissent.  U  en  est  de 
vraimeut  un  figuier,  puisque  bien  qu'il  soit  sorti  meme  ici,  on  dit  que  le  figuier  a  produit  ses  faus- 
de  la  racine  des  patriarches,  qui  etail  bonne,  ses  figues,  non  lorsqu'il  en  a  produit  quelques-unes, 
U  ne  s'est  pourtant  jamais  eleve  en  haut,  atoujours  mais  lorsqu'il  les  a  toutes  produites,  e'est-a-dire 
voulu  ramper  a  terre,  et  n'a  point  repondua  I'ex-  lorsqu'il  n'en  produit  plus.  Si  vous  me  demaadez 
celience  de  sa  racine,  nipar  la  grandeur  de  ses  quand  cela  est  arrive  a  ce  peuple?  C'est,  vous  Ji- 
rameaux,  ni  par  la  beaute  de  ses  tleurs,  ni  par  la  rai-je,  lorsqu'il  a  tue  Jesus-Christ.  Car  c'est  alors 
fecondite  de  ses  fruits.  Arbre  manque,  arbre  lor-  que  sa  malicea  ete  consonimee,  selon que lui-meme 
tueux,  et  noueux,  tu  n'as  guire  de  rapport  avee  ta  le  lui  avail  predit,  en  disanl  :  u  Comblez  la  mesure 
racine,  car  tu  viens  d'uue  racine  sainte.  Que  de  vos  peres  [Malik,  xx.u,  31).  »  D'ou  vient  qu'etant 
Bnualfcrett  parait-il  dans  tes  branches  qui  soit  digne  d'elle  ?  pres  de  rendre  l'esprit  sur  la  croix,  il  s'ecria : 
dU3ui'f!'e  «  Le  liguier,  dit  l'Epoux,  a  pousse  ses  boutons  a  «  Tout  est  consomme  [Joan,  xix,  30) .»  0  quelle 
figues.  »  Ce  n'est  pas  de  ta  noble  racine  que  tu  les  consummation  a  donne  a  ses  boutons  a  lignes,  ce 
lirts  maudite  erigeance.  Ce  qui  se  trouve  en  elle,  liguier  maudit  et  condamne  a  une  sterilite  perpe- 
vient  du  Saint-Esprit,  et,  artant  est  delicat  et  tuelle  !  0  que  ses  derniers  fruits  sont  bien  plus 
agreable.  Oil  as-tu  pris  ces  Dgues  grossieres?  Et  mauvais  que  les  premiers  !  D'abord,  ils  etaient  seu- 
en  effet,  qu'y  a-t-il  qui  ne  soit  pas  grossier  dans  lenient  imitiles,  mais  maintenant  ils  sont  perni- 
ce  peuple,  soit  que  Ton  considere  ses  actions  ou  cieux  et  enipoisonnes.  0  naturel  barbare  et  grossier, 
ses  inclinations,  son  intelligence,  ou  les  ceremonies  naturel  de  vipere,  .de  hail'  un  homme  qui  guerit  les 
du  culte  qu'il  rendait  a  Dieu?  Car  ses  actions  corps  des  homines,  et  leurs  amos  !  0  intelligence 
etaient  toutes  pour  la  guerre,  son  inclination  ne  se  grossiere,  intelligence  de  bceuf,  que  den'avoir  pas 
portait  qu'a  amasser  du  bien,  son  intelligence  etait    reconnu  Dieu  dans  les  ouvrages  uiemes  de  Dieu  ! 


pretari  libernm  puto  :  unus  signanter  exprimitur.  Ne- 
quc  enim,  protulerunt,  dixit,  quasi  du  pluribus,  sed 
quasi  de  una,  protulit,  inqnit,  ficus  grossos  suos,  el,  ut 
sentio  ego,  qua;  est  plebs  Judsorum.  Quanta  i»  banc 
Salvator  parabolice  in  Evangelio  loqui  videtur  1  ut  est 
illud.  Arborern  fid  liabebal  quidam  plantatam  in  vinea 
sua,  etc.  Item,  Videte  ficutneam  et  omnes  arbores.  El 
Nathanaeli  dictum  est  :  <"um  esses  sub  /Sou,  vidi  ie.  Et 
riirsum  maledicil  llculneas,  pro  eo  quod  non  invenit  in 
ca  Iructum.  Bene  Bcus,  qua  bona  lioel  patriarcharum 
radice  prodieril,  niuiqnain  tamen  in  alluin  proticere, 
nunquam  sc  hunio  attollere  voluit,  nunquam  res- 
pondere  radici  proceritate  ramorunj,generositate  florum 
fa'cunditale  frucluum.  Male  prorsus  tibi  cum  tua  radice 
convenit,  arbor  pasilla,  torluosa,  nodosa.  Radix  enim 
eta.  Quid  ea  dignum  tuis  apparel  in  ramis  ?  Ficus, 
inquit,  protulit  grossoi  suos.  Non  bos  nobili  a  radice 
Iraxisti,  semen  nequam.  Quod  in  ea  est,  de  Spiritu- 
Sancto  est ;  ac  per  hoc  subtile  tolum  ac  suave.  Tilii 
unde  higrossi?  Et  vere  quid  <non  grossum  in  gentc 
ilia?  Nee  actus  profecto,  nee  alTectus,  nee  intallectus, 
ed  nee  ritus,  quern  in  colendo  Deum  babuit.  Nam  ac- 
tus hi  bellis,  atTectus  in  Uteris  lulus  rial,  intellectus  in 
itudine  lillcra?,  cultus  in  sanguine  pecudum  et  ar- 
raenturum. 


4.  At  dioit  aliquis  :  Cum  isliusmodi  grossos  non  ali- 
quando  prol'errc  gens  ilia  cessaverit,  ergo  non  aliquando 
lempus  putationis  non  cxslilil,  quia  iiniim  utrique  rei 
tempus  exsistere  perbibetur.  Non  ila  est.  Dicimus  niu- 
lieres  lilios  procreasse,  non  oum  parturiuut,  sed  com 
jam  pepererunt.  Dicimus  et  arbores  edidisse  lions  suos, 
non  cum  ccepeiint  Uorere,  sed  polius  cum  desierinl. 
Ila  bic  quoque  dictum  est,  quia  ficus  protulit  grossos 
suos,  non  cum  aliquos  edidil,  sed  cum  lotos,  id  est, 
cum  ad  linein  pcrvenit  edilio.  Quseris  quo  tempore  is- 
liusmodi conplemcnlum  illipopulo  accidit !  Ciim  Chris- 
tum occidit,  tunc  complcla  csl  malilia  (jus,  juxta  quod 
ijise  eis  prsedixerat  :  Implete  mensuram  patrum  uestro- 
rum.  Undo  in  palibulo  Iraditurus jam  spirilum,  con.ium- 
matum  est,  inquit.  0  qualem  consummationem  dedit 
grossis  suis  (icus  haee  maiediota,  et  subinde  asterha 
aiidilalc  damnala  !  0  quam  sunt  novissimi  pejores  prio- 
ribus  !  Incipiens  ab  inulilibus,  ad  perniciosOB  pcrvenit 
et  vencnalos.  0  grossum  vipereumque  affectum,  odire 
hominem  qui  hominum  el  corpora  sanai,  et  animas 
sal  vat!  t)  nihiloaiinus  intcllcclum  grossum  el  certe 
boviuum,  qui  Ueum  non  inlellexerunt  nee  in  operibns 
Dei ! 

5.  Nimium  me  fortasse  queratur  in  sui  suggillatione 
Judaius,  qui  intellectum  illius  dico  bovinum.  Sed  legal 


SOIXANTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


khi 


Slnpldite 
des  Juifs. 


5.  Peut-etre  le  Juif  se  plaindra-t-il  comme  d'une 
injure  atroce,  de  ce  que  je  compare  son  intelli- 
gence a  celle  d'un  bceuf.  Mais  qu'il  lise  Isaie,  et  il 
trouvera  qu'il  en  a  encore  moins  qu'un  bceuf.  «  Un 
bceuf,  dit  ce  prophete,  connait  celui  a  qui  il  appar- 
tient,  et  un  ane  connait  l'etablede  son  maitre,  m.iis 
Israel  ne  m'a  point  connu,  mon  peuple  n'a  point  eu 
d'intelligence  (Isa.  1,  3).»  Vois-tu,  6  juif  que  je  suis 
plus  doux  pour  toi  que  ton  Prophete  meme?  je  t'ai 
compare  aux  betes  brutes,  et  lui  te  met  au  dessous 
d'elles,  ou  plutot  cen'est  pas  en  son  nom,  mais  au 
nom  de  Dieu,  que  le  Prophete  dit  cela,  car  Dieu 
meme  crie  par  ses  ceuvres,  qu'il  est  Dieu.  «  Si 
vous  ne  me  croyez,  dit-il,  croyez  a  mes  ceuvres,  et 
si  je  ne  fais  les  ceuvres  de  mon  Pere,  ne  me  croyez 
point  (Joan,  x,  33).  »  Cependant  cela  ne  le  reveille 
point  encore,  et  ne  lui  ouvre  pas  les  yeux  ;  ni  la 
fuite  des  demons,  ni  l'obeissance  des  elements,  ni 
la  vie  rendue  aux  morts,  n'a  pu  le  delivrer  de  cette 
stupidite  plus  que  bestiale,  qui  a  ete  causeque,  par 
un  aveuglement  egalement  merveilleux  et  deplo- 
rable, il  est  tombe  dans  un  crime  si  horrible,  et  si 
enorme,  que  de  porter  des  mains  sacrileges  sur  le 
Comment  les  Seigneur  de  majeste.  On  a  done  pu  dire  que  «  lc 
tonibesXL  fiomer  a  produit  ses  boutous  a  Agues,  «  depuis  que 
les  ceremonies  legales  de  ce  peuple  ont  commence 
a  prendre  fin,  el  que  les  vieilles  choses  selon  une 
ancienne  prophetie,  ont  ete  remplacees  par  de  nou- 
▼elle  (Len7.  xxiv,  1),  »  de  la  meme  maniere  que  les 
fausses  Agues  tombent  et  font  place  aux  bonnes 
qui  viennent  apres.  Tant  que  le  figuier,  dit  l'Epoux, 
n'a  point  cesse  de  produire  ses  Agues,  je  ne  vous 
ai  point  appelee,  6  mon  Epouse,  parce  que  je  savais 
qu'il  n'en  pouvait  pas  produire  de  bonnes  en 
meme  temps.  Mais  maintenant  que  celles  qui  de- 


li fait 
Implication 


nn    crime 
auEsi    grand. 


vaient  venir  auparavant  sont  venues,  je  ne  vous  in- 
vite point  hors  de  saison,  puisque  les  fruits  qui  sont 
bons  et  salutaires  s'approchent,  et  vont  succeder  a 
ceaz  qui  sont  inutiles. 

6.  «  Car  les  vignes,  en  fleurs,  continue-t-il,  Les  serpents 
repandent  une  odeur  agreable,  »  ce  qui  est  nseupPpoVter 
aussi  une  marque  que  le  fruit  va  venir  bientot.  l'odenr  de  1» 
Cette  odeur  chasse  les  serpents.  On  dit  que  lorsque  fleur. 
les  vignes  sont  en  fieurs,  toutes  les  betes  venimeu- 
ses  s'eloigneDt,  elles  ne  peuvent  souffrir  l'odeur  de 
ces  fieurs  nouvelles.  Je  desire  que  nos  novices 
ecoutent  particulierement  ceei,  et  qu'ils  en  tirent  un  de  "ce  pheno 
sujet  de  conAance,  en  se  demandant  quel  esprit  ils  """o"^*.1 
ont  recu,  puisque  les  demons  n'en  sauraient  meme 
soutfiir  les  premieres  approches.  Si  la ferveur des  no- 
vices acette  force  dans  son  commencement,  que  sera-t- 
elle  dans  sa  perfection?  Quel'onjuge  du fruit parla 
fleur,  et  de  la  vertu  de  sa  saveur  par  celle  de  son 
odeur.  «  I.es  vignes  en  fleurs  ont  repandu  une 
odeur  agreable.  »  II  en  a  ete  ainsi  dans  le  commen- 
cement. A  la  predication  de  la  grace  nouvelle  de 
Jesus-Christ,  il  se  faisait  uu  renouvellement  de  vie 
en  ceux  qui  croyaient,  et  qui,  en  vivant  bien  parmi 
les  Gentils,  etaient  en  tout  lieu  la  bonne  odeur  de 
Jesus-Christ  (II  Cor.  n,  15).  Cette  bonne  odeur, 
e'etait  le  temoignage  qui  leur  etait  rendu,  et  qui 
nait  des  bonnes  ceuvres,  comme  l'odeur  nait  des 
fleurs,  comme  les  ames  fideles  dans  le  commence- 
ment de  la  foi  naissante,  telles  que  des  vignes  spiri- 
tuelles  remplies  de  fieurs  et  exhalant  une  odeur 
agreable,  recevaient  temoignage  de  ceux  memes 
qui  n'etaient  pas  de  leur  religion ;  je  crois  qu'il  est 
assez  vraisemblable  que  e'est  d'elles  que  l'Epoux 
parlait,  quand  il  disait  que  les  vignes  en  fleurs  re- 
pandaient  une  douce  odeur.  Pourquoi?  parce  que 


in  Isaia,  et  plus  quam  bovinum  audiet.  Cognovit,  in- 
quit,  bos  possesorem  suum,  el  annus  priesepe  domini 
sui  :  Israel  non  cognovit  me,  populus  mem  non  intel- 
lexit.  Vides  me,  Judaee,  mitiorem  (ibi  Propheta  tuo. 
Ego  te  comparavi  juinentis,  file  subjicit.  Quanquam  in 
sua  persona  Propheta  non  dixit  hoc,  sed  in  Dei,  qui 
Deum  se  et  ipsis  operibus  clamat  :  Et  si  mihi,  inquit, 
non  creditis,  operibus  credite  :  et  si  non  fucio  opera  Pa- 
tris  mei,  nolite  credere  ;  nee  si  tamen  evigilant  ad  in- 
telligendum.  Non  fuga  daemonum,  non  obedienlia 
elcmentorum,  non  vita  mortuorum,  bestialem  hanc,  et 
plus  quam  bestialem  hebetudinem  ab  eis  depellere  qui- 
vit  •.  de  qua  non  minus  mirabili,  quam  miserabili 
cascilate  factum  est,  ut  in  illud  tarn  horrendum,  tamque 
enormiter  gressum  facinus  proruerint,  Domino  majesta- 
tis  injicienles  manus  sacrilegas.  Extunc  itaque-  dici 
potui,  quia  ficus  protulit  grossos  suos,  cum  jam  videli- 
cet legitima  illius  populi  esse  cceperunt  quasi  in  exitu 
super  summum  :  ut  novis,  juxta  veterem  propheliam, 
aupcrvenientibus  Vetera  projicerentur.  Non  aliler  sane 
quam  quomodo  grossi  cadunt,  et  cedunt  suborientibus 
flenbus  bonis.  Quandiu,  inquit,  non  cessavit  ficus  pro- 
ducere  grossos  suos,  non  te  vocavi,  o  Sponsa,  sciens 
non  posse  una  prodire  optimas  ficus.   Nunc  aulem   pro- 


duclis  qui  prius  producendi  erant,  non  jam  intempestive 
te  invito,  cum  boni  ac  salutares  fructus  in  proximo  esse 
noscantur  inutiles  expuncluri. 

6.  Nam  trinece,  inquit  florentes  odorem  dederunt,  quod 
nihilominus  appropinquantis  fruclus  indicium  est.  Hie 
odor  serpentes  fugat.  Aiunt  fiorescentibus  vineis  omne 
reptile  venenatum  cedere  loco,  nee  ullatenus  novorum 
ferre  odorem  florum,  Quodvolo  atlendant  novitii  nostri, 
et  fiducialiter  agant,  cogitantes  qualem  spiritum  accepe- 
runt,  cujus  primitias  damones  non  sustinent.  Si  sic 
novitius  I'ervor,  quid  erit  absolutaperleclio  ?  Perpendan- 
tur  ex  fiore  fruclus,  et  saporis  virtus  ex  vi  aestimetur 
odoris.  Yineie  florentes  odorem  dederuut.  Et  in  princi- 
pio  quidem  sic  fuit.  Ad  praedicationem  nova?  gratiae  se- 
cuta  est  novitas  vita?  in  his  qui  crediderant,  qui  conver- 
sationem  suam  inter  gentes  habentes  bonam,  Chrisli 
erant  bonus  odor  in  omni  loco.  Odor  bonus,  testimonium 
bonum.  Hoc  de  bono  opere,  tanquam  de  llore  odor  pro- 
cedit.  Et  quoniam  tali  flore  et  tali  odore  inlerprimordia 
nascentis  Fidei  fideles  anima?,  veluti  quajdam  spirilua- 
les  vineae,  referlae  apparuerunt,  habentes  testimonium 
bonum  et  ab  his  qui  foris  eranl  ;  non  incongrue,  nt 
opinor,  de  ipsis  dictum  sentimus,  quia  tines?  florentes 
odorem  dederunt.  Ad  quid?  ut  eo  sane   prevoeafi  etiae 


,/li 


fT.rVRES  DE  SAINT  KERNARO. 


ceux  qui  ne  croyaient  pas  encore,  se  sentant  attires 
par  la  a  la  foi,  glorifiaieni  Dieu  en  voyant  leurs 
bonnes  oeuv rt-s.  el  que  cette  odeur  commencail  a 
leur  etre  une  odeur  de  vie  pour  la  vie.  Ce  n'est 
done  pas  sans  raison  qa'il  est  dit  de  ceux  qui  n'ont 
point  cherche  leur  propre  gloire,  mais  le  salul  de 
leur  prochain  par  la  bonne  opinion  qu'ils  lui  don- 
naient  de  leur  vertu,  ont  repandu  une  douce  odeur. 
Car  lis  pouvaient,  a  l'exemple  de  plusieurs,  se  ser- 
vir  de  la  piete  dune  maniere  profane,  pour  satis- 
faire  leur  vanite  ou  leur  avarice.  Mais  ce  n'eut  pas 
tie  repandre  l'odeur,  mais  la  rendre,  ce  qu'ils 
n'avaient  garde  de  fa  ire,  puisque  toutes  leurs  ac- 
tions n'avaient  pour  but  que  la  charite. 
Le  fruit  de  '•  ^a's  s'  'es  vignes  sont  les  auies,  la  tleur,  les 
i»  ufae  bonnes  oeuvres,  et  l'odeur,  l'opinion  avantageuse 
msrijrc.  qu'on  donne  de  soi,  qu'est-ee  que  le  fruit  de  la  vi- 
gne? Cest  le  martyre,  oui,  le  sang  dumartyre  est 
vraiinent  le  fruit  de  la  vigne  :  «  l.orsqxie  Dieu,  dit  le 
Prophete  (Psal.  cxxvi,  It),  aura  fail  reposer  en  pais 
ceux  qu'il  aiuie,  l'heritage  du  Seigneur  s'augmen- 
tera  par  le  nombre  de  ceux  qui  se  convertiront,  et 
qui  seront  comme  leurs  enfants,  et  le  fruit  de  leurs 
entrailles : »  J'allais  dire  le  fruit  de  la  vigne.  1'our- 
iruoi  n'appellerons-uous  pas  sang  de  la  vigne,  le 
sang  de  l'innocent  et  de  l'hoinme  juste,  ce  divin  jus 
rouge  et  precieux  de  la  vigne  deSorecb,  sorti  comme 
du  pressoir  des  souffrances?  Car  la  niort  des  saints 
du  Seigneur  est  precieuse  a  ses  yeux;  mais  en  voila 
assez  pour  l'explicatiou  de  ces  paroles  :  «  Les  vignes 
en  fleurs  ont  repandu  une  bonne  odeur.  » 

8.  Cest  la  le  sens  de  ce  passage,  si  on  veut  le 
rapporter  au  temps  de  la  grace.  Mais,  si  on  aime 
mieux  l'eutendre  de  celui  des  patriarcbes,  car  la 


vigne  du  Seigneur  des  armees  est  la  maison  d'ls- 
rael.  void  comment  on  pent  l'expliquer.  Les  pro- 
phetes  i't  les  partriarcb.es  out  senti,  comme  une  Sens  attego- 
excellente  odeur,  que  Jesus-Christ  devait  naltre  et  r,iue'''"  " 
mourir,  mais  ils  n'ont  point  repandu  alors  cette  ChrUt. 
odeur,  parce  qu'ils  n'ont  pas  montre  dans  la  chair 
celui  qu'ils  pressentaient  en  esprit  devoir  en  clre 
revetu  un  jour,  lis  n'ont  pas  repandu  leur  odeur, 
ni  divulgue  leur  secret,  ils  ont  attendu  qu'il  se  re- 
vel it  dans  son  temps.  En  effet,  qui  aurait  pu  eom- 
prendre  la  sagesse  cachee  alors  dans  ce  mystere, 
e,  mi  qu'elle  cut  pris  uu  corps?  Voila  comment  il  se 
fait  que  les  vignes  n'ont  point  alors  repandu  leur 
odeur.  lilies  en  ont  repandu  plus  tard,  lorsque, 
dans  la  suite  des  generations,  elles  ont  donne  au 
nionde  Jesus-Christ,  ne  d'elles  selon  la  chair,  par  le 
moyen  dune  Vierge  mere.  Ce  fut  alors,  dis-je,  que 
ces  vignes  spirituelles  repundaient  leur  odeur,  ce 
I  u  t  alors  que  labonte  etlaclemencedenotre  Sauveur 
se  montrerent  aux  bommes  (Tit.  in,  Zi),  et  que  le 
monde  eommenea  ajouir  de  la  presence  de  celui 
que  peu  de  personnes  avaient  pressenti  lorsqu'il 
etait  absent.  Ce  saint  homme,  par  exemple,  qui,  en 
touchant  Jacob,  sentait  Jesus-Christ  et  s'ecriait  : 
«  Voici  l'odeur  de  mon  Ills,  semblable  a  celle  d'un 
champ  plein  de  tleurs  que  le  Seigneur  a  beni 
(Gen.  ixvu,  27)  :  »  en  s'exprimant  ainsi,  gardail 
ses  delices  pour  lui,  et  ne  les  communiquait  a  per- 
sonne.  «  Mais  lorsque  la  plenitude  du  temps  est  ar- 
rivee,  anquel  Dieu  a  euvoye  son  Fils,  ne  d'une 
femme,  ne  sous  la  loi,  aQn  qu'il  rachetit  ceux  qui 
etaient  sous  la  loi  (Gal.  iv,  U) ;  »  e'est  alors  que  cette 
odeur  qui  etait  en  lui,  se  repandit  de  toutes  parts, 
en  sorte  quel'Eglise,  la  sentant  des  extremites  de  la 


qni  nee  dum  crediderant,  ex  bonis  operibus  illos  consi- 
deranles,  glorilicarent  et  ipsi  Deum,  atque  ita  eis 
odor  vitae  ad  vitaul  esse  inciperet.  Idcirco  ergo  dedisse 
odorem  non  immerito  referunlur,  qui  non  suain  gloiiam 
sed  aliorum  de  sua  bona  opinione  quaesiere  salulcm. 
Alioquin  poterant  more  quorumdam  quaestum  aestimare 
pietatem,  verbi  gratia,  ostentationis,  mercedis.  At  istud 
esset  non  dare  odorem,  sed  vendere.  Nunc  vero  quia 
omnia  sua  in  charitate  faciebant,  non  plane  vendiderunt 
odorem,  sed  dederunt. 

7.  Caeterum  si  vines  animae,  Ilus  opus,  odor  opinio 
est  :  fructus  quid  ?  Martyrium.  Et  vere  fructus  vitis, 
sanguis  est  marlyiK  Cum  dederit,  inquit,  dilectii  iuis 
somnum,  ecee  hreredita.i  Domini  filii,  merces  fructus 
ventris.  Propemodum  dixissem,  fructus  vitis.  Quidni 
sanguinem  uvae  dixerim  meracissimum,  sanguineni  in- 
noccntis,    sanguineni    Jusli?    Quidni    mustum    rubens, 

.  ,      .    probatum,  pretiosum,  plane  de  rfnea  Sorech  ',  torculari 
passionis  expressuin  ?    Deniquc   pretiosa    in    con 
Domini  mors  sanctorum  ejus.  Ha'c  pro  eo  quod  dictum 
est,  vincas  florentes  odorem  dedisse. 

8.  Ita  si  ad  lempora  gratis  hunc  locum  respicere  ma- 
limus,  aul  si  placet  magis  referri  ad  Pal  res,  (nam  vinea 
Domini  sahaoth  domus  Israel)  erit  sensus  :  Christum  in 
c*rne  naeciturum  •!  moriturom    odoraverunl   Propheiae 


et  Patriarch*,  sed  non  dederunt  tunc  eumdem  odorem 
suum,  quia  non  exbibuerunt    in  carne,  quern  in    spiritu- 
praesenserunt.  Non  dederunt  odorem    snum,  nee  secre- 
tum  suum  publicaverunt,  exspectantes  ut    revelaretur  in 
suo  tempore.  Quis  sane  tunc  caperet  sapientiam  in  mys- 
terio  absconditam,  in  corpore  non  exhibitam  ?  Ita  vineae 
luce  quidem  non  dederunt  odorem  suum.  Dederum  au- 
tem  postea,  cum  per  successiones  generatiunum  nascen- 
tem  ex  se    Christum  secundum    carncm  partu   virgineo 
S33culis  ediderunt.  Tunc    plane,  inquam,    spirituales  il- 
ia- vines  dederunt  odorem  suum,   cum  apparuit  beni- 
gniias  et    humanitas    Salvalorii    nostri  Dei  ;  et    coepit 
praesentem  habere  mundus,  quempauci  adhuc  absentem 
pracsenserant.  Vir  ille,  verbi  causa,   qui   Jacob  tangens, 
el  ( Miristuin  sentiens,  Ecce,    inquit,  odor    filii  mei  sicui 
odor  agripleni,  cui  benedixii  Dominus  :  cum   hoc  dice- 
bat,  liabebat  delicias  suas  sibi,    nee  cuiquam  illas    com- 
municabat.    At  ubi   venit    plenitude    temporis,   in   quo 
mi>it  Dens  Filiimi  suum  factum  ex  muliere,  factum  sub 
lege,  ut  cos  qui  sub  lege  erant  redimeret  ;  tunc  prorsus 
odor,  qui  in  illo  crat,  sese  ubique  sparsit,  adeo  ut  a  II- 
nihus  terra    ipsum  sentiens    clamaret   Ecclesia,    Oleum 
effusum   nomen   tuum  ;    currerenlque   adolescentulae  in 
odore  olei  hujus.  Ita  ista  vinea    dedil  odorem  suum,  et 
eo  temporis  dederunt  et  cajterae,  in  quibus  hie  ipse  odor 


S01XANTIEME  SERMON  SIIK  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


M* 


terre,  s'ecriait  :  «  Votre  notn  est  une  huile  repan- 
due  (Cant,  1,  2),  »  et  les  jeunes  filles  courront 
dans  l'odeur  de  cette  huile  parfumee.  Voila  com- 
mt'iit  cette  huile  a  repandu  une  odeur  agreable, 
ainsi  que  toutes  les  autres  vignes  de  ce  temps-la, 
qui  etaient  pleines  de  la  raeme  odeur  de  vie  :  et 
pourquoi  ne  l'auraient-elles  pas  repandue,  puisque 
Jesus-Christ  est  sorti  d'elles,  selon  la  chair  ?  Les 
vignes  ont  done  repandu  une  bonne  odeur,  soit 
que  les  ames  fideles  repandent  d'elles  partout  une 
opinion  avantageuse,  ou  que  les  oracles  et  les 
revelations  des  patriarches  aient  ete  rendus  publics 
au  monde,  et  que  leur  odeur  se  soit  repandue 
par  toute  la  terre,  suivant  cette  parole  de  l'Apotre  : 
«  Sans  doute  ce  mystere  de  la  bonte  de  Dieu  est 
grand,  puisqu'il  a  ete  manifeste  par  la  chair,  jus- 
tifie  par  l'esprit,  decouvert  aux  anges,  preche  aux 
nations,  cru  dans  le  monde  et  recu  avec  applau- 
dissement  (Tim.  in,  16).  » 

9.  Mais  ce  figuier  et  ces  vignes  n'ont-ils  rien  qui 
puisse  servir  a  notre  edification  ?  Je  crois  que  ce 
passage  se  peut  aussi  expliquer  moralement,  puis- 
que, par  la  grace  de  Jesus-Christ  qui  est  en  nous, 
nous  avons  aussi  des  figuiers  et  des  vignes.  Les 
figuiers  sont  cenx  dont  les  mceurs  sont  douces  et 
paisibles,  et  les  vignes,  ceux  qui  out  l'esprit  plus 
fervent.  Quiconque  parmi  irons,  conserve  l'union 
redouiam  ut  la  paix  de  la  societe,  qui  nous  lie  ensemble,  et 
non-6eulement  vit  parmi  les  freres,  sans  donner 
aucun  sujei  de  plaiate  a  personne,  mais  de  plus  se 
prodigue  avec  douceur  a  tout  le  moude,  dans  les 
devoirs  de  la  charite,  pourquoi  ne  serait-il  point 
represents  par  le  figuiar  ?  H  faut  neanmoins  qu'il  alt 
pousse  auparavant  ses  boutone  a  figties,  je  v«ux 
dire  la  crainte  du  jugement  de  Dieu  que  l'amour 
parfait  chasse  dehors,  et  l'amertume  de  ses  pecb,es, 


sens  moral* 


tint    Ber- 
nard 
smpare  les 
religieux 
I'on  carac 


vi'a  extiterat.  Quidni  dederunt,  e  quibus  Christus  se- 
cundum carnem?  Dictum  est  itaque  vineas  dedisse  odo- 
rem,  sive  quia  fideles  anima  bonam  de  se  ubique 
opinionem  spargunt,  sive  quod  palam  facta  sunt  muido 
oraeula  et  revelationes  Patrum,  et  in  omnem  terram 
exivit  odoratus  eorum,  diccnte  Aposlolo  :  Manifeste  ma- 
gnum est  pietatis  sacramentum,  quod  manifestation  est 
m  came,  justification  est  in  spiritu,  apparuii  angelis, 
prmdkatum  est  gentibus,  rreditum  est  mundo,  assump- 
tion est  in  gloria. 

9.  Nirum  vero,  si  nee  ficus,  nee  vineaj  ista  aliquid 
habent  quod  mores  adificet.  Ego  hunc  locum  arbilror 
esse  et  moralem.  Diro  autem  per  gratiam  Dei  qua?  in 
nobis  est,  et  ficus  nos  habere,  et  vineas.  Ficus  quidem, 
qui  suaviores  in  moribus  sunt;  vineas  vero,  qui  spiritu 
frrventiores.  Omnis  qui  se  inter  nos  communiter  socia- 
litcrque  agit,  et  non  solum  sine  querela  conversatur  in- 
ter fratres,  sed  et  multa  cum  suavitate  fruendum  se 
omnibus  pivebet  in  omni  officio  cbarilatis,  quidni  ilium 
viccm  agere  ficus  convenientissime  dicam  ?  Qui  tamen 
grosos  suos  prius  protulerit,  projeceritque  oportet,  ti- 
morern  utique  jndicii,  quem  perfects  charitas  foras  mit» 


qui  aide  necesairement  a  la  veritable  confession, 
a  l'infusion  de  la  grace,  et  a  la  frequente  effusion 
des  larmes  ;  et  qu'il  soit  delivre  de  toutes  les  autres 
choses  pareilles  qui,  comme  des  figues  en  boutons, 
precedent  la  douceur  des  vrais  fruits,  et  que  vous 
pouvez  fort  bien  connaitre  par  vous-memes. 

10.   Mais,  pour  ajouter  encore  une  autre  pensee 
qui  me  vient  sur  ce  sujet,  considerez  si  on  ne  pour- 
rait  point   aussi  mettre  au   nombre  de  ces  fausses 
figues,  la  science,  la  prophetic,  le  don  des  langues,  Les    bonloni 
et  autres  dons  pareils.  Car  ces  choses  doivent   pas-   i  figues  re- 
ser,  et  ceder  la  place  a  d'autres  meilleures,  selon  ce   iar  ?ciuJe, 
mot  de  l'Apotre  :  «    La    science   sera  detruite,  les        etc' 
propheties     n'anront     plus    de   lieu,     et   le   don 
des  langues  oessera  (I  Cor.  xm,  8).  »  L'intelligence 
exclura  meme  la   foi,  et  la   claire  .vision   ne  peut 
mnnquer  de  succeder  a  l'esperance.    Car  on  n'es-    r.e  frQit  de 
pere  pas  voirce  qu'on  voitdeja:  il  n'y  a  que  la  cha-  't  v'6,ne  ?.?91 
rite  qui  denieure  toujours,  maiscelle  seulement  par 
laquelle  nous  aimons  Dieu  de  tout  notre  coeur,    de 
toute  notre  aroe  et  de  toutes  nos  forces.  C'est  pour- 
quoi je  ne  la  mettrai  point  au  nombre  des   fausses 
figues,   et  je  ne  veux   pas  meme  la    comparer  au 
figuier,  mais  aux  vignes.  Ceux  qui  sont  des  vignes 
sont    plus    severes    qu'indulgents ;    parce    qu'ils 
agissent    avec   un   esprit    plein    d'ardeur,  ils  sont 
zeles    pour  la  discipline,     ils    reprennent     forte- 
ment    les  vices,     et    peuvent    dire     avec  le  Pro- 
phete  :     «    lS'etes-vous    pas    temoin,     Seigneur, 
que  je  hais  ceux  qui  vous  haissent,  et  que   je  suis 
anime  de  zele   coutre  vos  ennemis  (Psal.  cxxxvui, 
31)  ?  »  Et  :  «  Le  zele  de   votre  maison  me  devore 
(Psal.  i.xvm,  10).  »  Les  premiers   me  semblent   se 
distinguer  par  l'auiour  du  prochain,  et  les  seconds 
par  l'amour  de  Dieu.    Mais    arretons-nous   sous 
cette  vigne,  et  sous  ce  figuier  ou  l'amour  de  Dieu 


Les  vignes 

sont  ceux 

qui  sont 

pleins  de 

tele. 


tit  :  et  amaritudincin  peccatorum,  qua;  vera  confessioni 
et  infusioni  gratia,  crebrarumqueprofusioni  lacrymarum 
cedat  necesse  est,  cateraque  talia,  instar  grossorum 
praeunlia  fructunm  suavitatem  :  qua  vos  quoque  per 
vosmetipsos  cogitare  potestis. 

10.  Ut  tamen  adhuc  ego  aliquid  adjiciam  de  ejusmodi 
quod  occurrit,  videte  ne  forte  etiam  hac  inter  grossos 
deputan  possint,  scientia,  prophetia,  lingua,  similiaque. 
Elenim  ista  more  grossorum  deficere  habent,  et  cedere 
melioribus,  dicente  Aposlolo,  quia  et  scientia  destruetur 
et  prophetia  evacuabuntur,  et  lingua  cessabunt.  Fidem 
quoque  ipsam  intellectus  excludet,  spcique  succedat  vi- 
sio  necesse  est.  Quod  enim  videt  quis,  quid  sperat  ? 
Sola  nun  ezcidit  charitas,  sed  ilia,  qua  Deus  foto  corde, 
tula  anima,  tota  virtute  diligilur.  Ideo  hanc  minime 
grossis  annumeraverim,  ne  ad  ficum  quidem  dixerim 
pertinere,  sed  ad  vineas.  Jam  qui  vinea  sunt,  severiores 
nobis,  quam  suaviores  se  exhibent,  in  spiritu  vehement! 
agentes,  zelantes  pro  disciplina,  vitia  acerrime  corri- 
pientes,  aptantes  sibi  congruentissime  vocem  illam  : 
Nonne  qui  oderunt  te,  nomine  oderam,  et  super  inimi- 
cos  tuos    tabescebam  ?  ilem,    Zelus  domus   turf  comedi 


■'■V. 


UEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


et  celui  du  procbain  repandent  une  ombre  favora- 
ble, je  possede  ces  deux  amours  lorsque  je  vous 
aime,  mou  doux  Jesus,  vous  qui  etesmon  procbain 
par  excellence  parce  que  vous  etes  bomme,  et  que 
vous  avez  use  de  miserieorde  envers  moi,  mais  vous 
ne  laissez  pas  d'etre  uu  souverain,  eleve  au  dessus 
de  toutes  cboses  et  beni  dans-  tous  les  siecles. 
Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXI. 

Comment  I'lZglise  Irouve  les  richesses  de  la  miseri- 
eorde divine  dans  les  trous  des  plaies  de  Jesus- 
Christ.  Force  que  les  martyrs  onl  puisee  dans 
Jesus-Christ, 

1.  n  Levez-vous  "  ma  bien-aimee,  mon  Epouse, 
et  venez  (Cant,  n,  14}.  »  L'Epoux  temoigne  1 1'exces 
de  son  amour,  par  cette  repetition  de  paroles,  invi- 
tant  de  nouveau  sa  bien-aimee  a  travailler  aux 
vignes.  Car  je  vous  ai  deja  dit  que  les  vignes  sont 
les  aines,  et  il  est  inutile  de  m'arreter  davantage 
sur  cette  pensee.  Passons  done  a  ce  qui  suit.  S'il 
m'en  souvient  bien,  il  ne  l'a  point  encore  nominee 
clairement  Epouse  dans  cet  ouvrage,  si  ce  n'est  a 
cette  beure  qu'il  la  mene  aux  vignes,  et  quelle 
approcbe  du  vin  de  la  cbarite.  Et  lorsqu'elley  sera 
arrivee,  et  devenue  parfaite,  il  fera  un  manage  spi- 
rituel  avec  elle,  et  ils  seront  deux,  non  en  une 
meme  cbair,  mais  en  uu  meme  esprit,  suivant 
cette  parole  de  l'Aputre  :  «  Celui  qui  est  etroitement 

a  Dans  la   Vulgate   il  y  a  ici  :   ■  Hitez  vous;  ■ 
Mais  ces  mots   manquent  dans  les    manuserits  et  dans  les  pre- 
mieres editions  des   oeuvres  de  saint    Bernard. 


me.  Et  mihi  quern  illi  dilectiono  proximi,  isti  in  dilec- 
tione  Dei  eminere  videntur.  Sed  libet  pausare  sub 
hac  vite  et  sub  hac  ficu,  ubi  Dei  proximique  obrum- 
brat  dilectio.  Utramque  teneo  cum  to  amo,  Domine 
Jesu-Christe,  qui  metis  proximus  es,  quoniam  homo 
es,  et  fecisti  mecum  misericordiam  ;  et  nihilominus 
es  super  omnia   Deus  benedictus  in  saxula.   Amen. 

SERMO   LXI. 

Quomodo  Ecck'sia  reperit  divitias  divinin  misericordin/m 
roraminibus  vulnerum  Christi  :  el  lie  forlituiline  mar- 
tyrum,  quam  a  Christo  receperunt. 

1.  Surge,  arnica  mea,  Sponsa  mea,  el  vent.  Commen- 
dat  Sponsus  multam  dilectionem  suam  iterando  amoris 
voces.  Nam  iteratio  affectionis  expressio  est  :  et  quod 
rursum  ad  laborcm  vinearum  sollicilat  dilectam,  osten- 
dit  quam  sit  de  animarum  salute  sollicitus.  Nam  vineas 
animas  esse  jam  audistis.  Non  immurcmur  supervacUB 
in  his  quae  dicta  sunt.  Videte  sequenlia.  Sponsam  tauten 
nusquam,  ut  memini,  in  toto  hoc  opere  apcrle  adhuc 
nominarat,  nisi  modo  cum  ad  vineas  itur,  cum  vino 
charitatis  appropinquatur.  Qua;  cum  venerit  ol  perfecta 
fuerit,  facial  spirituale  conjugium  ,'  et  erunt  duo,  non  in 


uni  a  Dieu,   ne  fait  qu'un  meme  esprit  avec  lui 
(I  Cor.  vi,  17).  » 

'i.  Voyons  ce  qui  suit  :  «  Ma  colombe  est  dans 
les  trous  de  la  pierre,  elle  est  dans  les  creux  de  la 
imimille  ;  montrez-moi  votre  visage,  que  voire 
voix  resonne  a  mes  oreilles  (Cant,  n,  lit).  »  11  aims 
et  il  continue  a  dire  des  cboses  amotireuses.  11 
l'appelle  de  nouveau  sa  colombe,  il  dit  qu'elle  est  a 
lui,  et  qu'elle  lui  appartieut  en  propre.  Ce  n'est 
plus  elle  qui  lui  demande  instamment  de  se  mori- 
montrer  a  elle,  et  de  lui  parler,  e'est  lui  qui  au 
contraire,  a  present,  la  prie  de  lui  accorder 
cette  grace.  11  agit  comme  un  Epoux,  mais  comme 
un  Epoux  pleiu  de  pudeur,  il  rougit  d'etre  vu  de  Sens  litteral 
tout  le  monde,  il  veut  jouir  de  ses  delices  dans  un 
lieu  ecarte,  dans  des  trous  do  la  pierre,  dans  les 
creux  de  la  muraille.  Imaginez-vous  done,  que  l'E- 
poux  parle  ainsi  a  l'Epouse :  Ne  craignez  point,  ma 
bien-aimee,  que  le  travail  des  vignes,  auquel  je 
vous  exborte,  empecbe  ou  interrompu  nos  amours.  . 
Ce  travail  pourra  servir  ace  que  nous  soubaitons 
egalement  tous  deux.  Les  vignes  ne  vont  pas  sans 
quelques  vieilles  mu'railles  qui  offrent  une  retraite 
agreable  aux  ames  pudiques.  Voila  le  sens,  ou 
plutdt  le  jeu  de  la  lettre.  Et  pourquoi  ne  l'uppelle- 
rais-je  pas  un  jeu,  puisqu'il  n'y  a  rien  de  serieux 
dans  cette  explication  litterale  ?  Ce  qui  en  parait 
au  debors  ne  merite  pas  settlement  d'etre  entendu, 
si  le  Saint-Esprit  aide  au  dedans  la  faiblesse  de  no- 
tre  intelligence.  Ne  nous  arretons  done  pas  au  de- 
bors, de  peur,  ce  qu'a  Dieu  ne  plaise,  qu'il  ne  sem- 
ble  que  nous  voulions  parler  d'amours  impurs  et 
desbonnetes.  Apportez  des  oreilles  cbastes  a  ce  dis- 
cours  d'amour  ;  et  lorsque  vous  pensez  a  ces  deux 


Saint  Ber 

nard  reelaa 

des  oreille 

pudique 


carne    una,  sed  in  uno   spiritu,  dicente    Apostolo  :  Qui 
adhatret  Deo,  unus  spiritus  est. 

2.  Sequitur :  Columba  mea  in  foraminibus  petrce,  in 
cavemis  macerim,  ostende  mihi  faciem  tuam,  sonet  vox 
tua  in  auribus  meis.  Ainal  et  pergit  amatoria  loqui.  Co- 
lumbam  denuo  blaudiendo  vocal,  suam  dicit,  Dt  sibi 
asserit  propriam  :  quodque  ipse  rogari  obnixius  ab  ilia 
solebat,  ipsius  nunc  versa  vice  et  conspectum  poslulat, 
et  colloquium.  Agil  ut  Sponsus  :  sed  ut  verecundus, 
publicum  crubescil,  decernitquc  frui  deliciis  suis  in  loco 
sequcstri,  utique  in  foraminibus  petrae,  et  in  cavernis 
maoeriaa.  Pula  ergo  sic  dicere  Sponsum  :  ne  timcas 
arnica,  quasi  ha-c,  ad  quam  te  horlamur,  opera  vinearum 
negotium  amoris  impedire  seu  interrumpere  habeal. 
Erit  certe  et  allquis  usus  in  ea  ad  id  quod  pariter  opta- 
mus.  Vineas  sane  macerias  habent,  ct  hai  diversoria  grata 
vercctmdis.  Hie  litteralis  lusus.  Quidni  dixerim  lusum  '! 
Quid  enim  serium  habct  haeu  litteiEe  series?  Ne  audita 
quidem  dignum  quod  foris  sonat,  si  non  intus  adjuvet 
spiritus  inlirmitatem  intelligent!*  nostras.  Ne  ergo  re- 
maneamus  foris,  ne  et  lurpium,  quod  absit,  amorum 
videamur  lenociuia  recenserc,  all'erte  pudicas  aures  ad 
scrmoncm  qui  in  manibus  est  de  amore  :  ct  cum  ipsos 
cogitatis  atnantes,  non  virum  et  feminam,  sed  Verbum 
el  animam  senliatis  oportet.  Et  si  Christum    ct   Eccle- 


SOIXANTE  ET  UNIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


WIS 


■\  on  cceur 
pnr  pour 
intelligence 
i  ce   canti- 
que. 


es  trous  de 
pierre  sont 
s   blessures 
de  Jfoup- 
Christ. 


,€8  blessures 

la   Sauvenr 

ont  une  sure 

demenre 

^our    ame. 


amants,  ne  vohs  representez  pas  un  homtne  et  une 
femme,  mais  le  Verbe  etlame,  oubien  Jesus-Christ 
et  l'Eglise,  qui  est  la  meme  chose,  si  ce  n'est  que 
ce  nora  d'Eglise  ne  marque  pas  une  ami;  seule, 
mais  l'unite  ou  plutdt  1'union  de  plusieurs  ames. 
Et  ne  croyez  pas  non  plus  que  les  trous  de  la 
pierre  ou  les  creux  de  la  muraille  soient  des  ca- 
chettes  pour  les  gens  qui  font  du  mal  ensemble, 
rejetez  de  votre  esprit  tout  soupeon  de  choses  si  te- 
nebreuses. 

3.  Quelqu'un  a  entendu  par  les  trous  de  la 
pierre,  les  plaies  de  Jesus-Christ,  et  avec  grande 
raison.  Car  Jesus-Christ  est  la  pierre  mystique.  Ces 
trous  sont  excellents  puisqu'ils  etablissent  la  foi  de 
la  resurrection  et  la  divinite  de  Jesus-Christ. 
«  Vous  etes  mon  Seigneur  et  mon  Dieu  (Joan,  x, 
28),  »  disait  un  apotre.  D'oii  cet  oracle  est-il  sorti, 
sinon  des  trous  de  la  pierre  ?  C'est  la  que  le  passe- 
reau  a  trouve  une  retraite,  et  la  tourterelle  un  nid 
pour  mettre  ses  petits  {Psal.  lxxxiii,  3).  C'est  la 
que  la  colombe  se  met  en  surete,  et  regarde  sans 
crainte  l'oiseau  de  proie  qui  vole  a  l'entour.  Et 
voila  pourquoi  il  dit,  «  ma  colombe  est  dans  les 
trous  de  la  pierre  [Psal.  xxvi,  6),  et  la  colombe  re- 
prend,  il  m'a  fait  monterdans  la  pierre  [Psal.  xxxix, 
3).  Et  encore,  il  a  etabli  mes  pieds  sur  la  pierre 
[Matth.  vn,  24).  »  Un  homme  sage  batitsa  maison 
sur  la  pierre,  parce  que  la  il  ne  craint  ni  la  vio- 
lence des  vents,  ni  les  inondations.  Quels  avanta- 
ges  ne  se  trouvent  point  dans  la  pierre  ?  C'est  sur 
la  pierre  que  je  suis  eleve,  dans  la  pierre  que  je  suis 
en  surete,  et  dans  la  pierre  que  je  demeure  ferine. 
J'y  suis  a  couvert  contre  l'ennemi,  j'y  suis  en  su- 
rete contre   toute  sorte  d'accidents,    et  cela,  parce 


que  jo  suis  eleve  au  dessus  de  la  terre.  Car  tout  ce 
qui  est  terrestre  est  incertain  et  sujet  a  perir,  que 
notre  vie  soit  dans  les  cieux,  et  nous  ne  crain- 
drons  ni  de  tomber  ni  d'etre  ebranles.  C'est  dans 
les  cieux  qu'est  la  pierre,  et  c'est  en  elle  que  se 
trouvent  la  fermete  et  la  securite.  La  pierre  est  le 
refuge  des  herissons  [Psal.  cm,  18).  Et,  en  effet, 
oil  notre  faiblesse  peut-elle  trouver  un  repos 
ferme  et  assure,  sinon  dans  les  plaies  du  Sauveur? 
Je  demeure  la  avec  d'autant  plus  de  confiance, 
qu'il  est  plus  puissant  pour  me  sauver.  Le  monde 
fremit,  le  corps  m'accable,  le  diable  me  tend  des 
pieges,  et  cependant  je  ne  tombe  point,  parce  que 
je  suis  etabli  sur  la  pierre  ferme.  J'ai  commis  une 
grande  faute,  ma  conscience  en  est  troublee,  mais 
je  ne  me  desespere  point,  parce  que  je  me  souviens 
des  plaies  de  mon  Seigneur.  Car  il  a  ete  perce  de 
blessures  pour  nos  peches  [Isa.  xxxiu,  5).  Qu'y  a-t- 
il  de  si  mortel,  qui  ne  soit  gueri  par  la  mort  de 
Jesus  ?  Lors  done  que  je  pense  a  un  remede  si  effi- 
cace,  nulle  maladie  quelque  maligne  quelle  soit, 
ne  me  saurait  epouvanter. 

h.  Par  oil  Ton  voit  clairement  que  celui   qui  di- 
sait :  «  Mon  peche  est  trop  grand  pour  meriter  que  Cp0^i0B  de 
Dieu   me  le   pardonne   se  trompait  etrangement  Jesm-christ 

in        .       jo\  •  ,  ,•  ,.,       est  efficace 

[den.  iv,  13),  »  a  moms  qu  on  ne  dise  qu  il  n  etait  pouratfermir 

pas  des  membres  de  Jesus-Christ,  que  les  merites  de    l'.e,P«ie,lc« 

Jesus-Christ  nelui  appartenaient  pas  a  qu'il  nepou- 

vait  les  regarder  comme  son  bien,  ni  s'attribuer  les 

a  Telle  est  la  lecon  constant?  des  plus  anciennes  editions. 
Horstins  a  done  en  tort  de  lire  :  ■  parce  qu'il  etait  un  roembre 
coupable  de  ce  chef;  Picard  avait  lu  :  ■  parce  qu'il  etait  nn  mera- 
bre  de  ce  ?rai  chef.  ■  La  lecon  que  nous  preferons  est  naturelle 
et  facile,  si  on  comprend  bien  le  mot  ■  membre,  »  et  si  on 
supplee  ces  mols  :  •  II  regarde  comme  sien  ce  qui  appartient 
a  son  chef.  ■ 


chretienne. 


siam  dixero,  idem  est,  nisi  quod  Ecclesiae  nomine 
non  una  anima,  sed  mullarum  unitas,  vel  potius  una- 
nimitas  tlcsignatur.  Nee  sane  foramina  petra ,  aut 
cavernas  maceriae,  latebras  puletis  operantium  init[ui- 
atem  :  ne  qua  prorsus  suspicio  subeat  de  opcribus 
tenebrarum. 

3.  Alius  nunc  locum  ita  exposuil,  foramina  petrse  vul- 
nera  Cliristi  inlerpretans.  Recte  omnino;  nam  petra 
Christus.  V  >na  foramina,  qu«  fidem  adstruunt  resur- 
rectionis,  el  Christi  divinilatem.  Dominus  meus,  inquit, 
et  Deus  meus.  Unde  hoc  reportatum  oraculum,  nisi  ex 
foraminibus  petne?  In  his  passer  invenit  sibi  domum, 
et  turtur  nidum,  ubi  reponat  pullos  suos  :  in  his  se  co- 
lumba  tutatur,  et  circumvolitantem  intrepida  intuetur 
accipitrem.  Et  ideo  ait  :  Columba  mea  in  foraminibus 
petra;.  Vox  columba?  :  In  petra  exaltavit  me.  Et  item, 
statuit,  inquit,  supra  petram  pedes  meos.  Vir  sapiens 
sedificat  domum  suam  supra  petram,  quod  ibi  nee  ven- 
torum  formidet  injurias,  nee  inundationem.  Quid  non 
boni  in  peiwi?  In  petra  exaltatus,  in  petra  securus,  in 
petra  firmiter  sto.  Securus  ab  hoste,  fortis  a  casu;  et 
hoc  quoniam  exallatus  a  terra.  Anceps  est  enim  et  cadu- 
cum,  terrenum  omne.  Conversatio  nostra  in  ccelis  sit,  et 
nee  cadere,  nee  dejici  formidamus.  In  ccelis  petra,  in 
ilia  firmitas  atque  securitas  est.  Petra  refugium  herina- 


ciis.  Et  revera  ubi  tuta  firmaque  infirmis  securitas  et 
requies,  nisi  in  vulneribus  Salvatoris?  Tanto  illic  secu- 
rior  habito,  quanto  ille  potentior  est  ad  salvandum. 
Fremit  mundus,  premit  corpus,  diabolus  insidiatur  : 
non  cado;  fundatus  enim  sum  supra  firmam  petram. 
Peccavi  peccalum  grande  :  turbabilur  conscientia,  sed 
non  perturbabitur,  quoniam  vulnerum  Domini  recor- 
dabor.  Nempe  vulneratus  est  propter  iniquitates  nostras. 
Quid  tarn  ad  mortem,  quod  non  Christi  morte  sol- 
vatur?  Si  ergo  in  mentem  venerit  tarn  potens  tamque 
efficax  medicamentum,  nulla  jam  possum  morbi  mali- 
gnitate  terreri. 

4.  Et  ideo  liquet  errasse  ilium  qui  ait:; Major  est  iniqui- 
tas  mea,  quam  ut  veniam  merear.  Nisi  quod  non  erat 
de  membris  Christi,  nee  pertinebat  ad  eum  de  Chris!! 
merito,  ut  suura  praesumeret,  suum  diceret  quod  illii:  ■ 
esset  ;  tanquam  rem  capitis  membrum.  Ego  vera  Aden 
ter  quod  ex  me  mihi  deest,  usurpo  mihi  ex  visceribu 
Domini,  quoniam  misericordia  affluunt  :  nee  desun1 
foramina,  quae  pereuluant.  Foderunt  mamrs  ejus  -et 
pedes,  latusque  lancea  foraverunt  :  et  per  has  rimas 
licet  mihi  sugere  mel  de  petra,  oleumque  de  saxo  duris- 
simo,  id  est  gustare  et  videre,  quoniam  suavis  est  Do- 
minus. Cogitabat  cogitationes  pacis,  et  ego  nesciebam. 
Quis  enim  cognovit  9ensnm  Domini,    aut  quis    concilia- 


666 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


merites  de  son  chef  aiusiqu'uumeiubre  peat  reclainer 
comme  sienee  qui  est  A  son  chef.  Mais  pour  moi.ce 
guejenetrouvepas  enmoijele  prendsavecconfiance 
dans  les  entrailles  du  Sauveur,  parce  qu'elles  sont 
toutes  pleines  d'amour  et  qu'il  y  a  assez  d'ouver- 
tures  dans  son  corps  sacrc,  par  oil  elles  peuvent  se 
repandre.  lis  ont  perce  de  clous  ses  mains  et  ses 
pieds,  et  son  c6te  d'une  lance  ;  et  par  ces  ouvertu- 
res,  je  puis  sucer  le   miel   de  la  pierre,   et  gouter 


seront  abondantssi  les  misericordes  sont  abondan- 
tes.  Je  me  sens  coupable  de  plusieurs  peches,  il 
ost  vrai,  mais  la  grace  a  surabonde  on  le  peche 
abondait  aviparavant  (Bom.  v,  20).  Si  les  misericor- 
des du  Seigneur  sont  eternelles  pour  moi,  je  chante- 
rai  eternellement  les  misericordes  du  Seigneur.  {Psal. 
en,  27  et  PsaLi.zxx.viu,  1).  Sera-ce  ma  propre  justice 
que  je  celebrerai?  Non,  Seigneur,  je  me  souviendrai 
de  votre  seule  justice.  Car  la  votre  est  aussi  la  mienne, 


Consolation 
que  lhoroiue 
trODve  dans 
la  niiaericor- 
de  du 
Seieneur. 


son  corps,  on  voit  le  grand  mystere  de  sa  bonte  in- 
finie,  les  entrailles  de  la  misericorde  de  notve  Dieu 
par  laquelle  ce  soleil  levant  nous  est  venu  visiter 
du  ciel.  Pourquoi  ses  entrailles  ne  severraient-elles, 
pas  par  ses  plaies?  Car,  comment,  Seigneur,  pouviez- 
vous  faire  eclater  d'avantage  l'exces  de  votre  bonte 
et  de  voire  misericorde,  que  par  ces  blessures  cruel- 
les  que  vous  avez  souffertes  pour  nous?  Personne 
ne  peut  donner  de  plus  grandes  preuves  de  sa  eha- 
rite,  que  d'exposer  sa  vie  pour  ceux  qui  sont  desti- 
nes et  eondamnes  a  la  mort. 


ut  roerilc  de 
l'homme  66 
trou>e  dana 


rius  ejus  fuit  ?  At  clavis  reserans,  clavus  penetrans  faclus 
est  mihi,  ut  videam  voluntatem  Domini.  Quidni  videam 
per  foramen?  Clamat  clavus,  clamat  vulnus,  quod  vere 
Deus  sit  in  Christo  mundum  reconcilians  sibi.  Fcrrum 
pertransiit  animam  ejus,  et  appropinquavit  eor  illius 
Ut  non  jam  non  sciat  compati  iulii'initatibus  meis.  Patet 
arcanum  cordis  per  foramina  corporis;  palet  magnum 
illud  pielatis  sacramenlum,  patent  viscera  misericordiaa 
Dei  noslri,  in  quibus  visilavit  nos  oriens  ex  alio.  Quidni 
viscera  per  vulnela  pateant?  In  quo  cnim  clarius,  quam 
in  vulueiibns  tuis  eluxisset,  quod  tu,  Domine,  suavis  et 
milis,  et  mult*  misericordia:?  Majorem  cnim  misera- 
tionem  nemo  habct,  quam  ut  animam  suani  ponat  quis 
pro  addictis  morti  et  damnatis. 

5.  Meum  pruinde  meritum,  miscratio  Domini.  Non 
p'a  ne  sum  meriti  inops,  qu.'indiu  illo  miserationum  non 
fuerit.  Quod  si  misericordias  Domini  multae,  multu 
nihilominus  ego  in  mentis  sum.  Quid  enim  si  multorum 
sim  mihi  conscius  delictorum?  Nempe  ubi  abundavil 
delictum,  superabundavit  et  gratia.  Et  si  misericordiee 
Domini  ab  ceterno  et  usque  in  ceternum,  ego  quoque  mi- 


la  bonte  it 
Seigneur. 


l'huile  de  ce  dur  caillou,  e'est-a-dire  gouter  et  voir  parce  que  vous  etes  devenu   vous-m&me  ma  propre 

combien  le  Seigneur  est  doux.  II  formait  en  cet  etat  justice.  Dois-je  craindre  qu'une  seule  ne  suflise  pas 

des  pensees  de  pais,  et  je  n'en  savais  rien.  Car  qui  p0ur  deux?  Ce  n'est  pas  ce  manteau,   dont  parle  le 

connalt  les  desseinsdu   Seigueur,  ou  qui   a  jamais  Prophete,  qui  est  si  court  que   deux   ne  s'en   peu- 

eu  part  a  ces  conseils?  Mais  ces  clous  dont  il  a  ete  vent  COUVrir  [Psal.  i.xx,   16).    Votre  justice  est   la 

perce,  sont  devenus  pour  moi  comme  des  cb-fs,  qui  justice  eternelle  [ha.  xxvni,  20).  Qu'y  a-t-ilde  plus 

m'ont  ouvcrt  le  tresor  de    ses  secrets  et  fait   voir  long  que  l'Eternite  ?  Votre  justice  done  qui  est  eter- 

la  volonte  du  Seigneur.  Et  pourquoi  ne  la  verrais-  nene  et  si  etendue  nous  couvrira  tous  deux  aniple- 

je  pas  au  travers  de  ses   plaies?   Ses  clous   et  ses  ment.    En  moi  elle  couvrira   la  multitude   de  mes 

blessures  crient  bautement  que    Dieu  est   vraiment  peches,  mais  couvrira-t-elle  en  vous,  Seigneur,  des 

en  Jesus-Christ  et  qu'il  y  reconcilie  le  monde  avec  tresors  de  clemence,  des  richesses  de  bonte?  Ce  sont 

lui-meme.  Ce  fer  a  traverse  son  ame  et  touche  son  ces  richesses   qui  sont   cachees  pour   moi   dans  le 

cosur,  afin  qu'il  silt  compatir  a  mes  infirmites.  Le  trou  de  la  pierre.  Que  la  douceur    qu'elles   enfer- 

secret  de   son  cceur  se  voit  par  les   ouvertures   de  nient  est  grande  et  excessive  !    Elles  sont  cachees  a 


la  verite,  mais  e'est  pour  ceux  qui  perissent ; 
car  pourquoi  donner  le  saint  aux  chiens,  ou  les  per- 
les  aux  pourceaux  ?  Mais  Dieu  nous  les  a  revelees 
par  son  Saint-Esprit.  II  nous  a  fait  entrer  dans  son 
sancluairepar  les  portes  de  ses  plaies.  Quelle  source 
de  douceur  n'y  trouve-t-on  point,  qu'elle  plenitu- 
de de  graces,   quelle   abondance  de  vertus. 

6.  J'entrerai  dans  ces  celliers  si  riches  et  si  abon- 
dants,  et,  selou  leconseil  du  Prophete,  je  laisserai 
les  villes  et  habiterai  dans  la  pierre  [hr.  xxvin,  25), 
je  ferai  comme  la  colombe  qui  fait  son  nid  a   l'en- 


5.  La  misericorde  du  Seigneur  est  done  lama-  tree  destrousdelapierreafmqu'etant  mis  avec  Moise 
tiere  de  mes  merites.  J'en  aurai  toujours  tant  qu'il  dans  les  trous  de  la  pierre  [Exod.  xlviii,2),  je  me- 
daignera  avoir  de  la  compassion  pour  moi.    Et  ils    rite  au  moins  de   voir  le  Seigneur  par  derriere, 


sericordias  Domini  in  aeternum  cantabo.  Numquid  jus- 
titias  meas?  Domine,  memorabor  justitia  tuie  solium. 
Ipsa  est  enim  et  mea;  nempe  factus  es  mibi  tu  juslitiaa 
Deo.  Numquid  mihi  verendum,  ne  non  una  ambobus 
sufflciat?  Non  est  pallium  breve,  quod,  secundum  pro- 
phetum,  non  possit  operire  duos.  Justitia  tua,  justitia 
in  oeternum.  Quid  longius  aeternitate?  Et  te  pariter  et 
me  operiet  largiler  larga  et  a;terna  justitia.  Et  in  me 
quidem  operit  multitudinem  peccatorum  ;  in  te  autem, 
Domine,  quid  nisi  pictatis  thesauros,  divitias  bonitatis? 
Ha3  in  forammibus  pelr*  repositie  mihi.  Quam  magna 
mulliludo  dulcedinis  tua;  in  illis,  operlae  quidem,  sed  in 
liis  quipereunt!  Ut  quid  enim  sanctum  detur  canihus, 
vel  margarit*  porcis?  Nobis  autem  revelavit  Deus  per 
spiriium  suum,  etiam  et  apertis  foraminibus  introduxit 
in  sancta.  Quanta  in  his  multitudo  dulcedinis,  plenitudo 
gratis,  perfectioque  virtutuml 

6.  Ibo  mihi  ad  ilia  sic  referta  cellaria,  atquc  adadmo- 
nitioncm  prophelae  relinquam  civitates;  ct  habitabo  in 
pelra.  Ero  quasi  columba  nidificans  in  summo  ore  fora- 
minjs,  ut  cum  Moyse  poaitus   in  foramine  petra?,  tran- 


S01XANTE  ET  UlNlEME  SEKMON  SUK  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQL'KS 
viendra  a  passer.  Car  qui  pourra  voir  sa 


447 


fe.t-ce  que  lors1U' 

irDieu  par  face,  lorsqu'il se  tiendra  Jebout,  c'est-a-dire  lorsqu'il 

derri£r«. 

paraitra  dans  la  splendeur  de  sa  beaute  iminuable, 
sinon  celui  qui  a  deja  nierite  d'etre  introduit  dans 
le  saint  des  saints"?  Neanmoins  ce  n'est  point 
une  chose  vile  et  meprisable  que  de  le  voir 
par  derriere.  Qu'Herode  le  nieprise  s'il  veut,  pour 
moi,  je  le  nieprise  d'autant  moins  qu'il 
lui  a  paru  plus  meprisable.  11  y  a  nienie  quelque 
plaisir  a  le  voir  de  cette  sorte ;  qui  sait 
s'il  ne  se  retournera  point  vers  nous,  s'il  ne 
nous  pardonnera  point  nos  peches,  et  s'il  ne  lais- 
sera  point  sa  benediction  apres  lui  ?  Un  temps 
viendra  oil  il  nous  montrera  sa  face,  et  nous  serons 


la    sagesse.  Get   er  s'est     decolore   lui-meme,    en 

cachant  la  forme  de   Dieu,  pour  ne  faire  paraitre 

que  la  forme  d'esclave.  II  a  aussi  decolore  l'Eglise, 

puisqu'elle  dit  :   «Me  preuez   pas  garde    sije  suis 

noire,     car    c'est    le    soled     qui     m'a    decoloree 

[Caul.  1,  5j.  »    Son  dos  a  done    aussi  la   paleur  de 

l'or,  parce  qu'elle  n'a  point  rougi  de  la  noirceurde 

la  croix,  qu'elle  n'a  point  eu  d'horreur  des  briilu- 

res  de  la  passion,  qu'elle  n'a  point  fui  les  marques 

livides  des  blessures.  Elle  y   prend  meme  mainte-    La  pMlioQ 

nant  de  la  complaisance,  et  elle  soubaite  que  la  fin  et  les  biessn- 

soit  semblable  a  ses  commencements.  Enfin,  c'est  ce  font  Ta  force 

qui  fait  que  1'Epoux  lui  dit  :  «Ma  colombe  est  dans  dea  mailn- 

les  trous  de  la  pierre,  »  parce  quelle  met  toute    sa 


sauves.  Mais  en  attendant,  qu'il  nous  previennepar  devotion  a  s'occupersans  cesse  dans  le  souvenir  des 

la  douceur  de  ses  benedictions,  je  dis  de  celle  qu'il  a  plaies  de  Jesus-Christ,  a  s'y  arreter  et  a  y  demeurer 

coutunie   de  laisser  apres  lui,    qu'il  nous    uiontre  par  une  meditation  coutinuelle.  C'est  ce  qui  lui  fait 

seulement   maintenant    sa     bonle,    comme     par  souffrir   le  martyre  avec  tant  de  courage  ;  c'est  ce 

derriere,    et   qu'il  reserve  pour  une  aulre  fois  de  qui  lui  donne  taut  de  conliauce  dans  le  Tres-Haut. 

nous  faire  voir  si  face  dans  tout  l'eclat  de  sa  gloire.  Le   martyr  n'a  point  a  craindre  de  lever  un  visage 

II  est  extremement  eleve  dans  son  royaume,  mais  il  defait    et  livide,  avec  celui  dout  les  ineurtrissures 

est  doux  sur  la  croix.   Qu'il  commence  par  cette  et  les    plaies   l'ontgueri,    et  de  representer  par  la 


derniere  vision,  il  achevera  un  jour  par  l'autre. 
«  Vous  me  comblerez  de  joie,  dit  le  Prophete,  par 
la  vue  de  votre  visage  (Psal.  xv,  10).  »  L'une  et 
l'autre  de  ces  deux  visions  sont  salutaires,  l'une  et 
l'autre  sont  tres-douces,  mais  la  premiere  est  su- 
blime, et  la  seconde  est  humble  ;celle-laestaccompa- 
gnee  de  splendeur,  et  celle-ci  de  paleur. 

7.  Car,  comme  dit  le  Prophete,  «  son  dos  a  la 
paleur  de  l'or  (Psal.  lxvii,  lli],  »  Comment  ne  pali- 
rait-il  pas  a  la  mort '?  Mais  l'or,  tout  pile  qu'il  est, 
vaut  mieux  que  le  clinquant  qui  brille,  et  ce  qui 


paleur  de  l'or,  la  mort  de  son  maitre.  Pourquoi  le 
craindrait-il,  puisque  le  Seigneur  l'y  invite  meme 
en  lui  disanl  :  «  Montrez-moi  votre  face  Cu/<<  u, 
1  h  '.'  »  Pourquui '?  Je  pense  que  ce  n'est  pas  tant 
parce  qu'il  veut  la  voir,  que  parce  qu'il  desire  lui- 
menie  etre  vu  d'elle.  Car  qu'est-ce  qu'il  ne  voit 
pas  ?  II  n'a  point  besom  qu'une  personne  se  montre 
a  lui  pour  la  voir,  puisqu'il  voit  toutes  choses,  meme 
cedes  qui  sont  cacbees.  II  veut  done  etre  vu.  Ce 
chef  plein  de  bonte  veut  que  son  brave  soldat  jette 
les  yeux  sur  ses  plaies,  atin  que  cela  serve  a    l'en- 


semble  folio  en  Dieu,  est  plus    sage  que  toute  la     courager,  et  que,  par  son  exemple,  il  devienne  plus 
sagesse  des  honimes.  L'or  c'est  le  Verbe,  l'or  c'est    fort  pour  supporter  les  tournients. 


eeunte  Domino  inerear  saltern  posteriora  ejus  prospicere. 
Nam  facieui  stantis,  id  est  incommutabilis  cluritatem, 
quis  videat,  nisi  qui  introduci  jam  meruit,  non  insancta, 
sed  in  sancla  sanctorum  ?  Nee  vilis  tamen  ant  contem- 
nenda  postei-iorum  contcmplalio.  Contemnat  Herodes  : 
ego  tanlo  magis  non  contemnendo,  quanto  magis  cou- 
lemptibilem  e  ostendit  Herodi.  Habent  etiam  aliquid  et 
posteriora  Domini  quod  videre  delectet.  Quis  scit  si 
convertatur  et  ignoscat  Deus,  et  rehnquat  post  se  bene- 
dictionem?  Erit  cum  ostendet  faciem  suam,  et  sahi  eri- 
mus.  Sed  interim  prasveniat  nos  in  benedietionibus  dul- 
cedinis,  illis  ulique,  quas  post  se  relinquere  consuevit. 
Nunc  dignationis  sua  posteriora  demonstret,  alias  in 
gloria  dignitatis  faciem  suam  demonstraturus.  Sublimis 
in  regno,  sed  suavis  in  cruce.  In  hac  me  visione  prae- 
veniat,  in  ilia  adimpleat.  Adimplebis  me,  ait,  latitia  cum 
vultu  tuo.  Ulraque  visio  salutaris,  utraque  suavis  :  sed 
ilia  in  subliuiitate,  ista  in  humilitate  :  ilia  in  splendore, 
hi£c  in  pallore  est. 

7.  Uenique  inquit,  et  posteriora  dorsi  ejus  in  pallore 
auri.  Quomodo  non  in  morte  pallescat?  Sed  melius 
pallens  aurum,  quam  fulgens  aurichalcum;  et  quod  stul- 
tum  est  nei,  sapientius  est  hominibns.  Aurum  Verbum, 


aurum  Sapientia  est.  Hoc  aurum  semetipsum  decolora- 
vit.  abscondens  formam  Dei,  et  formam  servi  praelen- 
dens.  Decoloravit  et  Ecclesiam,  qua'  ait  :  Nolite  me  con- 
ire  quod  fusca  sim,  quia  decoloravit  //i»  sol.  Ergo 
et  posteriora  ipsius  in  pallore  auri,  quae  fuscum  non 
erubuil  crucis,  ustionem  passionis  non  borruit,  livorem 
vulnerum  non  refugit.  Etiam  complacet  sibi  in  illis,  et 
optat  novissima  sua  fore  horum  similia.  ldt'irco  denique 
audit  :  Cotumba  men  in  foraminibuf  petrm,  quod  ia 
Cbristi  vulneribus  tota  derolione  versetur,  etjugi  medi- 
tatione  demoretur  in  illis.  Inde  martyrii  tolerantia,  inde 
illi  magna  (iducia  apud  Deum  altissimum.  Non  est  quod 
\creatur  martyr  exsanguem  lividamque  levare  ad  eum 
faciem,  cujus  livore  sanatus  est,  gloriosam  reprajsentarc 
similitudinem  mortis  ejus,  utique  in  pallore  auri.  Quid 
vereatur  cui  etiam  a  Domino  dicitur,  ostende  mihi 
faciem  tuaml  Ad  quid?  Ut  mihi  videtur,  se  magis  os- 
tendere  vult.  Itaest  :  videri  vuit,non  videre.  Quid  enim 
ille  nun  videt?  Non  est  ei  opus  ut  quis  se  ostendat,  a 
quo  nil  non  videtur,  nee  si  se  abscondat.  Vult  ergo 
videri ,  vult  benignus  dux  devoti  militis  vultum  et 
oculos  in  sua  sustolli  vulnera,  ut  illius  ex  hoc  animum 
erigat  .  el  exemplo  sui  reddat  ad  tolerandum  fortioraua. 


lis 


flEUYRES   DK  SAINT  BERNARD. 


Quelle  e«t  Is 

source  de  la 

oonstancc  de* 

martyrs  an 

milieu    dea 

rappllcee. 


8.  Car  tandis  qu'il  regarde  ses  blessures,  il  ne 
sentira  pas  les  siennes.  Tout  martyr  demeure  in- 
trepide,  ravi  de  joie  et  triumphant  en  lui-memc, 
pendant  que  son  corps  est  tout  dechire  de  coups  ; 
et  quand  le  fer  lui  ouvre  les  tlancs,  il  regarde  cou- 
ler  son  sang  sacre,  non-settlement  avec  contiance, 
mais  meme  avec  allegresse.  Ou  est  done  alors  son 
ante  ?   Elle  est  en  lieu  de  surete,   elle  est  dans  la 


le  linir  aujourd'hni,  et  il  serait  excessivement  Ion  , 
si  nous  voulions  achever  tout  ce  qui  nous  reste  a 
dire  sur  le  verset  que  nous  avons  commence  a 
vous  cxpliquer.  Reservons  done  le  reste  pour  une 
autre  fois,  atiu  epie  l'cpoux  de  1'Kglise  Notre-Sei- 
gnetir  Jesus-Christ,  ait  sujet  de  se  rejouir  et  de  ce 
que  nous  disons,  et  de  la  maniere  dont  nous  le 
disons,  lui  qui  etant  Dieu  et  eleve  par'dessus   lout, 


pierre,  elle  est  dans  les  entrailles  de  Jesus,  ou  elle  est  beni  dans  tous  les  siecles.  Ainsi  soit-il. 
entre  par  la  porte  de  ses  plaies.  Si  elle  etait  dans 
ses  propres  entrailles,  certainement  elle  sentirait 
le  fer  qui  les  dechire,  elle  ne  pourrait  supporter  la 
douleur,  elle  succomberait  et  renieraitsonSauveur. 
Mais  habitant  dans  la  pierre,  quelle  merveille 
qu'elleen  prenne  ladurete?Quelle  merveille  qit'Olant 
bannie  du  corps ,  Elle  n'eprouve  aucune  sensa- 
tion corporelle  ?  Ce  n'est  pas  en  effet  de  l'insensi- 


StRMOn  LXII. 

Qu'est-ce  pour  une  dme  fidele  que  demeurer  dans  let 
trtius  de  la  pierre  et  de  se  Irouver  dans  les  fenles  das 
murailks.  II  vaut  micux  clwrcher  la  volonti  de 
Dieu,  que  sonder  sa  gloire  et  sa  majeste.  Purcti  du 
cmur  qu'il  faut  avoir  pour  pn'clier  la  veritr. 

1.  «  Ma  Colombe  est  dans  les  trous  de  la  pierre, 


bilite,  mais  de  l'amour.  Elle  ne  perd  pas  le  senti-  et  jans  \es  creux   de  la   muraille  (Cant,  n,  13). 

ment,  elle  se  l'assujettit,  elle  n'est  pas  exempte  de  ce  n'est  pas  seulement  dans  les  trous  de  la  pierre 

douleur,  mais   elle  la  surmonte,    elle  la  meprise  ;  que  la  colombe  trouve  un  refuge  assure,  e'est  aussi 

e'est   done  de  la  pierce  que  vient  le  courage  des  dans  les  ouvertures  de  la    muraille  :  Si  nous  pre- 

martyrs,  e'est  cequi  les  rend  puissants,  pour  boire  le  nons  cette  muraille,  non  pour  des   monceaux   de 

calice   du  Seigneur.   Et  que  ce  calice  dont  le  vin  pierre,    mais  pour  l'assemblee  des  saints,    voyons 

enivre  est  beau  (Psal.  xxn,  5)  !  II  est,  dis-je,  excel-  s'il    n'entend   point  par  ses  ouvertures,  les   places 

lent  et  agreable,  et  ne  l'est  pas  moins  au  general  qu'ont   laissees  videsles  anges  qui  sont  tombes  du 

qui  regarde,  qu'au  soldat  qui  triomphe ;  car  notre  ciel  par  lour  orgueil,  et  qui  seront  remplies  par  les 

courage    fait  la  joie   du  Seigneur.  Et  comment  ne  hommes  comme  des  ruines  qui  doiventetrerebuties 

se  rejouirait-il  point  a  la  suite    d'une  confession  de   pierces  vivantes.  Ce  qui  faisait  dire  a  1'apdtre 

genereuse,  puisqu'il  la  desire  avec  tant  d'empresse-  saint  Pierre:  «  Vous  approchant  de  la  pierre    vi- 

ment  ?  «  Que  votre  voix,  dit-il,  retentisse  a  mes  vante,  soyez  vous-memes  des  pierces  vivantes,  era- 

oreilles  (Cant,  n,  U).  »  Aussi  ne  tardera-t-il  point  a  ployees  a  des   edifices  spirituels  (1  Pet.  it,).  »    Je 

rendre  la  recompense  qu'il  a  promise,  car  il  s'em-  crois  aussi  qu'on  peut  dire  avec  quelque   raison, 

pressera  de  reconnaitre  devant  son  Pere,  celui  qui  que   les    anges  qui  vous  gardent  sont  comme  des 

l'aura  confesse  devant   les  hommes   (Matt,  x,  32).  murailles   dans  la  vigne  du  Seigneur,  je  veux  dire 

Coupons  court  a  ce  discours,  car  nous   ne  saurions  dans   l'assemblee  des   predestines,   puisque    saint 


6.  Enimvero  non  sentiet  sua,  dtini  illius  vulnera  intue- 
bitur.  Stat  martyr  tripudians  et  triumphans,  loto  licet 
lacero  corpore ;  et  rimante  latera  ferro,  non  modo  i'or- 
titer,  sed  et  alaeriter  sacrirm  e  carne  sua  circumspicit 
ebullire  cruorem.  Ubi  ergo  tunc  anima  martyris?  Nempe 
in  tuto,  nempe  in  petra,  nempe  in  visceribus  Jesu,  vul- 
neribus  nimirum  patenlibus  ad  introeundum.  Si  in  suis 
esset  visceribus,  s^rulans  ea  ferrum  profecto  sentiret; 
dolorem  non  ferret,  succumberet,  et  negaret.  Nunc  au- 
tem  in  petra  habitans.  quid  mirum  si  in  modum  petra; 
duruerit?  Sed  neque  hoc  mirum,  si  cxul  a  corpore, 
dolores  non  ,6entiat  corporis.  Neque  hoc  facit  stupor, 
sed  amor.  Submittitur  enim  sensus,  non  anultitur.  Nee 
deest  dolor,  eed  superatur,  sed  contemnitur.  Ergo  ex 
petra  martyris  furtitudo,  inde  plane  potena  ad  biben- 
dum  calicem  Domini.  Et  calix  bic  inebrians  quam  prae- 
clarus  eatl  Praeclaius,  inquam,  atque  jucundus  non  mi- 
nus imperatori  spectanti,  quam  militi  triumphanti.  Gau- 
dium  etenim  Domini,  fortitudo  nostra-  Quidni  gaudeat 
ad  vocem  fortissima;  confessionis  7  Denique  et  requirit 
earn  cum  desiderio.  Sonet,  inquiens,  vox  tua  in  auribus 
men.  Nee  cunotabitur  rependere  vicem  secundum  suam 
promlssionem  :  continuo  ut  se  confessus  fnerit  ooram 


hominibus,  confitebitur  et  ipse  earn  coram  Patre  suo. 
Huinpamus  sermonem,  nee  enim  potest  finiri  modo  :  ne 
sit  sine  modo,  si  cunctaqua;  adliuc  ex  proposito  capilulo 
restant,  uno  isto  velimus  sermone  complecti.  Ergo  quod 
superest  servemus  principio  alteri,  ut  de  nostra  s;inc  et 
verbo,  et  modo  gaudeat  sponsus  Ecclesia;  Jesus-Chris- 
tus  Dominus  noster,  qui  est  super  omnia  Deus  benedic- 
tus  in  savcula.  Amen. 

SERMO  LXII. 

Quid  sit  animam  fide/em  commorari  in  foraminibus 
petra;;  et  quid  in  cavernis  maceriae.  De  Dei  voluntate 
potius,  quam  majestate  scrutanda.  Denique  de purtlate 
mentis  necessaria  ad  prwdicationein  verilatis. 

{.  Columba  mea  in  foraminibus  petra,  in  cavernis 
macerice.  Non  tantum  in  foraminibus  petrai  tutum  repc- 
rit  columba  refugium  :  reperit  el  in  cavernis  maceriae. 
Quod  si  maceriam  non  congeriem  lapidum,  sed  sancto- 
rum communionem  accipimus,  videamusne  forte  caver- 
nas  macei'ia?  dixerit  angelorum,  qui  ob  superbiam  lapsi  • 
sunt,  loca  quasi  vacua  derelicta  :  quippe  qua;  repleri  ex 


S0IXANTE-DEUX1EME  SERMON  SUR 

Paul  dit :  «  Tous  ces  esprits  bienheureux  ne  sont- 
ils  pas  les  minislres  de  Dieu,  envoyes  pour  servir 
ceux  qui  sont  destines  a  l'heritage  des  elus  (Heb. 
j,  14)?  »  Et  leProphete:  «  L'ange  du Seigneur  veil- 
lera  a  l'entourde  ceux  quilecraignent  (Psal.  xxxin, 
8).  »  Si  cette  explication  vous  agree,  le  sens  sera, 
console"'"  que  deux  choses  consolent  l'Eglise  dans  le  temps  et 
l'£giise.  ,]ans  ]e  ]ieu  je  son  pelerinage.  Pour  le  passe,  la 
mi-moire  de  la  passion  de  Jesus-Christ,  et  pour  l'a- 
venir,  la  pen  see  et  Fesperance  qu'elle  sera  recue 
dans  la  soci>'te  des  sainls.  Elle  regarde  ees  deux 
choses avec  un  plaisir  qui  nela  rassasie  jamais,  l'un 
et  l'autre  objet  lui  semblent  infiniment  doux,  l'un 
et  l'autre  lui  serviront  de  refuge  et  de  consolation 
contre  les  afflictions  etles  douleurs,  parce  qu'elle 
ne  connait  pas  seulement  ee  qu'elle  doit  esperer, 
mais  encore  de  qui  elle  le  doit  esperer.  Son  attente 
est  pleine  de  joie  et  de  certitude,  parce  qu'elle  est 
fondee  sur  la  mort  de  Jesus-Christ.  Pourquoi  s'e- 
tonnerait-elle  de  la  grandeur  de  la  recompense, 
quand  elle  sait  quel  est  le  prix  de  sa  rancon  ? 
Qu'elle  a  de  bonheur  a  considerer  en  esprit  cesou- 
vertures  saintes  par  lesqueUes  a  coule  le  sang  sa- 
cre  de  son  Sauveur  !  Qu'elle  a  de  satisfaction  a  re- 
passer  sans  cesse  en  ellc-meme  ces  creux  de  la  mu- 
raille,  ces  retraites  et  ces  demeures,  qui  sont  si  dif- 
fereutes,  et  si  nombreuses  dans  la  maison  duPere, 
et  dans  lesquelles  il  doil  placer  ses  enfants  selon  la 
diversite  de  leurs  merites  !  Et  parce  que  maintenant 
elle  ne  peut  pas  encore  y  entrer  en  elfet,  elle  y  en- 
tre  de  la  maniere  qu'il  est  possible,  en  esprit  et  par 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  449 

un  continuel  souvenir.  Le  temps  arrivera  un  jour 
ou  elle  relevera  ces  mines,  habitera  de  corps  et 
d 'esprit  dans  ces  ouvertures,  etremplira  par  la  mul- 
titude de  ses  enfauts  les  places  que  les  anciens  ha- 
bitants du  ciel  ont  laissees  rides,  et  alors  on  ne 
verra  plus  de  trous  dansce  mur  celeste,  il  sera  en- 
tier  et  parfait . 

2.  Ou   si  vous  l'aimez  mieux,  nous  dirons  que 
les  rimes  pieuses  et  zelees  ne  trouvent  pas  ces  trous, 

mais  les  font.  Comment  cela,  me  direz-vons?    Par  „,   .  , 

C  est  par    la 

la  force  de  leur  pensee  et  de  leurs  desirs.  Car  cette  pensee  et  le 

muraille  celeste  cede  aux  desirs  ardents  de  l'ame,  rjme'demea- 

conime  des  pierres  molles  cedent  au  ciseau  qui  les   re  4aus  les 

1  n  cieni. 

taille  ;  elle  cede  a  une  contemplation  pure,  elle  cede 

a  une  oraison  frequente.  Car  la  priere  du  juste  pe- 

netre   les   cieux    [Eccl.    xxxv,    21).    Ce  n'est   pas 

qu'elle  fende  les  plaines  de  cet  air  maleriel  cornme 

fait   un    oiseau  avec  ses  ailes,  ou   qu'elle  traverse, 

comme  avec  une  epee,  le  hautdu firmament.  II  y  a 

des  cieux  qui  sont  saints,  vivants  et  raisonnables, 

qui  racontent  la  gloire  de  Dieu,  qui  daignent  favora- 

blement  s'abaisser  jusqu'a  nous,  lorsque  nous  les 

en  prions,  etqui,  se  laissant  toucher  par  nosvceux, 

veulent  bien  nous  reunir  comme  dans   leur  sein, 

toutes  les  fois  que  nous  y  frappons  a  leur  porteavec 

une  intention  droiteet  pure.  Car  on  ouvre  a  celui 

qui  frappe.   11  est  done  permis  a  chacun  de  nous, 

meme  durant  le  temps  de    cette  vie  mortelle,  de  se 

creuser  des  trous  en  telle  partie  qu'il  lui  plaira  de 

cette  muraille  celeste,  de  visiter  les  patriarcbes  et 

de  saluer  les  propnetes,  de  se  meler  aux  college 


hominibus  habent,  tanquam  ruinae  de  lapidibns  vivls  re- 
liciendaa.  Unde  aposlolus  Petrus  :  Accedentes,  inquil, 
ad  lapidem  vivum,  et  ipsi  tanquam  lapides,  vivisuperce- 
dificamini,  domos  spirituals.  Nee  puto  ab  re  esse,  si 
inlelligimus  angelorura  custodiam  vicem  exhibcre  ma- 
ceriae  in  vinea  Domini,  quae  est  Eccicsia  praedestinato- 
rum,  cum  Paulus  dicat  :  Nonne  omnes  administratorii 
spirilus  sunt,  missi  in  ministermm  propter  eos,  qui  hce- 
reditatem  cupiunt  salutisl  Et  Propheta  :  bnmittit  an- 
gelus  Domini  in  circuitu  fimenlium  earn.  Et  si  ita  sedet, 
erit  sensus,  quia  Ecclesiam  tempore  et  loco  peregrina- 
tionis  sure  duae  res  consolentur  :  de  praelerito  quidem 
memoria  Passionis  Christi  :  de  futuro  aulem,  quod  se 
in  sortem  sanctorum  cogitat  et  conlidit  recipiendam. 
Ambohaec,  veluti  ante  et  retro  oculata.  insatiabili  desi- 
derio  conluetur  :  et  uterque  illi  intuitus  admodnai  gra- 
tus,  uterque  est  illi  refcigium  a  tribulatione  malorum  et 
dolore.  Integra  consolalio,  cum  non  solum  quid  sibi 
exspectandum,  sed  et  unde  id  sit  praesumendumnoverit. 
Exspeclatio  laeta  nee  dubia,  quae  Christi  mortc  (irmata 
est.  Cur  paveat  ad  pra?mii  magnitudinem,  qu,E  pretii 
dignitatem  considerat?  Quam  libens  mente  invisit  fora- 
mina, per  quae  sibi  sacrosancti  sanguinis  pretium  fluxitl 
Quam  libens  cavernasperambulat,  et  diversoria,  el  nian- 
siones,  quae  sunt  in  domo  patris  multce  atque  diversae, 
in  quibus  babet  collocare  filios  suos  pro  quorumque 
diversitate  meritorum  !  Et  nunc  quidem  (quod  solum 
interim  potest)  soia  in  his  memoria    requiescit,    ccelcsle 

T.    IV. 


babitaculum,  quod  desursum  est,  jam  animo  induens. 
Erit  autem  cum  implebit  ruinas,  cum  cavernas  et  cor- 
pore  inhabitabit,  et  mente ;  cum  vacua  domicilia,  quae 
anliqui  reliquerunt  habitalores,  ipsa  suae  universilatis  il- 
luslrabit  praesentia,  nee  ulla  ultra  apparebit  caverna 
penitus  in  ccelesti  maceria,  felici  de  caetero  perfectione 
sui  atque  integritate  gaudente. 

i.  Aut  si  id  magis  probas,  dicemus  has  cavernas  a 
studiosis  et  piis  mentibus  non  inveniri,  sod  fieri.  Quo- 
nam  modo,  inquis?  Cogitatione  et  aviditate.  Cedil  nempe 
in  modum  macerice  mollioris  pia  maceries ,  desiderio 
animae,  cedit  purae  contemplationi,  cedit  crebrae  orationi 
Denique  oratio  jusli  penelrat  ccelos.  Non  utique  aeris 
hujus  corporei  spaliosas  altitudines,  veluti  quodam  re- 
migio  alarum  suarum  instar  volucris  volanlis  scindet, 
aut  quasi  gladius  acutus  ipsius  firmamenti  solidum  cel- 
sumque  verticem  perforabit  :  sed  sunt  cceli  sancti,  vivi, 
rationales,  qui  enarrant  gloriam  Dei,  qui  favorabili  qua- 
dam  pietate  nostris  se  votis  libenter  inclinant,  et  sinuatis 
ad  tactum  nostras  devotionis  aflectibus  in  sua  nos  reci- 
piunt  viscera,  quoties  digna  ad  eos  intentione  pulsamus. 
Pulsanti  enim  aperietur.  Licebit  itaque  unicuique  nos- 
trum, etiam  hoe  tempore  nosliae  mortaiitatis,  cavare  sibi, 
quacumque  parte  volet,  cavernas supernae  maceriae  :  nunc 
quidem  patriarchas  revisere,  nunc  vero  salutare  prophe- 
tas,  nunc  senatui  immisceri  apostolorum,  nuncmarlyrum 
inseri  choris  :  sed  et  beatarum  virtutum  status  et  man- 
sinnes  a  mmimo  angelo  usque  ad  Cherubin  of  Seraphin, 

29 


450 


OELVRES  DE  SAN1T  BERNARD. 


des  ap6tres,  de  s'introduire  dans  le  chceur  des  mar- 
tyrs .Ou  pcut  meme,  si  on  en  a  devotion,  pareourir 
avec  allegresse  lesdemenres  desbienheureusesver- 
tus,  depuis  le  moindre  des  anges  jusqu'au  plus 
grand  des  Cherubins  et  des  Seraphins.  Et  si  quel- 
qu'un  Erappe  avec  perseverance  jusqu'a  la  porte  de 
ceux  dans  la  compagnle  desquels  il  se  plaira  da- 
vantage,  comme  l'esprit  de  Dieu  souffle  ou  il  veut, 
ils  lui  ouvriront  aussitot,  et,  so  faisant  comme  une 
ouverture  dans  ces  montagnes,  ou  plutdt  dans  ces 
esprits  celestes,  qui  se  laisseront  Qechir  &  ses  prie- 
res,  il  reposera  un  peu  parmi  eux.  La  \oix  et  le 
visage  de  quiconque  agit  do  la  sorte,  sont  toujours 
agreablesu  Dieu;  le  visage  a  cause  de  sa  purete,  la 
voix  a  cause  des  louanges  qu"il  lui  donne.  Car  il 
voit  dun  ceil  favorable  ceux  qui  confessent  son 
nom  et  qui  out  lime  belle  (Psal.  xcv,  6).  C'est 
pourquoi  il  dit  a  celui  qui  se  montre  tel  :  o  Uon- 
trez-moi  votre  visage,  que  voire  voix  retentisse  & 
Que  faut-il   nies  oreilles  (Cant,  it,  14).  »  La  voix  est  l'admiration 

cnteDdre  par  de  Fame  en  contemplation  ;  c'est  Taction  de  graces. 
la  von  de  r  '  ° 

lame.       Dieu  se  plait  extrenieinent  dans  les  creux  de   cette 

muraille,  d'ou  sort  une  voix  d'action  de  graces,  une 
voix  d'admiration  et  de  louanges. 

3.  Heureuse  lame  qui  a  soin  de  se  creuser  sou- 
vent  des  relraites  dans  cette  muraille  ;  mais  plus 
encore  celle  qui  s'en  creuse  dans  la  pierre.  On  peut 
aussi  s"en  creuser  dans  la  pierre,  mas  il  faut  pour 
cela  une  purete  bien  plus  grande,  une  application 
bien  plus  forte,  et  une  sainltte  bien  plus  emi- 
nenle.  a  Mais  qui  possede  taut  de  sublimes  quali- 
tes  !  C'est  celui  qui  a  dit  :  «  Le  Verbe  etait  des  le 
commencement,  et  le  Verbe  etait  en  Dieu.  Ainsi 
des  le  commencement  le  Verbe  etait  en  Dieu  (Join. 

a  DaDs  plnsieurs  manuscrits,  le  mot  «  saintete  «  manque  : 
Toutefois  il  se  troure  dans  tontes  les  editions  meme  dans  les 
plus  aaciennes. 


i,  1).»  Ne  vous  semble-t-il   pas  qu'il  s'est   coinme 

abime  dans  le  sein  du  Verbe,   et  qu'il  a  puise  dans 

le  plus  profond  de  son  coeur  comme   la  moelle  sa- 

cree  de  la  sagesse  ?Oue  dirai-je  de  celui  qui  tenait 

parmi  les  saints  des  discours    si  eleves  et    si   pleins 

de  sagesse,  mais  dime  sagesse  si  tmslerieuse   que 

uul  des  princes   du  monde    n'a  connuo  (1  Cor.    n, 

6)?  Aussi  l'etait-il  adle  chercher  jusque  dans  le  troi- 

sieme  ciel,  apres  avoir  perce  les  deux  premiers  par 

une  pieuse  et    sainle  curiosile.  Et  il  ne  nous  l'a  pas 

cachee,  au  conlraire  il  a  l&che  de  nous  la  decouvrir 

le  plus  Gdelement  et  le  plus  clairemenl   qu'il  a  pu. 

11  a  out  des  paroles  ineuables  qu'il  ne  lui  a  pas  ete 

permis  de  divulguer  aux  bommes  (II,  Cor.  xn,  U), 

et  dont  il  s'entretenait  settlement  avec   Dieu.    Ke- 

presentez-vous  done  Dieu  consolant  ainsi  la  charite 

de  saint  Paul  de  la  peine  qu'elle  resseut  de  ne  pou- 

voir   leur  en  faire  part,  et  lui  dire   :  Pourquoi  vous 

tourmentez-vous  de  ce  que  les  homines  ne  sont  pas    . 

,.       ,,  ,       ,        .  Cc  que   lei 

capanles  d  entendre  les  cnoses  que  vous  avez  com-  saintsrappor 
prises?  «  Que  votre  voix  resonne  a  mes  oreilles.  »  'S'mln'/iS 
C'est-a-dire,  s'il  ne  vous  est  pas   permis  de  reveler  autresdecet 

,   .  ,  le  conlem- 

aux  mortels  ce  que  vous  pensez,    consolez-vous  au      plation. 

moins  que  votre    voix  soit   admise  a   charmer  les 

oreilles  dun  Dieu.  Voyez-vous   comme   cetle   ante 

saiute  s'abaisse   quelquefois   it  cause  de  la  charite 

qu'elle  a  pour  nous,  et  s'eleve  d'autresfois  exlraor- 

dinairement   lorsqu'elle    parle    avec    Dieu?   Voyez 

aussi  si  David  n'esl  point  lui-meme  cet  homme  sur 

au  sujet   duquel  il   dit  a    Dieu  comme  s'il    parlait 

d'un  autre  :  «   La  pen-re  ,1c  I'homme  vous  louera, 

et   les  restes  de  sa  pensee  s'occuperont  it  celebrer 

des  fetes  en  votre  honueur   (Psal.   i.xxm,   11).   » 

Tout  ce    que  le    Propuete    pouvait    faire    paraitre 

de   ses    pensees  par    ses    poroles    ou   par    sons 

exemple,  il  l'employait  done  a  rendre  a   Dieu    des 


tota  mentis  alacritate  percurrendo  lustrare,  prout  quem- 
que  sua  devotio  feret.  Apud  quos  magis  aflicietur,  im- 
niittente  sibi  spiritu  prout  vult;  si  steterit  et  pulsaverit, 
confestim  aperietur  ei,  et  facta  quasi  caverna  in  monti- 
bus,  vel  potius  mentibus  Sanctis,  dum  se  ultro  inflcctunt 
ad  pietatem,  requiescet  vel  paululum  apud  illos.  Omnis 
aniniae  sic  facientis  et  facies,  et  vox  Deo  grata  exsistit  : 
fades  propter  puritatem,  vox  propter  confessioncm. 
Etenim  confessio  et  pu/chntudo  in  conspectu  ejus.  Unde 
et  dicitur  illi  qui  ejusmodi  est  :  Ostende  mihi  faciem 
tuam,  sonet  vox  tua  in  auribus  meis.  Vox  admiratio  in 
aninio  contemplantis,vox  gratiarum  actio  est.  Delectatur 
admoduui  istiusmodi  cavernis  Deus ,  e  quibus  sibi 
vox  resonat  gratiarum  actionis,  vox  admirationis  et 
laudis. 

3.  Felix  mens,  qua  sibi  in  hac  maceria  frequenter 
cavare  sluduerit  :  sed  quse  in  petia,  felieior.  Licet  qui- 
dem  cavare  et  in  pelra  :  sed  ad  hoc  puriore  mentis  acie 
opus  est,  et  veheuientiori  omuino  intentione,  etiam  et 
meritis  potioribus  sanctitatis.  Et  ad  ha;c  quis  idoneus? 
Nempe  ille  qui  dixit  :  In  prindpio  erut  \'erbum,et  Ver- 
bum  era:  apud  Dewn,  et  Deus  erut  Verbum  :  hoc  erat 
in  prindpio  apud  Deum.  Nonue  tibi   videlur  ipsis   se 


Vcrbipenetralibus  immersisse,  el  de  abdilis  pectoris  ejus 
quamdamintim*  sapientiie  saciosanclam  eruisse  medul- 
lam?  Quid  ille  qui  sapientiam  loquebatur  inter  perfec- 
tos,  sapienliam  m  mysterio  abscondilam,  quam  nemo 
principum  mundi  hujus  cognovit?  Nonne  uno  el  altera 
ccelo  acuta,  sed  pia  curiositale  lerebratis,  e  teiiio  tan- 
dem hanc  pius  scrutator  evexit?  At  ipsam  non  siluit 
nobis,  verbis  quibus  potuit  lidelibus  fideliter  inlimans. 
Audivit  autem  verba  inelTabilia,  qua  non  licuit  illi  loqui. 
Non  utique  homini,  nam  sibi  ilia  loquebatur  et  Deo. 
Puta  ergo  Deum  quasi  sollicilam  Pauli  charitalem  hoc 
modo  consolari,  et  dicere  :  quid  anxiaris  quod  concep- 
tual tuum  auditus  non  capit  Uumanus?  Sonet  vox  tua 
in  auribus  meis.  Hoc  est,  si  quod  sentis,  non  licet  reve- 
lare  mortalibus,  consolare  tamen,  quod  vox  tua  divinas 
queat  mulcere  aures.  Vides  sanctum  aniniam,  nunc  qui- 
dem  chaiitate  sobriam  nubis,  nunc  vero  puritate  exce- 
dentem  Deo?  Vide  etiam  de  sancto  David,  ne  forle  ille 
sit  ipse  homo,  de  quo  cum  Deo,  quasi  de  alio  loquitur  : 
Quonium  cogitatio  hominis  confiteoitur  tibi,  et  reltquiiz 
cogituiionis  diem  festum  agent  tibi.  Ergo  quod  de  cogi- 
tatione  prophetica  verbo  ct  exemplo  prophets  venire  ad 
medium  potent,  id  Propheta  in    publicam   mox  laxabat 


SOIXANTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


451 


louanges  publiques  parmi  les  hommes ,  et 
ce  qui  en  restait  il  le  gardait  pour  lui  et  pour 
Dieu,  et  ils  en  faisaient  ensemble  des  fetes  et  des 
rejouissances  particulieres.  C'est  done  ce  qu'il  vent 
nous  faire  entendre  par  ce  verset  que  je  viens  de 
citer,  que  de  tout  ce  qu'il  pouvait  tirer'  du  secret 
de  la  sagesse  divine,  par  line  reclierche  tres-exacte 
et  tres-ardente,  il  en  faisait  part  aux  homines  du 
niieux  qu'il  lui  etait  possible,  par  les  instructions 
et  les  enseignements  qu'il  leur  donnait:  et  que 
pour  le  reste,  qui  etait  an  dessus  de  leur  portee,  il 
l'employait  en  particulier  a  chanter  des  hymnes  de 
louanges  a  Dieu.Vons  voyez  par  la  qu'il  ne  se  perd 
rien  de  la  sainte  contemplation,  puisque  ce  qui  ne 
pent  servir  a  l'edification  des  peuples,  sert  a  com- 
poser en  l'honneur  de  Dieu  des  cantiques  de  louan- 
ges qui  lui  sont  tres  agreables. 


Dieu,  car,  penche  vers  la  v&tre,  vous  ne  pouvez  pas 
lever  vers  la  sienne  votre  tete  appesantie  par  la 
cupidite.  Mais  si  nous  nous  en  depouillons,  nous 
pourrons  avec  assurance  sonder  la  pierre,  dans  la- 
quelle  sont  caches  des  tresors  de  sngesse  et  de 
science.  Si  vous  on  doutez  encore,  ecoutez  la  pierre 
meme  vous  dire  :  «  Ceux,  qui  travaillent  sur  moi, 
ne  pecheront  point  (Eccl.  xxiv,  30).  Qui  me  don- 
nera  des  ailes  de  colombe  pour  m'envoler  et  me 
reposer  [Psal.  uv,  7)  ?»  L'homme  simple  et  paciflque 
trouve  du  repos,  oil  le  fourbe,  le  vain,  et  1'ambi- 
tieux,  ne  trouvent  que  de  1'accablement.  L'Eglise 
est  une  colombe,  c'est  pourquoi  elle  se  repose. 
Elle  est  une  colombe,  parce  qu'elle  est  innocente, 
etqu'elle  gemit.  Elle  est,  dis-je,  une  colombe  parce 
qu'elle  recoit  avec  douceur  le  Verbe  qui  vient  en 
elle.  Et  elle  se  repose  dans  le   Verbe,   e'est-a-dire, 


II  y  a  deui 
sorles  de 
conteru- 
platious. 


h.  D'oii  i!  parait  clairement  qu'il  y  a  deux  sortes     dans  la  pierre,  car  la  pierre  c'est  le  Verbe.  L'Eglise 


de  contemplations,  l'une  de  I'etat,  du  bonheur,  de 
la  gloire  de  la  cite  celeste,  a  laquelle  est  occupe 
ce  grand  nombre  de  citoyens  du  ciel,  soit  qu'ils 
agissent  ou  qu'ils  se  reposent.  L'autre,  de  la  ma- 
jeste, de  l'eternite  et  de  la  divinite  du  Hoi  de  cette 
ville  sainte.  I. a  premiere  se  fait  dans  la  muraille, 
et  la  seconde  dans  la  pierre.  Mais  plus  il  est  diffi- 
cile de  creuser  la  pierre,  plus  ce    qu'on  en  tire  est 


done  demeure  dans  les  trous  de  la  pierre,  dou  elle 
voit  la  gloire  de  son  Epoux,  et  neanmoins  elle  n'en 
est  pas  accablee,  parce  qu'elle  ne  l'usurpe  pas. 
Elle  n'est  pas  accablee,  parce  qu'elle  ne  sonde  pas 
la  majeste  de  Dieu,  mais  sa  volonte.  II  est  vrai 
qu'elle  ose  bien  quelquefois  contempler  sa  majeste, 
mais  c'est  pour  l'admirer,  non  pour  la  sonder,  si 
quelquefois  il  lui  arrive  d'etre  ravie  en  elle  par  ex- 


Comment  il 
!st  prrrois  de 
cruterlama- 
eslede  Dieu. 


confessionem,  et  ex  eo  confilcbatur  in  populis  Domino, 
reliquum  sibi  et  Deo  servans,  unaque  feslivum  ducens 
in  laMitia  et  exsultatione.  Hoc  ergo  est.  quod  nobis  inli- 
mare  memorato  versiculo  voluit.  Quidquid  videlicet  sua 
ilia  scrutabunda  et  avida  cogilatione  ex  arcano  sapicntiae 
eruere  praivalebat,  partem  quam  poterat  in  salutem  po- 
pulorum  sollicita  praedicalione  impertiebatur  :  reliquum 
quod  caperc  plebes  non  pnterant,  festiva  jubilalione  in 
Dei  laudibus  expendebat.  Vides  sancta?  contemplationi 
deperire  nihil,  dnm  quod  expendi  in  plcbium  aedifica- 
tionem  non  potest,  id  vel  maxime  Deo  sit  jucundadeco- 
raque  laudatio. 

4.  Quae  cum  ita  sint,  duo  liquet  contemplation's  genera 
esse  :  unum  de  statu  et  felicitate  et  gloria  civitatis  su- 
pernae,  quod  vel  actu,  vel  olio  ingens  ilia  cceleslium 
civium  occupata  sit  multilndo  :  alteram  de  regis  ipsius 
majestate,  aeternitate,  divinilate.  Ilia  in  maceria,  ista  in 
petra.  Sed  base  quanto  dil'iicilius  cavatur,  tanto  suavius 
quod  inde  eruis  sapit.  Nee  verearis  illud  quod  Scriptura 
minatur  scrutitoribus  majestatis.  Tantum  after  puruni 
et  simplicem  oculum  :  non  opprimeris  a  gloria,  sed  ad- 
milteris,  nisi  non  Dei,  sed  tuam  quassieris  gloriam. 
Alioquin  sua  quisque  opprimitur,  non  Dei  gloria,  dum 
proclivis  in  islam,  ad  illam  levnre  rervinem  non  sinitnr. 


L'Eglise 
senile  plutM 

la  vo'onte 
que  la  majea- 
t6  de  Dieu. 


agreable  et  savoureux.  N'apprehendez   point  en  ce  tase,    c'est  que  le  doigt  de  Dieu   est  la  qui   daigne 

cas  la  menace  que  l'Ecriture  fait   a  ceux    qui  veu-  elever  l'homme  par  sa  benle,  ce  n'est  pas  I'efTet  de 

lent  sonder  la  majeste    du    Tres-Haut   (Prov.  xxv,  la  temerite  de  l'homme  qui    s'eleve  avec   insolence 

27) ;  apportez  seulement   un  ceil  pur  et   simple,  et  jusque  dans  le  sein  de  Dieu.  Et  quand  l'Ap6tre   dit 

vous  ne  serez  point    accable    sous   le   voids  de  la  qu'il  a  ele  ravi,  comme  pour  excuser  sa  hardiesse; 

gloire,  au  contra  ire   vous  serez   admis  a.   la  pene-  quel  est  le  temeraire  qui  oserait  entreprendre  par 

trer,  a  moins  que  vous  ne  cherchiez    la  votre   plu-  ses  seules  forces  de  monter  jusqu'au  sanctuaire  ter- 

t6t  que  celle  de    Dieu.    Car  alors    ce  serait    plutot  rible  de  cette   haute  majeste,    et  penelrer   dans  ses 

votre    gloire  qui  vous  accablerait  ,    que    celle  de  mysteres  si  redoutables  ?   Je  crois  done    q,ue    ceux 


nimirum  graven,  enpiditate.  Hac  excussa,  secure  scru- 
temur  *  in  Petra,  in  qua  thesauri  abscouditi  sapienliae 
et  scientiie  sunt.  Si  adhuo  dubitas,  audi  ipsam  Petram. 
Qui  operantw,  inquit,  in  me,  non  peccabunt.  Quis  da- 
bit  mihi  pennas  sicut  columb<e,  et  volabo,  et  requiescam  ? 
Ibi  requiem  invenit  mansnelus  et  simplex,  ubi  dolosus 
opprimitur,  vel  elalus,  el  cupidus  inanis  glnriae.  Eccle- 
sia  columba  est,  et  ideo  requiescit.  Columba,  quia 
innorens,  quia  gem  ens.  Columba,  inquam,  quia  in 
mansuetudine  suscipit  insitum  verbum.  Et  requiescit  in 
Verbo,  hoc  est  in  pelra  ;  nam  petra  est  Verbum.  Ec- 
clcsia  ergo  in  foraminibus  pptrae,  per  quam  introspicit, 
et  videt  gloriam  Sponsi  sui  ;  nee  opprimitur  tamen  a 
gloria,  quoniam  non  sibi  usiirpat  earn.  Non  opprimitur 
quia  non  serulatrix  majestatis  est,  sed  voluntatis.  Nam 
quod  majestili  attinet,  interdum  quidem  et  in  ipsam 
intendere  audet,  sed  quasi  admirans,  non  quasi  scrutans. 
Sed  et  si  quando  per  excessum  rapi  in  illam  contingat, 
digitus  Dei  est  isle,  dignanler  levans  hominem,  non  ho- 
minis  temeritas  insolenter  Dei  alta  pervadens.  Cum 
enim  Apostolus  raptum  se'memoret  *,  ut  ausum  excu- 
set  :  quisnam  alter  pra?sumat  mortalium  huic  se  divina; 
majestatis  horrendo  sorutinio  propriis  intricare  conati- 
bus,  et  importunus  contemplator  pavenda    irrumpere  in 


*  al.  fodia- 
mus. 


al.  comme- 
moret. 


452 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNAMI). 


qui  sondent  la  majesty  de  Dieu,  sont  proprement 
ceux  qui  se  precipitant  sans  aucune  retenue  dans 
le  secret  de  sa  grandeur,  non  pas  ceux  qu'il  daigne 
lui-meme  y  faire  entror  par  un  ravissement  d'ex- 

tase.  Aussi  n'y  a-t-U  que  les  premiers  qui   soient 
accables  de  sa  gloire. 
n  est  plus      5.  11  est  done  tres-dangereuxde  sonder  lamajesle 
■Ord.'-cnii.r  je  rjieu   mais  sonder  sa  volonte,  e'est  une  chose 

la  volonte  de  ' 

Dim  que  sa  aussi  sure  que  louable.  En  eifet,  pourquoi  u'em- 
oiajest'  ploierais-je  pas  tout  mon  soin,  a  decouvrir  la 
volonte  de  celui  a  qui  je  dois  obeir  en  tout?  C'est 
une  gloire  bien  agreable,  que  celle  qui  ne  procede 
que  de  la  contemplation  de  sa  douceur,  de  la  vue 
des  richesses  de  sa  bonte  et  de  sa  misericorde. 
C'est  cette  gloire  que  nous  avous  vue,  cette  gloire 
du  Fils  unique  du  Pere  (Joan,  i,  ill),  car  toute  la 
gloire  qui  a  paru  de  cette  facou,  est  l'effet  d'une 
bicnveillance  toute  palernelle.  Cette  gloire  ne  m'ac- 
cablera  point,  quaud  je  m'appliquerais  de  toutes 
mes  forces  a  la  contempler,  au  contraire,  elle 
s'imprimera  plutot  en  inoi.  Car,  lorsque  nous  voyons 
Dieu  a  decouvert,  nous  sommes  transformes,  comme 
dit  l'Apotre,  en  une  meme  image  avec  lui,  et  pas- 
sons  de  clarte  en  clarte,  comme  conduits  par 
l'esprit  du  Seigneur  (II  Cor.  m,  18).  Nous  sommes 
transformes  en  lui,  lorsque  nous  lui  devenons  con- 
formes.  Or,  a  Dieu  ne  plaise  que  1'homme  presume 
lui  etre  conforme  par  la  gloire  de  la  inajeste,  plu- 
tot que  par  un  assujettissement  parfait  a  sa  volonte. 
Ma  gloire,  c'est  de  pouvoir  entendre  de  moi  cette 
parole  :  J'ai  trouve  un  homme  selon  mon  cceur.  Le 
cceur  de  l'Epoux  est  le  cceur  de  son  Pere.  Or,  quel 
est  le  cceur  de  ce  dernier  :  «  Soyez,  dit-il,  miseri- 
cordieux  comme  Test  votre  Pere  (Luc.  vt,  36).  » 
C'est  cette  forme-la,  qu'il  desire  voir,  lorqu'il  dit  a 
l'Ecrlise  :    «    Montrez-moi    votre    visage      (Cant. 


xxi,  l/i).  )>  C'est  une  forme  de  piete  et  de  mansue- 
tude.  Elle  la  leve  avec  toute  confiance,  vers  la 
pierre  a  qui  elle  est  semblable.  «  Approehez-vous 
de  lui,  dit  le  Prophele,  et  VOUS  serez  eclaires,  et 
voire  visage  ne  recevra  point  de  confusion.  (Psal. 
XXXUI,  5).  »  Comment  une  ame  humble  serait-elle 
confondue  par  celui  qui  est  si  humble,  une  ame 
sainte  par  le  Dieu  de  saiutete;  une  ame  modeste 
par  la  douceur  meme?  La  face  si  pure  de  l'Epouse, 
sera-t-elle  contraire  a  la  purete  de  la  priere?  Elle 
le  sera  si  la  vertu  est  contraire  a  la  vertu,  et  La 
lumiere,  a  la  lumiere. 

0.  Mais  comme  l'Eglise  ne  se  peut  pas  approcher 
encore  tout  enliere  pour  percer  la  pierre,  car  il 
n'appartietit  pas  it  tous  ses  enfants  de  penetrer  les 
secretsdela  volonte  de  Dieu,  oude  comprendre  par 
eux-memes,  la  profoudeur  deses  conseils,  i'Epouxne 
dit  pas  seulement  qu'elle  habite  «  dans  les  trous  de 
la  pierre,  mais  encore  dans  les  ouvertures  de  la 
muraille.  »  Consideree  dans  ceux  qui  sunt  parfails, 
et  qui,  par  la  purete  de  leur  conscience,  et  par  la 
subtilite  de  leur  intelligence ,  osent  et  peuvent 
sonder  les  secrets  de  la  sagesse,  elle  habite  dans 
les  trous  de  la  pierre.  Consideree  dans  les  antres, 
elle  demeure  dans  les  ouvertures  de  la  muraille, 
e'est-a-dire  ceux  qui  ne  peuvent  ou  qui  n'osent  pas 
creuser  par  eux-memes  dans  la  pierre,  creusent 
dans  la  muraille,  et  se  contentent  de  contempler  en 
esprit  la  gloire  des  saints.  S'il  y  en  a  qui  ne  puis- 
sent  pas  meme  arriver  jusque  la,  elle  leur  propose 
Jesus-Christ,  mais  Jesus  crucilie,  aim  que  sans 
aucun  travail  de  leur  part,  ils  demeurent  aussi  dans 
les  trous  de  la  pierre  qu'ils  n'ont  point  creusee.  Le 
Juif  les  a  creuses,  mais  eux  jouirout  des  travaux 
des  inlideles,  pour  devenir  fideles.  lis  n'ont  point  a 
craindre  d'etre  rebutes  puisqu'ils  sont  appeles    a  y 


Cola  convient 

pourtant   tin 

Ames  plus 

parfaitei. 


Les  autres  se 

contentful  de 

contempler 

la  gloire  et 

les  souffrai 

ces  des 

saints. 


arena  ?  Scrutatores  proinde  majestatis,  tanquara  irrup- 
tores  dici  rcor,  non  qui  scilicet  rapiuutur  in  earn,  sed 
qui  irruunt.  Ipsi  itaque   opprimuntur  a   gloria. 

5.  Ergo  formidolosa  scrutatio  majestatis  :  at  volun- 
tatis, tain  tuta,  quaui  pia.  Quidni  lota  diligentia  scru- 
tando  instem  sacramento  gloria  voluntatis,  cui  mihi 
parendum  per  omnia  scio  ?  Suavis  gloria,  qua  non 
aliunde,  quam  de  ipsius  suavitatis  contemplatione  pro- 
cedit,  quam  de  dhitiarum  bonitatis  ac  multa  misera- 
tionis  intuitu.  Denique  vidimus gloriam  hanc  gloriam  qua-i 
Unigeniti  a  Patre.  Totnm  nempe  benignum  et  vere  pa- 
ternum,  quod  apparuit  gloria  in  hac  parte.  Non  me  oppri- 
metgloria  ista,  totis  licet  viribus  iiitendentem  in  se  :  ego 
potius  imprimar  illi.  Etenim  revelata  facie  speculantes, 
in  eamdem  imaginem  transformamur  de  clarilale  in 
claritatem,  tanquam  a  Domini  spirilu.  Transformamur 
cum  conformamur.  Absit  autem  ut  in  majestatis  gloria, 
el  non  magis  in  voluntatis  modestia,  Dei  ab  nomine 
conformitas  prasumalur.  Gloria  mea  hac  est,  si  un- 
quam  de  me  audiero  :  inveni  hominem  secundum  cor 
meum.  Cor  Sponsi,  cor  Patris  sui.  Ipsum  quale  ?  Es- 
tote,  ait,   misericordes,  sicut  el   Pater  vester    miiericors 


est.  Ihec  forma  quam  videre  desiderat,  cum  Ecclesia 
dicit,  Ostende  mihi  faciem  tiiam  :  forma  pietatis  et  man- 
suetudinis.  Hanc  cum  omni  fiducia  levat  ad  Petiam. 
cui  similis  est,  Aecedite,  inquit,  ad  eum,  et  illuminammi, 
et  fades  vestrm  non  confunrteniur.  Quo  pacto  humilis 
ab  humili  confundetur,  a  pio  sancta,  et  a  mansueto 
modesla  ?  Non  plune  abhorrebit  a  puritatc  petra  pura 
faeies  Sponsa,  non  magis  quam  a  viitnte  virtus,  a  lu- 
mine  lumen. 

6.  Sed  quia  non  ex  omni  interim  parte  adbuc  ad 
petram  forandam  Ecclesia  accederc  potest,  (neqne 
enim  omnium  est,  qui  in  Ecclesia  sunt,  sacramenta  di- 
vina  voluntatis  inspicere,  aut  appreheudere  per 
semetipsos  profunda  Dei  :)  ideo  non  solum  in  forami- 
nibus  petra?,  sed  et  If!  cavernis  maceria:  h;cbitare  osten- 
ditur.  Ergo  in  perfectis  quidem,  qui  rimari  ac  penetrare 
arcana  sapientia  et  purilate  conscientia  audent,  et 
intelligentia  acumine  possunt,  habitat  *  in  foraminibus  •  scil.  Ecel 
petra.  De  reliquo  in  cavernis  maceria  :  ut  qui  in  petra  s,a' 
per  semetipsos  fodere  aut  non  sufficiunt,  aut  non  pra- 
sumunt;  in  maceria  fodiant,  contenti  vel  gloriam  sanc- 
torum mente  intueri.  Si  cui  ne  hoc  quidem  possibile  sit 


SOIXANTE-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  CANT1QUE  DES  CANTIQUES.  653 

entrer.  «  Eutrez  daDs  la  pierre,   (lit   Dieu  a  un  de  pour  lors  elle  dira  avec  conliance  ce  qu'elle  a  vu, 

ses  prophetes,  cachez-vous  dans  une  fosse  creusee  elle  sera  agreable  a  son  Epoux,  par  sa  voix  et  par 

dans  la  terre,  pour  eviter  la  presence  terrible  du  son  visage.  Le  visage  qui  peut  supporter  les  clartes 

Seigneur  et  la  gloire  de  sa   tnajeste    [ha.  u,  10).  »  du  visage  de  Dieu,  ne  peut  manquer  de  lui  plaire. 

Lame  qui  est  faible  et  paresseuse,  et  qui,  selonle  mot  Car  elle  ne  le    pourrait    pas,    si    elle    n'elait  aussi 

de  l'Evangile,  ne  peut  fouiller  la  terre,   et  a  honte  toute  claire  et  toute  pure, 


£fficacite  des 
blessures  de 
Jesus-Christ 
pour  guerir 
les  blessures 
de  l'anie. 


II  n'y  a  que 
les  saints  qui 
puissenl  voir 
Dieu  dans  ia 
gloire  et  etre 

vus  de  lui. 


et  transformee    dans 

l'image  de  la  splendeur  qu'elle  couteuiple.    Autre- 

ment,  elle  demeurerait  tout  eblouie,  comme  frap- 

pee  par  une  lumiere  trop   vive  et  trop   eelatante. 

Aussi,  lorsque  pure,  elle  pourra   regarder  Dxement 

la  verite  dans   toute  sa   purete,   l'Epoux  desirera 

voir   son  visage,  et  par   consequent  entendre  sa 

voix. 

8.  En  effot,  il  montre  assez  combien  la  predication  La  predioa- 

de  la  verite  lui  est  agreable,   quand  elle  est  iointe  ,ion  requiert 
°  .  J  un  cceur  pur. 

a  la  purete  du  coeur,  lorsqu'il  ajoute  :  «  Car  votre 
voix  est  douce  (Cant,  n,  14), »  et  que  la  voix  ne  lui 
plait  point  lorsque  le  visage  lui  deplait,  il  le  temoi- 
gne  assez  par  cequ'il  dit  aussitot  :  «  Et  votre  visage 
est  beau  :  »  Qu'est-ce  que  la  beaute  du  visage  in- 
terieur,  si  non  sa  purete  ?  Elle  lui  a  plu  toute  seule 
en  plusieurs,  sans  la  voix  de  la  predication  :  mais 
la  voix  de  la  predication  ne  lui  a  jamais  plu  dans 
personne  sans  la  purete.  La  verite  ne  se  .montre 
point  aux  impurs,  la  sagesse  ne  se  coulie  point  k 
eux.  Comment  done  pouvaient-ils  parler  de  celle 
qu'ils  n'ont  point  vue  ?  «  Nous  parlons,  dit  saint 
Jean  de  ce  que  nous  savons,  et  nous  rendons  te- 
nioignage  de  ce  que  nous  avons  vu  (Joan.  m).  » 
Allez  done  rendre  temoignage  de  ce  que  vous  qu!  90nt  [es 
capable  de  voir.  Mais  lorsque,  par  le  sejour  qu'elle  n'vaez  point  vu,  et  parler  de  ce  que  vous  ne  savez  d^djcateu™ 
fera  dans  cette  fosse,  elle  aura  tenement  IravailbS  pas.  Me  demandez-vous  qui  est  celui  que  j'appelle  nest  pas  pur 
a  la  guerison  de  son  ceil  interieur,  qu'elle  puisse  impur  ?  C'est  celui  qui  recbecbe  les  louanges  des 
aussi  contempler  la  gloire  de    Dieu    a  decouvert ,     hommes,  qui   trafique  de  l'Evangile,   qui    preche 


de  mendier  son  pain  (Luc.  xvi,  3),  voit  devant  elle 
une  fosse  dans  la  terre  pour  se  cacher,  jusqu'a  ce 
qu'elle  devienne  plus  forte  et  plus  avancee,  et  qu'elle 
puisse  elle-meme  se  creuser  des  trous  dans  la 
pierre,  pour  entrer  dans  ce  qu'il  y  a  de  plus  inte- 
rieur dans  le  Verbe,  grace  a  la  vigueur  et  a  la 
purete  de  son  esprit. 

7.  Si  par  cette  fosse  nous  entendons  celui  qui 
dit  :  «  lis  ont  creuse  mes  mains  et  mes  pieds  (Psal. 
xxi,  18);  »  il  ne  faut  point  douter,  que  l'anie  bles- 
see  qui  y  demeure,  ne  recouvre  promptement  la 
sanle.  Car  qu'y  a-t-il  de  plus  efficace  pour  guerir 
les  plaies  de  la  conscience,  et  pour  purilier  l'enten- 
dement,  que  la  meditation  assidue  des  plaies  de 
Jesus-Christ?  Mais  jusqu'a  ce  qu'elle  soit  parfaite- 
nient  purifiee  et  guerie,  je  ne  vois  pas  comment  on 
lui  peut  allribuer  ces  paroles  :  «  Monlrez-moi  votre 
visage,  que  votre  voix  resonne  a  mes  oreilles  (Cant. 
n,  1!)).  »  Car,  comment  celle  a  qui  on  ordonne 
de  se  cacher,  oserait-elle  moutrer  son  visage,  ou 
elever  la  voix  ?  «  Cachez-vous,  dit-il,  dans  une 
fosse  (Isa.  n,  10).  »  Pourquoi?  parce  qu'elle  n'est 
plus  belle,  ni  digne  d'etre  vue.  Et  elle  ne  sera 
point  digne  d'etre  vue,   tant   qu'elle   ne  sera  point 


huic  sane  proponet  Jesum,  et  hunc  crucifixum  :  ut  et 
ipse  absque  suo  labore  habitet  in  in  foraminibus  petrse, 
in  quibus  non  laboravit.  Judaei  in  his  laboraverunt,  et 
ipse  in  lahores  inlhlelium  introibit,  ut  sit  lidelis.  Nee 
verendum  quod  patiatur  repulsam:  qui  et  vocatur  ut  in- 
tret.  Ingredere,  inquit,  in  petram,  abscondere  in  fossa 
humo  a  facie  titnoris  Domini,  et  a  gloria  majestatis 
ejus.  Inlirma?  adhuc  et  inerti  aniui*  (quai  jtixta  quod  in 
Evangelio  quidarn  de  semetipso  confilelur,  fodere  non 
valet,  el  mendicare  erubescit)  fossa  ostenditur  humus 
ubi  lateat,  donee  convaleseat  et  proficiat,  ut  possit  et 
ipsa  per  se  cavare  sibi  foramina  in  petra,  per  qua; 
intrct  ad  interiora  Verbi,  animi  utiquc  vigor  et  puritate. 
1.  Et  si  intelleximus  fossam  humum,  illam  qua?  ait, 
Foderunt  maims  meas,  el  pedes  meos  :  non  erit  ambi- 
gendum  de  sanitate  in  ea  citins  adipiscenda  animaB 
vulnerata?,  qiue  in  ea  demorabitur.  Quid  enim  tarn  effi- 
cax  ad  curanda  conscientiaa  vulnera,  necnon  ad  purgan- 
dam  mentis  aciem,  quain  Chrisli  vulnerum  setlula 
meditatio  ?  Verum  donee  purgata  et  sanata  pertecte 
fuerit,  non  video  qualiter  illi  aptari  possit  quod  dicitur; 
Ostfnde  mihi  / 'aciem  tuam,  sonet  vox  tua  in  auribus 
meis.  Quomodo  denique  faciem  suam  ostendere  audeal, 
vel  levare  vocem  suam,  cui  et  latere  indicitur  ?  Abscon- 
dere, inquit,   in   fossa    humo.    Quare  ?  Quia    non  est 


pulchra  facie,  nee  digna  qua?  videatur.  Non  erit  digna 
videri,  quandiu  non  erit  videre  idonea.  Cum  autem  per 
inhabitalionem  fossa;  humi  in  sanando  oculo  interiori 
tanlum  profecerit,  ut  revelata  facie  speculari  gloriam 
Dei  et  ipsa  possit  :  tunc  demum  qua;  videbit,  liduciali- 
terjam  loquitur,  voce  et  facie  placens.  Placeat  necesse 
est  facies,  quae  in  Dei  c.laritatem  intendere  potest.  Ne- 
que  enim  id  posset,  nisi  clara  ipsa  quoque  esset  et 
pura,  utique  transformata  in  eanidem  quam  conspi- 
cit  claritatis  imaginem.  Alioquin  ipsa  dissimilitudine 
resiliret,  insolito  reverberala  fulgore.  Ergo  cum 
pura  puram  intueri  potuerit  veritatem,  tunc  faciem  ip- 
sius  Sponsus  videre  cupiet,  consequenter  et  vocem  ejus 
audire. 

8.  Nam  quantum  illi  placeat  cum  puritate  quidem 
mentis  praedicatio  veritalis,  ostendit  cum  subinde  infert  : 
Vox  enim  tua  dulcis.  Quia  enim  non  placeat  vox  si 
displiceat  facies,  demonstrat  cum  illico  subdit  :  Et  facies 
tua  decora.  Quid  interna;  decor  faciei,  nisi  puritas  ? 
In  pliiribus  heec  absque  praedieationis  voce  complacuit 
ilia  absque  ista  innemine.  Impuris  non  seostenditVeritas 
non  se  credit  Sapientia.  Quid  ergo  loquuntur  quam  non 
viderunt  ?  Quod  scimus,  inquit,  loquimur,  et  qua;  vidi- 
mus testamur.  I  ergo  tu,et  aude  testari  quod  non  vi- 
disti,   et   loqui    quod    ignoras.    Quaeris   quem   dicam 


654  (IEUVRES  DE  SAINT  BERNARD 

pour  acquerir  dcs  richesses,  qui  regarde  la   piete 
comme  un  mown  de  t'aire  des  profits,   qui  se  met 

peu  in  pei le    produire  du    fruit  pourvu  qu'on 

lui  donue  qtielque  chose.  Ces  personnes  sont  impu- 

r.  is  ft  ne    peuveutvoir  la  virile,    a  cause   deleur 

inipurete,  e  les  osenl  neanmoins  en  parler  comrae 

si  elles  l'avaient  vue.  Pourquoi  taut   vous    liter? 

Pourquoi  ne  point  altendre  la  lumiere  ?  Pourquoi 

enlreprenez-vous    des  oeuvres   de  lumiere   avanl 

que  la    lumiere   paraisse  ?  C'estenvaia  que  vous        i.  «  Prenez-nous  les  petits  renards  qui  ravagent 

vous  levez  avant  le  jour.  Le  jour,   c'est  la  purete,    les  vignes,  car  notre  vigne  atleuri  [Cant,  n,  15).  » 

le  jour  c'est    la  charile  qui    ue   chcivhe   point  ses    On  voit  que'ce  n'est  pas  inutilement  qu'ils  sont  al- 

propres  interets.  II  faut  qu'i]  commence  par  luire,     I6s  aux  vignes,  puisqu'ils  y  trouvent  des  renards, 

si  vous  voulez  marcher   sans  le  toucher.  La  veiite    qui  les  ravagent.  ('.'est  la  la  suite  de  la  lettre.  Mais 


SERMON    LXIII. 

L'hnmme  pieux  et  sage  doit  cultiver  so  vigne,  c'est-d- 
dire  sa  vie,  son  dme,  sa  conscience.  11  y  a  deux 
so>te<  de  renards,  les  (latleurs  et  les  detracteurs  ; 
tcntations  (/'•-?  jeunes  religieux. 


leut-etre    vue  parun  ceil  superbe,  il    fautun 

ceil  pur  pour  la  contempler.  La  \erite  ne  refuse 
pas  de  se  monlrer  a  un  cceur  pur,  elle  veut  done 
bien  qu'il  parte  d'elle.  «  Mais  Dieu  dit  au  pecheur, 
pourquoi  pre*chez-vous  mes  ordonnances,  pourquoi 
votre  bouclie  ose-t-elle   annoncer  ma    loi   (Psal. 


quel  en  est  I'esprit?  Avant  toutes  choses  rejetons 
le  sens  literal  de  ces  paroles  comme  ridicule,  ab- 
surde,  ettout-a-fait  indigne  d'une  Ecriture  si  sainte, 
et  si  authentique.  Pour  l'admettre  il  faudrait  etre 
assez  depourvu  de  sens  et  elre  assez  sol  pour  s'i- 
maginer  y  avoir  trouve  le  conseil  de  nous  occuper 


xux,  IGj  ?  »  Plusieursnegligeantla  purtle,  ontparle  des  biens  de  la  terre,  a  l'exemple   des   enfants   du 

avant d' avoir  vu,  mais    ils  sont    tombes   dans    des  siecle,  de  garder  etde  defendrenos  vignes conlre  les 

erreurs  grossieres,    parce   qu'ils  ne  connaissaient  beles  qui  y  causent  des   degats,  de  peur  de  perdre 

pas  les  choses   dont-ils    parlaient,    et   qu'ils  avail-  avec  la  recolte   du  vin  cause  de  l'impurete,  nos 

caient   temerairement,  ou  ils  se   sont    menage    la  peineset  nos  depense.  Certes  ce  serait  bien  perdre, 

honte  et  le  mepris  parce  qu'ils  se    sont    ingeres  a  son  temps   que  de  lire   ce  livre  saint  avec  tant  de 

instruire     les   autres,    sans    s'elre    instruits  eux-  soin  et  de  respect,  pour  n'y  apprendre  qu'a  garan- 

memes.    Prions   l'epoux   de  l'Eglise,    Jesus-Christ  tir  les  vignes  des  renards,  de  peur  de  faire  line  de- 

Notre-Seigneur  de  nous   preserver  toujours   de  ce  pense  inutile  en  les  cultivant,  si  nous  etions  ensuite 

double  mal,  lui  qui  etant  Dieu  est  eleve  au  dessus  negligenls   a  les   conserver.  Vous  n'etes  pas  assez 

de    toutes   choses  et  beni   dans  tous  les   siecles.  grosssiers   ni  assez  denues  de  graces   spirituelles, 

Ainsi  soit-i).  pour  entendre  ces  choses  d'une  maniere  aussichar- 

nelle.Cherchons-en  done  riiitelligencedans  I'esprit. 

Nous  y  trouverons  aussi,  mais  dans  un  sens  tres- 


C'est  dans  le 
sens  spiritue] 
et  Don  dans 
le  sens  late- 
ral qu'il  faut 
entendre 
l'Ecriture. 


impurum  ?  Qui  laudes  requirit  humanas,  qui  non  ponit 
sine  sumptu  Evangelium,  qui  evangelizat  ut  manducet, 
qui  quaestum  testimat  pietatem,  qui  non  requirit  fructum, 
sed  datum,  [mpuri  sunt  tales;  et  cum  non  babeant  unde 
videaut  veritatem  propter  impurilalem,  habenl  lumen 
unde  illaai  loquantur.  Quid  pr.epopere  agilis  ?  Cur  lu- 
cem  non  exspectatis?  Cur  opulus  ante  lucem  pra> 
sumitis  ?  Vanum  est  vobis  ante  lucem  surgcre. 
Lux  est  purilas,  lux  charitas,  quae  non  quaerit  quae  sua 
sunt.  Haec  praicedat,  et  pes  linguae  in  incerto  non  po- 
nilur.  Superbo  oculo  Veritas  nun  videtur,  sincero  patet. 
Non  est  quod  se  Veritas  deneget  intuendam  puro 
cordi,  ac  per  hoc  nee  eloquendam.  Peccatori  auiem 
dicit  Deus  :  Quare  tu  enarras  justilias  meas,  et  assu- 
mes testamentum  meum  per  us  tuum  ?  Multi  puritale 
neglecta,  ante  loqui,  quam  videre  conati  sunt,  et  aut 
gravitcr  erraverunt  nescientes  de  quibus  loquerentur, 
neque  de  quibus  affirmarenl  :  aut  turpiter  viluerunt, 
duni  qui  alios  docerenl,  seipsos  non  docuissent.  A  quo 
nos  gemino  malo  semper  custodial  exoratus  a  vobis 
sponsas  Ecclesia:  Jesus-CUrislus  Doniinus  nosier, 
qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  saecula.    Amen. 


SERMO   LXIII. 

De  vinea  vim  pio  et  sapienti,  id  est  sua  cuique  vita, 
seu  menle  et  conscientia',  <erio  colendn  ;  et  de  duobus 
vulpium  generibus,  scilicet  adulator  ibus  et  de- 
tractoribus  ;  et  de  tentationibus  monachorum  novi- 
tiorum. 

1.  Capite  nobis  vulpes  parvttlas,  owe  demoliuntur  vi- 
neas  ;  nam  vinea  nostra  floruit.  Liquet  quod  non  otiose 
ad  vineas  ituni  sit,  quando  ibi  invenla?  sunt  vulpes  de- 
molientes  eas.  Littera  quidem  islud.  Spirilus  aulem 
quid  ?  Ante  omnia  sane,  ul  comniunem  et  usilatum 
lilterae  sensum  ab  liac  explatione  penitus  respaamus, 
utpote  ineptum  et  insulsum,  indignumque  plane,  qui  re- 
cipiatur  in  Scriplura  lam  sancla,  tarn  aulhcnlica.  Nisi 
quis  foitc  ita  vecors  et  auimo  slolidus  sit,  ut  pro  inu- 
gno  habeat  didicisse  ex  ea  inslar  liliorum  hujus  saeculi, 
ouram  gerere  terrenarum  possessionum,  custodire  el 
defensare  vineas  incursanlibus  bestiis,  ne  furle  contin- 
gat  amillere  fructum  vini,  in  quo  est  luxuria ;  simulque 
pereat  opera  impensa.  Grande  scilicet  damnum,  at 
propterea  librum  sanctum  lanto  studio  et  tanla  cum 
veneratione    legamus,  quod    docemur  in  eo  a    vulpibus 


SOIXANTE-TROFSIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  455 

raisonnable  et  plus  digne  de  l'Ecriture,  des  vignes  recus  dans  le  bain  salutaire  de  la  regeneration,  et 
qui  fleurissent,  et  des  renards  qui  les  gatent ;  et  la  qui  etaient  comme  une  vigne  plantee  de  la  main 
peine  que  nous  nous  donnerons  a  les  prendre  ou  a  de  Dieu,  non  de  celle  de  l'homme  ;  apres  tout  il  ne 
les  chasser  sera  tout  ensemble,  plus  bonneted  plus  peut  y  avoir  de  vigne,  ou  il  n'y  a  point  de  vie.  Car 
utile.  Doutez-vous  qu'il  faille  veilleravec  bien  plus  j'estime  que  la  vie  du  pecbeur  est  plutot  unemort, 
de  soin,  pour  conserver  des  Ames,  que  pour  garder  qu'une  veritable  vie.  En  effet,  comment  la  viepeut- 
des  recolles,  pour  les  garantir  despieges  du  demon,  elle  s'accorder  avec  la  sterilite  ?  Lorsqu'on  voit  un  i_a  vie  du 
que  pour  prendre  der  renards  qui  endommagent     arbre  sec  et  sterile,  ne  juge-t-on  pas  aussitot  qu'il   p^henrert 

est  mort  ?  Les   sarments   sont  morts  aussi  :  «  11  a  mort   qu'une 
fait  mourir  leurs  vignes,  par  lagrele  (Psal.  lxxvh, 


.a  vigne  de 
'bomme  c'est 
s  vie  et  sa 
eooscieDce. 


/iDsense  o'a 
point  de 
vigne. 


une  vigne  ? 

2.  Mais  il  est  temps  que  je  vous  apprenne  quelles 
sont  ces  vignes  et  ces  renards  spiriluels.  C'est  a. 
vous,  mes  enfants,  a  appliquer,  cbacun  a  votre  vi- 
gne, les  cboses  que  je  dirai  en  general  devoir  etre 
evitees.Pour  le  sage,  sa  vigne  c'est  sa  vie,  c'est  son 
ame,  c'est  saconscience.  Car  le  sagene  laissera  rien 
en   lui,   d'inculte  el   de    desert.  11  n'en  va  pas  de 


47),  »    dit  un  prophete,  montrant   que    les  vignes 

condamnees  a  une  perpetuelle  sterilite,  sontprivees 

de  vie.  Ainsi,  le  fou  par  cela  meme  que  sa  vie  est 

inutile,  est  mort,  quoiqu'il  semble  vivant. 

3.  II  n'y  a   done  que  le    sage  qui  ait,    ou  plutot  D  n.y  a  donc 

qui  soit  une  vigne,    parce  qu'il  a  la  vie.  C'est  un   <tue  le  sa6a 

meme   de   l'insense,   vous  trouverez  que  chez    lui     arbre  qui  porte  du  fruit  dans  la  maison  du  Seigneur,       vigne. 

tout  est  neglige,  tout  est  en  desordre,  tout   est  en    et  partant  c'est  un  arbre  vivant.  Car  la  Sagesse  meme 

fricbe,  tout  est  sale.  L'insense  n'a  point  de   vigne,     qui  fait  lhomme  sage  est  un  arbre  de  vie  pour  ceux 

comment  yaurait-il  une  vigne,  la  oil  Ton  ne  voitrien    qui  la  possedent.  Comment  celui  qui  la  possede  ne 

de  plante,  rien  de  cultive  ?  La  vie  de  l'insense  est    vivrait-il  pas  ?  11  vit,  et  il  vit  de  la  foi.   Car  le  sage 

toute    pleine    d'epines  et  de  cbardons  ;  et  il  aurait    et  juste,  et   le  juste,  selon  l'Apotre,  vit   de  la  foi 

uue   vigne?  Quand  il  en  aurait  eu  une,   iln'en  a    (Hcb.  x,  38).  Et  si  l'ame  du  juste  est  le  siege    de  la 

plus  main  tenant,  ce  n'est  plus  qu'une   solitude.  Oil     sagesse,   comme  elle   l'est,  en   etfet,  il  s'ensuit  que 

est  le  cep  de  la  vertu  ?  Oil  sout  les  grappes  des  bon-    celui  qui  est  juste  est  sage.  Soit  donc  que  vous  le 

nes   ceuvres  ?  Ou  est  le  vin  de  la  joie  spirituelle  ?    nommiez  juste  ou  sage,  il  ne    vivra    jamais   sans 

«  J'ai  passe,  dit  le  Sage,  par  le  champ  d'un  pares-    vigne  parce  qu'il  ne  cessera  jamais  de  vivre.  Car  la 

seux,  et  par  la  vigne  d'un  insense,  etje  les  aivus  tout    vigne  et  la  vie  sout  en   lui  une  meme  chose.   Et  la    „ 

,.    f  _  J  .  Comment  le 

remph  de  ronces,  les  bruyeres  en  couvraient  toute    vigne  du  juste  est  bonne,  ou  plutot  le  juste  est  uns  juste  est  une 

la  surface,    et   la   cloture  en    efait  toute  demolie  bonne  vigne  puisque  la  vertu  lui  tierit  lieu  de  cep,      "Sne- 

(Prov.  xiv,    30).»    Voyez-vous  comme  le  Sage  se  ses  bonnes  ceuvres,  de  pampres,  let emoignage  desa 

moque  de  l'insense,  il  a  laisse  perir  les  biens  de   la  conscience,  de  vin,  et  sa   langue  de    pressoir  qui 

nature,  et  les  dons  de  la  grace  qu'il  avait  peut-etre  tire  ce  vin  de  la  grappe.  Car,  comme  dit  l'Apdtre  : 


vineas  custodire,  ne  in  excolendis  illis  frustra  marsupia 
vacuentur,  si  in  custodiendis  pigri  fuerimus.  Non  estis 
tam  t'udes,  neqne  adeo  spiritualis  gratia;  experles,  ut 
ita  carnaliter  sapialis.  Ergo  in  spiritti  ista  quaeramus. 
Ibi  sane  invenimus,  sano  quidem  intellectti,  sensuque 
nihilominus  digno,  et  vineas  tlorenles,  et  vulpes  demo- 
lienles,  in  quibus  capieadis  vet  amovendis  et  honestius 
laboratur,  et  fructuosius.  An  vos  dubitatis  longe  vigi- 
lantins  insistendtim  mentibus  servandis,  quam  frugibus  ; 
longe  curiosius  invigilandum  cavendis  propter  illas  spi- 
ritualibis  nequiliis ,  quam  capiendis  propter  istas 
fraudulentis  vulpeculis? 

2.  Sed  jam  a  me  demonslrandae  sunt  spirituales  ista; 
tam  vites,  quam  vulpes.  Vestra  intererit,  lilii,  sua? 
quetnque  vineae  providere,  cum  me  disputantc  adverte- 
rit,  in  quibus  sibi,  et  a  quibus  maxime  sit  cavendum. 
Vero  sapienti  sua  vita  vinea  est,  sua  mens,  sua  cons- 
cientia.  Nil  quippe  incultum  desertumve  in  se  sapiens 
derelinquet.  Stultus  non  ita.  Cuncta  apud  cum  neglecta 
invenies,  cuncta  jacentia,  cuncta  inculta  et  sordida.  Non 
est  vinea  stulto.  Quomodo  vinea,  ubi  nil  plantatum,  nil 
elaboratum  uspiam  paret  ?  Tola  spinis  silvescit  et  tribu- 
lis  stulti  vita  :  et  vinea  est?  Etsi  fuit,  jam  non  est,  re- 
dacta  nimirum  in  solitudinem.  Ubi  vitis  virtutis  1  ubi 
botrus  boni  operis  ?  ubi  vinum  lajtitia?  spiritualis  ?  Per 
agrum  hominis  pigritransivi,  inquit,  et  per  vineam  viri 


stulti  :  et  ecce  totum  repleverant  uriicce,  et  operuerant 
superficiem  ejus  spince,  el  maceria  lapidum  destructa 
erat.  Audi  Sapientem  irridenlem  stullum,  quod  bona 
naturae  et  dona  gralia?,  qua;  forte  per  lavacrum  regene- 
rationis  acceperat,  tanquam  idam,  quam  plantavit  Deus 
et  non  homo,  primam  suam  vineam,  in  non  vineam 
negiigendo  redegit.  Denique  non  potest  vinea  esse,  ubi 
vita  non  est.  Nam  stultus  quod  vivit,  mortem  polius, 
quam  vitam  esse  censuerim.  Quomodo  vita  cum  sterili- 
tate  ?  Arbor  arida  et  in  sterilitatem  versa,  nonne  mor- 
tua  judicatur?  Et  sarmenta  mortua  sunt.  Et  occidit, 
inquit,  inqrandine  vineas  eorum  ;  monstrans  vitas  priva- 
tas,  qua;  sterilitate  damnata;  sunt.  Sic  stultus  eo  ipso 
quod  inutiliter  vivit,  vivens  ir.orluus  est. 

3.  Soli  itaque  convenit sapienti  habere,  vet  pofius  esse 
vineam,  qui  vitam  habet.  Est  lignum  fructiferum  in 
domo  Dei,  ac  per  hoc  lignum  vivens.  Siquidem  et  ipsa 
sapientia,  qua  sapiens  dicitur  et  est,  lignum  vitae  est 
apprehendentibus  earn.  Quidni  vivat,  apprehensor  ejus  ? 
Vivit,  sed  ex  fide.  Justus  nempe  est  sapiens,  et  Justus 
ex  fide  vivit.  Etsi  anima  justi  sedes  est  sapientia;,  sicut 
est;  profecto  is  sapiens,  qui  Justus.  Is  ergo  sivejustum 
nomines,  sive  sapientem,  nunquam  absque  vinea  vivet, 
quia  nunquam  non  vivet.  Hoc  quippe  est  ill i  vinea  quod 
vita.  Et  bona  vinea  justi,  imo  bona  vinea  Justus,  cui 
virtus  vitis,  cui  actio   palmes,  cui  vinum    testimonium 


U  56 


OEIIVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le*  vignes  du 
Bage  ne   sont 

soufTrir  fes 

ravages  de 

quelques 

renards. 


Les  renards 

ce  sont  ]es 

flatteursetles 

iletracteurs. 


Comment  on 
doit  prendre 
ces  renards. 


ik  Toute  notre  gloire  cousiste  dans  le  temoignage  de  lard  1  II  est   pris  sans  doute  et  pris  pour  le  Sei- 

notre  conscience  (II  Cor.  i,  12).  »  Voyez-vous  comme  gneur,  selon  qu'il  l'a  commands  expressement  en 

rien  n'est  inutila  chez  le  sage?  Ses  discours,  ses  disant:  «  Prenez-nous  les  petits  renards.  »  Plut  a 

pensees  ses  actions,  et  Le   reste  de  sa  conduite  sont  Dieu  que  je  puissc  prendre  ainsi  tous  ceux  qui  me 

,    sont  l'edtlice  de   Dieu,  sunt  h9issen1   s.m-.   sujet   afin  de  les  rendre  ou  de    les 

lavignei   t  Seigneur  des  armees.  Et  que  pourrail-il  gaguer   it   Jesus-Christ.   Que  ceux  qui  cherchent 

se  perdre  d  oe,  puisqaie  ses  feuilles  memes  ma  mort  soient  ainsi  eouverts  de  honte  et  de  con- 

ne tomberont  point.  fusion,  que  ceux  qui  me  veulent  du  mil  sevoient 

lx.  Mais  alia   ne  manqurra  jamais  de    persicu-  ainsi  trusties   de  lours  mauvais  desseins,  et   i[u'tls 

lions  ni  d'embuches.  Car,  comme  dit  l'E^riture,  ou  en  rougissent,    afin  que  j'obeisse  aussi  a  1'Epoux 

il  y  a   beauc  mp  de  bien,  il  y  a  beaucoup  de   gens  non-seulement  en  prenant  ces  renards,  mais  en  les 

qui  le  mangent  (Ecci.  v,  10).  Le  sage  n'aura  done  prenant  pourlui,  non  pour  moi.   Mais   ravenous 

pas  moiusde  suins  pour conser versa  vigne,  quepour  a  notre  teste  pour  l'expliquer  avee  orde  et  suite, 
la  cultiver,  et    il  ne  la    laissera  point   ravager  par         5.  «  Prenez-nous  les  petits  renards   qui  ravagent 

les   renards.  Celui  qui  medit  en   secret,  est  on  re-  nos  vignes  (Cant,  n,    15).  »  Ce  passage  regarde  la 

nard    bien     dungereux,    mais    celui    qui    flatte  morale,  et  e'est  dans  le  sens  moral  que   nous  avons 

n'est  pas  moins   mediant.  Le  sage  se   donnera  de  deja  fail  voir    que  ces  vignes   spirituelles  ne  sont 

garde  de  l'uu  et  de  l'autre.  11  lachera  autant  qu'il  autre  chose  que  les  hommes  spirituals,   dont  l'in- 

lui  sera  possible  de  les  prendre,  mais   de  les  pren-  terieur  etant  cultive,  germe,    fructifie,  et  produit 


dre  par  ses  bienfails,  par  ses  services,  par  ses 
avertissements  salutaires,  et  par  les  oraisons  qu'il 
fera  pour  eux  a  Dieu.  11  ne  cessera  point  d'amas- 
ser  des  charbons  ardents  surla  tele  du  medisant  et 


l'esprit  de  salut,  ce  qui  me  pennet  de  dire  de  ces 
vignes  du  Seigneur  des  armees,  ce  qu'il  dit  lui- 
meme  du  royaume  de  Dieu,  qu'elles  sont  an  dedans 
de    nous    (Luc.   xvu,  'il).  Car  nous  lisons  dans  l'E- 


du  11  ttteur,  qu'il  n'ait  ole  de  leurs  cceurs,  si  e'est  vangile,  que  le  royaume  est  donue  aux  nations  qui 
possible,  a  l'uu  l'envie,  et  a  l'autre  la  dissimula-  le  lout  porter  des  fruits  (Matt,  xn,  /i3).  Or  ces  fruits 
tion,  selon  l'ordre  de  l'Epoux  qui  dit  :  «  Prenez-  sont  ceux  dont  saint  Paul  fait  le  deuombrcineut 
nous  les  petits  renards  qui  ravagent  les  vignes.  »  lorsqu'il  dit  :  «  Les  fruits  du  Saint-Esprit  sont  la 
Croyez-vous  qu'il  n'est  point  pris  celui  qui,  le  charite,  la  joie,  la  paix,  la  patience,  la  modera- 
visage  couvert  de  confusion,  parce  qu'il  rougil  de  tion,  la  bienveillance,  la  douceur,  la  foi,  la  modes- 
son  propre  jugement,  est  lui-meme  temoin  de  la  tie,  la  chastele  (Galat.  \,  22).  »  Ces  fruits  sont  nos 
bonte  et  du  regret  qu'il  ressent  d'avoir  hai  un  progres  dans  la  vertu.  lis  sont  agreables  a  l'Epuux, 
homme  aimable,  ou  de  n'avoir  aime  que  de  parole  parce  qu'il  prend  soin  de  nous.  Pensez-vous  que 
et  de  bouche,  celui  qui  l'aimait  ventablement  et  Dieu  ait  soin  des  plantes?  L'Homme  Dieu  n'aime 
sincerement,  comme  il  l'a  reconnu  enlin,  quoique  pas  les   arbres,   mais  les   hommes,  et  il   regard  e 


les  fruits  df 
l'esprit. 


Jesus-Christ 
aime  nos 

progres  com« 

me  s'ils 

etaient 

les  siens. 


conscientia?,  cui  lingua  torcular  expressionis.  Denique 
gloria  nostra  litre  est,  inquit,  testimonium  conscientia' 
nostrre.  Yides  apud  sapienlem  vacaxe  nihil  ?  Sermo, 
cogitatio,  conversatio,  et  si  quid  aliud  est  ex  eo,  quidni 
totum  Dei  agricultura,  Dei  a^dificalio  est,  et  vinea  Do- 
mini sabaolli  ?  Quid  denique  illi  de  se  perire  possit, 
quando  et  solium  ejus  non  defluel  ? 

4.  Csetcrum  tali  vinere  nunquam  inl'estationes,  nun- 
quarn  insidiae  deeruut.  Nempe  ubl  mutlir  opes,  multi 
sunt  et  qui  comedunt  eas.  Sapiens  erit  sollicitua  servare 
vineam  suatn  non  minus  quam  excolerc,  nee  sinel  earn 
vorari  a  vulpibus.  Pesaima  vulpes  occultus  detractor, 
sed  non  minus  nequam  adulalor  bluadus.  Cavebit  sa- 
piens ab  his.  Dabit  operant,  sane  quod  in  ipso  est, 
capere  illos  qui  [alia  agunt  ;  sed  capere  beneficiis  atque 
obsequiis,  monitisque  s&lutaribus,  el  oralionibus  pro  eis 
ad  Deum.  Non  cessabit  istiusmodi  carbones  ignis  con- 
gerere  super  caput  maledici,  et  item  super  adulaloris, 
quousque  (si  fieri  potest)  et  illc  invidiam,  et  istisimula- 
tionem  de  corde  tnllat,  faciens  mandatum  Sponsi,  di- 
centis  :  Capite  nobis  vulpes  parvalat,  guct  demoliumtur 
vineas.  An  non  libi  captus  ille  videlur,  qui  buOusus  ora 
rubore,  quidpc  proprium  erubeecensjudicium,  ipse  suas 
confusionis  et  pueniludinis  testis  est  :  sive  quod  oderil 
hominem  amore  dignissimum,  sive  quod   dilexerit  fan- 


turn  verbo  et  lingua  euni,  a  quo  se  diligi  opere  et 
veritale  vel  sero  experlus  est  ?  Captus  plane,  et  captus 
Domino,  secundum  quod  nominalim  ipe  expressit  : 
Capite,  inquiens,  nobis.  Utinain  ego  omnes  adversantes 
milii  sine  causa  ila  capere  possim,  tit  Christo  eos  vel 
reslituam,  vel  acquiram  !  Sic,  sic  confundanlur  et  re- 
vereantur  qui  qnsrunt  aniniam  meam ,  averlantur 
relrorsum  et  erubescant,  qui  volunt  milii  mala  :  quate- 
nus  inveniar  et  ipse  obediens  Sponso,  uf  capiam  el  ipse 
vulpes,  non  mini,  sed  ipsi.  Sed  relleclatur  sermo  ad 
sui  principium,  ul  suo  ordinc  series  explanalionis  pro- 
cedat. 

5.  Capite  nobis  vulpes  parvulas,  qua;  r/emo/iuntur  vi- 
neas. Locus  moralis  est  ;  juxta  morum  disciplinam  nos 
jam  oslcndimus,  spiriluales  lias  vineas  non  nisi  spiri- 
tuals viros  esse  ;  quorum  cum  omnia  interiora  culta 
sint,  omniaque  gcrniinanUa,  omnia  (rtietil'irantia  et  par- 
turiertii  spii'itum  salulis,  quomodo  de  regno  Dei  dictum 
est  :  ita  de  his  vineis  Domini  sabaotfa  teqae  dicere  pos- 
Blimns,  quoniam  inlia  nos  sani.  Denique  in  Evangelio 
legitur,  datum  iri  gentibus  regnum  Dei  facipnlihusfruc- 
lus  (jus.  Hi  sunt  quos  Paulus  enumerat,  dicens  : 
Fructus  autem  Spiriius  est  char  Has,  gaudium,  pax,  pa- 
tientia,  longanimitas,  bonitas,  benignitus,  mansueludo, 
fides,   modestia,  continentia,  castitas.  Fructus  isti,    pro- 


SOIXANTE-TROISIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQL'E  DES  CANT1QUES. 


457 


comme  ses  fruits  notre   avancement  spirituel.  II  en  que  des  fruits.  Nous  ne   craignons  pas  les   renards 

observe  exaetement  la  saison  ;  il  jette  un  regard  fa-  pour  vous,  mes  petits  enfants,  parce  que  nous  n'i- 

vorable  sur  eux  quand  ils  commencent  a  paraitre,  gnorons  pas  qu'ils  portent  plutot  envie  aux   fruits 

et  il  prend  garde,  lorsqu'ils  paraissent  tout-a-fait  qu'aux  fleurs.  C'est  autre  chose  que  nous  apprehen- 

que nous  ne  les  perdions  pas,  ouplulot  deles  perdre  dons.  Je  crains  que   vos  fleurs  ne  soieut  bailees, 

lui-meme,  car  il  nous  eousidere  comrae  une  meme  non    pas  qu'on    vous    les  ravisse,  je    crains     le 


chose  avec  lui.  Aussi  ordonne-t-il  qu'on  lui  preune 
les  petits  renards  qui  dressent  des  embuclies,  de 
peur  qu'ils  ne  mangent  ses  fruits  tendres  encore. 
«  RameDez-nous,  dit-il,  les  petits  renards  qui  ra- 
vageut   la    vigne.    »    Et   comrae  si    quelqu'uu  lui 


froid  qui  les  brtile.  Le  vent  du  nord  m'est  suspect, 
aiusi  que  les  gelees  du  matin  qui  font  perirles  fleurs 
hatives,  et  les  fruits  dans  leur  germe.  C'est  done 
tlu  cote  de  l'Aquilon  que  vous  e!es  menaces.  Et 
qui  pouria    supporter  la   rigueur   du   froid  qu'il 


disait :  vous  craignez    trop  tot,  la  saison  des  fruits     cause  (Psul.  cxlvii,  17)  ?  Une  fois  quece  froid  s'em- 


n'est  pas  encore  venue  ;  cela  n'est  pas  exact,  dit-il 
«  Car   notre  vigne  a  lleuri.  »  Or  apres  les   fleurs, 
les  fruits   ne  tardent.  point  a    venir  ;   elles  ne   sont 
pas  plul6t  tombees  qu'ils    sortent  aussitot,  et  com- 
mencent a  [larailre. 

6.  Cette  parabole  regards  les  temps  qui  appro- 
client.  Vovez-vous  ces  novices?  Ils  ne  font  que 
d'arriver,  ils  viennent  de  se  convertir.  Nous  ne 
pouvons  pas  dire  d'eux  que  notre  vigne  a  ileuri. 
Car  elle   est    encore  en   ileur.  Ce   que  vous  voyez 


pare  de  l'anie,  comme  cela  n'arrive  que  trop  sou- 
vent  quand  elle  s'endort  et  se  relache,  car  si  alors 
personne  ne  l'empeche  de  penetrer  plus  avant,  il 
eutre  jusqu'au  dedans  de  lame,  il  perce  jusqu'au 
fond  du  cceur,  il  ebranle  les  bonnes  resolutions,  se 
saisit  des  avenues  par  oil  l'on  pourrait  recevoir 
quelque  secoiirs,  trouble  la  lumiere  du  jugement, 
6le  la  liberie  des  functions  de  l'esprit,  alors  comme 
il  arrive  a  ceux  qui  sont  travailles  de  la  lievre, 
Tame  contracte  une    certaine  roideur,  sa  vigueur 


Terils 
auxqnels  sont 

exposes 
lea  nowces. 


Chute  et 

mine 

des  novices. 


paraitre  en  eux  c'est  la  fleur  ;  le  temps  des  fruits  s'aff.iiblit,  on  se  persuade  qu'on  manque  de  forces, 

n'est  pas  encore  venu.  La  fleur  c'est  la  forme  nou-  l'horreur  des  austerites  augmente  ,    la  crainte  de 

velle  d'une    vie  plus  reglee.  lis  ont  pris    un  visage  la     pauvrete     inquiete,    Tesprit    se     resserre,     la 

mortifje,  ils  ont  compose  leur  exterieur  d'une  ma-  grace  se  retire,  la  viedevient  ennuveuse,  la  rai-on 

niere    louable.    Ce    qui  parait   en    eux    plait,  je  s'assoupit,  le  courage  se  relache,  la  ferveur  s'eteint, 

1'avoue,   car  leur  forme    et  leur  raise    sont    plus  on  tombe  dans  la  liedeur  et   le   de-gout,  la  cbarite 

negligees,  leurs  discours   plus   rares,    leur  visage  fraternelle  se  refroidit,    la  volupte   flatte    par  ses 

plus  gai,  leur  regards  plus  modestes,  leur   dernar-  charmes,  on  tombe  dans  une   eonfiance  temeraire 

che  plus  grave.  Mais  comme  il   n'y  a  que  fort   pen  et  l'babitude  du  vice  reveille  les  anciennes  inclina- 

de  temps  qu'ils  sont  dans  la  pratique  deces  choses,  tions.  Que  dirai-je  encore  ?  On  dissimule  la  loi,   on 

cette  nouveaute  doit  fairecroire  quece  ne  sont  encore  rejelte  la  justice,  on  bannitla  bonte,  on  abandonne 

que  des  ileurs  et  plutdt  des    esperances    de   fruits,  la  crainte  du  Seigneur.   Enfin  on  passe  jusqu'a  la 


fectus  nostri.  Hi  accepti  Sponso,  quia  ipsi  cura  est 
de  nobis.  Num  de  virgullis  cura  est  Deo?  Homi- 
nes, non  arbores  atnat  Homo  Deus,  et  nostras  pro- 
fectus  suos  friiclus  tepulat.  Tempus  horum  diligtnter 
observat,  arridet  apparenlibus,  et  sollicilus  satagit  ne 
pereant  nobis  cum  apparuerint ;  imo  vera  ne  pereant 
sibi:  se  enim  reputat  tanquam  nos,  Ideoque  provi- 
dens  capi  sibi  jubet  insidiantes  vulpeculas,  ne  novellos 
fructusipsae  preeripiant.  Capite,  inquit  nobis  vulpes  par- 
vulas,qutB  demoliunlur  vineas.  Et  quasi  quis  dicat,  pra3- 
propere  times,  nondum  venit  fructuum  tempus.  Non  est 
ita  inquit  :  nam  vineu  nostra  floruit.  Post  (lores  non  est 
fructuum  mora  :  adhuc  illis  cadentibus  isti  erumpunt 
illico  et  incipiunt  apparere. 

6.  Parabola  ista  instantis  est  temporis.  Videlis  islos 
novitios?  Nuper  venerunt,  nuper  conversi  sunt.  Non 
possumus  de  ipsis  dicere,  quia  vinea  nostra  floruit  : 
floret  enim.  Interim  quod  in  eis  apparere  videtis.  llos 
est  :  fructuum  teupus  nondum  advenit.  Flos  novella 
conversatio  est,  tlos  formula  recens  vita?  emendations 
est.  Induerunt  sibi  faciem  disciplinatam,  et  bonam 
totius  corporis  compusitionem.  Plaeent,  fateor,  quae  in 
facie  sunt;  negligentior  utique  is  quiforis  apparet  cor- 
porum  cultus  et  vestium,  sermo  rarior,  vultus  hilarior, 
aspectus  verecundior,    incessus  maturior.    Verum    quia 


h;ec  noviter  ccepere,  ipsa  sui  novitale  tlores  censenda 
sunt,  et  spes  fructuum  magis,  quam  fruclus.  Vobis, 
(iliuli,  non  timemus  a  fraude  vulpium,  quae  fructibus 
magis,  quam  floribus  invidere  noscunlur.  Vestrum 
aliunde  periculum  est.  Ustionem  certe  nietuo  floribus  ; 
non  subreptionem,  sed  usfionem,  a  frigore.  Aquilomihi 
suspectus  est,  et  frigora  matulina,  qua?  intempeslivos 
flores  solent  perdere,  fructus  praeripere.  Ila  |ue  ab  Aqui- 
lone  panditur  vestrum  malum.  A  facie  frigoris  ejus  quis 
suslinebit'1  Hoc  frigus  si  semel  animam  (animee  quidem 
ut  assolet,  incuria  spiritu  dormilante)  pervaserit,  ac 
nemine  deinde,  quod  absit,  inhibente  ad  inleriora  ejus 
pervenerit,  descenderit  in  viscera  cordis  et  sinum  men- 
tis, concusserit  affectiones,  occupaverit  concilii  semilas, 
perturbaverit  judicii  lumen,  libertatem  addixerit  spi- 
ritus  :  mox  (ut  in  corpore  solet  evenire  febncilantibus) 
subit  quidam  animi  rigor,  et  vigor  lenlescit,  languor 
lingitur  virium,  horror  austeritatis  intenditur,  timor 
sollicitat  paupertatis,  contrabilur  animus,  subtrahitur 
gratia,  protrahilur  longitudo  vifce,  sopilur  ratio,  spiritus 
exstinguitur,  defervescit  novitms  fervor,  ingravescit 
tepur  fastidiosus,  refrigescit  fraterna  cbaritas,  blandilur 
voluptas,  fallit  securilas,  revocatconsueludo.  Quid  plnra? 
Dissimulafur  lex,  abdicatur 'jus,  fas  proscribifn- ,  Jere-  " 
linquihir  timor  Domini.     Dantur   postremo  i    i>udentiae 


at.  ttbjadi- 
calHr. 


458 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


dernierc  imprudence,  et  on  fait  ce  sant  temeraire 

cette  chute  honleuse,  infame,  pleine  d'ignorance  et  SERMON  L.XIV. 

de  confusion,  d'un  lieu  extremement   sieve  dans 

l'abtme,  d'un  palais  sur  le    fumier,  du  tr6ne  dans    Tentations  des  religieux  plus  avanees.  Leurs  renards, 


c cst-a-dire ,  tentations  le  plus 
mi.  Lis  hniliqucs  sont  aussi 
r£glise;  tl  faut  les  prendre. 


redoutnbles  pour 
des  renards  pour 


Ceni  Qui 

sont  plus 

avances   sont 

desvignesqui 

oat  fleuri. 


un  eloaque,  du  tie]  dans  la  fange,  du  cloilre  dans 
le  siecle,  du  paradis  dans  l'enfer  ".  Ce  a'est  pas 
le  moment  de  faire  voir  quel  est  le  princippe  et 
l'origiue  de    cette  perte,    ni  comment    on    pout 

l'eviler  ou   le  surmonter.  Mousleferons  une  au-       1.  Je  viens  m'acquitfcer  de   la   promesse   que  je 

tre  fois.  Continuons  maintenanl  ce  que  nous  avons  vous  ai  faite.  «  Prenez-nous  les  petits  renards  qui 

commence.  ravagenl  les  vignes,  car  noire  vigne  a  Henri  (Cant. 

7.  M.us  revenons  a  ceux  qui  sont  plus  avances  u,  15).  a  Les  renards  sont  les  tentations.  11  est  ne- 

et  plus  affermis  dans  la  vertu,  a  la  vigne  qui  a  deja  cessaire  qu'il  y  ait  des  tentations   (//   Tim.  h,  5). 

fleuri,  si  elle  n'a  plus  a  craindre  le  Croid  pour  les  Car  qui  sera  couronne,  sinon  celui  qui  aura  legiti-  Les  renardi 

fleurs,  ses  fruits  ne  sont   pas  en  surete  contre  ses  mement   combatlu?     Or,    comment  combattre   si  "enS|iti0D8, 

renards.  11  faut  quej'explique  plus clairement quels  personue  n'attaque?  Lors  done  que.  vous  entrez  au 

sont  ces  renards  spirituels,  pourquoi  Us  sont  appe-  service  de  D.eu,  tenez-vous  ferme  dans  sa  crainte 

les  petits,  pourquoi  on  commande   de  les  prendre,  (Eccl.  n,  1),  et  preparez  voire  ame  a  la  tentation, 

non  pas  de  les  chassex,  ou  de  les  tuer.  11  faut  encore  assure  que  tons  ceux  qui  veulent  vivre  saintement 

que  nous  distinguions  diverses  especes   parmi   ces  en  Jesus-Christ,   souffriront  persecution  (//  Tim. 

animaux,  pour  l'intelligence  de  ceux  qui  m'ecoutent  m,  12).  Or,  les  tentations  varient  selon  la  dill'erence     Le9  tenta- 

et  pour  leur  uiieux  apprendre  a  se   tenir  sur  leurs  des   temps.    Pour   les   commencements,    qui  sont    tlons  l1e" 

1  l  r  t  ...  commencant 

gardes.  Mais  nous  ne  commencerons  pas  cette  ma-  comme  les  tendres  fleurs  des   plantes  nouvelles,  ll   sontouver- 

tiere  aujourd'hui  pour  ne  ]>as  vous  fatiguer  et   alin  est  certain  qil'ils  sunt  attaques  par  la    violence  du  Cj"mcees  lpin8 

que  l'allegresse  de  notre  zele  continue  toujourspar  froid  dont  nous  avons  parle  dans  le  discours  prece-  avances  soi 

la   grace   et    pour   la   gloire   du   grand  epoux  de  dent,  et  contre  lequel  nous  avons  averti   les  com- 

I'Eglise,  Jesus-Christ  Notre-Seigneur qui  etant  Dieu,  mencants  de  se  tenir  en  garde.  Quant  a  ceux  qui 
est  hem  par  dessus  lout,  dans  tous  les  sieeles.  sont  plus  avances,  les  puissances  ennemies  n'osent 
Ainsi  soit-il. 


»  Cette  eltravanle  peinture  de  la  chnte  des  novices  rue  semble 
faite  ponr  notre  temps.  On  en  retrouve  une  pareille  dins  les 
letlres  cvn,  CVUI,  et  c.ccxcv.  On  [lourrait  se  convaincre  que  les 
autres  pfcres  de  r£glise  ont  pense  comme  saint  Bernard,  sit 
nous  etait  [errais  de  rapporler  ici  tout  ce  quits  on  ecrit  sur  ce 
sujet. 


pas  s'opposer  ouvertement  a  leurs  saints  exercices  ; 
mais  elles  out  coutume,  comme  des  renards  artiticieux, 
de  tendre  secretement  des  pieges,  qui  sont  en  appa- 
rence  des  verlus,  mais,  en  effet,  de  veritables  vices. 
Conibien  par  exemple,  en  ai-je  connus  qui,  entres 
dans  les  voies  de  la   vie,  arrives  a  un  etat  meine 


mantis  :  praesnmilur  ille  temerarius,  ille  pudendus,  ille 
turpissimns,  plenus  ille  ignominia  et  confttsione  sallus 
de  exeelso  in  abyssum,  de  pavimento  in  sterquilinium, 
de  solio  in  cloacara,  de  coelo  in  ccenum,  de  claustro  in 
sa?cnlum,  de  paradiso  in  infernum.  Principittm  et  ori- 
ginem  hiijns  pestis,  et  vel  qua  arte  vitetur,  vel  qua  su- 
peretur  virtnte,  non  est  hujiis  temporis  demonstrare  : 
alias  erit  hoc  ;  nunc  ccepta  prosequamur. 

7.  Ad  provectiores  et  firmiorcs  sermo  est  retorquen- 
dus,  ad  vineam  quae  jam  lloruit,  cui  quidem  etsi  non 
est  quod  (loribus  formidel  a  frigore ,  sed  non  fructus 
securi  sunta  vulpibtis.  Diceiidum  apertius  quid  sintspiri- 
tualiterha?  vulpes,  cur  pusillte  dicantur,  cur  jubeantur 
potissimuTJ  capi ,  el  non  abigi,  vel  occidi  :  etiam  intro- 
ducenda  diversa  genera  harum  bestiarum  ad  majorem 
audicntium  notitiam  et  cautelam  ;  non  sane  sermone  isto  , 
ut  fastidio  consulamtis ,  et  nostra?  devotionis  alacrilas 
perpetuetur  in  gratia  et  confessione  gloria?  magni  Ecelesia? 
sponsi  Domini  noslri  Jesu-Chrisli ,  qui  est  super  omnia 
Deus  benedicttis  in  saecula.  Amen. 


SERMO   LXIV. 

De  tentationibus  monachorum  provectorum  :  quas  patian- 
iur  vulpes,  sen  teutationes  magis  sibi  infestas.  ltemde 
hwreticis  ,  vutpibus   Ecclesice  ,  capiendis. 

I .  Adsum  promissioni  meap.  Capite  nobis  vulpes  par- 
vulas,gu<e  demoliuntur  uineas  :  nam  vinea  nostra  floruit. 
Vulpes  ,  tentationes  sunt.  Necesse  est  ut  veniant  tenta- 
tiones.  Quis  enini  coronabitur,  nisi  qui  legitime  certa- 
verit?  aut  quomodo  certabunt ,  si  desit  qui  impngnet? 
Tu  ergo  accedens  ad  servitutem  Dei ,  sta  in  timore ,  el 
pra?para  animam  tuam  ad  tentationem  ,certus  omnes  qui 
pie  volunt  vivere  in  Christo,persecutionempassuros.  Porro 
tenlationes  diversa?  sunt ,  pro  temporum  diversitate.  Et 
minis  quidem  nostris ,  tanquam  ttovellarum  leneris  flo- 
ribus  plantatiunum ,  in  evidenti  vis  algoris  incumbit , 
cujus  meminimus  in  sermone  allero,  et  incipientes  ab  hac 
pesle  cantos  reddidimus.  Jam  vero  proticientium  sanc- 
tioribus  studiis  minime  quidem  sese  opponere  contraria? 
virtttles  aperte  audent,  sed  solent  in  occullo  insidiari , 
quasi  qua?dam  fraudulentae  vulpecula? ;  specie  quidem 
virtutes  ,  re  autem  vitia.  Quantos  ,  verbi  gratia  ,  ingressos 
vias  vita? ,  progressos  ad  meliora ,  super  semitas  justitis 


SOIXANTE-QUATRIE.ME  SERMO.N  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


459 


assez  parfait,  marchaient  et  s'avancaient  avec  cou-  gard,  a  lachair  et  au  sang  (Gal.  1, 16),»  mais  dans  un 
rage  et  avec  confiance  dans  les  sentiersde  la  justice  mouvement  plus  pur  et  dans  un  dessein  plus  utile 
et  qui  sesont  vushonleusernent  et  malheureusement  et  plus  genereux,  il  veut  instruire  indifferemment 
supplautes  par  les  finesses  de  ces  renards,  ils  ont 
gemi,  mais  bien  tard,  de  voir  les  fruits  des  verbis 
suflbques  en  eus. 


Qtatioo  de 
iz  qui  font 
[oeiques 
^rogres. 


2.  J'ji  vu  un  religieux  qui  courait  bien  dans  les 
voies  de  Dieu,  il  fut  attaque  soudain  de  cet'e  pen- 
see,  qui  etait  sans  doute  un  de   ces  pelits  renards. 


toutes  sortes  de  personnes,  il  croit  en  cela  faire 
preuve  d'une  grande  prudence,  car  il  craint  de 
tomber  dans  la  malediction  du  Prophete,  s'il  retient 
cache  le  froment,  et  ne  le  distribue  point  aux  peu- 
ples  Prov.  ii,  26),  et  d'aller  conlre  l'Evangile,  s'il 
ne  preche  en  public  et  sur  les  toils,  ce  qu'on   lui  a 


A  combien  de  nies  freres,  de  mes   parents,  de  mes     dit  en  secret  et  a  l'oreille  (Matt.  x.  27).  Mais  c'est  la 


.  Vaine 
erance  de 
irocurer 
sa'ut  des 
autres. 


JLe  desir 
de  ta 

edicatioa. 


amis,  si  j'etais  en  mon  pays,  pourrais-je  faire  part 
du  bien  dont  je  jouis  seul  maintenant  ?  lis  m'aiment 
et  ils  se  rendraient  aisement  a  mes  conseils.  Pour- 
quui  faire  cette  perte  ?  11  faut  que  je  les  aille  Irou- 
ver,  et  que,  en  sauvant  plusieurs  d'entre  eux,  eu  je 
mesauveaussiavec  eux.  Pourquoiapprebenderais-je 
de  changer  de  lieu!  pourvu  que  je  fasse  du  bien, 
qu'importe  en  quel  lieu  je  sois  ?  et  d'ailleurs  je  ne 
saurais  etre  en  un  meilleur  lieu  ,  qu'en  celui  oil  je 
recueillerai  plus  de  fruit.  Bref,  ce  pauvre  malbeu- 
reux  s'en  va  et  perit,  plutot  comme  un  chien  qui 
retourue  a  sou  vomisseruent,  que  comme  un  baoni 
qui  revient  en  son  pays.  11  se  perdit  sans  sauver 
aucun  de  ceux  qu'il  pensait  sauver.  Voila  un  petit 
renard,  savoir,  cette  esperance  trompeuse  qu  il  con- 
coit  de  gagner  ses  parents  a  Dieu,  vous  pouvez 
aussi  par  vous-memes,  en  remarqueren  vous  d'au- 
tres  ou    de  pareils  a  celui-la. 

3.  Voulez-vous  neanmoius  que  je  vous  en  mon- 
tre  encore  un  ?  Je  vous  en  montrerai  memo  jusqu'a 
trois  et  jusqu'a  quatre,  si  je  vois  que  cela  vous 
rende  vigilants  pour  prendre  ceux  que  vous  decou- 
vrirez  peut-etre  dansvolre  vigne.  11  arrive  quelque- 
fois  qu'uu  religieux  qui  avance  dans  la  vertu  et 
sent  que  Dieu  verse  sur  lui  des  graces  abondautes, 
concoit  uu  desir  de  precher,  non  pas  ses  parents  et 
ses  procbes,  selon  cette  parole  :  «  Je  n'ai  point  eu  d'e- 


bene  secureque  proficiscentes  et  proficientes ,  fraude  , 
proh  pudor !  vutpium  barum  turpiter  supplantatos 
expertus  sum ,  et  sero  in  se  virtutum  suflbcalos  plangere 
fructus  ! 

2.  Vidi  egu  bominem  currentem  bene  ;  et  ecce  co- 
gitatio  ;  quidni  vulpecula  fait  ?  Qtiantis  ,  inquit ,  bonum  , 
quo  solus  fruor,  si  essem  in  patria,  possem  utique  im- 
pertiri  fratribuset  cognatis ,  notis  et  amicis  ?  Aiuant  me, 
et  facile  acquiescerent  suadenti.  Ut  quid  perditio  h;ec  ? 
Vado  illuc ,  et  salvo  multos  ex  illis,  el  me  pariler.  Nee 
verendum  in  loci  mutatioae.  Etenim  dum  benefaciam  , 
quid  interest  ubi?  nisi  quod  illic  procul  dubio  satins, 
ubi  fructuosius  degam.  Quid  plura?  It ,  et  peril  miser 
non  tam  exsul  ad  patriam ,  quam  canis  reversus  ad  vo- 
milum.  Et  se  perdidit  infelix  ,  et  suorum  acquisivitnemi- 
nem.  En  una  vulpecula ,  ista  videlicet  frustratoria  spes, 
quam  habuit  in  teipso  alias  alque  alias  similes  huic  in- 
venire  seu  advertere,si  non   neligagas. 

3.  Vis  tamen  ut  unam  adhuc  ego  ostendam  tibi  ?  Fa- 
cio  etiam  et  tertiam  ,  et  quartam  quoque  demonstrabo , 
si  te  ad  capiendas  eas ,  quas  forte  ex  his  in  tua  adverteris 


un  renard,  et  un  renard  d'autant  plus  dangereux 
en  comparaison  du  premier,  qu'il  sait  mieux  se 
cacher  et  qu'il  est  plus  fin.  Voici  neanmoins  com- 
ment il  le  faut  prendre.  Moise  dit :  «  Vous  ne  la- 
bourerez  point  avec  le  premier  ne  du  boeuf  {Dcul. 
xv,  20).  »  Ce  que  saint  Paul  interpretait  ainsi  : 
«  .N'elevez  point  au  sacerdoce  un  nouveau  converti, 
de  peur  que,  s'enorgueillissant,  il  ne  touibe  dans 
la  condamnation  du  Diable  (1  Til.  ill,  6).  »  Le  meine 
apotre  dit  encore  :  «Que  personnene  doit  s'ingerer, 
de  lui-meme,  dans  1'honneur  de  la  clericature, 
mais  qu'il  y  faul  etre  appele  de  Dieu  comme  Aaron 
Heft,  v,  !x',.  »  Et  ailleurs :  «  Comment  precheront- 
ils,  s'ils  nesout  pasenvoyes  de  Dieu  (Rom.  x,  15).  » 
Et  nous  savons  de  plus  que  l'oflice  d'un  religieux, 
n'esl  pas  d'enseigner,  mais  de  plturer  (S.  Hieron. 
contr.  Vigil).  De  toutes  ces  raisons  et  autres  seni- 
blahlcs,  je  forme  uu  lilet,  et  je  prendsle  renard,  de 
peur  qu'il  ne  detruise  ma  vigne.  Car  il  est  clair  et 
indubitable  par  toutes  ces  aulorites,  qu'il  ne  con- 
vient  point  a  un  religieux  de  precher  en  public, 
que  cela  n'est  point  avantageux  a  un  novice,  et  que 
ce  n'est  point  permis  a  celui  qui  n'a  point  recu 
mission  pour  cet  etfet.  Quelle  destruction  de  l'anie, 
u'est-ce  done  point  de  violer  en  meuie  temps  ces 
trois  regies  ?  Done,  toutes  les  pensees  de  cette 
nature,  soit  qu'elles  vous  vieunent  de  vous-memes, 


vinea ,  invencro  vigilantem.  Interdum  bene  proficientis 
cujuspiam  ,  cum  sibi  profusius  aliquid  supern^  gratiee 
senserit  irroi-aii,  subit  animum  desideriuin  predicandi , 
non  quidem  adparentes  et  propinquos  Juxta  illud  ,  Con- 
tinuo  non  acquievi  carni  et  sangnim  :  sed  quasi  purius  , 
fructuosius  ,  foi  tiusque ,  passim  ad  extraneos  et  ad  omnes. 
Caute  ouniino.  Sane  timet  propheticum  incurrere  male- 
dictum  ,  si  quae  in  absconditoaccepit  frumenta  ,  abscondat 
in  populis  :  et  contra  Evangelium  facere ,  nisi  qua?,  in 
aure  audivit ,  praedicaveiit  super  tecta.  Vulpes  e=t  alque 
ilia  priore  eo  nocivior ,  quo  occultior  venlens,  Sed  capio 
libi  earn.  Primus  Moyses  dicit  :  Won  arabis  in  primo- 
genito  bovis.  Hoc  Paulus  interpretans  ,  Non  neophytum  , 
inquit,  ne  in  superbiam  elatus  ,  incidat  in  judicium  dia- 
boli,  etrursam  :  Nee  quisquam  ,  inquit, sumit sibi honorem, 
sed  qui  uocatur  a  Deo  tanquam  Aaron.  Hem  ipse  :  Quo- 
modo  pradicabunt,  ait  ,  nisi  mittantur?  Et  scimus 
monachi  oflicium  esse  non  docere,  sed  lugere.  Ex  his 
similibusque  collectis  mini  texto  rete,  et  capio  vulpem, 
ne  demoliatur  vineam.  Ex  his  nempe  claret  et  ci  ium 
est,  quod  publice  preedicare  nee  monacho  con     uit,  nee 


liCO 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


3.  L'amour 
intempesl  f 

.I.-  la  rie 
ereiuilique. 


soitde  la  suggestion  dumauvaisange,  regardez-les  une  si  sainte  oompagnie  ?  Certes,  celui  qui  est  te), 

tonjours  comine  un  renard  tin  et  ruse,  c'est-a-dire  quel  qu'il  suit,  sera  juge  d'une  manicre  bien  rigou- 

oomme  un  ma]  veritable  colore  de  l'apparence  d'un  reuse.  Mais  remettons  cela  a  une  autre  fois. 

bien.  C.  Considerons  mainteuant,  ee  que  dit  l'Epouz  de 

l\.  Mais  en  voici  encore  un  autre,  coaibien  la  soli-  ces  petits  et  tins  renards  qui  ravagent  les  vignes. 

tude  a-t-elle  vu  de  religieux,  qui  etaient  b    nfer-  lis  son1  petits,  non  parce  qu'ils  ont  peu  de  malioe, 

venlsdansleursmonasleres,etqu'elleaensuitevomis  mais  parce  qu'ils  se  glissent  subtilement.  Car  cet 
tiedes,  ou  gardes  coDtrela  loi  eremitique,  non-seu- 
lement  relicbes  dans  leur  conduite,  mais  dissol  us.  II  a 
■\  ident  a  la  vue  d'un  tel  deg&t  cause  dans  leurs 


4.  Les  austi- 

nen^es 
■nperslitieu- 

ses  et 
indiscretes. 


animal  est  tres-lin  de  5a  nature,  et  tresporte  a 
Duire  ''ii  secret,  G'est  pourquoi  il  me  semble  qa'il 
designe  fort  bien  certains  vices  tres-subtils,  qui  se 
couvrent  de  la  ressemblance  des  vertus,  tels  que 
sont  ceux  dont  j'ai  dejl  donne  quelques  exeniples, 


Lor  vic« 
qui  noual 
trompentl 

sous'  I  .ippai 
renco  dad 

TSrtui  t>oa] 
aussi  di'»» 
renards. 


vignes,  c'est-a-dire  a  la  vue  d'un  si  grand  dereglement 
de  vieet  deconduite,  qu'un  renard  etait  passe  par  la. 

lis  croyaient  que  dans  la  solitude  ils  recueilleraient  quoique  en  fort  petit  nombre.   Car  ils  ne  peuvent 

des  fruits  spirituels  avec  bien  plus  d'abondance  que  nuire  que  parce  qu'ils  veulent  passer  pour  des  verlus, 

dans  une  conununaute,   oil  ils  ne  recevaient  que  a  cause   de  quelque  rapport  qu'ils  ont  avec  elles. 

que    des    graces    ordinaires  ;  ils  s'linaginaient  que  Mais  ce  sont  des  petisoes  vaines  dcshommes,  ou  des 

cette  penseeetail  bonne,  mais  I'evfeneraent  montra  suggestions  des  mauvais  anges,  des  anges  de  Satan 

que  ce   n'etait   qu'un  renard  qui  ravageait  leur  qui  se  transforment  en  anges  de  lumiere  (11  Cor.  xi, 

vigne.  13),    et  preparant  leurs  tlecb.es  dans   leur  earquois, 

5.  Que  dirai-je  de  cette   superstition   et   de    ces  c'est-a-dire   en  secret,  aQn  d'en  percer  d'un  lieu 

abstinences    blamables  de    quelques-uns    d'enlre  obscur  ceux  qui  ont  le  ccaur  droit  (Psal.  x,  2).  Aussi 

nous,  qui  nous   tourmentent  si  souvent,  et  qui  les  je    crois  qu'ils  sont   appeles  petits,  parce  que    les 

rendent  si  incommodes?  Toutes  les  divisions  que  ces  autres  vices  etant  visibles,  attendu  qu'ils  sont  gros- 

singularites  produisent,  ne  ruinent-elles    pas    la  siers,    ceux-ci  etant  plus  delicats,  ne  sont  pas  si 

conscience  de  ceux  qui pratiqueul ces  abstinences  et  aises  a  decouvrir,  ce  qui  fait  qu'ils  sont  presque 

ne  detruisent-elles  pas auiantqu 'elles peuvent, cette  inevitables,  si  ce  n'est  pour  les  parfaits,  etpour  les 

grande  vigne  plantee  de  la  main  de  Dieu    meme  ,  personnes  experimenters  et  clairvoyantesqui  savent 

en  detruisint  1'union  qui  doit  etre  entre  vous  tous?  discerner  le  bien  du  nial  et    surtout  les  esprits,    et 

«  Malheur  a  celui  qui  est  cause  du  scandale  {Man.  qui  peuvent  dire  avec  l'Apotre  :  »  Nous  n'ignorons 

xxvi,  2'i)  !  »  Celui,  dit  le  Sauveur,  qui  seandalisera  pas   les   ruses  de  Satan,  ni  ses  pensees  (11  Cur.  n, 

l'un  de  ces  pe'its  [Mure,  ix,  41).    »  Ce  qui  suit  ces  11),  »    peut-etre     m£me,   est-ce   pour    cela     que 

paroles  est  bien  dur  ;  mais  combien  eelui-la  meri-  l'Epoux  ue  recommande  pas  de  les  exterminer,  de 

te-t-il  d'etre  traite  plus  severement,  qui   scandalise  les  cbasser  ou  de  les  tuer,  mais    de   les  prendre; 


novilio  expedit,  nee  non  misso  licet.  Porro  contra  haec 
tria  venire,  quunla  eunscienliie  demolitio  est?  Ergo 
quidquid  tale  aniino  suggeratur,  sive  sit  illud  tua  cogi- 
ta.Ho,  sivciunnissiu  per  angel  una  malum,  dolosam  agnosce 
vuspeculaiu,  id  est  malum  sub  specie  boni. 

4.  Sed  aspice  aliam.  Quantos  ex  monasteriis  spiritu 
ferventes  eremi  solitudo  suscepit,  el  aut  tepefactoa 
evomiiit,  aut  lenuit  contra  eremi  legem,  non  modo 
remissos,  sed  eliam  dissolulos?  Sicque  apparuit  vulpe- 
cularo  atluisse,  ubi  tanta  facta  est  vastatio  vines-,  id  est 
vitae  et  oonscienlise  hominis  detrimentum.  Cogitabat,  si 
solus  degeret,  multo  se  copiosiores  fructus  spiritus  per- 
cepturum,  quippe  qui  in  communi  vita  tantnm  spiritualis 
gratia?  fuisset  experlus.  Et  bona  visa  est  sua  cogitatio 
sibi  :  sed  rei  cxitus  indicavit,  magis  eamdem  il  1  i  cogita- 
tionem  vulpem  demulientem  fuisse. 

r>.  Quid  illud  quod  nos  qaoque  lolies  in  domo  ista,  et 
lam  graviter  inquielat,  nolabilem  loquor  quoiimidam, 
qui  inter  in  is  sunt,  siiperstitiosamque  abstinentiam,  ex 
qua  se  omnibus,  sibiqnc  omncs  molestos  reddunt? 
Qu  modo  non  bso  ipsa  disoorida  tani  generalis,  et  sure 
ipsius  conscientia?  dissipatio  est,  et  quod  in  ipso  est, 
grandis  vineee  liujus,  quam  plantavit  dextera  Domini, 
vestrae  scilicet  omnium  unanimilatis  ,  demolitio?  Vae 
homini,  per  quern  scandalum  venil?  Qui  scandalizaverit, 
inquit,  unum  de  pusillis  his.  Durum  est    quod  sequitur. 


Quanto  duriora  mcretur,  qui  tantam,  et  tam  sanctam 
niultitiidinem  scandalizat  ?  Judicium  prorsus  durissimum 
portabit  quienmque  est  ille.  Sed  luec  alias. 

6.  Nunc  vero  intendamus  his,  quae  a  Sponso  dicuntur 
super  pusillis  et  aslutis  his  animalibus  demolientibus 
vineas.  Pusillis  dixerim,  non  malitia,  sed  subtililale. 
Astiitum  siqiiiilem  Datura  hoc  genus  est  animantis, 
promptumipie  ailuiodum  ad  nocendum  in  occulto  :  et 
videtur  mibi  congruentissime  designare  sublilissima 
qusedam  vitia  specie  palliata  virtutum,  qualium  ulique 
I'nrmam  praunis^is  ad  nutitiam  exemplis,  paucis  licet, 
jam  aliquantisper  expreasi.  Necenim  aliternocere  queunt, 
nisi  quod  se  virtutes  virtutum  quadam  similitudinemen- 
tiuntur.  Sunt  aiiteni  aut  cogitationes  hominum  vans, 
aut  facta;  iminissiones  per  angelosmalos,angelos  satanas, 
qui  se  Iransligiiranl  in  angelos  lucis,  parantes  sagittas 
suas  in  pharetra,  hoc  est  ir.  occulto,  ut  sagittent  in  obs- 
ciiro  rectos  corde.  Unde  et  pusillas  eas  propter  hoc  reor 
dici.  quod  cum  celera  vitia  quadam  quasi  corpulenlia 
sui  manifests  se  prsebeant,  hoc  genus  pro  sui  subtililale 
baud  facile  agnosci,  et  ideo  nee  caveri  possit,  nisi  dun- 
taxat  a  perfectis  et  exercitafis,  et  qui  habeant  illuo-inatos 
oculos  cordis  ad  disoretionem  boni  et  mali,  maximeqiie 
ad  disoretionem  spirituum,  qui  cum  Apostolo  possint 
dicere,  quia  non  ignoramus  astutias  Satan®, neque  cogi- 
tationes ejus.  Et  vide  ne  forte  ob  hoc  a  Sponso  jubean- 


SOIXANTE-QUATRIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


461 


c'est  parce  que  ces  petites  betes  spirituelles  et  fines 
doivent  elre  observees  avectoute  sorte  de  soin  et  de 
vigilance,  si  on  vent  les  prendre  et  les  attrapei 
dans  leurs propres  finesses.  Lors  d..  c.  qu'on  en  a 
decouvert  la  malice,  mis  la  fraude  au  j  our,  ou  con- 
vaincu  la  faussete,  on  pent  fort  bien  dire  que  Ton 
a  pris  le  petit  renard  qui  detruisait  la  vigne.   C'est 


font  plus  de  mail.  C'est  done  pour  cette  raison, 
qu'il  est  ordonne  de  prendre  ces  renarJs  et  qu'on 
les  appelle  petits.  Ou  bien  ils  sont  nommes  ainsi, 
pour  que,  observant  soigneusement  les  vices  dans 
leur  naissance  et  dans  leur  commencement,  vous 
les  preniez  pendant  qu'ils  sont  encore  petits,  de 
peur  que  s'ils  grandissent  ils  ne  nuisent  davantage 


ainsi,  en  effet,  que  nous  disons  qu'un   homme    est     et  ne  deviennent  plus  d  fliciles  a  prendre. 


8.  Si  uousentendonsces  paroles  dans  un  sens  alle- 
gorique  en  sorte  que  lesEglises  soient  les  vignes,  et 
les  renards  les  heresies,  ou  plutut  les  beretiques 
memes,  le  sens  simple  et  naturel  est  done  qu'on 
doit  prendre  les  beretiques  plutot  que  les  cbasser. 
Mais  qu'on  les  prenne  non  par  les  armes,  mais 
par  des  raisonnements  quirefutent  leurs  erreurs, 
et  que,  pour  eux,  s'ilse  pent,  on  les  reconcilie  avec 
l'Eglise  catholique,  et  qu'on  les  ramene  a  la  vraie 
foi.  Car  telle  est  la  volonte  de  celui  qui   veut  que 


pris  dans  ses  discours,  comme  on  lit  dans  l'Evau- 
gile,  que  «  Les  Pbarisiens  s'assemblerent  pour 
prendre  Jesus-Christ  dans  ses  paroles  {Matt,  xxn, 
15).  » 

7.  Voila  done,  comment  l'Epoux  ordonne  depren- 
dre  les  petits  renards  qui  ravagent  les  vignes,  e'est- 
a-dire  de  les  surprendre,  de  les  deeouvrir,  de  les 
convainere.Iln'ya  que  cette  espece  d'animal  quiait 
cela  ile  particulier,  qu'etant  reconnu  i!  lie  nuil  plus 
en    sorte  que    le  connaitre  c'est  ie    vaincre.  Car  a 

moins  d'etre  fou,  qui  se    laisse  tomber   sciemment     tons  les  hommes  soient  sauves,  et  viennent  a   la 
et  volonlairement  dans  un  piege  qu'il  a  decouvert?    coimaissance  de  la  verite   I  Tim.  xxi,  3).  II  temoi- 
II  suffit  done  pour  eviter  ces  sorbs  de  vice-,    de  les     gne  bien  que  c'est,  en    elTet  la  sa  volonte,  puisqu'il 
prendre,  de  les  mettre  au  jour,   puisque  des    qu'ils     ne   dit  pas  simplement,  prenez  les    renards,    mais 
paraissent,  ils  disparaissent.  II  n'en est  pas  ainsi  des     «  prcnez-nous  les  petits  renards.  »    11    vent   done 
y  a  des    autres.   Car  ils  viennent  a  decouvert,  ils  nuisent  a     qu'on  les  prenne  pour  lui  et  pour  son  Epouse,  e'est- 
"sscnt1'  decouvert,  iIs  s'assujettissent   ceux  memes  qui  les     a-dire  pour  l'Eglise  catholique,  lorsqu'il  dit,    pre- 
satiaques  connaissent,  ils  surmonteut  ceux   qui  leur  resistent     nez-les-nous.    C'est  pourquoi  lorsqu'un  catholique 
'  parce   qu'il=  combattent  a  force   ouverte,  non  par     instruit   et  verse  dans  ces  matieres,  entreprend    de 
ruse  et    slratageme.  Aussi  contre  cesbeles  furieuses     disputer  contre  un  heretique,  il  doit  se  proposer  en 
qui  attaquent ainsi  ouvertement,  ce qu'il  faut,  cen'est     le  refutant  de  le  convertir,  et  se  rappeler  cette  pa- 
pas les  chercher,  mais  les  dompter.  11  n'y  a  que  ces     role  de  l'apotre  saint  Jacques;  que  «  celui  qui  re- 
petits  renards,  qui  sont  extraordmairement   dissi-    tirera  le  pecheur  de  l'erreur  oil  il  est  en<*a"e,  de- 
mules,  qu'il  suffit  de  tirer  au  jour,  car  ils  sont  cou-     livrera    son   arce  de  la  mart  et  couvrira  la   mulii- 
ches  dans  des  tanieres,  et  de  surprendre   dansleurs     tude  de  ses  peches  [Jacob,  v,  20).  »  S'il  ne  veut  na« 
finesses,  parce  qu'aussitot  qu'on  les  conuait,  ils  ne     revenir,  et  si  apres  le  premier  et  le  second  avertis- 


II  fact  pren- 
dre les 
heretiques 
beaucoup 
plus  par  la 
raison  que 
par  les 
armes. 


QueHe  inten- 
tion on  doit 
avoir  qnaod 
on  dispute, 
contro  les 
hereti-.  es. 


tur,  non  quidem  exterminari,  vel  abigi  vel  occidi,  scd 
capi  :  quod  videlicet  hujiismodi  spirituales,  dulosasque 
besliolas  omni  vigilantia  et  cautela  observari  i 
exuminari,  et  sic  capi,  id  est  comprehendi,  in  astulia 
sua.  Ergo  cum  proditur  dolus,  cum  fraus  ape:itur,  cutn 
convincitur  falsitas;  rectissiine  tunc  dieitur  capta  vulpe 
pusilla,  quae  demoliebatur  vineam.  Denique  dicimus 
hominem  in  sermone  capi,  sicut  habes  in  Evangelio, 
quia  convenerunt  Pharisati  in  unum,  ut  caperenl  Jtsum 
in  sermone. 

7.  Ita  ergo  Sponsus  capi  jubet  vulpes  pusillas,  qua? 
demoliuntur  vineas,  id  est  deprehendi,  convinci,  prodi. 
Solum  hoc  malignitatis  genus  id  proprium  habet,  ut 
agmtum  jam  minime  noceat,  ila  ut  agnosci  sit  illi  c.x- 
pugnari.  Quis  enim,  nisi  demens,  comperta  decipula 
sciens  et  prudens  pedem  mittit  in  illam?  SutTicit  pro- 
inde  si  capiantur  quae  cjusmodi  sunt,  hoc  est  si  pro- 
das  et  deducas  ad  medium,  quippe  quibus  apparere,  pe- 
rire  est.  Nun  sic  caetera  wtia.  N'empe  manileste  veuiunt, 
manifeste  nocent;  scienles  captivant,  superant  reluc- 
tanles,  ulpote  vi,non  dolo  agentia.  Ergo  contra  hujumodi 
apertesffivientes  bestias  non  investigalione  opus  est,  sed 
refrenatione.  Solas  has  vulpes  parvulas  dissimulatrices 
maximas,  (quia  proditae  jam  ncn  nocent)  suflicit  educi 
in  lucem,  et  capi  in  calhdilate  sua,  nam  foveas  habent. 


Tali  itaque  ex  causa  vulpes  istas  et  capi  jubentur,  et 
parvul.e  describuntur.  Vel  ideo  parvulae,  ut  nascenlia 
vitia  in  ipso  ortu,  donee  utique  parvula  sunt,  vigiianter 
observans  iilico  comprebendas,  ne  cresccntia  plus  no- 
ceant,  et  difficilius  capiantur. 

8.  Et  si  juxta  allegoriam  ecdesias  vineas,  vulpes 
haereses,  vel  potius  havrelicos  ipsos  intelligamus  :  sim- 
plex est  sensus,  ut  hajretici  capiantur  potius  quam 
effugentur.  Capiantur  dico,  non  armis,  sed  argumen- 
tis,  quibus  refellantur  errores  eorum  ;  ipsi  vero,  si 
fieri  potest,  reconcilientur  Catholics,  revocentur 'ad 
veram  lidem.  Hsc  est  enim  voluntas  ejus,  qui  vult 
omnes  homines  salvos  fieri,  et  ad  aynitionem  verilatu 
venire.  Hoc  denique  vclle  se  perhibet,  qui  non  simpliciter 
capite  vulpes  :  scd,  capite,  inquil,  nobis  vulpes.  Sibi 
eryo  et  Spons*  sua?,  id  est  Catholics,  jubet  acquiri  has 
vulpes,  cum  ait  :  Capite  eas  nobis,  ltaque  homo  dc 
Ecclesia  exercitatus  et  doctus,  si  cum  hasretico  nomine 
disputareaggreditur.illointentionem  suam  dirigere  dtbet 
quatenus  ita  errantem  convincat,  ut  et  convertat,  cogitana 
illud  apostoli  Jacobi  :  quia  qui  converti  f'ecent  pec- 
catorem  ab  errore  via  suw,  salvabit  animam  ejus  a 
morte,  et  operis  mullitudinempeccatorum.  Quod  si  reverti 
noluerit,  nee  convictus  post  primam  jam  et  secundam 
admonitionem,   utpote  qui  omnino   subversus  est;    erit 


462 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


La  peine 
qn  . 
dunne  pnur 

D'lM   ponr- 
1   -  '  point 
per»ii:> 
qu'elle  soil 
inefucace. 


sement,   on  ne  le  peut  reduire,  parce  qu'il  est  en-  pour  compagnons  dans  cette  capture.  0  douceur, 

tierement  perverti,  il  faudra  fair  sa  compagnie  se-  6  grlcp,  6  force,  de  l'amour  !  Est-il  possible  que  le 

Ion  le  commandement  de  I'Apdtre  [Til.  in,  10).   Et  souverain   de  tout  soit  devenu  Tun  d'enlre    tons  ? 

il  vaudra  miens,  comme  je  crois,  le  chasser,  ou   le  Qui  a  fait  cela  '?  L'amour,  qui  ignore  ce  que   e'est 

lier  que   le   laisser  ravager  les  vignes.  que  rang  et  dignite,  qui  est  riche    en  bonte,  puis- 

9.  Toutefoisquecelui  quiavaincu  etconvaincu  un  sant  en  affection,  efficace  en  persuasion.  Qu'y  a-t-il 


Force  de 

l'amour  en 
Dieu. 


heretique,  refute  ses  heresies,  distingue  cl  lirement 
et  nettement  la  verity  d'avec  la  vraisembl  uace,  mon- 
tre  par  des  raisons  evidences  et  irrefragables  que 


de  plus  violent  que  l'amour?  II  triomphe  de  Dieu 
menie.  Mais  qu'y  a-t-il  aussi  de  plus  doux  ?  Etrange 
merveille,  je  vous  prie,  il  est  violent  pour  la  victoire, 


ses   dogmes  sont corrompus.  et  enlin  reduit  iu  si-  et  il  est  doux  pour  la  violence  qu'on  lui  fait.  «  Car 

lence.un  esprit  opiuiatre,  qui  s'eleve  contre  la  science  il  s'est  aneanti  soi-meme  [Philip,  n,  7),  »  afin  que 

de  Dieu  ne  croie  point  n'avoir  pas  bien  fait.  11  n'a  vous  siissii'z  que  e'est  un  effet  de  son  amour,  si  sa 

pis  lais~e  de  prendre  le  renard,  quoique  ce  ne  soit  plenitude  s'est  repandue,  si  sa  grandeur  s'est  abais- 

pas  pour  sou  saint,  il  l'a  pris  pour  l'Epoux  et  pour  see,  si  sa  singularity  s'est  associee.  Avec  qui,  6  ad- 

I'Epouse  mais  d'une  autre  maniere.  Car  si  cet  he-  mirable  Epoux,  avez-vous  un  commerce  si  etroit  et 

retique  n'est  pas  sorti  de  sa  fange,  l'Eglise   pour-  si  familier?  «  Prenez-nous  ces  renards,  »  dites-vous. 

tint   se  trouve   par  li  confirmee   dans  la  foi ;  or  Pour  qui   avec  vous?  Est-ce  pour  l'Eglise  des  Gen- 

TEpoux   se   rejouit  du  progres  de  l'Epouse,    parce  tils  ?  Elle  est  composee    d'hommes  mortels  et   pe- 

que  la  voix  du  Seigneur  est  notre  force  (II  Esd.  n,  cheurs.  Nous  savons  qui  elle  est,  mais   vous,  qui 

18  .  et  il  prend  part  a  nos  avantages,  puisqu'il  dai-  etes-vous,  pour  etre  si  amoureux  etsi  passionne  de 

gne   s'associer  a  nous  avec  taut  de  bonte  en  com-  cette  Ethyopienue  [Num.  xu,  1)?  Vous  n'eles  pas  un 

mandant    qu'on  premie  les  renards,  non  pour   lui  autre  Moise,  vous  etes  plus  que  Mui-.-.   Yetes-vous 

seul,  m.iis  pour  nous  avec   lui.  «  Prenez-nous.  dit-  pas    celui  qui  surpasse  en  beaute  tons  les  enfants 

il.   les  renards,  »  qu'y  a-t-il  de  plus  familier   que  des  homines  [Psal.  xuv,  3)  ?  J'ai  trop  peu  dit.  Vous 

cette  parole  ?  Ne  vous  semble-t-il  ])as  qu'il  parle  la  etes   la    lumiere  de  la  vie  eternelle    (Heb.  i,  3),    la 

comme  un  pere  de  famille,  cpii  ne  veut  rien  avoir  splendeuret  la  figure  de  la  substance  de  Dieu  (flow, 

en  propre,  mais  qui  possede  tout  en  commun  avec  u,  5).   Enlin  vous  etes  un  Dieu  eleve  an  dessus  de 

sa  femme,  ses  enfants  et  ses  domestiques  ?  Or  celui  toutes    choses,  et  beni  dans  lous  les   siecles.    Ainsi 

qui  parle  ainsi  est  un  Dieu,   quoiqu'il  ne  parle  pas  soit-il. 
comme  Dieu,  mais  comme  Epoux. 

10.  «  Prenez-nous  les  renards.  »  Vojez-vous  com- 
bien  est  sociable  en  ses  paroles  celui  qui  n'a  point  d'as- 
socieensa  gloire?  11  pouvait  dire  Prenez-moi,  mais 
il  amieuxaime  dire,  prenez-nous,  afin  de  nous  avoir 


secundum  Apostolum  devitandus.  Ex  hoc  jam  melius 
(ut  quidem  ego  aibitror)  effugatur,  aut  etiam  religatur, 
quam  vinitur  sineas  denioliri. 

9.  Nen  propterea  sane  nihil  se  egisse  putet  qui  haere- 
ticum  vicil  et  convicit,  hae-eses  confulavit,  veri  similia 
a  vero  clare  aperteque  distinxit;  prava  dogmata,  plana 
et  irrefragabili  ratione  prava  esse  monslravit;  pravum 
denique  inlellectum,  extollentem  se  adversus  scientiam 
Dei,  in  captivitalem  redegit.  Ncmpe  cepit  nihilominus, 
qui  talia  operatus  est,  vulpeon,  etsi  non  ad  salulcm  i  11  i  ; 
et  cepit  cam  Spnnso  et  Sponsae,  qnamvis  aliter.  Nam 
etsi  haerclicus  non  surrexit  de  fa?ce,  Eccle*aa  tamen  con- 
firmatur  in  tide  :  et  quidem  de  profeclibus  Sponsae 
Sponsus  sine  dubio  gratulatur.  Gaudium  elenim  Domini 
est  forltludo  nostra.  Denique  noa  putat  a  se  aliena  lucra 
nostra,  qui  se  nobis  tain  dignanlcr  associat,  diun  jubet 
enpi  vulpes,  non  sibi.sed  nobis  sccum.  Capiie,  inquiens, 
nobis.  Advertere  est  eniui  quod  ait,  nobis.  Quid  hac 
voce  socialius?  An  non  tibi  videtur  hoc  dicere,  quasi 
quidain  paterfamilias,  qui  perse  nihil  habeat,  sed  omnia 
communia  cum  uxore  et  filiis  atque  domesticis?  Et  qui 
loquitur  Deus  est  :  minime  tamen  ut  Deus  id  loquitur, 
sed  ut  Sponsus. 

10.  Capite  nobis  vulpes.  Vides  quam  socialiter-  loqui- 
tur, qui  socium  non  habet?    Poterat  dicere.   mild,  sed 


maluit,  nobis,  consortio  delectatus.  0  suavitatem!  ogra- 
tiam  !  o  amoris  vim  !  Itane  summus  omnium  unus  fac- 
tus  est  omnium?  Quis  hoc  fecit?  Amor,  dignitatis  nes- 
eius.  dignatione  dives,  affectu  potens,  suasu  ellicax.  Quid 
violentius  ?  Triumphal  de  Deo  amor.  Quid  tamen  tarn 
non  violcntum?  Amor  est.  Quae  est  ista  vis,  qusgso,  tarn 
violenta  ad  victoriam,  tam  vicla  ad  violentiam  ?  Denique 
semetipsum  exinanivit  :  ut  scias  amoris  fuisse,  quod  ple- 
nitudo  effusa  est,  quod  altitudo  adanjuata  est,  quod  sin- 
gularilas  associala  est.  Cum  quonam  tibi,  o  admirande 
Sponse,  lam  familiarc  consortium?  Nobis, inquis,  cpite. 
tecum?  an  Kcclesiae  de  gentibus?  De  mortalibus  et 
peccatoribus  collecta  est.  Illam  scimus  quae  sit.  Sed  tu 
qui  es,  /Ethiopissas  hujus  tam  devotus,  tam  ambitiosus 
amalor?  Sane  non  alter  Moyses,  sed  plusquam  Moyses. 
N'urn  tu  ille  es  speeiusus  forma  pr&  filiis  hominum"! 
Parum  dixi  :  candor  es  vice  a?terna>.  splendor,  et  figura 
substantia;  Dei ;  postremo  super  ornuia  Deus  bcnediclus 
in  saecula.  Amen. 


LETTRE  D'EVERVIN. 


463 


LETTRE  «  D'EVERVIN    PREVOT  DE  STEINFELD, 

A  SAINT  BERNARD,  ABBE,  AU  SOJiiT  DES  HERET1QUES 
DE  SON  TEMPS. 

A  son  reverend  Seigneur  et  pere  Bernard,  abbe  de 
Clairvaux,  Euervin  humble  ministre  de  Steinfeld, 
ftre  fort  dans  ie  Seigneur  el  fortifier  I'Egtise  da 
Christ. 

1.  Je  me  rejouirai  en  entendant  votre  voix  comme 
se  rejouit  celui  qui  a  trouve  d  abondantes  depouil- 
les,  car  vous  avez  l'habitude  d'exhaler  le  souvenir 
des  graces  abondantes  de  Dieu,  dans  tons  vos  dis- 
cours  et  vos  ecrits  ;  mais  surtout  dans  le  Cantique 
de  l'amour  de  l'Epoux  et  de  l'Epouse  qui  ne  sont 
autres  que  Ie  Christ  et  son  Eglise,  en  sorte  que 
nous  pouvons  dire  a  l'Epoux  en  toute  verile  :  «  Vous 
avez  conserve  le  bon  vin  jusqu'a  present.  »  C'est 
lui  qui  vous  aetablisur  nous  l'echanson  d'uu  vin  si 
precieux  :  ne  cessez  point  de  nous  en  verser,  ne 
l'epargnez  point,  vous  ne  sauriez  epuistr  les  urncs. 
Ne  vous  excusez  point  sur  votre  mauvaisesante,  nion 
saint  pere,  car  vous  savez  que  ilans  ce  devoir  la  picte 
fait  beaumup  plus  que  lexercice  d'uu  travail  cor- 
porel.Ne  mediles  pas  nonplus  que  vous  etesoccupe, 
car  je  ne  sais  rien  qu'on  puisse  f aire  passer  avant 
la  necessite  d'une  ceuvre  qui  nous  interesse  Ian  I, 
comme  celle  dont  il  s  agit.Quel  abundant  breuvage, 

a  Avebtissement.  —  II  nous  semble,  on  ne  peut  plus  A  propns, 
de  placer  ici  une  letlre  d"Evervio,  prevot  de  Sie:nfeld  pres  Colo- 
gne, a  sainl-Bernard,  au  snjet  des  heresies  du  temps;  car  elle  a 
doone  a  notre  saint  J'occasion  decomposer  les  deux  sermons  sui- 
vants,  seiun  qu'iJ  la  fait.  J'avais  pense  avec  Horstius  et  plasieura 
autres  qu'il  etait  question  dims  ces  sermons  des  Ileuricieiis  eontre 
qui  saint  Bernard  a  ecrit  sa  leltre  ccxls.  Mais  la  letlre  d'Evervin 
que  nous  donnons  ici  nous  montre  que  les  Ueretiques  dont  les  erreurs 
sont  refulees  dans  les  deux  sermons  suivants  ne  soot  point  les 
Henriciens,  puisque  cesderniers  infestaiectl'Aquitaine,  tandis  que 


EVERVINI  STEINFELDENSIS  PROPOSITI 

EPISTOLA  AD    S.    BERNARDUM    ABBATEM  , 

De  heereticis  sui  temporis. 

Reverendo  domino  suo  el  palri  Bernardo,  Clarte-Va/len- 
sium  abbati,  Euerninus  Steinfeldensis  minister  humilis 
in  Domino  confortari,  et  confortare  Ecclesiam  Chrisii. 

1.  Ltetabor  ego  super  eloquia  tua,  sicut  qui  invc- 
nit  spolia  multa,  qui  nobis  inemoriain  abiindanlis  suavi- 
talis  Dei  cructare  in  omnibus  dictis  et  scriptis  vestria 
soletis,  maxime  inCanlico  amoris  Sponsi  el  Sponsje,  hoe 
est  Curisti  et  Ecclesiae,  ita  ut  eidem  Sponso  dieere  ve- 
raciler  possituus  :  Servasti  honum  vinu/n  usque  adbuc. 
Hujus  vini  tam  preliosi  pincernam  te  nobis  ipse  cons- 
lituit  :  non  cesses  propinare  ;  non  hssites,  hydrias  non 
poteris  evacuare.  Nee  te  excuset,  Pater  sancte,  debilitas 
tua  :  cum  plus  operetur  pietas  in  officio,  quam    corpo- 


tres-saint  pere,  vous  avez  a  nous  verser  de  l'urne  ! 
vous  en  avezassez  tire  dela  premiere,  etil  arendu 
ceux  qui  I'ont  bu  sages  et  forts  eontre  la  sagesse  et 
la  force  des  scribes  et  des  pharisiens  ;  la  seconde  a 
produit  le  meme  elfet  coutre  les  arguments  et  les 
supplices  des  gentils.  La  troisieme  a  verse  a  boire 
eontre  les  sublibilites  et  les  erreurs  des  heretiques. 
La  qualrieme  a  coule.  eontre  les  faux  Chretiens  ;  la 
cinquieme  verse  un  breuvage  eontre  les  heretiques 
qui  viendront  a  la  fin  do  monde  et  dont  l'Apotre 
inspire  par  le  Saint-Esprit  parle  manifestement  en 
ces  termes  :  «  Dans  les  derniers  temps  il  y  en  aura 
qui  s'ecarteront  de  la  foi,  pour  se  donner  a  deses- 
prits  d'erreur,  et  a  des  doctrines  de  demons  qui  de- 
bitent  le  mensonge  d'une  bouebe  hypocrite,  qui  pro- 
hibent  le  manage,  et  l'usage  des  aliments  que  Dieu 
a  crees  pour  etre  pris  avec  des  actions  de  graces.  » 
La  sixieme  versera  l'ivresse  aux  fideles  eontre  celui 
qui  se  revelera  dans  cet  abandon  de  la  foi,  je  veux 
parler  de  ce  iils  du  peche,  de  cet  homme  de  perdi- 
tion qttise  declare  l'ennemi  et  s'eleve  an  dessus  de 
tout  ce  qui  est  nomme  et  bonore  comme  Dieu,  dont 
lavenement,  par  loperation  de  Satan,  est  signalo. 
par  toute  espece  de  verbis,  de  signes,  de  prodiges 
menteurs  et  de  seductions  d'iniquite.  Apes  celle-la 
a  quoi  bon  en  atlendre  une  seplieme,  putsqne  les 
enfanls  des  homines  s'enivrerout  de  l'abondance  de 
la  maison  de  Dieu  el  d'uu  torrent  de  dtdiees.  U  tnon 
bon  pere,  vous  nous  avez,  en  attendant,  assez  verse, 
a  tons,  du  vin  de  la  qualrieme  urne,    pour  cornger 

les  premier?  etaienl  plus  particulierement  repandus  a  elulogno  el 
dans  les  environs.  lViurlant  il  faut  reeonnaitre  que  les  uns  et  les 
autres  enseignaieut  les  inSnies  erreurs  et  etaient  issus  probable- 
meut  de  la  mSine  soucbe  11  a  ete  longuement  parte  de  ces  bere- 
liquea  dans  la  prelace  generate,  a  ['article  vi.  (Juant  a  Evervin, 
je  ne  doute  pas  qu'il  ne  soil  le  mtine  que  Evervin  ou  Hervin 
abbe  de  Sttinfeld,  cit6  au  livre  vi  des  .Miracles  de  Saint-Ber- 
nard n,  22  et  26.  II  etait  certaineiueut  de  1  ordre  de  Premontre, 
dont  il  restait  encore,  a  l'epoqueou  Mabilloo  ecrivait  ces  lignes, 
une  abbaye  a  Steinfeld. 


ralis  aedificationis  exercitatio.  Nee  dicas  te  occupatum  : 
nescimus  aliquid  Luie  tam  necessario  operi  cominuni 
pta'ponendum.  De  bydria  quantum,  sanetissime  Pater, 
babes  nobis  modo  propinare !  De  prima  propinatum  est 
satis,  et  reddidit  eos  sapientes  et  furies  contra  doctrinam 
et  impelum  scribarum  et  pharisaBOrum  :  secundacontra 
argumenta  et  tormenta  gentilium  :  tertia  contra  subti- 
les  deccptianes  bajreticorum  :  quurta  contra  falsos 
chiislianos  :  quinta  contra  hareticos  circa  finem  saoculi 
ventures,  de  quibus  per  Apostolum  manifeste  spiritus 
dicit  :  In  novissimis  temponbus  discedent  quidam  a  fide, 
intendentes  spiritibus  erroris  et  doctrinis  dcemoniorum, 
in  hypocrisi  toque/ilium  mendacium,prohibentium  nubere, 
abstinere  a  cibii,  quos  Deus  creuvit  ad  percipiendum 
cum  graliarum.  actione.  De  sexta  inebriabuntui',  (ideles 
conlbrlando  contra  ilium,  qui  in  hac  nimirum  discessione 
a  tide  revelabitur,  scilicet  iile  percati  filius,  homoperdi- 
tiunis,  qui  adversatur  et  extollitur  super  omne  quod 
dicitur  aut  quod  colitur  Deus;  cujus  est  adventus  se- 
cundum operationem  Satana?  inomni  virtute,  et  si6nis,  e 


m 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


eeux  (Ventre  nous  qui  ne  faisaient  que  commencer  derent  qu'on  leur  assignftt  an  jour  0V1  ils  pourraiont 

pour  edifier  ceui  quidejafaJsaiantquelquesprogrea,  se  presenter  avecquelqueshommes  de  leur  opinion 

et  pour  consommer  les  parfaits  :  et  vous  nous  se-  plus  verses  qu'eux  dans  leur  doctrine,  et  promircut 

rez  utile  jusqu'a  la  tin  des  sieeles  contre  la  ticdeur  de  se  soumettre  a  l'Eglise  s'ils    voyaient  leurs    doc- 

etconlre  laperTersitedesfeuxfreres.  Qesttempsque  teurs  embarrasses  poor  repondre,  sinon  ils  se  mon- 

vouspuisieza  lacinquiemeet  que  vous  nous  en  ser-  traienl  decides  a  mourir  plutot  que  ile  renoncer  a 

viea  du  vin  contre  les  nouveaux  hereliques  qui  s'.i-  leurs  opinions.  A  ces  propositions  on  repondit  pen* 

gitent  presque  partout  ence  moment  dans  lesEgli-  dant  trois  jours  de  suite  par  des exhortations;  mais 

ses  de  noire  voisin  ige  et   s'el  incent  du  puits  de  I'a-  comme  its  ne  rooiurent  point  s'y  rendre,  ils  se  sont 

bime,  comme  si  deja  leur  chef  etait  menace  et  que  vus  enleves  de  force  a,  notre  insu  par  la  populace 

leiourdu  Seigneur  fat   imminent.   D'ailleurs  le  transporter  d'un  zele  exagere,  precipites  daas  les 

passage  de  l'epithalame  de  L'amour  du  Christ  et  de  tl  immes  et  brides.  Mais  chose  hien  faite  pour  exci- 

i'Eglise  que  veins  allez  trailer  comme  vous  me  l'avez  ter  la  surprise,  ils  allerent  au  suppliee  du  feu  et  le 

ilit,  mon  pere,  c'esl-a-due  ce  verse!    du  Cantique  :  soufirirent,    non-seulement  avec  resignation,   mais 


n  Prenez-nous  les  petits  renards  qui  ravagent  nos 
vignes,  »  convient  parfaitement  a  cesujet  et  vous 
conduit  naturelh-ment  a  la  cinquieme  urne.  Jevous 
prie  done  mon  pere,  de  distiuguer  entre  toutes  les 
parties  de  ces  heresies  qui  sont  venues  a  votre  con- 
naissance  et  de  les  detruire  en  leur  opposant  les 
raisons  etles  autoritesde  notre  foi  qui  militent  con- 
tre elles. 

2.  On  vient  de  decouvrir  pies  de  Cologne  quel- 
ques  heretiques  dont  plusieurs  ont  eu  lebonheur 
derentrerdansle  seinde  l'Eglise.  Deux  d'entre  eux, 
celuiquisedisaitli'urevequeet  son  compaguon  nous 


meme  avec  joie.  A  ce  sujet  je  voudrais,  mon  pere, 
vous  demander,  si  j'etais  pros  de  vous,  comment  il 
se  fait  que  ces  membres  du  diible  out  fait  preuve, 
dans  leur  heresie,  d'une  Constance  telle  qu'on  en 
trouve  a  peine  uue  aussi  grande  dans  les  homines 
les  plus  attaches  a  la  foi  de  Jesus-Christ. 

3.  Or  voici  quelle  est  leur  heresie.  lis  disent  que 
l'Eglise  ne  se  trouve  que  chez  eux,  allendu  qu'il 
n'y  a  qu'eux  qui  marchent  sur  les  traces  de  Jesus- 
Christ  et  qui  observent  la  vraie  doctrine  des  ap6- 
tres  ;  car  ils  ne  recherchent  aucun  bien  de  ce 
nionde,  et  ne  possedent  ni  maisons,  ni  champs,   ni 


out  resiste  en  face  dans  une  assemblee  de  clercs  et  de  argent,  de  meme  que  Jesus-Christ  n'en  posseda 
laics  presidee  par  monseigneur  l'archeveque,  et  en  jamais  el  ne  permit  pas  a  ses  disciples  d'en  posse- 
presence  de  plusieurs  grands  et  nobles  personnages  :  der.  Pour  vous,  nous  disent-ils,  vous  ajoutez  mai- 
ds ont  defendu  leur  heresie,  en  s'appuyant  sur  les  son  a  maison,  domaine  a  domaine,  et  vous  recher- 
paroles  de  Jesus-Christ  et  de  l'Apotre.  Comme  ils  chez  les  choses  de  ce  monde.  C'est  au  point  que 
virent  qu 'Us  ne  pouvaieut  rien  gagner,   ils  deoaan-  ceux  qui,  parmivous,passent  pour  les  plus  parfaits, 


prodigiis  mendacibus,  et  in  orani  seductione  iniqnitalis. 
Post  banc  seplima  non  erit  necessaria,  quando  filii 
hominum  inebriabuntur  ab  ubertate  domus  Dei  et  lor- 
renle  rolaptalis  ejus.  0  bone  pater,  satis  interim  pro- 
pinasli  de  quarta  hydria  omnibus  nobis  ad  correclionem, 
ad  aedificationem,  ad  consummationem,  incipientibns, 
prolicienlibus  alqtie  perfeclis;  usque  in  finem  saeculi 
profutorus  contra  leporem  ac  pravitulem,  qua;  esl  in 
falsis  fratribua.  Jam  tempus  est  ut  de  quinta  haurias,  et 
in  medium  proferas  contra  novos  haereticos,  quicircum- 
quuque  jam  fere  per  omnes  ecclesias  ebulliunt  de  puleo 
abyssi,  quasi  jam  princeps  illorum  incipiat  dissolvi,  et 
inslel  dies  Dominr.  Et  in  epilbalamio  amoris  Christi  et 
Ecclesiae  locus,  qui  a  tc,  pater,  sicut  lu  ipse  mihi  retu- 
listi,  jam  est  traclandus,  videlicet,  capite  nobis  I 
parvula*,  qua:  demoliunitJT  vineas,  huic  mysterio  con- 
gruit,  et  te  ad  quintain  hydriam  perduxit.  Rogamus 
igitur,  Pater,  ut  omnes  paries  baeresis  illorum,  qua;  ad 
luani  nolitiam  pcrvenerunt,  distinguas,  et  contra  po- 
sitis  rationibus  ct  auctoritatibus  nostras  Ddei,  illas 
deslnias.  .  . 

2.  Nuper  apud  nos  juxta  Goloniam  qnidam  haeretici 
detecli  sunt,  quorum  quidam  cum  satisfaclione  ad  Ec- 
clesiam  redierunt.  Duo  ex  eis,  scilicet  qui  dicebatur 
episcopus  eorum  cum  socio  suo,  nobis  restiterunt  in 
convectu  clericorum  et  laicurum,  praesente  ipso  domino 
archiepiscopo  cum  magnis  viris  nobilibus,  haresim  suam 


defendentes  ex  verbis  Christi  et  apostoli.  Sed  cum  vi- 
dissent  se  non  posse  procedere,  petierunt  ut  eis  statue- 
retur  dies,  in  quo  adducerent  de  suis  viros  fidei  suae 
peritos  :  promittenles  se  velle  Ecclesia;  sociari,  si  magis- 
Iros  suos  viderent  in  rcsponsione  deRcere,  alioquin  se 
velle  polius  mori,  quam  ab  hac  sententia  defltcli.  Quo 
auditu,  cum  per  triduum  essent  admonili,  et  resipiscere 
noluissent ;  rapti  sunt  a  populis  nimio  zelo  permotis, 
nobis  lamen  invitis  :  et  in  igneir.  positi,  atque  cremali ; 
et  (quod  magis  mirabile  est)  ipsi  tormentuin  ignis  non 
solum  cum  palicntia,  sed  et  cum  laetitia  introiernnt  et 
sustinuerunt.  Hie,  sancte  pater,  vellem,  si  praesens 
essem,  habere  rcsponsionem  tuam,  unde  istis  diaboli 
membris  tanta  forlitudo  in  sua  barest,  quanta  vix  etiam 
invenitur  in  vaJde  religiosis  in  lide  Christi. 

3.  Ha;c  est  haeresis  illorum.  Dicunt  apud  se  tantum 
Ecelcsiam  esse,  eo  quod  ipsi  soli  vestigiis  Christi  inhae- 
reant;  et  apostolicae  vilse  veri  seclatores  permaneant,  ca 
quae  mundi  sunt  non  quasrertes,  uon  domum,  necagros 
nee  aliquid  peculium  p  issidcnles  :  sicut  Christus  non 
possedit,  nee  discipulis  suis  possidenda  concessit.  Vos 
autem  (dicunt  nobis)  domum  domui,  et  agrum  agro 
copulatis,  et  qua;  mundi  sunt  hujus  quaaritis  :  ita  etiam 
ut  qui  in  vohis  perl'ectissimi  habentur,  sicut  monachi  vel 
regulares  canonici,  quamvis  haec  non  ut  propria,  sed 
possident  ut  communia ;  possident  tamen  hasc  omnia. 
De  se  dicunt  :  Nos  pauperes  Christi,    instabilea,  de  ci- 


LETTRE  D'EVERVIN. 


465 


tel  que  les  moines  et  les  chanoinesreguliers,  s'ils  ne 
possedent  point  ces  choses  en  propre,  les  possedent 
du  moins  en  commun.  Quant  a  nous,  disent-ils, 
nous  somraes  les  pauvres  de  Jesus-Christ,  nous  ne 
demeurons  nullc  part,  nous  fuyons  d'une  ville  a 
1' autre,  conime  des  brebis  au  milieu  des  loups  ; 
nous  souffrons  persecution  avec  les  apotres  et  les 
martyrs  ;  et  en  attendant,  la  vie  sainte  et  austere 
que  nous  menons  se  passe  dans  le  jeune  et  les 
abstinences,  dans  les  prieres  et  le  travail,  le  jour  et 
la  nuit,  etnous  ne  recberchons  a  tirer  de  nos  occu- 
pations que  les  choses  absolument  necessaires  a  la 
vie.  Nous  souffrons  cela  parce  que  nous  ne  sommes 
point  de  ce  monde;  pour  vous  qui  aimez  le  monde, 
vous  avez  la  paix  avec  lui  parce  que  vous  etes  du 
monde.  Les  faux  prophetes,  en  alterant  la  parole 
du  Verbe  parce  qu'ils  cberchaient  leurs  propres  in- 
lerets,  vous  out  egares  vous  et  vos  peres.  Pour 
nous,  au  contraire,  et  pour  nos  peres  qui  ont  eteen- 
gendres  apotres,  nous  avons  persevere  dans  la 
grace  du  Christ,  et  nous  y  persevererons  jusqu'a.  la 
fin  des  siecles.  C'est  pour  nous  distinguer  de  vous, 
que  le  Christ  a  dit  :  «  Vous  les  connaitrez  a  leurs 
fruits.  »  Nos  fruits  a  nous,  c'est  de  marcher  sur  les 
pas  du  Christ. 

Dans  leurs  aliments,  ils  proscrivent  toute  espece 
de  laitage,  et  tout  ce  qui  vient  du  lait,  de  meme 
que  tout  ce  qui  se  produit  par  voie  de  generation. 
C'est  la  pratique  qui  les  distingue  de  nous,  dans  la 
vie  commune. 

Dans  la  reception  des  sacrements,  ils  se  couvrent 
la  tete  d'un  voile;  toutefois  ils  nous  ont  avoue  sans 
detour  que,  dans  leurs  repas  quotidiens,  se  confor- 
mant a  l'usage  des  apolres,  ils  consacrent  le  pain 
et  le  vin  au  corps  et  au  sang  de  Jesus-Christ  par  la 


formule  du  Seigneur,  afin  de  se  nourrir  de  Jesus- 
Christ,  et  d'en  devenirainsi  le  corps  etles  membres. 
Quant  a  nous,  ils  disent  que  nous  n'avons  point  la 
realite  dans  les  sacremeuts,  mais  seulement  une 
ombre  et  une  tradition  humaine.  lis  pretendent  en- 
core qu'ils  donnent  et  recoivent  le  bapteme  dans  le 
feu  et  le  Saint-Esprit,  et  s'appuient  sur  les  paroles 
de  Jean-Baptiste,  qui  baptisait  dans  l'eau  seule- 
ment et  qui  disait,  en  parlant  du  Christ  :  «  Pour 
lui,  il  vous  baptisera  dans  le  Saint-Esprit  etdans  le 
feu.  «  Et  ailleurs  :  «  Pour  moi  je  vous  baptise  dans 
l'eau,  mais  il  y  en  a  un  au  milieu  de  vous,  qui  est 
plus  grand  que  vous,  et  que  vous  ne  reconnaissez 
point,  n  comme  s'il  avait  voulu  dire  par-la,  il  vous 
baptisera  d'un  autre  bapteme  que  celui  de  l'eau.  lis 
s'efforceut  de  plus  de  prouver,  par  les  paroles  desaint 
Luc,  que  ce  bapteme  doit  se  donner  parl'imposition 
des  mains.  Eu  effet,  saint  Luc,  en  decrivant,  dans 
les  Actes  des  apotres,  le  bapteme  que  saint  Paul 
recut  des  mains  d'Ananie,  snivant  l'ordre  de  Jesus- 
Christ,  ne  fait  point  mention  d'eau,  mais  seulement 
d'une  imposition  des  mains,  et  ils  pretendent  que 
tout  ce  qu'on  lit  dans  les  actes  des  apotres,  et  dans 
lesepitres  de  saint  Paul,  sur  1'imposilion  des  mains, 
doit  s'entendre  de  ce  bapteme.  Quiconqueparmieux 
a  recu  ce  bapteme  est  appele  elu;  il  a  le  pouvoirde 
baptiser  les  autres,  lorsqu'ils  sont  dignes  de  rece- 
voir  le  bapteme,  etde  consacrer  le  corps  et  le  sang 
du  Seigneur  a.  table.  L 'imposition  des  mains  fait 
passer,  chez  eux,  du  rang  d'auditeurs,  comme  il  les 
appellent,  a  celui  des  croyants,  et  donne  le  droit 
d'assister  a  leurs  prieres,  jusqu'a  ce  que,  apresune 
epreuve  suffisante,  on  soit  fait  elu.  Ils  ne  tiennent 
aucuncompte  de  noire  bapteme ;  ils  condamnent  le 
mariage.  Je  n'ai  pu  savoir  d'eux   la  raison  de  cette 


vitatc  in  civitatem  fugienles,  sicut  oves  in  medio  Iupo- 
rum,  cum  apostolia  ct  martyribus  pcrsecutionem  pati- 
mur  :  cum  tamen  sanclam  et  arotissimam  vitam  ducamus 
in  jejunio  et  abstinentiis  in  orattombus  et  laboribus  die 
ac  nocte  persistentes,  et  tantum  necessaria  ex  eis  vitae 
quajrentes.  Nos  hoc  sustinemus,  quia  de  mundo  non 
sumus  :  vos  aulem  mundi  amafores,  cum  muudo  paccm 
habetis,  quiade  mundo estis.  Pseudoapostoli  adulterantes 
verbum  Christi,  qute  sua  sunt  quassiverunt,  vos  et 
patres  exorbitare  fccerint  :  nos  et  patres  nostri 
generati  apostoli  ,  in  gratia  Christi  permansimus  , 
et  in  finem  sfeculi  permanebimns.  Ad  distingi'cndos  nos 
et  vos,  Christus  dixit  :  A  fructibus  eorum.  cognoscetis 
eos.  Fructus  nostri  sunt  vestigia  Chrisli.  In  cibis  suis 
vetant  omne  genus  lactis,  et  quod  inde  conlicitur,  et 
quidquid  ex  coitu  procreatur.  Hoc  de  conversatione  sua 
nobis  opponunt.  In  sacramenlis  suis  velo  se  tegunt  : 
tamen  nobis  aperte  confessi  sunt,  quod  in  mensa  sua 
quotidie  cum  manducant,  ad  formam  Christi  et  apos- 
tolorum,  cibum  suum  et  potum  in  corpus  Christi  et 
sanguinem  per  dominicam  oralionem  consecrant,  utinde 
se  membra  et  corpus  Christi  nutriant.  Nos  vero  dicunt 
in  sacramentis  non  tenere  veritatem,  sed  quamdam 
umbram  et  hominum  traditionem.  Confessi  sunt   etiam 

T.IV  . 


manifesto  se  prater  aquam,  in  ignem et  Spiritum  bapti- 
zare,  et  baptizalos  esse  :  adducentes  illud  testimonium 
Joannis  Baptistae  baptizantia  in  aqua,  et  diuentis  de 
Christo  :  Hie  vos  baplizabil.  in  Spiritu-Sancto  et  igne. 
Et  in  alio  loco  :  Ego  baptizo  in  aqua,  major  autem  ves- 
trum  stetit,  quern  vos  nescitis,  quasi  alio  baplismo  pra- 
ter aquam  vos  baptizatuvus.  Et  talem  baptismum  per 
impositionem  manuum  debere  fieri  conati  sunt  ostendere 
tcstimonio  Lucae,  qui  in  actibus  apostolorum  describens 
baptismum  Pauli,  quem  ab  Anauia  suscepit  ad  pracep- 
tum  Christi  nullam  mentionem  fecit  de  aqua,  sed  tantum 
de  m.unis  impositione  :  et  quidquid  invenilur,  tam  in 
actibus  apostolorum,  quam  in  epistolis  Pauli  de  manus 
impositione  ad  hunc  baptismum  vohint  pertinere.  Et 
quemliliet  sic  inter  eos  haptizatnm  dicunt  electnm,  et 
habere  potestalem  alios  qui  digni  fuerint  baptizandi,  et  in 
mensa  sua  corpus  Christi  et  sanguinem  consecrandi. 
Prius  cnim  per  manus  impositionem  de  numero eorum, 
quos  auditores  vocant,  recipinnt  cum  inter  credentes  : 
el  sic  licebit  eum  interesseorationibus  eorum,  usquedum 
satis  probatum  eum  faciant  electum.  De  baptismonoslro 
non  curant.  Nuptias  damnanl,  sed  causam  ab  eis  inves- 
tigare  non  potui ;  vel  quia  earn  fateri  non  audebant,  vel 
potius  quia  earn  ignorabant. 

30 


466 


OEUVBES  DE  SAINT  ISEUNAHD. 


condamnation,  soit  parcc  qn'ils  u'osaient  pas  l'a- 
vouer,  soit  plutdt  parce qu'ils  n'en  avaient  pas  a 
donner. 

6.  Nous  avons  encore  d'autres  hcretiques  dans 
nos  contrees;  ils  different  du  tout  au  tout  des  pre- 
miers, c'est  ineme  par  leurs  discordes  et  leur  anta- 
gonisme  que  nous  les  avons  decouverts.  Cos  der- 
niers  nient  que  le  corps  de  Jesus-Christ  se  trouve 
sur  l'autel,  attendu  que  tons  les  pretrcs  de  I'figlise 
ne  sont  point  eonsacres.  Selon  eux,  la  dignite  apos- 
tolique  s'est  corrompue,  en  se  melant  des  choses 
du  siecle.  Assis  dans  la  cliaire  de  Pierre, 
le  papen'est  plus  enr61e  au  service  de  Dieu,  comme 
le  Alt  saint  Pierre,  et  s'est  ainsi  prive  du  pouvoir 
de  consacrer  qui  fut  aecorde  a  Pierre.  Or, 
l'autorite  apostolique  ne  peut  donner  aux  ar- 
cheveques  et  aux  eveques  qui  vivent  selon  le  siecle 
dans  l'Eglise,  le  pouvoir  qu'ellen'a  plus  elle-meme, 
de  transmettre  ii  quelques  hommes  la  vertu  de 
consacrer  ;  ils  s'appuient  sur  ces  paroles  de  Jesus- 
Christ  :  «  Les  scribes  et  les  pbarisiens  sont  assis 
sat  la  chaire  de  Molse,  faitesce  qu'ilsvousdisent :» 
et  raisonnent  comme  si,  par  ces  paroles,  il  etait 
dit  que,  a  ceux  qui  ressemblent  aux  scri- 
bes et  aux  pbarisiens,  il  n'est  aecorde  que 
le  pouvoir  de  precher  et  d'ordonuer,  et  ricii 
de  plus.  Voila  comment  ils  reduisent  a  neant  le  sa- 
cerdoce  de  l'Eglise,  et  coudamnent  tous  les  sacre- 
ments,  a  l'exception  du  bapteme.  Encore  ne  l'ad- 
mettent-ils  que  pour  les  adultes  qu'ils  disent  elre 
baptises  par  Jesus-Christ  meme,  de  quelque  mi- 
nistre,  qu'ils  recoivent  les  sacrements.  lis  n'ont 
point  foi  au  bapteme  des  enfants,  ils  s'en 
tiennent  seulement  a.  ces  paroles  de  l'E- 
vangile  :  «  Quiconque  croira  et  sera  baptise, 
sera  sauve.    »    Pour   eux,  tout    mariage    est  une 


fornication,  excepts  celui  que  conlractent  entre 
eux  dens  vierges,  homme  etfemme,  et  appuient 
leur  sentiment  sur  celte  reponse  du  Seigneur 
aux  Pbarisiens  :  «  I. 'homme  ne  separera  pas  ce 
que  Dieu  a  uni,  »  comme  si  Dieu  meme  avait  uni 
ceux  qui ont  eu  des  rapports  ensemble,  de  meme 
qu'il  unit  nos  premiers  parents.  Ils  citent  encore  la 
reponse  true  lit  le  Seigneur  aux  memes  pbarisiens 
au  sujet  du  billet  de  divorce  ;  «  Dans  le  principe  il 
n'en  hit  pas  ainsi,  »  et  les  paroles  qui  viennent 
apres  celles  que  nous  venons  de  citer :  «  Tout  homme 
qui  epouse  une  lenime  renvoy6e  par  son  mari,  est 
un  fornicateur.  »  lis  rappellent  aussi  ces  paroles  de 
l'Apotre  :  «  Que  votre  mariage  soit  honorable  aux 
yeux  de  tous,  et  que  votre  lit  soit  sans  tache.  » 

5.  Us  n'ont  aucune  confiance  dans  les  suffrages 
des  saints,  et  pretendent  que  les  jeunes  et  les  au- 
tres  morlitications  de  la  chair  ne  sont  point  neces- 
saii-es  aux  justes,  non  plus  qu'aux  pecheurs,  atten- 
du qu'il  est  ecrit  :  «  Le  jour  ou  le  pecheur  gemira, 
tous  ses  peches  lui  seront  remis.  »  Aussi  appellent- 
ils  superstitions  toutes  les  autres  observances  que 
ni  le  Christ  ni  les  apotres  apres  lui  n'ont  point  eta- 
blies  dans  l'Eglise.  Ils  n'admettent  point  de  purga- 
toire  apres  la  mort,  et  pretendent  que  les  Ames 
entrant  dans  le  repos  ou  dans  le  chatiment  eternel, 
en  sortant  de  leur  corps,  et  ils  citent  a  l'appui  de 
de  leur  opinion,  ces  paroles  de  Salomon  :  «  L'arbre 
demeurera  \k  oii  il  sera  tombe,  soit  du  cote  de 
l'Auster,  soit  du  cote  de  l'Aquilon.  »  En  conse- 
quence, ils  regardent  les  prieres  des  fideles  et  les 
offrandes  pour  les  morts  comme  inutiles. 

6.  C'est  done  contre  tous  ces  maux,  aussi  nom- 
breux  que  varies,  que  nous  vous  prions,  Pere  saint, 
de  tenir  eveilles  les  yeux  de  voire  sollicitude,  et  de 
diriger  la  pointe  de  votre  roseau  contre  ces   betes 


4.  Sunt  item  alii  hieretici  quidam  in  terra  nostra, 
omnino  ab  islis  discordanles,  per  quorum  mutuam  dis- 
cordiam  et  conlentionem  ulrique  nobis  stint  detecli.  Isti 
negant  in  altari  fieri  corpus  Christi,  eo  quod  omncs 
sacerdotes  ecclesiie  non  sunt  consecrati.  Apostolica  enim 
dignitas  (dicunl)  corrupta  esl,  implicans  se  negoliis  sae- 
cularibus;  et  in  cathedra  Pelri  non  militans  Deo,  sicut 
Petrus,  poleslate  consecrandi,  quae  data  fuit  Petro,  se 
privavit  :  el  quod  ipsa  non  habet,  archiepiscopi  et  epis- 
copi,  qui  in  Ecclesia  sa;eulariter  vivunt,  ab  ea  non  acci- 
piunt  ut  aliquos  consecrare  possint,  advertenles  illud  de 
verbis  Christi  •.  Super  cathedram  Moy si  sederunt  scribie 
el  pharisiei ;  quae  vobis  dicunt  facite  :  quasi  islis  lalibus 
concessa  sil  polestas  tantum  dicendi  et  prascipiendi,  ct 
nihil  amplius.  Et  ila  cvacuant  sacerdotium  Ecclesiss,  et 
damnant  sacramenta,  praater  baptismum  solum,  et  hunc 
in  adultis,  quos  dicunt  baplizari  per  Chrislum,  quicun- 
que  sit  minister  sacramentoruiu.  De  baptismo  parvu- 
lorum  (Idem  non  habenl,  praater  illud  de  Evangelio  : 
Qui  crediderit  et  buptizatus  f'ueril,  salvus  erit.  Omne 
conjugium  vocant  furnicationem,  praeter  quod  contrahi- 
tur  inter  utrosque  virgines;  masculum  et  feminam,  ads- 


truenles  base  de  verbis  Domini ,  quibus  respondit 
Pbarisaeia  :  Quod  Deus  conjunxit,  homo  non  separet, 
quasi  Deus  tales  conjungat,  tanquam  ad  siiuilitudinem 
primorum  hominum,  ct  quod  eisdem  ei  opponentibus 
de  libello  respondit  repudii,  ab  initio  non  fuit  sic.  El 
item  quod  ibidem  sequilur  :  Qui  dimissam  duxerit, 
mozchnlut:  El  illud  de  Apustolo  :  Honorabile  connubium 
sit  omnibus,  et  tliorus  immaculutus. 

5.  In  sulTragiis  sanctorum  non  confidunt;  jejunia  cae- 
terasque  afflictiones,  qiue  (iunt  pro  peccatis,  adslruunt 
justis  non  esse  necessaria,  nee  eliam  peccaloribus  :  quia 
in  quacumque  die  ingemuerit  peccator,  omnia  peceata 
remittcntur  ei  :  casterasque  observanlias  in  Ecclesia, 
quas  Christus  et  apostoli  ab  ipso  disccdentcs  non  con- 
diderunt,  vocanl  superstitiones.  Purgatoriumignem  post 
mortem  non  concedunt  :  sed  animas  statim,  quando 
egrediunlur,  de  corpore  in  apternam  vol  requiem,  vel 
poenam  transire,  propler  ilia  Salomonis  :  Lignum  in  qua- 
cumque partem  ceciderit,  sive  art  Austrian,  sive  ad 
Aqmlonem,  ibi  manebit.  Et  sic  fidelium  oraliones  vel 
oblationes  pro  defunclis  adnihilant. 

6.  Contra  haec  tarn  mnltirormia  mala  rogamus,   sancte 


SOIXANTE-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTIQUES. 


467 


sauvages.  Ne  nous  dites  point  que  la  tourde  David, 
oil  nous  nous  refugions  est  assez  fortemerjt  cons- 
Iruite  avec  ses  boulevards,  ses  mille  boucliers  qui 
pendent  a  ses  murailles,  et  ioutes  les  armures  des 
forts,  dontelleest  remplie.  Nousvoulons,  mon  Pere, 
quevous  reunissiezavec  votrezele,  en  faisceau,  pour 
nous  qui  sommes  trop  faibles  et  trop  lents,  toutes 
les  amies,  atin  qu'elles  soient  plus  propres  a  decou- 
vrir  tous  ces  monstres,  et  plus  en  etat  de  repousser 
leurs  attaques.  II  faut  que  vous  sacbiez  aussi, 
mon  seigneur,  qu'eu  rev^nant  a  l'Eglise,  ils  nous 
ont  dit  qu'ils  comptaient  une  multitude  de  parti- 


SERMON  LXV. 


Her&tiques  clandestins  :  saint  Bernard  signale  leurs 
principes  religieux,  teur  soin  d  cacher  leurs  mysteres 
et  tear  scandaleui  commerce  avec  les  femmes. 


II  J  a  trois 

sortes   de 
renards. 


1.  Je  vous  ai  dejafait  deux  sermons  surle  meme 
verset.  J'ai  desseiu  de  vous  en  faire  encore  nn  troi- 
sieme,  si  vous  ne  vous  ennuyez  point  de  1'enten- 
dre.  Et  je  pense  meme  qu'il  est  necessaire  que  je 
le  fasse,  car,  pour  ce  qui  regarde  notre  vigne  domes- 
sans,  repandus  par  toute  la  terre,  parmi  lesquels  tique,  qui  n'est  autre  que  vous,  mes  freres,je  crois 
ils  comptaient  bon  nombre  de  nos  moines  et  de  que  dans  les  deux  discours  precedents,  je  l'ai  assez 
nos  clercs.  Ceux  qui  ont  ete  livres  aux  flammes  premunie  contre  les  embuebes  de  trois  sortes  de 
nous  ont  dit  dans  leur  defense,  que  cette  beresie  renards,  je  veux  dire  des  flatteurs,  des  medisants, 
venait  du  temps  des  martyrs,  et  s'etait  tenue  se-  et  de  que!ques  esprits  seducteurs,  qui  sont  savants 
crete  jusqua  nos  jours,  mais  qu'elle  s'etait  conser-  et  accoutumes  a  presenter  le  mal  couvert  des  appa- 
vee  en  Grece  et  dans  plusieurs  autres  endroits.  Tels  rences  du  bien.  Mais  il  n'en  va  pas  ainsi  de  la  vigne 
sout  ces  beretiques,  qui  se  disent  apotres,  et  qui  du  Seigneur  ;  je  veux  dire  de  cette  vigne  qui  a  L'Eglise  est 
ont  leur  pape.  11  y  en  a  parmi  eux,  qui  regardent  empli  toute  la  terre,  et  dont  nous  faisons  partie  ;  'srifnMr." 
notre  pape  comme  n'etant  point  pape,  sans  toute-  cette  vigne  si  grande,  plantee  de  la  main  du  Sei- 
gneur racbetee  de  son  sang,  arrosee  de  sa  parole, 
provignee  par  sa  grace,  rendue  feconde  par  son 
esprit.  Si  j'ai  songe  a  ce  qui  nous  appartenait  en 
propre,  je  n'ai  encore  rien  dit  qui  put  servir  a  l'u- 
tilite  commune  et  generale.  Or,  ce  qui  m'emeut 
tout  aux  moeursdes  apotres,  qui  avaient  la  per-  davantage  pour  elle,  e'est  que  j'en  vois  beaueoup 
mission  de  mener  des  femmes  avec  eux.  Adieu  qui  la  ravagent,  et  peu  qui  ladefendent,  et  que  sa 
s  danleSeigneur.  defense   meme  est  difficile.    Et  ce  qui  cause  cette 

difticulte,  e'est  que  ses  ennemis  se  cachent.  Car  l'E- 
glise ayant  toujours  eu  des  renards,  meme  des  son 
commencement,  elle  les  a  bientot  trouves    et  pris.  le9  "n.ards 

r  sont  les 

Un  beretique  combattait  ouvertement  ;  car  un  be-    Mr4tique«. 


fois  en  avoir  un  autre  pour  eux.  Ces  satans  aposto- 
liques  out,  parmi  eux,  des  femmes  qu'ils  disent 
cbastes,  des  veuves  et  des  vierges];  ce  sont  leurs 
epouses,  et  elles  comptent,  soit  parmi  les  elus, 
soit  parmi  les  croyants.  C'est  pour  se  conformer  en 


Pater,  ut  evigilet  sollicitudo  vestra,  et  contra  feras  arun- 
dinis  stilum  dirigalis.  Nee  nobis  respondeatis,  quod 
turns  ilia  David,  ad  quam  confugimus,  satis sil  aedificata 
cum  propugnaculis,  quod  mille  clypei  pendent  ex  ilia, 
omnis  armatura  fortium.  Sed  volumus,  Pater,  ut  ha>o 
armatura  propter  nos  simpliciores  et  tardiores,  vestro 
studio  in  unum  collecta,  contra  h;ec  tot  monslra  ad  inve- 
niendum fiat  paratior,  et  in  resistendo  efficacior.  Nove- 
ritis  etiam,  domine,  quod  redeuntes  ad  ecclesiara  nobis 
dixerunt,  illos  habere  maximum  multitudinem  fere  ubi- 
que  terrarum  sparsam,  et  habere  eos  plures  ex  nostris 
clericis  et  monachis.  Illi  vero  qui  combusti  sunt,  dixe- 
runt nobis  in  defensione  sua,  hanc  haeresim  usque  ad 
haec  tempora  occullatam  fuisse  a  temporibus  martyrum, 
et  permansisse  in  Graecia,  et  quibusdam  aliis  terris.  Et 
hi  sunt  illi  haeretici,  qui  se  dicunt  apostolos  ,  et  suum 
papam  habent.  Ala  papam  nostrum  adnihilant,  nee 
tamen  alium  praeter  eum  habere  fatentur.  Isti  aposlolici 
satanae  habent  inter  se  feminas  (ut  dicunt)  contineutes, 
viduas,  virgines,  nxores  suas,  quasdam  inter  electas, 
quasdam  inter  credentes;  quasi  ad  formamapostolorurn, 
quibus  concessa  fuit  potestas  circumducendi  mulieres. 
Vale  in  Domino. 


SERMO  LXV. 

De  clandestine  harelicis,  quorum  preeposteram  religio- 
nem  el  studium  occultant  mysteria  sua,  neenon  scan- 
dalosum  feminarum  contubernium  prmstringit. 

\.  Duos  vobis  super  uno  capitulo  disputavi  sermones: 
tertium  *  paro,  si  audire  non  taedeat.  Et  necessarium 
reor.  Nam  quod  ad  nostram  quidem  spectat  domesticam 
vineam,  qua?  vos  estis,  satis  mearbitrorin  duobus  fecisse 
sermonibus  pro  munimento  illi  adversus  insidias  triper- 
titi  generis  vulpium,  qui  sunt  adulalores,  detractores, 
ac  seductorii  quidam  spiritus,  gnari  et  assueti  mala  sub 
specie  boni  inducers.  Verum  dominicaa  vineae  noa  ita. 
Illam  loquor,  quae  implevit  terrain,  cujus  et  nos  portio 
sumus  :  vineam  gtandeni  nimis,  Domini  planlalam  manu, 
redemptam  sanguine,  rigatam  verbo,  propagatam  gra- 
tia, fcecundatam  spiritu.  Ergo  plus  proprii  curam  gerens, 
in  commune  minus  prolui.  Movet  me  autem  pro  ipsa 
mullitudo  demolientium  earn,  defensantium  paucitas, 
difficultas  defensionis.  Difficultatem  occultatio  facit.Nam 
cum  Ecclesia  semper  ab  initio  ?ni  vulpes  habnerit,  cito 


at.  edeta 
paro. 


468 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Ce  qui  fall 
le  fond 

de  1  hi-re-it- 


retique  est  principalement  appele  ainsi,  parce  qu'il  ces  mots  du  Sauveur  dans  l'Evangilb  ;  «  Ne   jurez 

d£sire   vaincre  publiquement,  »  et  il  succombait.  point   par  le  end,  ni   par  In  terre  (Matth.  v}  84).  » 

Ces  renards  etaient  done  aises  a  prendre ;  ce  n'est  0  gens  stupides  et  insenses,  Ames  pharisienneSj 

pas  qu'il  n'yen  eut  qui  demeurassent  rebellos  a  la  vous  rejetezun  moucberon,  et  avalez  un  chameau. 

lumieredelaverite,  maisonlesattachaitseulsdebors  II  ne  faut  pas  jurer,  et  il   seiait  permis  de  se  par- 

et  ils  sechaient.    On  croyait   avoir  pris  le  renard,  jurer,  comme  si  la  permission  de  ce  dernier  n'em- 

lorsqu'on  avait  condamne  fimpiete,  el  mis  Fimpie  portait  pas  celle  de  l'autre.  En  quel  endroit  de   l'E- 

tiehors,  oil  il  vivait  seulement  pour  la  montre.sans  vangile  trouvez-vous  cette  exception,  vous  quin'un 

pouvoir  porter  de  fruits.  De  sorte  que,  selon  la  pa-  perdez  pas  un  seul  iota,  comme  vous  vous  en  glo- 

roled'unprophete,  elle  avait  les  mamelles  seches,  et  riliez  faussempnt.  N'est-il  pas  visible  que  ce  n'est 

le  ventre  sterile  (Osee.  ix,  14) ;  parce  qu'une  erreur  que  par  superstition  que  vous   defendez  les  jure- 

refutee  publiquement   ne  repousse  plus,   et  qu'une  merits,   puisqu'en  meme  temps,  vous  avez  la  har- 

faussete  decouverte  ne  gerrne  plus,  diesse    d'autoriser  les  parjures?  0  etrange  perver- 

2.  Que  ferons-nous  pour  prendre  ces  renards  ma-  site  !    Ce   qui    n'est  conseille  que    pour   une   plus 


lis  condam- 

oent  le 

jurement 

et  permelteo 

le  parjure. 


lieieux,  qui  aiment  mieux  nuire  que  vaincre,  et 
«'e«t  I'orgueii  qui  ne  veulent  pas  meme  paraitre  publiquement, 
mais  qui  rampent  et  se  glissent  par  surprise?  Tons 
les  beretiques  se  sont  toujours  propose  pour  but 
d'acquerir  de  la  gloire,  par  la  singularity  de  leur 
doctrine.  Mais  il  y  a  une  beresie  ici,  plus  maligne 
et  plus  arliticieuse  que  toutes  les  autres,  car  elle  se 
repait  des  pertes  d'autrui,  et  neglige  sa  propre 
gloire.  Je  crois  quelle  s'est  inslruite  paries  exem- 
ples  des  anciennes  heresies,  qui  une  fois  decouver- 
tes,  ne  pouvaient  plus  echapper,  mais  etaient  prises 
aussilot.  Par  un  sacrifice  tout  nouveau,  elle  opere 


Nonvelle 
heresie. 


grande  perfection,  je  veux  dire  ne  point  jurer, 
ils  1'observent  avec  autant  de  rigueurque  si  e'etait 
unprecepte,  etce  qui  est  etablipar  une  loi  immuj- 
ble,  de  ne  se  point  parjurer,  ils  en  dispensent  a 
leur  fantaisie,  comme  dune  chose  indillercnte, 
de  peur  qu'on  ne  public  leur  secret.  Comme  s'il 
n'y  allait  pas  de  la  gloire  de  Dieu  de  reveler  les 
cboses  utiles.  Est-ce  qu'ils  portent  euvie  a  sa 
gloire  ?  Mais  je  crois  plutot  que  e'est  qu'ils  ont 
bonte  de  decouvrir  des  cboses  qu'ils  savent  bien 
etre  honteuses.  Car  on  dit  qu'ils  font  un  secret  des 
cboses  infames  et  abnminables.  Le  dos  des   renards 


babilement  ses  mysteres  d'iniquite,   et  elle  le  fait  ne  seut  pas  bon 

avec   d'autant   plus  de  licence,    qu'elle  agit  d'une  3.  Mais  je  ne  veux  point  parler  des  cboses  qu'ils 

maniere   plus    cacbee.    lis  se  sont  donnes,   comme  nieraieut.  Qu'ils  repondent  seulement   a  eelles  qui 

Ton  dit,  rendez-vous  dans  les   endroits  ecartes,    et  sont  manifestes.  Est-ce  que,  suivant  l'Evangile,   ils 

ils    ont  concerte  ensemble  de    mediants  discours.  ne  veulent  pas  donner  le  Saint    aux   cliiens,  et  les 

Jurez,    parjurez-vous,    se  disent-ils   l'un  a  l'autre,  perles  aux  pourceaux?  Mais  n'est-ce  pas  confesser 

plutot  que  de  divulguer  le  secret.  Aulrement,  ils  ne  ouvertement   qu'ils  ne  sont  pas  de  l'Eglise,  que  de 

veulent  pas  qu'on  jure  lemoinsdu  monde,  a  cause  de  regarder  comme  des  cliiens  et  des  pourceaux  tous 


Leur  soin  d 
cacher  lear 

mysteres 
est  suspect 


oranes  coropertae  et  captae  sunt.  Confligebat  haereticus 
palam,  (nam  inde  haereticusmaxime,  quod  palam  vincere 
cupiebat)  et  succumbehat.  Ita  ergo  facile  illas  capieban- 
tur  vulpcs.  Quid  enim  si  posita  in  lucem  veritate  haere- 
ticus in  suae  pertinaciae  tenebris  remanens,  solus  foris 
religalus  aresceret?  Nihilominus  capta  reputabatur 
vulpes,  condeuanata  impietate,  et  impio  foras  misso, 
ostenlui  utique  jam  victuro,  non  fruclui.  Ex  hoc,  juxta 
Prophetam,  erant  illi  libera  arenlia,  et  venter  sterilis  : 
quia  non  repullulat  error  publice  confutatus,  et  falsitas 
aperta  nun  germinal. 

2.  Quid  fuciemus  his  malignissimis  vulpibus,  ut  capi 
queant,  quae  nocere  quam  vincere  nialunt,  et  ne  appa- 
rere  quidem  volunt,  sed  serpere?  Omnibus  una  intcutio 
bareticis  semper  l'uit  captare  gloriam  de  singularitate 
scienlise.  Sola  isla  malignior  caeteris  vcrsutiorque  hare- 
sibus,  damnis  pascitur  alieuis,  propria;  gloria  ncgligens. 
Docta,  credo,  exemplis  vcterum,  qua'  proiJiiae  evadere 
nmi  valebant,  sed  cunfestim  capicbanUir,  caula  est  novo 
maleflcii  genere  operari  mysterium  iniquitatis,  eo  licen- 
tius,  quo  lalentius.  Denique  indixere  (ut  dicitur)  late- 
bras  sibi,  firmaverunt  sibi  sermonem  nequam.  Jura, 
perjura  :  secretum  prodere  noli.  Enimvero  alias  ne 
teauiter   quidem  jurare   ullatenus  acquiescuat,   propter 


illud  de  Evangelio  :  Non  jurare,  neque  per  cesium, 
neque  per  terrain,  etc.  0  stulti  et  tardi  corde,  repleti 
plane  pharisaico  spiritu,  liquantes  culicem,  et  camelum 
glutienles.  Jurare  non  licet,  et  pejerare  licet?  An  in 
hoc  solo  utrumque  licet?  De  quonam  mihi  cvangelio- 
rura  loco  producitis  istam  exceplioncm,  qui  ne  iota  qui- 
dem (ut  falso  gloriamini)  praeterilis?  P.itet  vos  el  supcrs- 
titiose  observare  de  juramento,  et  flagiliose  prsesumere 
de  perjurio.  0  perversitatem  !  quod  ad  cautelam  con- 
sullum  est,  videlicet,  non  jurare ;  hoc  isti  mandali  vice 
tam  contentiose  observant  :  et  quod  imuiobili  jure  san- 
citum  est,  non  perjurandum  scilicet,  hoc  tanqnam  indif- 
ferens  pro  sua  volunlale  dispensant.  Non,  inquiunt,  sed 
ne  mysterium  publiccmus.  Quasi  gloria  Dei  non  sit 
revelare  sermonem.  An  Dei  invident  gloria?? Sed  magis 
credo  quod  pandere  erubescant,  scienles  inglorium. 
Nam  nefanda  et  obsccena  dicuntur  agere  in  sccreto, 
siquidem  et  vulpium  posteriora  fuetent. 

3.  Sed  laceo  qua;  negarent ;  ad  manifesto  rcspondeant. 
An  juxta  Evangelium  cavcut  sanctum  dare  canibus,  et 
margaiilas  porcis?  At  istud  aperte  fatcri  est,  se  non  esse 
de  Ecclesia,  qui  omnes  qui  de  Ecclesia  sunt,  canes  cen- 
sent  et  porcos.  Sine  exceptione  enim  omnibus  qui  de 
sua  secta  non  sunt ;  suum  illud,  quidquid   est,    aubtra- 


SOIXANTE-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


'469 


ceux  qui  sont  de  l'Eglise?Car  ils  croient  que  tous  est  plus  permis  maintenant  de  vous  taire.  Jusques 

ceux,  sans  exception,  qui  ne   sont  point  de   leur  a  quaud  tiendrez-vous  cache  ce  que  Dieu  comman- 

secte,  ne  doivent  point  avoir  part  a  ce  dont  ils  font  de  de  publier?  Jusques   a   quand   voire   Evangile 

un  myslere.  Quelle  que  soit  leur  doctrine,  ils  ne  sera-t-il  cache?  Sans  doute  votre  Evangile  n'est  pas 

me  repondent  point,  car  ils  craignent  trop  de  se  celui  de  saint  Paul,  car  il  declare  que  le  sien  n'est 

deeouvrir;    neamnoins  ils  n'echapperont  pas.   Re-  point  cache  :  «  Mon   Evangile,    dit-il,    n'est    point 


pondez-moi  done,  vous  qui  etes  [  lus  sages  qu'il  ne 
faut,  el  plus  fous  qu'on  ne  saurait  dire.  Le  secret 
que  vous  cachez  est-il  de  Dieu,  ou  non?  S'il  est  de 
Dieu,  pourquoi  ne  le  publiez-vous  pas  pour  sa 
gloire  ?  Car  il  y  va  de  la  gloire  de  Dieu  de  reveler 


secret,  et  il  ne  Test  que  pour  ceux  qui  se  perdent 
(2  Cor.  iv,  3).  »  Prenez  garde  qu'il  n'ait  entendu 
parler  de  vous  qui  tenez  votre  Evangile  secret, 
n'est-il  pas  evident  que  vous  vous  perdez?  Mais 
peut-etre  ne  recevrez-vouspasnon  plus  les  Epitres 


ce  qui  vient  de  lui.  Et  s'il  ne  Test  pas,  pourquoi  de  saint  Paul?  Je  l'ai  out  dire  de  quelques-uns 
ajoutez-vous  foi  a  ce  qui  n'est  pas  de  Dieu,  sinon  d'entre  vous.  Car  vous  ne  vous  accordez  pas  en 
parce  que  vous  elesunheretique?  Qu'ils  decouvrent  toutes  choses,  bien  que  vous  nous  soyez  tous  con- 
done un  mystere  qui  vient  de  Dieu,  pour  la  gloire  traires. 

de  Dieu,  ou  qu'ils  nient  que  ce  soit  un  mystere  de  U.  Mais  enfin  vous  recevez  tous,   si   je   ne    me 

Dieu  et  qu'ils  confessent,  qu'ils  sont  des  heretiques;  trompe,  avec  la  meme  deference   que   l'Evangile, 

ou  du  mows  qu'ils  se  declarent  ouvertement  enne-  les  paroles,  les  ecrits,  et  les  traditions  de  ceux  qui 

mis  de  la  gloire  de  Dieu,  puisqu'ils  ne  veulent  pas  ont  converse,  corporellement  avec  le  Sauveur.  Ce- 


declarer  une  chose  qui  serait  si  avantageuse  a  sa 
gloire.  Car  on  ne  peut  aller  contre  ce  que  dit 
L'Ecriture  :  «  la  gloire  des  Rois,  e'est  de  cacher  leur 
secret  a  et  celle  de  Dieu  de  le  reveler  (Prov.  xxv, 
2).  »  Si  vous  ne  voulez  pas  le  reveler,  e'est  que 
vous  ne  voulez  pas  gloritier  Dieu.  Mais  peut-etre 
ne  recevrez-vous  pas  ce  texte  de  l'Ecriture.  Je  le 
crois,  car  les  heretiques  font  profession  de  ne  sui- 
vre  que  l'Evangile,  et  d'etre  les  seuls  qui  le  sui- 
vent.  Qu'ils  repondent  done  a  l'Evangile  :  «  Ce  que 
je  vous  dis  dans  les  tenebres,  dit  Jesus-Christ, 
dites-le  en  plein  jour,  et  ce  quejevous  dis  a  l'oreil- 
le,  prechez-le  sur  les  toits  (Malth.  x,27).»  II  nevous 

a  Dans  la  Vulgate  telle  que  nou9  Taverns  maintenant,  e'est  le 
contraire  ;  on  lit,  en  effet,  an  chapitre  nv,  verset  i.',  des  Fro- 
verbes  :  «  La  gloire  de  Dieu  est  de  cacher  sa  parole,  et  celle 
des  rois,  de  l'etendre.  »  La  version  des  Septante  favorise  le  sens 
donne  par  la  Vulgate.  Voir  les  notes  de  Horstius. 


pendant,  ont-ils  tenu  leur  Evangile  secret  ?  Ont- 

ils  cache  les  faiblesses  de  la  chair  de  Dieu  meme, 

l'horreur  de  sa  mort,  l'ignominie  de   sa   croix  ? 

Tant  s'en  faut,  ils  ont  public  ces  choses  par  toute 

la  terre.  Oil  est  cette  vie  et  cette  conduite  aposto- 

liques  dont  vous  vous  vantez  tant?   lis  crient,    et  Ch££{jqBn£" 

vous,  vous  murmurez  tout  has.  Ils  parlent  en  pu-  »°ul  lo'n  des 

blic,  et  vous,  en  cachette.    lis  volent   comme  des     ap6tre$. 

nuees  (ha.  lx,  8),  et  vous,  vous  vous  cachez  dans 

les  tenebres,  et  sous  terre.  En  quoi  leur  ressemblez-    . 

vous  ?  Est-ce  en  ce  que  vous   ne  menez  pas  des 

femmes   avec   vous  ?  mais    vous    vous  enfermez 

avec  elles.  Or,  il  n'y  a  pas  tant  lieu  a  concevoir 

des  soupcons  contre  ceux  qui  se  font  accompagner 

par  des  femmes,  que  contre  ceux   qui   demeurent 

avec  elles.  Mais  qui  peut  rien  soupconner  de  fa- 

cheux  de  ceux  qui  ressuscitaient   les  morts?  Faites 

de  semblables  miracles,  et  quand  je    verrai  une 


hendum  existimanl.  CaBterum  hoc  elsi  senliant,  non 
respondebunt,  ne  manifesli  fianl,  nempc  quod  omni 
modo  fugiunt,  sed  non  effugient.  Responde  miUi,  o 
homo,  qui  plus  quam  oportel  supis,  et  plus  quam  dici 
potest  desipis.  Dei  est,  an  non,  niysterium  quod  occul- 
tas?  Si  est,  cur  non  ad  ejus  gloriam  pandis?  Nam  gloria 
Dei,  revelare  sermonem.  Si  non,  cur  fidem  habes  in  eo 
quod  non  est  Dei,  nisi  quia  haereticus  cs?  Aut  igitur 
Dei  secrctum  ad  Dei  gloriam  prodant ;  aut  Dei  negent 
lnysterium,  et  minime  se  ha2reticos  negent  :  aut  certe, 
nibilominus  manifestos  se  fateantur  inimicos  gloriaa  Dei; 
qui  nolunt  manifestum  fieri,  quod  ei  norunt  fore  ad  glo- 
riam. Stat  nempe  Scripture  Veritas  :  Gloria  rrgum 
celarc  verbum,  gloria  Dei  revelare  sermonem.  Non  vis 
tu  revelare?  Non  ergo  vis  Deum  glorificare.  Sed  forle 
non  recipis  scripturam  banc.  Ila  est  :  solius  Evangelii 
se  profitentur  temulatores,  et  solos.  Respondeant  proinde 
Evangelic.  Quod  dico,  ait,  in  tenebris,  dicile  in  /amine; 
et  quod  in  aui  e  auditis,  predicate  super  tecla.  Jam  non 
licet  silere.  Usquequo  occultum  tenctur,  quod  palam 
Dsus  fieri  jubet?   Usquequo   opertum    est    Evangelium 


veslrum  ?  Suspicor  :  vestrum  non  est  Pauli ;  nam  ille 
suum  fatetur  opertum  non  esse.  Etui,  inquit,  opertum 
est  Evangelium  meum,  in  his  opertum  est  qui  pereunt. 
Videte  ne  vos  diceret,  apud  quos  Evangelium  invenitur 
opertum-  Quid  apertius  quod  perealis?  An  forte  nee 
Paulum  recipilis?  De  quibusdam  ita  audivi.  Non  enim 
inter  vos  omnes  per  omnia  concordalis,  etsi  a  nobis 
omnes  dissenlialis. 

4.  At  vera  eorum  verba,  et  scripta,  et  traditiones,  qui 
corpnraliter  cum  Salvatore  fuerunt,  pari  auctoritate 
Evangelii  cuncti  (ni  fallor)  indifl'erenter  recipitis.  Num- 
quid  illi  opertum  tenuere  evangelium  suum?  Numquid 
in  Deo  carnis  infirma,  morlis  horrida,  crucis  ignonii- 
niam  tacuere?  Et  quidem  in  omnem  terram  exivitsonus 
eorum.  Ubi  apostolica  foima  et  vita,  quam  jaclalis?  Illi 
clamant,  vos  susurratis  :  illi  in  publico,  vos  in  angulo  : 
illi  !/?  nubes  volant,  vos  in  tenebris  ac  subtcrraneis 
domibus  delitescilis.  Quid  simile  i  1  lis  in  vobis  ostenditis? 
An  quod  vobiscum  mulierculas  non  utique  circumduci- 
lis,  sed  includitis?  Non  a?que  comilalio,  ut  cohabitatio, 
suspicion!  patet.  Verum  quisnam  de  illis  sinistrum  quip- 


470 


La  familiarity 

3>-'(*    It's 

femmes 
ouvrela  porle 
au  (iatifctr  et 
au  scanii.'.le. 


tin  faui 
catholiqne 
fait  plus  de 

mal 
qn'un  vrai 
neretique. 


femme  coucher  avec  vous,  je  croirai  que  c'est  un 
homme.  Autrement  n'etes-vous  ]tas  temerairas  de 
vouloir  usurper  les  privileges  de  ceux  dont  vous 
a'imitez  pas  la   saintete  ?  Eire  lonjours  avec  une 
femuie,  et  n'en  point  user,  n'est-ce  pas   mi  plus 
grand  miracle  que  de  ressusciter  les  morts?  Vous 
no  pouvez  I.mv  re  qui    est  moins,   et  vous    voulez 
que  je  croie  de  vous  ce  qui  est  plus.  Vous  etes  tous 
les  jours  assis  ,'i   table  .:>  cute  d'une  jeune  Glle; 
votre  lit  est  dans  la  meme   chambre  que  le  sien; 
vos  yeui  son!  attaches  sur  ses  yeux  durant  la  con- 
versation, VOS  mains  touchenl  ses  mains  durant   le 
travail, et  vous  voulez  qu'on  vous  estime  continens? 
Quand  vous  le  seriez,  eneffet,  vous  me  donneriez 
lieu  de  croire  que  vous  ne  l'etes  pas.  Vous  m'etes 
un  sujet  de  scandale.  Otez  la  cause  du  scandale,  si 
vous  voulez  parser  pour  un  veritable  sectateur  de 
1'Evangile,  comme  vous  vous  eu   vantez   si   fori. 
L'Evangile  ne  condamne-t-il   pas  celui  qui  scan- 
dalise une  seule  personne   de  l'Eglise?   Et  vous, 
vous  scandalise?,  toute  l'Eglise.  Vous  etesun  renard 
qui  ravagez  la  vigne  du  Seigneur.  Aidez-ruoi,  mes 
freres,  a  le  prendre.   Ou   plutot,    6    saints   anges, 
prenez-le  pour  nous.  11  est  extremement  adroit,   il 
est  convert  de  sa  malice  et  de  son   iuipiete.    11  est 
si  petit,  et  si  subtil,    qu'il   eehappe  aisement  aux 
yeux  des  homines.  Mais  se  derobera-t-il  aussi  aux 
vutres?  C'est  a  vous  que  cette   parole   s'adresse 
comme    aux  compagnons    de   l'Epoux  :  «  Prenez- 
nous  les  petits  renards.  »   Faites  done  ce   qu'on 
vous  commande ;  prenez-nous  ce  renard  si  arliii- 
cieux,  que   nous  poursuivons  en  vain  depuis   si 
longtemps  deja.  Enseignez-nous,  et  suggerez-nous 
le  moyen  de  decouvrir  ses  fourberies.  Car  c'est  la 
prendre  le  renard,  parce  qu'un  faux   catholique 
nuitbienplus  qu'un  heretique  decouvert  et  reconnu 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

hi.  »   Or,  il  n'appartient  point  a  l'homrae   de  sa- 


voir  ce  qui  se  passe  dans  l'homme,  a  moins  qu'il 
ne  soil  eclaire  par  l'esprit  de  Dieu,  ou  instruit  par 
l'entremise  des  anges.  Quelle  marque  donnerez- 
vous  pour  faire  conpaitre  a  tout  le  monde  cette 
beresie  pernicieuse  qui  sail  si  bien  deguiser 
non-seulemeiit  ses  paroles,  mais  aussi  sa  con- 
duile. 

5.  Et  cedes  le  degat  fait  dans  la  viene,  et  qui  est 
encore  tout  frais,  fait  voir  .pie  le  renard  y  a  pene- 
tre.  Mais  je  ue  sais  par  quelle  adresse   cet  animal 

r"?l''  conf 1  tellement  les  traces  de  ses   pas   qu'il 

n'y  a  presque  pas  moyen  de  voir  par  oii  il    entre, 
ni  par  ou  il  sort.  On  voit  bien  son  ceuvre,  mais  on 
n'en  voit  point  l'auteur,  taut  il  a  soin   de  deguiser 
les  apparences.  Si  vous  l'interrogez  sur  sa  foi,  il 
111   '  "en  de  plus  Chretien.  Saconduite paraitirre- 
prehensible,  et  il  semble  justiiier  ses  discours  par    ™«*ZS5; 
ions.  Un  le  voit,  pour  temoigner  sa  foi.fre-  chongeaniae 
quenter  l'Eglise,  honorer  les  pretres,   oflrir'  des   hypocrilos- 
presents  a  l'autel,  se  confesser,   participer  a  tous 
les  sacrements.  Qu'y   a-t-il  de  plus   catholique' 
Quant  a  ce  qui  concerne  les  majors,  il   ne  tromne 
personne,  il  ne  s'eleve  au  dessus  de  personne,  il  ne 
frappe  personne.  De  plus,   son  visage   est  pale  de 
jeunes,  il  ne  mange  point  sou  pain  dans  l'oisivete, 
il  travaille  de  ses  mains  pour  gagner    sa  vie.    Ou 
est  maintenant  le  renard  ?  Nous   le   tenions,   com- 
ment s'est-il  eehappe  de  nos  mains?  Comment    a- 
t-il  disparu  si  vile?  Poursuivons-le,    chercbons-le, 
nous  le  reconnailrons  a  ses  fruits.  Car   le  ravage 
cause  dans  les  vignes  est  une  preuve  certaine  que 

a  Plusieurs  manuscrits  donuent  une  lecon  plus  simple  de  ce 
passage,  et  font  dire  a  saint  Bernard  :  .  qu'un  vrai  oerelique.  t 
Les  premieres  editions  des  ojuvres  de  notre  Saint,  ei  plusieurs 
autrcs  manuscrits,  ont  prefereja  version  que  nous  donnons. 


piam  suspicarctnr,  qui  mortuos  suscitabant?  Fac  hi 
similiter,  et  una  recubantera  putabo  feminam  vinim. 
Alioquin  temere  tibi  usurpas  illorum  dispensationem, 
quorum  sanclitatem  non  habes.  Cum  femina  semper 
esse,  et  non  cognoscere  feminam,  nonne  plus  est  quam 
mortuum  suscilare?  Quod  minus  est  non  poles ;  et  quod 
majus  est  vis  credam  tibi:'  Quotidie  latus  tuumad  Iatus 
juvenculae  esl  in  mensa;  lecttis  tuus  ad  lecttim  ejus  in 
camera,  oculi  lui  ad  illius  ocnlos  in  colloquio,  manus 
tuae  ad  manus  ipsius  in  operc  :  et  continens  vis  putari? 
Esto  ut  sis  :  sed  ego  suspicione  non  careo.  Scandalo 
mibi  es  :  lolle  scandali  causam,  quo  te  probes  verum 
(utjactitas)  Evangelii  asmulatorem.  Qui  scandalizaverii 
unum  de  Ecclesia,  nonne  evangeliutn  condemnat  ilium? 
Tu  Ecclcsiam  scandabzas.  Vulpes  es  demoliens  vineam. 
Juvate  me,  socii  u(  capiatur  :  vel  polius  capite  vos 
nobis  earn.  mcti.  Veraula  est  valde,  opertaest 

iuiquilale  el  impielale  sua.  Plane  tain  pusillaatque  sub- 
lidem  bumanos  I'rastretur  obtutus.  Num- 
'i"''1  el  !■  ■   pti  rea  rax  ilia  ad  vos,  utpote 

lc'3  Sj  '■•■    vulpes   panm/as.   Ergo  facile 

quod  jubemini  :  capite  nobis  hanc  lam  versipeliem   vul- 


peculam,  quam  essejamdiu  rruslra  insequimur.  Docete 
et  suggerile,  qualiter  fraus  deprebendalur.  Hoc  enim 
est  cepisse  vulpem  :  quia  longe  plus  noeet  falsus  calho- 
licus,  quam  si  irerus  appareret  hasreticus.  Non  esl  aulcm 
houiinis  scire  quid  sil  in  nomine,  nisi  quis  forte  ad  hoc 
ipsum  fuerit  vel  illuminates  spirilu  Dei,  vcl  angelica 
informatus  industria.  Quod  signum  dabilis,  ul  palam 
liat  pessima  hasresis  h;ec,  docla  menliri  non  lingua  tan- 
tuni,  sed  vila? 

a.  Et  quidem  recens  vaslalio  unca?  vulpem  indicat 
amusse  :  sed  nescio  qua  arte  lingcndi  ita  sua  eonfundit 
vesligia  caUidisslmum  animal,  ul  qua  vcl  intrel,  vel 
exeat,  baud  facile  qneat  ab  homine  deprchendi.  Cumque 
paleat  opus,  non  apparel  auetor  :  ita  pec  ea  qua?  in  facie 
sunt,  cuncta  dissimulat.  Deniqne  si  fidem  inlerroges, 
nihil  ohrisHaniua  i  si  conversalionera,  nihil  irreprehen- 
sibilius  :  el  qua?  loquitur,  tactis  probat.  Videas  homihem 
in  tesliinopium  sua;  lidei  freqiienlare  ecclcsiam,  honorare 
P'«  oyteros,  offerre  munns  uuum,  confess  on. mi  facere, 
sacramenlis  communieare.  Quid  lidelius?  Jam  quod  ad 
vilam  moresquespeclat,  neminem  circumvenit,  neminc.i 
supergreditur,  neminem   conculil.    Pallent   insuper  ora 


S01XANTE-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


est  defendu 
1  ceui  qui 
it  fait  voeu 
le  chastete 
d'habiter 

avec 
es  femmes. 


le  renard  a  passe  par-la.  Les  femmes  quittent 
leurs  maris,  ct  les  maris  leurs  femmes,  pour  les 
suivre.  Les  elercs  et  les  prelres,  tant  jeunes  que 
vieux.  abandonment  leurs  peuples  et  leurs  egli- 
ses,  et  on  les  truuve  parmi  ceux  qui  s'appliquent 
a  faire  quelque  metier.  Ne  sont-ce  pas  la  de  grands 
ravages?  N'est-ce  pas  l'ceuvre  des  renards  ? 

6.  Mais  peut-etre  tous  ne  font-ils  pas  des  choses 
si  manifestesjou  s'ils  en  font,  peut-etre  est-il  bon 
de  le  prouver.  Comment  prendrons-nous  ceux-la? 
Retournons  au  commerce  et  aux  rapports  qu'ils 
ont  avec  les  femmes.  Car  il  n'y  en  a  pas  parmi  eux 
qui  soit  exempts  de  ce  desordre.  Je  demande  a  I'un 
d'eux  quel  qu'il  soit.  Dites-moi,  vous  qui  faites 
l'bomme  de  bien,  quelle  est  cette  femme  qui  est 
chez  vous,  et  oil  l'avez-vous  prise?  Est-ce  votre 
femme?  Non,  dira-t-il,  car  cela  ne  conviendrait 
pas  au  vceu  que  j'ai  fait.  C'est  done  votre  fille.  Non. 
Quoi  done,  est-ce  votre  sceur,  votre  niece,  quelques 
parente,  ou  quelque  allitie  !  Nullement.  Comment 
done  votre  continence  peut-elle  etre  en  siirete  avec 
elle?  Cela  ne  vous  est  point  permis.  Si  vous  ne  le 
savez,  1  Eglise  defend  cette  sorte  de  cohabitation  a 
ceux  qui  ont  fait  vceu  de  chastete  (Concile  de  Nicee, 
Canon  m).  Si  vous  ne  voulez  scandaliser  l'Eglise, 
renvoyez  cette  femme.  Autrement  cela  seul  fera 
croire  de  vous  toutes  les  autres  choses  qui  ne  sont 
pas  aussi  visihles  que  celles-la. 

7.  Mais,  dit-il,  en  quel  lieu  de  l'Evangile  me 
montrerez-vous  que  cela  soit  defendu?  Vous  en 
avez  appele  a  l'Evangile  ?  Vous  irez  a  l'Evangile.  Si 


471 

vous  voulez  obeir  a  l'Evangile,  vous  ne  ferez  point 
de  scandale,  car  il  defend  absolument  dedonner  du 
scandale.  Or  vous  endonnez  en  ne  chassant  pas  cette 
femme,  selon  les  ordonnances  de  l'Eglise.  Aupara- 
vant  vous  etiez  suspect,  inais  maintenant  on  jugera 
avec  certitude  que  vous  meprisez  l'Evangile,  et  que 
vous  etes  ennemi  de  l'Eglise.  Qu'en  pensez-vous, 
mes  freres  ?  S'il  demeure  dans  son  opiniatrete,  et 
qu'il  n'obeisse  ni  a  l'Evangile,  ni  a  l'Eglise,  y  aura- 
t-il  encore  lieu  d'hesiter  ?  Ne  vous  semble-t-il  pas 
que  la  fraude  est  decouverte,  et  que  le  renard  est 
pris?  S'il  n'eloigne  point  cette  femme,  il  note  point 
le  scandale.  S'il  n'6te  point  le  scandale,  le  pouvant 
faire,  il  viole  l'Evangile.  Que  doit  faire  l'Eglise, 
sinon  dele  chasserlui-meme.puisqu'ilneveutpoint 
chasser  la  cause  du  scandale,  de  peur  que  desobeis- 
sant  a  l'Evangile,  ellene  devienne  semblable  a  lui? 
Car  l'Evangile  lui  commande  de  ne  pas  epargner 
meme  son  ceil  lorsqu'il  la  scandalise,  ni  sa  main, 
ni  son  pied,  mais  de  les  arracher,  deles  retrancher, 
et  de  les  jeter  loin  d'elle  [Matth.  v,  29).  «  S'il  n'o- 
bei  point  a  l'Eglise,  dit  le  Sauveur,  regardez-le 
comme  un  paien  et  comme  un  publicain  [Matth. 
xviu,  17).  » 

8.  Avons-nous  reussi  a  quelque  chose  ?  Je  pense 
que  oui,  nous  avons  pris  le  renard,  puisque  nous 
avons  decouvert  sa  fraude.  Les  fauxcatholiques  qui 
se  cachaient  pour  detruire  la  vigne  de  l'Eglise,  pa- 
raissent  maintenant.  Pendant  que  vous  mangiez 
avec  moi  des  mets  delicieux,  le  corps  et  le  sang  de 
Jesus-Christ,  lorsque  nous  vivions  en  bonne  intelli. 


C'est  par 
l'Evangile 
qu'on  peut 
convaincre 

les 
hiritiques. 


jejuniis,  panem  non  comedit  otiosus,   operatur   manibus 
unde  vilara  sustentat.  Ubi  jam  vulpes?  Tenebamus  earn: 
quomodo  elapsa  est  e  manibus?  Quomodo  tam   repente 
disparuit?    Insternus,   investigemus  :    a   fructibus    ejus 
cognoscemus  earn.  Et  certe  vinearum  demolitio  testatur 
vulpem.  Mulieres  relictis  viris,    et    item    viri    dimissis 
uxoribus,  ad  istos  se  conferunt.    Clerici    et    sacerdotes, 
populis  ecclesiisque  relictis,  intonsi  et  bai-bati  apud  eos 
inter    textores    et    textrices    plerumque    inventi    sunt. 
Annon  gravis  demolitio  isla?  annon  opera  vulpiumhax? 
6.  Verum  non  apud  omnes   forte  ista   tam    manifesla 
deprehenduntur  :  et  si  sint,    non   est   unde   probentur. 
Quonam  modo  capimus  illos?   Revertamur    ad  consor- 
tium et  contubernium  feminarum  :  hoc   enim   inter  eos 
nemo  qui  careat.  Interrogo    unum    quempiam    horum. 
Heu    tu  bone  vir !  quaenam  h«c  mulier,   ct    unde  hsc 
tibi?  Uxorne  tua?  Non,  inquit,    nam    voto    meo    istud 
non  convenit.  Filia  ergo?  Non.  Quid  igitur?  Non  soror, 
non  neptis,  non  aliquo  sallem  propinquitatis    vel  affim- 
tatis  gradu  attinens  tibi  ?  Nullo    prorsus.    Et    quomodo 
tuta  tibi  cum  ista  continentia  tua?    Sane   nee   licet  tibi 
istud.  Cohabitationem  (si  nescis)  virorum  et  feminarum 
in  iis,  qui  vovere   continentiam,  Ecclcsia  vetat.  Si  non 
vis  scandalizare  Ecclesiam,  ejice  feminam.  Alioquin   ex 
hoc  uno  caetera,  qua?  non  adeo  manifesla    sunt,    procul 
dubio  credibilia  Hunt. 

7.    Sed    quo   mihi,    inquit,    Evangelii  loco  monstras 
prohibitium  istud?  Evangelium  appellasti?  ad   Evange- 


lium  ibis.  Si  obedias  Evangelio,  non  facies  scandalum  : 
prohibet  enim  plane  Evangelium  scandalum  fieri.  Facis 
autem  tu.istamnonamovendojuxtaconstitutum  Ecclesiae. 
Suspentus  eras,  at  nunc  manifeste  censebere  et  contemp- 
tor  Evangelii,  et  Ecclesis  adversator.  Quid  judicatis, 
fratres?  Si  perlinax  fuerit  ut  nee  obediat  Evangelio,  nee 
Ecclesice  acquiescat,  quid  jam  tergiversari  potest?  Nonne 
aperte  vobis  videtur  deprehensa  fraus,  et  comprehensa 
vulpes?  Si  non  amovet  feminam,  non  amovet  scanda- 
lum :  si  non  amovet  scandalum  cum  amovere  possit, 
trausgressor  tenetur  Evangelii.  Quid  factura  Ecclesia 
est,  nisi  ut  amoveat  ilium  qui  non  vult  amovere  scan- 
dalum, ne  sit  similis  illi  inobediens  ?  Nam  mandatum 
babet  ex  hoc  in  Evangelio,  non  parcere  proprio  oculo 
scandalizanti  se,  non  manui,  nonpedi  :  sed  eruere  ilium, 
abscindcre  ista,  et  projirere  a  se.  Si,  inquit,  Ecclesiam 
non  audierit,  sit  tibi  sicut  ethnicus  et  publicanus. 

8.  Fecimusne  aliquid?  Puto  quia  fecimus.  Cepimus 
vulpem,  quiafraudempercepimus.  Manifesti  sunt  qui  late- 
bant  falsi  catholici,  veri  depraadatorescatholicae.  Etenim 
dum  mecum  dukes  capiebas  cibos,  (corpus  dico  et  san- 
guinem  Christi)  dum  in  domo  Dei  ambulavimus  cum 
consensu,  fuit  suadendi  locus,  imo  opporlunilas  sedu- 
cendi,  juxta  illud  Sapienlia?  :  Simulator  ore  decipit  ami- 
cam  luum.  Nunc  autem  facile,  secundum  sapientiam 
Pauli,  post  unam  *  et  secundam  admonitionem  haereli-  . 
cum  hominem  devitabo,  sciens  quia  subversus  est  qui 
ejusmodi  est;  ac  proinde  cautus  providere,  ne  jam  sit 


nl.  primam. 


472 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


gence  dans  la  maisondu  Seigneur,  vouspoaviez  me 
persuader  ou  plutot  mesSduire,  seloncette  parole  du 
i:  a  L'homme  fourbe  trompe  son  ami  par  de 
beaux  discours  Prov.  xi,  9).»  Mais  maintenant, 
suivant  lesagc  conseil  de  saint  Paul,  je fuirai  l'lie- 
retiqu  i  apres  l'avoir  averli  unu  et  deux  fois  (Tit. 
in,  10),  sachantque  celui  qui  est  tel  estentierement 
perdu,  et  qu'ainsi  je  dois  bien  prendre  garde  qu'il 
ne  me  perde  moi-m  done  quelque  chose, 

selonlesage,  que  les mechants  soienl  pris  dans  leurs 
pro  j .  iches     Prov.  11,6),   surtout  ces  me- 

chants, quiont  1'adresse  de  se  servir  de  pieges  au 
lieu  d'armes.  Car  le  combat  et  la  lutte  en  cl 
clos,  e'est  ce  qu'ils  n'oser.uenl  accepter, attendu que 
ce  sont  des  gens  meprisables,  desrustres,  deshommes 
sans  lettres,  et  faibles  au  dernier  point.  Enfin  ce 
sont  desrenardset  de  petits  renards.  Leurs erreurs 
memes  ne  sont  ni  soulenables,  ni  bien  subtiles. 
Dopmes  et  All5S'  ne  '^  persuadent-ils  qu'a  des  femmes  de  la 
inie"e'ctUureile  caml'aSne'  et  a  des  ignorants,  tels  que  tous  ceux 
desnouveatu  de  cetle  secte  que  j'ai  vus  jusqu'ici.  Car  ie  ne  me 
rappelle  point,  dans  la  quantite  de  dogmes  qu'ils 
tiennent,  leur  avoir  jamais  rien  entendu  dire  de 
nouveau  et  d'extraordinaire,  orce  sont  des  choses 
communes,  soutenues  1]  y  a  longtemps  par  les  an- 
ciens  heretiques,  et  ruinees  n-iille  fois  par  nosdoc- 
teurs.  Neanmoins  it  faut  voir  quelles  sont  ces  inep- 
ties  a  tant  celles  donl  ils  sont  tombes  imprudem- 
ment  d'accord  dans  les  diil'erentes  disputes  qu'ils 
ont  eues  contre  les  catboliques,  que  eelles  qu'ils  ont 

a  Saint  Bernard  traite  de  meme  ■  d'ineplies,  >  les  crrenrs  d'A- 
belard.dans  la  K tire  cm,  n.l.  11  emploie  lc  meme  mot  «  inep- 
tie  ■  dans  le  meme  sens  dans  le  sermon  suivant  n.  i.  L'£- 
glise  de  Lyon  a  fait  usage  du  mdme  terme  dans  sun  livre  contre 
les  inepties  et  conire  les  erreurs  de  Jean  Scott. 


heretiques. 


laisse  echapper  eux-memes,  sans  y  prendre  garde, 
dans  les  differends  qu'ils  outeusentre  eux  oil  celles 
-  qu'onl  decouvertes  quelques-uns  d'enlre 
eux  qui  sont  retournes  a  l'Eglise  ;  ce  nest  pas  que 
j'aie indention  de  repondre  k  toutes,  ce  u'est  pas 
necessaire,  mais  seulemenl  afin  rra'on  les  connaisse. 
Mais  ce  sera  le  sujel  d'uu  autre  discours  pour  la 
louange  el  pour  la  gloire  de  I'epoux  de  1'Eglise, 
Jesus-Christ  Notre  Seigneur  qui,  etant  Dieu  pardes- 
stts  toutes  cluxes,  est  beni  dans  tous  les  siecles  des 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  I. XVI. 

Erreurs  des  hfreliques  touchant  le  manage,  le  bap- 
ttme  des  enfants,  /<■  purgatoire,  les  prieres  pour 
les  difunts,  ("invocation  des  saints. 

l.  «  Prenez-nous  les  petits  renards  qui  ravagent 
les  rignes  (Cant.  11,  15).  »  Me  voici  pour  prendre 
ces  renards.  Ce  sont  ceux  qui  quittent  le  chemin  et 
ravagent  la  vigne,  non  contents  de  quitter  le  che- 
min, ils  font  de  la  vigne  un  desert  par  une  lion- 
teuse  prevarication.  11  ne  leur  soffit  pas  d'etre 
heretiques,  il  faut  encore  qu'ils  soient  aussi  hy- 
pocrites, pour  eoinbler  laniesure  de  leurs  peehes. 
Ils  viennent  revetus  de  la  peau  de  brebis,  pour  de-  ies  hereti- 
pouiller les  brebisde  leur  toisonet les  belie rsde  leur   JP*  ■|jnl 

i   •         m  ■  ,  hypocrites. 

lame.  Ne  voussemble-t-il  pas  que  e'est  ce  qu'ils  ont 
fait,  en  otant,  d'un  cote,  lafoiaux  peuples,  etdel'autre 
en  leur  ravissant  les  pretres?  Qui  sont  ces  larrons? 
Ce  sont  des  brebis  en  apparency,  des  renards  en 
finesse,  des  loops  en  cruaute.  Ce  sont  des  bommes 
qui  veuleni  paraitre  bons,  et  ne  l'etre  pas;  ne  point 
paraitre  mediants,  et  l'etre.  Ils  sont  inechants  et 
veulent  qu'on  les    croie  bons,    de   peur   qu'ils    ne 


et  subversor.  Itaque  nonnihil  est,  juxta  verbum  sapien- 
tis,  in  insidiis  suis  captos  esse   iniquos,   illos  prapserlim 
iniquos,  qui  insidiis  pro  armis  uti  cauti  sunt.  Nam  con- 
flictus  omnino  ab  his  et  defensio  periit.  "Vile  nempe  hoc 
genus  est  et  rusticanum,  ac  sine  litleris,  et  prorsus  im- 
belle.  Deniqne  vulpes  sunt,  et  pusillas  :  sed  neque  ilia, 
in  quibus  male  seotire  dicuntur,   defensibilia  sunt;   nee 
tarn  subtilia,  quam  suasibilia,  idqueduntaxat  mulierculis 
rusticis  et  idiolis,  et  quales  utique  ouinessunt,  quolquot 
adhuc  de  serin  hac    esse    expertus   sum.    Nee   enim  in 
cunclis  nssertionibus  eorum   (nam   multas    sunt)    novum 
quid  aul  inauditnm  audisse  me  recolo,  sed  quod  trittim 
est,  et  din  ventilatum  inter  anliquos  hajreticos,  a  nostris 
autcm  contritum   et  evenlilatum.   Dieendum    tamen,  et 
dicam,  qua-iiain  illae  ineptia;  sinl,  partim  quas  sciscitan- 
tibus  se  ralliolicis  minus  caute  respondentes    ipsi    con- 
feasi  sunt,   partim    quas  divisi  ab   invicem  litigantes  de 
invicem    prodiderunt,    partim    quoque    quas    nonnulli 
eorum  rede;  eclesiam  detexerunt  :  non  quod  ad 

omnes  respondeani  (nee  enim  necesse  est,)  sed  tantum 
ut  innotescanL  \i  istud  altering  erit  opus  sermonis,  ad 
lauden  »  nominis  sponsi  Ecclesi;e  Jesu-Christi 

Domini  nostri,  qui  est  super  omnia  Deus  benediclus  in 
MSCula.  Amen. 


i4f 


hr\tujt-\  *  L 


SERMO  LXVI. 

De  erroribus  hoereticorum  circa  nuptias,  baptismumpar- 
vulorttm,  purgatorium,  oraliones  pro  defunctis,  cl 
in  vocalionem  sanctorum. 

1.    Caoile  nobis   vitl/ici  parvulas,   qua?  demoliuntur 
vineas.  Ecce  ego  ad  vulpes  istns.  Ipsse  sunl    qua;    pr<e- 
tcrgrediunlur    viam,    et    vindemiant  vineam.   Non  sunt 
contents  deserere  viam,  nisi   et   deserlarc  vineam  pos- 
sint,  addentes  prsvaricationem.    Non  sufficit   hsrelicos 
esse,  nisi  et  hypocritae  sint,  ut  sit  supra  modum  peccans 
peccatum.     Hi      sunt     qui     veniunl     in      veslimentis 
oviuni      ad     nudandas    oves ,     el     spoliandos     arietes. 
An  non  libi  utraque    res    impleta   videtur,    ubi    et  fide 
plebes,  et  plebibus  saoerdotea    depreedali    invenioDtnrl 
Quinam  isli  prajdones?  Hi  oves  sunt  habitu,  aslu  vulpes, 
actu  et  crudelitate  lupi.  Hi  sunt   qui    boni    vidcri,   non 
esse;  mali  non  videri,  sed  esse  volunt.  Mali  sunt,  et  boni 
videri  volunt,  ne  soli  sint  mali  :  rnali  videri   timent,  ue 
parum  sint  mali.  Etcnim  minus   semper    malitia  palam 
nocuit,  nee  unquam  bonus,  nisi  boni  simulationcdecep- 
tus  est.  Itaergo  in  malum  bonorum  boni   apparere  stu- 
dent; mali  nolunt,  ut  plus  liceat  malignari.  Neque  enim 
est  apud  eos  virtutes  colere,  sed  vitia  colorare  quodam 


()CtLAs\^ 


SOIXANTE-SIXIEME  SERMON  SUR 

soient  seuls  mechants.  Et  ils  craignent  de  paraltre 
mediants,  de  peur  de  ne  point  letre  assez.  Car  la 
malice  ouverte  a  toujours  ele  moins  dangereuse, 
et  un  horame  de  bien  n'a  jamais  ete  trompe  que 
par  l'apparence  du  bien.  lis  s'eludient  done  it  pa- 
rail  re,  bons,  pour  perdre  les  buns,  et  ne  veulent 
point  paraitre  mediants,  afin  de  letre  encore  da- 
Is  rcvPtent  vantage.  Car  ils  ne  se  soucient  pas  de  cultiver  les 
"apparence  vertus,  ils  ont  soin  seulement  de  colorer  les  vices 
le  la  vertu.  je  l'apparence  des  vertus.  lis  voilent  du  nom  de 
religion  une  superstition  impie,  ils  mettent  l'inno- 
cence  a  ne  point  faire  detort  ouvertement,  et  ainsi 
ils  ne  prennent  pour  eux  que  l'exterieur  de  l'inno- 
cence.  Pour  couvrir  leurs  infamies,  ils  font  vo'U  de 
chastete.  Ils  croient  qu'il  n'y  a  d'impurele  que  dans 
le  mariage ;  au  lieu  qu'il  n'y  a  que  le  mariage  qui 
exempte  d'impurete  les  actions  de  la  cbair.  Ce  sont 
des  rustres,  des  ignorants  et  des  gens  meprisables, 
mais  neanmoins  on  ne  doit  pas  les  ncgliger  ;  car 
ils  font  beaucoup  de  mal  a  l'Eglise,  et  leurs  dis- 
cours  gagneut  et  se  glissent  comme  un  chancre. 

2.  Aussi  le  Saint-Esprit  ne  les  a-t-il  pas  negliges, 
einture  des  f  r  o    o 

hirt'tiqnes  puisqu'il  a  parle  d'eux  il  y  a  longtemps  en  ces 
I'Apotre.  termes  (2  Tim.  iv,  1).  «  Le  Saint-Esprit  dit  clai- 
ivment,  que  dans  lesderniers  temps,  quelques-uns 
s'ecarteront  de  la  foi,  pour  suivre  l'esprit  d'erreur, 
et  la  science  des  demons ;  qu'ils  seront  menteurs 
ft  hypocrites;  que  leur  conduite  sera  toute  corrom- 
pue;  qu'ils  defendront  de  se  marier,  et  de  mangel 
des  viandes  que  Dieu  a  creees  pour  s'en  nourrir 
avec  actions  de  graces.  »  C'est  sans  doute  de  nos 
hereliques  qu'il  parlait  ainsi,  ear  ils  ne  veulent  pas 
qu'on  se  marie,  et  ils  s'abstiennent  des  viandes 
que  Dieu  a  creees,  comme  jele  dirai  plustard.  Et 


LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES.  473 

voyez  si  ce  n'est  pas.la  plutot  une  illusion  de  de- 
mons que  d'hommes,  selon  que  Fa  predit  le  Saint- 
Esprit?  Demandez-leur  l'antfiur  de  leur  secte,  ils 
ne  vous  le  nommeroTit  point  ;  et  quelle  est  l'here- 
sie  qui  n'ait  eu  son  heresiarque  parmi les horames. 

Les  Manicheens  ont  eu  Wanes  pour    chef  et  pour 

-.         r.  ,    ...  o  i    ii>  i         i    •  Les  heresie* 

maitre  ;   les    Sabelhens  ,    Sabelhns  ;    les    Anens  ,  ont  l0„j0u„ 

Arius  ;  les  Eunomiens ,  Eunomius;  les  Nestoriens,  pourh'^" 
Nestorius,  et  ainsi  des  autres  pestes  qui  ont  eu 
chacune  pour  maitres  des  hommes  dont  ils  ont  tire 
leur  origine  et  leur  nom.  Mais  quel  nom  on  quel 
titre  donnerez-vous  a  ceux-ci?  L'on  ne  sauraitleur 
en  donner  aucun  a,  parce  que  leur  heresie  ne 
vient  pas  d'un  homnie,  et  qu'ils  ne  l'ont  pas 
recue  d'un  homnie.  A  Dieu  ne  plaise  que  nous 
disions  qu'ils  l'aient  recue  par  la  revelation 
de  Jesus-Christ  (Tim.  iv),  ils  l'ont  plutot,  et  cer- 
tainement  recue  comme  l'Esprit-Saint  l'a  pre- 
dit, par  les  suggestions  et  I'arliiice  des  de- 
mons menteurs  et  hypocrites  qui  defendent  le  ma- 
riage. 

3.  Ils  parlent  avec  hypocrisie,  et  c'est  la  finesse   Les  hereti- 

,         .,  .     .  c  .     i        i       i  quescuniiam- 

du  renai  d  qui  les  porlea  leindrede  dire,  par  amour  '   nent  !e 

de  la  chastete,  des  choses  qu'ils  n'ont  trouvees,  en     manage. 
etfetj  que  pour  fouienter  et  multiplier  davantage 
fimpudicite.  II  est  si  visible  que  telle  est  leur  in- 
tention, qui  je   m'etonne   qu'ils   aient  jamais    pu 
faire  croire  ce  qu'ils  disent  a  un  Chretien,  a  moins 

a  Je  no  pense  pas  que  saint  Bernard  se  fut  exprime  ainsi, 
si  ces  hereliques  de  Cologne  avaient  eu  Henri  pour  chef,  et 
eussen-.  ele  des  Henriciens.  II  est  vrai  que  les  doctrines  des 
Hcnricicnset  celles  des  beretiqnes  de  Colopue  etaient  paieilles, 
coiume  on  peut  s'en  convaincre  en  relisnnt  la  lettre  ccxl. 
E?ervin  signale  deux  sorles  de  Coloniens,  distinction  que  saint 
Bernard  indique  a  peine  a  la  fin  de  son  sermon  precedent. 


quasi  virtutum  minio.  Denique  superstitionis  impietatcm 
nomine  religionis  intitulant.  Innocentiam  diHiniiint  , 
tantum  in  aperto  non  hedere,  innocentiae  proinde  solum 
sibi  vindicanles  colorem.  In  operimentum  turpitudinis, 
continentiae  se  insigniere  voto.  Porro  ttirpitndinem  in 
solis  existimant  rcputundam  uxoribus  :  cum  ve]  sola  sit 
ea,  qu;e  cum  nxore  est,  causa,  qua;  turpitudinem  excusat 
in  coitu.  Rustkani  ho, nines  sunt  et  idiolae,  et  prorsus 
conlemptibiles  :  sed  non  est  (dico  vobis)  cum  eis  negli- 
genter  agendum.  Multum  enim  proficiunt  ad  impietalem , 
et  scrmo  eorum  ut  cancer  serpit. 

2.  Denique  non  neglexit  Spirilus-Sanrtus,  qui  de  his 
quondam  lam  manifeste  vaticinatus  est,  dicente  Apostolo: 
Spiritus  autem  manifeste  dicit,  quia  in  novissimis  tem- 
paribus  discedent  quidam  a  fide,  attendentes  spiritibus 
erroris,  et  doctrinis  doemoniorum,  in  hypocrisi  loquen- 
tium  mendacium,  et  cauteriatam  habentium  suam  cons- 
cientiam,  prohibentium  nubere,  abstinere  a  cibis,  quos 
Dem  creavii  ad  percipiendum  cum  graliarum  actione. 
Istos  prorsus,  istos  dicebat.  Hi  nubere  prohibent,  hi  a 
cibis  abstinent  quos  Deus  creavit,  dequibus  poslea  vide- 
bimus.  Nunc  autem  videte,  si  non  proprie  daemonum, 
et  non  hominum  ludificatio  haec,  secundum  quod  pr;e- 
dixerat  Spiritus.  Quaere  ab  litis  sua'  sectae  auctorem  ; 
neminem  dabunt.  Qua;  haeresis  non  ex  hominibusbabuit 


proprium  haeresiarcham?  Manichaei  Manem  habnere 
principem  et  praceplorem,  Sabelliani  Sabellium,  Ariani 
Arium,  Eunominiani  Eunomitim;  Nesloriani  Nestorium. 
Ita  omncs  capterae  hujusmodi  pestes,  singula;  singulos 
magistros,  homines  habuisse  noscuntur,  a  quibus  origi- 
ncm  simtd  duxere  et  nomen.  Quo  nomine  istos  titulove 
censebis?  Nullo  :  quoniam  non  est  ab  homine  illorum 
haeresis,  neque  per  hominem  illam  aeceperunt.  Absil 
tamen  ut  per  revclationem  Jesu-Chrisli,  sed  magis  et 
absque  dubio  (uli  Spirilus-Sanctus  pradixil)  per  immis- 
sionem  et  fraudem  daemoniorum,  in  hypocrisi  loquen- 
tium  mendacium,  prohibentium  nubere. 

3.  In  hypocrisi  plane  hoc  et  vulpina  dolositate  loqu- 
uniiir,  fingentes  se  amoreid  diccre  castitalis,quod  magis 
causa  lurpiludinis  fovendse  et  multiplicands  adinvene- 
runt.  Res  tamen  tam  in  aperto  est ,  ut  mirer  quomodo 
unqunm  homini  Christiano  persuaderi  potuerit:  nisi  quod 
hi  adco  aut  bestiales  sunt,  ut  non  advcrlant ,  qualiter 
omni  immunditias  laxat  habenas  ,  qui  nuptias  damnat  : 
aut  certe  ita  pleni  nequitia,  et  diabolica  malignitate  ab- 
sorpti ,  ut  advertcntos  dissimulent ,  et  Isetentur  in  per- 
dilione  hominum.  Tolle  de  Ecclesia  honorabile  connu- 
bium  et  tliorum  immaculatum ;  nonne  reples  earn  mucu- 
binariis  ,  incestuosis,  seminifluis,  mollibus  ,  mr>  aorum 
concubitoribus ,  et  omni  denique  genere  imv.uiidorum T 


474 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


qu'il  ne  soit  si  stupide  qn'il   ne  voie  pas  que  celui 
qui  condamne  le  mariage,  lachela  bride  a  toute 
sorlo  d'irapureles,  ou  qu'il  suit  si  plein  de  mal 
sipos  ilignite  dn  demon,  que  le  voyant 

il  fassecotnme  s'il  ne  le  toj  ul  p  is,  el  se  rejouisse 
Soppnmer  de  la  perle  des  hommes.  Otez  de  l'Eglise  le  mi- 
le manage    riage,  qui  est  honorable  et   sans   souillure,   ne    la 

cost  ou\nr  ,.  ,  ,  ■  ... 

la  pono  rempussez-vouspas  de  concubwaires,  d  incestueux, 
VimpureiTsf  d'on.iM  stes,  d'impudiques,  de  sodomites,  et  de 
toutes  sortes  de  personnes  infames.  Choisissez  done 
de  deux  cboses  1'une,  on  tons  ces  monstres  sont 
sauves,  ou  tous  ceux  qui  le  doivent  etre  sont  re- 
d  lits  au  petit  nombre  de  ceux  qui  gardent  la  conti- 
nence ;  ifuii  cdte  vous  accordez  trop  peu,  et  de 
l'autre  vous  lez  trop.   Ni  l'un  ni  l'autre   ne 

conviriiii'iit  au Sauveur; dites-vous  que l'impudicite 
sera  couronnee,  rien  ne  sied  moins  a  l'auteur  de 
la  chastete.  Si  vous  damnez  tonlle  monde,  liormis 
le  petit  nombre  des  continents,  e'est  detruire  le 
Sauveur.  La  continence  est  rare  sur  la  terre,  et  ce 
n'est  pas  pour  si  pen  d'bommes  que  celte  pleni- 
tude souveraine  de  graces  s'esl  aneantie.  Et  com- 
ment avons-nous  ions  participc  a  cette  plenitude, 
si  elle  n'a  fait  part  d'elle-meme  qu'aus  seuls  con- 
tinents? lis  n'ont  rien  a  repondre  a  cela,  non  plus 
qu'a  ceci.  je  crois.  S'il  n'y  a  place  dans  le  ciel  que 
pour  Thonnetete,  et  qu'il  n'y  ait  point  de  commerce 
entre  l'bonnetete  et  limpurele,  comme  il  n'y  a 
point  de  rapport  entre  la  lumiere  et  les  tenebres,  il 
est  indubitable  que  mil  impur  n'y  entrera.  Si  qui  1- 
qu'un  est  dans  mi  autre  sentiment  {Gal.  v,  21), 
I'Apdtre  le  convaincra  d'errenr  en  disant  nelte- 
ment,  «  Que  ceux  qui  commeltent  de  telles  actions 
ne  possederont  point  le  royaumede  Dieu.  »  Par  oil 
ce  renard  artilicieux  s'echappera-t-il  maintenant 


paa 


II  D. 

que  les  seuls 
continents 

qui  se- 
ront  sauve? 


de  son  trou  ?  Je  crois  qu'il  est  pris  dans  la  tanniere, 
oil  il  >Ysl  [ail  comme  deux  trous,  l'un  pour  entrer 
el  l'autre  pour  sortir.  Car  il  a  continue  d'user  de 
ce  slratageme.  Voyes  done  comment  nous  lui  fer- 
merons  l'un  el  l'autre  passage.  S'il  ne  met  dans 
que  les  continents,  le  saint  perit  pour  la 
plus  grande  partie.  S'il )  met  tousle  tvee 

les  continents,  l'bonnetete  perit,  .Mais  il  est  plus 
juste  de  dire  qu'il  perit  lui-meme,  puisqu'il  ne 
iortir  par  aucun  endroit  et  se  trouve  enferme 
pour  loujours,  el  pris  dans  la  fosse  qu'il  a  creusee, 
pour  y  faire  lomber  les  autres. 

4.  Quelques-uns  d'entre  eux,  qui   ne   sont   pas  4u(rc  err(,ur 
d'accord  en  ce  point  avec  les  autres.    disent,  que  le  qui  «w»»»ti 

.  •  i  .i  a  n  ap- 

manage  est  permis,  mais  seulement  entre  person-  promcrque 

nes  vierges.  Mais  je  ne  vois   pas  quelle    raison  ils  en?re'pe'rason. 

peuvent  apporter  pour   appuyer.  cette   distinction,  nes  vierget. 

si  ce  n'estquc  cliacun  deux,  comme  une  vipere,  en- 

treprenne,  scion  sa  fantaisie,  de  dechirer  a   l'envie 

les  sacrements  de  l'Eglise  qui  sont  les  entrailles  de 

leur  mere.   En  diet,  quant  a  ce  qu'ils  alleguent, 

que  nos  premiers  parents  elaient  vierges  lorsqu'ils 

l'urent  maries  ensemble,  en  quoi,  je  vous  prie,  cela 

peut-il  prejudicier  a  la  liberie  du  mariage,  et  em- 

pecher  qu'il  ne  se  puisse  contracter   entre  d'aulres 

qu'entre  des  vierges  '.'  Mais  je  ne  sais  quelle  parole 

ils  mnrmurent  et  qu'ils  onttrouvee  dans  l'Evangile, 

qu'ils  s'imaginent  favoriser    leur  extravagance.  Je 

crois  que  e'est  le  mot  que  Notre-Seignenr  dit,  apres 

avoir  rapporte  ces  paroles  de  la  Genese  :    «  bieu 

crea  1'homme  a  son  image    et  a   sa   ressemblance 

(Gen.  I,  27).    il  les  crea  mile  et  femelle    (Malik.*, 

10).  »  Car  il  en  conclut.  «  Quel  homme  ne  doit  pas 

separer  ce  que  Dieu  a  joint.   »  Dieu,    disent-ils,  les 

a  joints  ensemble,  parce  qu'ils   etaient   tous  deux 


Elige  ergo  iitrumlibct ,  aut  salvari  universa  monstra  hoc 
hominum ,  aul  numerum  salvandornm  ad  continentbuii 
redigi  paucitatem.  Quam  parous  in  uno,  quam  largusin 
altero  ?  Neutrum  honim  compotit  Salvatori.  Quid.''  Co- 
ronabitar  turpitudu?  Nihil  minus  decet  honeslatis  auclo- 
rem.  Damnabitur  universitaspivrterpauculos  continentes? 
Non  est  hoc  esse  Salvalorem.  Kara  in  terris  continenlia, 
neque  pro  tantillo  quajstu  ad  terras  plenitudo  ilia 
semetipsarn  cxinanivil.  Et  quomo<io  de  ilia  omnes 
accepimus ,  si  solis  indulsit  continentibus  parlicipinm  sui? 
Non  est  quod  ad  hoc  respondeant  Sed  neque  ad  illud  , 
credo.  Si  bonolali  in  ccelis  est  locus ,  non  sitautem  ho- 
neslo  et  turpi  consortium  ,  sicut  non  est  socielas  luci  ad 
tenebras:  profecto  neminem  immundorum  locus  in  loco 
salutis  manet.  Si  qnis  abler  sapit , argaet  ilium  apostolioa 
vox,  absque  omni  ambiguo  asserens  :  Quoniam  quitalia 
agunl ,  regnum  Dei  inf.  Qua  jam  c\ict   de 

caverna  h»c  insidiosa  vulpecula?  Pulo  in  fovea  deprehen- 
sam  ,  in  qua  sibi  duo  quasi  foramina  recent  .  imum  quo 
lntret,  alteram  quo  exeat.  Nam  consuevil  ita.  Vide  ergo 
quomudu  ulrobique  illi  interolnsns  sit  exitus.  Si  solos  in 
cceleslibus  collocat  conlinentes  ,  perit  ex  maxima  parte 
salus  :  si  omneni  spurciliam  pariter  cum  continentibus 
collocat,  perit  honestnin.  Sed  justius  perit  ipsa,  neque 


hac  exitura,  neque  iliac,    reclusa  perpetuo ,  et  capta  in 
fovea  quam  fecit. 

».  Qaidam  tamen  dissentientes  ab  aliis,  inter  solos 
virgines  nutrimonium  contrahi  posse  fateatur.  Verum 
quid  in  hac  distinctions  ratinois  atferre  possint ,  non  vi- 
deo :  nisi  quod  pro  libitu  quisque  suo  sacramenta  Eccle- 
si;e  .  tanquaui  matris  viscera,  dente  vipereo  cerlatim 
inter  se  dilacerare  oontendunt.  Nam  quod  dicunturpra;- 
tendere  de  primis  conjugibus,  quia  virgines  erant  :  quid 
istud  quieso  matrimonii  praejudicat  libertatt,  quominus 
et  inter  non  virgines  contrahi  liceat  I  Sed  nesoio  quid  se 
in  Evangelio  invenisse  susurrant,quod  suae  ineptiae  frus- 
ra  exislimanl  suffragan,  lllud  credo,  quod  Dominus 
cum  pnemisisset  testimonium  de  Genesi ,  Et  creavit 
hominem  Deus  ad  imaginem,  et  simililudinem  suam , 
masculum  ei  feminwn  creavit illos ;  poslca  intulit  :  Ergo 
quod  Deus  conjunxit,  homo  non  separet.  Ilos,  inquiunt, 
conjunxit  Deus,  quia  virgines  ambo  erant,  et  jam  non 
limit  separari  i  non  crit  aulem  ex  Deo  copulatio  secus 
impta.  Quis  libi  dixit  propterea  a  Deo  conjunclos, 
quia  virgines  erant  ?  Nam  Scriptura  hoc  non  loquitur. 
An  non  virgines  erant ,  inquit?  Erant;  sed  non  est  idip- 
sum  ,  copulatos  virgines  ,  et  copulatos  quia  virgines. 
Quanquam  ne  hoc  quidem  nominatim  dictum  reperies, 


SOIXANTE-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 

5.    Mais     maintenant    ecoutez     ce 


vierges,  et  il  n'est  plus  permis  de  les  separer,  or 
toute  union  d'une  autre  sorte  n'est  point  selonDieu. 
Qui  vous  a  dit  que  Dieu  les  a  joints  ensemble 
parce  qu'ils  etaient  vierges  ?  L'Ecriture  n'en  parle 
point.  Mais  n'elaient-ils  pas  vierges,  disent-ils?  11 
est  vrai,  niais  ce  n'est  pas  la  meme  chose  qu'ils 
aient  ete  unisvierges,  et  qu'ils  l'aient  ete  parce  qu'ils 
etaient  vierges.  Encore  ne  trouverez-vous  pas  qu'il 
soit  marque  empressement,  qu'ils  etaient  vier- 
ges, bien  qu'ils  le  fussent.  Ce  qui  est  exprime  c'est 
la  difference  des  sexes,  non  pas  la  virginile,  lors- 
qu'il  est  dit,  «  11  les  crea  male  et  femelle.  »  Et  c'est 
avec  raison.  Car  l'union  du  mariage  ne  demande 
pas  uecessairement  l'integrite  des  corps,  mais  la 
difference  du  sexe.  C'est  done  avec  raison  que  le 
Saint-Esprit,  en  instituant  le  mariage,  a  exprime 
le  sexe,  sans  parler  de  la  virginite,  de  peur  de  don- 
ner  occasion  a  ces  petits  renards  malicieux  d'en 
abuser,  ce  qu'ils  auraient  etc  bien  aises  de  faire, 
quoiqueen  vain.  Car  quand  il  aurait  dit  que  Dii  u 
les  crea  vierges,  pourriez-vous  en  inferer  qu'il  n'est 
permis  qu'aux  seuls  vierges  de  se  marier;  et  pour- 
tant  combien  cela  seulvousaurait-il  fait  triompher? 
Comme  vousauriez  rejete  lessecondes  et  les  troisie- 
mes  noces!  Comme  vous  auriez  insulte  a  l'Eglise 
catholique  qui  marie  ensemble,  d'autant  plus  vo- 
lontiersles  pei'sonnes  debauchees,  qu'elle  ne  doute 
point  que  ce  soit  le  moyen  de  les  faire  passer  d'un 
etat  honteux  ami  etat  honnete?reut-e1rememebli- 
meriez-vous  Dieu  d'avoir  commando  a  un  prophele 
d'epouser  une  femme  publique  [Otee.  r,  2).  Mais 
pour  le  moment  vous  n'en  avez  pas  sujet,  et  vous 
prenez  plaisir  a  etre  heretique  gratuitement.  Car 
le.  temoignage  sur  lequel  vous  vous  appuyez  pour 
etablir  votre  erreur  sert  plulot  a  la  detruire;  nori- 
seulement  il  ne  fait  rien  pour  vous,  mais  meme  il 
faitbeaucoup  coutre  vous 


a  de 

secundefl 

nocea. 


475 

qui     doit 

vous  confondre,  on  vous  corriger  entierement, 
et  qui  renverse  etdetruit  tout-a-fait,  votre  heresie 
<(  Line  femme,  tant  que  son  mari  est  en  vie,  est 
liee  a  sou  mari  ;  mais  lorsqu'il  vient  a  mourir,  elle 
est  degaglc  de  ce  lien,  et  peut  se  marier  a  qui 
il  lui  plaira,  pourvu  qu'elle  le  fasse  dans  la  vue 
<lu  Sci  neur(l  Cor.  vu,  36).  »  C'est  saint-Paul  qui 
permet  a  une  veuve  de  se  marier  a  qui  elle  veut  : 
et  vous,  aucontraire,  vous  voulez  absolument  qu'il 
n'v  ail  our  les  vierees   qui   se  marient,   et  que    ce  ,, 

^  ^      ^         II  est  permis 

ne  soit  qu'a  une  vierge,  en  sorte  que  vous  leur  otez    am  -veufs 

meme  la    liberie  de  se   marier  a  qui   il   leur  plait. 

Pourquoi    restreignez-vous    la     main     de    Dieu? 

Pourquoi  restreignez-vous  la   benediction  si  abon- 

dantc  du  mariage  ?  Pourquoi  n'accordez-vous  qu'a 

la  vierge  ce  qui  est  accorde  au  sexe  ?  Saint  l'aul  ne 

ne  permettrait  pas  si  ce  n'etait  licile.  C'est  trop  peu 

quand  je  dis  qu'il  le  permet,   il  le  veut,  «  Je  veux, 

dit— il,  que  celles  qui  sout  jeunes  se  marient  (I  Tim, 

v,  14).  »  Et  il   n'y  a  point  de  doute  qu'il  parlait  des 

veuves.  Qu'y  a-t-il  de  plus  clair?    Ce  qu'il   accorde 

done,  parce  que  c'est  permis,   il  le  veut  parce  que 

c'est  utile.  [Jn  heretique  defendra  ce  qui  est  permis 

et  utile  ?  11  ne  persuadera  rien  par  cette  defense,  si- 

uon  qu'il  est  heretique. 

6.  II  faut  encore   que  nous  les  battions    un  peu 

sur  le  reste  de  laprophetie  rapporlee  par  l'Ap6tre 

(I  Tim  vi,  3).  Car  ils  s'absliennent,  suivantle  meme     - 

apotre  des  viandes  que  Dieu  a  creees  pour  que  nous 

nous  en  nourrissions  avec  actions  de  graces.  Et  ils 

font  voir  encore  par-la,  qu'ils   sont  heretiques,  non 

parce  qu'ils  ne  mangent  pas  de  ces   viandes,    mais 

parce  qu'ils  s'en  abstiennent  dans  un  esprit  hereti-     Difference 

que.  Je  m'abstiens  aussi   quelquefois   de   manger,  en^neeade»'" 

mais  ie  m'abstiens afln  de  salisfaire  pourmes  peches,    oatholiqnei 

et  celie  des 
non  pas  dans  une   pensee   de   superstition   impie  ,    heretiques. 


qnod  virgine9  essent,  quamvis  essent.  Sexuum  sane 
expressa  diversitas  est,  non  virginitas ,  cum  dictum  est  : 
masculum  et  f'eminam  creavit  illos.  Merilo  quklem.  Non 
cnim  mai'ilalis  copula  corporum  requirit  integritatem  , 
sod  sexuum  aptitudinem.  Bene  proinde  ipsam  inslilucus 
Spiritus-sanclus  ,  sexum  e.xpressit ,  et  virgin itatem  lacuit, 
nee  dedit  occasionem  venandi  verbum  insidiosis  vulpe- 
culis.  0L|od  utique  libenter  fecissent :  quamvis  id  quoque 
frustra.  Quid  enim  si  dixisset,  virgines  creavit  illos? 
Num  propterea  continuo  obtinuisses,  solos  virgines  liecre 
conjungi?  Et  tamen  quomodo  insultasses  ex  sola  verbi 
occasione?  quomodo  exsultasses  secundas  el  tertias  nup- 
tias?  quomodo  insultasses  Culbolica;,  scurta  lenonesque 
ad  invicem  tanlo  libentius  conjungenti ,  quanlo  proinde 
eos  de  turpi  ad  honestum  transire  non  dubilal?  Porlas- 
sis  et  reprelienderes  Deum  Prophela;  pracipienlem  for- 
nicariam  ducere  :  nunc  aulem  et  occasio  deest,  et  libet 
gratis  bterc-ticum  esse.  Nam  testimonium  quod  usuppasti 
adiadstruendum  errorem  luum,  plus  ad  destruendum 
valcre  invenlum  est,  pro  tc  facere  nihil  ,  contra  te  plu- 
rimum. 


".  Nunc  autcm  audi,  quod  te  ex  toto  ant  confundit, 
aut  corrigit,  et  haerestm  tuam  prorsus  content  et  com- 
minuit.  Mutier,  quanta  tempore  vir  ejus  rtvit,  alligata 
est  viro  ;  si  autem  dormieril  vir  ejus,  soluta  est  a  lege 
viri.  Cui  vult  nu'tat,  lanlum  in  Domino.  Paulus  est  qui 
concedit  vidua?  cui  vult  nubat  :  et  tu  e  contra  pra'cipis. 
Nulla  prater  virginem  nubat,  et  hoc  non  nisi  virgini  : 
tn  non  cui  vull,  nubat  vcl  ipsa.  Quid  murium  Dei  ab- 
brevias  ?  Quid  largam  benedictiunem  nuptiarum 
rcsliingis?  Quid  proprium  vindicas  virgini,  quod  indul- 
tum  est  sexui  ?  Non  concederet  hoc  Paulus,  nisi  liceret. 
At  parum  dico,  concedit  :  vult  quoque.  Vo(o,  inquit, 
adotescentiores  nubere  :  nee  dubium  quin  viduas  dicat. 
Quid  inanifestiiis  ?  Ergo  quod  concedit,  quia  licet; 
etiam  vult,  quiaexpedit.  Quod  licet  et  expedit,  haerelicua 
prohibet  1  Nihil  ex  hac  prohibitions  persuadebif,  nisi 
quod  hicreticus  est. 

G.  Superest  ut  et  de  residuo  apostolic;e  prophetias  is 
tos  aliquantulum  exagilemus.  Abstinent  namque  hi  a\ 
praedixit  ille)  a  cibis,  quos  creavit  Deus  ad  percipient 
dum  cum  gratiarum  actione  :  hinc  quoque  b«j  _ucos  se 


476 


OEUVRES  DE  SAINT  BEHNAWV 


Doit-on  se 

priver  de 

man.er  les 

etr  8  qui  sont 

produit* 
par  voie  de 
feneration? 


Blamerons-nous  saint  Paul  de  chatier  sou  corps  et  c'est  par  une  folie  ■  de  Manicheens,  que  vous 
de  le  rfidulre  en  servitude  (1  Cor.  ix,  17;  ?  Je  m'abs-  donnez  des  bornes  a  la  libferalite  de  Dieu,  en  sorte 
liens  du  via,  pare  qu'il  porte  al'inipurete  [Ephes.  que  ce  qu'il  a  crefi  et  donne  pour  nourriture  aus 
v,  18) ,  ou  sije  suis  faible,  j'en  use  un  peu,  selon  hommes,  a  condition  qu'ils  le  prendront  avec  ac- 
,il  .1.-  I' A  poire  [Tim.  v,  2.">).  Je  m'abstiens  tions  de  graces,  non-seulement  vous  vous  en  mon- 
aussi  do  manger  de  la  viande,  de  penr  qu'en  nour-  In  z  pen  reconnaissaut,  maisquecomrueun  consour 
rissant  trop  ma  chair,  je  ne  nourrisse  en  mewe  leineraire,  vous  le  jugiez  immonde,  et  vous  en  abs- 
en  inoi  les  vices  de  la  chair.  Je  prends  merae  leniez  comme  d'une  chose  mauvaise,  bien  loin  de 
du  pain  avec  mesure,  de  crainte  qu'ayant  le  ven-  louer  voire  abstinence,  j'aurai  en  execration  voire 
tre  plain,  je  ne  devienne  lache  a  prier  Dieu,  et  que  malice  et  voire  blaspheme,  et  je  vous  estimerai 
le  Prophete  ue  me  reproche  .le  m'etre  rassasie  de  vous-meme  immonde  de  croire  qu'il  y  ait  quelque 
pun  Ezech.  x\i,  49).  Jeme  garde  mdme ordinaire-  chose d'immonde.  «  Toutes  choses  sont  pures  pour 
ment  de  boire  de  l'eau  pure  a  discretion,  de  peur  ceux  qui  sont  purs  [Tit.  l,  15),  »  dit  un  excellent 
que  (eli  n'excite  en  moi  des  mouvements  des-  appreciateur  des  choses;  et  il  n'y  a  rien  d'impur  que 
bonneles.  II  n'en  est  pas  ainsi  d'un  heretique.  II  pour  celui  qui  lejuge  tel.  «  II  n'y  a  rien  de  pur, 
abhorre  le  lait  et  tout  ce  qui  est  lait,  de  meme  que  ajoute-t-il,  pour  les  impurs  et  les  infideles,  parce 
tout  ce  qui  vient  de  l'unionde  deux  elres.  C'est  fort  que  leur  ame  et  leur  conscience  est  toute  pleine 
bien  tail,  c'est  chretiennement  fait,  si  Ion  s'abstient  d'inipurete.  »  Malheur  a  vous  qui  rejetez  les  vian- 
de cetle  nourriture.  non  parce  quelle  vient  de  l'u-  des  que,  Dieu  a  creees,  en  les  jugeant  immondes 
nion  des  sexes,  mais  de  peur  qu'elle  nous  provoque  et  indignes  de  les  faire  passer  dans  votre  corps 
a  1'impurele.  puisque  cela  est  cause  que  le  corps  de  Jesus-Christ, 
7.  Mais  d'ou  vient  qu'ils  evitent  ainsi  tout  ce  qui  qui  est  l'Eglise,  vous  rejette  vous-memes  comuie 
vient  de  la  generation?  Cette  observation  si  parti-  des  immondes  et  des  impurs. 
culiere  des  viandes  in'est  suspecte.  Si  e'e^t  par  re-  8.  Je  n'ignore  pas  qu'ils  croient  etre  le  corps  de 
gime  et  par  l'ordonnance  des  niedecins  que  vous  Jesus-Christ,  el  qu'il  n'y  a  qu'eux  qui  le  soient. 
le  faites,  nousne  blamons  point  le  sum  qu'on  a  du  Mais  il  ne  s'en  faut  pas  etonner,  puisqu'ils  se  per- 
corps  pourvu  qu'il  ne  suit  pas  exeessif,  car  per-  suadent  aussi  qu'ils  out  la  puissance  de  consacrer 
sonne  n'a  jamais  hai  sa  pro  pre  chair,  comme  dit 
le  Sauveur.  Si  rest  par  l'ordonnance  des  personnes 
sobres,  e'est-a-dire  de  niedecins  spirituels,  nous 
approuvons  encore  la  vertu  par  laquelle  vous  dom- 
plez  la  chair  et   refrenez  ses  mouvements.  Mais  si 


Les  Msni- 

clieens  s'ahi 

tenaient  de 

certains 

aliments  pa 
superstition 


C'est  eD  Tai 
que  tous  lei 
heretiques 
se  flatient 

d'etre 
aposloiiquei 


a  A  cettc  epoque  tous  on  p-esqne  tons  les  heretiques  ela'ent 
infect-'s  iles  erreurs  manicheennes,  comme  nous  i'avons  dit  dam 
notrc  preface  gen.  rale.  II  ne  faut  done  point  s'etonner  s'ils  re- 
poussercnt  avec  tjnt  d'energic  le  dogme  de  la  presence  reelle  de 
Jisus-Clirist  dans  I'Eucharistie,  puisqu'ils  niaient  queJesus-Cliritt 
cut  eu  un  veritable  corps. 


probantes,  non  sane  quia  abstinent,  sed  quia  bajretics 
abstinent.  Nam  et  ego  iaterdumabstineo  :  sett  abstinen- 
tia  mea  satisfactio  est  pro  peccatis,  non  superslitio  pro 
peccatis,  non  superslitio  pro  impietate.  Xiiui  redargui- 
mus  Paulum,  quod  casligat  corpus  suum,  et  in  servi- 
tiilera  redigit  ?  Abstinebo  a  vino,  quia  in  vino  luxuiia 
est  :  aut  si  infirmus  sum,  modico  utar,  juxta  concilium 
Pauli.  Abstinebo  a  camibus,  ne  dum  nimis  nutriunt 
carncm,  siunil  et  carnis  autriant  vitia.  Pancm  ipsum 
cum  mensura  studebo  sumcre,  ne  onerato  ventre  stare 
ad  oraudum  Uedeat,  et  ne  impropcre  eliani  mibi  Pro- 
pheta,  quia  panem  meum  comedcrim  in  saturitatc.  Se  1 
ne  simplici  quidem  aqua  ingurgitare  me  assuescaro,  ne 
dialensio  sane  ventris  usque  ail  tilillalioncm  pertiagat 
libidinis.  lherelicus  alitor.  Ncmpe  liorret  lac,  el  quid- 
quid  ex  co  coaflcitur  :  postremo  omne  quod  ex  coitu 
procrealur.  Hecle  et  chrisliane,  si  non  idcirco  quia  ex 
coitu,  sod  ne  ad  coilum  provocent. 

7.  Csterum  quid  sibi  vull,  quod  ita  generalitcr  omne 
quod  ex  coitu  gencratur,  vitatur?  Suspicionem  g< 
milii  observatio  ista  oiborum  tarn  signantcr  expressa. 
Verumtamcn  si  de  regula  medicorura  hoc  profers  no- 
bi-  ;  noa  reprcbendimus  caram  carnis,  quam  nemo 
unquam  odio  babuit,  si  tamen  non  niinia  merit  Si  de 
disciplina  abstinentium,  id  est  spiritualium  medicorum 
schola :  etiam  virtulem  approbamus,  qua  camera  do- 
mas,    frenas    libidinem.     At    si  de    insania    Manicbaei 


pra?scribis  bcnelicentiae  Dei,  ut  quod  ille  creavit  et 
donavit  ad  percipiendum  cam  gratiarum  aclionc,  tu 
non  modo  ingratus,  sed  et  censor  temerarius  immun- 
dum  decernas,  et  tanquam  a  malo  abstineas ;  non  plane 
abslinenliam  collaudabo,  sed  exsecrabor  blaspbemiam  : 
le  magis  immundum  dixerim,  qui  immundum  quid  pu- 
las.  Omnia  munda  tnundis,  ait  ille  rerum  optimus 
animator;  et  nihil  immundum,  nisi  ei  qui  immundum 
quid  pulat.  Immundii  autem,  et  infidelibus  nihil  est 
mundum,  sed  /m/iiita  est  eormn  mens  et  conscientia. 
Vae  qui  respuilis  cibos,  quos  Dcus  creavit,  judicantes 
itnmundos  et  indignos,  quos  trajicialis  in  corpora  ves- 
tra  :  cum  propterea  vos  corpus  Christi,  quod  est 
Ecclesia,  tanquam  pollutos  et  immundos  exspuerit. 

8.  Non  ignoro,  quod  etsolosse  corpus  Christi  esse  glo- 
rienlur  sed  sibi  hoc  persuadeant  qui  illud  quoque  pcrsua- 
sum  habent,  potestatcm  se  habere  quotidie  in  mensa  sua 
corpus  Cbrisli  et  sanguinem  consccrandi  ad  nutriendum 
sc  in  corpus  Cbrisli  et  membra.  Nempe  jactant  se  esse 
successores  Aposlolorum,  et  apostolicos  nominant,  nul- 
lum tamen  aposlolatus  sui  signum  valentes  ostendre. 
Quousquo  lucerna  sub  modio  ?  Vos  estis  lux  mundi, 
dictum  est  aposlolis  :  et  ideo  apostoli  super  candela- 
brum,  ul  tolo  luccant  mnndo.  Pudeat  successores  apos- 
lolorum luceni  non  esse  mundi,  sed  modii,  mundi 
aulem  tenebras.  Dicamus  cis ;  vos  eslis  lenebra?  mundi ; 
et  transeamus  ad  alia.  Se  dicuut   Ecclesiam.  Sed  con- 


SOIXANTE  S1X1EME  SERMON  SUH  LE  CAINTIQUE  DES  CANTIQUES. 


477 


tons  les  jours,  a  leur  table,  le  corps  et  le  sang  a 
de  Jesus-Christ,  pour  s'en  nourrir  et  devenir  son 
corps  et  ses  rnembres.  Car  ils  se  vantent  d'etre  les 
successeurs  des  apotres,  et  ils  s'appellent  homines 
apostoliques,  quoique  pourtant  ils  ne  puissent 
montrer  aucune  marque  de  leur  apostolat.  Jnsqucs 
a  quand  la  lumiere  deroeurera-t  elle  sous  le  bois- 
seau  ?  «  Vous  etes  la  lumiere  du  monde  [Matlh.  v, 
IU),  »  a-t-il  ete  dit  aux  apotres.  Aussi  les  apotres 
sont-ils  sur  le  chandelier,  afin  d'eelairer  tout  le 
monde.  Que  ces  successeurs  des  apotres  rougissent 
done  de  n'etre,  au  lieu  du  la  lumiere  du  monde, 
que  la  lumiere  et  les  tenebres  du  monde.  Disons- 
leur  :  Vous  etes  les  tenebres  du  monde,  et  passons 
au  reste.  lis  disent  qu'ils  sont  l'Eglise,  mais  ils 
contredisent  celui  qui  dit  :  «  Une  ville  batic  sur 
line  montagne  ne  peut  pas  etre  c.ichee  [Ibid).  » 
Croyez-vous  que  cette  pierre  qui  s'est  detachee  de 
la  montagne  sans  le  secours  de  la  main  des  hom- 
ines, et  qui  est  devenue  elle-meme  une  montagne 
remplissant  toute  la  terre,  soit  enfermee  dans  vos 
cavernes?  Mais  il  ne  faut  point  encore  nous  anvter 
ici.  Leur  erreur  fuit  le  jour  et  se  contente  d'un 
sourd  murmure.  Jesus-Christ  a  et  aura  loujours 
son  heritage  entier,  et  sa  possession  n'aura 
pour  bornes  que  celles  de  la  terre.  Ceux  qui 
s'efforcent  de  ravir  a  Jesus-Christ  cette  grande 
succession,  s'en  privent  plutot  qu'ils  ne  la  lui 
6tent. 
Lutres  er-        9.  Voyez  ces  detracteurs,  voyez  ces  chiens.  lis  se 

reurs:  J  J  . 

ebaptSme   moquent  de  nous  parce   que   nous  baptisons  les 
la  p'ri're3'  infants,  que  nous  prions  pour  les   morts,   et  que 

iorts  etc.  a  ^  ne  Peu*  CI'ster  aucune  difficulte  a  propos  de  ces  paro- 
les, d'apres  la  letlre  d'Evervin  que  nous  avons  donnee  plus  h:iut 
et  dans  laquel'  •  il  est  dit  que  ces  heretiques  croient  que  tout 
elu,  e'est  ainsi  qu'ils  appellent  ceai  qui  out  recu  le  bapteme 
parmi  edi,  a  Iti  pouvoir  de  consacrer  le  corps  et  le  sang  de 
Jesus-Christ  Saint  Bernard  refute  cette  erreur.  On  peut  voir  la 
note  drat  nous  avons  acrompagne  ce  p  issage  dans  noire  prece- 
dents edition  (Note  de  Mabillon). 


nous  implorons  les  suffrages  des  saints.  Ils  tachent 
de  proscrire  Jesus-Christ  dans  loule  personne,  et 
tout  sexe,  dans  les  adiilteset  dans  lespetits  enfants, 
dans  les  vivants  et  dans  les  morts.  Dans  les  enfants, 
a  cause  de  la  faiblesse  de  leur  age,  dans  ceux  qui 
sont  plus  ages,  a  cause  de  la  difficulte  de  la  conti- 
nence, lis  privent  les  morts  du  secours  des  vivants, 
et  les  vivants  des  suffrages  des  saints  qui  sont 
morts.  Mais  a  Dieu  ne  plaise.  Le  Seigneur  ne  de- 
laissera  pas  son  peuple,  qui  s'est  mulliplie  comme 
le  sable  de  la  mer,  et  celui  qui  a  rachete  lous  les 
homines,  ne  se  contentera  pis  d'un  petit  nombre 
d'hereliques,  car  sa  redemption  est  abondante.  Or, 
qu'est-ce  que  leur  seul  petit  nombre  pour  la  gran- 
deur de  la  rancon.  Ceux  qui  tachent  de  ladiminuer 
s'en  privent  eux-memes.  Car  qu'importe  qu'un 
enfant  ne  puisse  parler  pour  soi,  puisque  la  voix 
du  sang  de  son  freie,  et  d'un  tel  Ire re,  crie  pour 
lni  de  la  terre  a  Dieu'?  L'Eglise  qui  est  sa  mere, 
se  leve  et  crie  aussi  pour  lui.  Et  ne  vous  semble- 
t-il  pas  qu'un  ei.faul  meme  ouvre  la  bouche,  st  Bernard 
si  je  puis  parler  ainsi,  vers  les  eaux  du  Sauveur,  et  ,  J""""6 

Jit  »  '  le  hapten'* 

dit  a  Dieu  dans  ses  vagissements  :  Seigneur,  je  des  enf-  :  . 
soutl're  violence,  repondez  pour  nioi  ".  II  demiude 
instamment  le  secours  de  la  gri.ee,  parce  que  la 
nature  lui  1'iit  souitVir  violence.  11  crie  parce  qu'il 
est  innocent  et  inalbeureux.  II  crie.  parce  qn'il  est 
ignorant  et  petit.  11  crie,  parce  qu'il  est  faible  et 
condamne  a  souffrir.  Ainsi  tout  crie  en  meme  temps  . 
chez  lui,  le  sang  d'un  frere,  la  foi  d'une  mere, 
l'abandon  d'un  miserable,  et  la  misere  d'un  aban- 
doning Et  ces  eris  sotit  pousses  vers  tin  pere.  Or, 
un  pere  ne  peut  pas  se  desavouer  lui-iueme. 


b    Dans  plusieurs  manuscrits,  de  meme  que  dans  les  premieres 

edit.ons  de-  ccuvres  de  saint  Bernard,  il    n  y    a  p [   ici    le    mot 

uthiarc,  «  ouvrir  la  bouche.  ■  O.i  bt  a  la  place  de  la  lecon  que 
nous  donnous  «  ne  vous  semble-t-il  pas  quits  crieut,  si  je  puii 
parler  ainei,  du  fond  meme  des  sources  du  Sauveur,  etc.  ■ 


tradicunt  ei  qui  elicit  :  Non  potest  civilas  abscondi  su- 
pra montem  potita.  Itane  lapidem  de  monte  abs- 
cissum  sine  manibus,  montem  factum,  et  implen- 
tcrn  mundum,  vestris  crcditis  inclusum  antrisV  Et 
ne  hie  quidem  immorandum.  Ipsa  opinio  refugit 
publicrri  stio  contenta  susurrio.  Habet,  et  semper 
habebit  integram  Cbristus  haereditatem  suam,  et  pos- 
sessionem suam  terminos  terrae.  Se  polins  subtrahunt 
huic  magnae  bereditali,  qui  Cliristo  illam  couanlur  de- 
trabere. 

9.  Videte  detractores,  videte  canes.  Irrident  nos, 
quod  baptizamus  infantes  :  quod  oramus  pro  mortuis; 
quod  sanctorum  sutlragia  poatuiamus.  [n  omui  genere 
hominum  atque  in  utroque  sexu  feslinant  proscribere 
Christum,  in  adultis  et  parvulis,  in  vivis  et  mortuis ; 
hinc  quidem  infantibus  ex  impossibilitate  naturie,  inde 
vero  adultis  ex  dil'licullate  continentiEe.  praescribentes. 
Porro  mortuos  viventium  fraudantes  auxiliis,  viventes 
nihilominus  sanctorum,  qui  decesserunt,    suffragiis  spo- 


liantes.  Absit.  Non  relinquet  Dominus  plebem  snam, 
quae  est  sicut  arena  maris,  nee  contentus  et  it  paucilate 
haerelicorum,  qui  omnes  redemit.  Neqie  enim  parva, 
sed  plane  copiosa  apud  cum  redemptio.  Quanlus  vero 
numerus  istorum  ad  magniludinem  pretii  ?  Sed  magis 
pretio  fraudant,  qui  ipsum  evacuare  conantur.  Quid 
enim  si  infans  pro  se  loqui  non  potest,  pro  quo  vox  san- 
guinis fralris  sui,et  talis  fratris,  clamat  ad  Deum  de  terra  T 
Adstit.  et  clamat  nihilominus  maler  Ecclesia.  Quid  ta- 
men  infans  ?  Nunne  et  ipse  videlur  libi  inlihire  quodam 
modo  fontibtis  Salvaloris,  vociferari  ad  Ileum,  suisqn  : 
vagilibus  clamilare  :  Domine,  vim  patior ,  respondc 
pro  me  ?  FlagUat  auxilium  gratiae,  quia  vim  patilur  a 
natura  ".  Clamat  innocenlia  miscri,  clamat  ignoranria  or*^';  a^;  , 
parvuli,  clamat  addicti  infirmitas.  Ila  ergo  clamant  jTjJeato." 
base  omnia,  sanguis  fratris,  tides  matris,  destilutio 
miseri,  et  miseria  destituti  :  et  clamatur  ad  Patrem. 
Porro  Pater  seipsum  negare  non  potest,  pater  enim 
est. 


478 


UaVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


10.  Et  qu'on  lie  me  dise  point  que  celui-la  n'a     quoi   une  femme  sera  sauvee  en  niettant  des  en- 
point  la  foi,  a  qui  sa  mere  communique  la  sienue,     fante  au  monde  si  elle  demeure  dans  la  foi  ■   avec 


I'l'ontbapti- 

,e-d.tn*  la  foi 

d>  1  Cgtiso 

leuv  mere 


en  I'enveloppant,  pour  ainsi  dire,  de  cette  foi  dans 
le  sacrement  debaptdme  qu'elle  luidonne,  jasqu'a 
en  qu'il  vienne  capable  de  la  ddvelopper  et  de  la 
recevoir  loule  pure,  uon-seulement  par  sa  propre 
couuaissance,  an  is  encore  par  son  consentement. 
Est-ce  que  sou  manteau  est  Irop  petit  pour  en  cou- 
vrir  tons  les  deux  en  meme  temps.  La  foi  de  l'E- 
glise est  grande.  Esl-elle  moindre  que  la  foi  de  la 


douceur  (1  Tim.  n,  15) ;  les  enfants  serontsecourus 
par  la  generation  du  bapteme,  les  personnes  ftgees 
qui  lie  pourront  garder  la  continence  se  racbele- 
I'ont,  par  les  nombreux  fruits  du  manage;  les 
morts  qui  anront  besoin  et  seront  dignea  des  prie- 
res  et  des  sacritices  des  vivants,  les  recevront  par 
1'enlremise  des  anges,  et  l'assistance  de  ceux  qui 
sont  deja  dans  le  ciel  ne  manquera  point  aux   vi- 


Cbananeenue,  qui  ful  sufflsante  et  pour  elle  et  pour  vants,  parce  que  1'affection  et  la  charite  qu'ils  ont 

sa  fille,  et  qui  lui  merita  d'entendre cette  parole:  par  Dieu  et  en    Dieu  qui  est  partout,    les    rend 

«0  femme,  voire  foi  est  grande,  qu'il  vons  soil  commetoujours,  presents  avec  eux. Car  Jesus-Christ 

fait  ainsi  que  vous  l'avez  demande  [Matt,  xv,  28).  »  n'est  mort  et  ressuscite  qu'afin  de  dominer  sur  les 

Est-elle  moindre  que  la  foi  de  ceus  qui,  descendant  vivants  et  sur  les  morts  [Horn.  xiv.  9).  Et  qu'il   a 

le  paralytique  parletoit,  lui  oblinrenl  en  meme  voulu  naitre  enfant,  et  passer  par  tous  les  degres 

temps  la  sante  de  r.'uue  etcelle  du  corps'?  Car  nous  de  1'age  jusqu'a  L'homme  parfait.  C'est  afin  de  ne 


La  foi  a  son- 

vent  (" 
d'aclre  que 
ceux  qui 

l'avaient 


lisous  :  «  Lorsque  le  Sauveur  vit  leur  foi,  il  dil  au 
paralytique,  contiez-vous  en  moi,  moil  tils,  vos  pe- 
ches  vous  sont  remis  :  »  el  un  pen  apres  :  «  Empor- 
tez  voire  lit  et  marcbez  [Malt,  ix,  2).  »  Celui  qui 
voit  cescbosesse  persuadera  aisementque  l'Eglise 
pent  presumer  avec  justice  non-seulement  dusalut 
des   petits  enfants  baptises  dans  la  foi  ;  mais    aussi 


manquer  a  aucun  age. 

11,  lis  ne  croient  point  non  plus  au  purgatoire 
apres  la  mort,  mais  ils  disent  qu'aussit6t  que  l'&me 
est  sortie  elle  passe  ou  au  repos,  ou  a  la  damna- 
tion. Qu'ils  demandent  done  a  celui  qui  a  dit,  qu'il 
y  a  un  pecbe  qui  ne  se  remettra  ni  en  ce  monde 
ni  en  l'autre  (.!/<.(«.  xu,  32),  pourquoi  il  a  dit  cela,s'il 


Les  hcrctiq* 
ont  tort  it 

nier  le 
purgatoire. 


de  la  bouronne  des  martyrs,  pour  ceux  qui  perdenl  n'y  a  en  1'autre  vie  ni  remission  depeches,  ni  pur- 
la  vie  pour  Jesus-Christ,  Cela  etant  ainsi;  ceux  qui 
sont  regeueres  par  le  bapteme,  ne  souffriront  au- 
cun prejudice  de  ce  qui  est  dit,  «  que  sans  la  foi,  il 
est  impossible  deplaire  a  Dieu  (Heb.  xi,  G),  »  puis- 
que  ceux  qui  ontrecu  lagracedubaptemeentemoi- 
gnage  dela  foi  ne  soul  poinlsans  foi :  ils  ne  souffriront 
pas  non  plus  de  cette  autre  parole  :  «  Celui  qui  n'aura 
point  cru,  sera  condamne  (Matt,  xvi,  16).  »  Car, 
qu'e£t-ce  que  croire,  sinon  avoir  la  foi?  CVst  pour- 


gatoire.  Mais  il  ne  faut  pas  s'etonner  si  ceux  qui  ne 
recounaissent  point  l'Eglise,  medisent  des  ordres 
de  l'Eglise,  s'ils  ne  recoivent  point  ses  institutions, 

a  On  trouve  plusieurs  variantes  de  ce  passage.  Le  manuscrit 
de  Jumioges  donne  avec  la  Vulgate  cette  version:  ■  Si  elle  de- 
nieure  dans  la  foi,  dans  la  charite,  dans  la  &ain tele  et  dans  une 
vie  reglee.  »  Un  manuscrit  de  la  Colbertine  porte:  <■  Si  elle  de- 
meure dans  la  foi  avec  une  vie  reglee.  »  Notre  lecon  est  prefe- 
ree  par  le  manuscrit  de  Saint- Germain  et  par  les  premieres  edi- 
tions. 


Antres 
erreurs  deot 
niemes  liert 
tiques  egalt 
oient  refutet 
par  saint 
Bernard. 


10.  Nemo  mihi  dicat,  quia  non  habet  fideui.  cui  ma- 
ter impertit  suam,  involvcns  11 1 i  in  a  icramento,  quousque 
idoneus  fiat  proprio,  non  lantum  sensu,  sed  et  assensu, 
evolatam  puramque  percipere.  Numquid  breve   pallium 
est,  ul  non  possil  ;'inbus  cooperire '.'  Magna  est  Eccli 
Bdes.  Numquid  mioor  tide    Cuananeaa    mulieris,   quam 
consist  et  filiae  suflicere  potuisse,  el  sibi?  Ideo  audivit  : 
0  mulier,    magna  est  fides  tua!  fiat    libit  sicui  , 
Numquid    minor    llde    illorum,    qui    paralyticurn     per 
tegulaa    demiUentes,    anims    illi    simul    el    corporis 
obiinuere    salutcm?    Denique    babes,    Quorum 
id  vidit,  nit  paralytt 

peccata.  Et  paulopost  :  Tolle grabatum  fuum,  etambula. 
Qui  h*c  credit  Facile  buic  persuadel  itur  mcrito  Eccle- 
siam  pia--uiiieic,  non  solum  parvulis  baptizatis  in- 
eualide  salute  n,  sed  cliam  iuterfectis  pro  Cliristo  in 
fanlibas  coronair.  marlyrii.  Qu=e  cum  ila  shit,  nullum 
pra>jiidiciuiii  sustinebuot  regencrati  de  co  quod  dictum 
eal,  Sine  fide  impossibile  est  plocere  Deo:  cum  sine 
fide  non  suit,  qui  in  testimonium  fidei  bnptismi  gra- 
tium  pc-rceperunt.  Sed  neque  de  eo  quod  item  dictum 
est  :  Qui  vero  non  crediderit,  condemndbitur.  Quid 
enim  credere  est,  nisi  (idem  habere  ?  Ilaque  ct  mulier 
salvabitur  per  generationem  filiorum,  si  permanserit  in 
fide  cum  lenitate ;  et  infantibus  per  lavacri  regeneratio- 


nem  succurretur';  et  adulti  qui  cotitinere  non  poterunt, 
coiijugii  Iricesimo  fructu  se  rediment;  viventium  quo- 
que  preces  et  hostias  mortui,  qui  opus  habebunt,  et 
digni  cruiit,  mediantibus  percipient  angelis  ;  et  eorum 
qui  jam  pervenerunt,  viventibus  adhuc  nequaquam 
solatia  dcerunt  per  Deum  qui  ubitjue  esl,  et  in  Deo 
nusquam  alTeclu  charitalis  abscntium.  Nam  et  Christus 
propter  hoc  mortuus  est  et  resurrexit,  vivorum  domina- 
relur  et  morluorum.  Piopler  bee  quoquc  et  infans 
natus  est,  et  per  singulos  letatum  gradus  profecil  in  vi- 
ruui,ut  nulli  deesset  eelati. 

11.  Non  credunt  ignem  purgatorium  reslare  post 
mortem  ;  sed  statim  animam  solulam  a  corpore  ,  vel  ad 
requiem  Iransire  ,  vel  ad  damnalionem.  Quadrant  ergo 
ah  eo ,  qui  dixit  quoddam  peccalum  esse,  quod  neque 
in  hoo  stcuIo,  neque  in  futuro  remil teretur ,  cur  hoc 
dixerit,  si  nulla  manet  in  futuro  remissio  purgatiove  pec- 
cavil.  Jam  vcro  qui  Ecslesiam  non  agnoscunl  ,  non  est 
mirum  si  ordinibus  Eeclesia:  deliahunt,  si  inslituta  non 
recipiunt,  si  sacramenla  conlemnunt,  si  mandatis  non 
ohediunt  ic  Pcccatores,  inquiunt,  sunt  apostolici,  ar- 
chiepiscopi ,  episcopi ,  prcsbyleri  :  acper  hoc  nee  dan- 
dis  ,  nee  accipiendis  idonei  sacramentis.  »  Nunquam  duo 
isla  convenient,  episcopum  esse  et  peccatorem?  Falsum 
esl,  episcopus  erat  Caiphas  :  et  tamen  quantus  peccator, 


SOIXANTE-SIXIEME  SERMON  SUR  I.E  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


479 


s'ils  meprisent  ses  sacrements,  s'ils  n'obeissent 
point  a  ce  qu'elle  commande.  Les  successeurs  des 
apotres,  les  arcbeveques,  les  eveques,  les  pretres 
sont  des  pecbeurs,  disent-ils,  et  partant  ne  sont 
point  capables  de  donner,  ni  de  recevoir  les  sacre- 
ments.  Ce  sont  done  deuscboscs  a  jamais  inconcilia- 
bles d'etre  eveque  etpecbeur.  NulleaientCaipbeetait 
eveque,  et  cependant  n'etait-ce  point  lui  qui  a  pro- 
nonce  la  sentence  de  mort  duSauveur?  Si  vous  niez 
qu'il  ait  ete  eveque,  le  teruoignage  de  saint  Jean 
vous  convaincra  d'erreur,  car  en  preuve  de  son 
pontiiicat,  il  rapporte  qu'il  avait  propbetise  {Joan. 
xu,  15).  Judas  etait  apotre,  et  quoiqu'il  fit  un 
avare  et  un  scelerat,  il  avait  ete  cboisi  par  le  Sei- 
gneur. Douterez-vous  de  l'apostolat  decelui  que  le 
Seigneur  lui-meme  avait  cboisi  ?«  Ne  vous  ais-je 
pas  cboisi  pour  douze,  dit-il,  et  1'uu  de  vous  est  un 
diable  (1  Joan,  vi,  71).  )>  Vous  voyezqu'on  pent  etre 
apolre  et  diable  tout  ensemble,  et  vous  niez  que 
celuiqui  est  pecbeur  puisse  etre  eveque'?  Lea  Scri- 
bes et  les  Pbarisiens  out  ete  assis  sur  la  cbaire  de 
Moise  et  ceux  qui  ne  leur  ont  pas  obei  comme  a 
des  eveques,  ont  ete  coupables  de  desobeissance, 
meme  contre  le  Seigneur,  qui  commande  de  les 
ecouter  et  dit :  ufaitesee  qu'ils  disent  [Matt. ii,  3).  » 
II  est  evident  que  bien  que  ce  fussent  des  Scribes,  des 
Pbarisiens.  et  de  tres-grands  pecbeurs,  neanmoins 
a  cause  de  la  cbaire  de  Moise  qu'ils  occupaient,  cette 
parole  les  regardait  encore  :  «  Qui  vous  ecoute  m'e- 
coute,  qui  vous  meprise,  me  meprise  (Luc.  x,  16). 
12.  Les  esprits  d'erreur  qui  parlent  avec  bypo- 
crisie  et  proferent  des  mensonges,  ont  encore  per- 
suade beaucoup  d'autres  opinions  mauvaises  a  ce 
peuple  fou  et  insense.  Mais  je  ne  pretends  pas  leur 
repondre  fir  tous  les  points. Car  qui  pourrait  cou- 
naitre  toutes  leurs  erreurs  ?  D'ailleurs  ce  serait  un 
travail  inlini,  et  nullement  r.ecessaire.  Car  on  ne 
les  convainc  point  par  desraisons,  car  ils  ne  lesen- 
tendent  pas  ;  on  ne  les  corrige  point  par   des   au- 


torites,  attendu  qu'ils  ne  les  recoivent  pas  ;  et  on 
ne  les  persuade  point,  parce  qu'ils  sont  eutiere- 
ment  pervertis.  On  en  a  fait  l'experience.  Ils  aiment 
mieux  mourir  que  de  se  convertir.  Aussi  leur  fin 
sera  une  mort,  et  un  embrasement  eternel.  Car  ils 
ont  ete  figures  il  y  a  longtemps  par  le  feu  que 
Samson  nut  a  la  queue  des  renards  (1  Judic.  l,  5). 
Souvent  les  fidelesen  ont  pris  quelques-uns  qu'ils 
ont  Iraines  en  public.  Ils  leur  ont  demande  leur  foi  Opinlatrete 
sur  les  points  oil  ils  etaient  suspects,  mais  ils  ont  des  h"ili- 
tout  nie  selon  leur  coutume,  et  ensuite  etant  mis  a 
l'epreuve  de  l'eau  a  ils  ont  ete  trouves  menteurs. 
De  sorte  que  ne  pouvant  plus  nier  qu'ils  fussent 
dans  las  erreurs  dont  on  les  accusait,  puisqu'ils 
avaient  ete  decouverts,  et  que  l'eau  ne  les  recevait 
point,  ils  prenaieut  le  mors  aux  dents,  comme  on 
dit,  et  etaient  assez  malbeureux  pour  professer  ou- 
verlement  leur  impiete,  soutenir  que  e'etait  la  ve- 
ritable foi,  et  disaient  qu'ils  etaient  prets  d'endurer 
la  mort  pour  elle.  Ceux  qui  etaient  presents  ne-  Les  hereii- 
taient  pas  moins  prets  a  la  leur  faire  soufl'rir,  si  ?uesmartTre- 
bien  que  le  peuple,  se  jetant  sur  eux,  lit  de  nuuveaux 
martyrs  de  leur  detestable  seele.  Nous  approuvons 
sonzele,  mais  nous  ne  conseillons  pas  d'iuiiter  cette 
action,  parce  qu'il  faut  persuader  la  foi,  au  lieu  de 
l'imposer  par  la  violence.  Quoiqu'il  serait  mieux 
sans  doute  qu'ils  fussent  puuis  par  l'epee  b  de  ce- 
lui   qui   ne   la  porte  pas  en  vain,  que    de   soulftir 

11  faut  per- 
a  Les  anciens  ne  rejetaient  pas    l'epreuve  de  l'eau  ainsi  que  l'a     suader  non 
prouve  Hinclimar  de  Keims  daDs  sa  lettre  a  Uildegare  de  Meaui.  imposer  la  foi 
On    trouve    la  maniere  dont  se  faisait  le  jugemeut  de    Dieu    j>ar 
l'eau  dins  le  tome  l^r  de  nus  Anaiectes,  on  il  est  dit  que  e'est  le 
pape  Eugene  II  qui  en  est  1'auleur.  Ou  peut  voir  cependant  les 
notes  de  llorstius  sur  point. 

b  Saint  Bernard  n'est  pas  ici  en  contradiction  avec  la  doctrine 
qu'il  a  enseignee  dans  le  sermon  precedent  n.  8,  ou  il  dit 
«  qu'on  doit  prendre  les  heretiques  nou  par  les  armes,  mais 
par  les  arguments,  »  cequil  neulendait  que  des  lieretiques  qui 
s'observent  et  ne  font  puint  de  propagande.  «  Aulrement  mieux 
\  ittt,  s  ins  aucnn  doute,  dit-il,  les  reduire par l'6pee  qucde  les  lais- 
ser  libres  d'entrainer  unefoule  d'autres  uooimes  dans  leur  erreur.  » 


qui  in  Dominum  mortis  dielabat  sententiam  7  Si  ncgas 
episcopum  ,  arguet  te  testimonium  Johatinis,  quieurn  in 
testimonium  sui  pontilicatus  etiam  prophelasse  refert. 
Aposlolusc.  i  Judas  :  et  licet  avarus  et  scclcratus , 
electus  tamen  a  Domino.  An  tu  de  illius  apostolatu  du- 
bitas,  quern  Dominns  elegit?  Nonne  ego,  inquit ,  oos 
duodecim  elerji ,  et  wins  ex  nobis  diabolic  est  ?  Audis  eum- 
dem  electum  apostolum  ,  et  e.vstitisse  diabolum  ;  et  negas 
posse  esse  episcopum,  qui  peccator  est?  Super  calbe- 
dram  Moysi  sederunt  Scribal  et  Pharis;ei ,  et  qui  non 
obedierunt  eis  tanquam  episcopis,  inobedientiao  rei  fu- 
erunt,  etiam  in  ipsum  Dominum  praecipienlem  ,  et  di- 
cenlem  :  Qure  dicunl  facile.  Patet  ergo , quamvis  Scribae, 
quamvis  Pl.arisaei , quamvis  videlicet  maximi  peccatores; 
propter  cathedrarn  tamen  Moysi  ,  ad  eos  quoque  nibilo- 
minus  pertinere  quod  item  dixit  :  Qui  vosaudU ,me au- 
dit; et  qui  vos  spernit ,  me  spernit, 

12.  MuKa  quidem  et  alia  huic  populo  stulto  et  insipi- 
enli  a   -piritu    erroris,    in    hypocrisi    loquentibus    men- 


dacium  ,  mala  persuasa  sunt  :  sed  non  est  respondere  ad 
omnia.  Quis  enim  omnia  novit  ?  Deinde  labor  infinitum 
esset,  el  minime  necessarius.  Nam  quantum  ad  istos,  nee 
rationibus  cunvincuntur  ,  quia  non  inlelligun! ;  nee  auc- 
toritalibua  corriguntur,  quia  non  recipiunt  ;  nee  flec- 
tuntur  suasiuniljus,  quia  subversi  sunt.  Probatum  est  : 
mori  magis  eligunt,  quam  converti.  Ilorum  finis  inte- 
rilus  ,  horum  novissima  iucendium  manet.  Hurum  siqui- 
dem  in  facto  Samson  ex  succeusis  vulpium  caudis  ligura 
prscessil.  Plerumque  lideles  injeclis  manibus  aliquos  ex 
eis  ad  medium  Iraxeiuut.  QtiEesiti  lidein  ,  cum  de  quit;. is 
suspecti  videbantur ,  omnia  prors.is  s  :o  more  negarent  ; 
exatninati  judicio  aquae,  mendaces  iitventi  sunt.  Cumque 
jam  negare  nun  possent,  quippe  deprehensi ,  aqua  eos 
non  recipiente;  arrepto,  ut  dtcetur,  freno  dentibtts,  tarn 
misere,  quam  libere  impietatem  non  confessi ,  setl  pro- 
fessi  sunt ,  palam  pietatem  adstruentes  ,  et  pro  ea  mortem 
subire  parati.  Nee  minus  parali  inferre  qui  adstabant. 
Itaque  irruens  in  eos  populus  ,  riovos  baereticis  suae  ipso- 


480 


UEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


qu'ils  en  entralnassent  d'autres  dans  leurs  erreurs. 
Or  il  est  ministre  de  Dieu,  et  il  doit  juger  seveiv- 
ment  celui  qui  faitinal  [Rom.  xri,  14). 

13.  Quelques  uns  s'etonnaient  de  les  voir  mar- 
cher a  la  movt,  non-seulement  avec  patience,  mais 
encore  avec  un  t'sj  \'it  d'allegresse j  mais  e'estpar- 
ce  qu'ils  ne  savent  pas  combien  grande  est  la  puis- 
sance du  (liable,  1  ml  sur  les  corps  que  sur  les 
Ames  de  ceux  dont  il  s'esl  une  fob  empare  par  la 
permission  de  Dieu.  N'est-il  pas  plus  etonnant 
qu'un  homme  se  fasse  mourir  lui-meme,  que 
d'atlendre  qu'un  autre  lui  domic  la  mort?  Cepen- 
dant  nous  savons  pur  experience  que  le  diable  a 
souveut  en  ce  pouvoir  sur  plusieurs  qui  se  sont 
noyes  on  pendus.  Car  Judas  se  pendit  [Malik,  xxvn, 
5)  lui-meme,  evidemroenl  par  la  suggestion  dn  dia- 
ble. Neanmoins  je  Ironve  encore  plus  Strange 
qu'il  ait  pu  lui  inspirer  la  pensee  de  livrer  le 
Seigneur,  que  celle  de  se  pendre  de  sts  propres 
mains.  L'obstination  de  ces  honimes  n'a  rien  de 
semblable  ii  la  Constance  des  martyrs,  dnns  ceux- 
ei  e'estla  piel§  a  et  dans  ceux-la  e'est  l'endurcis- 
sement  du  eoeur  qui  cause  le  mepris  de  la  mort. 
Difference     ,       ;        Prophete  a-t-il  dit.  peut-elre    meme  au 

entrelacons-  i 

lance  de«  n0Qi  d'un  martyr  :  «  Leur  cceur  s'est  serre  et 
"d'eVfaoi  C  epaissi  comme  du  lait,  mais  moi  j'ai  medile  sur 

manvrs.  vo(re  joi  (pS((/_  CXTllli  70),  »  pour  montrer  que 
bien  qu'il  seruhle  que  les  tourments  soient  les 
memes,  1'intention  est  bien  differente,  puisque  les 
uns  endurcissi'nt  leur  ceeur  contre  le   Seigneur,  et 

•  Saint  Anguslin  i  met  la  mfme  opinion  dans  le  'ivre  I  de  son 
ouvrage  contre  J  alien,  ainsi  que  .ian*  son  lure  sur  (j  Patience, 
chapilre  ivi.  ("est  d'apK-  ce  Pir'  qie  le  second  concile  d'O- 
range  a  dit  dins  son  canon  ivu,  la  constancedesC:ntils  prend 
sa  source  dans  une  enpidite  mood  .me,  tandis  que  ce^.e  des  chre- 
tieos  latrouve  dans  la  charilede  Died. 


les  autres  m6ditent  sur  sa  loi  sainte. 

16.  Cela  etant  ainsi,  il  n'est  pas  besoin  comme 
j'ai  deja  dit,  d'en  dire  davantage  inulilement  contre 
des  hommes  insenses  et  opiniatres.  II  suflit  de  les 
avoir  rait  connaltre  pour  cpi'on  les  evile.  Aussi 
afin  de  les  decouvrir,  il  taut  les  contraindre  a 
cbasser  les  femmes  qu'ils  entretiennent  chez  eux, 
ou  a  snrlir  de  l'Eglise  parce  qu'ils  la  scandalisent. 
(Vest  une  cbose  extrcmement  deplorable,  que  non- 
seulement  des  princes  seculiers,  mais  que  des 
membres  niemes  du  clerge  et  des  eveques  b,  qui 
devraient  les  persecuter  davantage,  les  supportent, 
it  cause  des  avantages  qu'ils  en  titent,  et  en 
recoivent  des  presents.  Et  comment,  disent-ils,  con- 
damnerons-notis  les  bemmes  qui  ne  sont  point 
convaincus  des  erreurs  dont  on  les  accuse  et  qui 
up  les  avouent  pas?  Celte  raison,  ou  plutot  ce  piv- 
texte  est  frivole.  11  suffit,  comme  j'ai  deja  dit,  pour 
les  connaitre,  de  separer  les  uns  des  autres  ces 
hommes  et  ces  femmes  qui  se  disent  continents,  et 
d'obliger  ces  femmes  a  vivre  avec  celles  de  leur 
sexe  qui  ont  fait  le  meme  vceu  qu'elle,  et  en  faire 
de  meme  des  hommes.  Car  decette  facon,  onpour- 
voira  et  a  leur  vertu  et  a  leur  reputation,  en  leur 
donnant  des  temoins  et  des  gardiens  de  leur  con- 
tinence. S'ils  ne  le  veulent  pas,  on  aura  droit  de 
les  chasser  de  l'Eglise,  puisqu'ils  la  scandalisent 
par  une  cohabitation,  qui  est  non-seulement  sus- 
pecte,  mais  illicite.  Que  cela  suflise  done  pour  de- 
couvrir les  ruses  de  ces  renards,  et  pour  faire  que 

t>  Je  ne  sais  si  parmi  ces  eveques  on  ne  doit  pas  compter 
l'eveque  de  Tonl,  a  qui  Ungues  AMellus  a  ecrit  une  leltre  de- 
meuree  inedlte,  dans  laquelle  il  dit  que  •  dans  son  diocese  se 
cachenl  des  hommes  de  pestilence  qui  condamnent  le  mariage. 
execrent  le  bapti-me,  et  tonrncnt  en  derision  les  sacrements  de 
l'figlise.  . 


C'est  une 
indignile  q 
des  heret! 
ques  Iron* 
Tent   de» 
pal  li-. in- 
par  ni  let 
clerci  et 
in   in'-    |.ar 
les    Kv,'qu' 


rum  perfidia?  martyres  dedit.  Approbamus  zclum ,  sed 
factum    non   Buademus  j  quia  tide  .   non 

imponendi.  Quanquam  melius  proculdu  icoer- 

centur  ,  illius  videlicet  qui  nun  sine  causa  gladi  im  portal, 
quam  in  suum  crrorem  mullos  trajicere  parmitlaalur. 
Dei  emm  minister  ifc'e  est,  V index  in  iram  ei  qui  maie 
agil. 

13.  Mirantur  aliqui,  quod  non  modo  palienler,  scd 
etheli,  tit  videbatur,  duecrentur  ad  morlem  :  scd  qui 
minus  adverlunt.  quanli  sit  potcstas  diaboli,  non  modo 
in  corpora  hominum,  sed  eliam  in  corda,  qua  semcl 
permissus  possederi'.  Nonne  plus  est  sibimet  hominetn 
injicere  manus,  quam  id  libel  tcr  abalio  sustinere?  Hoc 
aulem  in  multis  potaisse  diabolum  Frequenter  e 
annuls,  qui  seipaoa  aul  stibmerseront,  ant  suspenderunt. 
Denique  Judas  uuspendit  seipsum,  diabolo  sine  dubio 
immittenle.  F.-o  tanvn  magus  existimo,  magisque  ad- 
miror,  quod  potuit  immisisse  in  cor  ejus  ut  tiadcret 
Domintm,  quam  ut  seneiipsum  snspenderet.  Nihil 
ergo  simile  babcnl  eonstantia  Marty  rum,  et  pcrlinacia 
horum  :  quia  mortis  contempiuro  in  illis  pietas,  in  istis 
cordis  duritia  operator.  Et  ideo  Propheta  martyris  for- 
sitam  voce  dicebat  :  Coaguhtum  est  ticul  Lie  cor  eorum, 
ego  iero  legem  tuam  meditatus  sum  :  pro  eo  videlicet 
quod  etsi  peue  eadem    videretur,  longe   diversa    esset 


LeConseil 
saint 
Beroard 


inlcntio,  illo  uliqne  durante  cor  contra    Dominum,  isto 
in  lege  Domini  meditanle. 

14.  Qua?  cum  ita  sint,  non  est  opus,  ut  dixi,  frustra 
multa  adversus  homines  stiiltissimos  alque  obstinatissi- 
mos  diccre  :  suflicit  innoluisse  illos  ul  vilenlur.  Quam- 
obrcm  ut  deprehendantnr,  cogendi  sunt  vel  abjicere 
fetninas,  vel  exire  de  Ecclesia,  tilpote  scandalizantes 
Ecclesiam  in  convictu  et  contubernio  feminarum.  Do- 
lendum  valde,  quod  non  solum  laici  principes,  sed  et 
quidam  (ut  dicilitrl  de  Clero,  necnon  de  ordine  Episco- 
porum,  qui  magis  eos  persequi  debuerant,  propter 
quasstum  sustineanl,  accipientes  ab  eis  munera.  Et 
quomodo,  inquiunt,  damnabimus  nee  convictos,  nee 
confessos  7  Frivola  satis,  non  ratio,  sed  occasio.  Hoc 
solo,  etianisi  aliuj  non  cs-el,  facile  deprehendis,  si  (ut 
dixi)  virus  et  feuiinis,  qui  se  continenles  dicunl,  ab  in- 
viccin  scpares  :  el  fsminaa  quideni  cum  aliis  sui  et 
sexus  et  voli  degere  cogas ;  virus  jeque  cum  ejusdem 
propositi  vii-is.  Per  hoc  enim  consultuin  crit  utrorum- 
que  volo  Bimul  et  fjm.e,  cnui  conlincntise  sua?  et  testes 
tiabuerint,  el  custodes.  Quod  si  non  suslinenl,  justissime 
eliminabuntur  de  Ecclesia,  quam  scandalizant,  non  so- 
lum notabili,  sed  etiam  illicita  cohabilatione.  Ergo  ista 
sufticiant  pro  deprehendendis  harum  vulpium  dolis,  ad 
dandam  scientiam  et  cautelam  dilectae  et  gloriusae  Sponsae 


SOIXANTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  481 

l'Eglise  les  connaisse  et  s'en  donne  tie  garde,  elle  et  de  dire  :  «  Votre  science  est  tout-a-fait  merveil- 
qui  est  l'Epouse  bien  aimee  et  glorieuse  de  Notre-  leuse,  ellle  est  infiniment  elevee  au  desuis  de  moi, 
Seigneur  Jesus-Christ,  qui  etant  Dieti  par   dessus     et  je  n'y  saurais  alteindre  en   aucune  sorle   {Psal. 

cxxxvm,  5).  »  Et,  sans  aller  plus  loin,  quelle  dou- 
ceur ne  renferme  pas  le  commencement  de  ces 
paroles  ?  Car  voyez  comme  elle  commence  : 
«  Mon  bien-aime  esta  moi,  et  moi,  a  lui  (Can.  n, 
16).  »  Celte  parole  parait  simple,  parce  qu'elle 
est  douce.  Mais  nous  trailerons  cela  plus  loin. 

2.  Elle  commence  par  l'amour,  et  continue  a 
parlev  de  son  bien-aime,  temoignant  par-la  quelle 
ne  sait  aulre  chose  que  son  Epoux.  On  voitbien  de 
qui  elle  parle,  mais  on  ne  voit  pas  avec  qui.  Car 
nous  ne  pouvons  pas  croire  que  ce  soit  avec  lui, 
puisqu'il  n'est  pas  present,  comme  on  n'en  peut 
doutcr,  car  elle  semble  un  pen  plus  loin  le  rap- 
peler,  et  lui  crier  comme  derriere  lui  :  «  Reve- 
nez,  mon  bien-aime.  »  L)e  sorle  que  nous  sommes 
porle  a  croire,  qu'apres  avoir  acheve  ce  qu'il 
avait  a  lui  dire,  il  s*est  absente  a  son  ordinaire 
et   qu'elle  a   continue  a   parler  de    lui,  parce  qu'il 


tout  est  beni  dans   tous  les  siecles   des   siecles. 
Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXVH. 

Mouvcments  el  admirable  effusion  d'amour  dc  l'E- 
pouse en  relour  de  l'amour  que  lui  thnoigne  le 
Christ  son  ipoux. 

l.«Mon  bien-aime  esta  moi,  et  moi,  alui(Can,  n, 
id).  ))  Nous  n'avons  enlendu  que  les  paroles  de  1'E- 
rloux,  prions-le  qu'il  daigne  nous  aider  a  expliquer 
dignemenlles  paroles  de  son  Epouse,  pour  sa  gloire 
et  pour  notre  salut.  Car  n.ms  nesaurions  les  exami- 
neret  lesdiscuterd'unemaniere  dignedelui,  silui- 
meme  ne  conduit  nos  paroles.  Car  si  elles  sont 
donees  pour  la  grace  qu'elles  renferment,  elles  ne 
sont  pas  moins  fecondes  pour  le  sens,  et  profondes 
Joncenr,     en   ni3'slere.  A  quoi    les   comparerai-je?  A   Tune 


Hcacua'de  de  ces  viandes  qui,  par  une  triple  vertu,  sont  deli-     n'est  jamais  absent  pour  elle.  11  en  est  ainsi,  e.nef- 
a  sainte     cieuses  au  gout,  solides  comme  aliments,   efficaces 

comme  remede.  C'est  ainsi  qu'est   chaque    parole 

de  l'Epouse.  Par  la  douceur  d.U   son,  elle   cbarme 


la  volonle  ;  par  l'abondance  de  ses  sens,  elle  en- 
graisse  et  nourrit  le  cceur,  et  par  la  profondeur  de 
ses  mysleres,  elle  exerce  et  etonne  1' esprit,  et  en 
meme  temps  elle  guerit  d'une  facon  merveilleuse 
la  tumeur  et  l'enflure  de  la  science.  Car  si  quel- 
qu'un  de  ceux  qui  se  croient  savants,  voulant  ap- 
profondir  trop  curieusement  ces  choses,  voit  son 
esprit  aecable  par  celte  recherche,  et  redu.it  comme 
en  servitude,  ne  sera-t-il  pas  oblige  de  s'bumilier 


fet;  elle  a  sur  les  levres  celui  qui  ne  s'eloigne  ja- 
mais de  son  cceur,  lors  meme  qu'il  est  absent.  Ce 
qui  sort  de  labouche,  vient  du  cceur  (Luc.  vi,  45). 
Elle  parle  done  de  son  bien-aime,  en  epouse  vrai- 
ment  aimee  et  aimable,  parce  qu'elle  aime  beau- 
coup.  Mais  avec  qui  en  parle-t-elle  ?  Car  nous  savons 
bien  de  qui,  et  je  ne  vois  point  avec  qui  ce  pourrait 
etre,  si  ce  n'est  avec  les  jeunes  fllles  qui  ne  peu- 
vent  quitter  leur  mere,  lorsque  l'Epoux  s'est  retire. 
Mais  je  crois  qu'il  est  mieux  de  dire  qu'elle  se  parle 
a  elle-meme,  non  pointa  un  autre,  d'autantplus  que 
ce  qu'elle  dit  semble  tronque  et  peu  lie  avec  ce  qui 


Domini  nostri  Jesu-Christi,    qui  est  super  omnia    Deus 
benedictus  in  saecula.  Amen. 

SERMO   LXVII. 

Ue  mirabili  affectu    dUectionis   Sponsce,   quern    eructat 
propter  amorem  Chrisli  sponsi. 

i.  Dilecfus  m"ui  mihi  et  ego  Mi.  Hactenus  verba 
Sponsi.  Absit  ipse,  ut  digne  ad  gloriam  ipsius  et  nos- 
train  ipsorum  s.ilutem,  Sponsce  ejus  possimus  investigare 
sermones.  Neque  enim  tales  sunt,  qui  a  nobis  conside- 
rai'i  et  discuti,  prout  dignnin  fuerit,  valeant.  nisi  ipse 
I'ueiit  dux  verbi.  Sunt  enim  quam  snaves  ad  gratiam, 
lam  ftecundi  ad  sensus,  tain  etiam  profundi  ad  mysteria. 
Cui  similabo  eos  ?  Uni  interim  alicui  epularum,  qus 
triplici  i|uadam  emineat  gratia,  deliciosa  ad  saporem, 
solita  ad  nutrimentum,  efticax  ad  medicinam.  Sic,  in- 
quam,  sic  singulus  quisque  Sponsae  senno,  et  ex  eo 
quod  suaviter  sonat,  affectum  mulcet ;  et  de  sensuum 
uberlate  mentem  impinguat  et  nutrit;  et  de  altitudine 
mysteriorum,  dum  intellectum  quo  plus  cxercet,  plus 
ter.-et,  miro  modo  tumorem  sauat  inllantis  scientise. 
Etenim  si  unus  quispiam  ex  his  forte,  qui  sibi  scioli  vi- 
dentur,    curiosius  sese    dederit  scrutinio    horum,    cum 

T.    IV. 


viderit  ingenii  sui  succumbere  vires,  et  redigi  in  cap- 
livitatem  omnem  intellectum  persenserit,  nonne  humi- 
liatus  ad  illam  vocem  compelletur,  ut  dicat  :  Mirabilis 
facia  est  scientia  tua  ex  me,  confortata  est,  et  non  po- 
tero  ad  earn  ?  Et  nunc  quidem  principium  verborura 
ejus  quanta;  suavitatis  insigne  prrei'ert?  Nam  vide  quale 
principium  dederit.  Dilecius,  inquit,  mens  mihi,  et  ego 
illi.  Simplex  vox  videtur,  quoniam  suaviter  sonat :  sed  de 
lioc  videbitur  postea. 

2.  Nunc  vero  a  dilectione  incipit,  de  dilecto  prose- 
quitur, nihil  aliud  se  scire  indicans  nisi  dilectum.  Patet 
de  quo  sermo  :  cum  quo  non  ita.  Non  enim  ut  cum 
ipso  eodem  fuerit  sentire  permittitur,  cum  ipse  jam  non 
affuerit,  Neque  id  dubium ;  nempe  mos  eum  revocare 
videtur,  et  quasi  post  tergum  clamare  :  Recertere,  in- 
quiens,  dilecte  mi.  Unde  adducimur  non  aliud  sane 
conjicere,  nisi  quod  finitis  verbis  suis  ille  iterum  suo 
more  S3  absentaverit,  et  ilia  remanserit  nihilominus  de 
eo  loqnens,  qui  nunquam  absens  est  sibi.  Ita  est  :  in 
ore  retinuit,  qui  non  recedebat  a  corde,  nee  quando 
recedebat.  Quod  de  ore  exit,  de  corde  venit,  et  de 
abundantia  cordis  os  loquitur.  Ergo  loquitur  de 
dilecto,  et  vere  dilecta  et  vere  diligenda,  guoniam 
diligit  multum.  Quaerimus  cum  quo  ?  nam  de  quo, 
novimus.     Et    non    occurrit,    nisi  forte    cum  adoles- 

31 


aS2 


CEUVRES  DE  SAINT  REllNAltn. 


precede,  en  sorle  que  celui  a  qui  elle  parlerait  ue 
pourrait  pas  l'entendre,  ce  qui  est  pourtant  lebut 
qu'on  se  propose  quand  ou  parle  a  quelqu'un  : 
a  Mou  bieii-aime,  dit-olle.  est  k  moi  et  moi,  a  lui.  » 
Elle  n'eii  .lit  p.is  davanlage.  Le  sens  de  ce  dis<  ours 
est   suspendu,   on    plutdt   il  u'est  pas  suspendu,  il 


timides,  li  douleur  en  a  de  gemissantes,  et  l'amour 
reables.  Est-ce  l'habitude,  la  raison  on  la  re- 
flexion qui  forme  on  qui  regie  les  plainles  de  reus 
qui  seiilenl  deJa  douleur,  les  sanglots  ou  les  ge- 
missementsdesafQiges,  les  eris  soud. unset  exlraor- 
dinaires   de  ceus  qui  sonl  froppes  ou  effraycs,  on 


Les  senti- 
ments not 

l.'Ur  ljDga.'L- 


loinbe.  Celui  qui  l'eeoute  est  en  suspens,  loin  d'etre  meuie  les  renvois  .inn   estomnc  Irop  rerapli?  II  est 
uistruif,  il  differ*  de  l'etre.  expressions  ne  sonl  point  reilecbies, 

3.  Que  siguilie  ee  langage  :  «  Lui  a  moi,  ct  moi  mais  vien  entd'un  mouvemeiil  sou, lain  etimprevu. 

a  lui  !  »  Nous  ne  savons  ce  quelle  \  out  dire,  parce  Ainsi  l'amour  brulaot  et  vehement,  surtoul  celui  de 

que  nous   ue  sentons   pas  ce  qu'elle   sent.  0  sainte  Dieu,    ne  pouvant    plus  se  conlenir  en  soi,  se  met 

ame,  que  vous  est  voire  bien-airoe,  et  que  lui   eles-  pen  en  peine  de  1'oiMiv  et  de  1  i  suite  de  ces  paroles, 

vous?  iiites-nioi,  je  vous  prie,  quel  est  ce  don  reci-  pourvu  qu'il  ne  perde  rien  de  sa  vigueur  Qiielque- 

proque  que  vous  vous faites  de   vous-meme  I'un  a  fois   merae,    i!  ne  recourl    ni  aux  paroles,  ni  au 

l'aulre,  avec  taut  de  faniiliarite  et  de.  bienveillance.  langage,  et  se  conlente  de  soupirer.  C'est  ce  qui  fait 

!l  est  a  vous,  et  vous   etesa  lui.  Hais  que  lui  etes-  que  l'Epouse,  elanl   enllammee  d'un   saint  amour, 

\ous?  Liu  eles-vonsce  qu'il  vous  est,  ou  autre  ebo-e  1  el  I'etant  d'unemaniere  incroyable  pourtrouverquel- 

Si  vous   parlez  pour  vous,  si  vous  voulez  que  nous  que  soulagement  dans  I'ardeur  qui  la  consume,  ne 

vous  en  ten  lions,  expliquez   clairement  vetre  pen-  considere  point  cequ'elledituide  quelle  maniereelle 

see.  Jusqnes  a  quaud  liendrez-vous  notre  esprit  en  le  dit.  L'.iiiioiir  qui  la  presse  fait  qu'elle  parle  beau- 

balance?    Est-ce  que,  selon  le  Propliete  [Ita.  xxiv,  coup    moins  qu'elle  n'exhale  ce  qui  lui   vient  a   la 

16)  vous  gardez  voire  secret  pour  vous'.'  II  est  vrai,  bourhe.  Et  comment   n'exhalerail-elle  pas  ce  dont 

c'est  I'alfection  qui  parla,  non  1'eDlendemeni    (.'est  elle  est  si  pleine  et  si  rassasiec. 
pourquoi   l'ou    a  peine    a  vous  entendre.  Pour  ptoi         ft.  Hepassez  en  votre  nieiiiuire  le  texte  de  cet epi- 

donc  a-t-elle  parle  ?  Pour  rien,  si  ce  n'est  qu'etant  tbalame  sacre,  depuis  le  commencement  jusqu'iei, 

ravie  et  foiteuiiiiteinuede  l'entretien  qu'elle    avait  et  voyez  si  dans  les   entrevues   et  les  enlrelieiis  de 

tint  desire  avoir  avec  son  epoux,  elle  ne  peut  ni  se  l'Epoux  avec  l'Epouse,  il  s'est  communique  a  elle 

laire,  ni  exprimer  ce    qu'elle   sent,   lore  pill  cesse  avec  le  nieine  abandon  que  celte  fois-ci,  et  si  jamais 

de  lui  parler.  Car  elle  ue  parle  pas  pour  exprimer  il  lui  a  tenu    des    discours    aussi    longs   et   aussi 

ce  qu'elle  epiouvc,  mais  pour  ne  point  se  laire.   I  .a  agreables.    Kaul-il   s  etoiiner  apres    cela  que  celle 

bouclie  a  parle  de  I'abondance  du  eeeur.  Les   pas-  doul  les  desirs  sont  combles,  ait  plutdt  repanduson 

sious  out  leur   langage,  par  lequtd  elles  se   decou-  coe'ir  que   ses   paroles  ?  ou  si  ce    sunt  des  paroles, 

vreut  menie  uialgre  elles.  La  cratnte  a  des  paroles  elles  sont  sorties  avec  violence,  saus   ordre  et   sans 


Quel  est  le 

langage  de 

1'auiour. 


ccntulis,  quae  a  malreabesse  non  possunt,ubi  discesserit 
Spousus.  »ed  melius  ^ut  opinor)  sentimus  seou.n  potiua 
et  noil  cum  altero  sic  locutain,  piaescrtiin  quod  trunca 
et  minus  conlineus  inveuiatur  ipsa  locutio,  iosufiicieos 
plane  ad  danda.n  inleHigenliaui  auditori,  o.j  quam  vel 
maxime  iuvicem  loquiuiur.  Dilectas  metis  milii,  in  put, 
et  ego  t/li.  Son  plus  !  Pendet  oratio  ;  imo  non  peadet 
5ud  delict.  Suspcndilur  auditor,  ncc  cruditur,  sed  eri- 
gitur. 

3.  Quid  est  hoc  quod  dicit,  tile  mihi,  ct  ego  tilt ■  ■>  Nes- 
cimus  qnid  loquitur,  qui.i  no.i  sentimus  qjjd  sentit.  0 
saucta  uniuia,  quid  tuns  die  tibi,  quid  tu  illi  ?  Q.iuj.iam 
q.iaj=o,  li.ee  mier  vo_-  lam  I'a.nil.ariier  fuvorabililerque 
disuurrens  exbibilio,  et  rcJhibit.o  .'  'f.bi  ille,  in  pie  vi- 
cissi.n  illi.  ried  quid  ?  ldipsum  ei  tu,  qnoJ  lib  ille,  an 
ali.id  .'  rfi  nous,  si  aj  nostiu.a  1  quaris  intolligeutia  a, 
eviUunler  q  lod  semis  edioilo.  Quuusjmc  animus  ius- 
trus  to.lis .'  Ao  secundum  Propttelaai  secretum  tuu  a 
tibi?  lt.i  est  :  alfjetus  locutus  est,  non  inlellectus,  et 
Ueo  non  ad  intellectual.  AJ  qu.d  er^'o  .'  AJ  nihil,  nisi 
qioJ  mir.ibiliter  delectatu,  el  ailed  i  vehe.njater  ud 
desideraios  alfatas,  liiie  n  illo  faoieate  ne«  taooi-e  om- 
nino  quivit,  nar.  tainea  quod  soui'l  expriaiere.  Ne.pie 
cniai  ul  e.vp  rime  ret  tic  lojula  est,  suJ  ne  tavCi-et.  Ex 
abundaotia  cordis  os  locuium  est,  seJ  nun  pro  abundi- 
Ua.  Habeul  suas  voces  affeotus,  per  quas  se,  etiam  cum 


nolunl,  produnt  :  timor  (verbi  causa)  meticulosas,  do- 
lor gemebundas,  amor  jucun.las.  Numquid  dolentium 
planctus,  moerentiuinve  singultus  vel  gemitus,  percus- 
sorum,  itemque  paventium  subitiis  et  elTeratas  clamita- 
liones,  seu  etiam  saturatoruin  ruolus,  mil  usus  crcat, 
uut  ratio  excilal,  aut  deliberatio  ordinal,  aut  pnemedi- 
tatio  format?  Kjusmodi  cerium  est,  non  nulu  prodire 
an'uni,  seJ  erumpere  inolu.  Sic  Uagrans  ac  veliemens 
amor,  praEserLim  divinus;  cum  se  intra  se  cobibcre  noa 
valet,  non  alleudit,  quo  ordinc,  qua  lege,  quave  se- 
rie  sen  paucitate  verborum  ebulliai,  dummodo  e.x  boo 
nullum  sui  sentiat  de.iimenlum.  luterdum  nee  verba 
requirit,  inlerdum  nee  voces  oouiiao  ullas,  solis  ad  hoc 
contentus  suspiriis.  lode  "st,  .jnod  Spon>a  sancto  amoro 
Uigrans,  idq.ie  iucredibili  modj,  sane  pro  cuptunda 
quatulacunque  eva,joralione  ardoiis  que  n  p  ititur,  noa 
leial  qjid,  qualiler  eloqntur  :  sed  quidquid  in 
bucca  n  veue.it,  aaior  argeiile  Don  enuntiat,  sed  eruc- 
ni.  o  uJ.ii  erujtet  sic  refecti,  et  sic    rep  tela  7 

4.  Revolve  texlum  epiihalumii  liiijns  ab  ip?o  exordio 
mi.:,  et  vide  si  Liuta  uspiam  illi,  quauta  hue  vice 
in  eunctis  visitationibus  et  alloculionibus  bponsi  copia 
ejus  induita  I'ujrit  ;  et  si  u.iqu.uii  e.x  ore  ips.us,  non 
nmJj  tarn  multos,  seJ  et  tarn  jucundus  sermones  acce- 
per.t.  Quie  ergo  replevcrat  ia  boui*  desideriuui  suum, 
quid  miriim  si  rucmra  polius.  quaui    verbum   fecit  1  Et 


SOIXANTE-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE    DES  CANTIQUES.  483 

suite.   Car   I'Epouse  ne  croit  pas  faire  un  larein  en  bien-aime   a  moi,  et  moi  a  lui.  »  Qu'elle  soit  je  le 

s'appliquant   ce  verset  du  Prophete  :    «  Mon  ecpur  veux,  comme  elle  le  merite  bien,  dans  un  banquet 

a  exhale  une  bonne  parole  (Psal.   xuv,  2)  »  puis-  delicieux,    et  qu'elle    se  senle  transporter   d'alle- 

qu'elle  est  remplie  du  meme  esprit  que  lui.  «    Mon  gresse   en   voice   presence  ;   mais   si  elle  est    hors 

bien-aime  est  a  moi,  et  moi  a  lui.  »  II  n'y  a  point  de  d'elle-meme  pour  vous,  que  du  moins  elle  se  pos- 

liaison    dans  ce    discours,  et    il   ne  faut    pas  s'en  sede   pour   nous.  Qu'elle   soit  remplie  des  biens  de 

etonner  ;   c'est   une  effusion  des   cceurs.  Pourquoi  votre  maison,  et  abreuvee   d'un  torrent  de  delices; 

chercher  dans  cette  effusion,  la  liaison  du  discours,  mais,  je  vous  prie,  que  je  senle  au  moins,  si  pau- 

et  la  propriete  des  mots?  Quelles  lois  et  quelles  re-  vre  que  je   sois,  une  legere  odeur  de   1 'effusion  de 

gles  voudriez-vous  imposer  aux  renvois  qui  s'exha-  son  ame,   lorsqu'elle   sera  rassasiee.   La  pensee  de 

lent  d'un   estomac  trop   rempli  ?    lis  ne  recoivent  Mo'ise  s'est  exhalee  favorablement  pour  moi,  et  dans 

point  vos  ordrcs,  ils  n'attendent  point  vos  comman-  cet  epanchement  de  son  cceur,  je  sens  1'oJeur  de  la 

dements,    ils  ne    cb.ercb.ent   point  votre  commo-  puissance  qui  a  cree  toutes  ehoses  :  «  Au  commen- 

dile.     lis    sorlent    d'eux-memes,    avec    force,  du  cement,   dit-il,    Dieu  crea  le  ciel  et  la  terre  (Gen. 

fond  de  votre  poitrine,  non-seulementmalgre  vous,  l,  1).  »  Et  Isiie  a  exhale  aussi  l'agreable  odeur  de  la 

mais   meme  a  votre  insu,  et  sont    plutot  arraches  redemption,    lorsqu'il   a  d,t  :  «    II  s'est   livre  a    la 

qu'envoyes.  Cependant   ils  rendeut  quelquefoisune  mort  et  a   ete    mis   au  nombre    des   scelerats,    il  a 

bonne,  etquelquefois  une  mauvaise  odeur,  selon  les  porte  les  peches  de  plusieurs,  et  il  a  prie  pour  ceux 

Jifferenles  qualites  des  vases  d'oii  ils  montent.  Car  qui  le  faisaient  mourir  (Psal.  m,  13),»  afin  qu'ils  ne 

unhomme  de  bien  tire  le  bie.n  de  sun  tresor  qui  est  penssent  point.  Quelle  odeur  plus  grande  de  mise- 

bon  (Matlh.  in,  35),  et  le  mediant  tire  le   mal  du  ricorde  peut-il  y   avoir?    II  est   sorti    aussi   une 

sien  qui  est  mauvais.  L'Epouse   de    mon   Seigneur  odeurexcellente  de  la  bouche  de  Jeremie,et  de  celle 

est  un    bon  vase,    et  il  en  sort  pour  moi  une  odeur  de   David,   qui  disait  :    «  Mon  cceur   a  exhale  une 

excellenle.  bonne  parole  (Psal.  lxiv,  1).  »  lis  ont  ete  tons  rem- 

5.  Je  vous  rends  graces,   Seigneur   Jesus,    de  ce  plis  du  Sainl -Esprit,  et  epanchant  leur  cceur,  ils  ont 

que  vous  daignez  au  moins  m'admettre  a  la  sentir.  verse  de  toutes  parts  d'excellents  parfums.  Voulez- 

Uui,  Seigneur,  vous  daignez  m'y  admettre.  Car  les  vous  connaitre  ce  qui  s'est  epanche  de  Jeremie  ?  Je 

l>elits  chiens  maugent  les   miettes  qui   tombent   de  ne  l'ai  pas  oublie,  je  me  preparais  a  vous  ledire  : 

la  table  de  leurs  maitres  (Matt,  xv,  27).   Cet    epan-  «  II  est  bon  d'atten  hv  en  silence  le    salut  du    Sei- 

chemeut  du  cceur  de  votre  bien-aimee  repand  pour  gncur  (Thren.  in,  26).  »  Celte  parole  est  de  lui,  ap- 

inoi,  je  l'avoue,  une  odeur  tres-agreable,   et  le  pen  prochez-vous  pour  en  sentir  l'odeur  excellerde.  La 

que  je  recois  de  sa  plenitude,  je  le  recois  avec  recon-  douceur  de  la  justice  qu'elle  renferme,  et  qui  nous 

uaissance.Ellerappelle  1'abondancede  vos  douceurs,  doit  donuer    la   recompense    de  nos  travaux,  sur- 

etje  ne  sais  quelle  odeur  ineffable  de    votre  bonte  passe  iuliuiment   le  baume  le  plus  exquis.  11  veut 

et  de  votre  amour  je  sens  dans  cctte  parole  :  «  Mon  que,    souffrant   pour     la   justice,     j'atteude     uue 


si  verbum  fecisse  libi  videlur,  eructatum  puta,  et  non 
at. male  sn-  subornatura  ',  ant  praeordinatum.  Nee  enim  Sponsa  ra- 
jrdinaium.  pinam  arbitratur  silu  aplare  Prophet*  dictum,  Eructa- 
r,t  cor  meum  verbum,  quippe  eodem  repleta  spiritu. 
Dileclus  meus  mihi,  et  ego  Mi.  Nihil  consequenti*  ha- 
bet,  deest  o:alioni.  Quid  iude  ?  Ructus  est.  Quid  tu  in 
ructu  quueris  orationu:.,  junctures,  solemnia  dictionum? 
Quas  tu  luo  ructcii  leges  imponis,  vel  regulas?  Non 
recipit  tuain  nioderalionem,  non  a  te  compositioneru 
exspec'at,  non  commoditatem,  non  oppoi'tunitalem  re- 
quirit.  Per  se  ex  intimis,  non  modo  cum  non  vis,  sed 
et  cum  nescis,  erumpit,  evulsus  potius  quaai  emissus. 
Tamen  odorem  portat  ructus,  quandoque  bonum 
quandoque  malum  ,  pro  vasorum,  e  quibus  ascendit, 
contrariia  qualilalibus.  Denique  bonus  bomo  de  bono 
thesauro  suo  profert  bonum,  et  mains  malum.  Bonum 
vas  Sponsa  Domini  mei,  et  bonus  mihi  odor  ex  ilia. 

5.  Gralias  ago  tibi,  Domine  Jesu,  qui  me  dignatus  es 
admitlere  sallcm  ad  odorundum.  I  la  Domine,  nam  et 
calelli  edunt  de  micis  quae  cadunt  de  meusa  domi- 
norum  suorum.  Mihi,  fateor  bene  redolet  ructus 
dilcctae  tu3B,  et  de  pleniludine  ejus,  quanyis  mo- 
dicum   quid,     gratanter    accipio.     Memoriam     abun- 


dantiae  suavitatis  fuse  eructat  mihi ,  et  nescio  quid 
ineffabile  hue  dignationis  et  amoris  odoratus  sum  in 
voce  ista  :  Diteetui m°.us  mihi,et  eg  <  Uli.  Ipsi  (utdignuni 
est)  epuletur  et  evsultet  in  conspectu  tuo,  et  delectetur 
in  l.etilia  :  verumtameu  sic  tibi  excedat,  ut  sobria  sit 
nobis.  Ipsa  ergo  repleatur  in  bonis  doaius  tuae,  et  tor- 
rente  voluptatistuie  potelur:  sed  quaeio,  perveniat  ad  me 
pauperem  vel  tenuis  odor  eruetante  ilia,  cum  satiata 
merit.  Bene  mihi  eructavit  Moyses,  et  bonus  odor  in 
in  ructu  ejus,  creantis  potential  :  In  principio,  inquit, 
creavit  D.'uv  coilun  et  terrain.  Bene  Isaias  ;  nam  suaws- 
simum  redimeniii  misericordi<e  odorem  dedit,  ita  ernc- 
tans  :  Tradiiltt  in  mortem  animnm  saam,  el  eum  scele- 
raih  reputatui  est,  et  ipse  peccata  muttnriim  tulit,  et 
pro  trantgressoribus  rogauit,  ut  non  perirent.  Quid 
aequo  misericorJiam  redolet  ?  Bunus  quoque  ex  ore 
Jeremiae  ructus  ;  bonus  ex  David,  qui  ait  :  Eructavit 
cor  meum  verbum  bonum.  Rcpleti  sunt  ouines  Spiritu- 
Sancto,  et  eruotanles  omnia  impleverunt  bonilate.  Ruc- 
tum  Jeremi.e  requ iritis?  Non  sum  oblitus,  jim  p;irabam 
ilium.  Bonwn  est  pnestolaricum  silentio  salulare  D  imini. 
Ejus  est,  non  fallor  :  admovete  naribus  :  balsamum 
vincit  suavitas    remunerantis  justitiae,  quam    importat. 


484 


CEUVRES  DE  SAINT  RERXAIID. 


L'atteote  des 
juste?  a'esl 

pas  celle  dcs 
pechenrs. 


Eiemple  de 
justes 


apense  avenir,  non  pas  que  j'en  roooive  une 
a  present,  parce  que  la  recompense  de  la  justice 
nest  pas  le  salut  du  siecle,  niais  du  Seigneur  : 
«  S*il  tarda,  dil  an  I'rophele,  atleudez-le  et  ne 
murmura  point,  parce  qu'il  es<  bon  de  l'attendre 
eD  Sli  •  11,  3>  le  ferair,.  qu'ii  m'exhorta 

a  faire.    J'attendrai  mon  Dieu  et  mon  Sauveur. 

6.  .Mais  je  suis  pecneur,  et  il  me  reste  encore  une 
tongue  route  a  t.uiv.  parce  que  le  salut  estloi 
pecheurs.  Je  ne  murmurerai  pourlant  pas,  et  en 
attendant  je  me  t'odeur.  I., 

ivjouira  dans  le  Seigneur  en  goutant  ce  que  je  ne 
fa  is  encore  que  Qairer.  Celui  que  regarde  le  juste, 
le  pccheur  1'attend,  el  c'esl  dans  son  attente  que  se 
Irouve  l'odeur  qu"il  sent  :  «  Les  creatures  corpo- 
rejjesetinsensiblesjditsainl  Paul,  attendent  avec 
impatience  la  gloire  dee  enfants  de  D  .  nu, 

19  .  »  Regardor,  c'est  gouier  et  voir  combien  le 
Seigneur  est  doux,  ou  phjtot  n'est-oe  point  le  juste 
qui  attend  et  le  bienheureux  qui  possede  1  L'at- 
tente  des  justes  est  leurjoie  [Prov.  x,  28).  Le  pe- 
cheur  u'alteud  rien.  Et  il  est  pecheur,  non-seule- 
ment  parce  qu'il  est  attache  aux  biens  presents, 
mais  encore  parce  que,  s'en  eontentant,  il  n  attend 
rien  dans  l'avenir,  il  est  sourd  a  eellevoixdu  Sei- 
gneur :  «  Attendez-moi,  dit  le  Seigneur,  au  jour 
de  ma  resurrection  qui  doit  arriver  [Soph,  in,  8  .  a 
•  Simeon  etait  juste,  parce  qu'il  attendait  et  sentail 
deja  Jesus-Christ  en  esprit,  quoiqu'il  ne  l'adorat 
pas  encore  dans  la  chair.  Et  il  fut  bienheureux  clans 
son  attente,  parce  que  par  l'odeur  de  l'attente,  il 
arriva  au  gout  de  la  vision.  En  effet,  il  a  dit  : 
«  Mes  veux  out  vu  votre  salut  (Luc.  n,  25).  »  Abra- 
ham  aussi  etait  juste,   puisqu'il  «  attendit  et  sou- 


h aiia  de  voir  le  jour  du  Seigneur,  »  et  il  n'a  pas 
ete  confbndu  dans  sun  atien!.',  car  «  il  a  vu  ce  jour 
e1  s ,  u  est  rejoii  [Joan,  vin,  5G).  »  Les  apdlres 
etaient  justes,  lorsqu'on  leur  disait  :  «  Vous  etes 
r""li::  Brviteura  qui  attendent  leur  maitre 

{Luc.  xn,  36).  » 

7.    David    neteit-il    pas  juste    aussi,     lorsqu'il 

:  ■■  l-'i  altendu  le  Seigneur  avec   impatience 

wxix,  2)  ?  a  Cest  le  q  latrieme  de  ceux  dont 

j'ai   ditqu'ils   ont  epanche  leur  coeur   Psal.  cxvin, 

-  presque  I'oublier.  Cependanl  il  ne 

le  taut  pas.  Car  il  a  oiiverl    la    boucbe,   et    il  a 

attire"  I'esprit,  puis,  lorsqu'ilfut  ,  nou-seu- 

ntil    a   Gpanche   son  ceeur,   mais  encore  il  a 

chanU.Obon  .les:,-.  quell leurel  quelledouceur 

m'a-t-il  fail  senl  dans  s  s  effusions 

scantiquesremplisde  cette  huilede  joie   dout 

vo,r''!l1    '  ■  '  '  lauiere   plus   excel- 

[ue  tons    eux  q  li  participenl  a  votre  gloire, 

'i':"'-  de  ce  ,  el  de  cet  ambre,  qui 

parfumenl    lesvetem  ats,   qu'on  tire  pour  vous,  de 

de  vos  palais  d'ivoire,  et  dout  les  lilies  du  roi   vous 

ont  fait  present  au  jour  de  votre    triomphe    [Ptai. 

xi.iv,      8).   Plut    a  Dieu,   que  vous   me    Bssiea    la 

de  me  favoriser  de  la  rencontre  de  ce  grand 

prophete,  voire  ami  intime,  en  ce  jour  de  fete  et  de 

issance,    lorsqu'il  sortira   de  votre   cliambre 

nupliale,  en  chantant  son  epithalame  sacra,  sur  sa 

harpe  et  sur  sa  guitare,  comble  de  delices,    rempli 

et  remplissant  tout  de  ces  admirables  parfums.  En 

ce  jour,  ou  plulot  eu  cette  heure,  peut-etre  meuie 

en  cette  demi-heure,  selou  cette  parole  de  l'Apolre  : 

«  11  se  lit    uu  grand  silence    dans    le  ciel,  environ 

une  demi-heure  [Apoc.    vox,  1),  »    en  cette    heure 


Patientem  pro  justitia  vult  me  exspectare  mercedem  in 
posteruni,  non  recipere  in  praesenti,  quod  justilia:  mer- 
ces,  salulare,  non  saiculi,  sed  Domini  sit.  &  mo- 
ram  fecit,  inquit ,  expecla  ewn;  et  ne  murmuraveris, 
quoniam  bonum  est  cum  silenlio  exspectare.  Ergo  fa- 
ciam  quod  hortatur ;  exspectabo  Dominum  salvatorem 
meum. 

C.  Sed  peccator  sum,  et  adhuc  mini  grandis  restat 
via,  quia  longe  a  peccatoribus  salus.  Non  munnurabo 
tamen  :  in  udore  interim  consolabor  me.  Laetatibur  Jus- 
tus in  Domino,  gustu  experieas,  qi  tia  odoratu. 
Quem  special  Justus,  peccator  exspectat;  et  exspectatio 
odoralio  est.  Nam  exspectatio,  ait,  crealurce  reoelalio- 
nem  filiorum  Dei  exspectat.  Porro  speclaie  gusta 
et  videre  quoniam  suavis  est  Domiuus.  An  potius  Justus 
qui  exspectat:  et  qui  jam  tenet,  beatus  ?  Denique 
exspectatio  ,  Nam  peccator  nihil  exspec- 
tat. Et  inde  peccator,  quod  bonis  praeaenliboa  non 
detentus,  sed  et  contenlus,  nihil  in  futurum  exspectat, 
surdus  ad  vocem  illam  :  Ej  ms,  in 
die  resurrectionis  mem  in  futurum.  Et  ideo  Justus  erat 
Simeon,  quia  exspectabat  et  odorabat  jam  Christum  in 
spiritu,  quem  necdum  in  carne  adorabat.  Et  beatus  in 
exapectatione  sua,  quia  per  odorem  exspectationis   per- 


vcnit  ad  gustum  contemplationis.  Denique  ait  :  Et  vide- 
runt  ocult  mei  salulare  tuvm.  Justus  quoque  Abraham 
qui  et  ipse  exspeclavit  ut  videret  diem  Domini,  et  non 
est  contusus  ab  exspectatione  sua,  nam  vidil  et  gavisw 
tusti  Apostoli  cum  aucliebant  :  Et  vos  similes  homi- 
nibus  exspectanh  .,,,   suum. 

7.  Quidni  Justus  et  David,  quando  aiebat  :  Exipeclans 

exsfeci  Ipse  est  qnartua  de  numero  prse- 

tatorum  meorum,   quem  pene  praiteri- 

idit   cniidem.  Iste  os    suum    aperuit     et 

allraxit  spiritual,  et  saiuratus  non    modo  eructavit   aed 

et  cantavit.  Jesa  bone  !    qu.mlam  rneis  naribus  et  auri- 

bus  iste  inmadit    suavilatem  in    ruclu  et  cantu    suo   de 

oleo  l*tit,«,  quo  unvit  te  Deus  Deus  tuus   pra?  conser- 

tibustuis,  ex    myrrha,  et  guita,  el   casia  a    vestimenHs 

1    aomibus  eburneis,    ex  quibus  delectaverunt  te 

regum  in   honore   tuo  I  Utinam   me  digneria  oc- 

tanti   valis  et  amiei    tui  in  die    suleinnitalis    et 

latilia,  quando  egreJieturde  thalamo  tuo,  epilhalarrium 

suum  caucus  in  psalterio  joeundo   cum  cithara,  aflluena 

dchcus,  respersus  et  respergens  universa  Utiusmodi  pul- 

vere  pigmentario.    In  ilia  die,  vel    potius  in    ilia    bora 

(nam  hora-est  si  quando  est,    et  forlassis  ne  bora    qui- 

dem,  sed  horae  dimidium,  juxta  illud  Scriptura3,    Fac- 


S0IXANTE-SEPT1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


485 


done,  ma  bouche  sera  remplie  de  joie,  et  ma  lan- 
gue  d'allcgresse,  lorsque  je  senlirai  l'odeur  non- 
seulemcnt  de  chaque  psaume,  niais  de  cliaque 
verset,  une  odeur  beaucoup  plus  ercellente  que 
celle  des  parfums  les  plus  precieux.  Qu'y  a-t-il  de 
plus  porfume  queles  effusions  de  saint  Jean,  elles 
eshalaient  1'odeur  de  l'etemite,  dela  generation,  et 
et  de  la  divinite  du  Verbe?  Que  dirai-je  de  celles 
de  saint  Paul  ?  Quelle  odeur    a'auront-elles  point 


d'amour,  et  d'avoir  donne  en  echange  d'un  amour 
si  extreme,  sinon  celui  qui,  par  une  eminente  pu- 
rete  de  corps  et  d'esprit,  a  merite  d'eprouver  en  soi 
quelque  chose  de  pareil  ?  Car  tout  ce'.a  se  passe 
dans  les  mouvements  du  cceur,  et  ne  se  connait 
point  par  la  raison,  et  par  la  conformite.  Combien 
pen  y  en  a-t-il  qui  puissent  dire  :  «  Pour  nous, 
coutemplant  la  gloire  du  Seigneur  a  decouvert, 
uous  sommes  transform.es  en  son  image,  etpassons 


repandue  par  toute  la  terre  ?  Car  il    etait  la  bonne  de   lumiere  en  lumiere,    comme  conduits  par  son 

odeur  de  Jesus-Christ  (II  Cor.  xn,  15)  en  tout  lieu ;  esprit  (11  Cor.  in,  18).  » 

bien  qu'il  ne  me  decouvre  pas  les  paroles  ineffables  9.  Mais,  pour  rendre  intelligible  ce  que  nous  li- 

qu'il  a  entend'.ies,  il  me  les  ollVe   neanmoins,  pour  sons  dans  le  Cantique,  je  laisserai  a  l'Epouse  soil 

mefaire  desirerardemmentde  sentirce  qu'il  nem'est  secret,  auquel  il  ne  nous  est  pas  permis  de  toucheT, 

Bcmird.     pag  pei'mis  d'cnleiidre.  Car  je  ne  sais  comment  il  se  a  nous  surtout  qui  sommes  si  imparfaits,  etje  vous 


Les  obscu- 

ritf-s  He 

l'Ecriture 

plaiseut  a 

saint 


fait,  que  plus  elles  sont  cachees  et  plus  elles  plai- 
sent,  et  que  nous  desirous  plus  ardemment  ce  qu'on 
nous  refuse.  Mais  remarquez  quelque  chose  de 
semblable  dans  l'Epouse,  et  comment,  de  memeque 
saint  Paul,  elle  ne  revele  point  son  secret,  et  ne  le 
laisse  pas  neanmoins  passer  sans  y  toucher,  coin  me 
si  elle  voulait  au  moins  nous  faire  sentir  ce  qu'elle 
trouve  qu'il  n'esl  pas  encore  a  propos  de  nous  faire 
gouter,  soit  a  cause  de  noire  indignile,  soit  a  cause 
de  notre  incapacity. 

8.  «  Mon  bien-aime  a  moi,  et  moi  a  lui.  »  On 
voit  &  n'en  point  douter  en  cet  endroit,  bruleT  un 
amour   ardent   et   reciproque    de   deux  personnes 


proposerai  quelque  chose  d'autant  plus  intelligible 
que  ce  sera  plus  ordinaire,  et  de  nature  a  mieux 
faire  comprendre  aux  moins  eclaires,  le  sens  et  la 
suite  des  paroles  de  l'Epouse.  Je  crois  qu'il  suflira 
pour  notre  intelligence  commune  et  grossiere,  de 
sous-eutendre  ces  mots  :  «  Fait  attention,  »  entre  ces 
paroles  :  «  Mon  bien-aime, »  et  celles-ci,  «  a  moi,  » 
en  sorte  que  le  sens  soit  :  Mon  bien-aime  fait 
attention  a  moi,  et  moi  a  lui.  Aprestout,  je  ne  suis 
pas  le  premier  ni  le  seul  qui  l'ait  explique  ainsi, 
puisque  le  Prophete  a  dit  avant  moi  :  «  J'ai  atten- 
du  le  Seigneur  avec  impatience  et  il  a  fait  atten- 
tion a  moi  (Psal.  xxxix,  7).  »  Vous  voyez  clairement 


felieite  de   l'une,    et 
l'aulre.     Car     cette 


la   bonto     merveilleuse    de 
union      d'amour    si    elroite 


1  n'y  a  que  n'cst  .10int  entre  ileux  personnes  egales.  Au    reste, 
3ux  qui  ont  '  i  o 

Sprouve  la    qui  oserait  se  flatter  de  connaitre  clairement  ceque 
racedeDieu  ,.~    ,.  .      .«      ,,  in  _  *• 

qui  la  con-   1  Eghse  se  glontie  d  avoir  recu  de  cette   prerogative 

aissentbien. 


turn  est  silentium  in  ca>lo  quasi  media  hora.)  Ergo  in 
ilia  hora.  rcpk'bitur  gaudio  os  meuui,  et  lingua  inea  ex- 
sultatione,  dum  singulos,  non  dico  paalmos,  sed  versus 
singulos  seniiam  roctus,  et  idem  odoriferos  super  om- 
nia aromnta.  Quid  Joannis,  ructu  fragranlius,  qui  Verbi 
mihi  redolet  aeternitatem,  gencralionem,  divinitatem  ? 
Quid  de  Pauli  ruclibus  locpiar,  quanta  orbem  suavitate 
pepleveriat  ?  Denique  Ghpisti  bonus  odor  erat  in  omni 
loco.  Verba  eerie  ineffabilia  elsi  non  prol'ert  ut  audiam, 
offert  tamen  lit  cupiam,  et  libeat  odorare  quaj  audire 
non  licet.  Neacio  eniui  pacto  quo  plus  lalent,  plus  pla- 
cenl  •.  et  avidius  inliiamus  negatis.  Sed  jam  averte  apad 
Sponsam  similem  rem  ;  quomodo  instar  Pauli,  in  prae- 
senti  capilulo,  et  secretum  non  aperit,  nee  praelerit 
lamen  intaetum,  aliquid  quasi  olfaclui  nostro  indulgens, 
quod  guslui  forte  interim  non  competere  judicarit, 
sive  propter  indignitatem  nostram,  si  ve  propter  incapaoi- 
talem. 

8.  Dilectus  Dicta  mild,  el  ego  illi.  Quod  non  est  du- 
bium,  duoru:u  quidem  hoc  loo  amor  miituua  flagrat  : 
sed  in  amore  summa  unius  profecto  felicitas,  allerius 
mira  dignatio.  Ncque  enim  inlcr  pares  est  consensio 
sou  complexio  haec.  Ca?ierum  quid  ista  ex  hac  praero- 
gativa  amoris  glorietur  impensum  sibi,  repensumque 
vicissim  a  se,  quis  se  liquido  nosse  prasumai,  nisi  qui 


Sens  litteral 

de  ce 

passage. 


l'une  pour  l'autre.  Mais  dans  cet  amour  eclatent  la     que  Dieu  fait  attention  au   Prophete.   Vous   voyez 


aussi  que  le  Prophete  fait  attention  au  Seigneur  en 
ce  quit  dit  :  «  J'ai  attendu  avec  impatience,  »  or 
celui  qui  attend  fait  attention  a  ce  qu'il  attend,  car 
attendre  s'est  appliquer.  C'est  le  meme  sens  et 
presque  les   memes  paroles  que   l'Epouse,   mais 


praecipua  puritate  menlis,  et  corporis  sanctitate,  in  se- 
metipso  meruerit  tale  aliquid  experiri  ?  Res  est  in  af- 
fectibus  :  nee  ratione  ad  earn  pertingitur  sod  conformitate. 
Qiiam  pauci  vero  qui  dicant  :  Nos  autem  reuelata  facie 
speculantes  gloriam  Domini ,  in  eamdem  imaginem 
transformamur  de  claritale  in  claritatem,  lanquam  a 
I)  tmini  spiritu. 

9.  Verum  ut  sub  aliqua  qualicunque  intelligentiee  forma 
quod  legitur,  redigatur  :  salvo  quidem  Sponsae  suo  sin- 
gulari  secrcto,  ad  quod  interim  non  datur  accedere, 
praesertim  talibus  quales  non  sumus ,  apponeudum  sane 
aliquid  nobis,  eo  accommodatius  ad  communem  sensum, 
quo  usitatius,  quod  et  verbis  consequentiam,  et  inlcllec- 
tum  det  parvulis.  Et  mihi  quidem  videtur  satis  esse  ad 
nostram  grossam  et  quodam  modo  popularem  intelligen- 
liam,  si  dicendo,  dilectus  meus  mihi,  subaudiamus, 
intendit  :  ut  sit  sensus,  dilectus  meus  intendit  mihi,  et 
ego  ill I .  Quanquam  tamen  nee  solus  ego  id  senserim, 
nee  primus  :  cum  Propheta  ante  me  dixerit,  exspeclans 
exspectavi  Dinnimtm,  et  intendit  mihi.  Habes  aperte 
intentionem  Domini  ad  Prophelam  :  habes  et  Propheta?. 
ad  Dominum  in  eo  quod  ait  :  Exspectans  exspectavi. 
Nam  qui  exspectat,  intendit  :  et  exspectare  intendere 
est.  Idem  omnino  sensus,  eadem  pene  verba  apud  pro- 
phelam, qua;  apud  Sponsam  ;  sed  a  propheta  transpo- 


4S0 


OEUYHES  DE  SAINT  BERNARD. 


elles  sont  transposes  dans   le  Prophete.   Car  il 

a  mis   en  premier  Lieu  ce  que  I'Epouse   met   en 

dernier. 

10.  El  veritablement  I'Epouse  a  miens  parte,  en 

ne  representanl  j n »i n t  ses  merites,  mais  en  com- 

menc.iiit  par  le  bienfail  qu'elle  a  recu,  et  en  con- 

fessant  qu'elle  a  ele  prevenue  par  la  grace  de  son 

bien-aime.  Oui,  e.llealres-bien  parte  en  s'expriinanl 

ainsi.  Car,  comme  dit  I'Apdlre,  qui  luia  donne  le 

premier  el  on  lui  rendra  [Hon,   xi,    35 |  1  Eeoulez 

aussi  ce  que  saint  Jean  (lit  a    ce   sujet.    «    I. 'amour 

extreme  de  Dieu  envers  nuns,    parait   en  ce  qu'il 

nous  a  aimes  avant  que   nous  l'aimions.  »   Si   le 

Prophele  n'a  pas  parle  de  la  grftt  e   prevenante,  il 

n'a  pas  nie  la  grace  subsequent.  C'est  pourquoi  il 

dit  ailleurs,  en  s'adressant  au  Seigneur  :   «  Votre 

L«  meriio  de  misericorde   me   suivra    tons  les    jours  de  ma  vie 
r  Epouse  est  " 

dm.  la  grace  [Psal.  xxii,  6).  )>  Ecoutez  emore  sun  opinion  sur 
deitpoui.  ja  gr^ce  prevenante,  elle  n'est  pas  moins  cerlaine 
ni  moins  clane  :  «  C'est  moil  Dieu,  dil-il,  sa  mi- 
sericorde me  previendra  [Psal.  i.vm,  11).  »  Et 
parlant  au  Seigneur  :  a  Que  sa  misericorde  nous 
previenne  promptement,  car  nous  sonimes  dans 
un  exces  d'accablement  et  de  misere  (Psal.  lzxthi, 
8).  »  C'est  encore  avec  beaucoup  dt  sagesse  qu'en- 
suite  I'Epouse  ne  met  pas  les  memes  paroles  dans 
le  nienie  ordre,  mais  suit  celui  du  Prophete.  en 
disant  :  «  Moi  a  moil  bien-aime,  et  mon  bien- 
aime  a  moi.  »  Pourquoi  s'exprime-t-elle  ainsi? 
Pour  nioutrer  qu'elle.  est  ]ilus  pleine  de  graces, 
quand  elle  a  tout  donne  a  la  grace,  en  lui  attii- 
buant  le  commencement  et  la  fin.  Autrement 
comment  serait-elle  pleine  de  grace,  si  elle  avait 
quelque  cbose  qui  ue  vint  point  de  la   grace,  lors- 


Sainl   Her- 


que  le  merite  '  a  tout  ocenpe.  Cette  concession 
d'une  grace  pleine  et  entiere  marque  la  plenitude 
de  la  grace  dans  fame  de  celle  qui  la  fait.  Car  s'il 
j  a  quelque  chose  qui  vient  de  fame  comme  de 
fame,  en  tant  que  telle,  il  faul  que  la  grace  lui 
cede  le  |>as.  Tout  ce  que  vous  imputez  au  merite, 
VOUS  I'dlez  a  la  grace.  Je  ne  veux  point  de  merite 
i[ui  exclue  la  grace.  J'abhorre  tout  ce  qui  est  de 
moi,  parce  que  je  veux  elre  a  moi,  a  moms  peut- 
etre  que  ce  qui  fait  que  je  suis  davantage  a  moi, 
soil  beaucoup  plus  a  moi.  La  grace  me  rend  a  moi 
juslilie  gratuitement,  el  delivre  ainsi  de  la  servi- 
tude du  peche.  Car  ou  est  f esprit  du  Seigneur,  la 
est  aussi  la  liberie  (2  Cor.  m). 
11.  0  Synagogue,   epouse  insensee,  qui  meprise  la 

justice  de  DieU,  c'est-i-dire  la  grace  de    son  epoux,  nard  reniela 

veutetablir  sa  propre  justice,  el  nese  soumet  point   q,inpfa<fe0ie 

i  celle  de  Dieu.  (.'est  pour  celaque  cette  miserable.  s,lul  d,ns  •"« 
...  '  ,  ,  ceuvrea. 

a  ete  repudiee,  et  qu  elle  n  est  plus  epouse,  tdre 
qui  revient  a  l'Eglise  a  qui  le   Sauveur  dit  :  «  Je 

vous  ai  epousee  par  la  foi,  je  vous  ai  epousee  par 
l'equite  et  la  juslice  ;  je  vous  ai  epousee  par  la 
clenieiice  et  la  misericorde  (Once,  n,  19).  »  Vous 
ne  m'avez  pas  cboisi,  mais  c'est  moi  qui  vous  ai 
choisie,  et  ce  ne  sont  pas  les  merites  quej'ai  trouves 
en  vous  qui  ni'ont  porte  a  vous  choisir,  mais  j'ai 
prevenu  vos  merites.  C'est  done  par  la  foi  que  je 
vous  ai  epousee,  non  par  les  ceuvres  de  la  loi ; 
c'est  par  la  justice,  mais  par  la  justice  qui  vient  de 
la  foi,  non  de  la  loi.  Ce  qui  manque  maintenant, 
c'est  que  vous  rendicz  un  jugemeiit  equitable  entre 

a  Saint  Bernard  parle  ici  du  merite  qni  ne  vient  pas  de  Is 
grace,  qui  se  place  au  dessus  d'elle,  et  I'eiclnt.  On  pent  voir  sur 
ce  point  les  notes  de  Uorslius  et  le  sermon  suivant. 


•-ita.  Priiis  siquidem  is,  quod  ilia  posterius   posuit,  et  e 
con  verso. 

10.  Caeterum  Sponsa  rectius  locuta  est,  el  non  pra- 
tendens  meritum,  sed  praemillens  btnclicium,  et  se 
praeventam  dilecli  gratia  conliteos.  Rccte  omnino.  Nam 
quis  prior  dedit  illi,  et  retrbuelur  ei  ?  Uenique  audi 
Joanncm,  qaid  in  epistola  sua  super  hoc  senscrit.  In  hoc 
est  eharitns,  inquil,  non  qunsi  not  dilexerimus  Deum, 
sed  ipie  prior  dilexit  nos.  Propheta  tanien  graliae  prae- 
ventiunem  clsi  lacuit,  non  ncgavit  subsecutionern  :  plane 
non  lacuit.  Sed  accipe  el  alio  loco  certioicm  de  re  isla 
ipsius  confes.-ioni.-tii.  Et  misericorilia tua,  inquit (Domino 
loqnebaturi  suitseqvetur  me  omnibus  iliebus'  vitee  me/s. 
Audi  el  de  pr;eventtone  idemlideni  ipsius  non  minus 
cerlam  manifestamve  scicntiam.  Deus  metis,  inquit, 
muericordia  ejus  praveniet  me.  Item  ad  Dominuir  : 
Cilo,  ail,  anlicipent  «<■«  miserieordut  tua,  quia  pau) 
facii  sumus  nimis.  Pulchre  Sponsa  posterius  (ni  i 
hacc  eadem  verba  non  eodem  ordine  ponil,  sed  sequitur 
el  ipsa  Prophelje  ordinetn,  loquens  hoc  modo  :  Ego 
dileclo  meo,  et  dileetus  meus  mihi.  Cur  ita?  Neoipe  ut 
tunc  magis  gratia  plenum  se  probet,  cum  toluni  gratia 
dederit.  et  prituas  scilicet  illi  partes  adseribens,  et  ulti- 
mas. Alioquin  quomodo  gratia  plena,  si   quid   habueril, 


quod  non  sit  ex  gratia.'  Noil  esi  quu  gratia  intret,  ubi 
jam  meritum  occupavil.  Ergo  jam  plena conlessiogratia;, 
ipsius  gratia;  pleiiitudinem  signal  in  auima  oonlilenlis. 
■Nam  si  quid  de  proprio  inest,  in  quantum  esl,  gratiam 
cedere  illi  necesse  est.  Ueest  gratiae,  quidquid  merilia 
dcpulas.  Nolo  meritum,  quod  gratiam  excludat.  Ilorreo 
quidquid  de  meo  csl,  ut  sim  uieus  :  nisi  quod  illud 
magis  I'orsitan  meum  est,  quod  tne  meum  facit.  Gratia 
reddit  me  mihi  justilicaluin  gratis,  et  sic  liberatttm  a 
servitute  peccali.  Denique  ubi  spiritus,  ibi  liberlas. 

11.  0  faluam  sponsam  Synagogam,  quae  contcmnens 
Dei  justitiam,  id  est  gratiam  sponsi  sui.  et  suam  volens 
constiluere,  jusliliae  Uei  non  est  subjecla.  Obhucmiscra 
rcpndiata  est,  et  jam  non  est  sponsa,  sed  Ecdesia,  cui 
dicitur  :  Desponsavi  te  mihi  >n  fid-;  desponsavi  te  mihi 
in  judicio  et  justitia ;  desponsavi  le  mihi  in  mifericordia 
et  misernlionibws.  Nee  tu  me  elegisli,  sed  ego  clegi  le  : 
nee  ui  te  eligerem,  tua  inveni  raerita,  sed  pneveoi.  Ita 
ergo  in  tide  desponsavi  te  mihi,  et  non  in  operibua 
legis;  desponsaviqueia  joslitia,  Bed  justitia  qua;  est  ex 
(ide,  nij;i  ex  lege.  Restal  ul  judices  judicium  rectum 
inter  mc  et  te,  judicium,  in  quo  te  desponsavi,  ubi 
constat  intervenisse  non  luum  meritum,  sed  meum  pla- 
citum.    Hoc   esl    autem    judicium,    ut    tua  merits  non 


SOIXANTE-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


uS7 


vous  et  moi,  et  que  vous  reconnaissiez  que  je  ne 

vous  ai  pas  epousee  pour   vos   merites,  mais   par 

un  etfet  de  ma  pure  bonte ;    que   vous   n'elevicz 

point  vos  propres  merites,  que   vom  ne   preferiez 

point  les  reiivres  de  la  loi,  que  vous  ne   vous  van- 

liez  point  d'avoir  porle  le  poiils  du  jour  et  de  la 

chalenr,  puisque  vous  avez  ele  epousee   par  la  foi 

et  par  la  justice  qui  vient  de  la  foi,  aussi  bien   que 

par  la  clemence  et  la  misericorde. 

12.  Celle  irui  est  vraiment  epouse   recounait   ces 
1  y  a  dee,  i  i  '  ( 

|r4ce»,  la  choses,  et  conl'esse  avoir  recu  l'une  et  1  autre  grace, 
celle  qui  previent,  et  celle  qui  suit.  C'est  pourquoi 
I'Epouse  dil  inaiiilenant  :  «  Mun  bien-aime  a  moi, 
et  moi  a  mon  bien-aime,  »  en  allribuant  le  prin- 
cipal a  son  bien-aime,  et  ensuile  elle  dit  :  «  Moi  a 
mon  bien-aime  et  moti  bien-aime  a  moi,  »  pour 
lui  donner  aussi  la  Dn  et  la  consummation.  Main- 
tenant  voyons  ce  que  signiflent  ces  paroles  :  «  Mori 
bien-aime  a  inoi  »  car  elle  sous-enlend  ces  mots  : 
«  fait  attention,  »  comme  nous  l'avons  deja,  dit,  et 
comme  le  dit  le  Prophele  :  «  J'ai  attendu  le  Sei- 
gneur avec  impatience,  et  il  a  fait  attention  a  moi 
(Psal.  xxxix,  1).  i)  Je  trouve  que  ces  paroles  con- 
lieiinentquelque  chose  de  grand  etune  prerogative 
toute  particuliere.  Mais  il  ne  faut  pas  proposer  a 
des  esprits  eta  des  oreilles  deja  fatigues  una  cbose 
qui  merite  d'etre  ecoutee  avec  un  esprit  tout  dispos. 
Si  vous  le  voulez  bien,  nous  la  remeltrons  a  line 
autre  fois,  et  je  commencerai  par-la  le  discours  de 
deniain.  Priez  seulement,  en  attendant,  quela  grace 
et  la  misericorde  de  l'epouxde  l'Eglise,  Jesus-Christ 
Nolre-Seigneur,  nous  delivre  des  occupations  qui 
nous  accablent  de  toutes  parts;  lui  qui  elant  Dieu, 
est  par  dessus  (out  beni  dans  tons  les  siecles  dts 
siecles.  Ainsi  soit-il. 


SERMON  LXVIH. 

Comment  l'Epoux  qui  est  Jesus-Christ  fait  nttention 
ii  I'Epouse  qui  est  I'Ejilise,  el  comment  elle  le  pnie 
de  rclour  en  cela.  Soin  parliculier  que  Dieuprend 
de  ses  elus.  Merite  et  confianie  de  I'Eglise. 

1.  Ecoutez  ce  que  nous  avons  remis  a  vous  dire 
aujourd'hui.  Ecoutez  la  joio  que  j'ai  ressentie.  Et 
cetle  joie  est  a  vous.  Ecoutez  done  avec  joie.  Je  l'ai 
ressentie  dans  nne  parole  de  I'Epouse,  et  apres 
l'avoir  comme  flairee  spirituellement,  je.  l'ai  cachee 
pour  vous  en  faire  part  aujourd'hui  avec  d'autant 
plus  d'allegresse,  qu'il  me  semble  q\ie  le  temps  est 
plus  favorable  pour  le  faire.  L'Epouse  a  dit  que 
l'Epoux  fait  attention  a  elle.  Quelle  e-t  I'Epouse,  et 
quel  e.-t  l'Epoux  ?  L'Epoux  c'est  notre  Dieu,  et  si 
je  l'ose  dire,  c'est  nous  qui  sommes  I'Epouse,  avec 
le  reste  des  captifs  qu'il  connalt.  Rcjouissons-nous. 
«  C'est  14  notre  gloire  a.  »  Nous  sommes  ceux  a  qui 
Dieu  daigne  faire  attention.  Neanmoins  quelle  dis- 
tance il  y  a  enlre  lui  et  nous?  (Jue  sont  devant  lui 
les  habitants  de  la  terre,  et  les  enfantsdes  hommes? 
Selon  un  Prophete,  ils  sont  comme  s'lls  n'elaient 
point  [ha.  xl,  17)  ;  ils  sont  a  son  egard  comme 
un  rien,  comme  un  neant.  Que  vent  done  dire  cette 
comparaison  enlre  des  personnes  si  inegales?  Ou 
celle-la  se  gloritie  excessivement,  on  celui-ci  aime 
exccssiveinent.  N'est-ce  pas  une  chose  merveilleuse 
qu'elle  s'atiribue  l'attention  de  son   Epoux  comme 

ft  Telle  est  la  locon  rle  fous  lea  manusfrila  ;  mais  riorstius  a 
ajoute  :  «  C'est  le  temuignage  de  notre  ennscienee,  »  paroles  qui 
n'oul  aucun  rappoit  avec  le  scds  de  ce  passage. 


extollas,  non  praeferns  opera  legis,  non  jades  pondus 
diei  et  asslus,  qua?  magis  in  fide  et  in  juslilia  quae  est  ex 
fide,  necnon  in  miscricordia  cl  miscialionibus  nosceris 
desponsata. 

12.  Quae  vero  sponsa  est,  agnoscit  ista,  el  ntramque 
grnliam  conli'etiir  :  primo  quide  n  cam  qua;  prima  est, 
qua  el  praeventa  est  :  postea  vera  et  subsequenlem.  Ait 
Haque  nunc,  dilectuimeus  mihi,  el  ego  illi;  principium 
dilecto  trihuens.  In  consequentibus,  ego,  inquit,  dilecln 
meo,  i'l  dileciui  metis  mihi;  consummalione  n  illi  aequo 
concedens.  Nunc  jam  videamus  quid  dicat,  dilectHS 
mens  mihi.  Si  eiim  hoc  recipilur  ut  subaudiamus,  inten- 
dit,  sicut  jam  diximus,  et  siout  Prophela  ait,  exspectans 
exspectavi  Dominum,  et  intendit  mihi  :  ego  in  verbo 
isto  scnlio  nescio  quid  non  plane  ccignum,  nee  medio- 
cris  prserogativse.  Scd  non  est  ingerenda  fatigalisauribus 
et  menlibus  res  omni  alacritate  digna.  Si  non  gravat, 
difCeraLnr.  et  non  in  longum  :  cras'inus  inde  incipiat 
scrtno.  Tantum  orate,  ut  ab  irruentibus  occupationibus 
interim  custodial  nos  gratia  et  miscricordia  sponsi 
Ecclesiie  Jesu-Christi  Domini  nostrl,  qui  est  super  om- 
nia Dens  benedict  us  in  saecula.  Amen. 


SERMO  LXVI1I. 

Qunmorio  Sponsus  Christtts  intendit  SponscE  Eeclesirp,  et 
heec  illi  :  et  de  euro,  r/itam  hahet  Deus  de  eleclis.  Item 
de  merilo  et  fiducia  Ecelesice. 

1.  Audile  jam  quod  heri  distnlimus,  andite  gaudiiim 
mciim  quod  sensi.  Et  veslrum  est  :  andite  gaudente9. 
In  uno  verbo  Spons.e  sensi  hoc,  et  quasi  odoralus  abs- 
condi,  eo  vobis  bodie  festivius  exhibenduin,  quo  tcm- 
pestivius.  Sponsa  locuta  est,  et  dixit  Sponsion  intendcre 
sibi.  Qua;  est  Sponsa,  et  quis  est  Sponsus?  Rio  Deus 
nosier  est  :  et  ilia  (si  audeo  dicei-e)  nos  suraiis,  cum 
reliqua  quidem  multitudine  caplivorum,  quos  ipse  nnvit, 
Gandeamus  :  gloria  nostra  haee  est  :  nos  sumus  in  quos 
intendit  Deus.  Quanta  tnmen  disparilas.  Quid  terrigeuae 
et  lilii  hominum  coram  illo?  Secundum  Pruphelam,  sic 
S"nt,  quasi  non  sii.t,  et  quasi  nihilum  et  inane  reputati 
sunt  ei.  Quid  sibi  ergo  veil  ista  inter  lam  dispares  com- 
paralio  ?  Aut  ilia  in  imniensum  amat.  Quam  admirabile 
est,  quod  illius  inlcntionem  ista  sibi  quasi  propiiam  vin- 
dicat,  dicens  :  Dilectus   meus   mihi'!   Nee   eo    content* 


iSN 


OEEVRES  DE  SAINT  RERNARQ. 


une  chose  qui  lu,  est  propre.  en  disant  :  ,  Mon  paroles.  I,  meme  ordre  que  1'Epouse.  Car  >1  ne  djt 
bien-amie  fiut  attenUon  a  mi  .  Et  neanmoins,  pas  :  .  Reposez'-vousVsurlui  de  tons  vosLns „ 
peucontentede  ceJa,  el«  continue  a  se  glorifier,  afln  qu'i]  ait  soin  de  vous,  mais  parce  «  quil  a 
elle  le  traite  d  egal  a  egal  et  lui  donne  la  rephque  :  soin  de  rous,  .  voulant  montrer  evidemment  par- 
car  cllo  ajoute  :  *et  mo.  a  lu,.  „  Cette  parole  .  et  la  que  I'Eglise  des  saints  „Vst  pas  seulementaimee 
mo,  a  ha,,  est  bien  osee;  celle-c,  ne  lest  pas  de  Dieu,  mais  quelle  a  ete  aimee  de  lu.  avant 
mums  :  «  Mon  bien-aime  fait  attention  a  moi.  .»  qu'clle  l'aimat. 


Mais  tuules  lesdeux  ensemble  le  sont  encore  hien 
plus  que  chacune  d'elles  separement. 

Audaccdane      2.   Que  nose  point  un    cceur  pur,  une  bonne 


Di?"  etme  conscience,    une    foi  sincere  :  a  II    foil  attention  a 

"d.»?S."   moi.'  "  dit;ell°-  Est-U  PussiblL'  •P'Me  si  haute  Ma- 
Dien|our      juste,     qui    a   soin   du    gouvcrnenient   et  de  H  fon- 
dle. a.,\,      ir  .   •  .      """"""  ci  uo  la  coa_      u"  meuis  ceicsies  meme  M.ar  cc  .Uviil  nasteur    Il'i 

d uue  de    u„,w,,,  daigne  s  anphquei,  a  elle  et  que    point  fait  difflculle  d'exposer  les  autres  P,  „  TZ 

le  Uleu    lies  sieclcs  ne   siimiiv   .im'hmv  ..ir-.  ;....„    .,..      j_.  ,,       ..  .  '  r""'    »"■"» 


3.  11  est  certain  que  ce  que  l'Apotre  a  dit  des 
bceufs  (I  Cor.  ix,  9)  ne  la  regarde  point,  puisque 
celui  qui  l'a  aimee,  et  qui  s'est  livre  a  la  niort 
pour  elle,  asoiu  d'elle,  n'est-cepas  cettebrebjs  ega* 
ree  [Mailh.  vm,  12),  dontilaeu  plus  de  soin  que. 
des  brebis  celartes  meme  ?Car  ce  divin  pasteur  n'a 


.    n.         ,       .                   ,        "         ,               '       ^  *""'"* """  """>-'"ie  u  e.\  puser  ics  auires,  pout    des- 

\  f.  "    *"  "'".''f.  '"'■  500CT  *****  ■***  ou  cendre  vers  elle.  II  l'a  cherchee  avec  soin.et  apres 

p  utot  au  repos    e  1  amour  et  des  desirs  de  1'Epouse.  1'avoir  trouvee,  D  ,:e  l'a  pas  ramenee,  3£2 

Sus  d?  ,e"r  w  I'"' ri        r    ,CSl    aSSemb"C  ^  We  SUr  "*  '^  "  a  **W  dans  ie  cie.  de'nou- 

Uu don     1  Apotn, ,  dil  :  «    routes  choses  sont  pour  velles  rejouissances  avec  elle  et  pour  elle  TcE*    ce 

es  elus  {Tim.  n     Oj    ,  Et  qui  doute  que  la  grace  qui  lui  fait   dire  hardiment   :  Ae  Seigneur  i   end 

et  la  nnseneorde  de  Dieu  ne  soient  toujour  lournees  soin  de  moi  {Psal.  xxx.x,  18).  ,,  Elle  ne       o  .    a, 

vers  ses  elus  3^.  ,v    15  '  .Nous  ne  distravous  done  se  tromper  quand  elle  dit     «  Le  Sdgueur  r'      i  r 

pas  a    prov.dence    de    O.eu,  des  autres  creatures,  pour  moi  (iL  cpnu,  S),  ,  et  tou     e    qu  ' T  " 

UUUS  1  Epouse  ,  approprie  ses  soins  et  ses  pensees.  que  le  soin  que  le  Seigneur  prend  d'elle.  Cert  pour 

Dteu  se  met-d  e„  peine  des  bceufs  (I  Co,  „) »  Et  nous  cela  quelle  appelle  son  bion-aime  le  Selgneu     d 

pouvons  en  due  autent  des  ehev  u,x,  des  chameaux,  armees.  et  se  l.at.e  que  celui  qui  juge  touies  chos  s 

des  e,ep  aids  et  de  tons  les  autres  aniniaux   de    la  avec  une  souveraine  tranquUlite  luV  at^nUon   J 

fcrre      de  meme   que  des   o.seaux  du  eiel,  et  des  elle.  Et  pourquoi  ne  sen   ilalterait-elle  pas  puis- 

pousons  qui  sont  dans  la  mer,  et  generalement  de  quellea  entendude  lui  cesparoles  :  «  Une  mere ,  eut- 

ou   ce  qui  est  sur  la  terre,  excepte   ceux  dont  il  elle  oublier  son  Ills  jusque  la  qu'elle  n'en  ait  point 

rle   „"  ?          rUS"enrrllU,k't0USV0SSUi"S'  comP^nt   Mais   quand  elle-    loubliera.t,     e  ne 

Lissmbet'T     S°m    ^"-f"-/.1)--    *  "^    ouUl^rf  pourtant  pas  (/.,  xux,  15  .  »  CaJ" 

Toussemble-t-ilpasquecestcon.mesicet  Apotre  les  yeux  du  Seigneur    sont  tournes    sur  les   jusuS 

toM  :  «  Apphquez-vous  a  lui   car  il  s'appHque   a  [Psal.  xxxm,  1G).  Or,  qu'est-ce  que  1'Epouse.  siuon 

vous  ?  ,  Et  remarque*  qu  il  observe  aussi  dans  ses  lassemblee  des  justes  ?  Siuon  la  race  b6nie  de  ceux 


tamen,  pergit  amplius  gloriari,  respondcre  se  illi  quasi 
ex  -equo,  rnorem  gerere,  rependere  vicem.  Sequitur 
enim  :  El  erjo  illi.  Insolens  verbum,  et  ego  illi.  Nee 
niinns  insolens,  dilectux  meus  mihi  :  nisi  quod  utroque 
insolenlius  utrumijue  simul. 

2.  0  quid  audet  cor    purum,  et  conscientia  bona,  et 
fides  nun  ficta !  Mihi,  inq'uit,  intendit.  Ilacie  huicintenta 
est  ilia  majestas,  cui  gubernatio  pariter  et  administrate 
UDiversitatis  incumbit;  et  cura  saeculorum  ad  sola  trans- 
fertur  negolia,  imo  otia  auioiis   et  desiderii  hujus?  Ita 
plane.  Ipsa    est   cn'un    ccclesia    e'lectorum,    de    qnibus 
Apostolus  :  Omnia,  inquil ,  propter  elector.  Et  cuidubium, 
quod  yralia  et  misencordia  Dei  sit  in   sanctos   ejus,   et 
respectus  in  electos  illius?   Ergo  providentiam   caiteris 
crealuris  non  negamus  :    curam    Sponsa    vindicat  sibi. 
"  mjj.bubos.  Numquid  de  bobus  *  cura  est  Deo?  Xec  dubiuin,    quin 
idem  possiinus  dicere  de  equis,  de  camelis,  deelephan- 
tis,  et  de  cunclis  besliis  terra  :  siaiililer  et  de  piscibus 
maris,  el  volatilibns  coeli ;  poslrcmo  de  omni  re  qua>est 
super    terr.im,    solis    s:me    e.xceptis,    quibus    dicitur   : 
Omnem    solUciiudinem    oestram   projicientes    in    eum 
guoniam  ipti cura    est    de  opbit,    An    non    tibi  videlur 
veluti  his  verbis  dictum,  inlendile  illi,  quia  ipse  inten, lit 
vobis?  Et  observa  aposlulum  Petrum  (ejus  enim   verba 
eunt)  si  non    et  ipse    verborum  Sponsa   obser\averit, 


ordinem.  Nempe  non  ait,  omnem  soltiriiudinem  vestram 
projicimtea  in  eum,  lit  sit  ipsi  cura  de  vobis;  sed,  quia 
ipsi  cura  est  de  vobis  :  aperte  proinde  monsu-ans,  ecile.- 
sia  sanctorum  non  modo  qtiaiu  dilecta,  sed  el  quod  piius 
dilecta  fuerit. 

3.  Constat  ad  earn  non  pertincre  de    verbo,    quod  de 

bobus  dixit    Apostolus;    nam    curam    illius    habet    qui 

ddexit  illam,  et  semetipsum  dedit  pro  ilia.   Nonne  hax 

est  ovis  ilia  errans,  cujus  cura  ctiam   supernoiiim    cuia? 

gregum  pralata  est?  Denique  illis  exposiii.-,  pastor  des- 

cendit    ad    islam,    quashal    diligenler,    iuveniam    non 

reduxit,  sed  revexit   :   nova   cum   ilia  el    de  ilia  intulil 

ccelis  festa  gaudiorum,   populis   angelorum   invitatis   ad 

solemnitatem.  Quid    ergo?    Propriis    humeris   dignalus 

est  earn  reportare  :  el  curam    illius   non  liabcbit  ?  Ideo 

non  confiinditur  dicere  :  Dominus  sol/irilus  est  me,.  Nee 

se  cMslimat  crrare,  cum  item  dicit    :    Dominus  retnluet 

pro   me;    el    si    quid  est  ajiud,   quod  curam  DeJ  circa, 

ipsain  sigpillcare    videalur.    Inde    est    quod    Dominum 

Hi  dilectum  suuni  dicit,  el  emu  qui  cum  tranquil- 

litate  judical  omnia,    sibi    inlendere  gloriatur.    Quidni 

glorietur?  Audivil  ilium  dicentem  sibi  :  Numquid  mater, 

potest  oblivisci;  ut  non  miserealur  filio    uteri  sui?  Etsi 

ilia  ofj/ilu  fuerit,  e/jo  lamen  non  oblieiscar  lui.  Den. que 

ocm/i  Domini  super  justos.  Et  quid  Sponsa,  nisi  congro- 


SOIXANTE-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CASTIQUES.  489 

qui  cherchent  Dieu,  qui  cherchent  la   face  de   l'E-  des  extremites  de  la  terre?  Et  il    ne  l'a>  pas  seu- 

poiix.   Car  il  ne  fait  pas  attention  a  elle,  sans  que,  lenient   cherehee,  il   l'a  acquise,  et  l'a  acquire  par 

de  son  cote,  elle  fasse  attention  a  lui ;  c'estcequ'elle  son  propre  sang.  D'ailleurs,  elle  presume  d'autant 

expritue  en  disant  :  «  11  fait  attention  a  moi  et  nioi  plusdesoi,  que,  regardant  l'avenir,  elle d 'ignore  pas 

a  lni.  »  11  fait  attention  a  moi,  parce  qu'il  est  bon  que  le  Seigneur  a  besoin  d'elle.  Si  vous  medeman- 

et   niiseriiordieux,  et   moi  je  fais    attention  a  lui,  dez  pourquoi  il  en  a  besoin  ?  C'est,  dit  le  Prophets 

parce  que  je  ne  suis  pas  ingrate.  II  me  donnegr'iee  «  Pour  voir  la  bontu  de  ses    elus.    pour  se   rejouir 

sur    grace,    et    moi  je  lui  rends    grace  des  graces  de  la  joie    de    son  peu pie,  pour  elre    loue  de  ceux 

qu'il  me  donne.  II  a  soiu  de  ma  delivrance  et  moi,  qui  coniposent  son  heritage  [Psalm,  gv,  5).  »  Et  Be  fiiea  a b«sot» 

de  son  honneur.  II  a  soin  de  mon   salut  et  moi   de  croyez  pas  que  cela  soit  peu  considerable.  Car  je  d" ^"—^ 

sa  volonte.  11  a  soin  de  moi,  non  d'un  autre,   parce  vous  assure  que.  tons   ses  oiivratres    seront   impar-    ainw.pinu 

ii  ■  ■■■  ■  ,    ■  ,  r        /.  i     cociipletor  il 

que  je   sins  son   unique  colombe,  et  moi  pareille-  fails,    si    celm-la,    demeure    macaeve>.  I. a  tin    de      gluira. 

meiitj 'ai  soin   de  lui,  non    d'un  autre,  parce    que  toutes  choses  ne  depend-elle  pas  de  l'elat  et   de   la 

je  ne  prete  point  l'oreille  a  la  voix  des  Strangers,  et  eo'isommalion  del'Eglise.  Otez  cette  cunsommation, 

n'ecoute  point  ceux  qui  me  disent :  «  Le  Christ  est  et  c'est  en  vain  que  la  creature  inferieure  attend    la 


ici,  le  Christ  est  la.»  Celle   qui  parle   ainsi,   c'est 

l'Eglise. 

iia«cnTieot      i.  Mais  que  dirons-nous  de  chacun  de  nous  en 

chacun  de  particulier  ?   Pensons-iious  qu'il   y  ait   quelqu'un 

tnioulier.    parmi  nous,  a  qui  ces  paroles  de  l'Epouse  puissent 

convenir?   Mais  que  dis-je,  parmi  nous?  Je  crois 

qu'il  n'y  a  point  de  fideles  dans  l'Eglise,    doilt   on 

ne  puisse  demander  cela  tres-justement.  Car  il  n'y 


revelation  de  la  gloire  des  enfants  de  Dieu.Olez-la, 
et  ni  les  patriarches,  ni  les  prophetes  n'arrivuront 
al'clatde  leur  perfection ;  saint  Paul  nous  assure  que 
Dieu  ne  veut  pas  qu'ils  soient  parfails  sansnou* 
[Ilcb.  xi,  40;.  Otez-la,  et  la  gloire  meme  des  angea 
sera  ini[iarf,iite  et  defoctueuse,  et  la  cite  de  Dieu 
ne  jouira  point  de  1'iutegnle  de  ses  parties. 
5.  Comment  sans  cela  pourraieuts'accomplir  ledes- 


a  pas  la  meme  raison  pour  un  seu),  que  pour  pin-     sein  de  Dieu,  etle  grand  iijyslcie  de  la  uuserieorde? 
sieurs     Aussi   n'a-ce   pas  ete  pour  une  seule  ame     Comment  me  donnrrez-vous  des  enfauts  encore   a. 


que  Dieu  a  fait  et  soutfert  lant  de  chosis,  lors- 
qu'il  a  opere  le  salut  sur  la  terre,  mais  pour  en 
unir  plusieurs  en  une  memeEglise,  et  u'en  former 
qu'une  seule  Epouse.  Cette  Epouse  unique  est  ties 
chore  a  cet  unique  Epoux,  parce  qu'elle  ne.  s'atla- 
che  qu'a  lui,  comme  lui  ne  se  doime  qu'a  elle.  Que 
n'oserait-elle  point  attendre  d'un  amant  si  jaloux  ? 
Que  ne  doit-elle  point  esperer  de  celui  qui  est  des- 


la  nianie'.le,  dont  la  boucbe  celcbre  dans  toute  sa 
perfection  leslouanges  de  IJieu  [Psal.  vm,  3) '?  Le 
ciel  n'a  point  d'enfanls,  l'Eglise  en  a,  et  c'est  a  eux 
que  saint  Paul  dit  :  «  Je  vous  ai  donne  du  lait, 
non  une  nourriture  solide  (I  Cor.  in,  2).  »  Et.  le 
Prophee  les  invite  comme  a  achever  les  louanges 
de  Dieu,  lorsqu'il  dit  :  «  Enfants,  louez  le  -eigueur 
IPsnl.  cxu,  3),  »   Croyez-vous  que    notre   Dieu  re- 


cendu  du  ciel  pour  la  chercber,  et  qui  l'a   appelee     coive  toute  la  louange  qui  est  due  a  sa  gloire,  avaut 


gatio  justorucn?  Quid  ipsa,  nisi  generatio  quaerentinm 
Dominum,  quaerentium  fucicm  Sponsi?  Non  euim  ille 
intendit  huic,  et  non  ista  illi.  Proplerea  utiumque  ponit, 
dicens  :  Ille  mihi,  et  ego  illi.  Ille  mihi,  quia  benignus 
et  mieerioors  est  :  ego  illi,  quia  non  sum  ingrata.  Ille 
mihi  graliam  pro  gratia  :  ille  meae  liberationi,  ego  illius 
bonori  :  ille  saluti  meae,  ego  illius  voluntati  .-  ille  mihi, 
otnon  alteri,  quoniam  una  9iim  columba  ejus  :  ego  illi, 
el  non  alteri.  Nee  enim  audio  vocem  alienorum;  nee 
enim  acquiesco  dicentibus  mihi  :  Ecce  hie  est  Christus^ 
aut  ecce  i/lic  est.  H;ec  Ecclesia. 

4.  Quid  singulus  quisque  nostrum?  Putamusne  in 
nobis  quempiam  esse,  cui  aptari  queat  quod  dicilur? 
Quid  dixi,  in  nobis?  Ego  autem  et  de  quovis  intra  Ec- 
clesiam  constituto  si  quis  hoc  qua?rat,  non  omnino 
rcprehendendum  censucrim.  Nee  enim  una  unius  ratio 
est,  atqne  multorum.  Denique  non  propter  animam 
unam,  sed  propter  multas  in  unam  Ecclesiam  colligendas 
in  unicam  adstringendas  Sponsam,  Deus  (am  multa  et 
fecit  et  pertulit,  cum  operatus  est  salutem  in  medio 
terrae.  Chirissima  ilia  est  una  uni,  non  adherens  alteri 
sponso,  non  cedens alteri  spmsoe.  Quid  ista  non  audeat 
apud  tam  ambitiosum  amatorem?  Quid  non  ab  illo 
sqerct,  qui  se  quaesivit  e  ccelo,  vocavit  a  finibus  terrae  ? 
Nee  modo  quaesivit,  sed  acqu.isivit.   Adde  et  de  modo 


acquisjtionis  in  sanguine  acquisitoris.  Alias  vero  ^ul 
assolet)  propterea  magis  praesumit,  quoniam  prospiciens 
in  futurum  non  ignorat,  quud  Dominus  se  opas  b  abet- 
Quaeris  ad  quid?  Ad  vidcitdam  in  bonituie.  e/.ctorum 
suorum,  ad  listandam  m  Icetitin  rjentis  sues,  at  luudetur- 
cum  hiereditate  sua.  Nee  parum  hoc  opus  existitnes  : 
nullum,  dieo  libi,  remanebit  opus  perl'ectuin,  si  hoc 
nularit.  Nonne  de  statu  et  consummatione  Ecclesia? finiai 
omnium  peudet?  Tolle  banc,  et  frustra  iofefipn  isia 
crealura  rcvelationem  liliorum  Dei  exspectat.  Tolls, 
banc,  et  neque  palrinrchoe,  nequo  prophetie  aliqui  con- 
suinmabuntur,  cum.  PauUis  asserat,  Deum  ila  piovidisse- 
pro  nobis,  ne  sing  nolns  consunniutreittui-.  Tolle  banc,  et 
ipsa  saiicluruin  angclorum  pro  inipeil'cclione  sni  numeri 
gloria  claudicabit,  nee  Dei  ciutas  de  sui  integritatO: 
gaudebit. 

5.  Uude  ergo  implebiturpropositum  Dei,  ctmysterium 
voluntatis  ejus,  magnumi|ue  illi:d  pietalis  socramuntam  ? 
Unde  postremo  dabis  mihi  infantes  et  laclentes,  quorum 
ex  ore  laudem  suam  pcrliciat  Deus'?  Coelum  non  habct 
infantes,  habet  Eeclesia,  quibus  etdicit :  Lac  vob^  fintum. 
dedt,  non  escam.  Et  hi  ad  laudem  quasi  comphndara  a 
propheti  invilantur,  Oicen'e  :  Laudate  jiu.ri  Doianwn, 
Tu  putas  Deuni  nostrum  lotam  hiibiturunj.  sua;  gloriaa 
laudem.  donee  veniant  qui  in  consgectu  an:;olor.umpBfll» 


490 


CEUYRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Le  p1aisire«t 
grand 
juie 
•  dcc  de  a 
la  trittesse. 


pint  gram 

quand'l.i  ju 


La  rl'aritc 

des  aiges 

•'afcrf-lira  de 

tontelamVre. 


Qoels  sont  les 

merit---  dea 

fidelea. 


1'arrivre  de  ceux  qui  chantent  en  la  presence  des  raison  de  se  glorifier  bien  plus  solide  et  plus  assn- 
anges  : «  Nous  nous  sommes  rejnuis  pour  tout  le  reo,  qui  est  le  dessein  de  Dieu  sur  elltjt 
temps  qne  vons  nous  avez  Bftliges,  rt  pour  tous  les  Dieu  ne  se.  pent  pas  uier  lui-meme,  et  ne  [ait 
main  que  nous  avons  soufferts  duranl  laut  d'antires  point  ce  quil  a  dej;'i  fail,  comme  il  esl  ee.rit,  lui  qui 
{Psul.  lxxxjx,  5.  »  l.es  cieux  n'ont  connu  celie  a  faittontes  leschofes  quidoivent  arriver  (/sa.xxxx). 
sorle  de  rejouissince  que  par  les  enfants  de  I'E-  I!  le  fera  sans  doub  ,  il  le  fera,  el  il  ne  manquera 
glise.  Ceux  qui  se  sont  toujours  rejouis  ne  se  re-  point  a  l'executioi  de  ses  desseius.  Ainsi  vous  ne 
joiiissent  jamais  de  celtefacon.  CVst  un grand  plai-  devez  plus  demander  sur  quels  merites  nous  fon- 
sir  lorsque  la  joie  surcede  a  la  tristesse,  le  repos  au  dons  l'espprance  d  •  tant  de  biens,  surtout  en  lisant 
travail,  le  port  a  la  tempete.  La  securile  est  agrea-  ces  mols  dans  le  Prophfcte  :  «  Ce  nest  pas  pour 
ble  a  tout  le  monde,  mais  elle  I'esl  plus  encore  a  vous,  mais  pour  moi,  que  je  ferai  ces  :hoses,  dit  le 
celui  qui  a  oraint  davantage.  La  lumiere  est  douce  Seigneur  Ezech.  sxxvi,  22).  »  II  suflitpour  les  m6- 
a  tout  le  monde,  mais  elle  Test  encore  plus  a  celui  rites,  de  savoir  ip  e  nos  merites  ne  suflisent  pas 
qui  s'est  echappe  de  la  puissance  des  tenebres.  pour  cela.  Mais cottimec' est  assez  pour meriterdene 
Passer  de  la  morl  a  la  vie,  ccst  doubler  la  vie.  CVst  point  presumer  de  ses  merites,  e'estassez  pour  Sire 
lace  qui  me  sera  propre  dans  le  banquet  celeste,  condamne  de  n'avoir  point  de  merites.  Les  enfanls 
et  a  quoi  les  esprits  bienheureux  n'auront  point  meme  regeueres  i  ans  les  eaux  du  bapteme  ne 
de  part.  J'ose  dire  que  la  vie  meme  bienbeureuse  manquent  point  de  merites,  ils  out  ceux  de  Jesus- 
sera  privee  de  ce  bonheur,  si  elle  neconfesse  qu'elle  Christ,  dont  neanmoins  ils  se  rendent  indignes  s'ils 
en  jouit  par  la  iharite,  en  moi  et  pour  rnoi.  11  negligent  ensuite  d'y  joindre  les  leurs,  lorsqu'ils 
sembie  que  j'ajoute  quelque  chose  a  la  perfection  out  aiteinl  I'age  de  raison.  Ayons  done  soin  d 'avoir 
et  quelque  chose,  de  tres-considerable.  Apres  tout,  des  merites;  sachez  que  ceux  que  vous  avez  vous 
les  an-es  se  rejouissent  de  la  penitence  d'un  pe-  sont  donnes,  espenz  que  vous  eu  recueillerez  les 
cheur  (Luc.  xv,  loj.  Si  mes  larmes  font  les  del  ices  fruits  par  la  miserieorde  de  Dieu,  et  vous  eviterez 
des  anges  ;  que  sera-ce  de  mes  delices'?  Toute  leur  tout  danger  de  pauvrete,  d'ingiatilude  et  de  pre- 
occupation est  de  loner  Dieu,  mais  il  manque  somption.  L 'indigence  de  merite  est  une  pauvrete 
quelque  chose  a  leurs  louanges,  s'd  n'y  a  personne  pernicieuse,  mais  d'autre  part  la  preemption  et 
pour  dire  :  «  Nous  avons  passe  par  le  feu  et  par  I'orgueil  ne  sont  que  de  fausses  richesses.  Voila 
I'eau,  et  vous  nous  avrz  fait  enlrer  dans  un  lieu  de  pourquoi,  «  Seigneur,  ne  me  donnez,  dit  le  sage, 
rafraichissement  [Psal.  t.xv,  12).  »  ni  les  richesses,  ni  la  pauvrete  (Pror.  xxx,  8).  One 
6.  L'Eglise  est  done  heureuse  dans  son  univer-  I  Eijlise  est  heuret  se  de  pouvoir  nieriter  et  presu- 
salite,  et  sa  reconnaissance  est  inlinirnent  au  des-  mer  tout  ensemble.  Elle  a  sujetde  presumer,  mais 
sous  de  ce  qu'elle  doit  a  Dieu  :  non-seulement  pour  ce  n'est  pas  de  ses  merites.  Elle  a  des  merites,  mais 
ce  qu'elle  a  deja  reeu  de  sa  bonte,  mais  pour  ce  pour  nieriter  eric  ire,  non  pour  presumer  dVlle- 
qu'elle  en  doit  recevoir  un  jour,  car,  pourquoi  se-  meme,  n'est-ce  pa:  nieriter  que  de  presumer  de  la 
rait-elle  en  peine  de  ses  merites  ;  puisqu'elle  a  une  foi  ?  Elle  presume  done  des  merites  de  Jesus-Clirist 


It  faut  unit 
nos  merites. 

ceui  de 
Jesus-Chnsl 


Les  merites 

courent   troii 

dangers. 


Nos  mental 
ne  sxura.ent 

matiwr  It 
l<re*umptioDj 

cliez  noua. 


lant  sibi  :  Leetafi  sumus  pro  diebus  quibus  nns  humitintti, 
annis  quibus  vidimus  inula?  Hoc  mentis  laslitite  coelincs- 
cierunt,  nisi  per  Ecclesise  Alios  :  hoc  neaio  unquara 
la?tatur,  qui  nunqnara  non  laetatur.  Opportune  post  tris- 
tiliarn  gaudium  sumit,  post  laborcm  quies,  post  naufia- 
giuni  portus.  Placet  ennctis  securitas,  sed  ei  magia  qui 
timuit.  Jucnnda  omnibus  lux,  si;d  evadenti  de  pot  estate 
tenebrarum  juctindiur.  T'ansisse  de  morte  ad  vitam, 
vitae  gratiam  diplicat.  Pars  mcabiec  in  covesti  ronvivio, 
ct  seorsum  ab  ipsis  spirilibus  beatis.  Audeo  dicere 
e.xperlem  mere  beatitudinis  ipsara  beatam  vitam,  nisi  si 
dignelur  fateri,  quod  per  cbaritatem  ea  in  me  fruitur,  ct 
per  mc.  Aliquid  sane  videltir  etiam  pcrrectioni  ill j  acccs- 
6i»se  e.x  me,  neque  hoc  parum.  Uenique  gatident  angeli 
ad  pcenilentiam  pcecatoris.  Quod  si  dcliciaj  angelorum 
lacryma)  mes,  qnid  deliciie?  Omnc  opus  ipsorum 
la:  dare  Deum  :  sed  decs!  laudi,  si  desinl  qui  dicint  : 
Transioimus  p?r  ignem  et  aquam,  et  eduxisli  no*  in 
refrigerium. 

6.  Felix  proinde  in  sua  nnivcrsilate  Ecclesia,  ctijus 
omnia  gloriatio  impar  est  causae,  non  pro  bistanluta 
quas  illi  jam  facta  sunt,  sed  pro  his  quoque  quae  de  ilia 
»dbuc  oportet  fieri.  Nam  et  de  mentis  quid  sollicita  sit, 


cui  de  proposito  Dei  lirmior  sttppelit  securiorque  glo- 
riandi  ratio  ?  Non  potest  seipsum  negare  Dens,  neque 
non  facere  quae  jam  fecit,  tit  scriptum  est,  qui  fecit  qurs 
futtira  sunt.  Faciei ;  faciei,  nee  deerit  suo  propo?ito 
Deus.  Sic  non  est  quod  jam  qticeras,  quibus  mentis 
speremus  bona,  prasertim  cum  audias  apud  prophetam: 
Non  propter  vos,  sed  propter  me  ego  faciam,  dtcit 
Dominut.  Sufticil  :nl  meritum  scire,  quod  non  sufficient 
nienla.  Sed  tit  ad  meritum  satis  est,  de  mcritis  non 
pr:estimere  :  sic  carere  meritis,  satis  ad  judicium  est. 
Porro  infintium  rcua'orum  neuiincm  carere  meritis,  sed 
Ghristi  habere  merita.  Quibus  se  tamen  indignos  red- 
dnnl.  si  sua  jungern  non  nequiverint,  sed  ncglexerint; 
q  iod  quiilem  periciilum  jam  adulla?  statis  est.  Merita 
proinde  habere  cures;  babila,  data  noveris;  fructnm 
speraveri<,  Dei  misericordiam  :  et  omne  periciilum  eva- 
sisli  paupert  iti-,  ingralitudinia,  pra»sumptionis.  Penii- 
cios.i  pauperlas,  pentiria  mcritorum  :  priesumptio  autem 
ppirittis,  fallaces  iliviiia>.  Et  idco  divitias  et  paupcrtalcs 
ne  dederis  mihi  Don.ine,  ait  Sapiens.  Felix  Ecclesia, 
cui  nee  merila  sine  prasumptione,  nee  prassumplio 
absque  mcritis  deest.  Habct  unde  pra»sumat,  sed  uon 
merita  :  habet  merita,    sed  ad   promerendum,    non    ad 


SOIXANTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


49 1 


avec  d'autant  plus  de  coufiance,  qu'elle  ne  presume 
point  des  siens  propres.  Elle  n'a  point  sujel  dc 
craindre  de  recevoir  Je  la  confusion  ile  ce  qu'elle 
se  gloritiu,  puisqu'elle  a  tant  de  snjet  de  le  faire. 
Car  les  miserieordes  du  Seigneur  soiitinfinies,  etsa 
verite  demeure  eleriiellement. 

7.  Pourquoi  ne  se  glorilierait-ellepas  avecuneen- 
tiere  security,  puisquela  verite  et  I  a  justice  se  sonlem- 
brassees(Pj-a/.  lxxxlv,  II)  en  temoignage  desagloi- 
re?Aussisoit  qu'elle  dise  :  «Monbienaime  fait  atten- 
tion a  moi,  ou  bien  :  J'ai  attcndu  le  Seigneur 
avec  impatience,  et  il  s'est  appplique  a  moi 
(Psal.  xxxix,  2);  ou  encore  :  Le  Seigneur 
a  soin  de  moi  (Ibid.  18),  »  ou  d'autres  paroles 
de  meme,  qui  semblent  exprimer  un  amour  et  une 
faveur  singuliere  de  Dieu  envers  quelqu'un,  elle 
pourra  les  dire hardiment,  puisquec'estle  Seigneur 
lui-meme  qui  luidonne  cette  hardiess  surloutenne 
voyant  point d'aut re  Epouse  ni  d'autre  Eglise  a  qui 
puisse  arriver  ce  qui  doit  arriver  necessairement. 
11  est  done  clair  que  l'Eglise  ne  doit  point  craindre 
de  s'approprier  toutes  ccs  paroles.  Mais  on  deman- 
de  s'il  est  permis  a  une  Ame,  quelque  spirituelle  et 
sainte  qu'elle  soil,  de  se  les  attribuer  en  quelque 
facon.  Car  une  seule  ame,  quelque  eminenle  en 
saintete  qu'elle  puisse  elre,  ne  sanrait  s'attribuer 
toutes  les  prerogatives  de  toute  cette  multitude  li- 
dele  et  catholique  pour  laquelle  toutes  cboses  out 
ete  faites.  C'est  pourquoi  je  crois  qu'il  est  dil'licile 
d'en  trouver  quelqu'une  a  qui  cela  soit  permis. 
Nous  tacherons  pourtant  de  le  i'aire,  mais  dans  un 
autre  discours,  parce  que  nous  ne  voulons  pas  nous 
engager  dans  une  matiere  si  delieale,  dons  nous 
ignorons  encore  Tissue,  avant  que,  pourubtenii  1'  n 


telligence  de  cette  parole  cachee,  nous  ayons  prie 
eelui  qui  ouvre,  et  personne  lie  ferme,  TEpoux  de 
l'Eglise  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui  elant 
Dieu  par  dessus  tout,  est  beni  dans  lous  les  siecles 
des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXIX. 

Tout  ce  guiseleve  contre  le  service  de  Dieu  est  abnis 
se.      Venue  et  demeure  du  Pere  et  du  Verbe    duns 
I' dine  diligente,  d'oii  decoule  une  certaine  familia- 
rile  entre  I' ame  et  Dieu. 

1.  wMonbien-aiine  s'applique  a  moi,et  moi  a  lui 
(Cant,  n,  16).  »  Dans  le  discours  precedent, nous 
avons  atlribue  ces  paroles  a  1' Egl.se  universelle,  a 
cause  des  promesses  que  Dieu  lui  a  faites  pour  cetle 
vie  et  pour  I'autre.  Nous  avions  demande  si  une 
ame  pent  s'approprier  d'une  certaine  maniere  ce 
que  toutes  ensemble  oseut  s'attribuer  Si  on  dit  que 
non,  il  faul  done  que  nous  rapporlious ces  paroles 
a  l'Eglise,  de  telle  sorteque  nous  nelesdonnionsqu'a 
elle,  etnon-seulement  ces  paroles,  mais  aussi  iou- 
tes  les  autres  semblables  a  celles-la  qui  expriment 
de  grandes  cboses,  comme  :  «  J'ai  atteudu  le  Sei- 
gneur avec  impatience,  et  il  s'est  applique  a  moi 
(Ptal.  xxxviii.  1).  »  Si  on  dit  au  contraire  qu'elle  le 
pent,  je  ne  m'y  opposerai  pas.  Mais  il  faut  savoir  a 
qui  cela  est  permis,  car  ce  ne  pent  l'etre  a  toute 
sorle  de  personnes.  L'Eglise  sans  doute  a  aussi  des 
spirituels  qui  servent  Dieu  non-seulemenl  avec  li- 
delite,  mais  encore  avec  conliance  et  lui  parlent 
comme  ils  feraient  a  un  ami  ;  leur  con-cieuce  leur 
rendant  lemoiguage  qu'il  veut  bien  qu 'lis  en  usent 


praesn mend um.  Ipsum  non  prasumere,  nonne  promereri 
est?  Ergo  eo  pra?sumit  securius,  quo  non  pra?sumit  :  et 
non  est  quod  confundatur  in  verbo  gloria?,  cui  multa 
maleries  gloriand  .  Misericordiae  Domini  multa?,  et  Veri- 
tas ejus  manens  in  sternum. 

7.  Quidni  glorietur  secura,  in  cujus  testimonium  glo- 
ria;, misericordia  et  verilas  obviaverunt  sibi?  Sive  igilur 
dicat,  dileclus  mens  milii;  sive  dicat,  exspeetans  exspee- 
tavi  Doininum,  et  intendit  mild;  sive  eliaoi,  Dominus 
tollicitui  est  met;  vel  si  qua?  sunt  ejusmodi  voces  alia? 
atque  alia?,  qua?  divinum  quemdam  affectum  ac  singula- 
rem  favorem  erga  aliquid  similiter  exprimere  videantur: 
nibil  horum  a  se  alienum  putabit,  cui  ratio  pra?sumendi 
Domini  constitutio  est,  praesertim  cum  non  alteram 
videat  spunsam,  alteramve  ecclesiam,  cui  possiut  fieri 
qua?  non  possunt  non  fieri.  Ergo  de  Ecciesia  patet,  quod 
in  nullo  ilia  omnia  sibi  nplare  vcrebitur.  De  una  anima 
qu33i'ilur  etiam,  si  sit  spiritualis  el  suncla,  liceatnc  illi 
ullo  modo  audere  in  talibns.  Ncque  enim  pra?rogativas 
omnes  unius  illius  calholica?  nuiltitudinis,  obquam  omnia 
fiunt,  una  de  multitudine  arro/abit  sibi,  quantalibet  emi- 
neat  sanctitate.  Et  ideo  diflicilius,  ut  senlio  ego,  invc- 
nietur  (si  larnen  invenietur)  quomodo possit  licere.  Unde 
necessarium  rcor,  alio  istud  sermune  tentari,  nee  modo 
ingredi   vias    scrupulosae    disputationis,    quarum    adhuc 


Tont  cela 

ennvient  aussi 

al'aiuepieuse 

et  fidele. 


e\itum  ignoramus,  nisi  prins  super  verbo  abscond  i  to  ora- 
tum  fuerit  ad  cum,  qui  aperit,  et  nemo  claudit,  Spon- 
suiu  Ecciesia?  Jesum  Christum  Dorninum  nostrum,  qui 
e»t  super  omnia  Deus  benedictus  in  sajcula.  Amen. 

SERMO    LXIX. 

Qualiter  omnis  ultitudo,  se  exto/lens  aduersus  scientiam 
Dei,  dejicitur.  De  adventu  et  mansione  Palris  et  Verbi 
apud  anitiam  ditigentem,  et  de  famtliaritute ,  <juc* 
inde  inter  Deum  et  animam  contrahitur. 

1 .  Dilectus  meus  mini,  et  ego  illt.  Hanc  vocem  universal! 
Ecciesia?  sermo  superior  assignavit,  propter  fjctas  sibi  a 
Deo  promissiones  vita?  ejus,  qua?  nunc  est,  pariler  et 
i'utura?.  De  anima  pruposilaqiia?slio  est  :  quia  non  potest 
sibi  arrogate  una,  quod  universilas  audeat,  neo  aliquo 
modo  aii  se  trahere  ilium.  Si  non  licet,  referamus  proin- 
de  oportet  ita  ad  Ecclesiam,  ut  nullatenus  ad  personam 
nee.  modo  banc,  sed  et  reliquas  voces  similes  huic,  lo- 
quentes  grandia,  verbi  gratia  :  Exspeetans  exspeelaoi 
Dorninum,  et  intendit  mini,  et  si  quas  alias  sermo  su- 
perior perslriuxit.  Quod  si  quis  liceru  pulat,  ego  uou 
abnuo  :  sed  interest,  cui  nun  enim  cuicunque.  Prorsus 
habet  Ecciesia  Dei    spiiituales   suos,   qui  non    modo  fi- 


pii-use  et 
fiddle. 


^92  OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

ainsi.  Mais   qui  sont-ils?  II  n'y  a  que  Dion   qui   lo  a  cprouver,  la  bonte  du  Verba    et  la    bienveillance 

sacbe.  Ecvutei  uuUement  ce  qui  vQusderotoir*  si  du  Pera  do  Verba  Bont  si  grandea  envers  une  Subs 

vo-isvoulcz  etre  da  ce  Dombre.  Toutefeis,  Je  ne  sau-  hien  reglfia  et  biea  oomposae,  que  cello  qu'ils  out 

ms  en  purler  comma  ["aywiieprouva,  mais  comae  ainsi  prevemie  el  prtparee  (ce  qui  est  un  don  du 

SuSdn^  d6siranldel'«Prouver-  Donuez^joiuneftmequin'ai-  Pere  it  1'oeuvre  du  Pils),  ils  daignent  aussi  l'hono- 

one  ame    mequeDieuetceqiiel'oodoitaimerpourDieu,quine  ret-  deleur  presence,  sibien  qu'ils  oe  viennent  pas 

rive  passeulementenlesus-aaist,  mais  qui  depuis  settlement  dans  ell«,  mais  y  fitablissent  encore  leui 

longlempsii'aity6cuqu'enlui,quin'ait  d'autre  etude  deme  ire  (Joan,  xiv,  23).   Car  il  me  suffit  pas  qu'ils 

et  d'autre  plaisir  que  d'avoir  loujours  Dieu  present  seroootreiit,il  faul  qu'ilsseddnnentaelle.Qtt'est-ae 

dev  ini  |,  s  yeua,  qui  oe  eeuilleet  ne  puisse  s'entre-  pour  ie  Verba  da  venie  dans  une  amel  C'est  l'ins- 

taur  qu'avec   le  Seigneur   sou  Dieu;  donn.v  moi,  truiiv  de  la  sagesse.  Qu'est-ce  pour   le  l'ere  ?   C'est 

dis-je,  une  telleame,  e<  ja  ne  oieroi  pas  qu'elle  soil  la  toucher  de  l'amour  da  la  sagesse  en  so-rta  quelle 

digne  des  soins  de  I'Epoux,  des  regards  de  sa  Ma-  puisse  dire  :    « Je  suis  devenue  aaoureuse  de  sa 

jeste,   de  la  favour  de   ce  souverain,  de    l'aileulion  beaule  [Sap.  VIII,  2).  »  I. 'amour  appartienl  au  Pere, 

de  ce   Mailre  de  Unite  la  terre  ;  et  si  die  veut   se  C'est  pourqnoi  on  reconnait  la  venue  du  Pere  par 

glonlier,    elk:   pourra  le   1'aire  sans  lohe,  pourvu  1'infusioii  de  l'amour?   A  quoi  servirait   la    science 

qu'elle  se  souvienim  de  ne  se  gloriiier  que  dans  le  sans    l'amour?    Kile    enflerait?  Que  servirait  l'a- 

Seigneur.  Voila  comment  une  senle  personne  ose  moursans   la  science?  II s'egarerait.  EnofYet,  ceux 

endvpreudre  ce  qui  n'appartien*    qua   plusieurs,  dont  saint  Paul  disait :  «  Je  puisrendre  temoignage 


mais  elle  s  appuie  sur  une  autre  raison. 
La  confianco       2"  **■*  les  callSL's,I"e  nous  avons  rapporlees  plus 

d'une  sum    baut  donuent  eelte  conlianee   a  cetle  saiute  nmlli- 
samtfc         ,     ,  .     . 

•'appuie    sur  tude,  mais  1!  y  en    a  deux  pnnci  pales   qui  la   don 
deui  raisoos 


qu'ils  sont  amines  du  zele  de  Dieu,  mais  ce  zele, 
n'etait  pas  regie  par  la  science,  s'egaraient(flom.  x, 
2)  i).  il  ne  Caul  pas  que  l'Epouse  du  Verbe  soit  igno- 
rante,  et  le  l'ere,  d'autre  part,  ne  saurait  soulfrir 
nent  a  cetle  ame.  D'abord  l'Epoux  etant  dune  qu'elle  flit  une  orgueilleuse.  CarlePereaimesonfils, 
nature  Ires-simple,  pent  regarder  plusieurs  per-  aussi  abal-il  et  delruit-il  lout  re  quis'eleve  contre  la 
sooaes  comuie  une  seule,  et  une  seule  comme  pin-  science  du  Verbe.  soit  en  envovant  un  bon  zele 
sieurs,  sans  qu'il  soit  mulliplie  par  la  multitude,  dans  lume,  ouea  s'aninnint  lui-meme  de  zele  ;  l'un  Zele  actif 
m  uiimnue  par  le  petit  nombre,  ni  divise  par  la  est  un  etl'el  de  la  misericorde,  et  l'autre  de  la  jus-  j61e  i,as8if' 
diverge  des  ubjels,  ni  rosserre  par  lour  unite,  ni  tice.  Dieu  veuille  qu'il  abaisse  on  plutot  qu'il  de- 
agitede  soins,  ni  trouble  d'.nquietuJes ;  en  sorte  truise  toute  elevation  en  moi,  et  qu'il  l'aneanlisse 
que  s'll  est  tout  entier  a  un  seal,  cela  ne  l'absorbe  non  par  le  feu  de  la  fureur,  mais  par  l'infusion  de 
point  et  ne  I'empeche  pas  d'etre  a  plusieurs;    mais     de  son   amour.   Dieu   veuille    que  i'apprenne  a  ne     L'a 


ange  el 


que  j  appre 

a  un  soul.  U  aiileurs  ce  qui  est  aussi  doux  que  bon     par  l'onetion  de  la  grace,   non  par  les  lecons  de  la  Par  ''or&u 


il  est  ie  telle  sorte  qu'il  n'en  est  pas  moins  attache     point  m'enllor  d'orgueil,    mais  que   je   I'apprenne  tombeX,™ 


deliler,  sed  et  fiducialiler  agant  in  eo,  cum  Deo  qua- 
si cum  amico  loquentes ,  testimonium  illis  perhi- 
benle  conscienLia  glor-ite  ejus.  Quinaro  illi  sint  ,  id 
quidem  penes  Deum  :  lu  vero  audi,  qualem  le  esse 
oporteat,  si  talis  vis  esse.  Quod  tamen  dixerim,  non 
quasi  expertus,  sed  quasi  experiri  cupiens.  Da  mild 
auimam  nihil  amanlem  prteter  Deum,  et  quo[l  propter 
Ueum  amnndum  esl ;  cui  vivere  Christus  non  tanlum 
sit,  sed  ct  diu  jam  I'uerit  ;  oui  studii  et  olii  sit  pnovidere 
Domiauai  in  conBpecIa  suo  semper;  cui  sullicile  ambu- 
lure  cum  Uomino  Deo  suo,  non  dim  magna,  sed  una 
voluntas  sit,  et  facnllas  non  desit  :  da,  iuquam,  (ulem 
animam,  at  ego  non  nej,'o  dignam  Sponsi  cur.i,  majes- 
talis  respectu,  duminautis  favorc,  sollicitudine  gubeman- 
tis  :  ct  si  voluerit  gloriari,  nun  erit  insipiens  :  tantum 
at  qui  gloriaturj  in  Domi  io  gloriemr.  [la  in  quo  multi 
audent,  audet  ot  unus,  sed  alia  latione. 

2.  Nempe  sanotnm  multitndlnem  causa;  supradictao  fi- 
denlem  faci ant,  sanclam  ainmam  duplex  qua-dam  ratio. 
Primo  quidem  quod  habeat  in  Datura  simplicissima 
Sponsi  divinilas  quasi  iinum  pespioere  ninllos,  el  quasi 
mnltos  unum.  Nee  ad  mulliludinem  multus  erit,  nee  ad 
paucitalem  rams;  nee  ad  divcrsitiitem  divisus,  nee  rcs- 
tiiclus  ad  uiium  :  ncc  an\iu>  ad  curas,  ncc  perturbalus 
mu  turbulentus  ad  sollicitudines,  Sic  sane  uni  intentus, 


ut  non  dctentus;  sic  plnribus,  tit  non  distentus.  Deinde 
quod  ut  probare  suavissimum,  ila  rariSsimum  '  probasso  * 
est ;  tanla  esl  dignatio  Verbi,  tanta  bencvolenlia  Patris 
Veibi  orga  bene  affectara  et  bene  composilam  animam, 
(quod  quidem  ipsum  Patris  muiius,  et  Verbi  opus  est  :) 
ut  quam  sua  tali  benedictione  pra;venerint  et  prajparavc- 
rint  sibi,  sua  quoque  dignenler  praesenlia,  et  ila,  ut  non 
modoad  earn  veniant,  sed  etiam  mansionem  apud  cam 
l'acianl.  Non  euim  suffieil  exhibevi,  nisi  et  copiam  sui 
picebeant.  Quid  c-t  venire  ad  animam  Verbum  ?  Erudire 
in  sapientia.  Quid  est  Pali'em  venire?  Ariicere  ad  amo- 
rem  sapienli.e,  ul  dibere  possit,  quia  amatrix  facia  sum 
formaj  illius.  Patris  diligere  est  j  et  ideo  Patris  adven- 
Uis  ex  inlusa  dilectione  probatur.  Quid  faceret  eruditio 
absque  dilectione  ?  Inllaret.  Quid  absque  crudltione  di- 
lectio  ?  Erraret.  Denjque  errabant.de  quibusdicebatar  : 
Testimonium  illis  perhibeo,  quod  zelum  Dni  twb'ent,  sed 
non  secundum  scientiam,  Non  decet  Sponsam  Verbi 
esse  slullam  :  porro  elatam  Pater  non  sustinet.  Pater 
euim  dilijrit  Filium,  ct  omnem  allitudincm  extollentem 
se  adversus  scientiam  Verbi,  semper  in  promplu  habet 
dejiecre  alque  destruerc,  sive  itnmitendo zelum,  sive  in- 
tendendo  :  quorum  alteram  misericordia?,  allerum  judi- 
cii  est.  Ulinarn  in  me  omnem  extollentiam  comprimat, 
imo  dejiciat,  et  ad  nihilum  redigat,  non  accensus  furor. 


probasse   *"'•  mendoie 
charissimam. 


SOIXANTE-NEUVIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  493 

vengeance.  Seigneur.ne  me  reprenez  point  dan?  to-  vous  connaitrez  ce  que  c'est  que  la  fureur.  De  plus 

tre  fureur,   cotnme  l'a«ge  qui   s'enorgueitlit   dans  il  ne  s'est  pas  souvetm  de  sa  misericorde.  car  il  rie 

le  ciel ;  et  ne  me  reprenez  point  dans  voire  colere,  s'en  souvient  que  lorsqu'il   n'ost  qu'en  colOre,  non 

comrne    l'honime    qui    s'eleva     dans   le   paraiis.  pas  quanl  il  va  jusqu'a  la  fureur.    Malheur  aux  en- 

Tous  deux  ontmedite  l'iniqu.te  en  voulaut  s'elever,  fauts  d'inlidelite;  je  le  dis  aussi  pour  ceux  qui  vien- 

celui-la  par  la   puissance.,   celui-ci  par  la  science,  nent  d'Adam,  qui  etant   mis  enfants   de  colere   onl 


Car  la  femme  in^ensee  ajouta  ffli  a  la  promesse  du 
serpent  qui  la  seduisait  en  lui  disant :  «  Vous  serez 
comme  des  dieux,  sachant  le  bieu  et  le  mal  (Gen. 
in,  5).  »    Et  l'auge   s'etait    auparavant  seduit    lui- 


change  pour  eux  par  une  obslimtion  diabolique, 
la  colere  eu  fureur,  la  verge  en  baton,  ou  plulot 
en  marteau.  «  Car  ils  s'amassent  un  treser  do  colore 
pour  le  jour  de  la  colere  (Rom.  it,  5).  »  Or  la  coiere 


hotline  a 
le  puni 
m  oiaaie- 
llos  donee 
e  TaoL-e. 


ffereoce 
re  enfants 
colere    et 
fants    de 
ureur. 


ffieme,  en  se  persuadant  qu'il  serait  semblable  au  accumulee,  qu'est-ce  autre  chose  que  la  fureur?  lis 
Ties-Haul.  Car  celui  qui,  n'etant  rien,  s'imagine  ont  commis  le  peche  du  diable,  e'esl  pourquoi  ils 
etre  quelque  chose,  se  seduit  lui-memc  (  Gal.  sont  frappesdel'anatheme  dudiable.  Malheur  aussi, 
vi,  3).  quoique  d'une  facoa  moius  terrible,  aquelques  en- 
3.  L'une  et  l'autre  elevation  ont  ele  abattues,  mais  fants  de  col'.re,  qui  etant  nes  dans  la  colere  n'ont 
plus  doucement  dans  l'homme;  celui  qui  a  fait  to;i-  pas  ete  regeueres  dans  la  grace.  Car  etant  morts  en 
tes  ces  choses,  avec  poids  et  mesure,  jugeant  qu'il  meme  ieoips  qu'ils  sont  nes,  ils  demjureront  en- 
ctait  a  propos  d'en  agir  ainsi.  Car  c'est  dans  sa  fu-  fauts  de  colere.  Je  .lis  de  colere,  non  point  de  fu- 
reur qu'il  a  puni  ou  plutot  condanme  les  anges,  reur,  parce  que,  selon  que  la  piete  et  i'humanite 
au  I  leu  que  1  homme  n  a  ressenti  que  sa  colere  non  nous  porlent  a  le  croire,  leurs  peines  serout  plus 
point  sa  furevr,  parce  que  lorsqu'il s'est  mis  en  co-  douces  a,  parce  qu'ils  tireut  d'ailleurs  loute  la  cor- 
lere  conlre  lui,  il  s'est  souvenu  de   sa   miseri  orde.  ruptiou  qui  est  en  eux.. 

Aussi  ses  enfants   sont-ils  encore   appeles  aujour-  U-  Le  diabie  a  done  eiejngedans  la  fureur  de  Dieu, 

d'hui  enfants  de  colere,  non  point    enfants    de   fu-  parce  que  le  Seigneur  a  eu  son  intquite  en  horreur, 

reur.  Si  je  ne  naissais   point    enfant  de  colere,   je  et  il  a  juge  l'honime  dans  sa  colere,  c'est  pourquoi 

n'aurais  pas  besoin  de  renailre  par  le  bapteme  ;  et  il  l'a  repris  en  colere.  C'est  ainsi  que  toute  elevation 

si  je  naissa;- enfant  de  fureur,  ou  je  ne  renaitrais  a  ete  brisee,  taut  celle  qui  enfle   que  celle  qui  preci- 

point,    ou  il  ne    me    servirait  de    rien  de  r -naitre.  pite,  parce  que  le  pere  a  ete  amine  de  zele  pour  le 

Voulez-vous  voir   un  enfant   de  fureur?   ltegardez  fils.  Car  dans  l'un  et  l'autre  cas  l'elevation  fait   in- 

Satan  tomber  du  ciel  comme  un  eclair,  c'est-a-dire  jure  au  tils,  ou  bien  c'est   1'usurpation  de  la   puis- 

precipile  par  l'impeluosite  de  la  fureur  de  Dieu,  et  sauce  centre  la  force  de  Dieu,  qui  n'est  autre  que 


Qnelle  est  la 

peine  que 
souffrent    les 
enfanlsmoiti 
saos  haptens 


Peche 
d'Adam  *  t 
d«  satan 


a  C'est  aussi  l'opinion  do  saint  Au^ustin,  dans  son  livre  des 
Merites  des  pe'chenrs,  n.  16,  ou  il  dit  expressement  que  les  en- 
fants morts  san-i  bapteme  sub  ront  une  cundamnatioo  plus 
douce.  .  II  esL  ;n?  le  meme  seutimenl  ians  sou  livre  v  conlre 
Julieii,  chapitre  in.  Fulgence  suit  la   meme  opinion  dans  son   li- 


vre i  de  la  Ve'rite  de  la  pre'destination  chapitre  xrv,  et  dans  son 
traite  de  t' Incarnation,    cha  itre  tix.    On  peul     encote    su.*    ce 
point,  lire  la  lettre  des  Paricius,  abbe  de  Ilavedon,  tome  hi    du 
;".  paje  137. 


sed  infusna  amor !  Utinam  discam  non  superbire,  sed 
unclione  potius,  quam  ultione  magistra  !  Domine  ne  in  fu- 
rore tuo  arguas  me,  sicut  angeluni  extollenlem  se  in 
ccelo  :  neque  in  ira  tua  corripias  me,  sicut  honiinem  in 
pacadiso.  Ambo  iniquitatem  meditati  sunt,  altiludinem 
atfectanles,  ille  potential,  iste  scientiie.  Denique  rredidit 
insipiens  muller  pollieerjli,  sed  seducenti  :  Eritis  sicut, 
dii,  xcientes  bonum  et  malum.  Jam  sese  ante  seduxcrat, 
cui  persuaserat  similem  fore  Altissimo.  Nam  qui  se  pu- 
tat  aiiquid  esse,  cum  nihil  sit,   ipse  se  scducit. 

3.  Yerun  utia>iue  altiludo  dejecta  est,  sed  in  nomine 
mitins,  judicante  ila  illo,  qui  omnia  facit  in  pondere  et 
measura.  Nam  angelo  in  furore  punito,  imo  damnato, 
homo  tram  tautum  sensit,  et  non  f'uporem.  Nemi>e  cum 
iralus  Tail,  misericot'diae  recordatus  est.  Propter  hoc  se- 
men ejus  filii  urae,  et  non  furoris,  usque  in  hodiernuni 
diem.  Si  non  nascerer  filius  irae ,  non  esset  opus 
renasci  :  si  luroris  Rhus  nascerer  ;  aut  non  conligisset 
aut  non  profuisset  renasci.  Vis  videre  furoris  ti- 
lium?  Si  vidbti  Satanam  tanquam  fulgur  cadentem 
de  cobIo  ,  quod  est  in  impetu  furoris  prsecipi- 
tatum;    et  cognovisti  de  furore    Dei.  Denique    non    est 


recordatus  misericordias  suce  :  quia  cum  iratus  fueriti 
lnisc i icordia?  rccordabitur,  non  cum  jam  usque  ad  furo« 
rem  exarsei it.  Vae  lili.:s  diffidentise  !  his  quoque  qui  ex 
Adam  sunt,  qui  nati  ir;e  filii,  ipsi  sibi  iram  in  furorem, 
virgam  in  baculum,  imo  in  malleum  diabolica  obstina- 
tione  convertunt,  Denique  thesaurisant  sibi  nam  in  die 
irte.  Ira  autem  accumulata,  quid  n.si  furor?  Peccave- 
runt  peccatum  diaboli,  et  diaboli  sentcntia  pji'cclluntur. 
Xx  eliam,  quamvis  mihus,  qutbusdam  filiis  irae,  qui 
nati  in  ira.  non  exspcctaverunt  renasci  in  gra  ia.  Nempe 
mortal  in  quo  etnuti,  iras  lilii  peimanebuut.  fras  dixe- 
rim,  non  fururis  :  quia  ut  piissime  crediUir,  et  humanis- 
sime  gemitur,  nntissimaj  sunt  posas  tolum  quo  addictl 
sunt  aliunde  trahentium. 

t.  Ergo  in  furore  diabolus  judicatus  est,  quia  invei.  a 
est  iniquitas  ejus  ad  odium  :  hominis  autem  ad  irai.i, 
et  ideo  in  ira  corripitur.  Ita  o.nnis  altitudo  contrita  es:. 
et  quae  intlat,  et  qu<e  praecipitat,  Patre  niaiiru.ii  zelantc 
pro  lilio.  Utrobique  siquidem  injuria  Kdii  est,  et  de 
usurpata  potentia  advers*is  vii-tuteai  Dei,  quas  ipse  est ; 
et  de  prassumpta  scientia  aliunde  quam  a  sapientia  Dei, 
qua;  nihilominus  ipse   est.    Domine  quis   similis  tibi  ? 


a9a  CJEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

Dieu    lui-meme,  ou   c'est  la  presomption  de    la  Pierre  l'a  recue  (Matt,  xvi,  19),  et  comme  il   n'est 

science  d'ailleura  que  de  la  sagesse  de  Dieu,  qui,  point  enfle  de  la  science,  il  ne  sera  point  precipite 

elle  aussi,  n'est  autre  que  Dieu.  Seigneur,  qui  est  de  sa  puissance.  Pourquoi?  parce  que  ni  dans  Tune 

semblable  a  vc-us  ,  sinon  la  splendeur  et  la  figure  ni  dans  l'aulre  il  ne  s'elevera  contre  la  science   de 

de  votre  substance,   sinon  voire  image  1  Lui  seul  Dieu  ;  bien  different  de  celui qui  a  agi  arlificieuse- 

poss&le  voire  essence,  seul  Ills  du  Tres-llaut,  et  ment  en  sa  presence,  et  dontl'iniquitea  ete  en  exfi- 

Tres-H  nit  lui-meme,  il  n'a  pas  cru  faire  un  larcin  cration  au  Seigneur.    Et  comment  aurait-il  desire 

en  se  rendant  egal  a  wras  (Philip.  II,  6).  Et  com-  autre  chose  que  la  science   de  Dieu,  lui  qui  a  cru 

ment  ne  vous  seriit-il  pas  egal,  puisque  vouset  lui  qu'il  est  I'Apotre  de  Jesus-Christ  selou  Id  prescience 


II  ne  faat 
cbercher  la 
icienrt.'  que 
par  le  Verbe. 


netesqu'une  nieine  chose?  II  est  assisa  voire  droite, 
et  non  sous   vos  pieds.  Comment  se  trouve-t-il 

quelqu'un  assez  hnrdi  pour  vouloir  sYmparcr  de 
la  place  de  voire  tils  unique?  Qu'il  soit  precipite. 
11  a  mis  son  siege  en  haul  que  cetle  chaire  de  pes- 
tilence soit  reuversee.  De  lneme  qui  est  ce  quiap- 
prend  la   science  a  1'homine?  n'esl-ce  pas   vous,  6 


de  Dieu  le  Pere  (Pel.  x,  2)  ?  lit  que  cela  soit  dit  an  u  zMe  ac|ir 
sujet  du  zele  de  Dieu  allume  contre  l'ange  et  con- 
tre I'uomme  prevaricateur.  Car  en  tons  deux  il  a 
lioiive  le  pechc,  et  il  a  dclruit  dans  sa  colere  et 
dans  sa  fureur  lout  ce  qui  s'eleve  contre  la  science 
de  Dieu. 

G.  II  faut  maintenaut  rccourir  au  zele   de    mise- 


let'de  David,  vous  quiouvre/et  ferine/,  a  qui  il  vous  ricorde,  c'esl-a-dire  au  zele  qui  ne  s'enil-imnie  pas. 

plail  ?Coiiiinenl  doiieleiit  ait-onsans  eletd'enlrer,  ou  mais  qui  est  en  TO)' 6  vers  nous,  car  eel   i  qui  s'eni- 

plulotde  I'aireirriiptioiicl.ins  les  trcsorsde  la  science?  lirase  est  un  zele  de  justice,  comme    nous    1'avons 

Celui  qui  rt'entre  point  par  la   porte  est  un  voleur  dit,  et  il  nous  a  assez  fait  trembler  par  les  exem- 

et  un  larroti.  Pierre  entrera  done  puisqu'il  a   recu  pies  que  nous  avons  rapportes  de  ceux  qui  en  ont 

les  clefs.  Neaniuoins,  il  n'enlrera  pas  seul,  cars'il  ete  si  terriblement  punis.  C'est  pourquoi  je  me 

veut,  il  me  fera  entrer,  et  en  exclura  peut-Mre  un  retirerai  en  un  lieu  de  refuge  contre  la  fureur  du 

autre,  selon  la  science   et  la  puissance  qui   lui    out  Seigneur,  vers  ce  zele  de  bonle   qui  brule  douce- 

et6  donnees  d'en  haut.  ment,  et  expie  ef&'acement.    La    charite   n'expie- 

5.   Mais  quel  les  son  t  ces  clefs?  C'est  la  puissance  t-ellepaslespeches?Oui,  ellelesexpie  et  memed'une 

d'ouvrir    et  de  fernier,  et  le  discernement  de   ceux  maniere  tres-puissante?  Car  c'est  par  laqu'elle  cou- 

qu'il  faut  exclure  et  de  ceux  qu'il  faut  recevoir.  Or  vre  uue  multitude  de    peehes  (1    Pet.    v,   8).    Mais 

ces  tresors  nesout  point  dans  le  serpent,  mais  dans  n'est-elle  pas  capable  aussi  d'abaltre  et  d'hiimi  ier 

Jesus-Christ.  C'est  pourquoi  le  serpent  n'a  pas    pu  toute  1'entlrre  des  yeux  du  coeur?  Oui  cerles,   car 

doimer  la  science  qu'il  n'avait  pas  ;    mais  celui  qui  elle  ne  s'eleve  point,  elle  ne  s'enlle  point.  Si   done 

la  possede  l'a  domiee.  11  ne  pouvait  pas  avoir  une  le  Seigneur  .lesus-Christ  daigne   venfr  a   moi,  ou 

puissance  qu'il  n'avait  pas  recue,  mais  celui  qui  l'a  plutdt  en  moi,  non  dans  le  zele  de  sa   fureur,   ni 

recue  la  possede,    Jesus-Christ    l'a  donnee,  saint  menie  dans  sa  coiere,  mais  dans  un  esprit  d  amour 


Quis  nisi  imago  tua  ?  Solus  in  forma  tua,  solus  non  ra- 
pin.im  arbitratus  est  esse  se  a'qualem  tibi  altissimus 
Altissimi  Kilius.  Quomodo  non  ;equalis  ?  Eliam  unum 
cstis  ipse  et  In.  Sciles  illi  a  dextris  tuis,  non  sub  pedibus 
Quo  pac.to  audet  quis  pervadcre  locum  Unigeniti  tui  ? 
Priscipitbtur.  Ponit  sibi  scdem  in  excelso  :  Bubvertatur 
cathedra  peslilentiae.  Hem  quis  docel  bomincin  scientiam 
Nonne  tu,  o  cluvis  Uavid,  aperirens,  cui  vis,  el  eui  vis 
claudens?  Et  quomodo  sine  clave  ad  Lhesauros  sapicntiae 
ct  scienliae  inlroilus,  imo  irruptio  lentabatur?  Qui 
non  Intrat  per  ostium,  ille  fur  est  et  Intro.  Petrus  er- 
go Inhabit  ,  qui  claves  acccpit.  Non  tamen  solus. 
Nam  et  me  si  \oluerit  inlroducct,  aliiimque  excludet 
quem  forte  voluerit,  in  scicntia  et  poteslate  sibi  data  de- 
super. 

5.  Et  hae  claves  qua?  ?  Poleslas  nperiendi,  et  clau- 
dendi,  alque  inter  excludendos  et  admillendos  discrelio. 
Et  non  iu  serpenle  thesauri,  sed  in  Cbristo.  Et  ideo 
non  potuit  dare  sciendum  serpens,  quam  non  habuit  : 
led  qui  habuit,  dedit.  Nee  enim  ipse  poluit  habere  po- 
testatcm,  quam  non  accepit  ;  sed  qui  acccpit,  habuit. 
Dedit  Chrislus,  accepit,  Petrus,  nee  inflatus  de  scienlia, 
ncc  praecipilandus  de  potenlia.  Quare  ?  Quia  in  neutia 
extollitse  adversus  soientiam  Dei,  qui  nihil  horum  pree- 
tor  Dei  scientiam  aflerlavit  :  sicut  ille  qui  dolose  cgit  in 


conspectu  ejus,  ut  inveniatur  iniquitas  ejus  ad  odium. 
Quomodo  denique  prapter  scientiam  Dei,  qui  se  scribit 
Aposlolum  Jesu-Chrisli  secundum  pnescienliam  Dei 
Palris  ?  Et  haec  dicla  sint  pro  eo  quud  incidil  de  zelo 
Dei,  quem  inlendil  in  pravaricant.es  angclum  hominem- 
que,  (nam  in  ambobus  reperit  pravilalem  :)  qua- 
liler  videlicet  in  ira  et  in  furore  sno  destroxerit 
omnem  altitudinem,  extollentem  se  adversus  scientiam 
Dei. 

6.  Nunc  jam  rcciirrcndum  ad  zelum  misericordls,  id 
eat  qui  non  inlenditur,  sed  qui  immittilur  :  quoniam 
qui  inteodilur  (ut  jam  diximus)  judicii  est,  ct  satis  nos 
terruit  ex  memoratis  exemplis  tarn  graviler  punilorum. 
Proplerea  ibo  ego  mini  ad  locum  lel'ugii  a  facie  fuioris 
Domini,  ad  ilium  utique  pielalis  zelum  suaviter  arden- 
lem,  el'licaciler  expianlem.  Numquid  uon  expial  charitas? 
Et  potcnter.  Legi  quod  operiat  mullituuincm  peccato- 
rum.  Sed  dico  :  numquid  non  idonea  est  sen  sufllciena 
ad  dejiciendam,  humiliandauiipie  omnem  cxlollenliain 
oculorum  et  cordis  ?  Et  maxiinc  ;  nam  non  extullilur, 
non  inllatur.  Si  ergo  Ijominus  Jesus  dignetur  venire  ad 
me,  vel  polius  in  me,  non  in  zelo  furoris,  et  ne  in  ira 
quidem,  sed  in  cbaritate  et  spirilu  mansuetudinis, 
aemulans  me  Dei  afimulatione  (quid  enim  ita  Dei,  ut 
charitas  ?  ncuipc  et    Deus  cat)  si,  inquam,   in  ista  vo- 


SOIXANTE-XELTIEME   SERMON  SLR  LE  CA.NTIQL'E  DES  CAXTIQUES.  495 

et  de  douceur,  rempli  pour  moi  d'une  cliarile,  meure  produise  eutre  fame  et  le  Verbe,  et  quelle 
d'une  jalousie  toule  divine.  Qu'y  a-t-il  qui  soit  confiance  ne  nait-il  point  da  cetle  familiarity? 
plus  de  Dieu  quo  la  cliatite,  puisque  la  cliarile  c'est  Je  tro's  qu'une  telle  ame  pent  dire  sans  crainte  : 
Dieu?  Je  reconnailrai  par-la  qu'il  n'est  pas  seul,  «  Mori  bien-aime  a  moi ;  »  puisque  sentant  quelle 
mais  que  sou  Pere  est  aussi  venu  avec  lui.  Car  aime  Dieu  et  quelle  l'aime  d'un  amour  violent, 
qu'y  a-t-il  qui  ressente  davantage  la  tendresse  d'un  elle  ne  duute  point  qu'elle  n'en  soit  aussi  passion- 
Pere?  Aussi  est-ce  pour  cela  qu'il  n'est  pas  seule-  nemeut  aimee  ;  et  par  l'intention  parliculiere, 
ment  appele  Pere  du  Verbe,  mais  Pere  des  mise-  l'application,  le  soin,  l'attention,  la  vigil  ince,  et  le 
ricordes.  C'est  une  cbose  qui  lui  est  propreet  natu-  zele  dont  elle  se  sent  animce  daus  la  recherche  in- 
relle  de  pardonuer  toujours  et  le  fairegrace  [2  CV.  cessante  et  ardente  des  moyens  de  plaire  a  Dieu, 
l.  3).  Lorsque  je  sens  que  uior  esprit  s'ouvre  pour  elle  counait  sans  aucun  doute  que  tons  ces  mou- 
l'intelligence  de  l'Ecrilure  sairte,  que  des  paroles  vements  sont  en  lui,  et  elle  se  ressouvient  de  cette 
de  sagesse  sortent  avec  abundance  de  mon  cceur,  promesse  du  Sauveur  :  «  On  vous  oiesurera  avec 
que  lesmvsleresme  sontrevele  par  l'infusion  dune  la  mememesure  que  vous  aurez  mesure  les  autres 
lumiere  d*en  haut,  on  que  le  c.el  eteud  sur  moi,  et  [Mallh.  vu,  2).  »  II  est  vrai  que  cette  Epouse  pru- 
repand  dans  mon  ame  les  phues  fecondes  de  la  dente  aime  niieux  mettre  de  son  cote  la  reconnais- 
meditation,  ie  ne  doute  point  que  l'Epoux  ne  soit  sance  de  la  grace,  jiarce  qu'elle  sail  que  son  bien- 
present.  Car  ces  ricbesses  viennenl  du  Verbe,  et  aime  l'a  prevenue.  C'est  pour  cela  qu'elle  parle 
nous  les  recevons  de  sa  plenitude.  Si  en  oulre,  je  auparavant  du  soin  que  l'Epoux  a  d'eile,  en  di- 
me sens  encore  pene  re  de  la  rosee  et  de  l'onction  saut  :  «  Mon  bien-aime  a  moi  et  moi  a  lui.  »  Par 
d'un  zele  humble  et  devot,  en  sorte  qie  ramour  les  propnetes  natu:  elles  qui  sont  en  Dieu,  elle  re- 
de la  verite  corinue  engendre  ei  moi  la  haine  et  le  counait  done  et  ne  doute  point,  que  puisqu'elle 
m^pris  de  la  vanile,  et  empec  ie  que  la  science  ne  l'aime  elle  n'en  soit  aimee.  II  en  est  en  elfet  ainsi. 
m'entle,  ou  que  la  frequence  d  s  visiles  de  Dieu  ne  L'amour  de  Dieu  pour  l'ame  engendre  l'ainour  de 
m'eleve  ;  alors  je  reconn  lis  avti  certilude  que  c'est  lame  pour  Dieu.  et  l'application  qu'il  a  pour  elle 
l'etfet  d  une  tendresse  piterne  le,  et  je  ne  doute  fait  qu'elle  s'appliqi.e  aussi  a  lui.  Car  je  ne  sais  par 
point  que  i  Pere  ne  soit  aussi  present.  Mais  si  je  quel  rapport  nature!  il  se  fait,  que  lorsque  l'ame 
persevere  a  correspondre  an  a:.t  que  je  puis  a  une  peut  une  fois  contempler  la  gloire  deDietl  a  decou- 
si  graude  bonle  par  des  mouvements  et  des  actions  vert,  elle  luidevient  aussitolconforme,  et  esttrans- 
qui  lui  soient  en  quelque  sor  e  proporlionues,  et  foriuee  en  une  meine  image  avec  lui.  Dieu  dune 
que  la  grace  de  Dieu  ne  suit  >as  value  en  moi,  sera  envers  vous  tel  que  vous  serez  envers  lui.  II 
alors  je  sins  assure  que  le  Pei.3  et  le  Verbe  font  sera  saint,  dit  le  Prophele,  avec  1  hum  me  saint,  et 
leur  demeure  en  moi,  1'un  en  aie  nournssant,  et  innocent  avec  1  boiuuie  innocent  [Psal.  xvn,  26). 
1'autre  en  ui'iustruisant.  Et  pourquoi  ne  sera-t-il  pas  aussi  aimant  avec 
7.  Quel!    familiarite  pensez-vous  que  cette  de-  celui  qui  aime,    en  repos  avec  celuiqui  se  repose, 


L'smour  que 

nous  atons 

pour  Hien  est 

un  inilice  que 

Dieu  nous 

aime. 


nerit,  in  hoc  cognoscam,  quod  nor  sit  solus,  sed  venerit 
etiam  Paler  iuus  cum  eo.  Nam  qjid  aeque  patera  um  7 
Propter  hoc  Dempc,  nun  Pater  /erbi  tantutn,  sed  et 
Pater  misericorJiarum  est  appclla  us,  quod  innaium  h.i- 
beat  isisereri  semper  et  parejre.  ?i  sensero  aperiri  mibi 
sensual,  ut  intelligam  Suripturas  :  aut  sermouem  sa- 
pientite  quasi  ebullire  ex  iolimi:,  aut  infuso  lumine 
desuper  rev'l.ui  mysteria,  aut  eerie  cxpandi  mibi  quasi 
qujddaai  l..;gissiruuui  cueli  gremium,  et  uberiores  de- 
sursum  influere  animo  meditationuui  inibres  ,  non 
ambigo  Sponsura  adesse.  Verbi  siquidem  h;e  copiae 
sunt,  el  de  pleaitudine  ejus  ista  accipimus.  Quod  si 
se  p  inter  infaderit  humilis  q  ia:dam,  sed  pinguis  in- 
tima;  adspersion  s  devotio,  ut  amor  agnit*  veriiatis 
necessarium  quoJdam  odium  vanitalis  in  me  geueret 
ct  conte.nptum,  ne  forte  aut  scientia  inQet,  aut  fic- 
quenlia  visitutionum  extollat  me  :  tunc  prorsus  palerne 
sentio  agi  mecum,  et  Palrein  adesse  nou  dab. to.  Si 
autcm  pei  jvcro  huic  digtiationi  digais  semper  (  quod 
in  me  est)  affectibus  et  artibus  respondere  et  gra- 
tia Dei  apud  me  vacua  noa  f  lerit  :  etiam  mansio- 
ncm  apud  me  faciet  tarn  Pater  enutriens,  quam  Yerbuui 
erudiens. 
7.  Quanta  pubis  ex    hac  mansione  inter    animam    et 


Yorbum  familiarilalis  gratia  oriatur,  quanta  de  familia- 
ritale  sequatur  liducia  !  Nun  est  (utopmor)  quod  jam  ta- 
lis anima  diceie  vercatur,  DUectits  mtntsmM  :  quae  ex  eo 
quod  se  diligere,  et  vebementer  dihgere,  sentil,  etiam 
diligi  nihil. uniiius  vehemenler  non  ambigit,  ac  de  sua 
singulari  intentione,  sollicitudine,  cura,  opera,  diligen- 
tia,  sludioque,  quod  incessanter  et  ardenter  invigilat, 
qucmadmodum  placeat  Deo,  ujque  baec  omnia  in  ipso 
indubitanter  agnoscit,  i-ecordans  promissiunis  ejus  :  In 
qua  mews  ma  mensi  fueritu,  remittitur  vobis.  Xisi  quod 
redhibitionem  grat:te  prudens  Sponsa  ad  suain  magii 
cauta  est  trahere  partem,  scions  se  potius  prsventam  a 
dileclo.  lnde  est  quod  illius  .  peram  praefert  :  DiUctui, 
inquiens,  mens  mihi.et  ego  ilti.  Ergo  ex  propriis  qu* 
sunt  penes  Ueum  aguos,:it  :  nee  dubilat  de  ain.iri  qua; 
am  it.  lta  est.  Amor  Dei  amore.n  auims  parit,  et  il.ius 
pra3currens  intentio  inlcntam  animam  faeit,  sollicitudo- 
que  sollici  am.  Nescio  uiim  qua  viciuitale  naturae,  cum 
semel  revelala  facie  gloiiam  Dei  speoulari  anima  pole- 
rit,  mox  ill]  se  confonnari  necesse  est,  atque  in  eam- 
dem  iniaginera  translormaii.  tgitur  qualem  te  para- 
veris  Deo ,  talis  oportet  appareat  tibi  Deus.  Cum 
sancto  sanctus  erit,  ct  cum  viro  innocente  innocens 
erit.  Quidni  seque  el  cum  amaute  amans  ,  etcumvacaate 


4V8 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


applique  avec  celui  qui  s'applique,  soigneux  Mb 

Celui  qui  a  dil  :oin?  SERMON    LXX. 

8.  Car  il  dit  :  «  J  aime  ecus  qui   m'aiment,  et 
wux  qui    soveilleroiit   matin   pour  me  chercher,    Pourguoi  I'Epoux  est  appele   bien-aime.  Les  lis  au 


L'amoor  de 
Dieuprevii-nt 
cl  mrpasse  le 

LoLTC. 


me  trouveront  {I'rov.  vm,  17)1  Voycz  commc  il 
vous  assure  non-seulemeiit  de  son  amour,  si  vous 
l'aimrz,  mais  encore  de  son  soin  et  de  son  appli- 
cation, si  vous  avez  soin  de  ce  qui  le  regards  i  Si 
Tousveillez.il  veille.   Levez-vous   la    nuil,    hatez- 


au  milieu  desquek  il  se  promenc,  sont  la  verite.  It 
mansw'lude,  la  justice  et  les  aulres  vcrtus. 

1.  «  Mon  bien-aime  a  moi,  et  moi  a  lui,  a  luiqui  se 
repait  parmiles  lis  {Cant,  n,  16). »  Qui  pent  accuser 
vous  lant  que  vous  voudrez  de  prevetlir  les  Senti-  |/Epousede  presomption  oud'insolence  parce  qu'elle 
nelles  memes  vous  le  trouverez.  mais  vous  ne  le  ,j|t  qU'elle  a  fait  societe  avec celui  qui  so  r.-pait 
previemlrez  pBS.  Vous  seivz  tnu.'i ■aire,  si,  en  ce  parmi  les  lis  ?  Quand  il  se  repnitrait  parmi  les  as^ 
point,  vous  vous  nttribticz  quelque  eliose  devaut  tivs,  par  cela  seul  qu'il  se  repaitrait,je  ne  vois  pas 
lui  mi  plus  que  lui.  11  vous  aime  plus  que  vous  ne  ce  qH«y  y  aurait  de  grand  a  contractor  amitie  on 
Tainiez.  et  avant  que  vous  t'aiuuez.  Vous  etonne-  familiarite  avec  lui.  Car  cemot,  serepaitre.enferme 
rcz-vons  qu  line  ftltie  qui  connait  res  verites  se  un  sensbns.el  sonned'une  maniere  peu  noble  a  l'o- 
glonlie  que  eclte  Majeste  souveraine  s'applique  a  reine<  irt  lorsqu'elle  dit  qu'il  se  repait  parmi  les 
tllf,  romme  si  elle  n'avait  pas  soin  de  tout  le  reste  Us.  eiie  se  met  encore  plus  a  l'abri  de  tout  repro- 
des  creatures,  lorupie,  mettantelle-meme  lout  autre  ci,c  j0  tpmerite.Car  qu'est-ce  les  lis  ?  Selon  la  pa- 
affaire  de  cole,  elle  se  conserve  uniquement  et  in-  ro|e  du  Seigneur,  e'est  de  l'herbe  qui  est  aujour- 
violablement  pour  lui  ?  11  est  temps  que  je  finisse.  d'hui  sur  [Aid,  et  que  demain  on  mettra  au  feu 
Je  dirni  settlement  pour  les  spirituels  qui  sont  (Mutlh.  i.xu,  30).  Que  peut  done  etre  celui  qui  se 
parmi  nous,  vine  chose  qui  semb'.e  elonnaute,  mais  repait  d'herbe  comme  un  agneau  ou  comme  un 
qui  neanmoins  est  Ires-veritable,  e'est  que  Tame  veau?  Oui,  e'est  en  elfet  un  agneau  et  un  veau  gros. 
qui  voit  Dieu  ne  le  voit  point  autrement  que  si  Mais  peut-etre  direz-vous  qu'ici  les  lis  tie  sont  pas 
elle  e\i\t  vue  toute  seule  de  lui.  C'est  done  dans  designes  comme  sa  nourriture,  mais  comme  le  lieu 
celte  contiance  quelle  dit  qu'il  s'applique  a  elle,  et  oil  il  se  repait,  car  il  n'est  pas  dit,  qu'il  se  repait 
elle  a  lui,  car  elle  ne  voit  rien  qu'elle  et  lui.  Que  de  lis,  mais  parmi  les  lis.  Je  le  veux,  il  ne  mange 
vous  etes  bon,  Seigneur,  a  l'ame  qui  vous  cher-  pas  de  l'herbe,  comme  un  baeuf;  mais  quelle  gran- 
chc  '.  vous  allez  an  devaut  d'elle,  vous  l'embrassez,  deur  peut-il  y  avoir  a  se  trouver  au  milieu  de 
Tons  la  trailez  en  epoux,  vous  qui  etes  son  Sei-  l'herbe,  et  couche  sur  l'herbe,  comme  le  dernier 
gneiir,  et  qui  etmt  Dieu  au-dessus  de  toutes  choses  des  hommes  ;  et  quelle  gloire  en  peut  tirer  celle 
etes  bem  dans  tous  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  dont  le  bien-aime  agit  ainsi?  Selon  le  sens  litterul, 
soil-il.  la  retenue  de  l'Dpouse  et  la  discretion  avec  laquelle 


vacans,  et  cum  intcnto  intcntus,  et  sollicitus  cum  solli- 
cito? 

8.  Denique  ait  :  Ego  diligentes  me  diligo,  et  gut, 
mane  vigilaix-rmt  nil  me,  i/iveiiicnt  me.  Vidcs  qtiomodo 
non  solum  de  amore  suo  ccrtum  te  reddat,  siquidem  tu 
aroej  ilium  :  sed  eliam  de  sua  solliciliulinc,  quam  pro 
le  gerit,  si  le  sensciit  sollicilum  sui.  Vigilas  In  ?  vigilal 
el  ipse.  Consurge  in  node  in  principio  vigiliarum  tua- 
ruui,  nccelcraquantumvis  eliam  ipsas  anlicipare  vigilias  : 

inveniea  eiun,  BOB   praeveuies.  Temere    in  tali    (leg 

vel  piius  aliquid  tribuis  tibi,  vel  plus  :  et  ma-is  umat 
el  ante.  Si  hsecanima  soil,  imo  quia  scit  :  miiaris  q  lOd 
lllani  majestatem,  quasi  cetera  non  curanlcm  sub  sibi 
interulere  glurieiur,  eui  soli  ip~a,  postposilis  curis  omni- 
bus lota  se  devolionceustudit  ?  Sermo  (ine.n  desiderat : 
sed  ununi  dico  spirilualibus  qui  in  vobis  sun1,  minim, 
quidem,  sed  vcium  i  animam  Deum  videntcm  baud 
Becu9  videre,  qnam  si  sola  videatur  a  Deo.  Ea  ergofidu- 
cia  dicil  illuna  intendeve  sibi,  seque  illi,  nihil  prater  se 
et  ipsum  videos.  Bonus  cs,  Domine,  animal  qnnercnti  te  I 
occurris,  amplecteris,  spoasum  te  exhibes,  qui  Dominu9 
es,  iuio  qui  ea  super  omnia  Deus  benedictus  in  sscula. 
Aaieu. 


SERMO  LXX. 

Vnde  Sponsus  dilectus  dicatur  ;  et  de  veritate,  mansue- 
tudine  et  justitia,  cceterisque  virtutibus,  quae  sunt  lilia, 
inter  quae  puscilur. 

\.  Dilectus  mens  mi/ii,  et  ego  illi,  qui  pascitur  inter 
lilin.  Quis  huic  jam  imputet  praesumptioni  vel  insolen- 
tiBe,  si  se  dical  iniisse  sockstalem  cum  illo,  qui  pescitur 
inler  lilia  ?  Etiamsi  inter  sidera  pasceretur,  eo  30I0  quod 
pascei-elur,  nescio  quid  magnum  vidcri  possit  cum  cjus- 
modi  amicitias  scu  familiaritalem  habere.  Aliquid  pror- 
sus  ignubile  et  bnmile  sonat,  pasci.  Nunc  vero  cum  et 
]>asci  inter  lilia  perhibctur,  drjectionis  adjectio  longius 
amavet  et  propuUut  lemerilj,tis  notam.  Quid  enim  sunt 
lilia?  Juxta  veibum  Domini,  fcenum,  quod  hodie  est,  et 
eras  in  clibannm  mittitur.  Qnanlus  est  iste  qui  tono 
pascitur,  quasi  unus  agnorum  aut  vitulorum  ?  Et  agnus 
plane,  et  vitulus  saginatus.  Sed  tu  forte  vigilantius  ad- 
vertisti,  non  pabulum  hoc  loco  designari,  sed  locum  ; 
nee  enira  dictum  est,  liliis  eum  pasci,  sed,  inter  li- 
lia. Esto.  Non  foenum  comedit  ut  bos  :  in  fieno  tamen 
versari,  et  super  fcenum  discumbere  inslar  unius  de 
turba   quid  emincntis  habere  potest  ?  Quid  vero  gloria 


SOIXWTE-DIXIEME  SERMON  SUR 

elle  parle,  est  done  assez  evidtnte,  on  voit  claire- 

mentqu'elle  regie  sesdiscours  selon  !e  jugement,  et 

qu'elle  tempere  la  gloire  des  choses  dont  elle    parle 

par  la  modestie  des  paroles  dont  elle   se  sert  pour 

les  exprimer. 

Christ  est      2.  Oar  elle  n'ignore  pas  que  celni  qui  se    repait 
levenu  le  ,,  ,  ...  * 

l:n-aim6    et  qui  repait  les  autres,  n  est   qu  line    meme   per- 

,.da"3...  sonne,  qu'il  denieure  en  meme  temps  parmi  les 
lis,  et  regne  au  dessus  des  astres.  Mais  elle  fait 
plus  volontiers,  mention  des  actions  humbles  de  son 
bien-aime,  a  cause  de  son  humilite,  comme  j'ai 
deja  dit,  mais  surtout  parce  qu'il  a  commence,  a 
etre  son  bien-aime,  lorsqu'il  a  commence  a  se  repai- 
tre,  ou  pour  mieuxdire  iln'apas commence  l'etre,  il 
l'aete  de  tout  temps.  Car  celui  qui  est  le  Seigneur 
dans  son  ciel  est  son  bien-aime  sur  la  terre,  il  re- 
gno au  dessus  des  etoiles,  et  il  aime  parmi  les  lis. 
11  l'aimait  lors  meme  qu'il  marchait  sur  les  etoiles, 
parce  qu'il  ne  peut  pas  s'empecher  de  l'aimer  en 
tout  temps  et  en  tons  lieux,  car  il  est  amour.  Mais 
jusqu'a  ce  qu'il  filt  descendu  sur  les  lis,  et 
qu'on  l'eiit  vu  se  repaitre  parmi  les  lis,  il  n'a  point 
ete  aime,  il  n'est  point  devenu  le  bien-aime.  Et  quoi, 
direz-vous,  n'a-t-il  point  ete  aime  par  les  patriar- 
ches,  et  par  les  prophetes?  Certainement il  l'a  ete, 
mais  ils  ne  l'ont  point  aimt:,  avant  de  l'avoir  vu 
ainsise  repaitre  parmi  les  lis.  Car  comment  li'au- 
raient-ils  point  vu  celui  qu'ils  ont  prevu.  Ilfaudrait 
avoir  bien  peu  d'esprit  pour  s'imaginer  que  celui 
qui  voit  une  chose  en  esprit  ne  voit  rien.  D'oii 
vient  done  qu'ils  ont  ete  nommes  les  Voyants,  s'ils 
n'ont  rien  vu  (Reg.  i,  90)  ?  C'est  la  raison  qui  fait 
qu'ils  ont  desire  voir  ce  qu'ils  ne  voyaient  pas,  car 
ils  n'auraient  pas  pu  desirer  le  voir  des  yeux  du 
corps,   s'ils  De  l'eussent  vu  des  yeux   de  Tesprit. 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  497 

Mais  tous  ont-ils  ete  prophetes  ?  Comme  si  tous 
avaient  souh  iite  de  le  voir,  ou  que  la  foi  eut  ete 
donnee  a  tous.  Mais  ceux  qui  l'ont  vu  ont  ete  pro-  On  voit  par 
phetes,  ou  ont  cru  aux  prophetes.  Or,  avoir  cru  la  foi- 
c'est  l'avoir  vu.  Car  il  me  semble  que  ce  n'est  pas 
se  tromper  de  dire,  qu'on  peut  voir  une  chose 
en  esprit,  par  la  foi,  non-seulement  par  l'esprit  de 
proplietie. 

3.  En  daignant  done  descendre  et  paitre  parmi 
les  lis,  luiqui  pait  toutes  les  creatures,  il  s'est  rendu 
aimable,  parce  qu'il  n'a  pu  etre  aime  avant  d'etre 
connu.  Aussi,  quaud  l'Epouse  fait  mention  de  ce 
bien-aime,  elle  marque  fort  bien  cette  circonstance 
comme  la  cause  qui  fait  qu'on  l'aime,  et  qu'on  le 
connait.  11  faut  entendre  spirituellcment  cette  re-  QU'est-ca 
fectioii  qui  se  fait  parmi  les  lis,  car  il  serait  ridi-  P*"™  Parmi 
cule  de  l'entendre  d'une  refection  corporelle.  Nous 
montrerons  meme,  si  nous  pouvons,  que  ces  lis 
sont  spirituels.  Je  pense  qu'il  nous  faudra  encore 
examiner  de  quoi  ce  bien-aime  se  repait  parmi 
les  lis,  si  c'est  des  lis  memes,  ou  de  quelque  au- 
tre herbe  ou  lleurs  cachees  entre  les  lis.  Et  ce  qui 
me  paraitplus  difficile,  c'est  qu'il  n'est  pas  dit  qu'il 
fait  paitre,  mais  qu'il  se  repait.  Car  qu'il  fasse  pai- 
tre, c'est  ce  dont  on  ne  doute  point,  et  e'est  une 
chose  qui  n'est  point  indigue  de  lui.  Mais  qu'il 
paisse  lui-meme,  cela  marque  l'indigence,  et  il  sem- 
ble qu'on  ne  lui  peut  attribuer  cette  action,  meme 
spirituellement,  sans  faire  quelque  injure  a  sa  sou- 
veraine  Majeste.  Je  ne  me  souviens  pas  d'avoir  jus- 
qu'ici  remarque  nulle  part,  en  ce  Cantique,  qu'il 
soit  dit  qu'il  pait,  aulieu  que  vous  vous  souvenez 
comme  moi,  je  pense,  qu'il  est  dit  eu  un  endroit, 
qu'il  fait  paitre.  Car  l'Epouse  a  prie  qu'on  lui  mon- 
trit  le  lieu  oil  il  faisait  paitre  oil  il  reposait  durant 


huic,  habere  dilectum  ilium  qui  hoc  egerit  ?  Et  secun- 
dum litteram  quidem  Sponsae.  verecundia  et  cautela 
prudentiasejus  in  loquendo  satis  apparet,  utique  dispo- 
nentis  sermones  suos  in  judicio,  et  rerum  gloriam  ver- 
borum  modestia  temperantis. 

2.  Alias  autem  nonignorat  unum  esse,  et  qui  pascitur, 
et  qui  pascit ;  inter  lilia  commoranlem,  et  regnunlem 
super  sidera.  At  libentius  humilia  dilecti  memorat, 
propter  humilitatem  quidem,  ut  di\i  :  magis  autem  quod 
exinde  coepil  esse  dilectus,  ex  quo  ct  pasci.  Ncc  modo 
exinde,  sed  inde.  Nam  qui  in  altissimis  est  Do- 
minus,  in  imis  est  dilectus  ,  super  sidera  regnans , 
et  inter  lilia  amans.  Amabat  et  super  sidera,  quia  nus- 
quam  et  nunquum  potuit  non  amare,  quia  amor  est  : 
sed  rlonec  ad  lilia  descendit,  et  pasci  inter  lilia  comper- 
tus  est,  nee  amatus  est,  nee  factus  dilectus.  Quid  ?  Non 
est  amatus  a  patriarchis  et  prophetis  ?  Est  :  sed  non 
prius  tjuam  visus  est  et  ab  ipsis  inter  lilia  pasci.  Neque 
enim  non  videmnt,  quern  prasviderunt,  nisi  ila  quis  abs- 
que spirilu  sit,  ut  videntem  in  spiritu,  putet  videre  ni- 
hil. Unde  ergo  videntes  (nam  sic  prophets  appcllati 
sunt)  si  nihil  viderunt  ?  Inde  est,  quod  voluerunt  videre, 
quern  uon  viderunt.  Nee  enim  poterant  velle  videre  in 

T.   IV, 


corpore,  quern  in  spiritu  non  vidissent.  Sed  dico  :  Num- 
quid  omnes  propheta;  ?  Quasi  omnes  videre  voluerint 
ant  I'uerit  omnium  lides.  Sed  enim  qui  viderunt,  aut 
prophets  fuerunt,  aut  prophetis  acquiescentes.  Et  cre- 
didisse  enim,  vldisse  est.  Non  modo  namque  qui  per 
prophetis  spiritum,  sed  per  fidem  videt,  si  quis  ipsum 
quoque  dicat  videre  in  spiritu, mini  non  videtur  errare. 

3.  Ila  ergo  quod  ad  lilia  descendere,  et  inter  lilia 
pasci  dignatus  est  is  qui  omnes  pascit,  dilectum  fecit 
ilium,  quia  non  potuit  ante  diligi,  quam  agnosci.  Ac  per 
hoc  cum  de  dilecto  facta  est  mentio,  pulchre  et  illud 
rocmoratum  est,  quod  dilectionis  et  agnitionis  exslitit 
causa.  Qiirerenda  in  spirilu  refectio  haec  inter  lilia  :  nam 
corpoream  cogitare  ridiculum  est.  Quin  ipsa  lilia  spiri- 
tualia  (si  quidem  potuerimus)  demonstranda  a  nobis 
erunt.  Pulo  hoc  quoq*ue  dicere  nos  oportebit,  unde  inter 
lilia  pascatur  dilectus,  liliisne  ipsis,  an  aliis  inler  lilia  re- 
conditis  herbis  vet  floribus?  Et  in  his  illud  miuidiflicilius 
apparel,  quod  pasci,  non  pascere  pcrhibctur.  Nam  quia 
p;iscnt  dubium  non  est,  nee  enim  indigmim  ci  :  at  pasci, 
indigentiam  sonat,  et  ne  spiritualiter  quidem  sine  injuria 
majestatis  facile  illi  posse  assignari  videtur.  Nee  ego 
sane  recordor  usque  modo  advertisse  me  in  hocCantico 

3a 


498 


CEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Ce  qni  a 

inrrile  ir.nt 
dVmour  a 
l'Epoui. 


Le  lis  de 
l'Epoui. 


le   midi.  Et   maintenant  elle  dit,   qu'il   palt  lui-  1U,    dont  il   tire  une    si   rare  beaute  ?    «  Avan- 

meme,  at  ne  demande  pas  qu'oa  lui  montre  le  lieu  cez,    continue    le   Prophete,    et    regnez   par    la 

oii  il  palt,  niais  elle  l'indique,  c'est  parini  les  lis.  verite,   par  la  douceur,  et  par  la  justice  {Ibid.).  » 

Elle  connalt  cet  endroit-ci,  et  elle  ne  connaissait  Ce  sont  la  des  lis.  Ce  sont  des  lis,  dis-je,  sortisde 

pas  l'autre  parce  qu'elle  ne  peut  pas  connaitre  la  terre,   brillacts  sur  la  terre,  eleves  par  dessus 

incnt   ce  qui  est  sublime,  et  ce  qui  est  bumble  toutes  les  autres  Qeurs  de  la  terre,  passant  en  odeur 

sur  la  terre.  Commel'ceuvie  est  grande  le  lieu  est  les  plus  ezcellents  parfums.  ("est  done  parmi  ces 

eleve,   et  l'Epouse   meme  n'y  a   pu  encore    ar-  lis  quest  l'Epoux,    et  c'est  d'eux  qu'il  lire  son 

river  jusqu'a  cette  heure.  eclat  et  sa  beaute,  car  d'ailleurs,   scion  1'iufirmite 

h.  (.'est  pourquoi  ils'estaneanti  an  point depaltre,  de  la  chair,  il  n'avait  ni  grace  ni  beaute  (Isaie.  lui, 

luiquiestle  pasteur  de  tousles  hommes.  11  aeletrouve  2). 

parmi  les  lis,  et  l'Eglise  l'ayant  mi,  elle  qui  etait       5.  I. a  verite  est  un  lis  excellent,  d'une  viveblan-  Le  premiei 

pauvre,  l'a  aime  daus  ret  etat  de  pauvrete,  el  il  est  cbeur,  el  d'une  odeur  raerveilleuse.  Aussi  ed-cel'c-     ll9/sAla 

devenu  son  bien-airae  i  cause  de  sa   ressemblauce  clat  de  la  lumiereeternelle(S'</n>«.  vn,  26),  lasplen- 

avec  elle.  Et  elle  ne  l'a  pas  aime  seulement  pour  ce  deur  et  la  figure  dela  substance  de  Dim.  C'esl  veri- 

sujei.inais aussi  a  cause  de  la  verite,  de  la  douceur  I  tbleraeut  un  lis  que  uolre  lerre  a  produtt  par  uue 

et    de  la  justice  qui  eclataient  en  lui,  parce  qu'il  a  nouvelle  benediction,  qu'eile  a  prepare  pour  etre 

accuinpli   ses   promesses    Psal.    suv,  5)  ;  que  les  expose  a  la   vue  de  Ions  les  peuples,   comme  une 

demons  superbes  ont  ete  juges  awe  les  princes  et  lumiere   qui  devail  eclairer  la  nature  (Luc.xi,  31). 

que  les  iuiquiles  out  ete  remises.  II  est  done  appa-  Tant  que  la  terre  a  etc  maudite,  elle  n'a  porle   que 

ru  tel  qu'il  a  merite  d'etre  aime.    Veritable  par  sa  des  epines  ntdes  cbardons.  Mais  maintenant  la  ve- 

nature,  douz  aux  hommes,  juge  pour  les  hommes.  rite,  cctte  (leur  du  champ,  ce    lis  des  vallees  (Psal. 

0  epoux  vraiment  aimable,  et  vraiment  digne  d'e-  lxxxiv,  12)  a  gerrae  de  la  terre,  par  la  benediction 

tre  aime  du  fond  de  1  ame !  Pourquoi  l'Eglise  tar-  du  Seigneur.    Reconnaissez   ce  lis  par  son  eclat, 

derahVelle maintenant  a.  seconformertout  entiere,et  puisqu'il  ne  commence  pas  plusldt  a  lleiirir,  qu'il 

de  tout  son  cceur,  a  celui  qui  accomplit   si   fldele-  frappe  de  sa  lumiere  les  yeux  des  pasteurs  durant 

ment  ses  promesses,  qui  lui  remet   si  liberalement  la  unit,  selon  ce  que  dit  l'Erangile,   que  «    l'ange 

ses  peches,  qui  la  protege  et  la  defend  avec  tint  de  du  Seigneur  se  presente  devaut  eux  et  que  la  clarte 

justice?  Le  Prophete  a  dit  de  lui,  il  y  a  longtemps :  de   Dieu  les  environne   [Luc.  u,   2).  »  La  clarte  de 

«  Tout  brillant  de  beaute  et  de  gloire,  vous  n'aurez  Dieu,  dit-il  fort  bien,  attendu  que   ce  n 'etait  pas 

que    des  succes  avantageux  (Ibid.).  »  D'ou  lui  vient  l'eclat  de  l'ange,  mais  du  lis  qui  les  environnajus- 

cette  beaute  et  cet  eclat  ?  Je  crois  que   c'est  du  lis.  qu'a   Belhleem.  Iteconnaissez  ce  lis  par  son   odeur 

Qu'y  a-t-il  de  plus  beau  que  le  lis  ?   De  m&me    qu'y  par  laquelle  il  se  lit  connaitre  aux  mages  qui  etaient 

a-t-il  de  plus  beau  que  l'Epoux.  Quels  sont  done  ces  si  eloignes.  L'ne  etoile  leur  apparut  aussi,  mais  ces 


pastum  uspiam  perhiberi,  cum  pascentem  pnto  reeorde- 
mini  et  vos  mecum.  Denique  postulavit  sibi  aliquando 
demonstrari,  nbi  in  meridie  pasceret  et  cubaret.  El  nunc 
quidem  (quod  necdum  dixerat)  perhibet  pasci,  sed  non 
similiter  poslulat  locum  indicari  s;bi;  sed  ipsa  indicat, 
assignans,  inter  lilia.  Nnvil  hoc,  illud  non  novit  :  quia 
ffiquo  pr.esto  esse  non  potest  quod  sublime  et  in  sublimi 
est,  et  quod  bundle  et  super  terram.  Sublime  opus,  su- 
blimis  el  locus  :  ncc  accessus  ad  euai  usque  adhuc  vel 
ipsi  Sponsae. 

4.  Et  ideo  semelipsum  exinanivit  usque  ad  hoc,  ut 
pasceretur  ipse  omnium  pastor;  et  inventus  est  inter 
Hlia,  et  visus  ab  Ecclesia,  adamatus  est  abinope pauper, 
faclus  dilectus  propter  simililudincm.  Non  solum  aulem, 
sed  et  propter  veriialem,  et  in;msuetudinem,et  justiliam  : 
quod  per  eum  scilicet  promissioncs  adimplela;  sunt, 
qucd  iniqiiilatcs  remissa1  sunt,  quod  supcrbi  daemom-s 
una  cum  principe  suo  judicali  sunt.  Talis  ergo  apparuit 
qui  mcrilo  amnrelur,  verax  pro  se,  mitis  hum.nibus, 
Justus  pro  horn  nilius.  0  vcre  amandumet  lolis  medullis 
cordis  amplectendum  Sponsion!  Qaid  jam  cunctulur 
Ecclesia  tolacu  se  tula  devotione  coinmittere  lam  lido 
reddilori,  tarn  pio  Indultori,  lain  justo  propugnatori? 
Porro  piaeuiiserat  Propbcta,  dice:  Sp  tua  el  pul- 
cltritudtne  tua  inlende  prospere.  Unde   species    heec    et 


pulchritude?  Puto  ex  liliis.  Quid  lilio  speciosus?  sic 
nihil  formosius  Sponso.  Quae  sunt  ergo  ilia  hlia,  e 
quibus  species  decuris  ejus  ?  Proi.-ei.le,  inquit,  et  regna 
propter  veritatern,  et  mansuetudineni,  et  justitium.  Lilia 
sunt,  lilia,  inquam,  orta  de  terra,  nilentia  super  terram, 
eminenlia  in  fljribus  terra,  fragranlia  super  odorem 
aromatum.  Ergo  inter  liaec  lilia  Sponsus,  et  omnino  ex 
his  speciosus  el  pulcher.  Alias  enim  (quod  quidem  ad 
carnis  inlirma  spectat)  non  erat  ei  species  ncque 
decor. 

5.  Bonum  autem  lilium  Veritas,  candore  conspicunm, 
odore  pia'cipuum  ;  denique  candor  est  Iucis  ietcrnae, 
splendor  et  llgura  substantia;  Dei.  Lilium  plane,  quod 
ad  novam  benedictionem  terra  nostra  produxit,  et  para- 
vit  ante  faciem  omnium  populornm,  lumen  ad  revela- 
tionem  gentium.  Donee  sub  malediclo  fuit  terra,  spinas 
el  IriLulos  germ  navit.  At  nunc  Veritas  de  terra  orta  est 
Domino  bi  nedieeaite,  speciosus  omnino  quidam  llos 
campi,  et  lilium  convallium.  Agnosce  lilium  ex  candore, 
qui  mnx  in  ipso  exortu  Doris  pasloiibus  de  node  cmi- 
cuit,  dicente  EVaugelio,  quia  ange/as  Domini  slelit  Jiixfa 
iilos,  et  elaritas  Dei circumfahil  illos.  Bene  Dei,  quia 
non  angeli,  sed  lilii  candor.  Ille  adcral,  SL'd  illud  mi  a- 
bat  ah  usque  Bethleem.  Agnosce  lilium  et  ex  odorc,quo 
et  longe  positis  inuotuit  Magis.  Et  quidem  stella  appa- 


S01XANTE-DIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANT1QCE  DES  CANT1QUES. 


A99 


hommes  sages  ne  i'eussent  point  suivie,  s'ils  n'a- 
vaient  ete  attires  interieurement  par  l'odeur  agrea- 
ble  du  lis  qui  venait  de  mitre.  Certainement  la  ve- 
rite est  un  lis  dont  l'odeur  anime  la  foi,  et  l'eclat 
excite  l'entendement.  Jetez  maintenant  les  yeux 
sur  le  Seigneur,  qui  dit  dans  l'Evangile  :  «  Je  suis 
la  verite  (Join,  xiv,  6).  »  Et  voyez  avec  combien 
de  raison  la  verite  est  compares  au  lis.  N'avez- 
vous  jamais  pris  garde  que  du  milieu  de  cette  fleur 
sortent  de  petits  rejetons  d'or  ceints  de  feuilles 
Ires-blanches,  en  forme  de  eouronne?  Reconnais- 
sez  par  la,  eu  Jesus-Christ,  la  divinile  qui  est  bril- 
lante  comme  l'or,  couronnee  de  l'inviolable  purete 
de  la  nature  humaine?  C'est-a-dire  Jesus-Christ 
portantle  diademe  dont  sa  mere  l'a  eouronne.  Car, 
lorsqu'il  porte  celui  que  son  pere  lui  a  donne,  il 
habite  une  lumiere  inaccessible,  et  vous  ne  le  pou- 
vez  pas  voir  en  cet  etat.  Mais  nous  parleronsde  cela 
une  autre  fois. 
second  lis  6.  Si  la  verite  est  un  lis,  la  douceur  en  est  un 
insuitttde.  aussi;  elle  a,  en  effet,  la  blancheur  de  l'innocence, 
et  l'odeur  de  l'esperance.  Car,  comme  dit  le  Pro- 
phete  ,  «  il  reste  encore  a  l'homme  pacifique 
quelque  chose  a esperer  aprcs  cette  vie  (Psal.  xxxvi, 
37).  »  Un  homme  doux  est  plein  d'esperance  pour 
l'autre  vie,et  en  celle-ci.  e'est  un  brillant  modele  de 
clemence  et  de  bonte.  N'est-il  pas  un  lis  qui  brille 
des  devoirs  de  la  charite  et  qui  repand  partout 
l'odeur  agreable  de  l'esperance?  Ajoutez  que  la 
douceur  a  genne  de  la  terre  aussi  bien  que  la  ve- 
rite. A  moins  que  vous  ne  doutiez  que  l'agueau  sa- 
cre,  qui  est  le  soiivcrain  dominateur  de  la  terre, 
(Isal.  xvi,  8)  soit  sorti  de  la  terre,  cet  agneau  dis-je 
qui  a  ete  mene  a  la  niort,  sans  qu'il  ait  ouvert  la 
bouchepourse  plaindre  (Ibid,  mi,  7).  Et  nou-seule- 


La  justice 

est  an 

troisieme  lis. 


ment  la  douceur  et  la  verite  sont  sorties  dela  terre, 
niais  encore  la  justice,  puisque  le  Prophete  dit 
«  deux,  versez  la  rosee  d'en  haut,  et  que  lesnuees 
fassent  pleuvoir  le  juste  ;  que  la  terre  s'onvre,  et 
proiluise  le  sauveur,  et  que  l.i  justice  germe  aussi 
avec  lui  (Ibid,  xlv,  8).  »  Or,  que  la  justice  soit 
un  lis,  l'Ecrilure  nous  l'apprend  en  nous  disant : 
«  Le  juste  germera  comme  un  lis,  et  lleurira  eter- 
nellement  devant  le  Seigneur  (Osec.  xiv.  6).  »  Ce 
n'est  pas  un  lis  qui  est  aujourd'hui  sur  pied,  et 
que  demain  on  met  au  feu,  car  il  lleurira  eter- 
nellement,  et  il  fleurira  devant  le  Seigneur,  dans 
le  souvenir  de  qui  le  juste  vivra  etcrnel lenient  et 
ne  craindra  point  d'entendre  rien  de  facheux  (Psal. 
cxii,  7);  e'est-a  dire  d'entendre  cette  voix  terrible 
qui  condamnera  les  pecheurs  aux  flammes  eternel- 
les.  Qui  nevoit  point  briller  la  blancheur  de  ce  lis, 
si  ce  n'est  celui  a  qui  elle  ne  plait  point?  C'est  un 
soleil.  mais  non  pas  celui  qui  se  leve  sur  les  bons 
et  sur  Ips  mecbants.  Car  ceux  qui  diront  :  «  Le  so- 
leil de  justice  ne  s'est  point  leve  pour  nous  (Sap.  v, 
6),  »  n'ont  pas  vu  sa  lumiere  ;  ceux-la  1'ont  vue  a 
qui  l'on  a  dit  :  «Le  soleil  de  justice  se  levera  pour 
vousquicraignez  Dieu  (Malac.  iv,  2).»  La  blancheur 
de  ce  lis  est  done  pour  les  justes,  mais  son  odeur 
se  repand  aussi  jusqu'aux  mecbants,  quoique  cene 
soit  pas  pour  leur  bien.  Car  nous  avons  entendu 
les  justes  qui  disent  :  «  Nous  sommes  la  bonne 
odeur  de  Jesus-Christ  en  tout  lieu,  mais  nous  som- 
nies  aux  uns  une  odeur  de  vie  pour  la  vie,  et  aux 
aulr.  s  une  odeur  de  mort  pour  la  mort  (II  Cor.  i, 
15).  »  Les  plus  scelerats  des  hommes  approuvent  Lesmechants 

les  sentiments  de  1'homme  juste,  bien    qu'ils  n'ai-    aPPrMvent 
.  .  ^  les  sentiments 

ment  pas  ses  actions.  Heureux   s  Us  ne  se  condam-     des  bons. 
naient  point  eux-memes  en  les  approuvant,  mais  mment''poninT 


leura  actions. 


ruit  :  sed  earn  minime  viri  graves  secuti  fuissent,  nisi 
jntima  quadam  snaveolentia  orti  lilii  fraherentur.  Et 
vere  lilium  Veritas,  cuius  odor  animal  (ideal,  spleador 
intellectum  illuminat.  Levaeliam  oculos  nunc  in  ipsaai 
personam  Domini,  qui  in  Evangelio  loquitur  :  Ego  sum 
verilaf.  Et  vide  quam  competenler  Veritas  lilio  compa- 
retur.  Si  non  advertisti,  adverte  de  medio  floi'is  hnjus 
quasi  virgulas  a'iroas  prodeunfes,  et  cinelascandidissimo 
(lore,  pulchre  ac  decenler  disposito  in  coronam  :  et 
agnosce  auream  in  Christo  divinitatem,  humanse  corona- 
tarn  puritate  natura?,  id  eat  Christum  in  diademate,  quo 
coronavit  eum  mater  sua.  Nam  in  quo  coropavit  eum 
Pater  suns,  Iueem  habitat  inaccessibilem,  nee  posses  in 
ea  ilium  interim  adhac  vidcre.  Sed  de  hoc  alias. 

6.  Nunc  vero  lilium  Veritas  est ,  est  et  mansuetudo.  Et 
bene  lilium  mansuetudo,  habens  innocenline  candorem, 
et  odorem  spei,  quoniam  sunt  rfhquitB,  inquit,  homim 
pacifico.  Bona;  spei  vir  mansuetns,  nee  minus  etiam  in 
praesenti  lucidum  quoddam  vibe  est  socialis  exemplar. 
An  non  lilium,  quae  lucet  officio,  redolet  spe  ?  Adde 
quod  sicut  Veritas  de  terra  orla  est,  ita  et  mansuetudo. 
Nisi  quis  dubitet  ortum  de  terra  agnum  dominatorem 
terra?,  ilium  agnum,  qui  ad   occisionem  ductus    est,  et 


non  apernit  os  suum.  Nee  tantum  mansuetudo  seu  Ve- 
ritas de  terra  orta  est,  sed  et  justitia,  Propheta  dicente: 
Rorate  colli  desuper,  et  nubes  pluant  justum;  aperialur 
terra,  et  germinet  saloatorem,  et  justitia  oriatur  simul. 
Quod  aulem  justitia  lilium  sit,  recui'damini  deScriptura 
quia  Justus  germinabit  sicut  lilium,  et  florebit  in  (sternum 
ante  Dominum.  Nequaquam  lilium  hoc  hodie  est,  et  eras 
in  clibanum  mitlitur,  quia  in  aeternum  florebit.  Et  flore- 
bit ante  Dominum,  cujus  in  memoria aelerna  erit  Justus 
et  ab  auditione  mala  non  timebit,  ilia  scilicet  audilione 
qua  in  clibanum  ignis  peccatores  ire  jubentur.  Porro 
hujus  lilii  candor  cui  non  splendet,  nisi  cui  non  placet? 
Deni(|ue  sol  est,  sod  non  ille,  qui  oritur  super  bonos  et 
mains.  Ncque  enim  qui  dicturi  sunt,  sol  justitia!  non 
ortui  est  nobis,  lucem  illius  quandoque  viderunt.  Vide- 
runt  aulem  quotquot  audierunt  :  Vobis  qui timetis  Deum, 
orietur  sol  justitia!.  Eryo  candor  liujus  lilii  apud  justos; 
fragrantia  eliam  usque  ad  iniquos  diffunditur,  etsi  non 
in  bonum  ipsis.  Denique  audivimus  justos  dicentes 
quia  Chrisii  bonus  odor  sunius  in  omni  loeo  :  sed  aliis 
quidem  odor  vilre  in  vitam,  aliis  odor  mortis  in  mortem. 
Quis,  vel  sceleratissimus,  justi  non  probet  opinionem, 
quamvis  non  amet  opus?  Et  beatus,  si  se  non  judicatin 


600 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


II  y  a  antant 
de  li*  chez 
l'Epoux  qae 
de  verlus  el 
d'actes. 


ils  se  coDdamnent  en  approuvant  lebien  et  ne  l'ai- 
niant  pas.  C'est  pourquoi,  bien  loin  d'etre  heureux, 
ils  sont  mis&rables  et  se  conJainiient  par  leur  pro- 
pie  jugement.  Qui,  est  plus  miserable  que  celui  a 
qui  I'odeur  de  la  vie  nest  pas  uu  messager  de  vie, 
mais  de  mort '.'  Que  dis-je,  uu  messager  de  niurt, 
c'est  le  coup  de  la  mort  que  je  devrais  dire. 

7.  II  y  a  encore  ckez  l'fipouse  beaucoup  d'autres 
lis  que  ceux  que  nous  indique  le  Propbele,  je  vem 
dire  d'aatres  lis  que  la  verile,  la  douceur  et  la  jus- 
tice. Et  cbacun  de  nous  maintenaot  peut  aisement 
de  lui-meme  en  trouver  de  semblables  dans  le  jar- 
din  delicious  de  l'Epoux.  Car  il  en  a  en  abondance, 
et  qui  les  puurrait  compter  ?  puisqu'il  y  a  autant 
de  lis  quede  vertus,  et  que  les  vertus  soul  sans  nom- 
bje il.msie Seigneur  des  vertus.  Dans  le  Christ  se 
trouve  la  plenitude  des  vertus,  par  consequent  il  s'y 
trouve  aussi  la  plenitude  ileslis.  Et  peut-elre  esl-ce 
&  cause  de  cela  qu'il  s'est  appele  lui-meme  un  lis,  il 
est  tout  euvironne.  ile  lis,  et  tout  ce  qui  est  en  lui 
sont  des  lis,  sa  conception,  sa  naissance,  son  genre 
de  vie,  ses  paroles,  ses  miracles,  ses  saerements, 
sa  passion,  sa  mort,  sa  resurrection  et  son  ascen- 
sion.   Qu'y   a-t-il  en    tout  cela  qui  ne  soit  dune 


fraucesvolontaires  ;  sa  mort,  par  la  liberie  qu'il 
avail  de  ne  point  mourir;  sa  resurrection,  par  la 
force  quVllo  inspira  auz  martyrs;  et  son  ascension, 
par  L'acco.mplissement  de  ses  promesses.  Quelle  ex- 
i  ellente  odeui  de  foi  cbacun  de  ces  mysteres  ne 
renfeinic-t-il  pas  ,  puisqne  aujourd'bui  encore 
elle  se  repand  dans  nos  cceurs,  a  nous  qui  n'en  avons 
vu  ni  la  blancbeur  ni  l'eclat.  Et  heureux  ceux 
qui  n'ont  point  vu  et  qui  croient  [Joan,  xx,  29).  La 
part  que  j'ai  dans  ces  lis,  c'est  I'odeur  de  vie  qui 
en  precede.  C'est  la  foi  qui  remplit  de  cette  odour 
l'odorat  de  mon  feme,  et  le  remplit  avec  d'autant 
plus  d'abi mil, nice,  que  ces  lis  sont  en  plus  grand 
nombre.  C'est  cette  edeur  divine  qui  adoucit  les 
travauzde  mon  exil,  et  qui  renouvelle  sans  cesse 
.in  fond  de  mon  cceur  un  desir  ardent  pour  ma  ve- 
ritable patrie. 

8.  Quehiues-uns  des  compagnons  de  l'Epoux  ont 
aussi  des  lis,  mais  noii  pas  en  aussi  grande  abon- 
dance.  Car  si  lous  ont  recu  le  Saints  Esprit  c'est 
avec  mesure  [Juan,  ni,  3i),  aussi  bien  que  les  gra- 
ces et  les  vertus.  Celui-la  seul  les  possede  sans  me- 
siire,  qui  les  possede  toutes.  Autre  chose  est  avoir 
des  lis,  autre  chose   de  n'avoir   que    des   lis.    Qui 


Eflels  que 

la  foi  produil 

en  nous. 


blancbeur  eclatante,  et  qui  ne   repande  une  odeur     m'en  donnera  un  parmi  les  enfants  de  la  captivite 


admirable *?  Ainsi,  sa  conception  brilla  d'une  lumiere 
si  resplendissaule,  par  l'abo:. dance  de  l'operation 
du  Saint-Esprit,  que  la  saiute  Vierge  n'en  aurait 
pas  pu  supporter  l'eclat,  s'il  n'eiit  ete  tempere  par 
la  vertu  du  Tres-Haut  qui  l'environna  de  son  om- 


assez  innocent  et  saint  pour  pouvoir  couvrir  toute 
la  terre  de  ces  sortes  de  tleurs  ?  Un  enfant,  meme 
d'un  jour,  n'est  pas  exempt  de  corruption  (Job  xv, 
16),  celui-la  est  bien  grand  qui  a  pu  faire  pousser 
seulement  trois  ou  quatre  lis  dans  sa  terre,  au  mi- 


bre.  Sa  naissance  fut  toule  lumineuse  par   la  virgi-  lieu  des  epiues  et  des  ronces  epaisses,   qui  sont  les 

nite  incorruptible  de  sa  mere;  sa  vie  par  l'innocence  germes  malheureuxdel'ancienne  malediction.  Pour 

de  ses  mceurs ;  ses  paroles  par  la  verite  ;  ses   mira-  moi  qui  suis  si  pauvre,  je  m'estimerai  bien  heureux 

cles,  par  la  pauvrete  de  son  coeur  ;    ses  saerements,  si  je  puis  aifranchir  taut  soit  peu  de  terre,  de  cette 

par  le  secret  de  sa  pitie,  sa  passion,    par  ses  souf-  mechante  moisson  d'iniquite  et  de  vices,  en  les  ex- 


eo  quod  probat ;  judicat  autem,  probans  bonnm,  et  non 
amans  :  ideoque  non  bealus  plane,  sed  miser,  proprio 
condemnatus  judicio.  Quid  eo  miserius,  cui  odor  vil.r, 
non  vitae,  sed  mortis  nuntius  est?  Imo  nee  nuntius  qui- 
dem,  sed  bajulus. 

7.  Sunt  multa  apud  Sponsum  et  alia  lilia  praeter  haec, 
quae  ex  prophela  inciderunt  nobis,  veiitatem  loquor,  et 
mansuetudinem,  et  justitiam;  nee  erit  difficile  jam  cui- 
libet  vestrum  similia  reperire  per  semettpsum  in  horto 
tarn  deliciosi  Sponsi.  Abundat  et  superabundat 
talibus  :  quis  ilia  enumeret'.'  Nempe  quol.  virtutes,  tot 
hlia.  Qais  linis  viitulum  apud  Dominum  virtutum?  Quod 
si  plenitudo  virtulum  in  Chrislo  ;  et  liliorum.  Et  fortas- 
sia  proplerea  ipse  se  lilium  appellant,  quod  totus  verse- 
turin  liliis,  et  omnia  qua;  ipsius  suiil,  lilia  sinl  :  con- 
ceplio,  ortus,  couveraalio,  eloquia,  miraeula,  sacramenta, 
passio,  mors,  resurreclio,  ascensio.  Quid  liorum  non 
candidum,  et  non  sunviaeime  redolens?  Tanta  dgnique 
in  conceptiijiie  retulstl  euperni  luminia  claritas  de  super- 
venientis  abiindanlia  Bpiritos,  ul  ne  ipsa  quiilem  virgo 
saneta  sustinuissel,  si  nun  sibi  obufflbratum  foret  a  Fir- 
tute  Altissiuii.  Porro  ortum  candidavit  ineorrupta  virgi- 
nitas  mains,  cooversauonem  innocentia  vitae,  eloquia 
Veritas,    miraeula   puritas    cordis,    sacramenta  pietalis 


arcanum,  passionem  patiendi  voluntas,  mortem  libertas 
non  moriendi,  resurrectionem  martyrum  fortitudo,  as- 
censioncm  exbibitio  promissionum.  Quam  bonus  fidei 
odor  in  his  singulis  nostra  quidem,  qui  candorem  non 
vidimus,  tempora  et  viscera  replens.  Et  beali  qui  non 
/,  el  crettidsrunt.  Pars  mea  in  his  odor  vitas,  qui 
procedil  ex  ipsis.  Is  inl'usus  naribus  meis  aplo  quodam 
lidei  instrumento;  et  quidem  copiosius  pro  mullitudine 
liliorum  sane  el  exsiiium  leva!,  et  patriae  desiderium 
assiduc  innovat  in  visceribus  meis. 

H.  Habenl  lilia  el  aliqui  sodalium  Sponsi,  sed  non 
copiam.  Onincs  enim  ad  mensuram  spiritumacceperunt, 
ad  mensuram  virtu  tea  et  dona  ;  solus  ille  non  habet 
ii,  qui  habet  totum.  Aliud  est  lilia  habere,  aliud 
nonnisi  lilia  habere.  Quem  dabis  mibi  de  liliis  captivi- 
tatis  adeo  inneefnteai  et  sanctum,  qui  totam  terram 
suam  il, nlni>  Oecupare  poluerit,  et  isliusmodi  floribus? 
Nee  intend  eerie  iiuius  diei  sine  soide  esl  super  terram. 
MagnttS  est  qui  trla  vel  quatuor  lilia  aedilicare  putuerit 
iu  terra  sua,  in  tanla  densilalc  spinarum  et  tribulorum, 
qua;  sunt  germ  ma  invelerala  maledictionis  antiquai. 
Mi'riini  veru,  qui  pauper  sum,  bene  agitur,  si  unquam 
ab  hac  pessima  segete,  iniqnilatum  videlicet  atque  vitio- 
rum,    tantillum   teme    mea    vindicare   exstirpando  et 


SOIXANTE-ONZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQEES. 


501 


y  a  deux 
lis  qui 
ous  sont 
cessairee. 


1  faut  on 
jouter  un 

isieme  aux 
deux 

reaiiers. 


tirpant,  et  eu  la  cultivant,  et  y  faire  croitre  seule- 
ment  un  lis,  aim  que  celui  qui  pait  parmi  les  lis 
daigne  aussi  quelquefois  paitre  en  mon  ame. 

9.  Mais  c'est  trnp  pen  qu'un  seul  lis.  Ma  bouche 
cette  fois  n'a  pas  parle  de  l'abondance,  mais  de  la 
pauvrete  de  mon  cceur.  Un  seul  ne  sufiit  pas,  Nous  en 
avons  besoin  de  deux  au  nioins  :  et  ce  sont  la  con- 
tinence et  l'innocence,  dont  l'une  ne  sauvera  point 
sans  l'autre.  C'est  en  vain  que  j'inviterai  l'Epoux  a 
venir  a  l'une  d'elles,  qu'elle  quelle  soit,  puisqu'il 
ne  pait  pas  aupres  d'un  lis,  mais  parmi  les  lis. 
J'aurai  done  sein  d'avoir  des  lis,  depeur  que  celui 
qui  veut  paite(3  parmi  les  lis,  ne  m'accuse  de  n'en 
avoir  qu'un*t  ne  se  detourne  de  son  serviteur 
dans  sa  colere.  Je  mets  done  l'innocence  comme 
la  premiere  de  toutes  les  vertus,  et  si  je  puis  y  join- 
dre  la  continence,  je  m'estimerai  riche  de  posseder 
deux  lis.  Mais  je  me  croirai  roi,  si  je  puis  encore  y 
ajouter  la  patience.  Les  deux  premieres  vertus  peu- 
vent  suftire,  il  est  vrai,  mais  comme  elles  peuvent 
aussi  manquer  dans  les  tentations,  car  la  vie  de 
1'b.omme  sur  la  terre  est  une  tentation  continuelle, 
il  est  necessaire  d'avoir  aussi  la  patience,  qui  soit 
comme  la  protectrice  et  la  gardienne  de  l'une  et 
de  l'autre.  Apres  cela,  je  pense  que  si  celui  qui  est 
si  amoureux  des  lis  vient,  et  nous  trouve  en  cet 
etat,  il  ne.  dedaignera  plus  de  paitre  cliez  nous,  et 
d'y  faire  la  Pique,  puisqu'il  trouvera  une  grande 
douceur  dans  les  deux  premieres  vertus,  et  une 
grande  securite  dans  la  troisieme.  Nous  verrons  plus 
tard  commentceluiqui  pait  et  nourrit  tout,  est  repre- 
sente  ici  se  repaissant  lui-meme.  Maintenant  il  est 
clair  que  non-seulement  l'Epoux  parait  parmi  les 
lis,  mais  qu'on  ne  le  peut  memetrouver  que  parmi 


les  lis,  puisque  non-seulement  tout  ce  qui  le  re- 
garde  mais  lui-meme  est  un  lis,  et  1'epoux  de  l'Eglise, 
Jesus-Christ  Notre  Seigneur,  qui  etant  Dieu  par  dessus 
tout  est  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsisoit-il. 

SERMON  LXXI. 

Les  lis  sont  les  bonnes  auvres,  leur  odeur  est  la 
bonne  conscience  et  leur  couleur  la  bonne  reputa- 
tion. Comment  l'Epoux  nous  pail  et  se  repait  en 
noui.  De  I' union  de  Lieu  le  Pere  avec  le  Fils,  et  de 
I'dme  sainle  avec  Dieu. 

1.  La  fin  du  dernier  discours  sera  le  commen- 
cement de  celui-ci.  L'Epoux  done  est  un  lis,  mais 
un  lis  qui  n'est  pas  panni  les  epines,  parce  que 
celui  qui  n'a  point  commis  de  peches  n'a  point  d'e- 
pines.  II  a  assure  que  l'Epouse  est  un  lis  parmi  les 
epines,  altendu  que  si  elle  dit  qu'elle  n'a  point  d'e- 
pines,  elle  se  seduit  elle-meme,  et  la  verite  n'est 
pas  en  elle;  pourlui,  il  a  dit  qu'il  etait  une  fleur  et 
un  lis,  mais  non  pas  un  lis  parmi  les  epines.  «  Je 
suis,  dit-il,  la  fleur  du  champ  et  le  lis  des  vallees 
;/''('/.).»  II  ne  fait  point  mention  d'epines  parce 
que,  seul  parmi  les  hommes,  il  n'a  point  besoin  de 
dire  :  «  Je  me  suis  converti  dans  mon  affliction  et 
lorsque  je  me  suis  senti  perce  d'epines  [Psal.  xxxi, 
li).  »  II  n'est  done  jamais  sans  lis,  parce  qu'il  est 
toujours  sans  vice,  parce  qu'il  est  tout  et  toujours 
blanc,  et  que  sa  beaute  surpasse  celle  de  tous  les 
enfants  des  homines'  (Psal.  xliv,  3).  Vous  done  qui 
ecoulez  ou  lisez  ces  choses,  ayez  soin  d'avoir  des 
lis  en  vous,  si  vous  voulez  avoir  pour  h6le  cet 
h6te  divindes  lieux  plantes  de  lis.  Que  la  blancheur 


exeolendo  sufficiam,  unde  unum  saltern producere  lilium 
possim,  si  forte  el.  penes  me  pasci  interdunj  dignetnr  is, 
qui  pascitur  inter  lilia. 

9.  At  parum  dixi,  unum  :  de  penuria  cordis  mei  oS 
meum  locutum  est.  Unum  prorsus  non  sufficit ;  duo  ad 
minus  necessaria  sunt.  Dico  autem  continentiam,  et  in- 
nocentiam  :  quarum  una  sine  altera  nee  salvabit.  Frustra 
denique  ad  unam  quamlibet  harum  invilabo  Sponsum, 
qui  non  ad  lilium,  scd  inter  lilia  pasci  perhibetur.  Dabo 
proinde  operam  habere  lilia,  ne  de  singularitate  cause- 
tur  lilii,  qui  non  vult  nisi  inter  lilia  pasci,  et  sic  decli- 
net  in  ira  a  servo  suo.  Pono  itaque  primam  omnium 
innocentiam  :  et  si  huic  jungere  continentiam  quivero, 
divitem  me  putabo  in  possessione  liliorum.  Rex  sum 
autem,  si  tertiam  his  adjungere  potero  patienliam.  Et 
quidem  possunt  sufficere  ills  :  sed  quia  et  deticere  in 
tentationibus  possunt,  siijuidem  tenlatio  est  vita  hominis 
super  terram  :  opus  profecto  patientiaest,  quae  utriusqne 
U.  nutiix.  sit  quasi  tutrix  *  qmeJam  et  custos.  Puto  si  venerit 
amator  ille  liliorum,  et  ita  invenerit,  quod  non  dedi- 
gnabitur  jam  pasci  apud  nos,  et  apud  nosfacere  pascha: 
ubi  il  1 1  et  tnnlta  suavitas  in  duabus  et  magna  erit  secu- 
ritas  propter  tertiam.  Vcmm  quo  pacto  dicatur  pasci 
qui  pascit  omnia,  postea  videbitur.  Nunc  vero  apparet 
Sponsum  non  modo  apparere   inter    lilia,    sed   mininie 


omnino  extra  lilia  posse  aliquando  invenirf,  cum  omne 
quod  de  eo  est,  et  ipse  sit  lilium,  sponsus  Ecclesiae 
Jesus-Christus  Dominus  noster,  qui  est  super  omnia 
Deus  benedictus  in  saecula.  Amen. 

SERMO  LXXI. 

De  liliis  spirilualibtis,  id  est  operibus  bonis,  quarum 
odor  recta  conscientia,  color  fama  :  et  quomodo 
Sjjonsus  et  pascit  nos,  et  pascitur  a  nobis.  Item 
de  unitate  Dei  Patris  cum  Filio,  et  animie  sanctce  cum 
Deo. 

1.  Finis  praecedentis  sermonis,  priocipium  hujus.  Est 
ergo  lilium  Sponsus,  sed  non  lilium  inter  spinas,  quo- 
niam  non  habet  spinas  qui  peccatum  non  fecit.  Denique 
sponsam  protestatus  est  lilium  inter  spinas  :  quoniam  si 
dixeritvel  ipsa,  quia  spinas  non  babeat,  seipsamseducit, 
et  Veritas  in  ea  non  est.  Se  vero  florem  quidem  et  lilium 
professus  est.  non  tamen  inter  spinas.  Magis  autem, 
ego,  inquit,  flos  campi  el  lilium  convu/lium.  Et  non  est 
spinarum  mentio,  quod  solus  sit  hominum  qui  opus  non 
babeat  dicere  :  Converse  sum  in  cerumna  men,  dam 
configitur  spina.  Ergo  absque  liliis  nunquam  eat,  qui 
absque  vitiis  semper  est  :  quia  totus  et  semper  est  can- 


502 


OCl'YRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Qnels  sont 

'le*    lis   *l>iri- 
toels  dont 

chaque 

homme  doit 

prendre  aoio. 

Comment    OQ 

doit  les 

pro  tiger. 


Cue  bonne 
convre  est 
Ticiee  par 

one  mauvaise 
conscience. 


et  l'odeur  de  vos  moeurs  tSmoigne  que  toutes  vos 
oeuvres,  tousvos  mouvemenlsettousvosdesirs,  sont 
dee  lis.  Les  moeurs  on!  leurcnuleur,  elles  onl  aussi 
odeur.  tar,  daus  les  esprits,  non  plus  que  dans 
le  corps,  la  couleur  n'esl  pas  la  mdme  chose  que 
l'odeur.  La  couleur  c' est  la  conscience,  el  l'odeur 
la  reputation.  «  Vous  avez  fait  sentir  mauvais  no- 
tre  odenr  devanl  Pharaon  et  devout  ses  serviteurs 
(Exod.  v,  21),  »  disaient  les  Juifs  a  Molse,  en  par- 
lant  de  leur  reputation.  L'intention  de  voire  coeur, 
et  le  jtigement  de  votre  conscience,  donnent  la 
couleur  a  vos  actions.  Les  vices  sont  noirs  et  les 
vertus  blanches.  C'est  la  conscience  qu'il  faut  con- 
suiter  pour  faire  le  discernement  entre  les  uus  et 
les  anlres.  Ce  que  le  Seigneur  a  dit  de  l'oeil  mau- 
vais etde  l'oeil  limpide  subsiste  loujours  [Malth. 
vi,  22),  parce  qu'il  a  mis  des  bornes  certaines 
entre  la  blancheur  de  la  vertu,  et  la  uoirceur  du 
vice,  et  qu'il  a  separe  la  lumiere  des  tenebres.  Ce 
qui  sort  J'un  cceur  pur,  et  d'une  bonne  conscience 
est  done  blanc,  c'est  la  vertu,  si  la  bonne  reputa- 
tion suit,  c'est  un  lis,  parce  qu'il  n'y  manque  ni 
la  couleur,  ni   l'odeur. 

2.  Et  quoique  la  bonne  reputation  ne  rende  pas 
la  vertu  plus  grande,  elle  la  rend  neanmoins  plus 
belle  et  plus  illustre.  S'il  y  a  quelque  tache  dans 
la  conscience,  elle  ne  manquera  pas  de  paraitre 
dans  ce  qui  en  sortira.  Car  le  vice  de  la  racine  se 
re.pand  dans  les  branches.  Et  partaut  tout  ce 
qu'une  racine  corroinpue  produira,  paroles,  ac- 
tions, oraisons,  quand  meme  cela  jouirait  de  l'es- 
time  publique,  ce  ne  doit  point  etre  appele  lis, 
parce  que  si  ca  en  a  l'odeur,  ca  n'eu  a  pas  la  cou- 
leur. Car  comment  serait-ce  un  lis,   puisque    ca   a 


une  tache?  La  reputation  ne  pent  pas  rendre  vertu 
ce  que  la  conscience  convainc  d'etre  un  vice.  La 
vertu  peul  se  contenter  de  la  conscience,  lorsque 
l'odeur  de  la  reputation  ne  pent  pas  suivre,  mais 
l'odeur  de  la  reputation  n'est  pas  suffisante  pour 
excuser  le  vice  d'une  conscience  decoloree.  Mean- 
moins  on  doit  loujours  ta.cb.er,  autantqu'onlepetit, 
d'avoir  les  bieus  de  la  vertu,  uou-seuleaient  devant 
Dieu,  mais  encore  devant  les  homines,  atin  d'etre 
vraiment  un  lis. 

3.  Mais  il  y  a  une  blancheur  de  l'ame  qui  n'est 
autre  que  l'indulgence  de  Uieu,  comme  il  le  dit 
lui-meme  par  le  Prophele  :  «  Quand  vos  p6cb.es 
seraient  rouges  comme  l'ecarlate,  ils  deviendrunt 
blancs  comme  la  ueige,  et  s'ils  etaient  rouges 
comme  le  ver  de  terre,  ils  deviendront  comme  la 
laine  la  plus  blanche  [ha.  1).  »  11  y  a  encore  une 
blancheur  dont  se  revet  celui  qui  donne  avec 
gaite.  Car  si  vousregardez  1'homme  charitable  que 
depeint  le  Prophete  (Psal.  cxi,  5),  qui  a  compas- 
sion des  miseres  du  prochain,  et  qui  l'assiste  avec 
joie,  ne  vous  semble-t-il  pas  que  celte  joie  est 
comme  une  blancheur  de  piete  dont  il  s'est  revetu, 
et  qui  parait  sur  son  visage  et  dans  son  action? 
Au  contraire,  lorsque  quelqu'un  donne  avec  tris- 
tesse,  et  comme  par  force,  son  front,  ses  mains, 
semblent  noirs.  c'est  pourquoi  «  Dieu  aime  celui 
qui  donne  gaiement  (2  Cor.  ix,  7).  »  Et,  lui  que 
regarda  favorablement  Abel,  a  cause  de  son  alle- 
gresse,  qui  etail.  comme  une  blancheur  spirituelle, 
detourna  sa  face  de  Cain,  parce  que  son  visage 
elait  abatlu  de  tristesse  et  de  jalousie  [Gen.  iv,  &). 
Cousiderez  quelle  doit  etre  la  couleur  de  la  tris- 
tesse et  de  l'envie,  pour  detourner   les  regards  de 


. 


La  bonni 
reputation 
n'en:pectae 
pas  le  vice 
d  etre  le  vice 


II  j  a 
diu>  rents  da 

gres  'tans 
la  blancheui 


La  galte  sie 

bi'-n  aux 

cenvres  de 

misericord* 

et  les  releve 


didus,  speciosns  forma  prae  iiliis  hominum.  Tu  ergo  qui 
baec  audis  vel  legis,  cura  habere  lil ia  penes  te,  si  vis 
habere  nunc  babitatorem  lilioruinhabilantem  in  te.  Opus 
tuum,  stadium  tuum,  dcsideriuui  tuum  :  lilia  esse  pro- 
testetur  moralis  quidam  rerum  ipsarum  candor,  alquc 
odor.  Habent  et  mores  colores  suos,  habeut  et  odores. 
Neque  enim  in  spirilibus  idipsum  est  color  et  odor,non 
magis  quam  in  corporibus.  Ergo  de  colore  conscientia 
consultetur,  de  odore  fama.  Fattere  fecis'ti  odorem  nos- 
trum coram  I'luiraone  et  servis  ejus,  aiunt  illi,  dicenles 
de  opinione.  Porro  colorem  operi  tuodat  cordis  intentio, 
et  judicium  conscienli*.  Nigra  sunt  vitia,  virtus  Candida 
est.  Inter  banc  atque  ilia,  conscientia  consulta  discernit. 
Stat  senlentia  Uumini  de  ocido  nequam  et  lucido,  quia 
inter  candidum  et  nigrum  c-erlos  fixit  limites,  et  divisit 
lucem  a  tenebris-  Quod  ergo  de  corde  puro  et  conscien- 
tia bona  egreditur  candidum  est,  et  e>t  virtus  :siautem 
et  bona  fama  secuta  fucrit  ;  et  lilium  est,  quippecuinec 
candor  lilii  desit,  uec  odor. 

2.  Porro  virtus,  etsi  non  proptcrea  major,  pulchrior 
tamen  illustriorque  el'Rcitur.  Quod  si  in  conscientia 
naevus  fucrit .  Dec  quod  ex  eaprodierit,carebit  nyevo.  Nam 
si  radix  in  vilio  ;  et  ramus.  Ac  per  hoc  quidquid  illud  sit 
quod  radix  vitiata  non  absque  traduce  vitii  ex  se  produ- 
cat,  verbi  gratia,    sermo,    actio,    oratio,    eliamsi    fama 


applauclere  videatur,  non  est  quod  debeat  lilium  dici  : 
quia  etsi  odor  connivere  videtur,  sed  non  color.  Quo 
pacto  enim  lilium  cum  impuritatis  ntevo?  Nee  sane  fama 
valebit  vindicare  virtuti,  quod  esse  vilium  conv.ceril 
conscientia.  Erit  quidem  virtus  contenla  candore  cons- 
cientia, ubi  sequi  non  poleril  odorfaniEe  :  caeterum  odor 
fame  nee  excusare  sufliciet  vilium  conscientia?  decoloris. 
Providebit  lamen  semper  (quod  in  se  est)  bomo  v'rtutis 
bona,  non  tan  turn  coram  Deo,  sed  etiam  coram  homini- 
bus,  ut  vera  sit  lilium. 

3.  Sed  est  elium  candor  animae  indulgentia  Dei,  ipso 
diceute  per  Prophelam  :  Si  fuerini  peccuta  vestra  ut 
coccinum,  quasi  nix  dealbabuntur ;  el  si  fuerint  rubra 
quasi  vermiculus,  oelut  /ana  alba  erunt.  Et  est  candor, 
quern  sibi  induit  is  qui  miseretur  in  hilaritate.  Etenim 
si  inluearis  ilium,  quem  Prophela  depingit  jucuiidum 
hominem,  qui  miseretur  ct  cummodat  :  nonne  is  tibi 
videbilur  deipsaanjmi  juounditate  indidisse  candorem 
quemdam  pielalis  vullui  pariter,  el  operi  suo?  Sicut  e 
regione  si  ex  tristitia  et  vein t  ex  necessitate  quis  tribuat, 
non  candidum  plane,  sed  tetrum  praefert  manu  et  fronte 
colorem.  Et  ideo  hilarem  datorem  diligit  Dens.  Num- 
quid  el  tristem?  Profeclo  qui  rcspcxit  ad  Abel  ob  ala- 
crilalis  candorem  ;  avcrtit  faciem  a  Cain,  quia  conciderat 
vultus  *  ejus,  utique  a  tristilia  et  livore.  Adverte  qualis 


'"'.    facie 


SOIXANTE-ONZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQDE  DES  CANTIQUES.  503 

vu   non-seulement  demeurer.  mais  encore  paitre 
parmi  les  lis?  C'est  ainsiquel'Epoux  paissait  parmi 


Qn'est-ce 

qup  paltre 

i  milieu  des 

lis. 


Dieu.  Un  poete  profane  a  exprime  agr£ablement 
celte  blancheur  d'allegresse  qui  colore  un  bienfait 
en  disant  :  «  Mais  surtout  il  leur  tit  fort  bon  vi- 
sage (Ovid.  Met.  Tin,).  »EI  Dieu  n'aime  pas  settle- 
ment celui  i|iii  donna  traiemnnt,  mais  encore  cclui 
qui  donne  avec  simplicity,  parce  que  la  simplicity 
est  une  blancheur  He  l'ame.  En  preuve,  levice  con- 
traire  ;  en  effet,  la  dnplieite  est  un  defaut.  C'est 
trop  peu  dire,  c'est  une  tache.  Qu'est-ce  que  la 
dupliiite,  sinon  une  ruse?  Mais  celui  qui  agit  avee 
ruse  devant  Dieu,  attire  sur  lui  son  aversion  et  sa 
colere  (Psal.  xxxv,  3).  C'est  pourquoi  le  Prophete 
appelle  bienbeureux  celui  a  qui  Dieu  n'impute 
point  ses  peehes  (Psal.  xxxi,  2),  et  dont  l'esprit 
ignore  la  ruse.  Le  Seigneur  a  fort  bien  exprime 
en  peu  de  mots  ces  deux  taches,  le  deguisement  et 
la  tristesse  :  «  Ne  paraissez  pas  tristes,  dit-il,  com- 
me  font  les  hypocrites  (Malik,  lxi,  16)  :  »  L'Epoux 
etant  vertu,  se  plait  dans  les  vertus,  etant  lis,  de- 
cieure  volontiers  parnii  les  lis;  et  etant  blancheur, 
aitne  ceux  qui  sont  blancs. 

II.  Et  peut-elre  est-ce  ce  que  signifie,  «  paltre 
parmi  les  lis.  »  C'est-a-dire  se  rejouir  de  la  blan- 
cbeur  et  de  l'odeur  des  vertus.  II  paissait  autrefois 
corporellement  avec  Marie,  et  cbez  Marlhe,  et  se 
reposait  meme  selon  le  corps  parmi  les  lis,  je  veux 
dire  parmi  ces  saintes  femmes;  il  prenait  plaisir  a 
leur  zele  et  a  leurs  vertus.  Si  alors  un  Prophete, 
un  ange  ou  un  bomme  spirituel  connaissant  cette 
haute  mnjeste  fut  survenu,  n'eiit-il  pas  ete  surpris 
de  la  familiarity  avec  laquelle  Jesus  daignait  agir 
avec  ces  Ames  pures  et  chastes,  neanmoins  engagees 
dans  un  corps  terrestre,  et  d'un  sexe  faible,  et 
n'aurait-il  pas  pu  temoigneravec  raison  qu'ill'avait 


les  lis,  de  deux  manieres,  corporellement  et  spiri-  M™aj;°°etdd,, 
tuellemenf.  Je  pense  aussi  qu'il  les  repaissait  a  sen  Marie,   Je- 

. ,     .,    .  .  ,  sus  paissait 

tour,  mais  c  etait  en  esprit.  Mais  comment  lesnour-  parmi  lei 
rissait-il  spirituellement  en  meme  temps  qu'elles  u'3- 
le  nourrissaientcorporellemeiit. Comment  fortifiait- 
il  la  timidite  de  ces  femni"s  pieuses?  De  quelles 
douceurs  ne  recompensait-il  point  leur  bumilite? 
Quelle  onction  ne  repandait-il  point  sur  leur  devo- 
tion? Vous  voyez  done  pour  lui,  paitre,  c'est  repaitre. 
Voyez  main  tenant  si  repailre  les  autres  n'est  point 
pour  lui  se  repaitre  lui-meme.  «  Seigneur,  qui 
me  repaissez  des  ma  jeunesse  [Gen.  lxvui,  15,  » 
dit  le  saint  palriarche  Jacob.  C'est  un  bon  pere  de 
famille  qui  a  aussi  soin  de  ses  domestiques,  surtout 
dans  les  mauvais  jours,  et  qui  les  nourrit  durant 
la  famine  d'un  pain  de  vie  et  d'intelligence,  c'est- 
a-dire,  qui  les  nourrit  pour  la  vie  eternelle.  Je 
crois  que,  en  nous  repaissant  ainsi,  il  se  repnit  aussi    cifri^c^est1 

lui-meme,  et  d'une  viandequilui  est  tres-agreable,   nolre  a,al> 

,         cement, 
je  veux  dire  de  notre  progres  dans  la  vertu.  Car  la 

joiedu  Seigneur,  c'est  de  nous  voir  forts  etcourageux. 

5.  C'est  done  ainsi  qu'il  palt  lui-meme,  lorsqu'il 

nous  repait,  et  qu'il    nous    repait    quand   il   pait,  Notre  pators 

il  nous  rassasie    de  sa  joie   spirituelle,    et  se   re-  n("°°sa$a"! 

jouit   de    notre    avancement   spirituel,    sa  nourri-      cement. 

ture,    c'est    mon    repentir;    sa    nourriture,     c'est 

mon   salut;  sa   nourriture,     c'est   inoi-meme.   Ne 

mange-t-il  pas  la   eendre   eomme    du  pain,  selon 

la  parole  du  Prophete?  Je  suis  cette   cendre,    car 

je  suis   pecheur,  et  il   me  mange   spirituellement, 

il  me   mange,   lorsqu'il   me   reprend ;  il    m'avale, 

lorsqu'il  m'instruit;  il  me  cuit,  lorsqu'il  me  chan- 


color  tristitiae  seu  invidiam  sit,  qui  Dei  a  se  avertit  aspec- 
tuni.  Pulchre  et  eleganter  in  colorando  beucficio  candor 
jucunditalis  laudatus  est  voce  ilia  poelae  :  super  omnia 
vullus  accessere  boni.  Nee  mudo  hilaris  dator,  sed  et 
qui  Iribuit  in  simplicitate,  diligilur  a  Deo.  Et  simplicitas 
candor  est.  Probamus  a  contrario  ;  nam  nanus  dupli- 
citas.  Parum  dixi  :  macula  est.  Quid  duplicilas 
nisi  dolus?  Sed  enim  qui  dolose  egit  in  conspectu 
Dei,  inventa  est  iniquitas  ejus  ad  odium.  El  ideo  beatus, 
cui  non  imputabit  Dominus  peccntum,  nee  est  in  spiritu 
ejus  dolus.  Pulchre  Dominus  paucis  utrairque  notavit 
inaculam,  dolum,  trisliliamque,  no/ite,  inquiens,  fieri, 
sicut  hypocrites,  tristes.  Sponsus  itaque  etcum  sit  virtus, 
in  virtutibus  complacet  sibi :  et  cum  sit  lilium,  libenler 
inter  lilia  cornmoratur;  et  cum  sit  candor,  delectatur 
candidis. 

4.  Et  fortassis  hoc  est  quod  dicitur  pasci  inter  lilia, 
candore  et  odore  virtulum  deiectari.  Et  quidem  pasce- 
batur  olim  corporali.ee  apud  Mariam  el  Martham  re- 
cumbens  eliam  corpore  inler  lilia  (illas  loqtior,  nam 
lilia  ernnt  .)  nihilominus  spirilum  refocillabat  devotiOne 
et  virtutibus  muliei'um.  Quod  si  ilia  hura  i  itrasset  pro- 
phcta,  aut  angclus,  seu  alius  quhis  spiritualis,  tanlum 
non  ignorans  qua?  majcslas  recumbcrrt ;  nonne  slupens 
dignationem  et  familiaritatem,  quam  illi  esse  conspiceret 


cum  puris  animis  pudicisque  corporibus,  lamen  ferrenis 
et  sexus  infirmioris  :  merito  testaretur,  quia  vidi  ilium 
non  modo  commoranlem,  sed  et  pasceutem  inter  lilia? 
Ita  ergo  secundum  utrumque,  carnem  dico  et  spiritum 
pasci  inler  lilia  Sponsus  inventus  est.  Pulo  autem  quod 
ct  ipse  vicissim  pascerct,  sed  in  spiritu.  Hoc  ipso  quod 
pascebatur,  quomodo  pascebal?  Quomodo,inquam,  con- 
fortahat  timiditalem  fcrninarum,  jucundabalhiiniililatenij 
impinguabat  devotionem?  Sed  si  vidisti,  quod  pasci  illi 
sit  pascere;  vide  etiam  nunc,  ne  forte  et  e  converso 
pascere  sit  ei  pasci.  Domine,  qui  pascis  me  a  juventute 
mea,  ait  sanctus  patriarcba  Jacob.  Bonus  paterfamilias, 
qui  suorum  domesticorum  curam  gerit,  maxime  in  die- 
bus  malis.  ut  alal  eos  in  fame,  cibans  illos  pane  vila3  et 
intellectus,  et  sic  nutriens  ad  vitam  astcrnam.  At  pas- 
cens,  ita  pnto  nihilominus  pascitur  ipse,  et  quidem  escis 
quibus  libenter  veseitur,  protectibus  nostris.  Etenim 
gaudium  Domini,  fortiludo  nostra. 

5-  Ha  ergo  et  cum  pascit  pascitur,  et  cllm  pascitur 
pascit ,  simul  nos  suo  gaudio  spirilunli  reficiens  ,  et  de 
nustro  aeqiie  spiritual!  prufectu  gaudens.  Cibus  ejus  pce- 
nilenlia  mea,  cibus  ejus  salus  mea  ,  cibus  ej'is  ego  ipse. 
An  non  cinerem  tanquam  panem  manducat?  Ego  aulem 
quia  peccator  sum,  cinis  sum,  ut  manducer  ab  eo . 
mandor  cum  arguor,  glutiorcum  instituor,  decoquorcum 


504 


(TEUVRES  DE  SAINT  RERNARD. 


II  est  n&M- 

eaire  pour 
fiire  uoi  de 
maoger  et 
'tire  man- 
8«. 


Comparaison 

tiree  da 
roystere  de 
la  divinite. 


po  ;  il  me  digere,  lorsqu'il  me  Iransforme  en  lui ;  Dieu  ne  fasse  qu'un  meme  esprit  avec  lui  (1.   Cor. 

il  m'uiiit  a  lui,  lorsqu'il  me  rend  conforme  a  lui.  vi,  17).  Si  j'ai  lu  ceci  quelque  part,  je  n'ai  vu  cela 

Ne  vous  etonnez  pas  ile  cela,  il  mms   imuip',  et  dans  aucun  endroit,  et  non-settlement  moi  qui  ne 

nous  le  manseons,   pour  que  nous  soyons  plus  suis  qu'un  neant,  je  n'oserais  parter  ainsida  moi, 

gtroitemi  ii'  attaches  a  lui.  Autrement  noire  union  mais  il  n'y  a  personne,  sur  laterre,  ni  Jansle  del, 

ail  pas  parfaite.  Car  si  je   le  mange,  sans  a  moins  que  d'etre  insensfi,   qui  ose  usurper  celte 

qu'il  me  mange  aussi,  il  sera  en  moi,  mais  je  ne  parole  du  Fils  unique  de  Dieu.  «  Mon  Pere  et  moi 

serai  pas  encore  en  lui.  Aucontraire.s'il  memange  ne  sommes  qu'une  meme  chose  (Joan,  x,  30).  »  Et 

et  que  je  ne  le  DO                  je  serai  en  lui,  mais  il  neunmoins,  quoique  je  ne  soisque  poudre  et  que 

ne  sera  pis  en  moi,  et  dans  les  deux  cas  nous  ne  cendre,   m'appuyant  sur  l'autorite  de  l'Ecriture, 

serous  qu'imparfaitement  unis.  Mais  pour  que  notre  je  ne  craindrai  point  de  dire,  que  je  suis  un  meme 

union  soit   entiere    et  parfaite,   il   faut   qu'il    me  esprit  avec  Dieu  ;  si  toutefois  je  suis  persuade  par 

mange,  atin  que  je  sois  en  lui,  et  que  je  le  mange  une  experience  certaine  que  j'adhere  a  Dieu,  com- 

aussi  pour  qu'il  soit  en  moi;  alors,  en  effet,je  serai  me  l'un  de  ceux  qui  demeurenL  dans  la  charito,  et 

en  lui,  et  lui  en  moi.  qui  par  consequent  demeurent  en  Dieu,  et  Dieu  en 

6.  Voulez-vous  que  je  vous  fasse  voir  ce  que  je  eux,   mangenl  Dieu,  et  en  sont  manges.   Car  c'est 

vous  dis  par  une  comparaison  qui  est  veritablement  de  cette  union  que  je   crois   qu'il   est   dit  :  «   Que 

sublime,  mais  quia  beaucoupde  rapport  avec  celte  celui  qui  adhere  a  Dieu  est  un   mtmie  esprit  avec 

matierei  Si  1'Epoux  etait  dans  le  Pere,  sans  que  le  lui  (1  Cor.  vi,  17).  »  Et  que  le  Fils  dit  :  «  Je   suis 

Pere  fiit  en  lui,  ou  si  le  Pere  etait  en  lui,  sans  que  en  mon  Pere,  et  mon  Fils  est  en  moi,  et   nous   ne 


lui  fiit  dans  le  Pere,  j'ose  dire  que  leur  unite  ne 
serait  pas  parfaite,  ou  plutot  qu'il  n'y  en  aurait 
point  du  tout.  Mais  comme  il  est  dans  le  Pere,  et 
que  le  Pere  est  en  lui,  il  n'y  a  rien  de  defectueux 
dans  leur  unite,  le  Pere  et  lui  sont  veritablement 


sommes  qu'une  meme  chose  (Joan,  x,  30).  »  Quant 
a  l'homme,  il  dit  :  «  Je  suis  en  Dieu,  et  Dieu  est  en 
moi,  et  nous  ne  sommes  qu'un  meme  esprit. 

7.  Est-ce  que  le  Pere  et  le  Fils,  pour  etre  l'un 
dans  l'autre,  et  ne  faire  qu'un,    se  maugent  aussi 


etparfaitemeut  une  meme  chose.  De  meme,  que  l'ame  reciproquement,  comme  Dieu  et  1  homme  se  pene- 

quitrouveson  plus  grand  bien  a  s'altacher  a  Dieu,  trent  par  une  sortedemanducatiou  reciproque,  pour 

ne  croit quelle  lui  est  parfaitement unie  que  lors-  etre,  sinon  une  meme  chose,  au  moins  un  meme 

qu'elle sentira  qu'il  demeure  en  elle,  et  elle  en  lui.  esprit?  A  Dieu  ne  plaise  que  nous  ayons  cette  pen- 

Ce  n'est   pas  qu'alors  meme,  elle  soit   une  meme  see.  Car  ceux-ci  et  ceux-la  ne  sont  pas  les  uns  dans 

chose  avec  Dieu,  de  la  meme  maniere  que  le  "Pere  les  autres  d'une  meme  maniere,  et  leur  unite  est 

et  le  Fils,  bien  que,  selon  l'Apdtre,  celui  qui  adhere  a  bien  ditferente.  (Aussi  a  cette  difference  d 'unite  est 


Difference  da 
l'uuion  entrv 
Dieu  el  & 
l'homme,  et 
de  celle  qu 
eiiste  eolrd 
le  Pere  et  If 
Fils. 


»  La  parenthesc  que  nous  avons  ici,  manque  dans  les  manus- 
crits  de  Citeaux,  de  Saint-Germain  et  de  Jumieges  ;  mais  te 
trouve  dans  tous  les  autres  et  dans  ies  plus  anciens  manuscriU 
coddus.  Quant  a  la  sec-.nde  parenlbese  qu'on  rencontrera  uc  peu 
plus  loin,  au  n.  8.  et  qui  ne  se  tiouve  fcrmee  que  dans  le  n-  10, 
bien  plus  longue  que  la  premiere,  elleminqueau  cootraire  dans  les 
premiers  manuscrits  et  ne  se  ?oit   que  dans  les  manutcrits  plus 


recents.  L'une  est  l'autre  sont  superflues.  Cette  diversitevient  de 
ce  que  saint  Bernard  a  retouche  ce  passage,  ce  qui  a  fait  con- 
fondre  la  pareoth^se  de  la  premiere  edition  avec  celle  de  la  se- 
coode.  On  ne  trouve  que  la  premiere  dans  les  premieres  editions, 
non  la  seconde. 
Le  lecteur  verra  et  jugera. 


immutor,  digeror  cum  transformer,  unior  cum  confor- 
mor.  Nolile  mirari  boc:  et  manducat  nos,  el  rnanducatur 
a  nobis,  quoarctiusilliadtringamur.  Non  sane  alias  per- 
fecte  unimur  illi.  Nam  si  manduco  et  non  manducor, 
videbitur  in  me  esse  ille ,  sed  nondum  in  illo  ego.  Quod 
si  manducor  quidem  ,  nee  manduco  ,  me  in  se  habere 
ille,  sed  non  eliam  in  me  esse  videbitur:  nee  erit  per- 
fecla  unilio  in  uno  quovis  horum,  Sed  enim  manducet 
me,  ut  habeat  me  in  se  ;  el  a  me  vicissim  manducetur 
•  at.  erit     ul  sit  in  me  :  qualenus  •  Integra  (irmaque   sil  connexio  , 

perinde  firma  cum  Cg0  jn  eo ,  et   nihilominus  in  me  ipse  erit. 

et  Ccomple°iio  6.  Vis  tibi  per  simile  oslendam  quod  dicitur?  Attolle 
integra.  oculos  nunc  in  quamdam  sublimiorein  quidem  conve- 
nientiam  ,  similem  tamen  hnic.  Si  ipse Sponsus  in  Patre 
ita  esset,  ul  Dontataenin  ipso  Pater;  aulila  Paler  in  ipso 
esset,  ul  non  essel  ipse  in  Patre  :  audeodicere;  et  ipso- 
rum  cilra  pcrfectum  unilas  rcmanerel ,  si  lamen  jam  uni- 
tas  esset.  Nunc  vero  cum  et  ipse  in  Palre  ,  et  Pater  in 
ipso  sit  ;  non  est  quo  claudicet  unilas,  sed  vcre  petfec- 
teque  unum  sunt  ipse   el  Pater.   Sic  igitur  anima,  cui 


adhaerere  Deo  bonurn  est,  non  anle  se  existimet  ipsi 
perfecle  unilam  ,  nisi  cum  et  ilium  in  se ,  et  se  in  illo 
manentem  persenserit.  Non  quia  vel  tunc  uuum  dicatur 
cum  Deo  ,  sicul  unum  sunt  Pater  et  Filius  :  quamvis  qui 
adharet  Deo  ,  unus  spiritus  est.  Legi  hoc ,  sed  illud  non 
legi.  Non  dico  de  me  ,  qui  nihil  sum  ,  sed  plane  nemo  , 
nisi  demens,  sive  de  terra,  sive  de  ccelo  usurpabit  sibi 
illam  Unigeniti  vocem  :  Ego  ei  Paler  unum  sumus.  Et 
lamen  ego  ,  licet  pulvis  et  cinis  ,  frctus  quidem  Scripturae 
auctoiilale,  minime  islud  dicerc  verear,  quia  unus  cum 
Deo  spiritus  sum  :  si  unquarr.  tamen  certi  fuero  peisu- 
asus  experimenlis,  Deo  me  adbeerere  ad  inslar  unius 
illprum,  qui  in  charitale  minent,  et  Dous  in  cis,  mandu- 
canles*  Deum ,  el  manducali  a  Deo.  Nam  de  tali  adba> 
sione  pulo  dictum  :  Qui  adharet  Deo,  unus  spiritus  est. 
Quid  ergo?  Dicit  Filius,  Ego  in  Patre.  et  Pater  in  me 
est,  et  unum  sumus  :  dicit  homo,  Ego  in  Deo,etDeus 
in  me  est  ,  et  unus  spiritus  sumus. 

7.  Sed  numquid  Pater  et  Filius  utsint  in  invicem ,  ac 
proinde  unum,  invicem  se  manducant,  sicut   Deus  et 


•  at.  add. 
quodam 
modo. 


SOIXANTE-OIS'ZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  605 

faite.  La  nature,  l'essence  et  la  volonte  du  Pere  et 
du  Fils  ne  sont  pas  seulement  une,  mais  sont  une 
meme  chose.  Car  leur  nature  et  leur  etre  et  leur 
volonte,  c'est  leur  etre  et  leur  nature.  On  ne  peut 
done  pas  dire  que  l'unite,  par  laquelle  le  Pere  et 
le  Fils  ne  sont  qu'une  meme  chose,  se  fait  deleurs 


marquee  par  ces  mots,  «  un,  et  une  meme  chose.  » 
Car  le  premier  ne  peut  pas  convenir  au  Pere  et  au 
Fils,  ni  le  second  a  Dieu  et  a  l'homme.  Si  vous 
etiez  deja  intelligents  dans  ce  mystere,  vous  pren- 
driez  cette  occasion  pour  le  devenir  encore  davan- 
tage,  remarquantprudemment  que  ce  terme,  «  une 


meme  chose,  »  emporte  une  unite  de  substance  et    natures,  ou  de  leurs  essences,  ou  de  lours  volontes, 
de  nature,  et  que  ce  terme   «  un  »   signifie    aussi    attendu   qu'elle  n'est  pas   factice   mais   native.  Le 


l'unite,  mais  une  unite  qui  est  bien  differente ; 
parce  qu'il  y  a  bien  de  la  difference  entre  l'essence 
de  Dieu  et  celle  de  l'homme,  au  lieu  que  l'essence  du 
Pere  et  du  Fils  n'est  qu'une.  Voyez-vous  que  cette 
unite,  de  l'homme  avec  Dieu  n'est  pas  proprement 
une  ,  lorsqu'on  la  compare  a  cette  autre  unite  sin- 
guliere  et  souveraine?  Car  comment  l'unite  se 
trouverait-elle  la  oil  il  y  a  pluralite  de  nature  et 
difference  de  substance?  Et  cependant  une  ainequi 
adhere  a  Dieu  est  appelee,  et  est,  en  effet,  un  meme 
esprit  avec  lui,  et  la  pluralite  des  essences  ne  pre- 
judicie  point  a  cette  unite,  parce  qu'elle  neseforme 
pas  par  la  confusion  des  natures,  mais  par  le  con- 
sentement  des  volontes.  C'est  aussi  de  cette  facon 
qu'on  dit  que  plusieurs  coeurs  n'en  font  qu'un,  et 
qu'on  dit  de  meme  de  plusieurs  ames  qu'elles  n'en  font 
qu'une,  comme  s'exprime  l'Ecriture  en  parlant  des 
premiers  Chretiens  :  «  La  multitude  des  tideles,  dit- 
elle,  n'etaient  qu'un  cceur  et  qu'une  ame  (Act. 
iv,  32).  »  Voila  pour  ce  qui  regarde  cette  unite. 

8.  Mais  qu'est-ce  au  prix  de  celle  qui  ne  se  fait 
pas  par  l'union,  mais  qui  est  de  toute  eternite  ?  Elle 
ne  se  fait  pas,  comme  celle-la,  par  une  manducation 
reciproque,  puisqu'elle  ne  se  fait  pas,  mais  existe. 
Elle  ne  comporte  ni  conjonction,  ni  composition, 
ni  quoi  que  ce  soit  de  contraire  a  une  unite  par- 


Pere  et  le  Fils  sonll'un  dans  l'autre,  non  seulement 
d'nne  maniere  ineffable,  mais  encore  incomprehenr 
sible,  ils  sont  capables  de  se  contcnir  et  se  contien- 
nentegalement  l'un  l'autre  ;  mais  s'ds  sont  capables 
de  se  contenir,  ils  ne  sont  point  divisibles,  et  s'ils 
contienneut  ils  ne  sont  point  participant  l'un  de 
l'autre,  car,  comme  l'Eglisechante  dans  une  de  ses 
hymnes  (Hym.  pro  feria.  n  matu.)  :  Tout  le  Fils  est 
dans  le  Pere,  et  tout  le  Pere  est  dans  le  Verbe.  Le 
Pere  est  dans  le  Fils,  en  qui  il  s'est  toujours  com- 
plu  ;  et  le  Fils  est  dans  le  Pere,  dont  il  est  toujours 
engendre,  et  jamais  separe.  Or,  c'est  par  l'amour 
que  l'houime  est  en  Dieu,  et  Dieu  en  lui,  selon  cette 
parole  de  saint  Jean  :  «  Celui  qui  demeure  en  l'a- 
mour, demeure  en  Dieu,  et  Dieu  en  lui  »  (1  Joan. 
iv.  10).  C'est  a  par  le  consentement  de  la  volonte 
qu'ils  sont  deux  en  un  meme  esprit,  ou  plutot  qu'ils 
nesont  qu'un  meme  esprit.  Voyez-vous  la  difference? 
Ce  n'est  pas  la  meme  chose  evidemment  d'avoir  une 
meme  substance,  et  d'avoir  un  meme  consenlement. 
Quoique,  si  vous  y  prenez  garde,  la  difference  de 
ces  unites  est  assez  marquee  dans  ces  mots,  «  un, 
et  une  meme  chose,  »  car  l'expression  un  ne  peut 
convenir  au  Pere  et  au  Fils,  ni   cette  autre,  «  une 

a  Ici,   commence  la  seconde   parenthese  qu'on   peut  regarder, 
si  on  \eut,  comme  posterieure  et  preferable  a  la  premiere. 


homo  mutua  se  quadarn  in  sesemanducatione  trajiciunt, 
utique  per  hoc,  etsi  non  unum  ,  unus  certe  spiritus  ex- 
sistentes"?  Absit.  Nee  enim  imo  modo  insunt  sibi  hi  at- 
que  11  li  ,  sed  neque  una  unitas  utrorumque.  (  Denique 
innuitur  tibi  unitatum  diversitas  per  unus  et  unum  : 
quoniam  nee  Patri  et  Filio  unus,  nee  homini  et  Deo  unum 
poterit  convenire.  Tu,  si  sapis  ,  occasione  accepta  eris 
sapicntior,  prudenter  advertens  ,  illic  quidem  per  unum 
unitalem  substantias  vel  naturse  :  hie  vero  pevimus  aeque 
unilalem,  sed  ideo  longe  alteram,  quia  inter  substantias 
et  naturas,  homini  nempe  ct  Deo,  sua  cuique  etnalura, 
et  substantia  est,  cum  Patris  Filiiqueconstetpenitus  esse 
unam.  Vides  illam  nee  unitatem  esse  ,  si  quidem  huic 
singulari  summaeque  unitati  comparetur.  Nam  quomodo 
unitas,  ubi  numerus  naturarum,  substantiarum  diversi- 
tas? Et  tamen  unus  spiritus  dicitur,  et  est  cum  Deo  , 
anima  adhaerens  Deo;  nee  praejudicat  rerum  pluralilas 
unitali  huic,  quam  facit  non  confusio  naturarum  ,  sed  vo- 
ltintatum  consensio.  Propter  banc  quoque  miilla  corda 
unum  ,  et  mullaeanimae  unadicunlur  ,sieut  scriptum  est: 
Mullitudinis  credentium  erat  cor  unum,  et  anima  una.  Et 
haec  ergo  unitas. 

8.  Ceeterum  quid  ad  illam,  quae  non  unilione  constat, 
sed  exstat  aeternitate?  Non  plane  illam  quaRdam,  instar 
hujus,  mutua  manducatio  facit,  quia  nee  lit.  Est  enim. 


Sed  nee  conjunctio,  vel  quasi  compositio,  vel  tale  ali- 
quid,  quod  unius  non  est.  Est  autem  Patri  Filioque  na- 
tura,  essentia,  voluntas  non  modo  una,  sed  unum.  Hoc 
nempe  est  illis  esse,  quod  naluram  esse  :  hoc  velle,  quod 
esse,  vel  naturam  esse.  Non  est  itaque  quod  unitas,  qua 
unum  sunt  Pater  et  Filius,  dicatur  lieri  de  naturis  vel 
essentiis,  vel  voluntatibus,  quia  non  sunt  :  non  est  quod 
dicatur  vel  fieri,  quia  est.  Nee  enim  factitia  est,  sed 
nativa.JSunt  in  sese  Pater  et  Filius,  non  solum  ineffabili, 
sed  etiam  incomprehensibili  modo  sui  ipsorum  capabiles 
pariter  ct  capaces  :  sed  sane  ita  capabiles,  ut  non  parti- 
biles;  ita  capaces,  ut  non  *  participes.  Namut  in  hymno 
Ecclesia  canit  :  in  Patre  totus  Filius,  et  totus  in  Verbo 
Pater.  Est  Pater  in  Filio,  in  quo  sibi  semper  bene 
complacuit  :  et  est  Filius  in  Patre ,  a  quo  ut  nunquam 
non  natus,  ita  nunquam  est  separatus.  Porro  per  chari- 
tateni  homo  in  Deo,  et  Deus  in  homine  est,  dicente 
Joanne  :  quia  qui  manet  in  charitate,  in  Deo  manet,  et 
Deus  in  eo.)  Consensio  quaedam  haec,  ut  sint  duo  in  uno 
spirilu,  imo  unus  spiritus  sint.  Videsne  divei'silatem? 
Non  est  idem  profecto  consubslantiale,  et  consentibile. 
Quanquam  si  advertisti,  satis  tibi  per  unus  et  unum, 
ipsarum  quoque  innuitur  differentia  unitatum  :  quoniaffl 
quidem  nee  Patri  et  F'lio  unus,  nee  homini  ct  Deo 
unum  poterit  convenire.  Non  possunt  dici  uruis  Pater  et 


al.  partioi- 

bilei. 


608 


OEtTRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Cest  la 

c\a i  ile  qui 

unit  fhoiuirte 

et  Dieu. 


Saint  Ber- 
nard fait 
re*sortir  plus 
Tivemrnt 
encore  lea 
differences 
de  Mi  deux 
Lnions, 


al.  altera- 
tmm. 


meme  chose»  k  l'homme  et  a  Dieu.  Oa  ne  peutpas  decette  unite  dans  liquelle  nous  lisons  que  plu- 

dire  que  le  Pere  et  le  Pils  ne  sont  qu'un,  car  Tun  sieurs  coeurs  n'etaient  qu'un  cceur  (Art.  iv.  32)  et 

est  Pere,  et  ['autre  est  Fils.  On  dit  neanmoins  qu'ils  que  plusieurs  times  n'etaient  qu'une  ame  ?  .le  crois 

sont  une  meme   chose,   et  ils  le  sont  aussi,   parce  quelle  ne  merite  pas  le  noni  d'unite,  lorsqu'on  la 

que  ehactin  d'eux  n'a  pas  sa  substaneeparliculiere,  compare  a  celle-ci,  qui  n'uuit  pas  plusieurs  choses, 

m  us  ils  n'ont  tous  deux  qu'une  meme  Btlbstance.  mois  qui  marque  siiiguliercment  uue  meme  chose. 

Au  conlraire,  corame  l'homiue  et  Dieu  n'ont  pas  la  C'est  done  une  unite  excellente  et  souveraine  que 

meme  substance  ou  la  meme  nature,  on   ne   peut  celle  qui  ne  se  forme  pas  par  l'union,  mais   qui  est 

pas  dire  qu'ils  soieut  uue  meme  chose.  Et  nean-  de  loute.  eternite.  Et  cette  manducation  spirituelle 

moins  on  peut  dire  en  verite  qu'ils  sont  un  meme  dont  nous  avons  parle  ne  la  fait   pas,  parce  que 

esprit,  s'ils   sont  attaches  l'un  a  l'autre  par  le  lien  meme  elle  ne  se  fail  pas,  mais  elle   est  toujours. 

de  l'amour.  Mais  cette  unite  est  plulot  fortnee  par  Encore  moins  faut-il  penser  qu'elle  se  fasse  par  la 

la  convenance  des  volontes  que  par  l'union  des  es-  conjonction  des  essences,  quelle  qu'elle  puisse  etre, 

sences.  ou  par  le  consentemeul  des  volontes,  parce  qu  il  n'y 

9.  Je  crois  que  Ton  reconnait  assezclairement,  nun  a  ni  plusieurs  essences,  ni   plusieurs  volontes.  Car, 

settlement  la  diversite,  mais  encore  la  disparity  de  nous  l'avous  deja  dit,  ils  n'ont  qu'une  settle  essence 

ces  unites,   l'une  existant  dans  une   meme  essence,  et  une  settle  volonte.  Or,  la  ou  il  y  a  unite,    il  n'y 

et  l'autre  dans  des  essences  diverses,  Qu'y-a-t-il  de  a  ni  consenlement,  ni  composition,  ni  conjonction, 

plus   different  que   I'liuite  de  plusieurs  choses,  et  ni  rien  de  semblable.  11  faut  au  moins  deux  volontes 

celle  dune   meme  chose?  Les   mots,  «  un,  et  une  pour  qu'tl  puisse  y  avoir  consenlement,  et  deux  es- 

meme  chose, »  rendent  la  difference  entre  ces  deux  settees  pour  que  ceconsentement  en  produise  Tuition, 

sortes  d'unites,  car  par  ce  mot  «  une  metne  chose,  »  11  n'y  a  rien  de  pared  dans  le  Pere  et  le  Fils,  puis- 

e'est  l'unite  du  Pere  et  du  Fils  qui  est  marquee,  et  qu'il  n'y  a  en  eux  ni  deux  essencesni  deux  volontes. 

par  ce  terine  un,  c'est  un  consentement  ntutuel  d'af-  Ces  deux  choses  ne  sont  qu'une  meme  chose  pour 

feclions  et  de  volontes  entre  Dieu  et  l'homme  qui,  eux,  ou  plulot,  comnie  je  vous  l'ai  dit  si  je  m'en  sou- 

est  designe.  Neanmoins,  on  pent  fort  bien  dire  que  viens  bien,  ces  deux  choses  ne  font  qu'un  en  eux, 

le  Pere  et  le  Fils  sont  un,   en  y  ajoulant  quelque  un  avee  eux  ;  de  sorte  que,  demeurant  reciproque- 

chose,  par  exemple  un  Dieu,  un  Seigneur,  et  gene-  ment  1'tiu  dans  l'autre  d'une  tnauiere  aussi  immua- 

ralement  tout  ceqtti  a  rapport  achacun  egaletnent,  ble  qu'incomprehensLble,  ils  sont  vraiment  et  sin- 

non  a  l'un  enparliculier.  Car  leur  divinite  ,  ou  leur  guliereiiient  une  meme    chose.   Si   neanmoins   on 

majeste,   n'est  pas  plus  differente  que  leur  subs-  veut  dire  qu'il  y  a  consentement  entre  le  Pere  et  le 

tauce,  leur  essence  ou  leur  nature;  et  toules  ces  Fils,  je  ne  my   oppose  pas,   pourvu  que  par-la  on 

choses,  a  le  bien  prendre,  ne  sont  en  eux  qu'une  n'entende  pas  une   union  de  volontes,  mais  l'unite 

meme  chose.  Je  n'ai  pas  assez  dit.  Elles  ne  sont  d'une  settle  volonte. 

qu'une   meme  chose  avec   eux.  One   dirons-uous  10.  Mais  nous  croyons  que  Dieu  et  l'homme  demeu- 


Filius,  quia  ille  Pater,  et  ille  Filius  est  :  unura  tamen 
dicuntur  et  sunt,  quod  una  omnino  ill i s,  et  non  cuique 
sua  substantia  est.  Quo  contra  homo  et  Deus,  quiaunius 
non  sunl  substantias  vel  naturae;  ununi  quidem  dici  nou 
possunt,  unus  tamen  spiritus  cerla  et  absulula  veritale 
dicuntur,  si  sibi  glutino  amoris  inhsreant.  Quam  quidem 
unititem  non  tarn  essentiarum  coh;erentia  facit,  quam 
conniventia  voluntatum. 

9.  Patet  (ni  fallur)  satis  non  modo  diversitas,  sed  et 
disparitus  unitatum,  una  in  una,  altera  in  diversis  exsis- 
tente  essenliis.  Quid  tam  distans  a  se,  quam  unitas  plu- 
rium  et  unius?  Ita  inter  unitates  (ut  di.xi)  disteiminant 
unus  et  unum,  quod  per  unum  quidem  in  Patre  et  Filio 
essentia?  unitas,  per  unus  vero  inter  Deum  et  hominem 
non  hasc,  sed  consentanea  quaedam  aflectionum  pie'as 
designatur.  Cum  adjectione  tamen  etiam  Paler  et  Filius 
sanissime  dicuntur  unus,  verbi  causa,  unus  Deus,  unus 
Domi.ms,  et  quidquid  aliud  est,  quod  ad  se  quisque, 
et  non  ad  alteram  *  dicitur.  Si  quidem  non  est 
illis  diversa  divinitas  sive  majestas,  non  magis  quam 
substantia,  vel  essentia,  vel  natura.  Nempc  haec  ipsa 
omnia,  si  pie  consideres,  non  diversa  seu  divisa  in 
illis,  sed  unum  sunt.  Minus  dixi  :  unum  sunt  ct  cum 
illis.  Quid  ilia  unilas,  qua  multa  corda   unum,    et  mul- 


tae  animae  una  leguntur?  Nee  censenda  (ut  reor) 
nomine  unitatis,  cornparata  huic,  quae  non  multa  unit, 
sed  unum  singulariter  signat.  Ergo  singularis  ac  summa 
ilia  est  unitas,  quae  non  unitione  constat,  sed  c.\s- 
tal  setcrnitate.  Nee  sane  banc  spiritualis  ilia  piiefata 
manducatio  facit,  quia  nee  tit.  Est  etiitn.  Mullo  minus 
euin  faccre  pulanda  est  essenliirum  qualiscunque  con- 
junctio,  seu  consensio  voluntatum,  quia  non  sunt.  Una 
.  enim  illis  (^ul  dictum  est)  ct  essentia,  et  voluntas  :  uni 
vero  non  est  consensus,  non  compositio,  non  copulatio, 
aut  tale  aliquid .  Duas  esse  oportet  ad  minus  vuluntates, 
ut  sit  consensus;  duas  aequo  esscntias,  ut  sil  con- 
junctio  sive  unitio  per  consensum.  Horum  nihil  in 
Patie  et  Filio,  quippc  nee  essentias  duas,  nee  duas 
habentibus  voluntates.  Una  ett  utraque  res  illis  :  vel 
putius  (ut  pr.efatum  me  memioi)  unum  duo  ista  in  illis, 
unum  et  cum  illis  sunt,  ac  per  hoc  ipsi  sicut  incom- 
prehensibiliter,  ita  incommutabiliter  *  inviceni  in  se  •  „;.  inei*> 
manentes,  vere  et  singulariter  unum  sunt.  Si  quis  tamen  parabiiitar. 
inter  Patrem  et  Filium  dicat  esse  consensum;  non  con- 
tendo.dummodo  non  voluntatum  uniunem,  sed  unilatem 
intelligat  voluntatis. 

10.  Alqui  Deum  et  hominem,    quia    propriis    exstant 
ac  distant  et  voluntatibus  et  substanliis,   longe  abler  in 


SOIXANTE-ONZIEME  SERMON  SIJR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


507 


He   rent  1'un  dans  1'autre,   d'une  tnaniere  bien  dilfe-    hii  qui  etait  deja  aime  commence  aussi  a  aimer. 


Ronton 

ommeavei!  rente  de  celle-ln,  paree  qu'ils  ont  des  snbslances  et 

aseotement  des  volontes  propres,  et  subsislant  separementl'une 

<  toIodWe.  (je  i"autre;  en  d'autres  termes,  nous  croyons  qu'il 

n'y  a  point  en  eux  confusion  de  substances,  mais 

consentement  de  volontes;  leur  union  est  une  res- 
semblance  de  vouloir  et  une  conformite  d'amour. 

Heureuse  union  lorsqu'on  l'eprouve,  ce  n'est  rien 

lorsqu'on  la  compare  a  relle  doutnous  avons  parle. 

Voici  ce  qu'en  dit  celui  qui  l'avait  eprouve  :  «  Mais 

pour  moi  tout  mon  bien  c'est  de  m'attacher  a  Dieu 

(Psal.  i.xxn.  28).  »  C'est  un  grand  bien,  a  la  verite,  si 

vous  vous  y  attachez  entitlement.  Qui  est  ce    qui 

s' attache  parfaitement  a  Dieu,  sinon  celui   qui,  de- 

meurant  en  Dieu,  comme  aimede  Dieu,  attire  Dieu 

en  lui,  par  un  amour  reciproque?  Lors  done  que 

Dieu  et  1'homrae  sont  attaches  ensemble  de  part  et 

d'autre,  ce  qui  arrive  lorsqu'ils  sont  incorpores  par 

un  intime  et   mutuel  amour,  alors  je  ne  fais  point 

de  doute  de  dire  que  Dieu  est  dans  l'honirae,  et  que 

l'homme  est  en  Dieu.  Mais  l'homme  est  en  Dieu  de 

toute  eternite,   parce  que  Dieu  l'a   aime  de  toule 

eternite  ;  si  neanmoins,  il  est  de  ceux  qui  disent : 

«  11  nous  a  aimes  gratuitement  dans  son  his  hien- 

aime    avant   la  creation  du  monde  (Eph.   i.  6).  » 
;nmment     ^a's  Dieu  n'a  ete  dans  l'homme,  que  depuis  que 
iomme  est.  l'homme  l'a  aime,  et,  sicela  est,  l'homme  peut  etre     dans  lequel  les  pecheurs  ont  ete  incorpores  et  qu'ils 
Dieu  en     en  Dieu  sans  que  Dieu  soit  dans  l'homme ,   mais     devinsseut  justice  en  lui  apres   avoir  ete  justifies 

Dieu  n'est  point  dans  l'homme,  que  l'homme  ne 

soit  en  Dieu.  Car,   quoique  peut-etre  il  aime  pour 

un  temps,  il  ne  peut  pas  demeurer  dans  l'amour, 

s'il  n'est  aime  de  Dieu,  mais  il  peut  ne   l'aimer  pas 

encore,  bien  qu'il  soit  aime  de  lui.  Autrement  com- 
ment cette  parole  serait-elle  veritable  :  «  11  nous  a 

aimes  le  premier  (1  Joan.  lv.  10)'?  »  Maislorsque  ce- 


alors  l'homme  est  en  Diou,  el  Dieu  en  l'homme. 
Mais  celui  qui  n'aime  jamais,  n'a  certainement  ja- 
mais ele  aime,  et  pourtant  il  n'est  point  en  Dieu,  et 
Dieu  n'est  point  en  lui.  Que  cela  soit  dit  pour  mon- 
trer  quelle  difference  il  y  a  entre  1' union  par  la- 
quelle  le  Pere  et  le  Fils  ne  sont  qu'une  meme  chose 
et  celle  par  laquelle  l'arae,  s'altacliaut  a  Dieu,  n'est 
qu'un  meme  esprit  avec  lui ;  si  on  lit  de  l'homme 
qui  demeure  dans  l'amour,  qu'il  demeure  en  Dieu 
et  que  Dieu  demeure  en  lui,  et  du  Fils  qu'il  est 
aussi  dans  le  Pere  et  que  le  Pere  est  en  lui,  il  ne 
faut  pas  croire  que  le  tils  adoptif  jouit  de  la  meme 
prerogative  que  le  fils  unique. 

11.  Cela  dit,  retournons  maintenant  a  celui  qui 
pait  parmi  les  lis,  car  c'est  l'endroit  dout  nous 
somuits  partis  pour  faire  cette  digression,  et  c'est 
a  vous  a  juger  s'il  etait  a  propos  pour  nous  de  la 
faire.  J'avais  deja,  ce  me  semble,donn6  deux  expli- 
cations de  ce  passage,  et  dit  que  l'Epoux  se  nourrit 
spirituellement  des  vertus  des  justes,  lui  qui  est  la 
vertu  et  la  spleudeur  de  sou  Pere,  ou  qu'il  recoit 
les  pecheurs  a  la  penitence  dans  sou  corps,  qui  est 
l'Eghse,  et  ;ue,  pour  se  les  incorporer,  il  s'esl  fait 
peche,  comme  dit  l'Apolre,  lui  qui  n'a  point  fait  de 
peche  [Ram.  vi),  alin  de  detruire  le  corps  du  peche 


homme. 


gratuitement. 

12.  Voici  encore  un  troisieme  sens  qui  me  vient 
a  l'esprit;  et  je  crois  qu'il  suflira  non-seulement 
pour  expliquer  ce  passage,  mais  encore  pour  ache- 
ver  ce  discours.  I.a  parole  de  Dieu  est  verite,  aussi 
bien  que  l'Epoux.  Vous  savez  cela ;  ecoutez  le  reste. 
Lorsqu'on  entend  cette  parole,  et    qu'on  ne  lui 


TroiMemi 
mauiere 
d'eolendre 
le  meme  pas- 
sage, qui  eat 

de  I'appli- 

querau  Verba 

de  Dieu. 


se  altera trum  rnanere  sentimus,  id  est  non  snbslantiis 
confusos,  sed  voluntatibus  consentaneos.  Et  base  unio 
ipsis  comaiunio  voluntutum,  et  consensus  in  charilate. 
Felix  unio,  si  experiaris  :  nulla,  si  comparaveris.  Vox 
experti;  Mihi  autem  adluerere  Deo  bonum  est.  Bonuin 
plane,  si  omni  ex  parte  adh&'seris.  Quia  est  qui  peifecte 
adhaeret  Deo,  nisi  qui  in  Deo  manens,  tanquam  dilectus 
a  Deo,  Deum  nihilominus  in  se  traxitvicissim  diligendo? 
Ergo  cum  undique  inhaeient  sibi  homo  et  Deus,  (inhae- 
rent  autem  undique  intima  mutuaque  dilectione  invis- 
cerati  alterutrum  sibi  :)  per  hoc  Deum  in  homine,  et 
hominem  in  Deo  esse  haud  dubie  dixerim.  Sed  homo 
quidem  ab  stcrno  in  Deo,  tanquamabEeternodiledus,sit 
tamenexillissitqui  dicunt,  quoniam  dilexil  et graiificavit 
nos  in  dileclo  Filio  suo  ante  mundi  constitutionem  :  Deus 
vero  in  homine,  ex  quo  dilectus  ab  homine  est.  Et  si  ita 
est, homo  quidem  in  Deo  estetquando  in  homine  Deus 
non  est  :  Deus  autem  in  homine  non  est  qui  non  sit  in 
Deo.  Manere  enim  in  dilectione  non  potest,  etsi  forsitan 
ad  tempus  diligat  non  dilectus  :  potest  autem  nondiim 
diiigere  eliam  dilectus.  Alioquin  quomodo  stabit , 
quonium  ipse  prior  dilexit  nos?  Poiro  cum  jam  etiam 
diligit  qui  ante  diligebatur;  et  homo  in  Deo  ,  et 
Deus    in   homine    est.    Qui    autem    nunquam    diligit , 


constat  quod  nunquam  dilectus  est  :  ac  per  hoc  nee 
ipse  in  Deo,  nee  Deus  in  eo  est.  Haec  dicta  sint  ad 
dandam  dilTercntiam  inter  illam  connexionem,  qua  Pater 
et  Films  unum  sunt,  et  illam  qua  adhaerens  Dcoanima, 
unus  spiritus  est  :  ne  forte  quia  le^ilur  de  homine  ma- 
nente  in  charitate,  quia  in  Deo  manet,  et  Deus  in  eo  ; 
et  item  de  Filio,  quod  nihilominus  in  Patre  sit,  et 
Pater  in  ipso;  par  praerogativa  adoptati  putaretur,  et 
unici. 

H.  His  ergo  absolutis  ,  recurrendum  nobis  ad 
ilium  qui  pascitur  inter  lilia ,  quia  inde  excursus 
hie  faelus  est  usque  hue  :  utrumnam  non  otiose , 
vos  judicabitis.  Et  jam  quidem  loci  ipsius  duos  inlellec- 
tus  posueram,  sive  quod  virtutibus  pascitur  candidato- 
rum,  qui  virtus  et  candor  est  :  sive  quod  peccatores 
recipit  ad  pcenitentiam  in  corpore  suo,  quod  est  Eccle- 
sia,  pro  quibus  sibi  incorporandis  seipsum  fecit  pecca- 
lum,  qui  peccalum  non  fecit,  ut  deslrueretur  corpus 
peccati ,  cui  aliquando  complanlati  fucre  peccanles , 
essentque  justitia  in  ipso  justificati  gratis. 

12.  Terliamadhuc  *  pono  sententiam  qua"  occurrit;  ct 
satis  fore  reor  non  modo  pro  loci  explanatione  ,  sed  et 
pro  tine  sermonis.  Sermo  Dei  Veritas  est ,  et  ipse  sp  jasus. 
Nostis  hoc  :  audite  caetera.  Is  cum  auditur,  e!   minirae 


*  al     lertiilm 
addo  qui 
occurrit. 


608 


OEl'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


obeit  pas,  elle  deraeure,  si  je  puis  parler  ainsi, 
Tide  et  sterile,  tile  est  triste,  et  se  plaint  de  ce 
qu'elle  a  ete  pi offeree  inutilernent.  Mais  lorsqu'on 
lui  obeit,  ne  vous  semble-t-il  pas  qu'elle  s'accroit, 
et  prend  du  corps,  parce  que  Taction  est  jointe  a  la 
parole,  et  ainsi  elle  est  connue,  refaite  et  remise 
en  meilleur  etat  par  les  fruits  de  Tobeissance  et  de 
la  justice?  (Vest  pourquoi  elle  dil  dans  l'Apoca- 
L  £pom  pait  b"l,se  :  1  Voici  que  je  me  tiens  debout  a  la  porte, 
q""beu°.  '*'  et  je  fraPPe  •'  Si  quelqu'un  entend  ma  voix  et 
m'ouvre  la  porte,  j'entrerai  chez  lui,  et  je  soupe- 
rai  nvec  lui,  et  lui  avec  moi  (Apoc.  in,  10'1.  »  U 
semble  que  le  Seigneur  approuve  ce  sens  dans  un 
Propbete,  lorsqu'il  dit,  que  «  sa  parole  ue  retour- 
nera  point  vide  a  lui.  mais  quelle  reussira,  et  fera 
l'effet  pour  lequel  il  l'a  euvoyee  (ha.  lv,  u).  »  Kile 
ne  retournera  point  a  moi,  dit-il,  vide  ou  sterile, 
mais  comnie  reussissant  en  tout,  elle  sera  rassasiee 
des  bonnes  actions  de  ceux  qui  lui  obeisaent  par 
amour.  Aussi,  dit-on  comnmnementqu'une  parole 


il  ne  recoit  point  Taumune  de  la  main  d'un  voleur, 
oud'un  usurier,  non  plus  que  d'un  hypocrite  qui, 
bios  loin  de  donner  1  auuiuin',  fait  sonuerla  troni- 
pette  devant  lui,  alin  d'etre  loui-  des  bmnmes 
[Malth.  vi,  2).  11  n'exaucera  point  non  plus  la 
priere  de  celui  qui  aime  a  prier  dans  les  carre- 
fours,  afin  qu'on  le  voie  (Ibid.  9).  Car  la  prieie  du 
ur  lui  est  en  execration  ;  et  c'e>l  cjuTt-rnent 
en  vain  que  celui-Aoflre  sou  present  devant  l'au- 
tel,  qui  sait  que  son  frere  a  quelque  animosity 
contre  lui  (Mall,  v,  i>3  .  Enfin  s'il  ne  regards  pas 
les  presents  de  Cain,  c'est  parce  qn'il  n'etait  pas  bien 
dispose  pour  sou  frere  {Gen.  iv,  5).  Suivant  le 
temoignage  du  Propbete,  il  avait  aussi  en  abomi- 
nation les  fetes,  les  solennites,  et  les  sacrifices  des 
Juifs,  en  sorte  qu'il  proteslait  clairement  qu'ils 
lui  etaient  &  charge,  et  disait  :  «'Quand  vous  etes 
devant  n 'oi,  qui  exige  ces  otl'randes  de  vos  mains 
ha.  l,,  13i?  »  Je  crois  que  ces  mains  ne  sentaient 
pas  les  lis,  voila  pourquoi    il  refusait  les  presents 


est  accomplie  lorsqu'elle  a  eu  son  efTet,  parce  qu'il    qu'eHes  lui  olfraient,  a  lui  qui  est  habitue  a  pailre 


semble  quelle  est  vide  et  maigre  et,  si  je  puis  ainsi 
parler,  famelique  tant  qu'elle  n'est  pas  reniplie  par 
Taction. 

13.  Mais  ecoutez  de  quelle  nourriture   elle   dit 
elle-meme  qu'elle  se  nourrit.  «  Ma   nourriture,  dit 
cette   parole,   c'est  de  faire  la  volonte  de  ruon  Pere 
(Joan,  iv,    94).  »  C'est  la  parole  du  Verbe,  qui  mar- 
que clairement  que  sa  nourriture  est  toute  bonne 
Ld°  Verb"6  oeuvre>  si  neanmoins  il  la   trouve   parmi   les  lis, 
e'ot  le  bien  e'est-a-dire    parmi  les    vertus.   Autrement,  s'il   la 
'btenfkit?*   rencontre  bors  du  champ  de  lis,  bien  qu'il  semble 
qu'en  soi  ce  soit  une  bonne  nourriture,  celui  qui 
pait  parmi  les  lis  ne  la  touchera  point.  Par  exemple, 


parmi  les  lis,  non  parmi  les  epines.  Et  ceux  a  qui 
il  disait  :  «•  Vos  mains  sont  pleines  de  sang  (Ibid. 
i5),  »  n'avaient-ils  pjs  les  mains  pleines  d'epines. 
Les  mains  velues  d'Esaii  ressemblaient  aussi  a 
des  maius  couvertes  d'epines  ?  C'est  pourquoielles 
ne  furenl  point  admises  a  servir  le  saint  homme 
Isaac. 

Ox.  Je  crains  qu'il  n'y  en  ait  aussi  parmi  nous 
quelques  uns  dont  l'Epoux  ne  recoive  pas  les 
presents,  parce  qu'ils  ne  sentent  point  le  lis.  Car 
s'il  trouve  qu'il  y  ait  de  la  propre  volonte  dans 
mon  jeiine,  l'Epoux  ne  goute  point  un  jeiine  de 
cette  sorte,  parce  qu'il  ne  sent  pas  le  lis  de  Tobeis- 


Lei  jeunes  de 

de  notre  | 

choix  na  % 

sont  point 

agreables  ft 

Dien. 


obeditur  il  1  i ;  vacuus  interim  et  jejunus  quodam  modo 
remanet ,  omnino  tristis  etquerulus,  quod  prolatus  in 
vacuum  sit.  Si  auteni  obeditum  fuerit,  nonne  tibi  verbum 
videbitur  in  quamdam  excrevisse  corpulentiam,  quia 
verbo  opus  accessit ,  ulpote  re  fee  turn  quibusdain  frucli- 
bus  obediential,  justitias  frugibus?  Inde  est  quod  in  Apo- 
calypsi  loquitur ,  Ecce  sto  ad  ostium  ,  et  pulso  :  si  quis 
audierit  vocem  meant  ,et  aperuerit  mihi  januam  ,  introibo 
ad  ilium  ,  et  casnabo  cum  eo  ,  et  ipse  mecum.  Videtur 
approbari  hie  sensus  et  apud  Proplietam  sententia  Do- 
mini,  ubi  dicit,  quod  verbum  suum  non  revertelur  ad 
se  vacuum,  sed  prosperabilur  ,  et  faciet  ad  qu<e  misit 
illud.  Xon  revertelur ,  inquit ,  ad  me  vacuum  vel  jeju- 
num, sed  quasi  prospere  in  omnibus  agens ,  saturabitur 
bonis  actibus  eorum  ,  qui  in  dileclione  acquiescent  illi. 
Denique  usu  loquendi  sermo  implelus  tunc  dicilur ,  cum 
fuerit  mancipatus  effeclui :  quod  videlicet  (andiu  inanis 
etmacer,  ac  quodam  modo  famelicus  sit  ,  donee  opere 
compleaiur. 

13.  Sed  audi  ipsura  quo  se  dicat  cibo  ali.  Meus ,  inquit, 
ctbus  est ,  ut  fuciam  voluntatem  Patris  mei.  Verbum 
Yerbi  est  aperte  indicanlis,  esse  suum  cibum  factum, 
bonum  :  si  tamen  invenerit  illud  inter  liba  ,  hoc  est 
inter  virtutes.  Alioquin  si  extra  repererit ,  et  si  bonus 
(quod  in  se  est)  videtur  cibus ,  non  tanget  ilium  is ,  qui 


pascitur  inter  lilia.  Verbi  causa,  non  recipit  eleemosy- 
nam  de  manu  raptoris  seu  foeneratoris ,  sed  nee  de  hypo- 
crilae  quidem ,  qui  cum  facit  eleemosynam  ,  facit  tuba 
cani  ante  se  ,  ut  glorificetur  ab  hominibus.  Sed  nee  illius 
orationem  aliquo  modo  exaudiet ,  qui  amat  orare  in  an- 
giitis ptatearum  ,  ut  ab  hominibus  videatur.  Nempe  oratio 
peccatoris  exsecrabilis  erit.  Frustra  quoque  otferat  mnnus 
suum  ad  altare,  qui  conscius  est  sibi,  quod  frater  suus 
babet  aliquid  adversnm  se.  Denique  non  respexit  ad  Cain 
munera ,  eo  quod  non  recte  anibularet  cum  fratre  suo. 
Teste  sancto  Propheta  ,  etiam  abominabatur  sabbala,  et 
neomenias  ,  et  sacrifieia  Juda>orum,  ita  nt  manifeste  pro- 
testaretur  odisse  ea  animan  suam  ,  et  dicebat  :  Cum  ve- 
nzrelis  ante  conspectum  mettm ,  qnis  quwsivit  ea  de  ma- 
nibut  vestris?  Credo  non  redotebant  lilia  manus  ilia? ,  et 
propterea  respuebat  munus  ex  illis  qui  pasci  inter  lilia 
consuevit ,  et  non  inter  spinas.  Quidni  spinosas  babebant 
manus  ,quibusaiebat :  manus  vestrm sanguine plence  mntt 
et  manus  Esau  pilosae  crant .  spinosis  similes;  ideoque 
non  sunt  adurissa? ,  ut  ministrarent  Sancto. 

14.  Vereor  ne  et  inter  nos  aliqui  sint ,  quorum  non 
acceptet  munera  Soonsus,  eo  quod  non  redoleant  lilia. 
Etenimsi  indie  jejunii  mei  inveniatur  voluntas  mea,  non 
tale  jejunium  elegit  Sponsus ,  nee  sapit  illi  jejunium 
meum    quod  non  lilium  obedientiae,  sed  vitium  propria 


S01XANTE-D0UZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  509 

sance,  mais  le  vice  de  la  propre  volonte.  II  faut  en  et  l'Epoux  de  l'eglise,  Jesus-Christ  Notre-Seigneur, 

dire  autant  du  silence,  des  veilles,  de  l'oraison,  de  ne  fermera  pas  la  bouche  de  ceux  qui  parlent  de 

la  lecture,    des  ceuvres  manuelles,     et    enfin    de  de  lui,  car  il  a  coutume,    au  contraire,   d'ouvrir 

toutes  les  actions  d'un  religieux,  s'il  les  fait  de  son  celles  qui  sont  fermees,  lui  qui  etant  Dieu  par  des- 

propremouvement,  non  pourobeir  a  son  superieur.  sus  tout  est  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 

Je  ne  croir  pas  qu'il  faille  mettre  ces  observances,  soit-il. 

quoique  bonnes  en  soi,  au  nombre  des  lis,  c'est-a- 

dire  des  vertus ;  mais  celui  qui  en  produit  de  sem-  SERMON  LXX1I. 

blables,  entendra  du  Prophete   ces  paroles  :  «  Est- 

ce  la  le  service  que  je  desire  qu'on   me  rende,  dit  Ce  qu'il  faut  entendre  par  ces  mots  :  le  jour  parait 

le   Seigneur  (lsa.  lviii,  3)?  »  Et  il  ajoute  :  On  trou-  etles  ombres  s'abaissent.  11  y  a  diffirents  jours selon 


volonte 
iropre 


ve  toujours  de  la  volonte  propre  dans  vos  meilleu- 
'vSn'm?'  res  actious-  La  propre  volonte  est  un  grand  mal, 
puisqu'elle  est  cause  que  le  bien  que  vous  faites 
vous  est  inutile.  11  faut  que  toutes  ces  pratiques 
deviennent  des  lis,  car  celui  qui  pait  parmi  les  lis 
ne  goute  rien  >ie  ce  qui  est  infecte  de  la  propre 
volonte.  11  est  la  souveraine  sagesse  qui  alteint 
partout  a.  cause  de  sa  purete,  et  qui  ne  souffre  au- 
cune  corruption.  L'Epoux  aime  done  a  paitre  parmi 
les  lis,  e'est-a-dire  dans  les  cceurs  purs  et  nets. 
Maisjusques  a  quand  se  repaitra-t-il  ?  «  Jusqu'a  ce 
que  le  jour  paraisse  et  que  les  ombres  s'abaissent 


les  hommes.  Lesjustes  vivant  dans  la  lumiere  jouis- 
sent  d'un  jour  d'une  parfaite  clarte  ;  quant  aux 
impies,  comme  ils  sont  plonges  lout  entiers  dans 
des  ceuvres  de  tenebres,  ils  n'ont  qu'une  nuit  af- 
freuse. 

1.  «  Mon  bien  aime  est  a  moi,  et  moi,  alui,  etilpalt 
parmi  les  lis,  jusqu'a  ce  que  le  jour  paraisse,  *  et 
que  les  ombres  soient  abaissees  (Cant,  h,  16).  »  II 
me  reste  a  vous  expliquer  la  derniere  parlie  de  ce 
verset.  Et  je  ne  sais  a  laquelle  des  deux  precedentes 
je  dois  la  rapporter.  Car  je  puis  le  faire   indiffe- 


(Cant.  n,  17).  »  Get  endroit  est  plein  d'ombrages     remment  a  l'uneet  a  l'autre;  puisque,  soit  que  vous 

epais,  n'entrons  qu'en  plein  jour  dans  la  foret  pro- 

fonde  de  ce  myslerc  cache.  D'ailleurs,   comme  j'ai 

ete  un  pen  plus  long  qu'a  l'ordinaire,   le  jour  a 

baisse,    tandis    que    e'est  avec   regret   que   nous 

quittons  ces  lis.  Et  je   n'ai   pas  craint   d'etre  long, 

parce  que  l'odeur  de  ces  flours  empechait  qu'on  ne 

s'ennuyat.  II  ne  reste  que  fort  peu  de  chose  de  ce 

verset,   mais  le  peu   qui   reste   est   bien   cache, 

comme  toutes   les  autres  choses  de    ce    cantique. 

Mais  celui  qui  revele  les  inysteres  viendra,  comme 

je  crois,  lorsque  nous  aurons  commence  a  frapper, 


disiez  :  «  Mon  bien-aime  est  a  moi,  et  moi,  a  lui, 
jusqu'a  ce  que  le  jour  paraisse  et  les  ombres  s'abais- 
sent, «  on  bien,  en  suivant  l'ordre  de  la  lettre  : 
«  11  pait  parmi  les  lis  jusqu'a  ce  que  le  jour  pa- 
raisse, et  les  ombres  s'abaissent,  »  l'un  et  l'autre 
sens  sont  fort  bons.  II  y  a  seulement  cette  diffe- 
rence que,  si  on  rapporte  ces  mots,  «  jusqu'i  ce 
que,  »  au  premier  membre,  ils  exprinient  que  le 

a  Guerry  loue  saint  Bernard  a  l'occasion  de  ce  passage, 
comme  la  remarque  en  a  ete  faite  dans  la  preface  de  ce  tome, 
n.  ii. 


.  veritus 
xitateui. 


voluntatis  sapit.  Ego  autem  non  solum  de  jejunio,  sed 
des;lentio,  de  vigiliis,  de  oratione,  de  lectione,  de 
opere  mamutm,  postremo  de  omni  observantia  monachi, 
ubi  invenitur  voluntas  sua  in  ea,  et  non  obedientia  ma- 
gistri  sui ,  idipsum  senlio.  Mininie  prorsus  observantias 
illas  ,  et  si  bonas  in  se  ,  tamen  inter  lilia  ,  id  est  inter 
virtutes ,  censuerim  deputandas  :  sed  audiet  a  Propheta 
qui  ejusmodi  est  :  Numquid  tale  est  obsequium  quod 
elegi ,  dicil  lominus?  et  addet :  In  die  bonorum  tuorum 
inveniuntur  volunlates  lute.  Grande  malum  propria  volun- 
tas, qua  lit  ut  bona  tua  tibi  bona  non  sint.  Oporlet  proinde 
lilia  liant  qua;  hujusmodi  sunt  ,  guslabit  is  qui  pascitur 
inter  lilia.  Sapientia  est  ubique  altingens  propter  mun- 
ditium  suam :  et  nil  inquinatum  in  earn  imcurrit.  Ita  er- 
go inter  lilia  pasci  amat  sponsus  ,  id  est  apud  munda  et 
nitiila  corda.  Sed  quousque?  Donee  ads/iiret  dies  ,  et 
iticlinentw  umbra!'.  Uobrosns  locus  est  hie  et  condensu9  : 
nun  in! remits  silvain  hanc  profundi  sacramenti ,  nisi  Cla- 
ra luce  die:.  Jam  enim  disputante  me  longius  ,  inclinata 
est  dies  ,  dum  invili  abstraliimur  ab  bis  liliis.  Nee  sum 
victus  *  prolixilale  ,  cui  fastidium  omne  detraheret  odor 
florum.  Modicum  quid  restare  videtur  de  praesenti  ca- 
pilulo.  At  istud  modicum  reconditum  nimia  ,  sicut  et 
cstera  universa  carminis  hujus.  Sed  qui  revelat  mysteria 


aderit  ,  ut  confido  ,  cum  pulsare  cceperimus  :  et  nonclau- 
det  ora  loquentium  se,  cui  familiare  magis  est  reserare 
clausa,  sponsus  EcclesiEe  Jesus-Cbristus  Dominus  noster, 
qni  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  saecula .  Amen. 

SERMO  LXXII 

Dies  adspirans,  et  um6>'«inclinatae  qua;  sinl.  Deindevarii 
hominun  dies  exponuntur.  Et  quod  juitos,  utpote  in 
luce  viuentes ,  maneat  clarior  dies :  impios  vero  in 
operibus  tenebrarum  versantes  celerna  nox. 

1 .  Dilectus  metis  tnihi,  et  ego  Mi,  qui  pascitur  inter  lilia; 
donac  adspiret  dies  ,  et  inclinentur  umbra.  Novissima 
tantum  capituli  hujus  tractanda  pars  est ,  et  dubito  in  ipso 
ingressit  ,  cttinam  pofissimum  eamjungam  duarumpra 
cedenlium  ;  nam  possum  indifferenter  utrique.  Sive  enim 
dicas,  Dilectus  mens  mini,  et  ego  itli  donee  adspiret  du  :, 
et  inclinentur  umbra; ,  interposito  tantum  ,  qui  pascitur 
inter  lilia;  sive  pro  lrfteras  serie  ,  qui  pascitur  inter  liliu, 
donee  adspiret  dies ,  et  inclinentur  imbra;  :  non  incon- 
venienter  utrovis  assignas.  Hoc  sane  refert  ,  quod  donee 
si  primo  junxeris  ,  inclusivum  oportet  intelligas  :  si  me- 
dio ,  exclusivum  sentias  necesse  est.  Esto  nempe  quod 


510 


OEUVRES  DE  SAINT  DEHNARD. 


Sens  litteral 

et  liaison  du 

conteite. 


jour  est  inclus ;  et  si  on  les  joint  avec  le  second,  la  fin  du  monde,  l'Epoux  est  dans  un  royauma  qui 

il  faut  entendre  que  c'est  jnsqu'au  jour  exclusive-  brille  de  toutes  parts,  d'une  infinite  de  beaux  lis, 

nient.  Car  supposez  que    l'Epoux  cesse   de   paitre  et  qu'il  y  jouisse  de  delices   incomparables,  on  ne 

parmi  leslis  lorsque  lejour  se  leva,  cessera-t-il  aussi  pourra  pas  dire  neanmoins qu'il  s'y  repaisse  corame 

d'etre  a  l'Epouse  on  l'Epouse  d'etre  a  lui?  A   Dieu  il  avait  coutume  de  le  faire  auparavant.    Car  oiiy 

ne   plaise.  lis   eontinueront  cternellenient  a  etre  aura-t-il  des  pecheurs  que  Jesus-Christ  puisse  s'ia- 

niutuellenient  l'un  a  l'autre,  avec  ce   seul  change-  corporer  apres  les  avoir  manges,  pour  ainsi   dire, 

nient  que  leur  union  sera  d'autant  plus  heureuse  comme  avec  les  dents  dune  discipline  austere,  je 

qu'elle  sera  plus  forte,  et  d'autant  plus  forte  quelle  veux  dire  avec  les  dents  des  afflictions  de  la  chair, 

sera  plus  libie.   11   faut  done  entendre    ces   mots,  et  dela  contrition  du  cceur?  Le  Verbe  Epoux  n'exi- 

«  jusqu "a  ee  que,  »  comme  saint  Mithiou,  lorsqu'il  gera  plus    celte   nourriture  des  actions  de  l'obeis- 

dit  que  Joseph  ne  connut   point   Marie,   «   jusqu'a  sauce  lorsque  l'uuique  action   sera  d'etre   dans  le 

ce  qu'elle  eut  enfante  son  premier  ne.  »  Car   il  ne  repos,  et  lorsqu'on  ne  s'occupera  qu'a  contempler 

la  connut  pas  nou  plus  apres.  Ou  comme  dans    ce  et  a  aimer.  II  est  vrai  que  la  nourriture  de  ce  Fils 

verset  d'un  psaunie  :   «  Nos    yeux     sont   tournes  unique,  est  de   faire  la  volonte  de  son  Pere,    mais 

vers  le  Seigneur  notre  Dieu,  jusqu'a   ce   qu'il   ait  c'est  iii,  non  dans  le  ciel,  car  comment  la  ferait-il, 

compassion  de  nous  [Psul.  cxn,  2).  »  Car  nous  ne  puisqu'clle  est  faite,  et   qu'il   est  constant   qu'elle 

les  detournerons  pas  de  lui,  lorsqu'il  commencera  sera  parfaite  alors?  C'estencemomentque  les  saints 

a  avoir  compassion  de  nous.  Ou  bien  encore  comme  conuaitront  clairenient  quelle  est  la  volontede  Dieu, 

dans  cette  parole  du  Seigneur  aux  apotres  :  «  Voici  cette  voloute  sainle,  juste  et  parfaite.  Que  reste-t-il 

que  je  suis  avec  vous  jusqu'ci  la  consommalion  des  a  faire  lorsque  tout  est  parfait?    11  ne  resle    plus 

siecles  [Matt,  xxvm,  20).  »  Car  il  ne   cessera   pas  qua  jouir,    non  a  faire  quoique  ce  soit,  a  eprou- 

d'etre  avec  eux  apres  la  fin  du   monde.  Voila.  done  ver,  non  pas  a  travailler,   a  vivre  de  cette  divine 

comment  il  faut  entendre  ces   mots,    «  jusqu'a   ce  voloute,  non  pas  a  s'exercer  a  l'accomplir.   N'est-ce 

que,  »  si  vous  les  rapportez  a  ces  paroles  :  «  Mon  pas  elle  que  nous  avons  appris  du  Seigneur  a  de- 

bien-aime  est  a  raoi,  et  nioi,  a  lui.  »   Mais  si   vous  inander  avec  instance  qu'elle  s'accomplisse  dans  le 

aimez  mieux  les  rapporter  a  ces  autres  :  «   II  pait  ciel  et  sur  la  terre  {Mutt,  vi,  11),  aim  que  lorsque 

parmi  les  lis,  »  il  faudra  les  prendre  dans  uu  autre  nous  serous  dans  le  ciel  nous  n'ayons  plus  qua  en 

sens.  Et  alors  il  sera  bien  plus  difficile  de  monlrer  recueillir  le   fruit?    Le    Verbe   Epoux  n'aura    pas 

comment  l'Epoux  cesse  de  paitre,    lorsque  le  jour  besoiu  de  la  nourriture  des  bonnes  oeuvres,   parce 

commence  a  soufller.  Car  si  ce  jour  est  celui  de  la  qu'il    faut    que    toute   ceuvre  cesse  lorsque    nous 

resurrection,  pourquoi  ne  se  plail-il  pas  davautage  serous  tons  aboudamment  remplis   de  la   sagesse. 

a  paitre  parmi  les  lis  en  un  temps  oil  il  y  en  a  uiie  Car  ceux  qui  agissenl  moins   l'acquierent,  selon  la 

grande  abondance  ?  Voila  pour  ce  qui  regarde  les  parole  du  sage  meme  {Eccli.  xxxvm,  25). 
rapports  des  texles.  3.  Mais  voyons  maintenant  si  ce  que  nous  disons 

2.  Considerez  maintenant  avec  moi  que  si,  apres  peut  subsister  avec  le  sens  que  nous  avons  donne, 


Le  Christ 
dans  lai'loin 
se  renatt-fl 

parmi  les 
lis? 


L'occuptioo 
dans  la 

gloire  nt  la 
repos. 


designat  Sponsus  pasci  jam  inter  lilia  ,  ubi  adspiraverit 
dies;  numquid  similiter  cessabit  etiam  ''ponsae  inlendere, 
aut  ipsa  illi?  Absit.  In  Eeternum  perseverabunt  sibi  ;  nisi 
quod  tunc  felicitis  ,  cum  veheme.itius  ;  tunc  vehementius, 
cum  e.vpedilius.  Sit  ergo  lale  hoc  donee ,  quale  est  illud 
apud  Malilia'iim  ,  ubi  narratur  non  cognovisse  Mariana 
Joseph,  donee  peperil  Fitiun  suum  primogeniium.  Non 
enim  post  cognovit.  Yel  cert !  quale  est  illud  in  psalmu: 
Oculi  nostri ad  Dominion  Utuin  nostrum,  donee  mise- 
reulur  nostri.  Non  enim  avcrlcnlur  ,  cum  cceperit  mise- 
rcri.  Vel  quale  item  illud  Domini  ad  Apostulos  :  Eece 
ego  vobiicum  sum  usque  nd  eonsummationem  sceeuti.  Non 
enim  post  non  erit  cum  illis.  Verum  hoc  ita  ,  si  donee 
referas  ad  Dilectus  meus  mihi ,  et  ego  illi.  Sin  aulem  ad 
qui  patcitur  inter  lilia  rcspicere  malis  ,  erit  alio  sensu 
accipicudum.  Porro  operosius  ostendetur,  quomodo  tunc 
dilectus  pasci  desinat,  cum  adspiraverit  dies.  Etenim  si 
dies  rcsurreclionis  is  est,  quidui  mullo  magis  pasci  ibi 
inler  lilia  juvet,  ubi  liorum  major  admodum  copia  erit  1 
Etproaptanda  quidem  litteraB  coasequeatia  hasc  dicta 
sint. 
2.  Nunc  jam  adverte  mecuin,  toto  licet  liliis  fulgenti- 


bus  regno,  Sponsoque  medio  exsistenteet  deliciente,  non 
tamen  esse  quod  dicatur  et  pasci,  juxta  id  quidem  quod 
ante  consueverat.  Ubi  namque  jam  peccatores,  quos  sibi 
Incorporet  Chrislus,  mansos  morsosque  quasi  quibusdatn 
denlibus  disciplins  austerioris,  afilictione  scilicet  carnis, 
et  cordis  contritione  ?  Sed  neque  cibum  sibi  jam  exiget 
Verburn  Sponsus  ex  aliquibus  factis  seu  operibus  obe- 
dienliae,  ubi  omne  negolium  otium  ;  soloque  in  intuitu 
et  afl'ectu  res  erit.  Et  quidem  cibus  ejus,  ut  facial  vo- 
luntalem  Palris  sui  :  sed  hie,  non  ibi.  Quid  enim  faciat 
factam  ?  Et  pcrfeetam  tunc  esse  consUit.  Denique  pro- 
bare  jam  tunc  est  omnibus  Sanctis,  qua?  sit  voluntas 
Dei  bona,  el  bcneplaccns,  el.  perfecta.  Et  certe  post  per- 
fectum,  faciendum  superest  nihil.  Frui  de  cEetero  restat, 
non  fieri;  expeiiri,  non  operari  ,ea  vivere,  non  exerceri 
in  ea.  Nonne  ipsa  est,  quam  instantissima  prece  docti 
quidem  a  Domino,  sicut  in  cnelo,  ita  et  in  terra  perfici 
postulamus,  quo  ejus  jam  delectet  fructus,  actus  non 
fatiget  ?  Non  erit  itaque  Sponso  Verbo  operis  cibus, 
quia  cesset  nccesse  est  omne  opus,  ubi  plenius  ab  uni- 
versis  percipitur  sapientia.  Nam  qui  minorantur  aetu 
percipiunt  earn. 


S0IXANTE-D0UZ1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE   DES  CANTIQUES.  511 

ainsi  que  quelqups-uns''ont  fait,  aces  paroles  :  «Se  il  daigne  avoir  cette  bonte,  ou  plutdt  elle  reconnalt 

repaitre  parmi les  lis; »  c'est-a-dire  se  rejouir  de  la  et  declare  le  terme  deja  fixe  endisant,  «  jusqu'a  ce 

blatukeur  des  vertus.  Car  nous  n'avons  point  omis  que  le  jour  paraisse,  et  que  les  onibres  s'abais- 

cetleinterpretation.  Dirons-nous  qu'alors  il  n'y  aura  sent.  »  Carelle  sait  bien  qu'apres  celail  doit  plutdt 

point  de  vertus  ouquel'Epoux  n'y  prendra  point  plai-  s'abreuver  que  se  nourrir  devertus.  C'estd'ailleurs 

sir. Ces  deux  pensees  sontegalement  extravagantes?  parfailement  en  rapport  avec  ce  qui  a  lieu  d'ordi- 

Mais  considerez  s'il  ne  sen  rejouira  point  d'une  au-  naire,  car  on  boit  apres  qu'on  a  mange;  celui  done 

tre  maniere,  et  si,  au  lieu  qu'elles  lui  serventici  de  qui  mange  ici-bas,  boira  dans  le  ciel,  et  avec  d'au- 

nourriture,  elles  ne  lui  serviront  point  de  breuvage.  tant  plus  de   plaisir  qu'il  le  fera  avec  plus    d'assu- 

ns  cette    Duraut  cette  vie,  et  dans  ce  corps  mortel,   il  n'ya  ranee,  parce  qu'alors  il  avalera  aisement  les  choses 

on|T point  P°int  'le    verlu  si    puriiiee,  et  pour  ainsi  dire     si  que  maintenant   il  coupe  avec  peine  comnie    par 

samment  ctarifiee,  qu'elle  puisse  servir  de  breuvage  al'Epoux.  morceaux,  pour  les  avaler  plus  facilement. 

Mais  celui  qui  veut  que  tons  les  homines  soient  l\.  Voyons  maintenant  quel  est  ce  jour,  et  quelles 
sauves,  ferme  les  yeux  sur  beaucoup  de  choses,  et  sont  ces  ombres  dout  parle  l'Epouse,  comment 
ceux  qu'il  ne  peut  faire  prendre  comme  breuvage,  l'un  souffle  ou  parait,  et  les  autres  s'abaissenl.  Cette 
il  a  suin  d'en  tirer  quelque  chose  d'agreable  au  expression,  «  jusqu'a  ce  que  le  jour  souffle  »  est  re- 
gout,  et  deles  preparer  avec  art  et  avec  peine,  pour  marquable,  et  meme  tout-a-f ait  particuliere  a  ce 
s'eii  servir  comme  d'une  nourriture.  II  arrivera  tin  lieu,  parce  que  e'est  le  vent  qui  souffle,  non  le 
jour  que  la  vertu  sera  pure  et  claire,  en  sorle  que,  temps.  L'liomme  respire  l'air,  les  autres  animaux 
au  lieu  d'etre  pressee  sous  la  dent  et  fatiguee  par  1«  respirenl  aussi,  et  e'est  cette  respiration  conti- 
eelui  qui  la  mange,  ou  plutdt  au  lieu  dele  fatiguer,  nuelle  qui  les  fait  vivre.  Et  qu'est-ce  que  l'air,  si- 
elle  lui  servira  debuisson  agreable,  parce  qu'elle  ne  non  du  vent?  Le  Saint-Lsprit  souffle  aussi,  et  e'est 
sera  plus  une  nourriture,  mais  un  breuvage.  C'est  de  la  qu'il  tire  son  nom.  Comment  done  le  jour 
ce  que  le  Seigneur  nous  promet  dans  l'Evangile,  souffle-l-il,  puisqu'il  n'est  ni  vent  ni  esprit  animal? 
lorsqu'il  dit :  «  Je  ne  boirai  point  de  ce  fruit  de  la  Et  encore  1'Eiiitiire  ne  dit  pas,  qu'il  souffle,  mais, 
vigne,  jusqu'a  ce  que  je  le  boive  nouveau  avec  ce  qui  emporte  quelque  chose  de  plus,  «  qu'il  as- 
vous  dans  le  royautne  de  mon  Pere  (Malt,  xxvt,  pire. »  11  n'est  pas  muins  extraordinaire  qu'elle 
29).  »  Hue  fait  aucune  mention  de  nourriture.  Nous  dise,  «  que  les  ombres  s'abaissent,  »  puisque  lors- 
lisons  aussi  dans  le  Prophete  qu'il  «  est  comme  un  que  cette  lumiere  visible  et  corporelle  se  leve,  les 
hommerobuste,  a  qui  levin  donnedenouvelles  forces  ombres  ne  s'abaissent  pas,  mais  se  dissipent  tout-a- 
(Psal.  lxxvii,  65).  11  n'est  point  non  plus  parle  en  fait.  11  faut  done  cnercker  l'explication  de  ces  choses 
cet  endroit  de  nourriture.  L'Epouse  iustruite  de  ce  hors  du  corps.  Ei  si  nous  pouvons  trouver  un  jour 
myslere,  ayant  trouve  et  publie  que  son  bien-aime  et  des  ombres  spinttielles,  peiit-etre  alors  enten- 
pait  parmi  les  lis,  etablit  done  un  terme  jusqu'oii  drons-nous  plus  aisement  ce  que  c'est  que  a  l'aspi- 


Qae  fant-il 

entendre  par 

ce  jour  qui 

parait. 


3.  Sed  videamus  nunc,  si  quod  dicimus  stare  possit, 
et  secundum  illam  senlentiam,  qua  pasci  inter  lilia,  can- 
didatu  virtutum  oblectari,  quidam  interpretantur.  Nam 
et  uos  ipsam  inter  cameras  non  praeterivimus.  Dieemus- 
De,  aut  non  fore,  aut  Spanso  minime  sapere  tunc  virtu- 
tes?  Etquidenisentirealterutrum,  dementias  est.  Sed  vide 
ne  forte  alias  illis  delectetur.  Nam  constat  delectari,  sed 
forsitan  polu  magis,  quam  pastu.  Sane  in  tempore  et 
corpore  isto.  nulla  nostra  virtus  ita  ad  purum  detecata 
erit,  nulla  ita  -.;  .vis  et  mera,  ut  Sponso  habilis  sit  ad 
potandum.  Sed  ij  li  vult  omnes  homines  salvos  lieri,dis- 
simulat  multa,  et  quam  non  potest  potandi  interim  faci- 
lilate  glulire,  curat  exea  vet  quippiam  elicerc  sapidum, 
quasi  arte  quadam  et  quodam  labore  mandendi.  Erit 
cum  erit  virtus  col.ibilis,  nee  premetur  dente,  nee  fati- 
gaturamandente,  vet  potiusnon  fatigabit,mindenlemquce 
bibentem  absq.ie  opera  deleclabit,  tanquamuliquepotus, 
nou  esca.  Denique  tiabes  spoudentemin  Evangelio,  quia 
nonbibam  d-  hoc  genimine  vitis,  inquit,  donee  bibam  il- 
tivl  n  loum  vobiscum  in  regno  Pains  mei.  Et  de  cibo 
nulla  me  .tio  est.  Sed  apud  Proptietam  quoque  legitur, 
(  f/  an  p  >l  'iv  crapulatus  a  vino  :  de  cibo  autem  nihil 
ib!  ptuitns  inveuilur.  Spunsa  ergo  conscia  mysterii  hu- 
jus,  cum  dilectum  pasci  inter  lilia  comperisset  ac  perhi- 
buisset,  constituit  teraiinum    quoad  id    dignaretur,  imo 


constitutum  agnovit  et  perhibuit  dicens,  donee  aspiret 
dies,  et  inelinentur  umbra.  Sciebat  enim  virtutibus  eum 
postea  potandum  potius,  quam pascendum.  Connivere'vi- 
deturet  consuetudo,  qua  post  cibum  potussumi  de  more 
solet.  Ergo  qui  hie  manducat,illic  bibet, eo  tuncsuavius 
quo  securius ;  glutiturus  et  ea  ipsa ,  qua;  scrupulo- 
sius  modo,  et  quodam  modo  laboriosius  quasi  maudendo 
liquat. 

4.  Nunc  jam  intendamus  considerare  de  die  illo  et 
illis  umbris,  qui  ille,  qute  ista3  :  ilte  qua  ratione  adspi- 
rans,  hie  in  qua  potestate  habeant  inclinari.  Signanter 
omnino  dictum  est,  donee  adspiret  dies,  imo  singulariter. 
Solo  quippe  hoc  loco  (nisi  fallor)  diem  adspirantem 
comperics.  Aura;  nempe,  non  tempora  spirare  dieuntur. 
Spirat  homo,  spirant  animalia  ctetera,  quibus  indesi- 
nenter  reciprocratus  aer  vilam  continuat.  El  q  lid  hoc, 
nisi  ventus  ?  Spirat  et  Spiritus-Sanctus,  et  inde  spiiitu  . 
Quo  pacto  ergo  dies  spirans,  qui  nee  ventus,  nee  spiri- 
tus  nee  animal  est?  Quanquam  nee  spirans quidem,  sed 
quod  signantius  sonat,  adspiruns  dictus  sit.  Nee 
minus  prseter  solitum  dictum  inelinentur  umbra;  De- 
nique ad  exortum  hujus  corporei  visibilisque  luminis 
umbra?  non  inelinantur,  sed  annullantur.  Extra  pruiade 
corpora  quaerendie  has  res.  Et  siquidem  spirituales 
inveneriraus  diem  et  umbras,  tunc  forsitam  et  iacluiatio 


at.  coots* 
aire. 


612 


ration  t>  de  l'un  et  « l'abaissement  »  des  autres.  Si 
on  croit  que  c'est  d'un  jour  corporel  que  le  Pro- 
phete a  dit :  «  un  jour  dans  votre  maison  vaut 
mieux  que  mille  ailleurs  (Psal.  ixxxm,  2),  »  je 
ne  sais  ce  qu'on  ne  devra  point  entendre  d'une  uia- 
niere  corporelle.  il  y  a  aussi  un  jour  qui  se  prend 
en  mauvaise  part  et  que  les  prophetes  out  mau- 
dit  (Job.  lit,  3  etJcr.  at,  14).  Mais  Dieu  nous  garde 
de  croire  que  ce  soitunde  ceux  que  nous  voyons 
desreux  du  corps.  C'est  done  un  jour  spirituel. 

5.  Qui  doute  aussi  que  l'ombre  quienvironna  Ma- 
rie, lorsqu'elle  coneut,  ne  soit  spirituelle  ;  ainsi  que 
celle  dont  parle  le  Prophete  quand  il  dit :  «  Le 
Seigneur  Christ  est  un  esprit  present  devant  nous; 
nous  vivrons  sous  son  ombre,  parmi  les  nations 
(77iwi.iv,  20) ?»  Je  crois  neanmoins  qu'ici,  les  om- 
bres designent  les  puissances  ennemies  qui  ne  sont 
pas  seulement  des  ombres  etdes  tenebres,  mais  que 
l'Apolre  appelle  meme  «  les  princes  des  tenebres 
d'ici-bas  [Bpk.n,  12).  »  Elles  designent  aussi,  ceux 
d'entre  nous  qui  leur  sont  attaches,  et  qui  sont  en- 
fants  de  la  nuit,  non  pas  du  jour  ou  de  la  lumiere. 
Car  lorsque  le  jour  paraitra,  ces  ombres  ne  seront 
pas  entitlement  aneanties;  au  lieu  qua  la  presence 
du  soleil  sensible,  les  ombres  corporelles  ne  dispa- 
raissent  pas  seulement,  mais  sont  absolumeut  de- 
truites.  Elles  ne  seront  done  pas  aneanties,  mais 
elles  seront  plus  miserables  que  si  elles  l'etaient. 
Elles  subsisleront,  mais  abaissees  et  soumises.  «  il 
s'abaissera,  »  dit  le  Prophete  en  parlant  sans  doute 
du  Prince  des  tenebres,  «  et  il  tombera  lorsque  le 
regne  des  pauvres  sera  arrive  [Psal.  ix,  10).  i>  Sa 
nature  ne  sera  done  pas  aneantie,  mais  sa  puis- 
sance lui   sera  oteej  sa  substance  ne  perira  pas, 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

mais  le  temps  de  la  puissance  des  tenebres  pas- 
sera.  Us  sont  precipites,  afin  qu'ils  ne  voient  point 
la  gloire  de   Dieu,  et  ils  ne  sont  pas  aneantis,  afin 
qu'ils  soieut  toujours  brules.  Les  ombres  ne  seront- 
elles  pas  abaissees,   lorsqu'on  fera    descendre  les 
puiseaots  de  toots  trones,  et  qu'ils  deviendront  le 
marchepied  de  Dieu  ?  Ce  qui  doit  arriver  bientot ; 
car  la  derniere  heure  est  venue.  La  nuit  a  precede 
et  lejour  approche  (Rom.  xm,  12).  Le  jour  aspirera 
et  la  nuit   expirera.  La  uuit  c'est  leviable,  la  nuit 
c'est  l'ange   de  Satan,  quoiqu'il   serransfigure  en 
ange  de  lumiere.  La  nuit  c'est  aussi  l'Antechrist,  que 
le  Seigneur  tuera   du  souffle  de  sa  bouche,  et  de- 
truira  par  la  lumiere  de  son    avenement.    Le  Sei- 
gneur ne  sera-t-il  pas  un  jour  ?  Oui,  c'est  un  jour 
qui   eclaire,   et   qui  souffle  en  meme  temps,   qui 
chasse  les   ombres  par  le  souffle  de  sa  bouche,  et 
detruit  les  fautouies  par  la  lumiere  de  son  avene- 
ment. Ou  si  vous  aimez  mieux  entendre  plus  simple- 
ment  eet  «  abaissement  »  des  ombres,  en  ce  sens 
que  abaisse  signifie  aneanti,  je  ne  m'y  oppose  pas; 
nous  disons  que  les  figures  et  les  enigmes   de  l'E- 
criture    sont  des  ombres,  ainsi  que  les  discours  des 
sophistes,  et  leurs  arguments   subtils  et  captieux, 
qui  couvrent  la  lumiere  de  la  verile.  Car  nous  ne 
connaissons  qu'en  partie  (1  Cor.  xm,  9),et  ne  devi- 
nons  aussi  qu'en  partie.  Mais  lorsque  lejour  paraitra, 
les  ombres  seront  aneanties,  parce  que  la  plenitu- 
de de  la  lumiere  occupant  tout,  il  ne  pourra  plus 
rester   de   tenebres.    «  Car  lorsque   ce  qui  est  par- 
fait  sera  venu,   ce  qui  est  imparfait  sera  detruit 
(Ibid.  10). 

6.  Cela  pourrait  suffire  si  l'Ecriture  disait  que  le 
jour  «  souffle  »  non  pas  qu'il  aspire.  Mais  je  crois 


Aotre  intei 
prelatiOD, 


Pans  iT.cr 
lure  il  n'y. 
rieu  d'oises 


harum,  et  illias  adspiratio  facilius  elncebit.  Quid  ilium 
diem,  de  quo  Propheta  dicit,  Melior  est  dies  una  in 
atriis  tins  super  mitlm,  corporeum  opinatur,  nescio  quid 
jam  non  corporeum  opinetur.  Est  el  in  mala  signilica- 
tione  dies,  cui  maledixere  prophetae.  Absit  autem,  ut 
ex  visibihbus  his,  quos  fecit  Dominus.  Ilaqae  spiritualis 
est. 

5.  Jam  umbram  quis  ambigat  spiritualem,  qua  Maris 
obumbrabratum  est  concipienti ;  et  item  in  earn,  quae 
in  Propheta  sic  memoralur  :  Spiritm  ante  fticiem  nos- 
tram  Chriitus  Dommus,  m1)  tmbra  ejus  vivemut  inter 
gentes  ?  Ego  tamer  urubrarjm  nomine  hoe  loco  magis 
arbitror  designatas  co  -.tales,  quae  non  modo 

umbr<e,  vel  tenebiae,  sed  el  principei  tenebrarum  harum 
ab  Apostolo  perhibentur,  sioiulque  inbserentes  illis  ex 
generc  nostro,  filios  uliqne  noctis,  et  non  lucis,  neque 
dies.  Ha?  siquidem  umbra?,  non  plane  cum  adspiraverit 
dies,  in  nihilum  reverlcntur,  sicut  a  facie  hujus  cor- 
poreae  lucis  umbras  corporeas  non  disparere  tantum; 
sed  et  penitus  deperire  videmus.  Ilaque  erunt  minime 
quidem  exlremius  nihilo,  raiserius  tamen.  Erunl,  sed 
inclinalae  et  subditae.  Denique  inciinabit  se,  inquit,  et 
cadet,  (baud  dubium  quin  princeps  umbrarum)  cum  do- 
minatus  fuerii  paiperum.  Ergo  non  natura  delebitur, 
sed  potentia  subtraihetin*'%  non  peribit  substantia,  sed 


transibit  hora  et  potestas  tenebrarum.  Tolluntur,  ne  vi- 
deant  gloriam  Dei  :  non  annullantur,  ut  semper  urantur. 
Quidni  inclinabuntur  umbra?,  cum  deponentur  potentes 
de  sede,  ponenturque  scabellum  pedum "?  Quod  utique 
oportet  fieri  cito.  Norissima  hora  est  :  nox  praecessit, 
dies  autem  appropinquavit.  Adspirabit  dies,  et  exspira- 
bit  nux.  Nox  diabolus  est,  nox  angelus  Satan*  ;  ets;  se 
transfigure!  in  angelum  lucis.  Nov  etiam  Antichristus, 
Dominus  inlerftciet  spiritu  oris  sui,  el  destruet  il- 
luitralione  adientus  sui.  Numquid  non  Dominus  dies 
est  ?  Dies  plane  illustrans  et  spirans,  qui  spiritu  oris 
sui  fugat  umbras,  et  destruit  larvas  illustratione  adven- 
tus  sni.  Aut  magis  placet  verbum  inclination^  simplici- 
ter  accipere,  nibilque  aliud  inclinari,  quam  annibilari 
esse  putandum  ;  ne  Duic  quoqie  desimus  sensui,  dici- 
mus  umbras  Bffnras  et  aenigmata  scripturarum,  necnon 
et  sophisticas  Iocutiones,  cavillationesque  verborum  et 
implicita  argumentorum,  quae  omnia  vcritatis  interim 
lumen  obumbranl.  Ex  parte  enim  cognoscimus,  et  ex 
parte  prophelamus.  Verum  adspirante  die,  inclinabun- 
tur umbrae  :  quia  occupante  omnia  luminis  plenitudine, 
nulla  pars  superesse  poterit  tenebrarum.  Denique  cum 
venerit  quod  perfectum  est^  tunc  evacuabilur  quod  ex 
parte  est. 
6.  Hactenns  de  his  sufficere    poterat,  si  spirans   dies 


SOIXANTE-DOUZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


513 


qu'il  est  necessaire  d'ajouter  encore  ici  quelque 
chose,  pour  expliquer  la  raison  de  celte  petite  ad- 
dition, et  de  la  difference  qu'elle  produit.  Car,  pour 
vous  parler  en  toute  vdrite,  je  suis  persuade  qu'il 
n'y  a  rien  d'inutile  dans  le  texte  precieux  et  sacre 
de  l'Ecriture,  et  que  la  moindre  particule  a  son 
sens  particulier.  Or,  nous  avons  coutume  de  nous 
servir  de  ce  mot,  lorsque  nous  desirons  passionne- 
ment  quelque  chose.  Comme,  par  exemple,  lorsque 
nous  disons,  un  tel  «  aspire  »  a  cet  honneur,  ou  a 
cette  dignite.  Cette  parole  done,  marque  une  mer- 
veilleuse  abondance  de  l'Esprit-Saint,  qui  doit  se 
manifester,  lorsque  non-seulement  nos  ames  niais 
nos  corps  merne  deviendront  spirituels  a  leur  ma- 
niere,  et  que  ceux  qui  en  seront  trouves  dignes 
seront  enivres  de  l'affluence  des  biens  de  la  maison 
de  Dieu,  et  abreuves  d'un  torrent  de  delices. 

7.  Ou  autrement  encore.  Le  jour  sanetifie  a  deja 
eclaire  les  anges,  en  leur  soufflant,  comme  un  vent 
iinpetueux,  les  secrets  ineffables  de  l'eternelle  divi- 
nity. Car  le  Prophete  dit  que  l'impetuositedu  fleuve 
rejouit  la  cile  de  Dieu  (Psal.  xlxv,  5) ;  mais  la  cite 
a  laquelle  il  dil  :  «  Tous  ceux  qui  demeureront  en 
vous  seront  combles  de  joie  (Psal.  lxxxvi,  7).  » 
Mais  lorsque  ce  jour  aura  souftle  pour  nous  qui 
habitons  la  terre,  il  ne  sera  pas  seulement  un  jour 
■  «  soufflant  »  mais  un  jour  «  aspirant,  »  parce  qu'il 
nous  recevra comme  en  ouvrant  son  sein.  Ou  bien. 
afin  de  reprendre  les  choses  d'un  peu  plus  haut,  et 
delestraiter  avecplus  d'etendue,  apres  quele  Crea- 
teur  eut  forme  l'homme  du  limon  de  la  terre, 
l'bistoire  veridique  rapporte  qu'il  «  souffla  sur  sa 
face  un  souffle  de  vie  (Gen.  n,  7).  »  C'est  pourquoi 
cejour   la  fut  pour  lui  un  jour  «  inspirant.  »   Mais 


une  nuit  maligne  et  envieuse  se  mela  artiflcieuse- 
ment  dans  ce  jour,  en  se  revetant  d'une  fausse  lu- 
miere ;  car  en  promettant  a  l'homme  une  luniiere 
de  science  bien  plus  brillante  que  la  sienne,  par  ce 
conseil  pernicieux,  elle  remplit  nos  premiers  pa- 
rents de  soudaines  tenebres,  et  d'une  obscurite  pro- 
fonde  et  affreuse.  Malheur  !  malheur  !  ilsneconnu- 
rent  pas  le  piege  qu'on  leur  tendait,  ils  marcherent 
dans  les  tenebres  sans  le  savoir,  et  prirent  les 
tenebres  pour  la  lumiere,  et  la  lumiere  pour  les  te- 
nebres. Car  la  femme  mangea  du  fruit  que  lui 
avait  donne  le  serpent,  et  que  Dieu  lui  avait  de- 
fendu  de  manger,  elle  en  donna  a  son  mari,  et  un 
nouveau  jour  commenca  a  luire  poureux.  Caraus- 
sitot  leurs  yeux  furent  ouverts  (Gen.  m,  7),  et  ce 
jour  fut  pour  eux  un  jour  conspirant  qui  detruisit 
le  jour  inspirant,  et  le  remplaca  par  le  jour  expi- 
rant.  En  effet,  la  malice  du  serpent,  les  caresses 
de  la  femme,  et  la  faiblesse  de  l'homme,  conspire- 
rent  ensemble  contre  le  Seigneur  et  contre  son 
Christ.  Aussi  le  Seigneur  et  son  Christ  se  disaient- 
ils  l'un  a  l'autre  :  «  Voila  Adam  qui  est  devenu 
comme  l'unde  nous  (Gen.  in,  22), »  parce  qu'il  avait 
acquiesce  aux  cajoleries  des  pecheurs,  par  une  la- 
ehete  qui  leur  faisait  injure  a  tous  deux. 

8.  Nous  naissonstous  dans  cejour. Nous  portons  en 
effet  impnme  sur  nous,  le  caractere  de  celte   an- 

,=,         ..  ,  Qael  est  le 

cienne  «  conspiration,  »  car  Eve  vit  encore  dans  j0m-  que  les 
notre  chair,  et  le  serpent  s'efforce  sans  cesse  par  le  ea^°tseu™au" 
moyen  de  la  concupiscence  que  nous  avons  heritee 
d'elle,  de  nous  faire  consenlir  a  la  rebellion.  C'est 
pourquoi,  comme  je  l'aidit,  des  saints  de  laloi  an- 
cienne  ont  maudit  ce  jour,  et  souhaite  que  la  du- 
ree  en  fut  abregee,  et  qu'il  fut  bientcit  change  en 


ilia,  et  non  adspirans  dicta  ftiisset.  Nunc  vero  pro  tan- 
tillo  licet  additauiento  adhuc  aliquid  addendum  exis- 
timo,  nimirum  pro  investiganda  hujus  diversitatis 
ratione.  Ego  enim  (ut  verum  fatear)  jam  olim  mihi 
persuasi,  in  sacri  pretiosique  eloquii  lextu  nee  modicam 
vacare  particulam.  Solemus  autem  hac  voce  uti,  cum 
vehemeuter  aliquid  desideramus,  ut  (verbi  gratia)  cam 
dicimus,  ille  ad  ilium  honorem,  vol  illam  dignitatem 
adspirat.  Designantur  itaque  per  hoc  verbum  mira  affu- 
tura  affluentia,  vehementiaque  spiritus  die  illo,  cum  non 
solum  rorda,  sed  et  corpora  suo  quidem  in  genere  spiri- 
tualia  erunt;  et  qui  digni  invenientur,  inebriabuntur  ab 
ubertate  domus  Domini,  et  torrente  voluptati;  illius  po- 
tabuntur. 

7.  Vel  aliter.  Jam  Sanctis  angelis  dies  sanctificatus 
llluxit,  spirans  illisjugi  impelu  perpetis  meatus  mellifiua 
sempiternas  divinitatis  arcana.  Denique  fluminis  impetus 
Icetificat  civitatem  Dei ;  sed  civitatem,  cui  dicitur  :  Sicut 
Iceianiium  omnium  habitaiio  est  in  te.  Cum  autem  et 
nobis  qui  terrain  inhabitamus,  spirare  adjecerit,  erit  non 
modo  spirans,  sed  et  adspirans,  quod  dilatato  sinu  ad- 
mittat  et  nos.  Vel  (utpaulo  altius  repetamus,  et  dissera- 
mus  latius)  plasmato  homine  de  limo  terra?,  plasmator, 
sicut  verax  narrat  historia,  inspiravit  in  faciem  ejus  spi- 
raculum  vita,  factua  proinde  illi  dies  inspirans  :  et  ecce 

T      IV. 


invida  nox  callide  impegit  in  diem  hanc,  luce  utique  si- 
mulata.  Nam  dum  quasi  splendidius  lumen  scientia 
pollieetur,  inopinatas  novas  luci  offudit  pravi  tenebras 
concilii,  et  primordiis  originis  nostrae  tetram  damnosfe 
pryvaricationis  invexit  caliginem.  Vae,  vaj,  nescierunt, 
neque  intellexerunt,  in  tenebris  ambulant  nescientes, 
ponentes  tenebras  lucem,  et  lucem  tenebras.  Denique 
comedit  de  ligno  mulier,  quod  sibi  dederat  serpens,  ve- 
tuerat  Deus  :  deditque  viro  suo,  et  ccepit  il] is  quasi  de 
novo  diescere.  Nam  illico  aperti  sunt  oculi  amborum, 
et  factus  est  dies  conspirans,  inspirantem  exlundens,  et 
substituens  exspirantem.  Conspiraverunt  siquidem  et 
convenerunt  in  unum  adversus  Dominum,  et  adversus 
Christum  ejus,  serpentis  astutia,  mulieris  blanditia;,  viri 
mollities.  Unde  et  loquebantur  mutuo  Dominus  scilicet 
et  Christus  ejus  :  Ecce  Adam  factus  est  quasi  unus  ex 
nobis,  quod  ad  utriusque  injuriam  Iactantibus  se  pecca- 
toribus  acquievisset. 

8.  In  hac  die  nascimur  universi.  Portamus  denique 
omnes  impressum  nobis  cauterium  conspirationis  anti- 
qua?,  Eva  utique  vivente  in  carne  nostra,  cujus  per  he- 
reditariam  concupiscentiam  serpens  nostrum  sua;  factioni 
sedula  satagit  sollicitudine  vindicare  consensum.  Prop- 
terea  (ut  dixi)  huic  diei  maledixere  sancti,  brevem  op- 
tantes,  et  cito  verti  in  tenebras,  quod  sit  contentionis  et 

33 


514 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


tenebres,  parce  que  c'cst  un  jour  de  contention  et  dra  point  sur  ce  jour  renaissant,  il  hut  dans  les 
de  contradiction,  ou  la  chair  ne  cesse  de  selevor  tenebres,  et  les  tenebres  ne  l'ont  point  enveloppe. 
contre  l'esprit,  et  oil  la  loi  des  membres  est  dans  Cette  lumiere  de  vie  ne  se  perdra  pas  meme  avec 
une  conlinueUe  reyolte  contre  la  loi  de  l'esprit.  la  vie,  et  celui  qui  mourra  de  la  sorte  pourra  dire 
C'est  pourquoi  il  est  devenu  un  v  jour  expirant.  »  avec  raison  :  «  La  unit  meme  est  devenue,  pour 
La  mort  est  Car  quel  est  l'homme  qui  vivra  et  ne  vena  point  moi,  un  jour  tres-agreable. »  Et  comment  ne  ver- 
°"  'i'?/')''  la  morl-  Qu'on  °,iso»  si  lon  veut»  1ue  cest  un  eiret  rait-il  point  plus  clair,  lorsqu'il  sera  degage  des 
p  pica»e->.  de  la  colore  de  Dieu,  pour  moi,  je  croirai  tou  jours  nuages,  ou  plutot  de  la  corruption  du  corps?  11 
que  c'est  uu  ell'et  de  sa  misericorde,  atin  que  les  sera  delivre,  n'en  doutez  pas,  des  liens  du  corps, 
elus,  pour  qui  il  fait  toutes  choses,  ne  soient  point  hbre  parmi  les  morts,  et  clairvoyant  parmi  les 
si  longtemps  tourmentes  par  une  contradiction  aveugles.  Car,  coinme  autrefois,  pendant  que  per- 
malheureuse.  Car  ils  abhorrent  et  soull'rent  avec  Sonne  ne  voyait  clair  dans  I'Egypte,  seul,  le  peu- 
grand  peine  cette  captivite  bonteuse  et  cette  mise-  pie  d'Israel  voyait  au  milieu  des  tenebres,  suivant 
ruble  contradiction.  ce  que  dit  l'Ecriture,  «  qu'il  faisait  jour  parlout  ou 
9.  Hatons-nous done  de  «  respirer »de  cette  «  cons-  etait  le  peuple  d'Israel  (Exod.  x.  23),  ode  meme 
piration  »  ancienne  et  criminelle,  parce  que  les  les  jusles  brillerout  d'une  vive  lueur  parmi  les  en- 
jours  de  1'homme  sont  courts.  Que  le  jour  «  respi-  fants  des  tenebres,  et,  dans  une  teire  couverte  de 
rant  »  nous  reeuive  et  nous  eclaire,  avant  qu'une  l'ombre  de  la  mort  ils  verront  d'autant  plus  clair 
nuit  pleine  d'korreur  nous  enveloppe  dans  les  qu'ils  seront  degages  des  ombres  du  corps.  Car, 
tenebres  exterieures  d'une  obscurite  eternelle.  pour  ceux  qui  n'auront  point  respire  parce 
Demandez-nous  en  quoi  consiste  cette  «  repara-  qu'ils  n'ont  point  cherehe  la  lumiere  du  jour  ins- 
tioc  »  ?  C'est  en  ce  que  l'esprit  commence  a  son  pirant,  et  que  le  Soleil  de  justice  ne  s'est  point 
tour  a  concevoir  des  desirs  contraires  a  la  leve  sur  eux,  ils  passeront  de  ces  tenebres  en  d'au- 
chair.  Modifier  les  ceuvres  de  la  chair,  par  trts  tenebres  encore  plus  epaisses,  en  sorte  que 
l'esprit,  c'est  «  respirer.  »  La  crucifier  avec  ses  acces  ceux  qui  sont  converts  de  tenebres  le  seront  davan- 
et  ses  concupiscences,  c'est  «  respirer  ».  «  Je  cha-  tage,  et  que  ceux  quivoient  verront  encore  mieux. 
tie  mon  corps,  dit  l'Apotre,  et  lereduis  en  servitu-  in.  On  peut  fort  hien  appliquer,  ce  me  semble, 
de,  de  peur  que  lorsque  j'aurai  precbe  aux  autres,  acepropos,  cette  parole  du  Sauveur  :  «  Que,  a  celui 
je  nesoismoi-meme  reprouve  (I.  Cor.  ix.  17).  »  C'est  quia  quelque  chose,  on  donnera  des  biens  en 
la  le  cri  d'un  bomme  qui  respirait,  ou  plutot  qui  abondance;  et  que  a  celui  qui  n'a  rien,  on  6tera 
avait  deja  respire.  «  Allez-vous-en,  et  faites  de  meme  meme  ce  qu'il  semble  avoir  (Luc.  xix.  26).  »  Oui, 
(Luc.  x.  97),  »  aOn  de  faire  connaitre  que  vous  avez  car  a  la  mort,  il  sera  donne  une  nouvelle  lumiere, 
aussi  respire,  afin  que  le  jour  «  inspirant  »  nous  a  ceux  qui  voyaient  deja,  et  a  ceux  qui  ne  voient 
eclaire  de  nouveau.  La  nuit  de  la  mort  ne  prevau-  point,  on  otera  meme  le  peu  qu'ils  semblent  avoir. 


Pour  les  jui 
tcs,  le  vra 

jour  se  levi 
a  la  mort. 


Pour  lei  ', 

impies  la 

mort  est  uB 

nuit  pro- 

fonde. 


contradictionis  dies,  dum  non  cesset  in  ea  caro  concu- 
pisccre  adversus  spiritum,  legique  mentis  membrorum 
contraria  lex  rebellions  infatigabili  assidue  contradicat. 
Itaque  dies  expirans  factus  est.  Extunc  cnim  et  dein- 
ceps,  qui  est  homo  qui  vivet,  et  non  videbit  mortem  ? 
Dicat  pro  ira  quis  :  ego  non  minus  pro  miscricordia 
putem,  ne  electos  scilicet,  propter  quos  omnia  liunt,  din 
defaliget  niolesta  contradictio,  qua  captivi  ducuntur  et 
ipsi  in  lege  peccati,  qua?  est  in  membris  ipsoruni  Hor- 
rent nimirum,  iegerrimeque  ferunt  turpem  captivitatcm 
et  tristem  contenlionem. 

9.  Eestinemus  proinde  respirare  a  conspirationc  anti- 
qiia  et  iniqua,  quoniim  breves  dies  hominis  sunt.  Ante 
sane  excipiat  nbs  dies  rcspii-ans,  quam  nox  sus,>irans  ab- 
sorbeat,  a-terna;  caliginis  tenebris  exlcrioribus  invol- 
vendos.  Qu;eris  in  quo  respiratio  ista  '?  In  co,  si  incipiat 
spiiitus  vicissim  concupiscere  adversus  carnem.  Huic  si 
repugnas,  respiras :  si  spirilu  facta  carnis  mortiDcas, 
re.-pirasti  :  si  banc  cum  vitiis  et  concupiscentiis  suis 
crucitigis,  respirasti  Cindy),  inquil,  corpus  meum,  et  in 
servitutem  redigo,  ne  forte  cum  aliis  prcedicaverim  , 
ipe  reprobus  efficiar.  Vox  est  respirantis  :  imo  qui  jam 
respiraiat.  Vade,  et  tu  far.  similiter,  ut  le  respirasse 
probes,  ut  diem  denuo  inspirautem  tibi  noveris  illuxisse. 
ISeo  nox   mortis  pr&ivalebit   adversus   redivivum    hum; 


diem  :  magis  antem  in  tenebris  lucet,  et  tenebra  eum 
non  comprehenderunt.  In  tantum  non  reor  nee  vita  de- 
cendente  cedere  lumen  vibe,  ul  neniini  congruentius, 
quam  sic  mortuo  assignandam  censeam  vocem  illam  : 
Et  nox  illunu'natio  met  in  delicti?  meis.  Quidni  clarius 
videat,  nube,  vol  potius  f.ece  corporis  evolutus  ?  Erit 
sine  dubio  vinculis  solulus  corporeis  inter  mortuos  liber, 
et  inter  caecos  videns.  Nam  quemadmodum  olim,  omni 
oculo  caligante  per  universam  /Egyptum,  solus  in  uie- 
diis  tenebris  dare  videbat  populus  videns  Deum,  id  est 
populus  Israel,  dicente  Scriptura,  quia  ubicumque  Israel 
erat,  lux  erat  :  sic  inter  (iliostenebrarum,  in  letra  mor- 
tis caligine  fulgebunt  justi,  et  videbunt,  eo  utique  cla- 
rius, quo  exuti  corporum  umbris.  Nam  et  hi  qui  ante 
non  respiraverunt  (nee  enim  qua;sierunt  inspirantis  diei 
lumen,  et  Sol  juslitia;  non  crlus  est  eis  :)  hi,  inquam, 
ibunt  de  tenebris  in  tenebras  densiores,  ut  qui  in  tene- 
bris sunt,  tenebrescant  adhuc ;  et  qui  vident,  videant 
magis. 

10.  Ubi  non  inconvenienter  forsitam  adducctur  eliara 
sermo  Domini,  quern  dixit,  quia  Ivibenti  dahitur,  et 
abuwlabit  ;  ei  autem  qui  nun  habet,  et  quid  videtur  ha- 
bere, auferelur  ab  eo.  Ita  est  :  et  aduitur  in  morte 
videntibus,  et  non  videntibus  demitur.  Quo  enim  bi 
minus  et  minus,  eo  illi  magis  magisque  vident,  donee  et 


SOIXANTE-TREIZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


515 


Car,  a  proportion  que  ceux-ci  voient  moins,  ceux-Ia 
voient  davantage ,  jusqu'a  ce  que  les  uns  en- 
trent  dans  une  nuit  «  soupirante  »  et  les  autres 
dans  le  jour  «  aspirant  »,  qui  sont  les  deux  extre- 
mes ;  un  extreme  aveuglement,  et  une  supreme 
clarte.  Alors  il  n'y  aura  plus  rien  a  oter  a  ceux  qui 
seront  absolument  denues  de  tout,  ni  a  ajouter  a 
ceux  qui  seront  pleins  de  tout,  si  ce  n'est  que  ces 
derniers  esperent  recevoir  encore  quelque  chose 
au  dela  de  la  plenitude,  selon  la  promesse  que  le 
Sauveur  leur  a  faite  en  disant  :  «  On  mettra  dans 
voire  sein  une  mesure  bonne,  pleine,  entassee,  et 
qui  regorgera  par  dessus  (Luc.  vi.  78).  »  Ce  qui 
regorge  ne  vous  semble-t-il  pas  plus  que  ce  qui 
est  plein  ?  Cette  plenitude  surabondante  ne  vous 
surprendra  pas  quand  vous   verrez  qu'il  est  dit  : 

«  Dans  l'eternite,  et  au  dela   (Exod.  xx.  18).  »  Ce 
jondance  v  ' 

la  recom-  sera  done  la  le  comble    du  jour   «  aspirant  ».   II 

ajoute,  dis-je  encore,  quelque  chose  a  la  plenitude 

«  inspiree,  a  l'abondancedujouriuspirant)),  il  aug- 

mente  iufiniment  l'eclat  de  la  gloire,  et  la  fait  re- 

jaillir  sur  le  corps  meme.  Car  e'est  pour  cela  qu'il 

est  appele    le  jour   aspirant  ,   parce  qu'il  ajoute 

a  «  l'inspirant  ».  Ce  que  le  Saint-Esprit  a  marque 

par  cette  preposition  a  «  aspirant  »,  parce  que  ceux 

que  ce  premier  jour  eelaire  au  dedans,  celui-ci  les 

orne  au  dehors,  et  les  revet   d'une  robe  de  gloire. 

1 1.  Je  crois  que  cela  suflit  pour  rendre  raison  de  ce 

mot  «  aspirant  ».   Et  si,  voulez-vous  que  je  vous  le 

dise,  le  jour  «  Aspirant  »  e'est  le  Sauveur  que  nous 

attendons,  qui  reformera  notre  corps     vil  et  bas, 

en  le  rendant  conforme  a  son  corps  glorieux  (Phil. 

in.  21).  11  est  aussi  le  jour  «  inspirant  »,  parcequ'il 


pense 
ernelle 


nous  fait  respirer  premierement,  dans  la  lumiere 

qu'il  «  inspire  »,  afin  que  nous  soyons  aussi  en  lui, 

un  jour  «  inspirant  »,  en  tant  que  notre  arne  inte- 

rieure  se  renouvelle  de  jour  en  jour,  et  dans  l'es- 

prit,  en  se  rendant  semblable  a  l'image  de  celuiqui 

l'a  creee,  et  devient  ainsi  jour  de  jour,  et  lumiere 

de  lumiere.  11  y  a  done    deux  jours  en  nous,  le  Ce  qa'il  qn'il 

jour  «  inspirant  »,  qui  est  la  vie  du  corps,  et  le  jour  f  pVr"' jSm" 


«  respirant »,  qui  est  la  sanctitication  de  la  grace, 
et  il  en  reste  un  troisieme,  le  jour  «  aspirant  »,  qui 
nous  eclairera  par  la  gloire  de  la  resurection ;  il  est 
manifeste  que  le  grand  mystere  de  bonte  qui  s'est 
accompli  dans  le  chef,  s'accomplira  aussi  dans  les 
membres,  selon  ce  temoignage  du  Prophete  :  «  11 
nous  viviliera  apres  deux  jours,  il  nous  ressusci- 
tera  le  troisieme  jour ;  nous  vivrons  en  sa  pre- 
sence; nous  serons  intelligents,  et  nous  lesuivrons, 
afin  de  connaitre  le  Seigneur  (Osee.  vi.  3).  »  C'est 
lui  que  les  anges  desirent  eontempler,  l'epoux  de 
l'Eglise,  Jesus-Christ  Xotre-Seigneur,  qui  etant  Dieu 
est  eleve  et  beni  par  dessus  tout  dans  les  siecles  des 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXXIII. 

Comment  le  Christ  doit  venir  au  jugement  dans  la 
forme  humaine,  afin  de  sembler  doux  aux  elus. 
Comment  il  est  moindre  que  les  anges  et  plus  ilevi 
qu'eux. 

1.  «  Reveuez  et  soyez  semblable,  mon  bien-aime, 
a  la  chevre  et  au  faon  de  biche  (Cant,  u,  17).  » 
Comment,  il  ne.  fait  que  de  s'en  aller,    et  vous  le 


inspirant, 

expirant  et 

aspirant. 


hos  excipiat  suspirans  nox,  et  illos  adspirans  dies,  qua? 
sunt  novissima  utrorumque,  extrema  videlicet  ca?citas, 
et  suprema  claritas.  Ex  hoc  jam  non  est  quod  dematur 
omnino  vacuis,  non  est  quod  addatur  plenis  :  nisi  quod 
hi  nescio  quid  pleno  amplius  se  ao.cepturos  praesumunt 
secundum  promissionem  ad  se  factam.  Et  promissionis 
quidem  verbum  tale  est  :  Uensuram  bonam,  et  confer' 
tarn,  et  coagitatam,  et  supereffluenlem  dabuni  in  sinum 
oestrum.  An  non  plus  pleno  quodam  modo  tibi  esse 
videtur  quod  superefiluit  ?  Porro  placide  audies  plenum 
et  plenius,  si  te  legisse  memineris,  in  internum  et  ultra. 
Ergo  is  cumulus  adspirantis  erit  diei.  Ipsa,  inquam,  ad- 
jiciet  ad  mensuram  inspirats  plenitudinis,  ad  inspii-anlis 
diei  copiam,  supra  modum  in  sublime  pondus  gloria? 
operans,  ita  ut  redundet  in  corpora  supereflluens  clari- 
Dcationis  adjeclio.  Hac  de  causa  enim  non  spirans,  sed 
adspirans  dicta  est,  quod  addat  ad  inspiranlem, 
hoc  significant  Spiritu-Sancto  per  adjer.lam,  ad,  pra?- 
positionem  :  quiaquos  ilia  intus  illuminat,  hos  istaador- 
nat  foris,  et  stola  gloriae  induit  eos. 

11.  Atque  id  salis  pro  danda  ratione  vocabuli  quod  est 
adspirans.  Et  si  vultis  scire,  dies  adspirans  ipse  est 
Salvator  quem  exspectamus,  qui  rel'ormabit  corpus 
humililatis  nostrae,  configuratum  corpori  claritatis  sua?. 
Nam  et  inspirans  nihilominus  idem  ipse  est,  secundum 
operationem,   qua  nos  respirare   prius  facit  in  lumine 


quod  inspirat,  ut  simus  et  nos  dies  respirans  in  ipso 
secundum  quod  interior  noster  homo  renovatur  de  die 
in  diem,  et  renovatur  in  spiritu  mentis  sua?  ad  imaginem 
ejus  qui  secreavit,  factus  proinde  dies  ex  die,  et  lumen 
e.x  lumine.  Cum  igitur  duo  in  nobis  pr;eeedant  dies, 
unus  quidem  inspiians  pro  corporis  vita,  alter  vero  res- 
pirans in  sanctilicationis  gratia,  porro  tertius  supersit 
adspirans  in  resurectionis  gloria  :  claret  profecto  ali- 
quando  adimpletum  iri  in  corporequod  pra?cessit  in  ca- 
pite,  magnum  utique  pielatis  sacramenlum,  et  Prophetae 
testimonium,  qui  ait  :  Vivificabit  nos  post  duos  dies,  in 
die  tertia  S'iscitabit  nos,  et  viveoius  in  conspectu  ejus ; 
sciemus,  sequemurque ,  ut  cognoscamus  Dominum.  Ipse 
est  in  quem  angeli  prospicere  concupiscunt,  sponsus 
Eeclesiae  Jesus-Christus  Dominus  noster,  qui  est  super 
omnia  Deus  benedictus  in  saecula.  Amen. 

SERMO  LXXIII. 

Qualiter  Chrisius  adjudicandum  veniet  in  forma  humanu, 
ut  suavis  appareat  electis ;  et  quomodo  minor  angelis, 
iisdemque  sublimior. 

{.Revertere,  similis  esto,dilecte  mi,  caprere hinnuloque 
cervorum.  Quid  ?  Modo  it,  modo  revocas  ?  Quid  subitum 
in  tam  brevi  emersit?  Oblitane  aliquid?     Et  am  oblita 


616 


OEIVRES  DE  SAMT  BERNARD. 


Etficacite 
l'amour. 


rappelez  ?  Qu'est-il  arrive  de  noureau  en  si  peu  de 
temps?  Avez-vous  oublie  quelque  chose?  oui,  sans 
doute  l'Epouse  B  oublie  tout  ce  qu'il  n'est  point,  et 
s'est  oubliee  elle-meme.  Car,  quoiqu'ellene  soit  pas 
privee  de  raison,  il  semble  neamnoins  que  pour  le 
moment  elle  ne  se  possede  pas.  Et  il  ne  parait 
point  quelle  conserve  dansses paroles  cette  padeui 
qui  bnlle  si  fort  dans  ses  actions.  C'est  la  violence 
'  de  l'amour  qui  en  est  cause.  C'est  lui,  dans  son 
triomphe,  qui  impose  silence  a  tout  sentiment  de 
pudeur,  de  bienseunce  et  de  retenue,  et  qui  lui  fait 
negliger  le  temps  et  les  mesures  convenables.  Car, 
voyez,  l'Epoux  est  a  peine  parti  d'aupres  d'elle, 
qu'elle  le  conjure  aussitot  de  revenir.  Elle  le  prie 
meme  de  se  hater  et  de  courir  comme  les  betes  des 
bois  les  plus  agiles,  comme  la  chevre  et  le  taon  de 
la  biehe.  Yoila  pour  ce  qui  concerne  la  suite  de  la 
lettre.  Et  c'est  la  part  des  Juifsa. 

2.  Mais  pour  moi,  comme  je  l'ai  appris  du  Sei- 


voile,  prend  le  voile  qui  couvre  le  mystere.  Pour- 
quoi  cela?  sinon  parce  qu'il  y  a  encore  uu  voile 
sur  son  cceur.  Ainsi  le  son  de  la  lettre  est  pour 
lui,  et  le  sens  en  est  pour  moi.  II  trouve  la 
mort  dans  la  lettre,  et  je  trouve  la  vie  dans 
l'esprit.  Car  c'est  1'esprit  qui  donne  la  vie,  parce 
qu'il  donne  1'intelligence.  L'intelligence  n'est-elle 
pas  la  vie  ?  «  Uonnez-nioi  l'intelligence  et  je  vivrai 
(Psal.  cxvin,  Ulx),  »  dit  le  Prophete  au  Seigneur. 
L'intelligence  ne  demeure  pas  au  dehors,  n'est  pas 
altachee  a  la  surface,  ne  marche  pas  a  tatons 
comme  un  aveugle,  mais  penetre  au  fond  des 
choses,  d'oii  elle  tire  souventles  tresors  dela  verile, 
et  dit  avec  le  Prophete  :  « J'ai  autantde  joie  d'avoir 
decouvert  vos  paroles,  qu'un  homnie  qui  a  trouve 
de  riches  depouilles  [Ibid.  162).  »  C'est  ainsi  que  le 
royaume  de  la  verite  soutfre  violence,  et  il  n'y  a 
que  ceux  qui  lui  font  violence   qui    le    ravissent 


[Ualth.  n,  12).  Mais   ce  frere  aine  de    l'Evangile 
gneur,  je  chercherai  l'esprit  et  la  vie  dans  le  sens     (Luc.   xv,  25),  qui  revient  du  champ  est  la  figure 
protond  et  mysterieux  de  cette    parole   sacree,  et     du  peuple  ancien  et  grassier,  qui  ne  travaille  que  Avenglemei 
c'est  la  ma  portion,  parce  que  je   crois  en  Jesus-    pour  un  heritage  lerrestre,  gemit  sous  le  pesant  ^sjj,"'^™ 


Christ.  Pourquoi  ue  tirerais-je  pas  une  nourriture 
agreable  et  salutaire  de  cette  lettre  sterile  et  insi- 
pide,  comme  je  tire  le  grain  de  la  paille,  la  nois 
de  son  enveloppe,  la  nioelle  de  l'os  ?  Je  ne  veux 
point  m'en  tenir  a  cette  lettre  qui  ne  sent  que  la 
chair,  et  qui  donne  la  mort,  mais  ce  qu'elle  cache 
est  du  Saint-Esprit.  L'Esprit  parleun  langage  mys- 
terieux, selou  le  temoignage  de  l'Apotre  (1.  Cor. 
xlv,  2),  mais  Israel,  au    lieu   du  mystere  qui  est 


»  Le  Juif  ne  tient  qo'au  sens  litteral  et  charnel,  a  l'ecorce 
meme  du  sens.  C'est  ce  qui  fait  dire  a  saint  Bernard  dans  le 
nombre  suivant:  ■  le  son  de  la  lettre  est  ponr  le  Juif,  et  le  sens 
de  la  lettre  est  poor  moi.  ■ 


fardeau  de  la  loi,  et  porte  le  poids  du  jour  et  de  la 
chaleur;  ce  frere  aine,  dis-je,  parce  qu'il  n'a  point 
d'intelligence,  demeure  encore  a  present  dehors, 
et  ne  vent  pas  entrer  dans  la  maison  du  banquet, 
bien  que  son  pere  l'y  convie,  se  privant  ainsi  lui- 
nieme  encore  aujourd'hui  du  concert  de  musique, 
et  du  veau  gras.  Malheureux,  il  refuse  d'eprouver 
combien  il  est  doux  et  agreable  a  des  freres  de 
demeiarer  ensemble .  Que  cela  soit  dit  pour  mon- 
trer  la  diflerence  de  la  part  de  l'Eglise,  et  de  celle 
de  la  Synagogue,  et  pour  qu'on  reconuaisse  plus 
clairement  l'aveuglement  de  l'une  et  la  pru- 
dence de  l'autre,   et  que  la  felicite  de  celle-ci  pa- 


totum  quod  non  ille  est,  se  quoque  ipsam.  Denique  cum 
sit  rationis  non  expers,  nou  tamen  modo,  ut  videtur, 
rationis  est  compos.  Sed  nee  in  sensu  illi  ullatenus 
apparel  verecundia  esse,  quam  forte  babet  in  moiibus. 
Amor  intemperans  facit  hoc.  Nempe  is  est  qui  omnem 
in  se  triumphans  captivausque  pudoris  sensum,  conve- 
nientiae  modum,  deliberationis  concilium ;  totius  mo- 
destice,  et  opportunitatis  neglectum  quemdam  et  quamdaui 
iucuriam  parit.  Nam  vide  nunc  quomodo  ilium,  pene 
adhuc  incipientem  ire,  jam  tamen  redire  uagitat.  Etiam 
accelerare  rogat,  et  quidem  currere  instar  unius  alicujus 
ferffl  silvarum  velociler  currentis,  verbi  gratia,  caprea;, 
hinnulivecervorum.  Hie  littcrae  tenor,  et  hasc  Judteorum 
portio. 

2.  Ego  vero,  quemadmodum  accepi  a  Domino,  in 
profundo  sacri  eloquii  gremio  spiritum  mihi  sciutabor 
et  vilam;  et  pars  mca  ha?c,  qui  in  Chrislum  credo. 
Quidni  eruam  dulce  ac  salutare  epulum  spiritusde  slerili 
et  insipida  littera,  tanquam  granum  de  palea,  de  testa 
nucleum,  de  osse  medullam?  Nihil  mihi  et  litters  huic, 
qus  gastata  carneai  sapit,  glutita  mortem  atTert  :  sed 
enim  quod  in  ea  ledum  esl,  de  Spiritu  sancto  est. 
Spirilus  autcm  loquitur  mysteria,  teste  Apostolo  :  sed 
Israel  pro  velato  mysterio  ipsum  mysterii  velamen  tenet. 


Quare  nisi  quia  adhuc  velamen  est  positum  super  cor 
ejus?  Ita  quod  sonat  littera,  illius  est;  quod  signal  *, 
nieuni  est;  ac  per  hoc  illi  ministratio  mortis  in  littera, 
mihi  vita  in  spiritu.  Nam  spiritus  est  qui  vicificat  :  dat 
quippe  intellcetum.  An  non  vita  intellectus?  Intellectual 
da  mihi,  et  viuani,  ait  Propheta  Domino.  Intellectus 
non  remanet  extra,  non  haeret  in  superficie,  non  instar 
caeci  palpat  forinseca,  sed  profunda  rinutur,  pretiosissimas 
solitus  exinde  veritatis  exuvias  lota  avidilate  deripere  ac 
tollere  sibi,  et  cum  Prophela  dicere  Domino  :  Lftabor 
ego  super  eloquia  tua,  sicut  qui  vnenit  spo/ia  mu/ta. 
Nempe  ita  regnuui  veritatis  vim  patitur,  et  violenli 
rapiunt  illud.  Verum  ille  senior  frater,  qui  de  agro 
veniens  formam  tenuit  populi  veteris  et  terreni,  qui  pro 
terrena  baereditate  doctus  diligere  Irituram,  attrita  fronte 
gemit  anxius  sub  gravi  jugolegis,  portatquepondusdiei  et 
aestus.  Is,  inquam,  quia  intellcctum  non  habuit,  foris  stat 
etiam  nunc,  et  non  vult  nee  invitatus  a  patre  intrare 
domum  eonvivh,  semelipsum  fraudans  usque  adhuc 
participio  symphonise,  et  chori,  et  vituli  saginati.  Miser 
qui  renuit  experiri,  quam  bonum  sit  et  quam  jucundum 
babitare  fraties  in  unum.  Et  haec  dicta  sint  pro  distine- 
lione  partis  Ecclesia?,  partisque  Synagogae ,  quo  et 
caecitas  hujus  ex  illius  prudentia  monifestior    flat ,   et 


al.  design! 


SOIXANTE-TREIZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


517 


raisse    davantage   par    la   malheureuse   folie   de 
celle-la. 

3.  Examinonsmaintenant  les  paroles  de  1'Epouse, 
et  ticbons  d'exprimer  tellement  les  chastes  alfec- 
tions  d'un  saint  amour,  qu'il  ne  paraisse  rien 
contre  la  raison,  nirien  d'indecent  dansce  discours 
sacre.  Si  nous  nous  souvenons  de  l'heure  oil  le  Sei- 


le  faon.  Elleveut  done,  ace  que.je  crois,  que,  tout  en 
revenant  avee  puissance,  il  ne  paraisse  pas  nean- 
moins  au  jugement  dernier  dans  laforme  de  Dieu, 
mais  en  celle  oil  il  est  ne,  ou  il  est  ne  petit  enfant 
pour  nous,  ne  seulement  du  sexe  faible.  Pourquoi 
cela  ?  Afin  que  Tun  et  l'autre  l'avertissent  d'etre 
doux  envers  les  pecbeurs  au  jour  de  sa  colere,  et 


gneur  Jesus,  qui  est  l'Epoux,  passa  de  ce   monde  de  se  souvenir  au  jugement  de   faire   prevaloir  la 

a  son  Pere,  et  en  meme  temps  de    l'etat  ou  etait  misericorde  sur  la  justice.   Car  s'il  examine  les 

l'Eglise,  sa  nouvelle  Epouse,  lorsque,    comme  une  peches  a  la  rigueur,  je  dis  meme  ceux  des    elus, 

veuve  desolee,  elle  se  vit  abandonnee  de  son  unique  qui  pourra  subsister   en  sa  presence  {Psal.   cxxiv, 

esperance.je  veuxparler  des  apotres,  qui  apres  avoir  3)  ?  Les  astres  ne  sont  pas  purs  devant  lui,   et  il 

tout  quilte  l'avaient  suivi,  etetaient  demeures  avec  trouve  des  tacbes  dans  ses  anges  mernes  (Job.  xxv). 

lui  dans  ses  tentations  ;  si,  dis-je,  nous    pensons  a  Ecoutez,  en  effet,  ce  qu'un  saint,  un  elu  dit  a  Dieu. 

ces  cboses,  je  crois  que   nous   trouverons    que   ce  «  Vous  m'avez  remis  la  malice  de  mon    pecbe,    et  • 

n'est  pas  sans  raison  ni  bors  de  propos   qu'elle  est  tout  juste  priera  pour  ses  pecbes  au  temps  favora- 

si  fort  en  peine  de  sun  retour,  qu'elle  s'altriste  de  ble  pour  en  obtenir  le  pardon  (Psal.  xxxi,  5).  »  Les 

de  son  depart,   surtout  en  se  voyant  ainsi  seule   et  saints  meme   ont  done  besoin  de  prier  pour  leurs 

delaissee.  L'amour  qu'elle  porte  a  son  bien-aime,  pecbes  pour  etre  sauves  par  la  misericorde  de  Dieu, 

et  l'indigenee  oil  elle  se  trouve   sont  une  double  sans  se  contier  en  leur  propre  justice.  Car  tous  ont 

raison  pour  elle  de  l'avertir  que,   puisqu'elle   ne  pecbe,  et  ont  besoin  de  la  misericorde.  Afin  done 

peut  lui  persuader  de  ne  point  remonter  aulieu  ou  que,  lorsqu'il  sera  en  colere,  il  se  souvienne  de  sa 

il  etait  auparavant,  il  se  hate  au  moins  d'accomplir  misericorde,  1'Epouse  le  prie  de  paraitre  dans  une 

la  promesse  de  son  retour.  Car  si  elle   desire    et  forme  qui  le  porte  a  faire  misericorde,  e'est-a-dire 

demande  qu'il  soit  semblable  aux   betes    les    plus  dans  celle  dont  parle  l'Apotre  lorsqu'il  dit  :  «  11  a 

vites  a  la  course,  e'est  une  marque  de  la  violence  ete  trouve  semblable  a  un  homme  selon  la  form* 

et  de  l'empressement  de  sou  desir,  qui  ne  trouve  exterieure  (Philip,  n,  7).  » 

rien  d'assez  prompt.  N'est-cepas  ce  qu'elle  demande  5.  Et  certes  il  est  bien  necessaire  pour  nous  qu'il 

tous  les  jours  lorsqu'elle  dit  dans  sa  priere  :  «  Que  en  soit  de  la  sorte,  car  si,  nonobstant  ce  tempfe- 

notre  regne  arrive  (Matlh.  vi,  10)?  »  rament,  il  doity  avoir  tantd'equite  dans  ses  arrets, 

U.  Je  pense  neanmoins  qu'elle  n'a  pas  seulement  de  se>erite  dans  ce  juge,   d'eclat  dans  sa  majeste, 

voulu  marquer  1'agilite,  mais  encore  la   faiblesse,  et  de  changement  dans  la  face  de  la   nature,  que 

celle  du  sexe  dans  la  chevre,  et  celle  de  1'age  dans  selon  un  Prophete,    «  On   ne   saurait    seulement 


felicitas   illius    ex    hujus    miseranda    fatuitate    praee- 
miaeat. 

3.  Nunc  jam  serutemur  verba  Sponsae ,  et  sic  conemur 
castos  exprimere  sancti  amoris  aflectus ,  ut  nil  in  sacro 
eloquio  ratione  carens ,  nil  indecorum  importunumve 
resedisse  omnino  appareat.  Et  si  in  mentem  venerit 
hora  ilia,  cum  Dominus  Jesus  (  is  enim  Sponsus  est) 
transiret  ex  hoc  mundo  ad  Pa  (rem  ,  simulque  quid  tunc 
animi  gereret  sua  ilia  domestica  Ecclesia,  nova  utique 
nupla ,  cum  se  deseri  cerneret  quasi  viduam  desolatam 
unica  spe  sua  (aposlolos  loquor ,  qui  reliclis  omnibus 
secuti  fuerant  eum  ,  atque  cum  ipso  permanserant  in 
tentationibus  suis  : )  si  haec  ,  inquam  ,  cogitaverimus , 
non  immerito  neque  incongrue  ,  pulo,  videbitur,  quan- 
tum de  abscessu  tristis ,  lantum  sollicita  extistisse  de 
reditu  ,  prasserlim  sic  alTecta ,  et  sic  relicta.  Itaque  dili- 
genli  et  indigenti  hose  ipsa  duplex  ratio  erat  commo- 
nendi  dilectum  ,  ut,  quandoquidem  persuaderi  non 
poterat  quin  iret  et  ascenderet  ubi  erat  prius,  saltern 
promissum  denuo  maturaret  advenlum.  Quod  enim  oplat 
et  postulat  similem  fore  f'eris  ,  et  ejusmodi  feris ,  quae 
cursu  agiliores  esse  videntur;  cupientis  animi  indicium 
ebt ,  cui  nihil  satis  festinatur.  Nonne  hoc  quotidie  pos- 
tulat ,  cum  dicit  in  oratione ,  Adoeniat  regnum  turn  ? 

i.  Ego  tamen  praetep  agilitalem  ,  existimo  non  minus 
signanter  exprimi  etiam  inlirmitatem ,  et  quidem  sexus 


Lee  saints 
librae  doi- 
vent  prier 
pour  leurs 
pech6s. 


in  caprea,  astatis  in  hinnulo.  Vult  itaque  eum  (ut  mihi 
videtur)  etsi  cum  potestate  venire,  non  tamen  in  forma 
Dei  in  judicio  apparere  :  sed  sane  in  ea ,  qua  non  mods 
natus  ,  sed  et  parvulus  natus  est  nobis,  idque  solo  de 
infirmiori  femineo  sexu.  Cur  hoc?  Nempe  ut  ex  utroque 
admoneatur  infirmo  mitescere  in  die  ira3  ,  memineritque 
in  judicio  misericordiam  superexaltare  judicio.  Etenira 
si  iniquitates  observaverit ,  etiam  electorum,  quis  susti- 
nebit?  Astra  non  sunt  munda  in  conspectu  ejus,  et  in 
angelis  suis  reperit  pravitatem.  Audi  denique  sanctum  et 
electum  quid  dicatDeo:  Tu,  inquit,  remiiistiimpietatem 
peccali  mei.  Pro  hac  orabit  ad  te  omnis  sanctus  in  tem- 
pore opportune.  Opus  itaque  habent  el  sancti  pro  peccatis 
exorare.ut  de  misericordia  salvi  (iant ,  propria?  justitiae 
non  (identes.  Omnes  enim  peccaverunt ,  et  egent  omnes 
misericordia  *.  Ut  ergo  cum  iratus  fuerit ,  misericordiee 
recordetur;  rogatur  ab  isla  apparere  in  misericordia?  ha- 
bitu  ,  illo  ,  de  quo  Apostolus  :Et  hubitu  ,  inquit,  inventus 
id  homo. 

5.  Necessarie  quidem.  Si  enim  cum  hoc  quoque  tem- 
peramento  tanta  erit  injudicio  aequitas,  in  Judiceferitas, 
in  majestate  sublimitas,  novitas  in  facie  ipsa  rerum,  ut 
secundum  Prophetam  non  possit  cogitari  dies  adventus 
ejus  :  quid  putas  foret ,  si  ignis  ille  consumens  (Deum 
loquor  omnipotenlem)  in  ilia  suae  divinitatis  magnitu- 
dine,  fortitudine,  puritate  venisset,  contra  folium  quod 


al.add.lM. 


518 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


An  jucpment 
I6bqs-(  hrist 

ne  monlrera 

point  ?a  di- 

TiiiiLe,  mais 

•on  humanite 


penser  au  jour  dp  son  avencment  [Malac.  in,  2);  »  dit  David  :  «  Ce  Jesus  qui  vousaquittes  pour  mon- 

que  croyez-vous  que  ce  serait,  si  cefeu  consumant,  ter  au  ciel,  viendra  de  meme  que  vous  l'avez  vu, 

qui  i  ist  Dieu  meme,  venait  dans  toute   cette  gran-  lorsqu'il  y  est  monte  (Actus,  l,   11),  »   c'est-a-dire 

deur,  eelte  force,  et  cet  eclat  de  la   divinite,  pour  dans  cette  mgme  forme  et  substance  corporelles. 

f.iire  voir  sa  puissance  contre  une   feuille  qui  est  0.  On  voit  clairemenl  par  toutes  ces  choses,  que 

le  jouet  du  vent,  et  pour  poursuivre  une  paille  l'Epouse  a  en  elle  un  conseil  divin,  et  quelle  n'i- 

seche ? C'est  vua  homme,  dit  le  Prophete,  etcepen-  gnore  pas  le  mystere  de  la  volonte  supreme,  elle 

dant  qui pourra  lever  seulemenl  les  vein  surlui?  marque,  par  maniere  d'oraison  et  de   pro,dietie, 

Qui  pourra  soutenir  ses  regards?  Conibien  moiiis  que  la  nature  la  plus  infinne,  ou  pluldt  la  nature 

les  honimes  le  pourraient-ils  supporter,  s'il  se  fai-  la  moins   excellente  (car  alors   elle  ne  sera   plus 

sait  voir  a  eux  dans  sa   divinite  toute   pure,    sans  infirme)  doit  se  montrer  au  jugement,  en  sorte  que 

etre  revetu  de  son  hunianite,  et  dans  cet  etat  oil  il  celui    qui   ebranle     le     ciel     et    la  terre    par   sa 

est  inaccessible  par  sa  lumiere,  et  par  sa  bauteur,  vertu,  s'armera  de  puissance  contre  les  pecbeur3, 

et  incomprehensible  par  sa  majeste  souveraine?  et  neanmoins  paraitia  doux  et  affable  et  comme 

Mais  maintenant;  lorsque  sa  colere   s'enflammera  desarme  aux  elus.  A  quoi  on  pent  ajouter  encore, 


Dieu  a  donne 

le  pouToir 

de  juger  au 

Fil?  en  tant 

qu'houime  et 
pourquoi. 


(Psal.  n,  13),  comme  dit  le  Propbete,  que  l'huma- 
uite  dont  il  sera  couvert  paraltra  agreable  aux 
enfants  de  la  grace  !  Ce  sera  pour  eux  laffermis- 
seruent  de  leur  foi,  la  force  de  leur  esperance,  et 
l'accroissement  de  leur  confiance,  il  exercera  sa 
misericorde  envers  les  saiuts,  et  il  regardera  favo- 
rablement  ses  elus.  Car  Dieu  le  Pere  lui-meme  a 


que,  pour  discerner  les  tins  d'avec  les  autres,  ilaura 
besoin,  non-seulement  de  I'agilite  du  faon  de  bicbe, 
mais  eucore  des  yeux  clairvoyants  de  la  cbevre, 
aQn  que,  dans  une  si  grande  multitude,  et  dans  un 
si  grand  bouleversement,  il  puisse  reconnaitre  ceux 
sur  lesquels  il  doit  sauter  spirituellement,  et  ceux 
qu'il  doit  passer,  pour  ne  pas  fouler  aux  pieds  le 


donue  au  Fils  la  puissance   de  juger,   non   parce    juste  au  lien  de  l'impie,  lorsqu'il  brisera   les  peu- 


qu'il  est  son  ills,  mais  parce  qu'il  est  fils  de 
l'homme.  0  vrai  Pere  des  misericordes  !  11  veut 
que  les  bornmes  soient  juges  par  un  homme,  afin 
que  dans  une  si  grande  frayeur,  et  au  milieu  de 
tant  de  maux,  la  ressemblance  d'une  meme  nature 
donne  de  la  confiance  aux  elus.  Le  Propbete  David 
avait  predit  cela  autrefois,  dans  une  propbetie  faite 
en  forme  de  priere  :  «  0  Dieu,  dit-il,  dounez  au 
roi  voire  puissance  de  juger,  et  votre  justice  au 
fils  du  roi  (Psal.  lxxi,  2).  »  La  promesse  que  les 
anges  firent  aux  apotres,  apres  avoir  emporte  le 
Sauveur  dans  le  ciel,  ne  s'eloigne  pas   de  ce  que 


pies  dans  sa  colere.  Car,  pour  les  impies,  il  faut 
que  la  propbetie  de  David,  ou  plutot  la  parole  du 
Seigneur,  qui  parlait  par  saboucbe,  s'accomplisse  : 
«  Je  les  mettrai  en  poudre  pour  servir  de  jouet  au 
vent,  je  les  foulerai  aux  pieds,  comme  l'on  foule 
la  boue  des  places  publiques  (Psal.  xvn,  43).  »  Et 
que  cette  autre  parole  d'un  autre  Propbete  soil 
aussi  accomplie,  lorsque,  retournant  vers  lesanges, 
il  dira  :  «  Je  les  ai  foules  aux  pieds  dans  ma  colere 
et  dans  ma  fureur  (ha.  lxiii,  3).  i> 

1.  Si  quelqu'un  croit  qu'il  raut  mieux  entendre 
les  paroles  de  l'Epouse  en  ce  sens,  que  notre  faon 


vento  rapitur ,  ostensurus  potentiam  suam  ,  ct  stipulam 
siccam  persecuturus?  Et  homo  est,  inquiet ,  et  quis 
videbit  eum '?  Et  qui  stabil  ml  videndum  eum  ? 
Quanto  ma^is  Deum  nobis  absque  homine  exhibentem 
nemo  hominum  feret,  utpote  claritale  inaccessibilera  , 
celsitutline  inaltingibilem ,  incomprehensibilem  majes- 
tate?  Nunc  vero  cum  exarserit  in  brevt  ira  ejus,  quam 
grata  propter  filios  gratis'  apparebit  blanda  qtiaedam  vi- 
siobominis  ,  sane  fiimamentum  fidei ,  spei  robur,  fiduciaj 
augmentum  quod  scilicet  gratia  et  misericordia  sit  in 
sanctos  ejus,  et  respectus  in  clectos  illius.  Denique  ipse 
Pater  Deus  dedit  Filto  judicii  potestatem  ,  et  non  quia 
suus  ,  sed  quia  filius  hominisest.  0  vere  Palrem  mise- 
ricordiarum!  vult  per  hominem  homines  judicari,  quo 
in  tanta  trcpidatione  et  perturbatione  malorum  ,  electis 
fiduciam  praBstet  naturae  similitudo.  Praedixerat  hoc 
quondam  sanctus  David ,  orans  pariter  et  prophetans  : 
Deus,  inquiens,  judicium  tuum  regi  da  et  jus/Mam 
iuum  filio  regit.  Sed  nequc  huic  dissunat  promissio  facta 
per  ange!os,qui  eo  assumpto  ita  ad  aposlolos  loqueban- 
tur  :  Hie  Jems  <j"i  assumptus  est  a  vot/is  in  caelum,  sic 
veniet ,  quemadmodum  vidistis  eum  euntem  in  ccelum , 
hoc  est  in  hac  ipsa  corporis  forma  atque  substantia. 
6.  Liquet  ex  his  omnibus  Sponsam  in  se  divinum  ha- 


bere concilium,  et  mysterium  supernae  voluntatis  minime 
ignorare  ,  qua;  sub  umbra imbellium  imbecilliumque  ani- 
man'ium  naturam  infirmiorem ,  vel  potius  inferiorem 
(quia  jam  infirma  non  erit)  in  judicio  exhibendam  ,  et 
oranlis  alfectu,  et  spiritu  prophetantis  enuntiat,  quatenus 
qui  ccelum  tcrramque  movebit  in  virtute  sua,  accinctus 
potentia  contra  insensatos ,  et  suavis  nihilominus  ct  mi- 
tis,  et  quasi  omnino  inermis  appareat  propter  electos. 
Ubi  hoc  quoque  addi  potest,  quia  ad  discernendum  alle- 
rutros  a  se ,  opus  erit  quodam  modo  illi  ,  cum  hinnuli 
quidem  saltibns,  luminibus  capreaa  ,  qualenus  videre  et 
discernere  in  tanta  multitudine  et  in  tauta  turbatione 
possit ,  in  quosnam  salire,  et  quos  transilire  oporteat , 
ne  forte  contingat  justum  pro  impio  conculcari,  cum  in 
ira  populos  coufringet.  Nam  quantum  ad  impios ,  ne- 
cesse  est  ut  impleatur  prophetia  David ,  imo  sermo 
Domini  loquentis  per  os  ejus  ;  quia  comminuam  eos  ut 
pulverem  ante  faciem  venli,  ut  lutum  plalearum  delebo 
eos  :  ct  item  alius  sermo,  quern  per  alium  prophetam 
praedixerat ,  implelus  nihilominus  tunc,  cognoscetur , 
cum  ad  angelos  rediens  dicet  :  Calcavi  eos  in  furore 
meo  ,  et  concukavi  eos  in  ira   mea. 

7.  Si  cui  aulem  magis  ita  intelligendtim   videtur,  ut 
malos  potius  transilire,  atque  in  bonos  salire  hinnului 


SOIXANTE-TREIZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


519 


grace  est 
nnee  aux 
uds  et 
usee  aux 
autres. 


de  biche  passera  les  mechants,  et  sautera  sur  les  cellentes  montagnes,  il  paraitra  «  d'autant  meilleur 
bons,  je  le  veux  bien,  pourvu  qu'il  tombe  d'accord  que  les  anges,  qu'il  arecu  en  parlage  unnombeau- 
qu'il  reglera  ses  sauts,  en  sorte,  qu'il  fera  line  dif- 
ference entre  les  buns  et  les  mechants.  Car  je  pen- 
se,  sije  m'en  sou viens  bien,  que  c'est  aussile  sen's 
que  j'ai  donnedans  un  autre  discours,  ou  j'ai  expli- 
que  ce  meme  verset  (Serm.  v,  h).  Mais  alors  ce 
faon  sautait,  ou  passait  outre,  selon  la  dispensation 
de  la  grace  qui  est  donnee  aux  uns,  dans  cette  vie, 
et  refusee  aux  autres,  par  un  juste  mais  secret  ju- 
gement  de  Dieu.  Mais  ici  c'est  pour  recompenser 
les  merites  d'une    derniere  et  differeute  nianiere. 


coup  plus  noble  qu'eux,  cornme  dit  l'Apotre  (Beb. 
ii,  It).  Qu'il  aete  rendu  un  pen  inferieur  aux  an- 
ges [Psal.  vm,  6);  »  cela  n'empeche  pas  qu'il  ne 
soit  meilleur  qu'eux,  l'Apotre  et  le  Prophete 
ne  se  sont  pas  contredits,  pnisqu'ils  etaient 
animes  du  meme  esprit.  Car  c'est  par  sa 
volonte,  non  par  necessite,  qu'il  a  ete  inferieur  aux 
anges.  E:i  sorte  que,  bien  loin  que  cela  diminue 
rien  de  sa  bonle,  au  contraire  cela  l'augmente. 
Aussi,  le  Prophete  ne  dit  pas,    qu'il   est   moindre 


Comment  le 

Christ  a-t-il 

ete  rendu 

inferieur 

aux  anges. 


El  peut-etre  les  dernieres  paroles  de  ce  verset  que     que  les  anges,  mais  qu'il  a  ete  rendu  inferieur  aux 


j'avais  presque  oublie.favorisent-elles  ce  sens.  Car, 
apres  avoir  dit  :  «Soyez  semblable,  mon  bien-aime, 
a  la  chevre  et  au  faon  de  biche,  elle  ajoute  sur  les 
montagnes  de  Bethel  [Cant.  11,  17).  »  Car  il  n'y  a 
point  de  mauvaises  monlagnes  dans  la  maison  de 
Dieu,  qui  est  ce  que  signilie  Bethel.  C'est  pourquoi 
l'Epoux,  en  saulant  snr  elles,  ne  les  foule  pas,  mais 
les  rejouit,  et  cette  parole  de  l'Ecriture  se  trouve 
accomplie  :  «  Les  montagnes  et  les  collines  chan- 
teront  des  louanges  en  la  presence  de  Dieu  (Isa.  lv, 
12).  »  II  y  a,  en  ellet,  des  montagnes  que,  selon  l'E- 
vangile,  la  foi  compare  a  un  grain  de  moutarde, 
transports  d'un  lieu  a  un  autre  ;  mais  ce  ne  sont 
pas  les  montagnes  de  Bethel.  Car  la  foi  n'enleve 
pas  ces  dernieres,  elle  les  cultive. 

8.  Si  les  Principautes,  les  Puissances,  et  les  au- 
tres troupes  des  esprits  bienheureux,  enfin,  si  rou- 
tes les   vertus    celestes   sont  les  montagnes  de  Be- 


anges,  relevant  ainsi  la  grace  de  sa  misericorde, 
sans  faire  tort  a  sa  grandeur.  Sa  nature  ne  lui 
permettait  pas  d'etre  moindre  que  les  anges,  mais 
la  cause  de  son  ahaissement  au  dessous  d  eux,  en 
est  lexplication.  Car  il  ne  leur  a  ete  inferieur  que 
parce  qu'il  l'a  bien  voulu.  II  l'a  ete  par  sa  volonte, 
et  pour  notre  avantage,  et  ainsi  cet  abaissement 
n'est  l'effet  que  de  la  compassion  qu'il  a  eue  pour 
nous.  II  n'a  done  rien  perdu  en  s'humiliant,  puis- 
que  sa  clemence  a  gagne  tout  ce  qu'il  semblait  que  sa 
majesteeut  perdu.  L'Apotre  n'a  pas  passe  sous  silence 
ce  grand  mystere  d'une  bonte  si  extreme,  lorsqu'il  a 
dit  :  «  Ce  Jesus  qui  a  ete  un  peu  abaisse  au  dessous 
des  anges,  nous  le  voyons,  a  cause  de  sa  passion, 
couronne  d'honneur  et  de  gloire  (Heb.  n,  9).  » 

9.  Que  cela  soit  dit  pour  l'explication  de  la  com- 
paraison  que  l'Epouse  fait  de  l'Epoux  avec  un  faon 
de  biche,  et  pour  faire  voir  qu'elle  ne  fait  point  in- 


L'amoindris- 
semenl    da 
Christ  fut_ 
une  pure  mi- 
sericorde, 


thel,  en  sorte  que  nous  entendions  d'eux    ce  qui  jure  a  sa  majeste.  Que   dis-je !  elle  n'en  fait  pas 

est  dit  :  «  Ses  foudements  sont  dans  les  montagnes  meme   a  son  infirmite.  II  est   un   faon  de  biche, 

saintes,  »  ce   faon  de  biche  ne  paraitra  point  vil  et  il  est  un    petit    enfant.     II  est    semblable    a  une 

meprisable,  puisqu'il  est  eleve  au  dessus  de  si   ex-  chevre,  comme  etant  ne   d'une  femme,  et  nean- 


nostcr  debeat,  non  contendo  :  tantum  cogilet  saltus  dis- 
posituminin  discriminalionem  bonorum ,  malorumque. 
Nam  et  a  me  (si  benememini)  ita  dictum  est  in  sermone 
altero ,  ubi  capitulum  idem  alibi  supra  et  ab  auclore  po- 
situm  ,  eta  me  expositum  nihilominus  reperitur.  Verum 
ibi  secundum  dispensationem  quidem  gratis ,  quae  in 
praesenti  vita  aliis  datur  ,  aliis  non  datur,  justo  quidera 
Dei  judicio,  sed  occulto,  satire,  et  transilire  is  hin- 
nulus  dicius  est  :  hie  autem  secundum  ultimam  ac  va- 
riam  retribetionem  mcritorum.  Et  forte  sensui  huic  vi- 
deatur  adslipulari  extremum  capiluli  hujus,  quod  qui 
dem  pene  oblitus  fueram.  Dicens  namque  ,  Similis  esto  , 
ditecte  mi ,  caprece  hinnutoque  ccruorum  ,  addit ,  super 
monies  Bethel.  Necenim  in  domo  Dei  (quodsonat  Bethel) 
mali  monies  sunt.  Quamobrem  saliens  in  eos  hinnnlus 
non  conculcat,  sed  lastificat ,  ut  Scriptura  implcntur  quae 
dicit  :  Mmdes  et  colles  canlabunl  coram  Deo  /nudes.  Et 
quidem  sunt  monies  ,  quos  secundum  Evangclium  tol- 
lit  tides  comparata  sinapi ,  sed  non  sunt  monies  Bethel. 
Etenim  quicumque  sunt  Bethel,  minime  eos  tollit  tides, 
sed  col  it. 

S.  Quo  J  si  Principatus  et  Potcstates  ,  necnon  et  cae- 
tera  nihilominus  beatorum  Spiriluum  agmina ,  ccelo- 
rumque  Virtutes  monies  sunt  Bethel ,  ut  de  his   intel- 


ligamus  dictum,  Fundamenta  ejus  in  mont  ibus  Sanctis ; 
non  sane  is  hinnulus  vilis  ac  contemnendus,  qui  su- 
pra tarn  excellentes  monies  visus  est  apparere ,  tanto 
ungelis  melior  effectus ,  quanto  differeidius  prce  Wis  no- 
men  hcereditavit.  Quid  enim  ,  si  in  psalmo  legimus  ml- 
noralum  ab  angelis?  Neque  enim  ideo  non  melior ,  quia 
minor  ;  nee  contraria  sunt  locuti  Apostolus  et  Propbeta, 
quippe  babentes  eumdem  spiritum.  Nam  si  dignalionis 
fuil  quod  minoratus  est ,  non  necessitatis  ;  nihil  plane  in 
hoc  bonitati  prsscribitur  ,  sed  adscribitur.  Deniqnemi- 
noratum  Propheta  perhibuit,  non  minorem ,  attollens 
gratiam  ,  et  propellens  injuriam.  Nam  et  minoritatem 
natura  recusat,et  minorationem  excusat  causa.  Nempe 
minoratus  est,  quia  ipse  voluit  :  minoratus  est  sua  vo- 
luntate ,  et  nostra  necessitate.  Sic  minorari  ,  misereri 
fuil.  Quienam  perditio  haec?  Profecto  accessit  pietati, 
quidquid  majestali  visum  est  deperiisse.  Quanquam  nee 
Apostolus  tacuit  hoc  magnum  magna?  pietatis  arcanum  , 
sed  ait  :  Eum  autem  qui  modico  quam  anye/i  minoratus 
est ,  videmus  Jesum  ,  propter  passionem  mortis  gloria  et 
honore  coronatum. 

9.  Et  haec  dixcrimus  pro  nomine  et  similitudine  hin- 
huli,  qualenus  Sponso  earn,  juxta  sermonem  Sponsae, 
absque  majestatis  injuria   aptaremus.   Quid  dico  absque 


520 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


moins  il  est  sur  les  montagnes  de  Bethel,  il  a  ete 
faitplus  eleve  que  les  Cieux"  [Eeb,  vn,  26).  »  L'A- 
potre  ne  dit  pas  qui  est,  ou  qui  subsiste  plus  eleve 
que  les  cieux  de  peur  qu'on  ne  s'imaginat  rju'il 
voulut  parler  de  la  nature  de  celui  qui  est  l'Elre 
par  excellence.  Lors  ni£nte  qu'il  le  prefere  aux 
anges,  il  ne  dit  pas  qu'il  est  on  qu'il  subsiste, 
mais  «  qu'il  a  ete  fait  meilleur  qu'eux  [Heb.  1,  h).  » 
D'ou  il  parait  que,  non-seulement  selon  ce  qu'il 
est  de  toute  ilernite,  mais  encore  selon  ce  qu'il  a 

Le  Christ  on  ^tt-  fait  dans  le  temps,  il  est  eminemment  eleve  au 
qn'homme    dessus  de  toutes  Principautes  et  de  toutes  Puissan - 

gra'nd  qaeles  ces>  e*  en^a  au  dessus  de  toutes  creatures,  comme 
anges.  le  premier-ne  de  toutes  les  creatures.  Aussi,  ce  qui 
parait  folie  en  Dieu  est  plus  sage  que  toute  la  sa- 
gesse  des  homines,  et  ce  qu'il  y  a  de  faible  en  lui 
est  plus  fort  que  toute  leur  force  (I  Cor.  i,  25). 
C'est  ce  que  dit  l'Apotre  ;  mais,  pour  moi,  je  crois 
qu'on  peut  encore,  sans  se  tromper,  dire  la  meme 
chose  a  l'egard  des  anges.  On  peut  done  appliquer 
ce  passage  a  l'Eglise  universelle. 

10.  Pour  ce  qui  est  d'une  ame  en  particulier, 
Car  une  a\me  peut  etre  epouse,  si  elle  aime  Dieu 
avec  douceur,  avec  sagesse  et  avee  passion,  tout 
homme  spirituel  peut  remarquer  en  soi  ce  que  sa 
propre  experience  lui  enseigne  sur  ce  sujet .  Pour  moi, 
je  ne  craindrai  point  de  vous  declarer  ce  que  Dieu 

t  Dans  tons  les  manuscrits  et  dans  les  premieres  editions  des 
CEovres  de  saint  Bernard,  on  lit  la  lecon  qne  nons  donnous  ici : 
Borstius  a  In  •  demeure.  »  On  retrouve  dans  le  sermon  soixante* 
qniuzieme,  le  mot  que  nous  tradnisons  ici  par  «  qui  est  ■  et  que 
les  editeurs  ont  remplace  par  le  mot  «  qni  s'asseoit.  ■  Toutefois  il 
est  a  remarquer  que  dans  ea  sermon  soixante-treizieme,  on  lit 
au»si  on  peu  plus  lorn,  <  il  demeure  on  il  existe.  ■ 


m'a  fait  la  grace  d'en  ressentir  ;  car  quoique  cela 
puisse  sembler  vil  et  meprisable,  je  ne  m'en  soucie 
guere,  attendu  que  celui  qui  est  spirituel  ne  me 
meprisera  point.  Mais  reservons  ce  sujet  pour  un 
autre  discours.  Peut-ctre  y  en  aura-t-il  qui  seront 
edifies  de  ce  que  l'epoux  de  l'Eglise  Jesus-Christ 
Nolre-Seigneur  m'inspirera  sur  les  prieres  qui  lui 
seront  faites,  lui  qui  etant  Dieu  et  eleve  au 
dessus  tout,  est  beni  dans  les  siecles  des  siecles 
Ainsi  soit-iL 

SERMON  LXXIV. 

Visiles  du  Verbe  epoux  a  I'dme  sainte ;  combien  elles 
sont  secretes.  C'est  ce  que  saint  Bernard  fait  connaU 
Ire  a  ses  auditeurs,  pour  leur  edification,  avec  Au- 
milite  et  une  sorte  de  pudeur. 

1.  «  Revenez  {Cant,  n,  17),  »  dit-elle.  II  reste 
manifeste  que  l'Epoux  nest  pas  present  puisqu'elle 
le  rappelle,  et  neanmoins  il  l'a  ete  fort  peu  de 
temps  auparavant  puisqu'il  semble  quelle  le  rap- 
pelle au  moment  oil  il  s'en  allait.  Ce  rappel  qui 
parait  si  hors  de  propos  est  la  marque  de  l'amour 
extreme  de  l'un  et  de  la  beaute  aimable  de  l'au- 
tre.  Oil  sont  ceux  qui  cultivent  si  fort  l'amour,  et 
qui  sont  si  passionnes  pour  lui ;  qu'ils  n'ont  ni  treve 
ni  paix  dans  sa  poursuite?  Je  me  souviens  que  je 
vous  aipromis  d'appliquer  ce  passage  au  Verbe  eta 
1'ame  j  maisje  confesse  que  pour  le  fairetantsoitpeu 
dignement,  j'ai  grand besoin  du secours  du  Verbelui- 
meme.  Et  veritablement  ce  discours  sierait  mieux  ™?d«»''«  *• 

sunt  Bernart 

a  une  personne  qui   aurait  eprouve  plus  que  moi  quandii pari 

de  lui. 


Crainte  et 


majestati9  injuria,  quando  nee  infirmitas  inhonorata 
remansit?  Hinnulus  est,  parvulus  est;  caprasae  quoque 
similis  perhibetur,  tanquam  factus  ex  muliere  :  atlamen 
super  monies  Bethel,  altamen  excelsior  ccelis  factus.  Non 
dicit,  excelsior  ccelis  ens  vel  exsisteus  :  sed  excelsior 
calis  factus,  ne  quis  putet  de  ilia  nalura  dictum,  in  qua 
est  qui  est.  Sed  et  ubi  praefertur  angelis,  melior  nihilo- 
minus  perhibetur  effectus,  et  non  didtur  manens  vel 
existens  melior.  Ex  quibus  apparet,  quod  non  modo  in 
eo  quod  ab  aeterno  est,  sed  etiam  in  eo  quod  in  tempore 
factus  est,  omnem  sibi  eminentiam  vindicet  supra  omnem 
Principatum  et  Polestatem,  supra  omnem  denique 
creaturam,  utpote  primogenitus  omnis  creaturae.  Itaque 
quod  slultum  est  Dei,  sapientius  est  hominibus ;  et  quod 
infirmum  est  Dei,  fortius  est  hominibus.  Hoc  quidem 
Apostolus.  Mihi  autem  non  videtur  errare,  si  quis  etiam 
sapientiae  et  fortitudini  angelorum  praferendum  dicas 
idemtidem  stultum  infirmumque  Dei.  Ita  ergo  praesens 
locus  convenienter  aptabitur  universali   Ecclesias. 

10.  Jam  vero  quod  ad  unam  singulariter  animam 
epcclat  (nam  et  una,  si  Deum  dulciter,  sapienler,  vehe- 
menter  amat,  sponsa  est  )  quisque  spirilualis  in  semelipso 
advertere  potest,  quid  sibi  inde  proprium  respondeat 
experimentum.  Ego  vero  quidquid  Ulud  est,  quod  in  me 
de  bujusmodi  experiri  donatum  est,  coram  eloqui    non 


verebor.  Nam  etsi  vile  forsitan  cum  fuerit  auditum,  et 
despicabile  videatur;  non  mea  refert  :  quia  qui  spiritualis 
est,  non  me  despiciet ;  qui  minus,  non  me  intelliget. 
Attamen  si  in  alium  istud  sermonem  servavero,  forte 
nou  deercnt  qui  aedificentur  in  iis,  quae  exoratus  interim 
Dominus  inspirabit,  sponsus  Ecclesia?  Jesus-Christus 
Dominus  noster,  qui  est  super  omnia  Deusbenedictus  in 
sascula.  Amen. 

SERMO  LXXIV. 

De  visitationibus  Verbi  Sponsi,  quam  occulte  fiant  ad 
animam  sanctam,  idque  Bernardus  suiipsius  exempto 
ad  ozdificationem  suorum  demisse  ac  verecunde  declarat. 

{.Revertere,  inquit.  Liquet  non  adesse  quern  revocat; 
affuisse  tamen,  idque  non  longe  ante  :  quippe  qui  dum 
adhuc  abiret,  revocari  videtur.  Intempestiva  revocatio, 
magni  unius  amoris,  magna?  alteritus  amabilitatis  indi- 
cium est.  Qui  sunt  isli  cbaritalis  cultores,  amatoriique 
tam  indefesi  sectatores  negotii,  quorum  allerum  pro- 
sequitur, alteram  urget  tam  inqnietus  amor?  et  mihi 
quidem,  utmemini  meae  promissionis,  incumbit  assignare 
hunc  locum  Verbo  et  animae  :  sed  ad  hoc  ut  digne  vel 
aliquantisperflat,  ipsius  adjutorio  Verbi  egere  me  fateor 


SOIXANTE-QUATORZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


521 


les  secrets  de  l'amour  divin  et  les  possederait  plus 
a  fond.  Mais  je  ne  puis  me  dispenser  de  ce  que  je 
vous  dois,  et  de  satisfaire  vos  desirs.  Je  sais  bien  le 
danger  oil  je  m'engage,  et  je  ne  l'evite  pas,  par- 
ce  que  vous  me  contraignez  a  m'y  engager.  Vous 
m'obligerez,  pour  user  des  termes  du  Propbete,  a 
entreprendre  des  choses  qui  sont  grandes  et  pla- 
cees  inliniinent  au  dessus  de  moi.  Helas !  Je  crains 
qu'on  ne  me  dise  :  Pourquoi  racontez-vous  mes  de- 
lices,  et  pourquoi  une  boucbe  aussi  impure  que  la 
votre  parle-t-elle  de  mes  mysteres?  Ecoutez  cepen- 
dant  un  bomme  qui  apprehende  de  parler,  et  qui 
ne  saurait  se  taire.  Peut-etre  cette  apprehension 
meuie  excusera-t-elle  ma  hardiesse ,  surtout  si 
cela  sert  a  votre  edification ;  et  peut-etre  Dieu  au- 
ra-t-il  aussi  egard  aux  larmes  que  je  verse.  Reve- 
nez,  dit  l'Epouse.  Elle  avait  raison.  II  s'en  allait,  et 
elle  le  rappelle.  Qui  me  decouvrira  la  raison  myste- 
.mbien  les  rieuse  de  ces  changements?  Qui  m'expliquera  di- 
ies  dc  i£-  gnement  ce  que  c'est  que  ces  allees  et  ces  retours 
iconnues.  du  Verbe  ?  Est-ce  que  l'Epoux  est  inconstant  ? 
D'oii  peut  sortir  et  oil  peut  aller  ou  retourner  ce- 
lui  qui  remplit  tout  ?  Quel  mouvement  local  peut 
avoir  celui  qui  est  Esprit  ?  ou  quel  mouvement 
peut-on  attribuer  a  Dieu,  a  celui  qui  est  absolument 
immuable? 

2.  Que  celui  qui  peut  comprendre  ces  choses  les 
comprenne.  Pour  nous,  marcbant  simplement  et 
avec  prudence  neanmoins,  dans  l'exposition  de  ce 
discours  mystique  et  sacre,  suivons  l'exemple  de 
l'Ecriture  qui  se  sert  de  nos  paroles  pour  expri- 
mer  la  sagesse  cacbee  dans  ce  mystere,  et 
qui,  pour  figurer  Dieu  a  nos  esprits,  nousl'insinue 
par  les  images  des  choses  sensibles,  nous  presen- 


tant  ainsi  un  avantage  precieux  :  je  veux  parler  de 
ce  qu'il  y  a  d'inconnu  et  d'invisible  en  Dieu,  dans 
des  vases  d'une  matiere  de  peu  de  valeur.  Imi- 
tons-la,  et  disons  que  le  Verbe  de  Dieu,  qui  est 
Dieu,  et  l'epoux  de  l'ame,  vient  dans  l'ame  de  la 
maniere  qu'il  lui  plait  et  la  laisse  ensuite,  pourvu 
seulement  que  nous  croyions  que  cela  se  fait  par  un 
sentiment  interieur  de  l'ame,  non  par  un  mouve- 
ment du  Verbe.  Par  exemple,  lorsqu'elle  sent  la 
grace,  elle  reconnait  que  le  Verbe  est  present,  et 
lorsqu'elle  ne  la  sent  pas,  elle  se  plaint  de  ce  qu'il 
est  absent,  et  demande  qu'il  revienne  a  elle,  en  di- 
sant  avec  le  Prophete  :  «  Toutes  les  affections  de 
mon  ame  vous  cherchent,  je  chercherai,  Seigneur, 
votre  presence  {Psal.  xxvi.  8).  »  Et  comment  ne  le 
chercberait-elle  pas,  puisque  lorsque  cet  aimable  L?  d^lr  *J 
Epoux  s'est  retire,  elle  ne  saurait  desirer  autre 
chose  que  lui,  ni  penser  a  autre  chose  qu'a  lui.  11 
ne  lui  reste  done  que  de  le  chercher  avec  soin 
quand  il  est  absent,  et  de  le  rappeler  quand  il  s'en 
va.  C'est  done  ainsi  que  le  Verbe  est  rappele,  et  il 
est  rappele  par  le  desir  de  l'ame,  mais  de  l'ame  a 
qui  il  a  eu  la  bonte  de  se  faire  goiiter  une  fois.  Le 
desir,  n'est-ce  pas  une  voix?Oui,  e'en  est  une,  et 
forte  meme.  Car  «  le  Seigneur  »,  dit  le  Propbete, 
«  a  exauee  le  desir  des  pauvres  {Psal.  ix.  17).  » 
Lors  done  que  l'Epoux  s'en  va,  le  seul  cri  de  l'ame, 
son  seul  et  continu  desir,  sa  seule  et  unique  de- 
mande, c'est  qu'il  revienne. 

3.  Donnez-moi  maintenant  une  ame  que  le  Verbe 
Epoux  ait  coutume  de  visiter  souvent,  a  qui  la  fa-  ame  s\git-u 
miliarite  donne  de  la  hardiesse,  le  gout  de  la  faim, 
le  mepris  de  toute  choses   du  repos,  et  je  ne  ferai 
point  difficulte  de  lui  attribuer  la  voix  et  le  nom 


rappelle 
l'Epoai. 


De  quelle 


Et  certe  sermo  iste  decuerat  magis  expertum,  magisque 
conscium  sancti  et  arcani  amoris  :  sed  non  possum 
oflicio  deesse  meo,  non  vestris  omnino  votis.  Periculum 
meum  video,  et  non  caveo  j  vos  me  cogitis.  Prorsus 
cogitis  ambulare  in  magnis  et  in  mirabilibus  super  me. 
Heu  1  quam  vereor  ne  subinde  audiam  :  Quare  tu  i  narras 
delicias  meas,  et  assumissacramentum  meum  per  os  tuum  ? 
Audite  me  tamen  hominem  qui  loqui  trepidat,  et  tacere 
non  potest.  Excusabit  forsitan  ausum  trepidatio  ipsa  mea ; 
magis autem  vestra,  si  provenerit,  aedificatio.  Et  forte  ha? 
lacrymae  pariter  videbuntur.  Revertere,  ait.  Bene.  Abibat, 
revocatur.  Quis  mihi  reseret  hujus  mutabilitatis  sacra- 
mentuin?  Quis  mihi  digne  explicetire,  et  redire  Verbi? 
Numquid  levitate  utitur  Sponsus?  Unde,  quo  venire  sou 
denuo  ire  queat,  qui  totum  implet .  Quern  denique 
motum  habere  localem  possit  qui  spiritus  est?  Aut  quem 
postremo  vel  cujuscumque  generis  motum  das  illi  qui 
Deus  est?  Est  quippe  omnino  incommutabilis. 

2.  Verum  haec  qui  potest  capere,  capiat.  Nos  aulem 
in  e.\positione  sacri  mysticique  eloquii  caute  et  simpli- 
citer  ambulantes,  geramus  morem  Scriptural,  qua?  nos- 
tril verbis  sapientiam  in  mysterio  absconditam  loquitur; 
nostris  atfectibus  Deum ,  dum  figurat,  insinuat;  notis 
rerum  sensibilium  similitudinibus,  tanquam  quibusdam 
vilioris  materiae  poculis,  ea  quae  pretiosa  aunt,  ignota  et 


invisibilia  Dei,  mentibus  propinat  bumanis.  Sequamur 
proinde  et  nos  eloquii  casti  consuetudinem,  dicamusque 
verbum  Dei  Deum  sponsum  animae,  prout  vult  et  venire 
ad  animam,  et  iterum  dimittere  earn  :  tantum  ut  sensu 
animae,  non  verbi  motu,  istafieri  sentiamus.  Verbi  causa, 
cum  sentit  gratiam,  agnoscit  pr<esentiam  :  cum  non, 
absentiam  querilur,  et  rursum  praesentiam  quaerit,  di- 
cens  cum  Propheta  :  Exquisivit  te  fades  mea,  faciem 
tuam,  Domtne,  requiram.  Quidni  requirat?  Neque  enim, 
subducto  sibi  tam  dulci  sponso,  interim  aliquid  aliud 
non  dico  desiderare,  sed  nee  cogitare  libebit.  Restat 
igitur  ut  absentem  studiose  requirat,  revocet  abeuntem. 
Ha  ergo  revocatur  Verbum ,  et  revocatur  desiderio 
animae,  sed  ejus  animae,  cui  semel  indulserit  suavitatem 
sui.  Numquid  non  desiderium  vox?  Et  valida.  Denique 
desiderium  pauperum,  inquit,  exaudivit  Dominus.  Verbo 
igitur  abeunte,  una  interim  et  conlinua  animae  vox,  con- 
tinuum desiderium  ejus,  tanquam  unum  continuumque 
revertere,  donee  veniat. 

3.  Et  nunc  da  mihi  animam,  quam  frequenter  Verbum 
sponsus  invisere  soleat,  cui  fumiliaritas  ausum,  cui  gea- 
tus  famem,  cui  contemptus  omnium  otium  dederit  :  et 
ego  huic  incunclanter  assigno  vocem  pariter  et  nomen 
sponsae  ;  nee  ab  ea  penitus  locum,  qui  in  manibus  est, 
censuerim  alienum.  Talis  nempe  inducitur  hie  loquen»- 


522 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


L'£poiu 

feint  de 

passer  outre 

pour  eic ter 

l       Ks  erand 

desir  de  le 

potseder. 


d'Epoui  et  de  lni  appliquer  les  paroles  que  nous 
expliquons  maintenant.  Telle  est  enefTet  eelle  dont 
il  est  question  ici.  Car  elle  temoigne  assez,  en  rap- 
pelant  I'Epoux,  qii'elle  a  me.rite  sa  presence  si  elle 
n'est  pas  digue  encore  de  toute  l'abotidance  de  ses 
graces.  Autrement  elle  ne  le  rappellerait  pas,  rnais 
elle  l'appellerait;  rappeler  marque  le  retour,  et 
peut-iHre  nes'est-il  retire  < j 1 1 < ■  pour  quelle  le  rap- 
pelat  avec  plusd'ardeur,  et  quelle  l'embrassatplus 
elroiferaent.  Car  lorsqu'il  feignait  tin  jour  de  vou- 
loir  aller  plus  loin,  il  n'en  avait  point  envie,  en  ef- 
fet,  mais  il  .lesirait  s'entendre  dire  ces  paroles: 
«  Demaudez  avec  nous.  Seigneur,  car  il  est  tard 
(Luc.  xxiv.  39).  »  Et,  une  autre  fois,  lorsqu'il  mar- 
chait  sur  la  mer  et  que  les  Ap6tres  naviguaient  et 
avaient  beaucoup  de  peine  a  avancer,  il  lit  sem- 
blant  de  vouloir  passer  outre,  et  cependant  ce  n'e- 
tait  pas  son  dessein,  mais  il  vontait  seulement  6prou- 
ver  lpur  foi  et  se  faire  prier.  Car  commeditrEvan- 
geliste  :«  lis furent  troubles  et  erierent,  croyatitque 
ce  fut  un  fanldme  (Marc.  vi.  49).  »  Cettepieuse  dis- 
simulation, ou  plutut  cette  salutaire  dispensation, 
dontle  Verbe  usad'une  maniere  corporelle,  lememe 
Verbe,  qui  est  Esprit,  continue  .i  y  avoir  encore 
recours  d'une  facon  spiritue lie  avec  l'ame  qui  l'aime; 
quand  il  passe  outre,  il  veut  elre  retenu,  etquand 
il  s'en  va,  il  vent  etre  rappele,  car  le  Verbe,  qui  est 
la  parole  de  Dieu,  n'est  pas  irrevocable.  11  va  et 
revient  selon  son  bon  plaisir  ;  il  visite  l'ame  des  le 
matin,  comnie  dit  le  Prophete,  et  il  l'eprouve  aus- 
silot,  en  se  retirant  :  s'ilva  dans  l'ame,  c'est  un  ef- 
fet  de  sa  grace  spontanee,  et  s'il  y  retourne,  cela 
depend  absolument  de  sa  volonte ;  mais  il  ne  fait 
1'un  et  l'autre  qu'avec  un  jugement  dont  il  connait 
seul  la  raison. 


Comment  ] 
l'absence  d»j 
l'Kpout 


U-  Toujours  est-il,  que  ces  vicissitudes  du  Verbe, 
qui  s'en  va  etqni  vieut,  se  passent  dans  l'ame,  ainsi 
qu'il  le  dit  lui-mdme.  «  Je  vais  et  je  viens  envous 
(Joan.  xiv.  20).«  Et  ailleuts  :  «  Vous  ne  meverrez 
plus  dtirant  un  peu  de  temps,  et  un  peu  apres 
vous  me  verrez  (Joan.  xvi.  7).  »  0  peu  de  temps  et 
pen  de  temps  !  0  que  ce  peu  de  temps  dure  long- 
temps  I  Mod  doux  Sauveur,  comment  pouvez-vous  ei  ■>'<**  r< 

court  a  f-n  ' 

appelercoart  le  temps  que  nous  ne  vous  voyons  pas?  meme  temi 

Je  n'ai  garde  d'accuser  la  parole  de  mon  Seigneur, 

mais  le  temps  mesemble  long,  excessivement  long  ! 

L'un  et  l'autre  est  veritable.  11  est  court,  si  on  con- 

sidere  dos  merites,  mais  il  est  bien  long,  si  on  re- 

garde  nos  desirs.  C'est  dans  ce  sens  que  le  Prophete 

dit  :  «  S'il  dill'ere  a  venir,  attendez-le,  car  il  vien- 

dra  bientol  (Abac.  H.  3).  »  Comment  ne  tardera-t-il 

point,  s'il  demenre   quelque   temps  a  venir,  sinon 

parce qu'il  viendra  assez  tot,  selon  nos   merites, 

mais  non  pas  selon  nos  vceux?  Or,  l'ame  qui  aime, 

est  euiportee  par  la  ferveur  de  ses  voeux,   elle  est 

entrainee  par  ses  desirs,  elle  oublie  son  pen  de  me- 

rite,  elle  n'a  point  d'yeux  pour  voir  la  majeste  de  son 

epoux,  et  n'en  a  que  pour  les  plaisirs  dont  elle  sou- 

baite  jouir ;  ne  regarde  que  sa  grace  salutaire,  et  elle 

agit  familierement  avec  lui.  Enfin ,   sans   crainte 

et  sans  pudeur,  elle  rappelle   le   Verbe ,  et  rede- 

mamle  avec  confiance  ses  premieres  delices,  elle  ne 

le  nomme  pas  son  Seigneur,  mais  son  bien-aime, 

avec   sa  liberte  habituelle.  «  Revenez,  mon  bien- 

aimi',  dit-elle,  et  elle  ajoute  :  Soyez  semblable  a 

la  chevre  et  au  faon  de  biche  sur  les  montagnes  de 

Bethel  »  Mais  nous  expliquerons   ces  paroles   plus 

tard. 

5.  Maintenant,  souffrez  mon  indiscretion.  Jeveux 
vous  dire,  parce  que  je  vous  l'ai  promis,  comment 


Quem  enim  revocat,  ejus  absque  dubio  probat  se  me- 
ruisse  prasscntiam,  etsi  non  copiam.  Alioqnin  non  revo- 
catsel  ilium,  sed  vocasset.  Porro  revocalionis  verbura 
rev -.Here  est.  Et  forte  ideo  subtraxit  se,  quo  avidius 
revocaretur,  leneretur  fortius.  Nam  et  aliquando  simu- 
labat  se  longius  ire,  non  quia  hoc  volebat,  sed  volebat 
audire  :  Mane  nobiscum,  Domine,  quoniam  aduesperascit. 
Et  rurstim  alia  vice  super  mare  ambulans,  cum  apostoli 
navigarent  et  laborarcnt  in  remigando,  quasi  volens 
pralerite  eos,  nee  tunc  quidem  istud  volebat,  sed  magis 
probare  fidem,  et  clicere  precem.  Denique,  sicut  ait 
Evangelista,  turbali  sunt,  et  clamnverunt,  putantes phan- 
tasmata  esse.  Ergo  istiusmodi  piam  simulationem,  imo 
salularem  dispensalionem,  quam  tunc  corporaliter  Vcr- 
bum  corpus  inteidum  exbibuit,  non  cessat  idemlidem 
Verbum  spirilus,  modo  suo  spiritual!,  cum  devota  sibi 
anima  sedulo  actitare.  Praeteriens  tencri  vnlt,  abiens 
revocari.  Ne.jue  enim  hoc  irrevocable  verbum.  It,  et 
redit  pro  bcneplacito  suo,  quasi  visitans  diluculo,  et 
subito  probans.  Et  ire  quidem  illi  quodam  modo  dis- 
pensatoiium;  redire  vero  semper  volunlaiium  est  : 
utrumque  autem  plenum  judicii.  At  penes  ipsum  horum 
ratio. 


4.  Nunc  vero  constat  in  anima  fieri  hujusmodi  vicissi- 
tudines  cuntis  et  redeuntis  Verbi.  sicut  ait  :  Vado,  et 
venio  ad  vos.  Hem,  Modicum,  et  non  videbitis  me;  et 
iterum  modicum,  et  videbitis  me.  0  modicum  et  modi- 
cum !  o  modicum  longum  !  Pie  Domine,  modicum  dieis, 
quod  non  videbimns  te?  Salvum  sit  verbum  Domini 
mei  :  longum  est,  et  multtim  valde  nimis.  Verumlamen 
ulrnmque  verum  :  et  modicum  meritis,  et  longum  " 
votis.  Habes  ulrnmque  in  Propheta  :  S/  moram  fecerit, 
inquit,  exspecta  eum,  quiaveniensveniet,etnontaribihil. 
Quomodo  non  tardabit,  si  moram  fecerit,  nisi  quia  quod 
ad  medium  satis  est,  ncn  est  satis  ad  votum?  Porro 
anima  amans  votis  fertur,  trahitur  desideriis,  dissimulat 
merita,  majeslali  oculos  claudit,  apcrit  voluptati,  ponens 
in  salutari,  et  fiducialiter  agens  in  eo.  Intrepida  denique 
et  inverecunda  revorat  Verbum,  et  cum  (iducia  repelit 
delicias  suas,  sol i ta  libertate  vocans,  non  Dominum,  sed 
dilectum.  Revert  ere,  di/ecte  mi.  Et  addit  :  Simitis  esto 
ciprece,  liinnuloque  cervorum  super  monies  Bethel.  At 
istud  postea. 

5.  Nunc  vero  sustinete  modicum  quid  insipienliaimeas. 
Volo  dicete,  nam  et  hoc  pactus  sum,  quomomo  mecum 
agitur  in  ejusmodi.  Non   expedit   quidem.  Sed  prodar 


SOIXANTE-QUATORZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


523 


perienee 
e  saint 
ierpard 
la  visite 
1'Epoui. 


abien  tos 
,e*de  YE- 
mi  soat 
icreles. 


ces  choses  se  passent  en  moi.  Cela  n'est  pas  a  pro- 
pos,  je  l'avoue,  mais  jeme  livre  volontiers,  pourvu 
que  cela  vous  serve.  Si  vous  en  prolitez,  je  me  con- 
solerai  de  mon  peu  de  retenue,  sinon  j'avouerai 
ma  folie.  Je  confesse,  quoique  ce  soitpecher  centre 
la  modestie  de  vous  le  dire,  que  le  Verbe  m'a  aussi 
visite  et  qu'il  l'a  fait  meme  plusieurs  fois.  Mais 
quoiqu'il  soit  entre  souvent  en  moi,  je  ne  men 
suis  pas  ueanmoins  apercu.  J'ai  seuti  qu'il  y  etait, 
je  me  souviens  qu'il  y  a  ete,  j'ai  pu  meme  quelque- 
fois  pressentir  son  entree,  mais  je  ne  l'ai  jamais 
sentie,  non  plus  que  sa  sortie.  Car  d'oii  venait-il 
quandil  vint  dans  mon  ame,  et  d'oii  s'en  est-il  alle 
lorsqu'il  l'a  quittee,  par  oil  est-il  entre,  ou  sorti  ? 
e'est  ce  que  je  confesse  ignorer  maintenant.  selon 
cette  parole  :  «  Vous  ne  savez  d'oii  il  vient,  ni  oil  il 
va  (Joan,  ill,  8).  »  Et  il  ne  faut  pas  s'en  etonner, 
puisque  e'est  a  lui  qu'un  prophete  a  dit  autrefois  : 
«  Et  Ton  ne  connaitra  point  la  trace  de  vos  pas.  » 
II  est  hors  de  doute  qu'il  n'est  entre  ni  par  mes 
yeux,  car  il  n'est  pas  colore,  ni  par  mes  oreilles, 
car  il  n'est  pas  un  son,  ni  par  mon  nez,  car  il  ne  se 
mele  pas  avec  1'air,  mais  avec  l'ame,  et  ne  l'affecte 
pas.maislafait;  ni  par  mon gosier,  car  il  nese  mange 
ni  ne  se  boit.  Je  ne  l'ai  point  non  plus  reconnu  au 
toucber,  car  il  n'est  pas  palpable.  Par  oil  done  est- 
il  entre  ?  Car  il  n'est  pas  venu  du  debors,  puisqu'il 
n'est  aucune  des  cboses  qui  paraissent  au  dehors. 
Cependant  il  n'est  pas  venu  du  dedans  de  moi,  car 
e'est  un  bien  etle  bien  n'babite  point  en  moi,  je  le 
sais.  Je  suis  aussi  monte  au  dessus  de  moi,  et  j'ai 
trouve  que  le  Verbe  est  encore  plus  haut.  Ma  cu- 
riosite  me  l'a  fait  chercber  au  dessous  de  moi,  et 
j'ai  trouve  pareillement  qu'il  est  encore  plus  bas. 


J'ai  regarde  hors  de  moi,  et  j'ai  reconnu  qu'il  est 
encore  au  dela  de  ce  qui  est  hors  de  moi ;  et  enfin 
je  l'ai  chercbe  au  dedans  de  moi,  et  j'ai  vu  qu'il 
m'est  plus  interieur  que  moi-meme.  Et  alors  j'ai 
reconnu  la  verile  de  cette  parole  :  «  Nous  vivons, 
nous  dous  mouvons,  et  nous  subsistons  en  lui  [Act. 
xvn,  28).  »  Mais  heureux  celuien  qui  il  est,  qui  vit 
pour  lui,  qui  est  mu  par  lui. 

6.  Vous  demandez  sans  doute  comment  done  j'ai   te5  monro- 
pu  reconnailre  qu'il  etait  present,  puisque  ses  voies    .."ur'fncU- 


quent  sa 

presence 


sont  si  incomprehensibles,  mais  il  estvifet  efficace, 
et  aussilot  qu'il  est  venu  en  moi,  il  a  reveille  mon 
ame  qui  dormait,  il  aremue,  amolli,  et  blesse  mon 
cceur,  qui  etait  dur  comme  la  pierre  et  malade.  II 
s'est  mis  aussi  a  arracher,  a  detruire,  a  edifier,  et 
a  planter,  a  arroser  ce  qui  etait  sec,  a,  eclairer  ce 
qui  itait  tenebreux,  a  ouvrir  ce  qui  etait  serre,  a 
enflammer  ce  qui  etait  froid,  a  redresser  ce  qui 
etait  tortu,  etaaplanir  ce  qui  etait  rude  et  raboteux, 
ensortequemoname  benissaille  Seigneur,  et  tout  ce 
qui  est  en  moi  glorifiait  son  saint  nom.  C'est  doncainsi 
que  le  Verbe  epoux,  en  entrant  quelquefois  en  moi, 
ne  m'a  fait  connaitre  son  entree  par  aucune  mar- 
que, ni  par  la  voix,  ni  par  la  figure,  ni  par  la  de- 
marche. Enfin  je  ne  l'ai  connu  par  aucun  mouve-  Operations 
ment  de  sa  part,  je  n'ai  apercu  par  aucun  de  mes  de  '  EP°al- 
sens,  qu'il  se  fiit  glisse  dans  le  fond  de  mon  ame. 
J'ai  soulement  reconnu  sa  presence  par  le  mouve- 
ment  de  mon  cceur,  comme  je  l'ai  deja  dit,  j'ai  re- 
marque  la  puissance  de  sa  vertu  par  la  fuitedes  vi- 
ces, ut  par  l'amortissement  des  passions  qu'elle 
operait  en  moi.  J'ai  admire  la  profoudeur  de  sa 
sagesse  dans  la  discussion  et  la  reprobation  de  mes 
fautes  secretes,  j'ai  eprouve  sa  bonte  et  sa  miseri- 


sane  ut  prosim  :  et,  si  profeceritis  vos,  meam  insipien- 
tiam  consolabor  :  si  non,  meam  insipientiam  confilebor. 
Fateor  et  mihi  adventasse  Verbum,  in  insipientia  dico, 
et  pluries.  Cumque  saepius  intraverit  ad  me,  non  sensi 
aliquoties  cum  intravil.  Adesse  sensi,  afluisse  recordor, 
inlerdum  et  prssentire  potui  introitum  ejus,  sentirenun- 
quam,  sed  ne  exitum  quidem.  Nam  unde  in  animam 
meam  venerit,  quove  abierit  denuo  earn  dimitlens ;  sed 
et  qua  vel  introierit  vel  exierit ;  etiam  nunc  ignorare  me 
fateor,  secundum  illud  :  Nescis  unde  veniat,  aul  quo 
vadat.  Nee  mirum  tamen,  quia  ipse  est,  cui  dictum  est: 
Et  vestigia  tua  non  cognoscentur.  Sane  per  oculos  non 
inlravit,  quia  non  est  coloratum  :  sed  neque  per  aures, 
quia  non  sonuit  :  sed  neque  per  nares,  quia  non  aeri 
miscetur,  sed  menti ;  nee  infecit  aerem,  sed  fecit  :  ne- 
que vero  pep  fauces,  quia  non  est  mansum  vel  haustum : 
nee  tactu  comperi  illud  ,  quia  palpabile  non  est.  Qua 
igitur  introivit  ?  An  forte  nee  introivit  quidem,  quia  non 
deforis  venit  ?  Neque  enim  est  unum  aliquid  ex 
iis  quae  foris  sunt.  Porro  nee  deintra  me  venit  quoniam 
bonum  est,  et  scio  quoniam  non  est  in  me  bonum.  As- 
cendi  etiam  superius  meum  :  et  ecce  supra  hoc  Verbum 
eminens.  Ad  inferius  quoque  meum  curiosus  explorator 
descendi  :  et  nihilominus  infra  inventum  est.  Si  foras 
ispexi,  extra  omne  ex  ten  us  meum  comperi   illud  esse  : 


si  vero  intus,  et  ipsum  interius  erat.  Et  cognovi  verum 
quidem  esse  quod  legeram  :  quia  in  ipso  vivimus,  mo- 
vemur  et  sitmus  :  sed  ille  beatus  est,  in  quo  est  ipsum, 
qui  illi  vivit,  qui  eo  movetur. 

6.  Quaeris  igitur,  cum  ila  sint  omnino  investigabiles 
via?  ejus,  unde  adesse  norim  ?  Vivum  et  efficax  est  : 
moxque  ut  intus  venit,  expergefecit  dormitantem  animam 
meam  ,  movit,  et  mollivit ,  et  vulneravit  cor  meum , 
qnoniam  durum  lapideumque  erat,  et  male  sanum.  Cce- 
pit  quoque  evellere  et  destruere  ,  aediticare  et  plantare, 
rigare  arida,  tenebrosa  illuminare,  clausa  reserare,  fri- 
gida  inflammare,  necnon  et  mitterre  prava  in  directa,  et 
aspera  in  vias  planas;  ita  ut  benediceret  anima  mea 
Domino,  et  omnia  quee  intra  me  sunt  nomini  sancto 
ejus.  Ita  igitur  intrans  ad  me  aliquoties  Verbum  spon- 
sus,  nullis  unquam  introitum  suum  indiciis  innotescere 
fecit  non  voce,  non  specie,  non  incessu.  Nullis  denique 
suis  motibus  compertuui  est  mihi,  nullis  meis  sentibus 
illapsum  penetralibus  meis  :  tantum  ex  motu  cordis 
(sicut  praefatus  sum)  inlellexi  prssenliam  ejus,  et  ex 
fuga  vitiorum,  carnaliumque  compressione  afTectum  ad- 
verti  potentiam  virtutis  ejus,  et  ex  discussione  sive 
redargutione  occultorum  meorum  admiratus  sum  pro- 
funditatem  sapientise  ejus  ,  et  ex  quantulaeunque 
emendatione  morum  meorum  expertus  sum   bonitatem 


524 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


corde  par  un  amendement  de  ma  vie,  j'ai  decou- 
vert  en  quelque  sorte  sa  beaute  infinie  par  le  re- 
nouvellement  et  la  reformation  de  mon  esprit, 
c'est-a-dire  de  mon  homme  interieur  :  en  regardant 
toutes  ces  choses  ensemble,  j'ai  ete  surpris  d'eton- 
nenient  de  sa  grandeur  incomprehensible. 
Tont  •«  re-     7.  Mais  comme  toutes  ces  choses,  lorsque  le  Verbe 


8.  L'une  et  l'autre  choses  me  sont  necessaires,  la  La  Tiril4 
virile  afin  que  je  ne  puisse  me  cacher  devant '*  grace  so 
elle,  et  la  grace  afin  que  je  ne  le  veuille  pas.  Si 
l'une  n'est  accompagnee  de  l'autre,  la  visite  de  l'E- 
poux  sera  imparfaite.  Car  la  severite  de  la  premiere 
est  penible  sans  la  gaiete  de  la  seconde,  etla  gaiete 
de  la  seconde  semblc  un  peu  trop  libre  sans  la  gra 


neccssiiire 

pom  que 

la  vi-ile  6 

Verbe  so: 
parf.iite. 


froidit  qoand  seretire,  commencent  aussitot  a  languir  et  a  se  re-     vile  deli  premiere.  La  verite  est  amere,  si  elle  n'est 
il  •  eloigne.  ' 


II  faot  le 

rappeler  atec 
ardeur. 


froidir,  de  meme  que  si  on  Ate  le  feu  de  dessous  un 
vase  qui  bout,  et  que  c'est  la  la  marque  de  sa  re- 
trace, mon  ime  estabaltue  de  tristesse,  jusqu'a  ce 
qu'il  revienne  ;  mais  quand  mon  cueur  se  rechauffe 
en  moi,  ce  m'est  un  temoignage  de  son  relour.  Apres 
avoir  ressentipar  experience  le  bonheurde  posseder 
le  Verbe,  faut-il  s'etonner  sije  mesers  aussi  dela  voix 
de  l'Epouse  pour  le  rappeler  lorsqu'il  s'est  absente, 
puisque  je  suis  louche  d'un  desir  non  pas  tout-a- 
fait  pareil.  mais  du  moins  en  partie  sembl able  au 
sien?  Tant  que  je  vivrai  j'userai  familierement  de 
cette  voix,  et  pour  rappeler  le  Verbe  je  me  servirai 
du  verbe  du  rappel  qui  est  le  mot  revenez  ;  et  tou- 
tes les  fuis  qu'il  s'eloignera  de  moi,  je  le  rappelle- 
rai  et  ne  cesserai  de  crier  par  les  desirs  ardents  de 
mon  cceur,  qu'il  revienne,  qu'il  me  rende  la  joie  de 
sa  grace  salutaire,  qu'il  se  rende  a  moi.  Je  vous  l'a- 
voue,  mes  cbers  enfants,  je  ne  prends  plaisirarien 
jusqu'a  ce  que  celui  qui  fait  seul  tout  mon  plaisir 
soit  de  retour.  Et  je  le  prie  de  ne  plus  revenir  vide, 
mais  «  plein  de  grace  et  de  verite, »  selon  son 
ordinaire,  et  comme  il  l'a  fait  bier  et  avant-hier. 
En  quoi  il  me  semble  qu'il  a  beaucoup  de  rapports 
avec  la  chevre  et  avec  le  faon  de  biche,  la  verite 
ayant  des  yeux  aussi  percants  que  ceux  de  la  che- 
vre, et  la  grace  ayant  la  gaiete  du  faon  de  biche. 


assaisoun&e  de  la  grace;  et  laferveur  dela  devotion 
est  quelquefois  un  peu  legere,  immoderee  et  trop 
libre,  si  elle  n'est  retenue  comme  par  le  frein  de 
la  verite.  Combien  y  en  a-t-il  a  qui  il  n'a  servi  de 
rien  d'avoii  recu  la  grace,  parce  qu'ils  n'ont  pas 
recu  en  meme  temps  le  temperament  que  la  verite 
apporte?  lis  out  eu  trop  de  complaisance  en  la 
grace ;  ils  n'ont  point  apprehende  les  regards  de 
la  verite,  ils  n'ont  point  unite  la  gravite  de  la  che- 
vre, mais  seulementlalegerete  el  la  gaiete  du  faon  de 
biche.  Aussi  ont-ils  perdu  cette  grace  dont  ils  vou- 
laient  se  rejouir  en  particulier  ;  on  aurait  pu  leur 
dire,  mais  un  peu  tard,  d'apprendre  a  servir  «  Dieu 
avec  crainte  ,  et  a  se  rejouir  en  lui  avec  |tremble- 
ment,  [Psal.  n,  11).  »  Car  l'ime  sainte  qui  avait  dit 
dans  son  abondance  :  «  Je  ne  serai  jamais  ebran- 
lee  (Psal.  xxix,  7),  »  a  senti  soudain  que  le  Verbe 
a  detourne  sa  face  d'elle,  et  a  appris  par  cette  af- 
fliction, qu'avec  la  piete  et  le  zele  qu'elle  avait  re- 
cus,  elle  avait  encore,  besoin  du  poids  de  la  verite. 
La  plenitude  de  la  grace  ne  consiste  done  ni  en  la 
grace  seule,  ni  en  la  seule  verite.  Que  vous  sert-il 
de  savoir  ce  que  vous  devez  faire,  si  Dieu  ne  vous 
donne  pas  la  grace  de  le  vouloir?  Et  que  vous  sert- 
il  de  le  vouloir,  si  vous  ne  le  pouvez  pas  ?  Combien 
n'en  ai-je  pas  vus  qui  etaient   devenus  plus   tristes 


mansuetudinis  ejus,  et  ex  renovatione  ac  refurmatione 
spiiitus  mentis  meae,  id  est  interioris  hominis  mei,  per- 
cepi  utcunque  speciem  decoris  ejus,  et  ex  contuitu 
horum  omnium  simul  expavi  niuUiludinem  magnitudi- 
nis  ejus. 

7.  Verum  quia  haec  omnia,  ubi  abscesserit  Verbum, 
perinde  ac  si  olla?  bullienti  subtraxeris  ignein,  quodam 
illico  languore  torpentiaet  frigidajacere  incipiunt ;  atque 
hoc  mihi  signum  abscessionis  ejus.  Tristis  sit  necesse 
est  anima  mea,  donee  iterum  revertatur,  et  solito  reca- 
lescat  cor  meum  intra  ue  ;  idque  sit  reversionis  indicium. 
Tale  sane  experimentum  de  Veibo  habens,  quid  mirum 
si  et  ego  usurpo  mihi  vocem  Sponsae  in  revocando  il- 
lud,  cum  se  absentaverit,  quietsi  non  pari,  similitamcn 
vel  ex  parte  desiderio  feror?  Familiare  mihi  erit,  quoad 
vixen ,  pro  Verbi  revocatione  revocatiouis  verbum , 
quod  utique  reoertere  est.  Et  quoties  elabetur,  toties  re- 
petetur  a  me,  nee  cessabo  clamitare  quasi  post  tergurn 
abeuntis  ardenti  desiderio  cordis  ut  redeat  ;  et  reddat 
mihi  laetitiam  salutaris  sui,  reddat  mihi  seipsum.  Fa- 
'  ml.  dieo.  teor  "  vobis,  (ilii,  nil  aliud  interim  libet,  dum  non  praesto 
est  quod  solum  libet.  Et  hocoro,  ut  non  vacuum  veniat 
sed  plenum  gratia?  ct  veritatis  :  more  utique  suo, 
sicut  heri  et  nudius  tertius.  In  quo  mihi  similitu- 
diaem  capres  et  hiunuli  exhibitum  iri  posse   videtur, 


cum  Veritas  caprea  oculos   habeat ,  gratia  hinnuli  hila- 
ritatem. 

8.  Utraque  res  necessaria  mihi  :  et  Veritas  quidem, 
cui  abscondi  non  possim  ;  gratia  auteni,  cui  nolim. 
Alioquin  sine  alterutra  visitalio  plena  non  erit,  cum  et 
illius  severitas  absque  hac  onerosa,  et  hujus  bilaritas 
absque  ilia  dissoluta  possit  videri.  Amara  est  Veritas 
sine  condimento  gratia?  ;  sicut  absque  veritatis  freno  le- 
vis  et  nesciens  modum,  plerumque  et  insolens  ipsa 
devotio.  Quam  mullis  non  profuit  grati;im  percepisse, 
pro  eo  quod  temperamentum  de  veritate  pariter  non 
acceperunt  ?  Ex  hoc  enim  plus  quam  oportuit  compla- 
cuere  sibi  in  ea,  dum  veriti  non  sunt  veritatis  obtutus, 
dum  non  respexerunt  ad  capreje  maturitatem,  magis  au- 
tem  se  totos  hinnuli  levitali  hilaritatique  dederunt.  Inde 
factum  est,  ut  in  qua  privatim  exsullare  voluerant,  gra- 
tia privarentur,  quibus  vel  sero  dici  putuerit  :  Eunles 
ergo  discite  quid  sit,  Servite  Domino  in  iimore,  et  exsul- 
tale  ei  cum  tremors.  Dixerat  denique  sancta  anima 
quosdam  in  abundantia  sua,  Non  movebor  in  celernum  : 
cum  subito  sensit  aversam  a  se  faciem  Verbi,  seque  non 
modo  motam,  sed  eliam  conturbatam  ;  et  sic  in  tristitia 
didicit  opus  fuisse  sibi,  cum  munere  quidem  devotionis, 
etiam  pondere  veritatis.  Ergo  non  in  sola  gratia  pleni- 
tude gratise  est,  sed  ne  in  sola  quidem  veritate.  Quid 


SOIXANTE-QUATORZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES 

apres  avoir  ronnu  la  verite  ?  et  cela  parce  qu'ils  ne 


525 


cTSce  sans 
i  verk6 
boiteuse. 


pouvaient  plus  desormais  s'excnser  sur  leur  igno- 
rance, puisqu'ils  savaient  ce  que  la  verite  deman- 
dait  d'eux,  et  ne  le  faisaient  pas. 

9.  Puisqu'il  en  est  ainsi,  1'une  ne  sufQt  pas  sans 
l'autre  ;  c'est  trop  peu  dire,  il  n'est  pas  merne  avaii- 
tageuxde  recevoir  l'une  sans  l'autre.  Qui  nous 
l'apprend  ?  C'est  l'Apotre  en  disant :  «  Celui  qui 
sait  le  bien,  et  ne  le  fait  pas  commet  un  double 
pecbe.  Et  encore :  Le  serviteur  qui  sait  la  volonte 
de  son  maitre,  et  n'agit  pas  conformement  h  cette 
connaissance,  sera  beaucoup  plus  battu  (Luc.  xn, 
47).  »  Voili  pour  la  verite  et  voici  pour  ce  qui  re- 
garde  la  grace.  II  est  ecrit  :  «  Et  apres  qu'il  eut 
avale  le  morceau  que  lui  donna  le  Sauveur,  Satan 
entra  en  lui  (Joan,  xm,  27).  »  L'Evangeliste  parle 
de  Judas  qui  recut  le  don  de  la  grace,  mais  parce 
qu'il  ne  marcbait  pas  dans  la  verite  et  la  sincerite 
avec  le  maitre  de  la  verite,  ou  plutot  avec  la  verite 
qui  devait  lui  servir  de  maitre,  il  donna  entree  en 
lui  au  demon.  Ecoutez  encore  :  «I1  les  anourrisdu 
plus  pur  froment,  et  les  a  rassasies  du  miel  sorti 
de  la  pierre  (Psal.  lxxx,  17).  »  Qui  sont  ceux-la? 
«  Les  ennemis  du  Seigneur,  ajoute  le  Propbete,  ont 
menti  contre  lui.  »  Ceux  qu'il  a  nourris  de  miel  et 
de  froment  ont  menti  contre  lui  et  sont  devenus 
ses  ennemi-,  parce  qu'ils  n'ontpas  joint  la  verite  a 
la  grace.  11  est  dit  encore  ailleurs  a  leur  sujet : 
«Des  enfants  etrangers  ont  vieilli  dans  leurs  crimes, 
ont  boite  dans  leurs  voies  (P*al.  vn,  46).  »  Et  com- 
ment n'auraient-ils  pas  boite  puisqu'ils  ne  mar- 
cbaient  que  sur  uu  pied,  car  ils  ne  se  soute- 
naient  que  sur  le  pied  de  la  grace,  auquel  ils  ne 
joignaient  point  la  verite.  Leur  supplice  sera  done 
eternel  com  me  celui  de  leur  prince,  qui   n'est   pas 


lui-meme  demeur£  ferme  dans  la  vSritS,  mais  qui 
a  ete  menteur  des  le  commencement.  Et  c'est  pour- 
quoi  on  lui  a  dit  :  «Tuas  perdu  ta  sagesse  par  ta 
beaute  (Ezeck.  xxvm,  7).  »  Je  ne  veux  point  d'une 
beaute  qui  me  fasse  perdre  la  sagesse. 

10.  Demandez-vous  quelle  est  cette  beaute  si 
nuisible  et  si  dangereuse?  C'est  la  votre.  Peut-etre 
nem'entendez-vous  pasencore.  Ecoutez-donc,je  vais 
parler  en  termes  plus  intelligibles.  C'est  la  beautfi 
quivous  est  propre.  Neblamons  point  le  dondeDieu, 
mais  le  mauvais  usage  qu'on  en  fait.  Car,  si  vous 
y  prenez  garde,  il  n'est  pas  dit  que  Lucifer  ait  perdu 
la  sagesse  par  la  beaute,  mais  «  par  sa  beaute.  » 
Or  la  beaute  de  l'ame,  si  je  ne  me  trompe,  aussi 
Men  que  celle  de  l'ange,  c'est  la  sagesse.  Car  que 
sont-ils  l'un  et  l'autre  sans  la  sagesse,  sinon  une 
maliere  informe  ?  La  sagesse  n'est  done  pas  seu- 
lement  sa  forme,  elle  est  aussi  sa  beaute.  Mais  il 
l'a  perdue,  lorsqu'ilsel'est  appropriee,  en  sorte  que 
lorsqu'on  dit,  qu'il  a  perdu  la  sagesse  par  sa  beaute, 
cela  veut  dire  qu'il  a  perdu  la  sagesse  par  sa  pro- 
pre sagesse,  C'est  parce  qu'il  se  Test  appropriee 
qu'il  l'a  perdue.  11  n'a  perdu  la  sagesse  que  parce 
qu'il  s'est  estime  sage,  n'a  pas  donne  la  gloire  a 
Dieu,  n'a  pas  rendu  grace  pour  grace,  ne  l'a  pas 
possedee  selon  la  verite,  mais  en  a  abuse  seloD  sa 
propre  volonte  :  voila  pourquoi  il  l'a  perdue  ou  plu- 
tot voilace  qui  l'a  perdu.  Car,  posseder  la  sagesse 
de  cette  sorte,  c'est  la  perdre.  «Si  Abrabam,  dit  l'A- 
potre, a  ete  justilie  par  les  ceuvres,  il  a  eu  de  la 
gloire,  mais  non  pas  en  Dieu  (Rum.  vi,  2).  »  Ainsi 
en  est-il  de  moi,  je  ne  suis  point  en  surete,  car  je 
perds  lout  ce  quejenepossede  point  en  lui.  En  effet, 
qu'y  a-t-il  qui  soit  plus  perdu  que  ce  qui  est  bors 
de  Dieu?  Qu'est-ce  que  la  mort,  sinon  la  privation 


prodest  scire  quid  te  oporteat  facere,  si  non  detur  et 
velle  facere  ?  Quid  si  velis  quidem,  sed  minime  possis  ? 
Quantos  expertus  sum  agnita  veritate  tristiores,  et  ideo 
magis,  quod  jam  confugere  ad  ignorantiae  excusationem 
non  liceret,  scientes,  ct  non  facientes  quod  Veritas  hor- 
taretur? 

9.  Quae  cum  ita  se  habeant,  neutrum  sine  altero  suf- 
ficit.  Parum  dixi  :  non  expedit  quoque.  Unde  id 
scimus  ?  Scieitti,  inquit,  bonum,  et  non  facienti,  pecca- 
tum  est  illi.  Hem,  Serous  sciens  voluntatem  domini  sui, 
et  non  faciens  digna,  vapulabit  mullis.  At  istud  pro 
parte  veritatis.  Pro  gratiae  quid?  Scriptum  est,  Et  post 
buccellam  introivit  ineum  satanas.  Judam  loquitur,  qui 
accepto  munere  gratiae,  quia  in  veritate  non  ambulat 
cum  veritatis  Magistro,  vet  potius  cum  magislra  Veritate 
locum  in  se  diabolo  dedit.  Audi  adliuc  :  Cibavit  illos 
ex  adipe  frumenii,  et  de  petra  melle  saturavit  eos.  Quos  ? 
Inimici  Domini  men/iti  sunt  ei.  Quos  melle  cibavit  et 
adipe,  hi  mintiti  sunt  ei  facti  inimici  :  quia  verilatem 
gratiae  non  junxcrunt.  De  quibus  alibi  habes ; 
Filii  alieni  mentiti  mihi,  filii  a/teni  inveterati  sunt, 
et  claudicaverunt  a  semitis  suis.  Quidni  claudi- 
carent,  uno  pede  gratiae  contenti ,  et  non  appo- 
nentes     veritatem  ?    Erit    igitur     tempus     eorum    in 


sascula,  sicut  et  principis  ipsorum,  qui  et  ipse  in  veri- 
tate non  stetit ,  sed  fuit  mendax  ab  initio  ,  ideoque 
audivit  :  Perdidisti  in  decore  tuo  sapientiam.  Nolo  de- 
corem,  qui  mihi  sapientiam  tollat. 

10.  Quaeris  quis  ille  tarn  noxius,  tamque  perniciosus 
decor?  Tuus.  Adhuc  forte  sine  intellect  es?  Planius 
audi,  Privatus,  proprius.  Non  culpamus  donum,  sed 
usum.  Denique  si  advertisti,  non  in  decore,  sed  in  sua 
decore  dictus  est  ille  perdidisse  sapientiam.  Et  (ni  fal- 
lor)  unus  angeli,  auima?que  decor  ipsa  est.  Quid  enim 
vel  hose  vel  ille  absque  sapientia,  nisi  rudis  deformisque 
materia  est  ?  Ea  ergo  ille  non  modo  formatus,  sed  et 
formosusfuit.  Sed  perdidit  earn,  cum  fecit  suam  :  ut  non 
sit  aliud  in  decore  suo,  quam  in  sua  sapientia  perdidisse 
sapientiam.  Proprietas  in  causa  est.  Quod  sibi  sapiens 
fuit  quod  non  dedit  gloriam  Deo,  quod  non  retulit  gri- 
liam  pro  gratia,  quod  non  secundum  veritatem  ambula\  it 
in  ea,  sed  ad  suam  earn  retorsit  voluntatem  :  istud  t-t 
cur  earn  perdidit,  imo  istud  est  quod  earn  perdidit, 
Elenim  sic  habere,  perdere  est.  Et  si  Abraham,  inquii 
ex  operibus  juslificatus  est,  hubet  gloriam,  sed  non  apud 
Deum.  Et  ego  :  Non  *  ego  in  tuto,  inquam.  Perdidi 
quidquid  habeo  non  apud  Deum,  Nam  quid  tarn  perdi- 
tum,  quam  quod  extra   Deum  exsulat  ?  Quid  mors,  nisi 


Ponrquoi 

le  demon 

a  perdu 

sa  beaut£. 


ergo. 


626  CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

delavie?  Qu'est-ce  que  la  perte  du  vrai  bien,  si-     qu'il  passe  par    dessus 

non  la  separation  d'avec  Dieu  ?  Malheur  a  vous  qui 

etes  sages   a   vos  propres  yeux,  et   qui  vous  es- 

timez  prudents  a  voire  jugement.   C'est   de  vous 

qu'il  est  dit  :  «  Je  perdrai  la   sagesse  des  sages,  et 

laprudence  des  prudents  (Cor.i,  19).  »  Us  ont  perdu 

la  sagesse,  parce   que  leur   sagesse  les   a   perdus. 

Que  n'ont  point  perdu  eeiis  quise  sont  perdus  eux- 

memes?  Or  ceux  que  le  Seigneur  ne  connait  point, 

ne  sont-ils  point  perdu?? 

11.  En  elTet,  les  vierges  folles  qui  ne  sont  folles,  je 
pense,  que  parce  que  se  croyant  sages,  elles  sont 
devenues  folles;  ces  vierges,  dis-je,entendrontcette 

parole  terrible  :  .  Je  ne  vous  connais  point  (Matth.  II  faul  chercher  ffyoux  dans  le  temps,  de  la 
ixv,  12).  »  l)e  meme  ceux  qui  lirent  im  sujet  de 
gloirede  la  grace  des  miracles  entendront  aussi  la 
meme  parole  :  jenevous  connais  pas.  En  sorte  que 
Ton  voit  clairement,  par  tout  ce  que  nous  avonsdit, 
que  la  grace  nuit  plutot  quelle  ne  sert,  lorsqu'elle 
n'est  point  accompagnee  de  la  verite.  L'Epoux 
possede  evidemment  l'une  et  l'autre,  puisque  saint 
Jean-Baptiste  dit  :  «  Que  la  grace  et  la  verite  ont 
tjndla  visile  ete  bornees  par  Jesus-Christ.  »    Si  done  mon    Sei- 


mes  peches,  en  faisant 
comme  s'il  ne  les  voyait  pas,  et  qu'il  regards  avec 
compassion  la  peine  que  je  merite.  Qu'il  entre 
comme  s'il  descendait  des  montagnes  de  Bethel, 
plein  d'allegresse  et  de  magnificence,  et  comme 
s'il  sortait  du  sein  de  son  Pere,  plein  de  douceur  et 
de  bonte,  afin  qu'il  ne  dedaigne  pas  d'etre  appele 
et  de  devenir  l'epoux  de  l'ame  qui  le  cherche,  lui 
qui  etant  Dieu,  est  eleve  par  dessus  tout,  et  beni 
dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXXV. 


mere  et  dans  le  lieu  qu'il  convient :  c'est  maintenant 
le  (naps  favorable  pendant  lequel  chacun  de  nous 
peat  trouver  le  Seigneur  pour  soi  et  opirer  son  salut. 


craiodre- 


de  1'EpoDX 

gneur  Jesus,  qui  est  le  Verbe  de  Dieu  et  l'epoux 
de  l'ame,  frappe  a  ma  porte  n'ayant  que  l'une  des 
deux,  il  n'entrera  pas  comme  epous,  mais  comme 
juge ;  mais  a  Dieu  ne  plaise  que  cela  arrive,  a  Dieu 
ne  plaise  qu'il  entre  en  jugement  avec  son  servi- 
teur.  Qu'il  entre  pacifique,  qu'il  entre  gaiet  joyeux, 
et  neanmoius  qu'il  soit  serieux  et  grave,  atiu  que, 


1.  «  J'ai  cherche  toutes  les  nuits,dans  mon  petit 
lit,  celui  qu'aime  mon  ame.  (Cant.  m.  1). »  L'Epoux 
n'est  point  revenu  a  la  voix  et  selon  les  desirs  de 
celle  qui  l'a  appele.  Pourquoi  ?  Afin  que  son  desir 
augmente,  pour  eprouver  son  affection,  et  enflam- 
mer  davantage  son  amour.  Ce  n'est  done  qu'un 
effet  de  la  dissimulation  de  l'Epoux,  non  de  son  in- 
dignation. Mais  puisqu'il  n'a  pas  voulu  venir  quand 
on  l'a  appele,  ilnereste  plus  qu'a  le  chercher,  pour 
voir  si  on  pourra  le  trouver,  puisque  le  Seigneur 
dit  que  «  quicouque  cherche,  trouve  (Mall.  vii. 
).  »  Or,  voici  les  paroles  dont  elle  s'est  servie,  pour 


SoUTPDt  D 

difl^re  8 

presenc 

pour  qu'oi 

cberche  a 

plus 

d  ardeul 


i       •  "  *  ^ — »  "'■       "*>  »uu.ne»  paroles  uont  elle  s  est  wrrp   nnn 

par  le  visage  severede  la  verite,  il  reprime  ce  qu'il  le  rappe.er  :  «  Revenez,  soyez  semb ab le  mon'b' 2 

7  a  de  trop  emporte  en  moi,  et  tempere  1'exces  de  aime,  a  la  chevre  et  au  faon  de  biche   ,    L  Epo^x 

ma  joie.  Qu  il  entre  en  sautant  comme  un  faon  de  n'etant  point  revenn  h  wn»  JL  , 

biche,  mais  qu'il  ait  la  circonspection  de  la  chevre,  que  ^  us  Ivons  i  te     1'Eno  ,        '  'T        raiS°DS 

,  4ue  uuus  avons  elites,  1  Lpouse,  qui  1  aime  passion- 


privatio  vits  ?  Ita  nihil  perditio,  nisi  alienalio  a  Deo 
est.  Vie  qui  sapientes  estis  in  oculis  vestris,  el  coram 
Vobismetipsis  prudentes!  De  vobis  dicilur  :  Perdam  sa- 
pientiam  sapientium  et  prudentiam  prudentium  repro- 
babo.  Perdidcrunt  sapientiam,  quia  sua  sapienlia 
perdidH  cos.  Quid  non  perdidcrunt,  qui  est  ipsi  per- 
dili  sunt  J  An  vero  non  perditi,  quos  nescit   Deus? 

11.  Porro  autem  virgines  fatuae,  quas  quidern  non 
aliunde  fuluas  pulo,  nisi  quia  dicenles  se  esse  sapientes, 
stullcE  factae  sunt ;  hae,  inquani,  a  Deo  audire  habent  : 
Nescio  vo-t.  Et  item  illi,  qui  gratiam  miraculorum  ad 
suam  usurpaverunt  gloriam,  niliilominus  audituri  sunt, 
quia  non  nnvi  vos  :  ut  liquido  ex  his  clareseat,  gratiam 
non  prodesse,  ubi  veri'as  non  est  intentione ;  sed  obesse 
magis.  Et  quidem  penes  Sponsum  ulrajue  res.  Denique 
gratia  et  Veritas  per  Jesum-Christum  facta  est,  ait  Joan- 
nes Baptista.  Si  ergo  cum  una  quavis  harura  sine  altera 
pulsaverit  ad  ostium  meum  Dominus  Jesus-Christus 
(ipse  est  enim  Dei  Verbum,  animae  sponsus  :  )  intrabit 
sane  non  tanquam  sponsus,  sed  tanquam  judex.  Absit, 
nequnquam  liat  hoc.  Non  intret  in  judicium  cum  servo 
suo.  Intret  pacilicus,  intret  jucundus  et  bilaris  :  maturus 
tamen  et  serius  intret,  qui  severiori  quodam  veritatis 
vultu  in  me,  dum  insolenliam  reprimit,  purget  laatitiam, 
Intret  quasi  hinnulus  saliens,  quasi  caprea  circumspeclua 


qui  culpam  dissimulando  transiliat,  poenam  miserando 
respiciat.  Intret  quasi  descendens  de  montibus  Bethel 
festivus  et  splendidus,  et  quasi  procedens  a  Patre  sua- 
vis  et  mitisqui  non  dedigneturdici  et  fieri  sponsus  anima 
qua;rentis  se,  cum  sit  super  omnia  Deus  benedictus  in 
sscula.  Amen. 

SERMO    LXXV. 

Deus  qua>rendus  est  debito  tempore,  modo,  et  loco.  Et 
auod  nunc  sit  acceptabile  tempus,  in  quo  quisque  per 
bona  opera  potest  sibi  invenire  Deum,  ac  suam  ope- 
rari  salutem. 

1.  In  lectulo  meo  qu&sivi per  nodes  quern  diligit  anima 
men.  Non  est  reversus  Sponsus  ad  vocem  et  votum 
revocantis.  Quare  ?  Ut  desiderium  crescat,  ut  probetur 
aftectus,  ut  exerceatur  amoris  negotium.  Sane  ergo  dis- 
simulate est,  non  indignatio.  Sed  superest  ut  qua;ratur 
si  forte  repenatur  qnaesitns,  qui  vocatus  non  venit,  di- 
cente  Domino  :  Omnis  qui  qu&rit,  invenit.  Porro  ver- 
bum revocations  tale  est  :  Revertere,  assimilare,  dilecte 
mi,  caprea;  hinnutoque  cervorum.  Ad  quam  vocem  dum 
non  est  reversus,  utique  ob  illas  causas  quae  dicta:  sunt : 
nine  ista  quae  amat  facia  cupidior,  mox  sese  ad  requi- 


SOIXANTE-QUINZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  527 

nement,  se  sent   embrassee  d'un   plus  violent  de-  affaire.   Mais  s'il  faut  que  je  reponde  et  que  je  sa- 

sir  encore,  et  s'applique  a  le  chercber  avec  une  ar-  tisfasse,  selon  mon  peu  de  capacite,  aux  ames  qui 

deur  extraorninaire.  D'abord,  elle  cbercbe  dans  son  chercbent  Dieu,  je  dois  lirer  de  l'Ecriture  sainte, 

petit  lit,  mais  ne  l'y  trouvant  point,    elle  se  leve,  qui  est  leur  nourriture,  quelque  cbose  de  nourris- 

fait  le  tour  de  la  ville,  va  et  vient,  dans  les  places  sant  et  de  spiriiuel,  aQn  que  les  pauvres  mangent, 

publiques,  dans  les  carrefours,  et  son  epoux  ne  se  et  soient  rassasies,  et  que  leurs  cceurs  trouvent  la 


onstage  presente  point  a  elle  et  ne  parait  point.  Elle  inter- 
•echercher  ro§c  tous  ceus  <ju*elle  rencontre,  et  elle  n'en  ap- 
'Epoui.  prend  rien  de  certain.  Elle  ne  le  cbercbe  pas 
dans  une  seule  rue,  ou  pendant  une  seule  nuit, 
puisqu'elle  dit  :  Je  l'ai  cbercbe  durant  toutes  les 
nuits.  Quel  desir,  quelle  ardeur  font  qu'elle  se  leve 
la  nuit,  qu'elle  n'a  point  de  honte  de  paraitre  en 
ce  temps,  qu'elle  court  toute  la  ville,  interroge 
bardiment  tous  ceux  qu'elle  rencontre,  et  ne  pent 
etre  detournee  de   le   cbercber  par  aucune  raison, 


vie.  Or,  quelle  est  la  vie  des  cceurs,  sinon  mon 
Seigneur  Jesus-Christ,  dont  un  grand  Apotre,  qui 
vivait  de  lui,  disait :  «  Lorsque  Jesus-Christ  votre 
vie ,  paraitra  ,  alors  vous  paraitrez  aussi  dans  sa 
gloire  (Coloss.  in.  U).  »  Qu'il  vienue  done  lui-meme, 
au  milieu  de  nous,  aQn  qu'on  puisse  dire  aussi  de 
nous  avec  verite  :  «  celui  que  vous  ne  conuaissez 
pis  est  assis  au  milieu  de  vous  {Joan.  l.  26).  » 
Quoique  je  ne  voie  pas  comment  l'Epoux,  qui  est 
esprit,  peut  n'etre  pas  connu  des  personnes  spiri- 


ni  empechee  par  aucune  difflculte,  ni  relenue  par  tuelles,  je  dis  de  celles  qui  out  fait  tant  de  progres 

l'amour  du  repos  et  du   sommeil,    par   la  pudeur  dans  la viedesesprits,  qu'ellespeuvent  dire  avee  un 

d'une  epouse,  par  les  craintes  et  les  frayeurs  de  la  Prophete  :  « I.e  Seigneur  Jesus-Christ  est  un  esprit 

nuit?  Et  cependant,  nonobslant  cela,  ses  desirs  ne  present devant  nous(77(rc/i.  vn.  20),  »  etavec  l'Apo- 


sont  point  encore  accomplis  a  cette  heure.  Pour- 
quoi  ?  Que  veut  dire  un  refua  si  long  et  si  opiniu.- 
tre,  qui  nourrit  les  ennuis,  fomente  les  soupcons, 
allume  1'impatience,  irrite  l'amour,  et  cause  le  de- 
sespoir  ?  Certes,  sie'est  encore  une  dissimulation  de 
l'Epoux,  cette  dissimulation  est  bien  penible. 

2.  Je  veux  qu'elle  ait  ete  utile  et  salutaire,  lors- 
que l'Epouse  ne  faisait  encore  que  l'appcler  ou  le 
rappeler.  Mais,  maintenant  qu'elle  le  churcne  de 
cette  maniere,  a  quoi  bon    dissimuler  plus  long- 


tre  :  «  conuaitre  Jesus-Cbrist, selon  la  chair,  ce  n'est 
pas  le  connaitre  (11  Cor.  v.  16).  »  N'est-ce  pas  lui 
que  1  Epouse  cherchait  ?  11  est  maintenant  un  epoux 
aimant  et  aimable.  Oui,  dis-je ,  il  est  vraiment 
epoux  comuie  sa  chair  est  vraiment  viande,  et 
son  sang  vraiment  breuvage ;  tout  ce  qui  est  de 
lui,  etant  vrai  comme  lui,  qui  est  la  verite  meme. 
3.  Mais  d'oii  vient  que  cet  epoux  ne  se  trouve 
point,  quand  on  le  cbercbe,  surtoutquand  on  lecher- 
che  avec  tant  d'ardeur  et  de  vigilance,  tantot dans  le 


temps  ?  S'il  s'agit  icid'epoux  chaniel,  et  d'aniours  lit,  tantot  dans  la   ville,  ou  metne  dans  les  places 

desbonnetes,  comme  il  senible  que  la  lettre  y  porte  publiques  et   dans  les  rues  ?  N'a-t-il   pas  dit   lui- 

a  premiere  vue  et  si  de  semblables  cboses  arrivent  uieme  :  «  Chercbezet  vous  trouverez.  Et,  celui  qui 

parmi  eux,  je  ne  m'en  mets  pas  en  peine,  e'est  leur  cbercbe  trouve  [Math,  vu)?  »  Le  prophete  Jeremie 


rendum  tofa  aviditate  dedit.  Et  primo  quidem  quaerit 
ilium  inleetuh,  sed  minime  invenit.  SurgU inde, circuit 

civilalem,  it  et  redit  per  plateas  et  vicos  ;  et  non  oceui1- 
rit,  neque  apparel.  Interrogantur  quique  forte  occurre- 
rint;  nibilque  cerli  reportatur.  Neque  vicis  unius,  aut 
unius  noctis  qusesitio  h;ec  frustratio,  cum  dicat  ista, 
quia  qwvui'i  per  nodes.  Quid  hoc  desiderii  est  et  ardo- 
ris,  ut  surgens  de  node  publicum  non  erubescat,  per- 
currat  civilatem ,  percunetetur  palam  et  passim  de 
dilecto,  atque  a  vestigandis  semitis  ejus  nulla  valeat  ra- 
tione  averti,  nulla  praepediri  difficultate,  non  tempestivae 
retineri  amore  quietis,  non  Sponsae  verecundia,  non 
vel  timore  nocturno  ?  Et  tamen  in  his  omnibus  frus- 
trata  est  usque  adhuc  a  desiderio  suo.  Quaere?  Quid 
sibi  vnlt  pertinax  baec  et  diuturna  fraudalio,  Isdiorum 
nutrix,  suspicionum  fomes,  impatienliae  fax,  novercaamo- 
ris,  mater  desperationis?  Si  adhuc  dissimulalio  est,  ni- 
mis  est  molesta. 

2.  Esto  qnod  pie  uliliterqne  interim  fuerit  dissimula- 
tum ;  donee  in  sola  adhuc  vocatione  sea  revocatione  res 
erat.  Nunc  vero  cum  requirilur,  et  ita  requiritur,  quid 
jam  cunferre  polerit  dissimulatio  ?  Si  de  carnalibus 
Sponsis  et  pudendis  amoribus  quaestio  est,  sicut  litteralis 
superlicies  praelusisse  videtur  ;  et  si  inter  iUos  talia  con- 
tingere  queant,  mea  non  interest,  ipsi  viderint.  Quod   si 


aniaiarum  quaerenlium  Dominum  menlibus  et  affectibus 
pro  quantulocumque  posse  meo  respondere  et  satisfacere 
me  oportet,  eruendum  sane  est  de  Scriplura  sancta,  in 
qua  se  vitam  habere  confidunt,  eo  vitale  aliquid,  quo 
spiriluale ;  ut  edant  pauperes  et  saturentur,  et  vivant 
corda  eorum.  Et  quid  lamcordium  vita,  quam  Dominus 
meus  Jesus- Christus,  de  quo  aiebat  qui  eo  vivcbal,  quia 
cum  Christus  apparuerit  vita  vestra,  tunc  et  vos  uppa- 
rebitis  cum  ipso  in  gloria  ?  Ipse  ergo  ad  medium  veniat, 
quo  et  nobis  veraciter  dici  possit  :  Medius  autem  res- 
train stat,  quern  vos  nescitis.  Quanjuam  nescio  quomodo 
non  sciatur  a  spiritualibus  Sponsus  spiiitus,  qui  tamea 
ita  in  spiritu  profecerunt,  ut  possint  dicere  cum  Pro- 
plieta  :  Spiritus  ante  faciem  nostrum  Christus  Dominus. 
Et  cum  Apostolo  :  Etsi  coynovimus  Christum  secundum 
carnem,  sed  nunc  Jam  non  novimus.  Nonne  is  est,  quem 
sponsa  qusrebat  ?  Is  vere  est  sponsus,  et  amans,  et 
amabilis.  Is,  inquam,  vere  sponsus  :  sicut  caro  vere  est 
cibus,  et  sanguis  ejus  vere  est  polus  :  et  tolum  quod  de 
ipso  est,  vere  est,  quando  ipse  est  non  aliud  sane  quam 
ipsa  Veritas. 

3.  Verum  is  Sponsus  quid  est  quod  non  invenitur 
quaesitus,  cum  requiratur  tarn  studiose  et  impigre,  nunc 
quidem  in  lectulo,  nunc  vero  in  civitate,  aut  etiam  in 
plateis  vel  vicis,  ipse  autem    dicat  :  Qwxrite,  et  inve- 


528 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


a  dit  de  mfme  en  s'adressant  a  lui  :  «  Que  vous 
6tes  bon,  Seigneur,  a  l'ame  qui  vouscherche  (Tien. 
in.  25).  »  Et  le  prophete  lsaie  :  «  Cherchez  le  Sei- 
gneur, pendant  qu'on  le  peat  trouver  (ha.  lv.  6).  » 
Comment  done  les  Ecritures   seront-elles  accom- 


odate avant  qu'on  l'appelle,  on  sent  qu'il  est  pre- 
sent. Car  ecoutez  ce  qu'il  promet  :  «  Avant,  dit-il, 
que  vous  m'invoquiez,  je  dirai  :  me  voici  present 
(ha.  ixv,  26).  »  Le  Psalmiste  n'a  pas  ignore  non 
plus  que  e'est  mainlenant  le    temps  propre  et  fa- 


It  7  a  trois 
causes  qui 
foot  que  ceux 
qui  cherchent 
Jesus  ne  le 
trouvent  pas. 


1.  On  ne  le 

cberche  pas 

dans  le  temps 

qu'il  taut. 


plies  ?  Car  celle  qui   cherche  l'Epoux  ici  n'est  pas  vorable,  puisqu'il  a  dit  :  «  Le  Seigneur  a  exauce  les 

de  celles  a  qui  lui-meme  a  dit  :  «  Vous  me  cher-  desirs  des  pauvres ;  votre  oreille,  mon  Dieu,  a  en- 

cherez  et  ne  me  trouverez  point  (Joan,   vn,  34).  »  tendu  les  cris  de  leur  coeur  (Psal.  ix,  17). »  Si  nous 

Ecoutez  trois  raisons  qui  se  presentent  a  moi  pour  cherchons  Dieu  par  les  bonnes  ceuvres,  il  faut  que 

lesqiu'lles  ceux  qui  le  cherchent  ordinairement  ne  nous  fassions  du  bien  a   tout  le  monde,   pendant 

le  trouvent  pas  :  cela  arrive,  ou  parce  qu'ils  ne  le  que  nous  en  avons  le  temps  (Gal.  vi,  10),  d'autant 

cherchent  pas  dans  le  temps  qu'il  faut,  ou  parce-  plus  que  le  Seigneur  a  dit  que    la  nuit   vient   ou 

qu'ils  ne  le  cherchent  pas  coin  me  il  faut,  ou  parce  personne  ne  pourra  plus  rieu  faire  (Joan,   ix,  4). 

qu'ils  ne  le  cherchent   pas  oil   il  faut.    En  effet,  Pensez-vous  trouver  dans  les  siecles  a  venir   un 

si  tout  temps  est  propre  pour  le   chercher,  pour-  autre  temps  pour  chercher  Dieu,  et  pour  faire  de 

quoi  le  Prophete  dit-il  :  «  Cherchez  le  Seigneur,  bonnes  ceuvres,  que  celui  que  Dieu   meme  vous  a 

pendant  qu'on  peut  le  trouver  (Isa.  lv.  7)  ?  »  II  faut  donne  pour  cela,  et  dans  lequel  il  sesouviendra  de 

done  qu'il  y  ait  un  temps  ou  on  ne  puisse  pas  le  vous?  Ce  temps  est  le  jour  du  salut,  parce  que 

trouver.  Etc'estpourquoi  il  a    dit  encore  :  «  lnvo-  e'est  le  temps  oil  celui  qui  est  notre  Dieu  et  notre 

quez-le  pendant  qu'il  est  proche  »  ;  e'est  parce  qu'il  roi  avant  tous  les  siecles,  a  opere  le  salut  au  milieu 

arrive™  un  tempsou  ilnele  sera  pas.  Et  cependant  de  la  terre  (Psal.  lxxiv,  12). 

qui  ne  le  cherchera  point  alors  ?  «  Tout  le  monde,  5.  Apres   cela  altendez  au  milieu  des  enfers,  »  le 

dit-il,   pliera  le  geuou  devant  moi  (Isa.    xxxxv.  S3lut  qui  s'est  deja  opere  au   milieu  de   la  terre. 

24). »  Et  neanmoins  les  impies    ne  le  trouveront  Quel  est  ce  pardon  chimerique  que  vous  esperez  au 

point,  parceque  les  anges  vengeurs  les  empeche-  milieu  des  feux  eternels,  lorsque  le  temps  de  faire 

rout  de  le  trouver,  et  les  chasseront  de  peur  qu'ils  grace  sera  passe?  Vous  ne  pourrez  plus  offrir  de 

ne  voient  la  gloire  de  Dieu.  Les  vierges  folles  crie-  viclime  pour  vos  peches,  lorsque  vous  serez  mort 

ront  aussi,  mais  en  vain  [Math.  xxv.  10),  et  il  ne  dans  vos  peches.   Le  Ills  de   Dieu  ne  sera  point 

sortira  point  vers  elles,  parce  que  la  porte  sera  crucitie  de  nouveau.  II  est  mort  une  fois,  et  il  ne 

fermee.  Qu'elles  prennent  done  pour  elles  ceque  mourra  plus   (Rom.  vi,  9).  Le  sang  qui  a  ete  re- 
dit  le  Sauveur  :  «  Vous  me  chercherez  et  ne  me 
trouverez  point  (Joan.  vn.  34).  » 

4.  Mais  uiaintenant  e'est  le  temps  favorable,  e'est 
le  temps  du  salut  (2  Cor.  vi,  2),  e'est  le  temps  de 
chercher  et  d  invoquer  l'Epoux  puisque  souvent, 


Errenr 

au  sujet 

d'une second 

redemption 


•  Saint  Bernard  serable  aTOirici  Origene  en  vue,  ou  du  moins 
unc  erreur  qui  lui  est  attribute,  de  meme  que  nous  l'avons  vu 
s'elever  conlre  d'autres  erreurs  de  cet  ecrivain  ecclesiastique 
dans  le  trente-qualrieme  de  ses  sermons  divers,  et  dans  le  cin- 
quante-quatriome  sermon  sur  le  Cantique,  n.  3.  On  pent  consul- 
ar encore  sur  ce  sujet  Ambroise  Aulpert,  livre  X.  sur  VApoca- 
lypsc,  a  ce  verset  .  rien  de  suuilbi  n'y  eatrera,  »  oil  il  refute  la 
meme  erreur  que  saint  Bernard. 


nietis ;  et  qui  qucerit  invenit  ?  Propheta  quoqne  loquatur 
ad  eum,  Bonus  es  ,  Domine,  animce  qucerenti  (e ;  Et 
item  sanctus  Isaias,  Quwrite  Dominum,  dum  inveniri 
potest  ?  Quoinodo  ergo  iraplebuntur  ScriptursJ  Neque 
enim  quae  hie  inducitur  quaerces,  una  est  ex  his,  quibus 
ipse  ait  :  Quaeretts  me,  et  non  invenielis.  Sed  attendite 
tres  esse  causas,  quae  interim  occurrunt,  et  quaerentes 
frustrari  solent  :  cum  aut  videlicet  non  in  tempore  quae- 
runt,  aut  non  sicut  oportel,  aut  non  ubi  oportet.  Si 
enim  omne  tempus  aptum  est  ad  quaerendum,  cur  ergo 
dicit  Propheta  (quod  jam  memoravi,)  Quarite  Dominum, 
dum  inveniri  potest  ?  Erit  absque  dubio  cum  inveniri 
non  potent;  et  ideo  addit,  ut  invocetur  dum  prope  est: 
quia  fulurum  est  jam  non  prope  futurum.  A  quo  enim 
tunc  non  requiretur  ?  Mihi ,  inquit ,  curvabitur  omne 
genu,  etc.  Nee  tamen  invenietur  ab  impiis,  quosultores 
angeli  arcebunt  profecto ,  et  tollent  ne  videant  glo- 
riam  Dei.  Frustra  inclamabunt  et  fatuaj  virgines  : 
minime  prorsus  jam  ad  eas  exit,  clausa  janua.  Sibi 
proinde  dictum  putent  illse  :  Quceretis  me,  et  non  inve- 
nielis. 

k.  Caeterumnunc  tempus  acceptable,  nunc  dies  salutis 
ron't;  tempus  plane  et  quasrendi,  et  invocandi,  quando 
plerumque,    et  antequam    invocetur ,  adesse    sentUuf. 


Audi  denique  quid  polliceatur.  Antequam  me  invocetis, 
Inquit,  dicam,  Ecce  adsum.  Nee  latuit  benignitas  haec 
et  fucilitas  temporis  quod  nunc  est,  ilium  qui  in  psalmo 
loquitur  :  Desiderium  pauperum  exaudivit  Dominus, 
pneparationem  cordis  eorum  audivit  auris  tua.  Quod  si 
per  bona  opera  quaeritur  Deus,  ergo  dum  tempus  ha- 
bemus  operemur  bonum  ad  omnes  :  prassertim  quia 
Dominus  aperte  praenuntiat  venire  noctem,  quando  nemo 
potest  operari.  Tune  aliud  ad  quaerendum  Deum,  ad 
operandum  quod  bonum  est,  reperturus  es  tibi  tempus 
in  saeculis  Venturis,  praeter  hoc  quod  constituit  tibi 
Deus,  in  quo  recordetur  tui  ?  Et  ideo  dies  salutis  :  quia 
in  his  ipse  Deus,  rex  noster  ante  scecu/a,  operatus  est  sa- 
lutem  in  medio  terras. 

5.  I  ergo  tu,  et  in  medio  gehennae  exspectato  salutem 
quae  jam  facta  est  in  medio  terra?.  Quam  tibi  somnias 
proventuram  inter  ardores  sempiternos  facultatem  ve- 
niam  promerendi,  cum  jam  transiit  tempus  miserendi? 
Non  relinquitur  tibi  hostia  pro  peccatis,  mortuo  in  pec- 
catis.  Non  crucifigitur  iterum  Filius  Dei  :  mortuus  est 
semel,  jam  non  moritur.  Non  deseendit  ad  inferos  san- 
guis, qui  effusus  est  super  terram.  Biberunt  omnes 
peccatores  terrae  :  non  est  quod  sibi  ex  eo  vindicent 
dasmbnes  ad  restinguendos  focos  euos  ;  sed  neque  homi- 


SOIXAXTE-QUIXZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CAMIQUES. 


529 


panda  sur  la  terre  ne  descend™  point  dans  les 
enfers.  Tons  les  pecheurs  de  la  terre  en  ont  bu. 
Les  demons  n'en  pourront  reclamer  lenr  part  pour 
eteindre  les  flammes  qui  les  devorent,  et  les  hom- 
mes  qui  seront  les  compagnons  de  leur  misere  ne 
le  jiourront  pas  non  plus.  L'ime,  non  le  sang  de 
Jesus-Christ,  est  descendue  une  fois  en  ce  lieu;  et 
c'est  la  le  partage  de  ceux  qui  elaient  dans  cette 
prison,  c'est  la  seule  visite  qu'ils  recureut  de 
lui,  de  son  ame;  pendant  que  sou  corps  inaninie 
etait  sur  la  terre,  son  sang  a  arrose  la  terre,  l'a 
treuipee  et  enivree  ;  son  sang  a  retabli  la  pais 
entre  la  terre  et  le  ciel ;  mais  l'enfer  n'a  point  eu 
de  part  a  cette  reconciliation.  L'ame  du  Sauveur, 
comme  je  l'ai  dit,  y  est  descendue  seulement  une 
fois,  et  y  a  opere  la  redemption  en  partie,  afin  qu'il 
ne  fut  pas  un  moment  sans  faire  des  ceuvres  de 
charite  \  mais  il  n'y  retournera  plus.  C'est  done 
mainlenant  le  temps  favorable  et  propre  pour  le 
cbercher,  le  temps  oil  celui  qui  le  cherche  le  trou- 
ve,  si  neanmoins  il  cherche  oil,  et  comme  il  faut 
le  chercher.  Car  line  des  choses  qui  peuvent  em- 
pecher  que  ceux  qui  cherchent  l'Epoux  ne  le  tiou- 
commeilfaut  vent,  c'est  lorsqu'ils  ne  le  cherchent  pas  dans  le 
e  cberc  er.  tempSC0Ilvenable.  Mais  elle  n'empeche  pas  l'Epouse, 
parce  qu'elle  ne  l'invoque  et  ne  le  cherche  jamais 
que  dans  le  temps  qu'il  faut.  Elle  ne  le  cherche 
pas  non  plus  avec  tiedeur  et  avec  negligence, 
ou  par  maniere  d'acquit,  mais  elle  le  cherche  avec 


2.  Si   Ton  ne 
le  cherche 
et 


un  coeur  ardent  et  un  zele  infatigable,   comme  il 

convient  qu'elle  le  fasse. 

0.  11  ne  reste  que  la  troisieme,  qui  est  lorsqu'on 

le  cherche  oil  il  ne  faut  pas  le   chercher.    «  J'ai 

cherche  dans  mon  petit  lit.  dit-elle,  celui  qu'aime 

mon  ame  (Cant,  in,  1).  s   Peut-etre  ne   devrait-elle 

pas  le  chercher  dans  son  petit  lit,  lui  pour  qui  la  'cherche"^ 

terre  entiere  est  trop  petite,  mais    dans   son    lit.     comme  U 
.,-.  •  , .    .:  ,      ,    .  convient. 

iSeanuioins  ce  petit  lit  ne  me  deplait  pas,   parce 

que  je  sais  que  l'Epoux  s'est  fait  petit  enfant.    Car 

un  petit  enfant  nous  est  ne  [ha.  ix,  6),  dit  le  Pro- 

phete,  c'est  a  Sion  a  se  rejouir  de  ce  que  le  saint 

dlsrael   parait  dans  son    enceinte   avec   toute   sa 

gloiie  et  sa  grandeur  [ha.  xii,  6).  Mais  le  meme 

Seigneur,  qui  est  grand  dans  Sion,  est  petit  parmi 

nous,  il  est  inQrme,  il  est  faible,  et  a  besoin  de  se 

coucner,  et  de  se  coucher  dans  un  pelit  lit.Ce  petit 

lit  n'est-ce  pas  son  tombeau  ?  Ce  petit  lit   n'est-ce 

pas  sa  creche  ?  N'est-ce  pas  le  sein  de  la  Vierge  ?  0"'e^""  {j™ 

Car  le  sein  adorable  de  son  Pere  n'est  pas  un  petit   d*  l'Epoux. 

lit,  mais  un  lit  tres-grand,  dont  il  parle  quand  il 

dit  a  son  Fils  :  «  Je  vous  ai   engendre   dans   mon 

sein  avant  l'etoile  du  jour  (Psul.    cix,  3).  »  Quoi- 

que  apres  tout  ce  serait  peut-etre  une  pensee  plus 

digne  de  sa  majeste  de  dire,  que  le  sein  du   Pere 

n'est  pas  un  lit,  puisqu'il  y  est,   non  comme  in- 

firme  dans  son  lit,  mais  comme  sur   son  trone. 

Car  dans  le  Pere,  il  gouverne  toutes    choses  avec 

le  Pere.  Entin  la  foi  ne  nous  enseigne   pas  qu'il ' 


i  Telle  est  laTersion  donnee  par  la  plnpart  des  manuscrits  et 
des  premieres  editions  des  ceuvres  de  saint  Bernard.  C'est  a  peine 
si  qnelques-uus  ont  In  « jiiele  ■  anlieode  «  charite.  »  Horsiius  a 
la  an  pluriel,  ■  afin  que  les  ceuvres  de  charite  ne  manquassent 
jamais,  i  Mais  dans  cit  endroit  la  pensee  de  saint  Bernard 
n'elait  pas,  comuie  Horstius  l'a  cru.  ainsi  qu'on  le  voit  par  ses 
noies,  que  plusieurs  damnes  avaient  tie  deiivres  de  l'enfer  par 
les  merites  de  Jesus-Christ,  mais  seulement  que  les  saints  de 
l'ancien  testament  avaient  ete  tires  des  limbes  que  notre  saint 
docteur  p'ace  »  dans  l'enfer  merce,  »  comme  on  le  voit  par  son 
premier  sermon  pour  le  jour  de  Piques,  n.  5,  ou  il  l'appelle 
«  la  prison  d'enfer;  »  et  dans  son  quatrieme  sermon  pour  le 
jonr  de  la  Toossaint,  n.  i,  oa,  en  voulant  expliquer  ce  qu'on  en- 


nes  socii  daemoniorum.  Semel  illo  descendil,  non 
sanguis,  sed  anima  ,  et  ha;c  porlioeorum  qui  in  carcere 
erant.  Una  ilia  visitatio,  qua?  tunc  facta  esl  per  praesen- 
tiam  animse,  cum  coipus  penderet  exanime  super 
terram.  Sanguis  aridam  rigavit,  sanguis  infudit  terram, 
et  inebriavit  earn ;  sanguis  quae  in  terra,  et  quae  in  ccelis 
sunt  pacificavit,  non  autem  et  quae  apud  inferos  :  nisi 
quod  semel  illo,  ul  di.xi,  anima  ejus  e.tcurrit,  et  fecit  ex 
parte  redemptionera,  ne  vel  eo  momenti  vacaret  opera 
charitatis;  sed  ultra  non  adjiciet.  Ergo  nunc  tempus 
acceplabile  et  aptnm  ad  quaerendum,  in  quo  plane  qui 
quaerit  invenit  :  si  tamen  ubi,  et  uti  oportet,  quaeril.  Et 
haec  una  causa,  quae  impedire  potest,  ne  inveniatur 
Sponsus  a  quaerentibus  se,  cum  non  quaerunt  in  tempore 
opportuno.  At  non  ea  impedit  Sponsam,nempe  invocan- 
tem  et  quaerentem  in  tempore  opportuno.  Sed  ne  ilia 
quidem  eum  tepide  aut  negligenter  seu  perfunctorie 
quaerit  :  nam  corde  ardenti  et  omnino  infatigabiliter 
quaerit,  plane  ut  decet. 

T.    IV. 


tend  par  le  sein  d' Abraham,  il  dit  qn'avant  la  venae  da  Christ, 
l'entree  du  ciel  u'eliit  ouverte  a  aucun  «  juste,  »  et  que  Dieu 
leur  avait  assigne  «  dans  l'enfer  meme  un  lieu  de  repos  et  de 
rafraicbissement,  «  tel  |  omtant  qa'il  y  avait  ao  grand  chaos 
entre  eur  et  les  ames  des  damnes.  c  Car.  dit— il,  bien  que  ces 
deux  sortes  dimes  fussent  rijns  les  tenebres.  elles  n'etaient  pas 
egalement  dans  la  peine.  En  descendant  dans  ce  lieu,  le  Sau- 
veur en  brisa  la  porte  d'airain,  eu  rompit  les  gnnds  de  fer,  et 
apres  en  avoir  fait  sortir  tons  ceux  qui  etaieut  dans  ce  sejour 
comme  dans  une  prison,  etc.  •  ce  passage  explique  a  merveille 
la  pensee  de  notre  Saint,  dans  le  passage  qui  nous  occupe  en  ce 
moment. 


6.  Restat  ut  de  terlia  videamus,  ne  videlicet  ubi  non 
decel  quaeral.  In  lectulo  meo  qu<esivi  quern  diligit  anima 
mea.  An  forte  non  lectulo  quaerendus  erat,  sed  in  lecto : 
quippe  cni  orbis  angustus  est  ?  Sed  non  horreo  lectu- 
lum,  qui  novi  parvulum.  Parvu/m  denique  nob's  natus 
est.  Exsulla  tu  et  lauda  habitatio  Sion,  quia  magnus  in 
mediotursanctus  Israel.  At  idem  Dominusiu  Sion  magnus 
apud  nos  parvulus,  ajuid  nos  infirmus  repertus  est  :  ex 
uno  jacere,  ex  altera  et  in  lectulo  jacere  habeas.  An  non 
leclulus  tumulus'?  an  non  lectulus  prstsepium  ?  an  non 
lectulus  uterus  Virginia  '?  Neque  enim  magni  Patris  ute- 
rus lectulus  est,  sed  lectus  magnus,  de  quo  ad  Filium  : 
Ex  utero,  inquit,  ante  lu:iferum  genuile.  Quanquam  ne 
lectus  quidem  forsitan  digne  censendus  sit  uterus  ille, 
qui  regentis  potius,  quam  jacentis  est  locus.  Manens 
enim  in  Patre  regit  cum  Patre  uoiversa.  Denique  non 
jacere,  sed  sedere  ad  dexteram  Patris  Filium  fides  indu- 
bitata  habet ;  et  ipse  ccelum  sibi  sedem  esse,  non 
lectum  perhibet  :  ut  scias  ilum  in  suis,  id  est  in  superis, 

34 


530 


CEL'VRES  DE  SAINT  BEltNAItD. 


est  couche,  mais  qu'il  e--t  assis  a  la  droite  de  son  8.  Pour  qui  done  veillez-vous,  o  saintes  femmes,  ceqne  siRT1( 

Pere,  et  lui-meme  dit,  ijue  le  del   est   son  Irone  pour  qui  achetez-vous  des  parfums,  pour  qui  prt-    n°  ''EPnux 

u                    a\                                  ii                                 i  i       .      .,        ,            ,           n     J.                       .       cherclte  ino 

(Isa.  lxvi,  1),  non  son  lit,  aim  de  nous  apprendre,  parez-vous  des  mules  de  senteiirs?  Si  vous  saviez  tiiemeni  daa 

que  paruii  les  siens,  e'est-a-dire  parmi   les  bien-  combien  grand  et  combien  libre   eutre  les  morls  80nPeWh,■ 


Le?  infirmites 
du  Christ 
vuniirnl 
de  nous. 


heureux.  il  n'a  pas  les  soulagements  de  1'infirmiU 
humaine,  mais  des  marques  de  la  puissance. 

7.  C'est  done  avec  beauconp  de  raison  que  11"- 
pouse,  en  parlant  dn  petit  lit,  cl it  qu'il  est  a  ellp, 
parce  qn'il  .  que  loul  ce  qu'il  y  a  d'infir- 

me  en  Dieu  ne  lni  esl  pas  propre  et  nalurel,    mai3 


est  ce  mort  que  vous  allez  pour  embaumer,  vous 
lui  demanderiez  plutot  qu'il  repandil  ses  parfums 
sur  vous.  N'esl-ce  pas  lui  que  son  Dieu  a  sacre 
d'une  luiile  dejoie,  d'une  mauiere  plus  excellente 
que  tons  ceux  qui  participenl  a  sa  gloire  (Psal. 
si. iv,  8  ?  Vous  serez  bien  bcureuses,  si  en  retour- 


vienl  de  nous.  I!  a  pris  de  nous  ce  qu'il  a  soutfert     nant,  vous  pouviez  vous  glorifier  et   dire  :  a  Nous 


Sa  naissanre, 

ton  allaiie- 

ment.sa  mort 

el  sa 

sepulture. 


pour  nous,  sa  naissance,  son  allaitement,  sa  mort 
et  sa  sepulture.  La  mortalite  de  si  naissance  vient 
de  nioi,  1'inQrmite  de  son  enfance  vient  de  moi, 
les  douleurs  de  son  crucifiemeut  viennent  de  nioi, 
le  sommeil  de  sa  morl  vieut  de  moi,  Toules  ce.s 
cboses  sont  passees,  et   maintenant  tout  est   nou- 


tu  si  recu  quelque   ebose   de   la   plenitude 

(Juan,  i,  10;.  o  (.'est.  en  effet,  ce  qui  est  arrive.  Car 
ces  femmes  qui  etaient  venues  pour  rembaiiiuer, 
s'en  retournerent  embaumees  eiles-memes.  Et  com- 
ment n'auraient-ellt*s  \  oint  ete  embaumees  ]iar 
.ble  nouvelle  d'une  resurrection  si  odorife- 
veau.  «  J'.ii  ctaerche  dans  mon  petit  lit,  durant  raute?Que  les  pieds  de  ceux  qui  annoncent  la 
toutes  les  units, celui  qu'aimemon  ame.nQuoi!  vous  pais,  de  ceux  qui  annoncent  de  bonnes  nouvelles, 
cberebez  dans  ce  qui  est  J  vous  celui  qui  s'est  re-  sontbeaux!  Envoy ees  par  1'ange,  elles  font  les  fonc-  Les  saintei 
tire  dans  ce  qui  lui  appartient?  N'avez-vous  point  lions  tie  predicateurs,  et  devenues  apdlres  des  Dnt  et.-  ie« 
vu  le  lils  tie  l'honime  monter  la  oil  il  etait  aupa-  apdlres  m^mes,  en  se  hitant  d'annoncer  des  le  i^'^'g, 
ravant  ?  II  a  echange  le  tombeau  et  l'etable  eon-  matin  la  misericorde  du  Seigneur,  elles  disettt : 
tre  le  ciel,  et  vous  le  cberebez  encore  dans  votre  «  Nous  courous  dans  l'odeur  de  vos  parfums.  » 
petit  lit  1  11  est  ressuseile,  il  n'est  pas  ici.  Pourquoi  Depuis  ce  temps-la,  c'est  done  en  vain  qu'on  cher- 
cbercbez-vous  dans  ce  petit  lit  celui  qui  est  plein  cbe  l'Epoux  dins  son  petit  lit,  pirce  que  l'Eglise 
de  for.f,  dans  ce  petit  lit  celui  q  ;i  est  inQniment  ue  le  connatt  plus  maintenant  selon  la  cbair,  e'est- 
grand  et  eleve,  dans  l'etable  celui  qui  est  environne  a-dire  selon  la  faibless  i  de  la  chair.  II  est  vrai  que 
de  gloire?  II  est  entre  dans  les  puissances  du  Sei-  saint  Pierre  1 1  saint  Jean  l'ont  cherche  depuis  tlans 
gnenr;  il  s'est  revetu  de  force  et  de  beaule,  et  celui  le  sepulcre,  mais  aussi  ne  l'y  out-ils  pas  trouve; 
qui  a  ete  coucbe  sous  une  pierre  est  assis  mainte-  et  cbacun  d'eux  pouvait  tlire  alors  avec  raison  : 
naut  sur  les  Clierubins.  11  n'est  plus  coucbe  «  J'ai  cbercbe  dans  mon  petit  lit  celui  qu'aime  mon 
mais  assis,  et  vous  lui  preparez  des  soulagements  ime.  je  l'ai  cborcbe  et  je  ne  l'ai  pas  trouve.  »  Car 
comme  s'il  etait  coucbe.  Or,  il  est  assis  pour  juger,  la  cbair  du  lils  de  Dieu,  cette  cbair  qu'il  u'avait 
ou  bien  il  est  debout  pour  nous  aider,  pour  dire  pas  tiree  du  Pere,  avuut  d'aller  au  Pere,  s'est  de- 
toute  la  verite.  pouillee  de  toute  faiblesse  par  la  gloire  de  la  re_ 


nequaquam  solatia  habere  inlirmitatis,  sed  potestatis  in- 
signia. 

7.  Merito  proinde  Sponsa  ponens  lectulum  ,  dicit 
suum  :  quia  omne  quod  inlirmum  esl  Dei,  non  de  pro- 
prio  incsse  ille  manil'es'.um  esl,  sed  de  nostro.  Ex  nobis 
assumpsit  qua;  pro  nobis  suslinuit,  nasci,  laetari,  mori, 
sepeliri.  Mea  est  mortalitas  nati,  hum  inlirmitas  parvuli, 
mea  exspiratio  crucifixi ,  mea  sepulti  dormitio.  Que 
piiora  transicrunt,  et  ecce  nova  su.it  omnia.  In  lectulo 
■meo  qiuesivi  pernoctes  quern  diligit  anima  men.  Quid? 
In  tuo  quaerebas,  qui  se  jam  in  sua  receperal?  Non  vi- 
deras  Fil'ium  bominis  ascendeutem  ubi  erat  prius  ?  Jam 
coelum  lumuln  coram utavit  et  stabulo,  el  tu  ilium  in  tuo 
adhuc  leclulo  quajris  ?  Surrexit,  non  esl  bic,  Quid  quae- 
ris  in  lectulo  forlem,  in  le.-lulo  magnum,  clariOcatum  in 
stabulo?  Iniroivit  in  polenlias  Domini,  decorem  induit 
el  foriitudinem  :  ecce  sedet  super  Cherubim  ,  qui 
sub  lapide  jacuit.  Ex  hoc  jam  non  jacet ,  sed  se- 
det :  et  tu  tanquam  jacenti  subsidia  paras  ?  Sive  ,  ul 
absolutior  Veritas  sit,  aut  sedet  judicans  ,  aut  slat  ad- 
juvans. 

8.  Sic  vos,  o  bonae  mulieres,  cuinam  quaeso  excubias 


exhibetis?  cni  aromata  comparatis,  paratis  unguenta  ? 
Si  seiretis  quantus  is  sit,  quamque  sit  inter  morluos  li- 
ber morluus  iste  quern  ungere  pergilis,  vos  forsitan 
pctissetis  ab  eo  potius  uugi.  Xonne  iste  est,  quern  unxit 
Dens  suus  oleo  Isetitiae  pr;e  consortibus  suis  ?  Beati 
eritis  vos,  si  frloriari  potuetilis  reverlentcs;  et  direie, 
quia  de  plenitudine  ejus  et  nos  accepimus.  Enimvero 
factum  esl  ila.  Nam  revera  untta>  remeant,  qiue  unctu- 
ra  venerant.  Quidni  unctae  tana  laeto  nuntio  novae 
odorifera?quc  resurreclionis  ?  Quam  spe  iosi  pedes  evan- 
gelizantium  pnetm,  evangelizanlum  bona!  Missa?  ab 
antjelo  opus  faciunl  Evangelists  :  factajque  apostola; 
aposlolorum,  dum  festinant  ad  annuntinndiim  mane  mi- 
s  ii  irdiam  Domini,  dicunl  :  In  odoie  unguenlorum 
tuorum  currimus.  Exlunc  ergo  et  deinceps  frustra  in 
lectulo  qu*situs  est  Sponsus  :  quia  etsi  cognoverat  eum 
Ecclesia  secundum  carnem,  id  est  secundum  carnis  in- 
Grmilatem,  sed  nunc  jam  non  novit.  Denique  quaesitus 
est  postmodinn  a  Petroet  Joanne  idemtidem  in  sepulcro, 
sedminimeinvenltis.Yitleln,ulrumneaple  el  competen- 
ter  quisque  horumt  unc  dicerequiveril ;  Inlectuto  meoqucc 
siviquem  diligit  anima  mea  ;  quasivi,  et  non  inveni.  Nem- 


SOIXANTE-QUINZIEME  SERMON  SUR  LE  CANT1QUE  DES  CANT1QUES. 


531 


snrrection  ;  elle  s'est  r.einte  de  puissance  et  de  ma- 
jeste;e.lles'est  revetuedelumiere,  comrae  d'un  riche 
vetement,  et  s'cst  ornee  de  la  glnire  et  de  la   ma- 
gnificence dont  ilelait  convenable  qu'elle  se  parat 
pour  se  presenter  devant  le  Pore, 
^'arnonr  de       9.  Or,  c'est  a  bun  droit  que  l'Epouse  ne  dit  pas  : 
n'^niuei.  «  celui  que  j'aime,  mais,  celui  qu'aime  mon  ame,  » 
jn  chamel.  parce  q„0  l'amour  spirituel   appartient   ventable- 
mentet  proprenient  a  l'ame,  comme, par  exemple, 
l'amour  de  Dieu,  d'un  ange,  ou  i-'une  ame  sem- 
bluble  a  elle.  Tel  est  encore  l'amour  de  la  justice, 
de  la  verite,  de  la  piete,  de  la  sagesse,  etdes  autres 
vertus.  Car  lorsque  l'ame  aime,  on  plul6t   desire 
quelque  cbose  s  don  la  chair,  comme  la  nourriture, 
les  habits,  la  puissance,  et  Ins  autres  cboses  cor- 
porelles  et  terrestres,  cet  amour  appartient  plulot 
a  la  chair  qu  a  l'ame.  Je  fais  cette   reflexion  pour 
expliquer  ce  que  l'Epouse   dit  d'unc  t'acon  moins 
ordinaire,  mais  non  moins  propre,   que   son    ame 
aime  l'Epoux,    en  faisant   voir  par  la  que  l'Epoux 
est  espnt  et  qu'elle    l'aime   d'un    amour  non  pas 
charnel,  mais   spirituel.  Et  c'est  encore  fort  a  pro- 
pos  qu'elle  dit  qu'elle  1'a  cherehe  durant  toutes  les 
m  Us.  Car,  si  selon  I'Apdlre,  «  ceux  qui  dormenl, 
donnent  la  nuit,  etceux  qui  sunt   ivres,  le  sont  la 
nuit  (Thcss.  v,  7),»  on  pent  dire  aussi,    comme  je 
crois,  ([lie  ceux  qui  iguorent  la   verite,   l'igiiorent 
la  nuit,  et  pourtaut  que  ceux  qui  la  ch*rcuent,   la 
cbercheiit  la  nuit.  Car  qui  cherehe  ce  qui  parait  a 
decouveit?  Or,  le  jour  decouvre    ce   que    la    mat 
couvrait,  et  1'on  tr«.uve  le  jour  ce   qu'on   cherchait 
la  nuit.  11   est  done   nuit   pour  l'ame   taut  qu'elle 
cherehe  l'Epoux,  parce  que  s'd  et.iit  jour,   elle  le 
Verrait  aisemelit  et  ne  le  chereberait  pas.  En  voila 


assez  stir  ce  sujet,  a  moins  qu'on  ne  dise  que  ce 
nombre  de  nuits  signilie  encore  quelque  chose. 
Car  l'Epouse  ne  dit  pas  qu'elle  l'a  cherehe  durant 
la  null,  mais  durant  les  units. 

10    II  me  semble,  si  vous  n'avez  rim  de  mieux  a  Les  nnits  do 

,  .  p       niondL'  sont 

proposer,  qu'on   en  pent  donner  cette  raison.   Le  noalbreUses. 

monde-ci  a  ses  nuits,  et  elles  sont  nombreuses.  Que 

dis-je  ?  non-seulement  il  a  des  nuits,  mais  il  n'est 

presque  qu'une  nuit,  et  il  est  toujours  plonge  dans 

les  tenebres.  La  nuit,  c'est   la  perfidie  des  Juifs  ; 

la  nuit,  c'est  l'ignorance  des  paiens,  c'est  l'erreur 

opiniatre  des  heretiques;  la  nuit,  enfln,  c'est  lacon- 

duite  charnelle  et  aminale  des  calholiques.   N'est- 

ce  pas  une  nuit  lorsqu'on  negoute  point  les  cboses 

de  l'esprit  de  Dieu?  De  meme,  autant  il  y  a  de  sec- 

tes   heretiques  ou  schismatiques,  autant  ilyade 

nuits.  C'est  en  vain  que  dans  ces  nuits  vous  eherchez 

le  Soleil  de  justice,  et  la  lumiere  de  la  verite  qui  est 

l'Epoux.   il  n'y  a  aucune  alliance  entre  la  lumiere 

et  les  tenebres.  Mais  dira-t-on  peut-elre,  l'Epouse 

n'est  pas  assez   insensee,  ni    assez   aveugle,  pour 

chercher    la   lumiere    dans    les    tenebres   et    son 

bien-aime  parmi  ceux  qui  ne  le  connaissent  et  ne 

l'aiment  point.  Comme  si  l'Epouse  disait  qu'elle  le 

cherehe,  non   pas   qu'elle  l'a  cherehe.  Elle  ne    dit 

pas,  je  cherehe:  mais,  «  j'ai  cherehe  duranl  toutes 

les  nulls  celui  qu'aime  mon  ame.  »  Et  le  sensdeces 

paroles  est,  que,  lursqu'elle  etai!  petite,  elle  n'avait 

que  des  sentiments  et  des  pensees proporlionnees  a 

la  faiblesse  de  son  age,et  die  cherchait  la  veiite  oil  ' 

elle  n'est  pas,  errant  de  toutes  parts  pour  la  trou- 

ver,   et  ne  la  trouvant  point,  selon  ce  qui  est  dit 

dans  un  psmme:  «  J'ai  erre  comme  une  brebis 

perdue  (Psal.  cxvm.  176).   »    Aussi   dit-elle  qu'elle 


pe  Hura  ad  Patrem  caro  quae  non  erat  ex  Palre,  prius  per 
gloriam  rosurrectionis  omne  mlirmum  sc  exuit,  accinxit 
polentia  indiht  lumine  sicut  vestinento  :  in  quali  ni- 
mirum  gloria  et  omatu  decuit  earn  paterais  aspedibus 
praesentari. 

9.  Pulchre  vero  Sponsa,  non  quern  diligo  ego,  sed 
qw?m  diiigit  anima  men,  inquit :  quod  vere  et  propriead 
solam  pertiaeat  animam  ilia  dileclio,  qua  illiquid  spiri- 
tualitcr  diiigit,  verbi  gratia,  Deum,  angelum,  animan. 
Sed  et  diligere  justitiam,  veritatem,  pietalem,  sapien- 
tiam,  virtutesque  alias,  ejusaiodi  est.  Nam  cum 
secundum  carnem  quippiam  diiigit,  vel  potius  appelit 
anima,  verbi  gratia  cibum,  vestimenlum,  dominium,  et 
qua?  istiusmodi  sunt  corporalia  sive  terrena,  carnis  po- 
tius; quam  anima3  amor  dicendus  est.  Et  hoe  pro  eo 
qimil  Sponsa  minus  usilate,  sed  non  minus  proprie, 
animam  suam  Sponsum  diligere  dicit, monstrans proinde 
spiritum  esse  Spoiuim,  et  a  se  non  carnali,  sed  spiri- 
tuali  amore  diligi.  Et  bene  per  nod**  se  qussisse  eum 
ait.  Nam  si  juxta  PauUim,7KJ'  rtormiuat,  nocte dormiunt ; 
et  qui  ebrii  sunt,  node  ebrii  sunt  :  ita  non  absurde 
(ut  opinor)  dici  potest,  quo  I  qui  ignorant,  nocte  igno- 
rant; ac  per  hoc  qui  quaerunt,  nocte  quierunt.  Qms 
enim  quaerat,  quod  palam  habet?  Porro  dies  palam  fa- 
cit,  quod  nox   abscondit,  ut  reperias  in  die,  quod  in 


nocte  quawieras.  Nox  est  ita  que   donee  qusrilur   Spon- 

Sus:  quoniam  si  dies  esscl,  de  medio   fieret,  et  mmime 

quEereretur.   Et   de  hoc    satis  :    nisi   forte    numerositas 

l,,ic  noctium    aliquid  adbuc  quaerendum  signet  *,  quia  .„unsinuet. 

non  noclem,  sed  noetcs  posuit. 

10.  Et  rnilii  videtur,  si  tu  melius  non  habes,  talis 
posse  ratio  reddi.  Habet  mundus  iste  noctessuas,  et  non 
paucas.  Quid  dico,  quia  nodes  habet  mundus,  cum 
pene  lo!us  ipse  sit  nox,  et  totus  semper  versetur  in  te- 
nebi'is?  Nox  est  Judaica  perfidia,  nox  ignoiantia  paga- 
norum,  nox  haerelica  pravitas,  nox  etiam  catholicorum 
carnali's,  aoimalisve  conversatio.  An  non  nox,  ubi  non 
percipiuntur  ea  qua;  sunt  spiritus  Dei?  Sed  et  apud 
bsteticos  vel  schismalicos  quot  sects,  tut  noctes.  Prus- 
l,a  per  has  nodes  justitiiE  solcm  et  lumen  quientis 
verilatis,  id  est  Sponsum  :  quia  nulla  socielas  luei  ad 
tenebras.  Sed  dicit  aliquis,  quod  non  sit  tam  stulta, 
tamve  cieca  Sponsa,  ut  quasrat  lumen  in  tcneb.is,  quauat 
dilectura  apud  ignoranles,  et  qui  non  diligunt  eum. 
Quasi  vero  se  per  nodes  nunc  qu;erere  dicat,  et  non 
potius  quasisse.  Non  ait,  qusro  ;  sed,  qutesioi  per  noc- 
),-,  quern  diiigit  anima  mea.  Et  est  sensus,  quia  cum 
esset  parvula,  sapiebat  ut  parvula,  et  quaerebat  veritatem 
ubi  non  erat,  errans,  et  non  invenieus,  juxta  lllud  in 
psalmo  :  Erravi  sicut  ovis  qua  periit.  Demque  in    tec- 


532  OEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD, 

etait  alors  dans  son  petit  lit,  c'est-a-dire  fort  peu 
avancee  en  age  et  faible  d 'intelligence. 

11.  Mais  si  on  accepte  ee  sens,  il  faut  expliquer 
ces  paroles  :  «  Dans  mon  petit  lit,  en  sous  enlen- 
dant  le  mot  couchee  ou  itant;  et  traduire  ainsi : «  j'ai 
cherche dans  mon  petit  lit,  celuiqu'aime  mon  Ame.  » 
Je  ne  l'ai  pas  cherche  dansmon  petit  lit,  mais  c'cst, 
etanl  dans  nion  petit  lit  que  je  l'ai  cherche.  C'est- 
a-dire  :  lorsque  j'6tais  encore  faible  et  intirme,  in- 
capable de  suivre  l'Epouz  partout  ou  il  allait,  de  le 
suirre  dans  les  ebemins  rudes  et  escarpes  on  il  iuou- 
tait,  j'ai  rencontre  plusieurs  personnes  qui,  eonnais- 
sant  mon  desir,  me  disaient:  «  le  Christ  est  ici,  le 
Christ  est  la  [Mure,  xni,  21),  »  et  il  n'etait  ni  la,  ni 
ici.  Neanmoins  je  ne  suis  pas  fachee  de  les  avoir 
reucontrees.  Car  plus  je  me  suis  approchee  d'elles,  et 
plus  je  les  ai  examinees  de  pres,  plus  j'ai  reconnu 
avec  certitude  qui;  la  verite  n'etait  point  parmielles. 
Car  je  L'ai  cherchee  et  ne  l'ait  point  trouvee,  et  j'ai 
experiments  ijue  ce  qu'elles  appelaient  jour,  etait 
une  veritable  nuit. 

12.  Alors  j'ai  dit  en  moi-meme  :  «  11  faut  que  je 
me  leve  et  que  je  fasse  le  tour  de  la  ville ;  il  faut 
que  je  cherche  par  les  rues  et  par  les  places  publi- 
ques  celui  qu'aiine  mon  ame  (Cant,  in,  2).  »  Voyez- 
vous  mainlenant  qu'elle  etait  couchee,  puisqu'elle 
dit  qu'elle  se  relevera  ?  et  certes  elle  avait  bien  rai- 
son  de  le  dire,  car  comment  ne  se  leverait-elle  point 
apres  avoir  appris  la  resurrection  de  son  bien-aime  ? 
Mais,  6  bienbeureuse  Epouse,  si  vous  etes  ressusci- 
tee  avec  Jesus-Christ,  il  faut  que  vous  gouliez  les 
choses  du  ciel,  et  que  vous  ne  cherchiez  pas  Jesus- 
Christ  ici-bas,  mais  la-haut,  oil  il  est  assis  a  la 
droite  du  Pere  (Coloss.  m,  1).   «  Je   ferai  le  tour  de 


la  ville.  »  Dites-nous  pourquoi  cela?Ce  sont  les 
impies  qui  marchent  en  tournant.  Laissez  cela  aux 
Juifs,  dont  un  de  leurs  propheles  a  predit  «  qu'ils 
enrageront  de  faim  comme  iles  chiens,  et  qu'ils 
tourneront  dans  toute  la  ville  (Psal.  lviii,  7).  »  Si 
vous  entrez  dans  la  ville,  dit  un  autre  prophete, 
vous  lestrouverez  exlenues  de  faim  (Jer.  xiv,  is); 
ce  qui,  sans  doule,  n'air.vcrait  pas  si  elle  avait  ete 
hirn  pourvue  du  pain  de  vie.  11  s'est  leve  des  en- 
trailles  de  la  terre,  mais  il  n'est point  demeure  sur 
la  terre.  II  est  monte  ou  il  etait  avant  de  venir  au 
monde.  Car  celu)  qui  est  descendu  est  celui-la 
meme  qui  est  moule,  le  pain  vivant  qui  est  des- 
cendu du  ciel,  L'Epoux  de  I'Eglise,  J6sus-Christ 
Notre-Seigneur,  qui  etautUieu,  eteleve  par  dessus 
tout,  esl  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  LXXV1. 

Clarte  de  I'Epoux;  e'est  dans  cette  clarte  qu'il  est  assis 
egal  a  son  pere  el  a  la  droile  de  sa  yluirc.  Les  bons 
pasteurs  doivent  Ore  atlentifs,  vigilant*  el  discrets, 
en  faisant  paitre  les  brebis  qui  leur  sunt  cunfiees. 

1.  «  Je  chercherai  par  les  rues  et  par  les  places 
publiques  celui  qu'aime  mon  ame  (Canl.  in,  2).  » 
Elle  n'a  encore  que  le  sentiments  dune  petite  en- 
fant. Je  pense  quelle  a  cm  qu'aussitot  qu'il  est  sorti 
du  tombeau,  il  s'est  produit  en  public  pour  ius- 
truire  les  peuples  selon  la  coutume,  pour  guerir 
les  malades,  pour  manifester  sa  gloire  dans  Israel, 
alin  de  voir  s'ils  le  recevraieut  ressuscite,  apres 
avoir  promisde  lerecevoir  s'il  descendait  de  lacroix. 


tulo  se  memorat  tunc  adhuc  esse,  tanquam  aetate  imbe- 
cillem  ac  parvulam  sensu. 

11.  Si  taaien  ila  conslruas,  In  lectulo  meo,  subaudis, 
exsislcns  vel  jacens,    qua'sivi  quern    dUigitanima    mea; 

'ticmss.non  I10n  qua?sivi  in  lectulo,  sed  ens  *  in  leclulo  quaesivi  : 
•edem,  hoc  est,  Cum  adhuc  infirma  et  invalida  forem,  et  om- 
nino  minus  idonea  sequi  Sponsum  quocumque  iret, 
sequi  ad  ardua  et  excelsa  sublimitatis  illius ;  incidi  in 
mullos,  qui  cognoscentes  desiderium  meum,  dicebant 
mihi  :  Ecce  hie  est  Christus,  ecce  illic  est  :  et  neque 
hie,  neque  illic  erat.  Incidi  autem,  et  non  ad  insip>en- 
tiam  mihi.  Nam  quo  proprius  acccssi,  et  cxploravi  diligen- 
tius,  eo  cilius  cerliusque  cognovi,  veritatem  apud  eos 
minime  esse.  Queesivi  enim,  et  non  invent  :  et  depre- 
hendi  nodes,  qui  se  dies  meutiebantur. 

12.  Et  dixi  :  Surgam,  et  circuibo  civitatem  :  per  viens 
et  plateai  quxram  qu-tn  diligil  anima  mea.  Intaere  vel 
nunc,  quia  jacet  qua?  dicit,  Surgam.  Pulchre  omnino. 
Quidni  surgeret,  cognito  de  resurrcctione  dilecti  ?  Cx- 
terum,  o  beata,  si  consurrexisti  cum  Christo,  quae  sur- 
sum  sunt  sapias  oportet  ;  neque  deorsum,  sed  sursuin 
quadras  Christum  necesse  est,  ubi  sedet  in  dextera  Pa- 
tris.  Sed  circuibo  ais,  civitatem.  Ad  quid  ?  In  circuitu 
impii  ambulant.  Juda»is  istud  relinquito  ,  quibus 
proprius  eorum  Propheta  hoc   vaticinatus  est,  quia   fa- 


mem  patientur  ut  canes,  et  circuibuni  civitatem.  Et  si 
introieris  in  civitatem ,  secundum  Prophetam  ahum, 
ecce  attenuati  fame  :  quod  utique  non  esset,  si  in  ea 
fuisset  panis  viUe.  Surrexit  de  corde  terra?,  sed  super 
terrain  non  remansit.  Ascendit.  autem  ubi  erat  prius. 
Nam  qui  descendit,  ipse  est  et  qui  ascendit,  panis  vivus 
qui  de  ccelo  descendit,  idem  ipse  sponsus  Ecclesiae  Je- 
sus-Christus  Dominus  nosier,  qui  est  super  omnia  Deus 
benedictus  in  scecula.  Amen. 

SERMO  LXXVI. 

De  c/aritate  Sponsi  ,  »j  qua  coaqualis  Patri  sedet  a 
dextris  gloria!  ejus  :  et  qualiter  boni  pastores  debent 
eise  solUciti  vigiles  et  discreti  circa  pascendas  animas 
sibi  commissas. 

i,  Per  vicos  et  platens  quaernm  quern  diligil  anima 
mea.  Adhuc  ut  parvula  sapit.  Puto  arbitrata  est,  egres- 
sum  de  tumulo  publicum  mox  peliisse,  ut  solito  doceret 
populos,  ac  sanaret  inlirmos,  et  nt  manifestaret  gloriam 
suam  in  Israel,  si  I'orte  reciperent  resui-gentem  de  morte 
qui  se  recepturos  promittebant  descendentem  de  cruce. 
Verum  ille  perfecerat  opus,  quod  sibi  dederat  Pater 
ut  faceret,  quod  sane  ista  intellexisse  debuerat  vel  ei 


S0IXANTE-SE1ZIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTJQUES.  533 

lip.  il,  6).  Que  la  place  duFils  unique  soit  done  un 


Pourquoi  ^ais  ^  avaut  ac'ieve  l'oeuvre  que  son  Pere  lui  avait 
Christ  est  ordonne  de  faire,  ce  qu'elle  aurait  du  comprendre 
au  moins  a  celle  parole  qu'il  dit  avec  tant  de  force 
lorsqu'il  t'ut  pres  d'expirer:  «  Tout  est  consomme 
(Joan,  xix,  10).  »  Iln'avait  plusbesoin  de  se  montrer 
denouveau  parmilepeiiple.puisquepeut-etreiln'eiit 
pas  cru  d 'a vantage  en  lui.  Et  ilsehatait  d'aller  a  son 
Pere  qui  luidisait:  «Asseyez-vousamadroite,jusqu'a 
cequej'aiereduit  vosennemisa  etre  l'esoabeaude  vos 
pieds  (Psal.  cv,  1).»  Car  lorsqu'il  sera  eleve  de  laterre, 
il  tirera  toutes  choses  a  lui  avec  plus  de  force  et  de 
puissance.  Mais  l'Epouse  croit  qu'il  faut  le  chercher 
par  les  rues  et  les  places  publiques,  parce  qu'elle 
desire  ardemment  jouir  de  sa  presence,  et  ne  sait 
pas  ce  mystere  ;  e'est  pourquoi  se  voyant  encore 
frustree  de  son  esperance,  elle  dit  encore,  «  je  l'ai 
cherche,  et  ne  l'ai  point  trouve  (Cant,  m,  2),  »  afin 
que  ce  qu'il  a  dit  soit  accompli  :  «  Je  vais  a  mon 
Pere  et  vous  ne  me  verrez  plus  (Joan,  xm,  16).  » 
La  lisinn  2.  Mais  peut-etre,  dit-elle  :  Comment  done  croi- 
meritede  ront-ils  en  celui  qu'ils  n'ont  point  vu?  Comme  si 
lafoi?  ]a  f0i  venait  de  la  vue,  nou  pas  de  l'ouie.  (Juelle 
merveille  y  a-t-il  a  croire  ce  qu'on  voit,  et  quelle 
louange  inerite-t-on  d'ajouter  foi  a  ses  yeux  ?  Mais 
Iorsque  nous  esperons  ce  que  nous  ne  voyons  pas, 
nous  1'attendons  avec  patience,  et  cette  patience  est 
un  mente.  Bienheureux  sont  ceux  qui  n'ont  point 
vu,  et  n'ont  point  laisse  de  croire  (Joan.  xx.  29). 
C'estdonc  afin  qu'elle  ne  perde  point  le  merite  de  la 
foi,  et  pour  donner  lieu  a  la  vertu,  qu'il  se  soustrait 
a  ses  yeux ;  d'ailleurs  il  est  temps  qu'il  se  retire 
chez  lui.  Si  vous  me  demandez  oil  il  se  retire,  je 
vous  dirai  e'est  a  la  droite  du  Pere.  Car  il  ne  croit 
pas  faire  un  larcin  en  se  rendant  egal  a  Dieu  (Phi- 


zes mots 
est  assis  1 
la  droite 
du  Pere. 


lieu   inaccessible  a  toutes  sorlcs  d  outrages.   Qu  il 
>  j  .     .      »..    ,      „.  c      Ce  qu'il  faut 

s  asseye,  non  au  dessous,  mais  a  cote  du  Pere,  afin  entendre  par 
quetousglorifientleFilscommelePere.  C'estencela  jf 
que  paraitra  l'egahte  de  sa  puissance  et  de  sa  ma- 
jeste  s'il  n'est  ni  ihferieur  ni  posterieur  au  Pere. 
Mais  l'Epouse  ne  considere  aucune  de  ces  cboses. 
Enivree  d'amour,  elle  court  ca  et  la,  et  cher- 
che  des  yeux  celui  quin'e4  plus  visible  aux  yeux, 
mais  a  la  foi.  Car  elle  ne  croit  pas  que  Jesus-Christ 
doive  entrer  dans  sa  gloire,  si  auparavant  la  gloire 
de  la  resurrection  n'est  rendue  publique,  l'impiete 
confondue,  si  les  fideles  ne  se  rejouissent,  les  dis- 
ciples ne  se  glorifient,  les  peuples  ne  se  convertis- 
sent,  et  enfin  si  tout  le  monde  ne  le  glorifie,  apres 
que  sa  presence  et  sa  resurrection  auront  convaincu 
tous  les  hommes  de  la  verite  de  ses  predictions. 
Vous  vous  trompez,  6  Epouse,  ces  choses  doivent 
arriver,   en  elTet,  mais  en  leur  temps. 

3.  Mais  maintenant,  voyez  s'il  n'est  pas  plus  di- 
gne  de  la  majeste  de  Dieu ,  et  plus  conforme 
a  sa  justice,  de  ne  pas  donner  le  saint  aux  chiens, 
et  les  perles  aux  pourceaux;  d'dter  l'impie,  comme 
dit  l'Ecriture,  de  peur  qu'il  ue  voie  la  gloire  de 
Dieu  (ha.  xxvi.  10),  de  ne  pas  priver  la  foi  de  son 
merite,  parce  qu'elle  est  plus  eprouvee  lorsqu'on 
croit  ce  qu'on  ne  voit  point,  de  reserver  en  elle,  eTriTdTfleie" 
pour  ceux  qui  en  sont  dignes,  ce  qui  est  cache  a 
ceux  qui  sont  indignes,  alin  que  ceux  qui  sont  souil-  ■ 
les  de  crimes  le  soient  encore  plus,  et  que  ceux 
qui  sont  justes  deviennent  encore  plus  justes,  s'ils 
ne  s'endorment  d'ennui.  Que  les  cieux,  et  les  cieux 
des  cieux,  sechent  de  deplaisir,  et  soient  confondus 
dans  leur  attente,  plutdt  que  le  Pere  tout-puissant 


L'ascerjsioi 
du  Christ 


voce  pendenlis,  ilia  scilicet,  qnaillico  exspiraturus  ait  : 
Consummation  est.  Non  erat  jam  quod  se  denuo  crede- 
ret  turbis,  qua!  nee  sic  forsitan  erant  in  eum  crcditurse. 
Et  festinabat  ad  Patrem,  qui  sibi  diceret  :  Sede  a  dex- 
trin meis,  donee  ponam  inimicos  tuos  scabellum  pedum 
tuorum.  Fortius  netnpe  atque  divinius,  cum  exaltatus 
fuerit  a  terra,  omnia  trahet  ad  seipsum.  Ha?c  autem  per 
vicos  et  plateas  quterendum  putavit,  fruendi  avida,  sed 
ignara  mysterii.  Uerum  ergo  frtislrata  repetit  dicens, 
Qua>sivi  ilium,  et  non  inveni ;  ut  sermo  impleietur 
quern  dixit  :  Quia  vado  ad  Pat  rem,  et  jam  non  videbi- 
tis  me. 

2.  Dicat  forsitan  ista  :  Quomodo  ergo  credent  in 
eum,  quern  non  videbunt  ?  Quasi  fides  ex  visu  sit,  et  non 
potius  ex  audita.  Quid  magni  est  credere  quod  videris,  et 
tuis  non  negare  oculis  fidem  qui  laudis  meretur  ?  Sed 
si  quod  non  videmus  speramus,  per  patienliam  exspec- 
tamus  ;  et  pnticntia  meritum  est.  Beati,  detiiquc  qui  non 
viderunt,  et  crediderunt.  Proinde  ut  non  evacuetur  me- 
ritum lidei,  sitbducat  se  visui,  dans  virtuti  locum.  Etiam 
et  tempus  est  ut  jam  in  suum  sese  recipiat.  Quaeris, 
in  quern  suum?  In  dexteram  patris.  Neque  enim  rapi- 
nam  arbilrabitur  esse  se  aequalern  Deo,  cum  sit  in 
forma  Dei.  Ergo  is  sit  Unigeniti  locus,  in  quo  omnis 
ejus  injuria  propulsata  videatur.  Sedeat  sane  juxta,  non 


infra,  ut  omnes  honorificent  Filium,  sicut  honorificant 
Palrem.  In  hoc  apparebit  majestatis  iequalitas,  si  nee 
inferiorem  Patre,  nee  posteriorem  suspexeris.  At  ista 
interim  nihil  horum  advertit  :  sed  quasi  ebria  prae  amore 
hac  illacque  discurrens,  quasrit  oculis,  quern  jam  octilus 
non  contingil,  sed  fides.  Non  enim  existimat  Christum 
alitor  oportcre  intrare  in  gloriam  suam,  nisi  prius  resur- 
rectionis  gloria  palam  mundo  innotescente  confutetur 
impietas,  exsultent  fideles,  glorientur  discipuli,  populi 
convertantur,  demumque  ab  universis  glorificetur  ipse, 
cum  ex  prajsentia  resurgentis  cunctis  claruerit  Veritas 
pr33dicenlis.  Falleris,  o  Sponsa.  Oportet  quidem  hcec 
fieri,  sed  in  tempore. 

3.  Nunc  vero  interim  vide,  ne  forte  id  dignum  magis 
et  supernos  consentaneum  jnstitise  sit,  si  non  detur 
sanctum  canibus,  et  margaritae  porcis  :  si  potius,  secun- 
dum Scripturam,  lollatur  impius,  ne  videat  gloriam  Dei; 
si  non  fraudetur  fides  merito,  quas  tunc  sane  probatior 
esse  dignoscitur,  cum  ereditur  quod  non  videtur  :  si 
penes  ipsam  servetur  dignis,  quod  occultatur  indignis  ; 
ut  qui  in  sordibus  sunt  sordescant  adhue,  et  justi  justi- 
ficentur  magis,  si  non  dormitlent  pra?  taedio.  Cceli  et 
cceli  ccelorum  tabescant  et  conlundanlur  ab  exspectalione 
sua,  si  non  ipse  Pater  omnipolens  diutius  jam  frustretur 
a  desiderio  cordis  sui  ;  si  non  demum   Unigenitus  ultra 


5;u 


OEUVRES  DE  SAINT  ISERNAlin. 


Si  I*  Christ 

deli    loritier 
ce  o'esl  paa 

suppliant. 


soit  frustre  plus  longtemps  du  desi  de  son  omir,  maute  du  Pere  1  Evidemment,  il  y  a  egalite  la  oil 
plut6l  que  le  Fils  unique  differe  d'avantage  d'en-  il  y  a  coeternite  ;  mais  line  egalite  si  grande  que  la 
trer  dans  sa  gloire,  re  qui  serait  souverainement  gloire  de  tous  deux  n'est  qu'une  meme  gloire, 
indigne.  Qu'est-ce  que  toute  la  gloire  des  mortels,  commeils  nesonttousdeux  qu'unemSme  chose;  e'est 
quelque  grande  qu'  lie  puisse  etre,  pour  fitre  capa-  pourquoi  lorsqu'il  dit  em  ore  :  «  Mon  I'ere,  glori- 
ble  de  le  reteuir  lanl  soil  pen  el  rempeeher  d'al-  (lez  notre  nom  {Joan.  xn.  28)  »,  il  inc  semble  qu'il 
leriouirde  celle  que  son  Pere  laur  prepare  de  ne  demandeauliv  chose,  sinon  qu'il  le  glorilie  lui- 
loule  eternitc?  Ajoutez  a  cela,  qu\l  n'est  pi>  rai-  meme,  parcc  que  e'est  en  lui,  el  par  lui,  que  le  nom 
sonnable,  que  la  demande  du  Fils  Undo  plus  long-  du  Pere  est  glorifie.  Aussi  11-  Pere  lui  repuudil-il  « Je 
temps  a  etre  exaucee  :  >■  Mon  Pere,  gloriliez  to-  l'ai  glorilie  el  le  glontierai  encore  denouveau  [Ibid. 
tre  l  ils  [Joan.  xvii.  1).  »  Ce  qu'il  ne  demande  pas,  xth).  »  Reponse  qui  ne  lui  pas  une  petite  glorilica- 
acequeje  crois,  comme  suppliant,  mais  comme  turn  du  Fils.  Mais  il  fut  glorifie  d'une  maniere  bien 
sachaul  ce  qui  doit  arriver.  II demande  librement,  plus  grande  el  |>lu>  auguste  aufleuve  du  Jourdain, 
ce  qu'il  esl  en  son  pouvoir  de  recevoir.  Cette  de  par  le.temoignage  de  saint  Jean,  par  la  colombe 
mande  du  Fils,  n'est  done  pas  un  effetde  necessite,  qui  apparut  sur  lui,  et  par  cette  voix  qu'on  en- 
nui- de  d  spensation,  parcequ'il  donne  avec  le  Pere  tendit  :  «  Voici  mon  Fils  [Matt.  m.  16).  »  De  meme 
tout  ce  qu'il  a  recu  du  Pere.  sur  le  mont  Thabord,  devantles  trois  disciples,  il 
It.  11  faut  aujourd'hui  remarqiier  que,  non-  fut  glorifie  d'une  facon  Ires  magnifique,  taut  par 
seulement,  le  Pere  glorifie  le  Fils,  mais  que  le  la  meme  voix  qu'on  entendit  encore  du  ciel,  que 
Fils  aussi  glorifie  de  Pere,  alin  que  personne  ne  par  cette  merveilleuse  et  excellente  transfiguration 
dise  que  le  Fils  est  moindre  que  le  Pere,  paree-  de  son  corps,  et  meme  pour  l'altestation  de  deux 
qu'il  ieci.it  la  gloire  de  son  Pere  puisque  lui-  prophetes,  que  les  apotres  vireut  s'entretenir  aTec 
meme     glorilie  son    Pere.   Car   il  dit  lui-meme  :  lui. 

«  Mon  Pere  glontiez  notre  Fils,  aim  que  noire  Fils        5.Ce  qui  reste  done,  e'est  que,  selon  la  promesse 

vous  glorifie  {Ibid).  »  Mais  peut-etre  croirez  vous  du  Pere,  il  soit  encore  glorilie  une  fois,  et  ce  sera 

que  Fils  est  niomdre  que  le  Pere.  parce  qu'il  semble  le  comb'.e  et  la  plenitude  de  sa  gloire,  a   laquelle 

que,  n'ayant  point   de  gloire  de  lui-meme,   il   en  on  ne  pourra  plus  rieiiajouter.  Mais,  oil  cette  gloire 

recoive  du  Pere,  pour  la  lui  rendre  ensuite.  Ecou-  lui  sera-t-elle  donnee.  Ce  ne  sera  pas,  comme  pen- 

tez    il  n'en   est  pas  ainsi :  «   Gloritiez-moi,    dit-il,  sait  l'Epouse,  dans  les  places  publiques,  on   dans 

de  la  gloire  que  j'ai  ene  en  vous,   avant  que  le  les  rues  d'une  ville  «  Vus  places,  Jerusalem,   sont 

nionde   fut  eree.  »  Si  done  la  gloire  du    Fils  n'est  pavees  d'or  pur,  et  Ton    chanters  des  chants  de 

pas  poslcrieure  at  celle  du  Pere,  puisqu'il  la  possede  joie  par  toutesvos  rues  (Tub.  xlu.  22) .  »  Car,  e'est 

de  touleeternile,  il  est  visible  quele  Pere  etle  Fils  dans  ces  places  que  le  Fils  a  recu  duPere  un  gloire 

se  glorilient  egalement.  Cela  etaut,  ou  est  la  pri-  si  grande,  qu'on  n'en  pourra  point  trouver  de  pa- 


Sur  lo  moi 
Tliabor. 


La  plus 
graniie  es 

dans 
les  cieux. 


ab  introitii  gloria;  snip  (quod  vcl  solum  indijrnissimum 
est)  aliquatenus  retardelur.  Qnanli  pntas  *stimanda  sit 
gloria  quantacumque  mortalium,  ut  ab  ea,  qua?  a  Palre 
suo  ab  iElcrno  parata  est,  debeal  eum  vel  ad  modicum 
retinere?  Adde  quod  nulla  ratione  in  longius  protrahi 
decel  ipsiiis  Filii  pelilionem.  Quam  dicara  pelitionem 
quaeris?  Nempe  Warn,  qua  liicit  :  Pater,  clarified Filium 
luum.  Quod  lumen  cum  peliis.se  senserim,  non  nl  sup- 
plicem.  sed  ul  prascium.  Liliere  pclilur,  quod  in  polos- 
tale  peienlis  accipere  est.  Ergo  dispensatoria  est  Filii 
pelilio,  non  ncressaria  :  quippe  donunlis  cum  Palre, 
qnidquid  a  P.ilrc  acceperit. 

4.  libi  et  hoc  dicendum,  quia  non  solum  pater  clari- 
lical  Filium,  sed  cl  Films  clarificat  Palrem  :  ne  qtiis 
dicat  Filium  minorem  Patre,  quasi  qui  a  Palre  clarifi- 
celur,  cum  et  ipse  clarilicet  Pa  rem,  dicente  Filio  : 
Pater,  clarifica  Filium  tuum,  ul  Filius  f"«?  clmifieet  le. 
Sed  forie  adbuc  summittendum  pules  Filium,  quod 
quasi  inglorius  videatur  a  Patre  recipere  claritafem, 
quam  demum  P.itii  rernndat.  Audi  quia  non  est  ita. 
Clarifica  me,  inquit,  P  'ate  quam  habui,  prius- 

quavi  mundui  fiernt,  apud  le.  Si  ergo  claritas  Filii  pos- 
terior non  est,  ulpotc  quae  ab  seterno  est  :  ex  a;quo  se 
clariflcant  Pater  et  Films.  El  si  ita  est,  ubi  Palris  pri- 
matus?  /Equalitas  profeclo  est,  ubi   coaeternitas  est.  Et 


usque  adeo  aeqnali las,  ut  una  sit  chrilas  amborum,  s'cut 
ipsi  nnuui  Eunt.  Unde  mihi  vidclur  dicendo  rursum, 
Pater,  clarifica  nomen  luum,  non  sane  aliud  pctere, 
quam  se  clarificari,  in  quo,  et  per  quern  nomen  Patris 
procul  dubio  clarificarelur.  El  responsum  accepit  a 
Palre  :  £7  clarifica'),  el  iterum  ciarificubo.  Qua?  quidem 
ipsa  Palris  responsio  non  parva  Filii  glorilicalio  fuit. 
C.rter.im  abundanlius  ad  Quenta  Jordanis,  augusliusque 
clariiicatus  dignoscilur,  et  Joinnis  tcslimomo,  et  co- 
lumbie  desigualione,  et  voce  Palris  dicenlis  :  Hie  est 
Films  man  dilectus.  Sod  el  in  monle  coram  tribus  dis- 
cipulis  nihilomiuus  magnificentissime  clarificaius  esl, 
turn  voce  eadem  denuo  ad  se  ccelilus  delapsa,  turn  mira 
ilia  cximiaque  transflguratione  corporis  sui,  turn  etiam 
prophetarum  allestatione  duorum,  qui  ibidem  apparue- 
runt  cum  eo  loquenles. 

5.  Superest  ergo  ut  juxta  promissum  Patris  semel 
adhuc  clarificetur,  eaque  erit  plenitudo  glorias,  cui  non 
queat  amplius  addi.  Sed  ubi  ilia  dabilur  benedictio?  Non 
enim,  ul  ista  suspicala  est,  in  plateis  vel  vicis,  nisi  forte 
in  illis,  de  quibus  dicitur  :  Pluletr  lua;,  Jrrusalem,  iltr- 
nenlur  auro  mundo,  et  per  omnes  vicos  tuos  alleluia 
ibiiur.  In  bis  revera  illam  recepil  a  Palre  Filius 
clarilalem,  cui  non  potcril  similis  inveniri,  ne  in  cceles- 
tibus  quidem.  Cui  enim  aliquando    angelorum    dictum 


S0IXANTE-SEIZ1EME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CAIS'TIQUES. 


535 


reille,  meme  parmi  les  esprils  celestes.  Car  a  qui,     bite  dans  leurs   coeurs  par  la  foi.  Qu'y  a-t-il  de 
parmi  les  anges,  a-t-on  dit  :  «  Asseyez-vous  a  ma     plus  proche?  Cherchez  done  avec  confiance,  cher- 


II  n'y  t  que 

le  Cbritt 

\u\  soil  assis 

a  la  droite 

du  Pere. 


droite  (llcb.  I  13).  »  Non-seulement,  il  ne  s'est 
point  tinuvr  d'anges,  mais  il  ne  s'est  pas  meme 
trouve  d'archanges,  ni  d'autre  ordiv  encore  plus 
eleve  qui  ait  ete  digne  de  recevoir  une  gloire 
si  excellenle.  Cetle  parole  glorieuse  n'a  ete  adres- 
see  a  aucun  d'eux.  et  pas  un  n'en  a  eprouvel'effet. 
Les  Troiies,  les  Dominations,  les  Principautes,  les 
Puissances,  desirent  bien  sans  doute  le  coulempler, 
mais   n'oseraient  se   comparer  a  lui.  C'est  done  a 


chez  avec  zele  :  «  Le  Seigneur  est  bon  a  l'ame  qui 
le  cherche  (Thren.  in.  25).  »  Cherchez- le  par  vos 
desirs,  suivez-le  par  vos  actions,  Irouvez  le  pir  la 
foi.  Qu'est-ce  que  la  foi  ne  trouve  point'?  Elle  at- 
teiut  tout  ce  qui  est  inaccessible,  elle  decouvre 
ce  qui  est  cache,  elle  comprend  l'immensite,  elle 
s'etend  jusqu'aux  choses  les  plus  reculees,  et  enfiu, 
elle  enferme  comme  dans  son  sein  l'eternite  meme. 
Je  dirai   hardiment :  jene  compremls  pas  la  trinite 


mon  Seigneur  seulement  que  le   Seigneur  a  dit  et  bienheureuse  et  eternelle,  mais  la  croyant,  je  la 

accorde  de  s'asseoir  a  la  droite  de  sa  gloire,  comme  compremls,  en  quelque  sorte,  par  la  foi. 

lui  etaut  egal  en  gloire,  consubstantiel  en  essence,  7.  Mais  on   dira  :   Comment  croira-t-elle,  si  on 

semblabie  par  sa  generation,  pared  en  majeste,  en  nel'instruit?  Car    la  foi  entre  en  nous   par   l'ou'ie 


Ou  et  com- 
ment il  faut 

,  hercher 
le  Bien-aime. 


eternite.  C'est  la,  oui,  c'est  la  que  celuiqui  le  cher- 
chera  le  trouvera,  et  ce  sera  sa  gloire  ;  non  une 
gloire  comme  celle  des  autres,  mais  un  gloire  digne 
du  Fils  unique  du  Pere,   (Joan.  i.   14).  » 

6.  Que    ferez-vous   o   l'Epouse  ?   Croyez-vous  le 


(Rom.  x.  17).  Dieu  y  pourvoira.  Et,  voici  deja 
des  personnes  qui  se  presentent,  pour  informer 
celte  nouvelle  Epouse  qui  doit  etre  unie  a  l'Epoux 
celeste  des  choses  qu'cllc  doit  savoir,  pour  lui  en- 
seigner  ce  qui  regarde  la  foi,  ce  qui  concerne  la 


pouvoir   suivre  jusque-la.  Osez-vous,  ou  pouvez-    piete  et  la  religion.  Car,  ecoutez  ce  quelle  ajoute 


vous  entrer  dans  un  secret  si  saint,  et  dans  un 
sancluaire  si  secret,  pour  conlempler  le  F:ls  dans 
le  Pere,  et  le  Pere  dans  le  Fils?  .Non  cerles.  Vous 
ne  pouvez  pas  aller  maintenant  oii  il  est,  mais, 
vous  y  viendrez  un  jour.  Ne  perdez  pas  courage, 
ueanmoins,  suivez-le,  et  que  ses  claries  et  ses  gran- 
deurs inaccessibles  ne  vous  detournent  point  de 
cette  recherche,  et  ne  vous  fassenl  point  desesperer 
de  letrouver.  Si  vous  pouvez  croire,  tout  est  pos- 
sible  a  celui  qui   croit  (Mall.  IX.  12) .     «LeVerbe, 


«  Les  sentinelles  qui  gardent  la  ville  m'ont  trouvee 
(Cant.  in.  3).  »  Qui  sont  ces  sentinelles?  Ce  sont 
ceux  que  le  Sauveur,  dansl'Evangile,  appelle  bien- 
heureux,  s'il  les  trouve  vigilants  lorsqu'il  viendra 
(Luc.  xu.  37).  »  Combien  sont  bonnes  les  sentinel- 
les qui  veillent,  lorsque  nous  tlormons,  comme 
devant  rendre  compte  de  nos  ames.  Quelle  n'est 
pas  la  bonte  de  ces  gardiens,  dont  l'esprit  veille 
toujours,  etqui,  passant  la  nuit  en  oraison,  recon- 
naissent  adroitement  les  embuches  des  ennemis, 


est  proche  de  vous,  il  est  dans  votre  bouche,  il  est  previenneut  leurs  mauvais  desseins,  decouvrent 
dans  votre  coeur  (Rum.  x.  8).  »  Croycz,  et  vous  l'a-  leurs  lilets,  eludeut  leurs  artilices,  eventent  leurs 
vez  trouve.  Les  lideles  savent  que  Jesus-Christ  ha-     stratagemes.  Ce  sont   les  amateurs  de  leurs  freres 


Les  senti- 

Dtlles  et  lei 

gardes  ce 

soot  les 

pasteurs  dee 

ames. 


est,  sede  a  dextrin  meisl  Non  modu  autem  de  numero 
angelorum,  sed  nee  de  superioribus  quidem  reliquis 
beatorum  ordinibus  oninino  qnis  reperlus  iduneus  est 
ad  capessendaai  superexcellentem  hanc  gloriam.  Ad 
nemincai  prorsus  illorum  facta  est  vox  ilia  gloria;  singu- 
laris,  nemini  vocis  in  se  effieienliam  experiri  datum.  Sive 
Tbroni,  sive  Uoniinuliones,  sive  Principalus,  sive  Po- 
tentates, profecto  desiderant  in  cum  prospicere,  non  se 
illi  comparare  prcesumunt.  Igitur  Domino  meo  singula- 
riter  a  Uoniino  el  dictum,  et  datum  est,  sedere  a  dex- 
tris  g*>ri*  ipsuis,  utpole  in  gloria  coaequali,  in  essentia 
consubstantiali,  pro  generatioue  consimili,  majestate  non 
dispari,  slernitate  non  posteriori.  Ibi,  ibi  ilium  qui 
quaerct  inveniet,  et  videbit  gloriam  ejus  :  non  gloriam 
quasi  unius  caeteronmi,  sed  plane  gloriam  quasi  Um- 
(jeniti  a  Patre. 

6.  Quid  facies,  o  Sponsa?  Pulas  potes  seqni  eum 
illuc?  Aut  te  ingerere  audes  vcl  vales  huic  tarn  snncto 
arcano,  tamque  arcano  sancluario,  ut  Filium  in  Patre, 
et  Palrem  intuearis  in  Filio'?Nun  ulique.  Ubi  est  ille, 
lu  non  potes  venire  mode,  venies  autem  postea.  Age 
tauien,  sequere,  quaere;  nee  te  inaccessibilis  ilia  claritas 
vcl  sublimitas  a  quxrendo  deterreat,  ab  inveniendo  des- 
perare  faciut.  Si  potes  credere,  omnia  possibilia  sunt  cre- 
denti.  Prope  est,  inquit,  verbum  in  ore  tuo,  et   in  corde 


tuo.  Crede,  ct  invenisti.  Nam  credere  invenisse  est.  No- 
runt  lideles  inhabitare  Christum  per  lidem  in  cordibussuis. 
Quid  propius  est?  Quaere  ergo  secura,  qua're  devota. 
Bonus  est  Dominus  an'unae  qmErenti  se.  Qua're  volis, 
sequere  aetibus,  fide  inveni.  Quid  non  inveniat  Fides? 
Attingit  inaccessa,  deprehendit  ignota,  comprehendit 
immensn,  apprehendit  novissima,  ipsam  denique  aeterni- 
tatem  suo  illo  vastissiuio  sinu  quodani  modo  circumclu- 
dit.  Fidenter  dixerim,  aeternam  bealamque  Trinitalcm, 
quam  non  intelligo,  credo;  ct  fide  leneo,  quam  non 
capio  mcnle. 

1.  Sed  dicit  aliquis.  Quomodo  credet  sine  praedicante, 
cum  (ides  ex  auditu  sit,  audilus  per  verbum  prasdica- 
tionis?  Deus  hoc  providebit.  Et  ecce  jam  pra;sto  sunt 
qui  novam  sponsam,  ccele-sli  nupturam  sponso,  de  quibus 
oportel,  instiuant  et  informent,  fidem  doceanl,  formam 
pietatis  ac  religionis  tradanl.  Audi  namqueqnid  adjiciat. 
Inrenerunt  me  vigiles,  qui custodiunt  civitatem.  Quicnim 
vigilcs  hi?  Ncmpe  illi,  quos  Salvator  in  Evangelio  bea- 
tos  pronunliat,  si,  cum  venerit,  invenerit  vigilantes. 
Quam  boni  vigilcs,  qui  nobis  dormienlibus  ipsi  pcrvi- 
gilant,  quasi  rationeui  reddiluri  pro  auimabus  nostrisl 
Quam  boni  custodes,  qui  vigilantes  animo,  atque  in  ora- 
tionibus  pernoutantes,  hostium  insidias  sagaciter  explo- 
rant,  anticipant   concilia    malignantium,    deprehendunt 


536 


(EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Quand  tous 
les  autret 
doroieDt  ils 
moDtent  la 
garde. 


Les  fideles 

c'est  la  rite 

TEnoose. 

les  brebis. 


Ce  qu'on 

exige  atact 

tout  d'on 

pasteur  c'est 

l'amour. 


et  du  peuple  fidele,  ceux  qui  prient  beaacoup  pour 
le  peuple  et  pour  toute  la  sainte  cite.  Ce  sont  ceux 
qui,  pivnant grand  soin  des  troupeaux  quele  Sei- 
gneur leur  a  confies,  offreiil  des  le  matin,  des 
sacrifices  an  Seigneur,  qui  Its  a  crees,  et  le  prient 
en  la  presence  du  Tres-Haut.  lis  veillent  el  ils 
prient,  sachant  combien  ils  sont  pou  capables 
d'eux-m£mes  de  garder  la  cite,  et,  comme  dit  le 
Prophele,  «  que  c'est  en  vain  qu'on  garde une  ville, 
si  Dieu  no  la  garde  lui-meme  [Psal.  c.  vi.  l).» 

8.  En  effet,  puisque  le  Seigneur  commande  de 
veiller  et  de  prior,  de  peur  qu'on  u'entre  en  tenta- 
tion,  il  est  visible  que  sans  ce  double  exercice,  et 
cette  double  application  de  gardiens  fldeles,  la  ville 
ne  petit  pas  etre  en  surete,  non  plus  que  l'Epouse 
et  les  brebis.  Demandez-vous  quelle  difference  il  y 
a  enlre  les  brebis,  l'Epouse,  et  la  cite  ?  Ce  nest 
qu'une  meme  chose.  C'est  line  cite  parce  que  c'est 
l'asseuiblee  des  fideles,  une  Epouse  a  cause  de  l'a- 
mour, des  brebis  a  cause  de  la  douceur.  Voulez- 
vous  que  je  vous  fasse  voir  que  l'Epouse  est  la 
meine  chose  que  la  cite  :  «  J'ai  vu,  est-il  dit,  la  cite 
sainte,  la  nouvelle  Jerusalem  descendant  du  ciel, 
que  Dieu  avait  paree  comme  une  epouse  ornee 
pour  son  epoux  [Apoc.  xi,  2).  »  Vousr  econnaitrez 
qu'il  en  est  de  meme  des  brebis,  si  vous  vous  sou- 
venez  combien  le  Sauveur  recommanda  l'amour  au 
premier  pasteur,  je  veux  dire  a  saint  Pierre,  lorsqu'il 
lui  confia  ses  brebis  pour  la  premiere  fois.  Ce  que 
ce  maitre  si  sage  n'aurait  pas  fait  avec  tant  de  soin, 
s'il  n'eiit  senti  qu'il  etait  epoux,  comme  sa  cons- 
cience lui  en  rendait  temoignage  au  fond  de  son 
cceur.  Ecoutez  i  eci,  amis  de  lepoux,  si  toulefois 
vous  etes  ses  amis.  Mais  j'ai  trop  peu  dit   en  vous 


appelanl  simplement  amis.  II  faut  que  ceux  qu'il 
daigne  honorer  du  privilege  d'une  si  grande  fami- 
liarite  soienl  ses  amis  au  superktif.  Ce  n'est  pas  en 
vain  que,  conllant  le  soin  de  ses  brebis  a  saint 
Pierre,  il  lui  .lit  trois  fois  :  «  M'airaez-vons  [Joan. 
XXI,  15?  »  Et  je  crois  qu'il  lui  a  vouhi  dire  ensub- 
tauce  :  si  votre  conscience  ne  vous  rend  leraoignage 
que  vous  m'aimez,  et  que  vous  m'aimez  beaucoup, 
parfaitement,  c'est-a-dire  plus  que  vos  propres  in- 
terets,  plus  que  vos  parents,  et  plus  que  vous-meme, 
atin  d'accomplir  le  nombre  de  cette  triple  repeli- 
tion,  ne  vous  chargez  point  de  ce  soin,  et  n'entre- 
prenez  point  de  gouverner  mes  lirebis  pour  les- 
quellesj'ai  repandu  tout  mon  sang.  Parole  terrible 
et  capable  d'emouvoir  les  coeurs  les  plus  endurcis 
de  ceux  qui  exercent  une  domination  tyrannique. 
9.  C'est  pourquoi  qui  que  vous  soyez,  qui  avez 
ete  appele  a  ce  ministere,    vefflez  exactement  sur  ^"fon'luV" 


pasteur*. 


cette  triple    in-  8"0dueJu^r' 


vous-meme  et  sur  le  precieux  depot  qui  vous  a  ete 
contie.  C'est  une  ville,  veiUez  pour  la  garder  et  la 
maintenir  en  pais.  C'est  une  epouse,  ayez  soin  de 
lorner;  ce  sont  des  brebis  prenez  garde  a  les  bien 
nourrir.  El  peut-etre  n"est-ce  pas  secarter  du  sens  II,  doireni 
que  de  rapporter  ces  trois  choses  a 
terrogation  que  Jesus-Christ  fit  a  saint  Pierre.  Pour 
bien  garder  la  ville,  il  faut  la  defendre  de  trois 
maux,  de  la  violence  des  tyrans,  des  ruses  des  he- 
retiques,  et  des  tentations  des  demons,  l/ornement 
de  l'Epouse  doit  consister  dans  les  bonnes  ceuvres,  L\V.  nournr!' 
dans  les  bonnes  moeurs,  et  dans  une  conduite  pru- 
dente  et  legitime.  La  nourriture  des  brebis  doit  se 
puiser  ordinairement  dans  les  paturages  excellents 
de  l'Ecriture  sainte,  comme  dans  l'heritage  du  Sei- 
gneur, mais  ilyfautapporterquelquediscernement. 


•aqueos,  eludtint  tendiculas,  retiaeula  dissipant,  machi- 
namenla  frustranlur  !  Hi  sunt  fratrum  amatores  et  populi 
Christiani,  qui  mullum  orant  pro  populo  ot  universa 
sancta  civitate.  Hi  sunt,  qui  mullum  solliciti  pro  sibi 
commissis  dominicis  ovibus,  corsuum  tra.lunt  ad  rigi- 
landum  dilueulo  ad  Dominum  qui  fecit  illos,  et  in  cons- 
pectu  Altissimi  deprecantur.  Et  vigilant,  et  deprecantur, 
scientes  suara  insulficientiam  in  custodienda  civitate,  et 
quia  nisi  IJuminus  cuslodierit  civitatem,  frustra  vig'ilat 
qui  custodit  cam. 

8.  Porro  cum  Dominus  ita  pracipiat,  vigitate,  ei  orate 
ne  inlretii  in  ienintionem ;  liquet  quod  absque  duplici 
hoc  exercitio  Odelium,  sludioque  custodum,  non  potest 
esse  secura  civilas,  non  Sponsa,  non  oves.  Horum  diffe- 
rentiam  qua>ris.»  Unum  sunt.  Civitas  propter  collectio- 
nem,  Sponsa  propter  dilectionem,  oves  propter  mansue- 
tudinem.  Vis  scire  hoc Sponsam,  quod  civitatem  esse? 
Yidi,  inqnit,  emtaiem  sahctam  Jerusalem  novum  des- 
eendentein  de  cae/o  a  Deo,  paratam  ttmquam  sponsam, 
ornalam  vim  suo.  Idemtidcm  tibi  hoc  et  de  ovibua 
liquido  apparebit,  si  recorderis,  primus  ille  custos  (Pe- 
trum  loquor)  cum  sibi  primo  oves  commilterentur,  quam 
attcnte  simul  de  amore  commonilus  sit.  Quod  utique 
tanti  cura  sapiens  creditor  non  fecisset,  nisi  se  sentiret 
sponsum,  id  sibi  utique  ex  intimo  rcspondente  conscien- 


tia.  Audite  haec,  amici  Sponsi,  si  tamen  amici.  At  pa- 
nim  di\i,  amici  :  amicissimi  sint  oporlet,  qui  privilegio 
tanta?  familiaritatis  donantur.  Non  otiose  tolies  repeti- 
tum  est,  Pelre  arnas  me,  in  commissione  ovium.  Etego 
quidem  id  signiQcatum  perinde  puto,  ac  si  illi  dixisset 
Jesus  :  nisi  testimonium  tibi  perbibenle  conscientia 
quod  me  ames,  et  valde  perrecleqne  ames,  hoc  est  plus 
quam  tua,  plus  quam  tuos,  plus  quam  ctiam  te,  ut  bujus 
repetilionis  mea;  Humerus  impleatur;  nequaquam  sus- 
cipias  curam  hanc,  nee  te  intromiltas  de  ovibus  raeis 
pro  quibus  sanguis  utique  meus  efTusus  est.  Tembilis 
sermo,  et  qui  possit  etiam  impavida  qnorumvis  tyranno- 
rum  eorda  concutere. 

9.  Proptereaattendite  vobis,  quicumque  opus  ministerii 
hujus  sortiti  estis;  atlendite,  inquam,  vobis,  et  pretioso 
deposito,  quod  vobis  creditum  est.  Civitas  est  :  vigilate 
ad  custodiam,  concordiamque.  Sponsa  est  :  studete  or- 
natui.  Oves  sunt  :  intendile  pastui.  Et  b;ec  Iria  ad  illam 
Domini  trinam  sciscitatiooem  forte  non  incongrue  peiti- 
nere  dicenlur.  Porro  custodia  civitatis  ut  sit  sufllciens 
trifaria  erit,  a  vi  tyrannorum,  a  fraude  ha'reticorum,  a 
tenlationibus  dsemonum,  Sponsae  vero  ornalus  in  bonis 
operibus,  et  moribus,  et  ordinibus.  At  pastus  ovium 
communiter  quidem  in  pascuis  Scripturarum,  tanquam 
in  hsreditate  Domini  :  sed  est   distinctio   in   illis.  Nam 


SOlXANTE-SEIZlEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


537 


Car  il  y  des  commandements  qui  sont  imposes  aux 

esprits  durs  et  charnels,  par  une  loi  de  vie  qui  est 

inviolable.  II  y  a  des    dispenses    qui    sont  donnees 

par  misericorde  aux  personnes   infirmes  et  faibles. 

1  y  a  trois  Et  il  y  a  des  conseils  forts  et  solides,  qui  sont  pro- 
patara?cs  ,  -       ,      ,  .  . 

differeuts.    poses  par  une  sagesse   prohmde  a   ceux   qui    sont 

sains    et  exerces  a  discern er  le  bien  d'avee  le  mal. 

Car  a  ceux  qui  sont  dans  l'enfance  on    ne    donne 

comme  a  des  enfanls  que  le  lait    des    exhortations, 

non  des  viandes  solides.  II  faut  ajouter  a  cela    que 

les  bons    et   fideles  pasteurs  ne  cessent  point   d'en- 

i  graisser  leur  troupeau  par  des  exemples    salutaires 

et  agreables,  etplutotpar  les  leurs  que  par  ceux  des 

autres.  Car  s'ils  le  font  plulot  par  ceux  d'autrui  que 

par  les  leurs  propres,  cela  tourne  a  leur  confusion, 

etil  s'enfaut  bien  quele  troupeau  profite  autant.  Par 

exemple,  si  moi,  qui  a  votre  egard   semble  tenir  la 

place  depasteur,  je  vous  par  lede  la  douceur  deMoise, 

de  la  patience  de  Job,  de  la  misericorde  de  Samuel, 

de  la  saintete  de  David,  et  d'autres  exemples   sem- 

blables  de  vertus,  et  que  je  sois  severe  et  impatient, 

sans  misericorde  et  sans  piele,  vous  goiiterez  moins 

sans  doute  ce  que  je    vous  dirai,    et   m'ecouterez 

avec    moins    d'ardeur.    Or,  j'apprehende  bien  que 

cela  ne  soit  ain;i  a  mon  egard.  Mais  je  laisse  a  la 

divine   bonte   a  suppleer  ce    qui  vous  manque  de 

notre  part  et  a  corriger    ce  qui    est  defectueux   en 

nous.  Le  bon  pasteur  aura  suin    aussi    d'avoir   en 

lui  ce  sel  dont  il  est  parle   dans   l'Evangile  (Marc. 

lx,  69),  sachant  qu'un  discours  assaisonne  de  ce  sel 

est  aussi  agreable  que  salutaire.  Voila  ce   que  j'a- 

vais  a  dire  touchant  le  garde  de  la  cite,  l'ornement 

de  l'Epouse  et  la  nourriture  des  brebis. 


sunt  mandata,  quae  duris  atque  carnalibns  animia  impo- 
nuntur  ex  lege  vitae  et  discipline  :  et  sunt  olera  dispen- 
sationum,  quae  infirmis  et  pusillis  corde  de  respectu 
misericordiae  apponuntur  :  et  sunt  conciliorum  solida 
fortiaque,  qtiae  ex  intimis  sapientiae  proponuntur  sanis , 
et  qui  exercitalos  habcnt  seusus  ad  discretionem  boni 
et  mali.  Parvulus  namque,  tanquam  agniculis,  adhorta- 
tionis  lac  potus  datur,  non  esca.  Ad  baec  boni  sollicili- 
que  pastores  impinguare  pecus  non  cessant  bonis  laelis- 
que  exemplis,  et  suis  magis,  quam  alienis.  Nam  si  alienis 
et  non  suis;  ignominia  est  illis,  el  pecus  ita  nonprolicit. 
Si  cnim,  verbi  causa,  ego  qui  videor  inter  vos  pastoris 
gerere  curam,  vobis  apposuero  Moysi  tnansuetudinem, 
patientiam  Job,  misericordiam  Samuclis,  David'  sancti- 
talem,  et  si  qua  sunt  ejusmodi  exempla  bonorum,  im- 
mitis  ipse  et  impatiens,  atque  immiscricors  et  minimc 
sanctus  :  sermo  (ut  vereor)  minus  sapide  eveniet,  el  vos 
minus  avide  capietis.  Verum  hoc  supernae  pietali  relin- 
quo,  ut  quod  minus  vobis  ex  nobis  est,  isla  suppleat ; 
et  quod  perperam,  ipsa  corrigat.  Nunc  vera  bonus  pas- 
tor hoc  quoque  curabit,  ut  secundum  Evangelium  inve- 
nialur  habere  sal  in  semelipso  ,  sciens,  quia  sermo  sale 
conditus  quantum  placuerit  ad  graliam ,  tantum  pro- 
derit  ad  salutem.  Hcec  interim  de  custodia  civi- 
latis,  atque  ornatu  sponsae  ,  necnon  et  pastu  ovium 
dicta  sint. 


10.  Je  veux   neaumoins    encore   expliquer   cela     Quality* 
plus  en  detail  pour  ceux  qui  briguaut  les  bonneurs   requises  eo 
avec  une  a  vidite  excessive,  s'engagenttemeraireruent 
a  porter  des  fardeaux  qui  sont  au  dela  de  leurs  for- 
ces, et  s'exposent  a  de  tres-grands  perils,  afin  qu'ils 
sachent  pourquoi  ils  y  sont  entres,  selon  cette  pa- 
role de  l'Ecriture  :    «  Mon  ame,  pourquoi  etes-vous 
venue  ici.  »    Car    pour    garder  seulement  la   cite 
comme  il  faut,  il  faut  un  bomme  fort,  spirituel,  et    eiige  iroi» 
fidele.  Fort,  pour  repousser  les  insultesde  l'ennemi,      °  0'e''' 
spirituel,  pour  decouvrir  ses  etiibiiches,    et  lidele, 
pour  nepaschercber  ses  propres  interets.  D'ailleurs, 
pour  regler  et  corriger  les  mceurs,    ce  qui  regarde 
l'ornement  de  l'Epouse,  il  n'y  a  personne  qui   ne  L'oraemeot 
voie  qu'une  ceinture  exacte   de  la   discipline  y  est       dem. 
absolument  necessaire?   C'est  pourquoi  quiconque 
est  engage  dans  ce  ministere  doitetre  enllamme  de 
ce  zele  dont  etait  embrase  cet  homme  si   jaloux  de 
la  gloire  de  l'Epouse  du  Seigneur,   lorsqu'il  disait : 
«  J'ai  pour  vous  une  sainte  jalousie.  Car  je  vous  ai 
fiances  a  Jesus-Christ,  alin  que  vous  vous  conser- 
viez  purs  pour  lui  seul  (1  Cor.   xi,  2).  »  De  plus, 
comment  un  pasteur  ignorant  pourrait-il  conduire 
les  troupeaux  du  Seigneur  dans  les  piturages  des 
Ecritures  divines  ?  Mais  quand   il  serait  savant,  s'il 
n'est  homme  de  bien,  n'y  a-t-il   pas  sujet  de  crain- 
dre  qu'il  ne  nourrisse  pas  taut  sou  troupeau  par  l'a- 
bondance  de  sa  doctrine,  qu'd    ne  lui  nuise    par  la 
sterilite  de  ses  vertus?  Sans  la   science  done  et  la    . 
bonne  vie,  c'est  temerairement  qu'on  s'ingere  dans 
cet  emploi.  Mais  je  suis  oblige  de  finir,  quoique  ne- 
anmoins  je  n'aie  pas  acheve  tout  ce  que  j'ai  a  dire 
sur  ce  sujet.  Nous  sommes  appeles  a  une  autre  ma- 


id. Volo  tamen  adhuc  eadem  paulo  expressius  desi- 
gnare  propter  eos,  qui  dum  avide  nimis  honoribus 
inhiant,  minus  provide  gravibus  se  supponunt  oneribus, 
exponunt  periculis  :  ut  sciant  ad  quid  venerint,  sicut 
scriptum  est  :  Amice,  ad  quid  venis(i  ?  Ni  fallor,  ad  so- 
lain  civilatis  custodiam,  ut  quantum  satis  est  procuretur, 
opus  est  viro  forti,  spirituali,  tideli.  Forli  ad  propulsan- 
das  injurias,  spirituali  ad  deprebendendas  insidias,  fideli 
qui  non  quse  sua  sunt  quaerat.  Porro  autem  ad  mores 
honestandos  vel  corrigendos  (quod  utique  ad  decorem 
pcrl.inet  sponsae)  quis  non  liquirio  agnoscat  pernecessa- 
riam  fore  cum  multa  quidem  diligentia  disciplinae  cen- 
suram?  Eapropter  omnis,  cui  hoc  opus  incumbit,  opor- 
tet  ferveat  zelo  illo,  quo  accensus  praecipuus  ille  aemu- 
lator  sponsae  Domini  aiebat  :  JEmulor  vos  Dei  cemu/a- 
ttone ,  despondi  enim  vos  uni  viro  virginem  castam 
exhibere  ChriHo.  Jam  quomodo  in  pascua  divinorum 
educet  eloquiorum  greges  dominicos  pastor  idiola?  Sed 
et  si  doctus  quidem  fuerit,  non  sit  autem  bonus:  veren- 
duin  ne  non  tarn  nutriat  doctrina  uberi,  quam  sterili  vita 
noceat.  Temere  ilaque  et  in  hac  parle  hoc  onus  subitur 
absque  scientia  pariter,  vitaque  laudabili.  Sed  ecce,  quod 
non  laudannis,  tinis  indicitur,  ubi  non  erat  (inis.  Evoca- 
mur  in  materiam  alteram,  et  cui  hanc  cedere  indiynum. 
Angor  undique,  et  quod  aegrius  ferain  ignorn,  avelli  ab 
ista,  an  distendi  in  ilia  :  nisi  quod  utrolibtl  simul  utrtun- 


538 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Here  •  A  laquelle  il  est  indigne  que  celle-ci  cede  presents,  et  ils  ne  peuvent  pas  aimer  egalement 
le  pas.  Je  me  tronve  pressfi  detous  cotes,  et  je  ae  Jesus-Christ,  parce  qu'ilsont  donnfi  les  mains  aux 
sais  leqnel  des  deux  je  <U>is  souffrir  plus  iuipatiora-  richesses.  Voyez  comment  ils simt  brillantset  pares, 
ment,  on  d'Stre  arrache  de  celle-ci.  ou  d'etre  con-  veins  comme  une  epouse  cpii  sort  de  la  ehambre 
traint  d'entrer  en  celle  14,  a  moinsde  dire  que  ces  nuptiale.  Si  vous en  voyez  un  de  cette  sorte  venir 
deux  main  ensemble  sunt  bien  plus  facheux  que  de  loin,  ne  le  prendriez-vous  pas  plutot  pour 
l'un  d'eux  en  particulier.  0  servitude,  6  nfecessite  !  l'Epouse  que  pour  un  gardien  de  I'Epoux.  Mais  d'ot'i  D'oii  vient  la 
Je  ne  fais  pus  ce  que  je  veux,  niais  ce  que  je  nais.  croyez-vous  que  leur  vient  cette  aboudance  de  ton-  de  l'Egiise. 
Remarquez  n&anmoins  s'd  vous  plait  ou  nuns  en  tes  choses,  celte  magniflcenee  dans  les  habits,  ce 
sommes  restes,  aPin  que  des  qu'il  nous  sera  libre  luxe  de  table,  ces  monceaux  de  vaisselle  d'or  et 
de  reprendre  ce  discours,  nous  commencions  par  d'argent,  sinon  des  biens  de  l'Epouse.  Voila pour- 
la  an  nom  de  l'epoux  de  l'Egiise,  Jesus-Christ  No-  ipioi  die  est  pauvre,  indigente,  et  pourquoi  elle  a 
Ire  Seigneur,  qui  etant  Dieu,  est  eleve  au  dessus  un  exterieur  si  miserable,  si  neglige,  si  pile  et  si 
de  lout,  et  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi  defait.  Certes,  ce  n'est  pus  la  aimer  l'Epouse,  mais 
soit-il. 


SERMON  LXXVII. 

Afauvais  posteurs  de  lEglise.  Comment  les  bien- 
heureux  dans  le  del  et  les  anges  viennent  en  aide 
aux  elus  iur  la  terre.. 


Saint  Ber- 
nard MAme 

le  line 
de*  prelats. 
V.  sermon 
mill,  15. 


la  depoitiller  ;  ce  n'est  pas  la  garder,  mais  la  de- 
truire  ;ce  n'est  pas  la  defendre,  mais  I'exposer;  ce 
n'est  pas  I'instituer,  mais  la  prostituer;  ce  n'est  pas 
paitre  le  troupeau,  mais  e'est  le  maltraiter,  ledevo- 
rer.  Selon  cette  parole  du  Seigneur  :  «  Us  devorent 
mon  peuple  comme  ils  i'eraient  d'un  morueau  de 
pain  [Psal.  xiu,  6).  Et  :  Us  out  devore  Jacob  et 
desolesademeure  (Psa.Lxxvui,7).  »  Etdans  une  au- 
1.  Or  ca,  nous  sommes  a  notre  poste  ;  nous  tre  pi'ophelie  :  «  Us  mangeront  les  peches  de  mon 
avons  vu  bier  quels  sont  les  condueteurs  que  nous  peuple  (ha.  v,  8;,  »  c'esl-a-dire,  ils  exigent  le 
souhaiterions  avoir  dans  les  chemins  oil  nuus  mar-  prix  des  peches,  et  ils  u'out  pas  soin  des  pecheurs. 
chons,  mais  non  pas  quels  sont  ccux  que  nous  Qui  Irouverez-vous  parmi  ceux  qui  sont  proposes  Avarice 
avons.  Us  sont  bien  different*  des  premiers.  Tons  au  gouvernement  de  l'Egiise,  quine  songe  pasplu-  ieh  P45'™" 
ceux  que  vous  voyez  aujourd'hui  aulour  de  tot  a  vider  la  bourse,  qu'a  extirper  les  vices  de 
l'Epouse  et  comme  a  ses  coles,  ne  sont  pas  amis  de  de  ceux  qui  lui  sont  sounds.  Oil  sont  ceux  qui  ile- 
l'Epoux.  II  y  en  a  ties-pen  parmi  eux  qui  ne  cher-  chissent  la  colere  de  Dieu  par  leurs  prieres,  qui 
chent  point  leurs  propres  interets.  Us  aiment  les    qui  apprennentaux  amesaruenager  lesuiisericordes 

a  Ces    paroles  indiquont  que  ce  sermon  u  ete  interrompu  par  vait  indigne  de  subordonoer  le  developpemcnt  de  son  sujet.  L'af- 

une  u^cessite  qnelconque  et  que  saint    Bernard  a  du  le  terminer  f'aiie  importante  elait  plut6t  ce  qui  fait  le  sujet   du  sermon  sui- 

la  a  ud  signal  donne,  soit  parce  que  1'lieure  de  la  table  commune  vant,  si  on  en    juge  par    les   paroles    pur    lesquelles    il    com- 

etait  sonnee,  soit  pour  touteautre    occupation  a,  laquelle  il  trou-  mence. 


que  moleslius.  0  servitutem  !  o  nccessitatem  !  non  quod 
volu  hoc  ago,  scd  quod  odi  illud  facio.  Notafe  tamen  ubi 
desininius,  ut  quam  cito  in  id  rediro  liberum  crit,  inde 
mox  ordiamur,  in  nomine  spoiH  Ecclesiae  Jesu-Chrisli 
Domini  nosti-i,  qui  est  super  omnia  Dius  bencdiutus  in 
s.vcula.  Amen. 

SERMO  LXXVII. 

De  ma/ii  pastorfbus  Ecclesia;  item  quomodo  beati  in 
ccelo  simul  cum  angelis  adjutorio  sunt  electis  adhuc 
peregrinantibus. 

1.  Eia  expedili  sunius.  Diximus  hesterno  sennone, 
quales  in  via  hue  qua  uinbulamus,  vellemus  habere  duces, 
non  quales  habemus.  Longe  dissimilea  experimur.  Non 
omnes  sunt  aniici  Sponsi,  qiios  hodie  Sponsie  tunc  inde 
assislere  cernis,  et  qui  (ut  vulgo  aiunt)  earn  quasi  addex- 
trare  videnlur.  Pauci  admodum  sunl,  (|iii  nun  qu:e  sua 
sunt  quadrant,  ex  omnibus  caiis  ejus.  Diligent  munera, 
nee  possunt  paiiler  diligerc  Christum  :  quia  mantis 
dederunt  mammonae.  Intuere  quomodo   incedunt    nitidi 


ct  ornati,  circumamicli  varietatibus,  tanquam  sponsa 
procedens  de  thalamo  suo.  Nonne  si  quempium  talium 
repente  eminus  procedentcm  aspexcris,  sponsam  potius 
putabis,  quam  sponsie  ciislodcui?  Unde  vero  banc  illis 
exuberare  exislimas  rerum  aftluenli.'m,  vcslium  splen- 
dorem,  mensarum  luxuriem,  congeriem  vasorum  argon- 
teoruni  et  aurcorum,  nisi  de  bonis  sponsae?  Inde  est, 
quod  ilia  pauper,  et  inops,  et  nuda  relinquitur,  facie 
miseranda,  inculta,  hispida,  ex  Sangui.  Propter  hoc  non 
est  hoc  tempore  oraare  Sponsam,  sed  spoliare ;  non  est 
custodire,  scd  perdere;  non  est  defenders,  sed  exponere; 
non  est  instiluere,  sed  prostituere,  non  est  pascere  gre- 
gem,  scd  mactare  et  devorare,  diccnte  de  illis  Domino  : 
Qui  devorant  plebem  meum,  ut  cibum  panis.  Et  quia 
comederunt  Jacob,  et  locum  ejus  desolauerunt.  Et  in 
alio  Prophets  :  peccata  populi  mei  comedent.  Quasi 
dical  :  peccalorum  pretia  exigunt,  et  peccantibus  debitam 
sollk'itudincm  non  impendunl.  Quern  dabis  mihi  de 
niimcro  pra?posilorum.  qui  non  plus  invigilct  subditorum 
vacuandis  marsupiis,  quam  viliis  exstirpandis?  Ubi  qui 
oiando  flectat  iram  ,  qui  pia'dicct  annum  placabilem 
Domino  ?  Le\iora  loquimur  :  graviora  gravius  manet 
judicium. 


SOIXANTE-DIX-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


539 


du  Seigneur.  Encore,   ne   parlons-nons   que    des    hommes  apostoliques.  Ce  sont  vrairaent  eux   qui 
moindres   maux,    ils   en   font    de  beaucoup   plus     gardent  la  ville,c'est-a-dire  l'Eglise  qn'ils  ont  trou- 


La  correction 
leur  est 
odieuse  et 
insuppor- 
table. 


grands,  dnnt  ils  seront  bien  severemcui  punis. 

2.  Mais  c'est  en  vain,  que  nous  nous  arretons  a 
leur  parler,  ]iui?qu'ils  ue  nous  enten.lent  pas.  Et 
quand  meme  ce  que  nous  disons  serait  mis  par 
ecrit,   ils  dedaigneront  de  le  lire  ;  ou  >'ds  le  liseut, 


vee,  et  qui  la  ganleut  avec  d'autant  plus  de  soin  et 
de  vigilance,  qu'ils  la  voient,  en  ce  temps,  exposee 
a  de  plus  grands  perils,  aux  maux  douiestiqiies  et 
hit  mes,  a  nsi  qu'il  est  ecrit  :  «  Et  les  ennemis  de 
I'homme  sont  ses  domestiques  [Mich,  vn,  G).  »  Car 
ils  se  facheront  contre  moi,  quoiqu'ils  devraient  ils  ne  delaissent  pas  celle  pour  qui  ils  ont  combat- 
bien  plulot  se  lacber  conlre  eux-uienics.  Laissons  tu  jusqu'a  1'etFiisioii  de  leur  sang,  mais  ils  la  prole- 
donc  ces  hommes.  qui  ne  trouvent  pas  l'Epouse,  gent  et  la  gardent  jour  et  nuit,  c'est-a-dire  dans 
mais  qui  la  vendent,  et  considerons  plutdt  ceux  leur  vie  et  dans  leur  mort  meme.  Car  si  la  mort  des 
par  qui  l'Epouse  dit  quelle  a  ete  trouvee.  Ceuxd'a-  sainls  du  Seigneur  est  precieuse  a  ses  veux,  je 
present  ont  bien  herite  de  leur  ministere,  mais  non  ne  i'ais  point  de  doute  qu'ils  ne  la  prutegent  main 
pasde  leur  zele.  Tous  desirent  leur  succeder,  mais  tenant  d'autant  plus  puissamment  que  leur  auto 
peu  les  imiter.  0  qu'il  serait  a  souhaiter  qu'ils  t'us-  rite  et  leur  puissance  se  sont  acer 
sent  aussi   vigilants   a  s'acquitter  des  fond  ions  de     tage. 

leurs  charges,  qu'ils  sont  ardents  a  briguer  leurs  /j.  Vous  assurez  ces  choses  dira-t-on 
chaires.  Si  celaetait,  ils  veilleraient  avecbienplus  de 
soin  qu'ils  ne  le  font  a  garder  celle  qu'ils  ont  trouvee, 
et  qui  leur  a  ete  commise.  Ou  plutot  ils  veilleraient 
sur  eux-memes,  et  ne  donueraient  passnjet  de  dire 
d'eux  :  «  Mes  amis  et  mesprochesse  sont  approehes 
de  moi   pour   me  combattre  {Psal.  xxxvn,  12).  » 


sont     accrues   davau- 


Les  paMeurs 

negligents 

se  perdeut 

eui  et 

leurs  bi-bif 
avec  eux. 


comme  si 
tous  les  voyiez  de  vosyeux.  Cependant  nulhomme 
ne  les  a  jamais  vues.  A  quoije  reponds  :  Si  vous 
croyez  que  le  teouoignage  de  vos  yeux  est  fidele,  le 
temoignage  de  Dieu  Test  bien  davanlage.  Car  il 
dit  •  «  Jerusalem,  j'ai  etab'i  des  sentinelles  sur  vos 
murs  pour  vous  garderjour  et  nuil,  etellesuese  tai- 
Cetle  plaiute  est  sans  doute  tres-juste,  et  elle  ne  rout  jamais  Isa.  lxit,  6).  »  Mais  ceU  <  oncerne  les 
peut  plus  justement  convenir  qu'a  noire  siecle.  a:iges,  diivz-vous.  Je  ue  le  nie  pas.  Ces  esprits 
Nos  sentinelles  nesecontentent  pas  dene  nous  point  bicuheureux  sont  tous  les  ministresde  Dieu  pour 
garder,  elles  nous  perdent.  Car  ensevelies  dans  un  executer  ses  ordres.  Mais  qui  m'empechera  de 
profond  sommeil,  elles  ne  s'eveillent  point  ..:.  ton-  croire  la  meme  chose  de  ceux  qui  ne  sont  [.as  ine- 
nerre  des  menaces  du  Seigneur,  pour  redouter  an  gaux  aux  anges  en  puissance,  et  qui,  par  leur  af- 
moins  leur  propre  peril.  De  la  vient  q  let.uil  impi-  Eectiou  et  leur  bonte,  nous  sont  peut-etre  d'autant 
toyables  pour  elies-memes,  elles  n'ontgarde  d'avoir  plus  favorables,  qu'ils  nous  sunt  plus  unis  par  la 
de  l.tpitie  pour  ceux  qui  leur  appaitiennen!,  elles  participation  d'une  meme  nature  ?  Ajoutez  a  cela 
les  font  perir,  et  perissent  avec  eux.  qu'ils  ont  souffert  les  memes  afflictions,   et  les  me- 

3.  Mais  quisontles  sentinelles  par  qui  l'Epouse  dit     mes  miseres  auxquelles  nous  sommes  encore  expo- 
qu'elle   a  ete  trouvee  ?   Ce  sont   les  apotres  et  les    ses  en  cette  vie.  Ces  ames  bieuheureuses  ne  sont- 


2.  Sine  causa  tamen  vel  his.  vel  illis  ioimoramur, 
quia  non  audiunt  nos.  Sed  et  si  litteris  forsitan  manden- 
tur  isla  qua?  dicimus,  dedignabuntur  lcgere  :  aul  si 
forte  legerint,  mihi  indignabuntur,  quamvis  reciius  sibi 
boc  facerent.  Propterea  rehnquamus  istos.  non  iavento- 
res  Sponssp,  sed  vendilores;  et  inquiramus  polius  illos, 
a  qtiibus  Sponsa  se  inventam  loquitur.  Et  quidem  illo- 
rum  isti  sortili  sunt  ministerii  locum,  sed  non  zehim. 
Successores  omnes  cupiunt  esse,  imitatores  panci.  0 
utinam  tarn  vigiles  reperirentur  ad  curam,  quam  alacres 
currunt  ad  cathedram'?  Vigilarent  utique,  sollicite  ser- 
vantes  ab  dlis  inventam,  sibi  credilam.  Imo  vcro  evigi- 
larent  pro  semetipsis,  nee  sinrrent  de  se  dici  :  Amici 
mei,  et  proximi  mei  adversum  me  appropinquaverunt  et 
sleterunt.  Justa  omnino  querimonia,  nee  ad  ullam  jus- 
tius,  quam  ad  nostram  referenda  aetatem.  Parum  es 
no-tris  vigilibus  quod  non  servant  nos,  nisi  et  perdant. 
Alio  quippe  demersi  oblivionis  somno,  ad  nullum  domi- 
nicae  comminationis  lonitruum  expergiscuntur,  at  vel 
suum  ipsorum  periculuiu  expavescant.  Inde  est,  nt  non 
parcant  suis,  qui  non  parcun!  sibi,  perimentes  pariter  et 
peretmtes. 

3.  Sed  enim  quinam  illi  sunt  vigiles,  a  quibusse  inven- 
tam perhibet  Sponsa?  Nempe  apostoli ,  atque  apostoiici  viri . 


Vere  hi  sunt  qui  custodiuntcivitantem,  id  est  earn  ipsam 
quam  invenerunt  Ecclesiam,  eoquc  vigdintius,  q'io 
nunc  temporis  gravius  periclitantem  conspiciunt,  a  malo 
utique  domeslico  et  intestino,  sicut  scriptum  est  :  Et 
inimici  hominis  domestid  ejus.  Neque  enim  pro  qua  us- 
que ad  sanguinem  restiterunt,  suo  derelinquunt  patro- 
cinio  destilutam,  sed  protegunt  et  cuslodiunt  earn  die 
ac  noete,  hoc  est  in  vita  et  in  morte  sua.  Et  si  pretiosa 
est  in  conipeclu  Domini  mors  sanctorum  ejus,  non  am- 
bigo  ego  quin  ctiam  tanto  in  morte  potentius  id 
agant,  quanto  in  ipsa  amplius  confortatus  est  principatus 
eorum. 

4.  Sic  ista  asseris,  ait  quis,  ac  si  oculis  tuis  videris 
ea  :  sunt  autem  ab  humanis  seclusa  conspectibus.  Cui 
ego  :  Si  tu  tuorum  oculorum  testimonium  fldele  pulas, 
testimonium  Dei  majus  est.  Ait  vero  ;  Super  muros 
tuot  Jerusalem  cnnsUtui  custodes  :  tola  die  et  tota  node, 
in  perpetuum  non  tacebunt.  Sed  de  angelis,  inquis,  id 
dictum  'est.  Non  abnuo  :  omnes  sunt  administratorii 
spiritus.  At  quis  me  prohibeat  itidem  et  de  istis  sentire 
qui  potentia  quidem  minime  jam  ipsis  angelis  imparcs 
sunt  :  affectu  autem  et  misericordia  eo  nobis  forsitan 
germaniores  exsistunt,  quonatura  conjuncliores  ?  Junge 
et  tolerantiam   earumdem   passionum  et  mi?'::iarum,   in 


340 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


elles  point  touchees  d'une  plus  grande  compassion     envoyes  ?  Aussi  lisons-nous  dans  l'Evangile  que  le 


pour  nous,  lorsqu'elles  se  sourienncnt  qu'elles  ont 
passe  par  le  feu  et  par  l'eau,  et  vous  nous  avez  fait 
eutrer  dans  an  lieu  de  rafraichissement  [Psal.  iw, 
12)?  »  Quoi !  ils  nous  laisseront  au  milieu  des  I'eux 
et  des  flots,  qu'lls  ont  traverses  eux-memes  et  ils  ne 
daigneront  pas  settlement  tend  re  la  main  a  leura 


Seigneur  dit  aux  apotres  :  «  Allez,  e'est  moi  qui 
vous  envoie  [Luc.  x,  3).  »  Et  :  «  Allez,  prechez  l'E- 
vangile Moute  creature  [Mare,  xvi,  15).  »  II  en  est 
ainsi,  elle  cherchait  l'Epoux,  et  I'Epoux  le  savait 
Lien,  parce  qu'i]  I'avait  excitee  lui-meme  a  lecher- 
cher,  et  lui  avait  donne  le   desir   d'accomplir  ses 


enfants  en  danger?  Non  sans  doute  ils  ne  le  feront    preceptes  et  la  loi  de   vie,  pourvu    que   quelqu'un 


Mission  dee 
predieateurs. 


pas.  Vous  etes  bien  lieureuse  sainte  Eglise  notre 
mere,  vous  etes  Lien  heureuse  dans  le  lieu  de  voire 
exil,  puisque  vous  recevez  des  secours  du  ciel  et  de 
la  terre.  Ceux  qui  vous  gardent  ne  dorment  ni  ne 
Lm  anges  sommuillent  point.  Vos  gardes  sonl  les  saints  anges, 
,n*"-  vos  sentiuelles  sont  les  ames  des  jusles.  Cetix-l.i  ne 
se  trompent  point  qui  croient  que  vous  avez  ete 
egalement  trouvee  des  uns  et  des  autres,  et  que  lea 
uns  et  les  autres  vous  gardent  egalement.  Ils  ont 
tous  mie  raison  particuliere  pour  prendre  soin  de 
vous.  Cettx-ci  parce  qu'ils  ne  recevront  point  leur 
perfection  sans  vous ,  et  ceux-la,  parce  que  leur 
nombre  ne  sera  rempli  que  par  vous.  Car  qui  ne 
sait   que  Satan,  en  tombaut  du   ciel  avec  ses  corn- 


Cause  de 
tette  garde 


l'instruistt,  ellui  enseignut  lavoie  delasagesse.  C'est 
pourquoiil  envoie  audevantd'elle,  des  person  nes  poor 
planter  et  pour  arroser,  e'est-a-dire  pour  l'entrete- 
nir  et  la  contirmer  dans  la  certitude  de  h  verite, 
en  lui  apprenaut  des  nouvelles  certuines  de  son 
Bien-aime,  car  ce  que  son  ame  chercbe,  et  ce 
qu'elle  aime  passionnement,  c'est  la  verite.  Et,  en 
ell'et,  qu'est-ce  que  l'amour  lidele  et  veritable  de 
l'aine,  sinon  celui  qui  lui  fait  aimer  la  verite?  Je 
suis  done  de  la  raison,  je  suis  capable  de  la  verite, 
mais  a  quoi  cela  me  sert-il,  si  je  n'ai  de  1'amour 
pour  ce  qui  est  vrai?  C'est  la  le  fruit  de  ces  bran- 
ches, el  moij'en  suis  la  racine.  Je  ne  suis  pas  en 
surete  contre  la  cogne.-1  si  on   me    trouve   sans   cet 


11  n'y   a  que 

l'amour  de 

la  vet  ite 

qui  soil  an  r 

et  vrai. 


plices,  a  beaucoup  dimiuue  le  nombre  des   anges?    amour.  C'est  proprement  en  cela  que  je  suis  forme 


lis  attendent  done  tous  leur  consommationde  vous, 
les  uns  celle  de  leur  nombre,  et  les  autres  celle  de 
leursdesirs.  Recunnaissez  par  consequent  que  cette 
parole  du  psaume  vous  concerne  :  «  Les  justes  at- 
tendent que  vous  me  recompensiez  (Psal.  exu, 
8).  » 

5.  Et  remarquez  qu'il  n'est  pas  dit.  qu'elle  les  a 
trouves,  mais  que  ce  sont  eux  qui  Tont  trouvee, 
parce  que,  comme  je  le  pense,  ils  etaieut  destines  a 
cet  emploi.  Car  comment  precheront-ils  s'ilsnesont 


a  l'image  de  Dieu,  et  que  je  suis  plus  excellent  que 
tous  les  autres  animaux  ;  c'est  ce  qui  donne  la  har- 
diesse  a  mon  ame  d'aspireraux  doux  et  chastes  em- 
brassements  de  la  verite,  et  de  me  reposer  en  son 
amour  avec  toute  sorte  de  plaisir  et  de  conDance, 
si  neanmoins  elle  trouve  grace  devant  les  yeuxd'un 
si  grand  Epoux,  et  s'il  la  juge  digne  d  arriver  a  un 
si  haut  comble  de  gloire,  ou  plutot  s'il  se  la  rend 
exempte  de  tacnes  et  de  rides,  et  de  toute  sorte 
d'impurete.  A   quel   danger   et  a     quel    supplice 


quibus  nos  pro  tempore  adhuc  versamur.  Nihilne  am- 
plius  miserationis  pro  nobis  vel  sollicitudinis  operabilttr 
in  mentibus  Sanctis,  quod  et  se  transisse  per  eas  procul 
dubio  meininerunl  ?  Nonne  ilia  ipsorum  vox  est,  Tran- 
swimus  per  ignem  el  aquam,  et  eduxisti  nos  in  refre- 
r/ernun?  Quid  ?  Ipsi  trausieruot,  et  nos  in  mediis 
iguibus  vel  fluctibus  derelinquent,  nee  saltern  minum 
porrigere  dignabuntur  pcriclitantibus  filiis  ?  Non  est  ita. 
Bene  tecum  agitur,  o  mater  Ecclcsia,  bene  tecum  agitur 
in  loco  peregrinationis  Iiut  :  de  ctelo  et  de  terra  venit 
au.xilium  tibi.  Qui  cuslodiunt  te,  non  dormilant,  neque 
dormiunt.  Custodes  tui  angeli  sancti,  vigiles  tui  spiritus 
et  animee  justorum.  Non  errant  qui  te  ab  urrisque  in- 
ventam  spiritibus  senserint,  ab  ulrisque  pariter  custodiri. 
Et  est  bujus  sollicitudinis  ratio  quibusque  sua  :  his  qui- 
dem,  quod  sine  te  non  consummentur  :  illis  vero,  quod 
nisi  de  te  ad  sui  plenitudinem  minime  restaurentur. 
Nam  quis  nesciat,  Satana  cadente  de  ccelo  et  ejus  com- 
plicibus,  numerum  supernae  multitudinis  parte  non  mo- 
dica  imminutnm  ?  De  te  itaqueomnes  consummationem 
e.xspeclant,  alii  numeri,  alii  desiderii  sui.  Agnosce 
proinde  vocem  in  psalmo  :  Me  exspectant  jasti,  donee 
retribuas  mihi. 

5.  Et  advertendum,  quod  non  ista  illos,  sed  illi  istam 
potius  invenitse  referuntur,  utque  ego    suspicor  ad  hoc 


ipsum  studio  destinati.  Nam  quomodo  praedicabunt,  nisi 
mittanlur  ?  Denique  habes  loquentem  in  Evangeliis  : 
Ite,  ecce  ego  initio  vos.  Et,  Ite,  pi  dedicate  Evangelium 
omni  creaturw.  Ita  est.  Ilia  qiuerebat  Sponsum,  et 
fc'punsum  non  latebal.  Nempe  qui  in  hoc  ipsum  excita- 
vcral  earn  ut  se  qmereret,  et  dederatilli  cor  ad  prascepta 
et  legem  vita;  el  disciplinas,  dummodo  esset  qui  inslrue- 
ret  et  doceret  viam  prudentiaa.  Et  misit  in  oecursum 
ejus  planlatores  et  rigatores,  qui  earn  enulrirent,  et 
confirmarent  in  omni  certitndine  veritalis,  hoc  est, 
indicarent  illi  certamque  redderent  de  dilecto  j  quia 
Veritas  est  quam  vere  diligit  anima  ejus.  Et  revera  quis 
fidus  verusve  animas  amor,  nisi  utique  is,  quo  Veritas 
adamatur  ?  Ralionis  sum  compos,  veritatis  sum  capax  : 
sed  utinam  non  lorem,  si  amor  vcri  defuerit.  Horum 
quippe  ramorum  is  fructus  est,  et  ego  radix.  Non  sum 
securus  a  securi,  si  absque  eo  inveniar.  In  illo  nimi- 
rum  naturae  niunere  illud  divinae  imaginis  enitere  insi- 
gne  haud  dubium  est,  ex  quo  caeteris  praestet 
animantibus.  Inde  est  quod  audet  anima  mea  ad 
dulces  castosquc  assurgere  veritatis  amplexus,  et  sic  in 
amore  ipsius  tola  securitate  ac  suavitale  quiescere, 
si  tamen  inveniat  gratiam  in  ocnlis  lanti  sponsi,  ut 
dignam  reputet,  quaj  ad  hanc  pertingat  gloriam  ; 
imo  ipse  earn  eibi  e.xhibeat  non  habentem  maculam  aut 


SOIXANTE-DI.X-SEPTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


641 


croyez-vous  que  s'expose  celui  qui  laisse  oisif  un  si 

precieux  don  de    Dieu  ?  Mais  nous  vous    parlerons 

de  cela   line  autrefois. 

C'est/ep-arer      6.  L'Epouse  ne  trouve   done  point   celui  qu'elle 

e'engager     cherchait,    et  elle    est   trouvee  de  ceux  qu'elle  ne 

sans  guide    cherckait    point.   Que    ceux    qui  sont  assez  hardis 

dans  la  vie  ,         .  ,  .... 

spirituelle.    pour  marcher  dans  lesvoies  de  la  vie  sans  guide  et 

sans  conducteur,  ecoutent  ceci.  lis  sonteux-memes 
leurs  maitres  et  leurs  disciplesdans  cet  art  spirituel. 
lis  ne  se  contentenl  pas  de  cela,  ils  assemblent  des 
disciples,  et  ces  aveugles  conduisent  d'autres  aveu- 
gles.  Combienen  a-t-ou  vus  qui,  par  la,  se  sontdan- 
gereusement  egares  du  droit  cbemin,  car,  ignorant 
les  artifices  de  Satan  et  ses  ruses,  il  est  arrive  que 
ceux  qui  avaient  commence,  par  l'esprit  ont  acheve 
par  la  cbair,  sont  tombes  dans  des  desordres  hon- 
teux  et  abominables.  Qu'ils  prennent  done  garde 
de  marcber  avec precaution, et  qu'ilsprennentexem- 
ple  sur  l'Epouse,  qui  u'a  pu  altendre  en  aucune 
sorte  celui  qu'elle  desirait,  qu'elle  n'ait  ete  d'abord 
rencontree  de  ceux  du  ministere  de  qui  elle  s'est 
servie  pour  avoir  quelque  connaissancede  son  bien- 
aiiue.  C'est-a-dire  pour  apprendre  la  crainte  duSei- 
gneur  ;  celui  qui  ne  veut  pas  douner  la  main  a  un 
maitre  la  donne  a  un  seducteur.  Et  celui  qui  laisse 
aller  les  brebis  aux  paturages  sans  gardien,  fait 
paitre,  non  1  s  brebis,  mais  les  loups. 

7.  Mainlenant  voyons  en  quel  sens  l'Epouse  dit, 
quell*  a  ete  trouvee,  car  il  me  semble  qu'elle  se 
sert  de  cetle  expression,  d'une  facon  assez  extraor- 
dinaire, et  coniaie  si  l'Eglise  n'etait  venue  que 
d'un  lieu,  quoiqu'elle  soit  venue  de  l'Orient  et  de 
l'Occident  et  des  extremites  de  la  terre,  selon  la 


parole  du  Seigneur  (Matth.  vm,  11).  Elle  u'a  nas      En  quel 

__«         ui  ipi      ,  .,■  .  sens  l'Epome 

meme  ete  d  abord  assemblee  en  un  meme  lieu  pour    dit  qu  ells 

pouvoir  etre  trouvee  par  les  apotres  ou  par  jes  »il^lr0UT^ 
anges,  et  conduite  a  celui  qu'aime  son  ame.  Est-ce 
qu'elle  a  ete  trouvee  avant  qu'elle  ait  ete  assemblee? 
Non  certainement,  puisqu'elle  n'etait  pas  encore  ? 
C'est  pourquoi,  si  elle  avait  dit  qu'elle  a  ete  assem- 
blee ou  ramassee,  ou,  pour  parler  en  ternies  plus 
convenables  pour  l'Eglise,  convoquee  par  les  pre- 
dicateurs,  j'aurais  passe  cela  simplement  sans  y 
faire  aucune  reflexion,  car  ce  sont  les  coadjuteurs 
du  Dieu  qui  dit  lui-meme,  «  que  celui  qui 
nerecueille  point  avec  lui,  dissipe  (Matth.  xn,  30). » 
On  pent  dire  memo  avec  raison  qu'elle  a  ete  fondee 
et  edifiee  par  eux,  avec  celui  qui  dit  dans  l'Evan- 
gile  :  «  J'edifierai  mon  Eglise  sur  cette  pierre 
(Matth.  xvi,  18).  Et  :  elle  est  fondee  sur  cette 
pierre  ferme  (  Matth.  vn,  15).  »  Au  lieu  que  main- 
tenant  elle  ne  dit  rien  de  tout  cela,  mais  usant 
d'une  maniere  de  parler  peu  commune,  elle  dit 
quelle  a  ete  trouree.  Ce  qui  nous  donne  lieu  de 
nous  arreter  un  pen,  et  de  croire  qu'il  y  a  en  cet 
endruit  quelque  cbose  de  cache  que  nous  devons 
examiner  avec  plus  de  soin. 

8.  J'avais  dessein,  je  vous  l'avouerai,  de  passer 
outre,  pour  ne  point  m'engager  a  une  recherche 
dont  je  suis  absolument  incapable.  Mais  quand  je 
me  souviens  en  combien  d'endroits  obscurs  etdiffi- 
ciles  j'ai  ete  aide,  contre  mon  esperanee,  parlese-  - 
cours  de  vos  prieres,  j'ai  honte  de  mon  peu  de  foi ; 
et,  blamantma  crainte,  j'entreprends,  non  pasavec 
temerite,  mais  sans  crainte,  ce  que  je  voulais  eviter. 
J'espere  que  l'assistance  accoutumee  du  Seigneur 


rugam,  aut  ali  ;uid  cjusmodi.  Quanti  putasessediscrimi- 
nis,  quave  dignum  ptena,  tantum  Dei  dunum  oliosum 
tenere  ?  Verum  hoc  alias. 

6.  Nunc  vero  sponsa  quern  qua»rebat,  minimereperit; 
et  quos  non  quajrebat,  l'eperla  est  ab  ipsis.  Audianthoc, 
qui  sine  duce  et  praceptore  vias  vilaj  ingrcdi  non  furrai- 
dant ;  ipsi  sibi  in  arte  spirituali  exsistentes  et  discipuli 
pariler  et  magistri.  Non  suflicit  hoc  :  eliam  coacervant 
discipulos  sibi,  caeci  duces  caecorura.  Quam  multi  ex 
hoc  a  recto  tramite  periculosissime  aberrasse  comperti 
sunt!  Nimiru.,1  ignoranles  astutiasSatana?  et  cogitationes 
ipsius,  factum  est  ut  qui  spiritu  coeperant,  carne  con- 
summarentur,  abducti  turpiler,  lapsi  damnabililer.  Vi- 
deant  proinde  qui  cjusmodi  sunt,  quomodo  caule 
ambulent,  et  de  Sponsa  exemplum  sumant,  quae  non 
prius  ad  eum  ,  quem  desidetabat  ,  ullo  modo  valuit 
pervenire,  quam  sibi  OCCUrrerent,  quorum  magisterio 
uletelur  ad  cognoscendum  oe  dilecto,  certe  ad  discen- 
dum  timorem  Domini.  Seductori  dat  isanuiu,  qui 
dare  dissimulat  prasceptori.  Et  qui  diniiltit  oves  in  pas- 
cua  absque  <  istode,  pastor  est  non  ovium,  sed  lu- 
porum. 

7.  Nunc  jam  videamus  de  sponsa,  quomodo  se  dicat 
inventam.  Mihi  enim  insuete  satis  verbum  inventionis 
posuisse  videtur.  Nam  ita  hoc  dicit,  ac  si  uno  de  loco 
Ecclesia  venerit.  Venit  autem  ab  Oriente  de  Occidents 


jnxta  verbum  Domini,  et  a  cunctis  finibus  terras.  Sed 
neque  aliquando  congregala  est  in  unum  locum,  ubi  ab 
aposlolis  seu  ab  angelis  inveniretur  deducenda  vel  diri- 
genda  ad  eum,  quem  diligit  anima  sua.  Fueritne  prius 
inventa  quam  collecta?  Non  :  qui  nee  erat.  Quamobrem 
si  collectam,  si  congregatam,  si  certe  (quod  magis  voca- 
bulo  Ecclesia?  competit)  convocatam  a  prEedicatonbus  se 
dixisset,  transissem  simpliciter,  minime  in  aliquo  cunc- 
tabundns.  Coadjutores  enim  Dei  sunt,  quem  et  audiere 
loquentem  :  Qui  non  colligit  mecum,  dispergit.  Sed 
neque  hoc  mihi  ab  re  videbitur,  si  dixerit  quis  ab  eis 
lundatam  sive  asdificatam.  Siquidem  hoc  fecerunt  una 
cum  illo,  qui  in  Evangeliis  loquitur  :  Et  super  hanc 
peti-am  tedi/icabo  Ecelesiam  meant.  Et,  quia  fundala  est 
supra  firmam  petram.  Nunc  vera  nihil  horum  loquens, 
sed  prater  soblum  quidem  perhibens  se  inventam  ;  cunc. 
tari  aliquanlum  nos  facit,  alque  in  suspicionem  adducit 
latere  loco,  quod  sit  diligenlius  intuenduai. 

8.  Volebam,  fateor,  prasterire,  meque  subducere  hu;.- 
scrulinio,  cui  suffieere  non  senlirem.  Caeterum  reminis- 
cens  in  quantis  aeque  dubiis  et  obsi-uris,  vobis  quidem 
rursum  corda  levantibus,  etiam  supra  spem  meam  adju- 
tum  me  senserim,  pudet  dU'udentiae  :  et  reprehendens 
timorem  meum,  adorior  non  quidem  temere,  quod 
timide  refugiebam.  Aderit  (ut  confido)  solitum  adjuto- 
rium  :  quod  si  minus,  apud  benevolos  tamen   auditorai 


562 


CEL'VRES  DE  SAINT  BERNARD. 


ne  me  manquera  pas;  mais  si  je  n'en  suis  pas  di-  comment  Dieu  ne  prendrait-il  pas  soin  iles  noces 

gne,  au   moins  ce  que  je    vous  dirai   ue   sera   pas  sacrees  de  son  Fils  bien-nime  :  il  le  fait  et  de tout 

tout-a-fut   inutile,   puisque   vous    l'ecoutez   avec  son  coeur?  Pourlui,  il  seraitsuffisantdel'accoDQplir 

bienveillance  et  attention.  M.iis  ce  sera  pour  le  par  sa  seule  volonte,  et   par   lui-m&me,   sans  le 

discours  suivant,  car  il  est  temps  de  ftnir.  Je  prie  seco  irs  de  ceux-ci;  mais  eux  no  peuvent  rien  faire 

l'epoux  de   1'Eglise,    Jesus-Christ    Nolre-Seigneur,  sans  lni.  Si  done  il  s'est  servi  d'eux   dnns    ret   ou- 

de  vous  faire  la  grace,  non-senlenient  de  reteuir  vrage,  ce  n'a  pas  fete   pour  en  tirer  du  secours, 

les  cboses  que  vous  entendez,  mais  encore   de  les  mais  pour  leur  propre  bien.  Car  il  a  place  pour  les 

aimer  et  de    les   accomplir  efticacement,   lni    qui  hommes  le  merite    dans    les   oeuvres,   selon   celte 

etant  Dieu,  et  eleve  par  dessus  tout,  est  beni  dans  parole  :«  L'ouvrier  est    digne   de  sa  recompense 

les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit  il .  (Luc.  x,  7)  :  Et  cliacun    recevra   selon  son   travail 

(1  Cur.  in,  8),  »  tant  celui  qui  plante  dans  la  foi, 

SERMON  LXXVIII.  que  celui  qui  arrose  ce  qui   est  plinle.   De    meme 

lorsqu'i)  se  sert  du  ministere   des  anges  pour  le 

L'Epouse,  e'est-a-dire  1'EijHse  <le*  illis,  a  iU  prides-  salut  du  genre  humain,  n'est-ce  pas  alin   que  les 

tinie  <le  Diea  avaiit  itw  les  siecles,  et  prevenue  de  hommes  les  aiment?  Car,  que  les  anges  ainicnt 

sayu'ne  pour  lechercher  et  se  convertir.  les  hommes,  rest  re  dont  on  ne  pent  douter,  puis- 

qu'ils  n'ignorenl  pas  que  ce  sont  les  hommes  qui 
1.  Nous  nous  souimes  arrele,  si  je  m'en  sou-  doivenl  re.parer  Les  anciennes  mines  de  leur  cite. 
viens  bien,  a  I'endroit  mi  I'Epouse  dit  qu'ulle  a  eie  El  cerles  il  etaii  bien  digne  que  le  royaume  de 
trouvee  par  ses  predicateurs,  et  nous  avons  hesite  &  1' Amour  ne  fat  point  gouverne  par  d'aulres  lois 
passer  outre  par  une  sorle  de  serupule.  Nous  avons  que  par  l'amour  mutuel  de  ceux  qui  y  doivenl 
dit  quelle  e  ait  l.i  cause  de  noire  hesitation  et  de  regner  ensemble,  et  par  les  pures  affections  des 
notre  repugnance  a  passer  outre,  e'est  qu'il  nous  uns  et  des  auires  envers  Dieu. 
semblait  qu'il  y  a  quelque  chose  de  cache  dans  ces  2.  Mais  il  y  a  bien  de  la  dilference  dans  la  ma- 
paroles,  mais  nous  ne  l'avons  pas  pu  expliquer,  mere  dout  ces  trois  causes  operent,  selon  la  no- 
parceque  nous  etions  presse  de  finir.  Que  nous  blesse  et  la  dignite  de  chacune  d'elles.  Dieu  fait 
reste-l-il  done  a  faire,  sinon  ate  air  notre  promesse?  ce  qu'il  veut  par  sa  seule  volonte,  sans  empresse- 


Dans  le  grand  mystereque  le  Docteur  des  nations 
a  interprets  du  mariage  chaste  et  saint  de  Jesus- 
Christ  avec  1'Eglise  [Ephes.  v,  32),  et  qui  est  l'ou- 
vrage  de  notre  salut,  trois  choses  concourent  en- 


ment,  sans  mouvement,  sans  changement  de  lieu 
ou  de  temps,  de  causes  ou  de  personnes.  Car  il  est 
le  Seigneur  des  armees  qui  juge  toutes  choses  avec 
tranquillite  [Sap.  xu,  3j.  II  est  la  souveraine   sa- 


sernble,   Dieu,  l'ange   et    l'bomrae.  Et,  en    verite,     gesse  qui  dispose  tout  avec  douceur.  L'ange  n'agit 


non  erit  otiosum  quod  volui.  Verum  hoc  habe'iil  s  •- 
aliens  scrmo  principium,  nam  prjssentem  hie  c'a  di- 
mii3.  Ipse  autem  del  vobis  ea  qua?  dicuntur  non  solum 
tenere  memoriter,  scd  et  ardenter  diligere,  et  eflieaciter 
adimiilere,  spo.isus  Eccles.a?  Jesus-Christus  Dominus 
noster,  qui  est  super  omnia  Deus  benediclus  in  saecula. 
Amen. 

SERMO  LXXVIII. 

QuodSponsa,  id  est  Ecclesia  eleclorum,  pradeslinata  est 
a  Deo  anle  siecula,  ei prcevenla  ab  eo  id  qucereret  eum, 
et  converteretur. 

1.  Ad  vcrbum  inventionis  (si  bene  memini)  illic  steli- 
mus  et  hiPsimus,  scrupulosiiis  videlicet  andientes,  quod 
Sponsaa  praedicutoribus  suis  se  inventam  dixciit.  Porro 
causa;  nostra?  cunclationis  et  dubitationis  a  nobis  expres- 
sa?  sunt,  ct  visum  est  aliquid  esse  qua>rendum  :  sed  non 
in  calce  sermon's,  quo  jam  arctabamur,  quod  qua?silum 
est.  potuit  esplicari.  Quid  restat,  nisi  ut  debitum  jam 
solvamns?  In  explicatione  sacramenti  magni  (illud  lo- 
quor,  quod  doctor  gentium  interprctalus  est,  in  Christo 
et  in  Ecclesia,  sanctum  castumque  connubium  ;  ipsum 
est  opus  nostra?  salutis  :)  in  eo,  inquam,  tres  sibi  invi- 
cem  coopcrantur,  Deus,  angelus,  bomo.   Et   Deus  qui- 


deni  quidni  nperelur,  et  curam  gerat  nuptiarum  riilecti 
Filii  sui?  Ipse  vero,  ac  tota  volunlate.  Et  ulique  per  se 
ipse  sut'licercl.  et  absque  adminiculo  horum  :  hi  autem 
sine  ipso  possinl  facerc  nihil.  Ergo  quod  ex  illis  adscivit 
in  i  pus  min.slcrii  hujiis,  non  sibi  solatium,  sed  profec- 
tum  quaesivil  illis.  Nam  hominihus  quidem  merita 
locavit  in  opere,  secundum  illud  :  Dignus  est  operartus 
mercede  sun.  El  quia  vnusquisque  secundum  proprium 
laborem  accipiet,  sive  qui  in  tide  plantal,  sive  qui  rigat 
quod  plantatura  merit.  Angel orom  autem  cum  ad  salu- 
tem  humani  ,-ienei'is  ministerio  utitur,  nonne  facit  ul  ab 
hominihus  angeli  diliganlur?  Nam  quia  abangelis  homi- 
nes diliganlur,  inde  vol  maxime  adveiti  potest,  quod 
anliqua  sus  civilatis  damna  ex  hominihus  resarcitum  iri 
angeli  non  ignorant.  Necaliis  profecto  legibus  vegnum 
charitalis  rcji  decebat,  quam  piis  ipsorum,  qui  pariter 
regnaturi  sunt,  miituisqne  amoribus,  et  puris  alTectioni- 
bus  in  invicem,  et  in  Deuro. 

2.  Est  autem  in  niodo  operandi  difTerenlia  mulla,  pro 
enjusque  nin  irum  opcrarii  dignilate.  Deus  nempe  facit 
quod  vull  sola  ipsa  facilitate  volendi,  sine  aestu,  sine 
molu,  sine  praejndicio  loci  vel  temporis,  vel  causa5,  vel 
persona1.  Est  enim  Dominus  sabaolh,  qui  cum  tranquil— 
litate  judical  omnia.  Est  et  sapientia  disponens  omnia 
suaviter.  Porro  angelus  non  absque  motu  operatur,  tarn 
ocali,  quam  *  temporali,  sine  aestu  tamen.  Homo  autem 


SOlXANTE-DIX-HUITlE.ME  SERMON  SUR  LE  CANTTQUE  DES  CANTIQUES. 


iUS 


'rois  choses 
ans  l'reuvre 
e  nnlre  salul 
>ont  prop  res 

a  b  i  <r  u . 


La  predes- 
tination. 


point  sans  changer  de  lieu  et  de  temps,  et  toute-  desseins  de  sa  volonte,  a  la  louange  et  a  ia  gloire 

fois  il  agit  sans  aucunempressement.  Mais  l'huiume  de  la  grace  dont   il  dous   a  gratifies   en   son   fils 

ne  pent   agir  ni   sans   empressemeut    et   chaleur  bien-aime  (Ibid,  v).  »  Et  il  n'y  a  point   de   doute 

d'esprit,  ni  sans  tin  monvement  local  et  corporel.  que  cela  ue  soil  dit  an  nom  de  tous  les   eltis.   qui 

Aus-i   lui   ordonne-l-on  d'operer    son  salot    avec  sont  I'Eglise.   Qui  done,  meme  entre  les  esprils 

crainte  et  tremblement  (Phil.  11,  12),  et  tie  manger  bieuheureux,  a  jamais  pu  trouver  cette  Eglise  daus 

son  pain  a  la  suour  de  sou  visage  (Gen.  l  I,  19).  l'abime  si  profotid  de  l'eternite,   avant   que   lou- 

3.  Cela  suppose,  eousiderez  maintenant  avec  moi  vrage  de  la  creation  fit  produit  an  jour,  sinon 

que  dans  l'ouvrage  magnilique  de  noire   salut,   il  celiu  a  qui  l'eternite  meme,  qui  est  Dieu,  l'a  vou- 

y  alroischoses  que  1)1.  u.qtii  enestl'auteur,s'appro-  lu  reveler. 

prie,  et  en  quoi  il  previent  tons  ceux   qui  I'aident  Zi.  Et  lorsque,  aueommandementducreateur,elle 

et  qui  cooperent  avec  lui.  Ce  sont  la  predestination,  aparusousles  especes  et  les  formes  visibles   des 

lacreation,  l'inspiration.  La  predestination  n'a  point  corps,  neanmoins  elle  n'a  pas  ete  aussitOt  trouvee 

commence  avec  I'Eglise  ni  meme  avec  lemonde,mais  paries  bommes  ou  par  les  anges,  car  elle  n'etait 

elle  est  de  toute  etermle  et  avant  tous  les   temps,  pas  connue,  et  selrouvait  environnee  des  ombres 

La  creation  a  commence  avec  le  temps.   Et  l'inspi-  de  1'hoinme  terrestre  et  couverte  de  la  nuit  epaisse 

ration  se  fait  dans  le  temps  ou  Dieu  vent,  et  quand  de  la  mort.  Or  mil  enfant  des  bommes   n'est   venu 

il  veut.   Selon  la  predestination,    l'asseuible*)  des  au  monde  sans  le  voile  de   cette  confusion   gene- 

elus  aloujours  ete  en  Dieu.  Si  l'iniidele  s'en  etonne,  rale,  excepte  un  seul,  celui  qui  y  est  entre  exempt 

qu'il  appentie  une    chosequi  est   bieu  plus  e'.on-  de  toute    tacbe.  C'est   Emmanuel,   qui  neanmoins 

nante  encore,  e'est  qu'elle  lui  a  tonjours  ete  agrea-  s'est  revelu  de  nous  et   pour  nous  de   la  ressem- 

ble,  et  qu'il  l'a  toujours  aimee.   Pourquoi   ne    pu-  blauc,  non  de  la  realite  de  la  malediction  et  du 

blierais-je  pas  hardiment  un  secret  que  m'a  decoti-  peche.  Car  nous  lisons  dans  l'Apotre,  «   qu'il   est 

vert,  dans  le  sum  de  Dieu,  celui  qui  nous  a  fait  part  apparu  dans  la  ressemblanee  de  la  chair  de  peche, 

du  tanld'autres  secrets?  Je  veux  parler  de  saint  Paul,  atiu  de  detruire  par   le  peche   meme,    le   peche 

qui  n'a  pas  craiut  dedivulguer  ce  secret   qu'il  a  tire  qui    etait    dans    Ia    chair   (Rum.    mil,    3).   »    Tout 

des  tnsoi     le  la  bonte  de  Dieu.  «  11  nous  a  benis,  le  reste,  elu    ou  reprouve    est  entre  dans  cette   vie 

dit-il,  en  Jesus-Christ,   de  toutes  les  benedictions  de  la  meme  maniere,-car  il  n'y  a  point  de  distinc- 

celestes,  ainsi  qu'il  nous  a  choisis  en  lui  avant  la  tion,  tons  out  peche,  et  tous  portent  les  marques 

creation  du  moude,  atiu  que  l'aimaut,  nous  soyons  de  leur  bonte.  ("est  done  pour  cela   que,  quoique 

saints  et  sans  laches  en  sa  presence  [Ephes.   l,   3).  I'Eglise  fiit  deja  creee.   elle  ne  pouvait  pourtant 

Et  il  ajoute  :  il  nous  a  predestines   pour    etre   ses  pas  etre  trouvee  ou  reconnue  par  aucune  creature, 

enfants  adoptifs  par  Jesus-Christ  en  lui,  selon   les  atteudu  qu'elle  etait  cachee  d'une  merveilleuse  nia- 


nec  ab  a>slu  aniini,  nee  a  raotu  corporis  animi:;ue  liber 
est  in  operand.).  Dcnique  cum  limore  et  tremore  suam 
ipsius  jubetur  operari  salutem,  atque  in  sudore  valtus 
sui  comedere  panem  suam. 

3.  His  Ha  explicitis,  intuere  nunc  mecum  in  hoc  tam 
magnilico  opere  nostrae  salutis  tria  esse  queedam,  qua; 
sibi  vindicat  aactor  Deus.  pra?veDitque  in  illis  omnes 
auxiliatores  et  cooperatores  suos,  prsedestinationem, 
erealionem,  inspirationetn.  Quarum  praedestinalio,  non 
dico  ab  exortn  Ecclesiae,  sed  ne  a  mundi  principio  qui- 
dem  princii-ium  habtiit,  non  denique  '  a  tempore  illo 
vel  ilia  :  ante  tempore  esl.  Porro  creatio  cum  tempore; 
inspiratio  jam  in  tempore  fit,  ubi  et  quando  vult  Ileus. 
Sane  secundum  praidestinationem  nunquam  Ecclesia 
elcctorum  penes  Deum  non  wit  Si  miraturhoc  infidelis 
andiat  quod  magis  mirelur  :  nuiquam  non  grata  exstilit, 
nunquam  non  dilccta.  Quidni  audacter  loquar  arcanum, 
quod  mibi  de  corde  Dei  promplus  ille  supernorum  de- 
lator conciliurum  aperuit?  Paulum  dico,  qui  ut  multa 
alia,  ila  hoc  quoque  de  divitiis  bonitatis  ejus  non  est 
veritus  div  l^are  secretum.  Benedtxit  not,  inquiens,  in 
Omni  benedictione  spiritual!,  in  catlesliOus  it  Christo, 
sicut  elegit  nos  in  ipso  ante  mundi  constilifHonem, 
ut  essemus  suncti  el  immaculati  in  compectu  ejus 
in  charitate.  Et  addit  :  Qui  prcedestinavil  nos  in 
adoptionem    filiorum    per     Jesum-Christum    in    ipso , 


i.  La  crea- 

tiOB. 


secundum  proposilum  voluntatis  sure  ,  in  law/em 
gioria?  gratia!  saw,  in  qua  gratiftcavii  nos  in  di- 
lecto  Ftlio  suo.  Nee  dubium  quia  voce  omnium 
elcctorum  ista  dicantur  :  et  ipsi  Ecclesia  sunt.  In 
ilio  igilur  tam  pr  jfundo  aetcrnilatis  sinu  ,  ante- 
quam  in  lucem  opusque  prod; ret  hujus  creatiunis , 
quis  illam  vel  beatorum  spirituum  invenire  aliquo 
modo  valuerit ,  nisi  si  cui  ipsa  aetemitas  Deus 
voluerit  revelare? 

4.  Sed  et  cum  jam  ad  nutum  creantis  visa  esl  emer- 
sisse  in  species  formasque  has  facticias  atque  visibiles, 
non  continuo  tamen  mventa  est  a  quoquam  hominum  vel 
angclorum,  eo  quod  non  agnoscerelur,  imagine  terres- 
tris  hominis  adumbrala,  et  operta  mortis  caligine.  Sine 
quo  piofc-cto  generalis  velamine  conf^sionis  nemo  filio- 
rum hominum  intravit  hanc  vilam,  uno  sane  excepto, 
qui  ingreditur  sine  macula.  Emmanuel  :s  est,  qui  tamen 
et  ipse  ex  nobis,  pro  nobis  nostri  se  induit  maledicti, 
noslrique  peccati  siinilitudinem,  non  ventatem.  Sice,  n 
habes,  quia  appanut  in  simtlitudtne  carnii  peccafi,  >tt 
de  peccato  damnaret  peccatum  income.  De  c;etero  u:  '5 
omnibus  per  omnia  introitusest,  electis  dico  et  reprobi  . 
Non  enim  est  distinctio.  Omnes  peccaverunt,  et  omnes 
caputium  "  sua?  verecundis  portant.  Propter  hoc  itaque 
etsi  in  rebus  conditis  jam  creata  existens  Ecclesia,  nee 
sic  tamen  a  creatura  ulla  inveniri  poterat  vel   agnosci. 


at.  pileoiq. 


5&t 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


J.    I/inspira- 

tion  ou 

infusion  de 

la  grace. 


uiere,  dans  le  sein  de  la  predestination  et  dans  la 
masse  d'une  malheureuse  damnation. 

5.  Mais  oelle  que  la  sagesse  predestinante  aTait 
cacbee  de  toute  eternite,  et  que  la  puissance  crca- 
trice  n'avait  point  produite  au  commencement  du 
monile,  lagrace  visilantel'arelevee  dans  son  temps, 
par  l'operution   quej'ai  nominee  inspiration,  parce 


pas  dire  qu'il  l'ait  trouvee,  comme  on  dit  qu'il 
l'a  convertie.  Car,  voila.  comment  les  choses  se 
passeut  :  Le  Seigneur  ne  trouve  pas  ;  il  previent, 
or,  le  prevenir  exelut  de  trouver.  En  elFct,  que 
trouverait  celui  qui  n'a  jamais  rien  ignore  «  Or, 
le  Seigneur,  dit  l'Apotre,  connait  ceux  qui  sont  a 
lui  (II  Tim.  n.  19).  »  Et  que    dit-il  lui-meme  «  Je 


qu'il s'est  fait  une infusion  de  l'esprit  de  l'Epoux  dans     eonnaisceux  quej'ai  choisis  des  le  commencement.)) 


les  hommes,  pour  les  preparer  a  l'Evangile  de  la 
pais,  c'est-a-  dire  pour  preparer  unevoie  au  Seigneur, 
et  a  la  connaissance  de  sa  gloire,  dans  les  cceurs 
de  tous  ceux  qui  etaient  predestines  a  la  vie.  Cesl 
en  vain  que  les  sentinelles  auraient  travaille  a  la 
predicatiou  de  l'Evangile,  si  cette  grace  nVut  pre- 
cede. Mais  en  voyant  maintenant  que  la  parole  de 
Dieu  court  avec  vitesse,  comme  dit  le  Propbete, 
que  les  peuples  se  convertissent  aisement  au  Sei- 


Evidemment,  on  ne  pent  pas  dire,  que  celle  que 
Dieu  a  connue,  cboisie,  aimee  et  formee  de  toute 
eternite,  ait  ete  trouvee  par  lui;  neanmoins,  je  di- 
rai  hardiment  qu'il  l'a  preparee,  aGn  qu'on  la  trou-  efprlpare' 
vat.  «  Car,  celui  qui  l'a  vu,  en  a  rendu  temoi- 
gnage,  et  nous  savons  que  son  temoignage  est  ve- 
ritable {Joan.  xix.  35).  »  «  J'ai  vu,  dit  Saint-Jean, 
la  sainte  cite,  la  nouvelle  Jerusalem,  descendre  du 
ciel,    Dieu    l'avait    preparee  comme    une  Eponse 


C'est  a  Dico 
qu'il  Taut 
attriboer 

noire 
•onTersion. 


gneur,  que  les  tribus  et  les  langues,  comme  parle  oroee  pourun  epoux  (Apoc.  ixi.  2).  »  Etcet  aputre 

l'Ecriture, concourent dans  I'unitede  la  foi,  et  que,  etait  une  des  sentinelles  qui  gardent  la  cite.    Mais 

des  extrcnntes  de  la  terre  ils  se  rassemblent  dans  ecoutez  celui-la   meme,  qui  l'a  preparee  ainsi,  il  la 

le  sein  d'une  mime  mere  catholique, ils  reconnais-  nioutre  du  doigt,  aux  sentinelles,  sije  puis  parler 

sent  les  richesses  de  la  grace,  qui  depuis   tant  de  ainsi,  quoique   sous  une  autre  figure  :  «  Levez  les 

siecles  etaient  di-meurees  cachees  dans  le  secret  de  yeux,  dit-il,  et  voyez  les  regions  qui  sont  deja  tou- 

la  predestination  eternelle,   et  ils   se   rejouissent  tes  jaunes,  c'est-a-dire,  toutes  preparjes  pour  la 

d'avoir  trouve  celle  que  le    Seigneur   s'est  cboisie  moisson  (Joan.   iv.  35).  »  Voila  comment  le    pere 

pour  Epouse  avaut  tousles  temps.  de  famille  invite  les  ouvriers  a  travailler   quand   il 

t>.  On  voit  par  la,  je  crois,  que  ce  n'est  pas  sans  voit  que  toutes  cboses   sont  ainsi   preparees,  afin 

raison  que  l'Epouse  temoigne  quelle  a  ete  trouvee  ;  que  sans  beaucoup  de  travail  deleur  part,  ils  puis- 

mais  en  ce  sens    qu'ils  l'ont  assemblee,  non  pas  sent  se  glorifier  d'etre  les  coadjuteurs  de  Dieu.  Car, 

cboisie,  qu'ils  l'ont  rencoutree  non  pas  convertie.  qu'ont-ils  afaire  ?  Ils  ont  a  cbercber  l'Epouse,  et. 

Car,  la  conversion  de  cbacun  des  Udeles  doit  etre  quand  ils  l'ont  trouvee,  a  lui  apprendre  desnouvel- 

attribuee  a  celui  a  qui  lout  le  monde  doit  dire  avec  les  de  son  bien-aime.  Car,  ils  ne  cberchent  pas  leur 

le  Psalmiste  :  «  Couvertissez-nous,  6  Dieu,  qui  eles  propre  gloire,   mais  celle  de  l'Epouse,   parcequ'ils 

noire  salut  (P sal.    lxxxiv.  5j.  »    Mais  on  ne  peul  sout  ses  amis.  Et  ils  n'auront  pas  beaucoup  a  tra. 


sail*  in 
maoifcsta 
•daierat. 


miro  utroque  modo  interim  latens ,  et  intra  gremium 
beats  praedcstinationis,  et  intra  massam  niiserae  damna- 
tionis. 

5.  Casterum  quam  celaverat  ab  aeterno  prsedestinans 
sapientia,  el  item  *  creans  potenlia  minime  prodiderat  ab 

"pofentfa"5  initio;  vi'silans  profeclo  gratia  suo  in  tempore  revelavil, 
secundum  operalionem,  quam  ideo  inspirationem  supra 
nominavi ,  quod  de  Sponsi  spiiitu  tumanis  infusum 
spiritibus  quippiam  fueiit  in  praparatiunem  Evangelii 
pacis,  id  esl  paraie  viam  Domino,  atque  Evangelio  glo- 
ria' ejus  ad  corda  omnium,  quotquot  erant  praedestinati 
ad  vitam.  Frustra  vigiles  laborassent  in  praedicando,  si 
non  hffic  gratia  pracessisset.  Nunc  vera  videntes  veloci- 
tercurrerc  vcrbum,etpopulus  nationum  ad  Dominum  in 
omni  facilitate  convcrli,  concurrere  in  unitatem  tidei 
tribus  et  linguas,  atque  in  unam  colligi  matrem  catho- 
licam  tenuinos  terra;;  cognoverunt  de  diviliis  gratia?, 
quae  a  saculis  abscondilae  Icnebantur  in  abdito  praedes- 
tinalionis  sterna,  et  gavisi  sunt  earn  se  invenisse, 
quam   ante  sacula  Dominus  elegerat  in  sponsam  sibi. 

6.  Ex  quo  (ut  opinor)  clarum  fit  non  otiusum  esse, 
guod  se  inventam  ab  hisSponsa  testataest,  sed  propterea 
quod  se  ab  ipsis  collectam  agnoceret,  non  eltctam  ; 
oompertam,  non  conveream.  Ei  nempe  adscribenda  cu- 
jusqu*  conversio  est,  cui  dicere  necesse  habent  universi 


illud  de  psalmo  :  Converte  nos  Deus  salutaris  nosier. 
Sed  non  aeque  illi  fortassis  invenlionis  vocem  compe- 
tenler  aptaiim,  sicut  conversionis.  Imo  vero  sic  est. 
Non  est  invenire  Domino,  sed  pra?venire,  et  inventio- 
nem  praventio  excludit.  Dcnique  quid  inveniat,  qui 
nihil  unquam  non  novit  ?  Nouit  Dominus  qui  sunt  ejus, 
ait  quidam.  Ipse  vero  quid  ?  Ego  scio,  ail,  quos  elege- 
rim  a  principio.  Plane  quam  ab  aeterno  prascivit,  quam 
elegit,  quam  dilexit,  quam  condidit  ;  ralionis  non  erat 
ab  eodem  perhiberi  inventam.  Praparatam  tamen  ab 
ipso  ul  iuvenirelur,  fidenter  dixerim.  Nam  qui  vidil, 
testimonium  pcrhibuit  :  et  scimus  quia  verum  est  testi- 
monium ejus.  Vidi,  inquit,  ciuitatem  sanctum  Jerusalem 
novum  descendentem  de  carlo,  a  Deo  paraiam  tanquam 
sponsam  ornalam  vi,-o  suo  :  isque  e  vigilibua  unns,  qui 
custodiunt  civil.item.  Sed  audi  ipsum  ejus  pracparatorem, 
veluti  digito  earn  deraonstrantem  vigilibus,  sed  sub  tropo 
allero.  Levate  oculot  veslros,  ail,  ei  videte  regiones,  quia 
albx  sunt  jam,  id  est  praparata,  ad  messem.  Ex  hoc 
Paterfamilias  operarios  invilat  ad  opus,  quando  jam  sen- 
serit  sic  omnia  praparata,  ut  absque  mullo  suo  ipsorum 
labore  gloriari  et  dicere  queant,  quoniam  coadjulores 
Dei  sumus.  Quid  enim  facluri  sunt?  Nempe  Sponsam 
quaesituri,  inventaque  indicaturi  de  dilecto.  Non  enim 
»uam  querent,  ted    Sponsi  gloriam,   quoniam    Sponsi 


S0IXANTE-D1X-HUITIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


545 


vailler  pour  cela,  puisque  1'Epouse  est  deji  pre- 
sents ,  et  qu'elle  le  cherche  avec  toute  l'ardeur 
imaginable,  taut  sa  volonte  est  bien  prepares  par 
le  Seigneur. 

7.  Car,  bien  que  ces  senlinelles  ne  lui  disent  en- 
core rien,   elle  les  interroge  au  sujet  de   son  bien- 


l'Epouse  du  Seigneur  a  quelque  chose  de  sembla- 
ble  a  sa  mere  en  ce  point.  Car,  si  elle  ne  s'elait 
trouvee  aussi  remplie  du  Saint-Esprit,  elle  n'eiil  pas 
interroge  si  familerement  ceux  qui  la  cherchaient, 
au  sujet  de  celui  dont  il  est  l'Esprit.  Elle  n'attend 
pas  qu'il  lui  disent   pourquoi  ils  etaient  venus  a. 


Apres  avoir 
prepare  l'ame 

Dieu  envoie 
ses   ouvners. 


•  at.  add. 
vigilibus. 


aime,  et  elle  previent  ses  predicateurs,   prevenue  elle,  elle  leur  parle   elle-meme,  et  de  l'abondance 

elle-meme  par  lui:  «   N'avez-vous  point  vu,   leur  ducoRur.  «  N'avez-vous  point  vu  celui  qu'aime  mon 

dit-elle,  celui  qu'aime  mon  ame    {Cant.  in.  3)  ?  »  ame  ?  »  Elle  ne  savait  pas  que  les  yeux  quil'avaient 

C'est   done   avec    raison   quelle   dit   qu'elle  a   ete  vu  etaient  bienheureux,   et,   dans  son  admiration 

trouvee  par  ceux  qui  gardent  la  ville,  car  elle  sait  pour  ceux  qui  avaient  eu  ce  bonlieur,   elle  disait  : 

qu'elle  est  deja  connue  et  prevenue  par  le  maitre  N'etes-vous    point   de  ceux    qui  ont  recu  la  grace 

meme   de  la  ville,  aussi  les  sentinelles  la  trouvent-  de  voir  celui  que  tant  de  rois  et  de  propheles  ont 

elles  et  ne  la  font-elles  pas  ce    qu'elle   est.  Voila  souhaite  voir,  et  n'ont  point  vu  ?  N'est-ce  pas  vous 

comment  Corneille  fut  trouve  par  saint  Pierre,    et  qui  avezmerile  de  voir  la  sagesse  dans  la  chair,  la 

saint  Paul,  par  Ananie.  Car,  tous  deux  etaient  pre-  verite  dans  un  corps,  Dieu  en   l'homnie  ?  Plusieurs 

venus  et  prepares  par  le  Seigneur.  Qu'y  avait-il  de  disent,  il  est   ici,  il  est  la.    Mais  je  pense    qu'il  est 

plus  prepare  que  Saul,  qui  avait  deja  crie  d'une  plus  siir  pour   moi,  de  vous  croi re,  vous  qui  avez 

voix  et  d'un  esprit  soumis  :  «  Seigneur,  que  vou-  bu  et  mange   avec  lui,  depuis  qu'il  est  ressuscite. 


lez-vous  que  je  fasse  (Act.  ix.  6).  »  Et  Corneille  ne 
l'etait  pas  moins,  puisque  par  les  aumones  et  les 
oraisons  que  le  Seigneur  lui  inspirait  de  faire,  il 
merita  de  parvenir  a  la  foi  (Act.  x.  5).  Saint  Phi- 
lippe trouva  aussi  Nathanael.  Mais  le  Seigneur  l'a- 
vait  deja  vu  auparavant,  lorsqu'il  etait  sous  le  fi- 
guier  (Joan.  i.  44).  Ce  regard  du  Seigneur  n'elait- 
il  pas  une  preparation?  De  meme,  il  est  rapporte 
que  saint  Andre  trouva  Simon  son  frere  (Ibid.  41\ 
mais  il  avait  aussi  ete  connu  et  prevenu  par  le  Sei- 
gneur, en  sorte  qu'il,  fut  appele  Cephas  (Ibid.  42), 
e'est-a-dire  ferine  dans  la  foi. 

8.  Nous  lisous  de  la  Vierge,   qu'elle  fut  trouvee 
grosse  par  l'operation  du  Saint- Esprit.  Je  crois  que 


Je  crois  que  cela  suflitsurla  demande  que  1'Epouse 
fait  aux  sentinelles,  sinon  nous  suppleerons  lereste, 
dans  un  autre  discours.  Mais,  toujours  est-il  evi- 
dent qu'elle  a  ete  prevenue  par  le  Saint-Esprit,  et 
trouvee  par  ceux  qui  gardent  la  ville ,  puisque 
c'est  maintenant  elle  que  Dieu  a  connue,  predesli- 
nee  de  toute  eternite,  et  preparee  pour  etre  dans 
tous  les  siecles  les  delices  immortelles  de  son  Dls 
bien-aime,  germant  comme  un  lis,  et  fleurissant 
eternellement  devant  le  Seigneur  et  le  pere  de  mon ' 
Seigneur  Jesus-Christ,  l'Epoux  de  l'eglise  qui, 
etant  Dieu,  est  eleve  par  dessus  tout,  et  beni  dans 
les  siecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 


amici  sunt.  Et  pro  hac  non  mtiltum  apud  illam 
laborabunt  :  adest,  jamque  ilium  tota  devutione  re- 
qiiirit  .  in  tantum  praeparala  est  voluntas  ejus  a 
Domino. 

7.  Dcnique  necdum  illis  *  quidquam  loqucntibus  in- 
terrogat  de  dilccto,  et  prtKvcuit  pnedicalores  suos  pra>- 
venla  ipsa,  percunclans  et  dicens  :  Num  quern  diligit 
anima  mea  vidislis?  Bene  proindeseinventam  pcrhibuit 
ab  his  qui  cuslodiunt  civitatem,  qua?  a  Domino  civitatis 
prseungnitain  jam  se  noverat  et  prcevenlam,  quatenus 
il li  talcrn  earn  invenirent,  non  facerent.  Sic  a  Pelro 
Cornelius,  et  Paulus  ab  Anania  inventi  sunt.  Nam  ambo 
pi'icvcnti  a  Domino  erant  et  praeparati.  Quid  Saulo 
paratius,  qui  supplici  jam  et  menle  et  voce  clamaverat  : 
Dnmine,  quid  me  vis  facerel  Nee  minus  Cornelius,  qui 
eleemosynis  et  orationibus  suis ,  Domino  quidem  eas 
sibi  inspirante,  promeruit  pervenire  ad  (idem,  Invenit 
quoque  Philippus  Nathanaelem  :  sed  prius  Domiuus 
ilium,  cum  esset  sub  ficu,  jam  viderat,  qua?  Domini 
visio,  numquid  non  piaeparatio  fuit?  Et  Andreas  Simo- 
nem  fralrem  suum  niliilominus  invenisse  referlur,  sed 
praevisum  eeque  a  Domino  atque  praescitum,  ut  vocare- 
tur  Cephas,  quasi  fortis  in  tide. 

8.  Legimus  de  Maria,  quod  inventa  fuerit  in  utero 
habens  de  Spiritu-Sancto.  Existimo  autem  simile  quid 
habere  in  hac  parte  sponsam  Domini  matri  ipsius.    Nisi 

T.    IV. 


enim  et  ipsa  inventa  esset.  habens  de  Spiritu-Sancto, 
nequaquam  ab  invenloribus  suis  tarn  familiariter  requi- 
sisset  de  eo,  cujus  apiritua  est  ille.  Non  sinlinuit  ut  illi 
efTarentur  ad  quid  venissent  :  ipsa  locuta  est,  et  quidem 
ex  abundantia  cordis.  Nam  quern  diligit  anima  mea 
vidistis?  Sciebat  quia  beati  oculi  qui  vidissent ;  et  admi- 
rans  cos  qui  vider.int,  aiebat  :  Num  vos  estis,  quibus 
videre  donatum  est,  quern  tot  reges  et  prophets  volue- 
runt  videre,  et  non  viderunt?  Num  vos  estis  qui  me- 
ruistis  in  carne  aspic.ere  Sapienliani,  in  corpore  Verita- 
tem,  in  homine  Deum  ?  Multi  dicunt  :  Ecce  hie  est,  et 
ecce  illic  .  sed  ego  tutius  mihi  arbitror  lidem  accommo- 
dare  vobis,  qui  manducastis  et  bibislis  cum  eo,  post- 
quam  resurrexit  a  inortuis.  Et  hue  dictum-  sit  de  eo, 
quod  Sponsa  sciscitata  est  a  vigilibus.  Si  quomiuus, 
supplebitur  sermone  alio.  Nunc  aulem  ex  hoc  vel 
maxime  liquet  prtpventam  fuisse  a  Spiritu-Sancto  :  ab 
his  vero  qui  custodiunt  civitatem  inventam  compertam- 
que,  quod  vere  ipsa  sit  quam  praescivit  et  pra-deslinavit 
ante  ssecnla  Deus,  praeparavilque  dilccto  Filio  suo  deli- 
cias  sempiternas  in  s«culis  eeternis,  ut  sit  sancta  et 
immaculala  in  conspectu  ejus,  germinans  sicul  lilium, 
et  florens  in  selernum  ante  Dominum  Patrem  Domini 
mei  Jesu-Cbristi,  sponsi  Ecclesiae,  qui  est  super  omnia 
Deus  benediclus  in  stecula.  Amen. 


35 


546 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


SERMON  LXXIX. 


De  quel  amour  fort  et  indissoluble  I'dmc  tient  t£- 
poux  embrase.  Retour  de  lEjwux,  a  In  fin  des 
stecles,  vers  la  Synagogue  des  Juifs,  pour  la  sau- 


ver. 


1.  «  N'avez-vous  point  vu  celui  qu'aime  mon 
Forea  et  Ame  {Cant.  111.  3)?  »  0  amour  violent,  amour  bru- 
tUmania  1:jnt-  allll,ur  impt'-tueux,  qui  ne  laisse  point  penser 
de  i'lmour.  a  autre  clio^e  qua  loi,  qui  meprises  tout  le  reste, 
et  es  conlent  de  loi-menie!  Tu  confouds  I'ordre, 
tu  netiens  pas  compte  de  l'usage.  tu  ignores  toute 
mesure,  tu  triomphes  en  loi-meme,  de  toules  les 
regies  de  ['opportunity  de  la  ruison,  de  lapudeur, 
de  la  prudence  et  dujugement,  tu  foulesaux  pieds 
tout  cela.  Toutes  les  pensees  et  les  paroles  de  l'E- 
pouse,  sont  pleines  de  loi,  a  l'exception  de  tout 
le  reste,  tant  lu  t'es  empare  de  sou  coeur  et  de  sa 
langue.  «  N'avez-vous  point  vu  celui  qu'aime 
mon  ame?  »  Com  me  s'ils  connaissaient  ses  pensees; 
vous  demandtz  des  nouvelles  de  celui  qu'aime  vo- 
ire ame,  mais  quel  est  son  nom.  Qui  etes-vous,  et 
qui  est-il  ?  Si  je  fais  cette  remarque,  e'est  a  cause 
de  cette  facon  singuliere  de  parler,  et  de  cette  ne- 
gligence si  remarquable  de  paioles,  en  quoi  cette 
partie  de  l'Ecnture  parait  bien  difference  des  au- 
tres.  Aussi,  dans  cet  epithalame,  il  ne  faut  point 
considerer  les  paroles,  n'.ais  les  affections  et  les 
mouvements,  parce  que  l'amour  saint,  qui  en  fait 
tout  le  sujet,  ne  doit  pas  etre  pese  par  les  paroles 
ou  par  la  langue,  mais  par  les  ceuvres  et  par  la 


verile.  L'amour  y  parle  partout.  Et,  si  qnelqu'nn 
vent  en  acquerir  quelque  intelligence,  il  faut  qu'il 
aime.  En  vain,  celui  qui  n'aime  pas  ccoutera  ou 
brace  cantique  d'auiour,  lesdiscours  enflammes 
ne  peuvenl  etre  compiis  par  une  ame  froide.  Car, 
comme  la  langue  grecque  ou  latine  ne  pent  etre 
entenduede  ceux  qui  nesavent  ni  le  grec  ni  le  la- 
tin, ainsi  en  est-il  de  ce  langage  d'amour; 
il  est  elrange  et  barbare  a  ceux  qui  n'aiment  pas, 
el  ne  trappe  leurs  oreilles  que  de  sons  vains  et  ste- 
riles,  comme  celui  de  1'airain  et  des  cymbales. 
Mais  parce  ijue  ces  sentinelles  ont  appris  du  Siint- 
Espnt  a  aimer,  elles  entendent  le  langage  du 
Sainl-Espril,  et  piuventrepondre  surle  champ  aux 
paroles  d'amour  qui  leur  sont  dites.  et  y  repondre 
en  la  nioine  langue,  e'est-a-dire  par  des  sentiments 
d'amour  et  par  des  devoirs  de  piete. 

2.  Car  ils  1'instruiseut  si  bien  en  peu  de  temps 
de  ce  quelle  cberclie,  quelle  dit  :  «  A  peine  les 
eus-je  un  peu  depasses,  que  j'ai  trouve  celui 
qu'aime  mon  ame  (Cunt.  in.  U).  »  Un  peu,  dit-elle, 
parce  qu'ils  lui  ont  donne  une  parole  abregee,  en 
lui  donnant  le  symbole  de  la  foi  et  ce  qui  suit  dans 
lesmemes  termes.  11  fallaitque  l'Epouse  passat  par 
eux,  afin  de  connailre  la  verile,  mais  il  fallait  aussi 
quelle  les  depassat.  Car  si  elle  ne  les  avait  point 
depasses,  elle  n'aurait  point  trouve  celui  qu'elle 
cherchait.  Et  ne  doutez  point  qu'eux-memes  ne 
le  lui  aient  eonseille.  Carils  ne  s'annoneaient  pas 
eux-memes,  mais  annoneaient  le  Seigneur  Jesus, 
qui,  sans  doule,  est  au  dessus  d'eux  et  au  dela. 
C'est  pourquoi  il  dit :  «  I'asseza  moi,  vous  tons  qui 
desirez  me  posseder  {Eccles.  xxiv.  20).  »  Et  il  ne 


SERMO  LXXIX. 

De  amore  tenaci  et  indissolubili,  quo  anima  tenet  Spon- 
sion :  item  de  reditu  Sponsi  in  fine  scecu/i  adSynugo- 
gum  Judueorum  saloandam. 

1.  Num  quern  di/igit  anima  mea  vidistis?  0  amor 
praceps,  vehemens,  Ihgrans,  impeluose,  qui  prster  le 
aliud  cogitare  non  sinis,  f:isti.;is  cetera,  conlemnis 
omnia  pr*ler  fe,  le  contemns.  Confundis  ordinos, 
dissimulas  usum,  modum  ignoras  ;  lotum  quod  opporlu- 
nitalis,  quod  ralionis,  quod  pudoris,  quod  conoilii  judi- 
ciive  esse  videlur,  Iriumphas  in  temetipso,  et  redi^is  in 
caplivita  em.  En  omne  quod  cogitat  isla,  et  quod  loqui- 
tur, te  sonat,  le  redolel,  et  aliud  nihil  :  ita  tibi  ipsius 
et  cor  vindicasli,  et  lmguam.  Ail  :  Num  quern  arfigit 
ammn  mea  vidistis?  Quasi  *ero  hi  sciant  quid  cogitet 
ipsa.  Quern  diligit  anima  lua,  de  ij.so  sciscitaris  ?  Efnon 
habet  nomen?  QuaBnam  vero  tu,  et  illc  quis?  Et  hiec 
ita  dixerim  propter  singularitate  n  eloquii,  et  insignem 
verborum  incuriam,  qua  prasens  scripturaca-leris  dissi- 
milis  satis  apparel.  Unde  in  epithalamio  hoc  non  verba 
pensanda  sunt,  sed  alTcrtus.  Cur  ita,  nisi  quod  amor 
sanctus,  quem  totius  hujus  voluminis  unam  constat  esse 
matcriam,  non  verbo    sit  ajstimandus,   aut    lingua,  sed 


opere  et  veritate?  Amor  nhique  loquitur  :  et  si  quis 
hurum  quie  leguntur,  cupit  adipisci  nolitiam  ,  amet. 
Alioquin  frustra  ad  audiendum  legendumve  amoris 
carmen,  qui  non  amal,  accedit  :  quoniam  omnino  non 
potest  capere  ignilum  eloquium  frigidum  pectus.  Qno- 
modo  er.im  graece  loqnentem  non  intelligil  qui  graecum 
non  novit,  ncc  latine  loqnentem,  qui  lalinus  non  est,  et 
ita  de  ceteris  :  sic  lingua  amoris  ei  qui  non  amal,  bar- 
bara  erit,  eritque  sicut  aes  sonans,  aut  cymbalum  lin- 
niens.  Isti  vero  (vigiles  loquor)  quoniam  de  S|  irilu  et 
ipsi  acceperunl  ut  anient,  sciunt  quid  loquitur  spiritus, 
et  amoris  vocihtis  oplime  compertis  sibi,  in  prouiptu 
hahent  respondere  in  simili  lingua,  id  esl  studiis  amoris 
pietalisque  officiis. 

2.  Denique  ila  in  brevi  edoclam  emittunt  de  eo  quod 
qnaerit,  ut  dicat  :  Pnululum  cum  pertransistem  eos 
inveni  quem  ddigit  anima  mea.  Bene  paululum,  quia 
verbum  abbreviatum  lecerunt  ei,  symbolum  fidei  tra- 
dentes.  Et  quod  sequitur,  tale  esl."  Oportebat  quidera 
Sponsam  transire  per  eos,  per  qtios  cognoscer  et  verila- 
tem  :  sed  lamen  et  pertransire.  Nisi  enim  perlransisset 
et  ipsos,  non  invenissct  quem  quajrebal.  Atque  hoc 
ipsum  suasam  *  ab  illis  non  ambigas.  Non  enim  praedi- 
cabant  semetipsos  ,  sed  Dominum  suum  Jesum ,  qui 
absque  dubio  et  supra  ipsos  esl,  et  ultra.  Unde  et  ait  : 
Transite  ad  me  omnes  qui  concupiscitis   me.  Nee  suffi- 


Ita  mst. 


SOIXANTE-DIX-NEUVlEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


547 


lui  sufQsait  pas  de  passer,  mais  on  lui  enseigne  .a    tion  et  par  l'ascension.  Car  Jesus-Christ  est  les  pre-  Notre  foi  ,uit 


passer  outre,  parce  que  celui  qu'elle eherchait  etait  inices  de.  l'unet  del'autre  :  s'U  a  precede,  notre lot  a 
aussi  alle  plus  loin.  Car,  non-seulement,  il  etait  precede  aussi.  Car  oil  nele  suivrait-elle  point?  S'll 
passe  de  la  mort  a  la  vie,  mais  il  etait  passe  jus-  monte  au  ciel,  elle  y  est ;  s'il  descend  dan?  les  en- 
qu'a  la  gloire.  11  fallait  done  qu'elle  passat  outre,  fers,  elle  y  est  encore.  Quaud  i]  prendrail  des  ailes 
Autrement,  elle  n'aurait  pu  atteindre  celui  dont  des  le  matin,  et  s'envolerait  a  l'eitremite  de  la  mer, 
elle  n'eutp'as  suivi  les  traces,  partout  ou  il  etait  voire  main,  dit-elle  a  Dieu,  m'y  conduirait,  et  vous 
liA  m'y tiendriez  de votredroite.  YesL-ce  pasentin  selon 

L,  Mine  la  3.'  Et  pour  expliqtier  ceci  plus  clairement  :  si  celte  foi  que  le  Pere  de  l'Epoux  souverainement 
re.arrection  raon  Seigneur  Jesus  etait  ressuscite.,  mais  ne  fut  puissant  et  souverain  ment  bon  nous  ressuscitera 
l'Mcenifon.  point  monte  au  ciel,  on  ne  pourrait  pas  dire  de  lui  et  nous  fera  asseoir  a  sa  droite  dans  les  cieux  ? 
qu'il  a  passe  outre,  mais  seulement  qu'il  a  passe,  Voila  pour  expliquer  ce  quel'Eglise  dit:  «  Je  les  ai 
et  pourtant  il  ne  serait  pas  necessaire  que  l'Epouse  depasses,  »  parce  qu'elle  s'est  passee  elle-meme  en 
qui  le  cherche  depassat  ceux  qui  l'ont  trouve,  il  lui  demeurant  par  la  t'oi  oil  elle  n'est  pas  encore  arri- 
eut  sufQ  de  passer  devant  eux.  Mais  comme,  en  vee.  EnefTet,  je  crois  qu'il  est  clair  maintenant, 
montant  au  ciel,  il  a  passe  au-dela  de  la  resur-  pourquoi  elle  a  mienx  aime  dire  qu'elle  a  passe 
rection,  e'est  avec  raison  que  l'Epouse  dit  qu'elle  outre,  que  de  dire  qu'elle  a  passe  simplement.  Pas- 
a  passe 'outre,  attendu  que,  par  la  foi  et  par  son  sons  done  aussi  a  ce  qui  suit, 
zele,  elle  l'a  suivi  jusque  dans  les  cieux.  Ainsi  done,  U-  «  Je  le  tiens,  et  je  ne  le  laisserai  point  aller, 
croire la  resurrection,  c'esl passer,  croire  l'ascension, 
e'est  passer  outre.  Et  peut-elre  connaissait-elle  la 
premiere  et  ne  connaissait-elle  pas  la  seconde, 
comme  je  me  souviens  d'avoir  dit  dans  un  dis- 
cours  que  j'ai  fait  a  l'une  de  ces  fetes.  C'est  pour- 
quoi etant  instruite  par  eux  dece  qui  lui  manquait, 
et  ayant  appris  que  celui  qui  etait  ressuscite  etait 
aussi  monte  aux  cieux,  elle  y  est  monlee  egalement, 
e'est-a-dire,  elle  a  passe  plus  loin,  et  l'a  trouve.  Et 
comment  ne.  l'aurait-elle  point  trouve,  en  s'elevant 
en  esprit  jusqu'au  lieu  oil  ilest  en  corps?  cd.es  ayant 
un  pen  passes.  »  C'est  avec  rnison  qu'elle  parle  de 


le  Christ 
partout. 


jusqn'a  ce  que  je  l'aie  faitentrer  dans  la  maison  de 
ma  mere,  et  dins  la  chambre  decelle  qui  m'a  en- 
fantee  {Cant,  m,  &).  »  Depuis  ce  temps  la  le  peu- 
ple  iidele  n'a  point  manque,  la  foi  n'a  point  failli 
stir  la  terre,  ni  la  charite  dans  l'Eglise.  Le>  fleuves 
se  sont  debordes,  les  vents  ont  souflle  et  Font  bat- 
tue avec  violence,  et  elle  n'est  point  toinbee,  parce 
qu'elle  etait  fondee  sur  la  pierre  ;  et  cette  pierre 
c'est  Jesus-Christ.  Voila  pourquoi  ni  le  verbiage  des 
pbilosophes,  nilessublilites  captieuses  des  hereti-- 
ques,  ni  lep':e  des  persecuteurs  n'ont  pu  et  ne 
pout't'ont  jamais  la  separer  de  l'amour  qu'elle  a 


plusieurs,  car  notre  Clief  a  passe  et  precede  en  deux  pour  Dieu  en  Jesus-Christ,  tant  elle  tient  fortement 
choses  ta'nt  ses  apotres  que  tons  ses  autres  mem-  celui  qu'aime  son  ime,  tant  elle  trouve  qu'il  lui  est 
bres  qui  sont  sur  la  terre,  a  savoir  par  la  resurrec-    avantageux  d'etre  altachee  a  Dieu.»  C'est  uu  grand 


al.  tid». 


ciebat  transire,  sed  et  pertransire  docetur.  Siqnidem 
perir<insiernt  is  quem  vestigabat.  Non  modo  cnim  de 
morte  ad  vilam  transient,  sed  pertransierat  ad  gloriam. 
Quidni  eliaai  banc  oportuit  pariter  pertransire?  Alioquin 
non  poterat  apprehendere,  quern  non  per  eadem  vestigia 
sequereturqiiocumque  ierat. 

3.  Et  ut  quod  dico  clarius  sit,  si  Dominus  metis  Jesus 
surrexisset  quidetn  a  mortuis,  sed  ad  coelos  minime  as- 
cendisset,  non  poterat  dici  de  eo,quod  pertransierit.sed 
tantutn  transierit  :  ac  per  hocSponsam  ilium  quaerentem 
transire  solummodo  opo"teret,  non  pertransire.  Nunc 
vero  quoniam  jam  restirgendo  transicrat,  et  arijecerat 
pertransire,  utique  ascendendo  ;  merito  se  etiam  istanon 
transisse,  sed  pertransisse  perhibuit,  qua:  bunc  quidem 
Hde  et  devotione  ad  coelos  usque  sccuta  est.  Igitur  cre- 
dere rcsurrectionem  tnnsire  est,  credere  etiam  ascen- 
sionem  pertransire.  Et  forlasse  (quod  una  dierum  dixisse 
me  memini  cum  tractarem)  noverat  ilbim,  istam  non 
noverat.  Ergo  quod  sibi  deerat  instruct,!  ab  illis,  quia 
scilicet  qui  resurrexerat,  etiam  ascendisset;  ascendit  et 
ipsa  pariter,  hoc  est  pertransiit,  et  invenit.  Quidni  inve- 
nerit  pertingens  mente  *,  ubi  ille  corpore  est?  Puutulum 
cum  pertransissem  eos.  Et  bene  eos.  Nam  tam  ipsos, 
quam  caelera  membra  sua,  et  qua?  sunt  super  terram, 
caput  nostrum  punctis  praecessit  duobus,  atque  trans- 


cendit,  resurrectione  (ut  jam  diximus)  et  asconsione. 
Etenim  pritnitiae  Christus.  Quod  si  ille  praecessit;  et 
(ides  nostra.  Ubi  enim  ilia  eum  non  sequerel.ur?  Si 
as'-enderit  in  ecelum,  ipsa  illic  est;  si  descenderil  in 
infernum,  adest  :  et  si  sumpserit  pennas  suas  diluculo, 
et  habitaverit  in  extremis  maris;  illuc,  ait,  manus  tua 
deducet  me,  et  tenebit  me  dextera  tua.  Nonne  denique 
secundum  hanc  omnipotens  et  sumnie  bonus  Pater 
Sponsi  consuscitavit,  et  consedere  nos  fecit  in  dextera 
sua  '?  Atque  pro  eoquod  dixit  Ecclesia,  quia  pertraniivi 
eos  :  quoniam  et  semet  pertransiit,  fide  stans,  quo  nec- 
dum  re  ipsa  pervenit.  Arbitror  et  illud  planum,  cur  se 
pertransisse  potius,  quam  trnnsisse  dicere  maluit.  Et  nos 
transeamus  ad  ea  qua:  sequunlur. 

4.  Tenui  eum,  nee  dimittam,  donee  inirodueam  ilium 
in  domum  matris  mece,  et  in  cubiculum  genitricis  mece. 
Ita  est,  extunc  et  deinccps  non  deficit  genus  clirislia- 
num,  nee  fides  de  terra,  nee  charitas  de  Ecclesia.  Ve- 
nerunt  flumina,  flaverunt  venti,  et  impegerunt  in  earn, 
et  non  cecidit,  eo  quod  fundata  esset  supra  pelram. 
Petraautem  est  Christus.  Itaque  nee  verbositate  philo- 
sophorum;  nee  cavillalionibus  bereticorum,  nee  gladiis 
persecutorum  potuit  ista,  aut  pnterit  aliquando  separari 
a  charitate  Dei,  quae  est  in  Christo  Jesu  :  adeo  forliler 
tenet  quern  diligit  auima  sua,   adeo  il li  adhsrere   Deo 


at.  add.  in 
Cutlestibus' 


5A8 


OELVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


bien,  ditlsaie,  d'y  etre  attache  avec  de  la  glu  (Tsa  sa  misencorde.  «  Je  letiens,  ef  nele  laisserai  point 
xl,  7).  »  Qu'y  a-t-il  de  plus  ferme  que  ceUe  glu  aller,  jusqu'a  ce  que  je  l'aie  fait  enlrer  dans  la  mai- 
que   les  caux  ne  peuvent  dissoudre,  que  les  vents    son   de  ma  mere,  et  dans  la  chambre  de  celle  qui 


ne  peuvent  arracher,  que  le  fer  ae  peut  couperT 
Car  les  eaux  les  plus  abondantes  ne  sauraient 
eteindre  la  charite.  «  Je  le  tiens,  et  ne  Le  laisserai 
point  aller  (Cant,  m,  A).  »  Un  saint  patriarche  dit 
aussi :  «  Jenev  ous  laisserai  point  aller,  si  votis  ne 
me  donnez  votre  benediction  (Gen.  xxxu,  26). »  Elle 


m'a  enfantee.  »  Cortes,  la  charite  de  1'Eglise  est 
bien  grande,  puisqu'elle  n'envie  pas  ses  delices  a 
sa  rivale  mdme,  qui  est  la  Synagogue.  Quel  plus 
grand  exces  de  bonle  que  d'el re  prete  a  faire  part 
asonennemie  deceluiqu'aimeson  time.  Neanmoins 
on  ne  doil  pas  s'en  etnnner,  puisque  le  salut   vient 


Chnrite   do 
1'K^lise  pour 
l.'i  Synagogue 


ne  veut  pas  non  plus  le  laisser  aller,  meme  quand  des  Jail's  (Joan,  iv,  12).  Que   le  Sauveur  retourne 

il  lui  donnerait  sa  benediction.    Le   patriarche  le  d'ou  il  esl  parti,  alin  de   sauver  les  restes  d'lsrael. 

laisse  aller  apres  avoir  recn  sa   benediction,    mais  Que  les    branches  ne    soient   pas   ingrates  envers 

n'en  est  pas  de  meme  de  celle-ci.  Je  ue  veux  point,  lour  tronc,  ni  les  enfants  envers  leur  mere.  Que  les 

dit-elle,  de  rotre  benediction,  je  vous  voux  vous-  branches   n'envient  pas  a  la  racine  la  seve  quel  les 


meme.  Car  sans  vous  que  peut-il  y  avoir  d'aimable 
pour  moi  sur  la  terre  ou  dans  le  ciel  (Psal.  lxxix, 
25)?  Je  ne  vous  laisserai  point  aller,  quand  meme 
vous  me  dounerioz  votre  benediction. 
5.  «  Je  le  tiens  et  ne  le  laisserai  point   aller.  » 


out  tiree  d'olle,  ni  les  enfants  a  leur  mere  le  lait 
qu'ils  out  sure  de  ses  mamelles.  Que  1'Eglise  done 
tienne  fei  moment  le  salutque  laJudeea  perdu, jus- 
qu'a ce  quo  la  plenitude  des  nations  outre  dans  le 
ciel,  el  qu'ainsi  tout  Israel  soit  sauve.  Elle  veut  bien 


Peut-etre   ne  desire-t-il  pas  moins  qu'elle   d'etre  quelle  participe  au  salut  coaimun,  parce  que  tous 

tenu  par  elle.  car  il  dit :  «  Mos  delices,  e'est  d'etre  y  peuvent  avoir  part,  sans  que  cela  fasse  tort  a  cha- 

avec  les  enfants  des  homines  (Prou.  vui,  31'. »  Aussi  cun  en  particulior.  Elle  fait  plus,  elle  lui  souhaite 

est-ce  la  promesse  qu'il  leur  fait  dans    l'Evangile  :  le  nom  et  la  beaute  d'Epouse. 
a  Je  serai  toujours  avec  vous  jusqu'a  la  consomma-         6.  Cette  charite  -erait.  sans  doute  incroyable,  sice 

tiou    des  siecles  (Malt,  xxvui,  20j.  »  Qu'y  a-t-il  de  qu'elle  dit  n'en  faisait  foi.  Car,  si  vous  y  avez  pris 

plus  fort  que  cette  liaison,  qui  est  scellee  par  la  vo-  garde,  elle  dit  qu'elle  veut  faire  enti'or  eelui  qu'elle 

lonte,  et  par  ledesirreciproquode  tous  les  deux  ?  «Je  tient,  non-seulomont  dans  la  maison  de  sa  mere, 

le  tiens  »  dit-elle.  Mais  il  la  tient  aussi,  puisqu'elle  mais  encore  danssa  chambre,  ce  qui  est  la  marque 

lui  dit  ailleurs :  «  Vous  m'avez  tenue  par  la  main  d'uue  prerogative  singuliere.  II  suffisait  pour  son 

droite  [Psal.  lxxii,  24).  »  Celle  que  l'on  tient  et  qui  salut  qu'il  entr.it  dans  la  maison.  mais  qu'il  enlre 

tient  peut-elle  tomber  ?  Elle  le  tient  par  la  fermete  dans   le   secret  de  la  chambre,  est  un  signe   de    la 

de  sa   foi,  elle  le  tient  par  la  ferveur  de   son   zele.  grace.  «  Aujourdhui,  dit  le  Sauveur,  le  salut  est 

Mais  elle  ne  le  tiondrait   pas  lougtemps,  s'il  ne    la  arrive  a  cette  maison  (Luc.  xix,  9).  »  Comment  le 

tenait  aussi.  Et  il  la  tient  par  sa  puissance  et  par  Sauveur,  entraut  dans  une  maison,  ceux  quil'hab- 


bonum  est.  Glutino  bonum  est,  ait  Isaias.  Quid  hoc 
tenacins  glutino,  quod  nee  aquis  eluitur,  nee  ventis  dis- 
solvilur,  nee  scinditar  gladiis?  Denique  aqme  mall* 
non  poterunt  exstinguere  charitatem.  Tenui  eum,  nee 
dimittam.  Et  sanctus  Patriarcha  :  Non  te,  inquit,  dimil- 
tam,  nisi  benedixeris  mihi.  Ita  ista  non  mil  eum  dimit- 
terc,  ct  forle  magis  quam  patriarcha  id  non  vult  quia 
nee  pro  benedictione  quidem,  siquidem  illebenedictione 
accepta  dimisit  eum,  base  autem  nun  sic.  Nolo,  inquit, 
benedictiuiiem  tuam,  sod  te.  Quid  enim  mihi  est  in  cash, 
el  a  te  quid  volui  super  terrain.  Non  dimittam  te,  nee 
si  benedixeris  mihi. 

a.  Tenui  eum,  nee  dimittam.  Nee  minus  forsitan  ille 
teneri  vult,  cum  perhibeat  dicens  :  Deticiie  rnece  esse 
cum  filiis  hominum,  quodque  pollicens  ait  :  Ecce  ego 
vubiscum  sum  omnibus  diebus  uique  ad  dbnsummationem 
sceculi.  Quid  hac  copula  fortius,  quas  una  duorum  tain 
vehementi  voluntate  (irmata  est?  Team  eum,  inquit.  Sed 
nihdominus  ipsa  vicissiin  tenetur  ub  eo  quern  tenet  cui 
alibi  dicit  :  Tenuisli  manum  dexterum  meum  Qua;  tene- 
tur, et  teaet,  quomodo  jam  cadere  potest?  Tenet  lidei 
firmitate,  tenet  devotionis  aflectu.  At  nequaquam  din 
tenerel,  si  non  teeeretur.  Tenetur  autem  potentia  et 
misericordia  Domini.  Tenui  eum,  nee  dimil'am,  donee 
iatroducam  ilium  in  domum  matris  mece,  et  in   cubicu- 


turn  genilrieis  meat.  Magna  Eoelesias  charitas,  quae  ne- 
a-muls  quidem  Synagogae  suas  delicias  invidet.  Qt-id 
benignius,  quam,  ut  quem  diligit  anima  sua,  ipsum 
communicareparata  sit  et  iniinicfe?  Nee  mirum  tamen, 
quia  salus  ea  Judceis  est.  Ad  locum  unde  exicrat,  rever- 
tatur  Salvator,  ut  reliquiae  Israel  salvas  tiant.  Non  rami 
radici,  non  matri  (ilii  ingrali  sint.  Non  rami  radici  invi- 
deant  quod  ox  ea  sumpsere  :  non  lilii  m;ilri,  quod  de 
ejus  suxerc  uberibus.  Teneat  itaque  Ecclesia  lirmiler 
salutem,  quam  Judaa  perdidit,  ipsa  approbendit,  donee 
plenitudo  gentium  introeat,  et  sic  omnia  Israel  salvos 
flat.  \'clit  in  commune  communem  venire  salutem,  quas 
sic  all  omnibus  oapitur,  ut  nil  singulis  minuatur.  Utique 
hoc  facil,  et  plus.  Quid  plus?  Q  iod  ct  nomen  Sponsae 
illi  optat,  et  graliam.  Prorsus  super  salutem  hoc. 

6.  Incredibilis  charitas,  si  non  senno  quern  locuta  est 
ipsa,  fecisset  lldem.  Dixit  enim  (si  advert.sti)  velle  se 
introducere  quern  tenebat,  non  modo  in  domum  matris, 
sed  et  in  cubicu. urn  quoque,  quod  est  prerogative  indi- 
cium. Suffiuiebat  ad  salutem,  si  domum  intraret  :  at 
sccrctum  cubiculi  signal  gratiam.  Itodie,  ait,  liuic  domui 
solus  facta  est.  Quidni  sit  domeslicis  salus,  Salvatore 
ingresso  domum?  Sed  qua?  in  cubiculum  meretur  reci- 
pere,  seorsum  habet  secreium  suum  sibi.  Salus  domui 
fit  :  thalamo  delicias   reconduntur.    In  domum   matris 


QUATRE-VINGT1EME  SERMON  SUR 

tent  ne  seraient-ils  pas  sauves?  Mais  celle  qui  me- 
rite  tie  le  recevoir  dins  sa  chambre  a  pour  elle  son 
secret  a  part.  Le  salut  est  pour  la  maison,  niais  les 
delieessoDt  reservees  pour  la  chambre.  «  Je  le  ferai, 
dit-elle,  enlrer  dans  la  maison  de  ma  mere.  »  De 
quelle  maison  parle-t-elle,  si  non  de  celle  dont  le 
Seigneur  avait  dit  aux  Juifs:  «  Voire  maison  sera 
deserte  et  abandoning  (Luc.  xm,  35;?  »  11  a  fait  ce 
qu'il  avait  dit,  selon  qu'il  le  temoigne  dans  la  pro- 
phetie  :  «  J'ai  laisse  ma  maison,  j'ai  abandoime  mon 
heritage  [Jerem.  xn,  7).  »  Et  maintenant  l'Epoux 
>ar  amour    promet   de  l'y  ramener,  et  de  rendre  a  la    maison 

PEUousen  Je  sa  mere  "le  falut  q"'e,le  a  perdu-  S'  cela  vous 
Christ  'est  semble  peu  de  chose,  eeo:itez  ce  quelle  ajoute : 
rep'oaLT  R  Et  dans  la  chambre  de  celle  qui  m'a  eufantee.  » 
Sy..aso:jue  q^j  ^  entre  jan3  ]a  ch;irobre  nuptiule,  est  l'e- 
poux  :  que  la  puissance  de  l'amour  est  grande  !  Le 
Sauveur  etait  sorti  de  sa  maison  et  de  sou  heritage 
avec  indignation  et  colere  ;  et  maintenant,  adouci 
par  les  caresses  de  son  epouse,  il  se  laisse  tellement 
fleehir,  qu'il  retourne,  non-seulemeut  comine  Sau- 
veur,  mats  comme  epoux.  Soyez  benie  du  Sauveur, 
6  sainte  fille,  qui  apaisez  sou  indignation,  et  reta- 
blissez  son  heritage.  Que  voire  mere  vous  benisse, 
puisque  c'est  par  vous  que  la  colere  de  son  Seigneur 
est  calmee,  que  le  salut  retourne  vers  elle,  qu'il  revient 
a  elle.  et  luidil:  «  Jesuis  votre  salut  [Psal.  xxxiv, 
3).  »Cela  ne  suflii  pas  encore  :  11  ajoute  :  «Je  vous 
epouserai  par  la  foi,  je  vous  epouserai  par  un  effet 
de  justice  et  de  misericorde  tout  ensemble  {Osee. 
u,  19j.  »  Mais  souvenez-vous  que  celle  qui  concilie 
cette  amitie  a  sa  mere,  c'est  l'Epouse.  Comment 
done  cede-t-elle  son  epoux,  et  un  tel  epoux,  a  sari- 
vale,  pour  ne  pas  dire  quelle  est  la  premiere  a  le 
lui  souhaiter '?  11  u'en  vapas  ainsi.  Cette  bonne  fille 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  5i9 

le  souhaite  bien  a  sa  mere,  mais  ce  n'est  pas  pour 
leluiceder,  c'est  pourle  partager  avec  elle.  Un  seul 
est  suflisant  pour  deux,  si  ce  n'est  qn'elles  ne  se- 
ront  plus  deux,  mais  line  en  lui.  Car  il  est  notre 
paix  qui  de  deux  n'en  fait  qu'une,  atin  qu'il  n'y 
ait  qu'une  epouse,  et  qu'un  epoux  Jesus-Christ 
Notre-Seigneur,  qui  etant  Dieu,  et  eleve  par  dessns 
tout  est  beni  dans  les  siecles  des  sieclee.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  LXXX. 

Ce  sermon 
a  ete    prfeb* 
Dispute   subtile  sur  V image  ou  le  Verbc  de  Dieu,   et     apres  le 

„.  ..„•.>,■•  ,      /-•  •  r»  COnc  le  term 

sur  [dme  qui  est  faite  a   I  image  de  Lieu.   Lrreur    4  Reinls  en 

l'annee  11*8, 
dans  lequel 


de  Gilbert,  eve'que  de  Poitiers. 


1.  J'apprends  que  quelques-uns  de  vous  trou- 
vent  a  redire  de  ce  qu'ayant  pris  plaisir  durant 
quelques  jours  a  nous  arreter  a  la  profondeur 
elonnante  des  mysteres  qu'enferment  les  paroles 
de  l'Epouse,  nos  discours  sont  peu  ou  moins  assai- 
sonnes  du  sel  des  reflexions  morales.  II  est  vrai 
que  c'est  contre  notre  ordinaire.  Neanmoins  per- 
metlez-moi  de  faire  un  retour  sur  les  choses  que 
nous  avons  expliquees,  car  je  ne  puis  passer  outre 
avant  de  les  y  avoir  toutes  reprises.  Dites-moi,  je 
vous  en  prie,  l'endroit  oil  j'ai  commence  a  vous 
priver  de  cette  satisfaction,  pour  que  je  le  recom- 
mence de  nouveau.  Car  c'est  a  moi  a  reparer  ces 
fantes,  ou  plutot  au  Seigneur  dont  nous  presumons 
tout.  Je  pense  que  c'est  a  cts  paroles  :  «  J'ai  cher- 
che  Jans  mon  petit  lit  durant  toutes  les  nuits  celui 
qu'aime  mon  arae  {Cant,  ill,  1).  »  Depuis  cet  en- 
droit,  tout  mon  soin  a  ete  de  developper  les  alle- 
groies,  et  de  produire  au  jour  les  secretes  et  sain- 
tes  delices  de   Jesus-Christ  et  de   l'Eglise.    Retour- 


Gilbert   avait 
ete  condamne 


niece  introducam  earn,  inquit.  In  quam  domum,  nisi  de 
qua  olim  praenunliarat  Judaiis  :  Ecce  relinquetur  vobis 
domus  vestra  deserta?  Fecit  quod  dixit,  sicut  habes  et 
de  hoc  testimonium  ejus  in  Propheta  :  Reliqui,  ait,  do- 
mum meam,  dimisi hcereditaiem  meam;  et  nunc  ista 
pollicetur  reducere  ilium,  et  domui  matris  suae  perditam 
salutem  restituere.  Et  si  hoc  parutn  videtur,  audi  quid 
boni  adjiciat  :  Etin  cubicn/um  genitricis  mem.  Qui  in- 
greditur  thalamum,  Sponsus  est.  Magna  amoris potential 
Salvator  indignabundus  exierat  de  domo  ct  baredilate 
sua  :  et  nunc  ad  hujus  gratiam  mitigatus  inllectitiir  ila, 
ut  redeat  non  modo  Salvator,  sed  et  Sponsus.  Bcnedicta 
tu  a  Domino  (ilia,  quae  et  indignationem  compescis,  et 
hasreditatem  restiluis.  Benedicta  lu  matri  tua>,  oujua 
beneticio  avertitur  ira,  revertitur  salus.  revertitur  qui 
dicat  illi  :  S'dus  tua  ego  sum.  Non  suflicit  hoc  :  addat 
et  dicat  :  Desponsabo  te  mihi  in  fid'-,  desponsabo  te 
mihi  in  judicio  eijustitia,  desponsabo  te  mihi  in  miseri- 
cordin  et  miserationibas.  Sed  memento,  quia  quae  has 
conciliat  amicitias,  Sponsa  est.  Quomodo  e;go  Sponsum, 
el  hunc  Sponsum  alien  cedit,  ne  dicam  cupit?  Non  est 
ita.  Cupit  quidem  ilium  mairi  lilia  bona,  non  lamen  ut 
cedat  illi,  sed  ut  communicet.  Suflicit  unus  duabus, 
nisi  quod  jam  non  erunt  duae,  sed  una  in  ipso.    Ipse  est 


enim  pax  nostra,  qui  facit  utramqne  unam,  ut  sit  un3 
Sponsi,  et  sponsus  unus  Jesus-Cbristus  Dominus  nos- 
ter,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  ssecula. 
Amen. 

SERMO  LXXX. 
D?  imagine  su-e   Verbo    Dei,    et   anima   qua;    ad    ima- 

ginem  est,  subtiiis  disputatio  :  et  de  en-ore  Gitteberti 

Pictavensis  episcopi. 

1.  Quidim  vestrum  (ut  comperi)  minus  aequo  animo 
ferunt,  quod  eece  jam  per  aliquot  dies,  dum  stupori  et 
admirationi  sacramentorum  inhaerere  dclectat,  sermo 
quern  ministramus,  aut  nullo  fuerit,  aut  exiguo  admo- 
dum  moralium  sale  conditus.  Id  quidem  prosier  solitum. 
Sed  num  quae  dicta  sunt,  reviscre  licet  ?  Non  procedo 
nisi  prius  revolvam  omnia.  Eia,  dicite,  si  recordamini, 
a  quonam  Scripturae  loco  cceperit  defraudatio  haec,  ut 
rursum  inde  adoriar.  Meum  est  resaicire  damna,  imo 
Domini,  de  quo  totum  priesumimus.  Quo  itaque  repe- 
tendum  principio  ?  An  inde,  In  lectulo  meo  quiesivi  per 
nodes  quern  diligit  anima  mea  ?  Ni  fallor,  inde.  Abhinc 
tanlum  et  deinceps  cura  una  fuit  mihi,  harum  allegoria- 
rum  densa  discussa  caligine,  ponere  in  lucem  Chiisti  et 
Ecclesias  secretas  delicias.  Igitur  redeamus  ad  indaganda 
moralia.  Nee  enim  mihi  poterit  esse  pigrum,  quod  vo- 


550 


Parent* 

OD    p'uttH 

similitude 
de  1'inie  et 
du  Vcrbc. 


OELVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


nons  done  au  sens  moral.  Car  je  ne   puis  trouver  sans  aucune convenance  avec  la  chose  dont  elle  est 

penible  ce  qui  peut  vous  elre  avantageux.  11   sera  l'image,  car  il  est  dlt  de  celui  qui  est  l'image  : 

d'ailleurs  facile  de  vous  satisfaire,  en  appliquant  «  qu'ayant   une   meme    essence    avec    Dieu ,   il 

au  Verbe  et  a  1'ame  ce  que  nous avonsditde  Jesus-  n'a  pas  cru  faire  un  larcin  de  se  rendre  egal  a 

Christ  et  de  1  Eglise.  lui  (Plrilip.  ii,  C  .  >>  Voiis  voyez  par  la  que  sa  rec- 

i!.  Mais  mi  dira  peut-fitre  :  Pourquoi  joignez-  titude   est  marquee  dans  I'essence  qu'il   partage 

ces  deux  c hoses?  que)  rapport  y  a-t-il  entre  avec  Dieu,  et  sa  majesle  dans  l'egalite  qu'il  a  avec 

l'ame  et  le  Verbe '?  II  y  en  a  un  grand  a  tons  les  lui ;  afin  que  la  rectitude  etant  comparee  a  la  rec- 

points  de  vue.  Premierement,  il  y  a  une  si  grande  titude,  et  la  grandeur  a  la  grandeur,  on  connaisse   reproduit  s 

aflinite  entre  leur  nature,  que  l'un  est  l'image  de  que  l'image,    et  ce  qui  est    fait  a  l'image,  out sa 'fa,nD^ruer1 

Dieu,  et  1'autre  est  laile  a  son   image.   D'ailleurs,     queluue    rapport    en   l'une  de    ces   deux    choses,  et  is  reciitud 

.  ,,.  ,  de  1  image. 

comme  aussi  1  image  se  rapporte  en  ces  deux  ma- 
nures a  celui  dont  elle  est  l'image.  Car  e'est  de  lui 
image  quele  saint  toi  Davidadit :  oNotre  Seigneur  est 


la  ressemblance  qui  est  entre  eux  est  encore  une 
preuvi  aflinite.  Car  l'ame  n'est  pas  seu- 

lement  faite  a  son  image,  mais  a  sa  ressemblance? 


Me  demandez-vous  en  qnoi  elle  lui  est  semblable?  infiniment  grand,  etsa  puissancen'a  point  de  bornes 

Ecoutez  premierement  comme  quoi  elle  est  faite  a  {Psal.  cxi.u,  5).  Et  :  le  Seigneur  notre  Dieu  est 

son  image.  Le  Verbe  est  vuitc,  sagesse,  et  justice,  droit,  et  il  n'y  a  point  d'injustice  en  lui  (Psal.  cxli, 

Voila  l'image.  De  qui  est-il  l'image ?  De  la  justice,  16).  »  C'est  de  ce  Dieu  si  grand  et  si  droit  que  son 

de  la  sagesse,  et  de  la  verile.   Car  cette  image   est  image  tire  sa  rectitude  et  sa  grandeur,  et  c'est  de 

justice   de  justice,  sagesse   de   sagesse,    verite  de  cette  image  que  Fame  qui  est  faite    sur  elle,  tire 

vente,  dc  meme  que  lumiere  de   lumiere,  et  Dieu  aussi  toule  la  sienne. 

de  Dieu.  L'ame  n'est  rien  de  tout  cela, parce  qu'elle  3.   Mais  quoi,  l'image     n'a-t-elle   done    rien  de 

n'est  point  image,  elle  en  est    neanmoins  capable,  plus  que  l'ame  qui  est   faite  sur  elle?  Car    nous 

et  elle  les  desire,  et  c'est  peut-eMre  pourcela  qu'elle  donnons  a  l'une  el  a  l'aulre  la  grandeur  et  la  rec- 

est  faite  a  l'image  du  Verbe.    C'est  une  creature  titude.  Certes  il  y  a  bien  de  la  difference.  Celle- 

elevee,  puisqu'elle  est  capable  de  cette  majeste,  et  ci  a  recu  ses  qualites  avec  mesure,  et  celle-la  les 

le  desir  qu'elle  a  de  la  recevoir  est  une  marque  de  recoit   avec  egalite.  N'y  a-t-il  que  cela?  Ecoutez 

sa  rectitude.  Nous  lisons  que  Dieu  a  fait   l'homme  encore  une  autre  difference.  Celle-ci  n'a  recu  l'une 

droit.  Et  quant  a  sa  grandeur,  sa  capacite,  comme  et  1'autre  que  par  creation  ou  par  misericorde,  et 

nous  avons  dit,  en  est  une  preuve  suffisante.  Car  celle-la  les  a  recites  par  generation.  11  n'y  a  point 

il  faut  que  ce  qui  est  a  l'image  d'une  chose    soit  de  doute  que  cette  derniere  facon   de  recevoir  ne 

couforme  a  cette  image,  et  n'ait  pas  part  en  vain  soit  beaucoup  plus  niagnilique.  Mais   ce  qu'il  y  a 

au  nom  de   l'image,  de  meme  que   l'image  elle-  de  plus  excellent  que  cela   encore,   c'est  que   l'un 

meme  n'est  pas  appelee  ainsi  seulenient  de  nom,  et  ne  recoit  ces  deux  qualites  que  par  la  liberalile  de 


bis  commodum  fueiit.  Atque  hoc  ita  congrue  fiet,  si 
qua  dicla  sunt  in  Christo  et  in  Ecclesia,  Verbo  aaimae- 
que  eadem   nibiluminus  assignemus. 

2  Sed  dicit  milii  aliquis  :  Quid  tu  duo  ista  conjungis  ? 
Quid  enim  anitna?  et  Verbo  '?  Multum  per  omnem  mo- 
dura.  Priino  quidem  quod  naturaram  tanta  coguatio  est, 
ut  hoc  imago,  ilia  ad  imaginem  sit.  Deinde  quod  co- 
gnalionem  similitudo  testetur.  Nempc  non  ad  imaginem 
tantum,  sed  ad  shnilitudinem  facia  est.  In  quo  similis 
sit  quaeris  ?  Audi  de  imagime  prius.  Verbum  est  Veri- 
tas, est  sapienlia,  est  justitia  :  et  base  imago.  Cujus  ? 
Juslitiae,  sapienliae,  et  veritatis.  Est  enim  imago  h;ec 
justitia  de  justitia,  snpientia  de  sapientia,  Veritas  de  ve- 
ritate,  quasi  de  lumine  lumen,  de  Deo  Deus.  Harum 
rerum  nihil  est  anima,  quoniam  non  est  imago.  Est  ta- 
men  earumdem  capax,  appetensque  :  et  inde  fortassis  ad 
imaginem.  Celsa  creatura,  in  capacitate  quidem  majesta- 
tis,  in  appetentia  autem  rectitudinis  insigne  praeferens. 
Leginius  quia  Ueus  hoaiinem  rectum  fucit,  quod  et 
magnum  capaci  as  ui  dictum  est)  probat.  Oportel  nam- 
que  id  quod  ad  imaginem  est,  cum  imagine  convenire, 
et  n  m  in  vacuum  participare  nomen  imaginis,  quemad- 
moduin  nee  imago  ipsa  so'o  vel  vacuo  nomine  vocitatur 
imago.  Ilahes  vero  de  co  qui  imago  est,  quia  cum  in 
forma    Dei  essel,  non  rapinam   arbitratus   est  esse   se 


rvquilem  Deo.  Ubi  tibi  utique  ejus  et  in  forma  Dei  in- 
nuitur  rectitudo,  et  in  aequalitate  majestas  :  ut  duni 
rectitudini  rectitudo,  et  magnitudo  magnitudini  compa- 
ratur,  consonauter  sibi  altrinsecus  respondere  appareat 
quod  ad  imaginem  est,  et  imaginem  :  sicut  imago  quo- 
que  niliilominus  in  utroque  respondet  ilii  cujus  imago 
est.  Nempe  ipse  est,  de  quo  sanctum  David  audistis  in 
psalmis  canentem,  nunc  quidem  -.Magnus  Dominus  nos- 
ter,  el  magna  virtus  ejus  :  nunc  vero,  Rectus  Dominus 
D^us  nosier,  et  non  est  iniquitas  in  eo.  Ab  isto  recto  et 
magno  Deo  habet  imago  ejus,  ut  et  ipsa  recta,  et  ma- 
gna sit  :  habet  aninia  quae  ad    imaginem  est. 

3.  Sed  dico  :  Nihilne  ergo  amplius  habet  imago  ab 
anima  quae  ad  imaginem  est,  quia  et  huic  magnum  rec- 
tumque  assignamus  ?  Et  plurimum.  Hebc  ad  mensuram 
accepit,  ilia  ad  aequalitatem.  An  non  plus  hoc?  adverte 
et  aliud.  Huic  utrumque  aut  creatio,  aut  dignatio  con- 
tulit  ;  ilii  generatio.  Atque  id  magnilicentius  esse  non 
dtibium  est.  Sed  ne  hoc  quidem  eminentius  esse  quis 
abnuat,  quod  cum  a  Deo  huic,  ilii  et  de  Deo  utrumque 
sit,  id  est  de  Dei  substantia.  Est  enim  consubslantialis 
Deo  imago  sua,  ct  onine  quod  eidem  sua?  imagini  im- 
pertiri  videtur,  ambobus  est  substantial,  non  accidentale. 
Adhuc  unum  attende,  in  quo  imago  non  parum  eminet. 
Magnum    ct  rectum  (ista  duo   natura  a  sese    discrepare 


QUATRE-VINGTIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


551 


Dieu,  au  lieu  que  1'autre  les  tire  de  la  substance  de 
Dieu  ruerae.  Carl'image  de  Dieu  lui  est  consubstan- 
tielle,  et  tout  ce  qu'il  semble  communiquer  a  son 
image  est  substauliel  a  tons  de.'ix,  non  accidentel. 
Voici  encore  line  autre  chose  en  quoi  l'image  sur- 
]iasse  inQuinient  celle  qui  a  ele  formee  sur  elle. 
Qui  ne  sail  que  la  grandeur   et    la  rectitude   sotit 


capable  du  saint,  puisque,  comme  je  l'ai  dit,  c'est 
par  la  eapacile  de  l'ame  qu'on  juge  de  sa  gran- 
deur. Or,  comment  pourrait-elle  esperer  ce  dont 
elle  ne  serait  point  capable? 

4.  C'est  done  par  la  grandeur  qu'elle  relient 
encore,  apres  avoir  perdu  sa  rectitude,  que  l'hom- 
me  passe  dans  l'image  de  Dieu,  ne  se   soulenant  encii'n,errant 


L'ame  a 

penlu  ca 

rpoiituii'lout 


deux  cboses  distinctes  de  leur  nature?  Cependaut     q\ie  sur  un  pied,  comme  on  pourrait  dire,  et  elant  fa  Rraildour' 


elles  ne  sont  qu'une  meme  chose  dans  l'image. 
Bien  plus,  elles  ne  sont  qu'une  meme  chose  avec 
l'image.  Car  non-seulement  c'est  une  meme  chose 
pour  l'image  d'etre  droite  etdetre  grande,  mais 
sa  rectitude  et  sa  grandeur  ne  sont  point  dilTeren- 
Comment  tes  de  son  etre.  11  n'eu  est  pas  ainsi  de  lame.  Car 
droiture  la  grandeur  et  la  rectitude  son!  differentes  defame 
etderie'4me"ie  na^mej  et  s0,lt  meme  dillerenles  entre  elles.  Car, 
si,  comme  je  l'ai  dit,  lame  est  grande  parce  qu'elle 
est  capable  des  choses  eternelles,  et  droite,  parce 
qu'elle  les  desire,  celle  qui  ne  cherche  et  ne  goiite 
point  les  cboses  d'en  haut,  mais  les  choses  de  la 
terre,  n'est  pas  entierement  droite,  elle  est  cour- 
bee,  ce  qui  ne  fait  pas  qu'elle  nedemeure  toujours 
grande,  puisqu'elle  demeure  toujours  capable  de 
l'elernite.  Car  bien  qu'elle  ne  la  receive  jamais, 
elle  ne  laissera  pas  pour  cela  d'etre  toujours  capa- 
ble de  la  recevoir,  alio  que  cetle  parole  de  l'Ecri- 
ture  soit  verifiee  :  «  L'homme  passe  dans  l'image 
(Psal.  xxxvm,  7).  »  Neanrnoins,  ce  n'est  qu'en  par- 
tie,  afin  que  l'eminence  qu'a  le  Verbe  sur  elle 
ressorte  davantage,  parce  qu'il  possede  toujours 
ces  deux  qualites  tout  entieres.  En  eHet,  comment 
le  Verbe  perdrait-il  sa  grandeur  ou  sa  rectitude, 
puisqu'il  est  lui-meme  sa  rectitude  et  sa  grandeur? 


devenue  un  enfant  etranger.  Car  je  crois  que  c'est 
de  ceux  qui  sont  ainsi  qu'il  est  dit  :  «  Des  enfants 
etrangers  ont  menli  contre  moi,  ils  se  sont  endur- 
cis  dans  leurs  crimes,  et  ont  cloche  dans  leurs 
voies  (Psal.  xvn,  46).  »  C'est  avec  raison  qu'il  les 
appelle  des  enfants  etrangers.  Car  ils  sont  enfants 
a  cause  de  la  grandeur  qu'ils  ont  retenue,  et 
etrangers  a  cause  de  la  rectitude  qu'ils  out  perdue. 
Et  il  n'est  pas  dit  qu'ils  ont  cloche,  mais  qu'ils 
sont  tombes,  ou  quel. pie  autre  chose  semblable, 
s'ils  se  fussent  depouilles  entierement  de  l'image 
a  laquelle  l'homme  a  ete  fait.  Mais  maintenant 
l'homme  passe  dans  l'image,  selon  la  grandeur; 
mais  selon  la  rectitude  il  cloche,  il  est  trouble,  et 
il  dechoit  de  cette  image,  selon  ce  que  dit  l'Ecri- 
ture  :  «  L'homme  passe  dans  l'image,  mais  c'est  en 
vain  qu'il  se  trouble.  C'est  en  vain  qu'il  amasse 
des  tresors,  puisqu'il  ne  sait  pas  pour  qui  il  les 
amasse  (Psal.  xxxvin,  7).  »  Et  pourquoi  ne  le 
sait-il  pas,  sinon  parce  que,  se  penchant  sur  les 
choses  basses  et  terrestres,  il  n'amasse  que  de  la 
terre.  Ceries  il  ignore  absolument  pour  qui  il 
amasse  les  choses  qu'il  conlie  a  la  terre,  si  ce  n'est 
point  pour  les  vers  qui  les  rongent  ou  pour  les 
voleurs  qui  les  enlevent  en  percant  la  muraille,ou 
Ou  bien  l'hoinrae  la  possede  en  partie,  de  peur  pour  les  ennemis  qui  les  pillent,  ou  pour  le  feu 
que  s'il  en  etait  entierement  prive,  il  ne  lui  restat  qui  les  devore.  Aussi  est-ce  au  noni  de  cet  homme 
plus  d'esperance  de  son  salut.  Car  si  son  ame  malheureux  qui  se  courbe  et  rampe  contre  la  terre 
cessait  d'etre  grande,  eile  cesserait   aussi   d'etre    qu'il  est  dit  dans  le  psaunie:  «  Je  suis  tout  courbd 


quis  nesciat  '?)in  imagine  unum  sunt.  Ne.pie  hoc  solum  : 
unum  sunt  et  cum  imagine.  Imagini  enim  non  modo  id 
rectum  est  esse,  quod  magnum  esse  sed  etiatn  id  ma- 
gnum rectumque  esse,  quod  esse.  Animae  non  ita.  Et 
magnitudo  ejus,  et  rectitude  ipsius  diversae  ab  ea,  di- 
vers* ab  invicem  sunt.  Si  enim  (ut  supra  docui)  eo 
anima  magna  est,  quo  capax  eeternorum;  eo  recta,  quo 
appetens  supernorum  :  quae  non  queen!  nee  sapit  quae 
sursum  sunt,  sed  quae  super  terram,  non  plane  est  recta 
sed  curva,  cum  tamen  pro  hujusmodi  magna  esse  non 
desinat,  manens  utique  etiam  sic  aeternilatis  capax.  Ne- 
que  enim  illius  aliquando  non  capax  erit ,  eliamsi 
nunquam  capiens  merit,  ut  si  quomodo  Scriptum  est, 
Verumlumen  in  imagine  pertransit  homo  :  ex  parte  ta- 
men, ut  eminentia  Verbi  appaieat  de  ipsa  integrilate. 
Quo  enim  a  magno  rectove  Verbum  cadat,  quod  sic  ea 
utique  habet,  ut  sit  quae  habet  ?  Vel  ideo  ex  parte,  ne 
si  toto  privaretur,  non  supcresset  spes  salutis.  Nam  si 
desinat  magna  esse  :  et  enpax.  Quippe  de  capacitate 
(ut  dixi)  aestimatui'  animae  magnitudo.  Quid  vero  sperare 
posset,  cujus  capax  non  foret? 


4.  Ilaque  per  magnitudinem,  quam  retentat  etiam 
perdita  rectitudine,  in  imagine  pertransit  homo,uno  quasi 
claudicans  pede,  et  factus  lilius  alienus.  De  talibusenim 
reor  dictum  ;  Fdii  alieni  mentiti  sunt  mini,  filii  alieni 
inveterati  sunt,  et  ctaudicaverunt  a  semitis  suis.  Pulchre 
appellali  sunt  fihi  uUeni,  nam  filii  propter  retenlam  ma- 
gnitudinem, alieni  propter  amissam  rectitudinem.  Nee 
dixisset,  ctaudicaverunt,  sed  corruerunt,  aut  quippiatn 
simile,  si  ex  toto  liomines  *  imagintm  exuissent.  Nunc 
vero  secundum  magnitudinem  quidem  in  imagine  per- 
transit homo:  quantum  vero  ad  rectitudinem,  veluti  clau- 
dicans, conturbalur  et  deturbatur  ab  imagine,  Scriptura 
ita  dicente  :  Verumtamen  in  imagine  pertransit  homo  ; 
sed  et  frustra  conturbalur.  Frustra  omnino,  nam  sequi- 
tur  :  Thesaurhat,  et  ignomi  cui  congregabd  ea.  Cur 
ignorat,  nisi  quia  inclinans  se  ad  haec  inlima  et  terrena, 
thesaurizat  si bi  terram  ?  Prorsus  ignorat  de  his  quae  ter- 
ras commiltit,  cui  congregabit  ea,  tineaene  demolienti, 
an  furi  effodienti  ;  bosti  diripieuli,  an  igni  devoranli? 
Et  inde  miscro  homiiu  incurvanti  se,  et  incubanti  bis 
quae  in  terra  sunt,  flebilis  vox  ilia  de  psalmo  :  miser  foc- 


al, tiominii. 


552 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


et  tout  abattu,  etje  marche  toujours  avec  an  vi- 
sage triste  et  deligure  [Psal.  xxxvn,  7).  »  Car  il 
eprouve  en  lui  la  verite  de  cette  parole  du  sage  : 
o  Dii-u  ;.  fait  I'homme  droit  et  juste,  mais  il  s'est 
engage  lui-meme  dans  line  intiuitede  maux  [Eccles. 


est  differente  de  sa  grandeur,  puisqu'elle  ne  peut 
pas  se  I'approprier  a  elle  seule?  Si  done  l'une  n'esl 
pas  dans  toute  ame,  el  l'autre  ne  se  rencontre  pas 
dans  lame  seule,  il  est  raanifeste  que  l'unc  et 
l'autre  different  d'elle.  De  plus,  ce  .lont  elle  est  la 


_,,    on    .      ,.,  •,  ,  l~ """" •  •iiueiem  u  eiie.  lie  p  us,  ce  i  out  el  e  est  Is 

*n,30j     .EtdaentanduaiWtM   cette   parole    de  forme  n'est  pas  une  forme  nulle    Or      a  irandenr 

moquerie  :  .  Courbez-vous,  aQn  que  nous  passions  de  I'an st  la  forme  de  rj  Et  i  1  ne I ,  tm 

"It^  :°US    ':'■  '  '•  23  *™  que  ,e  a'esl  pas  ,a  ta,e  STS 

5.  Maiscommenl  en  sommes-nous  venus  la?  e'est  inseparable  d'elle.  Car  tou.es  Is  dinte£Tw£ 

envoulant  montrerquela  grandeur  el  la  rectitude,  tantielles  sont  de  la  sorte,  non-seuleS      Us 

q  mm.,,1    es  deux  fcens  que  nous  avons  assign*  a  qiu  son,  lellenient  propres  a  une  elio'e  q    ell "  n 

limagedeD.eu.ne  sout   pomt   une    meme  chose,  peuvent  eonven.r  a  une  autre,   ni; us   encore  ^ 


dans  l'ame  ni  avec  I'anie,  comme  nous  avons  fait 
voir  qu'il  est  de  foi  que  ce  sont  une  meme  chose 
dans  le  Verbe  et  avec  le  Vei  be.  Quant  a  la  rectitude, 
il  est  visible,  par  ce  que  nous  avons dit, quelle  est 
differente  de  l'ame  el  de  la  grandeur  de  lame, 
emrfSe'et  Puis,I,"'>  lorsqu'elle  ne  snbsiste  plus.l'amedemeure 
la  grandeur  toujours,    et   conserve   nieuie    sa  grandeur.    Mais 


ques-unes  qui  sunt  communes  a  plusieurs  natures. 
L  ame  n'est  done  point  sa  grandeur,  non  plus  que 
le  corbeau  n'est  sa  noirceur.  ni  la  neige  sa  blan- 
cheur,  ui  I'homme  sa  faculte  de  rire  ou  de  raison- 
ner ;  quoiqu'on  ne  trouve  jamais  ni  corbeau  sans 
noirceur,  ni  neige  sans  blancheur,  ni  homme  qui 
ne  puisse  rire  ou  raisonner.  C'est  ainsi  que  Tame 


comment   montrerons-nous    que    la   grandeur  de  et l^ranZrX , T     v    ^     •-  "*"  *"  '  ^ 

nm,„.(„lno    ,  ...   '  b  7     eur  M  et  ld  giaiiileui -del  ame,  bien  qu  inseparables,  sont 

1  ame  est  ante  ,  hose  que  1  ame  meme.  Nous  ne  le  neanmoins  differentes  Tune  de  l'autre   Et  comment 

Pouvons  pas  aire  de  la  meme  facon  que  nous  avons  ne  le  seraient-elles  pom.,   piusqu"    1  un     eT  da,i 

montre  la  ditlerence  de  la  reel  imle  dHlV>n,„,i'o i :„.    ...  ..      ,.     .  '  .'  uu4ue  '  une  esi  aans 


niontre  la  difference  de  la  rectitude  de  1'ame  d'avec 
l'ame,  puisqu'elle  ne  peut  etre  privee  de  sa  gran- 
deur, comme  elle  peut  l'elre  de  sa  rectitude.  Ce- 
pendant  il  est  certain  que  lame  n'est  pas  sa  gran- 
deur, car  bien  que  l'ame  ne  se  trouve  point  sepa- 
ree  de  sa  grandeur,  neanmoins  la  grandeur  se 
trouve  hors  de  1  ame.  Demandez-vous  oil  ?  Dans  les 
anges.  Car  les  anges  sont  grands  de  meme  que 
l'ame,  e'est-a-dire  par  la  capacile  qu'ils    out    .our 


lesujet,et  que  l'autre  est  lesujet  et  la  substance 
meme  ?  La  seule  nature  souveraine  et  increee,  qui 
est  la  Triuile  adorable,  s'appropne  cette  pure  et 
Singuliere  simphcite  d'essence,  en  sorte  qu'il  n'y  a 
pas  en  lui  une  chose  et  une  autre,  ici  et  la,  ni 
tantot  et  tantot,  Car  demeurant  en  elie-meme,  elle 
est  tout  ce  qu'elle  a,  et  tout  ce  quelle  est,  elle  l'est. 
toujours,  etd'uue  meme  maniere.  Tout  ce  qui  est  se- 
pare  ou  different  dans  les   autres  etres,   est  reuni 


I)iea  eo*  suu- 

verainement 

sintpU',  un 

et  imoiuable. 


,.,,       ...    _.  *  r ^ '    ""*   >wlii  wc  im  umtR'iii  ua   s  Jes   au  res  etres     est   r^imi 

1   ternite     1  est  constant  que  Fame  est  differente  et  rendu  semblable  en  elle,  de  sorte  qu'enenefe 

de  sa  rectitude,   puisqu'elle  en   peut  etre   privee  ;  nombre  ne  cause  point  la    durable  ni   a  divt",t 

pourquoi  ne  serait-il  pas  certain  de  meme  qu'elle  1'alleration.  Elle  coniient  t  us  le      eu      e    n'eS 


tus  sum,  el  curvatus  sum  usque  in  finem,  lota  die  con- 
tristolus  ingn-diebur.  In  semetipso  siquideiu  experitur 
verftalem  illius  senfenliae  Sapieniis  :  Deus  rectum  im- 
minent fecit,  ipse  autem  se  implicuii  doloribus  multis. 
Et  continuo  vox  ludibrii  ad  cum  :  Iticurvare  nt  transe- 
amus. 

5.  Sed  unde  venimus  hue  ?  Nempe  inde,  cum  docpre 
vellemus,  rectum  magnumque  (quo  gemino  bono  diffi- 
nieramus  imaginem)  nee  in  arima  esse  unum,  nee  cum 
anm1,1'  '1  lc  a  i»  Verbo  et  cum  Yerbo  ea  unum 

esse  lideli  a-quc  asserlione  docuimus.  Et  de  rectiludine 
quidem  ex  his  qua; dicta  sunt,  liquet  quod  diversa  et  ab 
anima  sit,  et  ah  animae  magnitudine  :  quandoquideai  ea 
etiam  nun  exsistente,  et  anima  manet,  et  magna.  Verum 
magaitudinis  anima?que  diversilas  unde  docebitur  ?  Xon 
enim  inde  potest,  mule  reclitudinis  animajque  monirata 
est,  cum  non  sicut  rectiludine,  ita  el  magnitudine  sua 
pm-an  annua  possit.  Non  esl  lamen  Mia  magnitado  ani- 
ma. Nam  el  si  anima  nun  invenitur  absque  magnitudine 
sua,  ip-a  lamen  el  extra  animan  reperitur.  Qusris  ubi  ? 
In  angelis.  Inde  quippe  magni  sum  angeli,  unde  ani- 
mae magnitudo  eomprobatur,  excaptu  videlicet  asternita- 
lis.  Quod  si  eo  constiut  animam  disoreparea  recUtudine 
sua,  rjuod  ea  carare  possit  :quidm  *que  liqueat  esse  di- 


versam  et  a  sua  magnitudine,  quam  sibi  propriam  rindi- 
pare  non  possit  ?  Cum  itaque  nee  ilia  in  omni,  nee  ista 
in  sola  sit  anima,  paid    utiamqne   indifferenter   riifferre 
ab  ea.  Item,   nulla  forma  esl  id,  cujus  est   forma.    Est 
autem  magnitudo  forma  anima?.  Nee  enim  ideo  non  for- 
ma, quia  inseparabilis  est  illi.  Hoesiquidem  sunt  subs- 
lanlialcs  differentia!  omnes,  hoc  non  modo  pioprie  pro- 
pria, sed  et  propria  qu.edam,  hoc  etiam  alia-  innumera- 
biles  formaj.  Non  igitursuamagniludoanima.non  inagis 
quam  sua  mgredo  curvus,  quam  suus  candor  ni\,   quam 
sua  risibilitas  eeu  raUonalitas  homo  :    cum    lumen    nee 
corvum  sine  nigredine,    nee    sine  candore    nisem     nee 
hominem,  qui  non  et  risibilis  sit   et    rationalis,    un'quam 
repenas.  Ita  et  anima,  et  anima?    magnitudo,    elsi  inse- 
parables, diversa;  lamen  ab  invieemsunl.  Quomodo  non 
diversas,  cum  ha-c  in  subjecto,  ilia  subjectum   el  subs- 
tantia sit  ?  Sola  sunima  et  increala  nalura,  qua>  est  Tii- 
nilas  Deus,  hanc  sibi  vindioat  meram  singularemque sna 
essentia;  simplioitatem,  ut  non  aliud  ct  aliud,  non   alibi 
quoque  et  alibi,  sed  ne  modo  quidem,  et  modo  invenia- 
tur  in  ea.  Nempe  in  scmct  manens,  quod  habct  est     et 
quod    est,    semper    et    uno    modo    c.-t.  In  ea  et    multa 
in    unum,    et    diversa    in    idem    rediguntur,     ul    nee 
de  numerositate    rcrum    sumat  pluralitatem.  nee.  alter- 


QUARTE-VINGTIEME  SERMON  SUR 

contenue  dans  un  aucun  lieu,  elle  place  chaque 
chose  en  son  lieu.  Les  temps  -assent  au  dessous 
d'elle,  mais  non  pas  pour  elle.  He  n'altend  point 
l'avenir,  die  ne  se  souvient  poi  it  du  passe,  elle  ne 
sent  point  le  present. 

6.  Eloignons-nous,  mes  cliers  freres,  eloignons- 
nous  de  ces  novateurs  que  je  n'uppelerai  pas  dia- 
lecticiens,  niais  heretiques,  qui,  dans  leur  impiete 
extreme,  soutiennent  que  la  grandeur  par  laquelle 
Dieu  est  grand,  que  la  bonte,  la  sagesse,  la  justice, 
et  la  divinite  par  laquelle  il  est  bon,  sage,  juste  el 
Dieu,  n'est  pas  Dieu  meme.  11  est   Dieu,  disent-ils, 
par    la   divinite,  mais  la  divin  le  n'est  pas   Dieu. 
Sn  Dieu,  ni  Peut-etre    ne  daigne-t-elld   pas   elre  Dieu,    paree 
,on  essence,  qU'eue  est  si  grande  quelle  fait  Dieu,  oil  elle   n'est 
jttribuis  ne  rien  du  tout.   Yous  dites  qu'elle  n'est   pas  Dieu, 
aedilu!°CU  wis  ne  pretendrez  pas  non  plus,  je  crois,  qu'elle 
ne  soit  rien,   puisque  vous  avouez   qu'elle  est   si 
necessaire  a  Dieu,  que  non-seulrment  Dieu  ne  pent 
pas  etre  sans  elle,  mais  qu'il  est  par  elle.  Si  c'est 
quelque  autre  chose  que   Dieu,  ce  quelque    chose 
sera  moindre  que  lui,  ou  plus  grand,  ou  egal  a  lui. 
Mais  comment  serait-ce  moindre,  puisque  c'est  par 
cela  qu'il  est  Dieu?  11  reste  doi.c  que  ce  soit  plus 
grand  que  lui,  ou  egal  a  lui.   Si  c'est  plus  grand 
que  lui,  c'esl  ce  quelque  chose  la  qui  est  le   souve- 
rain  bien,  non  pas  Dieu.  Si  ce  lui  est  egal,  il  y  aura 
deuxsouveraitsbiens.  Or,  Tun  et  l'autresontegale- 
ments  contrtires  a  la  foi  cathol  que.  Nous  sommes 
dans  le  memo  sentiment  toucha.it  la  grandeur,   la 
bonte,  la  jusliceet  la  sagesse  de  Dieu,  quetouchant 
sa  divinite,  et  nous  tenons  que  ces  attribute  ne  sont 
qu'une  meme  chose  en  Dieu  et  avec  Dieu.  Car  il 
ne  tire  point  sa  bonte  d'autre  part  que  sa  gran- 
deur, ni  sa  justice  ou  sa  sagesse   d'ailleurs  que  sa 


LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  553 

grandeur  ou  sa  bonte,  ni  toutes  ces  choses  ensemble 
que  d'ou  il  lire  sa  divinite,  c'esl-a  dire  de  lui- 
meme. 

7.  Mais  un  heretique  me  dira  :  Qnoi?  Nieriez- 
vous  qu'il  soit  Die u  par  la  divinite?  Non.  Mais  je 
soutiens  que  la  divinite  par  laquelle  il  est  Dieu, 
est  Dieu  meme,  de  peur  que  je  ne  sois  oblige  de 
consentir  qu'il  y  a  quelque  chose  de  plus  excellent 
que  Dieu.  Je  dis  qu'il  est  grand  par  la  grandeur, 
mais  qu'il  est  lui-meme  cette  grandeur,  car  je  ne 
veux  rien  reconnaitre  de  plus  grand  que  Dieu.  Je 
confesse  qu'il  est  bon  par  la  bonte,  et  que  cette 
bonte  n'est  autre  chose  que  lui-meme,  de  peur 
qu'il  ne  semhle  que  j'etablisse  quelque  chose  de 
meilleur  que  lui,  et  ainsi  du  reste.  C'est  a\ec  plai- 
sir,  avec  roiiliance,  et  avec  une  assurance  entiere 
de  marcher  dans  le  chemin  de  la  verite,  que  j'em- 
brasse  le  sentiment  de  celui  qui  a  dit :  «  Ce  Dieu 
n'est  grand  que  par  la  grandeur  qui  est  ce  qu'il 
est  lui-meme,  parce  que  autreinent  cette  grandeur 
serait  plus  grande  que  Dieu  (s.  Augus.  lv,  de 
Tren.  Cap.  x) .  »  Et  celui  qui  a  prononce  cette  sen- 
tence, c'est  saint  Augustin,  le  tres-fortmarteau  qui 
a  brise  les  heretiques.  Si  done  ou  peut  attribuer 
en  propre  a  Dieu  quelques-unes  des  qualites  que 
nous  voyons  dans  les  homines,  il  est  plus  a  propos 
et  plus  regulier  de  dire,  que  Dieu  est  sa  grandeur, 
sa  bonte,  sa  justice,  et  sa  sagesse,  que  de  dire  : 
Dieu  est  grand,  bon,  juste  ou  sage. 

8.  Aussi  est-ce  avec  raison  que,  dans  le  concile 
que  le  pape  Eugene  vient  de  celebrer  a  Reims,  lui 
et  les  autres  eveques  trouverent  mauvaise  et  sus- 
pecle  cette  explication  que  Gilbert,  eveque  de  Poi- 
tiers, donnait  dans  son  livre  a  ces  paroles  de  Boece, 
qui  sont  tres-vraies  et  tres-eatholiques  :  «  Le  Pere 


ationem  de  varielate  sentiat.  Loca  omnia  continet, 
el  quajque  suis  ordinat  locis,  nusquam  contents  locorum. 
Temporasub  ca  transeunt,  non  ei.  Futura  non  exspectat, 
praeterita  non  recogitat,  praesentia  non  e.vperitur. 

6.  Recedant  a  nobis,  charissimi,  reced.int  novelli,  non 
dialectici,  sed  hajrelici,  qui  magnitudinem,  qua  magnus 
est  Deus;  et  item  bonitalem,  qua  bonus;  sed  et  sapien- 
tiam,  qua  sapiens;  et  juslitiam,  qua  Justus;  postremo 
divinitatem,  qua  Deus  est,  Deum  non  esse  impiissime 
disputant.  Divinitale,inquiunt,  Deus  est,  sed  dhinitasnon 
est  Deus.  Forsitan  non  dignatur  Deus  esse,  quae  tantaest 
ut  faciat  Deum.  Sed  si  Deus  non  est,  quid  est  ?  Aut 
enim  Deus  est,  aut  aliquid  quod  i.on  est  Deus,  aut  nihil. 
Equidem  non  das  Deum  esse,  s=ed  ne  nihilum  quidem 
(utopinor)  dabis,  quam  usque  adeo  necessariam  Deo  esse 
fateris,  ut  non  modo  absque  e;;  Deus  esse  non  possit,  sed 
ca  sil.  Quod  si  aliquid  est,  quod  non  est  Deus  :  aut 
minor  erit  Deo,  aut  major,  aut  par.  At  quomodo  minor, 
qua  Deus  est  ?  Restat  ut  aut  majorem  fatearis,  aut  parem. 
Sed  si  major,  ipsa  est  summum  bonurn,  non  Deus  ;  si 
par,  duo  sunt  summa  bona,  nun  unum  quod  utrumquc 
catholicus  refugit  sensus.  .lam  de  magnitudine,  bonilate, 
justitia,  sapientiaque,  idem  per  omnia,  quod  de  divini- 
tate,  sentimus  :  unum  in  Deo  sunt,  et  cum    Deo.    Nee 


enim  aliunde  bonus,  quam  unde  magnus  j  nee  aliunde 
Justus  aut  sapiens,  quam  unde  mngnus  et  bonus;  nee 
aliunde  deniqoe  simul  ha?e  omnia  est,  quam  unde  Deus, 
et  hoc  quoque  nonnisi  se  ipso 

1.  Sed  dicit  haerelicus  :  Quid?  Deum  divinitate '  esse" 
negas?  Non,  sed  eamdem  divinitatem,  qua  est,  Deum 
nihilominus  assero,  ne  Deo  excellcnlhis  aliquid  esse 
assentiar.  Nam  et  magniludine  dico  magnum,  sed  qua? 
ipse  est,  ne  majus aliquid  Deoponam:  et  bonilate  fateorbo- 
num,  sed  non  alia,  quam  ipse  est,  ne  melius  ipso  aliquid 
mihi  videar  invenisse  :  et  de  caeteris  in  hunc  modum. 
Securus  et  libens  pergo  inoffenso  (ut  aiunt)  pede  in  ejus 
sentenliam  qui  dicebat  :  o  Deus  nonnisi  ea  magniludine 
niagnus  est,  quae  est  quod  ipse.  »  Alioquin  ilia  erit  ma- 
jor  magnitudo,  quam  Deus,  Auguslinus  hie  est,  validis- 
simus  malleus  haereticorum.  Si  quit  itaque  de  Deo  pro- 
prie  dici  possit,  rectius  congtuenliusque  dicetnr,  Deus 
est  magnitudo,  bonilas,  justitia,  sapientia,  quam  :  Deus 
est  magnus,  bonus,  Justus  aut  sapiens. 

8.  Unde  non  immerito  nuper  in  Concilio,  quod  papa 
Eugenius  Remis  celebravit,  tam  ipsi.quam  cajteris  epi- 
copis  perversa  visa  est  et  omnino  Biiapecta  expositlo  ilia 
in  libro  Gilleberti  episcopi  Pictavensis,  quo  super  verba 
Boetii  de  Trinitate.  sanissima   quidem  alquc   catholica, 


•   al.   diTiai- 

latera. 
*al.add.  non. 


554 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


est  vente;.  cest-a^ire,  ajoutait  cet  eveque  j  il  est  il  a  condamne   de  sa  propre   bouche,  tant  ce  que 

vra,  Et  «,  du  Fds  et  du  Saint-Esprit.   .  Et  ces  nous  avons  rapports,  Routes  les  cboses  quit-  P— " 

trws  ensemble  ne  sont  pas  trow  ventes,  mais  une  rent  trouvees  dignes  de  blame.  Nous  les   disons 

6euevenle;»  cest-a-Jire,   ajoutait-il   encore,  un  pour  ceux  qui,  dit-on,  lisent  et  transcrivent  ce  «•"»* 

seul  ,ra».  0  explication  obscure  et  perverse  !  Com-  livre,  coatre  la  defense  du   pape,  qui  ful  publiee    JXZ* 

bien  ,.lus  saiutem,  at  et  ,,105  venlablemeut  aur.it-  au  me.ne  lieu,  ets-opiniatrent  obstinement  a  suivre  Coito^e 

.1  d.t  au  coi.tra.re  1,  Pere  est  vr,i,  c'esl-a-dire  de  un  eveque  dans  ses  senUments  dont  il  sVst  depart! 

la  vente.  el  de  meme  du  F.ls  et  du  Samt-Ksprit ;  lui-meuie,  aimant  mieux  1  avoir  pour  maitre  de 

et  ces  tro.s  sont  un  sent  vrai,  c'est-i-dire  une  seule  leur  erreur.  que  de  leur  correction.  Et  nous  ne  la- 

verile.  Ce  qu  il  aurait  fad,  s'il  daignait  imiter  saint  vons  pas  fait  seulement  pour  enx,  mais  encore  pour 

Fulgence  qui  du  >Une  seule  rente  dun  seul  Dieu,  vons,  a  loccasion  de   la  ditrerence  de  rin.age   de 

ou  plutot  une  se.de  rente,  qui  est  un  seul  Dieu,  ne  D.eu  et  de  Fame  qui   a  ete  faite  a  cet  iu.u-e     et 

souffre  pas  d,  rendre  a  la  creature  le  serv.ce  et  le  j'ai  cru  quil  etait  necessaire  de  [aire  cette    dlgres- 

culte  quin  est  du   quau   creator  (s.   Fulg  de  fide  sion,  ad  que  si  peut-etre  quelques  una  avaieut  bu 

orth   adDonat.  cap.  v).»  Cetaita  ce  grand    bomme  ceseaux  derobees,  quisemblent  plus  douces  que  les 

de  defendre  la  ver.te.  puisqu'il  en   parlait  si  veri-  aulres,  .Is  les  von.issent  en  prenant  cet  antidote 

tablen.ent,  puisqu'il  avail  des  sentiments  si  pieux  et  ayant  ainsi  purilie   lestomac  de  leur  ame    si 

et  s.  ortbo.loxes  de  la  vraie  et  pure   siinpUcile   de  je  puis  ainsi  parler,  ils  ecoulent  ce  qui  nous  res'te  a 

la  substance  divine,  dans  laquelle  il  ne  pent  rien  y  dire,  suivant  notre  prouiesse,  de  la  resseniblance 

avoir   qu.   ne     so.t    elle-menie,   et  elle-meine  est  de  lime   avec  le  Verbe.  et  puiseut   des  eaux   plus 

D.eu.  Lehvre  de  Gilbert  contenaitd'autres passages  pures.  .ion  pas  a  uos  fontaines,   mais   a  celles  du 

qu.selo.gna.ei,tdelapuretedelafoi,j-enrappor-  Sauveur,   lEpoux    de   l'Eglise,    Jesus-Christ   qui 

tern  encore  un  exempte.  Boece  avail  d.t:  Lorsquon  etant  Dieu,  et  eleve  par  dessus  tout,  est  beni  dans 

d.t.  Dieu,  Dieu,  Dieu,  cela  regarde  la  substance  ;  tous  les  s.ecles  des  siecles.  Ainsi  soit-il. 
notre  commentateur  avail  ajoute,  non  la  substance 

qu'il  est,  mais  par  laquelle    il  est.   Mais  a   Dieu  ne  SERMON  L\\\I 

plaise  que  l'Eglise  catholiquetuinbe  jamais d'accord  '       '  ' 

de  cette  proposition,  qu'il  y  ait  une  substance   ou  Conveyance    el  similitude  du    Verbe,  sous  le  rapport 

quelque  autre  cbose  que  ce  soil  par  laquelle   Dieu  de  lulenUte  de  son  essence,   de   limortalile  de  sa 

soil  et  qui  ne  soil  pas  Dieu.  vie  et  de  h  lii)erU  de  sm  ^^ 
Gilbert          9.  Mais  ce  u'est  pas  contre  lui  que  nous   disons 

'S!™'  ces  choses,  puisque  dans  ce  meme  concile,  acquies-  1.  (.'est  avec  raison  que  Ion  a  demande  dans  le 

...urou    cant  bumblemenl  a  Opinion  des  aulres  eveques,  discours  precedent  qu'elle  afUmteil  y  a  enlrelame 


commentahatur  hoc  modo.  «  Pater  est  Veritas,  id  est  ve- 
rus  :  Filius  est  Veritas,  id  est  verus  :  Spiiilus-Sanctus 
est  Veritas,  id  est  verus.  Et  hi  res  simul  non  Ires  veri- 
tates,  sed  una  Veritas,  id  est  unus  verus.  »  O  obscuram 
pprversamque  explanationem!  Quam  verins  saniusque 
per  contrarium  ita  dixisset  :  Pater  est  verus,  id  est  Ve- 
ritas ;  Filius  est  verus,  id  est  Veritas  :  Spiritus-Sanctus 
est  verus,  id  est  Veritas.  Quod  quidem  fecisset,  si  sanc- 
tum dignaretur  Fulgentium  imilari,qui  ait :  u  Una  quip- 
pe  Veritas  unius  Dei,  iuio  una  Veritas  unus  Ileus  non 
palitur  se.-vilium  atque  culturam  creaturia  cieaiuneque 
conjungi.  »  Bonus  corrector,  qui  veracissime  de  verilate 
loqueretur,  qui  pie  catholiceque  sentiret  de  vera  et  u.e- 
ra  divina;  simplicitate  substantia;,  in  qua  nihil  essepossit, 
quod  ipsa  non  sit,  et  ipsa  Deus.  Quanquam  manifestius 
in  nunnullis  locis  aliis  a  rectiludine  lidei  liber  ille  pra;- 
fati  episcopi  visus  est  discrepare,  quorum  (verbi  causa) 
adhuc  unum  pono.  Nam  dicenlc  auctore  :  u  Cum  dice- 
tur,  Deus,  Deus,  Deus,  pertinet  ad  substanliam  :  noster 
commentator  intulit  :  Non  qua;  est,  sed  qua  est  »  Quod 
absit,  ut  assentiat  catholica  Ecclesia,  esse  videlicet  sub- 
stantial^ vel  aliquam  omnino  rem,  qua  Deus  sit,  etquaj 
non  sit  Deus. 

9.  Sed  h#c  minimejam  contra  ipsum  loquimur,  quippe 
qui  in  eodem  convenlu  senlentias  episcoporum  humi- 
liter  acquiescens,  tarn  ha3C,   quam   caelera  digna  repre- 


hensione  inventa  proprio  ore  damnavit ;  sed  propter  eos 
qui  adhuc  librum  ilium,  contra  apostolicum  utique  pro- 
mulgatum  ibidem  interdictum,  truns-scribere  etlectitare 
ferunlur,  contentiosius  persislentes  sequi  episcopum  in 
quo  ipse  non  stetit,  et  erroris  quam  correclionis  magia- 
trum  habere  malentes.  Non  solum  autem,  sed  et  prop- 
ter vos,  occasione  accepta  de  differentia  imaginis  et  ani- 
ma?,  qu.e  ad  imaginem  facta  est,  opera;  pretium  credidi 
excursum  hunc  facere  :  ut  si  qui  forte  ex  aquis  furlivis 
quas  dulciores  videntur,  aliquando  aliquid  biberint  •' 
sumplo  antidoto  evomant  illud,  et  puryato  mentis  slo- 
macho,  ad  id,  quod  secundum  promissionem  nostram 
dicendum  de  similitudine  superest,  accedenles,  puriora 
jam  in  gaud.o  non  de  nostris  hauriant,  sed  de  fontibus 
Salvatoris,  sponsi  Ecclesi®  Jesu-Christi  Domini  nostri 
qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  insscula.  Amen.   ' 

SERMO  LXXXI. 

De  convementia  et  similitudine  anima;  cum  Verbo  secun- 
dum idenfilatem  essentia;,  tt  vita;  immmorta/itatem 
et  arbitrii  libertutem.  ' 

1.  Qnaesitum  est  ante  de  affinilate  anima;  ad  Verbum, 
atque  id  quidem  necessarie.  Qua;  enim  conventio  tanta: 
majeslati  et  tanta;  paupertati,  ut  more  et  amore  sponso- 


QUATRE-VUNGT-UNlEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES 


S55 


et  rapport 

•Dtre  I  flmeet 

le  Verne. 


et  le  Verbe.  En  effet,  y  en  a-t-il  entre  une  si  grande 
majeste  et  une  si  grande  n.i-ere,  pour  pouvoir 
dire  qu'une  grandeur  si  sublime  et  une  bassesse 
si  profonde,  s'enibrassent  comrue  deux  epoux,  qui 
s'aiment  uuiqueuient,  et  entre  qui  il  y  aurait  quel- 
que  egalileY  Si  ce  que  nous  dxons  est  vrai,  nous 
avons  sujet  de  nous  rejouir  avec  couliance,  niais 
s'il  est  faux,  c'esl  a  nous,  une  audace  bien  punis- 
sable  de  parler  ainsi.  C'est  pourquoi  ila  fallu  cher- 
cher  la  couvenance  qu'il  y  a  entre  eux,  et  nousl'a- 
vons  deja  remarquee  eu  bonne  parlie,  mais  non 
pas  en  tout  point.  Car,  qui  <.-t  assez  stupide  pour 
ne  pas  voir  combien  il  y  a  de  rapport  enlre  l'i- 
mage  et  ce  qui  est  fait  sur  celteimage?Si  vousvous 
en  souvenez,  nous  avous  fait  voir  dans  le  sermon 
d'hier,  que  le  Verbe  est  1'image  de  Dieu,  et  que 
Time  est  faite  a  cette  image,  et  nous  avons  prouve 
l'affinite  qu'elle  a  avec  lui,  m.a-seulemerit  parce 
quelle  est  faite  a  son  image,  niais  parce  qu'elle  est 
faite  a  sa  ressemblance.  Mais  nous  n'avons  pas  en- 
core  explique   en  detail  en    quoi   cette    ressem 


la  ressemblance  entre  elle  et  son  image,  non  pas  de 
l'egalile.  C'est  un  degre  qui  est  proche,  mais  pour- 
tant  c'est  un  degre.  Car,  il  y  a  une  difference  d'ex- 
cellence  et  de  grandeur  entre  etre  el  vivre  simple- 
nient,  et  etre  et  vivre  heureux.  Si  done  le  Verbe  pos- 
sede  l'un,  a  cause  de  sa  sublimite,  et  l'ame  I'au- 
tre,  a  cause  de   sa  ressemblance,  sans  prejudice 
pour  1'emineiice  du  Verbe,    l'affinite  des  deux  na- 
tures  et  la  prerogative   de  l'ame  soiit  visibles.  Et, 
atin  d'expliquer  ceci  plus  chirement :  il  n'y  a  que 
Dieu  seul  en  qui  ce  soil  la  meme   chose   d'etre  et 
et  d'etre  bienbeureux,  et  c'est  la  premiere  et  la 
plus  pure  simplicity.  La  seconde  qui  lui  est  sembla- 
ble,  c'est  d'etre  et  de  vivre,  et  c'est  ce  quiestpropre  a 
l'ame.   De    ce  degre,    quoique   inferieur,   on   peut 
nionter  non-seulement  a  la  bonne  vie,   mais  a  la 
vie  bienheureuse,   non   qu'alors  ce  soit  la  meme 
cbose  en   celui  qui  y  est   parvenu,   d'etre  et  d'etre 
bienbeureux  ;  car,  bien  qu'il  se  glorifie  de  sa  res- 
semblance, la  diswarile    qu'il  y  a  entre  lui  et  son 
image  lui  donne  toujours    sujet  de  dire,  et  de  le 


core    explique    en   aeiau   eu    i,uui    «uc     i„™..—      D-  — -  —  .  - 

blance  consisle  principalement.  Tachons  doncmain-    dire  au  plus  profond  de  soncce.ir:  «  Seignem,  qu.est 

.    __„,ui„i,i.,  4  ..mm?  «  r»  ileore   ne   lame   neaninoilis 


tenant  de  le  faire,  atin  que  lame,  ayant  une  con 
naissance  plus  parfaite  de  son  origine,  ait  plus  de 
honte  aussi,  d'en  degenerer  par  le  deregleinent  de 
sa  conduite;  ou  plutot,  atin  qu'elle  s'eludie  a  refor- 
mer par  ses  soins  ce  qu'elle  reconnaitra  dans  sa 
nature  de  corrompu  par  le  peelie;  et  que,  avec  l'as- 
sistance  de  Dieu,  se  comportant  dune  facon  digne 
de  lui,  elle  puisse  s'approcher  avec  confiance,  des 
embrassements  du  Verbe. 

2.  Qu'elle  reconnaisse  done  que  de  cette  ressem- 
blance divine,  elle  tire  une  simplicile  naturelle  de 
substance,  en  sorte  que  ce  lui  est  une  meme  chose 
d'etre  et  de  vivre,  quoique  d'une  vie,  qui  n'est  pas 
toujours  bonne  et  bienheureuse,  alin  qu'il  y  ait  de 


semblable  a  vous?  »  Ce  degre  de  l'ame  neanmoins 
est  excellent,  puisque  c'est  par  lui  seul  qu'on  peut 
alteindre  a  la  vie  bienheureuse. 

3.  Car  il  y  a  deux  sortes  de  choses  qui  ont  vie. 
Les  unes  ont  du  sentiment,  et  les  antres  n'en  ont 
point.  Les  choses  sensibles  sont  preferables  a  celles 
qui  sont  insensibles  :  mais  il  faut  preferer  aux  unes 
et  aux  autresles  etres  qui  vivent  et  sentent  eu  meme 
temps.  La  vie  et  ce  qui  vit  ne  sont  pas  dans  un 
meme  degre  d'excellence,  beaucoup  moins  done  la 
vie,  et  ce  qui  n'a  point  de  vie.  La  vie  est  verita- 
blement  l'ame  qui  vit,  mais  elle  ne  vit  que  par  elle-me- 
me;  c'est  pourquoi,  a  proprement  parler,  elle  n'est  pas 
tant  vivante,  qu'elle  n'est  la  vie  meme.  De  la  vienl 


rum,  velutiex  aequo,  sese  complecti  ret'erantur  sublimi- 
tas  ilia,  et  ilia  humilitas  ?  Nam  si  vere  iddicimus,  valde 
beta  fiducia  est  :  si  falso,  valde  punienda  audacia,  prop- 
terea  ergo  de  convenientia  horum  quaeiendum  fuit.-qua? 
quidem  jam  multa  inventa  est,  sed  Donomnis.  Quisenim 
vcl  nimishebes  non  videat,  quam  see  vicino  respieiant 
imago,  et  quod  ad  imaginem  est?  Quorum  utique  unum 
uni,  et  alterum  alteri  sermo  (si  recolitis)  assignavit  hes- 
ternus.  Nee  de  imagine  tantum,  sed  etiam  de  similitu- 
dine  demonstrata  ibidem  propinquilas  est  :  nisi  quod 
ipsa  similitudo,  in  quo  vel  in  quibus  potissimum  cons- 
tei,  necdum  a  nobis  est  declaratum.  Age  jam  intenda- 
mu's  declaralioni  huic,  ut  quo  anima  plenius  suam  agno- 
scct  originem,  eo  amplius  erubescal  vitam  habere  dege- 
nerem  :  imo  vero  quod  peccato  vitiatum  deprehende- 
rit  in  natura,  studeat  neformare  industria  :  ut  digno  suo 
genere,  Dei  quidem  munere,  sese  regens,  ad  amplexus 
Verbi  fldenter  accedat. 

2.  Advertat  igitur  ex  hac  divine  ingenuitate  similitu- 
dinis  inesse  sibi  illam  suaj  substanTia-  naliiralem  simpli- 
citatem,  qua  boc  est  illi  esse  quod  were,  etsi  non 
quod  bene,  quodve  beate  vivere  :  ut  sit  similitudo    non 


eequalitas.  Gradus  propinquus  :  gradus  tamen.  Neque 
enim  unius  excellentia;  parisve  fastigii  sunt,  hoc  habere 
esse  quod  vivere,  et  item  habere  hoc  esse  quod  beate 
vivere.  Ergo  si  Verbi  est  illud  propter  sublimitatem, 
hoc  anima?  propter  similitudinem,  salva  quidem  eminentia 
Verbi  ;  palam  est  aflinitas  natuiarum.palam  animaj  pr*- 
rogativ'a.  Et  ut  quod  dicitur  planius  fiat,  soli  Deo  id 
est  esse,  quod  beatum  esse  :  atque  boc  primum  et 
purissimum  simplex.  Secundum  autem  simile  est  huic, 
id  videlicet  habere  esse  quod  vivere  :  atque  hoc  anims 
est.  Ex  hoc,  et  si  inferiori  gradu,  ascendi  potest,  non 
modo  ad  bene,  sed  etiam  ad  beale  vivendum  :  non  quia 
vel  tunc  sit  hoc  esse,  quod  beatum  esse  illi  qui  eo  per- 
venei-it  :  quatenus  ita  gloiictur  pro  similitudine,  ut  ta- 
men pro  disparitate  habeat  semper,  unde  omnia  ossa 
ejus  dicant  :  Domine,  quis  similis  tibi  ?  Bonus  tamen 
anima?  gradus  ,  ex  quo,  et  solo  ,  ad  beatam  ascenditur 
vitam. 

3.  Sunt  namque  viventia,  et  horum  genera  duo,  quae 
senliunt,  et  qua?  non  sensiunt.  Porro  insensibilil'.o  sen- 
sibilia  pra?feruntur,  atque  utrisque  vita,  qua  vivitur  et 
sentitur.  Non  stabunt  pariter  in  gradu  uno  vita  et  vivens: 


556 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


qu'etant  dans  le  corps,  elle  lm  donne  la  vie,  niais 
le  corps,  par  la  presence  de  la  vie.  lie  devient  pas 

«UD'e!t7,PsS  v'e'  mais  v'va,lt-  D'0L1  a  l,aruU  clairement  que  ce 
nno  mfme    n'est  pas  une  meme   chose   pour  le   corps  qui  vit, 

•t^e  rit'te.   d,Ml'e  et  de  vivre.  Puisqil'il  prut  ellVel  He  vivre  pas! 

Les  choses  qui  sont  privets  de  vie,  s'elevenl  encore 
bieu  moins  a  ce  degre.  11  ne  s'ensuit  pas  meme  que 
toutce  qu'on  appelle  vie,  on  qui  Test  en  effet,  y 
puisse  aussitot  atteindre.  11  y  a  la  vie  des  lutes  et 
la  vie  des  arbres  :  l'une  est  pourvue  de  sentiment, 
el  l'autre  en  est  privee.  Cependant,  dans  !es  uns 
Di  dans  les  autivs,  ce  n'est  point  une  meme  chose 
d'etre  et  de  vivre,  puisque,  ainsi  que  plusieurs  le 
croient,  leur  vie  a  etc  dans  leselements,  longtemps 
avint  quelle  ait  ete  dans  leurs  branches,  ou  dans 
leurs  membres.  lit,  selon  ce  sentiment,  loreque  leur 
vie  cessedelesaniuier,  ilscessent  de  vivre  niaisnon 
pis  d'etre.  Elle  se  dissout,  comme  n'etant  pas  lire 
seulemeut,  mais  entrelaeee  avec  eux.  Car  elle 
n'est  pas  une  matiere  simple,  niais  composee. 
CVst  pourquoi  elle  n'est  pas  reduite  au  neant,  mais 
elle  se  separe  en  plusieui'3  parties,  et  chacune  re- 
tourne  a  son  priucipe,  aiusi,  l'air  retourne  a  l'air, 
le  feu  au  feu,  et  le  restr  ue  meme.  Ce  n'est  done 
pas  la  meme  chose  a  cede  vie  d'etre  et  de  vivre, 
puisqu'elle  subsiste,  quoique  la  forme  ne  subsisle 
pas. 
Quels  «res       fi.  Or,  ce  en  quoi  l'etre  n'est    point   inseparable 

iDcipablee  de  de  '»  vie,  n'arrivera  jamais  a  la  vie  heureuse,  at- 
eatitude.     tenju  qu-il  n-a  pas  mime    J)U  ar,.iTer  au  degr^  in_ 

ferieur  a  celui-la.  La  seule  ame  de  l'homuie  y 
peut atteindre,  parce  quelle  a  ete  creee  vie  par  la 
vie,  simple  par  celui  qui  est  infiniment  simple, 
immortelle  par  l'immortel,  en  sorte   quelle  n'est 


pns  eloigned  du  supreme  degre,  ou  l'ttre  est  la 
meme  chose  que  la  vie  heureuse,  dans  lequel  se 
Irouve  seul  celui  qui  est  parfaitemenl  heureux,  et 
inliniment  puissant,  le  roi  des  mis,  et  le  Domina- 
teur  des  dominateurs  du  monde.  Encore  done 
qu'il  ne  soit  pas  de  l'essence  de  l'ame  d'etre  bien- 
beureuse,  elle  le  peut  elre  neanmoins,  et  s'approche 
ainsi,  autant  qu'il  sepeut,  dusouverain  degre,  mais 
neanmoins  n'y  arrive  pas.  Car,  comme  nous  avons     Le  .econd 

deja  dit,  quand  meme  elle  sera  bienheurense   si  raPPnr'  c'«i 
<..■•  ...  ,  *•»»<»  „ue  i'jmeist 

lelieite  ne  sera  pas  une  meme  chose  avec  son  elre.    immortelle. 
Nous  demeurons  d'accord  de  la  ressemblance,  mais 
nous   nions  1'egalite.   Par   exemple,    Dieu  est  vie, 
el  l'ame  est  vie  aussi,  elle  lui  est   semblable  et  dif- 
fere  cependant  de  lui.  Elle  lui  est  semblable,  par- 
cequ'elleest  vie,  parce  quelle  vit  d'elle-meme,  par- 
ce quelle  ne  vit  pas  seulement,  mais  quelle  doune 
la  vie,  comme  ilest  tout  cela  lui-meme.  Mais  elle  est 
differente  de  lui,  autant   qu'une  creature  est  diffe- 
rente  de  son  createur.  Elle  est  differente  ence  que, 
comme  ellene  serait  point  s'il  ne  l'avait  creee,  elle  ne 
vivrait point s'ilne  lui avaitdonuela vie.  Elle nevivrait 
pas,  dis-je,  mais  de  la  vie  spiriluelle,  non  de  la  vie 
naturelle.  C.r,  celle  qui  ne  vit  point  de  la  vie  spi-  ^pjort"1 
riluelle,  vit  toujours  de  la  naturelle.  Mais  quelle  vie  avec  Die"  Par 
est-ce  que  celle  la,   puisqu'il  aurait  ete  plus  avan-    ipWUwUB. 
tageux  de  ne  1'avoir  jamais    recue,    que    de  ne  la 
pouvoir  perdre  ?  C'est  plutot  une   mort,   mais  une 
morl  d'aulant  pluscruelle,  quelle  vient  du  peche, 
non  de  la  nature.    Car  la  mort  des  pecheurs  est 
tres-funesie.  {Psal.  xxxtu.  22.)  L'arae  done  qui  vit 
ainsi,  selon  la  chair,  est  morte,  quoiqu'elle  soit  vi- 
vante,   parce  qu'il  vaudrait  mieux  pour  elle  de  ne 
point   vivre  du  tout  que   de  vivre  de  la  sorte.  Et, 


multo  minus  vita,  et  quae  sunt  sine  vita.  Vila  anima  est 
vivens  quidem,  sed  non  aliunde  quam  seipsa  :  ac  per 
hoc  non  tarn  vivens,  quam  vita,  ut  proprie  tie  ca  loqua- 
mur.  Inde  est,  quod  infusa  corpori  vivifical  illud,  ut  sit 
corpus  de  vita?  praesentia,  non  vita,  sed  vivens.  L'nde 
liquet,  ne  vivo  quidem  corpori  id  vivere  esse,  quod  esse: 
cum  esse,  et  minime  vivere  possit.  Multo  minus  qua; 
vita;  expeitia  sunt,  ad  nunc  gradum  assurgent.  Sed  nee 
omnequod  vita  dicitar,  vel  esl,  continue  valebit  pertin- 
gere  hue.  Est  pecorum,  est  et  arborum  vita,  sensu  altera 
vigens,  altera  carens.  At  neutri  tamen  idem  esse  quod 
'teO.  Erope-  vivere  est  :  Cum  (ut  quidem  multorum  ■  opinio  est) 
doc.sorom.  ame  in  elementis,  quam  vel  ilia  in  membris,  vel  isla  in 
ramis  exstiterin!.  At  secundum  hoc  cum  desinunt  vivi- 
ficare,  simul  vivere  cessant,  sed  non  et  esse.  Solvuntur 
pariter  et  dissolvunbir,  lanquam  non  alligatae  tantum, 
sed  et  colligats.  Neque  enim  unum  simplex  est  quanrae 
harum,  sed  ex  ploribus  constans.  Et  proplcrea  non  re- 
digitur  in  nihilum,  sed  dissilit  in  paries,  ut  et  ad  suuoi 
quodque  recurrat  principium,  verbi  causa  aer  ad  aerem, 
ignis  ad  ignem,  et  reliqua  in  hunc  modum.  Nequaquani 
lgilur  tali  vital  idem  esse  el  were  est,  quae  est  et  quan- 
do  non  vivit. 

4.  Poiro  nihil  horum,  quibus  non  hoc  esse  quod  vive- 
re sit,  ad  bene  beateque  vivendum  quandoque   proficiet 


vel  emerget  :  quippe  quod  neque    ad   hunc    inferiorem 
gradum  potuit  pervenire.  Sola,  qua;  in  ipso  stare  cog- 
noscitur  anima  hominis,  in  eo  dignitatis  creata  est,  vitaa 
vita,  simplex  a  simplici,  immortalis  ab   immorlali    :  ut 
non  sit  longe  a  summo  gradu,  ubi  scilicet  id  esse    quod 
beale  vivere  est,  in  quo  solus  slat  neatus,  et  solus  potens, 
Rex  regum,  et  Dominus  dominanUum.  Accepit  *  itaque  *  al.  accipit 
in  sui  conditione    anima,  eisi  non  esse,  posse  lamen  esse 
beata  ;    summo  proinde  gradui,  quantum  licet,  appro- 
pians,  non  peitiugens  tamen.  Neque  enim   vel    ipsi   (ut 
supra  duimus)  hoc  eril  aliquando  esse  quod  bealam  es- 
se, nee  quando  beata erit.  Falemur  similitudinem,  asqna- 
litalein  remiimus.  Verbi  causa,  rita  Deus,  vita  et  anima 
esl  :  similis  quidem,  seddispar.  Porro  similis,  quod  vita, 
quod  Beipso  vivens,  quod  non  tantum  vivens,  sed  et  vi- 
vificans  :  sicut  et  ille  ha;c  omnia  est.  Disparvero,  quan- 
tum acreante  creata.  Dispar,  quod,  ut  nisicrcataab  illo 
non  esset,  sic  nisi  ab  ipso  viviticata   non    viveret.    Non 
viveret  dico,  sed  spiritual!  vita,  non  naturali.   Nam   na- 
turali  quidem,  etiam  qua;  non  spiritualiler  vivit,  immor- 
talitcr  vivat  necesse  est.  At  qualis  vita  !    in    qua   salius 
foret  non  nasci,  quam  non  ab  ea  mori.  Mors  potius  est: 
et  ideo  gravior,  quia  peccati.non  natural.  Denique  mors 
peccalo,um  pessima.  lta  ergo  qua;  secundum  carnem  vi- 
vit anima,  vivens  mortua  est,  quippe   cui    bonam    era! 


QUATRE-VINGT-UNIEME  sermon  sur  le  cantique  des  CANTIQUES.  557 

elle  ne  ressussitera  jamais  decelte  mort  vivante,  sije  nature  duVerhe  sous  un  double  rapport,  par  lasim- 

puis  parlerainsi,  si  ce  n'est  par  la  parole  de  vie,  ou  plicite  de  son  essence,  et  parlaperpeluitede  sa  vie. 

plutdt   par  le  Verbe  qui  est  vie  et  qui  donne  la  vie.  6   Mais  il  me  vieut  encore   a  l'esprit  une   autre 

5.  Mais  d'ailleurs  l'ame  est  immortelle,  et  en  cela  ressemblance  que  je  ne  veux  point  passer  sous  si- 

elle  est  encore  semblable  au  Verbe,  niais   nou  pas  lence,  parce  qu'elle  ne  contribue  pas  moins  a  la  di- 

egale.  Car  l'immortalite  de  Dieu  est   tellement  au-  gnite  de  l'ame  que  les  autres,  et  ne  la  rend  pas  moins 

dessus  de  celle  de  l'ame,  q<ie  l'Apolre  dit,  que  «  Dieu  et  peut-etre  la  rend-elle  plus  semblable  au  Verbe. 

seul  possede  l'immortalite   [Tim,  xi,  16).  »Ce  qu  il  C'est  le  libre  arbitre,  don  tout  divin  qui  brille  dans 

a  dit,  je  crois,  pane  que  lui  seul  est  immnable  par  l'arue  comme  une  pierre  precieuse  encbassee  dans 

sa  nature,  comme  il   le  dit  daus  le  Prophete  :  «  Je  del'or.  Carc'estjiarluiquVllefaitlediscernement  en- 

suisle  Seigneur,  et  ne  change  point  [Mala,  in,  6).  »  trelebienetle  mal,  enlrela  vieet  lamort,  entrela  lu- 

Car  la  vraie  et  parfaite  immortalite  n'est  pas   plus  miere  et  les  tenebrcs  et  toutes   les  cboses   pareilles 

susceptible  de  changement  que  de  lin,  attendu  que  qui  peuvent  se  rapporter  a  Time,  et  pent  cboisirce 

tout  changement  est  une  imitation  de  la  mort.  Car  qui  lui  plait  davantagc.  Cet  ceil  de  l'ame  est  comme 

tout  ce  qui  change,  en  passant  d'un  etre  a  un  autre,  un  censeur  ou  un  arbitre  qui   discerne   et    choisit 

meurt  a  ce  qu'il  est  pour  commencer  a  etre  ce  qu'il  entre  les  choses  opposees.  Aussi  l'appelle-t-on  hbre 

n'est  pas.  S'll  y  a  autant  de  morts   que  de  change-  arbitre  parce  qu'il  lui  est  permis  d'agir  selou  qui] 

merits,  oil  est  l'immortalite.  Or  la  creature  est  sujet-  semble  bon  a  la  volonte.    De  la   vient  que  1'homme 

te  a  ces  alterations  et  a  celle  misere,    non    de  son  est  capable  de  merites.    Car  tout  le  bien  ou  le  mal 

bon  g:e,  mais  pour  suivre   l'ordre  de  Dieu  qui  l'y  que  vous  faites,  et  qu'il    vous  est   libre  de  ne   pas 

a  soumise,  et  avec  l'esperance  d'en  etre  delivreeun  faire,  vous  est  impute,   avec   raison,  a  merite.  Et 

jour  [Rom.  vnt,  20).  L'ame  neanmoins  est  immor-  comme  on  lone  avec  justice,   non-seulement   celui 

telle,  parce  que,  etant  a  elle-meme  sa  vie,  comme  qui,  ayant  pu  faire  le  mal  ne  l'a  point  fait,  mais  en- 

elle  nepeut  pas  seperdre  elle-meme,  elle  nepeut  pas  core  celui  qui,  ayant  pu  ne   pas  faire  le  bien    l'a 

lleestchsn-  non  plus  perdre  sa  vie.  Mais  comme  il  est  constant  fait;  ainsi  on  blame  justement  aussi  celui  qui  a  fait 

saffecfiSnl.  1U  elle  caange  Par  ses  affections  et  ses  mouvements,  le  mal,  ayant  pu  ne  le  point  faire,  et  celui  q:ii  n'a 

elle  doit  reconnaitre,  en  se   trouvant  semblable  a  pas  fait  le  bien  lorsqu'il  le  pouvait  faire.  Mais  oil  il 

Dieu  par  l'immortalite,  qu'il  ne  lui  en  manque  pas  n'y  a  point   de    liberie   il  n'y    a  point   de   merite. 

une  faible  parlie,  et  ceder  l'immortalite  parfaite  et  C'est  pourquoi  les  ani maux  qui  sont  prives  de  rai- 

consommee  acelui-la  seul,  qui  ne  soutfre  pas  l'oin-  son  ne  merilent   point,    parce   que,  manquant  de 

bre  d'une  alteration  ni  dun  ciangement.    Ce   que  jugement,   ils  manquent  aussi  de  liberte.  lis  sont 

nous  avonsdit  neanmoins  fait  voir  que  la  mollesse  pousses  par  leurs  sens,  tmportes  par  leur  inipetuo- 

de  l'.ime  n'est  pas  petite,  puisqu'elle  approche  de  la  site  natuielle,  tnti  aines  par  leurs  appetits.  Ils  n'ont 


Sa  ressem- 
blance par 
suite   de  son 
libre  arbitre. 


D'on  vient  au 
libre  firbitr^ 
lenomqa'il    . 


La   i  ...  i  iii  est 
necessaire 
au  merite. 

Les   animau;. 
sans  raison 

sont    incapa- 

-  bles  de 

merite. 


omnino  nou  rivere,  quam  sic  vivere.  A  qua  nimirum 
vitali  quadam  moi'te  ininime  unquara  resurget,  nisi  per 
Verb ii in  vit;e,  imoper  Verbum  vilara,  viventcm  ulique 
el  vivilicantem. 

5.  Alius  autem  immortalis  est  anima  ,  et  hoc  nihilo- 
minus  Verbo  similis  quidein,  sed  non  fequalis.  Nam  in 
tantiim  superexcellit  immortalitas  Ocitali.-,  ut  Apostolus 
dicat  de  Ueo  :  qui  solus /label  immortulitatim.  Quod  ego 
rcor  pro  eo  dictum,  quod  solus  sit  natura  incommutabi- 
lis  Deus,  qui  ait  :  Ego  Dominus,  et  non  mutor.  Vera 
nimjue  et  ..itegra  immortalitas  tain  non  recipit  muta- 
tionem,  quam  nee  line.n,  quod  omnis  mutaiio  quajJam 
mortis  imitatio  sit.  Oinne  etenim  quod  mutatur,  dum  de 
uno  ad  al.ud  transit  esse,  quodim  modo  necesse  est 
moriatur  quod  est,  ul  esse  incipi.it  quod  non  est.  Quod 
si  tot  morles  quot  mutitiones,  ubi  immortalitas?  El  buic 
vanilati  subjecta  est  ipsa  creiitura  non  volens  ,  seu  prop- 
ter eum  qui  subjecit  earn  in  spe.  Attamen  immortilis 
anima  est  :  quomam  cum  ipsa  sibi  vita  sit;  scut  non  est 
quo  cadat  a  se,  sic  non  est  quocidata  vita.  Verum  cum 
constet  sui-  all'ectibus  mulari  earn;  agnoscat  ita  se  Deo 
in  immorlalitate  similem  ,  ut  sciat  sibi  deesse  non  mo- 
dicam  immortalitatis  parlem,  soli  cedens  absolutain  per- 
fcctamqne  immortalitalem,  apud  quern  non  est  transtnuta- 
tio,  nee  vicissttudinis  obumbratio.  Non  mediocris  tamen 
anione  dignitas  prasenti  disputatione  comperta  est,  qua 


gemina  quadam  vicinilate  naturas  Verbo  appropiare   vi- 
cletur,  simplicitate  essentia;,  et  perpeluitale  vilse. 

6.  Sed  enim  adhuc  unum  oceurnt,  quod  minimepra- 
teribo:  nee  enim  minus  insignem  similemve  minus  Verbo 
animam  facit  ,  et  forte  etiam  plus.  Aibitrii  libertas  ha?c 
est,  plane  divinum  quiddam  pra>liilgens  in  anima,  tuii- 
quam  gemma  in  auro.  Ex  hac  nempe  inest  il  1  j  inter 
bonum  quidein  et  malum  ,necnon  inter  vitam  et  mortem 
sed  et  nibilominus  inter  lucem  et  teucbras ,  et  cognitio 
judicii,  et  optio  cligendi ,  et  si  qua  sunt  alia,  quse  simi- 
liter circa  animi  habitum  sese  e  regione  respicere  vide- 
antur.  Nihilouiinus  inter  ipsa  censorius  quidam  arbiter 
(is  anima>  oculus)  dijudicat  et  discernit ,  sicut  arbiter  in 
discernendo  ,  ita  in  eligendo  liber.  Unde  etliberum  no- 
minator arb.trium,  quod  liceat  versari  in  his  pro  arbi- 
trio  voluntalis.  Inde  homo  ad  promerendum  potis.  Omne 
etenim  quod  foceris  bonum  malumve  ,  quod  quidem  non 
facere  liberum  fuit ,  merito  ad  meritum  repulalur.  El  ut 
merito  laudatur,  non  is  tantum  qui  potuit  facere  mala,  et 
non  fecit ;  sed  et  qui  potuit  non  facere  bona,  et  fecit  ■  ita 
malo  non  caret  merilo  tarn  is  qui  potuit  non  facere  nola, 
et  fecit;  quam  is  qui  potuit  facere  bona,  et  non  [.,  t. 
Ubi  autem  non  est  libertas,  nee  meritum.  Propterea 
qus  sunt  carentia  ratione  animalia  ,  nihil  merenlur  :  quia 
sicLt  deliberatione  ,  ita  et  libertate  carent.  Sensu  agun- 
tur  ,  feruntur  impetu  ,  rapiuntur  appetitu.   Neque  enim 


558 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


point  de  jngemfnt  pour  faire   reflexion  sur   leurs  reuse  :    «  Seigneur,  je  souP.re   violence,   repjndez 

actions  ni  pour  se  conduire,  ils  n'ont  pas  meme  le  pour  moi,  s'il  vous  plait  {/sa.  xxxviu,  14).  »   Mais 

principedu  jugement  qui  est  la  raison,    et  ils   ne  sachant  d'autre  part  qu'il  ne  pouvait  pas  se  plain- 

sont  point  jugt's  parce  qu'ils  ne  jugent   point.   Car  dre  de  Dieu  avec  justice,   parce  que  c'etait  sa  pro- 

y  aurait-il  justice  a  leur  demander   raison,  quaud  pre  volonte  qui  etait  cause  de  li  violence  qu'il  souf- 

ils  n'ont  point  recu  la  raison.  trait,  eeoutez  ce  qu'il   ajoute  :    «    Que    dirai-je  ou 

7.  11  n'y  a   que  l'honime  qui   ne   soulTre   point  que  repondra-t-il  pour  moi,  puisque  c'est  iuoi-oie- 

cette  violence  de  la  nature.  C'est  pourquoi  il  n'y  a  me  qui  me  suis  engage  danscette  misere  [Ibid.)  ?» 


11  elait  accable  par  un  joug  pesant,  mais  par  le 
joug  d'une  servitude  volontaire  :  sa  servitude  elait 
digne  de  compassion,  mais  sa  volonte  le  rendait 
inexcusable.  Car  c'est  la  volonte  qui,  etant  libre, 
s'est  rendue  esclave  du  peche  en  consentant  au  pe- 


que  lui  de  libre  entre  tous  les  etres  vivants.  Nean- 
moins  le  pecbe  lui  fait  aussi  souffrir  quelque  vio- 
lence, mais  cette  violence  vient  de  sa  volonte,  non 
de  la  nature,  en  sorte  quelle  ne  le  ptive  pas  de  la 
liberte  qui  lui  est  naturelle.  Car  ce  qui  est  volon- 
L»  cmicD-    taire  est  libre  aussi.  Le  peche  est  cause  que  le  corps     clie.  Et  c'est  encore  la    volonte  qui  se  soumet  elle- 

fJr^eliiaiiDue  <I,U  est  suJet  a  la  corruption  appesantit  1'ame,  mais    meme  au  peche,   ea  s'y  assujettissant  volontaire- 

la  Toioniaire.  ji  agit  par  l'amournon  par  sa  masse.  Car,  de  ceque    ment. 

lame  qui  a  pu  tomber  par  elle-meme,  ne  peut  se  8.  Mais  on  me  dira  peut-etre  :  «  prenez  garde.  Ap- 
relever  par  elle-meme,  c'est  la  volonte  qui  en  est  pelez-vous  volontaire  ce  qui  est  devenu  necessaire 
cause,  parce  qu'etant  toute  languissante  et  abattue  de  l'aveu  de  tout  le  monde  ?»  II  est  vr.ti  que  la  vo- 
par  l'amour  vkieux  et  corrompu  du  corps,  elle  lonte  s'est  assujettie  elle-meme,  mais  elle  ne  de- 
n'est  plus  capable  de  l'amour  de  la  justice.  Etainsi, 
je  ne  sais  comment,  il  arrive  que  la  volonte  torn- 
bee  par  le  peche  dans  un  etat  sifuneste,  s'impose  a 

Cnen*ces»it«  elle-meme  une  espece  de  necessite,   de  telle   sorte 


volontaire 

o'excuse   pas 

de  pecbe. 


que  cette  necessite,  etant  volontaire,  ne  peut  pasex- 


meure  pas  volontairement  dans  cet  etat,  elle  y  est 
retenuepar  force  etmalgre  elle.  Vous  accordez  done 
au  moius  qu'elle  est  retenue.  Mais  considerez  que 
c'est  la  volonte  que  vous  confessez  etre  ainsi  rete- 
nue. Vous  dites  done  que  la  volonte  ne  veut  pas  ? 
cuser  sa  volonte,  et  que  la  volonte  etant  charmee  Cependant  la  volo.ite  n'est  jamais  retenue  sans 
par  le  faux  bien  qui  l'attire.  ne  peut  pas  exclure  qu'elle  le  veuille.  Car  elle  n'est  volonte  que  parce 
cette  necessite,  c'est  une  necessite  volontaire,  si  on    qu'elle  veut.    Si  ell.;  est   retenue   parce   ou'elle  le    ■ 

....  I,  •  .  La  volonte 

pent  parler  ainsi.  C  eit  une  douce  violence  qui  op-     veu*,  elle  se  retient  done  elle-meme.  Que  dira-t-elle  ne  peut  sir 

prime  en  flaltant  et  flatte  en  oppriinant;  done    la  done,  ou  comment    s'excusera-t-elle  devant  Dieu,    contramte' 

volonte  crtminelle    qui  a  une  fois    consenti  au  pe-  puisque   c'est    elle-meme  qui  la    fait  ?  Qu'a-t-elle 

che  ne  peut  plus  se  d''gager  par  elle-meme,   et  ne  fait?  elle  s'est  rend  te  esclave  du  peche.    D'oii  vient 

saurait  neanmoins  s'excuser   raisonnablement  sur  qu'il  est  dit  :   «  Celui   qui  commet  le  peche  est  es- 

son  impuissance.    Dela  cette   plainte  de  celui   qui  clave  du   peche    [Joan,  vm,   34).  »  C'est  pourquoi, 

gemissait  sous  le   poids  de  cette  necessite  malueu-  lorsqu'elle  a  peche,  et  elle  a  peche  lorsqu'elle  a  resolu 


jndiciuTi  habant,  quo  se  dijtidicent  sive  regant  :  serf  ne 
instrumentum  quidem  jndicii,  id  est  ratiotiem.  Inde  est 
quod  non  judicantur  ,  quia  non  judicanl.  Quanam  quip- 
pe  ratione  ab  his  exigatur  ratio,  quam  nonacceperunt? 
7.  Hanc  vim  a  natura  solus  homo  non  patitur,  el  idco 
solus  inter  animantia  liber  Et  tamen  intervenienle  pecca- 
to  patitur  quamdam  vim  et  ipse  ,  sed  a  voluntale  ,  non 
a  natura,  ut  ne  sic  qui  le.n  ingenita  libertate  privctur. 
Quod  enim  voltinhrium  ,  et  liberum.  Et  quidem  pecca- 
to  factum  est ,  nt  corpus  quod  corrumpittir  ,  aggravet 
animam  ;  sed  amore,  non  mole.  Nam  quod  sur^ere  tmi- 
ma  per  se  jam  non  potest  qua;  per  se  cadere  potuit ,  vo- 
luntas in  causa  est ,  qtne  corrupti  corporis  vitialo  ac 
v,tioso  amore  langnescens  et  jacens,  amorem  pariter 
justitiae  non  admitlit.  Ita  nescio  quo  pravo  et  miro  modo 
ipsa  sibi  voluntas,  peccato  quidem  in  delerius  mul;ita, 
necessilatem  facit  :  ut  nee  necessitas  ,cum  voluntaria  sit, 
excusare  valeat  voluntatem ;  nee  voluntas  cum  sit  illccta 
excluderenecessitalem.  Est  enim  necessitashjec  quodam- 
modo  voluntaria.  Est  fovorabilis  visquaedam,  premendo 
blandiens,  et  blandiendo  premens  :  unde  sese  rea  voluntas, 
ubl  aemel  peccato  consenserit,  nee  excutere  jam  per  se, 
nee  excusare  tamen  ullatenus  de  ratione  queat.  Inde  que- 
rn)* ilia  voxveluti  geoientis  subonere  necessitatis buj us: 


Domini-,  inquit,  vim  potior,  reiponde  pro  m-..  Sed  rur- 
sus  sciens  ,  quod  non  j  isle  causareturad versus  Dominum, 
cum  voluntas  sua  ipsiis  polius  in  causa  foret,  atlende 
quid  secutus  inlulerit  :  Quid  dicam  ,  aut  quid  responds- 
til  nuhi,  cum  tpse/feeerwj*  ?Premebaturj>igo,  non  alio 
tamen,  quam  voluntari.e  cujusdam  servilutis;  et  era!  pro 
servitute  quidem  misorabilis,  sed  pro  voluntale  inexcu- 
sabilis.  Voluntas  enim  est,  qu;e  se,  cum  e<set  libera, 
servam  fecit  peccati ,  peccato  assentiendo  :  voluntas-  ni- 
hilominus  est,  quae  se  sub  peccato  tenet,  voluntarie 
serviendo. 

8.  Vide  quid  dicis,  ait  aliquis  mihi.  Tune  voluntari- 
um dicis  ,  quod  jam  necessanum  constat  esse?  Verum 
quidem  est,  quod  voluntas  seipsam  aifdixeril  :  sed  non 
ipsase  retinet,  magis  retinetur  et  nolens.  Bene  hoc  sal- 
tern das,  quia  rctiieiur.  SeJ  vigilanter reline  vuluntatem 
esse,  quam  retineri  faeris.  Ilaque  voluntatem  nolentcm 
dicis?  Non  utique  v  il  mtas  retineturnon  volens.  Volun- 
tas enim  volentis  es; ,  ion  nolentis.  Quod  si  volens  reti- 
netur  ,  ipsa  se  rctincl.  Quid  ergo  dicet ,  aut  quid  respon- 
deat ei,  cum  ipsa  le;ent?  Quid  fecit  ?  Servam  sefacit, 
unde  dicetur  :  Qui  /ncit  ptccatur/t ,  serous  est  peccati. 
Propterea  cum  peccawt  (peccavitautem  cum  peccato  obe- 
dire  decrevit)  servam  se  fecit.  Sed  fit  libera  ,  si  non  adhuc 


In  Valgats, 
fecerit. 


QUATRE-VINGT-UNIEME  SERMON  SUR  LE  CAISTIQUE  DES  CANTIQUES.  559 

d'obeir  au  peche,  elle  s'est  rendue  esclave.  Maiselle  semblable  a  Dieu  ,  je  suis  miserable  parce  que  je 
devient  libre  lorsqu'elle  ne  peche  plus.  Or  elle  pe-  suis  contraire  a  Dieu.  «  0  souverain  maitre  des 
che  volonlairement  dans  la  servitude  oil  elle  s'est  hommes,  pourquoi  m'avez-vous  fait  contraire  a 
engagee,  parce  que  la  volonte  u'est  pointretenuesans  vous  (Job.  vu,  20)?  »  £ar  vous  l'avez  fait  lorsque 
qu'elle  le  veuille,  car  elle  est  volonle.  Si  done  elle  vous  ne  l'avez  pas  empeche.  Aulrement  c'est  moi- 
s'est  faite  esclave  volontairement,  e'est  volontaire-  meme  qui  l'ai  fait  et  qui  me  suis  devenu  a  charge 
mentaussi  qu'elle  demeure  dans  son  esclavage.  a  moi-meme.  Et  certes,  il  est  bien  juste  que  voire 
Que  pourra-t-elle  done  repondre  pour  s'excuser  ?  ennemi  soit  aussi  le  mien,  et  que  celui  qui  vous 
e'est  ce  qu'il  faut  nous  demander  souvent  puisque  combat  me  combatte  egalement.  De  sorte  qu'en 
sa  servitude  a  ete  et  est  encore  son  fait.  vous  etant  contraire  et  en  1  etant  aussi  a  moi-meme, 
9.  Mais  vous  ne  me  ferez  pas  croire,  direz-vous,  je  sens  dans  mes  membres  une  revolte  contre  mon 
que  je  ne  souffre  point  de  conlrainte,  puisque  je  espri!  et  contre  voire  loi.  Qui  me  delivrera  de  mes 
l'eprouve  en  moiet  queje  lacombatssanscesse.Ou,  propres  mains?  Car  je  ne  fais  pas  ce  que  je  veui, 
je  vous  prie,  seidez-vous  cette  contrainte?  N'esl-ce  et  ce  nest  pas  un  autre,  e'est  moi  qui  m'en 
pas  dans  la  volonle?  Vous  ne  voulez  done  pas  empeche.  Et  je  fais  ce  queje  hais,  et  ce  u'est  pas 
avec  pen  de  force  ce  que  vous  voulez ;  vous  voulez  un  autre,  e'est  moi  qui  me  pousse  a  le  faire.  l'liit 
beaucoup  ce  que  vous  ne  pouvez  pas  ne  point  vou-  a  Dieu  que  cet  empeehement  ou  cette  impulsion  fut 
loir,  quelque  elfort  que  vous  fassiez.  Or  oil  il  y  a  tellement  violenle,  qu'elle  ne  fut  pas  volontaire,  car 
volonte,  il  y  a  liberte.  Ce  que  j'entendsde  la  liberte  peut-etre  de  cette  facon  pourrais-je  m'excuser;  ou 
naturdle,  non  de  la  spirituelle,  qui  est  celle  que  plut  a  Dieu  au  moins  qu'elle  tut  tellement  volon- 
Jesus-Christ  nous  a  acquire,  comme  dit  l'Apotre.  taire, qu'elle  ne  fut  pas  violente,  car  peut-elre  pour- 
Car  le  meme  Apotre,  parlant  de  ctlte  liberie  dit  :  rais-je  nie  corriger.  Mais  maintenant,  ntalheiiieux 


«  Oil  est  l'esprit  du  Seigneur,  la  est  aussi  la  li- 
berie. »  C'est  ainsi  que  la  volonte  est  esclave  et 
libre  tout  ensemble  sous  cette  necessite  volontaire, 
et  malbeureusement  libre.  Elle  est  esclave,  a  cause 
de  la  necesute  ;  elle  est  libre  par  la  volonte.  Et  ce 
qui  est  plus  merveilleux  et  plus  deplorable,  elle  est 


que  je  suis,  je  ne  voisaucune  issue,  la  volonte  d'une 
part  me  rend  inexcusable,  et  la  necessite  de  l'autre 
me  rend  incorrigible.  Qui  me  delivrera  des  mains 
du  pecheur,  des  mains  de  celui  qui  combat  voire 
loi  et  du  mediant  ? 
10.  Quelqu'un  me  demandera  peut-elre  de  qui 


coupable,  parce  qu'elle  est  libre,  et  elle  est  esclave  je  nie  plains  ?  De  moi-meme.  C'est  moi  qui  suis  ce 

parce  qu'elle  est  coupable,  et  ainsi  elle   est  esclave  pecheur,  cet  homme  sans  loi,  ce  mediant.   Je   suis 

parce  qu'elle  est  libre.  Malheureux  homme  que  je  pecheur,  parce  que  j'ai  peche  ,  sans  loi,  parce  que 

suis,  qui  me  delivrera  d'une  servitude  si  honteuse  ?  je  persiste  volontaireRient  a  violer  la  loi.  Car  uia 

Je  suis  miserable,  mais  je  suis  libre.  Je  suis  libre,  volonte  est  une  loi  qui  resisle  dans  mes  membres, 

parce  que  je  suis  homme,  je  suis  miserable,  parce  et  qui  combat  conlre  la  loi  de  Dieu.   Et  parce  que 

que  je  suis  esclave  ;  je  suis  libre,  parce  que  je  suis  la  loi  du    Seigneur  est  la  loi  de  mon  esprit,  ainsi 


facit.  Facit  autem  ,  in  eadem  servitute  se  retinens.  Ne- 
qne  cnim  non  volens  voluntas  tenetur  :  voluntas  enim 
est.  Ergo  quia  volens  ,  servum  seipsam  non  modo  fecit, 
sed  cl  facit.  Mcrito  proinde  (quod  saepe  memoran- 
dum est)  quid  respondeat  il  1 1 ,  cum  ipsa  fecerit,  ipsa  et 
facial ? 

9.  Sed  non  me  ,  inquis  ,  decredore  facies  necessitatem 
quam  patior.  quam  in  me  metipso  cxperior,  contra  quam 
et  assicluc  luetor.  Ubinam  quasso  hanc  necessiiaiem 
sentis?  Nonne  in  volunlale  ?  Non  ergo  parum  similiter 
vis,  quod  et  necessario  vis.  Multum  vis  quod  nolle  ne- 
queas ,  nee  mulluin  oliluctans.  Poito  ubi  volunlas,  et 
liborlas.  Quod  tanien  dico  de  naturali ,  non  de  spiritual!, 
qua  iibeitale  (ut  dirit  Apostolus)  Cbristus  nos  liberavit. 
Nam  dc  ilia  idem  ipse  d.cit  :  Vbi  spirit  us  Domini,  ibi 
libertas.  Ha  anima  miro  quodam  ct  malo  modo  sub  bac 
voluntaria  quadam  ac  male  libera  necessitate,  et  ancilla 
tenetur,  et  libera  :  ancdla  propter  necessitatem  ,  libera 
propter  volualatem  :  et  quod  magis  mirum,  magisque 
miserum  est,  eo  rea  quo  libera,  eoque  ancilla  quo  rea, 
ac  per  hoc  eo  ancilla  quo  libera.  Miser  ego  homo,  quis 
me  liberabit  a  calumnia  hujus  pudenda?  servitulis?  Mi- 
ser, sed  liber.  Liber  ,  quia  homo  :  miser,  quia  servus. 
Liber,  quia  similis  Deo  :  miser,  quia  contrarius  Deo.  0 


custos  hominum ,  quare  posuiiti  me  contrariurn  tibi  ? 
Posuisli  enim,  cum  non  prohibuisti.  Aliuquin  ipse  me 
posui ,  et  factus  sum  mihi  meiipsi  gravis.  Justissime 
quidem  ,  ut  hostis  tuns  ,  hostis  sit  et  meus ;  et  qui  tibi 
repugnat ,  repugnet  et  mihi.  Ego  vero  ,  qui  tibi  ,  e,,'0  , 
qui  mihimet  contrarius  factus  sum,  atque  in  membris 
meis  invenio  quod  contradicat ,  et  menli  meae  ,  et  legi 
tusR.  Quis  me  liberabit  de  manibus  meis?  Non  enim 
quod  volo  ,  hoc  ago  ,  sed  me ,  non  alio  prohibente  :  et 
quud  odi  ,  illud  l'acio  ,  sed  me  ,  non  alio  compellente. 
Atque  ulinam  prohibitio  haac,  et  base  compulsio  ita  esset 
violenta,  ut  non  esset  voluntaria;  fortisan  enim  sic  pos- 
sem  excusari  :  aut  eerie  ita  esset  voluntaria  ,  ut  non  vio» 
lenta;  profecto  enim  sic  possem  corrigi.  Nunc  vero  nua- 
quam  exit-is  misero  patet ,  quern  et  voluntas  (ut  dixi) 
inexcusabdem  ,  ct  incorrigibilem  necessity  faoit.  Quis 
me  eripiet  de  manu  peccatoris,  et  de  manu  contra  1  - 
gem  agenlis  et  iniqui? 

10.  Queerit  quis,  de  quo  querar?  Deme.  Egoille  pecoa- 
tor,  ille  exlex,  ille  iniquus.  Peceator,  quia  peccavi  : 
exlex,  quia  voluntate  persisto  agere  contra  legem.  Nam 
mea  voluntas  ipsa  est  lex  in  membris  meis,  legi  divinaj 
recalcitrans.  Et  quoniam  lex  Domini  lex  mentis  meae ; 
sicut  scriptum  est  :  Lex  Dei  ejus    in  corde  ipsius;  per 


560 


OELVKES  DE  SAINT  BERISAUD. 


qu'il  est  ecrit  :  «  La  loi  de  son  Dieu  est  dans  son  «  ce  n'est  pas  moi  qui  fais  le  mal  que  fait  ma  chair, 
MBur  [Psal.  xxxvi,  31).  »  Cela  fail  que  ma  propre  uiais  le  peche  qui  habile  en  moi  {Ibid.  20).  »  Et 
volonte  m'est  contriire  a  moi-meme,  ce  qui  est  le     c'est  peut-etre  pour  celte  raison  qu'il  marque  ex- 


comble  de  I'iniquitr.  Car  a  qui  ne  serais-je  point 
injuste,  quandje  lesuis  pour  moi-meme?  «  Celui, 
dit  le  Saju\  qui  est  mediant  envers  soi-minie,  en- 
vers  qui  pent  -  il  «Hi'e  hoii  {Ecclc.  xiv,  5)? »  Je  ne  suis 
pas  bon,  je  l'avoue,  i)aree  que  le  bien  n'habite  pas 
en  moi.  Je  me  consolerai  toutefois  parce  que  un 


pressement,  qu'il  a  trouve  une  autre  loi  dans  ses 
niembresj  parce  qu'il  l'estimait  etrangere  et  comma' 
venue  du  dehors.  C'est  pourquoi  j'oserai  bieu  en- 
core ajouter  sans  tenierite,  que  saint  Paul  n'elait 
point  pecheur  a  cause  du  pechii  qui  residait  dans 
sa  chair,  mais  plutot  vertueux  a  cause  du  bien  qui 


saint  a  dit  aussi  :  «  Je  sais  que  lebien  n'habite  pas  habitait  dans  son  esprit.   En  efTet,  celui-la  n'cst-il 

en  moi  [Rom.  vm,  18).  »  Neanmoins  il  met  quelque  pas  bon  qui  obeit  a  la  loi  de  Dieu  parce  qu'elle  est 

difference  en  ce  qu'il  dit  en  soi,  il  entend  par-la  sa  bonne?  Car  bien  qu'il  confesse  qu'il  est  eselave  de 

chair,  a  cause  de  la  loi  qui  y  reside  et  qui  est  con-  la  loi  du   peche,   c'est    selon   la    chair,    et  selon 

traire  a  celle  de  Dieu.  Car  il  a  aussi  une   loi  dans  l'esprit.  Mais,  obeissant  selon  l'esprit  a   la  loi   de 

['esprit,  mais  qui  est  bien  ineilleure    que   l'aulre.  Dieu,  et  selon  la  chair  a  celle  du  peche,   c'est   a 

En  ett'et,  la  loi  de  Dieu  n'est-elle  pas   bonne?   S'il  vous  a  voir  laquelle  de  ces    deux  obeissances  doit 

est  mechant  a  cause  de  la  mauvaise  loi,  comment  etre  plutdt  imputee  a  cet  apotre.  Pour  moi,je  suis 

ne  serait-il  pas  boo  a  cause  de  la  bonne?  Dira-t-on  persuade  que  ce  qui  est  selon  l'esprit  est  plus   que 

que  la  mauvaise  loi  est  lasienne,  parce  qu'elle  est  ce  qui  est  selon  la  i  hair,  et  ce  n'est  pis  moi  seu- 

dans  sa  chair  et  que  c'est   pour    cela   qu'elle   est  lement  qui  suis  de  ce  sentiment,  mais  c'est   saint 

mauvaise,  sa  loi   tlaut  mauvaise,  sans  dire  qu'il  Paul  meme  qui  dit,  corume  nous  l'avons  deja  rap- 

est  bon,  lorsqne  sa  loi  est  bonne;  cela   ne  se   peut  poite  :  «  Si  je  fais  re  que.  je  ne  veux  pas,  ce  n'est 

pas.  La  loi  de  Dieu  est  dans  son  esprit,  et  elle  y  est  pas  moi  qui  le  fais,  mais  le  peche  qui  habile  en 

tellemeut  que  c'est  la  loi  meme  de   son  esprit,  te-  moi  {Ibid.  20).  » 

uioin  ct'lui  qui  dit  :  «  Je  trouve  dansmes  meuibres  11.  Mais  en  voila  assez   sur  la  liberte.   Dans    le 

une  autre  loi  qui  resiste  a  la  loi  de  mon   esprit  trade  que  j'ai  compose  touchant  la  Grace    et  le 

(Rom.  vu,  25).  »  Est-ce  que  ce  qui  est  a  sa  chair  est  hbre   arbitre,    vous   trouverez    peut-etre    d'autres 

a  lui,  et  ce  qui  est  a  son  esprit  ne  Test  pas  ?  Je  dis  choses,  mais  non  pas  contrairesa  celles-ci,  sur  l'i- 

plus.  Et  pourquoi  ne  dirais-je  pas  ce  que  ce  meme  mage  et  la  ressemblance  de  l'homme    avec  Dieu. 

maitre  a  dit  ?  Car,  «  lorsque  je  suis  soumis  a  la  loi  Vous  avez  lit  ce  traile,  et  vous  avez  enlendu  ce  que 

de  Dieu,  c'est  par  l'esprit  que  je  le  suis,  tandis  que  nous  venons  de  dire.  Je  vous  laisse  a  juger    lequel 

c'est  par  la  chair  que  je  suis  eselave  de   la  loi   du  de  ces  deux  discours  est  le   meilleur,  ou   si   vous 

peche.  »  Je  montre  assez  clairement  par  la  ce  qui  savez  quelque  chose  de  raieux,  je  m'en  rejouis  et 

est  a  lui,  puisqu'il  regarde  le  mal  qui  est  dans  sa  m'en  rejouirai.  Quui  qu'il  en  soit,  je  crois  que  vous 

chair,  comme  lui  etant  etranger,   quand  il   dit  :  vous  souvenez  bien  que  nous  avous  remarque  trois 


Les  mouvn 
menls  iml61l 
beres  de 
la  concu- 
piscence n( 
sont   paa   dt 
pechea, 


hoc  et  mihiipsi  mea  ipsius  voluntas  contraria  invenitur  , 
qua?  est  iniquilas  maxima.  Cui  enim  non  iniquus  ,  qui 
mihisum?  Quisibtneguam,  sit,  cui  bonus?  Faleor  non  sum 
bonus  ,  quia  non  est  in  me  bonum.  Consolabor  me  tamen, 
quia  et  sanctorum  vox  ista  est  :  Scio  quia  non  est  in  me 
bonum ,  inquit.  Disc-emit  tamen  quod  dicit,  in  se ,  in 
came  sua  interpretans ,  propter  contradictoriam  legem  , 
qua-  in  ea  est.  Nam  habet  legem  et  in  mente  ,  eaque 
melior.  An  non  lex  Dei  bona?  Quod  si  mains  propter 
legem  malam,  quomodu  non  propter  bonam  bunus  ?  An 
mala  sua  est  qua  est  in  carne  sua  et  ideo  de  mala  ma- 
ins ;  et  minime  bonus  de  bona  ?  Non  est  ila.  Lex  Dei 
ejus  in  mente  ipsius  ,  atque  ila  in  mente,  ut  sit  et  men- 
tis. Testis  est  ipse  qui  ait :  Invenio  aliam  legem  in  mem- 
bris  meis  ,  repuynantem  legi  mentis  mne.  Numquid  suum 
quod  carnis  sua;  est ,  et  non  suum  quod  mentis  sua?  est? 
Ego  dico  et  plus.  Quidni  dicam  ,  quod  idem  ipse  magis- 
ter  dicit?  Nam  mente  quidem  servient  legi  Dei ,  carne 
autem  legi  peccati;  quid  magis  suum  fatcalur  evidenter 
oslendit  ,  cum  malum  quod  in  came  est  ,  ila  a  se  alie- 
num  censet  ,  til  dicat  :  Hague  jam  non  ego operor  illuil, 
sed  quod  habitat  in  me  peccatum.  Et  Ideo  fortassis  si- 
gnanler  aliam  dixerit  legem  invenlam  in  membris  9iiis , 
quod  abenam  hanc  ,  et  quasi  adventitiam  reputaret.  Un- 


de  et  adhuc  ego  aliqnid  audeo  amplius,  baud  temere 
quidem  :  Paulum  viuelicet  non  jam  malum,  propter 
malum  quod  in  cam  •  habet,  magis  autem  bonum,  prop- 
ter bonum  quod  in  mente  habet.  An  non  bonus,  qui 
consentit  legi  Dei,  q.ioniam  bona  est  ?  Nam  et  si  se  it- 
idem  faleatur  servin  legi  peccati,  carne  ho  facit,  non 
mente.  Cum  autem  lente  quidem  serviat  legi  Dei ,  car- 
ne autem  legi  pecdti  ;  quidnam  potissimum  borum 
Paulo  impiilandum  ,  utes,  tu  videris.  Nam  mild  fateor 
facile  persuasum,  quud  mentis,  quam  quod  carnis  est, 
pluris  esse  ,  non  solum  mild,  sed  et  ipsi  Paulo  ,  ut  jam 
dictum  est,  qui  ait  :  Si  autem  quod  nolo,  Mud  facio  , 
jam  nun  ego  operor  Mud,  sed  quud  habitat  in  me  pecca- 
tum, 

11.  Sed  de  libertate  ista  suffieianl.  In  libello  ,  quem 
de  gratia  et  libera  ail  itrio  scripsi ,  diversa  fortassis  de 
imagine  et simililudine  disputata  leguntur,  sed  (utarbi- 
tror)  non  ad  versa.  Legisti  ilia  ,  ista  audistis  :  quaenam 
magis  probelis*,  vestro  jodicio  derelinquo  ;  vel  si  quid 
melius  utrisque  saji'uis,  in  hoc  gaudeo  et  gaudebo.  At 
quoquo  mode  ilia  se  babeant,  tria  quadam  inpraesentia- 
rum  prscipua  coinn  endala  lenetis  ,  simplicitalem  ,  im- 
mortabtatem,  liberi  ten.  Et  hoc  vobis  liqiido  apparcre 
jam  arbitror    animaai  pro  ingenita  atque  ingenuasimili- 


QUATRE-VINGT-DEUXIEME  SERMON  SUR  LE  ANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


561 


avantages  singuliers  de  la  nature  de  l'ame,  la  sim- 
plicite,  I'immorlalile,  et  la  liberie.  Et  je  pense  que 
vous  voyez  clairement  maintenant  que  l'ame,  par 
ces  trois  sorles  de  ressemblances  qui  lui  soni  nil  n- 
relles,  et  qui  la  relevent  si  fort,  n'a  pas  une  medio- 
cre aftinite  avec  le  Verbe  epoux  de  l'Eglise.  Jesus- 
Christ  Notre-Seigneur,  qui  etant  Dieu,  et  eleve  par 
dessus  tout,  est  belli  dans  les  siecles  des  siecles. 
Ainsi  soit-il. 

SERMON  I.XXXII. 

Comment  l'dme,tnuten  demeurant  semblable  a  Dieu, 
perd  neanmoins,  par  le  pcclie",  wie  partie  de  sa  res- 
semblance  avec  lui  dans  sa  simplicity,  son  immor- 
talite  et  sa  liberie. 

1.  Ne  vous  semble-t-il  pas,  mes  freres,  que  dous 

pouvons  maintenant  reprendre  l'ordre  de  notre  dis- 

cours,  puisque  vous  voyez  a   cette  heure    Ires-clai- 

remenl  1'aflinite  de  1  ame    avec  le    Verbe,  dont    la 

demonstration  a  ete  le  but  de  cette    digression.   Je 

crois  que  nous  le  pourrions,    sije  ne   sentais   qu'il 

reste  encore  qnelque    obscurite  dans  ce    que    nous 

Tout  predi-    avons  dit.  Je  ueveux  ricti  vous  dei'ober.  Je  ne  passe 

faireUgen°6-    P*s  volontiers  ce    queje   crois  pouvoir   vous    etre 

reusemeot    utile.  Et  comment  l'oserais-ie  faire,  surtout  en  des 

part  a  .  J  '         , 

•es  auditeurs  cnoses  que  je  ne  recois  que  pur  vous  les  commu- 

e dI.-u"6    iiiquer?  Je  connais   une  personne  3   qui   durant 

lui  doone.    qu'eiie  parlait,  voulant  relenir  ce  que  le  Saint-Esprit 

lui    suggerait,  et  le  reserver  pour  une  autre   fois 

ou  elle.  serait  obligee  de  traiter  la  meme  matiere,  il 

a  Saint  Bernud  parte  ici  de  lui-meme  en emprunlant  a  saint 
Paul  une  de  ses  tournurcs.  C'est  ce  que  nous  ipprend  Ce*ar 
d'Heirslerbac,  dins  son  si  rmon  pour  I'Oclavede  Noel,  oil  i!  iiil  : 
t  Vb  juur.  il  disait  je  ne  s.iis  pins  i]uoi  :  il  lui  vint  une  pensee 
qui  tiuuvait  sa  place  la  oil  il  en  eiait,  conime  il  voulait  la  reser- 


lui  sembla  entendre  une  voix  qui  lui  disait  :  Tant 
quevous  reliendrezcelavousne  recevrez  point  autre 
chose.  Or  elle  nelefaisait  pas  par  un  sentiment  d'in- 
fidelite,  elle  temoignait  seulement  son  peu  de  foi. 
Qn'eut-iedonc  etc  si  elle  eut  re'.enu,  non  pour  pour- 
voir  a  sa  propre  indigence,  mais  par  un  sentiment 
de  jalousie  qu'elle  aurait  eu  de  l'avancement  de  ses 
freres?  N'aurait-il  pas  ete  juste  delui  6ter  ce  qu'elle 
semblait  meme  avoir?  Je  prie  Dieu  de  bannir  une 
semblable  pensee  bien  loin  de  l'esprit  de  son  ser- 
viteur,  comme  il  Fa  loujours  fait  jusqu'a  present. 
Que  cette  fontaine  inepuisable  d'une  sagesse  si  sa- 
lutaire  veuille  se  repandre  aussi  abondamment  sur 
moi,  comme  il  est  vrai  que  je  vous  at  toujours  com- 
munique sans  envie  tout  ce  dout  elle  a  daigne  me 
faire  part  jusqu'ici.  Si  je  vous  en  frustrais,  ne  de- 
vrais-je  point  craindre  d'etre  frustre  a  mou  tour 
par  Dieu  meme. 

2.  11  y  a  done  qnelque  chose  dans  ce    que   nous     Dontcan 

avons  dit,  qui  peutetre  un  sujet  de  chute,  du  moins    sujet  de  la 
.     ,  .  .  ,,.,•■  i  ressemblance 

je  le  crams,  si  nous  ne  1  eclatrcissons     davantage.  de  lame  avec 
Et  sije  ne  me  trompe,  il   y  en  a  parmi    ceux   qui  j/^te  M"ie 
m'ecoutent  a  qui  cequeje  veux    dire  a  deja  donne    plus  haut. 
qnelque  scrupule.  Ne  vous  so  ivetiez-vous  pas  qu'en 
remarqinnt  la  triple  ressemblauce   de   l'ame    avec 
le  Verbe,  nous  avons  dit   qu'elle  etait  inseparable- 
ment  atlachee  a  sa  nature  ?   Cependant   il  y  a  des 
passages  de   1'Ecriture  qui  d'abord  semblent  com- 
ballre  ce  sentiment,   comme  celui-ci  du  Psaume  : 
«  Lorsque   l'lioinme    etait    eleve    eu    honneur,    il 
ii. i  point  eu  d'uitelligenee,    et    il  est  devenu   sem- 
blable aux  ammaux  qui  n'ont  putnt  de  raison  [Psal. 

ver  pour  la  fin  oil  il  oraign  lit  d'etre  a  court,  il  enlendil  une  voil 
du  ciel  qui  lui  dit  :  Si  tu  reserves  cette  pensee  pour  plus  lard, 
lunen  auras  plus  d'aulre.  u  On  vuit  par  la,  dit  .M.uniqne,  que 
ce  n'c^l  pas  lui  qui  parlait,  mais  que  c'etuit  Dieu  meme  qui  par- 
lait en  lui. 


tudine ,  quae  in  his  fam  eximie  claret,  non  parvam  cuiu 
Verbo  habere  affinitatem  ,  sponso  Ecclesiae  Jcsn-Chiisto 
Domino  nostra,  qui  est  super  omnia  Deusbcnediclusin 
saecula.  Amen. 

SERMO  LXXXII. 

Quo/iter  anima  similis  Deo  manens  ,  per  peccalum  (amen 
dissimilis  facta  est  in  simplicitate ,  immortahtate ,  et 
libertate. 

1.  Quid  vobis  vidctur  ?  Possumusne  jam  regredi 
ad  ex  ponendi  ordinem  digressi  sumus  :  quia  patet 
propinquilas  Verbi  et  anims  ,  pro  qua  utique  de- 
moustranda  digressio  ipsa  facia  est  ?  Possemus  (ut  mihi 
vidclur(  nisi  p.irum  quid  dubictalis  in  his,  qua?  dicta 
sunt,  adhuc  residere  senlheni.  Nil  furari  volo.  Non  li- 
benler  preeteieo  quod  vobis  utile  putem.  Et  qiiomodo 
id  audeam  ,  de  his  prasertim  quae  vobis  accipio  '?  Seio 
huminem  aliquid  aliquando  inter  loquendum  ex  his  quae 
suggerebat  Spiritus,  etsi  non  inlideli ,  minus  tamen  fi- 
denti  animo  retentantem  et  reservantem  sibi,  ut  haberet 

T.    IV. 


qnod  diceret  denuo  tractatnrus  :  et  ecce  vox  ad  eum,  ut 
quidem  ei  visum  est  :  Donee  istiul  tenebis,  almd  non 
accipies.  Quid  si  relinuissel  ,  non  providendo  sua;  ino- 
piae ,  seil  fraternis  profectibus  invidendo  '?  nonne  merito 
et  hoc  ipsum  ,  quod  videbatur  habere  ,  auferretur  ab  eo? 
Quod  quidem  longe  a  servo  veslro  semper  faciat  Deus  , 
sicut  et  sen  per  fecit.  Sic  mihijugiler  abundare  dignetur 
fons  ille  indeliciens  sapienlite  salularis  ,  quomodo  sine 
invidia  vobis  communicavi,  et  rel'udi  quidquid  mihi  in- 
fnndere  haclenus  dignatus  est  ipse.  Si  ego  vos  fraudo, 
a  quo  jam  non  verear  ipse  fraiulari  ?  Ne  a  Deo  quidem. 
2.  Est  ilaque  in  his  quae  dicta  sunt  aliquid,  quod  (ut 
vereor  ego)  olfendiculum  dare  queatsinon  complanetur. 
Et,  ni  fallor,  sunt  de  hie  stantibus,  quibusjam  scrupu- 
lum  movit  quod  dicere  volo  Trina  ilia  Verbi  similitudo, 
quam  aniuup  assignavimus,  imo  qua  insignitam  adver- 
limns,  recolitisne  quod  etiam  inseparabiliter  inesse  illi 
visa  lucril  nobis?  Id  quidem  videatur  aliquibus  scriptu- 
rarum  lestimoniis  obviate,  ut  verbi  gratia,  est  i.lud  in 
psalmia  :  Homo  cum  in  houore  essut,  non  intellextt;  corn-- 
paratus  est  jumentis  insipientibus,  et  sum/is  factus  est 
it/is  ;  et  item  illud  :  Mutaveruut   gloriam  suam  in  simi- 

30 


562 

iLTin,  21),  et,  ilsont  change  lcurgloire  en  lares- 
semblance  d'un  veau  qui  mange  de  l'herbe  (Psal. 
cv, 


OEUYRES  DE  SAINT  BERNARD. 


20).  »  Et  ce  qui  est  dit  au    nom  de  Dieu 


La  simplicity  de  Time  demeure  inebranlable  dans 
son  fondemenl  ;  mais  elle  ne  paralt  point,  parce 
qu'elle  est  couverte  de  fourbe,  de  dissimulation  et 
d'bypocrisie. 

3.  Que  le  melange  de  la  duplicite  avec  la  simpli- 
city natu.vllede  I'ame  est  laid  et  difforme?  Quelle 
indiguite  d'elever  un  edifice  si  pauvre  sur  un  fon- 


C'est  la 

duplicity. 


oYous  avez  cru,  mechant,  que  je  serais sembldble  a 
vous(Psa/.  xlix,21),»  etbeaucoup  d'autres passages 
qui  semblent  insinuer  que,  apres  le  pecbe,  la  res- 
semblance  de  Dieu  a  ete  eflaeee  en    l'bomme.  Que 

rePondrons-nousdoncacela?Uu,.ceStroischo5es  dement  si  precieux ?  C'est  de  cette  duplicite    que 

ne  sont  point  en  Dieu,  et  qu'aiusi  il   en  faut  cher-  le  serpent  s'etait  revetu,  lorsque,  pour  seduire  la 

bUnc™  cher  j'autres  en  quoi  nous  mettions  la  ressemblance  i'emme,  il  faisait  semblant  de  la  conseiUer  en  ami. 

p^i^w  que  rhonune  a  avec  hu ;  on  qu'elles  sont  en  Dieu,  C'estencore  d'elle  que  se  revetaient  aussi  lescrtoyens 

Lis  non  dans    lime,  et  qu'ainsi    elle  ne   lui    est  duparadis  terrestre,apres  qu  lis   eurent  ete  subor- 

poiut  semblnble  ;  ou  qu'elles  sontaussi  dans  Tame,  nes  par   le  serpent,    lorsqu  ,1s   tacherent   de   cou- 

mais  quelles  peuvent  ny  etre  pas,  et  pourtant  qu'el-  vrir  leur  bonteuse  nudite  par  1  ombre  d  un  arbre 

les  n'en  sont  pas  inseparables?    A  Dieu  ne   plaise  touffu,  par  les  feuilles  dont  .Is  se  ceigna.ent,  et  par 

que  nous  soyons  dans  aueun  de  ces  sentiments.  El-  les  paroles  dont  .Is  s'exc.isa.en.    A  quelle  distance, 

les  sont  en  Dieu,  elles  sont  en  fume,  ft  elles  y  sont  depuis  lors.le  vemn  hered.ta.re  de  1  hypocrisie  n  a- 

toujoursetnousnavons   point  sujet  de  nous  re-  t-il  pas  mfeste  leur  poster.te  !    Donnez-mo.  un  des 

pentir  daucune  de  ces  propositions  que  nous  avons  enfants  d*Adam  qui  veuille   paraitre ce ;  qui]   est. 

avancees  tant  elles  sont  toutes  appuyees  sur  une  Mais  neanmoins  la  simplicity  naturelle  de  1  ..me  ne 

Terite  certaine  et  indubitable.  Mais  quand  l'Ecriture  laisse  pas  de  subsister  avec  cette  duplicite   qu  elle 

parle  de  la  dissemblance  qui  est  arnvee  entre  Dieu  tire  de  son   origine.   afin   que  ce   rapprochement 

,,jen.nDeetrhomme.ellen'eiitendpasquecetteressemblance  augmente  sa  confusion.   L  immortal  te   y  subs*  te 

&?*    aiteteelTacee,  mais  qu  une  autre  y  a  ete   ajoutee.  aussi   toujours,    ma.s  une  immortalite  sombre  et 

.'X-'il    L'4me  ne  s'est  pas  depouillee  de  sa  forme  naturelle,  noire,  comme  couverte  des  enebres  epaisses  de  la 

mais  elle  s'est  revetue  comme  d'une  forme  etran-  mort  du  corps.  Car,  bien  qu  elle  ne  sort  pas  pmee 

gere  par  dessus  celle-la.  L'une  a  ete  ajoutee,   mais  de  la  vie,  neanmoins  elle  ne  la  pent   plus  rendre 

Lire  n'a  pas  ete  detruite,   et  celle  qui  est  surve-  propre  a  son  corps.  Que  d.ra.-je  de  ce  qu  elle  ne 

nue  a  pu  obscurcir  la  naturelle,  mais  non  pas  l'ex-  conserve  pas  meme  sa  vie  spintuelle  ?  Car    ime  q  » 

terminer.  «  Leur  coeur  insense,   dit  l'Apotre,  s'est  pecbe,  mourra,   d.t  D.eu  dans  un  prophete.  Cette 

obscurci  [Rom   j,  21).  »    Et  un  prophete  :    «  Com-  double  mort  dans  laquelle  elle  tombe  ne  rend-elle 

mentleurorsest-ilterni,  et  comment  la  couleur  pas  bien  tenebreuse  et  bien  miserable     immorta- 

excellentequ'il  avail  a-t-elle   ete  cbangee  (Thren.  lite  qui  est  attachee  a  sa  nature?   Ajoutez a   cela, 

1V  1)  1  „  II  se  plaint  de  ce  que  cet  or  se  soil  terni,  que  la  pente  qu'elle  a  vers  les  cboses  terrestres,  qui 

mais  if  demeure  pourtant  toujours  or?  Use  plaint  toutes  lui  causent  la  mort.   epaissit    encore    seste- 

qne  sa  couleur  excellent*  a  change,  mais    il  ne  dit  nebres,  de  sorte  qu'une  ame  en  cet  etat  a  le  visage 

pas  que  le  fondement  de  cette  couleur  ait  disparu.  tout  pale  et  defait,  et  est  une  image  de  la  mo.t.  Et 


Le  venin  de 
l'hypo-crisie 
est  nereili- 
taire  cliei 
les  enfants 
d'Adam. 


Quplle  e9l 

1'immortalile 

de  1'liomme 

apres  son 

peche. 


litudinem  vituK  comedentis  fcenum.  sed  et  quod  aperte 
dictum  est  in  persona  Dei  :  ExutimasU  imque,  quodero 
b  i  mnlis;  etpleraque  alia,  qu*  similitudinem  Dei  in 
nomine  post  peccatum  deletam  concorditer  assevcrare 
videntur!  Quid  ergo  dicemus  ad  h<ec  ?  Tria  ilia  in  Deo 
minime  esse,  et  sic  alia  qusrenda,  in  quibus  sunilitucli- 
nemassignemus?aut  esse  quidem  in  Deo,  sed  nomnanimu, 

et  ne  sic  quidem  in  bis  similitudinem  invcn.n  ?  aut  esse 
anima  sed  posse  etiam  non  inesse  ,  ac  per  hoc  non  inse- 
parabilia  esse?  Absit.  Et  in  deo,  etin  anima  sunt,  et 
semper  insunt  :  nee  est  quod  nos  al.quid  borum  dixisse 
pceniteat  itatotum  subnixum  est  indubitata  et  absoluus- 
sima  veritate.  Sed  quod  Scriptura  loquitur,  sed  quia 
alia  superducla.  Non  plane  anima  nativam  se  exult  for- 
mam  sed  superinduit  peregrinam.  Ilia  addita,  non  ista 
perdita  est  :  et  qua;  Biipervenit,  obacurare  ingemtampo- 
tuit  sed  non  exterminare.  Denique  obscuration  est  m«- 
piens  cor  illorum,  ait  Apostolus,  et  propheta  :  Qumnodo 
obscuratum  est  aurum,  mutatus  est  color  optimus  ?  Obs- 
curatum  aurum  plangit,  sed  aurum  tamen  j  mu  atum 
colorem  optimum,  sed  non  fundamentum  colons  evulsum. 


Manet  in  fundamento  prorsusinconcussa  simplicity,  sed 
minime  apparet  duplicitate  operta  humana;  dolositatis, 
simulationis,  hypocrisis. 

3.  Qnam  incongrue  simplicitati  duplicitas  admiscetur, 
quam  indigne  lali  fundamento  talis  structura  committitur. 
Hujusmodi  sibi  versutiam  serpens  induerat,  cum  se,  ut 
deciperet,  consiliarium  exhibebat,  simulabat  amicum. 
Hujusmodi  quoque  seducti  ab  eo  paradisi  incol*  indue- 
rant  sibi,  cum  pudendam  jam  nuditatem  tegere  conaren- 
tur,  et  umbra  frondosi  ligni,  et  frondium  succinctoriis, 
et  verbis  excusatoriis.  Quam  late  exlunc  et  deinceps 
omnem  postcritalem  bareditarinm  hypocrisis  virus  inlecitl 
Quem  dabis  de  filiis  Adam  qui  quod  est,  non  dico  velit, 
sed  vel  patiatur  videri  ?  Sed  perseverat  nihilominus  in 
omni  anima  cum  originali  duplicitate  generalissimplici- 
tas,  ut  de  collatione  confusio  augnatur  :  perseverat  ffique 
immortalitas,  sed  fusca  et  tetra,  irruente  tenebrosa  cor- 
poreae  mortis  caligine.  Nam  et  si  non  privatur  vita,  vitae 
tamen  beneficium  suo  corpori  jam  non  sufficit  vindicare. 
Quid  quod  ne  suam  quidem  spiritualem  duntaxat  vitam 
retinet  sibi  ?  Anima  nempe  qua  peccaverit,  ipsa  morie- 


QUATRE-VINGT-DEUXIEME  SERMON^SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


563 


au  lieu  qu'etant  d'une   nature  immortelle,  elle  de- 

C'est  avec    vrait   desirer   des  choses    immortelles  comme  lui 

l'homme'ne  e'ant  conformes,  afln  de  paraitre   ce  qu'elle  est,   et 

soupirant     (je  vivre  de  la  vie  qui  lui  est  propre;  elle  a  des  sen- 
qu  apres  les  .  '    ' r' 

choies      timents  et  des  inclinations    toutes  contraires,  et  se 

m°mortel.eS'  rendant  seinblable  aux  choses  morlelles  et  perissa- 
bles,  par  une  vie  degeneree  de  la  noblesse  de  sa 
nature,  elle  obscurcit  la  blancheur  de  son  immorta- 
lite  par  une  malheureuse  habitmle,  qui  comme  une 
poix  sale  et  noire  decolore  sa  beaute  naturelle.  Et 
comment  le  desir  des  choses  mortelles  ne  rendrait- 
il  pas  mortelle  l'ame  qui  est  immortelle,  puisque, 
comme  dit  le  sage,  on  ne  saurait  manier  de  la  pois 
sans  se  souiller  (Eccli.  xni,  1)  ?  En  jouissant  des 
biens  mortels,  elle  s'est  revetue  de  la  mortality  et 
elle  a  defigure  sa  robe  d'immortalile  par  la  ressem- 
blance  de  la  mort,  niais  elle  ne  s'en  est  pas  de- 
pouillee. 

h.  Considerez  Eve,  comment  son  ame  immor- 
telle a  terni  l'eclat  de  son  immortalite  en  s'atta- 
chant  aux  choses  morlelles.  Pourquoi,  etant  im- 
mortelle, n'a-t-ellepas  meprise  les  choses  mortelles 
et  passageres  pour  se  contenter  des  choses  immua- 
bles  et  eternelles?  «  Elle  vit,  dit  l'Ecrilure,  que 
cet  arbre  etait  agreable  a  voir,  et  que  le  fruit  en 
6tait  fort  bon  a  manger.  »  (Gen.  m,  6).)  »  Cette 
beaute,  6  femme,  que  vous  voyez  dans  cet  arbre, 
et  qui  parait  si  agreable  a  vos  yeux,  n'est  pas  la 
beaute  qui  vous  est  propre.  Elle  ne  vous  regarde 
que  selon  la  partie  de  vous-meme  qui  est  de  fange 
et  de  boue  ;  elle  ne  vous  est  pas  particuliere,  mais 
elle  est  commune  a  tons  les  animaux  de  la  terre  ;  la 
beaute  qui  vous  appartient  veritablement  est  autre,  et 
vient  d'ailleurs,  elle  est  eternelle  et  c'est  un  rayon 


tur.  Nonnemorte  ista  duplici  incursante,  ilia  qualiscum- 
que  immortalilas,  quam  retentat,  tenebrosa  satis  reddi- 
tur,  etmisella?  Adde  quod  appetentia  terrenorum  (qua? 
quidem  omnia  ad  interitum  sunt)  densat  tenebras,  itaut 
in  anima  sic  vivenle  nil  a  parte  aliqua  nisi  pallida  facies 
et  imago  qua>dam  mortis  apparere  cernatur.  Cur  non 
cnim  quae  immortalis  est,  similia  sibi  immorlalia  appetit 
et  aeterna,  ut  quod  est  appareat,  et  quod  facta  est  vivat? 
Ceelerum  contraria  sapit  et  quaerit,  et  mortalibus  sese 
degeneri  conversatione  conformans,  immortalitatis  can- 
dorem  quodam  mortifera  consuetudinispiceo  colore de- 
nigrat.  Quidni  mortalium  appetitus  immortalem  morlali 
similem;  immortali  dissimilem  faciet  ?  Qui  Inngilpicem, 
ait  Sapiens,  inqmnabitur  abea.  Fruendo mortalibus  mor- 
talitatem  se  induit,  et  vestem  immortalitatis  incidente 
mortis  similitudine  decoloravit,  non  exuit. 

4.  Evam  attende,  quomodo  ejus  anima  immortalis, 
immortalitatis  sua;  glorias  secum  mortalitatis  invexit, 
mortalia  utique  affectando.  Ut  quid  enim,  cum  immortalis 
esset,  mortalia  non  conlempsit  et  transitoria,  contents 
sibi  similibus,  immortalibus  et  aeternis?  Vidi,  inquit, 
lignum  quod  esset  pulchrum  oculis,  et  aspectu  deleclabile, 
ac  suave  ad  vescendum.  Non  est  tua,  o  mulier,  ista  sua- 
vitas,  ista  delectatio,  istaque  pulchritudo  :  et  si  sua  pro 
parte  luti,  non  tua  solius,  sed   communis  cunctis    ani- 


de  l'eternite.  Pourquoi  imprimez-vous  a  votre  ame 
une  autre  forme,  ou  plutot  une  difformile  etran- 
gere?  Car,  ce  qu'elle  souhaite  d'avoir,  elle  craint 
de  le  perdre,  et  cette  crainte,  est  une  espece  de 
couleur  qui,  teignant  la  liberte,  la  couvre  et  se  la 
rend  semblable.  Combien  serait-il  plus  digne 
qu'elle  ne  desirat  rien,  alin  qu'elle  ne  craignit  rien, 
etque,  ainsi  elle  defendit  sa  liberte  de  cette  crainte 
servile,  et  demeurit  dans  sa  vigueur  et  sa  beaute 
originelles!  Helas!  il  n'en  est  pas  ainsi.  Sa  couleur 
excellente  a  change.  Vous  fuyez  et  vous  vous  ca- 
chez,  vous  entendez  la  voix  du  Seigneur,  et  vous 
vous  retirez.  Pourquoi  cela,  sinon  parce  que  vous 
craignez  celui  que  vous  aimiez  auparavant,  et 
qu'une  forme  servile  a  remplace  la  beaute  de  voire 
liberte. 

5.  Cette  necessite  meme  volontaire,  dont  j'ai 
parle  ci-dessus,  et  cette  loi  des  membres  conlraire 
a  la  loi  de  l'esprit  opprime  la  liberte,  et,  attirant 
une  creature  libre  par  sa  propre  volonte,  elle  l'as- 
sujettit  a  une  honteuse  servitude,  et  la  couvre  de 
confusion  et  d'ignominie,  en  sorte  que,  au  moins, 
selon  la  chair,  elle  obeit  meme  malgre  elle,  a  la  loi 
du  peche.  Aussi,  pour  avoir  neglige  de  defendre  la 
noblesse  de  sa  nature  par  l'innocence  de  ses  mceurs, 
il  est  arrive,  par  un  juste  jugement  de  son  cr&a- 
teur,  qu'elle  s'est,  non  depouillee  de  la  liberte  qui 
lui  est  propre,  mais  revetue  de  sa  propre  honte, 
comme  d'un  voile  epais.  Je  dis  qu'elle  s'est  revetue 
d'une  seconde  robe,  parce  que  sa  liberte  demeurant 
a  cause  de  la  volonte,  sa  conduite  toute  servile  fait 
voir  qu'elle  est  accompagnee  de  necessite  etde  con- 
trainte.  On  peut  dire  la  meme  chose  de  lasimplicite 
et  de  l'immortalite  de  l'ame,  et,  si  vous  y  prenez 


Quelle  est  la 
liberte  qui 

reste 

a  l'bomme 

devenu 

pScheur. 


mantibus  terrae.  Tua,  qua»  vere  tua  est,  aliunde,  et  alia 
est  :  nam  aeterna  est  de  aeternilate.  Quid  tu  animae  tuae 
aliam  formam,  imo  deformitatem  imprimis  alienam? 
Enimvero  quod  delectat  habere,  id  etiam  perdere  timet : 
et  timor  color  est.  Is  libertalem  dum  tingit,  tegit,  et 
earn  nihilominus  sibimet  reddit  dissimilem.  Quam 
dignius  sua  origine  nihil  cuperet,  ubi  nihil  metucret,  ac 
per  hoc  a  servili  Umore  islo  ingenitam  sibi  defendere 
lihertatem,  manentem  in  vigore  et  decore  suo  !  Heu  non 
ila  est !  mutatus  est  color  optimus.  Fugitas,  et  latitas  : 
audis  vocem  Domini  Dei,  et  abscondis  te.  Cur  boo, 
nisi  quia  quern  amabas  times,  et  libertatis  speciem  forma 
servilis  exclusit? 

5.  Sed  et  volunlaria  ilia  necessitas,  et  contraria  lex 
indicia  membris  (de  qua  proximo  sermone  disserui) 
eidem  incubat  libertati,  et  liberam  natura  creaturam  per 
propriam  ipsius  voluntalem,  dum  allicil,  subjicit  servi- 
tuti,  inplens  faciem  ejus  ignominia,  ita  ut  vet  carne 
serviat  legi  peccati,  et  non  volens.  Quia  ergo  natura; 
ingenuitalem  morum  probitate  defensare  neglexit 
justo  auctoris  judicio  factum  est,  non  quidem  utlibertate 
propria  nudaretur,  sed  tamen  superindueretur,  sicut  di- 
ploide,  consufiono  sua.  Et  bene  sicut  diploide,  ubi  veste 
veluti  duplicata,  manente  libertate  propter  voluntatem 
servilis   nihilomiuus    conversatio    necessitatem    probat 


56a 


OELYRES  DE  SAINT  BERNARD. 


La  peine  du 

pcche. 


L'tiomnoe 

reduit  a  la 

ressemblance 

des  beies. 


earde  vous  ne  tronverez  rien  en  elle    qui  ne   soit  dans  {'accouchement?  Yoila  done  comment,  dans 

convert  de  cette  double  robe  de  ressemblance  et  de  la  conception  et  dans  la  naissance,   dans  la  vie  et 

dissemblance,  N'est-ce  pas  une  double  robe  lorsque  dans  la  mort,  l'homme  a  ete   compare   aux  betes 

la  Erande  est  comrae  attachee  et  cousue,  pour  ainsi  brutes,  et  leur  est  devenu  semblable. 
dire,  a  la  simplicite,   la  mort,  a  I'immortalite,  la       6.  Que  dirai-je   de  ce  qu'une  creature   librene 

ilaliberte?  Car"  la  duplicile  de  coeur  ne  gouverne    pas    on    reine    la   concupiscence,     et 

detruit  point  la  simplicite  de  sou  essence,  la  mort  ne  so  la  soumette  pas;   mais   la  suive  et  lui  obeisse 

volontaire  du  peche,   ou  naturelle  du  corps,  ne  comme  une  servanle?  Ne  se  met-elle  pas  encore,  en 

mine  point  I'immortalite   de  s.i  nature,   ni  la  ne-  ce  point,  an  rang  des   animaux  sans  raison,  a  qui 

cessite  dune  servitude  volontaire  n'eteint  point   la  la  nature  n'a   point  donne  de  liberie,    mais  qu'elle 

liberie  de  sonlibre  arbilre.  Ainsi  cesmaux  etrangers  a  reduits    comme  en   servitude   pour  serviraleur 

ue  succedant  pas,  mais  etant  ajoules  aux  biens  qui  appetil  ?  N'est-ce  pas  avec  raisou,  que  Dieuahonte 

lui  sont  naturels,  ils  les  defigurent  sans  les  extermi-  d'etre  eslime  semblable  a  un  homme  qui  est  tel,  et 

ner.  Dela  vient  que  I'ameest  differente  d'elle-meme.  qu'il  dit  :  «  Vous  avez  em,  mediant,  que  je  serais 

C'estpource   sujet  qu'elle  est  comparee  aux  betes  semblable  a  vous  (Psal.  xi.ix,  21).  »  Et  il  ajoute  : 

brutes    (Psal.  sum,    3),  et  qu'elle  leur  est  deve-  « Je  voucs  halierai,  et  vous  ferai  voir  a  vous-m«me, 

mblable.  C'est  ce  qui    fait   dire   qu'elle  a  danstoute   votre  laideur .  *  Ce  n'est  pas  a-une  ame 

change  sa  gloire  en  la  ressemblance  d'un  veau  qui  qui  se  voit  et  qui  se  conuait,  de  enure  que  Dieu  lui 

maime  de  l'herbe  (Psal  cv,  20);  que  les  homines  est  semblable,  surloutauneftme  comme  la  mieune, 

comme  des  renards,  out  des  tannieres  de  duplicite  mechante  et  pecheresse.  Car   e'esi  cede  qui  est  de 

et  de  fraude,  et  comme  ils  se  sont  rendus  sembla-  la  sorte  que   Dieu   reprend  ainsi  :  «  Vous  avez  cm, 

bits  aux  renards,  ils  en  seront  la  proie.    C'est  en-  mechant » ;  non  pas,  vous  avez  crn,   homme,  ou 

core  pour  cela  que,  selon    Salomon,  l'homme  et  la  bien,  vous  avez  cm,  6  ame,  que  je  serais  semblable 

bete  out  une  menie  tin  (Eccl.  in,  19).    Et  pourquoi,  a  vous.  .Mais,  si  le  mediant  est  mis  devant  ses  pro- 

ceux  qui  ont  vecude  meme   ne  mourraient-ils  pas  pres  veiix,  et  se  trouve  comme  devant  la  face  pile 

aussi  deineme?  U  s'est  attache  auxchoses  terrestres,  et  deliguree  de  son  homme  inlerieur,  en  sorte  qu'il 

comme  les  betes,  il  lesquittera  aussi  comme  les  be-  ne  puisse  pas  ne  point  voir  l'impurete  de  sa  cons- 

tes.  Etoulez  encore   une  autre  pensee  la  dessus.  cience,  les  ordures  de  ses  peches,  la  difformite  de 

Pourquoi  s'elonner  que  nous  sortions  de  cette  vie  ses  vices,  il  ne  pourra  pas  croire  que  Dieu  suit  sem- 

de  la  meme  manic-re  que  les  betes,    puisque  nous  blable  a   lui,    mais,  je  crois  que   cette    difference  si 

y  sonimesentresde  meme  qu'clles?  Car,  d'ou  vient,  grande  le  portera  a  s'ecrier  :  a  Seigneur,  qui  est 

sinon  de  leur  ressemblance  avec  les  betes,  que  les  semblable  a  sous  (Psal.  xxxiv,  10/?»  Ce  quis'en'end 

boiumes  resseulent  une  ardeur  si  violente,  pour  les  de  cette    ressemblance  nouvelle  et  volontaire.  Car, 

rapprochements  sexuels  et  une  douleur  si  excessive  la  premiere    ressemblance    demeure  tonjours ;  et 


Hoc  de  simplicitate,  hoc  de  immortalitate  anima;  ad- 
vertere  es;  ;  et  nil  tibi  in  ea,  si  bene  considercs  appa- 
rebit,  quod  non  sit  istiusmodi  similitudinis  pariter  et 
dissimulitudinis  diploide  adopertuai.  An  ion  diplois, 
ubi  Doninnata,sedalGxa,el  quadam  quasi  acupeccau'assu- 
taest  simplicilati  fraus,  immurtatilati  nuns,  necessitas  li- 
berlali?  Nequc  enim  essentia;  simplicilati  pr*scnbitdu- 
plicitas  corois ;  non  natune  immortalitati  niurs,  aut  vo- 
luntaria  peccati,  aut  n  is ;  non  arbitrii  li- 

bert.ti  necessitas  voluntary  servitutis.  Ita  boDis  nature 
mala  advenlilia,  dam  non  succedunt,  sed  accedunt, 
turpant  ulique  ea,  non  exlerminant;  conturbant  nun  dc- 
turbant.  Inde  anima  dissimilis  Deo,  inde  dissimilis  est 
et  sibi  :  inde  comparata  jumentis  insipientibus,  etsuui- 
lis  facta  est  litis:  inde  quod  legitur  conunuUisse  gloriam 
suam  in  similitndinem  vituli  comedenlis  fcenum  :  inde 
homines,  taoquam  vulpes,  duplicilatis  el  fiaudis  foveas 
habent  :   et    quia    pares  us    se    fccerunl,    partes 

vulpium  erunt  :  inde,  juxta  Salom  neno,  uma  exitus 
hn:, mil  el  jumenlo.  Quidni  similiter  exeat,  qui  similiter 
vixitt  More  bestiali  incubuil  terrenis,  nioite  bestiali 
excedet  ten-is.  Audi  aliud.  Quid  minim  si  similem  sor- 
tiniurexilum,  qai  et  similem  habemus  inlroiluin  ?  Undo 
enim  hominibus,  nisi  de  similitudine  bestiali ,  ille  tam 
jntemperans  ardor  in   coitu,  tam  immoderatus  delor  in 


partu?  Ita  homo  in  conceptu  et  ortu,  in  vita  et  morte 
comparatus  est  jumentis  insipientibus,  et  similis  factu9 
est  illis. 

(i.  Quid  quod  libera  creatura  sibi  subditum  appelilom 
non  regit  ul  domina,  se  I  sequitur  et  obsequitur  utancil- 
la  ?  Nonne  et  in  hoc  se  assimilat  el  annumerat  cajleris 
animantibus,  qua;  natura  non  in  libciiatem  vocavit, 
indidit  iu  serivlutem  servirc  suo  ventri,  appetitui 
obedirc  ?  Nonne  tali  merilo  eonfunditur  perliiberi  vel 
cxistimari  similis  Deus?  Ideoquc  ait  :  Extstimasti inique , 
quod  ero  tuisimitis.  et  infer!  :  Arguam  le,  el  staluam 
contra  faciem  luam.  Non  estsese  vider.lis  anima? ,  Deum 
exislimare  similem  sibi ,  animae  duntaxat  (qualismea  est) 
peccatricis  et  iniquse.  Ejusmodi  namque  arguitur :  Exis- 
timasti  inique,  ait;  et  non  dicit,  exisiimasti  anima, 
vel  existimasti  homo,  quod  ero  tui  similis  Sedsi  statualur 
iniquus  ante  faciem  suam  ,  et  contra  vullum  quemdam 
morbidum  putidumque  inteiioris  hominis  sui  sistntur , 
ut  dissimulare  aut  declinare  nonqucat  impuritalem  cons- 
cientia;  sua; ,  sed  videat  vel  invitus  sordes  peccatorum 
suorum  ,  vitiorum  inspiliat  deformitatem ;  nequaquam 
jam  potent  exislimare  Deum  fore  similem  sibi,  sed 
quasi  diflidens  pro  tanta  dissimilitudine  quam  videbit, 
puto  exclamabit  ,  et  dicet:  Domine ,  quis  similis  Ubi? 
quod  quidem  dictum  pro  volunlaria   ilia  et  novitia  dia- 


QUATRE-VINGT-DEUXIF.ME  SERMON   SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


565 


c'est  ce  qui  rendcette  difference  encore  plus  insup- 
portable. 0  que  l'une  est  un  grand  bien,etque  l'au- 
tre  est  un  grand  mal !  Chaque  cbose  neanmoins, 
en  son  genre,  pa  rait  davantage  par  lacomparaison 
de  l'une  et  de  l'aulre. 
L'homme  7.  Lorsque  l'ame  voit  en  elle-meme  des  choses  si 
pe'moitisn"  differentes  et  si  opposees,  comment  done  ne  s'e- 
rfpaw  sa  criera-t-elle  pointentre  l'esperance  et  V  desespoir : 
avec  le  «  Seigneur,  qui  est  semblab'e  a  vous  {Psal.  xxxiv, 
lagrace.  *")  •  "  *- n  sl  grand  mal  la  pone  an  desespoirj  mats 
un  si  grand  bien  la  rappelle  et  lui  dnnne  quelque 
esperance.  De  la  vient  que  plus  elle  se  deplalt  dans 
le  mal  qu'elle  voit  en  soi,  plus  elle  aspire  avec  ar- 
deuraubien  qu'elley  voitaussi,  et  desire  de  devenir 
semblable  k  celui  a  l'image  de  qui  elle  a  ete  for- 
tnee,  e'est-a-dire  simple,  droite,  craignant  Dieu,  et 
s'eloignant  du  mal.  Et  comment  ne  ponrrait-elle 
point  s'eloigner  d'ou  elle  a  pu  s'apnroclier?  ou 
s'approcher  d'ou  elle  a  pu  s'eloigner.  Ce  que  nean- 
moins elle  doit  presumer  de  la  grace,  non  de  la 
nature,  ni  memo  de  son  travail.  Car  c'est  la  sa- 
gesse  qui  surraonte  la  malice  (Sap.  vil,  30),  non  le 
travail  ou  la  nature.  Et  elle  a  sujet  de  l'esperer ; 
car  naturellement  elle  est  tournee  vers  le  Verbe. 
La  noble  alliance  de  l'ame  avec  le  Verbe  et  sa 
ressemb lance  eternelle  dout  je  vous  entretiens 
depuis  trois  jours,  n'est  point  oisive  dans  le  Verbe. 
•  11  daigne  s'associer  selon  l'esprit  celle  qui  lui  est 
semblable  selon  la  nature.  Et  certes  naturellement 
cbacun  cherche  son  semblable.  Ecoutez  la  voix  de 
celui  qui  la  cberche  :  «  Revenez,  Sulamite.  revenez 
afin  que  nous  vous  voyions  (Cunt,  vi,  12).  »  Celui 
qui  ne  la  pouvait  voirlorsqu'elleluietaitdissembla- 
ble,  laverra  volontierslorsqu'elle  lui  sera  semblable 


et  se  fera  voir  d'elle.  «  Car  nous  savons  que  lorsqu'il 
apparailra  nous  lui  serous  semblables,  parcequenous 
le  verrons  tel  qu'il  est  {Joan,  m,  2).  »  Croyez  done 
que  ce  qu'elle  dit  «  Seigneur,  qui  est  semblable  a 
vous  (Psal.  xvxiv,  10)?  »  c'est  p'.utot  parce  que  cela 
est  difficile  que  parce  qu'elle  le  juge  absolumeut 
impossible.  \ 

8.  Ou,  si  vous  1'aimez  mieux,  c'est  le  cri  de  l'ad-  Lacbarite  e»t 

r.      .  .      .  .  ,  une  vision. 

miration.  Certes,  c  est  une  ressemblance  surpre- 
nante  et  admirable  que  celle  que  la  vision  de  Dieu 
accompagne,  ou  plutot  quiest  celte  vision  meme. 
J'entends  parler  de  la  vision  qui  se  fait  dans  l'amour, 
car  l'amour  est  cette  vision  et  cette  ressemblance. 
Qui  ne  s'etonnerait  de  la  bonte  de  Dieu  quirappelle 
l'ame  qui  l'a  meprisee  ?  C'est  certainement  avec 
raison  que  le  mecbant,  que  nous  avons  represents 
ci-dessus  comme  usurpant  la  ressemblance  deDieu, 
est  repris  par  lui,  puisque,  en  aimant  l'iniquite, 
il  ne  pent  ni  s'aimer  soi-meme,  ni  aimer  Dieu; 
car  il  est  ecrit,  «  que  celui  qui  aime  l'iniquite,  hait 
son  ame  (Psal.  x,  1).  »  L'iniquite  done,  qui  est 
cause  de  la  difference  qui  se  trouve  en  partie  entre 
Dieu  et  lame,  etant  otee,  il  y  aura  entre  eux  une 
union  parfaite  d'esprit,  une  vision  mutuelle,  et  un 
amour  reciproque.  Car  lorsque  ce  qui  est  parfait 
arrivera,  ce  qui  est  imparfait  sera  detruit,  ([  Cor. 
mi),  et  il  y  aura  entre  Dieu  e-t  l'ame  un  amour 
cbaste  et  consomme,  une  pleine  connaissance,  une 
vision  manifeste,  une  union  ferme,  une  societe  in- 
divisible, une  ressemblance  parfaite.  Alors  .l'ame 
connaitra  Dieu  comme  elle  est  connue  de  lui;  elle 
l'aimera  comme  elle  en  est  aimee,  et  1  Epoux  se 
rejouira  de  son  Epouse,  parce  que  la  connaissance 
et    l'amour   seront    reciproques  entre    elle    et  lui 


similitudine.  Nam  manet  prima  similitudo  :  et  ideo  ilia 
plus  displicet,  quod  ista  manet.  0  quantum  bonum  ista, 
quantumque  malum  ilia  !  Ex  mutua  tamen  collatione 
utraque  res  in  genere  suo   plus  eminet. 

7.  Cum  ergo  anima  tantam  in  se  una  rerum  dislantiam 
cernit,  quidni  clamel,  inter  spem  ct  desperationem  ulique 
posita  :  Domine ,  quis  similis  tui?  Trahitur  in  despera- 
tionem pro  lanto  malo  :  sed  revocatur  in  spem  a  tanto 
bono.  Inde  est,  ut  quo  sibi  plus  displicel.  in  malo  quod 
in  se  videt ,  eo  se  ardentius  ad  bonum  ,  quod  «que  in  se 
conspicil,  trahat,  cupiatque  fieri  ad  quod  facta  est,  sim- 
plex et  recla,  et  limens  Deum,  ac  recedens  a  malo. 
Quidni  recedere  possit  ,  ad  quod  accedere  potuit  V  Quidni 
accedere,  a  quo  recedere  potuit?  Quod  tameu  ntrumque 
dixerim  de  gratia  prresumendum  ,  non  de  natura  ,  sed 
ne  de  induslriaquidem.  Nenpe  Sapienlia  vincil  maliiiam, 
non  industria,  vel  natura  Nee  deestoccasiopraesnmendi : 
ad  Vcrbum  est  conversio  ejus.  Non  est  apud  Verbum 
otiosa  anima?  generosacognalio,  de  quatriduojam  trac- 
tamus,  et  cognationis  testis  similitudo  perseverans.  Dig- 
nanter  admitlit  in  societalem  Spiritus  similem  in  natura. 
Et  eerie  de  ratione  natura;,  similis  similem  quaerit.  Vox 
requirentis  :  Reverter?  Sulamilis  revertere  ut  intueajnur 
le.  Intuebitur  similem,  qui  dissimilem  non  videbat :  sed 
et  se  intuendum  praestabit.     Sa'mus  quoniam  cum  ap- 


paruerit ,  similes  ei  erimus  ,  quoniam  videbimus  eum  si- 
cuti  est.  Puta  ergo  de  dif'fictiltate  magis,  quam  de  im- 
possibilitate  venire  illam  percunctationem  :  Domine, 
guts  similis  til/i? 

8.  Ant ,  si  hoc  magis  probas  ,  vox  est  admirantis.  Ad- 
miranda  prorsus  et  stupenda  ilia  similitudo  ,  quam  Dei 
visio  comilalur,  imo  quae  Dei  visio  est  :  ego  autera 
dico  in  charilate.  Charitas  ilia  visio,  ilia  similitudo  est. 
Quisnon  stupeat  charilatem  Dei  spreti  et  revocantis?  Me- 
rito  iniqiius  arguitur  ille ,  qui  supra  induclus  est,  Dei 
similitudinem  usurpans  sibi  ,  cum  diligendo  iniqui- 
tatem ,  neque  possit  se  diligere ,  neque  Deum  ;  sie 
enim  habes  :  Qui  diligit  imquitatem  ,  odil  animam 
suam,  Pacta  igitur  de  medio  iniquitate  ,  qua?  earn  quae  ex 
parte  est  dissimilitudinem  facit ,  erit  unio  spiritus,  erit 
mutua  visio  ,  mutuaquedilec'io.  Siquidem  veniente  quod 
perfectum  est,  evacuabitur  quod  ex  parte  est;  eritquead 
allerutrum  casta  et  consummata  dilectio  ,  agnitio  plena, 
visio  manifesta,  conjunctio  lirma  ,  societas  individua  ,  si- 
militudo perfects.  Tunc  cognoscet  anima  ,  sicut  cognita 
est;  tunc  amabit,  sicut  amala  est;  et  gaudebit  Sponsus 
super  Sponsam,  cognoscens  et  cognitus,  diligens  et  di- 
lectus ,  Jesus-Christus  Dominus  nosier,  qui  est  super 
omnia  Deus  benedictus  in  soBcula.  Amen. 


566 


GEUVRESDE  SAINT  BERNARD. 


\ 


qui  etant  Dieu  et  eleve  par  dessus  tout  est  beni  dans 
les  siecles  des  siecles.  Airisi  soit-il. 

SERMON  LXXH1I. 

Comment  rdme,  quclque  chargce  de  vices  quelle  soil, 
peut  encore,  par  tin  amour  chaste  et  saint,  recouvrer 
sa  resemblance  avec  I'Epoux,  c'est-a-dire,  avec  le 
Christ. 


1.  Nous  avons  employe  pendant  trois  jours,  tout 
le  temps  que  nous  nous  sommes  domic    pour  vous 
parler,  a  expliquer  l'aftinite  de  l'ame  avec  le  Verbe. 
Mais  quel  est  le  profit  qu'on  pent  tirer  de   ce  tra- 
vail ?  Le  voiei.  Nous  avons  fait  voir  que  toute  Ame, 
bien  que  chargee  <le  vices,  enveloppee  de   peehes, 
comme  de  Qlets,  charmed  par  les  attraits  de  la  vo- 
lupte,  captive   dans  sou  exil,   enfermee  dans  son 
corps   comme    dans  une  prison,  enfoncee   dans  la 
boue,  plongee  dans  la  fange,  attaehee  a  ses    meni- 
bres,    accablee  de   soins,  absorbee  par  les  affaires, 
saisie  de  crainte,  pressee  de  douleurs,  devoyee  par 
l'erreur,  rongee  d'ennuis,  inquietee  de  soupcon,  et 
enfin  etrangere  sur  la  terre  de  ses  eunemis    (Bar. 
m,  11),  comme  parle  le  Propbete,  souillee  avec   les 
morts,  reputee  du  nombre  deceus  qui    sont    dans 
l'enfer,  qu'une  ame,  dis-je,  ainsi  damnee  et  deses- 
peree,   peut  trouver   dans   elle-meme,  non-seule- 
ment  de  quoi  respirer  dans  l'esperance  du  pardon, 
qoiTd'aT^e  et  ^e  'a  nnsencordfy  mais  encore  de  quoi   oser  as- 
de  vices  qu'ei- pirer  aux  noces    celestes  du   Verbe,  a  contra cter 
encore S    alliance  avec  Dieu,  et  a  porter  le  joug   agreable  de 
capable  de  la  i'amour    avec  ie   ro;  jes  anges.  Car,  que  ne  peul- 
la  telitite.    elle  point  entreprendre  avec   conliance    aupres  de 


SERMO  LXXXIII. 

Qualiter  anima ,  qunntumcumque  vitiis  corrupta  per 
amorem  castum  et  sanctum  potest  redire  ad  simili- 
tudinem  Sponsi,  id  est  Christi. 

4  .Quantum  quidemregularishorapermisit,  quara  nobis 
'  ai  biduum  constituimus  ad  loquendum,  triduum  *  hoc  in  demons- 
'  tranda  Verbi  animajque  aflinitate  expcnsum  est.  Q''3suti- 
litas  in  omni  labore  islo?  Nempeha?c.  Docuimus  omnem 
aniinam  ,  licet  oneralam  peccatis,  vitiis  ii'retitam,eaptam 
illecebris  ,  exsilio  caplivam  ,  corpore  carceralam ,  luto 
haerenlein  ,  intixam  limo  ,  aflixam  membris ,  confixam 
curis,  distentam  negotiis,  conlractam  timoribus,arfiiclarn 
doloribus,  erroribus  vagam  ,  sollicitudinibus  anxiam,  sus- 
picionibus  inquietam ,  et  postremo  advenam  in  terra 
inimicurum,  juxla  Prophetaa  vocem,  coinquinatam  cum 
mortuis  ,  depulatam  cum  his  qui  in  inferno  sunt;  licet, 
inquam,  sic  damnatam,  el  sic  desperalam ;  docui- 
mus  tamen  hanc  in  sese  posse  advcrtere,  non  modo 
unde  respi rare  in  spem  venia? ,  in  spern  misericordis 
queat;  sed  etiam  unde  audeat  adspirare  ad  nuplias  Verbi, 
cum  Deo  inire  foedus  societalis  non  trepidet ,  suave  amo- 
••is  jugum  cum  rege  ducere  angelorum  non   vereatur. 


elle 
empreinte 

dans 
l'hoaime. 


celui  dont  elle  sait  qu'elle  porte  encore  l'image  et 
la  ressemblance  ?  Quel  sujet  a-t-elle  d'apprehender 
une  si  haute  majeste,  lorsqu'elle  considere  la  no- 
blesse de  son  originc  1  Tout  ce  qu'elle  a  a  faire> 
c'cst  d'avoir  soil)  de  conserver  la  puretedesa  nature 
par  I'honnetete  de  sa  vie,  on  plut6t  d'omeretd'em- 
bellir  par  quantite  de  vertus  et  de  bonnes  oeuvres, 
comme  par  de  riches  couleurs,  cette  image  illustre 
qui  est  imprimee  par  la  creation  dans  le  fond  de 
son  fitre. 

2.  Car  pourquoi  demeure-t-elle  oisive  et  inutile?  p0urquoi 
Certes  le  travail  et  l'industrie  sont  un  grand  donde  '  m'1fl)feeade 
la  nature ;  et  si  nous  ne  les  employons,  toutes  ses  demeure-t 
bonnes  inclinations  ne  se  perdront-elles  pas,  ne 
demeureront-elles  pas  endormies  ou  asssoupies  ? 
Et  quelle  plus  grande  injure  peut-on  fairc  a  son 
auteur  ?  C'est  pourquoi  Dieu  meme  a  voulu  qu'il  se 
conservat  toujours  en  l'ame  comme  une  etincelle 
de  vertu  et  de  generosite,  alin  que  cette  ressem- 
blance qu'elle  a  avec  le  Verbe,  l'avertisse  sanscesse 
ou  de  demeurer  avec  lui,  ou  d'y  retourner  lors- 
qu'elle l'a  quitte.  Or,  elle  ne  les  quitte  pas  en  sor- 
tant  d'un  lieu,  ou  en  marcbant  avec  les  pieds,  mais 
elle  les  quitte  a  la  maniere  des  substances  spiri- 
tuelles,  c'est-a-dire  par  ses  affections,  lorsqu'elle 
se  rend  dissemblable  a  soi-meme,  et  qu'elle  dege- 
nere  de  sa  noblesse,  par  le  dereglemeut  de  sa  vie 
et  de  sa  conduite  ;  cette  dissemblance  neanmoins, 
n'est  pas  une  extinction,  mais  unvice  desa  nature, 
qui  en  releve  autaftt  le  bien  par  la  comparaisan, 
qu'elle  le  souille  par  son  union.  Mais  le  retour 
de  l'ame,  c'est  la  conversion  au  Verbe,  pour  6tre 
reformee  par  lui,  et  pour  Metre  rendue  conforme. 
Car  il    est  ecrit  :  «  Soyez    les  imitateurs  de  Dieu, 


Quid  enim  non  tute  audeat  apud  eum  ,cujusse  insignem 
cernit  imagine,  illustrem  similit udine  novil?  Quid,  inquam, 
vereatur  de  majestate  ,  cui  de  origine  fiducia  datur? 
Tantum  est  ut  curet  nature  ingenuitatem  vitae  honestate 
servare,  imo  ccelesledecus ,  quod  sibi  originaliter  inest, 
dignis  quibusdamstudeatmorum  affectuumque  venustare 
et  decorare  coloribus. 

2.  Utquid  enim  dormitet  industria  ?  Grande  profecto 
in  nobis  donum  natural  ipsa  est  :  qua?  si  minus  sua  ex- 
sequatur  paries,  nonne  quod  reliquum  habet  natura  in 
nobis,  totum  turbabilur,  totum  quasi  quadam  veluslatis 
operietur  rnbigine.  Id  quidcm  injuria  auctori.  Et  utique 
ad  hoc  auclor  ipse  Deus  divinae  insigne  generositatis  per- 
petuo  voluit  in  anima  conservari  ,  ut  semper  hae.c  in  sese 
ex  Vcrbo,  aut  redire  ,  si  mota  fueril.  Non  mola  quasi 
locis  migrans ,  aut  pedibus  gradiens ,  sed  mota  (sicut 
substantia?  utiquo  spirituali  moveri  est)  cum  suis  atTecti- 
bus,  imo  defectibus,  a  sc  quodam  modo  in  pejus  va- 
dil,cum  se  sibi  vit;B  et  morum  pravilate  dissimilem  facit, 
reddit  degenerem  :  qua;  tamen  dissimilitudo  non  naturae 
abolitio ,  sed  vilinm  est,  bonum  ipsnm  naturae  quantum 
sui  comparatione  attollens ,  tantum  foedans  conjunctions. 
Jam  vero  anima;  reditus,  conversio  ejus  ad  Verbum  , 
reformandae  per  ipsuin  ,  conformands  ipsi.  In  quo  ?  In 
charitate.  Ait  enim  :  Estote  imitalores  Dei,  sicut  filii  cha- 


QUATRE-V1NGT-TR0ISIEME  SERMON 

comme  des  enfants   tres-chers,   et   aimez-le  cons- 

tamment,  puisque  Jesus-Christ  vous  a  taut   aimes 

(Ephes.  in,  1). » 

La  conformite      3.   C'est  cette    conformite  qui  fait  un  manage 

le  Verbe6   entre  l'dme  et  le  Verbe,  lorsque  lui  etant  semblable 

unit  l'une  4  par  sa  nature,  elle  tiehe  encore  de  lui  ressembler 
1  autre.        r  '  . 

par  sa  volonte,  en  l'aimant  comme  elle   est  aimee 

de  lui.  Si  done  elle  l'aime  parfaitement,  elle  devient 
son  epouse.  Qu'y  a-t-il  de  plus  agreable  que  cette 
conformite,  qu'y  a-t-il  de  plus  desirable  que  cet 
amour,  qui  fait  que  Tame,  ne  se  contentant  pas 
des  instructions  qu'elle  recoit  des  bommes,  s'ap- 
procbe  bardiment  elle-niume  du  Verbe,  s'attacbe 
fermement  a  lui,  l'interroge  et  le  consulte  fami- 
lierement  sur  toutes  cboses,  la  capacite  de  son  in- 
telligence devenant  la  mesure  de  la  hardiesse  de 
ses  desirs.  Voila  le  contrat  d'un  mariage  vraiment 
sacre  et  spirituel;  c'est  trop  peu  dire,  ce  n'est  pas 
un  contrat,  c'est  un  embrassement,  oui,  un  embras- 
sement,  puisque  la  liaison  parfaite  de  leurs  volon- 
tes  ne  fait  qu'un  esprit  de  deux.  Etil  ne  faut  point 
apprebender  que  1'inegalite  des  personnes,  rende 
defectueuse  en  quelque  chose  la  conformite  de 
leurs  volontes.  Car  l'amourne  sait  ce  que  c'est  que 
la_crainte  respectueuse.  L  amour  tire  son  nom 
d'aimer,  non  pat  d'honorer,  que  celui  qui  est  frap- 
pe  d'horreur,  d'etonnement,  de  crainle,  ou  d'ad- 
miration,  honore  si  bon  lui  semble  :  toutes  ces 
absorbe  ions  choses  n'ont  point    lieu  dans   un  amant.  L'amour 

les  autres     est  tout  plein  de  soi.   Lorsque   l'aniour  nait  dans 

sentiments.  r  ^ 

une  ame,  il  absorbe  en  lui  toutes  les  autres  pas- 
sions. C'est  pourquoi  celle  qui  aime,  aime,  et  ne 
sait  rien  autre  chose.  Celui  qui,  avec  raison,  merite 
d'etre  honore  et  admire,  aime  mieux  neanmoins 


ill 


*  at.  conni- 
veatiam. 


rissimi ;  et  ambulate  in  dilectione  ,sicut  et  Chrutus  dilexit 
vos. 

3  Talis  conlbrmitas  maritat  animam  verbo ,  cum  cui 
videlicet  similis  est  per  naturam,  similem  nihilominus 
ipsi  se  exhibet  per  voluntatem ,  diligens  sicut  dilecta 
est.  Ergo  si  perfecte  diligit ,  nupsit.  Quid  hac  confor- 
mitate  jucundius?  quid  optabilius  charitate,  quafit,  ut 
humano  magisterio  non  contenta  ,  per  temet ,  o  anima, 
fiducialiler  accedas  ad  Verbum  ,  Verbo  constanter  iu- 
haereas,  Verbum  familiariter  percuncleris  ,  consullesque 
deomnire,  quantum  intellectu  capax ,  tantum  audax 
desiderio?  Vere  spirituals ,  sanctique  connubii  contrac- 
tus iste.  Parum  dixi ,  contractus  :  complexus  est,  corn- 
plexus  plane,  ubi  idem  velle ,  etnolle  idem,  unum  facit 
spiritual  de  duobus.  Nee  verendum  ne  disparitas  perso- 
narum  claudicare  in  aliquo  faciat  convenientiam  *  vo- 
luntatum,  quia  amor  reverentiamnescit.  Abamandoquip- 
pe  amor,  non  ab  honorando  denominatur.  Honoret, 
sane  qnihorret,  qui  stupet,  qui  metuit,  qui  miratur  : 
vacant  hmc  omnia  penes  ainantem.  Amor  sibi  abundat: 
amor  ubi  veneril,caeteros  in  se  omnes  traducit  etcaptivat 
affectus .  Propterea  quae  amat,  amat,  et  aliud  novit 
nihil.  Ipse  qui  honori  merito  ,  merito  stupori  et  mi- 
raculo  est  :  amari  tamen  plus  amat.  Sponsus ,  et  sponsa 
9unt.  Quam  quaeris  aliam  inter  sponsos  necessitudinem 


SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES.  567 

etre  aime.  Ce  sont  l'epouxetl'epouse.  Quelle  autre 
liaison  voulez-vous  qu'il  y  ait  entre  des  epoux,  en 
dehors  de  celle  qui  consiste  a  aimer,  et  a  etre 
aime  ?  Ce  nceud  est  meme  plus  etroit  que  celui 
qui  unit  les  peres  aux  enfants.  C'est  pourquoi,  le 
Sauveur  dit  dans  l'Evangile,  que  «  l'homme  lais- 
sera  son  pere  ct  sa  mere,  et  s'attachera  a  son 
epouse  [Matth.  xix,  5).  »  Voyez-vous  comme  cette 
passion  ne  surmonte  pas  seulement  dans  des  epoux 
toutes  les  autres  passions,  mais  se  surmonte  encore 
elle-meme. 

U.  Ajoutez  a  cela  que  cet  epoux  n'est  pas  seule- 
ment amant,  mais  amour.  N'est-il  point  aussi  hon- 
neur?  Le  soutienne  quivoudra,  je  ne  l'ai  point  lu; 
mais  j'ai  lu  que  Dteu  est  amour  (1  Joan,  iv,  16).  Ce 
n'est  pas  que  Dieu  ne  veuille  etre  honore,  puisqu'il 
dit  :  «  Si  je  suis  Pere,  ou  est  l'honneur  qu'on  me 
doit  (Malac.  m,  6)  ?  »  II  dit  cela  comme  pere.  Mais 
s'il  parle  comme  epoux,  ne  dira-t-il  pas ;  si  je  suis 
epout, oil  est  l'amour  qui  m'est  du?  Car  il  a  dit 
aussi  auparavant :  «  Si  je  suis  Seigneur,  oil  est  la 
crainte  qu'on  doit  avoir  pour  moi  {Ibid.)  »  ?  Dieu 
done  demande  qu'on  le  craigne  comme  Seigneur, 
qu'on  l'honore  comme  pere,  et  qu'on  l'aime  comme 
epoux.  Laquelle  de  ces  trois  choses  est  la  plus  ex- 
cellente  ?  C'est  l'amour.  Sans  lui  la  crainte  est  pe- 
nible,  et  l'honneur  sans  recompense.  La  crainte  est 
servile  tant  qu'elle  n'est  point  affranchie  par  l'a- 
mour, et  l'honneur  qui  ne  part  pas  de  l'amour 
n'est  pas  un  honneur,  mais  une  flalterie.  Et  eerfes 
l'honneur  et  la  gloire  ne  sont  dus  qu'a  Dieu,  mais 
il  n'acceptera  ni  l'une  ni  l'autre  de  ces  deux  choses, 
si  elles  ne  sont  comme  assaisonnees  du  miel  de 
l'amour.  L'amour  est  seul  suflisant  par  lui-meme. 


Ce  qui  est 

vrii  surtout 

de  l'amoar 

conjugal. 


Dieu  aime 

mieux  Aire 

aime  que 

craint 
et  honore. 


vel  connexionem,  praeter  amari,  et  amare?  Hie  nexus 
vincit  etiam  quod  natura  arctius  vinxit,  vinculum  pa- 
rentum  ad  filios.  Denique  propter  Aoc,ait,  relinquet 
homo  pat  rem  suum  et  matrem  suam  ,  et  adhixrebit  sponsa;. 
Vides  iste  affectus  quam  sit  in  sponsis  ,  non  caeteris  tan- 
tum affectibus ,  sed  etiam  seipso  potentior. 

4.  Adde  quod  iste  sponsus  non  modo  amans,  sed  amor 
est.  Numquid  honor?  Contendat  quis  esse  :  ego  non 
legi.  Legi  autem  quia  Deus  charitas  est;  et  non  quia 
honor  est,  vel  dignitas  legi.  Non  quia  honorem  Don 
vult  Deus,  qui  ait  :  Si  ego  pater,  ubi  est  honor  meus? 
Verum  id  Pater.  Sed  si  sponsum  exhibeat,  puto  quia 
mutabit  vocem,  et  dicet  :  Si  ego  sponsus,  ubi  est  amor 
meus?  Nam  et  ante  ita  locutus  est  :  Si  ego  ut  Dominus. 
ubiest  timor  meus  ?  Exigit  ergo  Deus  timed  ut  Dominus, 
honorari  ut  Pater,  et  ut  sponsus  amari.  Quid  in  his 
prasstat,  quid  eminet  ?  Nempe  amor.  Absque  hoc  et  timor 
pcenam  habet,  et  honor  nonhabetgratiam.  Servilisest  ti- 
mor, quandiu  abamore  non  manu-mittitur.  Et  qui  deamore 
non  venit  honor,  non  honor,  sed  adulatio  est.  Et  quidem 
soli  Deo  honor  et  gloria  :  sed  borum  neutrum  accep- 
tabit  Deus,  si  melle  amoris  condita  non  fuerint.  Is  per 
se  sufficit,  is  per  se  placet,  el  propter  se.  Ipse  meiltum, 
ipse  pr33mium  est  sibi.  Amor  praeter  se  non  requirit 
causam,  non  fructum.  Fructusejus,  usus  ejus.  Amo,  quia 


508  OEUVRES  DE  SAINT  BEUNAHD. 

L'amour  est  aeul  agreable  par  Ini-meme  et  pour 


L  antnir  sent 

»e  «uffit.  lui-meme.  L'amour  est  hsoi-meme  son  menta  et 
s.i  recompense,  li  ne  chert-he  uors  de  soi,  711 
raison,  ni  avantage.  Jaime  p  .:■■  e  que  j'aime,j'aime 
pour  aimer.   L'amour  esl    line   grande  i 

iraoins  il  retourue  ;i  son  principe,  s'il  remonte 
a  -.mi  origiue  et  a  si  source,    s'il    en  lire  toujours 
comme  de  uouvelles  eaux  pour  coulur  sans  cesse. 
De  tons  les  mouve.ments  <!<■   lame,  l'amour 
L'lniBir  mi       1       r  iequej  |a  creature  raisonnalile  peul  en 

DOU*     pennt't  ... 


de  noca 

arquitler 
envcrs   Dieu, 


Le  pur  amour 
n'est  point 
no  amour 
mercenaire, 
toutefuis  il 

ne  ra  point 
sans  sa 

recompense. 


qnelque  sorte  reconnailre  les  gi  ftees  qu'elle  a  n 

de  son  createur.  Par  exemple,  si  Dieu  est  en  colere 

contre  moi,  me  mettrais-je  aussi  en  colere  coi 

lui?  Nullemect.  Mais  je  m  humilierai,jetremblerai 
devant  lui,  je  lui  demanderai  pardon.  De  meme 
s'il  me  reprend.  je  ne  le  reprendrai  pas  de  mon 
cote,  mais  je  reconnaitrai  qu'il  me  reprend  avec 
justice.  S'il  me  juge,  je  ne  lejugerai  pas,  mais  je 
l'adorerai.  Lorsqu'il  me  sauve,  il  n'exige  pas  de 
moi  que  je  le  sauve,  niqueie  le  delivre,  parce  que 
c'est  lui  qui  delivre  et  sauve  tout  le  monde.  S'il  use 
de  I'empire  qu'il  a  sur  moi,  il  faut  que  je  le  serve; 
s'il  me  commande  qnelque  chose,  il  faut  que  j'o- 
beisse,  et  rion  pas  que  j'exige  du  Seigneur  le  meme 
service  011  la  meme  obeissance  que  je  lui  rends. 
Quelle  difference  quand  il  s'agit  de  l'amour  !  Lors- 
que  Dieu  aime,  il  ne  demande  autre  chose  que 
d'etre  aime,  parce  qu'il  n'aime  qu'aliu  d'etre  ame, 
sachant  que  ceux  qui  l'aiment  deviendront  bien- 
lieureuxpar  cet  amour  meme. 

5.  L'amour, comme  jel'aidejadit,  estune  grande 
chose,  mais  il  a  des  degres.  L'epouse  est  au  plus 
eleve.  Les  enfants  aiment,  mais  ils  pensent  a  1  he- 
ritage ;  et  dans  la  crainte  qu'ils  ont  de  le  perdre, 
ils  ont  plus  de  respect  que  d'amour.  Cet  amour- 


amo  ;  amo,  ut  amem.  Magna  res  amor,  si  tamen  ad  suura 
recurrat  principium,  si  sua?  origini  redditus,  si  refusus 
suo  fonli  semper  ex  eo  sumat,  unde  jugiler  dual.  Solus 
est  amor  ex  omnibus  anuria:  motions,  sensibus  alque 
aflectibus,  in  quo  putcst  ereatiira,  etsi  non  ex  a,quo, 
respondere  anclori,  vel  de  simili  muluam  rependere 
vicem.  Verbi  gratia,  si  mibi  irascatur  Deus,  nnm  illi  ego 
simililer  reirascar?  Non  utique,  sed  pavebo,  sed  con- 
tremiscam,  sed  veniam  deprecabor.  Ita  si  me  arguat, 
non  redarguetur  a  me,  sed  ex  me  potins  justificabitur, 
Nee  si  me  judicabit,  judicabo  ego  euni,  sedadorabo  :  et 
salvans  me  non  qua'i-it  a  mc  ipse  salvari,  nee  vicissim 
eget  ab  aliquo  I  bcrari,  qui  liberal  omnes.  Si  dominalur 
me  oportet  servire  :  si  imperat,  me  oportet  parere;  et 
non  vicissim  a  Domino  \el  servilium  exigere,  vel  obse- 
quium.  Nunc  jam  videas  de  amore  qnam  aliter  sit.  Nam 
cum  amat  Deus,  non  aliud  vult  quam  amari  :  quippe 
non  ad  aliud  amat  nisi  ut  ametur,  sciens  ipso  amore 
bealos  qui  se  amaverint. 

5.  Magna    rea  a  nor:   sed  sunt  in  co    gradus.  Sponsa 
in  snmmu  stat.  Am. nit   enim  el  lllii,  sed    de    haeredilate 

cogilant  :  quam  du.n  vercntur  q |uo    modo   amiltere, 

ipsuoi  a  quo  exspectalur  htereditas,  plus  reverentur,  mi- 
nus amant.    Suspectus  est    mibi  ainor,  cui    aliud   quid 


lh  m'est  suspect,  il  semble  n'etre  produit  que  par 
I'esperance  d'acqufirir  quelque  autre  chose.  11  est 
faible,  puisque  cette  esperance  venant  a  fetre  ravie, 
il  s'eteint  ou  diminue  beaucoup.  II  n'est  pas  pur, 
puisqu'il  desire  autre  chose  que  ce  qu'il  aime. 
I. 'amour  pur  n'est  point  mercenaire.  11  netire  point 
sa  force  de  I'espftratice,  et  neanmoins  il  n'entre 
point  ni  defi  tnce.  C'est  l'amour  de  l'epouse,  parce 
que  tout  ce  qu'elle  est  n'est  qu'amour.  Le  bien  et 
1  ranee  unique  de  1  Spouse,  c'est  l'amour.  L'e- 
pouse  le  possede  en  abondance,  l'epoux  en  est 
content.  II  n<'  lui  demande  point  autre  chose,  elle 
n'a  in'ii  autre  chose  a  lui  doiiner.  C'est  ce  qui  fait 
que  1  un  est  epoux,  et  1 'aut  re  epouse.  Cet  amour 
esl  propre  aux  epoux,  etpersonne  n'y  a  part,  pas 
meme  leFils.  Car  il  crie  auxenfants :  «Ouestl'hon- 
neur  qui  m'est  du  [Mala.  1)  ?  »  II  ne  dit  pas,  oiiest 
l'amour  qui  in  e  I  du,  parce  qu  il  reserve  cette 
prerogative  a  I'Epouse.  Ainsi  nous  voyonsque  Dieu 
commande  aux  ent'ants  d'honorer  leur  pere  et  leur 
mere  (Deut.  v,  16),  et  ilne  parle point  de  les  aimer, 
non  qu'ils  ne  le  doivent  faire,  parce  qu'il  y  eu  a 
plus  qui  sout  portes  a  les  honorer  qu'a  les  aimer. 
11  est  vrai  qu'un  roidesireque  1'honneur  qu'il  fait, 
soit  recu  avec  respect ;  mais  l'amour  de  I'Eponx, 
on  plutot  l'Epoux  qui  est  l'amour  meme,  ne  de- 
mande en  echange  que  l'ainour  et  la  fidelite.  Qu'il 
soit  done  permis  a  I'Epouse  de  l'aimer.  Et  comment 
ne  l'aimerail-elle  pas,  puisqu'elle  est  epouse,  et 
l'epouse  de  l'amour  ;  comment  n'aimerait-elle  pas 
l'amour  meme  ? 
6.  C'est  avec  raison  que,  renoncant  a,  toute  autre  Ko(re  amonr 

peiisee,  elle  est  toute  entiere  a  r amour, puisqu'elle     compare 
,,  ,    .  a  l'amour 

pent  reconnailre  celui  qui  est  amour  par  1111  amour  de  Dieu  n'est 

reciproque.    Car  quand  elle  foudrait  tout  entiere       "en- 


adipiscendi  spessuffragari  videtur.  Inlirmus  est,  qui  fort 
spe  subtracta,  aut  exstingu  tur,  aut  minuitur.  Impurus 
esl,  qui  et  aliud  r.upit.  Purus  amor  mercenarius  non  est. 
Purus  amor  de  spe  vires  nonsumit,  nee  tamen  dilTidentiae 
damna  sentit.  Sponsa?  hie  est,  quia  hoc  sponsa  est  quap. 
cuinque  est.  Sponsse  res  et  spes  unus  est  amor.  Hoc 
spon-a  abundat,  hoc  contentus  est  sponsus.  Nee  is  aliud 
qua'i'il,  nee.  ilia  aliud  habet.  Hinc  ille  sponsus,  et  sponsa 
ilia  est.  Is  sponsis  proprius  est  qnem  alter  nemo  allingat, 
nee  filius  quidem.  Deni  pie  ad  lilios  clamat  :  Vbi  est  ho- 
nor metis  ?  el  mm,  Ubi  est  amor  meus  dicit,  servans 
sponsa?  praerogativam.  Sed  et  jubetur  homo  honorare 
patrem  suum  et  matrem  sunn,  et  de  amore  tacetur,  nnn 
quia  non  amaudi  sinlparcntes  a  filiis,  sed  quia  mulli  lilio- 
runi  honorare  parenles  magis,  quam  amare  allecti  sunt. 
Esto  quod  honor  regis  judicium  deligat :  sed  sponsi  amor, 
imo  sponsus  amor  solam  amoris  vicem  requirit  et 
fidem.  Liceat  proinde  redamare  dilectam.  Quidni  amet 
sponsa,  el  apnnsa  amoris?  Quidni  ametur  amor  ? 

tl.  Meiito  cunclis  renuntians  afTectionibus  aliis,  soli  et 
tola  Incumbil  amori,  qua;  ipsi  respondere  amori  habet 
in  redhibendo  amore.  Nam  et  cum  se  lotam  esffuderit  in 
amorem,  quantum  est  hoc  ad  illius  fontis  perenne  pro- 
fluvium?  Non  plane  pariubertate  fluunt   amans  et  amor 


rager. 


QUATRE-VLNGT-QUATRIEME  SERMON 

en  amour,  que  serait-ce  en  comparaison  de  cette 
source  inepuisable  d'amour?  Les  eaux  de  l'amour 
et  de  l'aiuante,  de  l'ame  et  du  Verbe,  de  l'Epouse 
et  de  l'Epoux,  dnCreateur  et  de  la  creature,  de  celui 
qui  a  soil'  et  de  la  fontaine qui  desaltere,  ne  coulent 
pas  avec  une  meme  abondance.  Quoi  done,  les 
voeux  de  PEpouse,  ses  desirs,  son  ardeur,  sa  con- 
iiance,  seront-ils  perdus,  parce  qu'elle  ne  peut 
courrir  aussifort  qu'un  geant,  parce  qu'elle  ne  ptut 
pis  disputer  en  douceur  avec  le  miel,  en  bonteavec 
l'agneau,  en  blancheur  avec  le  lis,  en  clarte  avec 
pour"ant °pas  ly  soleil,  en  amour  avec  celui  qui  est  amour?  Son 
sans  doute.  Car  quoique  la  creature  aime  moins 
celui  dont  elle  est  aimee,  parce  qu'elle  est  beaucoup 
iuferieure  a  lui ;  neanmoins  si  elle  l'aime  de  tout 
son  pouvoir,  il  ne  manqnera  rien  a  son  amour, 
parce  qu'il  est  aussi  parfait  qu'il  puisse  etre.  Voila 
pourquoi  j'ai  dit,  aimer  ainsi,  e'est  contracter  ma- 
nage avec  Dieu,  parce  qu'elle  ne  peut  pas  aimer 
de  la  scrte,  et  etre  peu  aimee,  or  un  mariage  n'est 
parfait  que  par  le  consentement  des  deux  parties  ; 
a  moins  qu'on  revoque  en  doute  que  l'ame  soit 
aimee  du  Verbe,  avant  qu'elle  l'aime,  et  plus 
qu'elle  ne  l'aime.  Certes,  elle  est  prevenue  et  de- 
passee  en  amour.  Heureusecelle  qui  a  merite  d'etre 
prevenue  dans  la  benediction  d'une  si  grande  dou- 
ceur. Heureuse   celle  qui  jouil  de   ces  chastes  et 

sacres  embrassements,  quine  sont  autre  chose  qu'un 
Quel  est  , 

l'amour  de    amour  saint  et  pur,  un  amour  charmant  et  agrea- 

dD'ume  ^'e'  un  amour  auss'  calme  que  sincere,  un  amour 
mutuel,  intime,  violent,  qui  joint  deux  personnes, 
non  en  une  meme  chair,  mais  en  un  meme  esprit, 
qui  de  deux  personnes  n'en  fait  plus  qu'une,  selou 
ce  tetnoignage  de  saint  Paul  :  «  Celui  qui  est  atta- 
che a  Dieu  nest  plus  qu'un  meme  esprit  avec  lui 
(II  Cor.  i,  17).  »  Mais  ecoutez  pluiot   sur  ce  sujet 


SUR  LE  CANT1QUE  DES  CANTIQUES.       f.69 

celle  que  l'onction  de  la  grace  et  une  experience 
frequente  ont  rendue  plus  savante  que  tous  les  au- 
tres  dans  ce  myslere  de  l'amour;  a  moins  que  vous 
trouviez  plus  a  propos  que  nous  remettions  cela  a 
une  autre  fois,  de  peur  que  nous  ne  resserrions 
une  matiere  si  excellente  dans  les  bornes  etroites 
du  peu  de  temps  qui  nous  reste  pour  parlor.  Si 
done  vous  me  le  permetlez,  je  tinirai  ce  discours 
avant  d'en  avoir  acheve  le  sujet,  afin  que  demain 
nous  nous  assemblions  de  bonne  heure  pour  gouter 
avec  avidite  les  delices  sacrees  dont  l'ame  sainte 
merite  de  jouir  avec  le  Verbe,  et  dans  le  Verbe  son 
epoux,  Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui  elant  Dieu, 
est  eleve  par  dessus  tout  et  beni  dans  les  siecles  des 
siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXXXIV. 

L'dme  qui  cherche  Dieu  est  prevenue  de  lui,  en  quoi 
consisle  celle  recherche  oil  elle  a  Hi  prevenue  de 
Dieu. 

1.  «  J'ai  cherche  dans  mon  petit  lit  durant  toutes 
les  units  celui  qu'aime  mon  aine  (Cant,  in,  1).  »  gran(i  b;ea 
C'est  un  grand  bien  que  de  chercher  Dieu.  Je  crois  '"£  ^n'*"" 
que  c'est  le  premier  des  dons  de  Dieu,  etle  dernier 
progres  de  l'ame.  11  ne  s'ajoute  a  aucune  vertu,  et 
ne  cede  a  aucnne.  A  quelle  vertu  serail-il  ajoule, 
puifque aucune  ne  le  precede?  A  quelle  vertu  cede- 
rait-il,  puisque  c'est  la  consommation  de  toutes  les 
vertus?  Car  quelle  vertu  peut  avoir  celui  qui  ne 
cherche  point  Dieu,  ou  quel  terme  peut-on  prescrire 
a  celui  qui  le  cherche  ?  «  Cherchez  toujours  son 
visage  (Psal,  civ,  U),  »  dit  le  Prophete,  je  crois  que 
lors  meme  qu'on  l'aura  trouve,  on  ne  cessera  point 
de  le  chercher.  Dieu  ne  se  cherche  pas  par  le  niou- 


anima  et  Verbum,  Sponsa  et  Sponsus,  Creator  et  crea- 
tine, non  magisquam  sitiens  et  tons.  Quid  ergo?  Peribit 
propter  hoc,  et  ex  toto  evacuabitnr  nupturae  votum,  de- 
sideriumsuspiranlis,  amantis  ardor,  prasumentis  (iducia, 
quia  non  valet  ex  aequo  currere  cum  gigante,  dulcedine 
cum  melle  contendere,  lenitate  cum  agno,  candore  cum 
lilio,  claritate  cum  sole,  charitalecum  eoquicliarilasest? 
Non.  Nam  etsi  minus  diligit  creatura,  quoniam  minor 
est ;  tamen  si  ex  tola  se  diligit,  nihil  dc  est  ubi  totum 
est.  Propterea  (  ut  dixi )  sic  amare,  nupsisse  est  :  quo- 
niam non  potest  sic  diligere,  et  parum  dilecta  esse,  ut 
in  consensu  duorum  integrum  stet  perfectumque  con- 
nubium.  Nisi  quis  dubitet,  animam  a  Verbo  et  prius 
amari,  et  plus.  Prorsus  et  pra?venitur  amando,  et  vin- 
citur.  Felix,  qua?  meruit  praeveniri  intantaebeneditionedul- 
cedinis!  Felix,  cui  tantaesuavitatiscomplexum  experirido- 
natumest!  Quod  non  est  aliud,  quamamorsanctusetcastus, 
amorsnavisetdulcis;  amor  tan  tassereiutatis,  quanta?  elsin- 
ceritatis;  amor  rnutuus,  intimus,  va'idusque,  qui  non  in 
carne  una,  sed  uno  plane  in  spiritu  duosjungat,  duos 
faciatjam  non  duos,  sed  unum,  Paulo  i*a  diceute  :  Qui 
udhatret  Ueo,  uniu  spiritusest.  Et  nunc  potius  earn  super 


his  audiamus;  quam  facile  magistram  de  omnibus  fecit 
et  magislra  unctio,  et  frcquens  experientia.  Nisi  forte  id 
melius  servamus  in  aliud  sermonis  principium,  in  rem 
bonam  coarctemus  inter  angustiash  ujusjampropemodum 
fmiendi.  Et  si  probatis,  facio  finem  etiam  ante  finem  : 
ut  famelici  tempestive  conveniamus  eras  ad  delicias 
santae  anima?,  quibus  beata  meretur  frui  cum  Verbo, 
et  de  Verbo,  sponso  utique  suo,  Jesu  Christo  Uomino 
nostro,  qui  est  super  omnia  Deus  benedictus  in  saecula. 
Amen. 

SERMO  LXXXIV. 

Quod  anima  quwrens  Deum,  praventa  est  ab  eo  :  et  quid 
sit  ilia  qucesitio,  in  qua  jam  ab  eo  prceventa  est. 

1.  In  lectulo  meo  per  nodes  qucesivi  quern  diligit  anima 
mea.  Magnum  bonum  quarere  Deum.  Ego  hoc  nulli  in 
bonis  anima?  secundum  existimo.  Primum  in  donis,  ul- 
tiinura  in  profectibus  est.  Virtutum  nulli  accedit,  cedit 
nulli.  Cui  accedat,  quam  nulla  praacedit?  Cui  cedat,  ques 
omnium  magis  consummatio  est?  Qusb  enim  virtu*  ads- 


870 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


Quaml  on  a 

trnnte   Dieu, 

les  ilt'sirs 

de  1'nToir 

angmenteot 

encore. 


Avant  toot, 
qoc  celui  qui 

chercho 

Dieu  se  garde 

bien  de 
l'ingratitude. 


vement  des  pieds,  mais  par  les  desirs.  Et  quand  on 
a  et£  assez  heureux  pour  le  trouver,  bien  loin  que 
cela  diminue  le  desir  qu'on  a  de  ltd,  cela  ne  fait  au 
contraire  que  le  redoubler.  La  consommation  de 
la  joie  est-t'lle  l'extinction  du  desir  ?  c'est  plutut 
comme  de  l'huile  qu*on  jelte  sur  lc  feu,  car  le  desir 
merae  est  un  feu.  11  en  est  ainsi.  La  joie  sera  com- 
blee,  mais  on  ne  cessera  paint  de  desirer,  non  plus 
que  de  chercber.  Or  pensez,  si  vous  le  pouvez,  une 
reeberche  sans  indigence,  et  un  desir  sans  peine 
d'esprit.  La  presence  sans  doute  bannit  l'un,  et 
l'entiere  possession  exclut  l'autre. 

2.  Ecoutez  maintenant  a  quel  sujet  je  vous  ai  dit 
ceci,  c'est  afin  que  quiconque  de  vous  cherchera 
Dieu,  sache  qu'il  en  a  ete  prevenu  et  cberche  avant 


dans  ce  sentiment ;  je  reconnais  que  c'est  par  la 
grace  de  Dieu  que  je  suis  ce  que  je  suis ;  mais  si,  en 
attendant,  il  tftche  d'acquerir  de  la  gloire  par  le 
moyen  de  cette  grace  qu'il  a  recue,  n'est-ce  pas  un 
voleur  et  un  larron  ?  Que  celui  qui  agit  de  la  sorte 
ecoute  cette  parole  :  «  Je  vous  juge  par  votre  pro- 
pre  boucht',  nuVhant  serviteur  {Luc.  xix,  22).  » 
Qu'y  a-t-il  de  plus  criminel  qu'uu  serviteur  qui 
usurpe  la  gloire  de  son  maitre  ? 

3.  «  J'ai  cberche  dans  mon  petit  lit  duraut  les 
nuits,  celui  qu'aime  mon  ame.  »  Mon  ame  cberche 
le  Verbe,  mais  il  l'a  cbercbee  auparavant.  Autre- 
ment,  une  fois  sortie  ou  chassee  de  la  presence  du 
Verbe,  elle  ne  retournera  plus  pour  jouir  des  biens 
qu'elle  a  perJus,  si  le  Verbe  ne  la   cberche.    Notre 


Parce  qu'on 

a  ete 

rcchercbS 

par  lui  avant 

qu'on  te     ! 

cborcliat. 


qu'il  le  cberche.  Car  sans  cette  connaissance  nous  ame,  Liissce  a  elle-meme,  est  un  esprit  qui  s'en  va 

pourrions  convertir  un  grand  bien    en   un   grand  et  qui    ne  revient  point.    Ecoutez  les  plaintes  et  la 

mal,  si,  remplisdes  biens  du  Seigneur,  nous  nenous  priere  d'une  ame  errante  et  vagabonde  :  «  J'ai  erre, 

servions  des  dons  que  nous  en  avons  recus  comme  dit-elle,   comme   une  brebis  6garee,   cherchez,  s'il 

si  nous  ne  les  avions  point  recus,  et  n'en  rendions  vous   plait,  voire  serviteur  {Psal.  cxvm,  176).  «  0 

point  gloire  a  Dieu.  C'est  sans  doute  comme  cela  homme,  vous  voulez  revenir,  mais  si  cela  depend  de 

qu'il  arrive  que  ceux  qui  paraissent  tres-grands  a  votre  volonte,  pourquoi  demandez-vous  de  l'aide  et 

cause  des  graces  qu'ils  ont   recues,  sont  tres-petits  du  secours  ?   Pourquoi   mendiez-vous  ailleurs   ce 

devant  Dieu,  parce  qu'ils  ne  les  connaissent  point,  que   vous   trouvez    en  vous  avec  abondance  ?  II  est 


Tl  faut  rendre 
grictiu  Dieu. 


J'ai  trop  peu  dit  en  disant  qu'ils  deviennent  tres- 
petits  de  grands  qu'ils  etaient.  J'aivoulu  vousepar- 
gner  en  ne  vous  exposant  pas  ma  pensee  dans  toute 
sa  force.  J'aurais  du  dire  que  de  tres-bons  qu'ils 
Staient,  ils  deviennent  tres-mechants.  Car  c'est  une 
chose  certaine  et  indubitable,  que  celui-la  est  d'au- 
tant  plus  mechant  qu'il  parait  meilleur,  s'il  s'attri- 
bue  ce  qui  le  fait  parailre  si  bon.  Et  c'est  un  des 
plus  grands  crimes  qu'on  puisse  commettre.  Quel- 
qu'un  dira  peut-etre.  A  Dieu  ne  plaise  que  je  sois 


manifeste  qu'il  veut,  et  qu'il  ne  peut;  mais  c'est  un 
esprit  qui  s'en  va  et  ne  revient  point,  quoique  celui 
qui  ne  veut  pas  meme  revenir  soit  encore  bien 
plus  eloigne  du  salut.  Je  ne  voudrais  pas  dire  que 
cette  ame  qui  desire  de  retourner  a  Dieu,  et  d'etre 
cberchee  de  lui,  soit  entierement  exposee  et  aban- 
donnee.  Car  d'oii  luivient  cette  volonte  ?  C'est  sans 
doute  de  ce  que  le  Verbe  l'a  deja  visitee  etcherchee, 
et  cette  recherche  n'a  pas  ete  inutile,  puisqu'elle  a 
opere  la  volonte,  sans  laquelle  le  retour  etait  im- 


ftl.  qnffi- 

r«oai. 


cribi  possit  non  quasrenti  Deum,  autquis  terminus  quae- 
rcnti*  Deum?  Qucerite,  inquit,  faciem  ejus  semper. 
Existimo,  quia  nee  cum  inventus  fuerit,  cessabitur  a 
quaereudo.  Non  pedum  passibus,  sed  desideriis  quae- 
ritur  Deus.  Et  utique  non  extundit  desiderium  sanctum 
felLxinventio,sed  extendit.  Numquid  consummatiogaudii, 
desiderii  consumptio  est?  Oleum  magis  est  illi  :  nam 
ipsum  flamma.  Sic  est.  Adimplcbitur  laetilia  :  sed  de- 
siderii non  erit  linis,  ac  per  hoc  nee  quaerendi.  Tu  vero 
cogita,  si  poles,  qua;ritandi  hoc  sludium  sine  indigentia, 
et  desiderium  sine  anxielate.  Alterum  profecto  prassen- 
tia,  alterum    copia  excludit. 

2.  Nunc  jam  videte  cur  ista  praemiserim.  Nimirum, 
ut  omnia  inter  vos  anima  quaerens  Deum,  ne  magnum 
bonum  in  magnum  sibi  detorqueat  malum,  noverit  se 
pra;venlam  in  illo,  et  ante  quaesitam  quam  quaerentem. 
Sic  enim  de  magnis  bonis  mala  oriri  non  minima  solent, 
cum  facti  eximii  de  bonis  Domini,  utimur  donis  tan- 
qnam  non  datis,  non  damus  gloriam  Deo.  Ita  profecto 
qui  maximi  videbantur  pro  accepla  gratia,  pro  non  re- 
dhibila  minimi  reputantur  apud  Deum.  Ego  aulem 
parco  vobis.  Usus  sum  modestioribus  vocibus,  maximo, 
minimoque  :  sed  quod  sentio  non  expressi.  Discrimen 
involvi,  ipse  nudabo  :  optimum,  pessimumque  dixisse 
debueram.  Nam  vere  et   absque  dubio,  eo  quisque  pes- 


simus,  quo  optimus  est,  si  hoc  ipsum  quo  est  optimus, 
adscribat  sibi.  Nempe  pessimum  hoc.  Quod  si  dicat 
qtiis  :  Absit,  agnosco,  gratia  Dei  sum  id  quod  sum ; 
studeat  autem  captare  gloriolam  pro  gratia  quam  acce- 
pit ;  nonne  fur  est  et  latro  ?  Andiat  qui  ejus  modi  est  ; 
Ex  ore  tuo  te  judicio  serve  nequam.  Quid  nequius  servo 
usurpanle  sibi  gloriam  domini  sui  ? 

3.  In  lectufo  rueo  per  noctes qucesivi  quern  diligit anima 
mea.  Quaerit  anima  Verbum ,  sed  quae  a  Verbo  prius 
quapsita  sit.  Alioquin  seme]  a  facie  Verbi  egressa  vel 
ejecla,  non  revertelur  oculus  ejus  ulvideat  bona  ,si  non 
requiratur  a  Verbo.  Quasi  vero  aliud  auima  nostra  sit, 
quam  spiritus  vadens  et  non  rediens  ,  si  sibi  fuerit  dere- 
licta.  Audi  profugam  et  deviam ,  quid  doleat,  et  quid 
petat.  Erravi ,  ait ,  sicui  ovis  quce  periit  :  quaere  servum 
tuum  0  homo  ,  red  ire  vis?  Sed  si  in  voluntate  res  est, 
quid  opem  flagitas?  Quid  aliunde  mendicas  ,  in  quo 
abundas  tu  tibi?  Palam  est,  quia  vult,  et  non  potest  , 
sed  spiritus  esl  vadens  et  non  rediens  ,  etsi  is  sit  longius 
agens ,  qui  nee  vult.  Quanquam  non  omnino  illam  ani- 
mam  expositam  dixerim  vel  reliclam  ,  quae  reverti  cupit, 
et  requiri  petit.  Undo  enim  voluntas  haec  illi?  Inde  (ni 
fallor)  quod  a  Verbo  visitata  jam  sit  et  quasila.  Nee 
otiosa  quaesitio ,  quae  operata  est  voluntatem  ,  sine  qus 
reditus  esse  non  poterat.  Sed  non  sufficit  seiael  quaeri  : 


QUATRE-VINGT-QUATRIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


571 


nt  Ber- 
I  reprend 
jui  de 
religieui 
li  sont 
larfaits. 


possible.  Mais  il  ne  suffit  pas  d'etre  chercbi  une 
fois,  tant  la  langueur  de  l'ame  est  grande,  et  tant 
elle  a  de  peine  a  revenir.  Elle  le  veut,  il  est  vrai. 
Mais  que  sert  la  volonte  sans  la  puissance  ?  «  Je 
veux  faire  le  bien,  dit  l'Apdtre,  mais  je  nevois  point 
comraentjele  puis  faire  {Rom.  vn,  18).  »  Qu'est-ce 
done  que  demande  le  Prophete  que  nous  avons  cit6 
tout  a  l'heure?  11  ne  demande  autre  cbose  que  d'e- 
tre chercbe  ;  ce  qu'il  ne  demanderait  pas,  s'il  ne 
l'avait  deja  et6,  ou  s'il  l'avait  assez  ete.  «Cherchez, 
dit-il,  votre  serviteur  (Psal.  cxvm,  176),  »  et  que 
celui  qui  m'a  donne  la  volonte  de  bien  faire,  m'en 
donne  encore  la  force,  selon  son  bon  plaisir. 

U.  Je  ne  crois  pas  neanmoins  que  les  paroles  de 
l'Epouse  puissent  convenir  a  une  ame  qui  n'a  pas 
encore  recu  la  seconde  grace,  et  qui  veut,  mais  qui 
ne  peut  approcberde  celui  qu'elle  aime.  Car  com- 
ment ce  qui  suit  pourrait-il  s'appliquer  a  elle  ? 
se  lever,  faire  le  tour  de  la  ville,  cbercber  son  bien- 
airue,  par  les  rues  et  par  les  places  publiques 
{Cant,  in,  2).  «  Puisqu'elle  meme  a  besoin  d'etre 
cherchee,  que  celle  qui  peut  faire  cela  le  fasse. 
Qu'elle  se  souvienne  seulement  qu'elle  a  ete  cher- 
chee et  aimee  la  premiere,  et  que  c'est  ce  qui  fait 
qu'elle  cberche  et  qu'elle  aime.  Prions,  mes  freres, 
que  ces  misericordes  nous  previennent  bientot, 
parce  que  nous  sommes  extremement  pauvres. 
Ce  que  je  ne  dis  pourtant  pas  de  nous  tous  ;  car  je 
sais  qu'il  y  en  a  beaucoup  parmi  vous  qui  tachent 
de  reconnaitre  l'amour  dont  Jesus-Christ  nous  a 
aimes,  et  qui  le  cherchent  en  simplicite  de  coeur; 
mais  il  y  en  a  quelques-uns,  et  je  le  dis  a  regret, 
qui  ne  nous  ont  encore  donne  aucune  marque  de 
cette  prevention  salulaire,  et  par  consequent  aucun 


tantus  est  anima?  languor,  tantaque  in  reditu  difficultas. 
Quid  enim  si  vult?  Jacet  voluntas,  ubi  facultasnon  sup- 
petit.  Nam  velle  adjacet  mihi,  inqnit ,  perficere  autem 
bonum  non  inuenio.  Quid  ergoille,  quern  de  psalmo  iu- 
duximus  ,  quaerit?  Non  plane  aliud  quam  quaeri  :  quod 
non  quaereret ,  nisi  quaesitus  fuisset;  et  rursum  non  qua:- 
situs  satis  fuisset.  Quod  et  postulat ,  Quaere,  inquiens, 
servum  tuum  ,  ut  qui  dedit  velle  ,  det  et  perficere  pro 
bona  voluntate. 

4.  Mihi  tamen  non  videtur  istiusmodi  animae  posse 
compelere  locus praesens  ,  quaesecundamgratiam  necdum 
percepit  ,  volens  quidem  ,  sed  non  valens  adire  quem 
diligit  anima  sua.  Nam  quomodo  potest  illi  convenire 
quod  ibi  sequitur,  surgere  et  circuire  civitatem  ,  sed  et 
per  vicos  et  plateas  quaerere  dilectum ,  quae  eget  ipsa 
qua»ri  ?  Faciat  hoc  quae  potest  :  tantum  se  meminerit 
quaesilam  prius  ,  sicut  et  prius  dilectam  ;  atqueindeesse, 
et  quod  quaerit ,  et  quod  diligit.  Oremus  et  nos,  charis- 
simi  ,  ut  cito  anticipent  nos  misericordiae  istae  ,quiapau- 
peres  facti  sumus  nimis ;  quod  non  de  omnibus  vobis 
dico.  Scio  enim  quam  plurimos  vestrum  ambulantes  in 
dilectione  ,  qua  Christus  dilexit  nos  ,  et  in  simplicitate 
cordis  quaerentes  ilium.  Sed  sunt  aliqui  (quod  tristis  dico) 
qui  nullum  nobis  adhuc  in  sededere  indicium  hujus  tarn 
salutaris  auticipationis ,  ao  per  hoc  nee  suae  salutis  :   ho- 


signe  de  salut ;  qui  s'aiment  eux-memes,  non  le 
Seigneur,  et  qui  chercbent  leurs  propres  interets, 
non  les  interets  de  Dieu. 

5.  «  J'ai  chercbe,  dit  l'Epouse,  celui  qu'aime 
mon  Ame.  »  C'est  a  quoi  vous  provoque  la  bonte  de 
celui  qui  vous  a  prevenue,  en  vous  cherchant  et  en 
vous aimanlle premier.  Vousnelechercheriez  etvous 
nel'aimeriez point,  dame,  sivousn'en  aviezete  cher- 
chee et  aimee  auparavant.  Vous  n'avez  pas  ete  pre- 
venue d'une  seule  benediction,  mais  de  deux,  de 
l'amour  et  de  la  recherche.  L'amour  est  la  cause 
de  sa  recherche,  et  sa  recherche  est  le  fruit  et  le 
gage  assurti  de  son  amour.  Vous  avez  ete  aimee, 
afin  que  vous  ne  craigniez  point  qu'on  vous  cher- 
chat  pour  vous  punir.  Vous  avez  ete  cherchee,  afin 
que  vous  nevousplaignissiez  point  d' avoir  ete  aimee 
inutilement.  L'une  et  l'autre  de  ces  deux  grandes 
faveurs  vous  ont  donne  de  la  hardiesse  et  ont  ban- 
ni  la  honte,  vous  ont  persuade  de  revenir  et  out 
emu  votre  affection.  C'est  de  la  que  procedent  ce 
zele  et  cette  ardeur  de  chercber  celui  qu'aime  vo- 
tre ame,  parce  qu'infailliblement  vous  ne  le  pour- 
riez  pas  chercher,  s'il  ne  vous  eut  cherchee,  et  vous 
ne  pourriez  pas  maintenant  ne  le  point  chercher 
apres  qu'il  vous  a  cherchfe. 

6.  Mais  n'oubliez  pas  d'ou  vous  etes  arrivee  la, 
et  pour  me  faire  a  moi-meme  l'application  de  ce 
que  je  dis  la,  car  ce  procede  est  plus  sur,  n'est-ce 
pas  vous,  6  mon  ame  qui,  ayant  quitte  votre  pre- 
mier epoux,  avec  qui  il  vous  etait  si  avantageux 
de  demeurer  avec  lui,  avez  viole  la  foi  que  vous  lui 
deviez  pour  aller  apres  vos  amants?  Et  maintenant  que 
vous  avez  commis  avec  eux  autant  d'adulteres  qu'il 
vous  a  plu,  et  que  peut-etre  vous  en  avez  ete  me- 


L'amour  et  It 

recherche 

de  Dieu 

ont  prevenn 

les  notrei. 


Grande  grace 

que  Dieu  fait 

au  pecheur 

en  le 
rechercbant. 


mines  seipsos  amantes,  non Dominum-.et quaerentes quffi 
sua  sunt,  non  qua;  Domini. 

5.  Qu&sivi,  ait  ilia,  quem  diligit  anima  mea.  Nempe 
hue  te  provocat  anticipantis  benignitas  illius,  qui  te  et 
prior  quaesivit,  et  prior  dilexit.  Miuime  prorsus  nisi  pri- 
us quaesita  quasreres,  sicut  nee  diligeres  nisi  dilecta  prius. 
Non  in  una  tantum  benedictione,  sed  in  duabus  prteven- 
ta  es,  dilectione  et  quaesilione.  Dilectio  causa  qussitio- 
nis:  quaesitio  fructusdilectionisestetcertitudo.  Dilecta  es, 
neadsuppliciumpotiusquaesilam  suspiceris  ;  quaesita  es, 
ne  frustra  dilectam  conqueraris.  Utraque  tarn  arnica  com- 
perla  suavitas  et  ausum  dedit,  et  verecundiam  depulit, 
et  reditum  persuasit,  et  movit  affectum.  Hinc  zelus,  hinc 
ardor  iste  quwrendi  quem  diligit  anima  tua  :  quia  pro- 
fecto  nee  non  quaesita  quaerere  poteras,  nee  non  quaerere 
quaesita  nunc  potes. 

6.  Sed  noli  oblivisci  unde  hue  veneris.  Et  ut  in  me 
potius  transfigurem  quae  dicuntur  (id  enim  tutius ,)  tune 
es,  6  anima  mea,  quae  relicto  viro  tuo  priore,  cum  quo 
fibi  bene  fuerat,  primam  (idem  irritam  fecisti,  iens  post 
amatores  tuos  ?  Et  nunc  quoad  libuit  fornicatacum  illis, 
forte  et  contempta  ab  illis,  audes  impudens  et  frontosa 
velle  reverti  ad  ilium,  quem  superba  contempsisti  ?  Quid? 
Digna  latebris  quaeris  lucem,  et  curris  ad  ^ponsum, 
dignior  plagis,  quam  osculis  ?  Mirum  si  non  pro  sponso 


67J 


OEITVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


prisSe,  Tousavez  l'impudence  et  l'eflronterie  do  vou- 
loir  retourner  a,  celui  que  vous  avez  meprise  avec 
tant  d'insolence.  Quoi  ?  Lorsque  vous  ne  deviez 
souger  qu'a  vous  cacher,  vuus  cherchez  la  lumie- 
re,  et  vous  courez  a  voire  epoux  lorsque  vous 
meritez  plutdt  de  lui  des  coups  que  des  baisers? 
N'avez-vous  point  peur  qu'au  lieu  d'un  epoux    qui 


S^ch  rite 
exltt>nie  de 

1  iaie 
qui  time. 


i''prouve  sa  cl£mence  et  qui  suis  persuade  de  ma  rk- 
conciliation  avec  lui  ? 

7.  Mes  freres,  penser  a  ces  choses,  c'est  etrechcr- 
che  du  Verbe  ;  en  etre  persuade,  c'est  etre  trouve 
de  lui.  Mais  tons  ne  comprennent  pas  cette  parole. 
Que  ferons-nous  a  nos  pettits  enfants,  je  veuz  dire 
a  ceu1;  qui  ne  font  encore  que  coramencer  e'   qui 


Condaite 
doivcnt  .| 
lee  novic 
Lea  .irncs 
exporiei 


vous  caresse,  vous  netrouviez    un  juge  qui  vous    oeanmoius  ne  sont  pas  absoluraent  dans  l'enfance 


condamne  ?  Heureui  celui  qui  entendra  son 
dme  repondre  ainsi  a  ces  reprocb.es  :  Je  ne  crains 
point,  parce  que  j'aime.  Et  je  n'aime  pas  suule- 
ment,  mais  je  suis  aimee.  Car  si  je  n'elais  aimee, 
je  n'aimerais  point.  Que  pent  apprebender  celle qui 
est  aimee.  Que  celles  qui  n'aiment  point  ap 
prehendent,  parce  qu'elles  n'ont  pas  sujet  de  croire 
qu'on  les  aime.  Mais  pour  moi  qui  aime,  je  ne 
doute  pas  plus  que  je  sois  aimee,  que  je  ne  doute 
que  j'aime.  Je  ne  puis  redouter  la  presence  de  celui 
dont  j'ai  ressenti  l'amour.  Me  demandez-vous  en 
quoi  je  l'ai  ressenti  ?  En  ce  qu'etant  aussi  misera- 
ble queje  suis,  non-seulement  ilm'acherchee,  mais 
encore  il  m'a  donne  le  desir  de  )e  cbercber,  et  par 
consequents  certitude  de  le  trouver  dans  ma  re  her- 
cbe.  Pourquoi  ne  correspondrais-je  pas  a  sa  recher- 
che,  puisque  je  corresponds  a  son  amour?  Se 
mettra-t-il  en  colere  lorsque  je  le  cbercherai,  lui 
qui  ne  s'y  est  point  mis  lorsque  je  l'ai  meprise? 
11  m'a  cbercbe,  quand  je  le  meprisais,  pourquoi 
me  repousserait-il  maintenant  que  je  le  cbercbe? 
L'esprit  du  Verbe  est  doux  et  bienveillant,  il  me 
fait  entendre  sa  bonte  extreme,  le  zele  et  l'af- 
fection  qu'il  a  pour  moi.  Et  il  ne  peut  pas  iguorer 
ces  choses,  puisqu'il  sonde  les  plus  hauls  secrets 
de  Dieu,  et  sait  que  ces  pensees  ne  sont  que  des 
pensees  de  paix  et  non  pas  d'indignation.  Comment 
ne  serais-je  point  aniruee  a  le  cbercber,  moi  qui  ai 


de  la  vertu,  puisqu'ils  ont  deja  le  commencement 
de  la  sagesse,  car  ils  sont  sou  mis  les  uns  aux  au- 
tres,  dans  la  crainte  de  Jesus-Christ  ?  Comment,  dis- 
je,  leiir  persuaderons-noUS  que  cela  se  passe  ainsi 
dansl'Epouse,  puisqu'ils  ne  l'ont  pas  encore  experi- 
ment*! eux-memes  ?  II  faut  que  nous  les  renvoyions 
a  une  personne  dont  la  foi  ne  ieur  peut  Aire 
suspecte.  Qu'ils  lisent  dans  un  livre  ce  qu'ils  ne 
croient  pas  dans  le  ccenr  d'autrui  parce  qu'ils  ne  le 
voienl  pus?  II  est  ecritdans  les  propbeties  :  «  Si  un 
mari  quitte  sa  fern  me  et  quelle,  se  retirant,  en 
epouse  un  autre,  pourra-t-elle  relouruer  a  son  pre- 
mier mari  ?  Cette  femme  la  ne  sera-t-elle  pas  impure 
et  souillce?  Mais  vous,  vous  vous  etes  prostituee  a  plu- 
sieurs,  et  cependant  le  Seigneur  ne  laisse  pas  de 
vous  dire  :  Retournez  a  moi,  et  moi  je  vous  rece- 
vrai  (Jer.  in,  1).  »  Ce  sont  les  paroles  du  Seigneur. 
II  n'est  pas  permis  d'en  revoquer  en  doute  la  verite. 
Qu'ils  croient  ce  qu'ils  n'ont  pas  encore  eprouve, 
alin  que,  par  le  merite  de  leur  foi,  ils  soient  dignes 
un  jour  d'en  avoir  1'eXperience.  Je  crois  que  nous 
avons  asssez  explique  ce  que  c'est  que  d'etre 
cbercbe  par  le  Verbe,  et  quel  besoin  l'ame  a  d'en 
etre  Cherokee,  quoique  celle  qui  l'a  ep;ouve  le 
connaisse  encore  plus  purfaitement  et  plus  heureu- 
sement.  II  reste  a  montrer  dans  le  discours  suivant 
que  les  ames  alterees  de  la  grace  cherchent  celui 
dont  ellesout  ete  cherchees,  ou  plutdt  apprenons-le 


Judicem  oflendas.  Felix,  qui  ad  haec  animam  suam  res- 
pondentem  audierit  :  Non  timeo,  quia  amo  :  quod  non 
amata  omnino  non  facerem.  Itaque  etiam  amor.  Nihil 
dileclje  timendum.  Paveant  qua;  non  amant.  Quidni  as- 
eidue  inimicitias  suspicentur  ?  Ego  vero  amans,  amari 
me  dubitare  non  possum,  non  plusquani  amare.  Nee  pos- 
sum vcreri  vultum,  cujus  sensi  alTectum.  In  quo  ?  In 
eo  quod  talem  non  modo  quaBsivil,  sed  et  affecit,  fecit- 
que  certam  proinde  de  quaesitu.  Quidni  respondeam  in 
quaesitu,  cui  in  affectu  respondeo  ?  Numquid  irascctur 
quaesitus,  qui  etiam  contemplus  dissimulavit  ?  Quin  imo 
non  repellet  requirentem,  qui  et  conlemnenlemrequirit. 
Benignus  est  spiritus  Verbi,  et  benigna  nuntial  mihi, 
intimans  et  suadens  de  Verbi  zelo  desiderioque,  quod 
utique  sibi  non  potest  esse  absconditum.  Scrutatur  alta 
Dei,  conscius  eainm,  quas  cogitat  cogitationes  pacis,  et 
non  afflictionis.  Quidni  animer  ad  quaerendum  experta 
Clemen  tiam,  et  persuasa  de  pace  ? 

7.  Fratres,  hoc  suaderi,  a  Verbo  quaeri  est,  persuade- 

ri,  inveniri  est.  Sed  non  omnes  capiunt   hoc   verbum. 

Quid  faciemus   parvulle  nostris,  illos  loquor,  qui  adhuc 


inter  nos  incipientes  sunt,  non  tamen  insipientes,  cum 
teneanl  initium  sapienliae,  subjeeti  iuvicem  in  timorc 
Cbristi  ?  Uude  illis,  inquam,  facimus  (idem,  quod  haec 
ita  se  habeant  penes  Sponsam,  ipsi  t-alia  agi  secum  nec- 
dum  persenserint  ?  sed  milto  eos  ego  ad  talem,  cui  de- 
credere  non  debeant.  Legant  in  libro,  quod  in  corde 
allero  quia  non  cernunt,  nc.n  credunt.  Est  scriptum  in 
Prophelis  :  Sj  dimiserit  vir  uxorem  suam,  et  ilia  rece- 
dens  duxerit  oirum  alium,  numquid  revertelur  ad  earn 
ullra  ?  numquid  non  polluta  et  conlaminata  erit  mulier 
ilia  ?  Tu  autem  fornicuta  es  cum  umatoribus  multis  :  et 
tamen  reverter?  ad  me,  dicit  Dominus,  el  ego  suscipiam 
te.  Verba  Domini  sunt  :  non  est  fas  suspendere  fidem. 
Crcdant  quod  non  experiuntur,  ut  fructum  quandoqne 
expcienliae  fidei  merito  consequantur.  Satis  arbitror 
declaralnm,  quid  sit  quaeri  a  Verbo,  et  qua?  haec  sit  ue- 
cessitas  non  Verbo,  sed  animae  :  nisi  quod  quae  cxperla 
est,  et  plenius  isla  novit,  et  felicius.  Reslat,  ut  sequenti 
trnctatu  doccamus  sitientes  animas  quaerere  a  quoquas- 
sitas  sunt,  vcl  potius  id  discamus  ab  ilia,  quae  hoc  loco 
inducitur    quaerens    ipsum,    quern   diligit   anima    sua, 


QUATRE-VINGT-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


673 


de  celle  dont  il  est  question  ici,  et  quichercliecelui 
qu'aime  son  ame,  l'epoux  de  Time,  Jesus-Christ 
Notre-Seigneur,  qui  etant  Dieu,  et  eleve  au  dessus- 
de  tout,  est  beni  dans  les  siecles  des  siecles.  Ainsi 
soit-il. 

SERMON  I..XXXV. 

II  y  a  sept  necessites  qui  engagent  I'dme  a  chercher  le 
Xerbe.  Une  fois  quelle  est  reformee,  el'.e  s'appro- 
ehe  pour  le  contempler  et  pour  goitter  la  douceur  de 
s<]  presence. 

1.  J'ai  cherche  dans  mon  petit  lit  eelui  qu'aime 
mon  ame  (Cant,  in,  1)  »  Pourquoi  l'a-t-elle  cher- 
che ?  Nous  l'avons  deja  dit,  et  il  est  superilu  de  le 
repeter.  Neanmoins,  en  faveur  de  qnelques-uns  qui 
n'y  elaient  pas,  j'en  rapporterai  en  peu  de  mots 
quelques  raisons  que  eeux  meme  qui  y  onl  ele  ne 
seront  peul-etre  pas  fiches  d' entendre.  Car  nous 
n'avons  pas  pu  tant  dire  alors.  L'auie  cherche  le 
Verbe  atin  defecevoir  avec  joie  ses  reproches,  4f  en 
ncclicic  e  lirer  des  lumieres  et  des  connaissauces,'ae  5  appuyer 
sur  lui  pour  etre  vertueuse,MfSlre  reform/ e  par  lui 
pour  etre  sage,  tie  lui  devenir  conlurme  pour  etre 
belle,  "de  lui  etre  fiancee  pour  etre  feconde,  kfen 
jouir  et  de  le  posseder  pour  etre  heureuse.  C'est 
pour  toutes  ces  raisons  que  l'ame  cherche  l'Epoux. 
Je  ne  doute  point  qu  il  n'y  en  ait  encore  plusieurs 
autres,  mais  voila  celles  qui  se  presentent  mainte- 
nant  a  moi.  Chacun  pourra  aisement  apres  cela  en 
ttouver  d'autres  en  soi,  s'll  veut  s'y  appliquer.  Car 
notre  misere  n'est  pas  petite,  les  besoins  de  Time 
sont   infinis,   et  ses   faiblesses   sont   sans  nombre. 


c  est  pour 
en  etre 
reprise, 


pt  canses 
pour 


Mais  le  Verbe  est  encore  plus  riche  et  plus  abon- 
dant  que  nous  ne  sommes  pauvres  et  miserables; 
sa  sagesse  surmonle  noire  malice,  et  ses  biens  sur- 
passed nos  maux.  Mais  ecoutez  la  raison  de  celles  La  premiere 
que  j'ai  etablies .  Et  premierement,  voyez  comment 
Fame  consent  aux  corrections  de  Dieu.  Nous  lisons 
dans  l'Evangile  :  «  Consentez  a  ce  quevoudra  votre 
ennemi  pendant  que  vous  etes  avec  lui  en  cbemin, 
de  peur  quil  ne  vous  livre  au  juge,  et  le  juge  au 
bourreau  (Math,  v,  15).  »  Qu'y  a-t-il  de  plus  salu- 
taire  que  ce  conseil  ?  C'est  le  Verbe  lui-meme  qui 
le  donne,  si  je  ne  me  trorape  ,  en  protestant  qu'il 
est  r.otre  ennemi,  parce  qu'il  s'oppose  a  vos  de- 
sirs  charnels,  lorsqu'il  dit  :  «  Leur  cceur  est  tou- 
jours  dans  l'egarement  (Psal,  xnv,  10).  »  Mais 
vous  qui  ecoutez  ceci,  si  dans  une  sainte  frayeur 
vous  commencez  a  vouloir  echapper  a  la  colere  qui 
est  pres  de  tombersur  vous,  vous  avez  soin  d'etre 
d'accord  avec  cet  ennemi  qui  semble  vous  en  me- 
nacer  d'une  maniere  si  terrible.  Or  cela  est  impos-    „ 

....  r  Poar  noui 

stble si  vous  n  etes  conlraire    a  vous-meme,  si  vous       mettre 

*  .  ,  d'accord  avec 

ne  vous  opposez  a  vous-meme,    si  vous  ne  combat-  Di.u,  il  faut 

tez  vous-meme  avec  un  travail  continuel  et   infati-  nons  ?e'lre 
...  en  lutte 

gaDle,    eulin   si  vous    ne  renoncez  a  vos  anciennes  coutre  nous. 

hahiliides  et  a  vos  mauvaises  inclinations.    Cela  est 

rude,  ja  1'avoue  ;  el  si  vous  croyez  en  venir   a  bout 

par    vos   propres  forces,    c'est     comuie    si     vous 

tachiez  d'arreter  un  torrent  du  doigt,  ou   de  faire 

encore   une    fois   remonter    le    Jourdaiu    vers    sa 

source.  One  ferez-vous  done?  Cherchez  le  Verbe  a     ' 

la    volonle    de  qui  vous    consentiez  par  sa  grace. 

Allez  trouver  celui   qui   vous    est  contraire,    afin 

que,  par  son  secours,  vous    deveniez  tel,    qu'il  ne 

vous  soit  plus  contraire,  et  que  celui  qui  vous  me- 


sponsum  animas   Jesum-Christum   Dominum   nostrum, 
qui  est  super  omnia  Deus  benedictusin  sscula.  Amen. 

SERMO  LXXXV. 

De  septem  necessitatibus,  propter  quns  anima  qttcerit 
Verbum  qua;  tandem  re  formula  accedit  ad  ejus  dul- 
cedinem  conlemplandam  atque  perfruendum. 

1 .  In  lectulo  tneo  qua?sivi  quern  diligit  anima  mea.  Ad 
quid?  Dictum,  est,  et  iterare  supertluum  :  propter  quos- 
dam  tamen,  qui  non  interfuerunt  cum  tractaretur,  dico 
aliquid  breviter,  et  quod  furtasse  ne  hos  quidem  qui  in- 
terfuerunt, audire  pigebit.  Nee  enim  totum  diet  tunc 
potuit.  Qiiceri t  anima  Verbum,  cui  consentiatad  correp- 
tionem,  quo  illuminctur  ad  cognilionem,  cui  innitttur 
ad  viftulem  quo  refurmetur  ad  sapientiam,  cui  confor- 
metur  ad  decorem  cui  maritetur  ad  fuecunditatem,  quo 
fruatur  ad  jicunditatein.  Propter  has  omnescausas  qute- 
rit  anima  Verbum.  Non  ambigo  esse  quam  plures  et  alias: 
sed  ha?  interim  occurrnnt.  Poterit  autem,  si  cui  cordi 
fuerit,  facile  alias  :  atque  alias  advertere  in  semetipso. 
Siquidem  multae  sunt  aversiones  nostra;,  multa;  et  infini- 
te animae  necessitates,  et  anxietatum  non  est  numerus. 


At  Verbum  ditiuspleniusquesuperabundatin  bonis,  utpo- 
te  Sapientia  vincens  malitiam,  vincens  in  bonis  mala. 
Et  nunc  harum,  quas  posui,  accipile  rationem  .  Et  pri- 
mo  quod  prinmm,  est  videte  quemadmodum  consentiat 
ad  correptionem.  Legimus  Verbum  in  Evangeliisioqu- 
ens  :  Esto  consentient,  inquit,  adversario  tuo,  dum  es 
cum  illo  in  via,  ne  forte  tradat  tejudici,  et  judex  torlo- 
ri.  Quid  consultius  ?  Vcrbi  concilium  est  (ni  fallor)  se 
adversarium  protestantis ,  quod  adversetur  carnalibus 
desideriisnostris  dum  dicit  :  Semper  hi  errant  enrde.  Tu 
ergo  qui  hasc  audis,  si  pavens  coeperis  velle  fugere  a 
ventura  ira,  credo  sollicitus  eris,  quomodo  huic  con- 
sents adversario,  qui  tibi  illam  tarn  terribiliter  intenta- 
re  videlur.At  istud  impossibile,  nisi  dissentias  tecum, 
nisi  libimet  adverseris,  nisi  gravi  et  vigili  lucta  tu  ips8 
contra  teipsum  infatigabiliter  prslieris  ;  postremo  nisi 
valefacias  inveterata?  consuetudini ,  innateque  affectioni. 
Id  quidem  durum.  Si  tuis  attentavcris  viribus,  tale  erit, 
ac  si  uno  digitorum  tuorum  torrentis  impeium  sislere, 
aut  ipsum  denuo  coneris  Jordaneui  converlere  retrorsu  n. 
Quid  fades  ?  Qu^re  Verbum  cui  cunsenlias,  ipso  faci- 
ente  ut  consentias.  Fuge  ad  ilium  qui  adversatur,  per 
quern  talis  fias  cui  jam  uon  adversetur  ut  blandiatur  qui 
minabatur,  et  sit  adimmutandum  efQcacior  infusa gratia, 
quam  intensa  ira. 


La  second* 
cause  c'est 
pour  cue 
■clairee  et  le 
coonalire. 


La   Iroisieme 
pour  Sire 
fortifiee. 


674 

naeait  vous  caresse,  et  que  l'infusion  de  sa  grace 
soit  plus  efficace  pour  vous  changer,  que  sa  colere 
la  plus  violente. 

2.  C'est  la,  comme  je  pense,  le  premier  besoin 
qui  porte  l'ame  a  chercher  le  Verbe.  Mais  si  vous 
ignorez   ce  que  demande  celui  a  la  volonte  de   qui 
vous  consentez  deja,  nedira-t-onpasausside  vous, 
que  vous  avez  le  zele  de  Dieu,  mais  que  ce  zele  n'est 
pas   regie  par  la  science  (Rom.  x,  1)  ?  Etalin   que 
vous  ne  croyiez  pas  que  cette  ignorance  soit  peu  de 
chose,  souvenez-vous  de  ce  qui  est  ecrit,  que  celui 
qui  ne  connaitra  pas  la   volonte  de  Dieu  sera  me-' 
connu  delui  (1  Cor.  xiv,  38).  Voulez-vous  savoirce 
que  je  vous  conseille  de  faire  dans  ce  besoin?  C'est 
ce  que  je  vous  ai  conseille  dans  le  premier.  Si  vous 
voulez  m'en  croire,  vous  irez  au  Verbe,  et  il  vous 
enseignerases  voies,  de  peur  que,  voulant  faire  le 
bien,  mais  ne  le  connaissant  pas,  il  ne  vous  arrive, 
en  courant,  de  sortir  du  chemin  et  de  tomber  dans 
l'crreur.  Car  le  Verbe  est  une  lumiere.  Et  comme 
dit   le  Prophete  :  «  Ses  paroles  sont  claires,    eclai- 
rent  l'ame,  et  donnent  l'intelligence  aux  simples  et 
aux  petits  [Psal.  cxvui,  130).  »  Vousserez  heureux 
si  vous  pouvez  dire  aussi :   «  Votre  parole  est   une 
lampe  qui  eclaire  mes  pas,  et  une  lumiere  qui  lint 
dans  le  sentier  ou  jemarche  [Ibid.  105).  »  Et  votre 
ame  n'aura   pas  peu  profite,  si  votre  volonte  est 
changee,    si  votre  raison    est    eclairee,   en  sorte 
quelle  veuille  le  bien   et  quelle  le  connaisse.   En 
l'un  elle  aura  recouvre  la  vie,  et  en  l'autre  la  vue. 
Car  elle  etait  morte  quand  elle  voulait  le   mal,  et 
aveugle  quand  elle  ignorait  le  bien. 

3 .  Votre  ame  done  vit,  elle  voit,  elle  est  etablie  dans 
le  bien,  mais  c'est  par  le  secours  et  l'assistance  du 
Verbe.  Si  elle  est  debout,  c'est  le  Verbe  qui  l'a  le- 
vee avec  la  main,  comme  sur  les  deux  pieds  de 
l'amour  et   de  la  connaissance.  Elle    est  debout, 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 

dis-je,  mais  qu'elle  prenne  pour  elle  ce  qui  est 
ecrit  :  «  Que   celui  qui  croit  etre  debout   prenne 
garde  de  ne  pas  tomber  (1  Cor.  x.  12).  »   Cro3*ez- 
vous  qu'elle  puisse  se  tenir  debout  par  elle-meme, 
elle  qui  n'a  pas  pu  se  lever  meme  ?  Pour  moi,  je 
ne  le  pense  pas.  Quoi?   les  cieux  ont  ete  affermis 
par  la  parole  du  Seigneur  (Psal.  xxm.  6),  et  celui 
qui  n'est  que  terre  pourra  l'etre  sans  le  Verbe,  qui 
est  cette  parole?  Si  elle  pouvait  demeurer  ferme 
par  elle-meme,  pourquoi  done  un  homme  tire  de 
la   meme   terre,  aurait-il   dit  :    «  Affermissez-moi 
par  vos  paroles  (Psal.   cxvui,  28)?  »  Aussi,  avait-il 
eprouve  que  cela  est  impossible,    puisqu'i]  dit  ail- 
leurs  :  a  J'ai  etc  pousse  avec  effort,  etj'etaispres  de 
tomber,    mais   le   Seigneur   m'a    soutenu    (Psal. 
cxvn.  13).  »  Me  demandez-vous  qui  est  celui  qui 
le  poussait  ?  11  n'y  en  a  pas  qu'un,    c'est  le  dia- 
ble,   c'est  le  monde,  c'est  l'homme.  Voulez-vous 
savoir  encore  qui  est  cet  homme  ?  C'est  chacun  de 
nous,   pour   soi-meme.  Ne  vous  en  etonnez   pas. 
Chacun  est  tellement  a  soi-meme  une   occasion  de 
chute  et  de  mine,  que  vous  n'avez  point    sujet  de 
craindre   qu'un  autre  vous  fasse   tomber,  si  vous 
pouvez  vous  sauver  de  vos  propres  mains.  «  Car, 
qui  est  celui,  dit  l'apotre  saint  Pierre,  qui  vous 
pourra   nuire,  si  vous  avez  une  sainte  emulation 
pour  le  bien  (I  Pet.  m.  13)?  Vos  mains,  c'est  votre 
consentement.  Si  le  diable,  ou  le  siecle  voussugge- 
rent  quelque  chose  de  mal,  et  que   vous  refusiez 
d'y  douner  votre  consentement,  que  vous  ne  fassiez 
point  servir  vos  menibres  d'armes  a  l'iniquite,  et 
que  vous  ne  souffriez  point  que  le  peche  regne  en 
votre  corps  mortel,  vous  avez  cette  sainte  emula- 
tion, et,  bien  loin  que  la  malice  de  vos  ennemis 
vous    ait  nui,  elle   vous  a  ete  extremement  utile. 
Car,  il  est  ecrit  :  «  Faites  le  bien,  et  vous  en  rece- 
vrez  des  louanges  (Rom.  xiu,  3).  »  Ceux  qui  cher- 


L'homme 

Irois  coil 

qui  le  poi 

sent  poo 

le  faire 

tomber, 


Le  premii 
e'en  Don) 

niemet. 


2.  Haec  prima  (ut  opinor  )  necessitas,  ob  quam  anima 
incipit  quaerere  Verbum.  Sed  si  ignoras  quid  ille  velit 
cui  jam  voluntate  consentis,  nonne  et  de  te  dicetur, 
quia  zelum  Dei  babes,  sed  non  secundum  scientiam  ? 
Et  ne  hoc  leve  existimes,  memineris  scriptum,  quia 
ignorans  ignorabilur.  Scire  vis  quid  consulam  et  in  hac 
necessitate?  Quod  in  prima.  Meo  concilio  nunc  quoque 
ibis  ad  Verbum,  et  docebit  le  vias  suas,  ne  volendo 
quidem,  sed  ignorando  bonum,  dum  curris,  contingat 
excurrere,  et  errare  in  invio,  et  non  in  via.  Lux  est 
enim  Verbum.  Declaratio  denique  sermonum  illuminat, 
et  itdellectum  dat  parvulis.  Beatus  es,  si  dicas  et  tu  : 
Lurerna  pedibus  meis  verbum  tuum,  et  lumen  semitis 
meis.  Nee  parum  profecit  anima  tua,  cujus  immutata 
voluntas,  cujus  illuminata  ratio  est,  ut  bonum  et  velit, 
et  noverit.  In  altera  vitam,  in  altera  visum  recepit. 
Nam  et  malum  volendo  morteaerat,  et  bonum  ignoran- 
do Cceca. 

3.  Jam  vivit,  jam  videt,  jam  stat  in  bono,  sed  ope  et 
opere  Verbi.  Stat  manu  Verbi  levata  veluti  super  pedes 
duos,    devotionem   et  agnitionem.    Stat,    inquam,  sed 


sibi  putet  dictum  :  Qui  se  existimat  stare,  videat  ne 
cadat.  Putasn.  stare  per  se  possit,  qua?  surgere  per  se 
non  poluit?  Non  opinor.  Quid  enim  ?  Verbo  Domini 
cxh  firmati  sunt,  et  terra  stabit  sine  Verbo?  Cur  ergo 
si  stare  per  se  poterat,  orabat  homo  de  terra  :  Confirma 
me,  inquiens,  in  verbis  tuis  ?  Denique  et  probarat.  Ejus 
ipsius  ilia  vox  fuit ;  Impulsus  eversus  sum  ut  caderem,  et 
Dommus  suscepit  me.  Quaeris  quis  ille  impulsor?  Non 
est  unus.  Impulsor  diabolus  est,  impulsor  mundus,  im- 
pulsor homo.  Quis  iste  homo  sit  quieris?  Quisque  sui. 
Noli  mirari.  Usque  adeo  homo  impulsor  sibi  est,  et 
suimet  precipitator,  ut  non  sit  quod  ab  altera  impulsore 
formides,  si  ipse  a  te  proprias  contineas  manus.  Quit 
emm,  inquit,  vobis  nocere  potent,  si  boni  cemulatores 
fuentisl  Manus  tua,  consensus  tuus,  Si  diabolo  sug- 
gerente  ,  vol  saeculo  suadente  quod  non  opoertet, 
assensum  tuum  tenueris,  et  non  dederis  membra  tua 
arma  iniquitati,  ec  permiseris  regnare  peccatum  in  tuo 
mortali  corpora  :  bonum  te  ssmulatorem  probasti,  cui 
malitia  omnino  nil  nocuit;  vide  ne  magis  profuerit. 
Scriptum  est   enim  ;  Bonum   fac,  et  habebis  laudem  ex 


QUATRE-VINGT-CINQUIEME  SERMON 

chaicnt  votre    ame  seront  confondus,  et  vous  chan- 

terez  :  «  Si   mes   habitudes  vicieuses   ne   regnent 

point  en  uioi,  je  serai  puret  sans  tache  (Psal.  xvm, 

\U).  »  Vous  lemoignez  que  vous  etes    anime    d'une 

sainte  emulation  si,  suivant  le  conseil  du  Sage,  vous 

avez  pitie  de  votre  ame   [Eccl.  xxx,  247),  si  vous 

gardez  votre  coeur  avec  tout  le  soin  possible,  si,  se- 

lon  l'Apotre,  vous  vous   conservez  chaste.   Autre- 

ment,  quand  vous  gagneriez  tout  le  monde,  si  vous 

perdez  votre  ame,  nous  ne  croirons  pas  que   vous 

ayez  eu  cette  emulation  salutaire,   puisque  le  Sau- 

veur  meme  nous  apprcnd  a  ne  pas  le  croire. 

h-  11  y  a  done   trois  adversaires  qui  rnenaeent  de 

renverser  l'homme    lorsqu'il  est  debout.  Le  diable 

le  pousse   par  sa  malice  et  sa  jalousie,  le   monde, 

par  le  vent  de  la  vanite,   l'homme  lui-ueme,  par 

Nile  diable  lepoids,de  sacorruption.  Le  diable  le  pousse,  mais 
ni  le  monde    .,         ,  ...  ,         •        , 

ne  peovent    il  ne  le  renversera  pas,  s  n  ne   consent  point  a  ses 

renverser  suggestions.  Car  nous  lisons  dans  un  apdtre  : 
malgre  lui.  «  Resistez  au  diable,  et  il  s'enfuira  de  vous  (Jac. 
iv,  7).  »  C'est  lui  qui,  dans  sa  jalousie,  a  pousse  et 
fait  tomber  ceux  qui  etaient  debout  dans  le  paradis 
terreslre,  parceque,  loin  de  lui  resister,  ils  consen- 
sentirent  a  sa  malice.  C'est  lui  qui,  par  son  or- 
gueil,  s'est  precipite  lui-meme  du  liauldu  ciel,  sans 
que  personne  le  pousslt,  pour  nous  apprendre  que 
l'homme  se  duit  done  encore  bien  plus  apprehen- 
der  lui-meme,  a  cause  du  poids  de  la  concupis- 
cence qui  l'accable.  Le  monde  nous  pousse  aussi, 
parcequ'il  est  plein  de  malignilc.  11  nous  pousse 
tous,  mais  il  ne  renverse  que  ses  amis,  e'est-a-dire, 
que  ceux  qui  consenient  a  ce  qu'il  demande  d'eux. 
Je  ne  veux  point  6tre  ami  du  monde,  de  peur  de 
tomber.  Car,  celui  qui  veut  6tre  ami  du  monde 
devient  ennemi  de  Dieu,  ce  qui  est  la  plus  grande 


SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


575 


ilia.  Confusi  sunt  qui  quaerebant  animam  tuam,  tu  vero 
cantabis  :  Se  met  non  fuerint  dominati,  tunc  immucu/a- 
tus  ero.  Boni  plane  usinulatoris  insigne  dedisti,  si  con- 
silio  Sapientis  misereris  animae  tuaa,  si  omni  custodia 
servas  cor  tuunj,  si  juxta  Apostolum  teipsum  caatum 
custodis.  Alioquin,  etsi  universum  mundum  lucreris, 
anima;  autem  tuae  detrimentum  patiaris  non  plane  bo- 
num  te  ceiisemus  aemulatorem,  quoniam  quidem  nee 
Salvator. 
'  Editire-  4.  Cum  igitur  tres  sint  stanti  imminentes  '  ;  horum 
""•  diabolus  livore  malitise,  mundus  vento  vanitalis,  homo 
semetipsum  pondere  suae  corruptionis  impcllit.  Impellit 
diabolus,  sed  non  evertit,  siquidem  tuumauxilium,  tuum 
il li  negaveris  vel  assensum.  Deniquehabes  :  Resisifde dia- 
bolo,  el  furjiet  a  nobis.  Iste  est  qui  stantes  in  paradiso 
impulit  invidus  et  evertit,  sed  eonsentientes,  non  resis- 
tentes.  Isle  est  qui  seipsum  de  ccelo  superbus  nullo 
impellente  praecipitavit  :  ut  scias  multo  magis  hominem 
suo  ipsius  c:i'iui  imminere,  quern  propriae  substantias 
pondus  gravat.  Est  et  mundus  impulsor,  quia  in  mali- 
gno  positus  est.  Impellit  omnes,  sed  solos  evertit  ami- 
cos  suos,  id  est  consentaneos  sibi.  Nolo  esse  amicus 
mundi,  ne  cadam.  Nam  qui  vult  esse  hujus  mundi  ami- 
cus, inimicus  Dei  constituitur,  quo  utique  nullus  graviof 


chute   qu'on  puisse  faire.    On   voit  par  la,    que 
l'homme  est  a  soi-mfime   la  principale  occasion  de 
sa  chute,  puisqu'il  peut  tomber  de  son  propre  mou- 
vement,  sans  qu'un  autre  le  pousse,  et  qu'il  ne 
peut  tomber  par   1'impulsion  d'autrui,  s'il  ne   se 
pousse  lui-m£me.  Auquel  deces  trois  ennemis,  doit- 
on  resister  davantage?C'estevidemmenta  celui  qui 
est  d'autant  plus  irnporlun    qu'il  est  plus  interieur, 
et  qui  suffit  seul   pour  nous  faire  tomber,  au  lieu 
que  les  autres  ne  peuvent  rien  faire  sans  lui.  Ce 
n'est  pas  sans  raison  que  le  Sage  a  prefere  un 
homme  qui  sait  se  dominer  a  celui   qui  force   des 
villes  [Prov.   xvi,  31).  Cela  vous  regarde   tout  par-   Nous  avone 
ticulierement.  Vous  avez  besoin  d'une  grande  force,   Jljce'"^^ 
et  d'une  force  qui  ne  peut  venir  que  d'en  haut.  Et,        force 
si  elle  est  parfaite,  elle  rendra  aisement  l'esprit  vie-  pour 
torieux  de  soi-meme,  et,  par  consequent,  invincible  dD^oitiuQ 
contre  tout  autre.  Car,  c'est  une  vigueur  d'esprit 
qui  ne  sait  reculer  lorsqu'il  faut  defendre  la  raison. 
Or,  si  vous  l'aimez  mieux,  c'est  une  vigueur  d'es- 
prit qui  demeureferme  etimiuuable  avec  la  raison, 
ou  encore  une  vigueur   d'esprit  qui,   autant  qu'il 
est  possible,   rassemble  et  rapporte   tout  k  la  rai- 
son. 

5.  Qui  montera  sur  la  montagne  du  Seigneur  ?     Tous  no» 
Quiconque    entreprendra  de  monter  au  sommet  de  p°°sr  ^'^j, 
cette  montagne,   e'est-a-dire,  k  la  perfection  de  la  '»  perfection 
vertu,  saura   combien    cette   montee  est  rude,  et    ,an3  iiieu. 
combieu  la  chute  en  est  aisee,  sans  le  secours  du 
Verbe.  Heureuse  l'ame  qui  a  excite  l'etonnement  et 
la  joie  des   anges  qui  la  regardaient ,  et   qui    les  a 
eutendus  se  dire  les  uns  aux  autres,   a  son   sujet  : 
«  Qui  est  celle-ci  qui  monte  du  desert  dans  une  af- 
fluence de  toute  sorte  de  delices,  appuj-ee  sur  son 
bien-aime  {Cant,  vm,  5)?»  Car  tous  ses  efforts  sont 


casus.  Ex  quibus  satis  claret,  quam  sit  homo  praecipuus 
impulsor  sui,  qui  suo  sine  alieno  impulsu  cadere  potest, 
alieno  absque  suo  cadere  non  potest.  Cuinam  horum  prae- 
cipue  resistendum  ?  Nempe  huic,  qui  eo  molestior,  quo 
interior,  solus  dejiceresuflicit,  cum  sine  ipso  alii  possint  fa- 
cere  nihil.  Non  sine  causa  Sapiens  expugnatori  praetulit  ur- 
bium  virum,  qui  animo  dominatur.  Multum  hoc  ad  te  : 
opus  virtute  habes,  et  non  quacumque,  sed  qua  induaris 
ex  alto.  Ipsa  enim,  si  perfecta  sit,  facile  facit  animum 
victorem  sui,  et  sicinvictum  redditad  omnia,  Estquippe 
vigor  animi  cedere  nescius  pro  tuenda  ratione.  Aut,  si 
magis  probas,  vigor  animi  immobiliter  stantis  cum  rati- 
one vel  pro  ratione.  Vel  sic  :  vigor  animi,  quod  in  se 
est,  omnia  ad  rationem  cogens  vel  dirigens. 

5.  Quis  ascendet  in  montem  Domini  ?  Hujus  ad  ver- 
ticem  montis,  id  est  ad  virtutis   perfectionem,    quisque 
contendere*  adorietur,  sciet  profecto,  quam  sit  ascensus  .   . 
arduus,  et  cassus  conatus  *  absque  Verbi  adjutorio.   Fe-        'dere. 
lix  anima  quae,  angeljs  spectantibus   prasbuit    gaudium  *  BdiKemvs 
pariter  et  miraculum  sui,  ut  audiret   de  se   loquentes  :     ' 
Qua;  est  ista,  quce  ascendit  de  deserto,  deliciis  affluens, 
innixa  super  ddectum  suum  ?  Alioquin  frustra  nititur,  si 
non  innitur.  Sane  etiam  contra  se  innitens  invalescet,  et 
facta  seipsa  validior  coget  pro  ratione  universa  :    iram, 


■wd  niendost. 


57* 


QEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


inutiles,  si  elle  ne  s'appuie  sur  Dion.  En  se  combat- 
tant  elle-meme,  elle  prendre  de  nouvelles  forces, 
el,  devenant  ainsi  plus  forte  qu'elle-meme,  si  je 
puis  parler  ainsi,  elle  soumttra  toutes  ses  passions 
a  la  raisoo.  Elle  reglera  ses  coleres,  ses  craintes, 
ses  convoitises  et  ses  joies,  comme  un  bon  cocher 


montagne  de  l'alliance  (ha.  xiv,  13).  »  Mais  Dieu 
en  jugea  autrement  .  il  ne  demeura  pas  debout, 
et  ne  s'assit  point,  mais  il  est  tombe,  selon  eclte  pa- 
role du  Seigneur  :  «  Je  voyais  Satan  tomber  du 
ciel  comme  un  eclair  [Luc  x,  xvm).  »  Que  celui 
done  qui  est  debout,  s'il  ne  veut  pas  tomber,  ne  se 


qui  conduit  son  char  avec  adresse  :  elle  reduira  en     confie  pas  en  soi-meme,  mais  s'appuie  sur  le  Verbe 


servitude    tous  ses  desirs  charnels,  et  elle  assujet- 

u  confiance  tira  tous  ses  sens  a  la  rais<>n  et  a  la  vertu.  Com- 
•o  D,ea  reDd  ment  tout  ne  serait-il  pas  possible  a  un  homme.  enri 
commo  lout- s  appuie  sur  celui  qui  peut  tout?  Combien  cette 
puiMmi.  paro]e  doit  nous  donner  de  confiance  :  «  Je  puis 
tout  en  celui  qui  me  fortifie  [Philip,  iv,  13).  »  Rien 
ne  montre  plus  clairement  la  puissance  du  Verbe, 
que  de  ce  qu'il  rend  tout-puissants,  tous  ceux  qui 
esperent  en  lui.  Car  tout  est  possible  a  celui  qui 
croit.  Or,  celui-la  n'est-il  pas  tout-puissant  a  qui 
tout  est  possible  ?  C'est  ainsi  que  l'esprit,  s'il  ne 
presume  rien  de  soi,  mais  est  fortifie  par  le  Verbe, 
pourra  se  dominer,  de  sorte  que  aucune  iniquite 
ne  le  dominera.  ('.'est  ainsi  qu'etant  appuye  sur  le 
Verbe,  et  revetn  de  la  vertu  d'en  haut,  nulle  vio- 
lence, nul  artifice,  nul  attrait  des  voluptes,  ne  le 
pourra  renverser,  ni  dominer. 

6.  Voulez-vous   ne   pas   craindre  que  Ton  vous 
pousse?Ne  vous  laissez  point    aller    a     I'orgueil 


Le  Verbe  dit  :  «  Sans  moi,  vous  ne  pouvez  rien 
faire  [Joan,  xv,  5).  »  Cela  est  vrai,  sans  le  Verbe, 
nous  ne  pouvons  ni  nous  lever  pour  faire  le  bien,  ni 
demeurer  fermes  dans  le  bien.  Vous  done,  qui  etes 
debout,  donnez  gloire  au  Verbe,  et  elites  :  «  II  a 
I'talili  nies  pieds  sur  la  pierre  et  a  dirige  mes  pas 
[Psal.  xxxix,  3).»  II  est  necessaire  que  la  meme  main 
qui  vous  a  releve  vous  tienne  loujours  et  vous 
empeche  de  tomber.  Voila,  pour  expliquer  ce  que 
nousavonsdit,  que  nous  avonsbesoindu  Verbe  pour 
nous  appuyer  sur  lui,  afin  de  demeurer  fermes 
dans  la  vertu. 

7.  II  faut  maintenant  examiner  ce  que  nous 
avons  dit  aussi,  que,  par  le  Verbe,  nous  som- 
mes  reformes  dans  la  sagesse.  Le  Verbe,  c'est  la 
force,  le  V.-rbe  c'est  la  sagesse.  Que  l'ame  done 
premie  des  forces  de  la  force,  de  la  sagesse  de  la 
sagesse,  et  quelle  attribue  Tun  et  Pautre  don  au 
seul   Verbe.  Autrement,  si  elle  s'appuie  surl'un  ou 


Quelle  be- 
som noui 
avons  du 
Verbe  pour 
nous  refor- 
mer a    !a  sa- 
gesse. 

La  s  a  gesso 

vient  de 

Dieu. 


<-'  — ......^.ui   uij    Ji   vill.    J  ^J'|H11G    Jill   1    LIU    IJ 

C'est  par  la  que  sont  tombes  ceux  qui  vivent  dans     sur  l'autre,  quelle  dise  done  aussi  que  le  ruisseau  n 


le  crime.  C'est  par  la  que  sont  tombes  le  (lia- 
ble et  ses  anges.  Et  bien  qu'ils  n'aient  point  ete 
L'orgueil  fnt  pousses  du  dehors,  neanmoins,  ils  ont  etc  chasses 
Ia  dubie.1**  eln'onlPu  demeurer  debout.  Car,  celui-la  n'est 
point  demeure  debout  et  ferme  dans  la  vente,  qui 
ne  s'est  point  appuye  sur  le  Verbe,  et  qui  s'est 
eonfie  &  ses  propres  forces.  Et  meme  s'il  a  voulu 
s'asseoir,  c'est  peut-etre  parcequ'il  ne  pouvait  de- 
meurer debout.  Car  il  dit  :  «  Je  m'asseoirai  sur  la 


vieut  pas  de  la  source,  le  vin  de  la  vigne,  la  lu- 
miere  de  la  lutniere.  Cette  parole  est  veritable  : 
«  Si  quelqu'un  a  besoin  de  sagesse,  qu'il  la  de- 
mande  a  Dieu,  qui  donne,  a  tous  des  biens  en 
abondance  et  ne  reproche  point  ses  dons  ;  et  elle 
lui  sera  donnee  [lac.  j,  5).  »  Voila  ce  que  dit  saint 
Jacques.  Mais,  pour  moi,  je.  crois  qu'il  en  est  de 
meme  de  la  force.  La  force  a  beaucoup  d'afiinile 
avec  la  sagesse.  La  force  est  un  don  de  Dieu.  II  la 


metum,  enpiriitatem,  el  gaudium,  veluti  quemdam  animi 
currum,  bonus  auriga  reget ;  et  in  captivilatem  rediget 
omneni  carnalcm  affecluin,  et  carnis  sensum  ad  niiturn 
rationis  in  obsequium  virtu  lis-  Quirini  omnia  possibilia 
sint  innitenli  super  eura,  qui  omnia  polest  ?  Quanta; 
fiduciiE  vox  ;  Omnia  possum  in  eo  qui  meconforlat .'  .\il 
omnipolentiam  Verbi  clariorem  reddit,  quam  quod  om- 
nipolentes  facit  omnes.  qui  in  se  sperant.  Denique  om- 
niapossibiliasuntcredenli  .'Ilaanimus,si  nonpr.psumatde 
sesedsiconfortetur  a  Verbo,  polerit  utique  dominari  sui, 
ut  non  dominetur  ei  omnis  injuslilia.  Ita,  inquam,  Verbo 
innixum,  et  indutum  virtule  ex  alto,  nulla  ftaus,  nulla 
jam  illecebra  polerit  vel  stantem  dejicere,  vel  subji- 
cere  dominanlem. 

6.  Vis  non  limere  impulsorem  ?  Non  venial  tibi  pes 
superbise,  et  manus  impellenlis  non  movebil  le.  Ibi  ceei- 
deruni  qui  operantur  iniquitutem.  Ibi  diabolus  el  angeli 
ejus  corruerunl,  qui  licet  non  impulsi  exlrinsecus,  e.x- 
pulsi  sunt  tamen,  nee  potuerun'  stare.  Denique  in  verilate 
non  slctil,  qui  non  innLxus  est  Verbo,  qui  in  sua  virtule 
conflsus  est.  Et  ideo  fortassis  sedere  voluit,  quia  stare 
non  valuit.  Dicebat  enim  :  Sedebo  in  monte  testnmenii. 


Ca'lcrum  Deo  aliter  judicante,  nee  stetit,  nee  sedit,  sed 
cecidit,  dicenle  Domino  :  Videbam  Satanam  sicut  fulgur 
de  cwlo  cadentem.  Ergo  qui  slat,  si  non  vultcadere,  non 
Hdal  si  hi,  sed  nilatur  Vcibo.  Veibum  loquitur  :  Sine 
me  m/iii  potestis  facere.  Ita  est  :  nee  surgere  ad  bunutn, 
nee  stare  in  bono  possumns  sine  Verbo.  Tu  ergo  qui 
stas,  da  gloriam  Verbo  *  ,  et  die  ;  Statuit supra  petram 
pedes  nieos,  et  dtrej  it  gressus  meow  Cujus  manu  erige- 
ris,  ipsius  necesse  est  virtule  tenearis.  Hsc  proeoquod 
dixi,  opus  nos  habere  Verbo,  cui  innilamurad  virlutem. 
7.  Nunc  j.-.m  videndnm  est  de  eo  quod  item  memora- 
vi,  per  Veibum  sc  licet  nihilominus  nos  reformari  ad 
sapientiam.  Verbum  virlus,  Veibum  sapientia  est. 
Sumat  ergo  anima  de  virtule  virtulem.ac  desapientiasa- 
pitntiam,  el  uni  Verbo  munus  utrumqnc  adscribal.  Alio- 
quin  si  aliunde  aut  utramque,  aut  allerutram  arrogct 
sibi  ;  negct  etiam  sinml  vel  de  foule  rivun,  vel  de  vile 
vinum,  vel  lumen  oriri  de  lumine.  Fidelis  sermo  :  Si 
guts,  inquit,  indiyet  sapientia,  postulet  a  Deo,  qui  dal 
omnibus  affluenter,  el  non  improperal  ;  et  dabdur  ei. 
Haer  ille.  Ego  vero  baud  secus  de  virtule  senserim.  Co- 
gnata  virtus  sapientia;  est.  Donum  Dei  virtus  est,  depu- 


'  al.  Deo. 


quatre-vingt-cinquiEme  sermon 

faut  mettre  au  nombre  des  dons  excellents,  et  elle 
descend  aussi  d'en  haut  du  Pore  dn  Verbe.  Si  quel- 
qu'un  croit  qu'ilesten  tout  sernblable  a  la  sagesse, 
je  ne  le  nie  pas,  mais  cette  ressemblance  parfaite 

La  sagesse  est  dans  le  Verbe,  non  pas  dans  l'ame.   Car  les 

dilTere  de  la 

force.       qualites,  qui  ne  sont    qu'une  meme    chose  dans  le 

Verbe,  a  cause  de  la  singuliere  simplicite  de  la 
nature  divine,  n'ont  pas  neanmoins  un  meme  effet 
dans  l'ame,  mais  s'accordent  a  ses  divers  besoins. 
D'apres  cela,  c'estdoncautre  chose  pour  l'ame,  d'etre 
raniuiee  par  la  force,  et  d'etre  conduite  par  la  sagesse. 
Car,  bien  que  la  sagesse  soit  puissante  et  la  puis- 
sance douce,  pour  conserver  toutefois  aux  paro- 
les la  signification  qui  leur  est  propre  et  naturelle, 
la  force  emporte  dans  son  sens  quelque  vigueur  de 
l'ame,  et  la  sagesse,  line  moderation  d'esprit,  ac- 
compagnee  d'uue  douceur  spirituelle.  Je  crois  que 
l'Apulre  l'a  designee, lorsqne,  apres  avoir  fail  beau- 
cou[>  d'exhortalions  au  sujet  de  la  force,  il  ajoute, 
pour  ce,  qui  concerne  la  sagesse  :  «  Dansla  douceur, 
dans  l'Esprit-Saint  (11  Cnr.  vi,  Cj.  »  II  y  a  done 
de  l'honneur  a  rosier  fernie,  a  resistor,  a  repous- 
serla  violence  par  la  violence,  qui  sont  les  proprietes 
de  la  force  et  du  courage,  mais ily  a  aussi  beaucoup 
de  travail.  Ce  n'est  pas  la  meme  cbose  de  defen- 
dre  voire  honneur  avec  peine  et  avec  danger,  et 
de  le  posseder  en  repos.  Ce  n'est  pas  la  meme 
chose  de  travailler,  el  de  jouir  du  fruit  de  son  tra- 
vail.  Or,  la  sagesse  jouit  de  tons  les  travails  de  la 
verlu,  et  ce  que  la  sagesse  ordonne,  delibere,  res- 
senl,  la  vertu  Texecute. 
Qo'est-ceque      8.  «  Eerivez  sur  la   sagesse  dans  le  repos    (Eccli. 


la  sagesse. 


sxxviu,  25),  »  dit  leSage.  Le  repos  de  la  sagesse  est 

done  un  travail,  et  plus  la  sagesse  se  repose,    plus 


SUR  LE  C.VNTIQUE  DES  CA.NTIQUES.  577 

elle  travaille  a  sa  maniere.  Au  contraire,  plus  la 
vertu  est  eprouvee,  plus  elle  a  d'eclat;  et  elle 
ne  se  monlre  dans  son  lustre  qu'au  milieu  des  dif- 
fieultes.  Si  on  vent  definir  la  sagesse,  l'amour  de 
la  vertu,  peut-etrequ'onnesetrompera  pas,  car  ou est 
l'amour  d  n'y  a  plus  de  travail,  il  n'y  a  que  des 
delices,  peut-etre  meme  le  mot  sagesse  tire-t-il 
son  nomde  saveur,  parce que c'estcommel'assaison- 
nement  de  la  vertu  qni  lui  donne  du  gout  et  de  la 
fa veur,  an  lieu  que  d'elle-memo  elle  est  rude  et 
insipide.  Je  crois  done  que  l'onpeut  dire  aussi  que 
la  sagesse  est  le  gout  du  bien.  Nous  avons  perdu  ce 
gout  presque  des  le  commencement  de  notre  ori- 
gine.  Des  que  le  renin  de  l'ancien  serpent  a  cor- 
rompu  et  infeste  notre  ame,  elle  a  commence  a  ne 
plus  gouter  le  bien  et  un  gout  deprave  a  pris  la 
place  de  celui  qui  lui  etait  naturel.  «  Car  les  incli- 
nations et  les  pensees  de  l'homme  sont  portees  au 
mal  dessajeunesse  [Gen.vm,  21),  e'est-a-dire  depuis 
la  folio  de  la  premiere  femme;  e'estdone  la  foliedela 
femmequi  nous  a  fait  perdrele  gout  du  bien,  parce  que 
la  malice  du  serpent  a  trompe  sa  folle  simplicite. 
Mais  cela  meme  qui  a  fait  vaincre  la  malice  pour 
un  temps  la  vaincra  pour  l'eternite.  Car  la  sagesse 
a  rempli  de  nouveau  le  corps  et  le  cceur  d'une 
femme,  alin  que  comme  nous  etions  tombes  dans 
la  folie  par  une  femme,  nous  fussions  retablis  dans 
la  igesse  parnne femme.  Et  maintenant  la  sagesse 
surmoute  oonslamment  la  malice  dans  Fame  de 
ceux  on  elle  enlre,  on  detruisant  par  une  bonne 
saveur  cede  du  mal  que  colle-la  y  avait  apportee. 
La  sagesse,  en  entrant  dans  une  ame,  lui  rend 
insipides  tons  les  plaisirs  de  la  chair,  purilie  l'eii- 
tende.ment,  guerit  et  repare  le  sentiment  spirituel 


'  al.  datis.  tanda  in  donis*  optimis,  descendens  et  ipsa  desursum  a 
Palre  Verbi.  El  si  quia  exislimet  idpei  omnia  earn  quod 
sapienliam  esse,  non  inGcior,  sed  in  Verbo,  non  in  ani- 
raa.  Quae  eniui  in  Verbo  pro  ejus  singular]  divinae  natu- 
rae simplicilate  unum  sail,  unum  tamen  effectum  in 
anima  nun  habent,  sed  ad  illius  varias  et  diversas  neces- 
sitates, veluli  di versa,  sese  parlicipanda  ace  iramodant. 
Juxia  quam  rationeai  profecto  aliud  est  animo  virtute 
agi,  et  aliud  snpiealia  regi  :  aliud  dpminari  in  virtute, 
aliud  in  suavitale  deliciari.  Licet  naaique  et  sapienlia 
potens,  et  virtus  suavis  exsistat  ;  ut  tamen  propriasqui- 
busque  reddamus  vocabulis  significantias,  vigor  virtu tem, 
sapienli.im  placiditas  animi  cum  spiritual!  quidam  sua- 
vitale demonstrat.  Hanc  puto  ah  Apostolo  designatam, 
ubi  post  multa  hortamenta  pertiaanlia  ad  virtutem,  ad- 
jecit  quod  sapientiae  est  :  hi  suavitafe,  in  S/'iritu-Sunclo. 
Igitur  stare,  resislere,  vim  vi  repnllerc,  qua;  utiqae  in 
partibus  virtulis  depulanlur,  honor  quidem,  sed  labor  est. 
Non  est  cnim  idipsum  honorem  tuum  laboriose  defen- 
ders, et  quiele  possidere.  N  in  est  idem  virtute  agi,  et 
virtute  frui.  Quidquid  virtus  elaboral,  sapienlia  fruitur  : 
et  quod  sapienlia  ordinat,  deliberat,  moderatur;  virtus 
exscquilur. 

8.  S'ipientiam  scribe  in  otio,  ait  Sapiens.  Ergo  sapien- 
tial olia  negotia  sunt,  et  quo  otiosior  sapienlia,  eo  exer- 

T.   IV. 


.C'est  par 
Eve  que  le 

{iremier 
lumrae  a 
perdu  la 
sagesse  ou 
la  saveur 
du   bien. 


La  Sagesse 

eternelle 

nous  l'a 

rendue  par 

Marie. 


Efiets   de   la 

sagesse  dani 

lame. 


cilalior  in  genero  suo.  E  regione  virtus  exercitafa  cla- 
ri  ir  est,  eo  pie  probatior,  quo  officiosior.  Et  si  quis  sa- 
pientiam  virlulis  amore...  dil'linierit,  non  mihi  a  vero 
deviare  videlur.  Ubi  mi  tem  amor  est,  labor  non  est,  sed 
saim'.  Et  forte  sapientia  a  sapore  denominatur,  quod 
virtnli  accedens,  quoddam  veluli  condimentum,  sapidam 
reddat,  qua  perse  insulsa  quodam  nioJo  etasperasen- 
tiebatur.  Nee  duxcrim  reprchen  lcndnm,si  quissapientiara 

rem  boni  difiinial.  tlunc  saporcm  perJidimus  ab  ip- 
so pene  exortu  generis  noslri.  Ex  quo  cordis  palatum 
sensu  i  amis  praevalente  infecit  virus  serpentis  antiqui, 
ccepit  animae  non  sapere  bonum,  ac  sapor  noxiussubin- 
Denique  pro  ensus  hominis,  et aigitaliones 

alum  ab  adoleseentia,  hoc  est  ah  insipientia  prima 
millions.  Ita  insipientia  mulieris  saporem  boni  exclusit, 
quia  serpentis  malitia  mulieris  insipientiam  circumvenit. 
Sed  undo  malitia  visa  est  vicisse  ad  lempus,  inde  se 
victam  dolet  in  aeternum.  Nam  ecce  denno  Sapientia 
mulieris  cor  et  corpus  impievit,  ut  qui  per  feminam 
deformati  in  insipienliam  sumus,  per  feminam  reforme- 
murad  sapientiam.  El  nunc  assiduc  sapientia  vincit  ma- 
litiam  in  mentibus  ad  quas  intiuveiil,  saporem  mali, 
quem  ilia  invexit,  sapore  exterminans  meliori.  Intrans 
sapientia,  duni  sensum  carnis  infatuat,  purificat  intellec- 
tual, cordis  palatum  sanat  el  reparat.  Sano  palato   sapit 

37 


578 


GEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


On"c«t-« 

qu'tMre 

reforme 

>  la  sagesse. 


La  malice 

Mt  le  gout 

da  mal. 


Marques  aux- 

qoelles  on 

reconnalt 

la  vertu  et  la 

•agesse   dans 

une    &me. 


Dispositions 

a  la  s agesse. 


du  cceur,  et  ce  sentiment  etant  repare,  il  commence  mitre  1'homme  de  cceur.  Et  c'est   avec  raison  que 

a  pouter  le  bieii,  il  goute  meme  la  sagesse,  qui  est  nous  avons  mis  la  sagesse  apres  laforce;  puisquela 

le  bien  le  plus  excellent  de  tons.  force  d'esprit  est  en  effet  comme  un  foiulement  ine- 

9.  Combien  de  bonnes    actions   fait-on  sans  que  branlable,  sur  lequel  la   sagesse   se  batit  une   mai- 

ceux  qui  les  font  en   prennent  aucun  gout,  parce  son.  Or  il  a  fallu faire preceder  l'une et  r autre  de  la 

qu'ils  ne  se  portent  pas  a  le3  faire   par  l'dmour    de  connaissance  du  bien,  parce  qu'il  n'y  a  point  d'al- 

la  vertu,  mais  y  sont  obliges  ou  par  raison,  oil  par  liance  entre  la  lumiere  de  la  sagesse  rt  les  tenebres 

oi  casion,  on  pour  neees-iie?  Et,  an  contraire,  com-  de  l'ignorance.  11  a  fallu  de  mime  placer  avant  olio 

bien  de  mal    fait-on  sans  y  prendre  aucun  plaisir,  la  bonne  volonte,  parce  que  la  sagesse,  selon  la  Sa- 

mais  parce  qu'on  y  est  con iraint  par  la  crainte,  ou  gesse  mfime,    n'entrera  point  dans  une  ame  me- 

altire  par  quelque  desir,  plulot  que  par  la  satisfac-  chante  [Sap.  i,  4). 

tion  qu'on  Irouve  a  mal  faire?  Mais  reus  qui  agis-  10.  Apres  avoir  vu  comment    1'ame  recouvre    la 

sent  de  leur  propre  mouvemeut,   et  avec  une  vo-  vie  par  le  changement  de  volonte,  la  sante,  par  l'ins- 

lonte  deliberee,  ou  sont  sages,  et  ils  se  plaisent  dans  truction  que  Dieu  lui  donne,  la  stability,  par  le  cou- 

le  gout  et  la  douceur   de  la  vertu,  ou  ils  sont  me-  rage,  et  la  maturity ,  par  la  sagesse,  il  reste   a  lui 

cbants,  et  ils  se  plaisent  dans  le  mal,  sans  yetre  at-  trouver  la  beaute,   sans  quoi  elle  ne   peut   plairc  a, 

tires  par  l'esperauce  d'aucun  avantage  parliculier.  celui  qui  esfele  plus  beau  des  enfants  des  homines. 

Car  qu'est-ce  que  la  malice,  sinon  le  gout  qu'on  Car  elle  sait  qu'il  est  dit  :   «  Le  roi  concevra  de  l'a- 

trouve  au  mal  t  Heureuse  lame  qui  n'a  que  dugout  mow  pour  votre  beaute    [PsaL    xliv,  12).  »    Nous 

pour  tout  ce  qui  est  bien,  et  que   du    degoiit   pour  avons  enumere    beaucoup  de    biens    de  l'ame    qui 

tout  ce  qui  est  mal  ?  C'est  ce  que  j'appelle  etre  re-  sont  des  dons  du  Verbe,  la  bonne  volonte,  la  science, 

forme  a  la  sagesse,  et  avoir  le  bonbeur  d'eprouver  la  force  d'esprit,  la  sagesse,  et   cependaut  nous  ne 

la  victoire  dela  sagesse.  Car,  en  quoi  la  sagesse  sur-  voyons  point  que  le  Verbe  desire  rien  de  lout  cela. 

monte-t-elle  plus  visiblement  la  malice,   que    lors-  U  est    dit   seulement    :    «  Le  roi   concevra  de  l'a- 

que,  apres  avoir  bauni  le  gout  du  mal,  qui  n'est  au-  mour  pour  voire  beaute.    Et  ailleurs;   Le  Seigneur 

tre  chose  que  la  malice  meme,  l'ame  se  sent  pene-  regne,    il  s'est  revelu  de  beaute   [Psul.   xen,  1).  » 

tree  intimement  dune  saveur  douce  et  agreable  du  Comment  ne  desirerait-il    pas  un   semblable    vete- 

bien.  C'est  donca  la  force  asoutenircourageusement  ment  a   celle  qui  est  tout  ensemble  et   son  image 

les  afllictions,  et  a  la  sagesse  a  serejouir  dans  les  af-  et  son  Spouse  ?  Elle  lui  est   d'autant  plus  chere, 

lliclions.-fortiflervolrecceuretattendreleSeigneuren  qu'elle  lui  ressemble  davantage  .    En  quoi  consiste 

patience,  c'est  l'ouvrage  de  la  force;  gouter  et  voir  done  la  beaute  de  l'ame  ?  N*est-ce  point  dans  l'hon- 

combien  le  Seigneur  est  doux,  c'est  l'ell'et  de  la  sa-  netete?  bisons  que  oui,  puisqu'il  ne  nous    vient   a 

gesse.  Et  pour  que  chaque  vertu  eclate  d'avantage  cette  heure  rien  de  mieux.    Or    l'bonnetete   parait 

par  le  bien  qui  lui  est  naturel,   la  moderation  d'es-  dans  la  couduite  exterieure  ;    non  qu'elle  en  soil  la 

prit  fait  conuaitre  le  sage,  et  la  constance  fait  con-  cause,  mais  parce  que  c'est  par  elle  qu'on  la    con- 


Lacinquieme 

cause  c'est 

pour  reposer 

la  beaute  de 

l'ame. 


jam  bonum,  sapit  ipsa  sapientia,  qua  in  bonis  ullum  me- 
lius. 

9.  Quam  multa  fiunt  bona,  ct  non  sapiunt  facientibus  ! 
siquidem  non  sapore  boni  ad  ilia,  sed  au".  ratione,  aut 
qualicunque  occasione,  seu  necessitate  impellunlur  :  et 
e  contrano  multis,  quae  faciunt,  non  sapiunt  mala,  sed 
ad  h»c  inducuntur,  aut  metu,  aut  cupidilate  rei  cujus- 
piam  potius,  quatii  sapore  mali.  Qui  autem  transierunt 
in  affectum  cordis  an  I  sapientes  sunt,  et  ipsodeleclantur 
sapore  boni  :  aut  maligni  sunt,  et  in  ipsa  complacent 
sibi  matitia,  etiam  nulla  spe  allerius  commodi  blandi- 
enle.  Matitia  vero  quid,  nisi  sapor  est  mali  ?  Beata 
mens,  quam  sibi  totam  vindicavit  sapor  boni,  et  odium 
mali.  Hoc  reforuiari  ad  sapientiam  est,  hoc  sapientia; 
victoriain  feliciter  e.vperin.  Nam  in  quo  cvidentius  sapien- 
tia vincere  malitiaui  comprobatur,  quam  cum  exeluso 
sapore  mali,  qui  non  aliud  quam  ipsa  malitia  est,  boni 
quidam  intimus  sapor  mentis  inthna  occupare  tola  sua- 
vitate  senlitur  ?  llaque  ad  virtutem  special  tribulationes 
fortitersustinere  :  ad  sapientiam,  gaudere  in  triuulatio- 
nibus.  Confortare  cor  tuum,  et  sustinere  Dominum,  vir- 
tutis  est  :  gustare  et  videre  quoniam  suavis  est  Dominus, 
sapientiae  est.  Et  ut  magis  ex  propriae  bono  naturae  bo- 
num utrumque  clarescat  :  modestia  animi  probat  sapi- 


enlem,  contantia  virum  virtutis  ostendil.  Et  bene  post 
virtutem  sapientia  :  quod  virtus  sit  quoddam  quasi  sta- 
bile fundamentum,  super  quod  sapientia  aedilicet  sibi 
donium.  Opoituit  aulem  pracedere  notitiam  boni  :  quia 
non  est  socielas  luci  sapientiiE,  et  lenebris  ignorantiae. 
Oportuit  et  bonam  voluntatem  :  quia  in  malevolam  ani- 
ii, an i  non  introibit  sapientia. 

10  Jam  si  in  voluntatis  mutatione  reddita  innotuit 
animae  vita,  in  eruditione  sanitas,  in  virtute  stabilitas,  in 
sapientia  poslreino  maturitas  :  superest  ut  decorem  il li 
inveniamus,  sine  quo  specioso  forma  prae  liliisbominum 
placere  non  potest.  Denique  audit,  quia  concupiscet  rex 
decorem  tuum.  Quanta  enumeravimus  animae  bona,  do- 
na Yerbi,  voluntatem  bonam,  scientiam,  virtutem,  sapi- 
entiam, et  nihil  horum  Verbum  rex  concupiscere  legi- 
tur:sed  tanlum,  Concupiscet,  inquit,  rex  decorem  tuu:>^ 
Ait  Propheta  :  Dominus  regnuvit,  decorem  induit.  Qui- 
dni  iinagini  suae  pariter  et  sponsae  simile  cupiat  indu- 
mentum 1  Tanto  profecto  sibi  carior  ilia,  quanto  simili- 
or  erit  sibi.  In  quo  ergo  animae  decor?  An  forte  in  eo 
quod  honestum  dicitur  ?  Hoc  interim  sentiamus,  si  me- 
lius non  occurnt.  De  honesto  autem  exterior  interroge- 
tur  conversatio  :  non  quod  ex  ea  honestum  prodeat,  sed 
per  earn.  Nam  in  conscientia  et  habitatio  ejus,  et  origo. 


QUATRE-VINGT-CINQUIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANT1QUES. 


579 


nalt.Sademeureet  sonoriginesontdansla  conscience 
qui  ne  lire  son  eclat  que  du  temoignage  qu'elle  se 
rend.  II  n'y  a  rien  de  plus  resplendissant  que  cette 
lumiere,  rien  de  plus  glorieux  que  ce  temoignage, 

Qu'estce  que  lorsque  la  verite  brille  dans  l'ame,  et  que  lame  se 
tete.  voit  dans  la  verite  .  Mais  comment  s'y  voit-elle  ? 
Chaste,  modeste,  retenue,  circonspecte,  degagee  de 
tout  ce  qui  peut  obscurcir  la  gloire  d'un  temoignage 
si  avantageux,  ne  se  sentant  coupable  de  quoi  que 
ce  soit  qui  puisse  lui  faire  craindre  la  presence  de 
la  verite,  et  qui  l'oblige  a  detouruer  son  visage  en 
rougissant  comme  si  elle  ne  pouvait  soutenir  l'eclat 
trop  vif  de  la  luiniere  de  Dieu.  C'est  la  sans  doute, 
c'est  la  cette  beaute  que  Dieu  prend  le  plus  de 
plaisir  a  regarder  que  tous  les  autres  biens  de  l'ame. 
et  que  nous  nommons  honnetete. 

11.  Mais  lorsque  la  splendeur  de  cette  beaute  s'est 
repandueavec  plusd'abondance  jusque  dans  le  plus 
profond  du  coeur,  il  est  necessaire  qu'elle  se  pro- 
duise  au  dehors  comme  un  lampe  cachee  sous  le 

Efftts    ext6-  boisseau,  ou  plutot   comme   une  lumiere  qui  luit 

neur  de     dans  les  tenebres  et  qui  ne  saurait  etre  cachee  ;  de 
1'honneteUS.  .  -  .  «,     .  ,  . 

sorte  qu  u  sen  tut  une  ellusion  surle  corps  image 

de  l'ame;  le  corps  la  distribue  ensuite  par  tous  ses 
membres  et  par  tous  ses  sens,  si  bien  qu'elle  pa- 
rait  dans  ses  actions,  dans  ses  paroles,  dans  ses  re- 
gards, dans  son  rire  meme,  si  tant  est  qu'elle  sou- 
rie,  ce  qu'elle  ne  fait  qu'avec  gravite  et  retenue. 
Lors  done  que  tous  les  mouvemenls  du  corps,  tous 
ses  gestes,  toutes  ses  demarches  sout  graves,  pures, 
modestes,  eloignees  de  toute  licence,  de  loute  lege- 
rete,  de  toule  mollesse,  de  toute  indecence  ,  alors 
la  beauts  de  l'ame  est  visible,  pourvu  qu'il  ne  se 
cache  point  d'hypocrisie  en  elle.  Ciril  peut  se  faire 
que  toutes  ces  choses  soient  feintes,  et  ne  parteut 


pas  de  l'abondance  du  cceur.  Et  pour  mettre  cette 
beaute  dain  tout  son  lustre,  definissons,  s'll  vous 
plait,  l'honnetete,  etdisonsen  quoi  nous  la  meltons. 
C'est  une  eandeur  de  l'ame,  qui  a  soin  de  joindre 
une  reputation  avantageuse  avec  une  bonne  cons- 
cience; ou,  selon  l'Apotre:  «  De  faire  le  bien  non 
seulement  devant  Dieu,  mais  encore  devant  les 
homines  (2  Cor.  m,  21).  »  Heureuse  l'ame  qui  s'est 
revetue  de  cette  beaute,  de  cette  blanche  ur  celeste 
de  l'innocence,  par  laquelle  elle  acquiert  une  con- 
formity glorieuse,  non  avec  le  monde,  mais  avec  le 
Verbe  dont  il  est  dit,  qu'il  est  la  lumiere  et  la  vie 
eternelle,  et  l'iinage  de  la  substance  de  Dieu  {Eeb. 
i,3). 

12.  De  ce  degre,  l'ame  commence  deji  a  penser   La  g^ma 
a  son  mariage  avec  le   Verbe.  Comment  n'y  pense-   cau"e  ce'1 

^    r  pour  que 

rait-elle  pas,  quand  elle  se  voit  d'autant  plus  nubile,     1'ame  soil 

pour  ainsi  parler,  qu'elle   lui   est  plus  semblahle  ?      econ  e' 

Lamajestede  cet  epoux  ne  l'epouvante  point,  parce 

que  sa  ressemblance  l'associe  avec  lui,  son   amour 

l'unit   a    lui,  sa  profession  la  fiance    avec  lui.    Or 

voici  la  forme  de  sa  profession  :  «  J'ai  jure  et  resolu 

de  garder  les  ordounances  de  votre  justice   (Psal. 

cxvn,  106).  »  Les  apotres  avaient   sum  cette  forme 

lorsqu'ils    disaient:    «  Vous  voyez  que  nous   avons 

tout  quitte  pour  vous  suivre  [Malik,  xix,  27).  »  Ce 

qui,  sou?  la  liguredu  mariage  charnel,  doits'enten- 

dre  du  mariage    spirituel  de  Jesus-Christ  et  de  l'E- 

glise  est  encore  semblable  :  «  C  estpourquoi  l'hom- 

me  laissera  son  pere  et   sa  mere  et  s'attachera  a.sa 

femme,    et  ils    seront  deux   en   une    meme  chair 

(Epli.es.  v,  31).  »    Et  dans  le  Prophete  l'Epouse   se 

gloritie  en  ces  termes  :  «  Pour  rnoi,  mon  plus  grand 

bien,  c'est  de  m'altacher  a  Dieu,  el  de  mettre  mon 

esperauce  dans  le  Seigneur  (Psal.  lxx.ii,  28).  »  Lors 


Siqnidem  clarilas  ejus,  leslimonium  conscientiae.  Nihil  hac 
luce  clarius,  nihil  hoc  gloriosiusteslimonio,  cum  Veritas  in 
menle  fulget,  et  mens  in  veritate  se  videt.  Sed  qualem?  Pu- 
dicam,  verecundam,  pa vidam,circu mspectam, nihil peni- 
tus  admittentein  quod  evacuet  gloriam  conscienlise  attes- 
tants :  in  nullo  conseiam  sibi,  quo  erubescatpra'sentiam 
veritatis,  quo  cogatur  avertere  faciem  quasi  confusam  et 
repercussam  a  luaiine  Dei.  Hoc  plane,  hoc  illud  deco- 
rum est,  qusd  super  omnia  bona  animae  divinos  oblectat 
aspectus;  et  nos  nominamus,  ac  diflinimus  honcstum. 

11.  Cum  aulem  decoris  hujus  claritas  abundantius  in- 
tima  cordis  repleverit,  prodeat  foras  neceose  est,  tan- 
quam  lucerna  latens  sub  modio,  imo  lux  in  tenebris 
lucens,  latere  nescia.  Porro  etTulgentem,  et  veluti  qui- 
busdam  suis  radiis  erumpenlem,  mentis  simulacrum 
corpus  excipit,  et  diffundit  per  membra  et  sensus,  qua- 
lenus  omnis  inde  reluceat  aecio,  sermo, aspectus,  inces- 
»us,  risus  (si  tamen  risus)  mixtus  gravitate,  et  planus 
honesti.  Horum  et  alio:um  profecto  artuum  sensuumque 
motus,  gestus  et  usus,  cum  apparuerit  serius,  purus. 
modestus,  totius  etpers  insoleniias  alque  lasciviae,  turn 
levitatis,  turn  ignavias  alienus,  aaquitati  autem  accom- 
modus,  pietati  officiosus  ;  pulchritudo  animae  palam  erit, 
si  tamen  non  sit  in  spiritu  ejus  dolus.  Potest  enim  fieri 


ut  simulentur  omnia  hac  et  non  ex  abundantia  cordis 
taliler  moveantur.  Et  ut  magis  eluceat  is  animae  decor, 
ipsum,  si  placet,  honestum,  in  quo  hunc  Iocandumeen- 
suimus,  dil'liniatur ,  mentis  ingeuuitas,  sollicita  servare 
cum  conscientia  bona  famae  integritatem.  Vel,  juxta 
Apostolum,  providere  bona,  non  tantum  coram  Deo, 
sed  etiam  coram  hominibus.  Beata  mens,  quas  hoc  se 
induit  castimoniae  decus,  et  quemdam  veluti  ccelestis 
innocentiae  candidatum,  non  mundi,  sed  Verbi,  de  quo 
legitur,  quod  sit  candor  vitw  aiternm  Splendor  et  figura 
substantia  Dei. 

12.  Ex  hoc  jam  gradu  audet  quae  hujusmodiest,  cogi- 
tare  de  nupliis.  Quidni  audeat,  eo  se  nuhilem,  quo  si- 
milem  cernens  ?  Non  terret  celsitudo,  quam  sociat  si- 
mditudo,  amor  conciliat,  professio  maritat.  Professionis 
forma  hae^  est  :  juravi  et  stalui  custodire  judicia  justi- 
tue  tux.  Hanc  secuti  Apostoli  aiebant  :  Ecce  nos  reli- 
quimu-i  omiia  et  secuti  sumus  te.  Simile  est  illud  quod 
in  carnali  quidein  connubio  dictum,  Christi  et  Ecclesiae 
connubium  spirituale  signavit  :  propter  hoc  relinquet 
homo  patrem  suurn,  et  niatremsuum,  et adluerebit  uxori 
sues  ;  et  erunt  duo  in  earns  una,  et  apud  Prophetam 
gloriatio  maritalae  :  Mihi  autem  adhcerere  Deo  bonum 
est,  ponere  in  domino  Deo  spent  meam.  Ergo  quam  vi- 


580 


OEUVRES  DE  SAINT  BEHNAUD. 


Quelle  est  donc  mle  rous  TCHPei  llr>c-  ame  tpi'j  aptvs  avoir  tout 
)'ftpon«e  du  quitti>  s'attaehe  au  Verbe  par  tons  les  desirs  de  son 
coaur,  tie  vit  que  pour  le  Verbe,  se  conduit  par  le 
Verbe,  concoit  du  Verbe  pour  enfanter  pour  le 
Verbe,  en  sorte  qu'elle  puisse  dire  :  h  Jesus-Christ 
est  ma  vie,  el  ce  m'esl  mi  grand  avantage  de  mou- 
rir  pour  lui  {Philip,  l,  21),  »  eroyez  qu'elle  est  l'E- 
potise  ilu  Verbe.  Sou  Epoux  peut  se  reposer  en  elle 
avee  confiance,  en  sachantque  1'ame  qui  a  mepris6 
tout  pour  l'amour  de  lui,  et  quiregarde  lout  comme 
du  fumier  pour  le  gagm  c  el  le  posseder  unique- 
nient.lui  est  ndele.  II  savait  que  telle  etait  l'ame  de 
eelui  dontildisait :  nCelui-la m'est un  vase  d'eleclion 
Act.  ix,  LS  .  o  Certes  l'ame  de  saint  Paul  etait  une 
bonne  mere  et  une  epouse  lidele,  lorsqu'il  disait : 
«  Mes  pelits  enfants  que  je  concois  de  nouveau 
dans  mon  sein  jusqu'a  ce  que  Jesus-Christ  soit 
forme  en  vous  [Galat.  iv,  19).  » 

13.  Mais  remarquez  quedansle  mariagespirituel 

ily  a  deux  sorles  d'enfanlenients,  et  par  consequent 

deci  sones  deux  sortes  d'ent'ants  qui  sans  elre  contraires  sont 

d  enfaiile-  1 

meDis.  ditlerents,  car  les  sautes  meres  engendrent  des 
ames  a  Dieu  par  la  predication,  ou  produisent  des 
intelligences  spirituelles  par  la  meditation.  tffans 
cetle  derniere  sorte  d'enl'aiitements  il  arrive  quel- 
quefois  que  l'ame  est  tellement  transportee  hors  de 
soi  et  detachee  des  sens,  qu'elle  nese  sent  pas  elle- 
meme,  bien  qu'elle  sente  le  Verbe.  Cela  arrive 
lorsque  etant  pleine  de  la  douceur  ineffable  du 
Verbe,  elle  se  derobe  a  elle-meme  en  quelque  fa- 
con,  ou  plutot  est  ravie  et  s'eckappe  de  soi  pour 
jouir  du  Verbe.  L'ame  n'est  pas  dans  la  meme  dis- 
position lorsqu'elle  fait  du  fruit  par  le  Verbe,  et 
lorsqu'elle  joint  du  Verbe.  En  l'un,  elle  est  pressee 
paries  soins  du  prochain,  en  l'autre  elle  est  attuve 
par  les  douceurs  du  Verbe.  C  est  une  mere  quia 
veritablenient  beaucoup  de  joie  d'engendrer  des  en- 


Dans  le 
manage  spi- 
rituel  ii  y  a 


Le  ravisse- 
roeot  de  la 
contempla- 
tion. 


fants  spirittiels,  mais  qui  en remit  bien  davantage 
des  cli  isles  embrassi  nienls  de  son  epoux.  Ses  en- 
fants lui  sunt  chers  el  precieux,  mais  les  baisersde 
son  epoux  lui  sont  intiniment  |ilus  agreables.  C'est  r_a  >ept;emc 

une  bonne  chose  de  sauver  plusieurs  ames,  mats  il    c,U5.e  ■*"} 

1  pourjouirdu 

est  bien  plus  doux  de  sortir  comme  hors  de  soi,  et  Verbe. 
d'etre  avec  le  Verbe,  Mais  quand  cela  arrive-t-il,  et 
combien  cela  dure-t-il  I  Cest  un  doux  commerce, 
mais  il  est  bien  court  lorsqu'on  I'eprouve,  et  il  est 
bien  rare  de  l'eprouver,  Et  c'est  la,  ce  mesemble, 
la  septieme  raison  pourlaquelle j'ai dit  plusettout, 
que  lame  cherche  le  Verbe,  c'est  atin  de  jouir  de 
ces  douceurs. 

l!i.  IVul-i'lre  me  demandpra-t-on  encore  ce  que  Qo'est-ceque 
c'est  que  jouir  du  Verbe.  Je  reponds  qu'on  doit  le  Verbe. 
demander  plutot  a  eelui  qui  l'a  eprouve,  croyez- 
vous  que  je  f » i i i ~ - . ■  vous  decouvrir  ee  raystere  inef- 
fable? Ecoulezqtielqii'ira  qui  1' avail  eprouve  :  «  I.ors- 
que  nous  nous  elevons  extraordinairement,  c'est 
pour  Dieu,  et  lorsque  nousparlons  d'une  manure 
moins  elevee  ,  c'esl  pour  nous  proporlionner  a  vo- 
ire faihlesse  (II  Cor.  v,  13).  »  C'esl-a-dire,  lorsque 
je  m'enlretiens  avec  Dieu,  seul  a  seul,  je  parle  au- 
trement  que  lorsque  je  parle  pour  vous  instruire. 
J'ai  eprouve  la  douceur  de  cet  entretien,  mais  je  ne 
puis  vous  dire  ce  qui  s'y  passe.  El  quant  a  eelui 
que  j'ai  avec  vous,  jetache  de  condeseendre  a  vo- 
ire inlirmile,  alin  que  vous  puissiez  comprendre  ce 
que  je  vous  dis.  0  vous,  qui  desirez  savoir  ce  que 
c'est  que  de  jouir  du  Verbe,  preparez  voire  esprit, 
non  vos  oreilles.  Ce  n'est  pas  la  langtie,  mais  la 
grace  qui  enseigne  un  si  haut  secret.  II  se  cache  aux 
sages  et  aux  prudents,  et  ne  se  revele  qil'aux  pe- 
tits.  L'humilite,  mesfreres,  est  une  grande  vertu. 
C'est  une  grande  vertu,  je  le  ropete,  puisqu'elle  me-  nn'est  donn4 
rite  d'eprouver  ce  qui  ne  s'apprend  point  par  les  qa'aoi  petits 
j-  »         ■  ii  .    r  i-  •    •  •  delepron- 

discours,  et  qu  elle  est  digne  d  acquerir  ce  qui  ne        ?er. 


deris  animam  relectis  omnibus,  Vcrbo  votis  omnibus 
adhaerere,  Verba  <  ivere,  Verba  se  regere,  dc  Verbo  ron- 
cipere  quod  parial  Yerbo ;  qwe  possit  dicere,  Milii  vire- 
re  Chritlus  est,  el  mori  lucrum  :  puta  conjiueai,  Veibo- 
que  muritutam.  Conlidit  in  ca  cor  viri  stu,  sciens  lide- 
lem,  qua?  prsB  se  omnia  spreverit,  omnia  arbitretur  ut 
slercora,  ut  sibi  ipsum  lucrifaCiat.  Talem  novcral,  dc  quo 
diceLat  :  fas  eleclionus  est  milii  isle.  Prorsus  pia  mater 
et  Ddclis  viro  suo  anima  Pauli,  cum  riicerel  :  Filiolimei, 
guos  iterum  parturio,  dome  formelur  Christus  in  robis. 
13.  Sed  allende  in  spirituali  malrimonio  duo  esse  ge- 
nera pariendi,  et  c.\  buc  etiatn  diversas  soboles,  sed  non 
adversas  :  cum  sanely  malres  ai.t  pnedicando  animas, 
aut  medilanto  intelligenlias  pariunt  spirituales.  In  hoc 
ultimo  geneie  ipjerdum  excedilur,  et  seceditar  etiana  a 
corporcis  seusibus,  ut  sese  non  senti.it  qu»!  Verbum 
sentit.  Hoc  lit,  cum  mens  ineOabilis  Verbi  illecta  dulce- 
dine,  quodam  modo  se  sibi  furatur,  imo  rapitur  alque 
elabilur  a  seipsa,  ut  Verbo  fiuatur.  Abler  sane  alficitur 
mens  fructificans  Verbo,  aliter  fruens  Verbo.  Illic  solli- 
citat  necessitas  proximi,  hie  invilat  suavitas   Verbi.    Et 


quidem  la'ta  in  prole  mater  :  sed  in  amplcxibus  sponsa 
laetior.  Caia  piguora  filiorum  :  sed  osculaplusdelectant. 
Bonum  est  salvare  in n If os  :  excedere  autem  et  cum  Ver- 
bo esse,  mullo  jucundius.  Al  qnando  hoc,  aut  quandiu 
hoe  ?  Dulce  comnicrcium  :  sed  breve  moinenlum,  et 
experimental!]  rarum.  Hoc  est  quod  supra  post  alia  nie- 
mini  me  dixisse,  quaerere  utique  animam  Verbum,  quo 
fruatur  ad  j  icunditalem. 

14.  Pergal  quis  foraitan  quaerere  a  me  etiam,  Verbo 
frui  quid  sit  '?  Respondep  :  Qmerat  polius  cxpertum  a 
quo  id  quadrat.  Aut  si  et  mini  experiri  darctur,  pntas 
me  posse  eloqui  qnod  ineffabile  est  ?  Audi  cxpertum  : 
Stve,  inquil,  mente  excedimus,  U'n;  are  sobrii  sumKi 
vobis.  Hoc  est,  aliud  mini  cum  Deo,  solo  arbitror  Deo: 
aliud  vobiscum  mihi.  Ill ud  licuit  experiii,  sed  minime 
loqui  :  in  hoc  ita  eondescendo  vobis,  ut  et  ego  dicere, 
et  vos  capere  valealis.  0  quisquis  curiosus  cs  scire  quid 
sit  hoc,  Verbo  frui  ;  para  illi  non  aurcm,  sed  mentem. 
Non  docet  hoc  lingua,  sed  docet  gratia.  Absconditur  a 
sapientibus  et  prudentibus,  et  revelatur  parvulis.  Magna 
fratres,  magna  et  sublimis  virtus  humilitas,  quae  prome- 


QUATRE-VINGT-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


581 


se  peut  enseigner,  de  concevoir  du  Verbe  qui  est    esperer  un  jour?  N'est-ce   pas  comme  une   verge 


la  parole  de  Dieu,  ce  qu'elle-meme  n'a  point  de  pa- 
roles pour  expliquer.  Pourquoi  cela?  Ce  n'est  pas 
qu'elle  merit*?  d'obtenirune  sigrande  fa  veil  r,  mais 
c'estlebon  plaisir  duPeredu  Verbe  epoux  de  l'ame, 
Jesus-Christ  Notre-Seigneur,  qui  etant  Dieu  est 
eleve  par  dessus  tout  et  beni  dans  tous  les  siecles 
des  siecles.  Ainsi  soit-il. 

SERMON  LXXXVI. 

Modestie  el  retenue  de  I'Epouse  guand  elie  cherche  le 
Verbe.  Eloge  de  la  modestie. 

1.  Je  crois  qu'on  ne  me  deuiandera  plus  mainte- 
nant  pourquoi  l'ame  cherche  le  Verbe  ;  car  nous 
l'avonsamplement  montre.    Continuous  a  expliquer 


de  correction,  qui  sans  cesse  presente  devant  ses 
yeux,  reprime  en  lui  tous  les  mouvements  d'un  age 
porte  au  dcsonlre  et  toutes  les  actions  legeres  ou 
insolentes.  Qu'y  a-t  il  de  plus  conlraire  aux  paro- 
les honteuses  et  aux  actions  deshonneles?  La  pu- 
deur  est  sceur  de  la  continence.  11  n'y  a  point  de 
marque  plus  visible  d'une  simplicite  de  colombe, 
ni  detemoin  plus  siir  do  I'innocence  de  l'ame.  C'est 
une  lampe  qui  luit  sans  cesse  dans  une  ame  chaste, 
en  sorle  qu'il  n'y  peut  rien  entrer  d'impur  et  d'in- 
decent  qu'elle  ne  le  decouvre  a  l'heure  meme. 
C'est  l'exterminatriee  de  tous  les  vices,  la  protec- 
trice  de  la  candeur  naturelle  de  l'ame,  la  gloire  de 
la  conscience,  la  gardienne  de  la  bonne  reputation, 
l'ornement  de  la  vie,  le  tr6ne  et  les  premices  des 
vertus,  la  gloire  de  la  nature,  et  l'enseigne  de  toule 
ce  qui  reste  du  verset  du  Cautique,  seulement  pour    honnetete.    Combien  la  rongeur  meme  des   joues, 


Be!  eloge  de 
la  modestie. 


La  modestie  ce   qui   regarde  la  morale.    Remarquez  premiere- 

tres"a*reabie  men'  'a  pudeur  de  I'Epouse,  car  je  ne  sais  si  ce 

n'est  point  une  des  plus  belles  vertus  qu'uu  homme 

puisseposseder.  J'ai  dessein  avanttoutde  la  prendre 

dans  nies  mains,  si  je  puis  ainsi  parler,  et  de  cueillir 

cette   belle  lleur  pour  la  presenter  a  nos  jeunes 

gens.    Ce  n'est  pas  que  ceux  qui  sont  dans  un    age 

plus  avance  ne  ladoivent  aussi  conserver  avec  soin, 

puisqu'elle  est  l'ornement  de  tousles  ages  de  la  vie, 

Sortout  chez  mais  c'est  que  la  grace   d'uue  tendre  pudeur  brille 

"gens"6'    d'un  plus  grand  et  plus  vif  eclat  dans  un  age  plus 

tendre.  Qu'y    a-t-il    de  plus  aimable   qu'uti  jeune 


causee  par  la  honte,   donne-t-elle  de  graces  et  d'a- 
grements  ! 

2.  La  pudeur  est  un  bien  si  naturel  de  Time, 
que  ceux  memes  qui  ne  craignent  point  de  mal 
faire  ont  honle  toutefuis  de  se  montrer.  Selon 
cette  parole  du  Seigneur  :  aQuiconque  fait  mal  hait 
la  lumiere  (Juan,  in,  20).  »  Ne  voyons-nous  pas 
aussi,  dit  l'Ap6tre,  que  ceux  qui  dorment,  dorment 
la  nuit,  et  que  ceux  qui  s'enivrent  le  font  durant  la 
nuit,  et  couvrent  de  tenebres  ces  ceuvres  de  tene- 
bres  dignes  d'etre  eternellement  cachees  ?  II  faut 
neanmoins  ici  mettre  une   difference   entre  la  -pu- 


ll y  a  une 

sorte  de 

pudeur  meme 

chez  les 

pecheura. 


homme  modesle  ?  Que  cette  perle  des  vertus  parait  deur  de  ces  personnes  et  celle  de    I'Epouse,   en   ce 

belle    et  brillante  dans  la  vie  et  sur  le  visage    d'un  qu'ils  n'ont  point  honte  de    commettre  ces  actions, 

jeune  homme  !  Quelle  marque  certaine  et  veritable  mais  seulement  qu'on  les  decouvre,  c'est  pourquoi 

de   la  boute  de  son  naturel,  et  de  ce  qu'on  en    doit  ils  les  cachent,  au  lieu  que  I'Epouse  ne    les  cache 


retur  quod  non  docetur,  digna  adipisei  quod  non  valet 
addisci,  digna  a  Vcrbo,  et  de  Verbo  concipere,  quod 
suis  ipsa  verbis  explicare  non  potest.  Cur  hoc  ?  non 
quia  sic  merilum,  sed  quia  sic  placitum  coram  Patre 
Verbi  sponsi  animas,  Jesu-Chrisli  Domini  nostri,  qui  est 
super  omnia  Deus  benedictus  in  sa?cula.  Amen. 

SERMO  LXXXVI. 

De  caute/a  el  verecundia  sponsce  gucerentis  Verbunt;  et  de 
commendatione  verecundia?. 

1.  Non  est  quod  a  me  jam  quaeratur,  cur  quaerat  ani- 
ma  Verbum  :  salis  superque  id  intimalum  supra.  Age, 
proscquamnr  reliqua  pra?sentis  capituli,  dunlaxat  qua? 
ad  mores  spectant.  Ubi  primam  nunc  adverle  Sponsae 
verecimdiam,  qua  nescio  an  quidquam  gratius  adverli  in 
moribus  hominum  queat.  Hanc  primo  omnium  libet 
quodam  modo  in  manilms  sumcre,  et  quasi  speciosum 
quemdam  tlorem  decerpere  loco,  nostrisque  apponere 
adolescenlibus.  Non  quia  non  sit  el  in  provectiori  aelale 
omni  studio  retinenda,  quae  est  certe  omnium  ornatus 
a?talum  :  sed  quod  tenerae  gratia  verecundia?  in  tenerio- 
ri  stale  amplius,  pulchriusque  eniteat.  Quid  amabilius 
verecundo  adolescente  ?  Quam  pulchra    ha?c,   et  quam 


splendida  gemma  morum  in  vita  et  vultu  adolescentis  I 
quam  vera  et  minime  dubia  bonae  nuntia  spei,  bona?  indolis 
index!  Virga  disciplinae  est  illi,  qua?  pudendisatTectibus 
imminens,lubricae  a?tatis  motus,  actusque  leves  coerceat, 
comprimat  insolentes.  Quid  ita  turpiloquii,  et  oninis 
deinceps  turpiltidinis  fugitans?  Soror  continentia?  est. 
Nullum  aeque  manifestum  indicium  columbina?  simplici- 
tatis  :  etideoetiam  testis  innocentiae.  Lampasest  pudicae 
mentis jugiter  lucens,  ut  nil  in  ea  turpe  vel  indecorum 
residereattentet,quod  non  ilia  illico  prodat.  Ita  expunc- 
trix  malorum,  et  propugnatrix  puritatis  innalae,  specia- 
lis  gloria  conscientia?  est,  famae  custos,  vitae  decus,  vir- 
tues sedes,  virtulum  primitia?,  natura>  laus,  et  insigne 
toliushonesti.  Rubor  ipse  genarum,  quem  forte  invexerit 
pudor,  quantum  gratia?  et  decoris  suffuso  atTerre  vultui 
solet? 

2.  Usque  adeo  genuinum  animi  bonum  verecundia  est, 
ut  et  qui  male  agere  non  verentur,  videri  tamen  vere- 
cundentur,  dicente  Domino  :  Omnis  -gui  male  agit,  odit 
lucem.  Sed  et  qui  dor-miunt,  node  dormiunt ;  et  qui ebrii 
sunt,  node  ebrii  sunt  :  opera  nimirum  tencbrarum,  el 
digna  latcbris,  tenebris  occultanles.  lnleresl  tamen,  quod 
occulta  dedecoris,  qua?  verecundia  horum  non  habere, 
sed  prodere  erubescit,  sponsa?  verecundia  omnino  non 
operit,  sed  exspuit,  sect  propellit.  Idcirco   ait  Sapiens 


532 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


pas,  mais  les  rejette  et  les  bannit  absolument.  Aussi,  la  faites  precealer  de  la  modestie,  en    disant  :    «  Je 

le  *  ige  dit-il,  «  qu'il  y  a  une  pudeur  qui  cause   le  suis  jeune  et  meprise,  mais  je  n'ai  point  oublie  vos 

peche,  et  une  pudeur  qui  apporte  de  la  gloiiv  (Eccl.  ordonnauces  (Psal.  cxvui,  lit).  » 

iv,  15) .  »  L'Epouse cherche  le  Verbe,  mais avec une  3.    Bienpltis,   U  taut  que  celui  qui  vent  bien 

certaine  pudeur;  elle  le  cherche,  en  etTet    dans  son  prier,  observe  oon-seulemeut  le   lien,  mais  aussi  le 

lit,  et  durant  la  unit  ;  cede  pudeur  est  glorieuse  et  temps  oil  il  le  doit  faire.  Les  lits  sont   plus  propres 


Pourquoi 

e.-t-il 

eommande 

de  prier  aa 

reveil. 


II  y  a  m 
temps 

puur  prier. 


non  criminelle.  Llle  le  cherche  pour  purifier  sa 
conscience,  elle  le  cherche  pour  servir  de  temoi- 
gnage  a  sa  purele,  afin  dep  uroirdire  :  alia  gloire 

c'est  le  temoigoage  de  ma  conscience  (2  Cor.  i,  12). 
J'ai  cherche  dans  mon  petit  lit  durant  les  units  ce- 
lui qu'aime  nion  ame  (Cant.  in).  »  Sa  pudeur,  si 
vous  y  prenez  garde,  vous  est  marquee  par  le  lieu 
et  par  le  temps.  Qu'y-a-t-il  de  plus  agreable  a  une 
persoune  rnodeste  que  le  secret?  Or  le  secret 
ne  se  trouve-t-il  pas  durant  la  unit  et  dans  le  lit? 
Aussi  est-ce  pour  cela  que  le  Sauveur  nous  com- 
mande  dVntrer  dans  notre  chambre  ,  lorsque  nous 
roulous  prier  (Alalt.'i.  vi,  C).  C'est  un  conseil  de 
prudence  a  la  verite,  de  peur  que  si  on  prie  publi- 
quemeut,  les  louanges  des  hommes  ne  nous  dero- 
bentle  fruit  de  notre  oraison,  et  ue  nous  en  fassent 
perdre  l'ellet :  mais  il  ne  laisse  pas  neanmoins  de 
nous  enseigner  la  modestie.  Car  qu'y-a-t-il  de  plus 
propre  a  cette  vertu  que  d'eviter  des  louanges  me- 
me  legitimes,  que  de  fuir  la  vaine  gloire?  11  est 
done  clairque  le  Fils  qui  estle  maitre  de  la  pudeur 
nous  a  ordonne  de  chercher  le  secret  dans  nos  pri6- 
res,  atin  de  conserver  la  modestie.  Qu'y-a-t-il  de 
plus  indecent,  surtout  a  un  jeune  homme,  que  de 
faire  montre  de  sa  saintele  ?  Et  neanmoins,  c'est 
principalement  a  cet  age  qu'on  est  propre  a  entrer 
en  religion  et  a  servir  Dieu,  selon  cette  parole  de 
Jereniie  :  «  II  est  avantageus  a  l'homme  de  porter 
le  joug  du  Seigneur  des  sa  jeunesse  (Thren,  m,  27). » 
Votre  oraison  aura  1'effet  que   vous  desirez,  si  vous 


et  plus  commodes  pour  t'oraison.  Et  surtout  du- 
rant le  silence  profond  de  la  nuit,  Cir  alors  la 
prie.re  est  plus  libre,  et  plus  pure.  «  Levez-vous 
durant  la  nuit,  dit  un  prophete,  lorsque  vous  eom- 
niencez  a  vous  eveiller,  et  repaudez  votre  cceur 
comme  de  l'eau  en  la  presence  du  Seigneur  voire 
Dieu  (Thren.  n,  19  .  »  Que  l'oraison  nionle  au  ciel 
avec  contiance  pendant  la  nuit,  lorsqu'ou  n'ena  que 
Dieu  seul  pour  temoin  avec  notre  ange  gardien  qui 
la  recoit  pour  La  lui, presenter  stir  1  aulel  celeste! 
Quelle  est  agreable  et  lumineuse  quand  la  pudeur 
lui  donneun  nouvel  eclat!  Quelle  est  sereine  ettran- 
quille,  quand  elle  n'est  troublee  par  aucun  bruit! 
Enfiu,  qu'elle  est  pure  et  sincere,  quand  elle  n'est 
point  souillee  par  l'impurete  des  soins  de  la  terre, 
ni  tenlee  par  les  louanges  et  les  flatteries  de  ceux 
qui  pourraient  etre  presents  !  C'est  done  pour  cela 
quel'Epouse,  qui  n'est  pas  moinsprudente  que  rno- 
deste, cherche  le  secret  du  lit  et  de  la  nuit  pour 
prier,  e'est-a-dire,  pour  chercher  le  Verbe.  Car 
c'est  la  merne  chose.  Autrement  vous  ne  priez  pas 
comme  il  faut,  si  dans  votre  priere  vous  cher- 
chez  quelque  autre  chose  que  le  Verbe,  ou  que 
vous  ue  le  cherchiez  pas  pour  le  Verbe,  parce  que 
touteschosessont  en  lui.  En  luisetrouvent  leremede 
de  nos  plaies,  le  secours  de  nos  miseres,  le  soula- 
gement  de  nos  faiblesses,  l'abondance  des  verbis  et 
de  toutes  sortes  de  biens  necessaires  et  avantageus 
aux  hommes.  C'est  done  sansraison  qu'on  demande 
autre  chose  que  le  Verbe,    puisqu'il   est   lui-meme 


II  ne  faut 

chercher  que 

Dieu  dans 

la  priere. 


Tout  est  dans 
le  Verbe. 


'  ai.  minister, 


Est  pudor  adducens  peccalum,  et  est  pudor  adducens 
gloriam.  Quaerit  Sponsa  Verbum  verecunde  quidem, 
quia  in  Iectulo,  quia  per  noctes  :  sed  haec  verecundia 
habet  gloriam,  non  peccatuni.  Quaerit  hoc  ad  purilica- 
tioneui  conscientiae,  quaerit  ad  testimonium,  til  possit 
dicere  :  Gloria  meaha:c  est,  testimonium  conscientiae  mea. 
In  lectulo  meo  per  noctes  quo?sivi  quern  diligil  anima 
men.  Verecundia  tibi,  si  adverlis,  et  loco  signatur,  et 
tempore.  Quid  tarn  amicum  verecundo  aninio,  quam 
secretum  ?  Puro  secretum  et  nox,  et  lectulus  habet. 
Denique  orare  volcntes  jubemur  intrare  cu  iculum, 
utique  secreti  gratia.  Id  quidem  ad  cautelam  :  ne  coram 
orantibus  laus  humana  oralionis  furetur  fructum,  frus- 
trctur  eflectum.  Sed  doceris  nihilominus  verecundiam 
sententia  hac.  Quid  tarn  proprium  verecundia:,  quam 
proprias  vitarc  laudes,  vilare  jactanliam?  Patet  i|iiod 
signanler  et  ad  verecundiam  orantibus  petere  secretum 
indixcril  pudoris  Mills  et  magisler.  *  Quid  tarn  indeco- 
rum, maxime  aloleseenti,  quam  oslentatio  sanotilatis? 
Cum  tamen  ab  bac  potissimum  aetate  aptum  profecto 
capiatur  .emporaneumque  rcligionis  exordium,  Jeremia 
dicente  ;  Bonum   est  homini,    si  portaverit  jugum  ab 


adolescentia  sua.  Bona  eommendatio  seruturae  orationis, 
si  praemittas  verecundiam,  dicens  :  Adolescent ulus  sum 
ego  et  contempt  us,  justiftcationes  tuas  non  sum  ob/itus. 
3.  Nee  modo  locum,  sed  et  tempus  observare  oporlet 
eum,qui  sibi  orare  voluerit.  Tempus  feriatum  commo- 
dius  aptiusque,  maxime  aulem  cum  profundum  noctur- 
nus  sopor  indicit  silentium,  tun6  plane  liberior  exit 
puriorque  oratio.  Cvnswge  in  node,  inquit,  in  principio 
vtgilmrum  tuaruni,  et  eflitutle  sicut  aguam  cor  tuum 
ante  conspectum  Domini  Dei  tui.  Quam  secura  ascendit 
de  node  oratio,  solo  arbitro  Deo,  sanctoque  angelo,  qui 
illam  superno  allari  suscipit  praesentandam  !  Quamgrati 
el  lucida,  verecundo  colorata  rubore  !  Quam  serena  et 
placida,  nullo  intcrlu rbata  clamore  vel  strcpitu  !  Quam 
denique  munda  atque  sincera,  nullo  respersa  pulvere 
terrcnae  sollicihidinis,  nulla  aspicientis  laudc  sen  adula- 
lione  tentata?  Piopier  hoc  ergo  Sponsa  non  minus  ve- 
rocunde,  quam  caule  ,  et  lecluli  secretum  petebat  et 
noctis,  orare;  hoc  est  Verbum  quaerere,  volens.  Unum 
est  enim.  Aliuquin  non  recle  oras,  si  orando  pnfiter 
Verbum  aliquid  quaeras,  aut  quod  propter  Verbum  non 
queras,  quoniam  in  ipso  sunt  omnia.    Ibi    remedia  vul- 


QUATRE-VINGT-SIXIEME  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE  DES  CANTIQUES. 


583 


Le  petit  lit 
de  l'Epouse 

est  la 

faibl'sse  de 

l'homme. 


que  toute  chose.  Car  quoique  nous demandionsquel- 
fois  des  biens  temporels  lorsque  nous  en  avons  be- 
soin,  si  ce  n'e^t  pour  l'amour  d\i  Verbe  que  nous 
les  demandons,  ainsi  que  nous  le  devons  faire,  ce 
n'est  pas  proprement  ees  biens,  mais  c'est  lui-me- 
nie  que  nous  demandons,  parce  que  nous  rappor- 
tons  toutes  ces  choses  a  son  service.  Ceux  qui  ont 
coutume  de  se  servir  de  toutes  les  choses  de  la 
terre  pour  lacher  de  nieriter  le  Verbe,  savent  bien 
ce  que  je  dis. 

h.  Examinons  encore  le  secret  du  lit  et  de 
la  unit,  pour  voir  s'il  n'y  a  point  quelque  autre 
chose  de  cache  qui  puisse  vous  etre  utile.  Si  par  le 
lit  nous  entendousl  inlirmile  de  la  nature  humaine, 
et  par  les  tenebres  de  la  nuit,  l'ignorance  de  cette 
meme  nature,  ce  n'est  pas  sans  raison  que  1  Epouse 
cherche  avec  taut  d'empressement  le  Verbe,  qui  est 
la  force  et  la  sngesse  de  Dieu,  pour  l'opposer  a  ces 
deux  niaux  originels.  Car  qu'y  a-t-il  de  plus  conve- 
nabie  que  d'opposer  la  force  a  la  faiblesse,  et  la 
sagesse  a  l'ignorance  ?  Et  atin  qu'il   ne  reste  aucun 


doute  aux  personnes  simples  sur  le  sujet  de  cette 
expl  icat  ion,  qu'ellesecoufentcequ'end  it  un  saint  pro- 
phete  :  «  Que  le  Seigneur  l'assiste  lorsqu'il  est  ac- 
cable  de  douleurs  dans  son  lit  :  0  Seigneur,  vous 
avez  vons-meme  remue  son  lit  dans  sa  mala- 
die,  alin  qu'il  fut  couche  plus  a  son  aise  (Psal. 
xl,  i).  »  Voila  pour  ce  qui  est  du  lit.  Quant  a  la  La  nuit  cat 
nuit  de  l'ignorance,  qu'y  a-t-il  de  plus  clair  que  ''go0"""' 
ce  qui  est  dit  dans  un  autre  psaume  :  «  lis  n'ont 
point  connu  ni  entendu,  ils  marchent  dans  les  te- 
nebres (Psal.  i.xxxi,  5),  »  on  il  marque  l'igno- 
rance ou  naissent  tons  les  homines  ?  C'est,  comme 
je  crois,  dans  cette  ignorance,  que  le  bienheureux 
apotre  confesse  etre  ne,  et  c'est  d'elle  aussi  qu'il  se 
rejouit  d'avoir  ele  delivre,  lorsqu'il  dit  :  «  C'est  lui 
qui  nous  a  tires  de  la  puissance  des  tenebres  (Co- 
loss,  l,  13).  »  D'oii  vient  qu'il  dit  encore  : »  Nous  ne 
somme>  pas  enfants  de  la  nuit,  ni  des  tenebres 
(Thesi.  v,  5).  »  Et, en  parlanta  tous  les  elus  :  «  Mar- 
chez,  dit-il,  comme  des  enfants  de  lumiere  (Ephes. 
v,  8).  »  * 


a  Ici  s'arrctcnt  les  sermons  de  saint  Bernard  sur  le  Cantique 
des  canliques  ;  la  mort  I'empi^cha  de  les  finir.  Ce  dernier 
sermon  est  lui-meme  demeure  incomplet.  II  est,  eneffet,  notable- 
ment  plus  court  que  les  autres  et  ne  se  teriniue  point  par  la  for- 


nerum,  ibi  subsidia  necessitatum,  ibi  resarcilus  defec- 
tuum,  ibi  profccluum  copiae,  ibi  denique  quidquid  aoci- 
pere,  vet  habere  hominibus  expedit,  quidquid  decet, 
quidquid  uportet.  Sine  causa  ergo  aliud  a  Verbo  pelitur, 
cum  ipsum  sit  omnia.  Nam  et  si  ista  temporalia,  cum 
necesse  est,  postulare  videmur,  si  Verba ai  in  causa 
est,  ut  quidem  dignum  est  ;  non  utique  ilia,  sed 
hoc  polius  quaprimus,  propter  quod  alia  postu- 
lamus.  Nonint  hoc  ,  qui  omnein  usum  harum 
rerum  ad  promerendum  Verbum  dirigere  consue- 
vu-runt. 

4.  Non  pigeat  tamen  scrutari  adhuc  secreta  lectuli 
hujus  et  temporis,  si  forte  in  his  aliquid  lateat  spiri- 
tuale,  quod  venire  ad  medium  prosit.  Et  si  placet  sentire 
lectuli  quidem  nomine  humanam  figurari  in'irmilatcm, 
nocturnis  aulem  tenebris  ignorantiam  a'que  humanam; 
consequens  est  et  congruum  satis,  ut  Dei  virtus  et  Dei 


mule  ordinaire.  Gilbert  de  I'lle  d'Hoy  a  continue  les  sermoDs  sur 
le  Cantique  des  canliques  commences  par  saint  Bernard,  comme 
on  peut  le  voir  au  commencement  du  tome  T,  qui   est  le  suivant. 


sapienlia  Verbum  contra  utrumque  originate  malum 
instantius  requiratur.  Nempe  quid  convenientius,  quam 
ut  infirmitati  virtus,  ignorantiae  sapicntia  opponatur? 
El  ne  quid  simplic  orum  cordibus  dehac  interpretatione 
resideat  dubium,  audiant  quid  super  hoc  sanctus  Pro- 
plteta  dicat.  Dominus  opem  feral  Mi  super  ledum 
doloris  ejus ;  universum  stratum  ejus  versasti  in  infir- 
mitate  ejus.  Atque  id  quidem  de  lectulo.  Jam  de  igno- 
rantiae node  quid  manifestius,  quam  quod  in  alio  idem- 
tideni  loquitur  psalmo  :  Nescierunt  neque  intellexerunt, 
in  tenebris  ambulant?  Pro  certo  exprimens  ipsam,  in  qua 
nati  sunt,  totius  bumani  generis  ignorantiam.  Ipsa  est 
(ut  opinor)  cui  se  beatus  Apostolus  et  fatetur  natum,  et 
gloriatur  ereptum,  dicens  :  Qui  emit  nos  de  polestate 
tenebrarum.  Unde  et  dicebat  :  Non  sumus  filii  noctis 
neque  tenebrurum.  Item  ad  omnes  electos  :  Ut  filii, 
inquit,  lucis  ambulate. 


FIN    DC    QUATRIEME    VOLUME. 


FLEURS  OU  PENSEES 


EXTIUITES     DES 


(EUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


1.  La  chaslete  est  en  peril  au  sein  des  delices, 
l'huwilite,  au  comble  des  richesses,  la  piete,  dans 
le  lorrenl  des  affaires,  la  verite,  dans  les  conversa- 
tions  sans  fin  et  la  ch  irile,  au  milieu  de  ce  siecle 
pervers  [De  Comer,  ad.  cler.  n.  37). 

2.Riendeplusprecieux  que  le  temps ;  mais  helas ! 
rien  n'est  aujourd'hui  regarde  commeplus  vil  (Tr. 
<ie  com.  Man.  ,id  cler.  n.    55.) 

3.  Les  jours  de  salut  s'ecoulent,  et  persnnne  n'y 
songe  :  personne  ne  se  reproched'avoirlaisseperdre 
des  moments  qui  ne  se  representeront  jamais  [Ibid). 

U.  11  n'y  a  riendesidur,quinecedea  plusdur  que 

sm  (IV.   de  C»7wid[.c.iri.n.8).Aussin,ya-t-il  point 

d'habitude   qui  ne  puisse  triompher  dune  aulre. 

5.  Impute: -vous  tout  ce  que  vous  souflrez  de  celui 

qui  nepeut  rien  vous  hire  sans  vous  [de  Con.  \y,  n.  9). 

6.  Ce  n'esl  pas  dela  lete  du  scorpion,  mais  de 
sa  queue,  ou  se  cache  son  dard,  qu'il  i'aut  se  defier 
(IV.  de  Consid.  iv.  n.  9). 

7.  One  vous  serl-il  d'etre  sage,  si  vous  ne  letes 
point  pour  vous  (Ibd). 


8.  On  manque  de  tout,  quand  on  seilattede  tout 
posseder    II.  de  Comid.  vji.  lZj). 

9.  L'ji  homme  insense  sur  le  lr6ne,  n'est  qu'un 
singe  sur  le  haul  d'uri  bit  [Ibidem.). 

lO.Tenez-vous  dans  un  juste  milieu,  si  vous 
ne   youlez  point  exceder  la  mesure  [Ibidem,  x.  1.9). 

11.  Sur  un  homme  qu'elle  prend  au  depourvu, 
la  prosperite,  fail  lVil'el  du  leu  sur  la  cire, 
ou  des  rayons  du  soleil,  sur  la  ueige  [Ibid,  xii.  21)! 

12.  11  n'est.  pas  difficile  d'etre  humble  dans 
une  basse  condition,  mais  l'elre  au  comble  des 
honneurs,  e'est  faire  preuve  d'une  grande  et  rare 
vertu  (IV.  Horn.  sup.  miss.  9). 

13.  II  n'y  a  pas  demisere  plus  miserable  qu'une 
fausse  joie  [Tract,  de  Lib.  Arb.  n.  lb.). 

li.  Nous  soninies  convaincus  d'avoir  voulu  une 
chose,  lorsqu'elle  ne  serait  point  arrivee,  si  nous 
ne  l'avions  point  voulue  {Ibidem). 

15.  Un  esprit  repandu  au  dehors,  ne  sent  pas  le 
mal  qui  le  ronge  au  dedans  [de  Con.  ad  cler.  iv. 
n.  15). 


FLORES    SEU    SENTENTI^E 

EX    S.    BER.XARDI 
OPERIBUS    DEPROMPT^E. 


1.  Pcriclitaturcastilas  in  deliciis,  humilitas  in  divitiis 
pictas  in  negoliis,  Veritas  in  multiloquia  ,  charitas  in 
hoc  neipian)  saeculo. 

2.  Nihil  preliosios  tempore  :  sed,  heu  !  nihil  hodie 
vilius  EPslimatuc. 

_  3.  Transeunt  dies  salutis,  et  nemo  rccogitat   :  nemo 
sibi  non  redilnra  momenta  perisse  causal  ur. 

4.  Nil  lam  durum,  quod  duriori  non  cedat. 

5.  Tibi  imputa,  quidquid  patens  ab  eo,  qui  sine  te 
potest  nihil. 

6.  Scorpioni  non  est  in  facie  quod  formides,  sed  pun- 
git  a  cauda.  r 


7.  Quid  juyat  sapientem  esse,  si  tibi  non  fueris  ? 

8.  Omnia  illi  desunt,  qui  nihil  sibi  deesse  putat. 

9.  Simla  in  tecto,  rex  fatuus  in  solio  s'edens. 

10.  Tene  medium,  si  non  vis  perdere  mouum. 

11.  Prosperilas  hoc  est  incautis,  quod  ignis  ad  ceram, 
soils  radius  ad  nivcni. 

12.  .Non  magnum  est  essehiimilemin  abjectione  :  rara 
virtus,  humililas  honorata. 

13.  Nulla  verior  miseria,  quam  falsa  latitia. 

[1.    Velle    plane   convincimur,    quod    non    fieret    si 
nollemus. 

15.  EtTusus  animus  damna  interiora  non  sentit. 

16.  Fiigere  persecutionem,  non  est  culpa  fugienlis,  sed 
persequenlis. 

17.  Voluntas  pro  facto  habctur,   ubi    factum  excludit 
uecessilas. 

18.  Nemo  magis  iram  mcrelur,  quam  amicum   simu- 
lans  inimicus. 

19.  Non  est  cur  fures  timeant,  qui  sibi   in  ccelo   the- 
saurizant. 


FLEURS  OU  PENSEES. 


.r)85 


16.  Si  on  fuit  la  persecution,  ce  n'est  pas  la  faute 
de  celui  qui  fuit ,  mais  Je  celui  qui  persecute 
(Epist.  i). 

17.  La  volonte  est  reputee  pour  le  fait,  la  ou  le 
fait  exclut  toute  necessite  (Tract   ad  Bug). 

18.  Nul  ne  merite  plus  notre  colere,  qu'un  en- 
nerni  qui  feint  d'etre  notre  ami  (De  Conv.  ad 
Bug). 

19.  Ceux  qui  placent  leur  tresor  dans  le  ciel, 
n'ont  rien  a  craindre  des  voleurs  (Ibid.  Zjl). 

20.  Quiconque  ne  plait  point  a  Dieu,  est  incapa- 
ble de  se  le  rendre  favorable  (Ibid.  32.) 

21.  La  negligence  des  eveques,  est  la  mere  de 
l'insolence  des  clercs  (Epis.  clu). 

22.  On  doit  faire  le  bon  plaisir  de  ses  amis,  mais 
non  pas  au  point  de  leur  donuer  la  mort  (Epist. 
ccxv). 

23.  Des  que  l'eau  d'un  fleuve  cesse  de  couler, 
elle  se  corrompt  (Scrm.  l.  de  quadra). 

2i.  Toutes  les  cboses  du  monde  ont  une  fin, 
et  leur  fin    n'a    pas  de  fin  (Serm.  is.  in  Cant). 

25.  Vous  donnez  a  votre  parole  un  grand  poids, 
si  vous  commencez  par  etre  convaincu  vous-meme 
de  ce  dont  vous  voulez  convaiucre  les  aulres 
(Serm.  lxv.  n.  3). 

26.  J'aime  a  entendre  une  predication  qui  ne 
cherche  point  a  se  faire  applaudir ,  mais  a  me  faire 
gemir  ([bid). 

27.  La  voix  de  la  tourterelle  n'est  point  douce, 
mais  ce  quelle  dit  est  doux   (Ibid). 

28.  Bon  gre,  mal  gre,  le  Jebuseen  habite  dans 
vos  frontieres  ;  on  peut  le  subjuger,  mais  l'exlermi- 
ner,  jamais  (Scrm.  lvii.  in  Cant.  n.  10). 

29.  C'est  pen  de  couper  une  fois,  il  faut  tailler 
souvent,  toujours  (Ibid),  parce  que  les  vices  repous- 
sent  constamment. 

30.  Le  vice  et  la  vertu ,  ne  peuvent  pousser  en- 
semble, il  faut  couper  la  cupidite,  pour  donner  de 
la  force  ala  vertu  (Ibid.) 


31.  Retranchez  le  superflu,  le  salutaire  pousse. 
Tout  ce  que  vous  retrancbez  a  la  cupidite,  profite 
al'utilite  (Ibid). 

32.  LTn  pasteur  qui  est  instruit,  mais  qui  n'est 
pas  bon,  nourrit  moins  par  l'abondance  de  sa 
science,  qu'il  ne  nuit  par  la  sterilite  de  sa  vie 
(Serm.  lxxvi.  in  cant.  n.  18). 

33.  Quelquefois,  l'ambition,  au  comble  de  ses 
vceux,  nuit  moins  que  lorsqu'elle  est  decue  (Epist. 
cxxvi),  parceque  alors,  elle  recourt  aux  moyens 
violents. 

3i.  C'est  en  vain  qu'on  entreprend  de  lire,  ou 
qu'on  veut  entendre  un  poenie  d'amour,  quand  on 
ne  connait  point  l'amour  (Scrtn.  lxxix.  in  cant, 
n.  1).   _ 

35.  Un  cceur  de  glace  ne  peut  comprendre  une 
parole  de  feu  (Ibid)  ;  de  nieme  que  celui  qui  ne 
sait  pas  le  grec  ne  comprend  point  un  grec. 

36.  La  renommee  ne  peut  altribuer  a  la  vertu 
ce  que  la  conscience  taxe  de  vice  (Serm.  lxxi. 
n.  9). 

37.  La  vertu  se  contente  de  la  candeur  de  la 
conscience,  quoiqu'elle  ne  soit  pas  acconipagnee  de 
la    bonne  odeur  d'une  bonne  reputation  (Ibid.). 

38.  II  y  a  bien  des  cboses  que  vous  dedaignez 
dans  l'oisivete,  et  quevousmangez  avec  appetitapres 
le  travail  [Epist.  i.  n.  11),  car  le  meilleur  assaison- 
nement,  c'est  la  faim. 

39.  L'ennemi  est  plus  ardent  a  nous  passer  l'e- 
pee  dans  les  reins,  que  ferme  a  nous  resister  en 
face  (Ibid.  n.  12). 

/|0.  Faire  mal,  quel  que  soit  celui  qui  Tordonne, 
ce  n'est  point  obeir,  c'est  desobeir  (Epist.  vi.  n.  3), 
a  Dieu. 

il.  Ce  que  chacun  prefere  a  tout,  voila  quel  est 
son  Dieu  (Tract,  decant,  num.  ad  cler.  v.  17). 

42.  11  y  en  abeaucoup  qui  ne  courraient  pas  avec 
tanl  d'ardeur  apres  les  honneurs,  s'ils  sentaientque 
ce  sont  en  rnenie  temps  des  charges  (Trac.  de  off. 
Epist.  vi.  17). 


20.  Non  placat,  qui  ipse  non  placet. 

21.  Insolenliaa  clericorum  mater  est  negligentia  epis- 
coporum. 

22.  Amicis  oportet  gerere  morem,  sed   non   in  suam 
mortem. 

23.  Fluminis  aqua  si  stare  ccpperit,  computrescit. 

24.  Omnia  quae  in  mundo  sunt,  finem    babent    :  finis 
autem  eorum,  non  erit  finis. 

25.  Dabis  voci  tuae  vocem  virtutis,    si    quod    suades, 
prius  tibi  ipsi  persuaser-is. 

26.  Illius  doctoria  libenter  audio  vocem,  qui  non  sibi 
plausum,  sed  mibi  planctum  move  it. 

27.  Turturis  vox  non  dulce  sonat,  sed  dulcia  signat. 

28.  Velis,  nolis,  intra  fines   tuos    habitat  Jebusaeus  : 
Eubjugari  potest,  sed  non  exterminari. 

29.  Parum  est  semel  putasse    :    saspe   putandum  est, 
imo  semper. 


30.  Non  potest  virtus  cum  vitiis  pariter  crescere  :  pu- 
tetur  cupidilas,  ut  \irtus  roboretur. 

31.  Tolle  superflua,  et  salubria  surgunt.  Utilitatiacce- 
dit,  qnidquid  cupiditati  demis. 

32.  Pastor  doctus,  sed  non  bonus,  non  tarn  uberi 
doclrina  nutrit,  quam  stcrili  vita  nocet. 

33.  Minus  quandoque  nocet  potita  votis  ambitio,  quam 
frustrata. 

34.  Ad  audiendum,  legendumve  anions  carmen  frus- 
tra  qui  non  amat  accedit. 

35. Non  potest  capere  ignitum  eloquium  frigidum  pectus. 

36.  Fama  non  valet  vindicare  virtuti,  quod  esse  vitium 
convincit  conscientia. 

31.  Virtus  est  contenta  candore  conscientiae,  etsi  noo 
sequalur  odor  famae. 

38.  Mulla  qua?  respuis  otiosus,  post  labojoi  sumes 
cum  desiderio. 


58S 


OEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


63.  Plaise  a  Dieu  que  nos  modernes  Noes  nous 
laissent  au  nioins  de  quoi  nous  couvrir  [Ibid.  n. 
29.  vuil,  tant  on  peehe  maintenant,  ouvertement 
et  sans  pudeur. 

66.  N'avoir  pas  de  hautes  pensees  de  soi  en  liaut 
lieu  n'est  pas  chose  facile. 

65.  Si  vous  aimez  mieux  elre  grand  que  bon, 
ne  comptcz  point  sur  le  prix,  mais  sur  le  precipice 
[Epist.  xxn.  '/■/  Ardut). 

66.  Cest  folie  de  deposer  un  tresor  la  oil  on  ne 
pourra  point  le  reprendre  quand  on  voudra  (Tract, 
de  Off.Epis.  v). 

67.  Cest  l'epreuve  qui  montre  la  foi  de  chacun 
[Ibid,  iv.) 

68.  Si  on  nous  a  ordonne  d'aimernotre  prochain 
comme  nous-momes,  c'est  pour  nous  apprendre  a 
nous  aimer  d'abord  [Ibid.  iv.  10). 

69.  Ce  qui  fait  une  bonne  conscience,  c'est  de  se 
repentir,  et  de  s'abstenir  du  mal  (Ibid.  iv). 


55 .  La  mesure,  pour  aimer  Dieu  est  de  l'aimer 
sans  mesure  (Tact,  de  Dil  Deo.  i.  n.  n). 

56.  Je  n'approuve  point  un  savant  qui  ne  sait 
point  la  maniere  de  savoir  (Serm.  xxx  vi.  3). 

57.  11  y  en  a  qui  veuleut  savoir  seulement  pour 
savoir ;  c'est  curiostte. 

58.  II  y  en  a  qui  veulent  savoir  pour  se  faire  con- 
nallre  ;  c'est  vanite. 

59.  II  y  en  a  qui  veulent  savoir,  pour  vendre  leur 
savoir,  c'est  un  commerce  bonteu\. 

60.  II  y  en  a  qui  veulent  savoir  pour  s'edifier  ; 
c'e-t  de  la  prudence  (Srrm.  xxxvi.  3). 

Gl.  Prendre  de  la  nourriture  et  ne  point  la  dige- 
rer,  c'est  une  chose  peruicieuse,  pour  celui  qui  le 
fait  (Ibid.  6). 

62.  Celui  ilont  la  lumiere  de  la  discretion  n'e- 
claire  point  la  course,  ne  court  point,  il  se  preci- 
pite  (Serm.  in  crum  Icis). 

6'i.  It  est  impossible  que  celui  qui  plait  aux  bons 


50.  Les  medecins  se  servent  du   meme  feu,  pour    et  deplait  aux    mechants,  ne  soit   pas   bon  (Epist. 
amputer  unmembrea  un  roiqu'aunsujet(/'>irf.  11).     cxi.vin). 


51.  C'est  le  propre  d'un  bon  pasteur  de  ne  point 
chercher,  mais  de  sacritier  ses  interets  (IV.  de 
Const.  11). 

52.  Dispenser  sans  necsssite  et  sans  utilite,  ce 
n'est  point  dispenser,  mais  dissiper  (III  deconsid.  iv). 

53.  Quand  tu  appartiens  a  tout  le  monde,  sois 
done  au  inoins  un  de  ceux  a  qui  tu  appartiens 
(I  de  consid.  v.  6). 

56.  I. 'amour  parait  souvent  insense,  mais  c'est 
a  ceux  qui  ne  conuaissent  point  l'amour  (Prof,  in 
bib.  de  consid). 


66.  11  n'est  pas  sur  de  dormir  pres  dun  serpent. 
(Episl.  ccxi.i). 

65.  II  peut  arriver  a  la  verivable  amitie,  de  faire 
entendre  des  reproches ;  des  flatteries ,  jamais 
(Epist.  ccxlii). 

66  Mieux  vaut  qu'un  homme  perisse  que  l'u- 
i] i t .'■  Epist.  en).  II  faut  expulser  celui  qui  trouble  la 
Concorde. 

67.  I.e  seul  cas,  oil  il  ne  soit  pas  permis  d'obeir 
a  nos  parents,  c'est  quand  Dieu  lui-meme  est  en 
cause  (Epist.  cxi.) 


39.  Ilostis  audacius  insistit  a  tergo,  quam    resistat   in 
faciem. 

40.  Kacere  malum,  quolibet  etiam  jubente,  non  obe- 
dientia,  sed  inobedicntia  est. 

41.  Quod  quisque  prae    cauteris    colit,    id    sibi  Deum 
constituisse  probatur. 

il.  Multi  non  tanta  alacritate    currerent   ad  honores, 
si  esse  sentirent  et  onera. 

43.  Utinam  relinquant  nobis    moderni    Noe,    unde  a 
nobis  possint  operiri. 

44.  In  alto  positum,  non  altum  sapere,  difficile. 

45.  Si  altiorem   quam    meliorem    esse   delectet,  non 
praeoiium,  sed  praecipitium  exspecta. 

46.  Slultum,    ibi    thesaurum    recondere,    unde    non 
valeas  resumere,  cum  volueris. 

47.  Qualis  sitcujusque  fides,  tribulalio  probat. 

48.  Qui  ad  aui  mensuram  proximum  jubetur  diligere, 
prius  seipsum  diligere  norit. 

49.  Bonam  reddunt  conscientiam  pcenitere   de   malis, 
et  abstinere  a  malis. 

50.  Eodem  utuntur  medici  ferro  secandis  regibus,  quo 
et  popularibus  hominibus. 

51.  Boni  pastoris  est,  non  quaerere  qua?  sua  sunt,  sed 
impenderc. 

52.  Uispcnsatio  sine  necessitate  et  utilitate,  non  Ddelis 
dispensatio,  sed  crudelis  dissipalio  est. 

53.  Cum  omnea  te  habeant,    esto   etiam    tu    unus  ex 
htbentibus. 


54.  Amans  quandoque  videtur  amens,  sed  ei    qui  non 
am;it. 

55.  Modus  d  ligendi  Deum,  est  diligere  sine  modo. 

56.  Non    probo    multa   scienlem,  si    sciendi  modum 
nescierit. 

H7.  Sunt  qui  scire  volunt  tantum  ut  sciant;   et  curio- 
si  tas  est. 

58.  Sunt  qui  scire    volunt  ut   sciantur  ipsi ;   et  vani- 
tas  est. 

59.  Sunt  qui   scire  volunt,  ut   scientiam   vendant;  et 
turpis  quaestus  est. 

60.  Sunt  qui  scire   volunt,    ut   aedificentur ;    et   pru- 
dentia  est. 

61.  Sumenti   cibum,    et  non   digerenti,  perniciosum 
est  ei. 

62.  Sine  lumine  discretionis  incurrit  qui  currit. 

63.  Non  potest  non  esse  bonus;  qui  placet  bonis,  vel 
displicet  malis. 

64.  Non  est  tutum  vicino  serpente  somnum  capere. 

65.  Habet  vera  amicitia  nonnunquam  objurgalionem, 
adulationem  nunquam. 

66.  Melius  est,  ut  pereat  unus,  quam  unitas. 

67.  Sola    causa,  qua  non    liceat  obedire    parentibus, 
Deus  est. 

68.  Gustato  spiritu,  neccsse  est  desipere  carnem. 

69.  Non   plus  satiatur  cor  hominis  auro,  quam  corpu* 
aura. 

70   Argumentum  auperbiae,  privatio  e»t  grati». 


TLEURS  OU  PENSEES. 


587 


68.  Quand  une  fois  on  a  goute  a  l'esprit ,  la 
chair  ne  ptut  plus  causer  que  du  degoiit  (Ibid) 

69.  Le  coeur  de  l'homme  ne  se  rassasie  pas  plus 
d'or  que  son  corps,  d'air  (de  Conv.  ad  cler). 

70.  Le  fait  de  l'orgueil,  c'est  la  privation  de 
la  grace  (Serm.  uv  in  cant), 

71.  Noussommes  toujours  sousl'ceil  qui  voittout, 
bien  qu'il  ne  soit  vu  de  personne  (Serm.  lv.  in  cant). 

72.  Un  homme  de  bien  ne  se  laisse  prendre  qu'a 
la  feinte  du  bien    (Serm.  lxvi  in  cant). 

73.  II  faut  prendre  les  heretiques,  non  par  la 
force  desarmes,maisparcelle  des  arguments  (Serm. 
lxjv  in  cant).  Voir  les  notes  au  meme  endroit. 

74.  La  lumiere  est  agreable  a  l'homme,  sur- 
tout  quand  il  sort  des  tenebres  (Serm.  i.xvm  in 
cant). 

75.  La  science  sans  la  charite,  enlle ;  la  charite, 
sans  la  science,  erre  (Serm,  lxix.  in  cant). 

76.  Le  jour  montre  ce  que  la  nuit  avait  laisse 
dans  les  tenebres  (Sertn.  lxxv  in  cant). 

77.  Mieux  vaut  le  scandale,  que  l'abandon  de  la 
verite  (Epis  lxxviii). 

78.  Quiconque  n'a  d'autre  maltre  que  soi,  est  dis- 
siple  d'un  sot  (Epist.  lxxxvii). 

79.  On  ne  saurait  juger  de  la  meme  maniere, 
deux  conduites  qui,  pour  etre  semblables  dans  leurs 
resultals,  ne  le  sont  nullement  dans  leurs  motifs 
(Epist.  lxxxiv). 

80.  Hien  de  moins  glorieux  que  d'etre  trouve 
avide  de  gloire  (Epis.  cvi). 

81.  Quand  on  aspire  a  de  grandes  choses,  les  pe- 
tites  uous  semblent  moins  agreables  (Epist.  cun). 

82.  Quiconque  ne  court  pas,  ne  saurait  attein- 
dre  celui  qui  court  (Epist.  ccliv.  4). 

83.  Ne  point  aspirer  a  monter,  c'est  descendre 
[Ibid). 


84.  On  ne  fait  jamais  bien,  ce  qu'on  fait  malgrS 
soi  (Epis.  cci.viu). 

85.  II  faut  etre  grand  pour  tomber  dans  l'ad- 
versite  sans  lombei  de  la  sagesse  (II  de  Consid. 
xn). 

86.  Le  chien  defend  le  foin  quoiqu'il  n'en  mange 
point  (Epist.    cccxu  n.  1). 

87.  Si  vous  etes  sage  vous  serez  une  vasqueplutdt 
qu'uutuyau  (Ser.  xvin.3),  c'est-a-dire.  vous  ne  don- 
nerez  aux  autres  que  quand  vous  serez  plein  vous- 
me.me. 

88.  Ce  qui  montre  la  difference  d'un  pasteur 
d'avecun  mereenaire,  c'est  la  persecution  (De  Conv. 
ad  cler.  xxn). 

89.  L'ignominie  de  la  croix  n'est  point  desagr&i- 
ble  a  celui  qui  n'est  point  ingrat  envers  le  Cru- 
cifie  (Serm.  xxv.  n.  8). 

90.  Etre  toujours  avec  une  femme  et  ne  point 
pecher  avec  elle,  c'est  plus  que  ressusciler  un  mort 
(Serm.  lxv.  n.  It). 

91.  Un  maitre  familiei  nourrit  un  serviteur  in- 
sense.  (Serm.  cont.  vit.  ingr). 

t»2.  C'est  un  acte  de  clemence  en  Dieu,  de  refu- 
ser aux  ingrats  ce  qu'ils  demandent  (Ibid),  (c'est  ne 
leur  point  douner  l'occasion  de  pecher  par  ingrati- 
tude). 

93. 11  est  facile  de  nager  quand  on  nous  soutient 
le  menton  (Serm.  xu.  in  cant.  8). 

94.  Dieu  nous  charge,  quand  il  nous  decharge  ; 
et  il  nous  charge  de  ses  bienfaits,  quand  il  nous 
decharge  de  nos  peches  (Serm.  xv.  in  psal.  qui 
habitat.  1). 

95.  Efforcons-nous  de  plaire  a  tous  en  tout,  mais 
pardessus  tout  a  celui  qui  est  plus  que  tout  (Ibid, 
n.  k). 

96.  C'est  une  vaine  excuse  que  de  dire  qu'on  a 


71 .  Praesto  est  oculus,  cui  omnia  patent,  etsi  non  pa- 
tet  ipse. 

72.  Bonus  nunquam  ,  nisi  simulatione  boni,  dececjtus 
est. 

73.  Hsrelici  capiantur,  non  armis ,   sed    argumentis. 

74.  Jucunda  honiini  lux,  sed  magis  emergenti  de  te- 
nebris. 

75.  Eruditio  absque  dilectione  inflat,    dilectio  absque 
eruditione  errat. 

76.  Dies  palam  facit,  quod  nox  abscondit. 

77.  Melius  est  ut  scandalum  oriatur,  quam  Veritas  re- 
linquatur. 

78.  Qui  se  sibi  magistrum  constituit,  stulto  discipulum 
subdit. 

79.  In  similibus  factis  causa  dissimilis   simile    recusat 
judicium. 

80.  Nil  tarn  inglorium,  quam  glorias   ctipidum  depre- 
hendi. 

81.  Speranti  grandia,  modica  minus  grata  venire    so- 
lent. 

82.  CurreDtem  non  apprehendit,  qui  et  ipse  non  cur- 
rit. 


83.  Nolle  proficere,  est  deficere. 

84.  Nemo   invitus    bene  facit,  etsi  bonum  est  quod 
facit. 

8").  Magnus,  qui  incidens  in  adversa,   non   excidit   a 
sapientia. 

86.  Canis  foenum,  quod  non  comedit,  defendit. 

87.  Si  sapis,  coucham  te  exhibebis,  non  canalem. 

88.  Pastores  a  mercenariis  persecutio  discernit. 

89.  Grata  ignominia  crucis  ci,   qui  Crucifixo  ingratui 
non  est. 

90.  Cum  femina  semper  esse,  et  non  peccare  cum  fe- 
mina,  plus  est  quam  mortuum  suscitare. 

91.  Kamiliaris  dominus  fatuum  nutrit  servum. 

92.  Divinae  dementias  est  denegare  ingratis  quse  pos- 
tulant. 

93.  Suaviter  natat,  cujus  alter  sustinet  mentum. 

94.  Onerat  nos  Deus,  cum  exonerat  :  onerat  benelcio 
cum  exonerat  peccato. 

95.  Contendamus  placere  omnibus  per  omnia,  sed   ei 
maxime  qui  est  mfximus  super  omnia. 

96-  Inanis  excusatio  de  humana  obedientia.  ubi  in  lt«- 
ntn  eonvicetur  facta  transgressio. 


588 


OECVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


obei   aux   horumes,   si  on  a  desobei  a  Dieu  (Episi. 
Til.  8). 

97.  Qui  croira  la  nmraille  qui  pretend  enfauter 
le  rayon  du  soleil  qu'elle  laisse  entrer  par  la  fe- 
netre  [Serai.  111.  in  cant.  5)1 

98.  La  beaute  d'une  peinture  ou  d'une  creature, 
ne  fait  point  la  louange  du  pinceau  Ibid,  n.  6.  et 
Serin,  xvn.  de  diver). 

99.  C'est  avoir  du  gout  que  de  trouver  aux  cbo- 
ses  le  gout  qu'elles  ont. 

100.  II  n'y  a  pas  plus  grande  demangeaison  pour 
I'ceil  quo  l'envie  {Sunn,  de  Verb.  Isa.  n.  10.) 

101.  Nous  naissons  sur  la  terre,  nous  mourons 
sur  la  terre  et  nous  retoiirnons  dans  la  terre,  d'oii 
nous  sommes  sortis  (Serin,  s.  Mart  n.  1.) 

102.  Ne  point  donner  aux  pauvres ce  qui  appar- 
tient  aux  pauvres,  c'est  un  crime  egal  au  sacrilege 
[Trad,  de  conl.  nun  ad  cler.  n.  21). 

103.  Si  vous  occupez  un  poste  plus  eleve,  il  n'en 
est  pas  plus  sur  (Epis.  ccxxxvn). 

104.  De  meme  que  ce  qui  plait  n'est  pas  tou- 
jours  permis,  de  meme  ce  qui  est  permis  n'est  pas 
toujours  a  propos  (Epist.  xxv.  2). 

105.  Celui  dont  la  vie  est  meprisee,  n'a  plus  a 
s'attendre  qu'a  voir  sa  predication  egalement  me- 
prisee  (Serin,  i,  pas.  n.  10). 

106.  On  ne  se  repent,  guere  d'une  cbute,  quand 
on  demeure  encore  sur  un  terrain  glissant  (Serin. 
l.  in  fas.  16). 

107.  I.'indice  de  la  vraie  componclion  se  trouve 
dans  l'eloignement  des  occasions  (Ibid). 

108.  C'est  une  triste  pauvrete  que  le  manque 
de  rnerite,  et  de  trompeuses  richesses  que  la  pre- 
soaiption  qui  fait  croire  qu'on  en  a  (Scrm.  lxvi.  in 
caul.  6). 

109.  On  n'est  point  excusable  d'etre  ignorant, 
qnand  on  fait  profession  d'instruire  les  enfants 
(Tract,  de  Con.  in.  num.  ad  Cler.  v.  15). 


97.  Quis  credat  par-ieti,  si  se  dicat  parturire  radium, 
quem  suscepit  per  fenestram. 

98.  Non  est  Ijus  calami  laudabilis  pictura,  sive  scrip- 
lura. 

99.  Sapiens  est,  qui  quasque  res  sapiunt,  prout  sunt. 

100.  Nullus  tarn  gravis  pruritus  oculi,  quam  invidia 
est. 

101.  In  terra  orimur,  in  terra  morimur,  revertentes  in 
earn  unde  sumus  assumpti. 

102.  Res  pauperum  non  pauperibus  dare,  par  sacrile- 
gio  crimen  esse  dignoscitur. 

103.  Altiorem  sorlitus  es  locum,  sed  non  tutiorem. 
104  iMcut  non  omne  quod  libet  licet,  sic   non    omne 

quod  licet  expedit. 

103.  Cujus  vita  despicitur  restat  ut  et  praedicatio  con- 
tern  nutur. 

10G.  Non  satis  cecidisse  piget  hominem,  qui  adhuc 
manet  in  lubrico. 

107.  Indicium  verse  compunclionis  est,  subtractio  oc- 
casionis. 


110.  C'est  se  montrer  indigne  dc  laitet  de  laine, 
que  de  ne  vouloir  point  faire  paltre  les  brebis  (Ibid. 
20). 

Ill  Malheur  a  toi,  ecclcsiastique !  la  mort  est 
dans  la  bonne  chere,  la  mort  est  dans  les  delices 
[Ibid.  20).  (Car  ta  manges  uinsi  lespechesdu  peuple.) 

112.  Malbeur  a  ceux  qui,  vivant  dans  la  (hair, 
ne  sauraient  ]>laire  a  Dieu  et  presument  pouvoir 
se  le  rendre  propice  [De  eonv.  ad  cler). 

113.  Le  zele  sans  la  science  nuit  la  meme  oil  il 
s'empresse  de  rendre  service.  (Ibid.  38). 

114.  Tout  ce  qui  n'est  pas  Dieu  ne  saurait  suffire 
a  uue  ime  qui  a  soif  de  Dieu.  (Dc  Cunt.  mid.  33). 

115.  Sauter  saus  regarder,  c'est  tomberavant  de 
tombrr.  (Ibid.  26). 

116.  Un  malade  qui  ne  sent  plus  sonmal  estbien 
mal.  (I  de  consid.  l). 

117.  L'homme  qui  fuit  le  travail  ne  fait  point  ce 
pour  quoi  il  est  ne.  Be  cont.  ad  Cler.  29). 

118.  C'est  le  propre  du  sage  de  s'en  rapporter 
plus  au  jugement  des  autrcs,  dans  les  eboses  dou- 
teuses,  qu'au  sien.  (Epis.  lxxxii,  1). 

119.  Je  me  passerai  voloutiers  d'un  bien  spi- 
rituil,  si  grand  qu'il  soit.  si  je  ne  puis  me  le  pro- 
curer qu'au  prix  d  un  scaudale.  (Epis.  i.xxxu). 

120.  Ce  qui  est  dans  l'ordre  d'une  f.icon  aussi 
belle  que  salutaire,  c'est  que  vous  porliez,  le  pre- 
mier, le  fardeau  que  vous  voulez  faire  porter  aux 
autres.  (Epis.  ccxxi,  3). 

121.  La  parole  que  les  oeuvres  accompagnent 
est  forte,  mais  ce  qui  assure  a  la  parole  et  aux 
ceuvrcs  la  grace  et  l'efiicacite,  c'est  la  priere. 
(Ibid). 

122.  Uu  faux  catholique  est  plus  nuisible  qu'un 
herelique  declare.  (Seim.  lxv,  in  cant.  4). 

123.  Ce  n'est  pas  un  etbange  sans  profit  lorsque, 
se  trouvant  mailre  de  tout,  on  renonce  a  tout. 
[Tract,  de  Cont.  Mund.  ad  Cler.i)). 


108.  Perniciosa  paupertas,  penuria  meritorum;  pra;- 
sumptio  autem,  fallaccs  divitiie. 

109.  Ignorantia  non  potest  excusare  eum,  qui  se  ma- 
gistrum  infanlium  proQletur. 

110.  Indignus  lacte  et  lana  convincitur,  qui  nonpascit 
ovcs. 

111.  Vs  tibi,  clerice  I  mors  in  ollis  carnium,  mors  in 
deliciis. 

112.  Va?,  qui  viventes  in  carne  Deo  placere  non  pos- 
sunt,  et  placare  prtesumunt. 

113.  Zelus  absque  scientia  dum  prodcsse  festinat,    in- 
venitur  obesse. 

114.  Animam  Dei  capacem,  quidquid  Deo   minus  est, 
ncn  implebit. 

115.  Saliens  antequam  videat,  casurus  anlequam  debcat. 

116.  .Eger  sese  non  sentiens  pcriculosiiis  laboral. 

117.  Homo  si  laborem  refugil,  non  fucit  ad  quod  na- 
tus  est. 

118.  Sapienlibus  conlingit,  in  rebus  dubiis  plus  alie- 
no  se  quam  proprio  credere  judicio. 


FLEURS  OU  PENSEES. 


589 


124.  C'est  plus  la  concupiscence  que  la  substance 
du  raonde  qui  nuit.  (Ibid). 

125.  Ce  qui  fait  surtout  qu'on  doit  fuir  les  ri- 
chesses,  c'est  qu'on  ne  peut  qu'a  grand'peine  et, 
pour  ainsi  dire,  jamais  les  posseder,  sans  s'y  atta- 
cher.  (Ibid). 

126.  Le  cceur  de  l'homme  s'attache  facileraent  a 
ce  qu'il  voit  tous  les  jours.  (Ibid). 


ne  point  la  tendre    au  precepteur.    (Serm.  lxxvii, 
in  cunt.). 

139.  Quiconque  envoie  paitre  ses  brebis  sans 
gardien  est  le  pasleur  des  loups  non  des  brebis. 
(Ibid   n.  6). 

140.  La  vie  du  pauvre  est  repanduedans  les  rues 
qu^  parcourent  les  riches.  (IV,  deConsid.  it). 

141.  L'ambition  est  la  croix  des  ambitieux  :   elle 


127.  Celui  qui  se  propose  de  tout  quitter  doit  se    tourmente  tout  le  monde,  et  plait  a  tout  lemonde. 


compter  au  nombre  des  choses  a  quitter. 

128.  Le  veritable  amour  a  S3  recompense  dans 
ce  qu'il  aime.  (Tract,  de  dilig.  Deo,  n.  17). 

129.  Qu'un  simple  sujet  fasse  fausse  route,  il  se 
perd  seul ;  inais  que  ce  soit  uu  prince  ,  il  en  en- 
traine  beaucoup  d'hommes  a  sa  suite.  (Epis.  cxvn). 

130.  La  vraie  joie  est  celle  qui  vient  du  Createur, 
non  de  la  creature.  (Epis.  cxiv). 

131.  L!n  bomme  vicieux  u'a  point  horreur  des 
vicieux.  (I.  de  Cons.  x). 

132.  La  oil  tout  le  monde  sent  mauvais,  la  mau. 
vaiseodeurde  Fun  ne  su  fait  point  remarquer.  (Ibid). 

133  Les  honneurs  charment  ceux  qui  ne  font  que 
lesconsiderer;  maiscesont  desfardeaux  quieffraient 
ceux  qui  les  pesent.  (Trad,  de  Off.  el  Mor.  Epis.vn). 

134.  La  vraie  charite  n'est  point  sans  sa  recom- 
pense, et  pourtant  elle  n'est  point  mercenaire. 
(Tract,  de  Dili.  Deo  il). 

135.  Celui  qui  garde  son  corps  garde  un  bon 
castel.  (Serm.  it,  de  Ass.n.1).  Proverbe  oulgaire. 

136.  II  n'y  a  que  les  malheureux  qui  a'aient  point 
d'envienx.  (Se-m.  v,  de  Verb.  Is). 


(Ill,  de  Consid.  l). 

142.  Dans  la  bouche  d'un  homme  du  monde, 
des  plaisanteries  sont  des  plaisanteries,  dans  la 
bouche  d'un  prelre  ce  sont  des  blasphemes.  (Lib. 
ii,  de  Consid.  15). 

143.  Une  ame  vaine  imprime.  la  marque  de  sa 
vanile  au  corps.  (Apol.  ad  Guil.  ix). 

144.  La  mollesse  dans  les  vetements  iudique  la 
mollesse  de  l'ame.  (Ibid). 

145.  L'Eglise  brille  dans  ses  murailles  et  gele 
dans  ses  pauvies.  (Apol.  ad.  Guil.  11). 

146.  C'est  aux  frais  des  pauvres  qu'on  flatte  les 
yeux  des  riches.  (Ibid.) 

147  Je  crams  plus  la  dent  du  loup  que  la  hou- 
lette  du  berger.  (Tact,  de  Vit.  et  Off.  Epis.  35). 

148.  Hippocrate  enseigne  l'art  de  sauver  son 
ame  en  ce  monde,  et  le  Christ,  celui  de  la  perdre. 
(Serm.  xxxi,  in  Cant.). 

149.  Le  plaisir  du  gout  auquel  on  sacriDe  tant 
de  nos  jours  s'exerce  dans  un  espace  qui  u'est  pas 
large  de  deux  doigts.  [de  Cons,  ad  Clar.  n.  13). 

150.  L'amour  insatiable  des  richesses  tourmente 


137.  Mauilit  celui  qui  gate  lui-meme  son  propre     bien  plus  l'ame  par  le  desir,  qu'il  ne  la  rafraichit 
sort.  (Lib.  de  Consid.  et  Serm.  de  sept,  panibus).  par  l'usage.  (Ibid.  14). 

138.  C'est  tendre  la  main   au   seducteur   que  de         151.  Les  richesses  ne  servent  apeupres  qu'aceux 


119.  Libenter  carcbo  quantolibet  spiritualiquasstu,qui 
non  possit  acquiri  nisi  cum  scandalo, 

120.  Pulcher  et  salubris  ordo,  ut  onus   quod  portan- 
dum  imponis,  tu  portes  prior. 

121.  Vocis  virtus  est  opus,  sed  et  operi,    et  voci   gra- 
tiam  efficaciamque  promerelur  oratio. 

122.  rius  nocet  falsus  Catholicus,  quam   verus   hsere- 
ticus. 

123.  Non  inutilis  commutatio,  pro  eo,  qui  super  om- 
nia est,  omnia  reliquisse. 

124.  Plus  concupiscenlia  mundi ,  quam  substantiano- 
cet. 

125.  Fugiendarum  causa  divitiarurn  est,  quodaut  vix, 
aut  nunquam  sine  ainore  valeant  possideri. 

126.  Facile  cor  humanum  omnibus  quae  frequentat 
adhairet. 

127.  Qui  relinquere    universa  disponit,  se  quoque  in- 
ter relinquenda  numerare  meminerit. 

128.  Verus  amor  liabet  prsemiurn,  sed  id  quodamatur. 

129.  Si  quis  de  populo  deviat,  solus  perit  :    principis 
error  mullos  involvit. 

130.  Verum  gaudim  est,  quod  non   de    creatura,  sed 
Croatore  concipitur. 

131.  Vitiosus  conscientias  vitiorum  non  refugit. 

132.  Uhi  omncs  sordenf,  unius  fcetor  non  sentitur. 


133    Meditantibus   honores  blandiuntur,  pensantibus 
onera  formidini  sunt, 

134.  Vera  charitas  vacua  mercedenon  est,  ncc  tamen 
mercenaria  est. 

135.  Bonum   servat  castellum,  qui    custodit   corpus 
suum. 

136.  Sola  miseria  caret  invidia. 

137.  Maledictus  qui  partem  suamfacit  deteriorem. 

138.  Seductori  dat  manum,  qui  dare  dsssimulat   prae- 
ceptori. 

139.  Qui  absque  custode  dimittit  oves  in  pascua,  pas- 
tor est  non  ovium,  sed  luporum. 

140.  Pauperum  vita  in  plaleis  divitum  seminafnr. 

141.  Ambilio  ambientium  crux,  omues  torquens   om- 
nibus placet. 

142.  Nuga;  in  ore  sascularis,  nugae;  in    ore  sacerdotis 
blasphemiae. 

143.  Vanum  cor  vanitatis  notam  ingerit  corpori. 

144.  Mollia  indumenta  animi  mollitiem  indicant. 
tl45.  Fulget  Ecclesia  in  parietibus,  et  in    pauperibr, 

alget. 

146.  De  sumptibus  egenorum  servitur  oculis  divitum. 

147.  Lupi  dentes  plus  timeo,  quam  virgam  pastoris, 

148.  Hippocrates  docet  animas  salvas    facere  in    hoc 
mundo,  Christusperdere. 


6W 


CEUVRES  DE  SAINT  BERNARD. 


qui  ne  les  ont  pas ;  les  riches  n'en  ont  guere  que  le  vient  de  Dieu  a  couturue  de  proceder  ainsi  :  plus 

nom  et  Lea  ennuis.  [Ibid).  die  fait  de  progres,  moins  ellecroit  en  faire.  (Serm. 

152.  l.e  demon   ne  tend    guere  d'embuches  se-  x\,deDiv.  4). 

rieuses  qua  la  perseverance,  parce  qu'il  sait  que  163.  Voici  deux  choses  qui  plaisent  egalernent  a 

c'est  1'unique  vertu  qui  doit  etre  courounee.  (Epis.  Dieu,  un  pecheur  contrit  et  un  juste  devot.  Et  rien 

xjiv).  ne  lui  de.|ilait  davantage  qu'un  juste  ingrat  et  un 

153.  La  garde  de  la  langue  est  toujours  utile,  pecheur  tranquille  dans  son  peche.  (Serm.  de  Diu. 
toutefois  elle  ne  doit  point  exclure  1'affabilite.  (IV,  til- 


de Consid.  vi,  23). 

154.  Partout  il  faut  mettre  un  frein  a  la  langue 


164.  Celui  qui  se  porte  bien  ne  sent  pas  le  mal 
d'un  autre,  non  plus  que  1'homnie  rassasie  ne  res- 


toujours  prete  a  parler,  mais  il  le  faut  surtout   a    sent  les  tourments  du  famelique.  (Trucl.  de  Grad. 


table.  [Ibid.) 

155.  Voila  l'exterieur  qu'il  convient  d'avoir  :  des 
manieres  reservees,  un  visage  serein,  un  langage 
serieux.  (Ibid). 

156.  Quandonest  assis  sur  le  tr6ne,  on  n'a  plus 
que  faire  des  degres  qui  y  ruenent.  (V,  de  Consid. 
22). 

157.  Lequel  des  deux  est  pire  de  medire  ou 
d'ecouter  medire?  C'estceque  je  n'oserais  decider. 
(11,  de  Cutuid.  n.  12). 


'tun.  n.  6). 

165.  C'est  un  belle  chose  que  l'humilite,  puisque 
l'orgueil  meme  en  emprunte  le  manteau,  de  peur 
de  paraitre  trop  laid.  (Ibid.  n.  47). 

166.  C'est  une  triste  victoire  que  de  vaincre  un 
houime  et  d'etre  vaiucu  en  meme  temps  par  le 
vice.  (Exlii.  ad  mill.  n.  2). 

167.  C'est  dans  toutes  sortes  de  detours  que  s'e- 
garent  les im pies  qui  cherchent,  parun  mouveuient 
naturel,  isatisfaire  leur  appetit,  et  negligent,  com- 


158.  La  prudence  suspend  son  jugement  quand     me  des  insenses,  les  moyens  d'arriver  a  leurs  tins. 


elle  delibere.  (Serm.  de  s.  Magi.  n.  1). 

159.  Une  tristessereligieusepleure  ses  peches  ou 
les  peches  d'autrui.  (Ibid.  2). 

160.  Reconuais,  6  homme,  l'estime  queDieufait 
de  toi,  par  ce  qu'il  est  devenu  pour  toi.  (Serm.  i, 
deEpiph). 

161.  C'est  le  comble  delademence  d'etre  effronte 
pour  le  mal,  et  honteux  pour  la  penitence ;  de 
courir  fete  baissee  au  devant  des  blessures,  et  de 
n'oser  recourir  au  remede  de  son  mal.  (Serm.  in 
Circutn). 

162.  Pour  conserver  son  humilite,  une  piete  qui 


(de  Dilig.  Deo.  n.  19). 

168.  Celui  qui  aime  Dieu  n'a  pas  besoin  d'etre 
excite  a  le  faire  par  l'appat  d'une  recompense  qui 
n'est  pas  Dieu  lui-meme.  Autrement  ce  ne  serait 
point  Dieu  qu'il  aimerait,  mais  la  recompense. 
[Ibid.  17). 

169.  Naturellement  tout  le  monde  aspire  au 
souverain  bien.  Voulez-vousy  arriver?  Commences 
jiarviser  plus  haut  :  (T'ad.de  Cont.  mund.  ad  Cler. 
33).  Car  si  vous  vous  visez  plus  bas,  vous  n'alteindrei 
jamais  au  but. 

170.  La  route  qui  conduit  au  souverain  bien  est 


149.  Voltiptas  gutturis,  quae,  tanti  hodie  a;stimatur,  vix 
duoium  oblinet  latitudinem  digitorum. 

150.  Diviliarum    amor  insatiabilis  longe  amplius  tor- 
quet  desiderio,  quam  refrigeret  usu. 

151.  Diviliarum  usus  aliis  fere;  divitibus   solum    no- 
men  et  sollicitudo  cedit. 

152.  Daemon  soli  perseverantiaepotissimum  insidiatur, 
quam  solam  virtutum  novit  coronari. 

153  Utilis  semper  custodia  oris,  quae  tamen  affabilita- 
tis  gratiam  non  excludat. 

154.  Ubique  frenanda  lingua  preceps,  maxime   autem 
in  convivio. 

155.  Ille  convenientior  habitus,  si  actu  quidem  serve- 
rus  sis,  vultu  serenus,  verbo  serius. 

156.  Nil  scabs  opus  tenenti  jam  solium. 

157.  Detnihcre,  aut  detrahentem  audire,  quid  horum 
damnabilius  sit,  non  facile  dixerim. 

158.  Duliborans  providentia  suspenditjudicium. 

159.  Religiosa  tristilia,  aut   alienum  luget  peccatum, 
aut  propiium. 

160.  Quanti  te  fecit  Deus,  ex  hi3,  quaj  pro   te  factus 
•st,  agnosce. 

161.  Extrems  dementis  est,  quod  ad  obscena  invere- 


cundi  sumus,  et  pcenitentiam  erubescimus  :  male  pronl 
in  vulnera,  in  remedia  verecundi. 

16i.  Conservandas  humilitatis  gratia,  sic  divina  solet 
ordinare  pietas,  ut  quo  quis  plus  proficit,  eo  minus  se 
reputet  prol'ecisse. 

163.  Placet  utrumque  Deo,  et  peccator  compunctus, 
et  Justus  devotus  :  displicet  vero  tam  ingratus  Justus, 
quam  peccator  securus. 

164.  Nescit  sanus,  quid  sentiat  asger  ;  aut  plenus,  quid 
patiatur  jejunus. 

165.  Gloriosa  res  bumilitas,  qua  ipsa  quoque  super- 
bia  palliare  se  appetit,  ne  vilescat. 

166.  Infelix  victoria,  qua  superans  hominem.succum- 
bis  vilio. 

167.  In  circuitu  impii  ambulant  ;  naluraliter  appeten- 
tes  unde  finiant  appelitum,  et  insipienter  respuentes, 
unde  appropinquent  lini. 

168.  Deum  amans  anima  aliub  praeter  Deumsuiamo- 
ris  pi-aemium  non  requirit  ;aut  sialiudrequirit,  illud,non 
Deum  diligit. 

169.  Naturali  desideriosummumquivisappetit  bonun. 
Vis  pervenire  ?  incipe  transilire. 


FLEURS  OU  PE.NSEES. 


691 


etroite  et  presque  impraticable  ;  il  vous  sera  plus 
facile  de  la  parcourir  si  vous  meprisez,  que  si  vous 
acquerez  tout.  (Ibid.  33). 

171.  C'est  un  ediange  nialkeureux  et  d'une  folie 


extreme,  que  delaisser  le  travail  avec  les  hommes 
pour  le  feu  de  Tenfer  avec  les  demons.  (Ibid. 
27). 


170.  Anfracluosa  via  est,    et    inambulabilis :    facilius 
pervenies  spretis  omnibus,  quam  adeptis. 
111.  Misera,  et  extremae  plena  dementis  commutatio. 


humanum  declinare  laborem,  et  cum  diabolo  stridorem 
eligere  sempiternum. 


flN    DES    PEN3EKS. 


-  <*-*2S&Zelig&*-*i- 


CHRONOLOGIE 


DE  SAINT  BERNARD. 


L'an  1091  de  Notre-Seigneur,  quatrieme  annee 
du  pontificat  du  pape  Urbain  II,  trente-cinquieme 
du  regne  de  l'empereur  Henri  IV,  et  trenle  et 
unieme  de  celut  de  Philippe  1  roi  de  France,  naqnit 
Bernard,  a  Fontaines,  pies  de  Dijon,  en  Boulo- 
gne. Son  pere,  Tescelin  Sore,  etait  seigneur  de 
Fontaines,  etsa  mere  Alelhelait  tille  du  seigneur 
de  Montbar.  Le  chateau  de  ses  peres  a  ete  donne 
aux  religieux  Feuitlants  et  change  en  monastere. 
On  peut  lire  sur  la  famille  de  saint  Bernard  l'Avis 
place  en  tete  de  sa  Vie,  ainsi  que  Jean  l'Lrniitedans 
sa  quatrieme  vie  de  noire  saint,  oil,  dit-on,  il  fait 
descendre  saint  Bernard  de  1'anoienne  famille  des 
dues  de  Bourgogne,  parson  pere. 

L'aul098.Le  b  enh  ureux  Robert,  abbe  de  Moles- 
mes,prend  avec  lui  douze  religieux  de  ce  monastere 
et  se  retire  dans  le  desert  de  Citeaux,  oiiil  construit 
un  nouveau  monastere  dans  le  diocese  de  Chulons- 
sur-Saone,  environ  a  trois  lieues  de  Dijon,  avec 
l'aide  et  ['approbation  de  Gautier,  eveque  de  Cha- 
lons-sur-Saone,  et  de  llugues,  archeveque  del.yon. 
Eudes,  due  de  Bourgogne,  lui  donna  l'endroit  oil  il 
devait,  avec  ses  compagnons,  pratiqner,  dans  toute 
sa  purete,  la  regie  de  saint  Benoit ;  e'est  le  jour  de 
la  fete  de  ce  saint,  qui  tombait  cette  annee-la  le 
dimanche  des  Rameaux,  que  ltobert  jeta  les  pre- 
miers fondements  de  souceuvre.  Parmises  premiers 
compagnons,  on  coinpte  Aubry,  Eudes,  Jean, 
Etienne,  Latour  et  Pierre. 

L'an  1099,  quarante-troisieme  annee  du  regne  de 
l'erapereur  Henri  IV,  trente-neuvieme  de  celui  de 
Philippe  I  roi  de  France,  le  29  juillet,  Pascal,  II  qui 
aval1  ete  moine  a  Cluny,  succede  a  Urbain  II,  mort 
dans  la  onzieme  annee  de  son  pontificat. 

Le  bieiiheureux  Robert,  sur  les  reclamations  des 
religieux  de  Holesmes  dans  le  concile  de  Rome,  et 
sur  l'ordre  du  souverain  pontife,  revient  a  Moles- 
mes.  Aubry,quietait  prieur  deCiteaux,  lui  succede 
dans  cette  maison  avec  le  litre  d'abbe.  L'eglise  de 


ce  monastere  est  dediee  a  la  Sainte  Vierge  dans  le 
courant  tie  cette  meme  annee. 

En  1100,  Aubry  envoie  Jean  et  llbod,  deux  de  ses 
religieux,  a  Rome,  avec  des  leltres  de  recomman- 
daliou  des  cardinaux  Jean  et  Benoit,  de  Ungues, 
archeveque  de  Lyon,  et  de  Gautier,  eveque  deCh'i- 
lons-sur-Saone.  C'est  a  leur  priere  que  le  pape 
Pascal  II  conlirme  l'institut  de  Citeaux  par  un  pri- 
vilege particulier  donne  a  Troja,  le  18  avril,  indic- 
tion  viu,  seconde  annee  de  son  pontifical.  On 
pen  I  voir  ce  privilege  dans  Baronius  et  dans  Manri- 
que. 

En  1101,  l'abbd  Aubry  etablit,  dans  le  nouveau 
monastere,  la  stride  observance  de  la  regie  de  saint 
Be  oil,  el  reforme  tout  ce  qui  est  contraire  a  celte 
regie. 

La  meme  annee,  meurt  le  bienheureux  Bruno, 
fondateur  des  chartreux.  Cet  ordre  prit  nais- 
sance  en  1086.  Bruno  etait  originaire  de  Cologne; 
ce  fut  un  homme  non  moins  remarquable  par  sa 
saintete  que  par  son  savoir. 

110?.  Mortd'Eudes,  due  de  Bourgogne,  fondateur 
de  Citeaux.  11  est  inhume  dans  l'eglise  de  ce  mo- 
nastere. La  meme  annee,  Henri  son  tilspreud  l'h  ihit 
religieux  a  Citeaux. 

1103.  On  place  generalenient  cette  annee-lit  la 
substitution  de  l'habit  blanc  au  noir  cbez  les  Cis- 
terciens.  On  croit.  aussi  que  c'est  alors  qu'ils  se 
mirenl  a  reciter  l'olfice  de  la  Sainte  Vierge. 

1105.  C'est  lel"septembrede  celte  annee,  suivant 
le  necrologe  de  saint  Benigne  de  Dijon,  ou  elle  fut 
inhumee,  qu'on  place  en  general  la  mort  d'Aleth, 
mere  de  saint  Bernard.  Son  corps  fut  transfere  a 
Clairvaux  cent  quarante-cinq  ans  pins  tard.  Guil- 
laume  a  decrit  sa  mort  au  livre  i  de  la  Vie  de  saint 
Bernard,  chapilre   i. 

L'an  1106,  seplieme  annee  du  pontificat  de  Pascal 
II,  quarante-sixieme  du  regne  de  Philippe  I  roi  'de 
France,  Henri  IV  Quit,  par  line  mort  uialheureuse, 


CHRONOLOGIC  DE  SAINT  BERNARD. 


693 


un  regne  de  qunrante-neuf  ans.  II  eut  pour  suc- 
cessetir  Henri  Vsur  le  trone  imperial  com  me  dans 
sa  haine  pimr  I'Eglise.  II  ilia  a  llomeet  porta  les 
mains  sur  le  pape  I'ascal,  a  qui  il  extorqua  de  forci; 
les  investitures  ecclesiastiques,  ainsi  que  la  cou- 
ronne  imperiale,  en  11 .1. 

I/an  1108,  le  30  juillet,  neuvieme  annee  du  pon- 
tifical cle  Pascal  II.  deuxieme  annee  dn  regne  de 
Henri  V,  mort  de  Philippe  I,  roi  de  France,  a  Meii- 
don.  Loui5  son  lils  surnomiie  le  Gros  lui  succeile. 

1109.  Le  25  Janvier,  mort  du  bienbeureux  Au- 
bry,  second  abbe  de  Citeaux,  apres  neufanset  demi 
de  prelalure.  11  a  pour  successeur  le  bienheureux 
Etienne  Harding,  d'une  famille  d'Angleterre.  II 
avait  rempli  auparavant  les  fonctions  de  prieur,  et 
il  etait  un  de  ceux  qui  avaient  qnitte  Molesmes  pour 
aller  a  Citeaux  mener  une  vie  plus  austere. 

1110  Le  29  avril,  mort  du  bienheureux  Robert, 
abbe  de  Molesmes,  premier  foudaleur  de  Citeaux. 
Cesl  a  tort  que  quelques-uns  out  place  sa  mort 
en  109S. 
1113.  (Juatorziemo  annee  dupontificatde Pascal II, 
la  huitieme  du  regne  de  Henri  V,  et  la  sixieme 
de  celui  de  Loin-'  VI  Cette  annee  esl  devenue  bien 
celehre  par  la  conversion  de  Bernard.  II  avait  en- 
viron vingt-trois  ans  quaud  il  alia  se  meltre  avec 
trente  autres  jeunes  gens,  ses  couipagnous,  sousla 
conduite  d'Etieuue,  abbe  de  Citeaux.  Cost  a  partir 
de  ce  moment-la  que  l"ordre  de  Citeaux  conunenca 
a  se  repaudre  d'une  mauiere  extraordinaire. 

La  meme  aim  v,  fondatiun  de  I'ahb  iye  de  la  Ferle, 
premiere  lille  de  l.lieaux,  au  diocese  de  Chilous- 
sur-Saoue,  sur  la  Giou  •,  par  les  seigneurs  de 
Vergy,  Sav.irie  e;  liudla.ime  son  tils,  co.ules  de 
Cj.Vo.i—  sur-S  i«'me.  Le  pre  uier  abbj  de  celle  mai- 
son  t'ut  Be  fraud. 

1114.  S.iin1  Bernard  oblient  du  ciel  la  force  et  le 
talent  de  lure  la  moissoii,  ee  qu  il  n'avail  pu  l.iire 
jus  [u'alors,  a  cause  de  son   extreme    delical 
Vou  s  i  V  ie,  livre  i,  eh  ipitre  iv. 

Fondation  de  Pontig  iy,  seco  i  le  (ill  -  '1  ■  Citeaux, 
a  quatre  lieues  d'Autun,  dans  la  terre  alio  liale  de 
Henbert,  chanoine  d'Autun,  avec  le  concours  de 
Hervee,  comte  de  Nevers,  suus  l'episcopat  de  llum- 
bault.  Plus  tard  Thibaut  comte  de  Champagne, 
construisit  la  basilique  de  ce  mouastere  i  !  merita 
ainsi  d'en  etre  appele  le  fondateur.  Le  premier  abbe 
de  Pontigny  fut  Hugues  de  Ma  un,  qui  devint  en- 
suite  eveque  d'Autun.  Saint  Bernard  lui  ecrivit 
plusieurs  lettres. 

1115.  Fondation  de  Clairvaux  e.tMoriraond,  troi- 
sicuie  et  quatrieine  tides  de  Citeaux.  Clairvaux,  sur 
l'Aube  en  Champagne,  au  diocese  de  Liiig.'cs,  t'ut 
fundi  le  25  join,  nun  point  par  Thibaut,  comme 
l'ont  cru  a  tort  ceux  qui  confondent  la  translation 

T.    IV. 


du  mnnas'ere  de  Clairvaux  en  1035  avec  sa  fonda- 
tion, mais  par  Hugues,  comte  de  Troyes,  ainsi  qu'il 
est  ditdans  les  notes  de  la  lettrexxxi.  Bernard  premier 
abb  ■  de  ce  mpnas  ere  qui  fut  beni,  en  eclle  qualite, 
par  Guil'aume  de  Champeaux,  eveque  de  Chalons- 
sur-M anil-,  en  1'absence  de  Josceran,  eveque  de 
Langres,  etait  alors  age  de  vingt-quatre  ans. 
Voir  sa  Vie,  livre  I,  chapitre  vh. 

Quant  a  Morimond,  il  fut  fonde  dans  le  meme 
diocese,  par  Odolric  d'Aigremont  et  Adeline  sa 
femme,  seigneurs  rle  Choiseul.  Sun  premier  abbe 
fut  Arnold,  a  qui  est  adressee  la  leltre  iv  de  saint 
Bernard. 

Ces  quatre  abbayes  sont  comme  les  quatre  Clles 
ainees  de  Citeaux,  d'oii  sont  sorties  toutes  les 
autres. 

La  meme  annee  mourut  Ives,  eveque  de  Char- 
tres.  C'etait  un  homme  tres  instruil.  II  eut  pour 
successHiir  Ge.offroy,  qui  fut  honore  du  titre  de 
legat  du  saint  siege.  II  etait  tres-cher  a  saint  Ber- 
nard.  II  est  parle  <le  lui  dans  les  leltres  xv,  xlv,  et 
i.\,  dans  le  livre  iv  ile  la  Consideration,  chapitre  v, 
ainsi  que  dans  la  Vie  de  saint  Bernard,  livre  11, 
chapitre  i  el  vi,  el  livre  iv,  chapitre  iv. 

1116.  Premier  chapitre  general  de  Citeaux,  tenu 
par  I'abbe  Etienne.  II  est  decide  da^s  ce  chapitre 
qu'il  se  reuuira  desurmais  tuns  les  ans  le  13  sep- 
tembre,  selon  ce  que  rapporte  Jean  de  Vitry,  dans 
so:i  hisloire  d'Occideut,  chapitre  xiv. 

1117   Sainl  Ber  ard,aileint  d'une  maladie  grave,  - 
esl  confie  ,m\  soil  s  d'un  medecin  de  la  campagne, 
que  hu  procure  Cud:  nime,  ft\ eque  de  Chalons-sur- 
Mame.  Livre  i  de  sa  Vie,  chapitre  vn. 

On  place  vers  rette  meme  annee  la  conversion  de 
Ti  scelin,  pere  de  sa  ut  Bernard.  II  mourut  peu  de 
temps  apres  en  tres-grande  udeu  de  sainlele,  le  11 
avid,  selon  ne  qui  es  i   dans  le   necrologe 

de  saint  Benig  lijou. 

L'an  1118.  douzieme  annee  du  regne  de  HenriV, 
et  dixieme  de  celui  de  Louis  VI,  Pascal  II  nieurt 
apres  onze  ans  et  cinq  mois  de  ponlificat.  Gelase  n 
lui  succede,  il  avait  ele  comme  lui  moine  a  Cluny. 
Henri  lui  opposa  Maurice  Bourdin,  areheveque  de 
Prague  qui  prit  le  norn  de  Gregoire. 

La  meme  annee  est  fonde  1'ordre  militaire  du 
Temple,  dunt  les  premiers  chevaliers  furent  Hugues 
du  Paiens,  GeotlYuy  de  Saint-Oiuer,  au  rapport  de 
Guillaume  de  Tyr,  dans  sou  livre  x.u  de  la  guerre 
sainte.  Selon  le  meme  auteur  cet  ordre  fut  continue 
au  concile  de  Troyes  e  i  1 128,  ainsi  que  le  rap- 
porte aussi  Michel,  se  rut  lire  du  concile.  II  devait 
etre  aboli  plus  tard,  en  1313,  par  Clement  V 
suus  Philippe  IV  rui  de  France,  au  concile  de 
Vienne. 

Fondation    du  monastere    de   Trois-Fontaines , 

38 


59i 


CHRONOI.OGIE  DE  SAINT  BERNARD 


premiere  Qlle  de  Clairvaux,  au  diocese  de  Chalons-  religieux,  l'abbe  Suger  a  qui  saint  Bernard  £crivit 

sur-Sa6ne.  Son  premier  abbe  fut  Roger;  le  second  plusieurs  fuis. 

fv.t  Guy,  a  qui  sont  adressces  les  leltres  i.xix  et  lxx  I.  an  1124, dix-huitieme  annee  du  regne  de  Henri  V, 

de  saint  Bernard.  seizieine    de    celui   de  Louis  VI  roi  de   France,  le 

Fondatiou  aussi  de   Fontenay,  seconde  fillc  de  pape  Calliste  II  meurt  dans  la  sixieme  annee  de  son 

Qairvaux,  au  diocese  d'Autun. Son  premier  abbe  fut  ponlificat.  11  a  pour  successeur,  la  nieme  annee, 


Geoffroy,  frere  de  saint  Bernard.  Cet  abbe,  selon 
le  livre  des  sepultures  de  Clairvaux,  revint  a  son 
cber  premier  monaslere,  apres  avoir  fonde  et  par- 

faitement  organise  celui  de  Fontenay.  Ilfut  le  troi- 
sieme  prienr  de  Clairvaux,  et  devint  eveque  de 
Lanfrres. 


1'evSque  d'Ostie,  Laurent,  qui prit  le  nom  de  Hono- 
rius  II. 

1125.  Mori  de  Henri  V  a  Utrecht  sur  le  Rbin, 
apres  dix  oeuf  ans  de  regne.  Comme  il  ne  laissait 
pas  d  enfant,  il  s'eleva,  a  sa  raort,  une  longue  et 
funeste  division  que  saint  Bernard  seraappele  plus 


L'an  1119,  treizieme  annee  du  regne  de   Henri  tard   a    apaiser  entre   Lothaire,  due   de  Saxe,  et 

V,  onzieme  de   celui  de  Louis  VI,  le  Pape  Gelase  II  Conrad,  neveu  de  Henri   par   sa  seeur.  Ce  dernier 

meurl  a  Cluny  ;  il  a  pour  successeur,  sous  le   nom  avail  ete  proclaim-  roi  par  Frederic  son  frere  et  par 

de  Calliste  II,  Guy,  eveque  de  Vienne,  qui  celebra  d'autres  seigneurs.  Apres  avoir  franchi  les  Alpes,  il 

cette   nieme   annee,    le    31  ociobre,   un  concile  a  fut  recti  a  bras  ouverts  par  les  Milanais,  dontl'ar- 

Reims   et  eut  le  bonheur  de  mettre  fin  au  scbisme  cheveque,  nomine  Anselme,  le  sacra  roi  a  Modane, 

de  Bourdin.  capitate  du  ruva.ume  d'ltalie.   Selon    ce    que   rap- 

C'est  cette  meme  annee    que   le    bienheureux  porte  Othon  de  Freinsingen  dans   le   livre   vu    de 

Etienne,  abbe  de  Citeaux,  assiste  de  plusieurs  au-  ses  chroniques,  chapilre  xvn.  Plus  tard,  comme  on 

tres  abbes,  etablit  la  charte  de  la    Charite,  comme  le  verra,  saint  Bernard  dut  se  donner   bien  du  mal 

on  l'appelle  ordinairement,   en    trente  articles    ou  pour  reconeilier  les  Milanais  avec  le  pape  Innocent 

chapitres,  pour  assurer  la  pais  etla   tranquillity  et  Lothaire  II,  qui  fut  elu  empereur. 

dans  l'ordre  de   Citeaux.    Elle   fut  approuvee  par  La  meme  annee,  une  grande famine  desole  parti- 

le   pape    Calliste    II.   On  la  trouve    dans    Mauri-  culierement  la  France  et  la  Bourgogne,  et  donne  a 

que.  saint  Bernard  l'occasion  d'exercer  sa  charite,  comme 

1120.  Saint  Norbert,  que  saint  Bernard  appelle  on  le  voit  dans  sa  Vie,  livre  i  cbapitre  x.  Cette 
la  Trompelte  du  Sainl-Esprit,  dans  la  lettre  lvi,  annee-la,  aussi  saint  Bernard  fait  une  maladie  qui 
fonda  l'ordre  de  Premontre,  dans  le  Laonnais.  Voir  met  ses  jours  en  danger,  il  n'en  revient  que  par  la 
la  lettre  cclv  de  saint  Bernard  et  les  notes.  protection  de  la  Sainte  Vierge,  de  saint  Benoit  et  de 

1121.  Concile  de  Soissons  contre  Abelard,  sousla  saint  I  aurent.  Des  cette  epoque,  sa   reputation   de 


prcsidence  de  Conan  eveque  dePalestrine,  legat  du 
saint  siege.  Ce  concile  force  Abelard  a  livrer  de  ses 
propres  mains  oux  llammes  son  livre  de  la  Tri- 
nite. 


saintete  singuliere  et  de  science    se  repand  par  la 
ville  et  par  le  nionde  entier. 

1126.  Othon,  qui  devint  plus  tard  eveque  de  Frei- 
sengen,  historiographe   celebre,    prend   l'habit   de 


C'est  au  commencement  de  cette    meme   annee     Morimond.  Radevig  son  ami  intime,  nous   apprend 


que  mourut  Guillaume  de  Champeaux  eveque  de 
Chalons-sur-Marne.  Voir  a  son  sujet  les  notes  de  la 
lettre  in. 

Fondalion  de  Foigny,  au  diocese  de  Laon.  C'est 
a  son  premier  abbe  Rainaud  que  Bernard  a  adresse 
ses  lettres  Lxxn,  lxxui,  et  lxxiv. 

1122.  Pierre  Maurice,  originaire  de  l'Auvergne, 
surnomme  le  venerable,  que  saint  Bernard    aiiuait 


qu'il  etait  arriere  petit-tils  de  l'enipereur  Henri  IV, 
neveu  par  sa  mere  de  Henri  V ;  frere  uterin  de 
Conrad  et  oncle  de  Frederic  par  son  pere,  le  pieux 
et  illustre  prince  Leopold,  margrave  d'Au- 
triche;  sa  mere  etait  Agnes,  fille  de  Henri  IV. 
1127.  C'est  vers  cette  annee  que  Etienne  qui,  de 
chancelier  de  France  etait  devenu  eveque  de  Paris, 
s'eluigna  de  la  cour  sur  les  avis  de  Bernard,    pour 


d'une  affection  singuliere,  devient  abbe  de    Cluny     mener  une  vie  (ilus  reguliere,  et  se  vit   persecute 


pendant  l'octave  de  1  Assomption,  Voir  les  notes  de 
la  lettre  l  de  saint  Bernard. 

1123.C'ejt  vers  cette  annee  que  Pierre,  abbe  de  la 
Ferle,est  elu  eveque  de  la  Tarentaise.  C'est  le  pre- 
mier eveque  sorti  de  la  famille  de   Clairvaux;  il   a 


par  Louis  VI,  qui  Unit  par  le  recevoir  en  grace  sur 
les  instances  des  Cisterciens  et  surtout  de  saint 
Bernard. 

Henri,  archeveque  de  Sens,  fut  pen  de  temps  apres, 
et  pour  des  motifs  semblables,  trade  par  le    roi   de 


pour  successeur,  a  la  Ferte,  Barthelemy,    frere    de  Frauce,de  la  meme  maniereque  l'avait  ete  celui  de 

saint  Bernard.  Paris;    il    eut   aupres  du  roi  le  meme  avocat  et  le 

La  meme  annee,  Adam  abbe  de  saint  Denys,  a  meme  defenseur.  On  peut  voir  a  ce  sujet   la  lettre 

pour  successeur  d'un  commun  accord  de   tous  les  xlv  et  ses  notes. 


CHR0N0L0G1E  DE  SAINT   BERNARD. 


595 


Fondation  d'Igny,  qnatrieme  fille  de  Clairvaux, 
dans  le  diocese  de  Reims,  par  Raynaud  Despres 
archeveque  de  Reims.  Son  premier  abbe  est  Hum- 
bert, qui  de  religieux  de  la  Case-Dieu,  devint  reli- 
gieux de  Clairvaux,  Peu  de  temps  apres,  par  amour 
du  repos,  il  se  demit  de  sa  prelature  et  revint  a 
Clairvaux.  Bernard,  qui  etait  alors  retenu  en  ltalie 
pour  les  affaires  du  scbisme,  le  blame  beaucoup  de 
cetle  resolution  dans  sa  leltre  cxli,  ce  qui  ne  l'em- 
pecha  point  de  perseverer  dans  sa  retraite  jusqu'a 
sa  mort.  Saint  Bernard  fit,  a  ses  funerailles,  l'eloge 
de  ses  excellentes  vertus.  11  cut  pour  successeur  a 
Igny  l'abbe  Guei'ri,  celebre  par  sa  piete  et  par  ses 
eerits.  On  a  sesdiseoursa  la  suite  de  ceux  de  saint 
Bernard. 

HIS.  Le  jour  de  la  fete  de  saint  Ililaire,  concile 
de  Troyes,  qu'on  place  a  tort  en  1129,  cornice  il 
ressort  des  temoignages  de  Michel  qui  en  tut  le 
secretaire.  11  ful  preside  par  Mathieu,  eveque  d'Al- 
bano,  legal  du  Saint  siege.  On  y  compta  parmi  les 
assistants,  Elienne  de  Citeaux,  Bernard  deClairvaux 
et  d'autres  abbes  du  meme  ordre.  C  est  dans  ce  con- 
cile qvi'on  determina  les  couleurs  blanches  des  ha- 
bits a  donner  aux  Templiers,  et  la  regie  qu'ils  de- 
vaienl  suivre.  Ce  n'est  que  plus  tard,  que  le  pape 
Eugene  HI  leur  lit  placer  la  croix  rouge  sur  leurs 
habits. 

Fondation  do  Regny  au  diocese  d'Autun. 

1129.  Le  jour  de.  la  purification  de  la  sainte 
Vierge,  tenue  d'un  concile  a  Chalons-sur-Marne, 
par  Mathieu  d'Albano,  legat  du  pape,  ancien  reli- 
gieux  de  Cluny.  Dans  ce  concile,  sur  I'avis  de  saint 
Bernard,  Henri,  eveque  de  Verdun,  ilonne  sa  demis- 
sion; uncertain  abbe  de  Saint-Denys  de  Reims, 
lui  succede  pendant  deux  ans. 

Fondation  du  monastere  d'Ours-Camps,  au  dio- 
cese de  Noyons,  par  l'eveque  Simon. 

L'an  1130,  cinquieme  annee  <lu  regne  de  Lo- 
thaire  II,  vingt-deuxieme  de  celui  de  Louis  VI,  roi 
de  France,  le  pape  Honorius  meurt,  le  16  Janvier, 
dans  la  sixieme  annee  de  son  pontificat.  Un 
scbisme  tres-grave  regne  dans  l'Egliso  de  Dieu, 
Gregroire,  elu  canoniquement  sous  le  nom  d'lnno- 
cent  II  le  17  fevrier,  se  vit  disputer  le  trone  par 
Pierre,  lils  de  Pierre  de  Leon,  appuye  par  la  vio- 
lence de  s.-s  amis  qui  etaient  tout-puissants  a  Rome, 
et  par  Roger,  roi  usurpaleur  de  Sicile.  Pendant 
huit  ans  entiers,  Bernard  defend  it  avec  courage  la 
cause  d'Innocent.  Voir  la  letlre  cxxiv  et  les  suivan- 
tes.  En  effet,  entre  autres  choses,  dans  le  concile, 
tenu  a  ce  sujet,  cette  meme  aiinee  a  Etampes,  il 
fut  choisi  tout  d'une  voix,  par  les  peresdu  concile, 
comme  arbitre  du  differend,  et  se  declara  pour  In- 
nocent contre  Anaclet.  II  amena  le  roi  d'Angleterre 
Henri,  a  la  reconnaitre  egalement.    Voir  sa  Vie, 


livre  II,  chapitre  I,  et  notre  preface   generale  au 
tome  IV. 

La  meme  annee,  Bernard,  avec  une  hurnilite 
admirable,  refusa  l'eveche  de  Genes,  devenu  va- 
cant 1  annee  precedente  par  la  mort  de  Sigefroy. 

Ce  fut  cette  annee-la  aussi  que  Baudoin,  fut  le 
premier  des  Cisterciens .  promu  au  cardiualat 
dans  le  concile  de  Clermont,  ainsi,  du  moins  on 
le  croit,  que  Martin,  cet  bomme  si  saint,  dont 
Bernard  fait  mention  dans  le  livre  IV  de  la  Consi- 
deration, chapitre  V.  Au  sujet  de  Baudouin,  on  peut 
consulter  les  lettres  cxi.iv  et  ccxuv  de  saint  Ber- 
nard. 

1131.  Innocent,  apres  avoir  ete  recu  avec  magni- 
ficence a  Liege,  etait  revenu  en  France  a  la  fin  de 
l'annee  precedente.  Saint  Bernard  repritl'empereur 
Lolhaire  qui  reclamait  les  investitures  ecclesiasti- 
ques.  Innocent  le  couronna  roi  de  Germanie  etant 
encore  en  en  France,  sereservant  de  lui  donner  la 
couronne  imperiale  deux  ans  apres  a  Rome.  II  passa 
le  careme  de  cette  annee  a  Liege,  et  de  retour  en 
France,  il  se  rendit,  an  mois  d'octobre,  a  Reims, 
au  concile  assemble  dans  cette  ville  contre  Ana- 
clet, et  sacra  roi  Louis  le  jeune,  a  la  place  de  Phi- 
lippe son  frere,  qui  avaitperi  miserablement,  d'une 
chute  de  cheval.  Apres  le  concile,  dit  Suger  dans 
sa  Vie  de  Louis-le-Gros,  le  seigneur  pape  fixa  sa  re- 
sidence a  Autun  tout  le  reste  de  la  presente  annee, 
apres  avoir  visite  Cluny,  dont  il  consacra  l'eglise, 
puis  Clairvaux  et  quelques  autres  communautes, 
accompagne,  dans  toutes  ces  courses,  par  Bernard. 
Ernald,  dans  sa  vie  de  saint  Bernard,  livre  II 
chapitre  I,  place  le  concile  de  Reims  avant  le 
voyage  d'Innocent  a  Liege,  contrairement  a  ce  que 
dit  Suger. 

La  seconde  annee,  selon  la  grande  chronique  de 
Belgique,  Bernard  refusa  l'eveche  de  Chalons-sur- 
Marne,  oil  il  avait  ete  elu  et  fit  elever  a  sa  place, 
Geoffroy,  qui  etait  abbe  de  saint  Medard  de  Soissons. 
Aubry  rapporte  la  meme  chose,  etajoute  deplus,  que 
le  pape  Innocent  consacra  l'eglise  de  saintMedard, 
le  15  octobre,  avant  de  se  rendre  au  concile  de 
Reims,  selon  ce  que  porte  la  chronique  de  ce  meme 
monastere. 

La  meme  annee  encore,  Thomas,  prieur  de  Saint- 
Victor  de  Paris,  homme  d'une  grande  vertu,  est 
cruellement  assassine  pour  la  justice,  par  les  ne- 
veux  de  Thibaut  de  Nottieres,  archidiacre  de  Foix, 
qui  le  haissait  a  cause  des  reproches  qu'il  en 
avait  recuspour  ses  exactions  envers  les  ecclesiasti- 
ques.  Peu  de  temps  apres,  Archambault,  sous-dia- 
cre  d'Orleans,  mourut  pour  la  meme  cause,  et  de 
la  meme  maniere,  sur  les  instigations  deJean  ega- 
lement archidiacre  de  l'eglise  de  Sainte-Croix.  Ber- 
nard ecrivit  pour  ce  prieur  de  Saint-Victor  ses  let- 


596 


CIIUONOI.OGIE  DE  SAINT  BEIINAH1). 


trescLTin,  cux,  ru  et  clxii,  ft  sa  lettre  i.xipour 
le  sous-diacre  d'Orleaus.  Les  deux  causes  furent 
6voque.es  el  agitees  au  concile  de  Jouarre,  au  dio- 
cese de  Meaux. 

Fundation  de  Moreruela  en  Castille,  dan?  le  pays 
de  Zauiora  ;  tlu  monaslere  de  Saint-Jean  de  Ta- 
rouca,  en  l.usitanie,  diocese  de  I.amigo;  de  Long- 
pout,  au  diocese  de  Roissons  ;  de  Cherlieu,  au  dio- 
cese de  Besancon;  de  Bonnemont,  en  Savoie,  dio- 
cese de  Geneve  ;  de  Ridal,  en  Angleterrc,  dioi  ese, 
d'Yorck. 

1132.  Depart  dn  pape  Innocent  de  France,  pour 
l'ltalie,  Bernard  I'accompagne.  II  reconcilie  les  Pi- 
sans  el  les  (iiiiuis.  L'eveche  de  Genes  lui  est  offer! 
pourlaseconde  fois,  avant  que Syrus  y  soil  nomme, 
et  menu:  apres la  nomination  de  Syrus  qui  veul  se 
demeltre.  II  refuse  avec  la  meme  perseverance  el  la 
nieine  humilile  qu'auparavaat. 

Grande  controverse  eutre  les  Clunistes  et  les  Cis- 

terciens,  a  I'occasi I'un    privilege   par  1<  quel  le 

pape  Innocent  dispense  ces  derniers  de  payer  la 
dime.  Voir  la  lettre  i  u.x.xxiii. 

Fundatiou  du  nionastere  de  Paueellcs,  au  diocese 
de  Cimbrai.  Voir  la  lettre  clxxxvi,  et  de  Trois- 
Fonts  en  Angleterrc,  dioce.se  d'Yorck.  Voir  les  let- 
tres  xcu,  xliv  et  suivantes. 

1133.  Saint  Bernard,  qui  elait  alle  en  llalie  avec 
Innocent,  l'annee  preeedeute,  ecril  la  lettre  cxxvw 
a  Henri,  roi  d'Angleterre,  pour  lui  demander  lies 
subsides  en  faveur  du  pape,  qui  lie  pouvnit  occu- 
per  de  Home,  avec  le  pen  de  troupes  dont  il  dispo- 
sal!;  car  l'einpereur  Lolhaire  ne  lui  avait  donue 
que  deux  mille  homines  d'armes.  Cepelldant,  Inuo- 
cei.l  Quit  par  eiilivr  dans  la  ville,  et  remet  la  cou- 
ronne  imperials,  sur  la  tele  de  Lolhaire,  dans  la 
busilique  de  Latran.  Mais,  apres  le  deparl  de  l'em- 
Dereur,  Anaclet  reprit  le  dessus  a  Homo,  et  Inno- 
cent, oblige  de  s'elo'uner  encore,  se  n-tira  a  Pise. 
De  eelte  derniet'e  ville.  Bernard  est  envoye  en  i.er- 
nianie,  pour  reconcilier  Conrad  avec  Lothaire, 
Prolilant  de  cetle  occasion,  lloger,  lyran  de  Sicde, 
decore  du  nom  de  roi  par  I 'an  ti  pape  Anaclet,  s'ef- 
force  de  retuvr  les  1'is.uis  de  l'obedience  di.  pape 
innocent.  Mais  ds  linrenl  bou  dans  le<irs  senti- 
ments de  lidcllte,  el  Bernard  leur  ecrivit  sa  lettre 
cxxx,  pour  us  en  hlii  i  i  r. 

Cost  a  1'epo.pie  de  ce  voyage  que  se  place  la 
conversion  de  Masccau,  dont  i!  esl  parte  au  livre 
IV  de  la  ie  de  sunt  Bernard,  cliijtiuv  III,  aiusi 
que  eille  de    li    ducliesse   de  Lorraine,  doiil  il  est 

qiieS. U   Mienie  eii.lli.lt. 

1134  i.oiici.e  de  l'i-e.  Pendant  que  Bernard, 
sur  lordre  du  pape  Innocent,  sy  rendaiL  en  traver- 
sal la  Lombardie,  apres  avoir  reconcilie  ensemble 
Lolhaire  et  Conrad,  il  recoit  des  Milanais,  excouiuiu- 


nies  et  prives  de  la  d ignite  de  Hetropole,  pour 
avoir.  a  la  si  iie  d' Ansel  me,  leur  archeveque,  em- 
brasse  le  parti  de  Conrad  eL  d'Anaclet,  one  letlre 
on  ils  le  prieiit  de  les  faitv  rentrer  en  grace  avec 
Lolhaire  et  Innocent,  II  leur  proniet  par  sesleltres 
cxxxn  et  cxxxiii,  de  se  rendre  au  milieu  d'eux, 
aussildl  que    le  concile  sera  terraine. 

I'll  ell'el,  a  peine,  grace  a  si  prudence,  le  concile 
fut-il  clos,  qu'd  pari  it  pour  Milan,  avec  lescardinaux 
Matthieu,  eveque  d'Albano  et  Guy,  eveque  de  Pise, 
aiin  de  Iravailler  a  la  reconciliation  de  celte  ville. 
II  I'ul  recti  par  Ions  les  habitants  avec  de  grandes 
demonstrations  de  joie  el  une  tres-grande  venera- 
tion ;  on  lui  oflrit  la  dignite  archiepiscopale  et  ce 
n'esl  pas  sans  ]ieiue  qu'il  lit.  agreer  aux  Milanais 
son  reftis  ion  lant  de  la  recevoir.  II  lit  beaucoup 
ile  conversions  parmi  eux,  comnie  on  le  voit  par  la 
lettre  i  xxxv,  .  I  Fonda,  dans  leur  ville,  la  premiere 
colonie  da  son  ordie,  Ciiravalle,    qu'on  a  souvelit, 

mais  a  tort,  designe  aussi  sons  le  nom  de  Clairvaux. 
Apres  cela,  sur  1'onlre  du  pape  Innocent,  scion  ce 
que  rapporte  Sigonio  dans  son  histoire  d  llalie,  li- 
vre n,  il  se  ri'iidit  dans  plusieurs  villus  de  Lombar- 
die pour  retalilir  la  paix  enlre  elles,  el  particuhe- 
rement  a  Pavie  el  a  Cremone.  Ay. ml  completement 
echoue  aupres  des  Cremonais,  dans  sa  mission,  il 
til  part  de  leur  bstinalion  au  pape  Innocent  dans 
sa  letlre  cccxvui. 

Cependanl  apres  le  concile  de  Pise,  Norbcrt,  fon- 
dateur  de  I'ordre  de   Premontre   est  rappele   de  la 

telle  aux  cieu.X,  de  tilenie  que  Elienne,  abbe  de  Cl- 
teaux  qui  nioiirul  le  23  mars.  Guy,  qui  avail  ele  elu 
a  sa  place  avant  meme  qu'd  cut  rendu  le  dernier 
SOllpir  et  qui  retint  en  ses  mains  la  houletle  pasto- 
rale pendant  six  mois,  se  vit  enlin  rejele  et  laissa  la 
place  i  Rainaud,  tils  de  Mdon  comte  de  Bar-sur- 
S  i.e.  si  Ion  ce  que  rapporte  Orderic,  inoine  de 
Clairvaux,  dans  son  livre  via.  Ce  fut  eel  abbe  qui, 
d  o:s  mi  chapitre  general  de  I'ordre,  renferma 
dans  qualre-vingl-sept  chapitres  les  beaux  inslituls 
de  Cileaux,  qu'on  peut  lire  dans  les  aunales  de 
Manrique. 

Fondation  de  Ciaravalle de  Milan;  d'Hermerode,  au 
diocese  de  Treves;  de  Vau-clair,  au  diocese  de  Laon, 

Le  premier  al  be  de  cetle  maison  fut  Murdach,  a 
qui  esl  adressee  la  lettre  i  ccxxi. 

1135.  Bernard  passe  par  Milan  en  revenant  d'lta- 
lie,  et  revicnt  a  Clairvaux,  dont  on  Iraiisl'e.re  les  bail- 
ments dans  un  lieu  plus  commode,  ainsi  qu'il  est 
rapporte  au  livre  u  de  sa  Vie,  chapitre  iv  et  v.  II 
eul  a  peine  le  temps  de  poser  a  son  monastere,  car 
il  retail  presque  aussilot  I'ordre  de  se  rendre  en 
Aquit.iiiie  avec  Geoll'roy  de  Charlres,  pour  ramener 
Guillaume,  comte  de  Poitiers  et  plusieurs  autres 
seigneurs  que  Gerard,  eveque  d'Angoulerue,  avait 


CHRONOLOGIE  DE  SAINT  BERNARD. 


507 


entnlnes  dans  le  schismft,  comme  nn  le  roil  dans 
le  livre  11  de  sa  Vie,  ehapitre  vi.  C.ela  fait,  el  re  i  u 
un  pen  a  lui-meme,  il  entreprit,  a  h  priere 
autre  Bernard  i  i  01  es,  prieur  des  charlreux 
I'explicalion  du  Canlique  des  cantiques,  ainsi  qu'il 
est  dit  dins  les  leltres  CLUi  el  cliv. 

Fondation  de  Buzay,  <i'i  diocese  de  Ninles,  pap 
Ermeng  irde,  comtesse  de  Brelagne,  qu'il  avait,  dans 
son  voyage  d'Aquitaine,  retiree  desvanitesdumonde. 
Voir  les  leltres  cxvi  et  cxvu.  Le  premier  abb.''  de 
cette  maison  fut  Jean,  a  qui  est  adressee  la  lettre 
ccxxxvn.  Fondation  aussi  de  Hautecombe,  an  dio- 
cese de  Geneve,  de  la  Gr&ce-de-Dieu,  diocese  de 
Saiutes  et  d'Eberbach,  diocese  do  Mayence. 

1136.  Guy,  l'aine  des  freres  de  saint  Bernard, 
meurt  a  Pontigny,  hors  de  Clairvaux,  coin  me  le 
saint  le  lui  avait  predit,  ainsi  qu'il  est  dit  au  livre 
a  de  sa  Vie,  ehapitre  xu. 

Fondation  de  Balerne,  au  diocese  de  Besancon  ; 
son  premier  abbe  est  Burcli  tr  I,  a  qui  est  adressee 
la  lettre  cxlvi  ;  de  la  Maison-Dieu,  sur  le  Cher, 
diocese  de  Bourges ;  son  premier  abbe  fut  Robert, 
cousin  de  Bernard,  e'est  a  lui  qu'est  adressee  la 
lettre  i  et  d'Auberine,  diocese  de  Langres. 
Adoption  de  I'Abbaye  des  Alpes,  diocese  de  Geneve, 
sur  la  proposition  do  sun  abbe  Gucrin,  qui  devint 
plus  lard  eveque  de  Siou.  Voir  la  lettre  ccLin. 

L'an  1K!7,  huitieme  du  pontificat  d'lnnocent, 
douzieme  du  regne  de  l'empereur  l.othaire,  Louis 
VI  meurt  a  Paris  le  leraout.  dans  la  vingt-neuvieme 
annee  de  son  regne.  II  a  pour  successeur  Louis  VII, 
son  fils.  surnomme  le  Jeune,  pour  le  distinguer  de 
son  pero,  ilu  vivant  de  qui  il  fut  associe  au  Irone. 

La  meme  annee,  Bernard,  appele  par  le  pape 
Innocent,  repasse  une  troisieme  t'ois  les  Alpes  pour 
retourner  en  Italie  qui  geinissait,  sous  Anac  el,  des 
vexations  de  Roger  de  Sicile.  Ce  prince,  vamcu, 
grace  aux  prieres  de  Bernard,  par  le  due  Ruuoul- 
phe,  voyaut  qu'il  ne  pouvait  l'emporter  par  la  force 
des  armes,  eut  recours  a  la  force  de  ['eloquence  et 
coiiiia  la  defense  de  la  cause  d'Anaclet  a  Pierre  de 
Pise,  honamed'un  rare  talent  pour  la  parole  ;  mais 
le  voyant  vaiucu  et  ramene  du  schisme  par  Ber- 
nard, il  n  en  revint  pas  lui-nieme  a  de  meilleurs 
sentiments. 
Fondation  de  l'abbaye  de  Colomba,  eu  Italie,  dio- 
cese de  Plaisance;  de  Boccnn  en  Hongrie,  dio- 
cese de  Vesprin.  Plusieuts  auteurs  rapportent,  mais 
a  tort,  cette  fondation  ii  l'aunee    1153. 

Adoption  de  l'aobaye  de  Belfont,  appele  depuis 
Valparayso,  en  Espagne  au  diocese  de  Zamora. 

113S,  le  3  deeemhre,  Lothaire  II  cesse  de  p  irter 
la  couronne,  apres  treize  ans  de  regne.  II  a  pour 
successeur  Conrad,  due  de  Franconnie,  qui  avait  ete 
autrefois  son  rival. 


La  meme  snnV,  mirt.  malhrrirens^  de  l'.infi- 
'.  i  it,  &  qui  la  IV  iction  de  Roger  donna 
pour  successeur  le  -a"  li  i  il  G  - '■  ;oi  • -,  ,[  ii  prit  ie 
nom  le  Victor  et  q  ii  se  depouilla  des  iusigues  du 
■  es  hi  his  .1  ■  Ber  i  ir  I.  Le  schisme 
se  trouva  dcic  ainsi  term  ne  grace  a  i  zele  el  a  la 
prudence  di'.  Beruarl,  apres  avoir  dure  sepl  ans. 
Voir  la  leltre  cc  x  n.  Get  leureux  result.it  obteuil, 
le  saint  abbe  quilta  sans  retard  la  cour  de  Rome, 
n'emporlant  d'ltalie,  pour  tout  present  de  route, 
qu'une  dent  de  saint  Cesaire  et  quelques  autres  re- 
liqnes  de  saints.  Voir  le  livre  iv  de  sa  Vie.  ehapitre 
l.  In  forme  en  route  qu'il  avait  e!6  precede  a  l'elec- 
tion  de  leve  [ue  de  Langres,  par  Larcheveqiie  de 
Lyon,  nonobstant  la  promesse  que  ee  dernier 
avait  f.iile  a  Rome,  Bernard  cent  sa  leltre 
Clxv  et  les  suivantes .  Mais  une  douleuc  plus 
grande  devait  s'ajouler  a  celle-la,  e'e-t  celle  qu'il 
ressentit  'le  la  perte.  de  Gerard  son  frere.  II  avait 
ohlenu  de  Itieu  eu  Italie,  on  il  I'avait  accomp.igne, 
un  repit  a  cette  mort.  II  lui  tit  une  oraison  t'ui.ebre 
dans uo8  sermon  xxvisur  leGantique  des  cantiques, 
en  reprenant  le  cours  interrompu  de  ce  couimen- 
taire. 

La  meme  annee,  mort  de  Rainaud,  archeveque  de 
Reims,  selon  l'Auctaire  de  Gembluux.  Deux  ans 
apres,  e'est-a-dire  en  HZiO,  Samson,  eveque  de 
Ch  irtres,  est  promu  a  la  dignite  d'archeveque  de 
Reims,  a  1 1  place  et  au  refus  de  Bernard  d'accepter 
ce  tit  re. 

Fondation  de  Benissons-Dieu,  diocese  de  Lyon  ; 
cette  abbayea  pour  premier  abbe  Aubry  a  qui  est 
ecrite  la  lettre  tlxxiii. 

Adoption  de  l'abbaye  des  Dunes,  diocese  de  Bru- 
ges; sou  premier  abbe  fut  Robert,  a  qui  est  ecrite 
la  lettre  cccxxiv,  le  meme  qui  devait  un  jour  suc- 
ceder  a  Bernard  ii  Clairvaux. 

1139.  Concile  de  pres  de  mille  eveques  assembles 
a  Rome  dans  l'eglise  de  Latran  :  il  condauine  de 
nouveau  les  partisans  de  Pierre  de  Leon,  et  aniiule 
ses  ordinations;  il  interdit  les  tournois,  et  con- 
dauine Arnault  de  Brescia,  comme beretique,  asor- 
tir  de  l'ltalie.  Bernard  s'elforce  de  soustraire  a  la 
severile  du  ilecret  porte  contre  les  fauteurs  de 
Pierre  de  Leon,  le  cardinal  Pierre  de  Pise,  qu'il 
avait  reussi  a  reconciher  auparavant  avec  le  pape 
Innocent,  comme  on  le  voit  par  la  leltre  cexm. 

Peu  de  temps  apres,  Innocent  est  fait  prisonnier 
par  Roger,  due  de  Sicile,  qui  s'empare  de  lui  par  la 
ruse.  Get  eveneinent  bale  la  conclusion  de  la 
paix  si  longlemps  desiree  eutre  le  pape  et  Roger. 

La  meme  annee,  l'archeveque  Malachie  primat 
d'Irlande,  entreprend  un  voyage  a  Ro  i.e.  ("est  a 
turl  que  Baruimis  place  ce  voyage  il  la  date  de 
1137,  puisque  saint    Bernad   lu:-inenie    nous    ap- 


598 


CnRONOLOGIE  DE  SAINT  BERNARD. 


prend,  danssa  Viede  saint Malachie,  que  ce  dernier 
ue  survecut  qneneufans  a  ce  voyage  :  or  il 
niourut  en  1148.  C'est  pendant  ce  voyage  que 
Malachie  vint  a  Clairvaux,  oil  il  laissa  sis  de  ses 
compagnons  de  route,  pour  s'y  former  a  l'instilut 
<Je  Citeaux,  afin  de  I'etablir  ensuite  en  Irlai 

1140.  Concile  de  Suns  contre  Abelard  qui  en 
appela  au  Saint  Siege,  de  la  condamnation  de  ses 
principales  erreurs;  mais,  sur  le  conseil  de  Pierre- 
le-Venerable,  il  renonca  k  donner  suite  k  eel  appel 
et  se  fixa  £1  Cluny.  Pierre-le-V6nerable  le  reconcilia 
avec  l'Eglise.  Apres  avoir  passe  deux  ans  d'unema- 
niere  exemplaire  a  Cluny,  il  se  rendit  au  monaslere 
de  Saint-Marcel  de  Chalons-sur-Saone,  pour  y 
soigner  sa  sante  devenue  naauvaise  :  il  y  niourut. 
Voir  les  lettres  exevn  et  suivantes  etleurs  notes. 

Fondalion  de  Clair-Morets,  au  diocese  de  S.-rinl- 
Omer;  de  Blanckeland  en  Angleterre,  dans  Li  pro- 
vince de  Galles,  diocese  de  Man  ;  de  l'Oursiere, 
dans  le  royaume  de  Galice,  diocese  d'Aureusej  deLa- 
rivoir,  diocese  de  Troyes,  ayant  pour  premier  abbe 
Alain  qui  devint  plus  tard  arcbeveque  d'Autun,  et 
compila  une  Vie  de  saint  Bernard. 

La  meme  annee,  Innocent  donna  le  monaslere  de 
Trois-Fontaines  de  Saint-Anastase,  aux  religieux 
de  Clairvaux,  apres  l'avoir  retabli  avec  un  disciple 
de  saint  Bernard,  nomine  egalement  Bernard,  ori- 
gieaire  de  Pise,  lequel  devint  pape,  dans  la  suite, 
sous  le  nom  d'Eugene  III. 

Adoption  du  monaslere  de  Bencbor,  c6de  h  saint 
Bernard  par  Malachie,  primat  d'lrlande,etdeCasa- 
mario,  a  Verulo  en  Italic 

1141.  Le  pape  Innocent,  au  rapport  de  Robert 
du  Mont,  jetfe  l'interdit  sur  les  terres  du  roi  Louis, 
parce  qu'il  ne  voulait  pas  recevoir  l'archeveque  de 
Bourges,  qu'il  recul  pourtantplus  tard,  et  qu'il  delia 
d'un  sennent,  qu'il  avait  fait  contre  toutes  les  lois 
de    la    raisin.  Voir  les  lettres  ccxvm  et  suivantes. 

La  meme  annee,  le  roi  Louis,  toujours  au  dire 
du  meme  outeur,  tomba  avec  toutes  ses  troupes 
sur  le  comte  Tbibaut,  devasta  ses  possessions,  et 
particulieremeut  la  Champagne,  oil  il  brula  Vitry. 
Dans  cet  incendie,  treize  cents  ames  perirent, 
toujours  selon  Robert,  dans  son  supplement  a. 
Sigebert,  qui  place  ces  evenements  a  l'annee  1143. 
Voir  les  lettres  ccxvn,  ccxx,  ccxxu,  cexxm. 

Vers  la  meme  epoque,  se  place  la  mort  de  Hum- 
beline,  sceur  de  saint  Bernard,  dont  il  estparle  au 
livre  I  de  sa  Vie,  cbapitre  VI. 

Fondation  de  Mellifoiit,  en  Irlande,  au  diocese 
d' Armagh,  par  les  soins  de  Malachie  qui  y  placa 
les  compagnons  de  voyage  qu'il  avait  laisses  a 
Clairvaux,  pour  s'y  former  a  la  regie,  et  qui 
eurent  Chretien  pour  abbe.  Voir  les  lettres  cr.cxxxv, 
et  ccclvii. 


1142.  Yves,  qui  de  chanoine  regulier  de  Saint- 
Victor  pres  Paris,  etait  devenu  cardinal  pretre,  est 
envoye  en  France  pourprononcer  la  sentenced'ex- 
communicatinn  qui  frappail  Rainoulphe,  comte 
de  Saint-Quentin,  pour  avoir  repudie  sa  femme 
Pelronille,  soaur  du  comte  Thibaut,  et  avoir  epouse 
ensuite  une  lille  de  Guillaume,  due  d'Aquitaine, 
sceur  dela  reiue  de  France  .Dans  le  meme  anatheme 
se  trouvaient  enveloppfis  Barthelemy,  eveque  de 
Laon,  Simon,  evfique  de  Noyon,  et  Pierre,  eveque 
de   Senlis,  auteurs  du  divorce  du   comic.   Voir  les 

lettres  CI  Ml,  CCXVI,  CCXX,  CCXXI. 

La  meme  annee,  Alpbonse,  roi  de  Portugal,  se 
fait  tributaire  ainsi  que  son  royaume  de  1'abbaye 
de  Clairvaux,  a,  laquelle  il  assigne  une  rente  de 
cinquante  doublons  d'or  Cn. 

Cede  meme  annee  encore,  toujours  d'apres 
Robert  du  Mont,  ou  du  moins  vers  la  I'm  del'annee 
precedente,  com  me  le  rapporte  Ortelius,  dans  An- 
selme  deGembloux,  chez  le  Mire,  mort  de  Hugues 
de  Saint-Victor,  ami  et  grand  admirateur  de  saint 
Bernard  ,   l'Augustin   de  son  siecle.  Voir  la  leltre 

LXX. 

Fondation  des  monasteres  de  Melon  en  Galice,  dio- 
cese deTuyjdeSobrado,  a  peu  pres  a  la  meme  epoque, 
dans  le  diocese  de  Compostelle;  de  Ilaute-Cresteen 
Savoie,  diocese  de  Lausane. 

L'an  1143,  cinquieme  de  Conrad  III,  sixieme  de 
Louis  VII  roi  de  France,  mortdu  pape  Innocent,  le 
25  septembre,  apres  un  poutilic.it  de  quatorze  aus. 
II  cut  pour  successeur  Guy  de  Castel,  qui  prit  le 
nom  de  Celestin  II  :  c'est  a  lui  que  sont  adressees 
les  lettres  1  <  wxiv  et  cexxxv. 

Fondation  d'Alvastem,  en  Suede,  diocese  de  Lin- 
coping;  de  Ni-dal,au  meme  pays. Quelques auteurs 
placent  la  fondalion  du  dernier  monaslere  qualre 
ans  plus  tard.  Fondalion  de  Belle  Percbe,  diocese 
de  Montauban ;  de  Meyra  en  Galice,  diocese  de 
Lugo. 

1144.  Mort  dn  pape  Celestin,  qui  ne  siegea  pas 
meme  six  niois.  II  a  pour  successeur  Gerard  le 
Camerier  qui,  de  chanoine  regulier,  etait  devenu  car- 
dinal pretre,  du  litre  de  sainte  croix  de  Jerusalem. 
II  prit  le  nom  de  Lucius  II.  A  la  meme  epoque, 
Bernard  retablit  la  bonne  intelligence  entre  le  roi 
de  France,  Louis  VII,  et  le  comle  Thibaut.  Lire  ice 
sujet  ses  lettres  ccxx  et  suivantes. 

La  meme  ann6e,  mort  de  Bartbelemy  abbe  de  la 
Ferte,  frere  de  saint  Bernard;  et  d'Elienne  de 
Chalons,  cardinal evdque  de  Palestrine,de  l'ordre  de 
Citeaux,  homme  d'une  grande  saiatete,  a  qui  Ber- 
nard ecrivit  plusieurs  lettres. 

Fondalion  de  Beaulieu,  diocese  de  Rhodez. 
L'an  1145,  septieme  du  regnede  1'empereurConrad 
III,  huitieme,  de  celui  de  Louis  VII,  roi  de  France. 


CHUONOLOGIE  DE  SAINT  BERNARD. 


599 


le  pape  Lucius  II  meurt  le  25  fevrier.  11  a  pour 
successeur  Eugene  III,  abbe  de  Saiut-Anastase  aux 
Trois-Fontaines.  C'est  l'abbe  Bernard,  dont  il  a  ete 
parle  a  l'annee  1140.  Voir  les  letlres  ccxxxvu  et 
suiyantes. 

A  la  meme  epoque,  saint  Bernard,  consulte  parle 
roi  Louis  sur  la  croisade,  renvoya  la  decision  de 
cette  3tTaire  au  jugement  du  pape,  comme  nous 
l'avons  dit  dans  notre  preface  generate,  a  l'arti- 
cle  vii. 

Fondation  de  la  Pree,  au  diocese  de  Bourges. 

11&6.  Concile  de  Cbartres  assemble  a  l'occasion 
de  la  guerre  sainte.  Pierre  le  venerable  est  invite 
a  y  assister  par  la  lettre  cclxiv  de  saint  Bernard; 
il  ne  put  s'y  rendre,  ainsi  qu'ou  le  voit  par  sa 
reponse  a  saint  Bernard.  Sa  lettre  est  la  xvni  du 
livre  vi.  Bernard,  elu  generalissime  des  troupes, 
exborte,  sur  l'ordre  du  pape  Eugene,  par  seslettres 
et  par  ses  predications  qu'il  appuvait  de  miracles, 
les  peuples  de  la  Germanie,  les  Francs  orientaux, 
les  Bavarois,  les  Anglais  et  d'autres  encore,  a  pren- 
dre la  croix.  Voir  ses  letlres  ccxxm  et  ccci.xv,  ainsi 
que  le  livre  de  ses  Miracles. 

La  meme  annee,  l'Eglise  de  Tournai,  qui  avait 
pendant  cinq  cents  ans  et  plus,  ete  gouvernee  par 
les  eveques  de  Noyon,  eut  un  eveque  propre,  du 
nora  d'Anselme,  qui  avail  ete  abbe  de  saint  Vincent 
de  Laon.  Cette  ville  recut  son  eveque  de  la  main  du 
pape  Eugene,  qui  leluidonna,alarecommandation 
de  plusieurs  personnages,  mais  entre  autres  de 
saint  Bernard. 

Fondation  de  Boxley  en  Angleterre,  diocese  de 
Cantoibery;  de  Villers  en  Brabant,  diocese  de  Na- 
mur.  L'Auctaire  de  Gembloux,  dans  le  Mire,  place 
cette  fondation  a  l'annee  suivante,  et  s'exprime  en 
ces  termes  :  «  Denize  moines  avec  l'abbe  Laurent, 
et  cinq  convers,  envoyes  en  Brabant  par  Bernard  de 
Clairvaux,  fonderent  le  monastere  de  Villers.  » 

1147.  Eugene,  chassede  Rome,  l'annee  precedente 
par  la  faction  d'Arnaud  qui  avait  souleve  les  Ro- 
mains  contre  lui,  comme  op.  le  voit  dans  la  lettre 
ccxLii,  s'etait  refugie  en  France.  II  est  reeuenll47 
a  Paris  avec  beaucoup  d  honneur,  par  le  roi  Louis 
qui,  le  dimancbe  des  Raineaux  de  l'annee  prece- 
dente, selon  ce  que  rapporle  Robert  du  Mont  dans 
son  Appendice  a  Sigebert,  avait  pris  la  croix  avec 
son  frere  Geotfroy,  couite  de  Meulan  et  plusieurs  au- 
tres seigneurs,  lesquels  quitlerent  Paris  cette  nieme 
annee,  selon  la  ebroniquedeCluuy,  pour  allercom- 
baltre  les  Sarrazins  en  Syrie. 

Cette  annee-la  vit  plusieurs  synodes  se  rennir  en 
differents  endroits  ;  le  premier  a  Etampes  :  il  y  fut 
pris,  en  presence  de  Bernard,  des  arrangements 
pour  l'expedition  de  la  terre  sainte,  et  pour  l'aduii- 
nistration   du  royauine  qui  fut  conliee  a   Suger, 


abbe  de  Saint-Denis,  comme  il  est  dit  au  tome  II 
du  Spiuilege,  dans  la  chronique  de  Saint-Denis,  et 
dans  le  livre  des  Miracles  de.  saint  Bernard,  cbapi- 
tre  xvi.  Le  second  est  celui  d'Autun,  sous  lapresi- 
dence  du  pape  Eugene.  Le  troisieme  a  Paris,  selon 
Othon  de  Fivissingen,  dans  son  bistoire  de  Frederic, 
livre  i  chapitre  l.  La  cause  de  Gilbert  de  la  Porree, 
appelee  a  ce  concile,  futrenvoyee  al'examen  de  ce- 
lui qui  devait  se  tenir  l'annee  suivante  a  Reims. 
Voir  notre  preface  generale. 

La  meme  annee,  Bernard  va  combattre  l'hereti- 
que  Henri  en  Aquitaine,  avec  Aubry  cardinal  eve- 
que d'Ostie  et  legat  du  saint  siege,  et  Geoffrey, 
eveque  de  Cbartres.  11  est  question  de  cet  Henri 
dans  notre  preface  generale  et  dans  la  lettre  ccxia 
de  saint  Bernard. 

La  meme  annee,  Alphonse,  roi  de  Portugal,  s'e- 
tant  empare  de  la  ville  de  Santaren  par  la  vertu  des 
prieres  de  saint  Bernard,  demande  par  lettres  des 
moines  de  Citeaux,  pouretablir  un  monastere  de  cet 
ordre  dans  son  royaume. 

Fondation  d'Alcobaza  par  le  meme  roi  de  Portu- 
gal dans  le  diocese  de  Lisbonne;  de  Vauricher,  au 
diocese  de  Bayeux  ;  de  Morgan,  dans  le  pays  de 
Galle;  de  Spina,  au  diocese  de  Valentia  en  Castille, 
par  Sanche,  sceur  du  roi  Alpbonse.  Voir  la  lettre 
ccci  de  saint  Bernard. 

Adoption  de  Grandselve,  de  l'ordre  de  saint 
Benoit,  au  diocese  de  Toulouse.  Son  abbe  nomme 
Bernard  se  donna  lui  et  tous  ses  religieux  a  l'ordre 
de  Citeaux.  Voir  la  lettre  ccxlii. 

1148.  Concile  de  Reims  le  19  mars,  sous  la  pre- 
sidence  du  pape  Eugene.  Eon,  un  fou  beretique, 
y  est  condamne  a  la  prison ;  quant  a  Gilbert  de  la 
Porree,  eveque  de  Poitiers,  convaincu  d'etre  tombe 
dans  l'erreur,  par  saint  Bernard,  ilretracle  ce  qu'il 
avait  enseigne.  Peu  apres  le  pape  Eugene, 
sur  les  instances  du  saint  abbe,  approuve  les  eerits 
d'Hildegarde,  dans  le  concile  de  Treves;  mais  avant 
de  se  rendre  a  ce  concile,  il  avait  fait  la  dedicace  de 
l'eglise  deToul;  saint  Bernard  assistait  a  cette  cere- 
monie.  La  meme  annee,  le  pape  Eugene  assisla  au 
cbapitre  general  de  Citeaux,  benit  de  nouveau  le  ci- 
metiere  de  cette  abbaye,  et  apres  avoir  pris  conge 
des  religieux  qui  fondaient  en  larmes,  il  reprit  le 
cbemin  de  l'ltalie. 

Eugene  venait  de  quitter  la  France,  lorsque  saint 
Malacbie,  primat  d'lrlande  entreprit  un  second 
voyagea  Rome  pour  y  aller  recevoir  le  pallium;  mais 
il  mourut  a  Clairvaux  le  jour  et  a  l'endroit  qu'il 
avait  desires,  e'est-a-dire  le  jour  de  la  commemora- 
tion des  morls.  Sa  meuioire  devint  celebre  des  les 
premiers  temps  qui  suivireut  sa  niort.  Voir  la  lettre 
que  saint  Bernard  ecrivit  aux  lrlandais  pour  les 
consoler,  c'est  la  ccclxxiv;  voir  aussi  sa  Vie  dans  le 


coo 


CI1RONOI.OGIE  DE  SAINT  BERNARD. 


tome  11  et  deux  sermons  de  stun)  Bernard  pronon- 
ces  le  jour  i  icrailles,    tome  in.  SainlMala- 

cliie  lo  ruiers  mom  nts  quand,  lesbl- 

tiuionls  du  nou  reau 

la    translation    des  r  en  pares   qui 

i  ...  v,  de  Pan- 

cien  cimet it-re  dans  le  noiivean,le  jour  tie  la  Tous- 
s  lint ,  comme  on  le  voil  |  ar  le  sermon  1  sur  Maid- 
clue,  ii.  2.  Sa  canonis  ition,  I'api  5s  la  I  lliroui  pie  <le 
Clairvaux,  est  rapportee  [iar  Chill'let,  a  f  annee 
1192. 

Fondation  de  CamLron,  an  diocese  -le  Cambrai, 
avec  Fastrad  de  Clairvaux  pour  premier  abbe,  lequel 
devinl  plus  lard,  a | ires  Robert,  abbe  de  Clairvaux. 

Adoption  de  l'abbave  d'Alne,  qui  fntd'abord  line 
abb  iye  de  Bi  neali  inis.  puis  de  clianoiues  reguliers, 
an  diocese  de  Li«'-ge  Lamdme  annfie, dans  un  cha- 
pitre  general  del  Items,  Sorbon,  abbe  tie  Saviguyse 
soumet  &  Clairvaux,  lui  et  Irente  benedict  ins  Ju 
monastere  de  Savigny,  situe  dans  le  diocese  d'A\  ran- 
ches. En  meme  temps,  Elienne,  pfere  el  instituteur 
de  la  congregation  d'(  Ibasine,  diocese  de  Limoges, 
soumet  quatre  maisons  a  celle    de  Clairvaux. 

1149.  Funeste  issue  de  la  guerre  suuito  ;  Louis 
revient  en  France,  voir  la  lettre  cccr.xxxvi,  le  livre 
n,  de  la  Consideration,  cap.  i,  et  la  Vie  'le  saintBer- 
nurt,  livre  in,  chapilre  iv  ;  le  roi  de  France  se pre- 
pare a  une  seconde  expedition,  il  est  arrele  dans 
ses  preparatifs  par  les  Cistercians,  selonce  que  rap- 
porte  1'abbe  Hubert  dans  sa  Chronique,  a  l'annee 
1150. 

La  meme  annee,  Henri,  frere  de  Louis  VII,  roi  de 
France,  selou  ce  que  rapporte  la  Chronique  de 
Tours,  apres  avoir  ete  tresorier  de  saint  Martin  de 
Tours,  et  avoir  pris  l'habit  religieux  a  Clairvaux, 
est  prorau  a  I'evfeche  de  Beauvais.  La  Chronique  de 
Saint-Pierre-  Vif  de  Sens  place  ees  faits  a  l'annee 
suivaute.  Lire  sur  ce  sujet  a  la  lettre  cccvn,  et  ses 
notes. 

Fonlal ion  dc  Font-Morigny,  dans  le  diocese  de 
Bourges;  d'Aubepierre,  dan*  celui  de  Limoges  ;  de 
Longuay  dans  celui  de  Langres,  et  de  Loz  daus 
celui  de  Tournai. 

adoption  de  Boullancourt,  monastere  de  clianoi- 
guliers,  du  diocese  de  Tro 

1150.  Eugene,  apres  b.cii  des  traverses,  ayant 
fini  par  renlrer  en  possession  de  Rome  et  de  son 
siege,  saint  Bernard  lui  envoie  son  livre  u  de  la 
Consideration,  en  teleduquel  il  avail  placfiunejus- 
titication  de  la  seconde  croisade.  II  recoil  une  Icltre 
de  consolation  de  Jean,  alibi'  deCasamario,  monas- 
tere situe.  dans  la  ville  de  Verulo.  Celle  lettre  est 
maintenant  la  ccclxxxvi,  de  la  collection  de  celles 
de  saint  Bernard. 

1151.  Vers  la  fin  de   l'annee  precedent  e,  le   1 


di'cerulire,  l'abbe  Rainaud  etnit  mort,  il  eut  pour 
surcessenr,  fiosvin,  abbe  de  Bunneval  de  Vienne. 
\  oir  I  i  I.  iir  •  r.  i.w. 

Mori  de  II  igues,  eveque  d' Auxerre,  que  la  f.bro- 
■Vif  uppelle   iiii  bomme  tie   bonne 

mi ire.  Voir  po  ir  ce  q  n   concenie  I'eleclion    de 

cur,  les  lellres  c  i.\i,    Ci  i.xxiv,    et    sui- 
v.i  ites. 

Mo  t  tl  •  Euger,  abbe  deSaint-Renis,  homme  d'une 
graude  sain  tele."  Bernard  lui  ecrivit,  dans  ses  der- 
niers  moments,  une  lettreqni  est   sa  r.ci.vi. 

I  t mis  VII  it  E.eonore,  scion  ce  que  rapporte  Ro- 
bert dtiMont,  ay  mi  aflirme  par  sernient,  penlant 
le  careme  de  relte  meme  annee,  h  Beaugency, 
devanl  une  assemble?  d'eveqw  s  el  d'archeveques, 
qu'ils  etaienl  parents,  furent  separes  cauomque- 
nient. 

Fontlation  du  monastere  d'Esron,  diocese  de 
Roschilt. 

L'an  1152,  builieme  du  pontificat  du  pape  Ei- 
gene,  quinzie  ne  du  regne  de  Louis  VII,  roi  de 
France,  mort  tie  Conrad,  t[iti  laiss.;  la  pourpre  im- 
peri.ile  a  sun  neveu  de  frere. 

Le  8  Janvier  de  la  meme  annee,  mort  de  Thi- 
liaut  comte  tie  Champagne,  bomme  d'une  insigne 
pieic  ;  il  est  inhume  dans  le  monastere  de  Lagny- 
sur  Maine,  dont  il  avail  ete  l'avocat.  Saint  Bernard 
lui  avait  ecrit  pen  tie  temps  avaut  sa  niorl  une  let- 
tre qui  est  la  CCLXXI. 

Adoption  de  Marolles,  diocese  de  Mallezes. 

Fondation  de  I'abbaye  de  Clermont,  diocese  du 
Mans. 

Vers  la  meme  eporpie,  adoption  d'Arminlera,  en 
Cilice,  diocese  de Compostelle 

L'an  115'?,  deuxieine  du  regne  de  I'empereur 
Frederic  I,  sci/.ienie  du  regne  de  Lou  s  VII,  roi  de 
France,  le  10  juillet,  mort  du  pipe  Eugene,  apres 
un  ponlitic.it  de  buit  ans,  quatre  mois  el  treize 
jours.  II  a  pour  successeur  Conrad  qui,  de  chanoi- 
ne  regulier,  elait  devenu  eveque  de  Palerme.  II 
p  il  le  iiuiii  tl'Anaslase  [V.Peude  temps  apres,  noire 
ties-saint  doi:leur  Bernard,  apres  avoir  travaille. 
pour  I'Eglise  de  Dieu,  raalade  depuis  le  milieu  de 
I'niver  precedent,  ainsi  qu'il  le  dit  lui-inetne  daus 
seslettres  1 1  lxx.whi,  ccciii,  el  cccvm,  meurtenpaix 
apres  avoir  retabli  la  pan  enlre  les  habitants  de 
Metz,  le  20  aoui  a  neuf  beures  du  matin,  dans  la 
soix  iiite-truisie  in-  annee  de  son  age,  la  quarautie- 
me  tie  sa  profession  religieuse,  et  latrente-huitieme 
tie  sa  prelature. 

Dans  la  meme  semaine,  la  ville  tres-forle  d'Asca- 
lon,  en  Palestine,  tut  prise  paries  Chretiens,  selon 
que  le  saint  I'avail  predit  a  plusieurs  reprises, 
comuie  l'alteste  Geolfroy  dans  le  livre  in  de  sa  Vie 
de  saint  Bernard,  chapitre  iv. 


CHRONOLOGIE  DE  SAINT     BERNARD. 


001 


Bernard  eut  pour  successeur  a  Clairvaux,  Robert, 
qui  etait  abbe  d  s  Dunes. 

Fondation  du  mouastere  de  la  Perouse,  diocese 
dc  Perigueux,  <jt  de  Mores  diocese  tie  Langres. 

Adoption  de  l'abbaye  de  Monle-Ilaaio,  diocese 
d'Orense  en  Galice. 

CENSURE   *  D'ETIENNE,      SECOND     ABBE    DE 
C1TEAUX. 

SCR  QCELQCES    PASSAGES   DE   LA  BIBLE. 

Le  frere  Etienne,  abbe  de  Npwmonster,  a  tous 
presents    et    fulurs    serviteurs    de      Dieu,    salut. 

Nous  disposant  a  ecrire  cette  hisloire,  parmi  les 
livres  que  nous  avons rassembles  en  grand  nonihre 
de  diverses  communautes,  poursuivre  le  plusexact, 
nous  en  avons  trouve  un  qui  differait  beaucoup  de 
la  plupart  des  autres.  Com  me  il  etait  le  plus  coru- 
plet  de  toi;s,  nous  l'avons  pris  pour  guide  pour 
ecrire  cette  histoire  selon  les  renseignements  que 
nous  y  avons  rencontres.  Mais  apres  l'avoir  ecrite, 
nous  n'avons  pas  ete  pen  frappes  de  la  difference 
de  toutes  ces  histoires.  I.a  raison  nous  disait,  en  ef- 
fet.  que  le  texte  que  tous  les  ecrivains  de  notre 
temps  ont  recu  des  mains  d'un  seul  interprete,  je 
veux  dire  de  saint  Jerome,  sans  se  mettre  en  peine 
des  autres,  a  ete  traduit  de  l'hebreu,  seiile  source 
authent.que,  doit  etre  partout  le  uieme.  Mais  il  y  a 
des  livres  de  1'aucien  Te-tame.ut  qui  ont  ete  traduits 
parte  ineme  pere,  non  sur  le  texte  hebreu,  mais  sur 
le  texte  chaldaique,  parce  qu'il  ne  les  a  trouves 
que  dans  ce  dialecte,  meine  cbez  les  Juifs,  ainsi 
qu'il  nous  le  dit  lui-menie  dans  son  prologue  sur 
Daniel.  Nous  avons  adopte.  cette  version  cotnme 
celle  des  autres  livres.  Mais  fort  etonne  de  la  diffe- 
rence que  nos  livres,  traduits  par  un  meine  auteur, 
presentaieut  avec  les  autres,  no>  s  sommes  alle 
trouver  des  Juifs  reputes  tres-instruits  dans  leurs 
ecrilures,  et  nous  avons  rapproche  avec  le  plus  de 
soin  possible  du  texte  latin,   tous  les  passages  des 

s  Cette  censure  que  nous  placons  ici,  se  trouve  dnns  le  ma- 
nuscril  de  la  Bible  <Je  Ctteaui,  que  le  second  abbe  de  ce  mo- 
Ditslere,  noinnie  Etienne  a  pris  soin  de  faire  copier,  coroine  l'at- 
teste  celle  remarque  placee  a  la  fin  :  ■  L'an  1109  de  l'tncarna- 
lion  de  Notre  Seigneur,  a  ele  termioee  l'ecrilure  de  ce  present 
rim,  sous  le  goDvernemeat  d'Etienoe,  second  abbe  de  Uteanx. 


E  'ritures  oil  se  lisaient  les  testes  et  les  endroits 
que  nous  trouvions  dans  l'exemplaire  dont  nous 
avons  parte  plus  bant,  el  que  nous  avions  deja  fait 
entrer  dans  notre  travail,  ais  que-  nous  n'aviouspas 
rencontres  dans  la  plupart  des  autres  livres  lal  ins. 
Ces  juifs,  feuillelant  avec  nous  pltisieurs  de  leurs  li- 
vres, nous  traduisaient  les  passages  que  nous  leur 
indiquions,  de  1'hebreu  oil  du  chaldaique  en  latin, 
mais  ne  tronverent  ni  les  endroits  ni  les  versels  qui 
nous  inqnietaient  le  plus.  En  consequence,  nous 
avons  retranche,  comnie  superflu,  ainsi  qu'on  le 
voit  en  plusieurs  endroits  de  ce  livre,  et  surtout 
dans  les  livres  des  Rois,  oil  se  trouvait  le  plus  d'er- 
reurs,  tout  ce  qui  ne  se  rapportait  ni  a  1'hebreu, 
ni  an  chaldaique,  ni  a  la  version  donnee  par  les 
livres  latins  ou  ces  passages  faisaient  defaut.  Et 
maintenant  nous  prions  tous  ceux  qui  1  iron t  ce  vo- 
lume de  ne  plus  y  replacer  ces  endroits  et  ces 
passages  supertlus.  11  est  bien  facile  de  reconnaitre 
a  quelle  place  ils  se  trouvaient,  puisque  le  parche- 
niin  conserve  en  cet  endroitles  traces  du  grattage 
auquel  il  a  ete  soumis.  Nous  defendons  aussi,  au 
nom  de  Dieu  et  de  notre  ordre,  a  qui  que  ce  soit  de 
se  servir  avec  peude  precaution  de  ce  volume  que 
nous  avons  prepare  avec  tout  le  soin  possible  et  d'y 
faire  avec  l'ongle,  aucuue  marque  sur  le  texte  ou 
sur   les   marges. 

DES  ACTES   DU  CHAPITRE  GENERAL 
DE  CITEAUX, 

TENU      EN    LANN'EE    MCXXVI. 

A  la  requete  de  Monseigneur  l'archeveque  de 
Lyon,  qui  deniande  qu'on  corrige  la  lecon  de  l'E- 
vangile  de  la  passion  de  Notre-Seigneur  qui  se  lit 
selon  saint  Mathieu  le  dimanche  des  Rameaux,  il 
est  enjoint  a  l'abbe  de  la  Ferte  de  voir  avec  soin  ce 
que  pensent  de  cette  correction  les  Eglises  de  Cluny 
et  de  l.yon,  et  d'en  faire  sou  rapport  au  procuain 
chapitre. 

l'an  mcc. 

On  ecrira  dans  le  texte  de  l'evangeliste  saint 
Mathieu  ces  mots  quiy  manquent  :  «  llssepartage- 
rent  ses  vetements.  » 


NOTES  DE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLON, 


SUR  LES  SERMONS  CONTENUS  DANS  LE  QUATR1EME  VOLUME. 


SUR  LE  XLVI  DES  SERMONS  DIVERS. 

280.  Cetle  vertu  a  peri  chez  moi.  Saint  Bernard 
parle  ici  de  la  virginite.  Ces  paroles  font  douter  k 
Bellarmin  que  ce  sermon  soitbien  de  saint  Bernard 
qui,  tout  le  moude  le  sait,  a  conserve  sa  virginite 
intarte  jusqu'a  la  fin  de  ses  jours.  Et  en  elTet,  il 
semble  qu  on  ne  pent  se  dispenser  de  dire  d'apres 
cela,  ou  que  ee  sermon  n'est  point  de  saint  Bernard, 
ou  bien,  s'il  est  de  lui,  que  faint  Bernard  n'est  pas 
demeure  vierge.  Toutefois  je  crois  que  rien  n'em- 
pecbe  ,  malgre  les  paroles  citees  plus  haut,  de  dire 
que  ce  sermon  est  de  saint  Bernard,  et  que  notre 
saint  est  demeure  vierge.  En  effetfl  est  assez  ordi- 
naire aux  saints  et  aux  predicateurs  de  la  parole 
de  Dieu  de  parler  au  nom  de  leurs  auditeurs  et  de 
s'atlribuer  le  peche  qu'ils  ont  en  vue  de  reprendre 
et  de  ckatier.  Ainsi,  pour  en  revenir  a  saint  Ber- 
nard, je  pense  qu'il  parlait  en  s'exprimant  ainsi, 
s'il  l'a  fait,  au  nom  de  ses  auditiurs,  comme  s'il 
s'elait  demande  ce  qui  reste  aupres  de  la  Vierge, 
mere  de  Dieu,  a  ceux  qui  ne  peuvent  plus  se  glo- 
rifier  avec  elle  d  etre  vierges  encore.  Or,  dans  un 
si  grand  nombre  de  religieux,  comment  peut-on 
douler  quil  s'en  soit  trouve  quelques-uns  dont  la 
vertu  avail  fait  naul'ragedans  le  mondeavant  qu'ils 
vinssent  au  monastere  saisirla  planche  du  salut  que 
leur  offrait  la  penitence? 

281.  D'ailleurs  saint  Bernard  s'exprime  a  peu 
pres  de  la  meme  maniere  en  parlant  de  lui  dans 
son  trenlieme  sermon  sur  le  Canlique  des  antiques, 
n.  7,  oil  il  dit  que,  dans  lesiecle,  sa  foi  etait  morte, 
pui;qu  elle  etait  depourvue  de  bonnes  ceuvres,  et 
que  si,  depuis  sa  conversion,  elle  se  Irouve  dans  un 
etat  un  peu  moins  mauvais,  cependant  il  arrive 
encore  bien  souvent  que  les  boutons  a  fruits  d*  ses 
bonnes  ceuvres  se  trouvent  etouffes  par  la  colere, 
emportes  p3r   la  jactance,   souilles  par   la  vaine 


gloire,  qu' il  n'est  pas  jusques  aux  peches  de  gour- 
mandise  qui  ne  la  compromeltent  quelque  fois.  Or, 
tout  le  monde  sait  que  personne  ne  fut  jamais 
plus  dotix,  plus  bumble  et  plus  sobre  que  saint 
Bernard. 

On  pent  rapprocher  de  ce  passage  le  langage  que 
notre  saint  tient  encore  sur  son  propre  compte,  en 
termes  a  peu  pres  pareils,  dans  son  cinquante-qua- 
trieme  sermon  sur  le  Cantique  des  cantiques,  n.  8. 
(Note  deHorslius.) 

POUR  LE  L"  DES  SERMONS  DIVERS. 

282.  //  tie  dit  point  VEcclesiasle  ou  Idida.  Salo- 
mon a  ete  appele  par  le  prophete  inspire  de  Dieu, 
Nathan  I' Aimable  au  Seigneur,  en  hebreu  Fedi- 
deja,  dont  on  a  fait  Idida.  11  avait  done  deux  noms, 
bien  que  rEcriture  ne  lui  donne  que  ce  dernier 
(n  Reg.  xn,  25).  On  peut  meme  dire  qu'il  en  eu 
trois,  si  ou  compte  celui  d'Ecclesiaste.  (Note  de 
Horstius). 

POUR  LE  V  SERMON  SUR  LE  CANTIQUE 
DES  CANTIQUES,  n.  9. 

283.  Les  corps  des  anges,  etc.  Les  Peres  et  les  prin- 
cipaux  docteurs  de  l'Eglise  ne  sont  point  d'accord 
sur  la  question  du  corps  des  anges  ;  les  uns  preten- 
tendeut  que  les  anges  sont  corporels,  et  les  autres, 
mais  en  moins  grand  nombre,  soutiennent  le  con- 
traire.  C'est  ce  qui  fait  quele  Mailre  des  sentences, 
en  voyant  cette  divergence  d'opinions,  n'a  point  ose 
se  prononcer  lui-meme  sur  ce  point  [Lib.  u,  Dist. 
8).  Je  vois  que  saint  Augustin  est  indecis  sur  cette 
question,  tout  en  inclinant  pour  l'opinion  qui  donne 
un  corps  aux  anges.  lmbii  de  la  doctrine  de  Platon, 
il  rapporte  quelque  part  ce  sentiment  des  Platoni- 
ciens  sur  la  nature  des  anges,  de  mauiere  a  faire 
voir  qu'il  n'est  pas  loin  de  l'admettre   pour   son 


NOTES  TE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLON. 


603 


propre  compte  [Lib.  vm,  de  Civit.  Dei,  cap.  xiv,  xv,  nes  suggestions,  et  y  font  le  bien,    comme  on  dit 

xvi  .  Bien  plus,  en  certains  entlroits,  il  dit  que  les  avee  raison,  selon  ce    mot  de   Zacharie  :    Un  ange 

angessont  des  animaux,   et  qu'ils  ont  un    corps,  parlait  en  moi.  Saint  Bernard  se  sort  de  ce  passage, 

Toutefois  dans  un  passage  de  ses  ouvrages  [Enchiri.  dans  son  cinquienie  livre  de  la  Consideration,  cha- 

lix),  il  dit  que  la  question  des  corps  des  anges  est  pitre  cinquienie,  oil    il    etablit  tres-bieu    ce  point 

tres-delicate.  11  s'exprime  en  ce  sens  dans  plusieurs  toucbant  les  anges,  et  oil  il  exphque  tres-clairement 

autres   lieux  encore  que  nous  nous  dispensons  de  que  cela  se  fait  ditKremruent  par  les  anges   et  par 

ciler;  mais  Eslius  en  a  note  plusieurs  dans  le  livre  Dieu.  «  Tel  est  le  langage   d'Estius  a  l'endroit  cite. 


n  des  Sentences,  distinction  8. 

Aujourd  hui  c'est  une  doctrine  aussi  certaine  que 
generate  que  les  anges  sontincorporels,  c'est-a-dire 
n'ont  point  de  corps  par  nature.  Voir  saint  Tbomas 
i.  p.q.  h,  art.  1,  et  p.  u,  art.  1  et  2.  Mais  est-ce 
line  verite  de  foi,  ounon,  c'est  cedonttout  le  nionde 
n'est  pas  d'accord.  Voir  Estius,  loco  citato.  Sixtede 
Sieune  loue  saint  Bernard  d'avoir  eu  la  modestie 
de  ne  se  point  prononcer  dans  cette  question  et 
meme  d'avouer  son  ignorance  (Lib.  v,  biblioth. 
sancla  annot.  8).  (Note  de  Horstius  . 

SURLE  SERMON  n.  10. 

284.  Que  cette  prerogative  soil  done  mise  de  cdlc. 
etc.  11  s'agit  ici  de  la  prerogative  par  laquelle  Dieu 
descend  dans  fame  buraaine,  ce  que  d'autres  au- 
teurs  expriment  en  d'autres  termes  de  cette  ma- 
niere  :  Dieu  ne  peut  descendre  substantiellement 
dans  1'ame  humaine,  on  l'esprit  de  l'bomme,  et 
la  remplir.  C'est  la  doctrine  de  Did  vme,  dans  son  li- 
vre du  Saint  Esprit,  de  Gennade  dans  son  livre  des 
mes  de  VEglise,  cbapitre  lxxxii,  de  Bede  dans 
ses  Commenlaires  sur  les  actes,  cap,  v;  du  Maitre 
des  sentences,  danslasecoude  partie  de  la  liuilieme 
distinction.  Estius  cite  plusieurs  temoignages  de 
cette  doctrine  dans  la  seconde  partie  de  sa  huitieme 
distinction,  paragrapbe  douzieme.  «  Etd'abord,  dit- 
il,  il  faut  avouer  que  Dieu  seul  peut  remplir  l'ame 
de  l'bomme,  selon  sa  substance;  en  d'autres  termes, 
il  n'y  a  que  Dieu  qui  par  la  presence  de  sa  nature, 
soitintimement  dans  l'ame  tout  enliereen  la  contenant 


Cassius  etablit  sur  des  raisous  graves  et  solides  la 
meme  doctrine,  dans  sa  septieme  collat.  cbap.  xui 
(Note  de  Horstius.) 

SUR  LE  VII  SERMON  SUR  LE  Cantique,  n.  6. 

285.  Qu'ils  se  retirent  avec  indignation.  Voici  la 
remarque  que  fait,  sur  ce  passage,  Sixte  de  Sienne 
(Lib.  v,  Biblioth.  S.  Annot.  216).  «  Lesscolastiques, 
dit-il,  ont  coutume  d'alleguer  les  paroles  de  saiut 
Bernard  dans  sa  septieme  bomelie  sur  le  Cantique 
des  canliques,  pour  prouver  que  les  anges  gardiens 
abandonnent  quelquefois  le  garde  qui  leur  est  con- 
flee.  Albert  le  grand  (I  Tom.  sum.  qu.  8)  expli- 
quant  ce  passage  dit :  les  bommes  sont  abaudonnes 
par  leurs  anges  gardiens,  non  point  quant  au  lieu, 
c'esl-a-dire  quant  a  la  garde  locale,  mais  quant  a 
1 1  vertu  et  a  l'efiicaeite  de  cette  garde.  Cela  ne 
vient  pas  de  paresse  cbez  l'ange,  mais  de  faute 
dans  riiomme,  de  la  meme  maniere  que  les  saints 
disent  ordinairement  que  le  pecheur  s'eloigne  de 
Dieu,  cela  ne  s'entend  point  d'undeplacement  local, 
mais  d'un  eloignement  au  point  de  vue  du  merite 
(note  de   Horstius).  » 

SUR  LE  XX11I    SERMON  SUR    le    Cantique,  n.    9. 

286.  Si  toutefois  e'en  est  une  autre.  N'y  eut-il 
qu'une  seule  Marie  qui  oignit  le  Seigneur,  comme 
on  le  lit  en  plusieurs  fois  dans  l'Evangile,  et  qui 
etait  sceur  de  Marthe,  ou  bieny  eneut-il  plusieurs? 
Cela  a  ete,  parmi  les  anciens,  le  sujet  de  grandes 
controverses,  entre   autres  dans  Jansenius  de  Gaud 


inlerieurement,  en  la  conservant,  en  la  gouvernant     (Concor.  Evang.  cap,  xlvu),  qui  traite  ce  sujet  avec 


et  en  operant  en  elle;  2°  quant  a  la  capacite  de  son 
desir ;  3°  par  la  connaissance,  attendu  qu'il  sonde 
et  connait  tons  les  replis  et  les  secrets  du  cceur  ; 
4°  Par  la  maniere  toule  parliculiere  par  laquelle 
Dieu  entre  dans  l'ame  de  l'bomme,  quand  il  l'a 
sanctiflee  par  la  presence  de  sa  grace  et  en  fait  sa 
demeure  et  son  temple.  » 

«  D'un  autre  cote  lorsque  quelqu'un  cede  aux 
suggestions  du  demon,  on  dit  que  le  demon  entre 
en  lui,  et  le  remplit  de  sa  presence,  nou  point  de 
la  maniere  que  nous  avons  dit  plus  baut,  mais  a 
cause  de  la  suggestion  exterieure  et  quant  an  pou- 
voir  de  le  damner.  11  faut  entendre  les  cboses  de 
meme  pour  ce  qui  est  des  bons  anges  qui  entrent 
egalement  dans  le  cceur  de  l'homme  par  leurs  bon- 


sa  solidite  babituelle.  11  y  en  a  plusieurs,  particu- 
lierement  parmi  les  Grecs,  entre  autres  Origene  et 
Tbeopbilacte  qui  pensent  qu'il  y  eut  trois  femmes 
de  ce  nom.  L'une  etait  la  pecberesse  que  saint  Luc 
ne  nomnie  pas,  la  seconde  une  autre  pecberesse 
dout  saint  Matbieu  (Sap.  xxvi)  et  saint  Marc  (cap. 
xiv)  parlent,  egalement  sans  la  nommer,  et  la 
troisieme,  lasoeur  de  Martbe,  dont  saint  Jean  a  parle 
duns  son  cbapitre  xn.  Saint  Jean  Clirysostome 
pensait  de  son  cote  qu'il  n'y  eut  que  deux  Marie, 
[Bom.  lxxxi),  une  qui  oignit  deux  fois  de  parfums 
la  tete  de  Notre  Seigneur,  ce  seraitla  sceur  de  Mar- 
tbe, ditlerente  d'une  autre  Marie  qui  re  pandit  des 
parfums  sursespieds  dans  la  maison  des  Phansiens. 
Saint  Ambroise   semble  du  meme   avis  dans  son 


604 


NOTES  DE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLON. 


commentaire  sur  saint  Luc.  Gregoire  le  Grand  n'en 
admet  qu'une,  el  la  pltiparl  des  auteurs  sont  de  son 
avis.  Saint  Ambru  se  dit  mime  qu'il  ae  ropugnera 
point  de  croire  quo  ces  deux  Marie  n'en  fort  qu'une, 
a  ipii  on  devrait  imi  ce  cas  rapporler  ce  qn'on  atlri- 
L>iif  a  iIlmix  ;  en  sorte  que  ><  la  meme  Marie,  aprcs 
avoir  commence  pur  etre  la  faun-use  pecheresse  de 
l'Evangile,  devint  sainte  par  1  i  suite.  Car,  si  I'Eglise 
ne  change  point  lapersonne,  quant  a  son  ame,  die 
la  change  oourtant  quant  a  ses  progres  dans  le 
bien.  a  Quoi  qu'il  en  soit,  saint  Bernard  ex  prime  le 
meme  doute  dans  sondouzieme  sermon  sur  le  Con- 
tinue ;  mais  dans  son  deuxieme  sermon  pour  le 
jour  de l'Assomption,  n.  2.  il  etablit  assez  longue- 
nient  que  c'est  de  la  meme  et  unique  Marie  qu'il 
est  question  dans  saint  Maltliieu,  c.  xxvi,  dans  sunt 
Mare,  c.  xiv,  dans  saint  Luc,  c.  vn,  et  dans  sunt 
Jean,  c.  sn.  Enetl'el,  il  s'expnmeeuces  termes  a  ce 
sujct  :  «  Voyiz  la  prerogative  de  Mane  et  quel  avo- 
cat  elle  a  en  toute  circonstance  :  Si  le  pharisitn 
s'indigne  de  ce  quelle  fait  [Luc.  vn),  si  sa  soeur  se 
plaint  (Joan,  xu)  et  meme  si  ies  disciples  niurmu- 
rent  [Mutt,  xxvi  el  Marc,  xiv),  toujours  elle  garde 
le  silence,  mais  Jesus-Christ  parte  pour  elle. »  Uon- 
sullez  Vossius  dans  son  Harmonie  des  Eixmyiles 
{Lib.  i,  cap.  in),  et  les  autres  interprets.  (.Note  de 
Mabillon). 

POUU  LE  XXVI  SERMON  SUM  le  Cantigue. 

287.  Dans  ce  sermon,  saint  Bernard  deplore  en 
termes  pleins  d'energie  et  avec  l'expression  de  la 
plus  vive  douleur,  la  mort  de  son  bien-aime  frere 
Gerard.  II  put,  par  nn  effort  de  volonte,  empeeher 
pendant  quelque  temps  ses  larmes  de  couler,  mais 
il  le  fltde  telle  sorte  qu'il  en  arracha  a  ses  auditeurs 
et  qu  il  en  fait  tomber  meme  des  yeux  de  ses  lec- 
teurs.  Avanl  lui,  saint  Ambroise  avait,avee  la  meme 
eloquence,  fait  l'oraison  funebre  de  son  frere  Salyre. 
Tel  est  le  lan.;age  pathetiqiie  de  ces  deux  grands 
saints  en  cette  circonstance,  <iue  si  l'amour  meme 
prenait  la  parole  pour  deplorer  la  perte  de  ses  fre- 
res  les  plus  cherts,  il  ne  saurait  trouver  des  expres- 
sions plus  propres  a  emouvoir  les  cceurs.  Le  lec- 
teur  pourra  trouver  dans  le  Miroir  de  la  chariti:  (Lib 
i.  cup.  xxxiv),  un  discours  analogue ,  prononce  par 
un  disciple  de  saint  Bernard,  Aired  abbe  de  Ri  lal 
sur  la  mort  d'un  ami ;  et  il  verra  au  style  elegant 
et  aux  sentiments  de  cette  oraison  funebre,  que  le 
disciple  a  bien  suivi  les  lecons  du  mailre.  Si  on  lit 
ce  discours,  et  si  on  le  compare  avec  celui  de  saint 
Bernard,  on  n'aura  pas  lieudeserepeutir  de  la  peine 
qu'on  se  sera  donniie  pour  cela.  Remarquez.en  pas- 
SJiit,  combien  il  sen  faut  que  ces  saints  homines 
soient  d'uue  insensibilite  stoique,  des  hommes 
apathiques  et  indolents,  comme  quelques  auteurs 


ont  semble.  vouloir  l'insinuer.  Saint  Bernard  dit,  on 
effet,  en  parlant  de  lui  meme  dans  ce  sermon  :  Je 
ne  suis  point  insensible  a  la  peine,  je  I'avoue,  etc. 
n.  13.  Dans  ce  sermon,  noire  saint  docteur  semble 
douler  ilu  saltlt  de  Jonatlias  ;  mais  tons  les  autres 
Peres  et  interpreles  le  regardent  comme  elant  au 
r.iel.  Voir  Rangolius  sur  le  chapitre  \ni  du  livre  i 
des  rois,  n.  2  :  Salien,  en  I'autiee  du  nioude  2!)79, 
n.  135;  Abulens.  loco  citat.  II  ne  faut  point  se  lais- 
ser  troubler  par  la  pensee  de  sa  fuueste  tin  avec 
son  pere  Saul.  La  mort  des  impies,  en  quelque  lieu 
quelle  arrive,  est  digne  de  leur  vie,  de  meme,  de 
quelque  manic-re  que  succombent  les  saints,  ilsfont 
toujours  une  mort  pieuse  et  sainte.  (Note  do  Ilors- 
tius). 

POUR  LE  XXVII"  SERMON  SUR  le  Cantigue  n".  6. 

5s38.  D'oi'i  elle  tire  son  ori</int>.  Berenger,  disciple 
d'Abelard,  insiste  sur  ces  paroles  de  saint  Bernard, 
dans  son  Apologie  pour  son  maitre  dirigee  coutre 
le  concile  de  Sens  et  centre  noire  saint  docteur,  et 
veuten  tirer  la  preuve  que  saint  Bernard  croit  que 
les  ames  sont  creees  dans  le  ciel  et  envoyees  en- 
suite  dans  les  corps  oil  elles  doivent  liabiter.  Voici, 
en  elfel,  en  quels  termes  blessants,  cet  ecrivain  s  a- 
dresse  au  saint  docteur  :  «  Vous  vous  eles  trompe 
bien  certainement,  quand  vous  avez  dit  que  les 
ames  tirent  leur  origine  du  ciel,  je  veux  rapporter, 
en  le  prenant  de  plus  haut  pour  le  lecleur  judi- 
cieux,  comment  vous  prouvez  ce  que  vous  avancez 
ainsi,  car  c'est  une  chose  aussi  utile  que  facile  a 
savoir.  II  y  a  un  livre  schirhaschirim  en  hebreux, 
et  en  latin,  Canlicum  canticorum,  le  Cantigue  des 
cantigues,  dont  le  sens  cache  sous  la  leltre  est 
rempli  de  mysteres  divins  pour  les  esprits  vi- 
gilants.  »  Un  pen  plus  loin  il  ajoute  :  «  Vos 
expressions  goutees  avec  attention  senteut  l'beresie 
pour  tout  palais  chretien.  En  elTel,  si  vous  preten- 
dez  que  les  ames  tirent  leur  origine  du  ciel,  parce 
que  un  jour  elles  doivent  y  retourner,  pour  y  etre 
heureuses,  il  faut  en  dire  autantdu  corps  qui  doit, 
lui  aussi,  aller  un  jour  goiiterlafelicite  dans  le  ciel. 
Ou  bien  si  vous  dites  qu'elles  sont  celestes,  quant  a 
leur  origine,  parce  qu'elles  sont  nees  et  ont  ete 
crees,  dans  le  principe,  dans  le  ciel,  or  c'est  ce  qui 
s'ecoule  de  vos  paroles,  vous  tombez  dans  l'erreur 
d'Origene.  »  Voila  en  quels  termes  ce  temeraire 
auteur  s'exprimait  dans  son  Apologie.  Apres  tout, 
qu'est-ce  qui  empeche  qu'on  ne  dise  que  l'ame  est 
celeste,  puisqu'elle  a  un  Pere  dans  les  cieux,  que 
sa  vie  doit  6tre  tout  entiere  dans  les  cieux,  et  que 
sa  patrie  est  dans  les  cieux,  en  meme  temps  que 
par  sa  nature,  elle  est  au  dessus  de  tout  ce  qui  est 
terrestre"?   Aussi  saint  Augustin  en   s'adressanl   * 


NOTES  DE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLON. 


60s 


Jnlien  qu'il  combat,  dit-il  :  «  Notre  corps  etant  de 
la  teire  et  notre  anie  du  ciel,  il  s'ensuit  que  nous 
sommes  et  terre  et  ciel  en  meine  temps.  »  Mais, 
assez  comme  cela  avec  ce  Berenger  ,  l'injuste 
calomniateur  de  notre  saint.  (Note  de  Mabillon.) 

POUR  LE  MEME   SERMON,  n.  8. 

289.  L'dme  du  juste  est  le  siege  de  la  sagesse.  Cette 
citation  est  frequente  dans  saint  Bernard  et  dans 
beaucoup  d'autres  Peres  de  l'Eglise,  tels  que  saint 
Augustin,  saint  Gregoire  ,  etc.  Toutefois,  jusqu'a 
present,  je  n'ai  pas  trouve  ce  teste  dans  la  Vulgate, 
en  ces  lermes,  bien  que  dans  leurs  ouvrnges  les 
Peres  le  citent  comme  tire  de  l'Ecriture.  Ainsi  saint 
Augustin  la  cite  de  celte  maniere  dans  son  ex  pli- 
cation tin  psaume  xlvi,  au  verset  9;  dans  son  n 
sermon  pour  le  jour  de  l'Epipliinie,  ou  xxx"  ser- 
mon du  temps.  «  Pourquoi,  en  ell'et,  dit-il,  ne  nous 
regarderions-nous  point  comme  aulant  de  cieux 
puisque  nous  sommes  devenus  les  sieges  de  Dieu, 
selon  ce  qui  est  ecrit :  L'dme  du  juste  en  le  si-  ye  de  la 
sagesse  ?  »  Saint  Gregoire  dans  sa  xxix  Morale,  eua- 
pitre  xv,  dit  :  «  Qu'est-ce  que  le  ciel  dont  il  est 
question  ici  sinon  la  vie  sublime des  saints'?  C'cst 
de  ce  ciel  que  le  Seigneur  a  dlt :  Leciel  esl  mon  siege, 
siege  dont  il  estecrit  ailleurs  :  L'dme  du  juste  est  le 
si<-<je  de  la  sagesse.  «  Le  meme  pere  ilit  encore  ail- 
leurs, xxxviii  homelie,  sur  1  Evangile  au  commen- 
cement :  «  L'assemblee  des  justes  est  appelee  ciel 
parce  que  le  Seigneur  dit  par  la  bouche  d'un  pro- 
pliete  :  Le  cie1-  esl  mon  siege  ;  et  Salomon  ajoule  : 
L'dme  du  juste  est  le  siege  de  la  sagesse  etc.  »  Ainsi 
voila  ces  paroles  attributes  a  Salomon,  bien  plus, 
en  marge,  nn  lit  ['indication de  la  source,  S  tpienliml. 
On  sail  que  le  hvre  de  la  sagesse  est  attribue  par 
plusieurs  anciens  peres  de  l'Eglise  a  Salomon.  Or 
dans  le  livre  de  la  Sagesse  au  verset  7,  du  chapitre 
vii.  on  lit.  «  J'ai  invoque  le  Seigneur  et  1  esprit  de 
sagesse  est  venu  en  moi  :  »  paroles  d'oii  il  semble 
que  les  peres  out  forme  la  phrase  citee  par  eux, 
comuie  etant  de  l'Ecriture  saiute.  Nous  livrons 
cette  opinion  i  Tappreciation  du  lecteur,  s'il  n'en 
a  pas  line  a  lui  preferer.  De  plus,  il  est  a  propos  de 
se  rappeler  que  les  Peres  citent  souvent  l'Ecriture 
d'apresles  Septante, comme  nous  avons  eu  plusieurs 
fois  I'occasion  de  le  faire  remarquer  au  lecteur  dins 
lesceuvres  de  saint  Bernard.  II  est  vrai  que  pour 
le  texte  qui  nous  occupe,  celte  observation  n'a  pas 
lieu,  puisque  le  livre  de  la  Sagesse  a  etc  ecrit  en 
grec,  ou  du  moms  que  certainement  on  n'en  a 
piu=  le  texte  hebreu.  (Note  de  Borstius). 


POUR  LE  SERMON  XXXII,  sw    le  Cantique,    n.  8. 

290.  La  foi  ft  foible,  mais  descendant  de  grandeur 
d"dme.  Comment  concilier  la  faiblesse  de  la  foi  et 
1 1  grandeur  d'ime  ?  Mais  dans  celte  pensee  de 
saint  Thomas,  saint  Bernard  distingue  deux  cho- 
ses  :  l'une,  qu'il  refusa  de  croire,  ce  en  quoi  il 
manquade  foi  ;  l'autre  qu'il  mit  une  condition  a 
sa  foi,  c'est-a-dire  qu'il  verrait  les  cicatrices  de  ses 
blessures.  Or  vuila  ce  qui  est  grand  et  a  rapport  a 
la  grandeur  d'ime  dont  le  propre  est  d'aspirer  aux 
grandes  cboses.  Cette  maniere  d'enlendre  la  pensee 
de  saint  Bernard  se  trouve  appuyee  sur  le  clxi 
sermon  du  temps  de  saint  Augustin  ou  on  lit  : 
«  quelque  honime  de  pen  de  foi,  quelque  faible  de 
genie  que  soit  un  chretien,  il  ne  pourra  jamais 
mettre  ses  doutes  sur  la  meme  ligne  que  le  doute 
inquisiteur  de  saint  Thomas.  Kn  elfet,  jamais  ce 
dernier,  apres  avoirentendu  Jesus  meme  lui  parler, 
l'avoirreconnnetliiiavoir  parle,  n'aurait  ose  luide- 
mander  de  constater,  de  sespropres  mains  que  e'e- 
tait  bien  lui, tie  s'assurei'  que  e'etait  bien  un  honime 
qu'il  avait  sous  les  yeux,  et  de  reconnaitre  sa  re- 
surrection plutot  aux  traces  des  ignominies  de  sa 
passion  qua  l'eclat  de  ses  miracles,  etc.  »  Voir 
encore  sur  ce  sujel  I'upinion  de  Guillaume  de  Saint- 
Thierry,  dans  son  livre  de/u  Contemplation  de  Dieu. 
a,  n.  5,  dans  le  tome  v  de  celte  edition.  (Note  de 
Mabillon.) 

POUR    LE  LX1V  SERMON  sur  le   Cantique   n.   8. 

291.  Je  dis  done  qu'on  doit  les  prendre,  mais  non 
point  par  les  amies.  C'est  aii:>si  l'avis  de  saint  Au- 
gustin dans  sa  lettre  cxxvn.  Ad  Donat :  «  Nous 
voulons,  dit-il,  corriger,  non  pas  tuer  les  donatis- 
tes  ;  sans  vouloir  negliger  d'user  a  leur  egard  de 
la  discipline,  comme  lis  le  meritent,  pourtaut  notre 
pensee  n'est  point  de  leur  faire  souffnr  les  suppli- 
ces  meme  qu'ils  out  merites.  Reprituez  done  leurs 
peches,  mais  failes-le  sans  aneantir  ceux  qui  doi- 
vent  se  repeutir  d'avoir  peehe,  etc.  »  Le  meme 
pere  dans  ses  letlres  clviii,  cliv  et  ci.x,  aux  prefets 
Marcellin  et  Aprmgius,  les  exhorte  a  punir  les 
heretiques,  sans  aller  toutefois  jusqu'a  les  trapper 
de  molt,  car  lis  ne  dmvent  point  oublier  la  vertu 
chretienuede  la  douceur.  Cependant  dans  la  lettre 
xlviii  a  Vincent,  il  montre,  parde  nombreux  exem- 
ples,  que  les  heretiques  ont  ete  ramenes  a  la  foi  ca- 
tholique,  par  la  crainte  et  par  la  vigueur  des  lois. 
Toutefois,  il  declare  que,  quant  a  lui,  il  n'a  pai 
toujours  ete  de  l'o[iiniou  qu'on  dut  traiter  les  he- 
retiques avec  rigueur,  mais  plutot  qu'on  devait  les 
persuader  par  la  predication.  Cependant  l'exemple 
et  le  sentiment   des  autres  lui  ont  fait  changer  d« 


COS 


NOTES  DE  HOHSTIUS  ET  DE  MABILLON. 


maniere  de  voir,  et  penser  qn'on  pouvait  legitime- 
ment  recourir  aux  lois,  aux  amies  du  pouvoir 
civil  contre  les  heretiques,  a  condition  pourtant, 
qu'oo  in'  le  fosse  qui'  dans  I'intenUon  de  les  ame- 
ner  a  resipiscence.  II  s'appuie  pour  soutenir  cette 
opinion  sur  la  comparaison parfaitement  juste  d'lin 
fou  qui  court  se  jeter  dans  un  precipice,  et  a  qui 
on  rend  un  veritable  service  en  lui  liant  les  pieds  et 
les  mains,  et  il  continue  son  dire  par  le  fait  dun 
grind  nonibre  de  Circumcellions  ramenes  ainsi  a 
l'Eglise.  «  Or,  dit-il,  jamais  ils  ne  seraient  revenus 
a  de  meilleurs  sentiments  sans  ces  lois  qui  vous 
deplaisent  lant  (il  s*adressait  a  Vincent  Rogalien), 
etpar  lesquelles  ils  ont  ete  lies  comme  de  vrais 
frenetiques  qu'on  garrotte.  »  Et  plus  loin  il  conti- 
nue :  «  Voila  done  les  exemples  qui  m'ont  fait  re- 
venir  a  l'avis  de  Does  collogues. Car,  pourmoi,  dans 
le  principe,  ma  pensee  elait  qu'on  ne  devait  ra- 
mener  personnc  deforce  a  l'unite  du  Chri?t,  qu'on 
ne  devait  proceder  contre  eux  que  par  la  parole, 
les  combatlre  que  par  la  discussion,  les  vaincre  que 
par  la  raison,  si  on  ne  voulait  point  avoir  des  clne- 
tiens  feignant  d'etre  Chretiens,  quand  nous  savons 
qn'au  fond  de  1','ime  ils  sont.  heretiques.  Telle 
etait  mon  opinion,  mais  elle  dut  ceder,  sinon  aux 
raisons,  du  moins  aux  nombreux  exemples  qui 
m'etaient  apporles  pour  la  couibattre.  En  effet,  a:i 
premier  rang  on  m'opposait  ma  propre  ville  epis- 
copalequi,  apivs  avoir  ete  tout  entiere  devouee  aux 
erreurs  de  Donat,  revint  a  la  vraie  foi  sous  l'im- 
pression  de  la  crainte  que  lui  inspiraient  les  lois 
des  empereurs.  Or  elle  deteste  maintenant  voire 
erreur  an  point  de  faire  douter  qu'elle  l'ait  jamais 
partagee,  etc.  »  II  nous  apprend,  par  deux  mots, 
dans  la  meme  lellre,  pour  qu'elle  raison  il  voulait 
qu'on  ajoutlt  la  crainte  et  la  violence  a  la  force  de 
la  doctrine.  «  Cost  que  si  on  les  intruit  sans  les 
forcer  a  entrer,  il  arrivera  que,  endurcis  dans  leur 
vieilles  habitudes,  ilsn'en  rentreront  que  plus  difli- 
cilemeut  encore  dans  les  voies  du  salut.  »  Telle  fut 
la  doctrine  de  saint  Augustin  dont  notre  saint  ne 
s'eloigne  ordinairement  pas.  Aussi  dans  son  ser- 
mon lxvi,  sur  le  Cantique  n.  12,  s'exprime-t-il 
ainsi  :  «  11  faut  non  pas  imposer  mais  persuader  la 
foi  (Juoique,  apres  tout,  on  ne  saurail  douter  qu'il 
vaut  mieux  encore  contraindre  les  heretiques  par 
le  glaive  de  celui  qui  ne  l'a  point  recu  en  vain, 
que  de  les  laissET  dans  leur  erreur. »  Par-la  on  voit 
qu'il  n'est  pas  difficile  de  concilier  les  opinions 
ditferentes  qu'ont  eues  les  saints  sur  ce  sujet.  Ainsi 
on  doit  proceder  par  la  douceur  a  l'egard  de 
ctnx  dont  la  conversion  semble  facile,  ceux-la 
mieux  vaut  les  eclairer  que  les  contraindre. 
Mais  pour  ceux  qui  s'eQbrcent  de  repandre  le 
venin  de   la  perfldie   dans  le  cceur  des  autres,  il 


faut  les  arreter  par   la  severite  des  lois.  (Note  de 
Borstius.) 

POUB  LE  LXV«  SERMON  SUR  LE  Cantijue  n.  3. 

292.  La  yloire  de*  rois  est  de  caclier  leur  parole,  etc. 
Saint  Gregoire  le  Grand  a  entendu  ci's  mots  dans 
le  meme  sens,  dans  son  livre  1  sur  Ezechiel,  home- 
lie  VI,  an  commencement.  Or,  aujourd'Uui  nous 
lisons  lout  le  contraire  dans  notre  Vulgate;  il  y  a 
en  effet  :  «  La  gloire  de  Dieu  est  de  cacher  sa  pa- 
role, et  celle  des  rois  d'etudier  leureonduite  {Piov. 
v,  2).  »  Aussi  Cornelius  a  Lapide  dit-il,  que  sunt 
Gregoire  a  fait  la  une  lourde  faute,  et  en  conse- 
quence, non-seulement  il  corrige  ce  passage  de 
l'Ecriture,  mais  meme,  si  je  ne  me  trompe,  il 
change  les  paroles,  la  pensee  et  le  but  de  saint 
Gregoire.  En  effet,  dans  cet  eudroit,  saint  Gregoire 
se  proposait  de  nous  convaincre  que  si  dans  ces 
paroles  du  Prophele,  se  cachaieut  des  mysleres 
d'une  grande  ob>curite,  cependaut,  comme  il  y  va 
de  la  gloire  de  Dieu  que  nous  les  recbercbions,  que 
nous  decouvrions  le  sens  mysterieux  deses  paroles 
c'est  a  quoi  nous  devous  employer  tons  nos  efforts, 
etc.  11  est  evident  que  c'est  dans  le  meme  sens  que 
saint  Bernard  cite  ces  paroles.  Notre  remarque  u'a 
pas  pour  but  de  critiquer  la  lecon  originale  du 
teste,  mais  de  montrer  comment  les  Peres  l'ont 
lue,  selon  que  leurs  citations  ditl'erent  du  teste  de 
notre  Vulgate.  Qui  s'imaginera  qu'on  doive  les 
corriger  tons  sur  la  Vulgate.  Disons  en  passant 
que  cetle  parole  de  1'ange  Raphael  aux  deux  Tobie  •' 

ii  ear  il  est  bon  de  tenir  cache  le  secret  d'un  roi, 
mais  il  y  a  de  l'lionneur  a  decouvrir  et  a  publier 
les  ceuvres  de  Dieu(7o&.  xn,  7),»convient  parfaite- 
nient  a  la  pensee  de  Salomon,  selon  la  lecon  des 
Peres.  D'ailleurs  ce  n'est  jibint  notre  affaire  mais 
celle  des  iuterpretes  de  concilier  la  pensee  des  Peres 
avec  le  proverbe  de  Salomon;  pour  nous,  nous 
avons  autre  chose  a  faire  pour  le  moment.  (Note 
de  Horstius). 

POUR  LE  LXVI'  SERMON  SUR  LE  Cantique,  n.  8 

293.  De  conxacrer  le  corps  et  le  sang  du  Christ. 
Peul-elre  quelques-uns  verront-ilsdans  ce  passage, 
que  saint  Bernard  nie  aux  heretiques  le  pouvoir  de 
consacrer,  ce  qui  serait  abonder  dans  le  sens  hete- 
rodoxe  des  Uonatistes,  qui  pretendaient  que  les 
sacremeiits  etaient  souilles  par  les  pecheurs,  et  leur 
effet  empecbe,  en  sorte  que  tout  ce  qui  se  fait  par  eux 
ou  par  les  heretiques  doit  etre  considere  comme 
non  avenu  et  recommence.  Saint  Augustin  combat 
cette  erreur  en  plusieurs  endroits,  en  citant  a 
l'appui  de  sa  doctrine  la  coutume  immemoriale  de 


NOTES  DE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLON. 

l'Eglise,  de  ne  point  reiterer  le  bapteme  des  here- 
tiques,  ainsi  que  phisieurs  temoignages  tires  de 
l'Ecriture  et  des  raisons  tres-concluantes.  C'est 
done  avec  raison  qu'a  ete  fait  contre  cetle  erreur 
le  canon  XII,  de  la  session  VII  du  concile  de 
Trente  :  «  Si  quelqu'un  dit  que  le  miuistre  en  etat 
de  peche  mortel,  meme  s'il  observe  tout  ce  qui  est 
necessaire  a  faire  ou  a  eonferer  un  sacrement,  ne 
fait  ou  ne  confere  point  ce  sacrement,  qu'il  soit 
anatheme.  La  doctrine  de  ce  canon,  dit  Eslius 
(Lib.  iv,  sent.  dist.  1,  par.  25),  etant  generale,  doit 
etre  entendue  d'une  maniere  generale,  de  tout 
ministre  se  trouvant  en  etatde  peche  mortel,  qu'il 
s'y  trouve  secrelement  ou  ostensiblenient  qu'il 
soit  encore  catholique  ou  deja  herelique,  enun  mot 
dans  toute  hypolhese  possible.  Aussi,  dans  le  para- 
graphe  suivant,  a  l'objection  tiree  de  ce  passage  de 
saint  Bernard,  repond-il  en  ces  lermes  :  « Saint 
Bernard  en  cet  endroit,  parle  de  ceux  qui  se  nom- 
ment  eux-memes  apostoliques  et  se  disent  en\0}es 
par  les  apotres,  sans  etre  toutefois  ni  envoyes  ni 
ordonnes  par  les  successeurs  des  apotres,  et  qui, 
par  consequent,  ne  sont  pas  veritablement  prelres.  » 
On  voit,  en  effet,  combien  saint  Bernard  etait  eloi- 
gne  de  cette  erreur,  par  le  langage  qu'il  tient  plus 
loin,  quand  il  reproe.he  aux  heretiques  de  prelen- 
dre  que  les  pecheurs  sont  incapables  d'administrer 
et  de  recevoir  les  sacrernents.  (Note  de  Mabdlon.) 


fl07 


POUR  LE  LXVII°  SERMON  SUR  LE  Cantique,  n.  10. 


POUR  LE  MEME  SERMON,  n.  12. 

294.  Mis  a  I'eprcuve  du  jugement  par  I'eau,  etc. 
Autrefois  il  y  avait  plusieurs  manieres  pour  se 
justifier,  en  usage,  tantpour  demontrer  qu'on  etait 
innocent,  que  pour  repousser  l'accusalion  de  cer- 
tains crimes  :  telles  etaient  les  epreuves  par  la 
sainte  Eucbaristie,  par  le  feu  et  par  le  fer  rouge, 
par  l'eau  froide  ou  cbaude,  par  le  combat  singulier, 
et  autres.  Mais  toutes  ces  epreuves  ont  ete  defendues 
et  condamnees  par  les  canons,  les  conciles  et  les 
decrets  des  souverains  pontifes.  Cependant  il  n'a 
pas  manque  de  gens  qui  pretendissentque  l'epreuve 
par  l'eau,  do:it  parle  ici  saint  Bernard,  etait  loua- 
ble,  et  qvii  meme  s'appuyaientdu  langage  que  notre 
saint  docteur  tient  en  cet  endroit  pour  conlirmer 
leur  opinion.  Mais  Delrio  monlre  que  ces  gens-la 
ont  fort  mal  entendu  notre  saint  (Lib.  iv,  disa. 
mag.  cup.  iv,  9,  5,  sect.  2).  En  effel,  il  n'approuve 
point  en  cet  endroit  ce  qui  s'est  fait,  mais  il  dit  ce 
qui  s'est  fait,  a  une  epoque  on,  en  matiere  d'bere- 
sip,  ce  genre  d'examen  et  de  preuve  etait  encore 
prali  pie,  sans  que  les  magistrats,  qui  fermaieut  les 
yeux,  et  n'avaient  pas  assez  de  zele  pour  faire 
observer  les  canons  sur  cette  matiere,  s'y  opposas- 
sent.  (Note  de  Horstius.) 


295.  II  ne  saurait  plus  y  dvoir  place  pour  la  grdce 
la  ou  le  mtrite  subsiste  tout  entier.  Pour  compreudre 
comment  il  ne  repugne  point  de  reunir  le  merite 
et  la  grace,  il  fant  savoir  que  toute  la  source  de  nos 
merites  est  dans  la  grace  de  Dieu  par  Notre-Seigneur 
Jesus-Christ.  Car  si  nous  avons  perdu  tous  nos 
biens  en  Adam,  il  faut  confesserque  nous  les  avons 
recouvres  tous  en  Jesus-Christ,  dans  les  bonnes 
ceuvres  que  Dieu  a  preparees,  afin  que  nonsy  mar- 
chassions  (Eph.  n,  10).  »  Par  ou  il  est  facile  de  faire 
disparailre  la  repugnance  qui  semble  se  trouver 
entre  la  grace  et  le  merite.  En  effel,  les  merites  sur 
lesquels.et  pour  lesquels  nous  esperons  la  vie  eter- 
nelle,  ne  sont  point,  a  vrai  dire,  presenles  comme 
nous  etant  propres,  c'est-ii-dire  comme  etant  pro- 
duits  par  nos  propres  forces,  mais  comme  nous 
etant  acquis  par  la  grace  de  Dieu,  en  vertu  des 
merites  de  Jesus-Christ.  Aussi,  quand  nous  rap- 
portons  tous  nos  merites  a  la  grace  de  Dieu,  nous 
proclamons  bautement  que  c'est  de  cette  meme 
grace,  source  de  tous  nos  merites,  que  nous  vient 
la  recompense  que  nous  allendons.  A  ce  compte, 
la  vie  eternelle  est  en  meme  temps  une  grace  et 
une  recompense ;  c'est  une  grace  pour  Adam,  de- 
puis  la  chute  et  pour  nous  tous  qui  naissons  de  lui 
selon  le  siecie;  c'est  une  recompense  pour  ceux  qui 
travaillent  bien  a  leur  salut;  e'est-a-dire  pour  tous 
les  homines  qui  ont  ete  regeneres  en  Jesus-Christ 
par  la  grace.  Voici  a  ce  sujet,  le  langage  que  tient 
saint  Auguslin  dans  sa  leltre  cv  :  «  La  vie  eternelle 
meme,  dit-il,  qui  sera  possedee  a  la  fin  etsans  Ho, 
est  la  recompense  des  merites  precedents.  Cepen- 
dant, comme  ces  merites,  dont  elle  est  la  recom- 
pense, ne  sont  point  en  nous  le  fruit  de  notre  suffi- 
sance,  mais  sont  le  fait  de  la  grace  en  nous,  elle 
prend  aussi  le  nom  de  grace;  et  ce  n'est point  pour 
une  autre  raison  que  parce  que  elle  nous  est  don- 
nee  gratuitement.  Ce  n'est  point  4  dire  quelle 
n'est  pas  accordee  aux  merites,  mais,  e'est-a-dire 
que  les  merites  meme  auxquels  elle  est  accordee, 
nous  sont  donnes  gratuitement.  »  Et  plus  bas,  il 
continue  en  ces  termes  encore,  a  Quand  l'Apolre 
dit  :  Le  salaire  du  peche  c'est  la  mort,  n'est-on  pas 
en  droit  d'ajouter  comme  juste  consequence,  la 
recompense  de  la  justice  c'eH  la  vie  eternelle'!  II  n'y  a 
rieii  de  plus  certain.  En  effet,  de  meme  que  la 
mort  est  la  retribution  que  merite  le  peche,  de 
meme  la  vie  eternelle  est  celle  que  reclame  la  jus- 
tice. Mais  le  saint  Apolre  voulant  combattre  la 
presomption  en  nous,  dit  avec  inlinimentdesagesse: 
Le  salaire  du  peche  c'est  la  mort.  Pius,  pour  empe- 
cber  la  justice  de  se  glorilier  du  merite  de  l'homme 
comme  etant  bou  en  soi,  tandis   que  on  ne  peut 


OS*  TOTES  DE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLOH. 

douter,  que  le  merite  de  rhomme  ne  soit  mauvais,  langage  de   saint  Augustin  expliqrte  exactement  ce 

ne  soit  le  peche  meme,  il  ne  dit  pas  le  salaire  de  quest  le  merite  et   comment  la  vie    eternelle  est 

la  justice  est  la  vie  eternelle,   maia  :  La  grace  de  en  meme  temps  une  grace  et  une  recompense. 
Dieu  e'tsl  la  vie  iternelle,  »  Un  peu  plus  loin.il  con-        Saiut  Bernard  nous  a  donue  une  detinition   aussi 

linue  ainsi :  «  0  homme,  si  tu  doisrecevoir  la  vie  clairequ'elegaute  du  merite  Chretien,    dans    son 

eternelle,  il  est  vrai  qu'elle  est  la  retribution  dela  sermon  lxvui,  sur  le  cantique,  n.  6,  qu'on   ne 

justice,  maispour  loi  elle  nVn  est  pas  moinsune  pourra  lire  qu'avec  beaucoup  de  fruit.  Aussi  m'e- 

grace,  puisque  la  justice  elle-meme  est  pour  toi  tonne-je  que  la  doctrine  chretienne,  apres  avoir  ete 

une  grace.  Et  ce  serait  a  toi,  qu'elle  serait  donnee  exposed  d'une  maniere  si  claire  par  saint  Augustin 

comme  une  dette,  si  la  justice,  a  qui  elle  est  due,  et  saint    Bernard,   les   heterodoxes  aient   encore 

venait  de  toi.  »  Pans  son  livre  de  la   Grdce  el  du  trollVL'  '«  lmi)v«  ^  "e  point  voir  et  de  setromper. 

libre  Arbitre,  chapilr.  vn,  il  dit  encore  :  «  Si  la  vie  Ainsi  nos  merites  ne  derogent  en   rieu    a  ceux  du 

eternelle  est  donnee  aux  bonnes  oeuvres,  corome  le  Christ,    parce    qu'ils     ne    sont    pas   autre  chose 


dit  fort  bien  la  siinte  Ecriture,  lorsque  Dieurendra 
a  chacun  selon  ses  a-uvres,  comment  se  !'ait-il  que 
la  vie  eternelle  soit  une  grace  1  La  grace,  en  diet, 
ne  se  donne  pas  aux  bonnes  oeuvres,   mais  grain! 


eux-memes,  que  les  merites  de  Jesus-Christ,  d'ou 
tons  nos  merites  tircnt  leur  valeur,  cuminele  bour- 
geon tire  du  cep  sou  sue  et  sa  seve  :  ils  ne  soul  en 
ellet  fondes    que  sur  une  pure  promesse,  non  point 


tement.  t  Pius,  un  peu  plus  loin  il  ajoute  :  «  Cette     Sl"' la  Juslic«  d'"Mt;  chose  donueeet  recue.En  effet. 


nos  oeuvres,  qui  sont  J  plus  d'un  titre  dues  a  Dieu, 
sont  des  ilous  de  sa  grace  el  ne  hii  sont  d  aucuue 
utilile.  Pourquoi  cela'?  Parce  que  les  merites  de 
Jesus-Christ  sont  plutdt  rehausses  d'un  nouvel 
eclat  par  nos  propres  merites,  qnand  nous  leur 
reconnaissons  une  telle  puissance  qu'ils  donneut 
a  nos  ceuvres  meme  la  puissance  de  uioriter.  (  ^ote 
de  Horstius.) 

POUR  LE  LXXV"  SERMON  SUR  LE  Cantique  n.  6. 
296.  Une  fois  son  dme  y    alia  etc.    Ces   paroles 


question  me  senible  tout  a  fait  insoluble,  a  nioins 
qu'il  ne  soit  bien  compris  que  les  bonnes  oeuvres 
elles-memes  auxquelles  la  vie  eternelle  est  donnee, 
se  rapportent  aussi  k  la  grace  de  Dieu.  «  Ailleurs, 
dans  sun  livre  de  la  Reprimande  et  de  la  grdce,  cha- 
pitre  xiu,  il  dit  :  «  Comme  la  vie  eternelle  elle- 
meme,  que  nous  savons  certainement  elre  donnee 
aux  bonnes  oeuvres,  est  appelee  grace  de  Dieu  par 
un  si  grand  apotre,  puisque  la  grace  n'est  pas 
donnee  aux  bonnes  oeuvres,  mais  est  donnee  gratui- 
tement,  il  u'y  a  pis  de  doute  qu'on  ne  doive  con- 
fesser  que  la  vie  eternelle  est  appelee   grace,  parce 

qu'elle  est  donnee  aux  merites  que  la  grace  prouve  semblent  indiquer  que  saint  Bernard   a  cru  que  le 

a  rhomme.  »  Tel  est  le  langage  de  saint  Augustin,  Christ,  dans  la  descente  aux   enfers,    en   lira    un 

chez  qui  on  trouve  encore  bien   d'auires  passages  &uunii.     Saint  Cyprien  insinue  la  meme   pensee 

seinl.lables,  oii  il  moutre,  comme  dans  son  traite  dans  son  sermon  s,„.  p Ascension   du  Seigneur,  ou 

de  la  Grdce  et  du  Libre  Arbitre,  chapitre  vi   et  vn,  ;l  s'eXprHne  amsj  .  „  Dieu  ne  cedera  pasdavantage 

que  tons  nos  merites  sont  des  dons  de    Dieu.    11  en  a  la  pme  (pour  ceux  qui  simt  une  fois  damnesd  ins 

est  de  meme  dans  le   livre    ix  de   ses  Co»fessioni,  l'enfer),  et  il  ne    pretera   plus  I'oreille  a  leur  re- 

chapitre  xllt;  dans  son  Enchiridion,  chapitre  cvn;  pentir.  Leur  confession  arrivera  trop  tard,  el  une 

dans  les  psaumes  lxvui  etexvm,  et  dans lepsaume  fois  la  porle  des  cieux   fcruiee;  e'est  en   vain  que 

civ.  Enfin,  pour  contirmer  cette  doctrine   par  une  ceux  qui  en  auront  ete  exclus,  parce  qu'ils  n'avaieut 

plus   giande  autorite   encore,    voici   comment  le  point  d'huile  dans  leur  lampe,  crieront  pour  qu'on 

concile  d'Orange,  dont  le  pontife  romain  tut  moins  ja  ieur  ouvre,  le   Christ  ne   descendra   plus   vers 

le  contirmateur  que  l'auteur,  decide  la    chose  dans  eux.  pjon,  c,.ux  (|U;  seront  scelles  dans  les  tenebres, 

son  dix-huitieme  canon.  «  II  est  du  une  recom-  ne  reverront  plus  Dieu;  la  sentence  qui   les  aura 

pense  aux  bonnes  oeuvres,  quand  il  y  en  a  de  fades,  frappes   sera  sans  retour,  et  leur  jugement  immua- 

mais  ces  bonnes  oeuvres  ne  sont  faites  que  par  la  biei    etc.    »  Saint  Gregoire  de   Nazianze,    semhle 

grace  qui  les  precede  et  qui  ne  leur  est  point  due.  »  incliner  vers  la  meme  opinion   dans   son   discours 

Avant   Leon,  le  pape   Celestin  avait    dit  dans  sa  xlii,    et  saint    Clement    d'Alexandrie    l'embrasse 

lettre    aux  eveques  de  la  Gaule,  chapitre  x  I  :  «  La  ouvertement  dans  ses  Slromates  livre  vi. 

bonte  de  Dieu  envers  tons  les  hommes  est  si  grande,  |1  faut  savoir  pourtant,  que,  s'il  est  certain  et  de 

qu'il  vent  que  ses  dons   meme  soient  nos  merites  foi,  que  les  peines  des  damnes  sont  eternelles,selon 

et  qu'il  nous  donne  la  vie  eternelle,  pour  ses  propres  que  les  theologiens  l'etablissent  loul  au  long,   dans 

largesses.  «  Les  premiers  mots  de  cette  pensee  de  la  quatrieme  sentence,   distinction   quarante-qua- 

saint  Augustin  se  trouvent  reproduils  par   le  con-  trieme,  il  n'est  pas  egalemeut  de  foi,  que  Dieu  ne 

cile  de  Trente,  dans  sa  session  vi,  chapitre   vi.  Le  dispense  jamais  de  cette  loi.  Les   Peres   cites   plus 


NOTES  DE  HORSTIUS  ET  DE  MABILLON 
haul,  ne  parlentdonc  point  dela  loi  generale,  mais 
de  1  exception  ;  et  meme  ils  neparlent  de  celte  der- 
mere  que  par  hypothese,  non  point  d'une  maniere 
absolue  et  dans  ce  sens  que,  si  un  jour  il  s'est 
trouve  un  damne  tire  de  l'enfer,  c'est  qu'il  a  du  eu 
etre  ainsi,  au  moment  oil  Jesus-Christ  est  descendu 
aux  enfers.  Or,  cette  opinion  semble  etre  assez 
conforme  a  la  raison,  et  n'empeche  point  qu'il  ne 
soit  certain  que  personne  n'a  jamais  ele  tire  de 
l'enfer,  attendu  qu'il  n'a  jamais  fallu  que  personne 
en  sortit.  Toutefois,  nous  n'entreprenons  point  ici 
dejustifier  saint  Clement  de  laccusation  de  Mar- 
cionisme. 


609 
_  Quant  a  l'Ame  de  l'empereur  Trajan,  deliyree  de 
l'enfer  a  la  priere  de  saint  Gregoire  le  Grand,  les 
auteurs  ne  sont  point  d'accord  sur  ce  qu'il 'faut 
penser  de  ce  fait.  Les  uns  regardent  cette  histoire 
comme  un  conte  ;  les  autrescherchent  a  l'espliquer 
a  leur  maniere.  Voir  sur  ce  point,  Baronius,  tome 
vii.  annee  60*;  Bellarmin,  (de  Purgat.  lib.  u,  cap. 
8  ;  Suarez,  tome  n,  in  m,  part.  disp.  43,  sect.  3)  et 
Mendon.  (In  lib.  i,  reg.  vi,  cap.  n,  21,  6.)  (Note  de 
Horstius). 


KIN    DES    .NOTES  ET  DU  QUATRIEME  VOLUME. 


X.    IV. 


39 


TABLE  DES  MATURES 


CONTENUES  DANS  LE  QUATRIEME  VOLUME. 


XLV  Sermon.    De  la  trinite  en  Dieu  et  dans 

l'homme 1 

XLVI  Sermon.   De   la   connexion    de    la  vir- 

ginite  et  de  I'humilite 3 

XLVI1  Sermon.  Les  quatre  orgueils 4 

XI.V1I1  Sermon.  La  pauvrete  voloutaire 5 

XL1X  Sermon.  Des  trois  sortes  de  paroles   ou 

de  vertus 6 

L  Sermon.  II  faut  bien  regler  les  affections  de 

lame 7 

LI  Sermon.  La  purification  de  Marie  et  la  cir- 

concision  du  Christ 8 

LII  Sermon.  De  la  maison  de  la  sagesse  di- 
vine, c'est-S-dire  de  la  Vierge  Marie 9 

LIU  Sermon.  Les  noms    du  Sauveur 11 

LIV  Sermon.  De  1'apparition  du  Christ 12 

LV  Sermon.  Les  six   urnes  spirituelles 13 

LVI  Sermon.    II  faut   remplir  les    sis  urnes 

dun  triple  amour 15 

LVII   Sermon.    Les  sept  sceaux  rompus    par 

le  Christ 16 

LV1II  Sermon.  Les  trois  saintes  femmes  qui 
vont  embaumer  le  corps  de  Jesus  mort, 
sont  l'esprit,  la  main  et  la  langue  qui  tra- 

vaillent  au  salut  du  prochain 17 

L1X  Sermon.  Les  trois  pains  de  l'homme  spi- 

rituel 18 

LX.  Sermon.  Jesus-Christ  est  descendu  et  il 
est  remonte,  ainsi  descendons-nous  et  re- 

montons-nous  aussi 19 

LXI  Sermon.  II  y  a  quatre   montagnes  a  gra- 

vir 21 

LX11  Sermon.  Veritables  et  differentes  manie- 

res  de  suivre  le  Christ 22 

LXII1  Sermon.  Des  trois  moyens  de  trouver 
la  beatitude  prescrite  par  Jesus-Christ  dans 


ces  termes  :  que  celui  qui  veut  venir  apres 

moi 23 

LXIV  Serm.  La  vie  et  la  mort  des  saints  sont 

precieuses 23 

LXV  Sermon.  Rapport  entre  les  trois  parabo- 
les  que  nous  lisons  en  saint  Matthieu  :  «  Le 
royaume  du  ciel  est  semblable  a  un  tresor 

cache  dans  un  champ,  etc 24 

LXVI  Sermon.  Les  huit  beatitudes  sont  oppo- 

sees  a  autant  de  peches 25 

LXVII  Sermon.  La  loi  comprend  deux  sortes   " 
de  preceptes  :  les  preceptes  moraux  et   les 

liguratifs 26 

LXV'III  Sermon 27 

LXIX  Sermon.  Le  triple  renouvellement  d'une 

triple  vetuste 27 

LXX  Sermon.  Dela  vigilance  et  dela  sollicitude 

qu'il  faut  apporter  au  soin  du  salut 28 

LXXI  Sermon 29 

LXX1I  Sermon 30 

LXX1II  Sermon 33 

LXX1V  Sermon 33 

LXXV  Sermon 34 

I.WVI  Sermon 34 

LXXVII  Sermon 35 

LXXVIIl  Sermon 36 

LXXIX  Sermon 36 

LXXX  Sermon 37 

LXXXl   Sermon 38 

LXXXII  Sermon 38 

I.XXXIII  Sermon 39 

LXXXIV  Sermon 40 

LXXXV   Sermon 41 

LXXXVI  Sermon 41 

LXXXVII  Sermon 42 

LXXXV1II  Sermon 45 


612 


TABLE  DES  MATIERES. 


LXXXIX  Sermon 46     CXX  Sermon... 

XC  Sermon 47     CXXI  Sermon... 

XCl  Sermon.  Les  trois  plants 50     CXXI1  Sermon.., 

XCII  Sermon.  Triple  introduction,   dans  le  CXXI II  Sermon.. 

jardin,  dans  le  cellier  et  dans  la  cham-  CXXIV  Sermon. . 

bre 54    CXXV 

XCIU  Sermon.  Vos  dents  sont  comme  un 
troupeau  de  brebis  tondues,  remontanl  da 
lavoir  et  portant  un  double  fruit,  sans 
qu'il  y  en  ait  de  sleriles  parmi  elles  [Cant. 

iv.    8) 56 

XCIV  Sermon.  Du  progres  de  la  vie  rhro- 
tienne,  d'apres  la  figure  d'Elie  fuyantJeza- 

bel 57 

XCV  Sermon.  Les  predicateurs  doivent  adou- 

cir  l'amertume  de  la  doctrine 59 

XCVI  Sermon.  Les  quatre  fontaines  du  Sau- 

veur  et  l'eau  qu'on  doit  y  puiser 60 

XCVII  Sermon.  Douceur  de  la  parole  et  du 
joug  du  Christ,  qui  est  dur  au  dehors,  mais 

tres-doux  au  dedans 64 

XCVI II  Sermon.  Des  tils  de  la  paix  en  qui  Dieu 

habite 66 

XCIX  Sermon .  11  y  a  quatre  sortes  d'bommes 

qui  vont  a  Dieu 67 

C  Sermon.  Difference  entre  le  peuple  et  un 

prelat 68 

CI  Sermon.  11   y  a  quatre  manieres  d'aimer..       68 

CII  Sermon.  Maniere  de  revenir  a  Dieu 69 

CHI  Sermon.  II  y  a  quatre  degres  qui  mar- 

quent  le  progres  des  elus 70 

CIV  Sermon.  Quatre  obstacles  a  la  confes- 
sion        72 

CV  SermoD.  Conditions  requises  pour  la  jus- 
tification et  le  salut 73 

CVI    Sermon.   Trois  choses   neeessaires  pour 

faire  penitence 74 

CV1I  Sermon.  Sentiments  qu'il  faut  avoir  dans 

la  priere 75 

CV1I I  Sermon.  Des  saignees  spiriluelles 76 

CIX  Sermon 77 

CX  Sermon.  Paroles  de  l'homme  a  soi-meine 

ou  plulot  a  son  ame 78 

CXI  Sermon.  11  faut  prouver  sa  foi  et  par  ses 
mceurs,  ou  les  six  temoignages  a  rendre  a 

Dieu 78 

CXI  I  Sermon.  0  mon  ame,  rentre  dans  ton  re- 

pos  (Psal.  civ.   7) 82 

CXI1!  Sermon 82 

CXIV  Sermon 83 

CXV  Sermon 83 

CXVI  Sermon 84 

CXVH  Sermon 84 

CXVlIi  Sermon 85 

CXIXSermon 85 


PENSEES  DE  SAINT  BERNARD 

AUTRES   PENSi    3  DE  SAINT    BERNARD 

PaRABOLES    VCLGA1REMENT     ATTRIBUTES    A     SAINT 

Bernard 

I  Parabole.  Le  commit  spiritdel 

II  Parabole.  Le  combat  spirituel 

III  P irabole.  Le  combat  spirituel 

IV  Parabole.  Le  Christ  et  l'Eglise 

V  Parabole.  La  foi,  I'esperance,  et  la  charite. 
fonmci.f.  de  confession  pr1vee,  od  priere  tres- 

devote  d'dne  ame  fkrvente a  dieu,  attribiee 
avec  qufxqde  raison  a  saint  bernard 

Office  de  saint  victor  confesseur  ,  compose 
par  saint  bernard,  a  i.a  demande  de  guy, 
abbe  de   hootier-rameY 

PREFACE  DE  MAB1LL0N  pour  le  tome  iv  de 
son  edition  des  ceuvres  de  saint  Bernard... 

Sermons  de  saint  Bernard,  abb£  de  clairvadx 
sl'r  le  cantjque   de-  cant1qdes 

I  Sermon 

II  Sermon.  Avec  quelle  impatience  les patriar- 
cbes  et  les  prophetes  attendaient  l'incarna- 
tion  du  Fils  de  Dieu.    qu'ils  out  annoncee. 

III  Sermon.  Le  baiscr  des  pieds,  de  la  main, 
et  de  la  bouche  du  Sauveur,  etc 

IV  Sermon.  Destrois  progres  defame,  signifies 
par  les  trois  baisers  des  pieds,  de  la  main 
et  de  la  bouche  du  Seigneur 

V  Sermon.  11  y  a  quatre  sortes  d'espnts :  celui 
de  Dieu,  celui  de  l'ange,  celui  de  l'homme 
et  celui  de  la  bete 

VI  Sermon.  L'esprit  supreme  et  incirconscrit 
est  Dieu  :  en  quel  sens  on  dit  que  les  pieds 
de  Dieu  sont  la  misericorde  et  le  juge- 
ment 

VII  Sermon.  De  l'ardent  amour  de  lame  pour 
Dieu  et  de  l'atlention  qu'd  faut  apporter 
dans  l'oraison  el  dans  la  psalmodie 

VIII  Sermon.  Le  Saint-Esprit  est  le  baiser  de 
Dieu;  e'est  ce  baiser  que  I'Epouse  demande, 
afin  qu'il  lui  donne  la  connaissance  de  la 
Sainte  -Trinite 

IX  Sermon.  Des  deux  mamelles  de  l'Epoux, 
e'est-a-dire  de  Jesus-Christ,  dont  l'une  est 
la  patience  a  attendre  la  conversion  des  pe- 
cheurs  lorsqu'ils  se  convertiss  nt,  et  1'autre 
la  bienveillance  ou  la  facilite  avec  laquelle 
il  les  accueille 

X  Sermon.  Les  trois  parfums   spirituels  des 


86 
86 
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153 

158 


162 


TABLE  DES  MATIERES. 


tuamelles  de  l'Epouse,  la  contrition,  la  devo- 
ti«n  et  la  piete 168 

XI  Sermon.  11  faut  remarquer  deux  choses 
prineipales  dans  la  redemption  des  hom- 
ines, le  fruit  que  nous  en  tirons,  et  la 
maniere  dont  elle  s'est  accomplie 172 

XII  Sermon.  Le  parfuin  de  la  piete  est  le  plus 
excellent  de  tons.  Respect  que  les  infe- 
rieurs  doivent  avoir  pour  leurs  supe- 
rieurs 177 

XIII  Sermon.  Nous  devons  faire  remonter  a 
Dieu,  comme  a  la  source  de  tout  bien, 
toutes  les  graces  que  nous  recevons  de  lui.     183 

XIV  Sermon.  De  l'Eglise  des  Chretiens  fidcles, 

et  de  la  Synagogue  des  Juifs  perfides 189 

XV  Sermon.  Vertu  merveilleuse  du  nom  de 
Jesus-Christ,  pour  les  Chretiens  fideles  dans 
toutes  leurs  adversites 194 

XVI  Sermon.  La  contrition  du  cceur.  II  y  a 
trois  especes  de  confessions  veritables 199 

XVII  Sermon.  11  faut  observer  avec  grand 
soin  le  moment  ou  le  Saint-Esprit  vient 
dans  l'ame,  et  celui  oil  il  sen  eloigne.  Ja- 
lousie que  le  diable  a  concue  contre  les 
hommes 207 

XVIII  Sermon.  Des  deux  operations  du  Saint- 
Esprit,  dont  l'une  s'appelle  affection  et  l'au- 

tre  infusion 211 

XIX  Sermon.  Nature,  mode  et  propriete  de 
l'amour  de  Dieu  qui  est  dans  les  anges,  se- 
lon  les  divers  degres  de  gloire  qu'ils  posse- 
dent 216 

XX  Sermon.  Trois  sortes  d'amours  dont  nous 
aimons  Dieu 220 

XXI  Sermon.  Comment  l'Epouse,  c'est-a-dire 
l'Eglise,  demande  a  Jesus,  qui  est  son  Epoux, 
d'etre  attiree  apres  lui 226 

XXII  Sermon.  Des  quatre  parfums  de  l'Epoux 

et  des  quatre  vertus  cardinales 232 

XXIII  Sermon.  Trois  manieres  de  contempler 
Dieu,  representees  par  les  trois  celliers 239 

XXIV  Sermon.  Contre  le  vice  detestable  de  la 
detraction  ;  en  quoi  consiste  surtout  la 
rectitude  de  l'homme 249 

XXV  Sermon.  L'Epouse,  je  veux  dire  l'Eglise, 

est  belle  mais   elle  noire 255 

XXVI  Sermon.  Saint-Bernard    pteure   la  mort 

de  son  fidele  Gerard 260 

XXVII  Sermon.  De  la  parure  de  l'Epouse  :  En 
quel  sens  l'ame  sainte  est  appelee  au  ciel...     270 

XX VIII  Sermon.  De  la  noirceur  etde  la  beaute 
de  l'Epouse;  prerogative  de  l'ouie  sur  la 
vue,  en  ce  qui  concerne  lafoi 279 

XXIX  Sermon.  Plaintes  de  l'Eglise  contre  les 
persecuteurs,  c'est-a-dire  contre  ceux  qui 


sement  la  division  entre  les  freres 

XXX  Sermon.  Le  peuple  fidele,  ou  les  ames 
des  elus,  sont  les  vignes  dont  l'Eglise  est 
etablie  la  gardienne.  La  prudence  de  la 
chair  est  une  mort 

XXXI  Sermon.  Excellence  del.i  vision  de  Dieu. 
Comment  a  present  le  gout  de  la  presence 
de  Dieu  varie  dans  les  saints,  selon  les  diffe- 
rents  etats  de  leur  ame 

XXXII  Sermon.  Le  Verbe  se  communique,  sous 
la  forme  d'un  epoux,  aux  ames  embrasees 
d'amour  pour  lui,  et  sous  la  figure  d'un 
medecin,  a  celles  qui  sont  encore  faibles  et 
imparfaites.  Les  pensees  de  l'ame  different 
les  unes  des  autres  :  d'oii  vient  cette  diffe- 
rence   

XXXIII  Sermon.  Ce  qu'une  ame  devote  ne 
doit  cesser  de  rechercher.  Que  faut-il  en- 
tendre par  cemot  midi.  11  y  a  quatre  ten- 
tations  qu'on  doit  toujours  eviter 

XXXIV  Sermon.  De  l'humilite  et  de  la  pa- 
tience   

XXXV  Sermon.  Deux  reprimandes  que  l'Epoux 
fait  a  l'Epouse.  II  y  a  deux  ignorances  par- 
ticulierement  a  craindre  et  a  fuir 

XXXVI  Sermon.  La  connaissance  des  belles- 
lettres  est  bonne  pour  notre  instruction, 
mais  la  connaissance  de  notre  propre  infir- 
rnite  est  meilleure  pour  notre  salut 

XXXVII  Sermon.  11  y  a  deux  connaissances  et 
deux  ignorances  :  maux  ou  detriments 
qu'elles  nous  causent 

XXXVIII  Sermon.  En  quel  sens  l'Epouse  est 
appelee  la  plus  belle  des  femmes 

XXXIX  Sermon.  Le  chariot  de  Pharaon,  qui 
est  le  diable,  et  des  princes  de  son  armee  qui 
sont  la  malice,  l'mtemperance  et  l'avarice... 

XL  Sermon.  L'intention  est  le  visage  de  l'ame  ; 
sa  beaute,  sa  laideur ,  sa  solitude  et  sa  pu- 
rete 

XLI  Sermon.  Grande  consolation  de  l'Epouse 
dans  la  contemplation  des  splendeurs  de 
Dieu,  en  attendant  qu'elle  arrive  a  sa  claire 
vision 

XLI1  Sermon.  II  y  a  deux  sortes  d'humilites: 
l'une  nait  de  la  verite,  l'autreestenflainmee 
par  la    charile , 

XLIII  Sermon.  Comment  la  meditation  de  la 
passion  etdessouffrancesde  Jesus-Christ  fait 
passer  l'Epouse,  je  veux  dire  l'ame  fidele, 
par  la  prosperity  et  l'adversite  sans  en  etre 
affectee  

XL1V  Sermon.  La  correction  doit  se  regler  sur 
le  caractere  de  ceux  qu'on  reprend  :  elle 
doit  etre  douce  quand  elle   s'adresse  a  des 


613 

287 


293 


300 


306 

312 
321 

3 '24 

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338 

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352 

358 


61 'l 


361 


personnes  humbles  et  faciles,  et  severe  quand 

on  a  affaire  a  des  Ames  dureset  obstinees.. 

XI. V  Sermon.  Les   deux   beautes  de  L'&me  ; 

comment  L'ame  park  au  Verbs  el  le  Verbe 

a  l'ame;  leurlangue 365 

XLV1  Sermon.  Etat  et  composition  de  l'Eglise, 
comment  on  parvient  a  la  contemplation 
par  la  vie  active  qui  se  passe   dans  l'obcis- 

sance 370 

XLVI1  Sermon.  Les  trois  Qeuxs  de  la  virgi- 
nite,  du  martyre  et  des  bonnes  ceuvres  :  de 

la  devotion  pour  l'oftice  divin 375 

XLVIll  Sermon.  Louauges  que  1'Epoux  etl'E- 
pouse  s'adresseut  reciproquemeat.  L'ombre 
de   Jesus-Christ   c'est  sa  chair  et  la  foi    en 

lui 379 

XLIX  Sermon. Commentle  discernement  regie 
la  charite  et  fait  que  tous  les  membres  de 
l'Eglise,    c'est-a-dire    les  elus,  se   tiennent 

par  des  liens  reciproques 384 

L  Sermon.  Deux  sortes  de  charites,  l'affective 
et  l'actuelle.  De  l'ordre  de  ces  deux  chari- 
tes   • 388 

LI  Sermon.  L'Epouse  demande  que  les  fruits 
des  bonnes  ceuvres  soient  aussi  nombreiix 
que  les  fleurs,  et  aussi  abondants  que  les 
parfums  de   l'esperance.   De  L'esperance  et 

de  la  crainte , 393 

LII  Sermon.  Du  ravissenient  qu'on  appelle 
contemplation,  dans  lequel  1'Epoux  fait  re- 
poser  l'ame  sainte,   et  se  met  en  peine  de 

lui  assurer  le  calme  et  la  paix 398 

LIU  Sermon.  Les  monts  et  les  eollines  signi- 
fient  les  esprits  celestes  par  dessus  lesquels 
passe  1'Epoux,  en  venant  sur  laterre,  c'est- 

i-dire  en  se  faisant  homme 403 

LIV  Sermon.  Comment  on  pent  troii- 
ver  encore  que  les  montagnes  representent 
les  anges  et  les  houinies,  tandis  que  les  colli- 
nes  representent  les  demons.  U  y  a  trois 
sortes  de  craintes,  que  tout  homme  doit 
ressentir,  s'il  ne  veut  pas  perdre  la 
grace  de    bien   faire    qu'il    a    recue    de 

Dieu 407 

LV  sermon.    Comment  on  peut,  par  la  vraie 

penitence,  eviterle  jugementde  Dieu 413 

LVI  Sermon.  Nos  peches  et  nos  vices  sont 
comme   une  muraille  elevee  entre  Dieu 

nous 

LV1I  Sermon.  11  faut  observer  les  visit es  du 
Seigneur  ;  i  quels  signes  et  a  quelles  mar- 
ques on  peut  le  reconnaitre 421 

LVU1  Sermon.  Comment  1'Epoux  invite  l'E- 
pouse,  c'est-a-dire  les  hommes  parfait.s,  a 
se  charger  des  imparfaits.  On  doitcouper 


TABLE  DES  MATURES. 

chez  eux  le  vice  jusque   dans  sa  raciue 
pour  que  les  vertus  poussent  a  la  place 427 

L1X  Sermon.  Gemissement  de  l'ame  qui  sou- 
pire  apres  la  celeste  patrie;  eloge  de  la 
chastete  el  do,  la  viduit§ 434 

LX  Sermon.  Incrcdulite  des  Juifs,  qui  mirent 
le  comble  a  la  niesure  de  leurs  pares,  en 
tuant  le    Christ 439 

LX1  Sermon.  Comment  l'Eglise  trouve  les  ri- 
chesses  de  la  ruisericorde  divine  dans  les 
trous  des  plaies  de  Jesus-Christ.  Force  que 
les  martyrs  ont  puisee  dans  Jesus-Christ...,     444 

LXII  Sermon.  Qu'est-ce  pour  une  Sme  Qdele 
que  demeurer  dans  les  trous  de  la  pierre 
et  de  se  trouver  dans  les  fentes  des  murail- 
les.  II  vaut  mieux  chercher  la  volonte  de 
Dieu,  que  sonder  sa  gloire  et  sa  majeste; 
purete  de  cceur  qu'il  faut  avoir  pour  pre- 
cher  la  verite 448 

LXII1  Sermon.  L'homme  pieux  et  sage  doit 
cultiver  sa  vigne,  c'est-a-dire  sa  vie,  son 
ame,  sa  conscience.  U  y  a  deux  sortes  de 
renards,  les  flatteurs,  et  les  detracteurs  ; 
tentations  des  jeunes  religieux 454 

LXIV  Sermon.  Tentations  des  religieux  plus 
avances.  Leurs  renards,  c'est-a-dire,  tenta- 
tions le  plus  redoutables  pour  eux.  Les  he- 
retiques  sont  aussi  des  renards ;  il  faut  les 
prendre 458 

LKTTRE      n'EVERVIN,     PRKVOT        DE      ST1NFELO,      a 

saint  Bernard  abbe,  au  sujet  des  heretiques 

de  son  temps 463 

LXV  Sermon.  Heretiques  clandestius  :  saint 
Bernard  signale  leurs  principes  religieux, 
leur   soin  a   cacher  leurs  mysteres  et  leur 

scandaleux  commerce  avec  les  femmes 467 

LXV1  Sermon.  Erreurs  des  heretiques,  tou- 
chant  le  mariage,  le  bapteme  des  enfants,  le 
purgatoire,   les  prieres  pour  les   defunts, 

l'invoeation  des   saints 472 

LXYli  Sermon.  Meuvement  et  admirable  effu- 
sion d'amour  de  l'Epouse,  en  retour  de  l'a- 
muiir   que    lui    temoigne    le     Christ  son 

epoux 481 

LXV1I1  Sermon.  Comment  1'Epoux,  qui  est 
Jesus-Christ,  fait  attention  a  l'Epouse,  qui 
est.  l'Eglise,  et  comment  elle  le  paie  de 
retour  en  cela.  Soin  particulier  que  Dieu 
prend   de  ses  elus.  Merite  et  confiance  de 

l'Eglise 487 

LXIX  Sermon.  Tout  ce  qui  s'eleve  contre  le 
service  de  Dieu  est  abaisse.  Venue  et 
demeure  duPere  et  du  Verbe  dans  l'ame 
diligente,  d'ou  decoule  une  certaine  familia- 
rite  entre  l'ame  etDieu 491 


et 


417 


TBLE  DES  MATIERES.  615 

LXX  Sermon.    Pourquoi   l'Epoux   est  appele  terre 538 

bien-aime.  Les  lis  au  milieu  desquelsilse  pro-  LXXVIU  Sermon.  L'Epouse,  e'est-a-dire   l'E- 

meue,  sont  la  verite,  la  mansuetude,  la  jus-  glise  des  elus,    a    ete   predestinee  de  Dieu 

tice  et  les  autres  vertus 496        avant    tous   les  sieeles,    et   prevenue  de 

LXXI  Sermon.  Les  lis  sont  les  bonnes  oeuvres,  sa  grace    pour   le  ckercher    et    se    con- 

leur  odeur  est  la  bonne  conscience,  et  leur  vertir 542 

couleur,  labonne  reputation.  Comment  l'E-  LXXIX  Sermon.  De  quel  amour  fort  et  indisso- 

poux  nous  pait  et  se  repait  en  nous.  De  luble    lame  tient  l'Epoux  embrasse.  Retour 

l'union  de  Dieu  le  Pere  avec  le  Fils   et   de  de  l'Epoux,   a  la  fin  des   sieeles,   vers   la 

1'ame  sainte  avec  Dieu 501        Synagogue    des  Juifs,  pour  la  sauver 546 

LXX1I  Sermon.  Ce  qu'il  faut  entendre  par  ces  LXXX   Sermon.    Dispute   subtile   surl'image 

mots  :  le  jour  parait  et  les  ombres  s'abais-  ou   le   Verbe   de  Dieu  et  sur    l'ame   qui 

seat.  II  y  a  differents  jours  selon  les  hom-  est  faite   a   l'image  de    Dieu.    Erreur  de 

mes.  Les  justes,  vivant   dans   la  lumiere,  Gilbert,   eveque    de  Poitiers 549 

jouissent  d'un  jour  d'une  parfaite  clart6 ;  LXXXI  Sermon.  Convenance  et  similitude  du 

quant  aux  impies,  comrne  ils  sont  plonges  Verbe,  sous  le  rapport  de  l'identite  de  son 

tout  entiers  dans  des  ceuvres  de  tenebres,  essence,  de  1'immortalite  de  sa  vie  et  de  la 

ils  n'ont  qu'une  nuit  all'reuse 509        liberte  de  son  libre  arbitre 554 

LXXI11  Sermon.  Comment  le  Cbrist  doit  venir  LXXXII  Sermon.  Comment  l'ame,  tout  en  de- 

au  jugement  dans  la  forme  humaine,  afin  meuraut  semblable   a   Dieu,    perd    nean- 

de  sembler  doux  aux  elus.  Comment  il  est  moins   par  le  peche  une  partie  de  sa  res- 

moindre    que    les    anges    et    plus    eleve  semblance  avec   lui,    dans    sa  simplicity, 

qu'eux 515        son  immortalite  et  sa  liberte 561 

LXXIV    Sermon.   Visites   du  Verbe   a  l'ame  LXXX1II    Sermon.   Comment  l'ame,  quelque 

sainte  :  combien  elles  sont  secretes    :    e'est  chargee  de  vices  qu'elle  soit,  peut  encore, 

ce  que  stint  Bernard  fait   connaitre   a  ses  par  un  amour  cbasteet  saint,    recouvrer  sa 

auditeuii,  pour  leur  edification  avec  humi-  ressemblance    avec    l'Epoux,     e'est-a-dire    ' 

lite  et  une  sorte  de  pudeur 520        avec    le    Christ 566 

LXXV  Sermon.  11  faut  chercher  l'Epoux  dans  LXXXIV  Sermon.  L'ame  qui  chercbe  Dieu  est 

le  temps,  de  la  maniere  et  dans  le  lieu  qu'il  prevenue  de  lui  :  en  quoi  consiste  cette  re- 

convient,  e'est  maintenant  le  temps  favora-  cherche  ou  elle  a  ete  prevenue  de  Dieu 569 

ble,  pendant  lequel  chacun  de  nous,  peut  LXXXV  Sermon.  II  y  a  sept  necessites  qui  en- 

trouver  le  Seigneur  pour  soi,  et  operer  son  gagent  l'ame  a  chercher  le  Verbe.  Une  fois 

salut 526        qu'elle  est  reformee,  elle  s'approche  pour  le 

LXXVI  Sermon.  Clarte  de  l'Epoux;  e'est   dans  contempler  et  pour  gouter  la  douceur  de  sa 

cetle  clarte  qu'il  est  assis  egal  a  son  Pere  et  presence 573 

a  la  droite  de  sa  gloire.  Les  bons  pasteurs  LXXXVI   Sermon .    Modestie  et    retenue    de 

doivent  etre  attentifs,  vigilants  et  discrets  l'Epouse  quand   elle    cherche  le    Verbe. 

en  faisant  paitre  les  brebis  qui  leur  sont  Eloge  de  la  modestie 581 

coufiees 532        Fledrs  ou  pensees 584 

LXXVIl  Sermon.  Mauvais  pasteurs  de  l'Eglise.  Chhonologie  de  saint  Bernard 592 

Comment  les  bienheureux  dans  le   ciel  et  Notes  de  horstius  et  de  uabillon 602 

les  ang.    viennent  en  aide  aux  elus  sur  la 


PIN    DE    LA.   TABLE. 


Perigueux.  —  Imprimerif  A.  Boucharie  et  Ce. 


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